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lundi 18 décembre 2023

La France colonisée : La Normandie Viking

 

En leur temps, les Normands ont été présentés comme un fléau encore plus dévastateur que la peste et les Huns réunis. De nos jours, nous n’avons plus la peste, mais la dévastation de la France a continué à travers un des dignes descendants de la horde des Huns, le Français d’origine Hongroise Nicolas Sarkozy, et continue encore avec le Normand François Hollande, tous deux venus parfaire le travail de leurs ancêtres. Avec une différence de taille, cependant. Si Attila et Rollon avaient pour ennemi l’Empire de Rome, nos deux présidents œuvrent en sens inverse, pour se soumettre à la Nouvelle Rome. RI

***

Pourquoi ils ont colonisé la France pour fonder la Normandie ? comment ont-ils pu découvrir l’Amérique en voyageant aux quatre coins du globe, inventer la boussole, le parlement et le droit moderne s’ils n’étaient que des « barbares violents » « assoiffés d’argent » comment veulent nous le faire croire les dernières fictions et articles de presse.

Barbares ? Ou les derniers résistants à l’église Romaine ?

Parfois médiatisés avec notamment quelques films et récemment une série, les Vikings ont toujours suscité l’intérêt des cinématographes pour leur coté barbare et violent. Cependant ils ne parlent jamais de la réalité de l’époque: les Vikings étaient les derniers résistants à l’empire chrétien. Les scandinaves étaient les seuls à avoir résisté aux croisades sanglantes de Charlemagne, trop attachés qu’ils étaient à leurs principes de liberté individuelle, d’honneur et de respect de la tradition de leurs ancêtres.

En représailles de cette résistance, ils subiront un embargo alimentaire de la part de l’empire qui les mettra face à leur destin: les « païens » partiront défier l’immense empire avec l’idée folle de coloniser des terres pour la survie de leurs familles. Bien que largement inférieurs en nombre, la justice triomphera et ils gagneront la guerre sur le terrain avec panache et brio, comme si la christianisation avait ramolli ces peuples soumis autrefois si vaillants.

Cependant, il ne faudra que 3 siècles pour qu’ils perdent la guerre spirituelle et que l’église catholique prenne définitivement le dessus sur le marteau de Thor. L’histoire étant écrite par les vainqueurs, les moines saliront l’histoire des Vikings en occultant totalement la légitimité morale de leurs colonisations, ainsi que leurs avancés technologiques et politiques supérieures à la civilisation chrétienne.

On prend conscience que l’obscurantisme et l’uniformisation des esprits avait déjà commencé bien avant les Illuminatis ou les francs-maçons. Les Vikings nous inspirent car ils apparaissent ici en analogie avec les résistants à la pensée unique du NWO de ce 3eme millénaire. Les principes à défendre sont les mêmes, bien que de par l’époque, les moyens de résister sont totalement différents !

Afin de rectifier l’honneur de nos ancêtres, cette vidéo* ci-dessous traite les derniers représentants de la tradition guerrière et héroïque d’un œil objectif, les Vikings n’ont de barbare que cette appellation donnée par leurs ennemis, en réalité ils étaient plutôt des résistants à une forme de totalitarisme: le religieux.

Oleg

*le tout teinté d’humour et d’analogies avec notre époque.

Histoire revisitée, récit rectifié, contre histoire des vikings.


source: http://metatv.org/enfin-la-verite-cachee-sur-nos-ancetres-vikings

https://reseauinternational.net/la-france-colonisee-la-normandie-viking/

samedi 30 septembre 2023

Normandie. Réédition des Vikings, de Jean Mabire

 

vikings_mabire

La maison d’édition l’ancre de Marine a réédité au mois de janvier 2015, un ouvrage important de Jean Mabire : « Les vikings ». Le lecteur qui se régale actuellement cinématographiquement avec la quatrième saison de la série « Vikings » ne pourra que vouloir compléter son immersion par cet ouvrage, à la splendide couverture. Comme la grande majorité des ouvrages du normand Jean Mabire (1927 – 2006), il s’agit d’une promenade romancée dans l’histoire et non pas d’un ouvrage historique au sens scientifique du terme.
Avec sa plume traditionnellement accrocheuse, qui aura séduit plusieurs générations, celui qui est mort en 2006 dans la ville de Saint-Malo qu’il chérissait tant nous raconte la fabuleuse histoire des Vikings, rois des mers. Ici sont rassemblés les exploits d’Erik le Rouge, Harald Dent Bleue, Harald Belle Chevelure et tant d’autres, fils de la tempête et du feu, guerriers de la race des aigles et des loups. De la Baltique à la Méditerranée, franchissant l’Atlantique, explorant le futur Canada, ils déferlent sur le monde connu, dont ils repoussent les limites.

Jean Mabire a pris le parti de ressusciter, pour l’émotion et le plaisir du lecteur, des scènes et dialogues vivants, retraçant les épisodes les plus extraordinaires de cette épopée. Bien qu’elle s’adresse à notre imagination, cette narration est impeccablement documentée, historiquement solide. Jean Mabire au sommet de son art.

Que ce soit lorsqu’il raconte la Normandie ou la Seconde Guerre Mondiale, ou bien encore le Paganisme, Jean Mabire avait cette capacité de faire aimer des périodes de l’histoire ou des thèmes, par la force de son écriture.

Les Vikings est un ouvrage important, à posséder dans sa bibliothèque, pour entretenir la flamme de notre plus longue mémoire d’Europe.

Les Vikings – Jean Mabire – L’Ancre de Marine – 23€ 

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Préface de Dominique Venner à la bibliographie de Jean Mabire réalisée par Alain de Benoist

« J’entends quelqu’un qui vient… » Ce fut l’un de ses derniers traits d’humour. Jean était hospitalisé une nouvelle fois. Il souffrait et savait qu’il touchait à la fin. Mais il était capable de rire de la mort qui le tirait par les pieds.

« Non, ce n’est pas ce que tu crois… » Ajouta-t-il en retenant un fou-rire. « Je ne suis pas comme le vieux Maurras. J’entends quelqu’un qui vient, mais c’est l’infirmière… »

Les initiés savent qu’en novembre 1952, la veille de la mort de Charles Maurras, dans une clinique de Tours, après une longue détention, de pieuses personnes avaient prêté au vieux maître de l’AF ces mots sibyllins : « J’entends quelqu’un qui vient… ». Elles suggéraient ainsi que le vieux mécréant, sur son lit de mort, dans sa complète surdité, aurait opéré un improbable ralliement de dernière minute au Dieu chrétien qu’il avait exécré toute sa vie (1).

Cette fable ne pouvait convaincre que de bonnes personnes ayant besoin de se rassurer. Mais elle amusait Jean Mabire qui n’était pas dupe.

Un écrivain puissant, protéiforme et poétique

Tous ceux qui l’ont connu de près se souviennent de l’ami, du complice, drôle, narquois, entraînant, modeste, enthousiaste. Ils restent à jamais marqués par le souvenir de l’homme de convictions et de fidélité, généreux, ignorant la rancune et le ressentiment, incapable même d’inimitié. Pour eux, il ne fut que joie communicative et amitié.

Il fut aussi tellement plus ! Pour beaucoup de ses lecteurs il fut un éveilleur sans égal, celui qui, d’abord, donna vigueur et beauté à l’idée normande. Pour un très vaste public jeune, il éleva aussi les combats de la Seconde Guerre mondiale au niveau de l’épopée, sans choisir entre les camps, racontant avec le même enthousiasme l’aventure casquée de la Division Charlemagne, les volontaires de la Brigade Frankreich, ou les paras britanniques des Diables rouges attaquent. Avec le même talent romanesque, il a fait revivre Les Samouraï, les fusiliers-marins de La bataille de l’Yser, les chasseurs alpins de Narvik, les matelots à pompons de l’Eté rouge de Pékin, ou les cosaques du baron Ungern. Il s’intéressait moins aux situations historiques qu’aux hommes contraints de se surpasser dans les combats, les révolutions ou la dure vie du soldat.

Mais tout cela n’est qu’une part seulement de son talent d’écrivain et de journaliste incroyablement fécond qui a tant fait pour les auteurs et les poètes normands (2).

Personnellement, je place très haut l’extraordinaire galerie de portraits de plusieurs centaines d’écrivains, réunies sous le titre Que Lire ? Jean Mabire y révèle plus qu’ailleurs encore sa fibre poétique. Avec une extraordinaire empathie, il sait trouver chez chacun de ses auteurs, même les plus éloignés de lui, ce qui les relie à un terroir, une tradition. Suivant ses propres mots, « on peut aimer Aragon sans être communiste et Céline sans être antisémite ». Jamais personne n’avait entrepris un tel travail de mise en perspective de tant d’écrivains, avec cette liberté. Il n’était pas question pour Jean de mobiliser à titre posthume ces écrivains pour une cause qui n’était pas la leur. « Je cherche au contraire à élargir notre horizon en découvrant parfois chez l’écrivain les plus divers la présence et même l’exaltation des valeurs qui sont les nôtres (3). »

Jean Mabire fut et demeure un grand écrivain et aussi un grand journaliste protéiforme. C’est ce que révèle d’emblée l’importante bibliographie établie par Alain de Benoist, et c’est bien entendu ce qui fait la qualité première de ce travail méticuleux. S’y révèle toute la richesse d’une œuvre et d’un esprit dont l’absence pèse chaque jour à ceux qui l’avaient aimé.

La “Communauté de Jeunesse”

Ce qu’il y a d’étonnant chez ce fou de littérature, ce dévoreur de livres, c’est qu’il était le contraire d’un rat de bibliothèque. Jusqu’à ses toutes dernières années, il avait besoin de partir sac au dos, camper en pleine nature avec ses copains de la belle étoile, comme aurait dit Saint-Loup.

C’est ainsi qu’au lendemain de la guerre, trop jeune pour avoir pu y participer, dans une Auberge de la Jeunesse proche des Rochers de Fontainebleau, il fait la connaissance de Tristan Mandron, sympathique garçon aux cheveux courts, repérable à son sac à dos. Sur les courroies du sac étaient gravées des runes nordiques. « On ne s’est plus quitté » dira Mandron (4). Avec quelques copains, amateurs de randonnées et de feux de camp, ils se retrouveront chaque fin de semaine, dans un esprit très Wandervögel ou “Ajiste”. L’idée germe entre eux d’aiguiser leur “vision du monde”, leur Weltanschauung, comme on dit au-delà du Rhin. Une soirée hebdomadaire sera consacrée à des échanges enfiévrés. Chaque fois, un thème était creusé sous la direction d’un des participants. On mettait aussi des paroles françaises sur des chants venus de Germanie, qui vont conquérir bientôt l’armée française et quelques mouvements de jeunesse attirés par l’action. On préparait fiévreusement le prochain solstice d’été ou la prochaine virée en stop vers les Flandres ou l’Allemagne du Nord, pour y retrouver Fred Rossaert et d’autres garçons ou des filles aux genoux halés. Ainsi naquit la “Communauté de Jeunesse”, association sans statuts, mais grosse d’une longue postérité.

Jean Mabire a raconté cette époque et les interrogations qui l’ont conduit à l’idée normande : « Nous étions quelques garçons trop jeunes pour avoir affronté l’épreuve de la guerre et qui nous retrouvions, poissons sans eau sur un rivage que venait d’abandonner le grand raz-de-marée. Oui, c’était bien l’eau qui nous manquait. Mao parle du partisan “dans son peuple comme un poisson dans l’eau”… Quel peuple alors ? L’Europe, coupée en deux n’était plus qu’un mythe… Alors la France ? Elle vivait encore de ses guerres civiles, et si nous nous en faisions une « certaine idée, ce n’était ni celle des vainqueurs, ni celle des vaincus… Donc nous cherchions autre chose. Une patrie ou un peuple qui existassent par eux-mêmes, bien avant et bien après les sanglantes et folles convulsions de l’actualité… En m’enracinant en Normandie, je décidais de monter la garde sur quelque littoral sacré (5). »

Le ré-enracinement de la revue “Viking”

L’idée de ce ré-enracinement lui était venu, dira-t-il, de son aîné, le Breton Olier Mordrel, l’un des acteurs essentiels de Breiz Atao, le mouvement nationaliste breton, fondateur de la revue Stur. « Cette revue émergeait de l’océan celtique comme un iceberg irradiant de lumière ». Cette aventure, précise Mabire, s’arrêta davantage en 1939 qu’en 1945. Les quatre numéros de Stur parus pendant la guerre « n’ont pas la fulgurance de ceux des années trente ». Peu après 1945, justement, un ami de Jean lui prête une collection de Stur. « Grâce à cette quinzaine de numéros, j’ai vécu pendant quelques mois dans une totale communauté d’idées et d’instincts avec Mordrel. Même Drieu ne m’avait pas procuré un tel éblouissement ». Jean venait de découvrir l’importance décisive de certaines revues pour la naissance d’un mouvement d’idées.

En ce temps-là, Jean étudiait à l’Ecole des Métiers d’Arts (section vitrail) de la rue de Thorigny. Peu après, en 1949, il fonde sa propre revue devenue mythique, Viking, consacrée à la culture des pays normands. À cette époque lointaine, les tracts et les petites revues étaient tirés à la ronéo, invention disparue. Il fallait taper les textes à la machine, en ôtant le ruban, sur un “stencil”, sorte de pellicule opaque qui devenait ainsi perméable à l’encre. C’était déjà tout un travail. Mais pour dessiner sur stencil, il fallait être un artiste d’une habileté rare. Comme pour la gravure sur cuivre, l’exercice ne permettait pas l’erreur. Une jeune femme blonde, qui allait devenir la première Mme Mabire et la mère d’Halvard, Nordahl et Ingrid, encadrait et illustrait ainsi Viking d’images d’une mystérieuse beauté, runes et roues solaires, transposant dans cette technique l’art des miniaturistes médiévaux (6). Tristan Mandon avait acheté aux Puces une ronéo Gestetner à manivelle. Avec elle, il a “tourné” les seize premiers numéros de la revue qui a imposé le fait culturel viking, complètement inconnu des Français, fussent-ils Normands.

L’expérience de la guerre d’Algérie

Nous sommes alors au milieu des années cinquante, et bientôt au début des années soixante. Plusieurs faits nouveaux vont inscrire leur marque dans l’itinéraire de Jean Mabire. Tout d’abord son travail de journaliste professionnel à la rude école d’un quotidien de province, La Presse de la Manche, publié à Cherbourg. Il y a travaillé de l’automne 1956 à l’été 1963 (7), avec une interruption d’un an, d’octobre 1958 à octobre 1959, période de son rappel en Algérie comme officier de réserve, à la tête d’un commando de chasse comptant une majorité de harkis.

Cette expérience de la petite guerre devait imprimer son empreinte à jamais. Elle ne sera pas seulement à l’origine d’un roman très personnel, Les Hors la loi (1968), republié plus tard sous le titre Commandos de chasse. Elle établira un lien de forte solidarité avec la génération de la guerre d’Algérie. Elle lui fera connaître Philippe Héduy, bientôt son ami, auteur inspiré du magnifique roman Au lieutenant des Taglaïts. Héduy l’attirera fin 1962 dans l’aventure de L’Esprit public. Ce journal, conçu par Jacques Laurent, Roland Laudenbach et Raoul Girardet, était en quelque sorte la façade légale de l’OAS. Ce n’est pas ce qui intéressait Jean Mabire. Il se sentait solidaire des “soldats perdus”, tout en tenant à distance les idées politiques dites de l’Algérie française. Il s’en expliquera très clairement dans son essai Drieu parmi nous, publié en 1963 à la Table Ronde.

La présentation de ce livre (4e de couverture) en campait la logique : « À l’automne de la guerre d’Algérie, un journaliste revenait à Cherbourg après avoir été rappelé pendant un an comme officier de réserve. Au retour de cette expérience […], il trouva dans la lecture de La Comédie de Charleroi [de Drieu la Rochelle] une fraternelle résonance… » Ainsi est établi le lien entre le Normand Drieu et les souvenirs personnels de Mabire qui affleurent ici et là dans son essai. Il faut se souvenir que celui-ci fut écrit à chaud, au début de 1963, quelques mois après l’indépendance de l’Algérie. C’est ce qui donne tout leur prix à certaines pages : « Nous sommes sans doute peu nombreux, écrivait Jean, pour avoir refusé au cours de la guerre d’Algérie les slogans de l’un et l’autre bord. L’Algérie française nous paraissait aussi dérisoire que l’Algérie arabe, mais la lutte de la France en Algérie était une épreuve et un creuset. Elle a permis de distinguer les courageux de l’un et l’autre camp, les opportunistes des deux bords, les camarades et les salauds… (8) » Pensant aux soldats français morts durant celle guerre, il écrit encore : « Et nous savons bien qu’ils sont morts finalement ni pour une patrie ni pour une idée, mais pour eux-mêmes, pour ne pas céder, pour ne pas subir, parce qu’il n’y a pas d’autre issue que le courage… (9) »

L’aventure fondatrice d’Europe Action

Cette façon de voir, et la grande liberté de ton adoptée par Mabire dans ses articles de L’Esprit public à l’égard des poncifs de la vieille droite, soulevèrent l’indignation de ceux qui s’en réclamaient. À l’inverse, les positions “révolutionnaires” du journaliste normand entraînaient l’enthousiasme des lecteurs les plus jeunes. On était au printemps 1965. L’aventure de presse de L’Esprit public touchait à son terme. Elle avait eu le mérite de faire connaître le nom de Jean Mabire à un public neuf qui ne cessera de s’étendre. Une autre aventure allait commencer, celle d’Europe Action. Une aventure d’une intensité et d’une portée qu’il n’est pas encore temps de mesurer.

J’avais fait la connaissance de Jean Mabire en avril 1965. Nous avions tous les deux vécu la guerre d’Algérie, suivie pour ma part d’engagements pugnaces. Je lui proposai de devenir le rédacteur en chef de la revue Europe Action, fondée en janvier 1963, peu après ma sortie de prison. Là s’est forgée notre amitié, notre estime commune, notre complicité. Il m’est difficile d’en parler aujourd’hui en faisant taire mon émotion. Je préfère céder la parole à Jean. Avec ses propres mots, il a su parler de cette expérience unique vécue en commun : « Je n’ai rencontré Dominique Venner qu’au printemps 1965. Tout de suite “Dom” et très vite “tu”. Il venait d’avoir trente ans, le bel âge. J’en avais trente-huit. […] Entre juin 1965 et novembre 1966, nous avons vécu, côte à côte, en responsables et militants tout ensemble cette singulière aventure. Seize mois embarqués à bord du même brick corsaire. Lui directeur politique et moi rédacteur en chef. Mais aussi soutiers, pilotes, galériens, toutes les corvées et toutes les joies (10)… »

« Il fallait sortir le journal tous les mois, dans une atmosphère de pauvreté franciscaine qui nous allait bien au teint. Pauvreté, certes. Mais aussi richesse. Richesse d’un courage, d’une amitié que je n’avais pas connus depuis bien longtemps et que je ne suis sans doute pas près de retrouver. J’ai rarement été si enthousiaste et si “croyant”. »

Ce fut écrit, on peut le souligner, en novembre 1994. Jean poursuivait : « Je croyais qu’on pouvait gagner. Non pas prendre le pouvoir comme l’imaginaient les naïfs. Mais former les cadres révolutionnaires de demain… Quelques centaines de garçons et quelques dizaines de filles ont participé à cette aventure. Ceux de la Fédération des Etudiants nationalistes, notre FEN à nous, et des Cahiers Universitaires. »

Jean détaillait les particularités de ce militantisme : « Les amis d’Europe Action, braves petits soldats politiques, qui avaient tiré toutes les leçons d’un activisme voué à l’échec, constituaient une élite. Je dirais même un Ordre. Ils étaient le creuset d’où allaient surgir pas mal d’initiatives ultérieures, impasses ou réussites, peu importe […]. Pour moi, l’aventure d’Europe Action reste fondatrice. Idéologiquement et humainement. Nous avons marqué des hommes pour la vie en leur faisant découvrir une école de courage, de lucidité, d’esprit de sacrifice. »

D’autres aventures et les “Oiseaux migrateurs”

Pour Jean Mabire, d’autres aventures suivront, différentes bien entendu. Sa vie sera scandée de stances successives et, si l’on y songe, parfaitement cohérentes. Aventure de la participation aux travaux et activités du Groupement de Recherche pour la Civilisation Européenne (GRECE). Aventures professionnelles de l’édition avec les premiers grands récits de guerre pour la collection Corps d’Elite aux Editions André Balland où je l’avais entrainé. Simultanément, il amorçait une longue collaboration de presse au journal Minute de la grande époque où l’avait fait entrer Philippe Héduy. Et, bien plus tard, après la publication d’innombrables livres à succès, précisément au printemps 1991, il entamera pour plusieurs années la publication chaque semaine dans l’hebdomadaire National Hebdo ses extraordinaires portraits d’écrivains réunis ultérieurement en plusieurs volumes sous le titre Que Lire ?

Les aventures n’étaient pas terminées, loin de là. Tout en poursuivant le travail titanesque de Que Lire ? et en publiant toujours de nouveaux récits, Jean apportait son soutien enthousiaste et compétent au mouvement des “Oiseaux Migrateurs”, créé par des jeunes las de l’activisme lors du solstice d’hiver de 1991. Aucune initiative n’était mieux faite pour lui. Elle réveillait le souvenir de la “Communauté de Jeunesse” d’autrefois, avec un dynamisme remarquable et une nouveauté de taille puisqu’il s’agissait d’un mouvement mixte (11). Les participants étaient tous jeunes, garçons et filles. Je peux témoigner du choc admiratif que fut ma première rencontre avec eux. J’étais venu présenter un exposé à la demande de Jean, “Maît’Jean”, comme l’appelaient désormais ses jeunes disciples. C’était à l’occasion d’une “Haute Ecole Populaire” (12). Remarquable initiative qui lui était due.

Au cours d’une fin de semaine, le groupe se réunissait dans un logis campagnard normand, faisant alterner randonnée, chants, veillée et formation de l’esprit. Les deux journées étaient scandées par un rituel strict et souriant. Les garçons étaient en pull marin, knickers bruns et vestes de chasse. Les filles – très jolies, ma foi – en jupes longues accordées aux tenues masculines. Visages clairs et toniques, ambiance énergique et joyeuse. Des conférenciers venaient traiter à titre amical une grande diversité de sujets. Jean participait aux activités de ses “Oiseaux” sur un strict pied d’égalité, appliquant à la lettre son idée d’un “socialisme européen”, en rupture complète avec la ségrégation sociale de la bourgeoisie française, partageant sa gamelle avec les camarades.

Il a fait vivre un rêve

La rusticité ne lui avait jamais pesé. Durant une longue période des années 70 et 80, il s’était déplacé de gîte en gîte à bord d’un break aménagé en bibliothèque. Il pouvait même y dormir. À cette époque, j’avais planté ma tente entre mes livres et mes fusils de chasse dans une vieille maison à la jonction des forêts de Compiègne et de Retz. En marchant vers l’ouest, on grimpait un raidillon sablonneux dans un décor de buissons secs qui me rappelait la maison fortifiée d’Aïn Zana, au temps de la guerre d’Algérie et de mes vingt ans. Il nous fallait veiller sur la frontière tunisienne par où s’infiltraient les fels. Le « barrage » n’était pas encore édifié, que Jean connaîtra plus tard à la tête d’un commando de chasse. Mais de ces histoires d’anciens combattants, nous parlions peu. Nous avions tant à dire sur l’avenir que nous voulions bâtir !

Souvent, Jean venait travailler et se détendre dans mon repaire. Je me pliais à l’horaire de sa journée. Début du travail tôt le matin. Et cela durait jusqu’en fin de journée, avec une pause rapide pour déjeuner. Quand sa machine à écrire cessait de crépiter, nous chaussions bottes ou chaussures de marche pour de longues ballades en forêts. Je lui faisais découvrir la silhouette fugace d’une biche ou d’un chevreuil. Puis retour au logis pour une soirée devant la cheminée. Des saucisses grillaient sur les braises, le vin nous réchauffait l’âme. Nous parlions du présent, du passé et de l’avenir. Jean avait toujours une nouvelle anecdote comique à sortir de sa besace. Il racontait avec gourmandise, se retenant de rire jusqu’à la conclusion.

– Tu sais ce qu’Anna de Noailles disait de Dieu ?

– Je sens que tu vas me le dire. J’ai seulement retenu que cette païenne résolue, auteur d’innombrables poèmes un peu oubliés, était une grande bavarde.

– Tout juste. Elle déclare un jour à un ami : « Si Dieu existait, je le saurais. Je m’adresse à lui chaque jour, et il ne m’a jamais répondu… » Réplique de l’ami : « C’est peut-être que vous ne lui avez pas laissé placer un mot. »

Nous mêlions à ces blagues les sujets plus graves qui nous tenaient à cœur. Pour Jean, littérature et politique ne pouvaient être séparées. Mais il ne faut pas se tromper sur les mots. Quand il disait “politique”, il n’entendait pas la cuisine médiocre qui alimente les journaux de potins. Pour lui, politique signifiait “vision du monde et de la vie”. Il en avait gardé le sens qu’on lui donnait souvent durant la première moitié du XXe siècle, quand la politique se faisait religion et que l’on pouvait mourir pour elle.

Jean Mabire n’a pas fabriqué un système, il a fait vivre un rêve. Il a ouvert une voie et laissé un modèle : celui d’un homme qui a toujours vécu en accord avec ses idées. Ses talents lui auraient permis de faire une carrière enviée dans la presse et l’édition de son temps à condition de se renier. C’était pour lui impensable et infaisable. Il a choisi de rester fidèle aux réprouvés parmi lesquels il se sentait bien. Dans Drieu parmi nous (1963), il écrivait : « Nous avons juré de ne jamais devenir des conformistes ». C’est ce qui assurera sa pérennité.

Dominique Venner

Notes :

1 On sait que Charles Maurras manifestait par ailleurs beaucoup de considération pour l’Eglise catholique, en tant qu’institution sociale et politique, libérée selon lui, par sa discipline hiérarchisée, des « poisons » contenus dans les Evangiles.

2 Dans la copieuse préface qu’elle a donnée au livre de Jean, Des poètes normands et de l’héritage nordique (Editions Anthée, 2003), Katherine Hentic, sa deuxième épouse, a très bien dit ce que furent ses efforts constants en faveur de ces méconnus.

3 Jean Mabire, Avant propos au premier volume de Que Lire ? Editions nationales, Paris 1994, p. 13. Chaque portrait d’écrivain de la galerie des Que Lire ? est accompagné d’une copieuse bibliographie établie par Anne Bernet.

4  Tristan Mandron. Entretien recueilli par le Bulletin des Amis de Jean Mabire, n° 15, solstice d’été 2007.

5 Jean Mabire, Ce que je dois à Olier Mordrel, Éléments, Hiver 1985, p. 53.

6 L’illustratice de Viking repose depuis 1974 dans le petit cimetière normand d’Éculeville, où l’ont rejoint son fils Nordahl, qui a choisi de s’en aller en 2001, et Jean lui-même, après sa mort, le 29 mars 2006.

7 Certains articles écrits par Jean Mabire dans ce quotidien seront réunis en un volume sous le titre Pêcheurs du Cotentin (Editions Heimdal, Caen 1975). Ses souvenirs de journaliste seront le prétexte à un roman sur l’atmosphère pittoresque de la presse avant la révolution informatique, L’Aquarium aux nouvelles (Editions Maître Jacques, Caen, 2000).

8 Jean Mabire, Drieu parmi nous, La Table Ronde, 1963, p. 51.

9 Id, p. 241.

10 Jean Mabire, article publié dans le journal Présent du 26 novembre 1994 sous le titre Dominique le rebelle. Il s’agissait d’une longue évocation de mon essai autobiographique Le Cœur rebelle (Belles Lettres, 1994).

11 La fondation des “Oiseaux Migrateurs” et la participation de Jean Mabire à la vie de ce mouvement a été évoquée notamment par Benoît Decelle dans le Magazine des Amis de Jean Mabire, n° 26, Printemps 2010.

12 L’appellation “Haute Ecole populaire” avait été imaginée au XIXe siècle par Nicolas Grundtvig, sorte de prophète danois d’un retour au paganisme nordique, sans cesser d’être pasteur de l’Eglise luthérienne. Jean Mabire a longuement évoqué sa figure dans son livre Les grands aventuriers de l’histoire. Les éveilleurs de peuples (Fayard, 1982).

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2016/04/06/41321/normandie-reedition-vikings-de-jean-mabire/

lundi 19 septembre 2022

Rollon, le chef viking qui fonda la Normandie (Pierre Bouet)

 

rollon

Pierre Bouet, maître de conférences à l’université de Caen, est spécialiste de la Normandie médiévale et du royaume anglo-normand.

Rollon n’est pas le premier chef viking venu dévaster l’ouest de la France. De nombreuses bandes scandinaves l’avaient précédé, aussi bien dans les îles Britanniques que sur les rivages de France et d’Espagne. Les sources écrites au sujet des raids de ces Vikings sont pour l’essentiel en latin. Annales et histoires présentées chronologiquement furent rédigées dans les monastères et dans les annexes des cathédrales, cibles principales des attaques vikings car ces édifices religieux conservaient des objets liturgiques de grande valeur en or et en argent (calices, candélabres, croix,…) et des œuvres d’art ornées de pierres précieuses et de métaux rares. Les attaques se déroulaient toujours selon le même rituel.

Les agresseurs cernaient les bâtiments, y entraient de force et pillaient tout. Selon les cas, ils incendiaient les lieux et emmenaient les personnes susceptibles d’êtres vendues sur un marché d’esclaves. Les Vikings sont décrits comme des barbares, des pirates et des païens. Ces Hommes du Nord (Northmanni) se montrent cruels, sans aucune pitié à l’égard des femmes et des enfants. La ruse et la perfidie leurs sont habituelles et ils ne se sentent liés à aucun des engagements pris. C’est avec une « rage démoniaque » qu’ils se livrent au massacre des populations civiles dépourvues d’armes. Mais la source principale de l’histoire normande est rédigée par Dudon, chanoine de Saint-Quentin. Dudon rédigea à la fin du Xème siècle une histoire des hommes qui, venus du Nord, étaient à l’origine du duché de Normandie. Il entreprit de corriger l’image négative de ces hommes du Nord en entreprenant un ouvrage sur la vie et les œuvres des trois premiers ducs : Rollon, Guillaume Longue Epée et Richard Ier.

Sur base de ces archives, de l’archéologie et des autres sciences auxiliaires de l’Histoire, l’auteur nous raconte l’implantation des Scandinaves en terre de Neustrie et la vie de Rollon. Bien conseillé par les archevêques de Rouen, il fut un exemple d’assimilation et de francisation. Cette assimilation et cette francisation passèrent par la conversion au christianisme. Les Vikings qui refusèrent le baptême quittèrent la France pour aller piller et dévaster l’Espagne.

Rollon avait compris les traits originaux de la civilisation et la richesse de cette terre « fertile et généreuse » qu’il voulait, et ses hommes avec lui, s’approprier à tout prix. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte constitua l’étape ultime de cette longue évolution.

Rollon, le chef viking qui fonda la Normandie, Pierre Bouet, éditions Tallandier, 224 pages, 19,90 euros

A commander via le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/rollon-le-chef-viking-qui-fonda-la-normandie-pierre-bouet/52022/

dimanche 17 juillet 2022

Perles de Culture n°348 : Un héros chouan de Normandie

 Anne Brassié reçoit Morgan Lazartigues pour son livre « Louis de Frotté – La Normandie du Roi » publié aux Editions La Chouette de Vendée. Aristocrate de petite noblesse normande, Frotté frappe par sa noblesse d’âme et sa droiture. « Ce n’est pas des Français que je désirai combattre car la guerre civile fait horreur à mon cœur ». Quelques temps avant sa mort, il écrit à son père « Ô mon tendre père et meilleur ami, si je péris ne me regrettez pas, je n’ai rien à me reprocher ».


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lundi 1 mars 2021

La Varende, artisan des lettres

  

Terrien et passion de mer, normand et breton, enthousiaste et mélancolique : Jean de la Varende fut tout cela à la fois.

Est-il nécessaire de présenter Jean de la Varende (1887-1959) ? De nombreuses études lui ont été consacrées l’on songe à Marie-Madeleine Martin (La Varende et moi, 1946), Anne Brassié (La Varende. Pour Dieu et le roi, 1993), Anne Bernet (La geste chouanne de Monsieur de La Varende, 1997) ou Jean Mabire (La Varende entre nous, 1999). Qu’y a-t-il de neuf ? Beaucoup de choses. À commencer par de très fréquentes rééditions chez Via Romana. Moteur de cette dynamique, l'association Présence de La Varende, présidée par Patrick Delon. Ce dernier publie un ouvrage singulier mêlant biographie, aphorismes et évocation de l’actualité de La Varende. Car plus que jamais, le châtelain de Bonneville a quelque chose à nous dire.

Terre et mer

Tout marin a un port d’attache. Un lieu familier, d’où s’élancer ensuite vers horizon. Un ancrage. Son navire intérieur Jean de La Varende l’a amoureusement ancré au Chamblac, en Normandie. Son pays d’Ouche est abreuvé des ondées. « La Normandie est dédiée à la pluie. La pluie lui donne des couleurs et les verdit soudain ». Dans ce « pays fièrement beau, sombre, grand, idéal » comme l’écrivait Barbey d’Aurevilly, éclatent des touches de couleurs cerisiers, pommiers en fleurs, et, bien sûr la maison aimée, aux briques orangées, « entre le pourpre au coquelicot, le feu de l’œillet d’Inde et la chair des centaurées ». C’est là que nait Jean, sous le regard des glorieux ancêtres : le commandeur de Galart ou Mgr de Montmorency-Laval. Ce n est pas une bâtisse, c’est un arbre généalogique épousant les poutres et les mansardes. le château de Bonneville exerce sur l’enfant une influence d’autant plus magnétique qu’il a dû le quitter à l’âge de trois ans. Orphelin de père un mois après sa naissance, le cadet rejoint la Bretagne, patrie de sa mère, une Fleuriot de Langle. Dans le vieux Rennes et à La Morinais, Jean grandit sous l'oeil d'un grand-père charismatique Fleuriot de Langle, figure de la marine en bois et homme d’un autre siècle. C'est de lui que La Varende hérite ses très fines connaissances maritimes. Capable de tailler des maquettes au réalisme saisissant (une centaine exposées au Chamblac) ou de décrire d’époustouflantes manoeuvres d’escadre, on pouvait croire que l’écrivain était un officier à la retraite. Lui que sa santé, pourtant, a empêché de faire Navale. La Marine est exaltée à travers ses biographies (Tourville, Suffren, Surcouf) et ses contes marins. La devise familiale ? Sicut aqua ! Quant au nom varende, il signifie « gardien du gouvernail » en vieux norois. Descendant d’un jarl viking par son père, d'un compagnon de La Pérouse par sa mère, l’eau salée coule dans ses veines. Mais cette enfance bretonne a aussi mis en branle un puissant moteur d’écriture : la nostalgie. « Je dois tout au mal du pays. J’ai été griffé, attaqué, mordu par la nostalgie. La nostalgie a tout fait ».

Ii reviendra au Chamblac. Chez l’auteur se mêlent l’instinct de caprerie scandinave et le vieux chant sylvestre des Celtes. ll célèbre la brise marine et l’odeur des sous-bois. Dans Le Troisième jour, la forêt est nommée pas moins de dix fois, dès le premier chapitre. La nature devient presque un personnage à part entière :

« La forêt s’étend ainsi qu’un immense animal à peine apprivoisé, qui se plaint et qui chante, qui respire et transpire, qui embaume et qui pue, et qui se meut dans une lenteur séculaire. Effrayant organisme d’énergie physique, haussant, dispersant chaque jour des millions de tonnes d’eau qu’il pompe et distribue. La forêt se bat avec les nuages et s’ébroue sous la foudre. Ce fut la reine, la dominatrice des vieux âges et, seulement quand le fer fut inventé, put-on la combattre. Aujourd’hui, elle est vaincue; les hommes l’ont enchainée de liens fragiles, ont pénétré dans ses flancs, mais elle n’accepte pas sa défaite, jamais elle ne perd courage elle lutte toujours. Elle reprend son invasion, incessamment ».

La campagne est peuplée d’hommes et de bêtes. Il y a les métayers. Le gentilhomme, qui n’hésite pas à se dire « cul-terreux », proclame : « Nous les hobereaux, nous sommes liés au peuple des campagnes et nous le devinons parce que nous l’aimons ». il y a aussi le bestiaire chouettes, loups, chiens, chevaux. La Varende leur consacre Le cheval et l’image (1947) Le Haras du Pin (1949) et, surtout, ce titre étincelant Son Altesse le cheval (1972). Et c’est vrai que, du Chamblac à Lamballe, le cheval est roi.

L’auteur est-il donc régionaliste ? En réalité, ses personnages vibrent de valeurs universelles foi, courage, loyauté. Dans les Contes d’au-delà des mers, on navigue, bien loin du Pays d’Ouche, de la Phénicie au Japon, en passant par la Russie. L’univers lavarendien n’est pas replié sur lui-même. Il est enraciné, et non sclérosé.

Artisan-conteur

La Varende sculpte les phrases comme les coques de ses navires. C’est un artisan. Mieux : un paysagiste, aux dires de P. Delon. Ses descriptions précises et vivantes, captivant les sens du lecteur sont picturales, cinématographiques. On retrouve là l’élève des Beaux-Arts de Rennes; car il fut peintre avant d’être écrivain. Chérissant le beau mot et le bel objet, il exalte le travail bien fait. Dans la chute étincelante d’une nouvelle comme dans la beauté des courbes de la nef de bois, git le sens du détail et de la rigueur ordonné au souci de l’élégance et de harmonie. « faire du beau a été l’idéal de toute une caste qui, en plus du bien, voulut se donner sans compter : la chevalerie », écrit-il en 1954.

À l’ère du roman engagé, La Varende a le toupet de conter de belles histoires. Anticonformmiste, il annonce un peu la génération suivante,- celle des hussards. Michel Déon chante « l’espèce de bonheur retrouvé quand [La Varende] évoque le passé enfoui, les beautés de la langue française, cette belle maîtresse à qui l’on fait des enfants, des romans et des essais ». Quant à Mohrt, avec malice, il le situe dans une drôle d’ « Internationale blanche », entre Yeats et Faulkner. Pour lui, La Varende est « un écrivain “sudiste” » ! Ce n’est pas le patagon Jean Raspail qui aurait dit le contraire, lui qui, dans Le roi au-delà de la mer, parcourt amoureusement la Vendée insurgée sur les pas de Manon, héroïne de Man d'Arc. Man d’Arc, d’ailleurs, illustre combien la beauté lavarendienne est travaillée, préparée, servie par des recherches aiguës, aux archives familiales ou sur le terrain. Pour forger ce roman consacré à l’équipée de la duchesse de Berry, l’écrivain effectue plusieurs voyages en Vendée militaire; il veut sentir, voir, savoir, transmettre. Maniant la plume à défaut d’épée, ce « chevalier à la triste figure » n’a pas failli à sa vocation chouanne.

On est surpris de la diversité de l’œuvre : romans, biographies, études historiques, nouvelles. Ce dernier genre est peut-être celui où s’exerce le mieux le génie de l’écrivain, son sens de la formule, la plume claquant comme le fouet du veneur. S’il fallait commencer par un livre, on pourrait, à l’instar de P. Delon, recommander Les Manants du Roi ou Heureux les humbles. Par touches, on peint un tableau, une figure, un caractère. Dans ses grandes biographies historiques comme dans ses fictions (Nez-de-Cuir, Le Centaure de Dieu), La Varende nous saisit par la profondeur de sa pénétration psychologique. Passions et tourments de l’âme sont figurés comme une tempête. Foi et doutes sont bien présents; que l'on songe aux tourments des royalistes d’Action française (« L’Énergie nationale ») condamnés par Rome (Les Manants du Roi). Et si ces douleurs sont si bien narrées, c’est qu’elles sont intimes à l’auteur toujours abonné au journal maurrassien, il a longtemps assisté à la messe dans une paroisse voisine, caché, dit-on, derrière un pilier...

Souvenir et avenir

Nostalgie et mélancolie parcourent l’œuvre de La Varende. Dans Les Manants du Roi, fresque familiale dont les nouvelles voguent de 1793 aux années 1950, les royalistes du Pays d’Ouche vont de défaite en défaite. Est-ce à dire que l’auteur est un héraut du pessimisme ? Nenni. Amoureux de la vie, il n'a cessé d’enluminer des héros jeunes et solaires, vibrants, vivants. La mélancolie n’entame jamais l’enthousiasme, elle voisine avec lui. Du reste, l’écrivain ne s’est jamais désintéressé du dehors. C'est « au purissime Charles Maurras » qu'il dédie son Cadoudal (1952).

Écrivain du passé, ça oui, mais pas dépassé ! « Il est moins nostalgique du passé que dégoûté du présent, remarque Patrick Delon. Avec son pouvoir d’évocation, C’est un témoin, un lien entre deux mondes ». De fait, maugréant contre l’époque qui « fait du peuple avec de l’aristocratie » alors que l’Ancien Régime ennoblissait, La Varende valorise le souvenir, qui « porte en soi une vitalité supérieure, et nous ramène à cette notion suprême : la chaine, dont nous ne sommes qu’un maillon ». Nez-de-Cuir a été adapté en BD (Jacques Terpant-Jean Dufaux), un demi-siècle après le film d’Allégret.

Un esprit de permanence confère sa jeunesse à cet univers. « Le conservatisme de La Varende, écrit le juriste normand Christophe Boutin, est dans ce mot d’ordre alors partagé d’un bout à l’autre de l’échelle sociale d’assumer son statut et de n’en point-déchoir ». On en revient à « ce beau mot » de manant, lettre de noblesse réunissant le hobereau et le métayer. Ces derniers sont « du même bord. des fervents du sol, des manants tous deux ». Manant vient du latin maneo : « je reste; je persévère et j’attends. Les autres pouvaient fuir; pouvaient courir où l’on se divertit : à eux, les manants, de continuer, et d’assurer ».

✍︎ Patrick Delon, Jean de La Varende, écrivain de l’honneur et de la fidélité Via Romana, 23 €.

L'association Présence de la Varende oeuvre pour garder la mémoire de l’écrivain, aider à la promotion et à la réédition de ses oeuvres. Présence de La Varende. 25 rue Violet. 75015 Paris.

Photos : (1). Le châtelain en sa demeure. La Varende, pipe au bec, reçoit au château de Bonneville, au Chamblac, dans son cher Pays d’Ouche. (2) Hobereaux et métayers de l’Ouest sont des manants, des fidèles. La Varende chante leur geste, leurs malheurs et leurs grandeurs (Les Manants du Roi, 1938). (3) Ouvrage culte dès sa parution (1936). Nez-de-Cuir est immortalisé en 1952 par un film d’Yves Allegret. Jean Marais y campe le gentilhomme d’amour au masque mystérieux.

Francois La Choüe Monde&Vie 12 février 2023 n°995

mardi 10 mars 2020

Des Normands à la conquête du soleil

Des Normands à la recherche du soleil 1.jpeg
Peu de peuples ont eu un destin aussi riche que les Normands. À ceux qui auraient encore besoin d'en être convaincus, je conseille de plonger dans le livre de Pierre Aube, Les empires normands d'Orient. Un livre dédié à la mémoire de Jacques Benoist-Méchin. Au courage intellectuel que révèle une telle dédicace l'auteur ajoute une belle maîtrise de conteur : il a su donner à son récit le souffle épique de ces chansons de geste qu'il a largement utilisées, comme sources documentaires, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.
A furore Normannorum libéra nos Domine (« Libère nous, Seigneur, de la fureur des Normands »)... En adressant cette supplique au ciel, les litanies des moines essayent d'exorciser la menace que font peser sur leurs têtes, au IXe siècle, les raids vikings. Ces saintes gens en rajoutent un peu dans le tableau horrifïque qu'ils nous ont laissé des incursions des « hommes du Nord » (Normands), mais il est vrai que les guerriers Scandinaves ont la main lourde.
Des Normands à la recherche du soleil.jpegCependant ces pillards rêvent de se transformer en gentlemen farmers. Lorsque le Norvégien Rollon, dynamique chef de bande, eut bien fait peur au roi des Francs Charles le Simple, il lui fit transmettre par l'archevêque de Rouen ses exigences, pour prix d'un retour au calme « Donne-lui une région d'où il tire nourriture et vêtement, jusqu'à ce que la terre que tu lui donnes soit remplie de richesses et rende en ravitaillement, en hommes et en animaux les fruits correspondant aux saisons ». Le roi accorda la terre, et sa fille en prime. Ainsi naquit le duché de Normandie. En ce duché, efficacement organisé et contrôlé par l'autorité ducale, les descendants des Vikings ont parfaitement appliqué le précepte « Croissez et multipliez ». Au point que dans nombre de familles d'une prolifique petite aristocratie, les cadets se sentirent vite à l'étroit. Leur besoin d'air, exalté par un sang resté généreux, les poussa à chercher l'aventure au loin. Y compris en Orient, où le pèlerinage à Jérusalem justifiait une sainte escapade. Et pouvait offrir l'occasion de beaux coups d'épée, comme le constatèrent une  quarantaine de chevaliers normands revenant, en 1016, des Lieux Saints.
Les pèlerins, arrivés devant Salerne, virent cette belle cité assiégée par les musulmans. Les Normands se lancèrent de bon cœur contre les Infidèles. Ebahis, car peu habitués à se heurter en ces parages à une telle fougue guerrière, les Sarrasins préférèrent décamper. L'affaire fit grand bruit. Le prince de Salerne, ravi, voulut prendre à sa solde ces valeureux. Mais ceux-ci avaient agi, raconte le chroniqueur Aimé du Mont-Cassin, « non pour prix de monnaie, mais parce qu'ils ne pouvaient soutenir tant de superbe des Sarrasins ». Ils n'en promirent pas moins de dire autour d'eux, une fois revenus en Normandie, qu'on recruterait volontiers, en Italie du sud, des descendants de Vikings...
Cela fit parfaitement l'affaire de quelques Normands aventureux (pardon pour le pléonasme !), dont un certain Rainolf, arrivé avec sa seule épée pour bagage, et qui se retrouva vite à la tête du comté d'Aversa. Sans scrupule excessif, il bâtit sa fortune en se louant au plus offrant, en servant successivement le duc de Naples, le prince de Capoue, le prince de Salerne... selon le sens du vent. Un si bel exemple fut suivi par les fils d'un petit hobereau du Cotentin, Tancrède de Hauteville. Les aînés, Guillaume Bras de Fer et Dreux, vinrent se mettre au service de Rainolf d'Aversa. Avant de s'installer, rapidement, à leur compte. Après quelques années de rudes batailles, Dreux pouvait s'intituler fièrement comte de Pouille. Sa réussite attirait à lui de nouveaux immigrants normands. Mais, lorsqu'il vit arriver son demi-frère Robert, il le pria d'aller chercher fortune ailleurs.
ROBERT GUISCARD, « LA TERREUR DU MONDE »
Le nouvel arrivant n'était pas homme à jouer longtemps les mercenaires besogneux. Après beaucoup d'insistance, il obtint de Dreux la mission de conquérir la Calabre sur les Byzantins. Rude affaire. Mais Robert était « merveilleusement doué du côté du corps et de l'esprit », avoue Anne Comnène, la propre fille de l'empereur byzantin. Le Normand avait besoin de moyens. Il les trouva en épousant unelointaine parente richement dotée. Il y gagna le surnom de Guiscard (« le rusé »), dont il fut fier toute sa vie. Ce rusé savait aussi avoir la main rude et la Calabre fut soumise sans ménagements. À la mort de son frère Onfroi, qui avait succédé à Dreux, assassiné par des comploteurs grecs, Robert prit le titre de comte de Pouille.
Fin politique, il savait qu'un pouvoir a besoin, pour durer, de se voir reconnaître une légitimité. Or la papauté cherchait un bras, contre l'empire germanique, les Byzantins, l'Islam... Les Normands jouèrent la carte que leur offrait la géopolitique une alliance en bonne et due forme fut conclue entre le pape Nicolas II et Robert Guiscard, qui voyait ainsi reconnu son nouveau titre de duc de Pouille, de Calabre et de Sicile. Certes, la Sicile était aux mains des musulmans. Mais c'était là, dans l'esprit de Guiscard, chose toute provisoire. Les divisions et rivalités entre les émirs occupant la Sicile servirent le Normand. Et, surtout, il put enrôler la jeune fougue du dernier des nombreux fils de Tancrède de Haute-ville, Roger, fraîchement arrivé. Le jeune homme fit vite ses preuves, avec brio. En mai 1061, il débarquait en Sicile, aux côtés de Guiscard, à la tête de deux mille hommes. Messine tomba. Mais il fallut de longues années d'âpre lutte pour que s'impose l'ordre normand. La chute de Palerme, en 1072, marqua une étape décisive. Dès lors, Guiscard et Roger se partagèrent par moitié la Sicile.
ROGER DE SICILE, « LE GRAND COMTE »
La grande île était, à vrai dire, surtout l'affaire de Roger. Robert Guiscard avait en effet des préoccupations
plus grandioses. Après avoir mis fin, en s'emparant de Bari (1071), à cinq siècles de présence grecque en Italie du sud, il rêvait de porter le fer jusqu'à Constantinople. Fascinant projet, compromis à plusieurs reprises par les révoltes de vassaux félons, en Pouille et en Calabre, que Guiscard noya dans le sang, activement secondé par Sykel-gaite, sa seconde épouse, véritable amazone qui, fidèle à la tradition du courage des femmes vikings, chevauchait à ses côtés.
Enfin, en 1081, Guiscard débarqua en Illyrie. Le 18 octobre, ses Normands se heurtèrent à une imposante armée byzantine. Au moment où, cédant sous le nombre, les Normands fléchissaient, la duchesse Sykelgaite se jeta dans la mêlée. Comment ne pas faire des prodiges sous les yeux d'une pareille femme ? Les Normands forcèrent le destin et l'armée byzantine se débanda. Le rêve devenait réalité la voie de Constantinople était ouverte. C'était compter sans la subtile diplomatie byzantine, qui convainquit l'empereur germanique Henri IV de faire une descente en Italie contre le pape haï, Grégoire VII, l'allié des Normands. L'occasion était belle pour tous les orgueilleux barons qui, en Italie du Sud, supportaient mal la lourde tutelle de Guiscard. Ils se précipitèrent, une fois de plus, dans la rébellion.
Revenu à bride abattue en Italie, Robert châtia férocement les félons et reprit Rome aux Impériaux. Pendant une longue semaine, les Normands lâchés dans la Ville éternelle pillèrent, brûlèrent et violèrent. Définitivement compromis par ces encombrants alliés, Grégoire VII ne s'en remit pas.
Guiscard, lui, était vite reparti en Albanie, à la poursuite de son rêve impérial. La mort le rattrapa sur l'île de Céphalonie, en juillet 1085. D ne régnerait jamais sur l'empire grec. Mais il avait fondé un empire normand.
Cet empire eut pour centre la Sicile. Par la guérilla, par la construction de solides châteaux forts, Roger grignota le terrain encore tenu par les musulmans. Ceux-ci perdirent leur dernière ville en février 1091. Mais, dès 1086, la prise de Syracuse avait sonné le glas de l'Islam en Italie du Sud. En mai 1091, Roger prenait le contrôle de Malte poste avancé idéal en direction de l'Afrique.
Ces spectaculaires succès étaient le fruit d'une politique intelligente Roger s'attachait ses fidèles par des honneurs et de l'argent (et non par de la terre, pour éviter la constitution de fiefs) il montrait générosité et tolérance à l'égard des musulmans vaincus, qui pouvaient garder leurs traditions et leur religion, de même que les chrétiens de rite byzantin. Sûr de la fidélité des diverses communautés siciliennes, Roger put extorquer au pape un privilège étonnant paré du titre de légat pontifical, il avait la haute main sur l'Eglise de Sicile.
Une active politique économique redonnait par ailleurs à la Sicile son rôle de grenier à blé de Rome, tandis que Messine, fortifiée et dotée de docks et de magasins, devenait une plaque tournante commerciale entre Orient et Occident.
À sa mort, Roger laissait une principauté prospère et bien organisée. Son fils, Roger II, en fit un royaume. Chroniqueurs et mosaïques nous montrent quel homme ce fut : « Tout en lui dénonçait ses origines normandes, écrit Pierre Aube. Son visage, d'une inquiétante dureté, terrorisait son entourage. Sa parole puissante, mais brève et impérieuse, invitait à un obéissance immédiate et sans défaillance ». Tous ceux qui voulurent se dresser contre lui eurent à s'en mordre les doigts. Y compris le pape Honorius II, qui avait voulu stopper par les armes l'ambition du Normand. Mal lui en prit vaincu et piteux, il dut reconnaître  Roger II comme duc de Sicile, de Pouille et de Calabre (car Roger avait recueilli l'héritage de Guiscard). Un tel ensemble justifiait une couronne royale le 25 décembre 1130, entouré de ses barons et de ses évêques, Roger II fut couronné à Palerme. Les fêtes furent fastueuses. Impassible, le petit-fils de Tancrède de Hauteville savourait le triomphe des fils du Nord.
Sous sa poigne, le nouveau royaume devint vite « une pièce essentielle de l'équilibre européen ». Le nouveau roi développa une administration efficace, une riche agriculture, un artisanat de luxe (création d'un atelier d'Etat pour travailler la soie, ce qui assurait au royaume normand le monopole de ce produit en Occident). Par le mécénat en faveur des artistes et des lettrés, Roger II, qui parlait parfaitement le grec, se rangeait parmi les souverains « éclairés ». Belle revanche pour le descendant de pseudo « barbares ». C'est cette noble tradition que devait recueillir un jour Frédéric II de Hohenstaufen, fils de Constance, dernière représentante de la lignée des Hauteville...
Et, pendant que se bâtissait la Sicile normande, Bohémond, fils de Guiscard, parti à la croisade, devenait, à la pointe de l'épée, prince d'Antioche. Ces Normands étaient décidément de rudes lascars.
Pierre Vial Le Choc du Mois Mars 1992 N°50
Pierre Aube, Les empires normands d'Orient, Perrin, 344 p.

jeudi 5 décembre 2019

Ifs (14) : découverte de tombes de chevaux datant d’il y a 2.500 ans

[…] Depuis le début de juillet, une équipe constituée d’une dizaine de chercheurs de l’Inrap a débuté une opération de fouilles préventives sur l’emplacement d’un futur centre pénitentiaire à Ifs, dans la périphérie de Caen (Calvados). Le site, qui s’étend sur une surface de 5,8 hectares, a dévoilé de nombreuses découvertes datant des périodes gauloise, romaine et du haut Moyen-Age. Parmi les découvertes les plus surprenantes : deux sépultures de chevaux.
[…] C’est autour de la tombe à char que la découverte qui a le plus émerveillé les chercheurs se situe : des chevaux enterrés à trois endroits différents à proximité de squelettes humains. « C’est quelque chose d’exceptionnel« , estime Chris-Cécile Besnard-Vauterin, responsable scientifique des fouilles, dans un article de Liberté Caen. « Cette tombe sort du commun. Il n’y a qu’un autre exemple de connu dans l’Ouest, à Orval dans la Manche, mais là, il s’agit d’une tombe datant d’il y a 2.500 ans. » La présence de ces sépultures et leur proximité avec les humains interroge sur le statut particulier de ces animaux. Selon les chercheurs, ces bêtes auraient pu avoir un statut privilégié à cette époque. […]

mercredi 6 novembre 2019

La Petite Histoire : La France carolingienne face aux Vikings


Les raids vikings sur l’empire carolingien s’étendent du IXe au début du XIe siècle. Avides de butin, profitant de l’instabilité politique de l’Europe et dotés d’une mobilité à toute épreuve, des milliers d’hommes venus de Norvège et du Danemark ont déferlé sur la France durant plus de deux siècles. Les différents rois francs auront bien tenté de leur résister, mais c’est finalement en leur cédant des terres que les grandes invasions vont cesser. C’est, par ailleurs, l’acte de naissance de la Normandie.

samedi 1 octobre 2016

1066 : la Normandie accouche de la monarchie... anglaise !

2016 est une date historique le royaume-Uni : avec un peu de chance, les futures écoliers britanniques apprendrons que cette année-là, leur pays s’est libéré des chaînes bruxelloises, autre moment  fondateur de l’histoire anglaises et de sa monarchie : 1066, une victoire normande… dont on fête cet automne le 950e anniversaire.
Son nom est connu dans la France entière. On l'imagine guerrier et conquérant, à la proue de son navire cinglant vers l'Angleterre. Assurément, le duc Guillaume est l'un de nos héros. Régnant éternellement sur notre familière Normandie, il peuple notre inconscient national. Pour autant, est-il un véritable héros national ? Rien n'est moins sûr.
Guillaume n'est pas véritablement français ; du moins, pas selon l'acception moderne. L'Europe qui voit naître le futur vainqueur d'Hastings, vers 1027, est celle de la féodalité : le duc de Normandie est vassal du roi de France, mais un vassal remuant. Les ducs normands ont de qui tenir : leurs racines sont Scandinaves.
Du premier d'entre eux, Rollon, qui est en quelque sorte le Clovis normand (la vision christique en moins !), nous ne savons que peu de choses. Danois ou Norvégien, qu'importe, Rollon était un de ces cadets de famille Scandinaves partis chercher fortune au-delà des mers. Tandis que ses pairs fondaient Dublin, régnaient sur York et colonisaient l'Islande, Rollon, lui, fonda une principauté en Neustrie, chez les Francs. Las des pillages, le roi Charles le Simple lui octroya, lors d'une entrevue à Saint-Clair-sur-Epte en 911, un territoire allant de l'Epte à la mer. Selon Jean de la Varende, auteur d'une biographie dédiée au Conquérant, « loin d'être une capitulation lâche, c'était une intelligente concession : les pirates, de voleurs, devenaient gendarmes ». La Normandie voyait le jour.
Quand les voleurs devenaient gendarmes
Un siècle sépare Rollon de Guillaume, mais un même sang coule en leurs veines. Guillaume sera, lui aussi, un fondateur, un conquérant.
Mais avant cela, il est d'abord un bâtard, né des amours clandestines du duc Robert le Magnifique et de sa concubine Ariette. Le bâtard devient duc à huit ans et doit batailler contre de puissant ennemis : le roi de France, son suzerain ; et ses propres vassaux normands, les barons. Ces derniers seront vaincus en 1047 à Val-ès-Dunes. Symbole entre tous : les félons chargent au cri de « Thor Aie ! », invoquant sur eux la bénédiction des antiques divinités Scandinaves. Dans les rangs de Guillaume, un tout autre cri émeut les poitrines : « Diex Aïe ! ». La Normandie chrétienne a triomphé de son propre vieil homme païen. On verra le duc, tout au long de son règne, soutenir l'Église, faisant construire l'Abbaye aux Hommes et celle aux Dames, assistant à la dédicace des cathédrales de Rouen ou de Bayeux, Guillaume, le bâtard bâtisseur, est d'abord, selon l'expression de La Varende, « le vainqueur de la Normandie » : « vainqueur des bandits, vainqueur des grands, des rois, vainqueur de lui-même ; et, parti d'une nation restreinte, devenant maître de l'Angleterre, fondateur de l'Europe moderne, aïeul de tous les princes », Le vent de l'Histoire souffle déjà, qui gonfle les voiles du conquérant.
L'Angleterre du XIe siècle, contrairement à la Normandie, n'est pas sortie du cycle de violences et d'intrigues entre princes locaux et pillards Scandinaves. Un viking, Knut de Danemark, est brièvement roi d'Angleterre de 1040 à 1042. Il invite son demi-frère Edouard, mi-anglais, mi-danois, à régner avec lui comme co-régent. Edouard lui succédera et régnera de 1042 à 1066 sous le pieux nom d'Edouard le Confesseur. ; il sera canonisé. Sans descendance, le roi désigne un successeur : un cousin, Guillaume de Normandie. En d'autres termes : un étranger.
La félonie d'Harold
Les nobles saxons ne l'entendent pas de cette oreille. L'un des leurs, Harold Godwinson, prétend avoir été choisi par le défunt roi, sur son lit de mort, pour lui succéder. Couronné le lendemain, il doit rapidement troquer son sceptre pour l'épée, car une invasion norvégienne menace ses côtes. Une seconde invasion, normande celle-là, est en préparation de l'autre côté de la Manche. Le duc Guillaume est furieux de voir ses droits bafoués ; il faut dire qu'Harold Godwinson, qui connaît bien le duc pour avoir combattu à ses côtés contre les Bretons, s'était engagé, par serment, à servir le Normand. Bafouant une parole donnée sur reliques, voilà Harold devenu parjure. Guillaume a le droit pour lui et obtient le soutien du pape Alexandre II, qui ne peut souffrir le parjure d'Harold. Le duc reçoit un étendard pontifical et le hisse au mat de son navire. Une troupe nombreuse - six-cents navires, plus de sept mille hommes-, mêlant Normands, Bretons et Flamands, se rassemble autour du duc de Normandie afin de participer à la grande expédition qui s'élance de Dives-sur-Mer et doit transiter par le port picard de Saint-Valéry-sur-Somme, en raison d'une tempête. Le désagrément n'est que passager et l'Armada continentale foule le sol anglais le 28 septembre 1066. L'armée d'Harold accourt vers le Sud, épuisée car elle vient à peine de combattre et de vaincre les troupes norvégiennes à Stamford Bridge, au nord du pays. Face à des Saxons à bout de souffle, Guillaume a déjà débuté sa conquête méthodique. Il se retranche et choisit le lieux de l'affrontement : ce sera Hastings, dans le Sus-sex oriental. Que dire de la formidable mêlée mettant aux prises Saxons et Normands, le 14 octobre 1066 ? La scène est magnifiquement rendue par la tapisserie de Bayeux, fascinante bande-dessinée longue de soixante-dix mètres, composée par des moines anglais après la Conquête. On sait que les chevaliers normands ont eu recours à la ruse, feignant la retraite, pour mieux se retourner contre les Saxons et créer des brèches dans leurs murs de boucliers. La mêlée est incertaine. On croit Guillaume perdu, mais le duc relève son heaume sur son crâne pour se faire reconnaître et ragaillardir ses hommes. Son ennemi Harold aura moins de fortune : la tradition normande le représente gisant, une flèche dans l'œil. Privés de leur chef, les Saxons fuient les combats et ouvrent la voie de Londres aux envahisseurs. La conquête est loin d'être terminée pour Guillaume qui, après avoir obtenu la soumission de l'archevêque londonien, est couronné à la Noël. Singulière cérémonie qui voit les chevaliers normands, suspicieux, dévaster les environs de Westminster. Lorsque Guillaume prête serment en langue saxonne, la nef de l'abbaye est presque vide. La pacification, doux euphémisme pour une conquête âpre, ne s'achèvera qu'en 1070.
Vae victis ! Le vainqueur impose sa loi : l'anglais disparaît des textes officiels au profit du latin. La cour et la bonne société adoptent le français ou, plutôt, le normand. La féodalité continentale investit l'île qui, d'un point de vue foncier, tombe entre les mains des chevaliers normands et bretons ayant accompagné Guillaume. La géopolitique anglaise est bouleversée : il aura fallu l'invasion d'un descendant de pirates normands pour que l'Angleterre échappe à son vieux tropisme Scandinave. La Conquête normande tourne en effet le regard de l'Angleterre vers le continent et, pour les Anglais, la Manche et les côtes de l'Atlantique deviennent un véritable mare nostrum ; une situation qui ne prendra fin qu'avec l'expulsion des Anglais de Bordeaux en 1453.
Naturellement, la conquête de l'Angleterre sera célébrée cette année en Normandie. On fête l'enfant du pays qui, selon La Varende, « couvre toute la province de sa haute stature et de son ombre gigantesque, qui s'allonge et se meut, fouillant tous les coins de notre terre ». « Le moins mort de nos héros », dit encore l'auteur des Manants du Roi à propos du duc dont la devise, brodée en lettres d'or sur la Tapisserie de Bayeux, n'est autre que Viriliter et sapienter. Il y a peut-être là une belle occasion de renouveau identitaire pour la Normandie, heureusement réunifiée depuis quelques mois. Puisse le 950e anniversaire d'Hastings redonner aux Normands la conscience de leur être, l'amour de ce « pays fièrement beau, sombre, grand et idéal » (Barbey d'Aurevilly), loin d'une pseudo-identité bricolée par les Parisiens et les touristes, où la Normandie se réduirait à un drakkar fantasmé, des pis de vache rose bonbon et des barges de débarquement américaines.
Les Anglais ont la mémoire longue
Mais surtout, il y a l'Angleterre. La bataille d'Hastings est aussi un problème pour la mémoire anglaise : est-ce une victoire ou une défaite ? Faut-il célébrer la victoire normande, ou se féliciter que les Saxons - les "vrais anglais" aient survécu ? Il n'en demeure pas moins que 1066 est là date choisie par Bernard Cottret, grand spécialiste de la matière, pour débuter sa magistrale Histoire de l'Angleterre (Tallandier). Victoire ou défaite, Hastings reste un drame fondateur auquel les Anglais devront revenir. Avec le Brexit, les Britanniques ont décidé de reprendre le pouvoir (« take back control »), de recouvrer leur souveraineté et de faire prévaloir le Parlement et le droit anglais sur Bruxelles. Mais tout cela n'a pas grand sens si les Anglais ne renouent pas avec leur identité propre et leurs épopées nationales. Une anecdote significative des traces de 1066 dans la culture politique anglaise ? Lorsqu'un projet de loi est adopté par le Parlement de Westminster, il lui faut l'approbation - toute théorique - du souverain pour que le texte soit promulgué définitivement. La formule consacrée est alors « Le Roy le veult », expression normande tout droit issue de la Conquête. Le patriotisme anglais, on le voit, ne peut faire l'économie du roi Guillaume. Nigel Farage, héraut de la souveraineté britannique, l'a bien compris, arborant volontiers une cravate très kit'sch aux motifs issus de la Tapisserie de Bayeux... La Reyne le veult, Dieu sauve la Reyne ! 
Thibault Bertrand monde&vie  1er septembre 2016

dimanche 3 avril 2016

Rollon, le chef viking qui fonda la Normandie (Pierre Bouet)

rollon-198x300.jpgPierre Bouet, maître de conférences à l’université de Caen, est spécialiste de la Normandie médiévale et du royaume anglo-normand.
Rollon n’est pas le premier chef viking venu dévaster l’ouest de la France. De nombreuses bandes scandinaves l’avaient précédé, aussi bien dans les îles Britanniques que sur les rivages de France et d’Espagne. Les sources écrites au sujet des raids de ces Vikings sont pour l’essentiel en latin. Annales et histoires présentées chronologiquement furent rédigées dans les monastères et dans les annexes des cathédrales, cibles principales des attaques vikings car ces édifices religieux conservaient des objets liturgiques de grande valeur en or et en argent (calices, candélabres, croix,…) et des œuvres d’art ornées de pierres précieuses et de métaux rares. Les attaques se déroulaient toujours selon le même rituel. Les agresseurs cernaient les bâtiments, y entraient de force et pillaient tout. Selon les cas, ils incendiaient les lieux et emmenaient les personnes susceptibles d’êtres vendues sur un marché d’esclaves. Les Vikings sont décrits comme des barbares, des pirates et des païens. Ces Hommes du Nord (Northmanni) se montrent cruels, sans aucune pitié à l’égard des femmes et des enfants. La ruse et la perfidie leurs sont habituelles et ils ne se sentent liés à aucun des engagements pris. C’est avec une « rage démoniaque » qu’ils se livrent au massacre des populations civiles dépourvues d’armes. Mais la source principale de l’histoire normande est rédigée par Dudon, chanoine de Saint-Quentin. Dudon rédigea à la fin du Xème siècle une histoire des hommes qui, venus du Nord, étaient à l’origine du duché de Normandie. Il entreprit de corriger l’image négative de ces hommes du Nord en entreprenant un ouvrage sur la vie et les œuvres des trois premiers ducs : Rollon, Guillaume Longue Epée et Richard Ier.
Sur base de ces archives, de l’archéologie et des autres sciences auxiliaires de l’Histoire, l’auteur nous raconte l’implantation des Scandinaves en terre de Neustrie et la vie de Rollon. Bien conseillé par les archevêques de Rouen, il fut un exemple d’assimilation et de francisation. Cette assimilation et cette francisation passèrent par la conversion au christianisme. Les Vikings qui refusèrent le baptême quittèrent la France pour aller piller et dévaster l’Espagne.
Rollon avait compris les traits originaux de la civilisation et la richesse de cette terre « fertile et généreuse » qu’il voulait, et ses hommes avec lui, s’approprier à tout prix. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte constitua l’étape ultime de cette longue évolution.
Rollon, le chef viking qui fonda la Normandie, Pierre Bouet, éditions Tallandier, 224 pages, 19,90 euros
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