Affichage des articles dont le libellé est Chine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chine. Afficher tous les articles

mardi 13 janvier 2026

La Russie lance sa deuxième frappe Oreshnik contre l’Ukraine, et Martyanov publie une «carte du partage tripolaire»

 

par Alfredo Jalife-Rahme

La carte, publiée par Andrei Martyanov, proche de l’armée russe, laisse pantois. Les présidents Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping se seraient partagés le monde lors de la conférence de Yalta-2 à Anchorage (Alaska), le 15 août 2025. Si les États-Unis auraient pris l’ensemble du continent américain de l’Alaska à la Patagonie, plus le Groenland et l’Islande ; la Russie aurait pris tout le continent européen, Royaume-Uni compris ; et la Chine aurait reçu toute l’Asie, l’Océanie et le Levant, y compris Israël.

Dans le contexte des tensions entre les trois superpuissances – les États-Unis, la Russie et la Chine – la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, catholique, a déclaré que malgré le différend concernant le Venezuela, Trump maintiendrait de bonnes relations avec Poutine et Xi : «Je pense que le président entretient une relation très ouverte, honnête et «bonne» avec le président Poutine de Russie et le président Xi de Chine… Il s’est entretenu avec eux à de nombreuses reprises depuis son entrée en fonction il y a un an, et je crois que ces relations personnelles se poursuivront».1

Aujourd’hui, les limites de l’irrédentisme états-unien sont les intérêts inaliénables de la Russie et de la Chine, qui fonctionnent comme un G2.

Le Financial Times rapporte que «la Chine, la Russie et l’Iran (sic !) ont envoyé des navires en Afrique du Sud en prévision de leurs exercices navals» : des exercices «BRICS-Plus pré-planifiés» font suite aux tensions croissantes liées aux opérations militaires US au Venezuela et dans l’Atlantique.2

Le monde d’aujourd’hui évolue dans le cadre d’un chaos globalisé, où subsistent ce que j’ai appelé des «fractales de paix», comme dans le cas de la libération de deux marins russes capturés à bord d’un mystérieux navire pirate (le «navire russe», qui n’était en réalité pas russe, mais ukrainien3, ce qui a valu à Moscou la gratitude de ses homologues aux États-Unis.4

Pendant ce temps, Trump, dans sa désormais célèbre interview au New York Times, a déclaré qu’«il n’existe pas de lois internationales» et que la limite de ses actions, c’est sa «moralité».5

Le fait que Trump, submergé par ses graves problèmes intérieurs, se soit lancé dans une offensive risquée aux implications mondiales ne signifie pas que la Russie (lancement de son deuxième missile hypersonique Oreshnik) et la Chine (exercices militaires récents autour de Taïwan) restent sans défense dans leurs propres sphères d’influence.

Il pourrait sembler absurde, dans ce contexte délicat de fortes tensions mondiales, que le célèbre analyste militaire russe Andrei Martyanov ait publié une carte de la division tripolaire entre Trump, Poutine et Xi Jinping, sans en préciser l’auteur.6

De fait, la carte de division tripolaire ci-dessus n’aurait aucune validité sans sa divulgation par Andrei Martyanov, qui entretient une relation étroite avec l’armée russe.

1. La sphère d’influence de Trump s’étend du Groenland à la frontière antarctique, annexions comprises ou non, englobant l’Amérique latine et les Caraïbes (représentées par le CELAC). L’absorption de l’Islande et de certains pays d’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal, Sierra Leone, Libéria) est surprenante.

2. La sphère d’influence de Poutine engloberait toute l’Europe, y compris le Royaume-Uni, une grande partie de l’Afrique du Nord, ainsi que la Turquie, le Caucase, le Sahel africain et les îles norvégiennes septentrionales (Svalbard). Elle trace une ligne de démarcation avec la partie chinoise, dont l’Égypte et les pays de la Méditerranée orientale (Syrie, Liban, etc.) font partie.

Et 3. La sphère d’influence de Xi Jinping comprend la Mongolie, les deux Corées, le Japon, les Philippines, toute l’Asie du Sud-Est, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le sous-continent indien (avec l’Inde et le Pakistan), l’Iran, une grande partie du Kazakhstan, l’Asie centrale, la péninsule arabique et la majeure partie de l’Afrique.

Il est frappant de constater que la «carte tripolaire» publiée par Andreï Martyanov n’a pas eu l’impact escompté. Ce qui mérite d’être souligné ici, plus encore que ces lignes de démarcation abstraites, c’est la franchise avec laquelle Andreï Martyanov l’a présentée.

Je me souviens que Newsweek avait dressé une carte montrant «comment Trump, Poutine et Xi peuvent diviser le monde».7

Ces cartes se trouvent à la croisée des chemins : entre une troisième guerre mondiale nucléaire et une négociation clandestine entre les trois superpuissances.

En cas de Troisième Guerre mondiale, il ne resterait ni carte, ni trace des êtres vivants de la création, puisque Trump lui-même a déclaré que les États-Unis ont la capacité de détruire la planète 150 fois.

source : La Jornada via Réseau Voltaire

traduction Maria Poumier

  1. «White House thinks Trump will preserve good relations with Putin, Xi, despite Venezuela», TASS, January 7, 2026.
  2. «China, Russia and Iran send ships to South Africa ahead of naval drills», Financial Times, January 9, 2026.
  3. «El «barco ruso» FAKE que siempre no fue ruso sino Ucraniano», Alfredo Jalife-Rahme, YouTube, 9 de enero de 2026.
  4. «Russia grateful to US for decision to release two Russians from Marinera crew – diplomat», TASS, January 9, 2026.
  5. «Trump Lays Out a Vision of Power Restrained Only by «My Own Morality»», David E. SangerTyler PagerKatie Rogers & Zolan Kanno-Youngs, The New York Times, January 8, 2026.
  6. «Voir la 26° minute de «Orthodox Christmas»», Andrei Martyanov, YouTube, January 8, 2026.
  7. «Map Shows How Trump, Putin and Xi Could Carve Up the Globe», John Feng and Brendan Cole, Newsweek, April 13, 2025. «Reparto del mundo : el «mapa tripolar» de Newsweek», Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 16 de abril de 2025.

https://reseauinternational.net/la-russie-lance-sa-deuxieme-frappe-oreshnik-contre-lukraine-et-martyanov-publie-une-carte-du-partage-tripolaire/

mardi 19 août 2025

Victoire sur le nazisme et le militarisme : Ni l’oubli ni la réécriture de l’histoire

 

par Jean Pégouret

À l’occasion de la célébration le 3 septembre 2025 à Pékin du 80ème anniversaire de la capitulation du Japon en présence des présidents Xi Jinping et Vladimir Poutine, cet article à paraître dans Dialogue France Chine rappelle que si la paix a toujours été recherché depuis l’Antiquité, elle n’est durable que ni dans l’oubli, ni dans la falsification de l’histoire.

Alors que nous célébrons le 80ème anniversaire de la victoire commune contre le nazisme et le militarisme et que certains en Europe cherchent à réécrire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, en substituant par exemple la commémoration du 6 juin 1944 (débarquement en Normandie) à celle du 8 mai 1945 (victoire sur le nazisme), il est essentiel de rappeler une vérité historique incontournable : les peuples de Chine et d’Union soviétique ont payé le plus lourd tribut dans la lutte contre le fascisme.

La Chine a eu plus de 21 millions de victimes civiles et militaires durant la Guerre de Résistance contre l’agression japonaise (1937-1945) et l’URSS, 27 millions de morts. Il faut les comparer aux pertes françaises, qui s’élevèrent à environ 600 000 morts, et aux pertes américaines, à environ 400 000.

Ces chiffres rappellent une évidence : sans le sacrifice héroïque de l’Armée rouge et la résistance chinoise, la victoire contre les forces de l’Axe aurait été impossible.

Il ne faut pas oublier non plus que les populations des pays agresseurs, l’Allemagne et le Japon, ont elles aussi payé le prix du militarisme de leurs dirigeants avec respectivement 7,3 et 2,9 millions de morts.

Nous devons résister à toute tentative de réécriture de l’histoire car une paix véritable et durable qui honore toutes les victimes ne peut se construire sur l’oubli, le mensonge ou l’humiliation.

La quête de paix, une constante depuis l’Antiquité

Dès le Ve siècle avant notre ère, les philosophes grecs avaient réfléchi aux conditions de la paix. Aristote considérait que la paix était l’état naturel des sociétés bien gouvernées et Thucydide montrait comment la paix fragile après les guerres médiques avait conduit à la guerre du Péloponnèse.

La pensée chinoise antique à la même époque avait développé des concepts sophistiqués en la matière. Confucius prônait l’harmonie sociale comme fondement de la gouvernance vertueuse. Dans son ouvrage «L’Art de la Guerre», Sun Tzu enseignait que «le meilleur général est celui qui gagne sans combattre». Le concept de tianxia envisageait un ordre mondial harmonieux.

Ces traditions nées dans des contextes de guerre dans des civilisations éloignées dans l’espace montrent que la paix a toujours été perçue comme un idéal.

Tirer les leçons de l’histoire

L’histoire montre que les traités humiliants et les paix «punitives» engendrent de nouveaux conflits. Le Congrès de Vienne en 1815 après les guerres napoléoniennes et l’écrasement des aspirations nationales a nourri les révolutions du XIXe siècle. L’humiliation de l’Allemagne au Traité de Versailles en 1919 a alimenté l’ascension du nazisme. La division du monde en 1945 a créé des tensions durables qui s’exacerbent aujourd’hui.

Certaines initiatives de paix fondées sur la «main tendue» et le respect mutuel sont des exemples de réussites comme la réconciliation franco-allemande d’après 1945 puis la construction européenne. L’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) a permis depuis 1995 la résolution pacifique des contentieux frontaliers sino-russes.

La Chine fait la promotion d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité et travaille au développement commun en Afrique et en Asie plutôt qu’à un China First. Contrairement à l’Europe, la Chine n’a pas vécu de «moment Nuremberg» complet mais a choisi une voie équilibrée combinant la mémoire historique comme le Mémorial de Nanjing, la diplomatie pragmatique privilégiant le développement économique et la coopération régionale. Une paix durable se construit en effet sur la justice et le respect mutuel, pas sur la vengeance

Assurer la paix au quotidien

La transmission de la mémoire historique, la construction de ponts entre les peuples et le rôle des jeunes sont des axes fondamentaux. L’éducation des jeunes générations ne doit pas s’interrompre. Les films et les séries consacrées au courage et au sacrifice des combattants contribuent à entretenir la mémoire de ces luttes. Ces productions existent et doivent être diffusées largement et réactualisées au fil des nouveaux codes de communication.

Les lieux de mémoire comme le Mémorial de Nanjing servent à rappeler ce qui ne doit pas se reproduire. De même, les échanges universitaires entre jeunes de tous les pays doivent être développés pour briser les a priori et créer des amitiés au-delà des différences de cultures.

Les projets communs sur le climat ou la santé mondiale, les jumelages entre villes sont des occasions de partager les expériences et de montrer qu’au-delà des différences les hommes affrontent les mêmes défis et que leur avenir est partagé. La paix est le cadre qui doit prévaloir, pas le mépris ou la volonté de domination.

Dans un monde marqué par la montée des extrémismes, avec les tensions en Ukraine et au Moyen-Orient, le risque de nouvelle course aux armements, les jeunes peuvent utiliser les réseaux sociaux pour promouvoir la vérité historique et faire vivre le dialogue interculturel.

Les voyages et les séjours à l’étranger ont montré leur efficacité pour briser les préjugés, découvrir les richesses et revenir comme ambassadeurs de la paix et des échanges gagnant-gagnant.

Au moment où l’on commémore ce 80ème anniversaire à Beijing en présence notamment des présidents chinois et russe, rappelons que l’oubli et la réécriture de l’histoire seraient une nouvelle humiliation pour les peuples qui ont apporté la victoire, ainsi qu’une menace pour la paix.

Honorons nos héros en restant fidèles à la vérité historique, tout en tendant la main à tous les peuples épris de paix, car comme le disait le maréchal Zhu De : «Ceux qui oublient le passé sont condamnés à le revivre».

Chérissons la paix et préservons-la pour bâtir une civilisation de l’harmonie. «Le sage recherche l’harmonie, pas la victoire», dit un dicton chinois.

https://reseauinternational.net/victoire-sur-le-nazisme-et-le-militarisme-ni-loubli-ni-la-reecriture-de-lhistoire/

samedi 26 juillet 2025

Oui, la Chine a contribué de manière décisive à la victoire de 1945

 

C’est un fait : la doxa occidentale a jeté un écran de fumée, depuis des décennies, sur la réalité d’un conflit dont le déroulement effectif a peu en commun avec le récit accrédité dans les «démocraties».

S’il est vrai que la narration historique est souvent tributaire des préjugés de ceux qui la font, la façon dont on relate la Seconde Guerre mondiale n’échappe pas à la règle. L’historiographie occidentale se caractérise en effet par une chronologie contestable des événements, un décompte très partiel des victimes et une évaluation partiale de la contribution des nations combattantes à la victoire finale sur les puissances de l’Axe. Naturellement, cette remarque s’applique au courant dominant de la recherche historique, et non aux efforts des chercheurs, moins nombreux il est vrai, qui en ont précisément révélé les lacunes. Mais c’est un fait : la doxa occidentale a jeté un écran de fumée, depuis des décennies, sur la réalité d’un conflit dont le déroulement effectif a peu en commun avec le récit accrédité dans les «démocraties».

La Seconde Guerre mondiale a commencé en Chine

À commencer, on s’en doute, par cette erreur monumentale qui consiste à dater le déclenchement du second conflit mondial en septembre 1939, alors qu’il fait rage au cœur de la Chine depuis juillet 1937 et même, si l’on veut bien prêter attention aux derniers travaux de l’historiographie chinoise et japonaise, depuis septembre 1931 dans les provinces du Nord-Est de la Chine. À cette date débute en effet une invasion massive du territoire chinois par les forces japonaises, laquelle a provoqué entre les deux pays un affrontement quasiment ininterrompu jusqu’en 1945. Et si le gouvernement de Tchang Kaï-chek a négocié une trêve en 1932, les combats n’ont jamais vraiment cessé, durant quatorze ans (1931-1945), entre les troupes d’occupation japonaises et les forces chinoises, qu’il s’agisse des armées gouvernementales ou de la résistance communiste.

À cet argument, on pourrait répondre que le récit ayant cours en Occident se concentre en priorité sur les événements qui l’ont affecté, qu’il s’agit tout au plus d’une erreur de perspective bien compréhensible, et non d’une occultation délibérée du rôle des autres régions du monde dans cet affrontement planétaire. Pourquoi pas ? Mais dans ce cas, quelle légitimité détient un tel récit historique lorsqu’il prétend rendre compte de la «Seconde Guerre mondiale» ? Soit la narration vise à relater le cours des événements en Occident, et sa focalisation sur cette aire géographique est légitime. Soit elle entend faire le récit d’une véritable guerre mondiale, et cette focalisation ne l’est plus.

Le fait historique, disait Paul Veyne, n’existe pas comme tel, «c’est un croisement d’itinéraires». Il n’avait pas tort, mais encore faut-il éviter de faire fausse route dans le choix des itinéraires et en l’occurrence de prendre l’Occident pour le monde entier. À cet égard, le récit russo-soviétique du conflit a le mérite de la cohérence, dès lors qu’il fait coïncider logiquement les faits mentionnés et leur appellation : en épousant dans une chronologie valable pour l’URSS, la «Grande Guerre patriotique» de 1941-1945 désigne bien l’expérience historique vécue par le peuple soviétique et ne prétend pas fournir une explication exhaustive des événements planétaires durant la période considérée.

L’oubli des victimes chinoises

Si la première distorsion du discours dominant porte sur la datation de son véritable déclenchement, la deuxième concerne à l’évidence le bilan humain du conflit mondial. Depuis la fin de la guerre, rares sont les ouvrages occidentaux qui indiquent avec un minimum d’exactitude historique les pertes humaines subies par la Chine. La profusion de détails sur le bilan européen y contraste généralement avec sa minimisation et son imprécision dès qu’il s’agit de l’Asie. Pire encore, certaines institutions ne mentionnent même pas l’existence des victimes chinoises. Sur le site français du très officiel «Mémorial de l’Armistice», on apprend par exemple que «l’URSS a eu 21 400 000 morts, l’Allemagne 7 060 000, la Pologne 5 820 00, le Japon 2 000 000, la France 541 000. Quant au bilan total, il est compris entre 50 et 60 millions de morts, soit 22 millions de militaires et 31 millions de civils».

Si le Japon n’est pas oublié, la Chine ne figure même pas dans la liste des pays belligérants en dépit de l’énormité des pertes chinoises provoquées par la guerre ! Aussi scandaleuse soit-elle, une telle occultation contamine l’enseignement de l’histoire dans nos établissements scolaires : rarement mentionné, le déroulement des combats en Chine y est relégué aux marges de l’histoire militaire au profit du théâtre d’opérations européen et de la «guerre du Pacifique». Cette dernière expression a d’ailleurs été imposée par Washington, de manière à réduire la guerre dans cette partie du monde au duel entre deux puissances aéronavales pour le contrôle des îles du Pacifique, faisant opportunément l’impasse sur le théâtre d’opérations chinois et ses vastes affrontements terrestres.

Les facteurs d’une occultation

Atteint de myopie historique, le récit occidental dominant omet généralement de dire que la Chine a immobilisé sur son sol le gros des forces terrestres japonaises durant quatorze ans, que sa résistance a empêché Tokyo de lancer contre l’URSS une dangereuse attaque de revers, que les forces étasuniennes n’ont affronté de 1941 à 1945 qu’une petite partie des troupes terrestres japonaises, que 70% des pertes militaires de l’empire nippon lui ont été infligées sur le front chinois, que 100 millions de Chinois ont été déplacés et que 20 millions d’entre eux ont perdu la vie à cause de la guerre dévastatrice menée par l’envahisseur : autant de faits passés par pertes et profits d’un récit occidental dont le moins qu’on puisse dire est qu’il prend ses aises avec la vérité historique.

Ces faits étant désormais clairement établis et connus d’un large public, du moins en dehors des milieux occidentaux, reste la question de savoir pourquoi leur occultation a si bien résisté au progrès de la connaissance objective des événements : en d’autres termes, quels sont les facteurs, politiques ou idéologiques, qui expliquent la minimisation persistante, jusqu’à nos jours, du rôle de la Chine durant la Seconde Guerre mondiale ?

La première réponse à cette question tombe sous le sens : influencée par une vision occidentalo-centrée du conflit, l’historiographie dominante relègue spontanément l’Asie orientale au rang de théâtre d’opérations secondaire. La distance géographique, cependant, n’est pas seule en cause. L’effacement du rôle de certaines populations, dans la narration dominante, puise aussi son inspiration dans le préjugé colonial qui leur dénie toute capacité d’action autonome. Incapables de faire leur propre histoire, comment ces peuples passifs auraient-ils contribué à la victoire sur les puissances de l’Axe ? Il y a plus. Au début du conflit, et pour la même raison, la Chine fut souvent dévalorisée par rapport au Japon, comme si le monde occidental regrettait inconsciemment d’avoir combattu avec l’une contre l’autre.

«Ce Japon réveillé, ardent, guerrier, vainqueur, c’est nous, Occidentaux, qui l’avons fait. Sous l’impulsion du génial empereur Mutsuhito, il se jette dans le stade industriel. Arsenaux, ateliers, manufactures, il crée tout à la fois. Et quand, enfin, il possède cette force, il s’aperçoit qu’il est obligé de s’en servir : car, grâce, une fois de plus, à l’Europe, qui lui a apporté sa science de la médecine et de l’hygiène, les petits enfants japonais ne meurent plus : de 1870 à 1930, la population a triplé, et le Japon, littéralement, étouffe dans ses îles. S’il ne veut périr, il faut qu’il en sorte».

Une veine essentialiste aux relents coloniaux

C’est ainsi que s’exprime, en août 1937, la prestigieuse Revue des Deux Mondes. L’expansionnisme nippon y apparaît sous les traits d’un rejeton turbulent de la modernité occidentale, dont les ambitions sont légitimées par l’avance technologique et le dynamisme démographique. Le ton est admiratif, et nulle considération de morale ou de droit n’entache l’absolution par assimilation dont bénéficie Tokyo. Pour des experts européens pétris de racialisme et d’eugénisme, il est vrai, la hiérarchie des races place le Japonais au-dessus du Chinois, et les ambitions territoriales nippones paraissent dictées par une obscure loi naturelle qui présiderait au destin des nations.

On observera aussi, dans le même veine essentialiste, que circulait dans les milieux intellectuels occidentaux des années 1930 le lieu commun selon lequel la langue chinoise ignorerait le mot «patrie», tandis que la langue japonaise ne connaîtrait pas le mot «paix». Si les Japonais veulent soumettre la Chine, c’est donc en vertu d’une prédestination mi-biologique mi-culturelle : les premiers seraient des guerriers voués à dominer leurs voisins, tandis que les Chinois formeraient une masse amorphe en attente d’un maître dont des Occidentaux prétentieux ont commis l’erreur de croire qu’il serait nécessairement l’homme blanc.

Modernisé à outrance, rivalisant avec les Européens sur le terrain de l’expansionnisme, le Japon d’avant-guerre éveille ainsi chez les Occidentaux des sentiments ambivalents. Réplique orientale de la suprématie européenne, sa brutalité présumée jouit de circonstances atténuantes. Trop actif pour être pacifique, trop avancé pour rester l’arme au pied, son esprit de conquête reçoit l’absolution des réalistes qui lui pardonnent d’autant mieux son agressivité contre la Chine qu’elle est jugée décadente et chaotique. Que la langue chinoise ignore le mot «patrie» n’est-il pas la preuve de son infériorité intrinsèque ? Et si elle est faible, n’est-ce pas par lâcheté autant que par impuissance ?

La doxa antitotalitaire

Si le poids de ces représentations imaginaires contribue à l’occultation fréquente du rôle positif de la Chine, celle-ci a aussi pour origine le réflexe anticommuniste qui, depuis le déclenchement de la Guerre froide en 1947, pollue rétrospectivement le récit occidental du second conflit mondial. Le mythe des «jumeaux totalitaires» inventé par Léon Trotski en 1939 est bientôt érigé par la doxa en article de foi qui bénéficie à partir de 1950 de l’onction philosophique accordée par Hannah Arendt. Exilée aux États-Unis, la fervente disciple du nazi Heidegger en fait le modèle explicatif de toute l’histoire du XXe siècle, qui serait caractérisée par la lutte impitoyable entre les «régimes totalitaires» et les «démocraties libérales».

C’est cette narration qui figure aujourd’hui, en France, dans les manuels d’histoire. La minimisation de la contribution soviéto-chinoise à la défaite du nazisme en est la conséquence logique, des experts de plateau télé allant même jusqu’à suggérer que les troupes étasuniennes ont libéré les camps de la mort, alors que les firmes industrielles d’outre-Atlantique bénéficiaient cyniquement de leur main d’œuvre captive. Quant à la Chine, elle a basculé du côté des forces maléfiques lorsqu’elle est devenue communiste en 1949, et son rôle dans la lutte antifasciste est rapidement tombé dans l’oubli en Occident. Il n’en fallait pas davantage pour conforter l’anticommunisme le plus retors et pour accréditer, corrélativement, la vulgate de la «bonne guerre» menée par les «démocraties».

La première agression fasciste

C’est la Chine, pourtant, qui a subi la première agression fasciste du XXe siècle. Avant l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie mussolinienne (1935) et l’intervention italo-allemande pour soutenir Franco en Espagne (1936), le Japon a envahi les trois provinces orientales de la Chine en septembre 1931 à la faveur de «l’incident (fabriqué) de Moukden». Et si cette agression peut être qualifiée de «fasciste», c’est compte tenu du caractère ouvertement raciste et belliciste de la politique nippone, avant même la signature du très fascisant «pacte antikomimtern» de 1936 entre Berlin, Rome et Tokyo.

Pour ceux que cette qualification laisserait perplexe, rappelons que le Japon de la fin des années 1930 réunit les principales caractéristiques d’un fascisme analogue à celui de ses homologues européens : une mystique de la race supérieure, un dévouement absolu à l’Empereur comme incarnation divine de la nation, une militarisation intégrale de la société et une compulsion irrésistible à l’expansion territoriale, la guerre de conquête étant sacralisée au point de justifier par avance les pires brutalités contre des populations civiles déshumanisées.

Outre la soumission de la Chine, les ambitions expansionnistes de l’Empire nippon incluaient la domination de l’ensemble de l’Asie et du Pacifique. Mais c’est le peuple chinois qui fut le premier au monde à résister à la barbarie fasciste. Avec le déferlement des forces nippones sur l’ensemble du territoire chinois, à partir de 1937, la résistance chinoise donna naissance au premier champ de bataille de la Seconde Guerre mondiale. Et de juillet 1937 à l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, quatre années durant, la Chine ne put compter que sur elle-même pour affronter l’envahisseur.

Un combat d’autant plus difficile que le Japon, puissance industrielle, pouvait fabriquer un armement lourd dont les troupes chinoises étaient généralement dépourvues : des porte-avions, des cuirassés, des avions, des chars, de l’artillerie. Les officiers supérieurs japonais qui ont envahi la Chine prétendaient avec arrogance que trois mois tout au plus suffiraient à régler «l’incident chinois», et ils tentèrent de conquérir la Chine en mobilisant des moyens colossaux : 600 000 hommes en 1937, portés à plus d’un million dès 1939, la majeure partie du budget militaire nippon étant consacrée à l’occupation du continent et aux combats incessants avec les troupes chinoises.

Batailles frontales et guérilla

Malgré ses efforts, le Japon ne put venir à bout de la résistance du peuple chinois. Ce dernier rassembla ses forces pour former un rempart contre l’envahisseur, que ce soit lors des batailles frontales de Taiyuan, Songhu, Xuzhou, Nanjing, Wuhan, menées par le Guomindang, ou celles dirigées par le Parti communiste chinois derrière les lignes ennemies comme la «Bataille de Pingxingguan», «l’Offensive des cent régiments», ou encore les combats que livra l’Armée unie antijaponaise du Nord-Est au cœur de la Mandchourie, sans compter les innombrables actions de la guérilla communiste pour établir des bases antijaponaises et ouvrir des brèches sur le front arrière.

Exigeant la formation d’un «Front Uni» avec les nationalistes, le Parti communiste fit de la lutte pour la libération nationale une priorité absolue. Pour s’acquitter de cette tâche historique, Mao a compris qu’il fallait «tirer parti du caractère révolutionnaire de la guerre de résistance pour en faire une guerre du peuple». Car la guerre de mouvement est en passe d’être gagnée par le Japon, expliqua-t-il, et durant cette première phase, c’est l’armée nationaliste qui joue le rôle de premier plan. Mais lorsqu’on passera à la deuxième phase, en revanche, c’est la guerre de partisans qui prendra le relais.

En frappant sur les flancs de l’ennemi, enseignait Mao, l’Armée rouge épuisera l’ennemi. Elle mettra à profit l’étirement de ses lignes de communication pour le harceler. Elle lui donnera le coup de grâce, le moment venu, en jetant toutes ses forces dans la bataille. Cette guérilla anti-japonaise sera déterminante pour l’issue du conflit. Car la Chine est «un grand pays faible attaqué par un petit pays puissant», et la guerre de partisans y exercera une fonction non seulement tactique, mais stratégique : l’envahisseur «finira par être englouti dans l’immense mer chinoise».1

Le rôle décisif de la résistance chinoise

«Le Japon pensait que la conquête de la Chine réglerait ses problèmes économiques, en lui apportant matières premières et débouchés prometteurs», note l’historien Olivier Wieworka. «Il espérait également que sa croisade éradiquerait l’influence et le mode de pensée occidentaux au pays de Confucius. Il déchanta. En Chine du Nord, la guérilla maoïste l’empêchait d’exploiter les campagnes, attaquait les trains et sabotait les camions. (…) Ainsi, l’eldorado rêvé se transformait en cauchemar. Un cauchemar coûteux. À la veille de Pearl Harbor, l’empire avait perdu plus de 180 000 morts et 323 000 blessés dans l’aventure. Ces amers constats conduisirent alors des dirigeants japonais à tourner le regard vers le sud».2

Contribuant à sceller le sort du conflit mondial, la résistance opiniâtre du peuple chinois eut deux conséquences majeures.

Premièrement, elle contribua à mettre en échec le plan japonais d’agression contre l’URSS en mobilisant le gros des forces nippones sur le front chinois, ce qui permit à Staline de concentrer ses troupes pour la défense de Moscou en décembre 1941. Déjà échaudé par sa défaite face à Joukov en Mongolie en décembre 1939, l’état-major japonais privilégia désormais la poussée vers le Sud (le Sud-Est asiatique et les colonies européennes) au détriment de l’offensive antisoviétique en direction du Nord. Et en août 1945, c’est l’armée soviétique passant à l’offensive qui donnera le coup de grâce aux troupes japonaises stationnées en Chine du Nord.

Deuxièmement, la résistance chinoise eut pour effet d’infléchir la politique des EU en confortant Roosevelt dans la conviction que la guerre pouvait être gagnée grâce au «superbe combat défensif de la Chine qui, j’ai des raisons de le croire, gagnera en force» (27 mai 1941). C’est pourquoi il envoya le général Stilwell occuper les fonctions de chef d’état-major auprès de Tchang Kaï-chek. L’aide des EU permit de mettre à profit l’immense territoire de la Chine pour tenir le Japon en échec et immobiliser ses forces terrestres, lesquelles manqueront cruellement à l’état-major japonais face aux forces américaines dans les îles du Pacifique.

En février 1942, le président des EU fit cet éloge de la résistance chinoise dans un télégramme adressé à Tchang Kaï-chek : «Sa résistance héroïque au cruel agresseur a valu à l’armée chinoise les plus dignes éloges de la part du peuple américain et de tous les autres peuples épris de liberté. Le peuple chinois armé et désarmé qui, depuis près de cinq ans, offre une résistance farouche à un ennemi bien mieux équipé, ainsi que l’esprit indomptable dont il fait preuve face à un tel contraste, sont une source d’inspiration pour tous les combattants et les peuples des autres nations unies dans la résistance».3

Fierté nationale et gage d’unité

La contribution chinoise à la lutte antifasciste explique également la signature de la Chine au côté des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Union soviétique lorsque ces nations publièrent la Déclaration des Nations unies à la Maison-Blanche, le 1er janvier 1942. Rejoint par vingt-deux autres pays le lendemain, cet engagement marqua l’établissement officiel d’une alliance mondiale contre le fascisme et la création d’une structure diplomatique dite des «Quatre Grands», scellant cette grande coalition contre les puissances fascistes préconisée inlassablement, depuis 1937, par le gouvernement chinois. Et c’est cette contribution décisive de la Chine au combat commun qui a également provoqué l’abolition des traités inégaux hérités du siècle précédent.

C’est pourquoi Xi Jinping a déclaré lors du 70ème anniversaire de la victoire de 1945 : «La victoire de la guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise a été un triomphe pour toute la nation chinoise. Elle a non seulement brisé la tentative du militarisme japonais de coloniser et d’asservir la Chine, mais elle a également aboli les traités inégaux signés avec les puissances impérialistes depuis les temps modernes, permettant à la Chine de laver un siècle d’humiliation nationale (…) La victoire a jeté des bases solides pour l’indépendance et la libération de la Chine, elle a établi un tournant historique pour le grand rajeunissement de la nation chinoise et a fourni la condition préalable essentielle à sa réalisation».

Le 3 septembre 2025, les Chinois célébreront le 80ème anniversaire de cette victoire chèrement acquise en organisant un impressionnant défilé militaire au cœur de la capitale, Beijing. Elle est pour eux, en effet, une source légitime de fierté nationale et un gage irremplaçable d’unité nationale. Car la Chine reconnaît que les nationalistes et les communistes chinois ont pris toute leur part dans le combat libérateur contre l’envahisseur japonais, qu’il s’agisse des armées du gouvernement de Nanjing, puis de Chongqiing, ou des forces de guérilla qui ont harcelé avec succès les troupes nippones. Célébrée par le peuple chinois unanime, cette unité dans la lutte victorieuse contre l’envahisseur a une valeur exemplaire, et elle constitue un sérieux antidote contre tous les ferments de division.

Bruno Guigue

source : Le Grand Soir

https://reseauinternational.net/oui-la-chine-a-contribue-de-maniere-decisive-a-la-victoire-de-1945/

mardi 8 avril 2025

Le système de guerre électronique russe le plus secret

 

par Borzzikman

À en juger par ce qui se passe dans la région de la Baltique, il apparaît clairement que les actions agressives de l’OTAN contre les pétroliers et les vraquiers russes n’ont qu’un seul objectif : transformer la MER BALTIQUE en mer intérieure de l’OTAN. Bien que les pays de l’OTAN accusent toujours les navires russes d’endommager des câbles sous-marins, l’Occident n’a jamais réussi à fournir de preuves irréfutables de la véracité de ces accusations fortes et provocatrices. Cependant, malgré l’absence de preuves, les pays de l’OTAN ont continué de poursuivre, voire d’immobiliser, des vraquiers et des pétroliers russes en mer Baltique. En conséquence, ces actions provocatrices des pays de l’OTAN ont contraint la Russie à agir avec une grande fermeté. En particulier, au cours des 30 derniers jours, les navires de guerre et les systèmes de défense aérienne russes ont sévèrement réprimé les tentatives des avions de guerre de l’OTAN, qui, non seulement continuent de harceler les navires civils russes, mais aussi de mener des activités de reconnaissance dans l’espace aérien au-dessus des eaux internationales.

De plus, au cours des 30 derniers jours, les actions brutales de la Russie envers l’OTAN ont été observées non seulement dans la région de la Baltique mais aussi dans la MER NOIRE. Récemment, par exemple, la corvette russe BOYKIY, voyant l’avion de patrouille ATLANTIQUE 2 de la Marine française poursuivre un pétrolier russe en mer Baltique, l’a verrouillé à l’aide du système de défense aérienne maritime POLIMENT-REDUIT. Peu après, les pilotes français ont cessé de poursuivre le pétrolier russe et se sont enfuis vers la base aérienne de l’OTAN en Suède. Un incident similaire s’est également produit dans les eaux internationales de la partie sud-est de la mer Noire. Le système de défense aérienne russe S-400 a verrouillé un groupe d’avions de chasse de l’armée de l’air française. Il s’agit de deux avions de chasse MIRAGE 2000-5 et d’un avion Boeing E-3F Sentry AWACS. Même si ces avions de guerre français se trouvaient dans l’espace aérien international, l’armée russe leur a ordonné de quitter la zone immédiatement. En conséquence, les pilotes français ont dû interrompre leur mission de combat et fuir vers une base aérienne de l’OTAN en Turquie. Et maintenant, on apprend qu’un autre accident impliquant un avion militaire français s’est produit. Cette fois, l’accident s’est produit dans l’espace aérien international au-dessus de la mer Baltique, à 80 km de KALININGRAD. Il est devenu évident que l’avion Boeing E-3F Sentry AWACS de l’armée de l’air française, ainsi que l’avion de combat DASSAULT Rafale qui l’accompagnait, ont été exposés à une exposition importante de rayonnements électroniques. En conséquence, le système de navigation de ces avions de chasse français a été désactivé. Les radiations étaient si fortes que les pilotes français n’ont pas pu rétablir le signal GPS même après s’être suffisamment éloignés de KALININGRAD. En conséquence, les pilotes français ont dû interrompre la mission et retourner immédiatement à leur base aérienne. Dans le même temps, les pilotes français devaient naviguer exclusivement le long de l’horizon, en utilisant uniquement des points de référence visuels. De plus, le même jour, deux avions de patrouille de la Marine française ATLANTIQUE 2 et des navires de guerre de l’OTAN situés à 150 km de KALININGRAD ont également été exposés à des radiations électroniques massives. Des rapports indiquent que des problèmes de GPS ont été observés sur presque tous les navires de guerre de l’OTAN dans cette zone. Les problèmes étaient si graves que les avions de patrouille et les navires de guerre de l’OTAN ont même dû cesser de patrouiller dans la mer Baltique dans cette zone. Il est intéressant de noter que le Ministre français de la Défense, SÉBASTIEN LECORNU (dont le nom rappelle vaguement le cornu par excellence, le diable, Ndlr), répondant aux questions des journalistes de l’Associated Press, a déclaré sans détour que tout ce qui se passe indique que la Russie est revenue à une position particulièrement agressive. Le ministre français a souligné que «les actions de la Russie ressemblent au style agressif de l’Union soviétique au plus fort de la guerre froide. Ces actions agressives de la Russie violent toutes les règles de vol internationales. En raison de ces actions agressives, les pilotes français éprouvent constamment des difficultés à patrouiller dans le ciel au-dessus du flanc oriental de l’OTAN. De telles actions de la Russie constituent une violation grave et entraînent des conséquences imprévisibles tant dans la région baltique qu’en mer Noire», a déclaré le ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu.

En effet, il peut sembler à beaucoup que la Russie se comporte de manière trop agressive envers les pilotes français, même dans l’espace aérien international. Cependant, si l’on considère que l’OTAN est engagée dans une véritable guerre contre Moscou en Ukraine, et compte tenu des nombreuses déclarations du président français EMMANUEL MACRON contre la Russie, il devient clair pourquoi l’armée russe se comporte de manière si agressive envers les pilotes français. Concernant l’incident en mer Baltique, beaucoup se demandent quel système de guerre électronique les Russes ont utilisé pour neutraliser les avions de chasse français et plusieurs navires de guerre de l’OTAN. Les experts ont été impressionnés par le fait que l’armée russe ait réussi à attaquer simultanément un si grand nombre d’objets à la fois en mer et dans les airs, à une distance suffisamment grande. Les experts militaires du quotidien turc HABER 7 estiment que l’armée russe a utilisé le dernier système de guerre électronique TOBOL contre des avions et des navires de l’OTAN dans la mer Baltique. Il est intéressant de noter que TOBOL est considéré comme le système de guerre électronique russe le plus secret. Ce système a été développé sur la base de l’expérience acquise lors de l’Opération Militaire Spéciale en Ukraine. Bien que les principales caractéristiques de ce système soient strictement TOP SECRET, il est certain que TOBOL a été créé pour combattre les satellites occidentaux. En particulier, lors de l’assaut de villes telles qu’AVDIIVKA et BAKHMUT par l’armée russe, ce système de guerre électronique a réussi à supprimer les signaux des satellites STARLINK. De plus, en mars 2023, le dernier système de guerre électronique TOBOL a réussi à accéder aux signaux GPS. En conséquence, les performances des satellites STARLINK ont été perturbées1. Ces satellites ont également perdu la capacité de fournir INTERNET à diverses parties du monde. Ce n’est qu’après 25 jours que les ingénieurs américains ont pu rétablir le fonctionnement normal de ces satellites. Il est intéressant de noter qu’en janvier 2025, les Russes ont également déployé ce gigantesque système de guerre électronique à KALININGRAD. Et peu de temps après, en Pologne et en Suède, il y a eu des problèmes avec le GPS. Pendant les 20 jours suivants, les données GPS ont été complètement bloquées dans l’est de la Pologne et dans le sud de la Suède. Les experts militaires turcs estiment que l’armée russe continuera à tester ce dernier système de guerre électronique non seulement sur le champ de bataille en UKRAINE mais également en Europe centrale. Selon eux, l’incident en mer Baltique a une fois de plus démontré que les systèmes de guerre électronique russes sont les plus puissants au monde, capables de changer le cours de n’importe quelle guerre.

source : Borzzikman via La Cause du Peuple

  1. Le réseau Starlink de SpaceX, composé de milliers de satellites en orbite basse, s’est imposé comme une infrastructure critique pour les forces ukrainiennes, leur permettant de maintenir leurs communications, diriger leurs drones et coordonner leurs opérations malgré la destruction des réseaux terrestres.

    Cette révolution technologique a propulsé Elon Musk au premier plan des préoccupations stratégiques des puissances mondiales telles que la Chine et la Russie qui cherchent désormais à contrer cet avantage militaire inattendu des États-Unis.

    Moscou active ses dispositifs anti-Starlink

    La Fédération russe déploie actuellement deux systèmes majeurs pour neutraliser cette menace, comme le révèle le rapport «Global Counterspace Capabilities» de la Secure World Foundation.

    Le système Tobol, détourné de sa fonction défensive initiale, perturbe désormais les communications satellitaires et les systèmes GPS avec sept complexes répartis sur le territoire russe, dont trois spécifiquement orientés vers l’Ukraine orientale.

    L’autre système, Kalinka, baptisé «Tueur de Starlink», cible directement le réseau d’Elon Musk, provoquant depuis mai 2024 des interruptions significatives pour les unités ukrainiennes et démontrant une capacité inquiétante à détecter même les terminaux Starshield, la variante militaire renforcée du système.

    La stratégie chinoise de neutralisation spatiale

    Pékin adopte une approche parallèle mais distincte face à cette nouvelle donne spatiale. La doctrine militaire chinoise priorise la neutralisation immédiate des avantages adverses dès les premiers instants d’un affrontement.

    Un document stratégique de 2022 émanant de la Force de soutien stratégique de l’Armée populaire recommande explicitement le développement de moyens pour neutraliser les constellations comme Starlink en cas de confrontation avec Washington, positionnant clairement SpaceX comme cible militaire légitime.

    Les investissements chinois dans ce domaine s’intensifient, privilégiant les méthodes non-destructives comme la guerre électronique et les opérations informatiques plutôt que les armes antisatellites physiques.

    Cette orientation témoigne d’une volonté d’éviter la création de débris spatiaux tout en conservant la capacité d’annuler l’avantage technologique américain en cas de nécessité, établissant un équilibre stratégique nouveau dans la dimension spatiale.

    L’émergence de ces contre-mesures russes et chinoises illustre comment les innovations commerciales d’Elon Musk transcendent désormais leur dimension entrepreneuriale pour devenir des enjeux géopolitiques majeurs.

    SpaceX, initialement considérée comme une entreprise disruptive du secteur spatial civil, se retrouve aujourd’hui au cœur des calculs militaires internationaux, transformant son fondateur en acteur involontaire mais central des nouvelles dynamiques de puissance mondiale où l’espace constitue désormais un terrain d’affrontement privilégié.

    Hannibal Genséric

https://reseauinternational.net/le-systeme-de-guerre-electronique-russe-le-plus-secret/

samedi 2 novembre 2024

La Guerre multidimensionnelle du XXIe siècle

 

241102

En février 1999, deux officiers supérieurs, alors colonels de l’armée de l’air chinoise, Qiao Liang et Wang Xiangsui publiaient à Pékin un livre, au titre français La Guerre hors limites. Un quart de siècle plus tard, on doit observer son caractère prophétique. Cet ouvrage était édité d’abord par les Presses officielles de l’Armée et il semble avoir sérieusement contribué à la carrière de ses auteurs, aujourd’hui tous deux généraux à la retraite chargés désormais d’enseignements stratégiques auprès des élèves officiers et conférenciers, intervenants réguliers dans les médias d’État. Il s’agit donc bel et bien de la pensée stratégique de l’une des deux puissances qui dominent actuellement le monde.

Aux États-Unis, plus de 25 ans après sa première publication, un débat passionné sur les forums militaires tourne toujours autour du livre : s'agit-il de la révélation des plans de la Chine communiste pour détruire l’Amérique, comme certains commentateurs l’affirment, tant soit peu hardiment ? ou n’engage-t-il que leurs auteurs ?

La première traduction américaine ne fut pas longue à venir. En 2000 paraissait ainsi une édition brochée sous le titre Unrestricted Warfare (1)⇓.Dès janvier 2001, paraissait une traduction italienne Guerra senza limiti. L’édition française, traduite de l’anglais, n’apparut qu’en 2003, réalisée par une maison suisse. (2)⇓.

Son titre peut paraître un peu ambigu. En fait, Guerre hors limites, et non « illimitée », reflète assez bien l’idée générale des auteurs chinois. Chacun de ces détails, qu’on ne saurait tenir pour petits, devrait nous inciter à réfléchir quant à l’éclipse que connaît notre pays, • qui se targue d’être la première puissance militaire de l’Union européenne, • autrefois en pointe dans les études chinoises, et • à propos du français lui-même, dont le traité de Rome de 1956 prétendait faire la langue commune des institutions naissantes du Vieux Continent.

Un quart de siècle après de cette réflexion. Elle signifiait en fait, 13  années à l’avance, le tournant de la restalinisation représenté à partir de 2012 par le nouveau secrétaire général du Parti, en la personne de Xi Jinping. Le lecteur ne manquera pas non plus de remarquer combien le travail des deux auteurs se révélait prophétique sur d’autres terrains. Publié en 1999, il annonçait le rôle qu’allait jouer Oussama Ben Laden et que joue aujourd'hui encore l'islamo-terrorisme. Il montrait aussi les insuffisances de la stratégie américaine basée sur la domination aérienne. Observable lors de l’opération Tempête du désert de 1991 contre l’Irak, ce primat d’une arme allait conduire aux désastres occidentaux ultérieurs, y compris lorsque les Français et les Anglais sont intervenus Libye. Or, le livre de nos deux auteurs n’hésite pas à imputer la faute originelle au « capital » : on se trouve bien en présence d’un dogme marxiste-léniniste appliqué au domaine militaire, dogmatique dont la Chine communiste se veut le fer de lance mondial, y compris dans sa constitution, sous le règne de « Tonton Xi » (Xi Dada). Rappelons au besoin que, depuis 1975, le pays se définit comme un « État socialiste de dictature du prolétariat, dirigé par la classe ouvrière et basé sur l'alliance des ouvriers et des paysans ».

Soulignons aussi à cet égard que de lucides observateurs français, et non des moindre, avaient déjà mis en garde nos compatriotes, quelques années plus tard, sur l’autre affrontement qui se profilait. En 2010, François Lenglet, directeur de La Tribune publiait, chez Fayard, La Guerre des empires : Chine contre États-Unis. Lucidement il dénonce l’illusion née de la politique mise en place par Nixon et Kissinger : « Une entente sino-américaine durable, écrivait-il, est aussi vraisemblable que la ‘Fin de l’Histoire’ qu’imaginait Francis Fukuyama en 1991, après l’effondrement des régimes communistes. La réalité est à la fois plus simple et plus inquiétante : la Chine va entrer en collision avec les États-Unis. » (3)⇓

Clairement, cependant les conceptions du général Qiao Liang faisaient leur chemin. En 2007, il présente une série de conférences consacrées aux les Trente-six stratagèmes sur CCTV la Chaîne de télévision d’État. En 2015, le 17 juillet, il explicite ses conceptions à l'Université de la Défense, la plus haute école militaire de Chine, où ce général était en charge du programme de formation des officiers. Son intervention était alors intitulée Une ceinture, une route. Il mêlait ainsi ses propres vues, sur la Guerre hors limites, à celles que Xi Jinping, détenteur du triple pouvoir, militaire, institutionnel et idéologique, avait officialisées au Kazakhstan deux ans plus tôt et dont le soldat formulait lui-même, à son tour, la théorie stratégique. C’est en effet le 7 septembre 2013, à Astana que le chef de l’État et secrétaire général du Parti avait prononcé le discours intitulé en langue de bois : « Faire progresser l'amitié entre les peuples et créer un avenir meilleur » (4)⇓. Le général avait donc nécessairement l’aval des dirigeants de l’école et au-dessus d’eux aussi du président de la Commission militaire, le même camarade Xi Jinping…

Que disait-il de si révolutionnaire, en 1999 dans son livre comme en 2015 dans sa conférence ?

Tout d’abord, nos deux auteurs font référence à l’expérience de la guerre du Golfe de 1991. C’est le point de départ de leur réflexion. Mais ils vont plus loin. À une époque où on ne mesure pas encore l’influence de l’internet, ils théorisaient l’idée d’une guerre de l’avenir, désormais multidimensionnelle. Aux théâtres traditionnels, terre et mer, celui l’air étant apparu au XXe siècle, se mêleront désormais d’autres perspectives : le cosmos intersidéral mais aussi, du fait de l’internet, « l’espace technologique [qui] est un nouveau concept », celui XXIe siècle (5)⇓.

Ainsi le champ de bataille se trouve généralisé. « Si un jeune soldat répondant à l’appel posait la question ’où se trouve le front’ ?, la réponse serait ‘partout’ » écrivent Qiao Liang et Wang Xiangsui (6)⇓. Et de remarquer par ailleurs que les armes et les armées elles-mêmes se sont multipliées. Se référant aux sociologues et futurologues américains Alvin et Heidi Toffler ils remarquent ainsi : « si les outils de la guerre ne sont plus les chars et l’artillerie mais les virus informatiques et les microbots, on ne peut donc plus dire que les pays sont les seuls groupes armés. »(7)⇓

Dès lors, oui la guerre se situera de plus sur le terrain de l’information, de l’intoxication par les « fake news », de la monnaie par la remise en cause de la suprématie du dollar, du ressentiment historique par la fabrication du prétendu « sud global », etc. Tout cela nous pouvons désormais le constater tous les jours. C’est la guerre du XXIe siècle telle qu’elle se déroule sous nos yeux.

JG Malliarakis 

Apostilles

  1. Le titre chinois Chāo xiàn zhàn 超限戰 associe trois concepts qui se lisent comme "dépassement", "limite" et ""guerre.
  2. Il est disponible depuis 2006 au format de poche coll. Rivages aux Éditions Payot
  3. Introduction du Livre « La Guerre des empires : Chine contre États-Unis » par François Lenglet, Fayard, 2010.
  4. « L'histoire de la Route de la Soie dans la nouvelle ère commence ici, au Kazakhstan » in Le Quotidien du Peuple du 3 juillet 2024.
  5. La Guerre hors limites page 96 note 3
  6. page 79
  7. leur livre Guerre et Contre-Guerre cité page 97 note 6

https://www.insolent.fr/2024/11/la-guerre-multidimensionnelle-du-xxie-siecle.html

vendredi 1 novembre 2024

Rose Hu – Avec le Christ dans les camps de Mao. Une réédition très attendue

 

 Ce témoignage bouleversant ne laisse pas le lecteur indemne.

Des pages d’histoire bouleversantes, loin de la France et pourtant si proches  par leur esprit de sacrifices et d’abandon à la Providence.

À voir les choses humainement, il y a des gens qui n’ont pas de chance dans la vie. Ils naissent au mauvais endroit, au mauvais moment, et les éléments semblent se liguer pour les faire souffrir. À voir les choses humainement, Hu Meiyu fait partie de ces gens-là : elle avait une vingtaine d’années quand la Chine devint marxiste, sous la main cruelle de Mao-Tsé-Toung. Et Hu était catholique – fraîchement baptisée, du nom de Rose –, au sein d’une famille aisée, donc suspecte aux yeux du parti communiste.

On devine la suite : arrestation, procès, condamnation, prison, camps de travaux forcés, accès impossible aux sacrements de l’Église. Ce sont exactement vingt-six années qu’elle a passées en détention, dans des conditions parfois inimaginables.

Mais voici le prodige de grâce : alors que des chrétiens faiblissent et se compromettent avec le pouvoir, d’autres, munis de la force d’en haut, acceptent cette croix, la portent le front haut, l’âme recueillie, et s’efforcent de monter le chemin du calvaire, donc de s’élever au lieu de descendre, saisissant, dans le malheur, l’occasion divine d’une ascension intérieure. Ils découvrent la joie dans la souffrance.

Ce témoignage, une première fois édité sous le titre « Avec le Christ, dans les prisons de Chine », a fait l’objet d’une réécriture d’ensemble.

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE

Avec le Christ dans les camps de Mao, Rose Hu, 284 pages, Editions Clovis, 24€

https://www.medias-presse.info/rose-hu-avec-le-christ-dans-les-camps-de-mao-une-reedition-tres-attendue/196433/

samedi 21 septembre 2024

La présence de la Chine en Afrique - les atouts géopolitiques de l'Éthiopie

 

537283e53a746c45eda5965fbff51c14.jpg

Source : Nieuwsbrief Knooppunt Delta, n°192, septembre 2024

Un moment clé de cette histoire géopolitique est l'année 2023, lorsque la Chine et l'Éthiopie ont porté leur coopération au niveau d'un « partenariat stratégique de tous les temps ». Une formulation que la Chine n'avait jusqu'alors utilisée que pour sa politique étrangère à l'égard de ses alliés les plus proches, tels que le Sri Lanka, le Pakistan, le Belarus, l'Ouzbékistan et le Venezuela. Elle souligne l'importance de l'Éthiopie dans la politique africaine de la Chine. Il est clair que l'Éthiopie soutiendra la politique de la Chine lors des réunions des Nations unies et de l'Organisation de l'unité africaine. Le « partenariat stratégique de tous les temps » pour l'Éthiopie n'a été mentionné nulle part dans nos grands médias flamands, pour autant que je sois bien informé.

Ethiopian-3.jpg

Je mentionne simplement en passant que l'Éthiopie est probablement le seul pays du continent africain à avoir réussi à échapper à la colonisation européenne, et ce grâce à ses progrès en matière de modernisation, à sa résistance militaire et aussi à sa diplomatie, qui tente d'équilibrer les différentes superpuissances.

L'Éthiopie est un pays important en Afrique : elle compte environ 127 millions d'habitants, ce qui en fait le pays le plus peuplé du continent noir après le Nigeria.

Importance géopolitique de l'Éthiopie

L'Éthiopie est un pays important en Afrique, comme nous l'avons écrit plus haut, mais pas seulement en raison de sa forte population. Contrairement au Nigeria et à l'Angola, par exemple, ce pays d'Afrique de l'Est dispose de peu de ressources telles que le pétrole ou le gaz pour expliquer l'importance de la présence chinoise. En revanche, l'Éthiopie dispose d'autres atouts tout aussi importants, qui sont d'ordre géopolitique s'entend.

Horn-of-Africa-iastoppers.jpg

La Corne de l'Afrique est une région clé pour la Chine, comme pour tous les pays dont le commerce emprunte la route maritime de la mer Rouge, du canal de Suez et du golfe d'Aden. En outre, la Corne de l'Afrique est importante pour la Chine dans le cadre de sa stratégie de la route de la soie maritime. L'Éthiopie est le pays le plus important de cette Corne de l'Afrique. Le port de Djibouti (à l'est de l'Éthiopie) est le plus important de la région, occupant une position stratégique dans le golfe de Tadjoura et le détroit de Bab el-Mandeb, à l'entrée du canal de Suez. C'est à Djibouti que la Chine a installé sa première base navale à l'étranger en 2017. Les Américains, les Français, les Japonais et les Italiens disposent également de bases navales, ce qui souligne l'importance géostratégique de Djibouti et de l'ensemble de la Corne de l'Afrique. Il est donc important de préserver l'accès des navires à la mer Rouge, surtout avec la menace des rebelles houthis du Yémen, ce pays arabe situé juste en face du détroit de Bab el-Mandeb.

L'Éthiopie est vitale pour la Chine, mais l'Éthiopie peut-elle se passer de la Chine ?

Depuis 2020, la Chine a adopté pour elle-même un modèle de développement à « double circulation » : une stratégie dans laquelle le marché intérieur est le principal moteur de la croissance économique, mais où le marché intérieur et le marché international se renforcent mutuellement. L'objectif intérieur était de devenir autosuffisant en matière de technologie et de matières premières. Sur le plan international, la Chine souhaitait conquérir les marchés des principaux pays émergents à forte croissance économique.

Il est clair que l'Afrique est un acteur clé de ce double flux économique : son marché est immense, les matières premières y sont abondantes et les opportunités d'investissement y sont nombreuses. L'Afrique possède 30% des ressources minérales, 8% des réserves de gaz et 12% des réserves de pétrole. 30% des matières premières rares telles que le lithium et le nickel se trouvent en Afrique. Il est clair que les États-Unis et l'Europe souhaitent également coopérer avec les pays africains.

La Chine joue ses atouts en Afrique de manière très ciblée : elle met l'accent sur les infrastructures, l'énergie, l'exploitation minière et les télécommunications lorsqu'elle investit en Afrique. La Chine est généreuse en matière de financement, ce qui confère aux entreprises (publiques) chinoises un avantage compétitif sur leurs concurrents étrangers.

Ce n'est pas seulement sur le plan économique et financier que l'Afrique est un acteur important pour la Chine. Il va de soi que l'influence politique en découle également. En 2015, par exemple, le Forum multilatéral sur la coopération sino-africaine (FOCAC) a été mis en place, structurant les relations commerciales, diplomatiques, sécuritaires et financières entre la Chine et les pays africains.

57703811_7.png

Quelques chiffres pour illustrer ce propos

La Chine est devenue le principal partenaire économique de nombreux pays africains au cours des 20 dernières années. En 2022, la Chine était le premier pays importateur de pétrole et de gaz de l'Angola. Peu après, c'est au tour de la République démocratique du Congo (pour l'argent et le cobalt) et de l'Afrique du Sud (or, diamants, platine). Les cinq premières destinations des IDE (investissements directs étrangers) de la Chine en Afrique en 2022 sont l'Afrique du Sud, le Niger, la République démocratique du Congo, l'Égypte et la Côte d'Ivoire.

Où se trouve donc l'Éthiopie ? Selon le Rapport sur l'investissement dans le monde 2023 de la CNUCED, l'Éthiopie est le troisième État qui a le plus bénéficié des investissements étrangers de la Chine. Pour les années 2022/2023, le chiffre serait de 3,4 milliards de dollars. La Turquie arrive en deuxième position en termes d'investissements en Éthiopie (avec 2,5 milliards de dollars), suivie par l'Inde.

L'influence chinoise se fait également sentir dans l'accumulation de la dette de l'Éthiopie: la Chine représente 50 % de la dette extérieure de l'Éthiopie. C'est un signe révélateur pour la Chine et l'Éthiopie: selon de nombreux observateurs, la Chine ne s'intéresse pas à des partenaires qui ne sont plus en mesure de rembourser leurs dettes. Certes, la Chine veut accroître son pouvoir économique et politique, mais cet objectif peut être mieux atteint avec des partenaires capables de faire face économiquement et financièrement.

Entre 2000 et 2022, la Chine a prêté un total de 170 milliards de dollars à 47 pays africains, entreprises publiques ou institutions multilatérales. L'Éthiopie arrive en deuxième position (après l'Angola avec 42 milliards de dollars) avec un total de 13,7 milliards de dollars.

En conclusion, les problèmes de l'Éthiopie sont-ils autant d'opportunités pour la Chine ?

On connaît le slogan des nationalistes irlandais : « Les difficultés de la Grande-Bretagne sont les opportunités de l'Irlande ».  Ces dernières années ont été dramatiques pour l'Éthiopie, avec une guerre civile dans le Tigré au nord du pays. Bien que la guerre ait pris fin en 2022, elle a été suivie d'une sécheresse extrême dans la région et d'une famine. La croissance économique de l'Éthiopie, qui s'élevait jusqu'alors à 10% par an en moyenne, s'est arrêtée. Des problèmes financiers et économiques, mais aussi des opportunités pour la Chine.

Un deuxième élément jouant en faveur de la Chine a été l'inclusion de l'Éthiopie en tant que nouveau membre du club des BRICS, le groupe des puissances économiques émergentes. En 2023, le moment était venu pour l'Éthiopie de rejoindre l'Argentine, l'Iran, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l'Égypte. Ce qui a encore accru l'influence de la Chine dans le club des BRICS.

Troisième point d'intérêt de ces décisions : malgré une croissance économique de 6,1% d'ici 2023, l'Éthiopie est devenue le troisième État africain, après la Zambie et le Ghana, à être officiellement qualifié d'« État en difficulté de paiement ». L'Éthiopie a réussi à se mettre d'accord sur de nouvelles règles de remboursement avec le Royaume-Uni, les États-Unis et la Chine, qui acceptent la suspension des remboursements dans un certain délai. Mais les experts estiment que l'Éthiopie pourrait devoir dévaluer sa monnaie.

C'est dans ce contexte qu'il convient de considérer le « partenariat stratégique de tous les temps » entre l'Éthiopie et la Chine. D'un point de vue géopolitique, la carte du monde a complètement changé en 20 ans, y compris en Afrique. Il est temps que nos décideurs politiques fassent preuve de réalisme et développent également des visions à long terme, avant que nous ne perdions tous nos points d'ancrage.

Peter W. Logghe

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2024/09/20/la-presence-de-la-chine-en-afrique-les-atouts-geopolitiques-de-l-ethiopie.html

vendredi 19 juillet 2024

Peng Liyuan et d'autres femmes du Sud supplantent les féministes et les analystes occidentales

 

2D9A40BF00000578-3280964-image-a-4_1445373427528.jpg

Augusto Grandi

Source: https://electomagazine.it/peng-e-le-altre-donne-del-sud-globale-spiazzano-femministe-ed-analisti-occidentali/

Peng Liyuan. Un nom presque inconnu il y a encore quelques semaines. Et qui suscite aujourd'hui l'intérêt croissant des analystes géopolitiques. Surtout ceux qui s'enthousiasment de la présence de femmes au sommet de la politique dans l'Occident collectif, mais qui restent perplexes face au rôle des femmes dans les pays du Sud et dans les gouvernements des "méchants".

Peng est l'épouse de Xi Jinping et, ces derniers temps, elle apparaît de plus en plus souvent en public, et pas seulement en tant qu'escorte de son mari. Lors de sa tournée en Europe, par exemple, les médias chinois lui ont reconnu un rôle important en tant qu'« ambassadrice de l'ombre » et protagoniste du nouveau « soft power » de Pékin. Et compte tenu de l'habitude, également italienne, de déférence envers les institutions, les remarques des médias savent que la position officielle du parti communiste passe avant celle du gouvernement. Et, comme Peppone l'aurait dit à Brescello, dans ce pays, ce sont les communistes qui gouvernent et non le maire...

_methode_times_prod_web_bin_01f3047e-f928-11ec-84c1-32e852e780b0.jpg

Mais Peng est aussi un officier supérieur de l'armée, et c'est elle qui a introduit son mari dans les plus hautes sphères de la politique chinoise. Et c'est elle qui, aujourd'hui, favorise ou écrase la carrière des généraux et des ministres. Cela a surpris les analystes occidentaux, qui s'en tiennent toujours à la veuve de Mao. Jiang Qing ou Chiang Ching, selon votre préférence d'écriture, l'un des partisans les plus extrêmes de la révolution culturelle, puis, disgraciée après la mort de Mao, condamnée à mort en tant que membre de la « bande des 4 ». Cette condamnation s'est transformée en une peine d'emprisonnement à vie, purgée en résidence surveillée avant son suicide.

Des précédents qui inquiètent les atlantistes. Mais, en réalité, c'est la montée en puissance des femmes dans les pays du Sud qui inquiète le plus, car elle met à mal le récit occidental d'un monde machiste et oppresseur, discriminatoire et violent. On ne peut pas raconter, aux marmots qui font confiance aux médias atlantistes, l'histoire d'Evita Peron, ni même celle de Christina Kirchner. On ne peut pas leur dire que le pourcentage de femmes qui fréquentent les universités en Iran est supérieur à celui de leurs homologues masculins.

2914654.jpg

kctv-aug11-kju-national-meeting-covid-victory-kim-yo-jong-kyj-speech-podium-5-1870x1000-1.jpg

On ne peut pas non plus parler du rôle de Kim Yo-jong, la sœur de Kim Jong-un, en Corée du Nord. Une présence constante indique le poids de la jeune femme dans les décisions de son frère. Mais cela ne plaît pas aux féministes occidentales. Le Sud mondial doit être méchant et rétrograde. Avec des femmes humiliées et sans perspectives. Indira Ghandi était un homme, Claudia Sheinbaum est un homme, Sahle-Work Zewde aussi.

Au lieu de cela, comme par hasard, il n'y a pas de femmes présidentes aux États-Unis, ni en France où le Front républicain a toujours barré la route de l'Élysée à Marine Le Pen.

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2024/07/18/peng-liyuan-et-d-autres-femmes-du-sud-supplantent-les-feministes-et-les-ana.html