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mardi 25 juillet 2023

La Horde : comment les Mongols ont changé le monde

 

Après un doctorat d’histoire en France et en Italie, Marie Favereau a commencé sa carrière universitaire comme membre scientifique de l’Institut d’archéologie orientale du Caire. Elle a déjà publié plusieurs ouvrages sur Gengis Khan, la Horde d’or et l’islam. Actuellement maîtresse de conférences en histoire médiévale à l’université Paris-Nanterre, elle poursuit ses travaux sur l’Empire mongol. Elle signe chez Perrin la version française de La Horde.

L’empire mongol engendra plusieurs régimes politiques nomades autour des lignages des quatre fils de Gengis Khan : les Jochides, les Chagatayides, les Ögödéides et les Toluides. Ce livre est dédié au régime jochide – la Horde – et entend faire la lumière à la fois sur un art de gouverner à la mongole et sur la façon avec laquelle les Jochides s’en éloignèrent pour développer leur propre style. La Horde fut ce grand régime nomade et équestre né de l’expansion mongole du XIIIe siècle. Un régime d’une telle puissance qu’il gouverna quasiment toute la Russie actuelle jusqu’en Sibérie occidentale pendant près de trois siècles. Ce livre cherche à comprendre son fonctionnement de l’intérieur et à saisir comment un tel régime émergea et se développa à travers les siècles, s’ajustant et se transformant tout en conservant son caractère nomade. Il met aussi en lumière des concepts propres à la Horde, tels que ulus, saray (villes sédentaires construites par les nomades dans la plus grande ville jochide appelée Saray), khan (souverain) et beg (chef nomade) afin d’expliquer les rouages internes à l’Etat nomade.

La conversion des Jochides à l’islam renforça les liens entre l’impérialisme mongol et l’Egypte mamelouke : l’alliance entre les deux fut de celles qui participèrent à faire du grand échange mongol un phénomène global. Les Jochides établirent également des partenariats commerciaux avec les Russes, les Allemands, les Génois, les Vénitiens, les Byzantins et les Grecs ; et leurs réseaux marchands pouvaient atteindre les Flandres. Si la Horde était projetée sur une carte moderne, elle couvrirait les régions actuelles d’Ukraine, Bulgarie, Moldavie, Azerbaïdjan, Géorgie, Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan et Russie – dont le Tatarstan et la Crimée. Son histoire est donc celle d’un héritage en partage. Cet héritage n’appartient à aucun des récits nationaux de ces Etats, récits le plus souvent centrés sur la langue, l’ethnicité et la religion.

Le conflit de succession pour le trône du grand khan éclata dans les années 1260 et mena à la guerre entre les descendants de Gengis Khan. A cette époque, la Horde se sépara définitivement de l’empire et perdit alors de substantielles ressources financières. Sous le règne de Berke Khan, les Jochides durent trouver de nouveaux moyens pour assurer leur sécurité économique et leur autorité politique. Ils forgèrent une entité autonome indépendante du grand khan capable de résister à la pression des opposants mongols.

Le phénomène de globalisation initié par les Mongols entraîna pour les Jochides une explosion de la croissance urbaine à mesure que les populations affluaient. Les dirigeants de la Horde encourageaient ce processus d’urbanisation de la steppe et, dans leur sillage, les élites nomades finançaient la construction d’églises de pierre, de mosquées, de palais et d’exploitations agricoles. Les nomades firent aussi ériger des installations de drainage et d’irrigation pour leurs cités construites le long des fleuves ou des mers intérieures. Dans les années 1360, la lignée des khans jochides issue de Batu s’éteignit, ce qui déboucha sur une période de crise. Il y eut pour commencer les ravages de la Mot noire, une pandémie de peste qui conduisit à un désastre économique, ferma les marchés et vida les cités de la Horde. Si les villes furent abandonnées par les Mongols, ce ne fut pas seulement en raison de la peur de l’épidémie mais aussi par décision collective de repli. Il s’agissait là d’une stratégie éprouvée par les nomades, mise en pratique à l’échelle de l’empire, tant sur les champs de bataille que dans la vie quotidienne. Leurs manières de vivre et de gouverner, à l’image de leur régime, se révélaient mouvantes, déployables, endurantes. La puissance transformatrice du régime mongol et de la Horde opéra à l’intérieur comme à l’extérieur et changea le monde. En Europe de l’Est, les vassaux jochides ont su unifier des populations disparates qui allaient devenir les peuples que nous connaissons actuellement – ainsi les Bulgares et les Roumains. Aujourd’hui, de nombreuses communautés de Russie et d’Asie centrale continuent de voir dans la Horde le pivot de leur histoire nationale. La Horde façonna la politique de la Russie et de l’Asie centrale, permit à l’islam de s’ancrer solidement dans le Caucase et dans l’est de l’Europe, conduisit les peuples de la steppe vers l’Egypte mamelouke et les Franciscains vers la Crimée et la basse Volga. Le grand échange mongol, dont les Jochides furent les acteurs principaux, érigea un pont entre l’Est et l’Ouest.

La Horde, Marie Favereau, éditions Perrin, 426 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-horde-comment-les-mongols-ont-change-le-monde/172060/

samedi 8 juillet 2023

Une biographie de Duy Tan, dernier empereur d’Annam

 

Duy Tan, un empereur dans la France libre
Duy Tan, un empereur dans la France libre

Professeur émérite de civilisation de l’Asie du Sud-Est, François Joyaux est déjà l’auteur chez Perrin d’une Nouvelle histoire de l’Indochine française et de Nam Phuong, la dernière impératrice du Vietnam. Cette fois, il nous revient avec une biographie de Duy Tan (1899-1945), dernier empereur d’Annam.

Voilà bien un étrange personnage, méconnu du grand public. Le 3 septembre 1907, à la suite d’une maladie mentale, l’empereur Thanh Thai abdiquait en faveur de son fils le prince Vinh San. Celui-ci, encore enfant, monta sur le trône sous le nom de Duy Tan. Il reçut une culture entièrement française, selon ses propres dires. Pourtant, au bout de dix ans de règne, et alors qu’il n’avait toujours que dix-neuf ans, il accepta le commandement de la révolte des Annamites contre la France. Il expliqua ultérieurement, sans convaincre personne, que c’était la seule façon d’empêcher que les conjurés annamites ne débutent, comme ils l’avaient prévu, leur révolte par l’assassinat de tous les notables français surpris si possible dans leur sommeil. Il ne voulait pas non plus dénoncer ses compatriotes. Ayant empêché toute action durant la nuit fixée, il était persuadé, affirma-t-il, que la révolte avorterait sans une goutte de sang. Ce plan lui coûta son trône. Cela se passait en mai 1916. A la suite de ces événements, il fut interné et déclaré déchu du trône d’Annam, puis exilé à l’île de la Réunion où il devint réparateur de radio. Le prince Vinh San, ex-empereur, devenu franc-maçon, y rêvait de devenir français et de vivre à Paris. Il comptait pour cela sur le gouvernement de Front Populaire auquel il s’adressa en 1936. Mais le gouvernement de Front Populaire refusa. Le prince Vinh Sanh passa donc vingt-huit ans en exil. Jusqu’en janvier 1944 où son engagement en tant que simple soldat des Forces françaises libres est accepté. Le 29 août 1944, le prince Vinh Sanh – lui qui avait pris fait et cause pour la révolte indépendantiste de 1916 – signait un appel dans lequel il déclarait que l’Indochine – et particulièrement le peuple annamite – est liée à la France par contrat que son honneur et son intérêt lui commandent de maintenir intact. Et voilà que, le 11 mars 1945, l’empereur Bao Daï proclame l’indépendance du Vietnam. De Gaulle décide alors de faire venir le prince Vinh Sanh en France et envisage de restaurer l’empereur Duy Tan sur son trône. Mais il faut encore attendre la mi-juin 1945 pour que le prince Vinh Sanh arrive à Paris. Il publie son testament politique sur les liens entre la France et l’Indochine. Cependant, rien n’aboutit, pas même de rencontre entre les deux hommes. Survient la révolution d’août, à Hanoï, puis la fondation de la République démocratique du Vietnam. Le prince Vinh Sanh est promu rétroactivement chef de bataillon et rencontre enfin le général De Gaulle le 14 décembre 1945. Simultanément, à Saïgon, le général Leclerc ordonne le regroupement de militaires annamites qui devront recevoir une formation parachutiste et sauter sur Hué afin d’y préparer le retour de Duy Tan. La réapparition du prince Vinh Sanh en Indochine est prévue pour mars 1946. Il a donc le temps d’aller revoir ses enfants sur l’île de La Réunion et embarque dans un avion le 24 décembre 1945. L’escale à Alger se passe normalement. Le 26 décembre, l’avion reprend son vol à destination de Bangui, l’étape suivante. A 18h30, c’est la catastrophe. L’appareil est entièrement détruit dans un accident aérien. “Vraiment, la France n’a pas de chance !”, murmure De Gaulle lorsqu’on lui apprend la nouvelle.

Duy Tan : un empereur dans la France libre, François Joyaux, éditions Perrin, 337 pages, 24 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/une-biographie-de-duy-tan-dernier-empereur-dannam/176674/

lundi 6 février 2023

Immunité : l’héritage d’Homo Denisova dans l’ADN des Papous

 

Immunité : l'héritage d’Homo Denisova dans l'ADN des Papous

Pour s’être hybridés il y a 200 000 ans avec le quelque peu mystérieux Homme de Denisova, les habitants de Papouasie-Nouvelle-Guinée sont relativement bien adaptés aux maladies infectieuses présentes sous les tropiques.

Si l’on savait déjà que les Papous ont 5 % de leur génome qui leur provient d’Homo Denisova, mystérieux cousin asiatique de l’homme de Néandertal qui n’a encore été identifié que par très peu de fossiles, on ne savait pas encore à quoi servaient ces 5 %. L’étude parue dans PLOS Genetics en décembre 2022 vient apporter de premières réponses à ce sujet. Si l’on ne sait que très peu de choses sur l’Homme de Denisova par absence de fossiles (une dent en Sibérie et une mâchoire au Tibet), on en sait un peu plus par ses descendants.

Homo Sapiens, après s’être hybridé avec l’Homme de Néandertal au sortir de l’Afrique, a ensuite rencontré son cousin Denisova en Asie, une espèce très diversifiée génétiquement, à tel point que certains estiment qu’elle constitue un ensemble de plusieurs espèces. Environ 0,5 % du génome des populations asiatiques proviendrait d’une hybridation avec Homo Denisova, mais cela va jusqu’à 5 % pour les Papous. Par ailleurs, les Papous auraient hérité leur fort taux de génome Denisova d’une population denisovienne sud-est asiatique totalement distincte de celle trouvée dans les fossiles du nord de l’Eurasie. Les Ayta Magbukon, tribu des Philippines, possèdent même encore plus de Denisova dans leur génome d’après une étude publiée dans Current Biology en 2021.

Le chikungunya, même pas peur !

Pour mieux comprendre l’impact de cette introgression [flux de gènes d’une espèce vers une autre à la suite d’hybridations répétées] de génome issu de Denisova parmi les Papous, les scientifiques ont analysé parmi 56 individus de Papouasie-Nouvelle-Guinée les allèles issus tant de Denisova que de Néandertal. Les Papous auraient hérité de près de 82 000 variants de Denisova. En comparant la distribution d’allèles archaïques et non-archaïques et les données déjà existantes sur les fonctions des gènes dans notre espèce, les scientifiques ont pu montrer que des variants issus de Denisova affectent fortement les cellules liées au système immunitaire. Le résultat est une réponse inflammatoire aux infections nettement atténuée, qui a pu les aider lors de leur adaptation à cette région tropicale et devenir un avantage évolutif clé, par exemple contre le chikungunya.

Cette étude est une première pour ce qui est de l’impact de l’hybridation avec Homo Denisova. Beaucoup restent à découvrir. Jusqu’ici, seuls très peu de gènes ont été sélectionnés ici.

https://www.revue-elements.com/immunite-lheritage-dhomo-denisova-dans-ladn-des-papous/

vendredi 2 décembre 2022

Actions clandestines en Asie du Sud-Est

 

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Guillaume Fiquet reçoit Emeric Valloy et évoquera les maquis anti-communistes en Birmanie. L'auteur de "Actions clandestines" a participé entre 1985 et 1990 à la formation militaire des résistants et au combat de ces volontaires de la liberté qui s'opposaient aux dictatures en Asie du Sud-Est.


 

Vous pouvez commander ce livre ICI

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2022/12/01/actions-clandestines-en-asie-du-sud-est-6414858.html

mardi 4 octobre 2022

Histoire du Monde : l’âge des révolutions (J.M. Roberts et O.A. Westad)

 

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Voici le troisième et dernier tome de cette monumentale histoire du monde et de ses civilisations.

Ce volume sous-titré « L’Âge des révolutions » reprend le fil de l’histoire au XVIIIème siècle pour se conclure au tout début du XXIème siècle.

La première partie de cet ouvrage retrace les changements politiques observés dans une ère révolutionnaire, donnant naissance à une nouvelle Europe. Les auteurs examinent également l’impact de ces changements dans le monde anglo-saxon ainsi que les métamorphoses constatées dans le monde asiatique à la même période.

Dans la deuxième partie se manifeste la fin de l’âge européen. Deux guerres mondiales sont suivies de la décolonisation qui achève le recul de l’influence européenne. Dans le même temps se développe une nouvelle Asie.

Quant à la troisième partie, elle nous conduit de la guerre froide à notre époque et se caractérise par de nouvelles révolutions, cette fois dans les sciences, les technologies et les perceptions, qui se concluent par la fin d’une époque et entament l’ère du mondialisme dans un contexte dramatique et chaotique.

Ce livre, ainsi que les deux tomes qui le précèdent, viennent bien à point pour comparer les évolutions des civilisations et les grands bouleversements qui ont rythmé la vie de l’humanité jusqu’à ce jour.

Histoire du Monde, tome 3, J.M. Roberts et O.A. Westad, éditions Perrin, 598 pages, 24 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/histoire-du-monde-lage-des-revolutions-j-m-roberts-et-o-a-westad/50594/

samedi 28 décembre 2013

UN PEUPLE PEU CONNU : LES SARMATES

Un extraordinaire tumulus livre leurs secrets

Jean Pierinot
Ex: http://metamag.fr
 Un tumulus Sarmate fouillé cet été dans les steppes de l'Oural, au sud de la Russie, a révélé un magnifique et rarissime trésor. Les objets trouvés dans le monticule devraient apporter de nombreuses informations sur une période peu connue de cette culture nomade qui a prospéré sur la steppe eurasienne au cours du 1er millénaire avant JC. L'étude archéologique de ce remarquable tombeau antique, appelé aussi kurgan, a été réalisée par l'expédition de l'Institut d'Archéologie (Académie Russe des Sciences), dirigé par le professeur Leonid T. Yablonsky.
Peuple établi du IVème s. avant J.-C. au IIIème s. après J.-C. dans la plaine qui borde au Nord la mer Noire, de part et d'autre du Don, nomades guerriers, excellents cavaliers, les Sarmates ont harcelé l'Empire romain en Dacie et tout au long du Danube. Ils ont été ensuite submergés à leur tour par les Goths, puis, au IVème s., par les Huns. Proches des Scythes, ils ont laissé des sépultures princières, les kourganes, qui ont livré de remarquables objets d'orfèvrerie, rehaussés de pierres de couleurs, témoignant d'un puissant style animalier.
L'absence de langue écrite.
Les peuples nomades n'avaient pas de langage écrite, aussi les scientifiques n'ont pu apprendre à connaitre leur culture et leurs traditions qu'à travers les données archéologiques. Les kurgans qui sont dispersés à travers les steppes contiennent beaucoup de reliques Scythes et Sarmates. Alors que les nomades avaient des échanges avec la perse achéménide et les civilisations grecques, ils ont su préserver leur propre culture. Cette année, les archéologues ont fouillé la partie orientale du monticule 1 du Kurgan à Filippovka dans la région d'Orenbourg. Cette partie faisait environ 5 m de haut et 50 m de long; elle avait été laissée inexplorée par l'expédition précédente, il y a plus de 20 ans.
L'objectif était de terminer l'étude de ce monument extraordinaire, entré dans les annales de la culture mondiale avec la découverte de 26 statuettes de cerfs "en or". Un autre défi majeur pour les archéologues était d'assurer la préservation de ce patrimoine culturel unique qui fait face à un grand nombre de menaces imminentes, avec le vol comme problème majeur. Un passage souterrain près de l'entrée a été la première zone explorée cette saison. Un énorme chaudron de bronze d'un diamètre de 102 cm y a été découvert. Ses poignées ont été façonnées dans les traditions du style animalier scythe-Siberien avec une image de deux griffons, bec à bec.
Dans la zone du monticule Est, une chambre funéraire intacte a été découverte mesurant environ 4x5m et 4m de profondeur. Au fond de la chambre, plusieurs couches stratifiées de débris ont été fouillées pour révéler du mobilier funéraire exceptionnellement riche et varié, accompagnant un squelette humain. Le matériel associé à l'enterrement semblait appartenir à une femme, étant donné que la tombe contenait ce qui est considéré comme des objets typiquement féminins et des bijoux.  Cependant, l'examen ostéologique initial de la morphologie du squelette a révélé que l'occupant serait un homme, bien que l'analyse ADN doit encore être effectuée.
Le mobilier funéraire.
Un petit coffre en osier qui pourrait être une trousse de toilette a été trouvé près du crâne. Il était rempli à ras bord avec des objets tels qu'un récipient en argent coulé avec un couvercle, un pectoral en or, une boîte en bois, des cages, des verres, des flacons de toilette en faïence et argent, des pochettes en cuir, et des dents de chevaux qui contenaient des pigments rouges.
Non loin de là, reposait un grand miroir d'argent avec des animaux stylisés dorés sur la poignée, une décoration en relief sur le dos et l'image d'un aigle au centre, entouré d'un cortège de six taureaux ailés. Les vêtements étaient décorés de plusieurs plaques, représentant des fleurs, des rosaces et une panthère bondissant sur le dos d'un saïga (antilope).
Il y avait également 395 pièces recouvertes de feuilles d'or et cousues sur la culotte, la chemise et le foulard. Il portait un châle avec une frange et une chaîne d'or; et les manches de la chemise étaient agrémentées de perles multicolores, formant un motif géométrique complexe.
Deux boucles d'or décorées à certaines endroits d'émail cloisonné ont été trouvées dans la zone de l'os temporal.
Du matériel de tatouage .
Les archéologues ont également découvert des équipements utilisés dans l'art du tatouage, dont deux palettes de pierre à mélange et des aiguilles en fer recouvertes d'or, ainsi que des cuillères en os utilisées pour mélanger les peintures et des stylos décorés avec des animaux.
Cette fouille constitue une percée majeure dans l'étude de la mystérieuse culture Sarmate du début de l'âge du fer.
 Le roi Arthur était-il un cavalier sarmate et les mythes arthuriens ont-ils une origine dans le Caucase ?
(source : agencebretagnepresse)
L’actualité récente en Géorgie a mis les projecteurs sur la République indépendante d’Ossétie (Indépendance proclamée en 1991). Les Ossètes comme les Bretons d’ailleurs, ont des origines ancrées dans la fin de l’Empire romain. Les Ossètes descendent des fameux Alains, ou plutôt de ceux qui sont restés et ne sont pas partis piller l’Empire au Ve siècle.
Les Sarmates en Bretagne insulaire
Ces peuplades qui parlent une langue iranienne apparaissent dans le bas-Empire romain sous le nom de Sarmates quand ils sont alliés ou federati et de Scythes quand ils sont ennemis. Envahisseurs, ils sont connus sous le nom d’Alains alliés des Vandales.
La cavalerie sarmate-alain très appréciée des Romains était quasiment invincible. Elle était appelée cavalerie [1], du nom de leur cuirasse d’écailles, la cataphracte.
Depuis 175, les Sarmates devaient fournir à Rome 5000 cavaliers, pour la plupart envoyés en Bretagne (insulaire) à la frontière nord. Les Sarmates de Bretagne auraient été commandés à la fin du IIe siècle par Lucius Artorius Castus qui serait le roi Arthur historique (1), du moins le premier, car il semblerait que le roi Arthur soit un personnage composé de plusieurs figures historiques. Lucius Artorius ayant vécu 200 ans plus tôt que le roi breton qui rallia les Brito-Romains contre les envahisseurs saxons.
D’après Léon Fleuriot, c’est Artorius Castus, préfet de la VIe légion, qui aurait aussi maté la révolte armoricaine de 184. Une intervention en Gaule que rapporte bien la légende dans la première version écrite, celle de Geoffroy de Monmouth.
C’est cette cavalerie sarmate-alain qui aurait apporté d’Asie le symbole du dragon en Grande-Bretagne. Rien de plus normal pour des cavaliers aux cuirasses écaillées de se battre derrière des enseignes d’un monstre écaillé. Le dragon rouge du roi Arthur, dit justement « Pendragon » comme le roi Uther. Le dragon rouge apparaît aussi dans les prophéties de Merlin. Un dragon que l’on retrouve aujourd’hui jusque sur le drapeau du Pays de Galles.
Les Alains en Armorique
Les Sarmates-Alains, révoltés contre Rome, ont pillé le nord de la Gaule de 407 à 409. Après avoir traversé la Loire en 408, le consul Aetius leur donnera l’Armorique pour qu’ils les laissent tranquilles. Un peu comme le roi de France cinq siècles plus tard donnera la Normandie aux Vikings de Rollon.
Avec à leur tête un chef du nom de Goar, les Alains se divisent en plusieurs bandent et pillent l’Armorique. C’est encore eux, redevenus des mercenaires au service de l’empire qui vont réprimer la dernière révolte armoricaine dite des Bagaudes (bagad = bande en gaulois et en breton moderne) en 445-448 à une époque où justement les Bretons commencent à arriver de Grande-Bretagne puisque les dernières légions la quittent en 441.
Certaines s’établiront juste de l’autre côté de la Manche puisque le mot Léon dérive justement de « légion » et Trégor de tri-cohortes. Voir à ce sujet le Guide des drapeaux bretons et celtes de Divi Kervella et Mikaël Bodloré-Penlaez, qui vient de sortir en librairie. Les symboles héraldiques du Haut-Léon et du Trégor semblent avoir justement hérité du dragon.
Certains linguistes pensaient que les patronymes Alain ou Alan seraient tout simplement des gens descendant d’Alains établis en Gaule mais le vieux breton a un terme alan pour le cerf et cette origine semble plus vraisemblable. Des Alains se sont surtout installes en Île-de-France, en Aquitaine, en Lusitanie (Portugal) autour de Carthagène en Vandalousie qui deviendra Andalousie. Le nom de Tiffauge, célèbre pour son Barbe Bleu viendrait du nom d’une des bandes de barbares alliés aux Alains, les Taïfales, établis dans cette région au Ve siècle. Le nom de l’Aunis viendrait aussi d’Alains.
Les mythes arthuriens d’origine alanique ?
Dans leur livre De la Scythie à Camelot, Covington Scott Littleton, professeur d’anthropologie à Los Angeles et Linda Ann Malcor, docteur en folklore et mythologie, ont remis en cause l’origine celtique du cycle arthurien.
Pour eux, le cour de cet ensemble fut apporté entre le IIe et le Ve siècle par des cavaliers alains-sarmates.
La culture des Ossètes, les cousins contemporains des Alains, possède des récits qui ressembleraient aux aventures d’Arthur et des chevaliers de la Table ronde. On y raconte notamment la saga du héros Batraz et de sa bande, les Narts. Dans cette histoire il est, entre autres, question d’épée magique qui serait l’équivalent d’Excalibur et de coupe sacrée, le Graal donc, la coupe du Wasamonga que l’on retrouve sur l’emblème moderne de l’État d’Ossétie du Sud avec un triskell qui est par contre universel et pré-cetique puisque sur des monuments mégalithiques comme à Newgrange en Irlande. Il semblerait que les échanges de mythes aient eu lieu dans les deux sens.
(1) rapprochement fait pour la première fois par Zimmer, Heinrichen 1890, repris par Kemp Malone en 1925.
Sources : – C. Scott Littleton, Linda A. Malcor, From Scythia to Camelot, New-York ; Oxon, 1994 (rééd. 2000).
- X. Loriot, Un mythe historiographique : l’expédition d’Artorius Castus contre les Armoricains, Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1997.
- Guide des drapeaux bretons et celtes, D. Kervella et M. Bodloré-Penlaez. Éd. Yoran Embanner, 2008.
- Les Origines de la Bretagne, Léon Fleuriot. Payot, 1980 (nombr. rééd.).
Notes
[1] cataphractaire
http://vouloir.hautetfort.com/archive/2013/11/27/temp-8461f169dea7829a1fe447a4951dcf11-5232386.html

dimanche 3 février 2013

Des Indiens auraient émigré en Australie il y a 4000 ans

Aborigènes d'Australie
De nouvelles recherches montrent que d’anciens Indiens ont émigré en Australie et se sont mélangés avec les Aborigènes il y a 4000 ans, apportant également avec eux l’ancêtre du dingo.
La recherche conduit à réévaluer le long isolement du continent avant la colonisation européenne. Le vaste continent austral était, pensait-on, coupé des autres populations avant que les Européens n’aient débarqué à la fin des années 1700, mais les dernières données génétiques et archéologiques rejettent cette théorie. Des chercheurs de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutive à Leipzig, en Allemagne, ont rapporté « des preuves de flux de gènes importants entre les populations indiennes et l’Australie il y a environ 4000 ans ». Ils ont analysé les variations génétiques dans le génome des Aborigènes d’Australie, des Néo-Guinéens, des Asiatiques du Sud-Est et des Indiens, y compris dans les dravidiens du sud.
« Le point de vue dominant était que, jusqu’à l’arrivée des Européens à la fin de 18ème siècle, il y avait peu ou pas de contact entre l’Australie et le reste du monde », note l’étude publiée mardi. Mais l’analyse de l’ensemble du génome des données a donné une « signature importante des flux de gènes de l’Inde à l’Australie que l’on peut dater d’il y a environ 4230 ans », ou 141 générations. « Bien avant que les Européens se soient installés en Australie, des hommes ont migré à partir du sous-continent indien en Australie et se sont mélangés avec les Aborigènes d’Australie », souligne l’étude.
« Il est intéressant, a déclaré le chercheur principal, Irina Pugach, de constater que cette date coïncide également avec de nombreux changements dans les archives archéologiques de l’Australie, qui comprennent un changement soudain dans les techniques des outils en pierre … et la première apparition du dingo dans les archives fossiles ».
L’étude explique que, bien que l’ADN du dingo semble avoir une origine sud-asiatique, « morphologiquement, le dingo ressemble plus aux chiens indiens ». « Le fait que nous détectons un afflux important de gènes provenant de l’Inde à l’Australie à cette époque donne à penser que l’ensemble des ces changements en Australie peuvent être liés à cette migration ». [...]

lundi 17 septembre 2012

La CIA et le trésor de guerre japonais

Début 1987 – soit environ un an après l’arrivée au pouvoir de Cory Aquino, qui mettait fin aux années de la dictature Marcos -, l’ancien général américain John Singlaub arrive à Manille. Longtemps chargé des «opérations spéciales» de la CIA en Asie, cet homme ambigu a demandé des permis de fouilles pour deux cent neuf sites disséminés aux Philippines. Objectif : retrouver le trésor de guerre dit «de Yamashita’», du nom d’un général japonais exécuté en 1946 pour crimes de guerre. Dès la fin des années 30, en effet, l’armée de l’empereur Hirohito a entamé un pillage systématique des zones conquises en Asie du Sud-Est et en Chine

http://fortune.fdesouche.com/

lundi 27 août 2012

1er septembre 338 avant JC Athènes perd la liberté à Chéronée

Le 1er septembre de l'an 338 avant JC, Athènes et Thèbes se heurtent à l'armée macédonienne. La bataille a lieu à Chéronée, au nord de la Grèce, en Béotie, non loin du célèbre défilé des Thermopyles.
C'en est fini à tout jamais de l'indépendance des cités grecques et de la plus prestigieuse d'entre elles, Athènes.
Jean-François Zilberman

Démosthène contre Philippe
Un siècle plus tôt, Athènes dominait le monde grec sous le gouvernement du grand Périclès. Ses penseurs et ses artistes créaient des oeuvres vouées à l'immortalité. Mais les guerres intestines ont affaibli les cités et le petit royaume semi-barbare de Macédoine en a profité pour se renforcer sous la poigne énergique du roi Philippe II
À Athènes, Démosthène s'évertue à ouvrir les yeux de ses concitoyens sur le danger macédonien. Souffrant de bégaiement dans sa jeunesse, il a réussi à le surmonter à force de volonté et d'énergie et est devenu l'orateur le plus célèbre de la Grèce antique, consacrant toute sa vie à la lutte contre Philippe II et Alexandre le Grand.
Ses harangues dénommées Philippiques et Olynthiennes (du nom d'Olynthe, une cité portuaire conquise par Philippe II), restent de remarquables témoignages de l'art oratoire. Mais elles ne suffisent pas à arrêter les phalanges macédoniennes. La langue française conserve leur souvenir sous la forme d'un nom commun, philippique, qui désigne encore aujourd'hui une harangue violente.
Fin de l'indépendance grecque
À Chéronée, le roi Philippe II de Macédoine et son fils Alexandre remportent une victoire complète grâce à leur infanterie, organisée en redoutables phalanges, et à leur cavalerie, que commande Alexandre, à peine âgé de 18 ans.
Le jeune prince emporte la décision en taillant en pièces le bataillon des Thébains. Son père, lui-même remarquable homme d'État et conquérant, lui aurait lancé, admiratif : «Mon fils, cherche-toi un autre royaume car celui que je te laisse est trop petit pour toi ! »
Désormais, Athènes doit se soumettre comme le reste de la Grèce à un roi à demi-barbare (ou considéré comme tel).
Après la défaite de Chéronée et l'échec d'un ultime soulèvement, Athènes entre dans l'alliance macédonienne et participe avec Alexandre le Grand à la conquête de l'empire perse.
Démosthène se suicide par le poison quinze ans plus tard, à 62 ans, après avoir tenté de soulever une nouvelle fois sa cité contre Antipater, le général macédonien qui a succédé à Alexandre à la tête de la Grèce.
Réconciliation sur le dos des Perses
Ayant soumis la Grèce, Philippe II prend le titre d'hégémon (guide ou protecteur des Grecs). Il s'apprête à se retourner contre les Perses de la dynastie achéménide, ceux-là même qui attaquèrent la Grèce deux siècles plus tôt, à l'époque des guerres dites médiques.
Cette expédition est destinée à libérer les cités grecques d'Asie, que les Perses ont à nouveau occupées, ainsi qu'à rapprocher Grecs et Macédoniens en vue de mettre fin à leurs querelles fratricides.
Mais Philippe II est assassiné en 336 avant JC par l'un de ses hommes, qui craint à juste titre la perspective d'une guerre dans la lointaine et mystérieuse Asie. C'est donc son fils Alexandre III (20 ans) qui reprend à son compte ce projet.
Avant de partir à la conquête de l'Asie, le nouveau roi de Macédoine Alexandre III établit la sécurité sur les frontières nord du royaume, en Illyrie et le long du Danube.
Les cités grecques veulent en profiter pour s'émanciper mais Alexandre réagit avec célérité. Il détruit Thèbes au son des flûtes... À l'exception de la maison du poète Pindare et des temples. Par contre, il respecte Athènes, par amour de son passé prestigieux et par souci de se rallier ses élites.
La route de la gloire
Le nouveau généralissime des Grecs prépare avec soin l'expédition d'Asie. Fort d'une autorité charismatique sur ses hommes et entouré d'excellents généraux (Parménion, Séleucos, Ptolémée, Antigone...), il veille aussi à bien organiser ses lignes de ravitaillement et ses liaisons avec l'arrière.
Il franchit le détroit du Bosphore avec environ 40.000 soldats macédoniens et grecs, dont 5.000 cavaliers qui lui seront très utiles au plus fort des combats, et se lance aussitôt à la poursuite de Darius III, le roi des Perses.
Au départ, il ne s'agit dans son esprit que d'une expédition punitive contre les Perses mais au fil des combats, elle va déboucher sur la plus fabuleuse épopée de tous les temps. -

vendredi 14 janvier 2011

Les guerres médiques

Voici 25 siècles, sur ce théâtre unique, face aux “Barbares”, des Européens se découvrirent tels.
À l'aube du Ve siècle avant notre ère, dans un monde égéen peu peuplé, sous pression des “Barbares” aux frontières de l'Hellade, les Grecs avaient une faible conscience de leur identité. Tout allait changer avec les guerres médiques et la menace d'une invasion ressentie comme celle de l'Asie.
Jusqu'alors, le Barbare était avant tout l'étranger qui ne parlait pas la langue d'Ho­mère. Sa prononciation « lourde et empâ­tée », comme la caractérisera Strabon au Ier siècle encore, suscite les moqueries. Le mot même de “Barbare” retranscrit les onoma­topées ou le bredouillis incompréhensible que les Hellènes entendaient dans la bouche du voyageur accueilli suivant les règles d'hos­pitalité, mais qui était radicalement étranger à leur univers. Si le fait linguistique était la manifestation immédiatement perceptible d'une différence, ce sont les liens du sang, de la religion, des coutumes de la terre qui fon­daient le sentiment d'appartenance.
Sentiment encore faible. Il n'interdisait pas les querelles entre les cités soucieuses de leur autonomie. Ce n'est pas en vain que l'on a pu parler de culture “agonale”, c'est-à-dire bel­liqueuse, pour les Grecs. Une vision helléno­centrée du monde, avec Delphes pour centre ou pour “nombril”, rejetait les Barbares, qu'ils soient égyptiens, carthaginois ou perses, vers des marges géographiques que seuls les voyageurs, ou encore des esprits aty­piques comme Hérodote, étaient en mesure de connaître. Pourtant, la trop grande proxi­mité du puissant empire perse à la lisière du monde grec allait radicalement modifier la perception des Barbares et, en retour, l'image que les Grecs se faisaient d'eux-mêmes.
La prise de conscience d'une menace repré­sentée par les hordes du Grand Roi fut cepen­dant tardive. Sur la rive asiatique de la mer Égée, l'Ionie, peuplée de Grecs, avait été bruta­lement conquise au milieu du VIe siècle par le souverain achéménide Darius Ier, et intégrée à un ensemble politique oriental qui s'étendait jusqu'à l'Indus. Des maîtres perses et mèdes furent imposés aux Grecs ioniens, qui devaient compter avec une forte présence étrangère sur leur territoire. Il faut préciser que les Perses et les Mèdes d'alors, mêlés aux populations dis­parates de la Babylonie, n'avaient plus guère de parenté avec les conquérants indo-européens arrivés dans ces régions plus de mille ans aupa­ravant. Le fossé ethnique se doublait d'une forte opposition politique, dans la mesure où l'occupant favorisait le régime des tyrans. Mais lorsqu'en -499 les cités d'Ionie se révoltèrent, seules Athènes et Érétrie répondirent à l'appel et se portèrent à leur secours. La menace n'était pas encore ressentie comme assez pressante pour que les Grecs dans leur ensemble, et en tant que tels, en mesurent l'ampleur.
En 492 avant notre ère, 2 ans après la des­truction de Milet, la traversée du Bosphore par les troupes perses que menait Mardonios, gendre du Grand Roi, précisa tout à coup l’imminence du danger. Quelques cités, soucieuses de leur autonomie, préférèrent pourtant s'accommoder d'une tutelle étrangère et même profiter de la situation pour asseoir un pouvoir jusque-là contesté. Il est vrai qu'allaient s'affronter un puissant État centralisé et une poussière de communautés de type rural, plus habituées aux querelles de voisinage qu'à la résistance à une invasion étrangère ! « Qui serait donc capable de tenir tête à ce large flux humain ? Autant vouloir par de puissantes digues contenir l'invincible houle des mers ! » écrira Eschyle (Les Perses, - 472). L'armée barbare semblait irrésistible. Mais lorsque les émissaires achéménides vinrent exiger d'Athènes « la terre et l'eau », c'est-à-dire la soumission de la cité, ils furent, simplement, mis à mort.
Après avoir incendié Naxos ou encore Érétrie, dont les populations furent réduites en esclavage, les Perses débarquèrent alors à Marathon en -490. Contre toute attente, Athéniens et les Platéens, leurs voisins, forts de la cohésion de leur phalange, sortir vainqueurs d'une bataille où l'infanterie barbare l'emportait pourtant par le nombre. Ils s'offrirent même le luxe de rentrer à Athènes au pas cadencé pour protéger la cité d'un éventuel débarquement. Dès lors, les Athéniens pouvaient se flatter, comme l'explique Hérodote, « d'avoir été les premiers de tous Grecs à affronter l'ennemi, les premiers à supporter la vue du vêtement mède et des hommes ainsi vêtus, alors que les Grecs prenaient peur rien qu'à entendre le nom des Mèdes ».
Dix ans plus tard, l'ambitieux Xerxès, successeur de Darius, décida d'une seconde expédition, préparée méthodiquement et sans commune mesure avec la précédente. Hérodote a dépeint une armée immense qui défila pendant 7 jours et 7 nuits devant son chef ! Conscients qu'il ne s'agissait cette fois non plus de représailles mais d'une véritable invasion, les Grecs s’organisèrent sous le commandement de Sparte et cela en dépit des oracles défavorable de Delphes.
La Grèce était menacée d'anéantissement. L’Achéménide voulait la réduire par la force et la noyer dans la masse des peuples déjà sous tutelle. La deuxième guerre médique commença en -480. À la tête d'une immense armée bigarrée, Xerxès passa l'Hellespont. Par la Thrace, la Macédoine et l'Épire, il des­cendit vers la Grèce centrale. Malgré l'hé­roique résistance des Spartiates de Léonidas, le défilé stratégique des Thermopyles fut franchi. Les Athéniens durent se réfugier sur leur flotte et quitter leur cité. Eux qui se consi­déraient comme les véritables fils de Gaïa – la Terre divinisée –, enracinés au plus profond du sol de leur patrie, ils laissèrent leurs terres aux mains de l'ennemi. Mais c'était pour prendre une éclatante revanche sur mer, à Salamine, sous le commandement de Thé­mistocle. Cette première victoire précédait celle du Spartiate Pausanias, l'année suivante, sur terre, à Platée.
Ces victoires et d'autres encore précipitè­rent la déroute des Perses et la libération des cités grecques d'Asie Mineure, regroupées dans la ligue de Délos par Athènes en -478. Après de nouvelles victoires navales, le Grand Roi dut reconnaître l'indépendance des villes d'Ionie. Et c'est naturellement dans la bouche des Athé­niens, jurant de ne jamais trahir leurs alliés au profit des Perses, qu'Hérodote place la première recon­naissance explicite de la « grécité ». Après avoir évoqué les temples saccagés et les dieux profanés par les Barbares, qui appellent ven­geance, « il y a le monde grec uni par la langue et par le sang, les sanctuaires et les sacrifices qui nous sont communs, nos mœurs qui sont les mêmes… » (Enquête, livre VIII).
L'Hellade était sauvée et tous avaient conscience que seule l'alliance des cités avait permis de repousser l'envahisseur. Forts de leur victoire, les Grecs ne cessent alors de la raconter, d'exalter leur glorieuse résistance et de définir ce qui les distingue radicalement de vaincus qui restent néanmoins mena­çants. Tous se reconnaissent dans une cer­taine façon de combattre. La phalange hoplitique, symbole de la cohésion de la cité, constituée de citoyens soldats luttant pour leur patrie, apparaît comme l'antithèse des armées barbares désordonnées, composées d'esclaves tributaires du Grand Roi, issues des différentes peuplades soumises aux Achémé­nides. L'iconographie grecque ne manque pas de les représenter au moment où ils s'apprê­tent à fuir et tombent à terre, blessés, souli­gnant toujours le caractère exotique de leurs traits et de leur accoutrement. La pureté de la flotte grecque est également magnifiée, notamment par Eschyle. Au martèlement des rames frappant l'eau en cadence et le chant de guerre entonné d'une seule voix, le poète oppose le bruissement confus qui montent des navires barbares à Salamine.
L'absence d'ordre, la démesure, les com­portements excessifs deviennent d'ailleurs les caractéristiques des Barbares. Incapables de se contrôler et de reconnaître les limites fixées à l'homme, ils per­turbent l'équilibre du monde et ne peuvent que susci­ter la colère des dieux. Exemple de l'hubris [perte du sens de la mesure] barbare, Xerxès en per­sonne. À la mer, coupable d'avoir démantelé un pont que ses soldats venaient d'achever, il ordonna d'administrer 300 coups de fouet et de marquer les flots au fer rouge, comme il l'aurait fait avec un esclave. De façon plus générale, face à une forme organi­sée et méthodique de domination qui les menaçaient, les Grecs ont, par contraste, fait de la liberté le trait caractéristique de leur civilisation.
Les contours de l'identité grecque se sont ainsi précisés dans l'adversité et la résistance commune. L'hellénisme peut désormais être perçu comme un destin historique qu'il s'agit de graver dans la pierre et dont il faut conser­ver la mémoire : avec la dîme du butin, un trépied d'or fut offert à Delphes, sur une colonne portant les noms des cités qui avaient combattu à Platée, et des fêtes pan­helléniques de la liberté furent organisées tous les 4 ans sur le site de cette bataille. La mémoire historique des Grecs, qui se limi­tait jusqu'ici aux récits homériques, s'enrichit d'une référence majeure et fédératrice à laquelle on recourra toujours. L'Iliade, pre­mière épopée panhellénique, fut même réin­terprétée et inscrite dans la longue série des conflits qui menèrent à l'invasion de Xerxès, tandis que la génération de Marathon était considérée comme l'égale des héros du cycle troyen. Sans doute les fils de Priam parlaient­-ils la même langue et rendaient hommage aux mêmes dieux que les Achéens, mais ils comptaient des Barbares dans leur armée. La division du monde et de son histoire, « depuis que la mer a séparé l'Europe de l'Asie » en 2 blocs distincts, radicalement opposés, imposa une telle relecture.
S'il est vrai que la force de cette mémoire partagée, et sans cesse chantée par les poètes, fut mise à mal par l'atomisation des cités, la lutte contre les Perses n'en est pas moins à l'ori­gine d'une prise de conscience identitaire. Elle est également la source de couples symbo­liques qui n'ont cessé de marquer les construc­tions historiques et politiques à venir : Europe et Asie, civilisation et barbarie.
Emma Demeester, NRH n°7, été 2003./ http://vouloir.hautetfort.com
◘ Chronologie :
  • 546-540 : Conquête de l'Asie mineure et des cités d'lonie par Darius Ier.
  • 499-494 : Révolte de l'lonie contre les Perses.
  • 490 : Première guerre médique : victoire athénienne de Marathon.
  • 486 : Avènement de Xerxès Ier.
  • 480-479 : Deuxième guerre médique.
  • 480 : Sacrifice des Spartiates aux Thermo­pyles. Sac d'Athènes. Victoire navale des Athéniens à Salamine.
  • 479 : Victoire de Platée, libération de la Grèce. Victoire navale de Mycale, libération de l'lonie.
  • 478 : Révolte et libération des Grecs d'Asie Mineure.

mardi 23 novembre 2010

La route des Indes

Les XVe-XVIe siècles constituent un véritable tournant de l’histoire européenne car les premiers voyages maritimes d’exploration y sont associés. Les causes de ces expéditions lointaines sont connues et multiples : conversion des païens, goût de l’aventure, recherche des épices et de l’or.
Transportées depuis l’Asie, les épices passaient d’intermédiaire en intermédiaire Chinois, Persans, Arméniens, Arabes, etc. Les prix de ces marchandises précieuses étaient donc élevés quand les marchés d’Europe étaient enfin atteints. L’idée apparut alors de découvrir les routes menant directement aux zones de production, c’est-à-dire aux Indes. Les principales tentatives eurent lieu à l’ouest - et l’Amérique fut découverte - ou vers le Sud, au-delà des rivages africains connus à l’époque. C’est cette dernière route que suivirent les marins portugais.
En 1413, Madère et Porto Santo sont reconnus et, en 1439, c’est le tour de l’archipel des Açores. Les Portugais poussent toujours plus loin et, en 1434, Gil Eanes franchit le cap Bojador.
Désormais, la découverte portugaise allait pouvoir véritablement commencer.
En 1445, le cap Vert et le golfe de Guinée sont atteints. En 1445, le monopole portugais risquant de se voir contester par les autres puissances européennes, le pape Nicolas V confirme les droits de Lisbonne par la bulle Romanus Pontifex. L’Afrique est officiellement domaine portugais et toutes les conquêtes et installations y sont par avance légitimées. L’encouragement à poursuivre les découvertes est ainsi donné. La même année, le prince Henri le Navigateur commissionne Ca Da Mosto et Uso di Mare pour l’exploration des côtes au sud du cap Vert et dans l’estuaire du fleuve Gambie.
A la fin du XVe siècle une accélération est donnée au mouvement qui est entamé par Diego Cao, lequel atteint l’embouchure du rio Poderoso, l’actuel fleuve Zaïre, en avril 1483. En 1486, il entreprend un second voyage plus loin encore vers les rivages inconnus du Sud et il longe la côte de l’actuelle Namibie où il disparaît.
Le 25 décembre 1487, Bartolomeu Dias atteint la baie d’Angra das Voltas où est bâtie l’actuelle ville de Ludoritz. En janvier 1488, il longe le littoral atlantique de la région comprise entre l’embouchure du fleuve Orange et le cap des Tempêtes qui sera ultérieurement baptisé “Bonne-Espérance”. Celui-ci est d’ailleurs doublé sans que les navigateurs s’en aperçoivent et, le 3 février 1488, les navires portugais jettent l’ancre dans la baie de Mossei dans l’océan Indien.
Le traité de Tordesilhas fut signé en 1494. Il partageait le monde entre les deux puissances ibériques ; l’expansion pouvait donc reprendre, avec une priorité politique pour Lisbonne : la découverte de la route des Indes. En 1495, Manuel 1er succède à Jean II : c’est sous son règne qu’elle fut ouverte.
Le 8 juillet 1497, Vasco de Gama quitte Lisbonne. Le 7 novembre, avec ses quatre navires, il jette l’ancre dans la baie de Sainte-Hélène, au nord-ouest du Cap. Puis, le 22 novembre, il double le Cap et “remonte” le long du littoral est-africain. Comme il célèbre la naissance du Rédempteur quelque part sur un rivage inconnu, il donne à cette contrée le nom de Natal qui lui est resté depuis. En 1498, il parvient aux Indes, ce but mythique de l’épopée maritime lusitanienne, presque un siècle après son commencement. En 1499, l’expédition est de retour au Portugal.
par Bernard Lugan Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 25

vendredi 19 novembre 2010

Vercingétorix ou la gloire des vaincus (1ère partie)

Le célèbre Vercingétorix du grand maître Camille Jullian doit aller dans toutes les bibliothèques de qualité. On verra par l'article de Marcel Brion l'intérêt de la personnalité du jeune chef gaulois. Elle permet un saisissant rapprochement avec notre temps. Elle montre - quelle leçon pour aujourd'hui - la France souvent vaincue par elle-même. Comme le dit Marcel Brion, la stratégie gauloise était périmée, et périmée aussi cette passion pour la liberté qui leur faisait préférer l'anarchie et la discorde à l'établissement d'un gouvernement durable. La foi religieuse, elle non plus, n'animait plus suffisamment ce peuple.
La tentative de Vercingétorix a été le magnifique sursaut d'un jeune homme intrépide et plein d'illusions, pour essayer de détourner le cours de la destinée. L'imaginatif, le chimérique, a été vaincu par le réaliste, le calculateur ; mais ces différences de caractère n'auraient pas suffi à donner la victoire à César si la Gaule n'avait déjà porté en elle-même toutes ses causes de défaite, tous les germes de désagrégation.
On peut dire que la Gaule a été vaincue par elle-même tout autant que par César. Vaincue par son esprit de désordre et d'insubordination, par son goût pour l'indépendance anarchique et brouillonne, par son défaut d'organisation morale et matérielle.
Au printemps de l'année 53, pour parachever son œuvre et garder toute la Gaule en main, César invita les peuples à tenir leur assemblée traditionnelle dans son camp et sous sa présidence. C'était le meilleur moyen de dénombrer qui était pour lui, qui était contre lui ; les absents seraient considérés, du fait même de leur absence, comme des ennemis.
Ce coup d'audace, dans un pays où l'instinct de la révolte bouillonnait encore, réussit : les peuples, intimidés, envoyèrent leurs représentants au camp de César. Il n'y en eut que trois qui manquèrent au rendez-vous et qui payèrent de la destruction de leurs champs et de leurs cités ce geste de bravade.
Fort de ce succès, César recommença lors de l'assemblée d'automne et obligea les délégués des nations à prononcer la condamnation des chefs coupables qu'il avait faits prisonniers.
Les envoyés gaulois, qui délibéraient sous la protection des légionnaires, homologuèrent les jugements désirés par César. La Gaule n'avait pas seulement perdu sa liberté, mais aussi, semble-t-il, son honneur et son âme.
En voyant la docilité avec laquelle les délégués des peuples gaulois avaient accepté ses plus insultantes exigences. César pouvait croire le pays maté. En réalité, la révolte couvait, à la fois chez les peuples qui avaient été victimes des répressions et chez ceux qui, par prudence ou par diplomatie, ne s'étaient pas compromis d'une façon prématurée et qui n'avaient pas encore attiré, ainsi, les regards soupçonneux des Romains.
La Gaule, enfin, avait la bonne fortune de voir sortir d'entre ses jeunes princes le chef qui lui avait toujours manqué ; celui sur le nom duquel l'unanimité se fait, qui personnifie la volonté de vivre et de durer, qui joint aux qualités gauloises traditionnelles des talents militaires exceptionnels ; qui, enfin, pour avoir fréquenté les Romains, connaît leur tactique et leurs procédés de combat.
un jeune Arverne
Un jour le bruit se répandit, secrètement, car il ne fallait pas éveiller trop tôt la méfiance des Romains, que la révolte éclaterait le sixième jour de la lune du solstice d'hiver. C'étaient les Carnutes qui avaient pris l'initiative du soulèvement, sans doute sous l'influence des Druides, et qui invitaient tous les peuples de la Gaule à se joindre à eux pour chasser les Romains.
Déjà, les Parisiens, les Sénons, les Aulerques, les Armoricains, les Andes, les Cadurques, les Lemoviques, les Turons, avaient juré leur foi. Les Arvernes hésitaient, leur chef, Gobbanitio, redoutant les aventures et craignant de s'engager dans une tentative sans espoir.
Au jour convenu, les Carnutes massacrèrent tous les Romains de Genabum (Orléans). Il y avait des villes plus puissantes et mieux défendues que celle-là ; le geste avait donc une valeur symbolique, plutôt qu'une portée stratégique ; il signifiait la rupture absolue avec Rome, le défi jeté à César. L'armée gauloise, faite de tant de nations diverses, traditionnellement attachées à leurs particularismes, pour une fois renonça à ses discordes anarchiques et choisit comme unique chef de guerre le jeune Vercingétorix.
En effet, la nouvelle du massacre de Genabum bouleversa l'Auvergne. Ce jeune Arverne, Vercingétorix, réunit ses clients et les enthousiasma sans peine. Il recruta des partisans dans la campagne et expulsa de Gergovie le parti aristocratique. La royauté fut rétablie en sa faveur.
Son prestige fut bientôt immense. Il raffermit le courage des peuples hésitants ; le commandement suprême de la rébellion lui fut donné.
Le choix était intelligent. Vercingétorix avait appris son métier d'homme de guerre aux côtés de César ; il connaissait donc les manœuvres, les feintes, les ruses de l'ennemi qu'on allait combattre. Il possédait les qualités natives du Gaulois, le courage, l'audace, la promptitude de décision, l'amour de son pays, l'héroïsme aveugle. Son intelligence était grande, aiguë, pratique, objective ; il savait agir vite et à propos.
Il est difficile de juger Vercingétorix avec toutes les chances de certitude et d'impartialité, puisque nous ne le connaissons que par ce que ses ennemis ont dit de lui et la « propagande » romaine ne négligeait rien pour diminuer le prestige de l'adversaire.
Il faut donc considérer les documents l'origine romaine comme sujets à caution et ne leur accorder qu'une créance limitée. Il est possible qu'il y ait eu dans les actes de Vercingétorix quelques traits de la duplicité et de la cruauté que nous reprochons à César, sa personnalité étant certainement plus nuancée que celle que nous voyons se dégager de la rareté et de l'unilatéralité des textes. Il possédait de grands talents militaires, qu'avait développés une formation politique ; sa conduite fut en réalité dictée par beaucoup de sang-froid et de prudence.
On aurait tort de ne voir dans le jeune Arverne que le cavalier audacieux, le « beau sabreur », l'homme des coups de main désespérés. Il importe de remarquer avant tout le prestige immense qui fut celui de Vercingétorix auprès de ses compatriotes. Prestige dû, évidemment, à son parfait désintéressement et à son noble et ardent amour de la liberté. mais aussi à ce qu'il était doué par la nature de cette qualité essentielle du chef de guerre et de l'homme d'État : l'autorité.
Celle-ci était aussi l'un des traits du caractère de César. Mais alors que l'ascendant du Romain reposait non seulement sur son génie personnel, mais aussi sur l'organisation et la discipline séculaire des légions, celui de Vercingétorix, tout de prestige et d'éloquence, était instable, car il ne pouvait prendre appui sur la cohue des bandes gauloises.
Le jeune Arverne le savait, c'est pourquoi, s'il se montre parfois intrépide, voire téméraire, sa conduite sera d'affaiblir l'adversaire en faisant le vide dans le pays, en se dérobant aux attaques directes : il eût été imprudent d'affronter en rase campagne les légionnaires romains. Chaque fois que, sous la pression de ses propres troupes, Vercingétorix renoncera à cette tactique, l'événement lui sera fatal : ainsi à Avaricum, ainsi à Dijon, Vercingétorix fut véritablement l'incarnation du patriotisme gaulois.
César revient
Profitant de l'absence de César, il inaugure sa campagne en déclenchant les hostilités en plein hiver, ce qui est contraire à la tradition, et en partageant en trois armées les troupes que lui a fournies la coalition des peuples gaulois. Il va frapper César à trois points vitaux de la puissance romaine en Gaule, dans la Narbonnaise, que les Cadurques ont envahie, sous la direction de Luctère, à Sens où six légions attendent, sur pied de guerre, l'ordre de marcher, et chez les Bituriges, qui ont répondu avec tiédeur à l'appel des Arvernes.
César n'étant pas en Gaule, il faut agir vite, avant qu'il n'ait pu être prévenu de ce qui s'y passe. Malheureusement, le chef senon Drappès, qui avait pour mission d'encercler Sens, n'a pas su empêcher Labienus, le meilleur lieutenant de César, d'envoyer un message à son chef qui se trouve, à ce moment-là, au bord de l'Adriatique, à Ravenne.
Il aurait fallu profiter de son absence pour achever le rassemblement de toutes les forces gauloises - il y a encore des tièdes et des hésitants - et pour écraser les garnisons qui occupent les points principaux du pays. C'est ce qu'a voulu faire Vercingétorix. Il sait que l'absence de César est, pour lui, un grand facteur de succès. Il est prêt à agir promptement mais, si vite qu'il se déplace, il ne connaît pas la rapidité prodigieuse de César, cette endurance quasi surhumaine qui lui permet de couvrir, au galop, presque sans repos, des distances considérables.
Pour tous les deux, la victoire est une question de vitesse. César a confiance dans ses lieutenants, mais il sait bien qu'il est nécessaire en Gaule ; pour Vercingétorix, il faut l'empêcher d'arriver avant que la concentration des troupes ne soit achevée et l'alliance des peuples gaulois totale.
Vercingétorix n'a pas hésité à frapper durement les tièdes et les suspects. Il a usé de l'intimidation et de la terreur, là où la persuasion était inefficace. Il est prêt à conduire cette guerre avec la plus grande cruauté contre ses ennemis, et envers ses soldats aussi dont les défaillances seront punies par des supplices terribles.
Ce qui compte, c'est le résultat. Il n'est pas mauvais que les châtiments soient assez spectaculaires pour frapper l'imagination et Vercingétorix qui, à bien des égards, demeure un barbare, impose à son armée une discipline de fer, qui réussira, dans une certaine mesure, à briser enfin l'anarchie gauloise. Il faut que la peur renforce le zèle et le patriotisme. Et surtout, agir vite, frapper fort et vaincre, avant que César ne soit revenu.
Malheureusement, César, avec une rapidité qui tient du miracle, est déjà là. Il franchit les Alpes à la fin de janvier 52 et la Narbonnaise, à sa vue, revient à l'obédience romaine. Luctère et ses Cadurques battent en retraite. César dédaigne de les poursuivre. Traversant les montagnes du Vivarais, par six pieds de neige, il lance ses légions sur le pays des Arvernes.
C'est frapper en plein cœur Vercingétorix, qui est obligé, alors, de quitter le pays des Hédues qu'il tentait de rallier à sa cause, pour venir défendre sa terre. Tout son plan de campagne se trouve désorganisé.
César, enfin, amène d'Italie des troupes aguerries, des vétérans des guerres d'Asie. Les légions, douées d'une mobilité formidable, suivent sa marche en zigzag qui déconcerte l'adversaire, lequel ne sait plus où le joindre.
Ce serait une imprudence de le poursuivre et une perte de temps. Vercingétorix perdit quelques semaines à assiéger une ville des Boiens, clients des Hédues, Gortona (Sancerre), qui présentait une certaine importance stratégique et que César, pensait-il, convoiterait.
Mais César ne se souciait pas de Gortona ; il laissa les Arvernes guerroyer quelque temps contre les Boiens, jusqu'au jour où, Vercingétorix, appelé par des tâches plus urgentes, finit par abandonner Gortona. De mauvaises nouvelles arrivaient, en effet, du pays des Carnutes où des événements graves se déroulaient.
Les Carnutes avaient été le premier peuple gaulois à donner le signal de la révolte. C'était de chez eux que la guerre sainte était partie ; c'était eux qui avaient accompli le massacre général des Romains de Genabum, César avait donc un compte à régler avec eux. Il quitta Agedincum (Sens) et se dirigea sur Genabum. En route il se heurta à Vellaudunum (près de Montargis), qui ne fit qu'une courte résistance. Il s'empara de Genabum, la pilla et l'incendia, força le passage de la Loire, que personne ne défendait plus dans cette confusion. Il s'enfonça alors en Sologne en direction du pays des Bituriges.
une lutte de vitesse
La situation est critique, car Vercingétorix a eu, peu de semaines auparavant, assez de peine à convaincre les Bituriges de s'allier à lui. Ils l'ont fait sans enthousiasme, pressés par la nécessité et sous la poussée de l'intimidation. Si les Romains les soumettent, maintenant, à une intimidation plus forte, les Bituriges vont lâcher pied.
Vercingétorix n'a plus l'initiative des événements ; c'est César qui le conduit où il veut. Il est contraint à une lutte de vitesse qui, en principe, ne lui est pas défavorable, car la cavalerie gauloise est égale, sinon supérieure, à la cavalerie germanique qui sert d'auxiliaire aux légions romaines. Mais les mouvements imprévus de César le condamnent à des itinéraires déconcertants, en apparence. incohérents, dont le développement est imprévisible, et qui l'empêchent d'organiser lui-même une campagne offensive.
Avant de pouvoir obliger César à accepter la bataille sur un terrain choisi par lui, il est donc contraint à des manœuvres qui lui font perdre du temps, qui désorganisent ses plans. César savait ce qu'il faisait en soumettant ainsi à cette pénible subordination un adversaire jeune, bouillant, plus riche de courage que d'expérience, mais cette jeunesse même sauve Vercingétorix.
Avec une admirable souplesse, Vercingétorix entre dans le jeu de son adversaire ; il accourt chez les Bituriges, mais arrive trop tard pour sauver Noviodunum (Neung-sur-Beuvron), dont l'oppidum vient juste d'être emporté. La lutte en rase campagne avec les armées romaines était donc par trop inégale. Vercingétorix venait de perdre successivement Vellaudunum, Genabum et Noviodunum. Il décida de se dérober à l'ennemi et de brûler le pays, afin de réduire l'adversaire par la famine.
De nombreuses localités du Berry furent ainsi sacrifiées et Vercingétorix réservait un sort semblable à la capitale du pays. Avaricum (Bourges), la plus belle ville des Gaules. Mais les Bituriges implorèrent avec tant d'insistance pour que l'on épargnât leur capitale que, malgré lui, Vercingétorix fut contraint de céder et d'ordonner qu'on défendît la place.
Le siège dura plus d'un mois et fut atroce. Les Gaulois déployèrent des prodiges d'héroïsme qui firent l'admiration de César. mais ils ne purent empêcher la prise de la ville dont la population fut massacrée. L'armée romaine trouva là de riches approvisionnements et ce succès releva le prestige de César.
Marcel Brion, de l'Académie française Historia janvier 1978 ( à suivre)

jeudi 26 novembre 2009

Ces chiffres « arabes » qui viennent d’Inde


En tant qu’utilisateurs des chiffres dits “arabes”, nous en attribuons souvent la création aux mathématiciens arabes. C’est une erreur grossière.
Bien avant, les Indiens connaissaient et utilisaient déjà le système décimal tel que nous le connaissons. Ce n’est que bien plus tard, à la suite de conquêtes militaires en Asie, que les mathématiciens arabes découvrirent ce système. L’idée reçue attribuant la paternité du zéro aux Arabes est également une erreur : le zéro était déjà présent dans la numérotation indienne que les Arabes ont rapporté de leurs conquêtes.
La numération indienne de position
Les chiffres de 1 à 9 ont été inventés en Inde. Ils apparaissent dans des inscriptions de Nana Ghât au 3e siècle av.J.-C. La numération de position avec un zéro (un simple point à l’origine), a été développée au cours du 5e siècle. Dans un traité de cosmologie en sanscrit de 458, on voit apparaître le nombre 14 236 713 écrit en toute lettres. On y trouve aussi le mot “sunya” (le vide), qui représente le zéro. C’est à ce jour le document le plus ancien faisant référence à cette numération.
En 773 arriva à Bagdad une ambassade indienne. Ils avaient un présent pour le calife Bidule : le calcul et les chiffres. Ce n’est qu’au 9e siècle que le savant Truc écrit le premier ouvrage en arabe présentant la numération indienne dans son “Livre de l’addition et de la soustraction d’après le calcul des Indiens“. C’est par cet ouvrage que le calcul indien pénétra dans l’Occident chrétien. Sa célébrité fût telle que ce calcul fut nommé algorisme, d’Algorismus, latinisation d’al-Khuwârizmi.
Au Xe siècle, le moine français Gerbert d’Aurillac apprit la nouvelle numération et, grâce aux chaires qu’il occupait dans les établissement religieux d’Europe, put introduire le nouveau système en occident. En 999, il fut élu pape sous le nom de Sylvestre II, ce qui lui conféra l’autorité nécessaire pour implanter la numération indo-arabe.

mardi 7 juillet 2009

On a retrouvé la trace des Celtes

Pendant plus de cinq siècles, les Celtes ont dominé toute une partie de l’Europe, du Danube à l’Atlantique, de la mer du Nord à l’Espagne et au nord de l’Italie. Mais qui étaient vraiment les Gaulois ? C’est la question que s’est posée Arte dans son documentaire du 10 mars. Très instructif documentaire « qui permet d’enterrer les poncifs et de mettre en lumière un peuple hors du commun » (rediffusion le 17 mars à 14 heures).
Il faut dire qu’on revient de loin... depuis la théorie d’une civilisation celtique qui aurait été portée par de grands mouvements migratoires venues des steppes d’Asie centrale jusqu’à, récemment, la théorie d’une culture du type "génération spontanée" qui serait apparue au pied des Alpes suisses et autrichiennes et qui se serait répandue ensuite dans toute l’Europe. Mais voilà que les fouilles effectuées sur le tracé du futur TGV Paris-Strasbourg amènent un certain nombre d’archéologues à penser qu’on ne peut plus exclure la Gaule des lieux de naissance même si d’autres préfèrent rester encore dans une sorte de consensus en parlant d’un brassage de populations au sein de notre Europe tempérée.
Ce n’est que depuis quinze à dix ans que les historiens ont commencé à se rendre compte de l’impasse dans laquelle ils s’étaient fourvoyés en minimisant l’importance de la Gaule depuis les temps antiques jusqu’à l’époque de César. Ces quinze ans correspondent au nombre d’années qui se sont écoulées depuis la publication de mes ouvrages. En m’appuyant sur une meilleure traduction des textes et sur la logique notamment militaire, j’ai proposé d’autres localisations, non pas pour Alésia, mais pour les deux grandes capitales de la Gaule, Bibracte et Gergovie.
Dans mon article "Le temple de Gergovie" du 20 février, j’ai présenté le dessin du chapiteau que voici. C’est un extraordinaire document que l’on peut admirer dans le temple/église du Crest... Gergovie !
Ce chapiteau est, à mon sens, à l’origine de cet art celtique tout en arabesques et entrelacs que tout le monde connaît. Elément fondateur de la pensée druidique, il nous révèle un Dieu de la Nature bien présent mais caché. Rien d’étonnant à ce qu’il ait inspiré les artistes celtes de Gergovie. Rien d’étonnant à ce que les guerriers arvernes aient voulu inscrire sur leurs armes leur foi dans cette pensée née sur la hauteur du Crest. Dissimulé dans les entrelacs du fourreau d’épée présenté dans l’émission d’Arte, le visage de la divinité cachée se laisse entrevoir au téléspectateur comme dans le chapiteau de notre temple. Et puis, l’esprit s’évade dans la perfection harmonieuse des arabesques et dans l’infinie complexité des représentations symboliques, mathématiques et géométriques des figures. Une divinité de la nature mais également "sur nature" que les Gaulois ont évoquée par des figures idéalisées et parfaites de forme. Il s’agit bien là d’une recherche fantasmagorique, ésotérique et mystique de la divinité et des forces divines, telluriques et célestes, au travers de l’Art.
Compilateur et héritier du pythagorisme, Jamblique présente comme vérité absolue l’acousmate suivant : Qu’y a-t-il de plus beau ? Réponse : l’harmonie. Bien qu’antérieure à l’époque de Jamblique, le vase de Vix dont j’ai dit qu’il était une œuvre de Gergovie en est l’illustration la plus exemplaire. Le corps du vase est une recomposition pythagoricienne du bassin de la femme (la terre-mère) et les anses, une recomposition des cornes du bélier jusqu’à une forme harmonieuse parfaite. Dès lors que la preuve a été donnée dans cette émission d’Arte que les Celtes étaient arrivés à un niveau de technicité incomparable dans l’art de la métallurgie du fer et du bronze, rien ne s’oppose plus à l’hypothèse que le vase ait été fabriqué à Gergovie/Le Crest, probablement dans ses forges de Tallende.
Présenté également à l’émission, le chaudron de Gundestrup est la plus belle illustration qu’on puisse trouver des croyances de Gergovie, avec son évocation des symboles solaire et lunaire, mais aussi l’image de l’homme coiffé de la ramure du cerf en forme de branche d’épine noire, symbole d’intelligence. En posture du sage/Bouddha, l’homme se trouve devant un choix : celui du serpent/péché ou celui du torque/signe d’alliance avec Dieu. Il s’agit d’une iconographie qu’on retrouve spécifiquement en Auvergne (près du Crest) et en Bourgogne (près de Mont-Saint-Vincent).
C’est par une phrase très inquiétante que se conclut l’émission : la recherche archéologique avance mais le mystère demeure.
Non ! Je ne puis être d’accord. Le mystère n’existe que parce qu’on ne cherche pas vraiment à l’expliquer. Mais je garde espoir ! Dans encore quinze ans, il se peut que la communauté scientifique se rende enfin compte que tout sort de Bibracte au Mont-Saint-Vincent et de Gergovie au Crest ; que ces lions ciselés dans l’or viennent de Sumer après avoir transité dans le temple du Mont-Saint-Vincent ; que ces griffons et ces dragons, qui s’apprêtent à cracher le feu, viennent de Delphes après être "ressuscités" dans la montagne de La Serre.
E. Mourey htttp ://www.bibracte.com
Cet article est à la fois un extrait de mes ouvrages et une réécriture.

samedi 17 novembre 2007

LA GÉNIALE ERREUR DE COLOMB

Colomb n'est évidemment pas le premier Européen ayant atteint les côtes américaines.
Bien avant lui, les Vikings avaient reconnu le Labrador et des pêcheurs normands venaient probablement remplir leurs cales de morues prises sur les bancs de Terre-Neuve. Mais les voyages de Colomb ont une autre portée dans la mesure où ils ont effectivement ouvert l'Amérique au monde extérieur. Le paradoxe de l'entreprise Colomb est que son auteur n'a à aucun moment pensé ou voulu admettre qu'il avait atteint un nouveau continent.
Le projet Colomb n'est pas insensé aux yeux des connaissances géographiques de l'époque. Contrairement à ce que continue à affirmer une littérature « facile », on sait déjà ou du moins on a deviné que la terre est ronde. Et c'est en s'appuyant sur cette réalité que, durant des années, Colomb va affirmer, tant au Portugal qu'en Espagne, qu'il est possible d'atteindre les Indes par une route occidentale beaucoup plus courte que celle du cap de Bonne-Espérance. Ce qu'ignorait Colomb était qu'entre l'Europe et l'Asie se trouvait l'Amérique ...

L'ERREUR

Ce n'est pas tant cette idée qui est combattue par les conseillers du roi du Portugal ou par les docteurs de l'université de Salamanque que l'estimation des distances faite par Colomb. Comme l'écrit Jacques Heers : « Tous ses raisonnements ou calculs, tous extravagants, péchaient ou par grande naïveté ou par le désir de constamment tricher.
Il a, pour élaborer et présenter son projet, sans cesse joué sur les chiffres, sur les estimations, s'appuyant sur les textes anciens favorables à sa thèse, torturant les résultats pour les plier à une démonstration qui, finalement, laisse perplexe. Tout est erroné, manipulé, travesti. Il a trop bien voulu démontrer ... mais ne pouvait tromper des hommes avertis. » (1)
Le résultat des calculs de Colomb faisait que la pointe de l'Europe était placée trop à l'Ouest tandis que l'Asie s'étendait outre mesure vers l'Est. Dans ces conditions, les distances qu'il annonçait étaient évidemment extrêmement raccourcies. Pour lui, la navigation vers l'Ouest qui devrait lui permettre d'atteindre l'Asie devait être inférieure à 4 500 km alors que la distance réelle est presque de 20 000 km ...
S'étant montré persuasif, il obtient néanmoins les moyens matériels de son périple et il se lancera dans quatre expéditions successives.
Le premier voyage se fit du 3 août 1492 au 16 mars 1493 au départ de Palos. Il permit de découvrir San Salvador, Cuba et Haïti. Le deuxième dura deux ans et huit mois, du 25 septembre 1493 au 11 juin 1496 et il s'effectua en direction de Puerto Rico, d'Haïti, de Cuba, de la Jamaïque et de la Martinique. C'est à l'occasion du troisième voyage, lequel se déroule du 30 mai 1498 au 30 octobre 1500 que Colomb atteignit pour la première fois le littoral américain continental dans l'actuel Venezuela. Sa quatrième expédition fut la plus dramatique car il fit naufrage à la Jamaïque.

L'ASIE

Durant les deux ans et sept mois qu'elle dura, c'est-à-dire du 3 avril 1502 au 7 novembre 1504, Colomb se rendit à la Martinique, à Haïti, qu'il avait baptisée Hispaniola, sur le littoral de l'actuel Honduras, le long des rivages de l'Amérique centrale et à Cuba.
A aucun moment Colomb ne voulut en démordre : il était certain d'avoir atteint l'Asie. A chacune de ses découvertes il était persuadé d'aborder dans une île ou un archipel proche du Japon ou de la Chine.
Le plus étonnant dans l'attitude du grand capitaine est que les populations amérindiennes primitives qu'il rencontrait ne correspondant aucunement aux descriptions faites par Marco Polo, il s'entêta néanmoins à vouloir en faire des vassales des empereurs asiatiques décrits par le célèbre voyageur vénitien. Jamais il ne reviendra sur cette attitude insolite; pour lui une chose demeura claire jusqu' au bout : il avait promis d' atteindre l'Asie par la voie maritime atlantique et il était arrivé là où il le prévoyait.
Jamais Colomb n'eut l'impression d'avoir découvert un monde nouveau, c'est-à-dire le Nouveau Monde.
De même qu'il avait délibérément raccourci les distances entre l'Europe et l'Asie, le génial Génois faussa délibérément la réalité de ses découvertes afin de les faire « coller» à ses propositions initiales.
C'est ainsi que le 12 juin 1494, il fit jurer à ses hommes que Cuba n'était pas une île mais une avancée continentale de l'Asie et qu'il ne pouvait que s'agir de la fabuleuse Cipango évoquée par Marco Polo.
Ces vérités étant affirmées, on aura compris qu'il ne s'agit pas ici de faire le procès de Colomb qui demeure un grand capitaine, un marin audacieux, un transmigrateur et un sculpteur d'épopée.
Bernard LUGAN
(1) « la découverte de l'Amérique », de Jacques Heers, éditions Complexe, Bruxelles, 1991.