jeudi 30 avril 2009

L’éloquence chez les Gaulois

La vulgate historique nous dit que de nos ancêtres gaulois, il ne reste rien. La langue, les coutumes, tout aurait été balayé en deux ou trois siècles par Rome, et remplacé par une culture purement gréco-latine.
Si je prends une carte de France et que je la compare aux frontières de la Gaule antique telle que décrite par César, je vois pourtant, non une ressemblance, mais plutôt une gémellité quasi-parfaite.
Objection, me diront certains, la Gaule de Vercingétorix comprenait la Belgique et la Suisse. Certes ; mais tout le monde sait bien que Suisses et Belges francophones ne sont rien d’autre que des Français que des événements historiques, qu’il ne nous appartient pas de relater ici, ont un jour séparé de la mère-patrie. La langue française est en même temps le marqueur d’une appartenance culturelle séculaire et une part essentielle de cette culture. Nous pouvons en conclure que les Gaulois actuels sont tout simplement les Européens de langue maternelle française. La Belgique wallonne risque fort, d’ailleurs, de retourner à la France d’ici peu.
Quant à la Suisse germanophone et à la Belgique néerlandophone, qui faisaient aussi partie de la Gaule antique, il nous suffira de préciser qu’elle n’ont été germanisées que pendant les invasions barbares. On nous dit que les Francs et autres peuplades d’outre-Rhin ont toujours été extrêmement minoritaires en Gaule, ce qui est vrai, mais on devrait préciser que, dans les régions frontalières du monde germanique, ce n’est pas simplement à la prise du pouvoir politique par quelques bandes d’aventuriers que nous avons assisté, mais à l’arrivée brutale de peuples entiers, qui ont soit chassé, soit submergé les autochtones dont l’identité celtique s’est effacée par dissolution ethnique.
La partie de la Suisse et de la Belgique actuellement francophones sont celles qui, à l’époque du déferlement venu d’outre-Rhin, étaient restées majoritairement gauloises.
Cette objection étant éclaircie, et sans oublier d’autres exceptions comme la Corse, conquise ultérieurement, cette analogie ethno-géographico-linguistique évidente nous oblige à considérer la Gaule comme source du peuple ayant donné à la France son identité, et à constater qu’il n’y a aucune rupture profonde entre le peuple gaulois et le peuple français, du moins jusqu’à des événements migratoires récents qui tendent à remplacer définitivement la conception ethnique du mot « Français » par une définition juridique et contractuelle.
Depuis très longtemps, nous vivons sur un mensonge : la croyance qu’une nation peut abandonner tout socle ethnique historique pour n’être plus qu’un club politique, l’adhésion de peuples venant de tous les coins du monde à deux ou trois grands principes abstraits devant suffire à assurer leur insertion dans la société humaine d’origine.
Le mot « France » symbolise à lui seul ce mensonge.
En 1792, pendant une de ces périodes incertaines ou il suffit d’un rien pour que l’histoire bascule dans un sens ou dans un autre, plusieurs pétitions furent adressées à la Convention pour que la France reprenne le nom de Gaule. Voilà par exemple celle du citoyen Ducalle :
« CITOYENS ADMINISTRATEURS,
Jusques à quand souffrirez-vous que nous portions encore l’infâme nom de Français ? Tout ce que la démence a de faiblesse, tout ce que l’absurdité a de contraire à la raison, tout ce que la turpitude a de bassesse, ne sont pas comparables à notre manie de nous couvrir de ce nom.
Quoi ! Une troupe de brigands (les Francs conquérants) vient nous ravir tous nos biens, nous soumet à ses lois, nous réduit à la servitude, et pendant quatorze siècles ne s’attache qu’à nous priver de toutes les choses nécessaires à la vie, à nous accabler d’outrage, et lorsque nous brisons nos fers, nous avons encore l’extravagance bassesse de continuer à nous appeler comme eux !
Sommes-nous donc descendants de leur sang impur ? À Dieu ne plaise, citoyens, nous sommes du sang pur des Gaulois !
Chose plus qu’étonnante, Paris est une pépinière de savants, Paris a fait la révolution, et pas un de ces savants n’a encore daigné nous instruire de notre origine, quelque intérêt que nous ayons à la connaître. »
« Il est deux qualités, disait César, plus importantes que tout pour les Gaulois : bien se battre et bien parler. » Cette dernière assertion, au vu de notre histoire, semble se vérifier. L’éloquence fut, jusqu’à nos jours, un élément tout à fait central dans la façon dont de grands hommes surent s’imposer.
Remontons beaucoup plus loin dans le temps, au IIe siècle de notre ère. Un Grec, Lucien de Samosate, se trouve, en terre gauloise, face à une représentation d’Ogmios, équivalent selon lui d’Hercule. Ogmios a bien les attribut d’Hercule : couvert d’une peau de lion, il porte à la main droite une massue, dans la gauche un arc, à ses épaules un carquois. Mais, alors qu’Hercule est chez les Grecs un personnage jeune et musclé, Ogmios a l’apparence d’un vieillard décrépit.
Plus étrange encore : le bout de la langue d’Ogmios est percé par de petites chaînettes, qui relient le dieu gaulois à une multitude d’hommes aux oreilles attachées par ces liens. Le dieu marche en entraînant ces hommes derrière lui, tout en se retournant vers eux pour exhiber un large sourire, alors que ceux-ci, loin de paraître contraints, le suivent avec un bonheur visible.
À ce stade, Lucien de Samosate se trouve dans le brouillard le plus complet quant à la signification de cette scène. Voyant son désarroi, un Gaulois, parlant le grec, lui donne la clef de cette allégorie :
« Je vais vous donner le mot de l’énigme, car je vois bien que cette figure vous jette dans un grand trouble. Nous autres, Celtes, nous représentons l’éloquence, non comme vous, Hellènes, par Hermès ! Mais par Hercule, car Hercule est beaucoup plus fort. Si on lui a donné l’apparence d’un vieillard, n’en soyez pas surpris, car seule l’éloquence arrive dans sa vieillesse à maturité, si toutefois les poètes disent vrai : “ L’esprit des jeunes gens est flottant mais la vieillesse s’exprime plus sagement que la jeunesse. ” C’est pour cela que le miel coule de la bouche de Nestor et que les orateurs troyens font entendre une voix fleurie de lis, car il y a des fleurs du nom de lis si j’ai bonne mémoire. Ne vous étonnez pas de voir l’éloquence représentée sous forme humaine par un Hercule âgé, conduire de sa langue les hommes enchaînés par les oreilles ; ce n’est pas pour insulter le dieu qu’elle est percée. Je me rappelle d’ailleurs que j’ai appris chez vous certains ïambes comiques : “ Les bavards ont tous le bout de la langue percé. ” Enfin, c’est part son éloquence achevée, pensons-nous, qu’Hercule a accompli tous ses exploits et par la persuasion, qu’il est venu à bout de tous les obstacles. Les discours sont pour lui des traits acérés qui portent droit au but et blessent les âmes. Vous-mêmes dites que les paroles sont ailées. »
Cette conception gauloise de l’autorité est le contraire exact de la conception romaine ou islamique, où seul la trique et la promesse d’avantages matériels peuvent entraîner des millions d’hommes à la suite d’un seul.
Relisons Camille Jullian : « L’action de Vercingétorix était à la fois plus limitée et plus vaste que celle d’un dictateur militaire. Elle était d’abord tempérée par les rapports permanents avec les chefs supérieurs des cités confédérées ; il n’était pas dans la nature des Gaulois d’obéir sans condition et sans discussion au général qu’ils avaient élu même à l’unanimité [...] Il fallait, avant les questions importantes, que Vercingétorix les réunit en conseil ; il fallait, après l’événement, qu’il rendit compte de ce qu’il avait fait [...] »
Vercingétorix, en charge non pas d’un « État », mais de tribus totalement indépendantes qui avaient décidé de se coaliser autour de lui contre l’envahisseur, devait sans cesse prouver qu’il était le plus apte à les mener à la victoire. Les Gaulois le suivirent parce qu’ils reconnurent aussi en lui un idéaliste qui ne cherchait aucun intérêt personnel, qui avait décidé de lier irrévocablement son destin à celui de son peuple. C’est d’ailleurs en toute logique qu’il finit, cinq ans après la reddition d’Alésia, étranglé comme une bête dans une prison romaine.
Vercingétorix employa, pour fédérer autour de son nom la majorité des tribus gauloises, deux armes, le courage et l’éloquence, qui confirment parfaitement le propos de César.

lundi 20 avril 2009

26 mars 1962 : une ténébreuse affaire

C'EST celle de la fusillade de la rue d'Isly qui chaque année, dans l'émotion et le recueillement, est commémorée par les Français d'Algérie et leurs amis, qui n'ont rien oublié. Sur cette tragédie, Jean Monneret publie un livre (1). Sa formation d'historien lui a permis d'éviter le sensationnalisme ou l'exagération qui marque souvent les évocations journalistiques. Il s'est appuyé sur une bibliographie comportant une quinzaine de livres dont le plus fondamental (qu'il cite à plusieurs reprises) est celui de notre grande amie disparue Francine Dessaigne, Un crime sans assassins, paru aux éditions Castille (il resterait des exemplaires proposés par « Jeune Pied Noir » et l'Association des Familles des Victimes du 26 mars). L'auteur s'est livré aussi à des enquêtes et recherches car il reste des témoins. Mais certains documents officiels, comme le rapport du commandant de gendarmerie Garat après une reconstitution des faits, sont maintenant interdits de communication, alors qu'ils étaient librement consultables il y a quelques années encore. Heureusement, Jean Monneret y avait eu accès.
Son livre est au fond une enquête très sérieuse. Avec quelques défauts. La carte du centre d'Alger proposée en début de l'ouvrage est trop petite. Dans les annexes, la liste des morts du 26 mars aurait pu être ajoutée même si elle n'est pas définitive puisqu'à ce jour, malgré les efforts de Mme Simone Gautier (voir L'Algérianiste de mars 2008), elle n'est toujours pas complète.
A noter que le 19 mars on a eu la surprise de revoir sur la chaîne Planète le téléfilm (imparfait) sur le 26 mars, projeté l'an dernier sur France 3 (voir RIV. du 26/9/08).
AVANT LE DRAME
Pour comprendre le 26 mars, il faut remonter le temps. La date du 26 avait en effet été choisie pour une manifestation ordonnée par le colonel Vaudrey de l'OAS (mais improvisée et ignorée par d'autres responsables) pour protester contre le blocus de Bab el Oued. Depuis le 19 mars (fausse fin de la guerre d' Algérie), le combat de l'Organisation Armée Secrète était de plus en plus difficile et sa stratégie risquée. Le général Salan avait lancé le 22 une directive prônant dans certaines conditions une insurrection. Le 22 mars en plein, centre d'Alger (le tunnel des Facultés), plusieurs gendarmes mobiles avaient été tués dans une embuscade tendue par l'OAS. Evénement tellement occulté à l'époque qu'il resta inconnu de la population. La stratégie consistant à faire de Bab el Oued un bastion de l'Organisation (avec une fausse comparaison avec Budapest) fut un échec tragique qui aboutit à un blocus impitoyable par les forces de l'ordre (plusieurs milliers de fonctionnaires) aidées par l'aviation et munies de blindés.
C'est pour marquer la solidarité avec le quartier encerclé que fut décidée une manifestation pacifique « contre l'étranglement de Bab el Oued ». Qui vu la configuration d'Alger, ne pouvait passer que par des rues très longues. Faciles à barrer ou à contrôler.
FEU À VOLONTÉ ET MENSONGE D'ETAT
Et à l'entrée de la rue d'Isly, à 14h50, ce fut la fusillade que Jean Monneret étudie de manière scientifique, en confrontant les points de vue contradictoires des Français d' Algérie. des autorités, des officiers et en se livrant à une étude pointue sur des gens armés de fusils-mitrailleurs et qui auraient attaqué la troupe. Pour les premiers, les soldats ont tiré à bout portant et sans sommations. Ce fut un massacre. Pour les autorités, dès le 27 mars, un communiqué officiel fait état d'une enquête dont on donne les « premiers résultats ». Jean Monneret reproduit ce texte. Il est invraisemblable (et prudemment n'a pas été rediffusé par la suite). Mais il annonce la ligne du « mensonge d'Etat » : la troupe a riposté aux tirs de l'OAS. On accuse un petit groupe (dont une femme), protégé par la foule, qui aurait tiré et même aurait eu trois morts. Il y aurait même eu des arrestations mais aucun nom n'a jamais été fourni. On va même (rapport Garat) jusqu'à mentionner un individu avec imperméable (le temps était magnifique) et chapeau noir faisant feu sur les soldats.
La controverse la plus sérieuse porte sur ces fameux FM qui, d'un balcon ou des toits, (pourtant occupés par des soldats), ont ouvert le feu. Jean Monneret fait justice de ces affabulations, après les avoir examinées à la loupe. Parmi les blessés dans la troupe, aucun par tir de FM mais, au contraire, de nombreux civils. Il y aurait douze emplacements de tir sur certains documents ou photos représentés par des cercles ! Mais aucune preuve décisive. Le triste Christian Fouchet, alors Haut Commissaire à Alger, écrit dans ses Mémoires sa "conviction" qu'il y a eu « UN tireur de toit (comme à Paris en août 1944 ?) mais que personne ne le prouvera jamais ». Fermez le ban... Jean Monneret conclut à « une panique de tir », fait courant étudié par des experts militaires.
LA QUESTION ESSENTIELLE
En fait, toutes ces arguties ont pour but de masquer le point névralgique. Ceux qui ont tiré appartenaient au 4e régiment de Tirailleurs, amenés du bled quelques jours auparavant. Une troupe hétéroclite (il y avait parmi eux des ralliés du FLN et des messalistes rescapés des troupes bellounistes ) encadrée par des Européens, mais la moins faite pour le maintien de l'ordre alors que la ville regorgeait d'éléments spécialisés : CRS et gendarmes mobiles. Une troupe qui deux jours auparavant avait reçu pour consigne d'ouvrir le feu contre les tireurs de toit. Jean Monneret consacre plusieurs chapitres à cette énigme D'autant moins explicable que ce régiment était cantonné à Berrouaghia, à plus de cent kilomètres d'Alger, et que son patron, le colonel Goubard, avait élevé de très vives objections sur l'envoi à Alger et l'utilisation de ces hommes. Le général Ailleret l'avait rencontré sur place, et approuvé. De retour à Alger, il avait lancé dans ce sens une note (la 905) qui a disparu mais que de nombreux officiers ont lue. Quelle autorité a donc pesé plus lourd que le général commandant les troupes en Algérie ?
Monneret cite les témoignages d'officiers supérieurs qui ne coïncident pas. Mais nombreux étaient ceux qui n'étaient pas sur le terrain. Comme le colonel devenu général Goubard. Il avait longtemps cru à la responsabilité de l'OAS dont il devait estimer plus tard qu'elle était "indémontrable" ou "indirecte". Et pour lui le 26 mars, c'est un piège qui s'était refermé et sur ses hommes et sur la population. Un « sac à feu » en termes militaires. Jean Monneret donne aussi des extraits de l'entretien qu'eut Francine Dessaigne avec le préfet d'Alger, Vitali Cros. Il n'y a pas eu de sommations, parce que « ça, c'est bon pour le cinéma » ! C'est le général Capodanno, sous ses ordres, qui a pris la responsabilité d'ouvrir le feu, en accord avec lui : « Dès qu'un coup de feu était tiré, nous étions en état de légitime défense.» Et qui a tiré ? Sous-entendu l'OAS.
A noter qu'il y eut une autre fusillade le même jour, beaucoup plus bas. Au carrefour de l'Agha. Et là ce sont les CRS qui ouvrirent le feu, tuant trois personnes. Jean Monneret cite le témoignage de M. Yves Pleven qui a tout vu en sortant d'un immeuble proche, le Mauretania. Mais la revue L'Algérianiste (mars 2007) a publié les photos prises par un photographe de la Dépêche Quotidienne Robert Rolando, grand-père de Thierry Rolando. Les CRS, un genou par terre, alignant froidement sur le trottoir d'en face un groupe qui passait par là. Même pas des manifestants, de simples promeneurs. Qui sait si dans les archives officielles il n'y a pas d'autres documents aussi accusateurs ?
Jean Monneret conclut rapidement. Pour lui il y a bien eu «une machination» dépassant « la simple erreur de commandement ». Il fallait, sous un prétexte quelconque, briser le moral de la population civile complice de la "subversion". En Conseil des ministres le 23 mars, De Gaulle avait donné une directive : « Briser par tous les moyens et réprimer impitoyablement l'insurrection armée qui se développe dans les grandes villes d'Algérie. »
Pour le 26 mars, il ne faut plus parler d'un « crime sans assassins ». L'assassin est connu.
Jean-Paul ANGELELLI. Rivarol du 27 mars 2008
Une ténébreuse affaire par J. Monneret, 159 pages, 15,50 € plus 3,02 € de port (le livre ne sera disponible que le 15 avril). Editions L'Harmattan, 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique, 75005 Paris.

dimanche 19 avril 2009

13 mai 1958 : la Journée des dupes

À Alger, le 11 mai 1958, est célébrée en l'église Saint-Charles-de-l'Agha la messe anniversaire de la mort de l'empereur Napoléon 1er, à la mémoire duquel sont associés les héros de la Grande Armée. La cérémonie a été organisée par le colonel Thomazo, dit «Nez de cuir». Le prince Napoléon est présent. Des bonapartistes l'entourent et le pressent de questions. L'heure ne serait-elle pas venue de remettre la dynastie impériale au cœur des affaires françaises ? Le climat créé par la guerre d'Algérie est propice... Le prince répond qu'il est un simple citoyen. Et qu'il est gaulliste.
Les gaullistes ont des réseaux où se retrouvent ceux qui voient dans la montée des exaspérations, en métropole et en Algérie, l'occasion de remettre sur la scène de l'histoire leur grand homme, marqué par sa traversée du désert (il a confié à Newirth : « Le régime pourrit sur place. Ils appelleront De Gaulle sur les décombres »). Réminiscence d'une lecture maudite (Les Décombres, de Rebatet)? Toujours est-il que le général laisse les partisans s'agiter dans l'ombre sans manifester clairement ses intentions.
À Alger et à Paris, une coalition hétéroclite s'est constituée, regroupant des poujadistes, des anciens combattants d'Indochine, des étudiants conduits par Lagaillarde et des contre-révolutionnaires, groupés autour de Robert Martel, qui rêvent d'être de nouveaux Chouans et misent sur l'appui de quelques grands noms militaires (les généraux Cherrière et Chassin). Tout cela fait du monde mais manque de cohérence politique - alors que les gaullistes, eux, savent parfaitement où ils veulent aller.
Au matin du 13 mai, des tracts sont distribués dans les rues d'Alger et les villages de l'Algérois. L'objectif est de susciter une manifestation de masse capable de mettre en question la légitimité d'un pouvoir qu'incarne avec bonhommie René Coty, président d'une IVe République en pleine déliquescence et minée par l'affaire algérienne. Dans l'après-midi, une foule immense se rend au monument aux morts, sous la conduite de Martel et de Lagaillarde. Celui-ci harangue les milliers d'hommes et de femmes qui se pressent au coude à coude, leur faisant prêter le serment d'aller jusqu'au bout. À 18 heures, le général Salan arrive, au cœur d'une mêlée homérique, fait observer une minute de silence et dépose une gerbe. Puis il repart, le visage tendu, entouré de son état-major. Lagaillarde rameute alors la foule et la lance à l'assaut du gouvernement général. Le bâtiment, symbole d'un régime dont l'autorité n'est plus reconnue, est investi en quelques minutes. Les manifestants se répandent dans les étages, au milieu d'un désordre total. Les CRS n'ont rien fait pour s'interposer. Ils sont d'ailleurs rapidement relevés par des parachutistes, à l'évidence peu disposés à barrer la route aux manifestants. Sur un coin de table, un comité civil et militaire de salut public est improvisé. Le général Massu en donne la liste à la foule, depuis le balcon du G. C. Enthousiasme, joie délirante chez les partisans de l'Algérie française, convaincus d'avoir enfin orienté l'histoire comme ils le souhaitaient. Mais déjà les gaullistes sont à l'œuvre pour récupérer le mouvement et en faire un tremplin au service de leur chef. L'histoire de France, qui a connu plusieurs « journées des dupes », en compte désormais une de plus.
P. V National Hebdo du 7 au 13 mai 1998

samedi 18 avril 2009

2 mai 1716 : la fortune anonyme et vagabonde

Autorisée par lettres patentes, une banque est fondée à Paris le 2 mai 1716. Société par actions, au capital de 6 millions de livres, cette banque privée, d'escompte et d'émission, habilitée à émettre des billets au porteur, est étroitement liée au pouvoir puisque 75 % de son capital sont en billets d'Etat. Le paiement des impôts en billets de banque sera d'ailleurs autorisé le 10 avril 1717. Ces privilèges sont dus à l'appui que fournit le Régent Philippe d'Orléans au fondateur de la banque John Law.
Ce personnage est pourtant quelque peu louche. Fils d'un orfèvre installé à Edimbourg et qui a acheté à grands frais des domaines qui lui permettent de se faire appeler « baron de Lauriston », John Law, après avoir dissipé sa fortune à Londres, a nomadisé à travers toute l'Europe avant de jeter son dévolu sur Paris en 1708. Il fréquente les tripots et joue gros jeu. S'étant introduit dans l'entourage du duc d'Orléans, il capte son attention en lui proposant des solutions hardies pour remédier aux difficultés financières de l'Etat. Les dépenses de l'Etat, qui ont doublé entre 1689 et 1967, ont doublé à nouveau entre 1701 et 1714... Cet accroissement des dépenses ne peut être couvert que par un ensemble d'expédients et par le recours à l'emprunt. C'est dans cette conjoncture difficile que Law prétend apporter un remède miracle. Après un départ précipité de Paris, sur ordre du lieutenant de police qui l'accuse de malversations (« il en savait trop aux jeux qu'il avait introduits dans cette capitale »), l'aventurier y revient après la mort de Louis XIV et retrouve aussitôt l'oreille de Philippe d'Orléans, désormais Régent - et très sensible aux questions d'argent, comme devaient l'être nombre de ses descendants.
L'ascension de Law est spectaculaire. Les billets émis par sa banque, se substituent à la lettre de change traditionnelle, jusque sur la place d'Amsterdam. Le 4 décembre 1718, un édit transforme la banque privée en Banque Royale. Par ailleurs, Law a fondé en août 1717 la Compagnie du commerce d'Occident, dont sa banque a souscrit le capital. Obtenant le privilège exclusif du commerce avec la Louisiane et le Canada (pour les peaux de castor), la Compagnie reçoit ensuite le monopole du commerce avec les Indes, la Chine et l'Afrique.
L'argent des particuliers afflue rue Quincampoix, au siège de la banque Law obtient le bail des fermes et gère le remboursement de la dette publique par une émission continuelle de monnaie fiduciaire. Tout semble lui sourire. Consécration : il accède au contrôle général des Finances en janvier 1720. Les billets remboursables au porteur et à vue, obtenus contre de bons écus, représentent bientôt la somme fabuleuse de 2 696 400 000 francs. La fureur spéculative est au comble et l'on se bouscule frénétiquement rue Quincampoix.
Mais quelques grands personnages (dont le duc de Bourbon et le prince de Conti), qui ont beaucoup investi, prennent peur et se dégagent. Le château de cartes s'écroule, la panique se répand. Des milliers d'imprudents sont ruinés du jour au lendemain, certains se suicident.
Quelques malins ont fait des fortunes spectaculaires. Law, lui, s'enfuit sous un déguisement jusqu'à Bruxelles.
P. V National Hebdo du 30 avril au 6 mai 1998

18 MARS 1921 : CRONSTADT, LA FIN DU RÊVE

La révolution bolchevique de 1917 a été, selon la forte définition de Dominique Venner, « un soulèvement de millions de croquants hérissés de baïonnettes, conduits par une petite meute de fanatiques à bésicles » (Les Blancs et les Rouges. Histoire de la guerre civile russe 1917-1921, Pygmalion, 1997). Mais certains groupes ont joué un rôle moteur dans l'enclenchement et le déroulement des événements révolutionnaires. Parmi eux, en bonne place, « les marins de Cronstadt ».
Port militaire à l'embouchure de la Néva, dans le golfe de Finlande, Cronstadt (ou Kronstadt) est le plus grand ensemble fortifié de la Baltique. Le premier fort y fut édifié par le tsar Pierre 1er en 1703. La visite qu'y effectua en 1891 l'escadre de l'amiral Gervais fut un prélude à l'alliance franco-russe, qui devait jouer un rôle déterminant dans le déclenchement de la guerre de 1914-1918.
Lors de la révolution de 1905, « répétition générale sans laquelle celle de 1917 eût peut-être échoué » (D. Venner), l'agitation au sein de l'armée a touché tout spécialement certains ports : dans la flotte de la mer Noire, la mutinerie du cuirassé Potemkine (exaltée par le film d'Eisenstein en 1925), fin juin, a eu comme écho, en novembre, des révoltes de matelots à Sébastopol et à Cronstadt (où elles se soldèrent par plus de 1 400 arrestations et 36 condamnations à mort). En 1917, les marins de Cronstadt ont joué un rôle important dans le psychodrame qui aboutit, le 15 mars, à l'abdication du tsar Nicolas II. La veille, leur mutinerie avait été marquée par l'assassinat du gouverneur de la base maritime, l'amiral Viren, suivi d'une chasse aux officiers. Les mutins ont établi la liste de ceux qu'il faut éliminer et, à l'issue d'une nuit de massacre, plusieurs dizaines d'entre eux sont tués : selon un témoin anarchiste, « les marins pénétraient dans les demeures de leurs chefs, les traînaient dehors et les fusillaient au bord du fossé ». Un autre témoin, Louis de Robien, attaché à l'ambassade de France, raconte : « la plupart des officiers de marine de Kronstadt sont à la merci des équipages et sont astreints par ceux-ci aux travaux les plus durs et les plus humiliants. Ceux qui se rebellent sont mis à mort. »
En juillet 1917, les marins de Cronstadt sont très actifs dans la tentative de renversement du président du Conseil Kérenski qui a lieu à Pétrograd, après la défaite infligée par les Allemands aux troupes russes à Tarnopol. C'est un échec, mais les 7, 8 et 9 novembre (du calendrier grégorien, c'est-à-dire les 24, 25 et 26 octobre du calendrier julien... d'où l'expression « Révolution d'octobre »), une nouvelle tentative réussit. Avec l'appui, à vrai dire symbolique (un coup de canon... à blanc !), du croiseur Aurora, les émeutiers, parmi lesquels se remarquent mille cinq cents matelots arrivés de Cronstadt, jettent à bas sans difficulté le gouvernement provisoire de Kérenski, lequel s'est enfui, et mettent en place le nouveau pouvoir bolchevique.
Celui-ci doit s'imposer par la force dans une Russie épuisée par la guerre. Sont donc envoyés dans toutes les provinces des commissaires politiques et des agents de propagande protégés par des détachements de marins de Cronstadt. Ceux-ci jouent donc le rôle de gardes rouges. Ils accompagnent le commissaire du peuple à la Guerre Krylenko lorsque ce dernier vient notifier au général Doukhonine, chef d'état-major général des armées russes, qu'il est relevé de ses fonctions. Avant d'être lardé de coups de baïonnettes. A la suite de l'attentat manqué contre Lénine (30 août 1918), un journal bolchevique de Pétrograd écrit : « Les intérêts de la révolution exigent l'extermination physique de la classe bourgeoise. » Aussitôt dit, aussitôt fait : cinq cents officiers enfermés à la forteresse de Cronstadt sont fusillés par les matelots rouges.
Ceux-ci sont considérés comme le fer de lance de la révolution. Et pourtant leurs yeux vont s'ouvrir. Pendant l'hiver 1920-1921, ils ont profité de permissions pour se rendre dans leurs familles. Et là ils découvrent une réalité que la propagande essayait de dissimuler : la famine, une misère noire écrasent la population des campagnes, laissées sans aide aucune dans une situation bien pire qu'avant la révolution. La police politique, la Tchéka, fait partout régner une terreur sans limites, y compris dans les usines de Petrograd paralysées par des grèves dont le moteur est le désespoir. Désespoir d'ouvriers à qui on avait promis des lendemains qui chantent et condamnés à vivre quotidiennement la réalité bolchevique.
Alors les marins de Cronstadt s'insurgent. Leurs délégués rédigent une longue résolution qui exige des élections libres, au scrutin secret, l'abolition de la dictature du parti bolchevique, la dissolution de la Tchéka, la libération des détenus politiques, la fin des réquisitions, la liberté de l'artisanat et du commerce. Bref, une nouvelle révolution.
Les bolcheviques essayent tout d'abord de biaiser, de parlementer. Leurs émissaires sont chassés ou mis en prison par les marins qui, solidement installés dans la forteresse de Cronstadt, se constituent en soviet révolutionnaire. Alors intervient Trotski. Il organise le blocus de Cronstadt puis, le 8 mars 1921, ordonne l'assaut.
Celui-ci, dirigé par Toukhatchevski, est vigoureusement repoussé. Mais le suivant, huit jours plus tard, réussit. Les 50 000 hommes mis en action investissent la forteresse et, pendant toute une journée, des combats de rue, à la grenade et à la baïonnette, se déroulent dans la ville. A la nuit, les rebelles survivants parviennent à s'enfuir vers la Finlande. La résistance leur a coûté 600 morts, 1 000 blessés et 2 000 prisonniers. Mais ils ont infligé à Toukhatchevski et à Trotski 25 000 tués ou blessés !
Lénine a compris l'avertissement.
Quelques jours plus tard il fait adopter par le Congrès du parti la NEP (« Nouvelle politique économique »), qui reprend à son compte - sans le dire, bien sûr - plusieurs exigences des marins de Cronstadt.
P.V Rivarol du 27 mars 2009

jeudi 9 avril 2009

11 mars 1947 : Joanovici

Prévenu par le commissaire Fournet qu'il va être appréhendé sous peu, Joseph Joanovici prend la fuite, le 17 mars 1947, et échappe ainsi à l'arrestation en quittant précipitamment la France. Il se réfugie à Munich, au quartier général des troupes américaines d'occupation en Allemagne. C'est une habitude, chez Joanovici, de jouer la carte de l'occupant...
Né le 4 juin 1902 au sein de la communauté juive de Kichinev, en Bessarabie, Joanovici arrive en France au début des années 20, armé d'un formidable culot et d'une grande détermination à s'enrichir par tous les moyens. Beaucoup et vite. « Ne sachant ni lire ni écrire, nous apprend Philippe Randa, s'exprimant dans un sabir hallucinant où se mêlent le roumain, le russe, le yiddish et le français, mais sachant compter, il se fait chiffonnier dans la zone de Saint-Ouen ». Les affaires prospèrent rapidement, dans le cadre d'une entreprise de récupération de chiffons et de ferraille... qui «récupère» parfois aussi bien d'autres choses. Mais les soupçons de recel ne déboucheront jamais sur des poursuites, «Monsieur Jo» ayant rapidement compris l'intérêt de se faire des relations bien placées (et bien payées). La construction de la ligne Maginot lui permet de réaliser de juteuses affaires. En 1939, Joanovici figure parmi les cinq premiers ferrailleurs de France.
Mais c'est la guerre qui va lui permettre de donner toute sa mesure.
Curieux personnage et triste sire, Joanovici réunit en sa personne bien des ambiguïtés et des contradictions d'une époque où se côtoyaient l'héroïsme et l'ignominie. Pour ce qui est de l'héroïsme, Joanovici n'était pas un spécialiste. Par contre, en matière d'ignominie, il fit très fort.
Contacté par Hermann Brundl, directeur du bureau d'achat de la Wehrmacht, Joanovici s'engage à fond dans la collaboration économique et fournit pour cinq milliards de francs (de l'époque) de métaux non-ferreux mais aussi des cuirs, des tissus, du beurre. Il y gagne une énorme fortune mais aussi le statut, très envié, de WWJ (Wirtschftlich Wertvoller Jude, « Juif économiquement précieux »). Pour plus de sûreté, Joanovici obtient de faire figurer, sur une fiche de la police française le concernant, qu'il est de religion... orthodoxe. Et puis il cultive les amitiés utiles : il traite fastueusement Henri Lafont et Bony, les patrons de l'antenne de la « Gestapo française » installée rue Lauriston. Lesquels lui fournissent des gardes du corps, dont Pierre Loutrel, devenu célèbre sous le surnom de « Pierrot le Fou ».
Joanovici applique un principe simple : tout s'achète et tout se vend. Il suffit d'y mettre le prix. Après la guerre, enfin appelé à rendre des comptes devant un tribunal, le ferrailleur milliardaire explique tranquillement, au sujet de l'occupation : « Avec des cigarettes américaines et du chocolat dans les poches, on faisait beaucoup de choses ». Autre principe : ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier. Joanovici a donc financé le réseau de résistance « Honneur de la police ».
Son passé finit cependant par le rattraper. Incarcéré et jugé en France, il est condamné en 1949 à cinq ans de prison. Il n'en fait que deux et, sitôt libéré, entreprend de se lancer dans «les affaires». En 1957 il s'enfuit en Israël mais c'est un client un peu voyant. Expulsé. il se retrouve aux Baumettes. Il ne désespérait pas, dans les dernières années de sa vie, de refaire surface ...
P V National Hebdo du 12 au 18 mars 1998
Pour approfondir : Philippe Randa, Dictionnaire commenté de la collaboration français, Jean Picollec. Commandes : Centre MBE 246 - 69 boulevard Saint-Marcel- 75013 Paris.

mardi 7 avril 2009

7 mars 1948 : De Gaulle et les communistes

Mars 1948 : la France s'est enlisée dans une guerre d'Indochine qui illustre la collusion entre communistes français et combattants du Viêt-minh. Quelques jours plus tôt, à Prague, les communistes tchèques ont pris le pouvoir grâce à un coup de force appuyé, évidemment, par les Soviétiques. Le 7 mars, De Gaulle parle à Compiègne et commente ainsi les événements de Tchécoslovaquie :
« L'idéologie qui sert d'avant-garde à l'URSS cumule les sombres attraits de la révolte et de la termitière, de la conquête et du désespoir. C'est par là qu'elle dispose, dans chaque contrée de la terre, du concours de séparatistes exclusivement à ses ordres et dont toute l'activité tend à s'emparer de l'Etat. » Cette mise en garde est lucide et opportune, au moment où la subversion communiste se développe tous azimuts. Mais elle s'inscrit dans l'histoire tourmentée des rapports entre De Gaulle et les communistes. Des rapports dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils ont été souvent, trop souvent ambigus.
Comme l'a bien montré Henri-Christian Giraud dans son livre, De Gaulle et les communistes (2 vol. Albin Michel), De Gaulle a noué à partir de novembre 1942 une alliance privilégiée avec le PCF, préparée et rendue possible par l'accord secret qu'il avait conclu dès juillet 1941 avec Staline. Pragmatique, De Gaulle a vu dans cette union avec le diable le moyen de s' imposer en tant que chef de la France libre, tant vis-à-vis des Alliés que de la Résistance intérieure. Cette alliance, profitable aux deux parties tant que dure la guerre mondiale, devient source de tensions à partir du moment où De Gaulle, chef du gouvernement d'une France libérée, entend être libre à l'égard des partis, revenus en force dès que le dernier uniforme de la Wehrmacht a disparu.
Les élections du 21 octobre 1945 ont envoyé à l'Assemblée une majorité de communistes et socialistes. « La France, note Jacques Fauvet, semble alors mûre pour le Front populaire, peut-être même pour la démocratie populaire. » Les démocrates-chrétiens se regroupent dans le MRP. Le 13 novembre, les députés élisent à l'unanimité De Gaulle chef du gouvernement. Jeu de dupes - et De Gaulle le sait bien. En effet, deux jours plus tard, Thorez vient lui préciser les exigences des communistes : tenir un des trois ministères considérés, à juste titre, comme des postes clés, l'Intérieur, la Défense ou les Affaires étrangères. Selon une méthode qui lui est chère, De Gaulle répond par un discours à la nation radiodiffusé où il dit des communistes : « Je ne croyais pas pouvoir leur confier aucun des trois leviers qui commandent la politique étrangère, savoir : la diplomatie qui l'exprime, l'armée qui la soutient, la police qui la couvre. » Et, refusant de couvrir de son nom un retour à ce régime des partis qu'il rend responsable de la catastrophe de 1940, De Gaulle menace de partir. Mauriac écrit dans Le Figaro : « Que Charles De Gaulle s'éloigne et la France devient le champ clos où deux géants s'affronteront. ( ... ) Charles De Gaulle écarté, c'est une tête de pont que nous risquons de devenir, soviétique ou anglo-saxonne. »
Sur le moment, les communistes s'inclinent et De Gaulle gagne son coup de poker. Mais il sait bien que ce n'est que partie remise. Les débats au Parlement lui inspirent « tristesse et dégoût ». Alors, selon la formule de Lacouture, « il fait sonner la retraite ». Et quitte le pouvoir en claquant la porte au nez des partis, le 20 janvier 1946.
Le 7 avril 1947, De Gaulle annonce à Strasbourg la création du Rassemblement du Peuple français. Vont s' y retrouver les hommes les plus déterminés à faire barrage au communisme.
P V National Hebdo du 5 au 11 mars 1998

lundi 6 avril 2009

Le 3 mars 1918 : le réalisme du tsar rouge

En signant la paix de Brest-Litovsk, le 3 mars 1918, entre l'Allemagne impériale et la toute nouvelle Russie communiste, Lénine se conduit à la fois en chef d'Etat avisé et en chef révolutionnaire conséquent, c'est-à-dire appliquant avec une froide logique un principe de guerre subversive. Il sait en effet, d'une part avoir besoin de se libérer du poids de la guerre pour consacrer toutes les forces bolcheviques, très minoritaires dans le pays, à imposer le nouveau régime ; mais il sait aussi, d'autre part, que la paix est un thème mobilisateur pour déclencher une vague de sympathie agissante en Allemagne, où il veut étendre la révolution bolchevique. Si l'on en croit Victor Serge, Lénine livrait le fond de sa pensée devant ses proches : « Nous voulons la paix générale, mais nous ne redoutons pas la paix révolutionnaire. Si le peuple allemand nous voit disposés à discuter toutes les offres de paix, la coupe débordera, ce sera la révolution allemande. » Le langage officiel était tout autre. Le préambule du décret de paix affirme en effet que « le gouvernement ouvrier et paysan invite toutes les nations belligérantes et leurs gouvernements à ouvrir sans délai les négociations d'une juste paix démocratique ». Comme quoi il faut savoir traduire la langue communiste ...
La paix de Brest-Litovsk, maître coup d'un joueur d'échecs expérimenté, est l'aboutissement d'une manœuvre lancée dès le 20 novembre 1917 :
Lénine, Trotski et Krylenko ont adressé ce jour au général Doukhonine, chef d'état-major général, l'ordre de proposer un armistice immédiat aux forces allemandes. Sur refus de Doukhonine. celui-ci est relevé de ses fonctions et décrété « ennemi du peuple ». Il est remplacé par un vieux bolchevique, le commissaire du peuple à la Guerre Krylenko. Le nouveau généralissime exhorte très officiellement chaque unité russe du front à élire ses délégués, qui devront engager directement des pourparlers avec l'ennemi. La bolchevisation de l'armée est en marche.
A ceux qui en douteraient, Krylenko adresse un message clair : Doukhonine, inconscient de ce qu'est le communisme, vient saluer le 18 novembre son successeur, arrivé au quartier général en train spécial ; il est immédiatement assailli, jeté sur le quai et tué à coups de baïonnettes. Le 30 novembre, un décret annonce la suppression des anciens grades et des décorations, les nouveaux chefs d'unité devant être élus par les soviets de soldats. Toute mesure de discipline dépendra des soviets.
La première conséquence de ces décisions est de multiplier les assassinats d'officiers, dans des conditions atroces (au Turkestan, ses assassins laissent agoniser pendant des heures le général Korovitchenko et font payer trente kopecks aux amateurs d'un spectacle si édifiant). Un climat d'anarchie se répand : d'anciens soldats forment des bandes de pillards, dévalisant en particulier les stocks de l'armée. Ceux qui restent sous l'uniforme passent le plus clair de leur temps à s'enivrer avec beaucoup d'application.
A partir du 7 janvier 1918, les pourparlers avec les Austro-Allemands sont conduits, du côté russe, par Trotski. Maximaliste, il entend provoquer une rupture de pourparlers, persuadé que c'est le meilleur moyen de déclencher une vague révolutionnaire en Allemagne. Plus réaliste, Lénine veut la paix. Les tergiversations des bolcheviques amènent les Allemands à déclarer rompu l'armistice. Et à reprendre l'offensive contre des armées russes qui, démoralisées, se débandent par unités entières. C'est pourquoi Lénine réussit à faire triompher son point de vue au Comité central bolchevique, qui décide d'accepter toutes les conditions allemandes. La Russie perd le contrôle de l'Ukraine, de la Finlande, de la Pologne, de la Transcaucasie, des Pays baltes. La part du feu ...
P V : National Hebdo du 26 février au 4 mars 1998
À lire : Dominique Venner, Les Blancs et les Rouges, Pygmalion, 1997.

dimanche 29 mars 2009

23 janvier 1946 : quel bonheur d'avoir un ministre communiste

Jean-Claude Gayssot, l'un des ministres communistes de Jospin, a assassiné la liberté d'expression en France par sa loi terroriste décrétant que certains sujets seraient désormais tabous dans notre pays - ce qui laisse pantois, si j'en crois leurs confidences faites en privé, nombre d'intellectuels étrangers connus pour leur francophilie ... Gayssot est qualifié de « vieux gamin espiègle » dans un grand article complaisant qui lui a été consacré dans Le Monde. Rien d'étonnant quand on sait quelle dérive gauchiste accélérée a connue ce journal depuis quelques années. Avec cette inimitable hypocrisie héritée de la démocratie chrétienne, « cette manière torve, esquivante, sournoise de tromper le lecteur » que décrit si bien Jean Madiran dans son tonique petit livre Le Monde et ses faux.
Passé maître dans l'art d'endormir le bourgeois, Gayssot est l'héritier direct d'une autre belle figure du communisme, le sieur Marcel Paul. Celui-ci fut en effet lui aussi ministre. Cinq ministres communistes, dont Maurice Thorez, figuraient dans le gouvernement constitué par de Gaulle en novembre 1945. Marcel Paul avait reçu le portefeuille de la production industrielle. Belle promotion pour cet apparatchik besogneux mais prêt à tout comme l'a montré son parcours, qui a laissé d'amers souvenirs à ceux qui l'ont côtoyé.
Marcel Paul a donné tous les gages de bonne conduite à l'appareil stalinien, dès 1929. Cette année-là il est secrétaire du Syndicat des électriciens (l'une des courroies de transmission syndicales des communistes). Alors qu'en Allemagne les ministres socialistes Severing et Zoergiebel ont noyé dans le sang une insurrection communiste, les dirigeants de l'Internationale communiste lancent un appel « aux prolétaires d'Europe » : « Le jour du 1er août, conquérez la rue pour la classe ouvrière ( ... ) contre la social-démocratie internationale, organisation d'assassins d'ouvriers ! » En France, la préparation de cette journée «chaude» a lieu lors d'une réunion clandestine des dirigeants du PC le 21 juillet mais le gouvernement Tardieu n'est pas du genre à se laisser faire et un vaste coup de filet policier met hors circuit 95 cadres du PC, dont Marcel Paul.
Responsable zélé, Marcel Paul applique sans état d'âme les consignes, toutes les consignes du parti. y compris lorsqu'il s'agit de saper, en 1939/1940, le moral d'une armée française qui a le tort d'être en guerre contre une Allemagne liée par pacte à l'URSS... seule et unique «patrie» de tout communiste conséquent. Ce «patriotisme» idéologique explique que Marcel Paul, arrêté par la police française puis déporté par les Allemands en 1941 à Buchenwald, y trouve un accueil amical de la part des communistes allemands qui, internés depuis huit ans, ont créé un réseau qui contrôle l'encadrement administratif du camp - les autorités allemandes fermant les yeux sur ce système qui les arrange. Marcel Paul reçoit une place de choix dans cette organisation, en tant qu'« homme de confiance » au bureau des statistiques et des transports. Au bénéfice des communistes mais au détriment des autres détenus, dont certains, comme le professeur Charles Richet, portèrent contre lui après guerre les plus graves accusations.
Devenu ministre, Marcel Paul continue à appliquer le système de copinage cher aux communistes : le 23 janvier 1946, on apprend à Paris qu'il dispose de pas moins de 136 attachés de cabinet, auxquels s'ajoutent 48 chargés de mission. De quoi entretenir grassement aux frais d'une généreuse République nombre d'agitateurs professionnels. Vous avez dit 1946 ? ...
PV National Hebdo du 22 au 28 janvier 1998

lundi 23 mars 2009

5 janvier 1930 : le génocide ukrainien (complément)

Stéphane Courtois, en dirigeant la rédaction et la publication du Livre noir du communisme, a eu le courage d'apporter une pièce essentielle au lourd dossier des crimes communistes. Il s'est fait ainsi - c'est tout à son honneur - beaucoup d'ennemis. Car il ose braver ouvertement certains tabous. En particulier celui qui prétend interdire d'appliquer le terme de génocide à tout autre peuple que le peuple juif. Or, le communisme a bel et bien mis en œuvre sa volonté d'extermination contre les peuples e qui osaient refuser sa dictature. C'est le sort qu'ont connu les Ukrainiens.
Courtois parle de « la terreur qui fut au fondement des régimes communistes ». Il reprend ainsi à son compte une formule qu'utilisait déjà, en 1920, au congrès de Tours, Léon Blum lorsque le leader socialiste, ayant analysé les diktats de l'Internationale communiste, disait aux futurs fondateurs du parti communiste français : « Vous concevez le terrorisme comme moyen de gouvernement. »
Ce terrorisme a été appliqué partout et toujours dans les pays tombés sous le joug communiste. C'est ce qu 'apprennent aux historiens les documents rendus accessibles par la chute de l'URSS. Courtois explique : « L'effondrement du communisme européen entre 1989 et 1991 a définitivement confirmé la faillite d'un système qui prétendait offrir à l'humanité la solution aux problèmes qu'elle affronte. En outre, l'ouverture, même partielle, des archives soviétiques et de l'Europe de l'Est a permis d'avancer dans l'exploration des aspects les moins connus de l'histoire du communisme et qui en constituent pourtant l'une des dimensions fondamentales : la terreur, la répression, les crimes de masse. »
Ces crimes de masse ont été envisagés avec sérénité par certains chefs communistes dès le début : en août 1917. Dzerjinski, futur chef de la Tchéka, affirme que la réalisation du programme communiste devra passer par « l'extermination de certaines classes de la société ». S'il le faut, c'est tout un peuple qui sera visé. C'est ce qui s'est produit, dans les années 30, avec les Ukrainiens.
Le 5 janvier 1930, le comité central du PC soviétique décide d'accélérer la collectivisation agricole en Ukraine. L'Ukraine, par les richesses de son sol et de son sous-sol, par son climat, par ses débouchés maritimes, par l'étendue de son territoire (610 000 km²) est une pièce maîtresse de l'URSS. Mais les Ukrainiens, fiers d'une longue histoire qu'on peut remonter jusqu'au IXe siècle, affirment volontiers une identité nationale forte, en particulier sur le plan culturel. Ce phénomène, source d'un très vieux contentieux entre Russes et Ukrainiens, inquiète les autorités communistes. C'est pourquoi une chasse aux sorcières est organisée à partir de 1930. Le Guépéou découvre ainsi une organisation de "conspirateurs", la "Ligue pour la libération de l'Ukraine". Suit un procès spectaculaire avec dénonciations, suicides et aveux "spontanés ", longue série de condamnations à mort. Scénario classique ... En 1931, nouvelle opération contre le "Centre national" puis, en 1932, contre une "Organisation militaire ukrainienne", dont les membres se recrutent en majeure partie dans l'Armée rouge et les associations de jeunesse.
Mais ce sont surtout les paysans qui sont visés. Des contingents de l'Armée rouge, appuyés par la Milice, s'emparent de vive force des terres dont les propriétaires refusent de s'intégrer dans les kolkhozes. Exaspéré par la résistance des paysans, le Kremlin interdit la fabrication du pain. Les moissons sont réquisitionnées et expédiées à Moscou. Les villages sont rasés, leurs habitants déportés. Traditionnel grenier à blé, l'Ukraine connaît maintenant la famine. Suicides et cas de cannibalisme se multiplient. Entre 1931 et 1933, au moins 2,5 millions d'Ukrainiens sont morts de faim, 1,2 million d'hommes, de femmes et d'enfants ont été massacré, plus de 4 millions ont fait le voyage sans retour vers la Sibérie. C'est, au bas mot, 7 millions de personnes qui ont payé le tribut du peuple ukrainien au paradis communiste.
P V National Hebdo du 1 au 7 janvier 1998

samedi 21 mars 2009

1er septembre 1795 : patrimoine et vandalisme

En ouvrant au public, le 1er septembre 1795, le Musée des monuments français dont il avait la charge, Alexandre Lenoir entendait faire prendre conscience à ses compatriotes de la richesse extraordinaire que constitue leur patrimoine national. C'était là œuvre de salut public, car il fallait sauver ce qui pouvait encore l'être, après la vague de vandalisme qui a marqué les premières années de la Révolution.
Le mot vandalisme est utilisé pour la première fois par l'abbé Grégoire, le 14 fructidor an III (31 août 1794) à propos de la nécessaire protection des inscriptions romaines de la Gaule, martelées parce qu'écrites dans cette langue d'obscurantisme qu'est le latin ... il dit : « On ne peut inspirer aux citoyens trop d'honneur pour ce vandalisme - qui ne connaît que la destruction. » Il est vrai qu'au nom des Lumières, de la raison et de la nécessité de faire du passé table rase, les casseurs ont pu s'en donner à cœur joie. Effacement systématique des signes de la royauté sur les monuments, les meubles, les tapisseries, les objets, destruction des statues royales de la galerie des rois à Notre-Dame, pillage du mobilier de Versailles, saccage des Tuileries, démembrement ou destruction des châteaux de Marly, Meudon, Bellevue, Louveciennes, Saint-Germain, Choisy-le-Roi... Par ailleurs sont visés tous les témoignages d'un ordre féodal et d'un catholicisme honnis : chartes et terriers brûlés, sépultures violées, statues, gisants, portraits de famille détruits, châteaux incendiés, monastères démolis, églises saccagées, cloches, châsses et objets du culte fondus ... La description est longue de cette « catastrophe culturelle qu'a été la Révolution » (Jean Tulard).
La destruction la plus emblématique est sans doute celle qui a visé l'abbaye de Saint-Denis. Nécropole royale depuis 638, abritant l'étendard de guerre des rois de France (un drapeau rouge appelé «oriflamme», dont le symbolisme remonte à l'époque préchrétienne), Saint-Denis avait toutes raisons d'être spécialement visée : le 1er août 1793, la Convention décréta que les tombeaux des « ci-devant rois » devant être détruits. On défonça les cercueils et on jeta les ossements dans une grande fosse. Mais statues et gisants furent sauvés grâce à l'intervention d'Alexandre Lenoir, à ses risques et périls. La restauration des sépultures royales devait être ordonnée par Napoléon en 1806.
Par sa courageuse intervention, Lenoir avait démontré que tous les révolutionnaires n'étaient pas des obscurantistes. Il obtint même, grâce à l'appui de Bailly, que fussent réunis les objets d'art provenant des biens nationaux (ceux qui avaient pu être sauvés... ) et ce dépôt unique fut installé dans le couvent des Petits-Augustins, au 16 de la rue du même nom. Lenoir devait rester, pendant une trentaine d'années, l'administrateur de ce Musée des monuments français dont il avait été le père spirituel. Le patrimoine lui doit beaucoup. Son nom mérite donc d'être rappelé, aujourd'hui où les ministres de la Cultures successifs (Trautmann continuant fidèlement Douste-Blazy) sont, de fait, les pires ennemis du patrimoine et en font la démonstration permanente.
P V National Hebdo du 28 août au 3 septembre 1997

mercredi 18 mars 2009

6 novembre 1792 : les fausses gloires

Sur l'Arc de triomphe figure le nom de Dumouriez. Bel exemple d'une gloire usurpée.
Le personnage fut en effet un triste sire. Né Charles-François du Périer, à Cambrai, en 1739, celui qui se faisait appeler Dumouriez s'engagea comme volontaire à dix-huit ans. Réformé en 1763 avec le grade de capitaine et la croix de Saint-Louis, il décide de se vendre au plus offrant, en proposant ses services à la République de Gênes puis à ses sujets corses en révolte contre elle. Ni les uns ni les autres ne veulent du personnage et il doit faire appel à la protection de la famille Du Barry, bien en cours comme l'on sait, pour obtenir une mission auprès des cours de Madrid et de Lisbonne. L'homme a le goût de l'intrigue et les missions diplomatiques qu'il effectue ensuite en Pologne et en Suède sont celles d'un agent secret. Pour ce travail, il reçoit des fonds importants, dont il détourne une bonne partie pour son usage personnel. Ce qui lui vaut de se retrouver à la Bastille. Libéré grâce à l'avènement de Louis XVI, son entregent et ses utiles relations (il est franc-maçon) lui permettent de se retrouver maréchal de camp, chargé des travaux du port de Cherbourg. Poste offrant de juteuses opérations, grâce auxquelles Dumouriez peut satisfaire sa passion du jeu dans les tripots.
Quand arrive la Révolution Dumouriez y voit l'occasion de nouveaux profits et il se lance à corps perdu dans la politique, en essayant de se faire élire aux Etats généraux. En vain. Mais cela permet de nouer d'utiles relations : La Fayette, Mirabeau et Armand Gensonné, l'un des futurs chefs des Girondins. Dumouriez se montre au club des Jacobins. Tout cela aboutit : promu lieutenant générai en février 1792 il devient dès le 15 mars suivant ministre des Affaires étrangères à la place de son ancien condisciple de Lessart qui lui avait pourtant payé ses dettes de jeu et dont il a dénoncé les manœuvres diplomatiques suspectes auprès de Brissot, farouche partisan de la guerre.
Cette guerre, Dumouriez la déclare à l'Autriche et prend le commandement en chef des armées du Nord et des Ardennes. La 20 septembre 1792, c'est la bataille de Valmy. Cette bataille est essentiellement un échange de canonnade, qui ne fait qu'environ trois cents morts chez les Prussiens et deux cents chez les Français, à l'issue de laquelle les forces prussiennes, dont la réputation n'est pourtant plus à faire, se retirent en bon ordre. La commune appartenance à la franc-maçonnerie du chef prussien Brunswick et des chefs français Dumouriez et Kellermann explique peut-être beaucoup de choses.
Le 6 novembre Dumouriez est à nouveau vainqueur à Jemmapes. Non sans mal, malgré son énorme supériorité numérique (40 000 Français contre 14 000 Autrichiens) et après de grosses fautes stratégiques et tactiques. Défait par les Autrichiens en 1793 à Neerwinden, devenu suspect à la Convention, Dumouriez passe à l'ennemi en livrant aux Autrichiens le ministre de la Guerre Beurnonville et quatre représentants en mission venus lui demander des comptes. Ses troupes, qu'il a voulu entraîner dans sa désertion, ont refusé de le suivre.
Chassé de partout, errant à travers l'Europe, Dumouriez voit le tsar refuser les offres de service qu'il lui a faites. Finalement il obtient une bourse de l'Angleterre, s'y fixe et conseille Wellington contre la France. Les Bourbons lui ayant refusé, en 1815, l'autorisation de revenir en France, il meut oublié, en Angleterre le 14 mars 1823.
P V National Hebdo du 6 au 12 novembre 1997

lundi 16 mars 2009

Affaire Papon, l'orchestre rouge

Le 15 décembre 1981, un jury d'honneur composé de personnalités éminentes et insoupçonnables, à savoir le président de la ligue des droits de l'homme, Daniel Mayer le président de la LICRA (et du B'naï B'rith de France Jean Pierre-Bloch, la résistante célébrissime, Marie-Madeleine Fourcade (chef du réseau Alliance, le révérend père Riquet et l'avocat Charles Verny, a acquitté Maurice Papon des accusations portées contre lui de « crime contre l'humanité », après huit mois d'enquête. Cela n'a pas empêché l'ancien trésorier national de l'UDR et ex-ministre du Budget du tandem Giscard d'Estaing-Barre d'être inculpé de crimes contre l'humanité le 19 janvier 1983, Et de passer en procès ces jours prochains. S'agit-il, comme se le demande le magazine Enquête sur l'Histoire, d'une « nouvelle affaire Dreyfus » ? Pour le savoir, regardons qui sont les accusateurs.
Michel Slitinsky. Le justicier amateur. « Nous, les jeunes porteurs d'étoiles jaunes, nous avons suppléé aux carences des autorités de la résistance qui ont laissé passer Papon à travers les mailles du filet. » 72 ans, ce fils de habiroux ukrainiens né le 8 février 1925 à Bordeaux d'Abraham et Esther, installés en France depuis 1912. Il passe (selon Libération, 24 septembre 1996) pour avoir fait à 16 ans (c'est-à-dire en 1941, ce qui semble étonnant) le coup de poing « contre les jeunesses doriotistes du Rassemblement national populaire » (sic). II se cache dans un placard puis sur les toits, le 19 octobre 1942, lors d'une rafle de la police française. Il rejoint les maquis communistes du Cantal, s'intègre plus tard dans la 9e DIC en Forêt noire. Après la guerre, il prend la présidence d'une association locale d'anciens combattants, l'ANACR, dont chacun sait qu'elle fut durant des lustres une des « courroies de transmission » du parti communiste (il ne quittera, en partie, le secrétariat départemental qu'en janvier 1983). Durant cinquante ans, ce Français de souche récente a accumulé des documents, dans un but précis : se venger des Français à propos de la disparition d'une partie de sa famille, omettant systématiquement de rappeler que sa propre soeur, Alice Slitinsky, figure sur les listes des habiroux que Maurice Papon fit libérer car elle était française bien que d'origine ukrainienne. « Serge Klarsfeld et moi-même avons des options différentes. Lui, il cherche les nationaux-socialistes, mois je cherche les Français » (dépêche AFP, 24 janvier 1997). Pour lui, tous sont coupables peu ou prou, puisqu'il n'admet pas les critiques de son travail qui pourtant, sont venues essentiellement « des milieux de la résistance ». En effet, ces gens ne sont pas compétents : « Il y en a eu tellement qui ont mis deux fers au feu et sont devenus résistants en août 44. Ils ont voulu se racheter, c'est humain », admet-il quand même. A son propos, le président girondin de l'Union des déportés et combattants volontaires de la Résistance, Marc Ballot, déclare : « Il n'écrit pas l'histoire, mais cherche à faire des histoires. » Pour lui, si l'on en croit le quotidien socialiste Le Matin (1er juin 1983), Slitinsky est un « faiseur d'embrouilles » : « A ses yeux, Papon est un lampiste et Slitinsky quasiment un imposteur. Au moment où la justice commence à s'occuper de l'ancien ministre, Ballot a d'ailleurs constitué un dossier, sur Slitinsky, dans le dessein de prouver que ces titres de Résistance étaient usurpés. » A ce moment, significativement, le président régional de la LICRA, Léon Levy, se garde bien de prendre position, alors même que son père fut déporté dans un convoi où Papon est impliqué : « S'il n'y avait pas eu Papon, il y en aurait eu un autre à sa place, en pire ou en mieux. »
Slitinsky aura accès, dans des conditions de confidentialité totalement non respectées et en dépit de la législation officielle, aux archives nominatives. Il affirme avoir acheté au miraculeux marché aux puces Saint-Michel de Bordeaux, en 1980, un organigramme de la préfecture de police où figurait Papon comme secrétaire général chargé des questions juives. Il aurait sans doute été possible de consulter un annuaire administratif. Toujours à l'époque, notre historien amateur était, pur hasard, « correspondant occasionnel du Canard Enchaîné » (il rédige une partie des échos économiques notamment). Le dossier est transmis à l'hebdomadaire, en bisbille avec le ministre du Budget, et le numéro se vend à plus d'un million d'exemplaires. L'affaire papon est lancée.
Officiellement, Slitinsky est «apolitique». Il affirme toujours ne pas vouloir de « récupération politique ». En réalité, Slitinsky a été, durant des lustres, un militant communiste, ayant adhéré au parti stalinien au moins en 1946 : « Il faut dire que, malgré ses racines juives, Slitinsky n'a pas grand chose à voir avec les notables du Consistoire, écrit Le Matin. Il ne met quasiment jamais les pieds à la synagogue et ne participe ni de près ni de loin aux instances communautaires. Un marginal en somme. [...] Slitinsky est catalogué comme communiste. Il est vrai que l'auteur a longtemps milité au sein du PC où il conserve de nombreux amis. » En fait, après avoir réussi le concours de l'Inspection du travail, il prendra en main, à partir de la fin des années 40, l'hebdomadaire du parti communiste de Gironde. Ce n'est qu'en 1978 qu'il s'en éloignera, après la rupture de l'Union de la gauche et se refusant au « vote révolutionnaire de droite au second tour ».
Michel Cardoze. Le metteur en scène. Slitinsky, bien que rédacteur du Canard, ne paraît pas très doué pour l'écriture. C'est le journaliste communiste qui rédigera l'essentiel de L'Affaire Papon, paru en 1983. Né le 21 mai, 1942 à Bordeaux, comme par hasard, Cardoze descend d'une famille juive expulsée en 1492 du Portugal. Petit-fils du gardien du cimetière habiroux de Bordeaux, il a milité, dès 1961, à l'Union des étudiants communistes. Membre de son comité national, il sera secrétaire de sa section bordelaise de 1963 à 1965 et aura donc, d'évidence, des liens étroits avec le permanent communiste Michel Slitinsky. Permanent communiste à partir de 1965, il entre en 1970 à L'Humanité, où il est chargé du secteur politique puis culturel.
Rédacteur en chef adjoint de Révolution, l'hebdomadaire communiste, il fait partie du « contingent Juquin » embauché dans les télévisions et radios après la victoire de François Mitterrand. Michèle Cotta en fera le chef adjoint puis le chef du service société de France Inter. En 1984, il entre à TF1 comme responsable du service social et culturel. Il milite en parallèle au sein des "rénovateurs" du parti communiste, collaborant notamment à la revue M (comme Marxisme et Mouvement). Il est évidemment de toutes les pétitions anti-FN. Par la suite, il travaillera pour La Cinq puis Télé Monte Carlo.
Gilles Perrault. Le préfacier. C'est l'auteur de L'orchestre rouge qui préfacera L'Affaire Papon. Né le 9 mars 1931 à Paris, ce fils d'une député MRP a été avocat, puis journaliste avant d'opter pour une carrière d'écrivain. Spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, il a eu un itinéraire politique assez sinueux. Il aurait notamment milité dans sa jeunesse aux Jeunesses communistes, avant de rejoindre (d'infiltrer ?) le parti socialiste de 1973 à 1977, pour finalement retourner au parti communiste de 1977 à 1981. Délégué de la fédération de la Manche au XXII le Congrès du PCF, il collaborera également à la revue M, soutiendra le "rénovateur" Henri Fiszbin, présidera également le comité de soutien à Olivier Stirn (!) puis intégrera, en 1988, l'état-major de campagne de Pierre Juquin, soutenu par l'extrême gauche française. Pétitionnaire infatigable et membre de multiples associations d'extrême gauche, il fera un bout de chemin avec la Ligue communiste révolutionnaire, étant notamment le principal animateur (jusqu'à l'année dernière) de l'organisation Ras l'Front. On se souviendra aussi qu'il fut l'un des principaux soutiens du kapo communiste Georges Boudarel, recyclé comme professeur à l'université de Jussieu. Comme l'a raconté Emmanuel Ratier dans son Encyclopédie politique française, il a même participé à un film de propagande soviétique à la gloire du KGB, les services secrets soviétiques. Il déclarait alors : « Beaucoup de gens attribuent au KGB la création du goulag, son fonctionnement. Alors qu'en tant que service de renseignement, je crois que le KGB peut tout à fait être comparé à d'autres services. [...] Il me semble que la CIA est beaucoup plus dangereuse pour les gens parce qu'elle est beaucoup plus difficile a contrôler. [...] Il est bien connu que la CIA a essayé d'assassiner des dirigeants d'Etats étrangers. En revanche, personne ne peut reprocher au KGB d'avoir participé, hier ou aujourd'hui, à des actions de ce type. »
Gérard Boulenger. L'avocat. C'est avec lui que Slitinsky a organisé ses premiers dossiers juridiques, avant que Serge Klarsfeld ne s'en occupe. Cet avocat sera l'un des seuls à le soutenir à Bordeaux, alors même que nombre d'anciens résistants ne veulent rien entendre de cette affaire qui leur parait être un règlement de comptes politique. Né le 14 octobre 1948 à Saint-Pair-sur-Mer, il a prêté serment en 1977. Entré au Syndicat des avocats de France la même année, il a rapidement monté dans son appareil, étant membre de son bureau et de son conseil syndical de 1978 à 1981 et devenant, en 1985, président national du SAF (syndicat créé en 1973 dans la mouvance du programme commun d'union de la gauche). Dans le même temps, il préside la section de la Ligue des droits de l'homme à Bordeaux, préside sa fédération girondine et appartient à son comité central. Accessoirement, il milite au parti socialiste, dont il sera, à plusieurs reprises, candidat dans la région bordelaise.
Gabriel LINDON National Hebdo du 2 au 8 octobre 1997

dimanche 15 mars 2009

Mythologie du code Napoléon

Mythologie du code Napoléon
de
Xavier Martin

Editions Dominique Martin Morin

L'auteur :

Xavier Martin, professeur des universités, enseigne l'histoire du droit, l'histoire des idées politiques, la philosophie du droit. Plusieurs de ses nombreuses études sur certains des fondements doctrinaux méconnus de la révolution française et du code civil de 1804 ont été traduites en italien, en japonais, en espagnol ou en anglais.

L'ouvrage :

Le Code civil français, à son état naissant de « Code Napoléon » (1804 et alentour), est sujet, après coup, à deux types de méprise.

On peut penser d'abord, qu'il n'est qu'une affaire de technique juridique, donc de spécialistes. Or la classe politique qui l'a élaboré, au lendemain du séisme révolutionnaire, a vu là beaucoup plus. Elle a vu en lui un instrument déterminant de définitive restructuration sociopolitique de l'État français. Au fondement de ce Code, on a donc une idée directrice impliquant, en dernière analyse, tous les aspects de la vie humaine individuelle et collective. Les vrais ressorts de l'entreprise, en conséquence, sont culturels et ils se rattachent à une ample histoire des mentalités.

On a pensé ensuite, et l'on enseigne encore, que les auteurs du Code civil ont eu de la nature humaine une vision très haute et très « spiritualiste ». La réalité apparaît différente. Ils héritent des Lumières une image appauvrie de la nature humaine (tendances mécanistes et matérialistes). Et il se trouve que cette image est de surcroît très assombrie par l'expérience traumatisante des années difficiles de la Révolution, que voulait clore, précisément, le Code civil, en irriguant d'une énergique autorité toutes les veinules du corps social.

Il y a donc sur ces deux points, et spécialement quant au second, une réelle mythologie du Code civil, dont le présent ouvrage, abondamment nourri, durant de longues années, aux sources de l'époque, a voulu proposer une élucidation.

samedi 14 mars 2009

Climats : ces idéologues qui font la pluie et le beau temps

A l'occasion du sommet sur l'effet de serre de Kyoto, les médias brodent sur un scénario catastrophe : les émissions de gaz dues à l'activité humaine provoqueraient d'ici à quelques dizaines d'années un réchauffement de l'atmosphère tel qu'il provoquerait la fonte des pôles, le relèvement du niveau des mers, donc la disparition de certaines terres aujourd'hui émergées, et en fin de compte un dérèglement général du climat. Pour éviter cette apocalypse, on préconise de réduire l'émission de certains gaz, donc de modifier la croissance et la production : un gigantesque enjeu économique et politique, tant pour le tiers monde que pour les pays développés. Mais comment peut-on être sûr du climat dans cent ans, alors que les météorologues ne prédisent pas le temps à trois jours ? En d'autres termes, ce scénario catastrophe est-il une certitude scientifique ou une hypothèse politique orientée ?

Avant de paniquer, il serait bon de savoir à partir de quoi un tel scénario est formulé. En bref, qu'est-ce que la climatologie ? Si l'on s'en tient à la définition du Larousse, il s'agit de l'étude scientifique des climats, qui sont l'ensemble des phénomènes météorologiques, (température, pression, vent, précipitations), qui caractérisent l'état moyen de l'atmosphère et son évolution en un lieu donné. Pour être plus précis, la climatologie se fonde sur des modèles, qui sont des descriptions mathématiques de phénomènes physiques, des descriptions mathématiques de la réalité qu'est le climat. Ces descriptions sont mises sous forme d'équations que des spécialistes, les climatologues, doivent intégrer et résoudre, au moyen de puissants ordinateurs. Le scénario catastrophe des climatologues est donc fondé sur des simulations informatiques réalisés à partir des modèles de circulation générale de l'atmosphère.
L'étude d'un modèle de climat nécessite d'identifier et de mettre en équation chaque flux d'énergie, de matière, de mouvement et toutes les transformations chimiques et biologiques qui peuvent agir sur le déroulement du processus climatique. Puis sont établis et comparés entre eux, un modèle de circulation générale de l'atmosphère, un modèle de circulation générale des flux océaniques, et des modèles d'évolution des biotopes (aire géographique) en réponse au changement des conditions climatiques. Les différences des modèles sont dues à la manière dont sont pris en compte les phénomènes mal connus ou complexes à introduire dans le schéma de calcul. Les plus grands écarts portent sur la modélisation des océans, la formation et la dynamique des nuages. Les interactions avec les biotopes terrestres et marins et les modèles de la circulation océanique sont sujets à incertitude.
L'ésotérisme de ces équations incompréhensibles pour le commun des mortels ne peut cependant pas masquer une évidence : comment peut-on prédire le climat sur des années, voire sur plusieurs décennies, alors que les météorologues ne peuvent pas « prévoir le temps » plus d'une dizaine de jours à l'avance ? (les prévisions météorologiques ou numériques du temps sont des prévisions à court terme, de quelques heures à sept jours, le plus souvent trois jours ; ces prévisions sont relativement stables.) Un modèle climatique est une tendance établie sur une prise en compte du «temps» beaucoup plus longue ; c'est un travail élaboré à partir d'archives climatologiques qui peuvent remonter à plus de cent ans. La climatologie se fonde donc sur des données de la météorologie. Par ailleurs, et sans rentrer dans des descriptions compliquées, il est bon de préciser la manière dont les climatologues «récoltent» leurs données : l'atmosphère est fractionnée en «cellules» de 200 à 500 kilomètres de «long», et de un kilomètre de «hauteur». Pour couvrir la Terre, elles se chiffrent donc à plusieurs centaines de milliers. La critique formulée à l'encontre de cette méthode est que les cellules ne sont pas suffisamment conséquentes en altitude pour apporter des valeurs intéressantes.
Philippe Roqueplo, sociologue au CNRS, auteur de Climats sous surveillance, limites et conditions de l'expertise scientifique, émet un doute sur la réalité du changement climatique. Il a analysé la façon dont l'expertise a transformé des recherches scientifiques incertaines en arguments politiques et pose l'hypothèse d'un consensus qui n'aurait pas forcément comme finalité la cause à priori défendue... Il rappelle l'importance de ne pas confondre expertise et science : pour un chercheur, accepter de se placer dans un processus de décision politique l'oblige à donner une réponse, alors que dans une majorité de cas, la science ne peut répondre. Le fait de devoir produire une expertise entraîne un effacement des incertitudes dans la chaîne de transmission des informations, de l'amont de la recherche, à l'aval de la décision ; à chaque étape de la recherche, l'aval cautionne l'incertitude de l'amont, et fonde sa recherche sur des résultats incertains, posés comme fiables. Pour Philippe Roqueplo, « la problématique climatique apporte un surcroît de légitimité scientifique à beaucoup de politiques qu'on cherche à faire et qu'on ne parvient pas à imposer ». En ce qui concerne l'effet de serre, c'« est un opérateur politique efficace. Sur ce point précis l'environnement fonctionne comme horizon justificateur d'une politique qui ne dit pas son nom. »
Des différences d'interprétation de 25 à 400%
Cette toute nouvelle «science» est contestable, et d'ailleurs contestée, notamment par des climatologues eux-mêmes : M.E Schlesinger et J.F.S. Mitchell, ont démontré dans une thèse l'impossibilité actuelle de créditer la précision des simulations ; ils ont aussi dénoncé l'utilisation de données mathématiques à mauvais escient, ou plutôt à bon escient pour qui cherche à démontrer scientifiquement une théorie a priori définie. L'Américain S. Weare a montré des différences d'interprétation de 25 à 400 %, selon l'intégration ou non de données dans un modèle, et son compatriote S.L Grotch a même dénoncé l'inaptitude de certains à reproduire le cycle climatique annuel actuel.
Le professeur M. Leroux, climatologue au laboratoire de géographie physique de l'Université de Lyon, expose la dynamique des climats à partir des «AMP». « Des lentilles d'air froid et donc dense de 1 000 à 3 000 km de diamètre et de l'ordre de 1 500 m d'épaisseur, baptisées Anticyclones mobiles polaires (AMP), produites à raison de 3 à 5 par semaine au voisinage des pôles ». Ces AMP se déplacent (grâce à la rotation de la Terre) des pôles vers l'équateur, déviés par les reliefs, en diminuant peu à peu. Une circulation d'air plus chaud tourne autour d'eux dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, au nord de l'équateur. Ce sont ces transports de masse et d'énergie qui sont à l'origine de l'ensemble des phénomènes météorologiques. A la différence des théories fondées à partir d'ordinateurs sophistiqués, l'étude pratique des AMP permet d'expliquer l'augmentation générale des pressions atmosphériques depuis 50 ans dans leurs zones de passage et de regroupement. L'étude de ces AMP permet aussi de comprendre le recul des pluies vers le sud dans toute l'Afrique subsaharienne, le réchauffement important de l'Alaska, les chutes de neige sur la Virginie et le déplacement des cultures au Canada ; l'augmentation des chutes de neige en Norvège responsables des inondations. On comprend alors l'augmentation de la fréquence de phénomènes exceptionnels, comme les tornades en régions tempérées et les inondations, les chutes de neige dans l'est du bassin méditerranéen, la sécheresse sur le Maghreb.
Ainsi, il vaut mieux observer les phénomènes que chercher à les synthétiser. Les fluctuations instables de la nature ne permettent pas, semble-t-il, de modélisation. Alors que le refroidissement arctique et l'intensification de la circulation atmosphérique sont observables depuis une quarantaine d'années, tous «les modèles» prévoient un réchauffement arctique et une réduction des échanges, et cela en réponse à une augmentation des gaz à effet de serre. Les variations de la nature, « responsables pour la circulation atmosphérique, du butoir ultime d'environ quinze jours pour les prévisions météorologiques, impliquent pour la circulation océanique dont les temps caractéristiques se chiffrent en saisons, années, décennies, voire siècles, l'impossibilité d'établir la moindre prévision climatique à long terme » dit le Pr Leroux.

Un système idéologique bien rodé
La climatologie semble être de nos jours un des thèmes favoris des médias ; elle est devenue au fil des années, de manière croissante, une valeur sûre pour qui veut attirer l'attention. Bien sûr, tout le monde se soucie de l'environnement, et c'est justement par ce biais qu'un «lobby climatique» s'est mis en place. Le principe de mobilisation est relativement simple : entretenir une forte demande de sécurité, afin d'en faire accepter le prix. La cause apparente doit être juste : l'environnement et la nature le sont. Difficile à réaliser, l'objectif doit être clairement compris et intégré dans l'inconscient collectif et possible à atteindre, mais au prix de réels efforts collectifs. Et surtout, il faut entretenir l'espoir et la croyance dans le progrès, et donner des réponses graduées. Pour reprendre les termes d'Yves Lenoir, « fédérateur en amont (tous les phénomènes naturels interfèrent avec le climat) et omniprésent en aval (la plupart des activités productives ont des Conséquences climatiques), le problème climatique est lourd d'un pouvoir global, ''totalisant'', sur l'avenir de nos sociétés ».
La science climatique mondialiste assied ainsi son pouvoir, comme seule détentrice de la vérité universelle, comme seule capable de bien «gérer la planète». Ce n'est pas un hasard si les plus grandes institutions climatiques sont internationales, car bien sûr, les catastrophes écologiques ne connaissent pas de frontières ; le nuage de Tchernobyl n'a-t-il pas atteint les côtes normandes ? Selon les chercheurs officiels, la planète est en grave danger, et le scénario catastrophe qu'ils ont établi a de quoi faire frémir : le deuxième rapport du GIEC, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution des climats, est très alarmiste quant à l'adaptation actuelle des systèmes à l'évolution des climats et de la température qui devrait augmenter de 1,5°C à 5°C, suivant les théories. Ce rapport prévoit une modification de la composition et de la répartition géographique de nombreux écosystèmes - c'est-à-dire de l'ensemble des êtres vivants et des éléments non vivants -, à cause des réactions de diverses espèces à l'évolution de la température. Terres inondées, famines et épidémies sont inscrites au scénario. La lutte contre l'effet de serre a imposé une stratégie de réduction des émissions de C02 dont la première étape a été la convention cadre sur le climat, adoptée à Rio en juin 1992 par 178 Etats. Elle a imposé aux 35 pays industrialisés signataires de ramener, d'ici l'an 2000, leurs émissions de C02 et autres gaz à effet de serre à leur niveau de 1990. Mais lors du second sommet de la terre qui s'est déroulé à New York en juin 1997, force a été de constater l'échec du projet. En effet, si l'Europe consent à produire un réel effort, les Etats Unis arguent que ces mesures sont contraires à leurs intérêts économiques. La conférence de Kyoto qui se déroule actuellement tentera une fois encore de fixer un système de réduction des émissions de gaz au niveau mondial, avec toujours, comme toile de fond, le réchauffement du climat.
Le lobby des climatologues
La liste des différentes institutions est longue, qui existent en général sous le patronage de l'ONU. Le Conseil international des unions scientifiques (CSIU/ICSU) est à l'origine du Programme international géosphère-biosphère et travaille en liaison étroite avec l'OMM (Organisation météorologique mondiale), le PNUE (Programme des Nations Unies pour l'environnement) et l'UNESCO. Sous l'égide du CIUS, le Conseil international en sciences sociales (ISSC), le Programme mondial de recherche sur le climat (PMRC/WCRP). Sous l'égide de l'UNESCO, le Programme MAS (Man and biosphère), le Programme international d'éducation relative à l'environnement (PIEE), le Programme hydrologique international (PHI/lHP), la Commission océanographique intergouvernementale (COI) ; le Programme de corrélation géologique international (PCGI/IGCP) pour la compréhension des facteurs contrôlant l'environnement global. Sous l'égide de la FAO (OAA : Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), le Programme-cadre de coopération internationale pour une agriculture et un développement rural durables (PCCl/ADRD), la Stratégie mondiale et les Programmes d'action associés pour l'aménagement et le développement des pêches ; le Programme d'action pour les forêts tropicales (PAFT), créé en commun avec la Banque mondiale et le PNUD (Programme des Nation unies pour le développement) traite de la conservation des ressources naturelles dans plus de 85 pays. Sous l'autorité de l'Alliance mondiale pour la nature (UICN/IUCN), l'Union internationale pour la conservation de la nature élabore et met en œuvre des stratégies nationales et internationales pour la protection de la nature et des espèces. Selon les termes de la Commission française du développement durable : « pour permettre aux décideurs et au grand public de mieux comprendre ce que les chercheurs ont appris, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) et l'OMM ont créé en 1988 le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC/IPCC) ». Cet organisme est chargé d'évaluer l'état des connaissances du système climatique et ses changements, ses incidences environnementales, économiques et sociales, et les stratégies à envisager. En fait, les deux rapports du GIEC sur les changements climatiques sont particulièrement abscons. La liste est loin d'être exhaustive, elle comprend aussi des programmes européens, des organisations non gouvernementales (ONG), qui collaborent entre eux, ainsi que moult commissions, conventions, sessions extraordinaires. L'ensemble des ONG françaises est regroupé dans le Réseau Action Climat (RAC). Le Conseil de la Terre, coordonne, lui, les ONG internationales et les commissions nationales. Les subventions et aides diverses vont «en général» aux organismes respectueux du dogme.
Aux «valeurs sûres» de la climatologie qui véhiculent unanimement le discours de la terreur, s'opposent d'autres chercheurs, certes moins soutenus. mais dont les thèses présentent plusieurs avantages; en premier lieu, celui d'être relativement accessibles au commun des mortels ; en second lieu, celui de s'opposer au terrorisme de la pensée unique. Ces chercheurs ne contestent pas le réchauffement de la planète, mais affirment qu'elle ne subira qu'une augmentation de 0,5°C, qui ne peut être source d'inquiétude. Ils réfutent l'amalgame effet de serre-réchauffement-catastrophe.
Françoise Villar National Hebdo du 4 au 10 décembre 1997

mercredi 11 mars 2009

2 octobre 741 : Charles Martel

Carlus Magnus, « Charles le Grand » : ce surnom a donné Charlemagne. Pourtant, le qualificatif de «Grand» fut au moins aussi largement mérité par un autre Charles - le grand-père de Charlemagne, Charles Martel.
À l'abbaye d'Echternach, le moine chargé de noter dans un Calendrier les grands événements écrit : « Octobre 741, mort du roi Charles. » lapsus révélateur : le grand chef franc qui vient de mourir à Quierzy, dans la vallée de l'Oise, n'a jamais porté le titre de roi. Pourtant, sa dépouille est ensevelie à Saint-Denis, la nécropole des rois mérovingiens. C'est la meilleure preuve du fait que, sans porter la couronne, Charles Martel a bel et bien été un souverain, un chef du peuple.
Il connut des débuts très difficiles. Fils de Pépin d'Herstal et d'une concubine nommée Alpaide, il a reçu le nom de «Carl», nouveau dans l'anthroponymie de la Gaule et qui signifie « brave, valeureux ». Il va, tout au long de son existence, montrer qu'il mérite amplement un tel nom (les Francs avaient l'habitude de donner à leur fils des noms à consonance guerrière : ainsi Clodo-wech, qui devait donner Clovis puis Louis, signifiait « combat de gloire »). A la mort de son père qui, avec le titre de maire du palais, détenait la réalité du pouvoir, au nom du roi mérovingien, Carl prend le contrôle de l'Austrasie (partie nord-est du royaume franc, où se trouvent les grands domaines patrimoniaux du clan familial pippinide, dont est issu par son père le jeune Carl).
Carl ne veut pas se contenter de régner, comme ses aïeux, en Austrasie. Il veut aussi s'imposer en Neustrie. (la partie occidentale du royaume franc). C'est chose faite après de durs combats, qui soudent autour de lui une communauté guerrière composée de chefs de clans qui lui apportent la fidélité de combattants d'élite. Il sait s'attacher durablement ces hommes rudes en utilisant une institution, la vassalité, qui crée une solidarité entre guerriers et devait rester pendant de longs siècles un principe de base dans la société médiévale.
En échange du service armé de son vassal, le seigneur doit lui apporter une rétribution digne de lui. Dans le monde des Francs, la richesse c'est la terre. Carl distribue donc à ses hommes des terres. Mais Carl ne veut pas amoindrir son patrimoine familial. Il «emprunte» donc des terres au plus riche propriétaire foncier de l'époque, c'est-à-dire l'Eglise. En échange de ce procédé cavalier, il apporte à l'Eglise son appui, total, dans l'œuvre d'implantation qu'elle a entreprise en Frise, en Thuringe, en Bavière - toutes régions restées très rétives à l'égard de la christianisation.
Plus encore, Carl se fait le champion de la cause chrétienne face à l'Islam. Lorsqu'une armée arabo-berbère, venue d'Espagne, ravage l'Aquitaine, pillant et détruisant tout sur son passage, et vise la ville sanctuaire de Tours, Carl marche à sa rencontre et la détruit à Moussais, entre Poitiers et Tours. C'est, écrit un chroniqueur anonyme, la victoire des « gens d'Europe, des hommes du Nord » sur les envahisseurs musulmans.
C'est surtout à ce titre que devait passer à la postérité celui qui allait recevoir, dans ces textes du IXe siècle, le surnom de «Martel». C'est-à-dire celui qui frappe comme un marteau. Est-ce un hasard si, dans la mythologie germanique, le dieu de la guerre Thor, a pour arme préférée un marteau ?
P V National Hebdo du 16 au 22 octobre 1997
Pour approfondir : Pierre Riche, Dictionnaire des Francs, Bartillat, 1996.

Les français ont le quotient intellectuel moyen le plus bas de l'Occident

On peut toujours se consoler en constatant que la Bulgarie, pays en partie musulman et à une économie de tiers-monde se trouve derrière nous, et nous dire que l'étude a été réalisée par des Anglais qui ne chercheraient qu'à nous rabaisser.
Pourtant Outre-Manche on n'aime guère les Allemands et ceux-ci se trouvent en tête du classement. Cela fera grincer des dents à certains qui pourraient y voir la revanche d'Hitler. En tout cas, cette attitude pour ce qui concerne la France correspond bien à ce que l'on y observe dans ce qui fut le pays de Descartes, Evariste Galois et Henri Poincaré.
Peu de politiques ont souligné la gravité des résultats de cette étude. Dans un contexte de compétitivité exacerbée, l'intelligence d'une population est pourtant un atout qui peut s'exploiter économiquement. Comme l'a écrit justement Nicolas Baverez, entrent en France les Bac-moins-cinq, sortent les Bac-plus-cinq.
Voilà donc ce qu'est devenue la France après vingt cinq ans de socialo-chiraquisme, c'est-à-dire de matraquage sempiternel sur les vertus de l'immigration, du multiculturalisme, du métissage, et de la diversité. Le multiculturalisme tant vanté consiste d'ailleurs essentiellement à voir des jeunes en survêtement et en casquette tabasser des «blancs». Ce n'est pas les quelques buts marqués (rares) par l'équipe de France de foot qui feront monter le Q.I. des Français.
Dans beaucoup de banlieues, on n'enseigne plus rien et de nombreux jeunes sortent de l'école analphabètes¹ . Les jeunes des banlieues s'expriment en tout avec trois cents mots : («bâtards», «nique ta race» ... ).
Comme chacun sait, la population française a changé physiquement et la différence est grande entre deux générations. La baisse du Q.I. est un dommage collatéral de l'immigration mais il ne faut pas le dire. Les Français baignent dans la connerie médiatique. Comment se manifeste-t-elle ?
Ce sont les émissions soporifiques de Michel DRUCKER où tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil et généreux. En tout cas, ceux que désigne et invite Michel DRUCKER, le grand inquisiteur. Chaque dimanche, on assiste au spectacle de la connerie ronronnante, repue, satisfaite d'elle-même.
La connerie c'est aussi le fait de croire qu'il suffit de répéter ce que dit le politiquement correct pour ainsi se trouver dans le camp de l'intelligence.
La connerie c'est le diktat d'une chansonnette de Pierre PERRET, vieillard avant l'âge au visage bouffi par la baisse de son taux de testostérone. C'est l'apologie de l'antiracisme obsessionnel. Les non-métis devraient porter plainte pour racisme à juste titre puisqu'ils se font traiter d'inférieurs à longueur de temps par les soi-disant antiracistes.
Le bêlement antiraciste depuis vingt cinq ans n'a pas fait monter le Q.I. des Français. Maintenant, on le sait. La France doit-elle être dirigée par les évêques, c'est à dire des vieillards femellisés qui interviennent à tout propos sur les questions qui engagent l'être et l'avenir de la France ?
La connerie en France, c'est aussi Bernard PIVOT qui a officié pendant trente ans sur la littérature, qui a autorisé ou non autorisé certains à venir s'exprimer. Dans une de ses émissions, un jour quelqu'un avait émis un propos contraire au politiquement correct. « Ah, si j'avais su que vous aillez dire cela, je ne vous aurais pas invité ». Tout le misérable bonhomme Bernard Pivot était contenu dans cette phrase². Cela lui avait échappé, mais on voit là comment les maîtres des médias conçoivent la liberté d'expression.
La connerie, c'est la déprogrammation de la pièce de Peter Handke³ par un imbécile qui, en plus, se croit courageux. Des imbéciles décident pour plus intelligents qu'eux. La France s'est toujours enorgueillie d'avoir le meilleur système éducatif du monde⁴. Pour quels résultats actuels ?
La bien-pensance terrorise intellectuellement les Français. Sa grande arme est le sentiment de culpabilité. Vous êtes contre l'Europe, l'immigration : « vous êtes xénophobe et raciste ! » La culpabilité est abêtissante et crée le repli sur soi. La connerie, ce sont tous les discours insipides de Jacques CHIRAC, qui n'ont absolument aucun intérêt. A chaque fois que quelqu'un émet une idée dérangeante ou iconoclaste, il y a toujours un imbécile pour dire qu'il faudrait voter une nouvelle loi qui interdira de dire cela. Et le pire est que cela marche. On a donc une accumulation de lois liberticides qui briment l'épanouissement intellectuel des Français.
La cour européenne des droits de l'homme dit pourtant ceci : « c'est à propos d'opinions qui heurtent, choquent ou inquiètent » que la liberté d'expression trouve tout son sens. Justement donnons du sens. Il y a en France soixante millions d'habitants dont vingt millions d'allogènes. Sur quarante millions de Français de souche on peut compter trente millions de traîtres (ou de pleutres) et dix millions de Français dignes de l'être. Ce ne sont pas certes les chiffres officiels de l'INSEE, mais on a là les données incontournables de la réalité politique et sociale française.
Dans les années soixante-dix une pétition circulait : « je me suis fait enc ... er par un arabe et j'en suis fier ». De nombreux «intellectuels» l'ont signée. Le premier lobby immigrationniste est le lobby des «enc ... és». L'Humanisme a bon dos⁵. Faut-il toujours le cacher. Les Français ont droit à la vérité. Pour redresser le niveau intellectuel du pays, il faut donc cesser de faire venir systématiquement toute la misère économique, culturelle et intellectuelle de la planète. Dans les années cinquante, on faisait boire du lait aux Français pour les régénérer. Il faut retrouver cet état d'esprit et non pas compter pour la démographie sur une population allogène.
Il faut aussi faire voter la liberté totale d'expression, abroger les lois Iiberticides et même la garantir par la constitution comme dans les pays nordiques. Refaire des Français le peuple le plus intelligent de l'Occident. Voilà la vraie rupture avec le socialo-chiraquisme.
Bel et immense projet !
P G-S 2006
1 Merci, les pédagogues !
2 Cf Vendée-Fidélité, novembre 2005, page 6.
3 Parce qu'il s'est rendu an funérailles de Milosevic
4 Ce temps n'est plus hélas!
5 C'est le cas de le dire !