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dimanche 14 juillet 2019

3 JUILLET 1940 : LA TRAHISON GAULLO-BRITANNIQUE À MERS EL-KEBIR

Mogador_03-07-1940.jpg
José Castano
L’armistice franco-allemand du 18 juin 1940 consacre l’échec de nos armées sur terre ; notre flotte, une des plus puissantes qui n’avait pas été vaincue, est libre. Ni l’amiral Darlan, ni le général Weygand n’ont l’intention « …de livrer à l’ennemi une unité quelconque de notre flotte de guerre » et même de Gaulle le dira, le 16 juin à Churchill en ces termes  « La flotte ne sera jamais livrée, d’ailleurs, c’est le fief de Darlan ; un féodal ne livre pas son fief. Pétain lui-même n’y consentirait pas ».
Les Anglais, de leur côté, désirent que notre flotte, riche en unités lourdes et légères, se rende dans leurs ports. Hitler ne demande pas livraison de notre flotte (le projet d’armistice ne le prévoyant d’ailleurs pas), pas plus que de nos colonies, sachant qu’il n’est pas dans nos intentions d’accepter de telles exigences.
Mieux abrité que Gibraltar, le port de Mers el-Kébir possède une des rades les plus belles et les plus sûres de l’Algérie. Les clauses de l’armistice ont été scrupuleusement observées, et dans le délai qui avait été fixé.Sur nos bâtiments, les culasses des pièces ont été démontées ; il en a été de même dans les batteries de côtes et de D.C.A. Dans les hangars d’aviation, les mesures de démobilisation ont été prises ; on a vidé les réservoirs de leur essence, démonté les canons des chasseurs et les mitrailleuses de tous les appareils ; les munitions ont été rassemblées et mises en dépôt.
L’agression britannique
Le 27 juin 1940, Churchill, en dépit des assurances données par le gouvernement Français, décide, dans le plus grand secret, de mettre « hors d’état de nuire » la marine française. Cette opération aura pour nom Catapult.
Vers 7 heures du matin, un torpilleur anglais, le Foxhound, se présente devant Mers El-Kébir. Un premier message annonce qu’il a à son bord un officier britannique, chargé d’apporter au commandant en chef de la flotte de l’Atlantique une communication de la plus haute importance. Mais une véritable force navale l’accompagne : le Hood, bâtiment de 42000 tonnes, le plus grand cuirassé du monde, armé de pièces de 380 ; le Vaillant, la Résolution, armés également de pièces de 380 ; l’Ark-Royal, le plus rapide des porte-avions anglais, tous escortés de bâtiments légers et de torpilleurs.
Un officier d’état-major français est envoyé par l’amiral Gensoul à la rencontre de l’officier britannique, le commandant Holland. Celui-ci est porteur d’un document qu’on peut résumer ainsi : « La flotte de l’Atlantique est invitée à rallier la flotte britannique, ou à défaut, un port de l’Amérique, avec équipages réduits. En cas de refus de cette offre, elle devra se saborder, sinon, par ordre du gouvernement de Sa Majesté, la flotte britannique usera de la force. »
L’amiral Gensoul réaffirma au parlementaire britannique que les craintes de voir les bâtiments français tomber aux mains des Allemands et des Italiens étaient injustifiées : « La marine française n’a pas l’habitude de manquer à sa parole ! », s’exclama-t-il.
Plus tard, il affirmera qu’il ne pouvait accepter « un ultimatum se terminant par : « ou vous coulez vos bateaux ou je vous coule. C’est exactement : la bourse ou la vie… quelquefois, on donne sa bourse pour sauver sa vie. Dans la Marine, nous n’avons pas cette habitude-là »
Dès 14h, heure approximative de l’expiration de l’ultimatum, les avions de l’Ark Royal volant sur l’eau déposent des mines magnétiques, à l’entrée du port et de la rade de Mers El-Kébir. L’escadre française est pratiquement bloquée.
A 16h56, la flotte anglaise commence le feu. Abritée derrière l’éperon rocheux du fort de Mers El-Kébir, elle tire à cadence accélérée sur nos bâtiments qui cherchent à sortir de la rade. Les consignes s’exécutent partout avec ordre, à Oran comme à Kébir. Après 12 ou 15 minutes de « tir au gîte », les batteries côtières du Santon et de Canastel répondent au feu des Anglais ; le Strasbourg sort des passes. Le bilan s’établit ainsi : le croiseur Bretagne, atteint, explose, coule en sept minutes et disparaît sous l’eau : 150 hommes seulement sur 1300 fuient la mort, soit à la nage, soit en chaloupes. Le croiseur Dunkerque, n’ayant pu prendre la mer, à cause d’une avarie à son gouvernail, reçoit un obus qui tue 150 marins, plus de 100 mécaniciens et chauffeurs, 2 ingénieurs… Le bâtiment est hors de combat. Le croiseur Provence, touché, peut par ses propres moyens, aller s’échouer sur la côte de Kébir : il y a 4 morts. Le contre-torpilleur Mogador X61, incendié par l’arrière, s’échoue et compte 14 morts. Le Rigaut de Genouilli est atteint, seul le Commandant Teste, non cuirassé, amarré à la jetée en construction, est intact. Le Strasbourg fonce vers la haute mer, part vers Alger, puis Toulon.
Et partout ces mêmes visions apocalyptiques ;  parmi les carcasses d’acier éventrées, calcinées, retentissaient les cris déchirants de centaines et de centaines de marins agonisants, mutilés, brûlés ou suffoquant au milieu d’une fumée âcre et d’un mazout noirâtre qui étouffent leurs dernières plaintes.
Le drame n’est pas terminé pour autant. La haine ancestrale de nos « alliés » allait se concrétiser ce 6 juillet 1940. A 6h30, par trois fois en vagues successives, des avions britanniques survolent la rade, à basse altitude, déposent des mines magnétiques entre le Dunkerque et la passe, prennent le navire comme cible. Torpilles et bombes atteignent le bâtiment qui s’enfonce et échoue sur le fond, en donnant de la bande. Les trois chalutiers ou remorqueurs, coopérant à l’évacuation des morts du 3 juillet, sont coulés à leur tour. La D.C.A  côtière, les batteries du Santon, Bel Horizon et Lamoune, les mitrailleuses installées sur la côte, au stade de la Marsa et à l’usine électrique répondent. Le drame, c’est que cette attaque fera encore 205 tués et 250 blessés atteints gravement.
Au total, la marine française déplore plus de 1927 morts ou disparus et plusieurs centaines de blessés dont la plupart gravement brûlés. Deux avions anglais sont abattus.
Les marins anglais ont tué en une semaine plus de marins français que la Flotte allemande pendant toute la seconde guerre mondiale.Nous ne sommes pas loin des 2403 morts du drame de Pearl Harbor, qui décida de l’entrée en guerre des Etats-Unis d’Amérique, à ceci près que les Japonais étaient leurs ennemis, alors que les Anglais étaient censés être nos alliés. C’est là un crime inqualifiable… impardonnable. Une trahison, mais pas la seule de cette affaire.
La trahison gaulliste
Le 8 juillet, De Gaulle, parlant au micro de la BBC, déclare : « En vertu d’un engagement déshonorant, le gouvernement qui fut à Bordeaux avait consenti à livrer nos navires à la discrétion de l’ennemi… J’aime mieux savoir que le « Dunkerque » notre beau, notre cher, notre puissant « Dunkerque » échoué devant Mers El-Kébir, que de le voir un jour, monté par les Allemands, bombarder les ports anglais, ou bien Alger, Casablanca, Dakar. » … et pas le moindre mot de compassion envers les victimes de cette tragédie.
Contrevérité dans la bouche du prétendu « général » français : Alger, Casablanca, Dakar, donc les clés de l’Empire, allaient être utilisées contre les alliés britanniques.
Mers El-Kébir explique en grande partie l’attitude de bon nombre de nos gouvernants de Vichy durant le conflit comme elle explique aussi celle des autorités civiles et militaires d’Algérie en 1942-1943 et d’une population acquise au Maréchal Pétain.
L’Afrique du Nord, malgré son traumatisme, rentrera en guerre en 1942 et sera avec son « armée d’Afrique », l’une des composantes de la victoire alliée. Elle conservera, néanmoins, son hostilité à de Gaulle, devenu président du Comité de la Libération. Il se souviendra toujours de ce sentiment d’inimitié à son égard et, dès 1958, remis au pouvoir par ceux-là mêmes qui l’avaient blâmé, leur fera supporter amèrement le poids de sa rancune… Enième de ses trahisons !

vendredi 23 septembre 2016

23 septembre 1940 : l’agression britannique sur Dakar 23 septembre 2016 par admin4

Un article de José Castano :
« L’empire, sans la France ce n’est rien. La France sans l’empire, ce n’est rien » (Amiral Darlan – Novembre 1942
L’âme de nos marins plane sur l’Océan, je l’ai vue ce matin, sous l’aile d’un goéland »(Freddie Breizirland)
            Après avoir été donné à la France par le traité de Paris, le 30 mai 1814, Dakar devint, en 1904, la capitale de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Située à l’extrémité occidentale de l’Afrique, elle occupait, en 1940, une position stratégique considérable qui faisait bien des envieux. Au point de séparation de l’Atlantique Nord et Sud, en avancée face à l’Amérique Latine, sur le chemin entre l’Afrique du Sud et l’Europe, Dakar intéressait tout le monde et en premier lieu les Britanniques qui, sur le chemin traditionnel de l’Afrique australe et de l’Asie par le Cap, retrouvaient là l’un des enjeux de leurs rivalités coloniales avec la France et voulaient profiter de son écrasement.
En septembre 1940, le Maréchal Pétain avait confié au général Weygand la délégation générale du gouvernement en Afrique et le commandement en chef des troupes. Ainsi se trouvait affirmée la volonté de défendre l’Afrique mais aussi de préparer les moyens de la revanche.
Le 31 Août 1940, soit près de deux mois après la lâche agression commise par ces mêmes britanniques sur la flotte française au mouillage et désarmée, dans le port de Mers El-Kébir (Algérie) et près d’un mois après l’entretien Churchill – De Gaulle (6 août 1940) sur les modalités d’une éventuelle attaque contre les forces françaises stationnées au Sénégal et demeurées fidèles au Maréchal Pétain, la force navale M (M comme « Menace ») britannique où se trouvait de Gaulle quitta les ports britanniques pour Freetown en Sierra Leone qu’elle atteignit le 16 Septembre.
Cette expédition reposait sur deux principes et deux ambitions :
– Churchill espérait mettre la main sur l’or de la Banque de France et des banques nationales belges et polonaises, représentant plus de 1000 tonnes d’or… et sur le cuirassé Richelieu, redoutable par sa puissance de feu (bien que son armement ne fût pas terminé), fleuron de la flotte française.
– De Gaulle désirait s’imposer comme le chef suprême de l’empire français en guerre… empire d’importance que le gouvernement de Vichy tenait, par ailleurs, à défendre ardemment.
Partie de Freetown le 21 septembre, la force M se présenta devant Dakar le 23 à l’aube. A 6 heures, un message de De Gaulle était adressé à la garnison en lui demandant de se rendre… sans effet. Sa seule présence qu’il espérait suffisante, ne provoqua pas à son grand dam les ralliements escomptés… le traumatisme de Mers El-Kébir était trop vif. Le gouverneur général de l’A.O.F., Pierre Boisson, commandant la Place, résolument rangé derrière Pétain, refusa catégoriquement de se rallier, affirmant sa volonté de défendre Dakar « jusqu’au bout » La décision de De Gaulle ne se fit pas attendre : Il fallait débarquer ! Une première tentative de débarquement se solda par un fiasco suivie de deux autres qui subirent le même sort. Une tentative de persuasion politique échoua et Thierry d’Argenlieu, arrivé par mer pour parlementer avec un drapeau blanc, fut accueilli par un tir de mitrailleuse qui le blessa mais son embarcation parvint à s’échapper. Il en résultait que de l’avis de De Gaulle et de l’amiral Cunningham, le patron de la flotte anglaise, la résistance allait être farouche…
En effet, face à l’armada britannique qui se préparait au combat, la France disposait, cette fois, de solides moyens navals ainsi qu’une sérieuse défense côtière. On en n’était plus aux conditions dramatiques de Mers El-Kebir où la flotte désarmée avait été littéralement assassinée ; cette fois, les marins français étaient prêts au combat et animés, de surcroît, d’un esprit de revanche parfaitement perceptible… et compréhensible. Avant la tragédie de Mers El-Kébir, la flotte française était la 4ème plus puissante flotte du monde ; elle était décidée à le prouver et cela d’autant plus qu’elle n’avait jamais été vaincue…
Sur cette résistance, de Gaulle écrira dans ses mémoires : « Décidément, l’affaire était manquée ! Non seulement le débarquement n’était pas possible, mais encore il suffirait de quelques coups de canons, tirés par les croiseurs de Vichy, pour envoyer par le fond toute l’expédition française libre. Je décidai de regagner le large, ce qui se fit sans nouvel incident. »
Ainsi se passa la première journée, celle du 23 septembre.
Dans la nuit du 23 au 24 septembre, plusieurs télégrammes furent échangés entre l’amiral Cunningham et Churchill, décidé à poursuivre l’affaire jusqu’à son terme : « Que rien ne vous arrête ! » Dans cette même nuit, un ultimatum anglais fut adressé aux autorités françaises de Dakar leur enjoignant de livrer la place au général de Gaulle. Le texte était fort maladroit et accusait les forces de Dakar de vouloir livrer leurs moyens aux Allemands. Il ne pouvait que provoquer l’indignation des défenseurs et ne recevoir d’autres réponses que le refus. Le gouverneur général Boisson, se remémorant la mise en garde que Georges Clemenceau adressa, le 9 août 1926, au président américain Coolidge : « La France n’est pas à vendre, même à ses amis. Nous l’avons reçue indépendante, indépendante nous la laisserons », répondit avec fermeté : « La France m’a confié Dakar. Je défendrai Dakar jusqu’au bout ! ».
Depuis la tragédie de Mers El-Kebir, Vichy avait décidé de défendre fermement cette position stratégique française et avait envoyé à cet effet, de Casablanca, des bombardiers, des chasseurs et des croiseurs. Il y avait là : Un cuirassé (Richelieu), deux croiseurs légers, quatre contre torpilleur, trois destroyers, six avisos, cinq croiseurs auxiliaires, trois cargos et trois sous-marins. Par ailleurs, la force de frappe aérienne n’était pas négligeable… et elle allait le prouver.
Du côté anglais, la flotte était tout aussi impressionnante : Un porte avions (Ark Royal qui avait déjà opéré à Mers El-Kebir), deux cuirassés, trois croiseurs lourds, deux croiseurs légers, dix destroyers, deux dragueurs de mines et une dizaine de navires transports de troupes portant 4200 soldats –dont la fameuse 101ème brigade des Royal Marines… à laquelle s’ajoutait l’armée gaulliste composée de trois avisos, un patrouilleur, quatre cargos et 2700 soldats français.
Toute la journée du 24 se passa en échanges de coups d’artillerie de marine entre les deux flottes qui firent de nombreuses victimes parmi les marins des deux camps et la population civile qui subit également ce pilonnage. Des obus anglais de gros calibre (380m/m) tombèrent sur la ville, touchant, entre autres, l’hôpital et la caserne du 6° RAC, faisant 27 morts et 45 blessés. En soirée, la situation n’avait guère évolué…
Le lendemain, 25 septembre, la ténacité britannique continua. Les navires de la force M voulurent de nouveau s’approcher afin de poursuivre leur œuvre de destruction, mais, comme précédemment, ils durent se frotter aux bâtiments français (Vichystes, diront les gaullistes !) qui leur infligèrent de sérieux dégâts et cela d’autant plus que l’aviation française était maîtresse du ciel.
C’en était trop ! De Gaulle écrira : « L’amiral Cunningham décida d’arrêter les frais. Je ne pouvais que m’en accommoder. Nous mîmes le cap sur Freetown. »
L’armée française sortait vainqueur de la bataille en dépit de ses 203 morts et 393 blessés. Les 1927 morts de Mers-El-Kébir étaient en partie vengés.
Cette opération constitua un tournant idéologique pour les gouvernements, bien plus qu’un affrontement important du point de vue des forces en présence, du nombre des victimes ou des pièces militaires détruites ou endommagées. L’aventure anglo-gaulliste se solda ainsi par un cuisant échec et eut des conséquences considérables.
– D’un côté, le régime de Vichy sortait renforcé de l’épreuve et la cohésion des troupes de la marine –toujours invaincue- autour de la personne du Maréchal Pétain, revigorée.
– De l’autre, le crédit du général de Gaulle dégringolait en chute libre. L’homme se retrouvait isolé. Soudainement mis à l’écart, il fut politiquement menacé par l’amiral Muselier accusé à tort d’avoir été à l’origine des fuites qui empêchèrent le débarquement. Il ne s’en cacha pas dans ses mémoires : « A Londres, une tempête de colères, à Washington, un ouragan de sarcasmes, se déchaînèrent contre moi. Pour la presse américaine et beaucoup de journaux anglais, il fut aussitôt entendu que l’échec de la tentative était imputable à de Gaulle. » … « C’est lui, répétaient les échos, qui avait inventé cette absurde aventure, trompé les Britanniques par des renseignements fantaisistes sur la situation à Dakar, exigé par donquichottisme, que la place fût attaquée alors que les renforts envoyés par Darlan rendaient tout succès impossible… »
     De son côté, Churchill, lui aussi, sortait de l’aventure en fâcheuse posture. Il dut subir les sarcasmes de la Chambre des Communes et fut à deux doigts d’être démissionné. S’il lui avait été facile de détruire, à Mers El-Kebir, une flotte désarmée (et pourtant alliée) causant la mort de 1927 marins, manifestement, avec Dakar ce fut tout autre et son désir de s’emparer de l’excellente et cohérente flotte française ou de la détruire se solda par un échec retentissant.
José CASTANO
N.B : – Concernant la tragédie de Mers El-Kebir, certains ont cru bon de justifier l’agression britannique par le fait que nos bâtiments seraient, inéluctablement, tombés entre les mains des Allemands. Je rappelle ce que j’écrivais à ce propos sur cette agression :
« L’armistice franco-allemand du 25 juin 1940 consacre l’échec de nos armées sur terre ; notre flotte, une des plus puissantes -qui n’avait pas été vaincue- est libre. Ni l’amiral Darlan, ni le général Weygand n’ont l’intention « …de livrer à l’ennemi une unité quelconque de notre flotte de guerre » et de Gaulle le dira, le 16 juin à Churchill en ces termes  « La flotte ne sera jamais livrée, d’ailleurs, c’est le fief de Darlan ; un féodal ne livre pas son fief. Pétain lui-même n’y consentirait pas ».
Les Anglais, de leur côté, désirent que notre flotte, riche en unités lourdes et légères, se rende dans leurs ports. Elle aurait pu le faire, le 16 juin 1940, mais personne ne lui en donne l’ordre et la Marine reçoit l’assurance, « qu’en aucun cas, la flotte ne sera livrée intacte », mais qu’elle se repliera probablement en Afrique ou sera coulée précise l’Amiral Darlan. Hitler ne demande pas livraison de notre flotte (le projet d’armistice ne le prévoyant d’ailleurs pas), pas plus que de nos colonies, sachant qu’il n’est pas dans nos intentions d’accepter de telles exigences. »
Cet épisode sur Dakar confirme la justesse de mes propos car si la France métropolitaine était vaincue, l’Empire ne considérait nullement l’être. Si laFrance métropolitaine avait capitulé, l’Empire s’y était refusé et la marine française (ce qu’il en restait), comme elle s’y était engagée, avait rejoint les ports africains composant l’Empire afin de poursuivre le combat.
– Les alliés ayant débarqué le 8 Novembre 1942 en Afrique du Nord (opération « Torch »), les autorités Vichystes d’AOF, convaincues par l’amiral Darlan, signèrent le 7 décembre 1942, un accord avec les alliés, qui remit l’empire colonial français dans la guerre en formant « l’Armée d’Afrique » dans laquelle firent merveille les « tirailleurs sénégalais ». Lors de la constitution du Comité Français de la Libération nationale (CFLN), le gouverneur général Boisson démissionnera et sera remplacé le 1er juillet 1943 par le gaulliste Pierre Cournarie.
– Le Richelieu appareilla pour les Etat-Unis où son armement fut modernisé. Il participa au côté des Alliés à la guerre contre l’Allemagne puis, dans le Pacifique, à celle contre les Japonais. Il fut présent à la capitulation japonaise en rade de Singapour.
Le 1er Octobre 1945, il fut de retour à Toulon après 52 mois passés loin de la Métropole. Il participa à la guerre d’Indochine puis fut mis en réserve en août 1959, désarmé en 1967 et démoli en 1968.
« Nous avions reçu un empire ; nous laissons un hexagone » (Colonel Charles Lacheroy)

vendredi 19 octobre 2012

Mais où était (est) passé l’or de la Banque de France ?

En ces temps de crises financières, où l’on voit les monnaies fluctuer au gré de mécanismes et d’évènements inattendus sinon abstrus cet article pour rappeler l’époque à laquelle la valeur des monnaies reposait sur des concepts moins…virtuels. 
Jusqu’à la fin du XXème siècle, la crédibilité des états en matière d’échanges internationaux était proportionnelle à la quantité d’or dont ils disposaient dans leurs coffres afin de garantir le crédit accordé à leurs monnaies et en justifier les taux réciproques.
De ce fait, lors des conflits entre Etats, essayer de s’emparer du « Trésor » de l’ennemi était un exercice largement pratiqué et… souvent rentable ! (Je ne pourrais à ce sujet trop vous conseiller la lecture d’un bouquin de Pierre Péant : « Main basse sur Alger » dans lequel est relatée l’origine de quelques fortunes dont profitent largement aujourd’hui encore quelques « barons de la finance !)
Le dernier conflit européen n’échappa pas à la règle et l’Allemagne tenta aussi de faire « main basse » sur les trésors des pays qu’elle envahissait.
Mais cette stratégie était devenue tellement commune que les pays en guerre prenaient quelques précautions…
Y compris en France : c’est l’objet de l’histoire suivante.
Le 15 juin 1940, alors que la défaite était consommée et l’armistice à peine signé, quatre officiers allemands se présentaient au siège de la Banque de France à Paris pour s’enquérir de la présence des dépôts en or et devises supposés être entreposés dans la « Souterraine », nom donné aux sous-sols de la dite banque. Une visite rapide devait les convaincre que ces sous-sols étaient désespérément vides de toute encaisse de valeur.
Mais où étaient donc passées les 2 700 tonnes d’or réputées gager la monnaie, le « Franc », devant la communauté financière internationale ?
L’affaire ne remonterait-elle pas au conflit précèdent, aux premiers jours de septembre 1914, tandis que quelques détachements de « uhlans » étaient aperçus aux environs de Lagny sur Marne à moins de 50 kilomètres de Paris ? Bien que la victoire de « la Première bataille de la Marne » avait éloigné le péril de voir Paris sous le feu des canons ennemis et le danger d’une invasion de la capitale, nul doute que l’évènement avait suscité chez certains responsables l’idée d’un plan concerté d’évacuation des valeurs entreposées dans les coffres des banques dès les premières menaces d’invasion !
En effet, c’est dans la hâte qu’avaient dû être évacuées en 1914 vers les caches du Massif Central les valeurs détenues dans les coffres de la Banque de France. Toujours est-il que dès 1930 une « Instruction Générale » était élaborée par la Direction de la Sûreté Générale du Ministère de l’Intérieur détaillant « les mesures de sauvegardes à prendre en cas de guerre dans les parties du territoire exposées aux atteintes de l’ennemi. »
Un peu plus tard, en avril 1933, tandis qu’en Allemagne Hitler était nommé chancelier, cette « Instruction » était opportunément transmise au secrétariat général de la Banque de France.
Il s’agissait dans un premier temps d’établir un état des valeurs en or, métaux précieux, devises et titres de garanties détenus par la Banque, aussi bien à Paris que dans les succursales de province, puis dans une seconde phase de désigner les succursales de province, frontalières notamment, les plus exposées aux atteintes d’un envahisseur.
Enfin il restait à établir la liste des établissements de province circonscrits au périmètre « Loire-Rhone-Pyrénées » où seraient repliées les encaisses de la Banque centrale. À la suite de cette instruction, la Direction générale de la Banque devait créer au niveau du secrétariat général une sous-commission de « repliement et d’évacuation ». Les travaux de cette sous-commission la conduisirent à proposer la création d’une deuxième zone d’évacuation dite « zone de sécurité » plus proche des ports de la Manche et de l’Atlantique. C’est ainsi qu’une cinquantaine de succursales ayant pour caractéristique de se trouver à moins de 300 kilomètres d’une côte furent désignées, telles Caen, Saint Malo, Saint Brieuc, Brest, Nantes, Angers, Saumur… mais furent aussi conservés certains comptoirs du centre de la France, comme Moulin, Vichy, Bourges, Limoges… Dans leurs coffres seraient ainsi transférés les pièces et lingots en provenance des comptoirs frontaliers, mais aussi ceux d’établissements supposés être les premiers atteints en cas d’invasion. La sous-commission établissait par ailleurs la liste des itinéraires à emprunter entre établissements pour ces transferts de fonds, désignait les compagnies de transports, fer ou route, à solliciter, allant jusqu’à définir les dimensions d’un modèle standard de caisse destinée au conditionnement des valeurs !
C’est ainsi qu’en 1936, pour l’essentiel, la répartition de l’or sur le territoire était achevée, ces valeurs étant véhiculées principalement par route, mais aussi par chemin de fer, le gros de la manutention s’effectuant par le personnel de la Banque aidé ponctuellement par de la main d’œuvre de sociétés privées sous l’œil protecteur mais vigilant de la gendarmerie.
Cependant, à cette date, la plus importante partie de l’or se trouvait toujours à Paris : 44 milliards en lingots, 8 milliards en pièces d’or, plus de l’argent, du nickel, des billets de banque, le tout représentant plus de 1 500 tonnes !
En 1938, Hitler passait à l’action : Anschluss, Tchécoslovaquie, crise des Sudètes, les menaces de guerre se précisaient, même si les accords de Munich semblaient retarder, un peu, l’embrasement fatal…
À Paris, la situation était jugée suffisamment grave pour justifier l’ordre d’évacuation des valeurs entreposées dans la capitale et c’est ainsi qu’à l’automne, 400 camions et 150 wagons de 5 à 10 tonnes en transportèrent l’essentiel vers les zones dites de sécurité. Seules quelques centaines de tonnes de lingots et pièces furent conservées à la « Souterraine » pour faire face à la panique attendue à la suite de la déclaration de guerre. Dès lors, en septembre 1939 débutaient les premiers « voyages » des valeurs françaises.
Le tout premier fut pour Beyrouth : 8 caisses de billets (2 milliards de francs) pour alimenter les banques de Syrie et Liban alors sous mandat français. Départ de Marseille le 14 septembre sur le torpilleur La Bayonnaise, puis transfert des caisses en rade d’Ajaccio sur le croiseur Émile-Bertin et arrivée à Beyrouth le 21.
Le 13 novembre venant du Massif Central 1 500 caisses d’or étaient chargées à Toulon sur le cuirassé Lorraine et les croiseurs Marseillaise et Jean de Vienne qui, escortés par les torpilleurs Fortuné et Railleuse, puis rejoints en mer par les torpilleurs Lion et Simoun, atteignirent le port d’Halifax le 1er décembre. Il s’agissait de payer le matériel de guerre commandé par la France aux USA, suite à la décision du Président Roosevelt de faire payer comptant les achats de matériel militaire : « cash and carry » !
Un deuxième transport d’or vers Halifax, toujours dans le cadre d’achats d’armements, était organisé au départ de Brest avec les valeurs issues de succursales de l’ouest de la France. Le 9 décembre, 1 500 caisses étaient chargées à bord du croiseur Dunkerque qui quittait la rade le 11 escorté des contre-torpilleurs Mogador, Volga, Triomphant, Terrible, Valmy et du croiseur Gloire, pour accoster aux quais d’Halifax le 17.
Vers la fin de l’année, c’est 60 tonnes d’or qu’il fallut convoyer vers la Turquie dans le cadre d’une aide franco-britannique : condition pour que la Turquie resta bien « neutre » pendant le conflit ? Toujours est-il que cette fois, ce fut au tour du croiseur Tourville, escorté des contre-torpilleurs Vauban et Aigle de charger et de transporter les précieux chargements de Toulon à Beyrouth d’où ils furent acheminés par voie ferrée jusqu’à Ankara.
En mars 1940, 150 tonnes d’or quittaient Toulon via Mers el-Kébir vers Halifax à bord des croiseurs et cuirassés Algérie, Bretagne, Victor-Schoelcher et Colbert toujours pour poursuivre les achats d’armements.
À cette époque, le solde des réserves belges soi 120 tonnes d’or, était acheminé vers la France qui ainsi détenait alors la quasi-totalité des réserves belges, c’est-à-dire environ 250 tonnes d’or qui furent expédiées ultérieurement en Algérie. (Pour mémoire, quelques mois plus tard, le gouvernement Pétain- Laval rajoutera une nouvelle infamie au déshonneur, en « restituant » cet or belge aux Allemands au prétexte que la Belgique était alors « administrée » par l’Allemagne !)
Fin mars, 400 tonnes d’or avaient quitté la France, principalement pour des achats d’armements. Mais le 15 mai, les Allemands avaient franchi la Meuse…
À ce moment, la direction de la Banque de France donna l’ordre d’évacuation générale :  environ 2 500 tonnes de métal précieux étaient concernées !
Le 19 mai, 200 tonnes étaient convoyées à Toulon, chargées sur le porte-avions Béarn direction Halifax, tandis que 200 autres tonnes devaient être chargées à Brest sur les Jeanne-d ’Arc et Émile-Bertin avec mission de se joindre au Béarn au large de Madère. Si à Toulon, loin du front, les acheminements ne posaient pas de problèmes, en Bretagne, tandis que les Allemands étaient déjà à Cambrais les affaires se présentaient plus tendues pour regrouper les caisses venues de Paris et de Morlaix, Vannes, Rennes, Quimper, sur des routes déjà encombrées par les militaires en déroute et les civils en fuite !
Surmontant ces difficultés, tous les convois réussirent cependant à atteindre Brest et leurs chargements, rapidement transférés sur la Jeanne D’Arc et l’Émile- Bertin, prirent le large le 21 mai, cap sur Halifax via Madère où les attendait le Béarn.
Le 2 juin, à Halifax, tandis que le Béarn restait à quai dans l’attente de charger une livraison d’avions « Curtiss » commandés par la France, l’Émile-Bertin, à peine déchargé, appareillait cap sur Brest qu’il atteignait le 9 juin.
Pendant ce temps, en France, la situation militaire se dégradait rendant plus urgente encore la mise à l’abri des « valeurs » !
Cette fois, 210 tonnes d’or rejoignirent les soutes du Pasteur, seul paquebot disponible qui quittait Brest le 2 juin pour arriver à Halifax le 7, devant ensuite charger le 13 juin à New York de l’armement (une centaine de canons de 75) et attendre les ordres…
Entre temps, l’Émile-Bertin, arrivé à Brest le 9 juin, recevait 200 autres tonnes d’or tandis qu’à l’intérieur du pays, les Allemands étaient sur le point de franchir l’Oise ! L’Émile-Bertin fit son entrée dans le port d’Halifax le 18 juin sans se douter que cette date serait retenue par les Français, mais pour d’autres raisons !
À cette date, quatre navires français étaient donc amarrés de l’autre côté de l’Atlantique : l’Émile-Bertin et le Pasteur à Halifax, le Béarn et le Jeanne d’Arc à New York.
Pendant ce temps, dans le sud, 200 tonnes d’or issues des comptoirs de Tulle, Brive, Périgueux, Libourne, Rodez, Villefranche étaient acheminées vers le port du Verdon pour y être chargées, le 30 mai, sur le Ville d’Oran, paquebot armé en « croiseur auxiliaire », cap sur Casablanca. Là, l’or serait chargé sur le navire américain, le Vincennes, pour alimenter le crédit français de la Banque de France à New York.
Au même moment, à Paris, le 30 mai, tandis que ça chauffait dur à Dunkerque, la Direction de la Banque prenait la décision d’évacuer la totalité de son or présent sur le territoire.
Il s’agissait premièrement d’évacuer les 900 tonnes encore en dépôt dans les 60 succursales de l’Ouest : Le Mans, Quimper, Vannes, Redon, Saint-Brieuc, Nantes, Cholet, Cognac, Saint-Lô, Rennes, Niort, Saintes…
Au milieu de la pagaille qui s’était installée du fait de « l’exode » des populations et de la retraite des armées, cahin-caha les convois d’or étaient centralisés vers la casemate du Portzic dans la rade de Brest, juste en face de la Pointe des Espagnols, où les dernières caisses arrivaient des Sables d’Olonne le 14 juin : il était temps !
Déjà les avions allemands survolaient Brest et lâchaient des mines magnétiques dans la rade et le « Goulet »… Trois petits paquebots rapides, les trois « El », El- Mansour, El-Djézaïr et El-Kantara, armés en croiseurs auxiliaires, étaient à quais et devaient se joindre aux Ville d’Alger et Ville d’Oran pour le transport.
Le 17 juin, Pétain lançait son premier message à la nation… (« …Je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat… »), message que l’Amirauté devait ignorer en poursuivant les manœuvres de conditionnements et de chargements de l’or !
Le 18 juin, nouvelles attaques de bombardiers sur Brest ! Tandis que les blindés ennemis étaient déjà à Rennes et fonçaient vers les ports bretons. À cet instant, le 18 à 11 h, il restait encore 400 tonnes d’or à charger : ce qui fut réalisé dans l’affolement plus que dans la hâte : Plus d’escorte de gendarmes, un seul chauffeur par camion, plus d’opérations de comptages, plus d’officiers de marine pour surveiller les opérations…
Enfin, vers 17h45, les dernières caisses étaient arrimées à bord de l’El Kantara : Ouf !
 Cependant que tout ce qui était en état de prendre la mer se pressait devant le Goulet, dont le Richelieu encore à demi armé, la Direction de la Banque voyait avec soulagement les navires transportant son or tracer leurs sillages scintillants dans l’Iroise au soleil couchant…
 Les allemands étaient alors à quelques heures de Brest. La flottille aux caisses d’or croisa alors sur sa route le Victor-Schoelcher venant de Lorient chargé lui aussi d’or… Polonais ! 250 tonnes évacuées à la hâte lors de l’Anschluss avaient, après un périple étonnant, été transportées dans les cales de ce navire ! Tous devaient gagner Dakar le 28 juin, après une escale à Casablanca, laissant sur place un chalutier terre-neuvas, le Clairvoyant, qui avait quitté Lorient quelques jours plus tôt avec une tonne d’or et des valeurs en numéraire. Le Clairvoyant fut rejoint dans le port de Casablanca le 25 juin par le croiseur Primauguet chargé d’une centaine de tonnes provenant de tous les fonds de tiroirs raclés en France avant la mainmise par les Allemands. Les valeurs transportées par ces deux navires furent mises en dépôt dans les coffres de la Banque au Maroc.
Entre temps, l’Émile-Bertin arrivé à Halifax reçut l’ordre de ne pas décharger son or : la nouvelle de l’armistice en France changeait en effet la donne tandis que les relations entre les officiers français et leurs interlocuteurs anglo-saxons devenaient plus tendues. Cependant, après accord entre officiers français et autorités « anglo-canado- américaine », il fut convenu que l’or serait acheminé et stocké à la Martinique jusqu’à la fin du conflit.
De même les trois autres navires, Béarn transportant les avions Curtiss, Jeanne d’Arc et Pasteur chargés d’armements, reçurent l’ordre de l’Amirauté de gagner Fort-de-France : avions et armes qui auraient été si utiles quelques semaines plus tôt devaient rouiller là en attendant la fin de la guerre !
Cependant, à Dakar, commençait à se jouer une partie compliquée entre les représentants de la Banque, et les autorités françaises passées quasiment sous tutelle allemande depuis l’armistice.
Par ailleurs, les Français Libres du général de Gaulle et les anglo-américains suivaient de loin les mouvements de ces caisses d’or convoitées par tous. Le 2 juillet, après l’intervention dévastatrice de la marine anglaise à Mers El-Kébir, la marine française à Dakar fut mise en alerte, et l’ordre fut donné de débarquer en urgence l’or de tous les bateaux.
Ce fut le petit fortin de Thiès, à 70 km de Dakar qui fut d’abord choisi pour entreposer les caisses d’or. Tandis que les opérations de comptages s’effectuèrent au calme, un certain nombre de « manquements » furent constatés, mais plusieurs enquêtes diligentées par les services de la Marine permirent de recouvrer la quasi-totalité des pertes.
Constatant la fragilité du fort de Thiès et sa trop grande proximité avec Dakar, où les français libres du général De Gaulle accompagnés des troupes et navires anglais avaient déjà tentés de débarquer le 22 septembre, il fut décidé que l’or serait évacué vers les coffres de la Banque à Kayès au Soudan français d’alors, ville située sur la ligne de chemin de fer Dakar-Bamako construite au début du XXème siècle.
À l’exception de l’or belge ignominieusement « rendu » aux Allemands ainsi qu’il a été mentionné, pas une seule autre once d’or français ne fut utilisée durant la guerre, mais put à la Libération servir pour la reprise économique du Pays.
Sources : Tristan Gaston-Breton, « Sauvez l’or de la Banque de France ! L’incroyable périple. (1940-1945) », Cherche Midi, 2002.
Fin de l’histoire au travers de laquelle nous avons pu constater avec quelle autonomie et quelle indépendance par rapport au pouvoir central a su manœuvrer « La Banque » pour mettre ses sous à l’abri : mais il vrai que les sous de la Banque de France étaient alors aussi ceux de ses actionnaires…
Mais aujourd’hui il reste-t-il encore un peu d’or dans les coffres de la Banque de France ?
Bien à vous.

dimanche 30 septembre 2012

Juin 1941 : des Français tirent sur des Français

La campagne de Syrie et du Liban, par Nabucco

En 1941, La Syrie et le Liban vivent depuis plus de 20 ans sous mandat français. Dés 1917-1918, la province de Syrie (regroupant à l’époque Syrie, Liban, Palestine, Jordanie) a apporté son aide aux alliés contre l’Empire Ottoman dont elle constitue une des plus riches provinces. Cependant, le rêve d’un Grand Orient indépendant est rapidement douché par la Conférence de San Remo et le Traité de Sèvres qui, en 1920, entérinent la dissolution de l’éphémère Royaume Arabe de Syrie et consacrent la présence française.
Les troupes françaises du Levant mettront sept ans ans (révolte de 1920-1923 et 1925-1927) pour pacifier le pays. Particulièrement le Nord où subsiste une forte hostilité des Alaouites et des Druzes. A partir de 1927, à défaut de souveraineté, la région se développe et se modernise (électrification, tramway, routes, écoles, agriculture moderne). Un début de libéralisation politique voit timidement le jour. En 1936, la France envisage d’accorder l’indépendance à la Syrie dans un délai de cinq ans. Néanmoins ce projet est définitivement enterré par le Parlement Français en 1938. Pour les puissances coloniales, à l’approche de la Seconde Guerre Mondiale, l’heure est au statu quo frileux, loin des grands bouleversements émancipateurs.
En 1939, nouveau camouflet pour les nationalistes arabes Syriens. Les Français désireux d’obtenir les bonnes grâces de la Turquie, cèdent à l’état kémaliste le sandjak d’Alexandrette, une petite province au Nord-Ouest de la Syrie où vit une minorité turque importante. Il s’agit de ménager la Turquie afin de conserver sa neutralité, voire de s’en faire une alliée contre l’Allemagne avec qui la guerre paraît imminente. Cette perte, considérée comme une annexion par les Syriens est encore, de nos jours, un sujet de querelle entre Turcs et Syriens.
Juin 1940. L’armée Française est défaite en six semaines par la Wehrmacht. Le Parlement Français vote à 88 % les pleins pouvoirs au Maréchal Philippe Pétain. Le 18 juin, un obscur général de brigade à titre temporaire nommé Charles de Gaulle lance un appel à la Résistance depuis la Radio de Londres. En juillet, à Vichy, dans la zone demeurée libre de l’occupant allemand, s’installe le gouvernement de l’État Français. Les forces militaires en métropole sont réduites à 100 000 hommes, sans aviation. La Marine de Guerre est neutralisée dans les ports de Toulon et Bizerte en Tunisie. L’escadre Française qui mouillait dans la rade de Mers el-Kebir en Algérie est bloquée, puis détruite par les Anglais le 3 juillet 1940 (1 300 morts, deux cuirassés, un croiseur et un contre-torpilleur mis hors de combat). Dans ce contexte, l’Armée du Levant (45 000 hommes, 120 canons, 90 chars et 289 appareils) constitue un enjeu stratégique en Méditerranée Orientale.

Troupes de l’Armée du Levant 1941.
Mai 1941. L’Irak, sous mandat britannique s’insurge et fait appel aux forces germano-italiennes pour combattre les Anglais (voir article précédent : Irak : d’une guerre l’autre http://www.egaliteetreconciliation..... Les Allemands négocient avec le gouvernement de Vichy le protocole de Paris (28 mai 1941). En échange d’un hypothétique allègement des conditions d’armistice, les Français accordent des facilités aux Allemands et à leurs alliés italiens en Méditerranée Orientale. Les Allemands et les Italiens sont autorisés à faire escale dans les aérodromes Syriens avant de rejoindre l’Irak en guerre contre les Britanniques (120 appareils de l’Axe transiteront pas la Syrie en mai 1941). Par ailleurs, une partie des armes stockées au Levant est livrée par les Français aux Irakiens. La Turquie autorise le transite de deux convois ferroviaires sur son territoire. Ce matériel obsolète, livré en renâclant, arrivera trop tard pour empêcher l’écrasement de la rébellion Irakienne par les Anglais. Le 12 mai 1941, en représailles, l’aviation britannique bombarde les aérodromes de Syrie.
Juin 1941. La conduite de la guerre en Syrie oppose les Britanniques aux Français Libres du général de Gaulle. Ces derniers veulent pénétrer en Syrie avec une petite force symbolique aux couleurs françaises dans le but de rallier les 45 000 hommes de l’Armée du Levant. L’idée n’est pas saugrenue, d’autant plus que les soldats Français ont été très perturbés par le transit vers l’Irak des appareils de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica italienne via les aérodromes syriens. Un an après le pire désastre de l’histoire de France, les cœurs ne sont pas apaisés. Le désir d’en découdre couve toujours sous la botte allemande. Mais il y a la manière. Les Britanniques en décident autrement. Ils veulent, une entrée en force. Une opération commune sous commandement britannique est décidée fin mai 1941. Désormais, on ne parlera plus de Français, mais de Gaullistes et de Vichystes.
7 juin 1941. Dans la nuit, les Britanniques déclenchent l’opération Exporter. Une force de 20 000 hommes attaque l’Armée Française du Levant forte de presque 40 000 militaires. Les Anglais qui s’attendaient à une randonnée de ’’Scouting for boys’’* sont confrontés à une résistance opiniâtre qui va durer cinq semaines. Les Français demeurés fidèles à ce qui leur semble le seul gouvernement national légitime suivent les ordres de Vichy et ne comprennent pas cet assaut. Du reste, plus aucun appareil allemand ou italien ne transite par la Syrie. Par ailleurs, l’intervention des Forces Françaises Libres de De Gaulle aux côtés des Britanniques apparaît comme un coup de poignard dans le dos.
L’opération Exporter est très académique dans sa conception et s’articule sur quatre axes. A l’extrême nord, les 17ème et 20ème Brigades d’infanterie Indienne sont chargées de cheminer au sud de la voie ferrée turque qui longe la frontière syrienne. Le but, malgré la faiblesse des moyens mis en œuvre, est important : interdire l’approvisionnement des troupes du Levant par la Turquie. Au centre, la 10ème division d’infanterie Indienne doit progresser sur la rive sud de l’Euphrate vers Alep la capitale du Nord. Plus au Sud, la Habforce (Légion Arabe et 4ème brigade de cavalerie Britannique) est chargée de se diriger, en plein désert, vers Palmyre et le terminal pétrolier de Tripoli au Liban. Enfin, à l’extrême Sud, le long de la côte libanaise et vers Damas, ont lieu, les attaques les plus importantes. Elles sont menées par la 7ème division australienne (moins sa 18ème Brigade qui se bat à Tobrouk en Lybie), deux brigades françaises libres (les 1ère et 2ème BFL de la 1ère Division Française Libre) et la 5ème Brigade indienne. La Royal Navy est chargée d’appuyer les troupes avec son artillerie de marine.

Durant une semaine, les attaques Britanniques marquent le pas et se heurtent à une résistance farouche de l’Armée du Levant. L’attaque frontale depuis le Nord de la Palestine est un échec. Il n’existe qu’une seule route côtière dominée par les Monts du Liban qui culmine à 3 000 mètres d’altitude. Un cadeau pour la défense qui fait des ravages parmi les troupes franco-australiennes. En parallèle, la percée vers Damas s’immobilise pour les mêmes raisons (relief escarpé). L’attaque de la Habforce progresse aisément dans le désert pour finir par stagner à l’approche des premiers contreforts des monts de l’anti-Liban, avant la vallée de la Bekaa. Globalement, il s’agit d’un échec pour cette première manche. Le général Wavell doit repenser son plan de bataille et d’abord recevoir des renforts.

Artillerie française de l’armée du Levant pendant les combats.
13 juin 1941. Deux Brigades de la 6ème division d’infanterie Britannique viennent renforcer le front au Sud de Damas. La Royal Air Force est renforcée par des prélèvements sur les forces positionnées en Egypte et en Irak. L’attaque Britannique reprend lentement. Sur le littoral, malgré la prise de Saïda, les progrès des franco-australiens sont très lents. Au Centre, la Habforce assiège la ville de Palmyre. Le 21 juin, Damas en Syrie tombe sous la pression des Britanniques, des Indiens et des Français libres.

Troupes Britanniques après la reddition de Palmyre le 3 juillet 1941.
A partir du 23 juin, la résistance des troupes françaises du Levant commence à donner des signes de faiblesse. A cette date, la Syrie est sous la pression d’un blocus naval et terrestre presque complet. Les unités françaises de l’Armée du Levant doivent se battre sans renfort et subissent une forte attrition. Les troupes du Commonwealth sont désormais plus nombreuses, mieux rafraîchies. Elles dominent la mer et les airs. Le 3 juillet 1941, Palmyre tombe. La 10ème division Indienne qui progresse le long de l’Euphrate s’approche dangereusement du centre de la Syrie, tandis que le 8 juillet les défenses françaises au sud de Beyrouth commencent à lâcher menaçant la capitale du Levant.
12 juillet 1941. Le Général Dentz, gouverneur de la province du Levant, après accord des autorités de Vichy, demande un cessez-le-feu et autorise la négociation d’un armistice. Celui-ci est signé, à Saint-Jean-d’Acre entre les Britanniques et les autorités de la Syrie mandataire le 14 juillet 1941. Les forces alliées ont perdu 4 000 hommes. Les Français de l’Armée du Levant dénombrent 6 000 victimes dont 1 000 tués, 37 000 d’entre eux sont faits prisonniers. Moins de 6 000 décideront de rallier la France Libre, les autres sont désarmés et renvoyés en France en août-septembre 1941.

Le Général Wilson signe la Convention de Saint Jean d’Acre en présence des délégués de Vichy.
Même si le pouvoir virtuel est détenu par les français libres, ceux-doivent compter sur la présence militaire amicale des Britanniques qui favorisent en sous-main les indépendantistes libanais et syriens. Les élections législatives de l’été 1943 portent au pouvoir les nationalistes syriens et libanais. Les gaullistes qui étaient intervenus en juin 1941 à la fois contre les forces de l’Axe, mais aussi les velléités hégémoniques britanniques doivent progressivement passer la main. Fin 1943 et début 1944, le Liban et la Syrie obtiennent leur indépendance. Au printemps 1945, Damas se soulève contre les derniers éléments militaires français qui y tiennent garnison. Un an plus tard, le 17 avril 1946, les dernières troupes françaises quittent le pays.
La campagne de Syrie-Liban s’inscrit dans la lutte entre les Britanniques et les forces de l’Axe germano-italien pour le contrôle de la Méditerranée Orientale et l’accès aux formidables réserves de pétrole du Moyen-Orient. En ce sens, cette bataille est le prolongement de la guerre d’Irak qui se déroula un mois auparavant (mai 1941). Le conflit qui oppose les Français de l’Armée du Levant aux Britanniques alliés aux forces françaises libres, bien que périphérique, revêt une grande importance stratégique pour l’effort de guerre allié.
En juin 1941, les Allemands mènent le siège du port de Tobrouk en Lybie, à quelques pas de la frontière égyptienne. Le 22 juin 1941, la Wehrmacht envahit l’URSS. La plupart des observateurs de l’époque ne donnent que quelques semaines de survie à l’Armée Rouge. Les Britanniques qui ont déchiffré les codes cryptés de la Wehrmacht (machine enigma) sont au courant depuis plusieurs semaines des projets d’Hitler concernant la Russie. A juste titre, ils craignent une poussée combinée de l’Afrika Korps vers le Proche Orient et de l’Ostheer, l’armée allemande en Russie, vers le Caucase et le Moyen-Orient. En ce sens, la présence d’une force de 40 000 français en Syrie et au Liban apparaît comme une menace pour les Britanniques qui se méfient de la neutralité du gouvernement de Vichy.
Par ailleurs, il ne sert à rien aux Britanniques de contrôler les champs pétroliers de Mossoul en Irak si la côte libano-syrienne n’est pas sécurisée. Les terminaux pétroliers des oléoducs se situent tous sur la côte méditerranéenne, l’un à Tripoli au Liban, l’autre à Haïfa en Palestine, à quelques kilomètres de la frontière libanaise. En mai 1941, les Irakiens coupent le pipeline reliant Kirkouk en Irak à Haïfa et redirigent le flux de pétrole vers le Liban vichyste au profit exclusif de l’axe germano-italien. Cette mesure de rétorsion est ressentie comme un casus belli par les Anglais qui décident alors de régler leur compte d’abord aux Irakiens, ensuite aux Français de l’Armée du Levant.
En ce qui concerne les Français, cette campagne est un épisode pénible de leur histoire. D’un côté, fidèle à une vieille tradition bourgeoise de compromission des élites , le gouvernement de Vichy, traîne des pieds, louvoie, ménage la chèvre et le chou, l’anglais et l’Allemand, pour finalement, perdre la chemise et le pantalon au profit de ses faux-amis ou de ses vrais ennemis. Cette vraie-fausse neutralité durera jusqu’en 1944 et l’arrivée des troupes alliées. Pour les gaullistes, le choix de l’alliance avec les Britanniques est net, même s’il n’est pas exempt d’arrière pensées. Les intérêts des Britanniques et de leur empire ne sont pas vraiment les mêmes que ceux des Français et le rapport de force est en défaveur de ces derniers. Dans ces conditions, à plusieurs reprises durant la Seconde Guerre Mondiale, on aura le sentiment d’assister à un marché de dupes.
La campagne de Syrie-Liban ne clôt pas la série des interventions Britanniques. Ceux-ci ont en juin sécurisé leur flanc sud en Syrie. Seule, au Nord-est, l’Iran demeure neutre, même si ses amitiés vont plutôt vers l’Axe par anglophobie. Le dernier acte de ce conflit périphérique se jouera dans ce pays en août et septembre 1941.
* Scouting for Boy : « Éclaireurs » est un ouvrage écrit par Robert Baden-Powell sur les fondements du scoutisme.
http://www.egaliteetreconciliation.fr

vendredi 22 juillet 2011

3 juillet 1940 agression britannique sur Mers-el-Kébir

« Le souvenir de ces morts dérange tout le monde parce que l'événement échappe à la logique. Il est à part des tragédies de la guerre. Personne n'a intérêt à ce que l'on en parle trop » (Amiral Marcel Gensoul)
Mers El-Kébir… le « Grand Port », mot composé arabe, évoque la mer que ce lieu géographique essaie d'étreindre dans la tenaille largement ouverte de sa rade, et l'installation portuaire que la France de la seconde moitié du XXe siècle y a créée…
Tour à tour port de pirates, centre de transit commercial et base navale, elle a offert une physionomie différente à chaque nouveau contact de populations, à travers les vicissitudes d'une histoire bimillénaire. Ce mouillage est à 200 kilomètres des ports ibériques de Carthagène et d'Alméria, du port rifain de Mélilla, à une distance à peu près double du Détroit de Gibraltar, passage obligatoire de la Méditerranée à l'Atlantique ou du Moyen Orient à l'Occident européen.
Mieux abrité que Gibraltar, le port possède une des rades les plus belles et les plus sûres de l'Algérie. Le site profite enfin dé la proximité de l'agglomération urbaine d'Oran, créée au début du Xe siècle.
Le but de la base navale est, non seulement de compléter la défense des côtes algériennes, de maintenir l'intégrité du territoire français, mais aussi d'assurer la liberté des communications et d'organiser notre présence dans la Méditerranée occidentale, en cas de conflit, face à une Italie hostile (en 1939) et à une Espagne d'une neutralité bienveillante envers les pays de l'Axe Berlin-Rome.
L'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 consacre l'échec de nos armées sur terre ; notre flotte, une des plus puissantes qui n'avait pas été vaincue, est libre. Ni l'amiral Darlan ni le général Weygand n'avaient l'intention « ..de livrer à l'ennemi une unité quelconque de notre flotte de guerre » et De Gaulle le dira, le 16 juin à Churchill en ces termes « La flotte ne sera jamais livrée, d'ailleurs, c'est le fief de Darlan ; un féodal ne livre pas son fief. Pétain lui-même n'y consentirait pas ».
Les Anglais, de leur côté, désiraient que notre flotte, riche en unités lourdes et légères, se rendît dans leurs ports. Elle aurait pu le faire, le 16 juin 1940, mais personne ne lui en donna l'ordre et la Marine reçut l'assurance, « qu'en aucun cas, la flotte ne serait livrée intacte », mais qu'elle se replierait probablement en Afrique ou serait coulée précise l'Amiral Darlan. Hitler ne demandait pas livraison de notre flotte (le projet d'armistice ne le prévoyant d'ailleurs pas), pas plus que de nos colonies, sachant qu'il n'était pas dans les intentions de la France d'accepter de telles exigences.
Les 18 et 19 juin furent sabordées ou détruites des unités en construction à Cherbourg, celles en réparations à Brest, Lorient, La Pallice et au Verdon. Les bâtiments capables de prendre la mer appareillèrent partie pour Plymouth, partie pour Casablanca, même le cuirassé Jean Bart inachevé.
UN CRIME SANS EXCUSE
Le 27 juin, Churchill, en dépit des assurances données par le gouvernement Français, décida, dans le plus grand secret, de mettre « hors d'état de nuire » la marine française. Cette opération aura pour nom Catapult.
Le 30 juin, dans un accès de colère, l'amiral North s'adresse à l'amiral Somerville :
Qui a eu cette fichue idée (opération Catapult) ?
Churchill ! répondit Somerville
No Catapult but Boomerang ! Cette opération nous met en danger, répliqua North. Winnie (Churchill) est fou ! Je vois ce qu'il veut mais c'est une solution criminelle.
Les bâtiments de la Méditerranée, le 3 juillet 1940, sont amarrés le long de la jetée de Kébir, d'Est en Ouest : le transport Commandant Teste, les cuirassés Bretagne et Provence, les croiseurs Strasbourg et Dunkerque. Leur font vis-à-vis, dans le fond ouest de la baie, six contre-torpilleurs : Mogador, Volta, Tigre, Lynx, Terrible, Kersaine… les fleurons de la flotte française. Au mât du Dunkerque flotte la marque de l'Amiral Gensoul, commandant en chef… La démobilisation doit commencer dans quelques jours, les équipages se préparent à aller en promenade pour se distraire à terre.
L'amiral Gensoul réaffirma au parlementaire britannique que les craintes de voir les bâtiments français tomber aux mains des Allemands et des Italiens étaient injustifiées : « La marine française n'a pas l'habitude de manquer à sa parole ! », s'exclama-t-il.
Plus tard, il affirmera qu'il ne pouvait accepter un ultimatum se terminant par : « ou vous coulez vos bateaux ou je vous coule. C'est exactement : la bourse ou la vie… quelquefois, on donne sa bourse pour sauver sa vie. Dans la Marine, nous n'avons pas cette habitude-là ». Servitude et grandeur militaires !
Ainsi, nos bâtiments, contre la force, se défendraient par la force.
Au moment où l'officier britannique sortait de la rade, le commandant de la flotte anglaise signalait : « Si les propositions britanniques ne sont pas acceptées, il faut que je coule vos bâtiments. »
Les bateaux français, aux feux éteints, disposés pour un désarmement rapide, reçoivent l'ordre à 7h55 : « Prendre dispositions de combat », puis à 9h10 : « Flotte anglaise étant venue nous proposer ultimatum inacceptable, soyez prêts à répondre à la force par la force ».
En effet, le 3 juillet 1940, vers 10h, l'Amiral anglais Somerville adresse un ultimatum aux unités de la flotte française : « Coulez vos bâtiments de guerre dans un délai de 6 heures, ou nous vous y contraindrons par la force. »
Après un conseil tenu par l'Amiral Jarry, commandant la Marine à Oran, le général de Saint-Maurice et le Préfet Boujard, celui-ci informe la population, par un communiqué affiché à 13h30, « qu'une alerte réelle pourrait avoir lieu l'après-midi, l'invite à se réfugier dans les abris, tranchées, etc…, renvoie les élèves dans leur famille ». Les consulats anglais du département sont gardés et surveillés, pour parer à toute manifestation. Les services de défense passive, l'hôpital, les services sanitaires, la Croix-Rouge et la police sont alertés. La dispersion des habitants de Mers El-Kébir est décidée, seul le Maire, les conseillers municipaux, les fonctionnaires et ouvriers de la Centrale et des travaux portuaires restent à leur poste.
Dès 14h, heure approximative de l'expiration de l'ultimatum, les avions de l'Ark Royal volant sur l'eau déposent des mines magnétiques, à l'entrée du port et de la rade de Mers El-Kébir. L'escadre française est pratiquement bloquée (Churchill l'a reconnu). L'Amiral Gensoul cherche à gagner du temps pour permettre aux batteries côtières, aux avions de la Sénia (aéroport situé à la périphérie d'Oran), aux unités de la Flotte, de se réarmer pour le combat et aussi de laisser à nos alliés d'hier le temps de réfléchir à la portée de leur ultimatum. L'amiral anglais répond à une demande de cesser le feu qu'il ne l'arrêtera « que quand toute la flotte française sera coulée ».
LA HAINE DE NOS ALLIÉS
À 16h56, la flotte anglaise commence le feu. Abritée derrière l'éperon rocheux du fort de Mers El-Kébir, elle tire à cadence accélérée sur nos bâtiments qui cherchent à sortir de la rade. Les consignes s'exécutent partout avec ordre, à Oran comme à Kébir. Après 12 ou 15 minutes de « tir au gîte », les batteries côtières du Santon et de Canastel répondent au feu des Anglais ; le Strasbourg sort des passes. Le bilan s'établit ainsi : le croiseur Bretagne, atteint, explose, coule en sept minutes et disparaît sous l'eau : 150 hommes seulement sur 1 300 fuient la mort, soit à la nage, soit en chaloupes. Le croiseur Dunkerque, n'ayant pu prendre la mer, à cause d'une avarie à son gouvernail, reçoit un obus qui tue 150 marins, plus de 100 mécaniciens et chauffeurs, 2 ingénieurs… Le bâtiment est hors de combat. Le croiseur Provence, touché, peut par ses propres moyens, aller s'échouer sur la côte de Kébir : il y a 4 morts. Le contre-torpilleur Mogador X61, incendié par l'arrière, s'échoue et compte 14 morts. Le Rigaut de Genouilli est atteint, seul le Commandant Teste, non cuirassé, amarré à la jetée en construction, est intact. Le Strasbourg fonce vers la haute mer, part vers Alger, puis Toulon.
Les clauses de l'armistice ont été scrupuleusement observées, et dans le délai qui avait été fixé. Sur nos bâtiments, les culasses des pièces ont été démontées ; il en a été de même dans les batteries de côtes et de D.C.A. Dans les hangars d'aviation, les mesures de démobilisation ont été prises ; on a vidé les réservoirs de leur essence, démonté les canons des chasseurs et les mitrailleuses de tous les appareils ; les munitions ont été rassemblées et mises en dépôt.
Vers 7 heures du matin, un torpilleur anglais, le Foxhound, se présente devant Mers El-Kébir. Un premier message annonce qu'il a à son bord un officier britannique, chargé d'apporter au commandant en chef de la flotte de l'Atlantique une communication de la plus haute importance. Mais une véritable force navale l'accompagne : le Hood, bâtiment de 42 000 tonnes, le plus grand cuirassé du monde, armé de pièces de 380 ; le Vaillant, la Résolution, armés également de pièces de 380 ; l'Ark-Royal, le plus rapide des porte-avions anglais, tous escortés de bâtiments légers et de torpilleurs.
Sur les bâtiments français, l'arrivée inattendue de cette imposante armada provoque de l'étonnement, qui sera bientôt de la stupeur. Un officier d'état-major français est envoyé par l'amiral Gensoul à la rencontre de l'officier britannique, le commandant Holland. Celui-ci est porteur d'un document qu'on peut résumer ainsi :
« La flotte de l'Atlantique est invitée à rallier la flotte britannique, ou à défaut, un port de l'Amérique, avec équipages réduits. En cas de refus de cette offre, elle devra se saborder, sinon, par ordre du gouvernement de Sa Majesté, la flotte britannique usera de la force. »
Et partout ces mêmes visions apocalyptiques ; parmi les carcasses d'acier éventrées, calcinées, retentissaient les cris déchirants de centaines et de centaines de marins agonisants, mutilés, brûlés ou suffoquant au milieu d'une fumée âcre et d'un mazout noirâtre qui étouffent leurs dernières plaintes.
Aussitôt les secours s'organisent. Le Maire de Mers El-Kébir, M. Boluix-Basset, les pêcheurs, gendarmes, pompiers, marins rescapés et la population aident au sauvetage des hommes des bâtiments atteints, jetés à l'eau valides ou blessés. Une chapelle ardente est installée dans la salle du cinéma de Kébir. Les obsèques des 1 380 marins - assassinés - ont lieu le 5 juillet, au cimetière de Mers El-Kébir, en présence du Maire, du Préfet et de l'Amiral Gensoul qui s'adressera une dernière fois à ses hommes en ces termes : « Vous aviez promis d'obéir à vos chefs, pour tout ce qu'ils vous commanderaient pour l'Honneur du Pavillon et la grandeur des armes de la France. Si, aujourd'hui, il y a une tache sur un pavillon, ce n'est certainement pas sur le nôtre. »
Le drame n'est pas terminé pour autant. La haine ancestrale de nos “alliés” allait se concrétiser ce 6 juillet 1940. À 6h30, par trois fois en vagues successives, des avions britanniques survolent la rade, à basse altitude, déposent des mines magnétiques entre le Dunkerque et la passe, prennent le navire comme cible. Torpilles et bombes atteignent le bâtiment qui s'enfonce et échoue sur le fond, en donnant de la bande. Les trois chalutiers ou remorqueurs, coopérant à l'évacuation des morts du 3 juillet, sont coulés à leur tour. La D.C.A côtière, les batteries du Santon, Bel Horizon et Lamoune, les mitrailleuses installées sur la côte, au stade de la Marsa et à l'usine électrique répondent. Le drame, c'est que cette attaque fera encore 205 tués et 250 blessés atteints gravement. Au total, la marine française déplore plus de 1 927 morts ou disparus et plusieurs centaines de blessés dont la plupart gravement brûlés. Deux avions anglais sont abattus.
Ce qui est horrible, c'est que les marins anglais ont tué en une semaine plus de marins français que la Flotte allemande pendant toute la seconde guerre mondiale. Nous ne sommes pas loin des 2 403 morts du drame de Pearl Harbor, l'un des grands événements de cette guerre puisqu'il décida de l'entrée en guerre des États-Unis d'Amérique. Mais les Japonais étaient leurs ennemis, les Anglais étaient nos alliés. C'est là un crime inqualifiable… impardonnable.
Le 8 juillet, De Gaulle, parlant au micro de la BBC, déclare :
« En vertu d'un engagement déshonorant, le gouvernement qui fut à Bordeaux avait consenti à livrer nos navires à la discrétion de l'ennemi… J'aime mieux savoir le “Dunkerque” notre beau, notre cher, notre puissant “Dunkerque” échoué devant Mers El-Kébir, que de le voir un jour, monté par les Allemands, bombarder les ports anglais, ou bien Alger, Casablanca, Dakar. »… et pas le moindre mot de compassion envers les victimes de cette tragédie.
Pour la première fois se trouvait ainsi affirmée, dans la bouche même d'un général français, une contre vérité : Alger, Casablanca, Dakar, donc les clés de l'Empire, allaient être utilisées contre les alliés britanniques. Et comme il vouait une haine viscérale à « l'Empire » qu'il considérait comme “Pétainiste” et qu'il fallait absolument mettre au pas pour la réalisation future de ses desseins, il donna à la flotte britannique, le 23 septembre 1940, la consigne de bombarder Dakar. Ce fut l'échec. L'insuccès des Britanniques fit comprendre aux uns et aux autres qu'il était vain de vouloir détacher l'Empire français de la Métropole et que la poursuite des attaques servirait de prétexte à une intervention allemande.
UNE DECISION INHUMAINE
Dans ses mémoires, Churchill n'a pas caché son embarras. Il a comparé Mers El-Kébir à une tragédie grecque : « Ce fut une décision odieuse, la plus inhumaine de toutes celles que j'ai eues à partager », écrivit-il.
Les historiens, les politiques, les “moralistes” et les censeurs qui ont eu à juger des hommes, des gouvernants, et à écrire l'Histoire, ont dédaigné de prendre en considération le traumatisme dévastateur que cet événement tragique avait produit dans les esprits…
Mers El-Kébir explique en grande partie l'attitude de bon nombre de nos gouvernants de Vichy durant le conflit, comme elle explique aussi celle des autorités civiles et militaires d'Algérie en 1942-1943 et d'une population acquise au Maréchal Pétain mais volontaire pour poursuivre la lutte avec Darlan et Giraud contre les puissances de l'Axe.
L'Afrique du Nord, malgré son traumatisme, accepta de rentrer en guerre en 1942 et sera, avec son « armée d'Afrique », l'une des composantes de la victoire finale. Elle conservera, néanmoins, son hostilité à De Gaulle, que ce dernier, devenu président du Comité de la Libération devait justifier. Il se souviendra toujours de ce sentiment d'inimitié à son égard et, dès 1958, remis au Pouvoir par ceux-là mêmes qui l'avaient blâmé, leur fera supporter amèrement le poids de sa rancune.
Ces morts Français, bannis de la mémoire nationale, auraient pu reposer en paix. Or, le 5 juillet 2005, jour anniversaire d'une autre tragédie (Le massacre de plus de trois mille Européens, le 5 juillet 1962 à Oran), le cimetière de Mers El-Kébir fut saccagé sans qu'aucune autorité gouvernementale française, aucun média, aucune association humanitaire et “antiraciste”, n'élevât la moindre protestation, préférant s'humilier à “commémorer” la “répression” (beaucoup plus commerciale) de Sétif par l'armée française en 1945.
Aujourd'hui encore, le souvenir de cette lâche agression britannique contre une flotte au mouillage et désarmée demeure vivace dans la Marine et, paraphrasant Talleyrand, on peut affirmer que « Mers El-Kébir a été pire qu'un crime, une faute ».
Quant aux survivants de cette tragédie qui défilèrent devant les cercueils de leurs camarades, ils ont conservé depuis ce visage dur des hommes qui n'oublient pas.
José CASTANO, < joseph.castano0508@orange.fr >. RIVAROL 24 JUIN 2011
N.B : Le 24 mai 1941, au large de l'Islande, le cuirassé Bismarck coula le Hood. Trois jours plus tard, le 27 mai 1941, il fut attaqué au large de Brest et sombra à son tour sous les coups d'une armada britannique.

jeudi 9 septembre 2010

Le jour où la France faillit devenir anglaise

Monde et Vie a évoqué, dans son numéro 829, les conditions dans lesquelles fut décidée la demande d'armistice de juin 1940. Nous revenons aujourd'hui sur un épisode mal connu de ces journées tragiques : le projet de fusion franco-britannique que proposa alors Winston Churchill au président du Conseil français Paul Reynaud, par l'intermédiaire du général De Gaulle.

Dans son discours du 18 jnin 2010, Nicolas Sarkozy fit allusion à ce projet pour saluer en quelque sorte la naissance de l'idée européiste - non sans quelque raison puisqu'à en croire Me Jacques Isorni (1) cette idée fut soufflée au Premier ministre britannique par l'un des futurs « pères de l'Europe », Jean Monnet.

Les enregistrements, réalisés par la marine·, des conversations téléphoniques passées pendant les journées décisives du 15 au 17 juin, permettent de suivre la progression de cette démarche. C'est De Gaulle, déjà à Londres, qui en parle le premier à Reynaud, chef du gouvernement alors réfugié à Bordeaux, au cours d'un échange daté du 15 juin à 12h30 : « Je viens de voir Churchill, dit-il. Il y a quelque chose d'énorme en préparation au point de vue entité entre les deux pays. Churchill propose la constitution d'un gouvernement unique franco-britannique, et vous, M. le Président, pouvez être président du cabinet de guerre franco-britannique ? » « C'est la seule solution d'avenir, répond Reynaud. Mais il faut faire grand et très vite. C'est une question de minutes. Il y a de l'agitation ici. Je vous donne une demi-heure. Ce serait magnifique.»

Une demi-heure plus tard, nouvel appel de De Gaulle, auquel il est répondu que Reynaud est au Conseil. « Je voulais lui parler d'un événement énorme, répète le futur chef de la France libre. Le conseil des ministres anglais est en séance, préparant le texte d'une déclaration faisant des deux pays une nation commune. Je vais déjeuner avec Churchill et rappellerai aussitôt. Vous pouvez lui dire à l'oreille qu'il peut devenir président du cabinet de guerre franco-britannique. »(2)

Le lendemain 16 juin, à 16 heures, De Gaulle rappelle et annonce à Reynaud « une déclaration sensationnelle » .

- Oui, après 5 heures (de l'après-midi, ndlr), il sera trop tard, répond le président du Conseil. - Je vais tâcher de vous l'apporter de suite par avion, propose De Gaulle.

- Oui, mais ce sera trop tard. La situation s'est beaucoup aggravée depuis tout à l'heure. Il y a eu des événements imprévus.

Une déclaration « sensationnelle »

À 16 h 30, De Gaulle téléphone au président du Conseille texte de ladite déclaration, sensationnelle en effet :

« A l'heure du péril où se décide la destinée du monde moderne, le gouvernement de la République française et celui du Royaume-Uni, dans l'inébranlable résolution de défendre la liberté contre l'asservissement au régime qui réduit l'homme à un automate ou à un esclave, déclarent que désormais la France et la Grande-Bretagne ne sont plus deux nations mais une nation franco-britannique indissoluble. Une constitution de l'Union sera rédigée, prévoyant des organes communs chargés de la politique économique et financière et de la défense de l'Union.

« Chaque citoyen anglais devient citoyen français. Chaque sujet français devient sujet anglais. Les dévastations de la guerre, où qu'elles aient lieu, seront sous la responsabilité commune des deux pays, et les ressources de chacun seront confondues pour la restauration des régions détruites pendant la guerre. Il n'y aura qu'un cabinet de guerre pour la direction de la guerre, qui gouvernera de l'endroit qui sera jugé le plus approprié à la conduite des opérations.

« Les deux parlements seront associés. Toutes les forces de la Grande-Bretagne et de la France seront placées demain sous un commandement suprême. La Grande-Bretagne forme de nouvelles armées ; la France maintiendra ses forces disponibles sur terre, sur mer et dans les airs. L'Union fait appel aux États-Unis pour fortifier les ressources des Alliés et pour apporter leur puissante aide matérielle à la cause commune. Cette unité, cette union concentreront toutes les énergies contre la puissance de l'ennemi où que soit la bataille, et ainsi nous vaincrons. »

« Aux États-Unis, on se demande si vous allez être l'homme de la guerre ou si vous allez faire comme la reine Wilhelmine ou comme Léopold, poursuit De Gaulle après cette lecture. Si vous êtes celui qui se débine pour que les autres capitulent. Mais l'atmosphère de Bordeaux n'est pas celle de l'Europe ni même celle de la France. »

Raisons inavouables de la générosité anglaise

Ni celle de Londres, assurément… Ce même 16 juin, Paul Reynaud démissionne en conseillant au président Albert Lebrun de faire appel au maréchal Pétain, qui adresse aux Allemands une demande d'armistice le 17 juin.

Ni De Gaulle, ni Reynaud ne semblent s'être demandé ce que cachait cette soudaine générosité anglaise, rompant avec l'attitude des Anglais, qui s'étaient gardés au cours des semaines précédentes d'engager pleinement leurs forces, et particulièrement leur aviation, aux côtés de leurs alliés. À Dunkerque, n'avaient-ils pas embarqué prioritairement leurs soldats tandis que les Français défendaient la ville ?(3)

Comment expliquer alors cette soudaine solidarité des Britanniques ? Sans doute par le désir de voir les Français continuer le combat jusqu'à la dernière limite afin de leur permettre de gagner du temps; mais surtout par la crainte que la puissante flotte française ne tombe aux mains des Allemands. L'union aurait permis de contrôler les navires français … L'affaire étant ratée et les Français ayant demandé l'armistice, Churchill trouve une autre solution : le 3 juillet, au lever du jour, les forces anglaises s'emparent par traîtrise des navires français réfugiés dans les ports britanniques de Porsmouth et de Plymouth, et procèdent de même à Alexandrie. Pis : le même jour, une flotte anglaise surprend et bombarde en rade de Mers-el-Kébir les navires français qui ne se méfient pas de leurs alliés d'hier, tuant plus de 1200 marins. Rule, Britannia ! L'Angleterre n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts. Il

Eric Letty monde et vie. 28 août 2010

(1) Jacques lsorni, in Pour en finir sur l'armistice de 40, article publié par Écrits de Paris, numéro d'octobre 1966, L'avocat du maréchal Pétain y a publié les textes des communications téléphoniques citées dans notre article.

(2) La répétition de cette précision montre en quelle estime De Gaulle tenait Reynaud …

(3) Selon Churchill lui-même, sur 165 000 hommes évacués à la date du 31 mai, on ne comptait que 15 000 Français. Au total 335 000 hommes furent évacués dont 115 000 Français.