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mercredi 3 avril 2024

Le 4 septembre 1870 vu par un député bonapartiste

 Le 4 septembre 1870, plus ou moins spontanément, une multitude de Parisiens envahit au matin la Chambre des députés. L’Empire vit ses dernières heures : Gambetta et Favre, entraînant à leur suite la foule, proclament la République à l’Hôtel de ville. Le baron Eugène Eschassériaux est témoin de cette scène. Bonapartiste autoritaire, député de la Charente-Inférieure (actuelles Charentes-Maritimes) de 1848 à 1892 sans interruption, il se distinguera plus tard comme l’un des piliers du parti de l’Appel au peuple (impérialistes) et restera fidèle jusqu’à sa mort à la dynastie déchue.

“[…] on nous annonce que la Chambre est envahie. A ce moment, nous assistons à l’appel aux armes fait à un bataillon qui nous gardait dans la cour. Les soldats disséminés dans les cours s’élancent sur leurs fusils en faisceaux et leurs sacs. Gambetta revint et ressort aussitôt. Nous déclarons que, sans nous préoccuper de l’envahissement de la salle des séances nous devons rester à notre poste et délibérer. Mais l’émotion gagne le bureau ; on n’écoute pas un orateur, on regarde le bataillon qui entre sous le bureau pour prendre l’escalier et pénétrer dans la salle des Quatre Colonnes. Nous sortons alors du bureau. Je pénètre alors dans la salle des Quatre Colonnes, d’où j’aperçois à travers la porte la salle des Pas perdus envahie, des têtes, des bras en l’air, des bayonnettes, des chapeaux et un bruit très grand. Dans la salle des Quatre Colonnes j’assiste à un conflit de députés de la gauche, de journalistes, de gardes nationaux, de soldats, d’officiers de Trochu et de Palikao. Les uns veulent faire évacuer la salle, les journalistes ; les députés de gauche et les officiers de Trochu [républicain] veulent faire descendre la troupe et l’empêcher d’agir. […] Le Général de Palikao était bousculé, molesté parce qu’il persistait à vouloir faire évacuer la salle par la troupe. Sa vie était en danger. On le poussait dans un coin. Au milieu de tout cela, la troupe de ligne, sur deux hommes de front, montait dans l’escalier, tandis que la tête descendait. Tout le monde lui donnait des ordres. Les jeunes soldats ne savaient s’ils devaient obéir. Le député Wilson [républicain] lui faisait mettre la bayonnette au fourreau. Il faisait descendre une tête de colonne, tandis qu’un sergent lui disait de rester.
Nous nous tenions sur le palier au-dessus de l’escalier, assistant à cette scène et en même temps empêchant de chaque côté le flot des envahisseurs de pénétrer dans le couloir allant aux bureaux.
[…] j’entendis un grand bruit dans le jardin. C’était M. Schneider [président de la Chambre], descendant précipitamment le perron de la Salle des Quatre Colonnes et poursuivi par une bande jusqu’au perron de la présidence ; la foule grossissait à vue d’oeil pendant cette rapide traversée du jardin intérieur. On lui avait arraché ses décorations, déchiré les vêtements ; il avait reçu dans le jardin un coup de crosse sur le chapeau ; il était tout contusionné, et sans l’intervention de M. Chesnelong et de quelques autres, il aurait été tué, évidemment par des gens de l’Internationale qui l’apostrophaient par ces mots : Assassin du Creusot ! Nous assistâmes pendant une heure à des divagations politiques, économiques, sociales de la part de la foule d’envahisseurs, de nature à faire douter la raison et à mettre Paris en-dessous du dernier des villages et au niveau d’une maison de fous. Il n’y a pas de stupidités, d’insanités qui ne soient sorties de ces têtes de gens armés et plus ou moins équipés en gardes nationaux. Pour eux les députés de la droite étaient des monstres, des voleurs, des brigands, des pillards emportant chaque soir chez eux une partie du trésor public. Les candidats officiels avaient été désignés sans élection par les préfets corrompus. D’autres protestaient contre le 2 Décembre, ne faisant pas attention qu’ils faisaient la même chose, au nom du désordre, quand l’ennemi est aux portes. Pour eux Paris est tout, les départements rien. Paris doit imposer la loi, et dans Paris les faubourgs, le peuple.
On peut se demander dans quel milieu vivent de pareils hommes ; dans quelles ténèbres, dans quelle fournaise de passions aveugles et brutales ces gens passent-ils leur vie ? Ces hommes ne parlent pas notre langue, ne nous comprennent pas, et cependant ils vivent à quelques pas de nous. […] Ainsi a fini l’Empire […]. L’Empire aurait pu être sauvé après Sedan, par l’abdication de l’Empereur, si l’Impératrice et le ministère Palikao avaient transféré derrière la Loire, à Tours, le siège du gouvernement, en justifiant hautement le patriotisme de cette résolution par la nécessité de la défense nationale. C’eut été imiter les Valois pendant la ligue. Cette mesure de salut a été prise, quelques semaines après la chute de l’Empire, par les gens du 4 septembre. Elle s’imposait du jour où l’on a prévu le siège de Paris qui allait isoler le gouvernement du reste de la France et briser par cet isolement tous les moyens de défense. L’Impératrice et le ministère ont sacrifié au préjugé de croire que Paris est la France et surtout la peur de mécontenter les Parisiens. Les pouvoirs publics transférés à Tours eussent été libres, à l’abri des craintes de l’émeute, d’assurer la défense et de traiter de la paix sans cession de territoire. C’est ce qui aurait dû être fait au lendemain de Sedan.”

ESCHASSÉRIAUX Eugène (baron), Mémoires d’un grand notable bonapartiste, 1823-1906, présentés par François Pairault, Saintonge, éd. des Sires de Pons, 2000, pp. 99-104.

https://www.fdesouche.com/2014/09/04/le-4-septembre-1870-vu-par-un-depute-bonapartiste/

jeudi 11 janvier 2024

5 décembre 1870 : mort d’Alexandre Dumas

 Alexandre Dumas est probablement l’un des écrivains français du XIXème siècle les plus populaires. Son œuvre littéraire comporte plus de 130 ouvrages.

Né à Villers-Cotterêts le 24 juillet 1802, il est le fils d’un général républicain, lui-même fils d’une esclave noire. Son père meurt en 1806. Le manque de ressources le contraindra vite à gagner d’abord sa vie comme clerc de notaire, puis, à Paris, où l’attire son ambition de conquérir la gloire littéraire, comme employé dans les bureaux de Louis-Philippe, duc d’Orléans.

Dès sa deuxième pièce, la première à être représentée, Henri III et sa cour (1829), premier drame romantique à être joué au Théâtre-Français, il fait figure de chef de la génération de 1830. Après l’invention du roman-feuilleton et l’échec du drame romantique, il choisit résolument le roman, en particulier le roman historique avec pour projet d’écrire le Drame de la France, une suite de romans qui, en le divertissant, enseignerait au peuple sa propre histoire.

Ses cycles, peignant la fin des Valois (La Reine MargotLa Dame de MonsoreauLes Quarante-Cinq), l’avènement de la monarchie absolue (Les Trois MousquetairesVingt ans aprèsLe Vicomte de Bragelonne), la chute de la monarchie et la Révolution (Joseph BalsamoLe Collier de la Reine), et le mythique Comte de Monte-Cristo assurent sa gloire et font de lui l’un des pères de notre mémoire collective.

Bon vivant, aimant jouir de la vie, gastronome, un de ses derniers livres (posthume) est le Grand dictionnaire de cuisine (1873).

Il meurt à Puys, près de Dieppe (Seine-Maritime) le 5 décembre 1870. Il est inhumé au cimetière de Villers-Cotterêts, sa ville natale. Sa dépouille sera transférée au Panthéon le 30 novembre 2002, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance.
Sources : 1, 2, 3

https://www.fdesouche.com/2009/12/06/5-decembre-1870-mort-dalexandre-dumas/

mercredi 22 novembre 2023

« Les Français en guerre de 1870 à nos jours » : un livre de François Cochet [Interview]

 

guerre

20/05/2017 – 07H00 Paris (Breizh-info.com) – Dans un contexte de retour de la guerre et de mobilisation des Français, l’ouvrage « les Français en guerre de 1870 à nos jours » de François Cochet constitue la première synthèse sur la geste guerrière de la France de 1870 à nos jours.

Présentation de l’éditeur :

De l’étonnante « Déclaration de paix au monde » du 22 mai 1790 à la déclaration de la guerre totale et révolutionnaire au nom de la liberté du 15 décembre 1792, la Révolution française a posé les jalons des deux grandes attitudes qui s’expriment à l’égard de la guerre. Car les Français depuis lors balancent : ils disent aimer la paix, mais n’hésitent pas à souvent s’engager dans des conflits armés. Guerre de 1870, conquêtes coloniales, décolonisations, guerres mondiales ou opérations extérieures (OPEX) en témoignent : les armées françaises n’ont cessé de combattre, en métropole comme dans les sables du désert, des neiges de la Norvège aux rizières d’Indochine. Aujourd’hui encore, jamais l’armée française n’a été engagée sur d’aussi nombreux théâtres d’opérations – Hexagone inclus.

Pour comprendre ce phénomène d’une brûlante actualité, il faut se pencher sur les hommes, les discours et les pratiques qui, à des titres divers, ont considérablement évolué. Car si la conscription massive semble s’imposer entre 1889 et 1997, les modalités réelles de recrutement se révèlent souvent plus complexes. De même, les dirigeants doivent expliquer les valeurs qu’ils défendent et qui motivent l’engagement armé du pays.

Les opinions publiques et les soldats s’expriment également tantôt pour contester la guerre, tantôt pour la justifier. Autant de discours qui permettent de mesurer le degré d’adhésion aux conflits auxquels la France a participé. Reste, enfin, à envisager les formes du combat – une réalité en profonde mutation. Le temps des gros bataillons de masse s’estompe avec les deux guerres mondiales ; aux chocs frontaux de 1914 succèdent des engagements plus limités menés avec des armes de plus en plus sophistiquées ; la notion même de « champ de bataille » disparaît, la guerre frappant désormais tous les espaces.

Nourri des recherches les plus récentes et de sources inédites, l’ouvrage présente la synthèse que l’on attendait sur la France en guerre, de 1870 à nos jours.

Un livre passionnant, qui nous plonge en profondeur (la bibliographie est colossale) dans l’évolution de l’armée française, de sa façon de faire la guerre, de sa composition humaine, sur 150 ans bientôt. François Cochet, agrégé et docteur en histoire,  professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lorraine-Metz, spécialiste des conflits contemporains et de l’expérience combattante du XIXe siècle, à nos jours, va passionner son lectorat.

Les Français en guerre, de 1870 à nos jours – François Cochet – Perrin – 25

Nous l’avons interrogé ci-dessous :

Breizh-info.com : Tout d’abord, qu’est ce qui vous a amené à la passion de l’histoire et à votre carrière professionnelle ?

François Cochet : Le goût de l’histoire  m’est venu très tôt. Mes parents étaient abonnés à des revues grand public comme « Historia ». L’épopée napoléonienne a été -comme beaucoup de petits garçons de mon âge dans les années 1960- un déclencheur d’interêt pour l’histoire des guerres.

En terminale scientifique j’hésite entre médecine et la recherche en histoire, sans trop savoir de quoi il s’agit à l’époque et sans connaître le moins du monde la hiérarchie universitaire. Après mon agrégation, quelques années en secondaire, puis le « cursus honorum » de l’universitaire classique. Doctorat et  recrutement comme maître de conférences ( à Reims), puis HDR (habilitation à diriger les recherches) et élection comme Professeur des Universités (d’abord à Limoges puis à Metz).

Breizh-info.com : Pourquoi avoir choisi 1870 (succession entre Empire et République)  comme date de départ de votre ouvrage ? En quoi 1870 marque une rupture, dans la façon de faire la guerre ou de l’appréhender pour la France et les Français ?

François Cochet : La guerre de 1870 est le premier conflit moderne de notre histoire. Non seulement par les armements qui ont fait des progrès immenses entre les années 1840 et les années 1870, mais déjà par son caractère de rapidité de déplacements des troupes (grâce au train) et l’importance de la logistique.

En outre, elle présente la spécificité de commencer sous un Empire et de s’achever sous une République dans les affres d’une horrible guerre civile (La Commune de Paris).

Elle met en oeuvre, dans la partie républicaine de a guerre, des populations civiles armées (les « Francs-Tireurs ») qui préfigurent assez fortement la notion de peuple en armes de la Résistance, durant la Seconde Guerre mondiale.

A tous ces titres, la guerre de 1870 constitue effectivement une rupture importante dans les manières de faire la guerre.

Breizh-info.com : Si vous deviez établir la comparaison (et les points de ressemblance) entre un soldat français de 1870 et un soldat français d’aujourd’hui, que diriez vous ?

François Cochet : Un premier point de ressemblance s’impose. Un soldat est au service d’un gouvernement légal qui lui donne l’ordre d’aller combattre ici ou là. Le soldat de 1870, comme celui d’aujourd’hui ne décide pas de la guerre, mais il la fait, sur ordre. Une deuxième ressemblance tient dans la disponibilité des troupes qui doivent demeurer sous pression tout le temps, même si -fort heureusement- elles ne combattent pas tout le temps.

Les différences, sont bien entendu, immenses aussi. En 1870, c’est le nombre de combattants qui fait la puissance d’une armée. Aujourd’hui, non seulement les porteurs d’armes directement engagés au feu sont de moins en moins nombreux, mais l’on a vu monter considérablement monter en puissance la notion de « logistique » au sens large, nécessaire pour l’alimentation  en renseignements, transports, approvisionnements de toutes sortes, le soldat directement au feu.

Dans une armée actuelle, il y a entre 12 et 15 non-combattants pour 1 combattant direct.

Breizh-info.com : Comment a évolué le rapport à la mort dans la tête des français engagés sur les conflits ? On a l’impression qu’aujourd’hui, le moindre homme tué au combat compte nationalement et médiatiquement ce qui n’était pas le cas hier.

François Cochet : Longtemps, la seule « belle mort » a été la mort au combat. Mais effectivement, les démocraties occidentales sont réticentes à voir des hommes mourir à la guerre (alors même que la mort au combat est érigée par d’autres en martyrologue). Mais c’est surtout parce que notre société très riche a de plus en plus tendance à nier la mort elle-même. Au 19e siècle, la mort faisait intrinsèquement partie de la vie quotidienne.

Les vieillards mourraient chez eux, entourés des leurs, et non pas derrière un paravent dans un hôpital, les enfants étaient encore nombreux à mourir dans leur jeune âge et les parents le savaient et avaient tendance à faire plus d’enfants pour être sûr d’en conserver. Aujourd’hui, la mort n’est plus vue comme une chose naturelle, mais comme un scandale. C’est encore plus vrai dans le cas de la mort violente donnée par les armes.

En 2010, un certain nombre de familles des 10 tués de l’embuscade d’Uzbin en Afghanistan ont porté plainte contre l’Etat, alors même que ces soldats tués avaient le statut d’engagés volontaires, ayant acceptés de donner mais aussi de recevoir la mort au combat.

Breizh-info.com : Quel regard portez vous sur la professionnalisation de l’armée et la fin de la conscription ? Quelles conséquences et quelles transformations cela a t”il entrainé ?

François Cochet : La professionnalisation était déjà en cours avant 1997 et correspondait à plusieurs logiques. Le temps n’est plus au gros bataillons, mais à des soldats très « technologisés » en petit nombre. En outre, la guerre d’Algérie a constitué un moment de rupture entre la jeunesse française et la notion de « devoir de défense ». Il fallait effectivement passer à une armée de métier, ce que Charles de Gaulle préconisait dès la fin des années 1930.

La fin de la conscription (la loi de 1997 dit la « suspension » et non la « suppression » d’ailleurs!!) est d’ailleurs passée « comme une lettre à la poste » et n’a pas fait l’objet de grands débats politiques, comme l’avait fait l’instauration d’une conscription généralisée en 1889. Pourtant après 1997, le « deal » était le suivant: avoir une armée de format réduit mais mieux équipée.

De ce point de vue, le but n’est pas atteint, du fait que la France est le pays d’Europe occidental a avoir le plus réduit ses dépenses militaires. Certains matériels sont usés jusqu’à la corde (les VAB par exemple), la France n’a qu’un porte-avion l’obligeant à ne pas être opérationnel lors des grandes révisions. Pour intervenir au Mali, la France a du louer des avions gros porteurs.

Par ailleurs, en quelques années, l’ARmée de terre est passée de 120 000 à environ 80 000 (« L’armée du stade de France », dans la mesure où la totalité des personnels de l’Armée de terre pourrait y tenir), alors qu’il y a plus de 143 000 personnels de la SNCF.

Dans le cadre des interventions extérieures comme dans celui des missions sur le sol français (vigipirate), les troupes sont très (trop?) fortement sollicitées. L’évolution favorable, c’est que depuis quelques années, les Français aiment considérablement leur armée et que les temps d’un antimilitarisme virulent des années 1970 est dépassé.

Breizh-info.com : Sur plusieurs générations, une famille de militaires français aura pu voir l’ainé partir coloniser le monde, son fils se battre pour ne pas perdre les terres conquises par son père, et son petit fils se battre contre ceux que le grand père avait colonisé…n’est ce pas à y perdre le nord ?

François Cochet : C’est effectivement possible dans certaines familles ou la carrière militaire constitue une tradition. Pourquoi serait-ce perdre le Nord? C’est tout simplement le signe que la République française s’est d’abord constitué un Empire colonial (comme toutes les puissances européennes) au XIXe siècle, qu’elle a ordonné à ses soldats de le conquérir, puis de défendre cet Empire colonial au moment de la décolonisation et de lutter contre le terrorisme aujourd’hui.

C’est tout simplement l’évolution des grandes missions que se fixent les régimes politiques qui ont évolué. Encore une fois, le soldat ne choisit pas les missions qui lui sont confiées.

L’armée française a-t-elle progressé entre plus d’un siècle, dans le sens , a t-elle retenue des erreurs commises à chaque conflit ?

Les militaires sont comme les hommes politiques, il leur arrivent de commettre des erreurs. Mais alors que ces derniers n’ont pas de mémoire de leurs erreurs, les militaires se voient reprocher tel ou tel comportement. Les défaites françaises existent, bien entendu. Mais elles doivent être analysées à l’aune de plusieurs responsabilités croisées. Ainsi la guerre d’Indochine est perdue non pas parce que l’ARmée française y est mauvaise, mais parce que les dirigeants de la IV e République ne donnent jamais les moyens militaires de l’emporter..

La guerre d’Algérie est gagnée sur le terrain mais perdue diplomatiquement et politiquement. La réalité historique est toujours plus complexe que les stéréotypes de mémoire.

Ce qui est certain, c’est que l’armée française a toujours pratiqué ce que l’on appelle aujourd’hui le « Retex » (retour d’expérience) et qu’elle a su tirer les enseignements de certains travers, notamment au plan opérationnel et montrer la voie à d’autres armées.

L’usage de l’hélicoptère pour déposer des troupes au plus près de l’ennemi, que développent les Français en Algérie, est totalement repris par les Américains durant la guerre du Vietnam.

Breizh-info.com : Comment voyez vous l’armée français et le soldat français dans cent ans ?

François Cochet : Vaste question: l’historien n’est pas « Madame Soleil »!! Plus numérisée incontestablement, sans doute plus « dématérialisée » comme l’ensemble des sociétés d’alors. Sans doute plus robotisée aussi. Le rêve étant de se combattre sans mettre en danger la vie de soldats de chair et de sang.

Quant à la guerre, qui fait partie de la nature humaine depuis le néolithique, elle aura changé de visage, mais elle sera toujours là.

Breizh-info.com : Que lisez vous actuellement ? Des conseils ?

François Cochet : Je lis des ouvrages de collègues, pour continuer de travailler, et constamment les aventures complète de Sherlock Holmes de Conan Doyle, un des grands repères de ma vie !

Propos recueillis par Yann Vallerie

Photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2017/05/20/69992/francois-cochet-francais-france-guerre-1870/

mardi 7 novembre 2023

Istoerioù Breizh. 1870, Le Camp de Conlie, des Bretons sacrifiés [vidéo]

 

07/11/2016 – 07H15 Centre Bretagne  (Breizh-info.com) –Istoerioù Breizh, c’est le projet de Nicolas Graignic, un jeune breton de 28 ans dont nous vous avions parlé en Mai 2016.

L’objectif : faire découvrir de façon ludique et « compressée » l’histoire de la Bretagne, trop souvent méconnue, notamment par les scolaires de la région.

Depuis le mois de mai, Nicolas Craignic a réalisé 8 vidéos (voir la chaine ici), dont la dernière, sur un épisode tragique pour la Bretagne ; 1870 et le sacrifice des Bretons du camp de Conlie.

Musiques :

Ar chouaned a vro gwened – Pobl an ermin-
Adrian Von Ziegler -Wolf blood- -Skilfingr-
Triskell -Soudard Conlie-

Références:

Jean Sibenaler
Conlie, les soldats oubliés de l’armée de Bretagne-

Arthur Le Moyne de La Borderie
Le camp de Conlie et l’armée de Bretagne- Rapport fait à l’Assemblée Nationale

www.loire1870.fr

Alain Boulaire, professeur d’histoire-géographie, est par ailleurs revenu sur ce tragique épisode, sur le site de l’université du temps libre « Kreiz Bro Leon »

Historique

La guerre de 1870 a été provoquée par Bismarck pour faire l’unité de l’Allemagne aux dépens de la France. Défaite de Sedan et abdication de Napoléon III le 2 septembre 1870.  La république est proclamée le 4 septembre. Léon Gambetta installe un gouvernement provisoire à Tours et entreprend  la « guerre patriotique » pour résister à l’ennemi envahisseur. Parmi les résistants se trouve Emile de Keratry , noble breton, qui l’incite à lever une armée de Bretagne, dans le but de libérer Paris assiégé par les Prussiens, en raison du poids économique, politique et surtout symbolique de la capitale. L’armée bretonne comporte 50 000 mobilisés dès octobre 1970, en avance sur les autres régions.

Emile de Keratry commande cette armée, assisté d’Ernest Carré-Kerisouet.

Ce qui est prévu : L’armée bretonne partira du Mans, appuyée au nord  par une armée de Normandie, au Sud par une armée des pays de Loire. Elle sera fournie en armes perfectionnées, semblables à celles de l’armée régulière : 40 000 fusils remington, dont une partie sont des surplus de la guerre de Sécession. En fait ces armes ne seront jamais livrées, les Bretons recevront des fusils en bois, des fusils qui explosent dès qu’on s’en sert, et même des bâtons.
Noter que la Bretagne est bretonnante et gallèse, et très proche encore de la  chouannerie. Mais les Bretons feront leur devoir.
Le camp est installé à Conlie, à l’ouest du Mans, pas loin de la voie ferrée. L’état-major sera logé dans une ferme sur la butte de la Jaunelière.
Pour le génie, Keratry appelle Armand Rousseau (fils du fondateur de Keremma). Il est issu de polytechnique,  ingénieur du port de Brest, républicain convaincu. Il commence à mettre en place les installations. Mais les troupes arrivent avant que les travaux ne soient réalisés, et sont logées sous  des tentes. Or l’hiver 1870 est l’un des plus rudes du XIXème siècle : le baromètre descend jusqu’à – 20°, il neige et il pleut abondamment. Partout en France la boue est omniprésente, en particulier à Conlie où 50 000 hommes piétinent.

Keratry est remplacé par le général de Marivault alors que le camp est déjà un cloaque. Ce dernier ordonne immédiatement une première évacuation, contre les ordres de Gambetta , le 19 décembre 1870. Dès le lendemain, les 15 000 soldats les plus faibles se replient sur Rennes. Les plus malades sont renvoyés dans leurs familles.  Sur 45 bataillons, 6 seulement ont combattu l’ennemi, envoyés en première ligne sans avoir jamais été entraînés, sans être armés (pour le combat de Saint Malo ils disposaient de fusils hors d’usage et de 100 cartouches, pour être confrontés à l’élite de l’armée prussienne).

Si les Bretons sont maltraités par Gambetta c’est pour des raisons idéologiques.  Persuadé que les Bretons sont des chouans  opposés à la république, des catholiques réactionnaires, il les envoie à l’abattoir, ne fait jamais aucun effort pour les secourir. Leur souffrance est incommensurable : les conditions climatiques les empêchent de s’entretenir physiquement, de se déplacer. Ils sont malades, le seul fait de se ravitailler les épuise.

Anecdote significative : Lorsqu’ils essaient de manifester leur refus  en demandant de retourner « à la maison », d’arguer en breton, on prend leur demande à contre-sens, comme une demande d’aller à la guerre.

Lorsque le cessez-le-feu intervient en février 1870 l’armée n’a quasiment pas combattu mais a payé un tribut énorme à la maladie. Il s’en dégage un sentiment de gâchis, dû à une accumulation d’erreurs et de mauvaise foi.

Une commission parlementaire mène une enquête, qui aboutit au livre d’Arthur Lemoine de la Borderie. Il rapporte les vexations dont ont été l’objet Keratry et son successeur.  Il charge Gambetta dont on ressent l’acharnement.

Le romancier Léon Bloy a été particulièrement marqué par cet épisode. Dans son ouvrage « Sueur de sang » il compare la situation des soldats bretons à celle des naufragés du radeau de la Méduse.

L’histoire s’est déroulée sur cinq mois, sans bataille majeure, et on a compté plus de morts en pourcentage que lors de la première guerre mondiale.

Pourquoi le silence sur cet épisode ?

Après 1871 l’ambition de la France est de reconquérir les provinces perdues. Pour former une jeunesse patriote et nationaliste, l’école de la république enseigne l’histoire revue par Lavisse. Prenant le temps à rebours, on exalte tous les personnages qui ont agrandi et sauvé la France. Napoléon III devient un mauvais souverain, Louis Philippe un bon roi bourgeois,  on chante Napoléon 1er le grand, la révolution créatrice de la république. Louis XVI est vu comme un benêt mené par une Allemande. Les grandes figures sont Louis XIV, Saint Louis, Jeanne d’Arc…

Au moment où se poursuit l’unification du pays à travers la langue, aucune place n’est faite aux  provinces et aux particularismes locaux. Une armée de Bretagne est perçue comme réactionnaire, dans la suite des bonnets rouges et des chouans. On a hâte de l’oublier.

De son côté Gambetta  est perçu comme un grand homme, il ne peut avoir de zones d’ombres ni de faiblesses. En fait c’était un opportuniste.

Des mouvements bretons ont mis en avant le camp de Conlie, faisant des soldats Bretons des héros. Mais ils ont été très peu acteurs de leur tragédie : ils avaient seulement la volonté d’être utiles ou de rentrer chez eux.

Dès 1873 on a érigé la croix des Bretons au cimetière de Conlie. C’est seulement en 1913 qu’un monument souvenir a été élevé à La Jaunelière. Une plaque commémorative y a été apposée lors du centenaire en 1971.

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2016/11/07/52630/istoeriou-breizh-1870-camp-de-conlie-bretons-sacrifies-video/

lundi 16 octobre 2023

Château de Sedan : le plus grand château fort d’Europe a fière allure

 

Sedan, un nom qui a trop souvent été synonyme de honte en raison de la défaite de Napoléon III en 1870. Cependant, en 2023, les Français ont décidé de redonner à cette petite ville des Ardennes un peu de sa gloire passée. En effet, ce château, surplombant la ville tel un gardien silencieux et à la longue histoire, a été choisi, ce 13 septembre dernier, comme le monument préféré des Français.

Un symbole de force et d’indépendance

Surnommé le « Géant des Ardennes », cet édifice vieux de plus de six siècles est le plus grand château fort d’Europe. Édifié sur les hauteurs de la ville de Sedan, la place forte fut construite par les seigneurs de La Marck vers 1421. La présence de cette construction fortifiée en ce lieu n’est cependant pas sans raison. En effet, la région a sans cesse été tiraillée entre les volontés belliqueuses du royaume de France et celles du Saint-Empire romain germanique. En 1495, le château fut assiégé par l’empereur Maximilien, puis à nouveau en 1521 par Charles Quint. Fort heureusement pour les seigneurs locaux, les sièges furent des échecs. L’avidité territoriale des souverains d’Europe poussent cependant les maîtres des lieux à agir en conséquence. Ces derniers n’hésitent pas ainsi à renforcer leur demeure en créant de nouvelles terrasses d’artillerie, de nouveaux bastions, et en augmentant la largeur des murailles afin d’assurer la défense de leur propriété.

Déclin et défaite

Mais tous ces moyens de défense ne peuvent résister à la volonté conquérante de la France. En 1646, le château finit par céder aux assauts militaires de Louis XIII. Le dernier prince de Sedan Frédéric-Maurice de La Tour d’Auvergne remet, la mort dans l’âme, les clés de sa demeure au roi de France. Ce dernier assimile ainsi cette puissante principauté à son royaume. C’est au sein de cette demeure, qu'en 1611 naquit cependant l’un des plus grands maréchaux de France qui contribua aux gloires militaires de Louis XIV : Henri de la Tour d’Auvergne, plus connu sous le nom de Maréchal de Turenne.

Devenu garnison, le château de Sedan perd le faste qu'il avait connu sous ses princes d’antan. Considéré comme un élément stratégique à la défense territoriale de la France, le site ne sert plus qu’à renforcer la ceinture de fer instaurée par Vauban. Cette utilité martiale fut son destin jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle. À la fin de la guerre franco-prussienne, on y vit flotter le drapeau blanc de la reddition tandis que lors de la Grande Guerre, pris par les Allemands, le château servit de camp d’internements pour les prisonniers de guerre du kaiser.

Renaissance du château

Il faut ainsi attendre 1962 pour que le château, cédé par l’armée à la ville de Sedan, puisse renaître. De nombreuses campagnes de restauration sont alors menées afin de préserver le site. Classé comme monument historique en 1965 et devenu musée de la ville, l’édifice devient ainsi l’un des principaux sites touristiques des Ardennes. Cette renaissance auprès du public contribua sûrement à sa nomination, ce 13 septembre, lors de l’émission « Le Monument préféré des Français 2023 » présentée par Stéphane Bern. Le château devança alors quatorze autres monuments des régions de France. C’est ainsi que l’abbaye de Cluny en Saône-et-Loire, la basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon, le château royal de Blois ou encore la Bibliothèque nationale de France à Paris ont vu la victoire leur échapper. La place forte de Sedan succède dès lors à la gare maritime transatlantique de Cherbourg-en-Cotentin et au sous-marin Le Redoutable cités en 2022, jusqu’au choix d’un nouveau monument en 2024.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/chateau-de-sedan-le-plus-grand-chateau-fort-deurope-a-fiere-allure/

mercredi 19 juillet 2023

Ernest Renan, le théoricien français de la nation

 

Alors que les notions d’identité et de culture se font de plus en plus présentes dans notre société, au fil des années, et en raison des attaques portées par le wokisme et autres mouvements de déconstruction à notre Histoire, revenons ensemble sur la vie de l’un des plus grands théoriciens, philologues, historiens et philosophes du XIXe siècle. Nous fêtons le bicentenaire de sa naissance ce 27 février : Ernest Renan.

Né en 1823, en Bretagne, le futur académicien réalise sa scolarité dans divers établissements religieux de la capitale comme le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet ou encore celui d’Issy-les-Moulineaux. Doté d’un esprit curieux dans un siècle de découvertes scientifiques perpétuelles, son esprit est toujours tiraillé entre sa foi personnelle et un monde de plus en plus rationnel qui s'éloigne de Dieu. Ce processus lui permet de transcrire sa pensée dans un livre qui, en 1860, fait trembler le trône de saint Pierre lui-même : La Vie de Jésus. Dans cet ouvrage, Renan présente, à travers une biographie, le Christ comme un homme parmi d’autres, un philosophe, un être charismatique, un personnage historique, mais surtout pas comme le fils de Dieu. La réaction des autorités ne se fait pas attendre. L’auteur se voit privé de ses droits d’enseigner, notamment au Collège de France, et est même désigné par le pape Pie IX comme un « blasphémateur ». Mais toute interdiction d’un livre attire la curiosité des lecteurs, celle-ci fait donc de l’œuvre de Renan un succès de vente durant le Second Empire.

Celui qui fut surnommé, par Victor Hugo, Napoléon le Petit doit lâcher le pouvoir en 1870 après la terrible défaite de Sedan. Attristé par l’état du pays et ses bouleversements interne, Ernest Renan commence à s’interroger sur l’idée du pouvoir et de la nation. Examinant la situation, il reproche à la France, en 1871, à travers son nouvel ouvrage, La Réforme intellectuelle et morale, de ne pas être l’Allemagne, de ne pas rester un régime ferme et autoritaire tel que se présente le nouveau Reich allemand, mais aussi d’être restée catholique et non protestante. Contemplant, aussi, le triste résultat de la Commune de Paris, il conclut que toute ville où demeure un pouvoir à l’aura nationale ne saurait avoir de concurrent ou d’opposant au sein de la même cité. Ainsi, Paris ne saurait avoir de maire tant qu’un roi, un empereur ou même un président y réside. Un enseignement respecté jusqu’à l’élection en 1977 du premier maire de Paris, depuis 1871, de Jacques Chirac et qui peut paraître véridique quant aux agissements de l’ancienne candidate à l’élection présidentielle Anne Hidalgo.

Malgré une admiration non avouée de la société allemande, Ernest Renan présente, en 1882, à travers l’œuvre de sa vie Qu’est-ce qu’une nation ?, sa conception d’un pays, non fondée sur le naturalisme comme le prône l’Allemagne en rassemblant une race ou une langue commune (et l’ayant poussé à revendiquer l’Alsace-Moselle), mais bien un État construit par un peuple au passé commun et tourné vers le même but. Cette notion, aujourd’hui détournée par le célèbre et répété « vivre ensemble », se base non sur une tolérance maladive des individus entre eux mais sur le contractualisme, c’est-à-dire un contrat social entre des citoyens aux mêmes racines poussant ainsi à l’assimilation. Ainsi, n'importe quel étranger pouvait être Français s’il acceptait la culture judéo-chrétienne de la France ainsi que son Histoire : « Une nation, disait Renan est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme […] L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu. »

Un héritage que nous avons reçu et, à l’inverse de ceux qui voudraient l’effacer et le déconstruire, dont nous devons prendre soin. À notre tour de le préserver et le transmettre comme Ernest Renan qui, au crépuscule de sa vie, retourna souvent sur ses terres natales de Bretagne, à ses propres racines, avant de s’éteindre, en 1892, à Paris, le cœur battant d’une nation dont il théorisa les liens et l’origine.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/ernest-renan-le-theoricien-francais-de-la-nation/

samedi 15 juillet 2023

Augustine Tuillerie, l’histoire extraordinaire de l’institutrice aux millions d’élèves

 

… Ou comment « Le Tour de France par deux enfants » a marqué la III° République avec plus de 8 millions d’exemplaires vendus.

Il était une fois un auteur de best-sellers nommé Giordano Bruno dont les lecteurs ne se souciaient pas de connaitre la véritable identité. Ses livres abandonnés aujourd’hui traînent encore dans les greniers, les bibliothèques des maisons de famille, dans les cartons des brocanteurs, rapés, maculés d’encre violette, cornés, frappés du sceau de Bibliothèque de l’école… Ils ont été lus, manipulés, traduits, inondant les salles de classes, transmis dans les familles.

Giordano Bruno a publié quatre titres : Francinet, premier essai de livre scolaire en 1869, aussitôt primé par l’Académie française, voué à diffuser les principes généraux de la morale, de l’industrie, du commerce et de l’agriculture à travers l’aventure d’un jeune orphelin, ouvrier… Puis en 1877, le plus important, Le Tour de France par deux enfants. André et Julien, deux petits lorrains qui découvrent la grandeur de leur patrie, ses grands hommes pacifiques et son génie industrieux, son sens de l’effort et l’éclat de sa civilisation…- mais en gommant Dieu et ses clochers dans l’édition de 1906, après la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ce fut le meilleur ouvrage, le plus lu et le plus aimé ” un hymne à la gloire de ce pays toujours généreux”. Son succès a été foudroyant, 3 millions d’exemplaires en 1887, 7.4 millions en 1914, 8.4 millions pour son centenaire en 1977.

Les deux derniers manuels eurent moins de retentissement, “Les enfants de Marcel”, manuel d’instruction civique et morale en action avec méditations et exhortations sur le patriotisme en 1870. Et en 1916, “Le Tour de l’Europe pendant la guerre ” a vanté une dernière fois le patriotisme et l’héroïsme innés et salvateurs, a mis en garde contre la tuberculose et chanté les familles nombreuses.

Michèle Dassas dans cet ouvrage, nous révèle l’identité de ce Bruno sans barbe ni blouse grise, si instructif, si moralisant et si fêté, c’était en fait une femme, Augustine Fouillé, née Tuillerie, 1833-1923. Tout un travail d’historien dépeint une Augustine toujours combative, servie par une plume limpide, sa soif d’apprendre en butinant partout, sa foi religieuse et ce qui ne gâtait rien une imagination, un sens moral et appétit civique toujours en éveil. Sa vie ne fut pas à la hauteur de ses convictions, malheureusement.  Mais elle voulait transmettre deux idées chères, que l’on ferait bien de remettre au gout du jour : Devoir et Patrie.

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE

Le manuscrit d’« Augustine Tuillerie » a reçu le 1er prix du roman historique de l’Association Arts et Lettres de France, 2022.

Augustine TuillerieMichèle Dassas, Préface de Jean-Pierre Rioux, 328 pages, Editons Ramsay, 20€.

Le tour de France par deux enfants, Giordano Bruno, Edition Belin reprenant le texte de 1877, 16.50€.

https://www.medias-presse.info/augustine-tuillerie-lhistoire-extraordinaire-de-linstitutrice-aux-millions-deleves/175143/

mardi 2 mai 2023

Le 4 septembre 1870

 

Après celle de juillet 1830 et celle de février 1848, la troisième révolution du XIXème siècle en France se produisit le 4 septembre 1870. Deux jours plus tôt, c’est la défaite de Sedan. La guerre de 1870 tourne à l’humiliation pour la France. Napoléon III est prisonnier. La nouvelle se répand à Paris et entraîne un mouvement de foule qui réclame la fin de l’Empire. Ceux qui ont pris le pouvoir ce 4 septembre 1870 et proclamé la république n’eurent qu’à ramasser un pouvoir dont personne ne voulait.

La thèse de ce livre de Pierre Cornut-Gentille, avocat pénaliste, consiste à tenter de démontrer que, si le gouvernement de la Défense nationale n’avait pas été constitué le 4 septembre 1870, Thiers et Gambetta n’auraient pu, après la défaite inéluctable, consolider cette république qui était née dans l’improvisation.

Cet ouvrage, totalement acquis à l’idée républicaine, il faut bien le souligner, a l’avantage de montrer comment une situation tient parfois à peu de choses.

Le 4 septembre 1870, Pierre Cornut-Gentille, éditions Perrin, collection Tempus, 480 pages, 8 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-4-septembre-1870/125814/

lundi 24 avril 2023

Mahan et la maîtrise des mers

  

Le livre de Pierre Naville ici recensé était un des premiers ouvrages en français consacré au théoricien américain de la thalassocratie. Une lecture qui s'impose pour qui veut comprendre notre temps.

Recension : Mahan et la maîtrise des mers, Pierre Naville, Bibliothèque Berger-Levrault, coll. Stratégies, Paris, 1981.

L’amiral américain Mahan vécut de 1840 à 1914 et fut en service actif pendant la guerre civile de 1860 à 1866. Conférencier sur l’histoire et la stratégie navale, puis directeur au Naval War CollegeAlfred Thayer Mahan vécut donc à une époque où les États-Unis préparaient leur ascension politique, industrielle puis navale au détriment de la Grande-Bretagne. Héritier des traditions ploutocratiques anglo-saxonnes, A.T. Mahan a, très tôt, mesuré l’importance de l’empire des mers ou maîtrise océanique. Son œuvre est aussi fondamentale pour la stratégie navale que celle de Clausewitz pour la stratégie continentale.

Comme le fait remarquer Pierre Naville, les deux grands théoriciens militaires du XIXe siècle étaient des historiens de la guerre plutôt que des commandants en chef, mais Clausewitz s’inspire d’expériences contemporaines pour en tirer toutes les déductions utiles ; Mahan, pour sa part, procède par exemplifications partielles. Sa façon de trier les faits s’avère finalement trop inductive et, par ce fait même, partiale et contingente.

Dès 1897, Mahan avait exposé une doctrine qui restera d’application jusqu’en 1945 et qui fut à l’origine du déploiement des forces navales nord-américaines. Mahan recommandait l’association États-Unis/Grande-Bretagne face aux prétentions allemandes et à l’expansionnisme japonais dans le Pacifique. En 1910, il prophétisa les événements de la première Guerre mondiale et mourut le 1er décembre 1914, après avoir prédit la défaite des Empires Centraux et la destruction de la flotte allemande. Apôtre de l’impérialisme maritime, théoricien de la victoire des thalassocraties, Mahan fut l’idéologue de l’hégémonisme naval anglo-saxon.

Publiée en 1890, L’influence de la puissance maritime sur l’histoire consigne l’essentiel de la théorie de la souveraineté océanique. L’océan y est conçu comme le champ clos où les nations signeront leur destin. L’expansion des peuples modernes est avant tout maritime, les contestations entre groupes d’États dépendent directement ou indirectement de leurs capacités à contrôler les océans.

Le but de la guerre océanique est de protéger la liberté de commerce car la guerre n’est rien d’autre que la continuation par des moyens violents des rivalités commerciales à grande échelle. Pour mener à bien une guerre navale, il convient de contrôler trois types de points stratégiques : les passages obligés, le domaine côtier et les bases d’appui ; l’objectif d’une campagne maritime étant de protéger les voies d’approvisionnement du camp ami et de rompre les voies de communications de l’adversaire. Il importe également de contrôler les voies de passages obligatoires : îles, golfes, isthmes, canaux, détroits et embouchures des fleuves, les bases fortifiées servant à la fois de refuge et de point d’appui.

Mahan conçoit les océans comme un espace nomade à comparer avec le désert : les marins sont les nomades de l’océan qui se livrent à des raids, des contre-raids ou à des batailles rangées. Le fondement de la maîtrise des mers est le commerce lié à une production industrielle croissante ainsi que le contrôle des voies et des façades maritimes.

Six conditions affectent la puissance maritime d’un peuple : sa position géographique, la conformation physique, l’étendue territoriale, le nombre d’habitants, le caractère de la population et celui des gouvernants.

1. LA POSITION GÉOGRAPHIQUE :

En fonction de celle-ci, Mahan distinguait quatre types d’États :

  • Les États à forte couverture maritime tels la Hollande, la Grande-Bretagne et les États-Unis ; ces États sont des candidats heureux à l’hégémonisme maritime.
  • Les États à forte couverture maritime tels la Hollande, la Grande-Bretagne et les États-Unis ; ces États sont des candidats heureux à l’hégémonisme maritime.
  • Les États mixtes comme l’Espagne, la France hésitent entre l’expansion maritime et l’expansion continentale. Le détroit de Gibraltar séparant leur littoral atlantique et méditerranéen empêche la jonction de leurs flottes.
  • L’Allemagne puis la Russie figurent parmi les adversaires terrestres (continentaux) les plus acharnés des deux premières catégories d’États. Les États enclavés, comme la Suisse, l’Autriche, la Hongrie, se voient condamnés à une politique d’isolationnisme ou de neutralité garantie par une puissance terrestre.

2. LA CONFIGURATION PHYSIQUE D’UN ÉTAT :

Cela comprend ses positions côtières, son système de production industrielle, son armement, la richesse ou la pauvreté de son sol et de son sous-sol. Gibraltar, Malte, les îles Malouines, les détroits turcs, le Skagerrak, le Cap de Bonne Espérance représentent les verrous stratégiques du champ de bataille naval. C’est la pauvreté du sol anglais qui explique que l’Angleterre, n’ayant rien à exporter, ses habitants furent pousser vers l’extérieur par le besoin de survivre et de prospérer. L’Empire Britannique repose tout entier sur l’association triadique du producteur, du navigateur et du colon. Le contrôle de Gibraltar a permis à la Grande-Bretagne de tenir en échec la France et l’Espagne.

3. L’ÉTENDUE D’UN TERRITOIRE, de ses côtes, leur longueur, leur forme exercent une influence décisive sur la géopolitique terrestre et la politique navale d’un pays. Certains États, comme l’Union Soviétique et les États-Unis, contrôlent de facto un étendue de territoire tels qu’ils peuvent cumuler l’hégémonie terrestre et maritime dans leur sphère d’influence respective. Certains territoires, comme celui du Brésil ou de la Chine fournissent des ressources qui garantissent à leu population une existence quasi-autonome. Mais la totalité des États européens forment des pyramides reposant sur leur pointe : le sommet se situe en Europe et la base — les matières premières — est en Afrique ; à la différence des États-Unis et de l’URSS ou de la Chine, l’Europe n’a pas de base sur son propre territoire. Les autres puissances détiennent leurs propres matières premières et n’entrent en relation avec le reste du monde qu’avec leur sommet (c’est-à-dire leur diplomatie).

4. L’IMPORTANCE NUMÉRIQUE DE LA POPULATION joue également un rôle décisif : l’étendue des côtes est source de force ou de faiblesse selon que la population est nombreuse ou clairsemée. La densité de la population désigne non seulement le total d’habitants mais surtout la fraction apte à vivre sur mer ou occupée dans les industries d’armement naval.

5. LE CARACTÈRE NATIONAL, c’est la personnalité de base d’un peuple en rapport avec son passé historique, ses traditions et ses aspirations politiques et ses formes d’enseignement. Mahan décrit la prudence et la timidité française dans la course à l’imperium naval comme la résultante d’un tempérament de petit rentier.

6. LE TYPE DE GOUVERNEMENT. C'est lui qui détermine, en dernière instance, les prétentions à l’Empire des mers. Un minimum de despotisme éclairé est nécessaire pour créer une brillante marine de guerre. Au tableau d’honneur du "Sea-Power" on peut citer les gouvernements anglais successifs qui, présidant au destin de la nation au XIXe siècle, recherchèrent avant tout la gloire nationale en restant insensibles aux souffrances des masses. Par la marine civile et militaire, la circulation des élites viriles fut assurée, en Grande-Bretagne, durant tout le XVIIIe et le XIXe siècle, ce qui ne fut pas le cas en Espagne et en France où les préjugés bloquaient le processus.

Cette théorie de Mahan, féconde en enseignements de tous genres, constitue cependant un exemple de ce qu’il faut éviter, un modèle d’essai réductionniste. Mahan puise l’essentiel de ses exemplifications dans l’histoire des conflits opposant des puissances à forte ouverture maritime (comme la Grande-Bretagne) à des États mixtes comme l’Espagne ou la France. Sa volonté est nette de négliger les contre-exemples fournis par l’histoire macédonienne, romaine ou chinoise, les expansions turque et tsariste, l’impérialisme allemand à l’Est de l’Europe.

Seuls sont retenus les moments historiques favorables à sa thèse : la guerre de Sécession, la Bataille d’Aboukir, la Guerre de Sept Ans, la chute de premier Empire colonial français, au début du XIXe siècle. Mahan extrapole à partir du modèle britannique dans sa période d’apogée. Le procédé est logique, dans la mesure où la théorie de la suprématie navale vise à transformer le continent européen en terrain de chasse désarmé, profitable à l’impérialisme américain en gestation.

De tout cela découle une conception punique, mercantile et unilatérale de l’histoire militaire. Ce réductionnisme qui tend à expliquer la lutte pour la dominance planétaire par des motifs exclusivement commerciaux, s’applique très difficilement aux grands conflits militaires des XIXe et XXe siècle.

L’exemple des campagnes napoléoniennes, ceux des guerres de 1870, de 1914-18 et de 39-45 nous enseignent le caractère décisif des opérations terrestres car, dans ce type de conflit, ce qu’il faut finalement contrôler, ce sont des entités territoriales terrestres.

Ainsi, pour venir à bout de la puissance terrestre de l’Allemagne hitlérienne, les thalassocraties anglo-saxonnes ont du s’allier à une autre puissance continentale : la Russie soviétique. Ce sont le potentiel industriel américain l’immensité de la plaine russe, la démographie ascendante du peuple russe et la ténacité de la guérilla yougoslave qui sont finalement venu à bout de l’Allemagne nazie.

Pareillement, c’est sur la terre espagnole puis russe que se perdit l’Empire napoléonien. En dernière instance, c’est toujours sur terre que le vaincu se décide à subir son sort final. Comme toute théorie fondée sur une méthode inductive l’hypothèse de Mahan s’est trouvée dépassée par l’évolution de la technique ; ici, en l’occurrence militaire.

L’apparition de l’avion supersonique, des missiles, de l’énergie nucléaire et du système de communication par satellites sonnent le glas de la suprématie strictement navale. Le sous-marin et l’aviation ont rendu aléatoire les missions de navires de guerre qui, selon Mahan, est de défendre les convois.

Bien sûr, on peut riposter aux sous-marins par le porte-hélicoptères et aux avions par les missiles mais il n’en reste pas moins que porte-avions et porte-hélicoptères représentent des cibles de choix, des “grandes précieuses” en langage maritime, non seulement pour les sous-marins mais également dans la défense côtière, pour les vedettes lance-missiles. On peut venir à bout d’une armada gigantesque avec des moyens nucléaires modestes. Ainsi le sous-marin nucléaire et les missiles sont devenus les armes principales de la guerre transocéanique.

Bernard Marchand, Orientations n°3, 1982.

http://www.archiveseroe.eu/recent/30

mercredi 29 mars 2023

Réédition des Mémoires de Bismarck

 

Les éditions Perrin viennent de rééditer les Mémoires de Bismarck (1815-1898) avec une présentation de Jean-Paul Bled, grand spécialiste de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

Otto von Bismarck est un personnage important de l’histoire du XIXème siècle tant allemand qu’européen et sa marque a perduré après lui. Par ses origines, il appartient au milieu des Junkers. Il en épouse les valeurs et le mode de vie. Mais ce n’est là qu’une face de la personnalité de Bismarck, qualifié de “réactionnaire rouge” par Frédéric-Guillaume IV. Bismarck se montre rapidement comme un partisan de l’éviction de l’Autriche hors du corps germanique, ce qui passera immanquablement par un conflit armé avec la monarchie habsbourgeoise. Ce qui, pour les conservateurs allemands, est une abomination qui pousserait l’Allemagne à devenir l’alliée de la France considérée comme l’incarnation de la Révolution.

Mais Otto von Bismarck entre avant tout dans l’histoire comme le bâtisseur de l’unité allemande au terme de trois guerres victorieuses (1864, 1866 et 1870-1871) et l’architecte de la grandeur prussienne. A ce titre, il désigne les catholiques comme des “ennemis du Reich” car ils dont accusés de constituer un corps étranger au sein de l’Allemagne protestante. Bismarck va développer la Kulturkampf dont l’objectif est d’écarter tant les catholiques que les socialistes au nom de l’unité allemande. Mais il obtient l’effet inverse à celui escompté. Catholiques comme socialistes, rejetés, vont développer des cultures autonomes de plus en plus influentes. Finalement, Bismarck doit quitter le pouvoir, chassé de la chancellerie par Guillaume II.

Bien avant d’avoir quitté le pouvoir, Bismarck conçoit le projet d’écrire ses Mémoires. Mais c’est à partir de 1890 qu’il se met à rédiger ce monument à sa gloire qui doit lui permettre de prendre sa revanche par l’écrit. En mai 1892, la première mouture de l’ouvrage, prévu pour paraître en deux tomes, est achevée. Mais Bismarck continue d’y apporter des corrections. Ce n’est en définitive qu’après sa mort que sortent en librairie les Mémoires de Bismarck. Elles connaissent aussitôt un énorme succès de vente. La traduction française paraît dès l’année suivante. Bismarck rejoint ainsi Frédéric II au panthéon de l’Allemagne.

Mémoires, Bismarck, éditions Perrin, 656 pages, 27 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/reedition-des-memoires-de-bismarck/142051/

dimanche 26 février 2023

Algérie, la conquête : comment tout a commencé (Thierry Nélias)

 

Thierry Nélias est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à des moments de l’Histoire de France. Il signe aux éditions Vuibert un nouvel ouvrage intitulé Algérie, la conquête.

Tout commence donc avec l’expédition militaire de juin 1830. Officiellement, il s’agit pour Charles X de laver l’affront commis trois ans plus tôt par le dey d’Alger, lorsque celui-ci a frappé plusieurs fois de son chasse-mouches le Consul de France. 65.000 marins et hommes de troupe, 80 pièces de siège, le tout à bord de 460 navires, font route avec mission de châtier l’arrogance de Hussein-Pacha et d’anéantir la piraterie dans la Méditerranée. Le 14 juin à l’aube, les conquérants s’élancent et en très peu de temps hissent le drapeau du roi au sommet de la tour de défense de Sidi-Ferruch, dont la presqu’île est rapidement transformée en comptoir français. Le 19 juin, les forces arabes et turques lancent un assaut d’envergure. 40.000 mahométans passent à l’attaque mais l’organisation tactique française est victorieuse. C’est le début de la conquête de l’Algérie. Quantité de grands noms de l’armée française vont s’illustrer sur cette terre algérienne. Citons par exemple le duc d’Aumale qui s’empare en 1843 de la fameuse Smala, l’immense base nomade d’Abd-el-Kader. C’est aussi cette colonisation algérienne qui va façonner la Légion étrangère ainsi que les spahis. Durant ces décennies qui s’étendent jusqu’en 1870, les Français ne s’imposent pas que par la force militaire. Ils se révèlent aussi bâtisseurs. Le roi Louis-Philippe ayant décrété « l’occupation générale », de grandes plumes comme Louis Veuillot ou Alexis de Tocqueville décident de venir étudier de près l’aventure de la colonisation de l’Algérie. Les Français vont aussi s’occuper de la cruciale question de l’eau et grâce à cela œuvrer au développement agricole. Les géographes français vont dresser la cartographie du pays. Des villes et des villages naissent là où jadis il n’y avait que déserts. Autant d’aspects aujourd’hui trop oubliés.

Ce livre est le récit d’une épopée fabuleuse et se lit comme un formidable roman d’aventures dont tous les personnages appartiennent bien à l’Histoire de France.

Algérie, la conquête, Thierry Nélias, éditions Vuibert, 272 pages, 19,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/algerie-la-conquete-comment-tout-a-commence-thierry-nelias/156724/

vendredi 24 février 2023

Louis-Gaston de Sonis, Soldat du Christ (Clotilde Jannin)

 

Clotilde Jannin, ingénieur de formation et mère de famille, fait partager sa passion de l’Histoire en écrivant de courtes biographies qui enthousiasmeront les jeunes gens. Louis-Gaston de Sonis, Soldat du Christ est le quatrième ouvrage qu’elle publie chez les Editions Edilys. Clotilde Jannin nous raconte la vie d’un officier exceptionnel et d’un héros catholique dans un contexte tendu : coup d’Etat de Napoléon III, guerre de 1870, persécutions anti-catholiques de la IIIème République à partir de 1880 qui pousseront le général de Sonis (1825-1887) à la démission (son fils Henry sera confronté au même dilemme en 1905, lors des Inventaires).

Tout au long de ces pages apparaissent les qualités et vertus de ce « centurion ». Héros sur les champs de bataille, apprécié tant par ses pairs que ses subordonnés, il s’impose l’obligation d’accomplir le plus parfaitement possible son métier d’officier dans l’exercice de toutes ses responsabilités. Affecté en Algérie, il apprend aussitôt l’arabe afin de pouvoir s’adresser aux indigènes, les écouter et mieux connaître leurs us et coutumes. Il reste aussi un modèle d’époux et de père (il a eu douze enfants !). Et dans tous les domaines de l’existence, il a fait sienne la devise de sainte Jeanne d’Arc « Messire Dieu premier servi ».

L’ouvrage est écrit de façon très vivante et accessible à partir de 14 ans, ce qui n’empêche que bien des adultes trouveront également plaisir à la lire.

Un cahier iconographique réhausse ce livre édifiant. Outre de rares photographies, le lecteur sera fasciné par la reproduction du splendide tableau d’Horace Vernet représentant la première messe en Kabylie le 14 juin 1853, l’autel entouré de l’armée française à genoux. L’ouvrage bénéficie également d’une très belle préface du général Gilles de Moncuit, président d’honneur de l’Association des Amis de Sonis-Loigny, et dont deux ancêtres ont fait partie des Zouaves pontificaux.

Louis-Gaston de Sonis, Soldat du Christ, Clotilde Jannin, préface du Général Gilles de Moncuit, éditions Edilys, 216 pages, 17 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/louis-gaston-de-sonis-soldat-du-christ-clotilde-jannin/156839/

jeudi 22 décembre 2022

L’épopée des Zouaves Pontificaux : la dernière croisade

 

l-epopee-des-zouaves-pontificaux

Paru pour la première fois en 1913, cet ouvrage de qualité est réédité par les éditions Sainte Philomène avec une mise à jour et augmenté de notes, de cartes et d’illustrations.

Garibaldi est célébré par les naïfs et, surtout, par la franc-maçonnerie comme l’auteur de l’unification italienne. Il convient d’emblée de rappeler que Garibaldi était avant tout un révolutionnaire haineusement anticatholique. D’autre part, le roi Victor-Emmanuel II était lui-même viscéralement anticlérical et voulait mettre la main sur les territoires pontificaux.

En 1860, l’Etat pontifical est assiégé par les révolutionnaires. Le Pape Pie IX confie alors à Mgr Xavier de Mérode, ancien officier belge devenu camérier de Sa Sainteté, de créer une armée et de lui trouver un chef. Ce chef sera le général français de La Moricière. A deux, ils vont lever une armée de volontaires venus principalement de Belgique et de France, mais aussi d’Italie, de Hollande, de Suisse, d’Irlande et d’Autriche.

Défendre Pie IX contre ses ennemis est un devoir sacré pour le chrétien, qui doit tout abandonner pour accourir au secours du trône de saint Pierre. C’est dans cet esprit que des hommes de toutes conditions, de la noblesse au monde ouvrier, vinrent se battre pour le Pape et pour la Chrétienté.

Mgr de Mérode était personnellement très investi dans cette épopée militaire. L’ouvrage rapporte cette remarque de Mgr de Mérode au général de La Moricière : « C’est une singulière occupation pour un prêtre mais nous sommes revenus au temps des croisades, où les légats d’Urbain II et d’Innocent III, revêtus d’une cuirasse, prêchaient la guerre sainte en faisant porter devant eux, au plus fort de la mêlée, la lance et la croix du Sauveur.« 

Les soldats du Pape prirent même à l’église de la Santa Clasa les drapeaux de Lépante.

La première bataille, à Castelfidardo, est hélas un désastre. Seul le Latium reste aux mains du Pape. Mais de nouveaux volontaires affluent. Il en vient même d’Espagne, de Pologne, d’Angleterre et du Canada. Entre 1860 et 1870, 25 nationalités furent représentées dans cette armée pontificale.

Au bout de dix années d’une lutte intrépide, c’est la chute de Rome en septembre 1870, qui donna lieu à des scènes atroces guidées par un antichristianisme barbare.

Ce récit se lit comme un roman d’aventures. Il s’agit pourtant bel et bien de l’héroïque et authentique épopée des Zouaves Pontificaux dans laquelle s’illustrèrent de grands noms dont Athanase de Charrette est resté l’un des plus célèbres.

Cette épopée des Zouaves Pontificaux est surnommée la dernière croisade.

L’épopée des Zouaves Pontificaux, Henry Méhier de Mathuisieulx, éditions Sainte Philomène, 320 pages, 25 euros 

A commander auprès de l’éditeur.

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vendredi 11 novembre 2022

Les Volontaires de l’Ouest dans la guerre de 1870-1871 (Patrick Nouaille-Degorce)

 

Les  Volontaires de l'Ouest

Patrick Nouaille-Degorce, docteur en histoire, avait consacré sa thèse de doctorat aux Volontaires de l’Ouest. Ce livre en est un résumé agrémenté de nombreuses photographies et cartes ainsi que d’une préface du Lieutenant-Colonel Armel de Charrette, président d’honneur de l’Association des Descendants des Zouaves Pontificaux et Volontaires de l’Ouest.

La guerre de 1870-1871 est une guerre méconnue dont les Volontaires de l’Ouest, avatars des Zouaves Pontificaux, semblent avoir été oubliés par l’Eglise elle-même. Est-ce parce que les valeurs défendues par ces combattants de la foi sont très loin des idées politiquement correctes contemporaines ? La défense du pouvoir temporel des Papes, l’attente d’un régime fondé sur des valeurs religieuses, la doctrine de l’expiation et de la réparation, tout cela semble aujourd’hui frappé d’opprobre.

Durant le XIXème siècle, de fervents chrétiens prêts à mourir pour le Pape ont constitué le corps des Zouaves Pontificaux qui s’est battu avec les maigres troupes pontificales contre l’agression italienne dont furent victimes les Etats pontificaux. Leur épopée se termine en septembre 1870. Quelques jours après leur reddition, les Zouaves français regagnent la France qui vit une situation politique confuse depuis la défaite de Sedan. L’Eglise de France est aussi dans une situation délicate. Le gouvernement républicain est composé en majorité d’anticléricaux avérés mais le clergé, en vertu du concordat, est intégré à la fonction publique. Le ministre Crémieux autorise verbalement la création d’un corps-franc constitué autour du noyau des Zouaves Pontificaux. Ce seront les Volontaires de l’Ouest. Ils se battront contre les Prussiens « simplement par devoir ». Les évêques encouragent leurs séminaristes à prendre les armes. Mgr Freppel rédige un article en ce sens dans la Semaine religieuse d’Angers. Mgr Pie fait transformer son séminaire en caserne. Mgr David encourage ses 150 étudiants en théologie à se porter volontaires. Le général de Sonis, en poste en Algérie, est rappelé en France. Les Volontaires de l’Ouest passent sous ses ordres. Pour la bataille de Loigny, les Volontaires de l’Ouest commandés par Charette déploient une bannière du Sacré-Cœur entrée dans la légende. Les Volontaires de l’Ouest se comporteront de façon héroïque tout au long de cette guerre. Ce livre est un hommage à leur bravoure et à leur foi sincère et profonde.

Les Volontaires de l’Ouest dans la guerre de 1870-1871, Patrick Nouaille-Degorce, éditions Edilys, 143 pages, 17 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

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