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jeudi 16 novembre 2023

La République de Genève de Calvin : une dictature religieuse et morale

 

Jean Calvin

Jean Calvin

Courant radical du Protestantisme, le Calvinisme s'est érigé en véritable système politico-religieux qui fit de 1541 (Arrivée au pouvoir de Jean Calvin à Genève) à 1564 (Date de sa mort à Genève) pas moins de 2300 condamnations au bûcher... soit plus que la totalité des condamnations de toute l'Europe toutes périodes confondues !

La Foi de Calvin devient un courant majoritaire en Ecosse et aux Pays-bas, fit main basse sur le Protestantisme français en 1559 pour ensuite déclencher les trois premières Guerres de religions. Chassés d'Ecosse et en compagnie d'un autre courant radical, le Puritanisme anglais, les adeptes de ce courant protestant radical iront fonder les Etats Unis d'Amérique. D'autres venant des Pays-bas iront fonder l'Afrique du sud... et y installeront l'Apartheid.

Plus qu'un simple prédicateur chrétien, Jean Calvin fut un théoricien du protestantisme qui mit en oeuvre durant 23 ans un projet politico-religieux radical que nous connaissons en France sous le terme de "Huguenot".

On retrouvera son héritage idéologique dans la pensée des "Lumières" (Notamment chez Jean Jacques Rousseau) et dans le Libéralisme protestant qui fonda l'économie Nord américaine telle que nous la connaissons actuellement avec le Mondialisme.

Loin d'être un modèle de tolérance où les religions peuvent coexister, le modèle de théocratie proposé par Jean Calvin s'avère être une dictature religieuse qui n'admet pas la pluralité d'opinions (Lire l'article Quand Jean Calvin persécutait ses opposants)

Implanté en France par plaques (Souvent sous l'effet de la conversion du Seigneur), on peut comprendre l'opposition des catholiques notamment quand commença la crise iconoclaste qui ravagea les églises (Les protestants n'admettent pas le culte des saints et des images).

Que penser de la politique d'apaisement et de tolérance de Catherine de Médicis durant toute la première partie des Guerres de religions? Proposer la coexistence à un parti Huguenot qui prône l'exclusivité des consciences n'est-il pas un rêve fou qui conduisit à 8 guerres civiles successives (Lire l'article Les Guerres de religions : 40 ans de guerres civiles en France).

La République de Genève de Calvin

Au début du 16e siècle, Genève est une ville de la taille de Bâle avec ses 10 000 habitants, deux fois plus grande que Zurich. Elle dépend du Saint-Empire romain germanique, mais plus directement du duc de Savoie et d’un prince-évêque proche de sa maison.

Afin de s'affranchir de cette autorité, la Bourgeoisie cherche appui auprès des Confédérés, plus particulièrement de Berne, de Fribourg, puis de Bâle.

Soutenu par des marchands étrangers et des groupes de réfugiés de Lyon ou d’Italie, Guillaume Farel y prêche la Réforme pour le compte de Berne dès 1532. En 1534, trois syndics élus sur quatre y sont déjà luthériens.

Le 8 août 1535, le peuple – petites gens et bourgeois réunis – détruit les « images impies » à la cathédrale. La messe est suspendue, les biens de l’Église saisis et les congrégations catholiques expulsées. Le Conseil général de la Ville prend l'engagement de "Vivre selon l'Evangile".

Jean Calvin, Français natif de Noyon en Picardie, s'installe pour la première fois à Genève le 5 septembre 1536. Genève est déjà un minuscule état souverain indépendant semblable aux enclaves de huguenots français, bohémiens ou hongrois avec leur farouche esprit de résistance.

Jean Calvin sera l'homme providentiel pour renforcer la cohésion de Genève autour d'un projet politico-religieux radical et bâtir un consensus idéologique durable capable de recueillir l'assentiment populaire.

Calvin sera bannit de Genève en 1538 : Sa volonté d'exiger que toute la population suive sa foi réformée avait suscité de très fortes résistances. Mais c'est à propos de l'alignement de la liturgie sur celle de Berne que se fera la rupture. Les prédicateurs français refuseront de s'y soumettre.

En 1540, les élections donnent la majorité aux partisans du réformateur banni, tandis que les factions opposées en viennent aux mains. C’est dans ces conditions que Calvin est supplié de revenir.

Il va alors pouvoir mettre en oeuvre en toute liberté son projet politico-religieux et exiger que toute la population s'y soumette.

Jean Calvin mourut le 27 mai 1564 à l'âge de 54 ans. Il fut mis en terre le lendemain dans une tombe anonyme afin d'éviter qu'un culte des saints de développe.

La mise en place de la théocratie calviniste

Dès son retour à Genève en 1541, Jean Calvin s'attaque à mettre en place son projet de théocratie en participant à l'élaboration de ses lois. Il commence d'abord par les Ordonnances ecclésiastiques qui vont régir l'organisation de l'Eglise et en définir son fonctionnement : Le Baptême ; la Cène ; le mariage ; l'inhumation et le catéchisme. 

En principe, le pouvoir temporel se réserve la haute main sur les décisions les plus importantes, en particulier l’excommunication, qui est du ressort de l’ordre des anciens (ou consistoire), formé d’une vingtaine de membres et nommé par le Petit Conseil.

En 1543, Calvin participe à la compilation des Édits politiques qui règlent la voirie et la police, les offices municipaux – du sonneur de cloches au veilleur de nuit –, les lois somptuaires et le droit matrimonial.

Ils fixent aussi l’architecture du pouvoir oligarchique. Ainsi, le Petit Conseil (ou Seigneurie) recrute ses membres par cooptation, désigne ceux du Conseil des Deux-Cents (Grand Conseil) et propose les candidats aux charges de syndics, parmi lesquels le Grand Conseil retient huit papables, dont quatre sont finalement élus par le Conseil général. Ce dernier réunit deux fois par an l’ensemble des citoyens de sexe masculin (fils de bourgeois, nés à Genève) pour adopter les lois que les autres conseils proposent.

L’éducation doit former des chrétiens qui craignent et servent Dieu. Calvin se méfie des enfants et des adolescents, qu’il traite de « petites ordures » ou de « merdailles », parce qu’ils refusent souvent de se soumettre à l’autorité du chef de famille. Il faut donc instruire les jeunes « tant en bonnes mœurs que bonne doctrine » dans des écoles – il en existe six en 1546 – et au collège de Rive, fondé en 1536, que dirige Sébastien Castellion jusqu’en 1542. Il y règne un ordre austère, fondé sur la hiérarchie et l’émulation : dans chaque classe, les élèves sont regroupés par dix avec un décurion à leur tête, désigné par le maître, chargé d’aider ses camarades et de faire régner la discipline. En 1559, ce niveau élémentaire est complété par l’Académie de Genève, où seront formés les pasteurs, grâce notamment au recrutement de professeurs démissionnaires de l’Académie de Lausanne, dont Théodore de Bèze.

Calvin choisit ses ministres en fonction de leur adhésion à sa doctrine : la médiocrité est jugée préférable à l’ambition (sur 31 pasteurs en exercice de 1538 à 1546, 9 sont démis et 5 démissionnent).

Construire le Nouveau chrétien

Les habitants de Genève ont brisé les chaînes qui les liaient au duc de Savoie pour être entravés par celles de Jean Calvin.

Le prédicateur français affirme que l'Homme est "Complètement insignifiant", que sa seule chance de salut repose dans le Christ et celle de la société "Dans les Elus choisis pour exécuter les desseins de Dieu". C'est la Prédestination intégrale, spécificité du protestantisme qui va changer sur le long terme la société occidentale.

La Cité respire à l'heure de la Foi protestante : Prêches quotidiens pour tout le monde tous les jours à heure fixe ; sermons et lectures de la bible tous les dimanche sans pouvoir y échapper ; la Cène quatre fois l'an ; confessions publiques pour mieux se repentir face à la société ; mémorisation des psaumes que l'on chante au temple, dans la rue ou au travail. La nouvelle Eglise de Calvin veut ériger la Loi de Dieu en idéal quotidien.

Ne reconnaissant pas le culte des saints, le consistoire exige à partir de 1546 de changer tous les prénoms. Une vraie révolution culturelle ! L'Etat civil montre qu'avant la Réforme, 45% des prénoms donnés étaient ceux de saint ou sainte.... en 1550-1560, il n'y en a plus que  moins de 2%.

La police des âmes, des esprits et des corps veille

C'est sans précédent par l'ampleur et la férocité de l'application. On retrouve cette caractéristique dans un autre courant radical protestant : le puritanisme anglais. 

On est très loin des sermons dominicaux et des bulles papales rappelant un certain nombre de principes moraux. Répétitions si fréquentes que ça démontre que leur application n'était pas effective.

La police des âmes veille à l'encadrement strict du mariage ; lutte contre la paillardise et la fornication ; condamne l'adultère, l'infanticide et la sodomie.

Dans les années 1560, le taux de naissances avant mariage ou illégitimes sont dans la République de Genève parmi les plus bas d'Europe.

Une censure des écrits implacable

Les livres et écrits qui circulent ou sont imprimés à Genève font enfin l’objet d’un contrôle sévère, en particulier lorsqu’ils mettent en cause le Conseil ou le consistoire.

En 1559, Calvin fait brûler l’Amadis de Gaule, un roman de chevalerie considéré comme un modèle par Cervantès, qu’il présume corrompre la jeunesse. En 1563, c’est le tour du livre de Jean Morely, qui préconise le gouvernement démocratique de l’État et de l’Église.

On est loin du modèle de tolérance et de liberté qu'on nous présente être de règle dans les états protestants !

Une morale publique digne des puritains

La morale publique va s'étayer et être mise sous une surveillance strict. Règlementation des hôtelleries, des tavernes et des bains publics. Répression de la vente à la criée, de l'obscénité, de l'ivresse publique, des danses et des chansons paillardes. Dénonciation du luxe et de la coquetterie. Interdiction du jeu et de la prostitution... etc.

Les fêtes religieuses chômées sont supprimées... l'oisiveté du Peuple n'étant pas souhaitable ! On retrouvera ce thème de " l'oisiveté du Peuple qui lui laisse la latitude de penser" chez les philosophes des "Lumières".

La pression morale est inouïe. Elle se fait par les confessions publiques et par un second moyen digne d'un pays de l'est : les inspections des dizeniers.

Les quartiers de Genève sont découpés en paquets de dix familles surveillées par un dizenier, représentant officiel du consistoire. Chaque année, les dizeniers visitent  chaque maison pour en interroger les habitants. La plupart des historiens affirment qu'une famille sur quinze est alors convoquée devant le consistoire pour y justifier de leur conduite.

La Florence de Savonarole, et de sa dictature morale, avait montré à la fin du 15e siècle le chemin d'une certaine rigueur morale strict servant à discipliner le Peuple. La Genève de Calvin va en devenir la championne à partir de 1541. Elle sera largement dépassée par le puritanisme des premiers états d'Amérique du nord qui auront leurs périodes d'hystéries collectives conduisant à la chasse aux sorcières.

La femme calviniste n'est pas l'égal de l'Homme

Sous la République de Genève de Calvin, l'adultère est sévèrement puni, mais le peines ne sont pas égale suivant que l'on soit homme ou femme.

Lorsque la femme est la seule mariée et que le "Scandale" est rendu publique, la femme est punie de mort. L'homme est fouetté puis banni. Par contre, lorsque seul l'homme est marié, il est sanctionné de douze jours de prison.

La femme n'a donc pas le même statut que l'homme. Si le divorce est très exceptionnellement accordé à l'homme, il est systématiquement refusé à la femme.

Il ne fait pas bon être homosexuel...

Les homosexuels  sont persécutés. "Dieu requiert ... qu'il n'y ait point de femmes semblables à des lansquenets; ... On doit lever la boue pour jeter sur telles vilaines, quand elles sont si audacieuses de pervertir ainsi l'ordre de la nature." prêche Calvin.

Cette période verra la multiplication des procès pour sodomie. La liste est longue ! En mars 1554, le dénommé Lambert Le Blanc est brûlé vif en compagnie de quatre de ses amis. En septembre, c'est le tour de cinq adolescents qui seront battus et brûlés en effigie. En janvier 1555, Mathieu Durand finit décapité puis livré aux flemmes. en 1562, c'est le tour de deux autres condamnés. En 1566, un collégien du piémont, Bartholomé Tecia, est dénoncé par un camarade (le jeune Agrippa d'Aubigné, pour avoir tenté de "Le bougrer". Il  subira la torture puis sera noyé dans le rhône.

... ni libertin

En 1547, Jacques Gruet est torturé et décapité. Libertin au sens moderne du terme, il revendique le droit à la paillardise.

Proche des ennemis politiques de Calvin parmi les vieux Genevois, il défend aussi des idées qui confinent à l’incroyance : pour lui, le monde n’a ni début ni fin, il n’y a rien après la mort, Jésus n’est pas le fils de Dieu et Dieu n’est rien.

... ni être opposant politique ou religieux

Pourtant, les poursuites les plus dramatiques visent des chrétiens « hérétiques », en désaccord avec Calvin. C’est le cas de Jérôme Bolsec, qui défend le libre arbitre et conteste la prédestination. Il est jeté en prison en 1551 pour s’être opposé publiquement à Farel, puis banni à l’issue d’un procès qui émeut l’opinion et ne fait pas l’unanimité des Églises de Suisse.

En effet, comment l’homme pourrait-il être responsable de sa condamnation s’il ne l’est pas de son salut ? Le Conseil devra descendre dans l’arène pour interdire toute critique de L’Institution de la religion chrétienne de Calvin.

Enfin, il ne se passe pas une année sans qu’un artisan, un boutiquier ou un prédicateur ne soit poursuivi pour anabaptisme, battu, banni et ses livres brûlés.

En 1553, le médecin et théologien aragonais Michel Servet, rescapé de l’inquisition catholique lyonnaise, de passage à Genève, est arrêté et jugé à la demande de Calvin pour ses positions sur la Trinité et le baptême. Il sera condamné au bûcher par la Seigneurie.

Plus de sorcières brûlées que durant tout le Moyen-Age

Calvin est hostile aux superstitions et réfute l'astrologie qui prétend prévoir l'avenir des hommes alors que seul Dieu le connait. C'est ainsi qu'il s'insurge contre Copernic et les "Esprits possédés par le Diable" qui croient que la terre tourne autour du Soleil.

Les victimes des persécutions de la République de Genève de Calvin seront des femmes marginalisées accusées de pactiser avec le Diable en personne. Elles seront toutes condamnées à mort après tortures.

L'hystérie gagnera Calvin durant la peste de 1544-1545. Il sera convaincu que des sorciers "Engraissent" les serrures des portes avec une pommade faite avec des cadavres de pestiférés. Les femmes condamnées auront la main droite coupée avant de finir sur le bûcher.

A titre d'exemple, dans la commune de Peney, sur quarante-trois personnes traduites en justice, trente-huit seront exécutées. Les campagnes seront particulièrement touchées par les chasses aux sorcières.

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2015/05/la-republique-de-geneve-de-calvin-une-dictature-religieuse-et-morale.html

mercredi 15 novembre 2023

Quand Jean Calvin persécutait ses opposants

 

Scène de bûcher durant la République de Genève au temps de Jean Calvin

Scène de bûcher durant la République de Genève au temps de Jean Calvin

Jean Calvin dirigea de 1540 - 1564 la République de Genève, théocratie protestante radicale dont il avait été le théoricien et qu'il cherchera à implanter en France (Lire l'article Les guerres de religions : 40 ans de guerres civiles en France). Durant ces 24 ans de pouvoir absolu, plus de 2500 personnes  périrent sur le bûcher pour cause de sorcellerie.

Jean Calvin sera d'une férocité hors du commun contre tout ce qui pouvait contrarier "La volonté de Dieu" et sa vision de la Foi réformée. Ce sera d'autant plus vrai durant la période qui vit le protestantisme reculer en Europe. 

Cette période est considérée par Calvin et la République de Genève comme une période de montée des périls extérieurs : en 1544, le duc de Savoie reprend le contrôle de ses États; l’année suivante, les persécutions religieuses reprennent en France ; en 1547, les princes réformés allemands connaissent défaite sur défaite ; en 1553, Marie Tudor la catholique accède au trône d’Angleterre ; en 1556, l’alliance avec Berne n’est pas renouvelée ; en 1557, les troupes du duc de Savoie menacent à nouveau Genève; en 1559, les principales puissances catholiques font la paix.

À Genève, ces périls stimulent un patriotisme de citadelle assiégée : on fait serment de vivre et de mourir pour l’Évangile et la liberté ; on stocke le sel et le blé ; les habitants – y compris Calvin – travaillent aux fortifications et montent la garde sur les remparts.

C’est pourtant à ce moment que l’étendard de la résistance contre le rigorisme de Calvin sera  levé par les « Enfants de Genève ».

Calvin dénonce en ses adversaires des « Libertins », convaincus de sympathies pour Berne ou pour la France. Il s'en prendra à tout ses opposants : aux Berthelier, Bonna, Favre, Perrin, Sept, Vandel, etc. Le pasteur Froment rappellera que leurs chefs, Pierre Vandel et Ami Perrin, sont tous deux de modeste extraction et de « race taillable ».

En 1547, Jacques Gruet est torturé et décapité. Libertin au sens moderne du terme, il revendique le droit à la paillardise. Proche des ennemis politiques de Calvin parmi les vieux Genevois, il défend aussi des idées qui confinent à l’incroyance : pour lui, le monde n’a ni début ni fin, il n’y a rien après la mort, Jésus n’est pas le fils de Dieu et Dieu n’est rien.

Il s'en prendra à un autre opposant de position bien plus élevée : Ami Perrin, capitaine général de la République (Chef des forces armées). Ce dernier revendique que ses  hommes puissent porter des chausses chapelées (taillées au genou), celles que les mercenaires suisses au service du roi de France affectionnent et que le réformateur a fait interdire parce qu’il les juge indécentes. 

Pour les opposants à Calvin, un  test important intervient en février 1553, lorsque quatre « Enfants de Genève », emmenés par Ami Perrin, sont nommés syndics. Dès lors que le consistoire fait front et que Calvin menace d’abandonner la ville, la majorité du Conseil atermoie.

Début 1554, Calvin fulmine : ses adversaires sont « pires que les Turcs et les juifs […] des chiens, des taureaux, des diables ».

Évincés du pouvoir en 1555, les opposants à Calvin font d’autant plus de bruit qu’ils se sentent isolés. Le 16 mai, ils perturbent l’ordre public et sont accusés de sédition. Le réformateur appelle à la répression la plus implacable, même si les troubles n’ont pas duré plus d’une heure et que les manifestants ont été dispersés sans faire de blessés.

Ami Perrin, Philibert Berthelier, Baltasar Sept et plusieurs de leurs partisans, réfugiés en terre bernoise, sont ainsi condamnés par contumace à être décapités, leurs corps mis en quatre quartiers et attachés aux quatre lieux les plus apparents des Franchises de Genève. En tout, soixante-six personnes sont poursuivies, dont vingt-deux condamnées à mort et huit exécutées. Calvin a gagné la partie.

Le nombre des excommunications ne cesse dès lors d’augmenter : plus de cinquante en 1554, une centaine en 1555, quelque deux cent cinquante par an de 1557 à 1560 et trois cents par la suite 39 En 1560, il semble que près d’un Genevois sur vingt-cinq ait été excommunié.

La liste des victimes de l'intolérance de Calvin serait longue à faire. La plus marquant restera l'Affaire Michel Servet, de passage à Genève, condamné pour hérésie... juste pour avoir écrit des livres en France ! Il sera   arrêté et jugé à la demande de Calvin pour ses positions sur la Trinité et le baptême. Il sera condamné au bûcher à une mort lente (Du bois vert ayant été utilisé sciemment) par la Seigneurie en 1553. Ainsi finira la vie terrestre de ce brillant médecin qui a découvert le principe de la circulation sanguine, puis celle du passage de l'oxygène dans le sang par l'intermédiaire des poumons !

Jérôme Bolsec, qui défend le libre arbitre et conteste la prédestination sera jeté en prison en 1551 pour s’être opposé publiquement à Farel, puis banni à l’issue d’un procès qui émeut l’opinion et ne fait pas l’unanimité des Églises de Suisse.

Que dire des conflits qui émaillent les relations de Calvin avec certaines familles en vue ? L’un des premiers concerne un fabricant de cartes à jouer, Pierre Ameaux, mécontent des ordonnances contre le jeu. En 1546, il est condamné à sillonner la ville en chemise, tête nue, une torche à la main et à demander pardon à genoux.

Enfin, il ne se passe pas une année sans qu’un artisan, un boutiquier ou un prédicateur ne soit poursuivi pour anabaptisme, battu, banni et ses livres brûlés.

On comprend mieux pourquoi en France les catholiques se levèrent contre le modèle théocratique de Calvin que le Parti huguenot voulait leur imposer de force. Dans les villes conquises par les élites protestantes ce fut pour beaucoup l'exil forcè (Lire l'article : Qu'est-ce qui poussa les paysans français à émigrer au Canada à partir de 1600?).

Lire aussi : La République de Genève de Calvin : Une dictature religieuse et morale

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2015/05/quand-jean-calvin-persecutait-ses-opposants.html

jeudi 26 octobre 2023

Quand les protestants voulaient imposer leur religion à tous

 Jean Calvin dirigea la République de Genève et fut le guide spirituel et politique du Parti huguenot français

Jean Calvin

Durant les Guerres de religion, les huguenots ne cherchaient pas à se faire admettre comme une minorité religieuse. Toute leur stratégie consistait à s'emparer de l'état afin d'y imposer la religion protestante; la seule vraie religion à leurs yeux. Leur premier acte politique sur le sol français fut la tentative d'enlever le jeune roi François II afin de le soustraire à l'influence des Guises (Mars 1560 : Conjuration d'Amboise). Cette première tentative échoua dans un bain de sang ! 

En réponse, le pouvoir royal leur accorda un statut de minorité reconnue et protégée, le plus libéral qui leur fut proposé... en échange de s'abstenir de toutes attaques contre la religion catholique, de respecter les fêtes catholiques et la législation générale en matière de mariage.(Edit de janvier - 16 janvier 1562). Ce premier accord ne fut pas accepté par les communautés protestantes qui s'étaient assurées une position dominante.

A partir de 1560, le camp protestant va se structurer en parti politico-religieux (Les Huguenots) prenant ses ordres directement auprès de la république théocratique de Genève de Calvin. Pour ce parti structuré, l'objectif est clair : Imposer le calvinisme partout en France et éradiquer la foi catholique.

En avril 1562, soit tout juste deux mois après avoir signé l'Edit de janvier, le parti huguenot en appelle à la guerre civile et concentre ses armées à Orléans. Ce sera alors le début de la conquête du Royaume de France afin d'y imposer le calvinisme. Sept guerres civiles vont se succéder...l'Edit de Nantes entérinera la partition du territoire entre catholiques et protestants.

Sept guerres civiles vont se succéder avec son lot d'atrocités commises par les deux camps. Rares sont les ouvrages qui relatent les crimes commis par les protestants durant les guerres de religion.

Quand le baron des Adrets, lieutenant de Condé dans le Midi, enlève Valence, Lyon, Grenoble, Vienne, Montélimar et Orange il se distingue par sa cruauté. Lors de la prise du château de Montbrison en 1562, défendu par les catholiques, il force les vaincus à se jeter du haut des murailles sur les piques de ses soldats. Il fera de même à Mornas e Provence !

Le 30 septembre 1566, jour de la Saint-Michel et six ans avant la Saint-Barthélémy, les catholiques sont massacrés par les protestants : Rassemblés dans la cour de l'évêché, tous les prêtres et les religieux sont égorgés et jetés dans un puits. C'est la Michelade qui restera dans les mémoires nîmoises jusqu'au milieu du XXe siècle.

Les capitaines huguenots firent preuve d'une cruauté sans limite : Colombières, lieutenant de Cologny à Bayeux fit accrocher aux chapeaux de ses soldats les oreilles des prêtres et des religieux qu'ils venaient d'assassiner. Le capitaine Mathieu Merle qui terrorisa le Gévaudan et l'Auvergne. Le comte de Montgomery qui gagna son surnom d'Attila huguenot.

Sans parler de la destruction systématique de tous les ornements religieux dans un délire iconoclaste qui se fera par vagues successives : 1561, 1562, 1563, 1567 et 1570. Les destructions seront plus nombreuses que celles faites pendant la Révolution de 1789 !

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2017/06/en-1570-les-protestants-condamnent-la-liberte-religieuse.html

vendredi 11 mars 2022

Vous cherchez des héros ? Découvrez ceux de la résistance catholique française face au péril protestant

 

Un pays trahi par ses chefs politiques. Qui, par négligence, puis par faiblesse, et finalement par calcul machiavélique, laissent une religion étrangère s’établir, se fortifier et fomenter une guerre civile.

En face, une famille se dresse. Pendant trois générations successives, elle fournit les chefs de la résistance. Respectant autant que possible le pouvoir légitime, elle le pousse à défendre le bien commun. Au besoin, elle l’y contraint par la force. Immensément populaire, elle finit par sauver la foi et la patrie.

Vous avez reconnu la France : la France du 16e siècle, dont les protestants veulent s’emparer par leurs méthodes habituelles de lutherrorisme. En face, sur trois générations, la famille de Lorraine.

  • En la première génération, on remarque Antoine le Bon (1489-1544), duc de Lorraine. Avec ses frères, il défend efficacement son duché contre les brigands protestants qui ont ravagé l’Alsace. Son épouse invoque la Vierge Marie (Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, à Nancy), qui intervient miraculeusement pour assurer la victoire.
  • A la deuxième génération, ce sont les deux frères François (duc de Guise) et Charles (dit : cardinal de Lorraine) qui aident efficacement le roi Henri II contre la rébellion huguenote. François devient le champion des catholiques. Il vainc les protestants à Metz (1552) et reprend Calais aux Anglais (1558). Il déjoue la conjuration d’Amboise (1560), libère Bourges (1562) et repousse les insurgés calvinistes à Rouen puis à Dreux. Il est assassiné par un traître, le 18 février 1563. Il meurt pieusement en pardonnant à son assassin et en exhortant le roi Henri III à « vivre en la religion de ses ancestres ».
  • Son fils aîné Henri, duc de Guise à son tour, illustre la troisième génération. Très robuste (pour s’entraîner, il prend plaisir à nager armé de toutes pièces contre le courant d’une forte rivière), il s’est déjà illustré en plusieurs batailles. Mais il frappe les esprits par la douceur qu’il sait joindre à sa hardiesse. Ses victoires et son immense popularité suscitent la jalousie du roi Henri III, qui le fait assassiner à Blois (1588) ainsi que son frère Louis (dit cardinal de Guise). Mais le troisième frère, Charles de Mayenne, prend la relève. Pour sauver le catholicisme en France, il est à la tête de la Ligue, qui contraint Henri IV à abjurer l’hérésie calviniste. Dès qu’Henri IV obtient l’absolution papale (1595), il le reconnaît pour roi légitime. Un de ses cousins, Philippe-Emmanuel de Mercœur mène la Ligue en Bretagne, avant d’aller s’illustrer contre les Turcs en Hongrie. Saint François de Sales, qui fera son oraison funèbre à Notre-Dame de Paris, en 1602, le louera comme le modèle achevé du combattant chrétien : « Ah ! que les Français sont braves quand ils ont Dieu de leur côté. Qu’ils sont vaillants quand ils sont dévots ! Qu’ils sont heureux à combattre les infidèles» s’écriera le saint évêque de Genève, ajoutant : « Plusieurs estiment que ce sera un de vos rois, ô France, qui donnera le dernier coup de la ruine à la secte de ce grand imposteur Mahomet ».

Vous cherchez des héros ? Découvrez ceux de la résistance catholique française face au péril protestant. Louis Dominici les présente dans le dernier numéro de la revue Le Sel de la terre (numéro 100, printemps 2017), sous le titre : « La famille de Lorraine, trois générations au service de la foi catholique ».

Comme le précédent, tout ce numéro du Sel de la terre est consacré au protestantisme. Il analyse les conséquences politiques et sociales de cette hérésie (démocratie manipulatrice et capitalisme sauvage). Il cite les témoignages de nombreux convertis et il reproduit l’Exposition de la doctrine de l’Église catholique, de Bossuet, qui eut, en 1671, un énorme retentissement (on estime que ce texte ramena à la véritable Église près de 30 000 protestants). Ce numéro 100 (25e anniversaire de la revue) fournit également la table de tous les articles publiés depuis le nº1. (Sommaire).

  • Le Sel de la terre (revue des dominicains d’Avrillé) Couvent de la Haye-aux-Bonhommes, 49240 Avrillé — Ce numéro : 15 E. — Abonnement annuel (4 numéros) : 48 E.
  • L’étude sur le Lutherrorisme, précédemment recensée sur MPI, est désormais disponible en tiré à part aux éditions du Sel.

https://www.medias-presse.info/vous-cherchez-des-heros-decouvrez-ceux-de-la-resistance-catholique-francaise-face-au-peril-protestant/74104/

jeudi 10 mars 2022

Le vrai visage de Luther, par l’abbé Jean-Michel Gleize

 

A l’occasion du cinq-centième anniversaire de la réforme protestante, le pape François a tenu à s’associer, le 31 octobre 2016, à la célébration officielle organisée en Suède par la Fédération luthérienne mondiale. Et ce, après avoir déclaré quelques mois auparavant que « Luther ne s’est pas trompé ».

Luther, pourtant excommunié en 1520 par un prédécesseur de François, serait-il donc aujourd’hui réhabilité ? Le pape Léon X aurait-il eu tort de le déclarer hérétique dans la bulle Exsurge Domine ? Catholiques et protestants seraient-ils aujourd’hui d’accord sur l’essentiel ? Faudrait-il revisiter l’histoire du luthéranisme ? Autant de questions qui ne peuvent manquer de se poser à la conscience des fidèles de l’Eglise catholique.

C’est pour les aider à y répondre que ce livre examine à nouveau l’histoire et les points principaux du luthéranisme. Loin de la légende et de la mystification idéologique, le vrai visage de Luther se révèle de lui-même, à travers les pièces d’un dossier inattendu.

Né en 1966, l’abbé Jean-Michel Gleize, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, enseigne depuis 1996 l’ecclésiologie et la théologie fondamentale au séminaire d’Ecône, en Suisse. Il a publié plusieurs textes sur Luther que l’on peut retrouver dans notre dossier consacré à « l’ennemi de la grâce de Jésus-Christ« .

Source : La Porte Latine du 16 mai 2017

A commander sur le site de l’éditeur.

https://www.medias-presse.info/le-vrai-visage-de-luther-par-labbe-jean-michel-gleize/74135/

vendredi 25 février 2022

Martin Luther, la face cachée d’un révolutionnaire (Angela Pellicciari)

 

Angela Pellicciari est une historienne et une spécialiste des rapports entre la papauté et la franc-maçonnerie.

Si les catholiques ont de tout temps subi les calomnies et les persécutions, à partir de 1517, la persécution contre l’Eglise se renforce parce que, à la suite de Luther, de nombreuses nations devenues protestantes voient leur haine contre Rome justifiée par la prédication de cet ex-moine augustinien devenu le « Moïse allemand ».

Ce livre nous rappelle que la haine envers Rome que Luther manifeste par ses paroles, ses œuvres et ses gravures, tout au long de sa vie publique, a conduit à une attaque militaire contre les nations catholiques ainsi qu’à une attaque culturelle menée à travers une réécriture systématique de l’histoire.

Le protestantisme va mener à la fin de la vérité théologique. Selon Luther, chacun peut interpréter la Parole de Dieu en se fiant à l’assistance personnelle de l’Esprit Saint. En résulte une interprétation autant subjective que fantaisiste de la volonté de Dieu. C’est la dissociation de la liberté avec la vérité. Franc-maçonnerie, despotisme éclairé, jacobinisme, révolutions en découleront. Et les nations protestantes vont aussi donner naissance à la première internationale de l’histoire : l’internationale protestante, divisée sur tout, sauf sur la haine anti-catholique.

Aujourd’hui, dans de nombreux milieux, y compris se disant catholiques, on tient presque pour acquis que Luther avait raison et l’Eglise catholique tort. Ce livre se propose de remettre les pendules à l’heure et d’esquisser les contours essentiels à la compréhension de la Réforme luthérienne, à partir de documents et en examinant de près les écrits de Luther, même ceux dont la presse et les livres évitent de parler.

Un livre précieux en ces temps de grande confusion.

Martin Luther, Angela Pellicciari, éditions Téqui, 158 pages, 14,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/martin-luther-la-face-cachee-dun-revolutionnaire-angela-pellicciari/76876/

samedi 18 décembre 2021

Joseph de Maistre contre le protestantisme

 

Dans Sur le protestantisme, Joseph de Maistre critique très violemment l’esprit de la Réforme, responsable selon lui de l’affaissement de la monarchie et, par conséquent, de l’avènement de la Révolution française.

Pour l’auteur contre-révolutionnaire, la religion protestante, animée par un esprit de révolte, est un danger terrible pour l’autorité ainsi que pour la foi.

Joseph de Maistre

Joseph de Maistre

Dans une lettre du 16 janvier 1815 adressée au comte de Bray, Joseph de Maistre qualifie le protestantisme de « rienisme ». À ses yeux, cette nouvelle religion n’en est pas une. C’est un principe destructeur qui – de la Réforme jusqu’à la Révolution française – va mettre à bas les piliers de la monarchie, à savoir la foi et l’autorité. En effet, le protestantisme apparaît comme un pur produit de la modernité puisqu’il privilégie, à travers la pratique du libre examen, « la raison individuelle contre la raison générale ». L’enseignement de la foi ne passe donc plus par l’autorité religieuse – le prêtre, seul légitime pour transmettre le message du Christ – mais par un accès direct aux textes. Dès lors, chacun a le droit d’interpréter la Bible comme il l’entend. Or, pour le Savoyard, ce qui fait la force du catholicisme c’est « l’infaillibilité de l’enseignement d’où résulte le respect aveugle pour l’autorité, l’abnégation de tout raisonnement individuel, et par conséquent l’universalité de croyance ».

Pour Maistre, la vraie foi implique l’obéissance. Le protestantisme – et c’est le sens même du mot – proteste contre toutes les formes d’autorités mais aussi, selon le mot de Pierre Bayle, « contre toutes les vérités ». Pour l’auteur des Considérations sur la France, le protestantisme sabote les conditions de possibilité de la foi en faisant dépendre celle-ci de la seule libre conscience. Le protestant, parce qu’il se permet d’ « examiner » par lui-même les textes sacrés devient l’« ennemi essentiel de toute croyance ». La pratique du libre examen met également les protestants dans une disposition psychologique problématique. « Elle déchaîne l’orgueil contre l’autorité, et met la discussion à la place de l’obéissance », écrit Maistre.

Mais le protestantisme ne pose pas seulement problème du point de vue de la religion. Les principes qui le fondent excèdent très largement le domaine de la foi et ont des conséquences sur la vie politique. Car, « il est né rebelle, et l’insurrection est son état habituel », souligne Maistre. Le protestantisme est donc « une hérésie civile autant qu’une hérésie religieuse ». Pour le Savoyard, on ne peut séparer le catholicisme de la souveraineté. L’autorité du roi procède de l’autorité divine. Le roi est le représentant de Dieu sur terre. C’est de là qu’il tient la légitimité de son gouvernement. Interroger la foi, c’est donc inévitablement interroger la souveraineté du monarque. Pour Maistre, la Réforme contient en elle-même les causes de la Révolution française. C’est donc la preuve évidente que des bouleversements religieux peuvent entraîner des bouleversements politiques. L’esprit du protestantisme est un esprit de révolte. Il « naquit les armes à la main », écrit Maistre.

Le protestantisme, ennemi de la souveraineté

Nombreux sont les protestants à avoir défendu l’idée d’une souveraineté populaire. Une notion oxymorique pour le très aristocrate auteur des Soirées Saint-Pétersbourg qui estime que la seule souveraineté possible est celle du monarque, que seul le Souverain peut être, à proprement parler, souverain. « Le protestantisme n’est pas seulement coupable des maux que son établissement causa. Il est anti-souverain par nature, il est rebelle par essence, il est ennemi mortel de toute raison nationale : partout il lui substitue la raison individuelle, c’est-à-dire qu’il détruit tout », estime Maistre.

Une des missions du monarque consiste donc à combattre le protestantisme. L’écrivain voit d’un très bon œil la révocation de l’édit de Nantes en 1685. « L’aversion de Louis XIV pour le calvinisme était encore un instinct royal », affirme-t-il. Puisque le protestantisme conjure sans cesse contre la France, il est naturel de le réprimer. Lutter contre l’expansion du protestantisme est le meilleur moyen de préserver la souveraineté nationale et l’autorité du roi. Pour Maistre, les protestants sont nécessairement des agents du philosophisme et de la Révolution. « Je crains réellement que les États réformés n’aient sur ce point plus de reproches à se faire qu’ils ne l’imaginent : presque tous les ouvrages impies et la très grande partie de ceux où l’immoralité prête des armes si puissantes à l’irréligion moderne, ayant été composés et imprimés chez les protestants », note-t-il.

Dès lors que le monarque transige avec le protestantisme, il met sa propre existence en péril. « Louis XIV foula au pied le protestantisme et il mourut dans son lit, brillant de gloire et chargé d’années. Louis XVI le caressa et il est mort sur l’échafaud », écrit Maistre. Et le Savoyard de souligner les affinités entre le protestantisme et le jacobinisme. Il constate notamment la « tendresse filiale » que montrent les partisans de la Révolution envers les protestants. Mais la soif de révolte du protestantisme ne peut être comblée. Une fois qu’un régime est à terre, il s’empresse d’attaquer le nouveau. Les républicains qui croyaient voir dans le protestantisme un ami fidèle se fourvoient. Pour Maistre, ces alliés d’aujourd’hui sont les ennemis de demain puisque « ce n’est pas cette autorité qui leur déplaît ; c’est l’autorité ». Le protestantisme « est républicain dans les monarchies et anarchiste dans les républiques ».

Nicolas de Condorcet

Nicolas de Condorcet

Maistre s’appuie finalement sur une réflexion du révolutionnaire et ami de la Réforme Condorcet pour montrer que le droit d’examen qui est au fondement de la philosophie protestante est une porte ouverte au nihilisme, au « rienisme » pour reprendre le mot du Savoyard. « Le protestantisme appelant de la raison nationale à la raison individuelle, et de l’autorité à l’examen, soumet toutes les vérités au droit d’examiner […] il s’ensuit que l’homme ou le corps qui examine et rejette une opinion religieuse ne peut, sans une contradiction grossière, condamner l’homme ou le corps qui en examinerait ou en rejetterait d’autres. Donc, tous les dogmes seront examinés et, par une conséquence infaillible, rejetés, plus tôt ou plus tard », écrit Maistre.

L’esprit du protestantisme est donc un esprit de remise en question perpétuelle. Parce qu’il questionne tout, il ne se fonde sur rien. Son anti-dogmatisme le fait sombrer dans un relativisme dangereux qui possède comme unique support la raison individuelle. En cela, le protestantisme est une philosophie moderne qui n’appartient pas au domaine de la foi. « Qu’est-ce qu’un protestant ? Il semble d’abord qu’il est aisé de répondre ; mais si l’on réfléchit, on hésite. Est-ce un anglican, un luthérien, un calviniste, un zwinglien, un anabaptiste, un quaker, un méthodiste, un morave, etc. (je suis las). C’est tout cela, et ce n’est rien. Le protestant est un homme qui n’est pas catholique, en sorte que le protestantisme n’est qu’une négation.»

Source

https://www.medias-presse.info/joseph-de-maistre-contre-le-protestantisme/82761/

jeudi 1 avril 2021

L’édit de Nantes, une exception française

 


(L’entrée d’Henri IV dans Paris, François Gérard, 1817, Musée des Beaux Arts de la ville de Chartres)

Les 13 et 30 avril 1598, le roi Henri IV promulguait à Nantes l’édit et les brevets de pacification qui mirent un point final aux guerres de religion qui déchiraient la France depuis la fin du règne d’Henri II en 1559. L’accord illustrait une particularité européenne, conjuguant pacification religieuse, unité nationale et affirmation catholique.

Les tensions remontaient à François Ier. Elles perdurèrent encore jusqu’à l’écrasement de la révolte des camisards à la fin du règne de Louis XIV, mais l’épisode guerrier proprement dit qui avait vu les calvinistes tenter de faire du royaume de France un État exclusivement protestant, était terminé.

Désormais, tandis que l’État s’affirmait catholique, deux confessions chrétiennes antagonistes allaient cohabiter en son sein. C’était un cas unique en Europe et reçu d’ailleurs avec méfiance par les cours royales étrangères, protestantes et catholiques, à commencer par celle du pontife romain Clément VIII.

L’aboutissement d’un long processus de pacification

L’édit de 1598 était un aboutissement. Les premières batailles étaient intervenues dès 1559 durant la minorité du roi François II, sous la régence de Catherine de Médicis. En 1560 était publié à Amboise le premier édit de réconciliation. En on compta quinze jusqu’au début du règne d’Henri IV.

Édits, traités, mandements se multiplièrent pour encadrer le culte protestant, en protéger la pratique tout en en limitant l’expansion. Le roi, pris au milieu des luttes, offrait son pardon, tandis que dans le Saint-Empire romain germanique, le compromis d’Augsbourg, signé en 1555 entre l’empereur et les princes, proclamait le prince selon lequel chaque royaume devait disposer de sa religion, à l’exclusion de toute autre. C’était le cujus regio, ejus religio, qui condamnait catholiques et protestants à embrasser le culte de leur prince ou à quitter ses États, que cela leur plaise ou non et indépendamment de toute question de vérité religieuse.

Ce règlement purement politique qui gelait les frontières religieuses allemandes dans une ligne à la fois intolérante, puisque contraignant la conscience des peuples, et relativiste, puisque ne tenant aucun compte de la recherche de la vérité religieuse, était une manière brutale de régler la guerre entamée depuis un quart de siècle. En outre, concernant les catholiques et les luthériens exclusivement, ce compromis excluait les calvinistes alors en expansion, notamment dans le septentrional Brandebourg.

La particularité française

Espagne, Angleterre, Portugal, royaumes scandinaves et principautés italiennes étaient sur la même ligne. La France seule faisait exception à tenter de préserver l’unité nationale et la paix publique sans rien renier de l’appartenance catholique de l’État.

Cette exception s’explique assez bien par la nature particulière du pays. À la différence des royaumes méditerranéens, c’était devenu, en quelques années, une région religieusement mixte. D’après l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie, il y eut en France jusqu’à 12 % de protestants calvinistes, principalement concentrés en Languedoc, dans les Cévennes et en Normandie, essaimant ensuite par points réguliers dans le Bordelais ou en Bretagne. Le roi, catholique, avait dans sa parenté des cousins devenus huguenots.

Le royaume était uni, cependant. Il n’était pas un assemblage de principautés autonomes, et cette particularité, spécifique à la France du XVIe siècle, imposait de maintenir un principe d’unité. La paternité du roi sur ses sujets renforçait cette exigence, mais aussi l’amenait à tolérer un calvinisme résiduel, faute de pouvoir le détruire.

C’est pourquoi, la première réaction face à l’hérésie, fut d’abord une forme de dialogue. Dialogue étrange pour les esprits du XXIe siècle, mais véritable tentative de conciliation à l’aune de la Renaissance européenne. L’hérésie représentait une erreur religieuse et un danger pour l’ordre public.

Ce mélange des deux genres nécessitait deux types de réponses, l’une dans la controverse théologique, l’autre dans l’aménagement juridique et politique. Les théologiens des deux bords eurent plusieurs fois l’occasion de se réunir pour régler leurs différends, mais sans succès. Les juridictions royales, les parlements, établirent, dès Henri II, des cours spéciales, les chambres ardentes, pour statuer sur le sort des huguenots. Ce deuxième aspect, plus dur, répondait à la violence protestante, exprimée par les bris de statues de saints, les profanations d’hosties, les agressions contre des prêtres. Évidemment, à ces violences répondaient les attaques catholiques.

C’est dans la faiblesse du pouvoir royal à régler cet aspect politique et juridique de la question religieuse, à savoir l’expression violente de la querelle, que naquirent les huit guerres de religion qui mirent la France à feu et à sang, conduisirent le parti catholique, la ligue, à chercher le soutien de l’Espagne catholique, et le parti protestant celui des puissances anglaise et hollandaise.

L’édit de Nantes

Lorsqu’en 1589, après l’assassinat d’Henri III, son cousin protestant Henri IV monta sur le trône, son accession au pouvoir plaçait en contradiction deux principes de valeur équivalente dans l’esprit du temps : le principe dynastique, attaché à la nation, qui devait obligatoirement faire d’Henri de Navarre le nouveau souverain ; le principe religieux, également attaché à la nation, qui exigeait du roi qu’il fut catholique, en harmonie avec l’histoire, le souvenir du baptême de Clovis, le serment tant répété du sacre et la religion de la majorité écrasante des Français. Quel principe choisir dans l’opposition ? Aucun ! Il était inimaginable de trouver un autre roi, et il était inconcevable qu’il ne fut pas catholique.

L’abjuration du protestantisme, en 1593, réglait cette question, mais si elle faisait du roi un souverain pleinement légitime, elle ne réglait pas le conflit religieux, dans une France à la fois lasse du combat et au bord de l’éclatement. En 1589, 1591 et 1593, Henri IV avait confirmé la catholicité de l’État et remis en vigueur les anciens édits de pacification qui toléraient le protestantisme dans un nombre réduit de villes. Mais ce n’était là qu’un assemblage temporaire.

À partir de 1597 débuta le travail de préparation du futur édit de pacification générale. Les groupes protestants, dans d’ultimes approches vers l’Angleterre, tentaient de se donner des appuis pour négocier en position de force. Mais le roi avait signé la paix avec l’Espagne et vaincu la dernière armée ligueuse, aux portes de la Bretagne. C’est l’État royal qui allait décider souverainement dans une patrie en voie de pacification.

L’édit des 13 et 30 avril 1598 rétablissait le culte catholique dans l’ensemble du royaume, sans exception. C’était affirmer sa supériorité et donc maintenir la notion de vérité religieuse. Il demeurait évidemment la religion de l’État. Mais en retour, les huguenots étaient protégés. Ils pourraient désormais exercer leur culte dans les fiefs de seigneurs hauts justiciers de confession calviniste (haut justicier, c’est-à-dire ayant un droit de justice absolu en matière pénale et criminelle, à l’exception des cas relevant uniquement de la justice du roi). Le culte protestant était également autorisé dans les villes où il était ordinairement pratiqué avant la promulgation de l’édit, et dans une ville par bailliage pour le reste du royaume. Quelques bailliages spécialement attachés à la ligue catholique durant les années de guerre furent exemptés, comme ceux de Bourges, Orléans et Paris, où aucun temple ne fut autorisé, ainsi que dans les sièges d’évêchés et d’archevêchés. Hors ces lieux, le culte protestant était interdit.

Par ailleurs, les huguenots recevaient la complète égalité de droits avec les catholiques, tandis que ceux-ci se voyaient restituer les biens confisqués durant les guerres.

Pour achever de garantir ces droits respectifs, des chambres mixtes étaient établies dans les différents parlements, et 144 villes de refuge, dont 51 places fortes étaient données aux protestants en cas de reprise des combats, pour une durée de huit ans. Les protestants étant soumis à la dîme pour le fonctionnement de l’Église, les pasteurs furent en retour exemptés de la taille (impôt direct) et reçurent des dotations du roi. De la même manière, les garnisons des places de sûreté furent soldées par le roi.

L’édit de Nantes pacifiait le royaume en généralisant le pardon et en proclamant la paix des braves. Il reconnaissait un état de fait, l’irréductibilité de certaines communautés protestantes, tout en espérant que le temps les ramènerait au catholicisme. C’est pourquoi les lieux de cultes furent figés dans l’espace et la primauté catholique réaffirmée.

Un symbole ne trompe pas. Le sceau royal qui valait promulgation fut apposé à la cire brune, marque des lois exceptionnelles destinées à disparaître un jour, et non à la cire verte, symbole des lois perpétuelles.

Un cas à part inscrit dans son époque

C’est pourquoi on peut dire à la fois que l’édit de Nantes fut le produit de son temps, c’est-à-dire une époque où la tolérance religieuse et le relativisme étaient deux données inconnues. Mais il fut également le produit d’une histoire purement française, celle de la construction progressive de la nation, acceptant les différences (Louis XIV écrivait : « Je suis le souverain d’une multitude de républiques »), mais ne souffrant pas les déchirures communautaires au point de l’éclatement, comme dans l’Empire romain germanique, fracturé durablement entre les deux confessions, mais connaissant un unanimisme religieux persécuteur au sein de chaque principauté.

En ce sens, autant la suppression des places de sûreté par Richelieu, ou la révocation par l’édit de Fontainebleau en 1685 sous Louis XIV furent des actes durs mais en cohérence avec l’esprit de l’édit de Nantes et donc d’une mentalité religieuse et politique, celle des XVIe et XVIIe siècles, dans une Europe chrétienne où la question de la foi était la grande question centrale, autant l’édit de tolérance de 1787 signé par Louis XVI, accordant l’état civil et la tolérance du culte aux protestants et aux juifs sans qu’il soit envisagé d’espérance de la conversion au catholicisme signifiait la fin de l’absolue primauté de celui-ci en France. Une époque s’achevait et la Révolution approchait.

Depuis l’édit de 1787, la foi catholique en France est entrée dans une nouvelle époque, celle de l’évangélisation individuelle, cœur par cœur, intelligence par intelligence, sans plus bénéficier de la protection parfaite du corps politique, devenu agnostique. L’illusion de la présence majoritaire a masqué cette mutation jusqu’au XXe siècle.

Cependant, en des temps de pluralisme religieux tumultueux et mal vécus comme les nôtres, la prise de conscience de cette cassure de 1787 et l’exemple de la politique suivie par les rois Valois et Henri IV jusqu’à l’édit de Nantes peuvent nous servir d’outil de méditation.

https://gabrielprivat78.wordpress.com/2015/05/04/ledit-de-nantes-une-exception-francaise/#more-740

lundi 4 janvier 2021

Jung : l'homme à la recherche de son âme

 Françoise Bonardel vient de publier un magistral Jung et la gnose. Une occasion pour Monde&Vie de présenter ce personnage hors norme, qui n'est certes pas un théologien estampillé, mais qui impose son expérience originale de l'âme humaine, en attente d'une foi.

Qui est Carl-Gustav Jung dans l'histoire de la psychanalyse...

Vous parlez de psychanalyse. Jung préfère parler de psychologie analytique. Mais vous avez raison en ce sens que Carl-Gustav Jung a entretenu des relations suivies avec Freud entre 1906 et 1913. Il avait fait des études de psychiatrie, exerçant ensuite à Zurich, en toute indépendance par rapport à Freud, qui vit et travaille à Vienne. Il serait donc faux - j'insiste sur ce fait - de considérer le premier comme l'élève du second, même si Jung estime que les recherches de Freud sur l'inconscient sont fondamentales. Il a beaucoup médité sur ce que dit le Maître de Vienne, par exemple dans l’interprétation des rêves, et il reconnaît lui-même l'existence d'un inconscient, mais il s'est formé indépendamment de Freud.

Jung n'est pas d'accord avec Freud ?

Il n'a pas la même conception de la vie de l'inconscient, qu'il se refuse de réduire à l'inconscient personnel, et que l’on ne doit pas décrire comme le fait Freud en considérant qu’il est seulement le réservoir des pulsions et le lieu du refoulé dont les manifestations renvoient à des traumatismes infantiles. Jung ne pense pas que les rapports entre le conscient et l'inconscient soient toujours régis par des pulsions inconscientes d'ordre sexuel. Il a fait sur ce point ses propres expériences cliniques. Il a pratiqué une méthode des associations qui consiste à repérer l’existence de complexes psychiques à travers le délais de réaction à certains mots. Très vite, et en tout cas au moment de sa thèse, à travers une cousine qui se dit somnambule et médium (les faits seront ensuite contestés) il a l'intuition que derrière les phénomènes occultes, c'est la vie de l'inconscient qui se manifeste. En 1902, il publie Psychologie et pathologie des phénomènes dits occultes. Sa thèse est simple ce qu’on appelle « phénomène occulte » est le témoignage de la vie de l'inconscient, qui délivre un savoir qui n’est pas de même nature que le savoir ordinaire, un savoir porteur de sens et d'orientation. Il parle déjà de « gnose » pour désigner ce type de savoir. Ce qui l'intéresse ce ne sont pas les « esprits » en tant que tels mais plutôt l’étincelle de conscience qui permet à l'homme de se transformer lui-même afin de changer le monde. Son objectif est double selon lui, en suivant cette piste, on peut accéder non seulement aux racines névrotiques de la conscience, mais à des zones de la psyché qui délivrent ce genre de savoir.

Pour donner une suite à cette recherche, dans les années 1905, il se passionne pour la mythologie, toutes les mythologies, d'Orient et d'Occident. Ces travaux donneront naissance à un second livre : Métamorphose et symbole de la libido (1911-1912). Freud au départ l’encourage dans cette direction, mais très vite il prend ses distances, car Jung trouve dans les mythologies des messages d'un inconscient qui n est pas forcément l'inconscient personnel et qu'il nommera ensuite « inconscient collectif ». On ne peut pas, estime Jung, se contenter d'une lecture positiviste de l'inconscient. Les mythologies portent des « images primordiales » - des archétypes dira-t-il plus tard - qui se manifestent de manière comparable dans des contextes culturels différents. La sexualité est un thème récurrent parmi ces images archétypiques, mais Jung considère que ce dont parlent alors les mythologies ne saurait être réduit au désir et à l'acte sexuels. Quand ils parlent de sexe, les scénarii mythologiques évoquent le plus souvent autre chose qui renvoie à l'union sacrée (hieros gamos), à la mort et à la régénération de l'initié. Freud suit les recherches de celui qu'il considère comme son disciple et l’héritier, et il est horrifié. Il vit cette trahison du principe explicatif sexuel comme un véritable parricide à son endroit, alors même d'ailleurs que Jung est toujours resté très respectueux et que ce sont simplement deux chemins qui se séparent.

Comment Jung va-t-il vivre après cette rupture ?

En 1913, il traverse une crise personnelle profonde, qu'il nommera « confrontation avec l'inconscient ». Il a 39 ans, il est marié - avec Emma Rauschenbach - père de cinq enfants, il a une clientèle importante et a déjà fait plusieurs voyages aux États-Unis. Tout lui réussit, mais il traverse cependant ce qu'il a plus tard nommé la « crise du midi de la vie ». Il connaît une situation de quasi-bigamie avec Toni Wolff, avec laquelle il poursuivra une liaison de quarante ans. Son objectif est alors de travailler sur les matériaux psychiques qui se présentent à lui afin de « transmuter » les contenus inconscients qui l’assaillent et qui vont devenir la matière première à mettre en œuvre, comme le faisaient les anciens alchimistes. Ce n’est toutefois qu’en 1929 qu'il découvrira véritablement l’alchimie. C'est également durant cette période où il commence à rédiger Le Livre Rouge, et aussi les Sept sermons aux morts qui en font partie, qu'il retrouve quelques-unes des intuitions fondamentales de la gnose. Attention ! Il ne s'agit pas d'une simple réplique de ce que les Pères de l'Église ont appelé une hérésie. Vivant alors une sorte d'acédie gravissime au cours de laquelle il craint de devenir fou, et connaissant un ébranlement des fondements mêmes de sa personnalité, il cherche en lui un fondement solide alors même que, comme dans le Faust de Goethe, tous les savoirs lui semblent vains. Ses lectures anciennes sur la gnose le rassurent un peu. À travers les écrits gnostiques alors connus, comme à travers le mystère de Mithra, il tente de redécouvrir un savoir de l'intériorité. Pour ces gens (comme pour lui après sa fameuse nekya) le monde est un cachot irrespirable. Il cherche l’expérience primordiale qui donne un accès direct à l'inconscient - dans son aspect sombre et dans son aspect lumineux. Il ne le cache pas : « Quand j'ai commencé à lire les gnostiques j'ai cru que c'était des fous ». Mais son expérience personnelle qui le fait descendre dans les profondeurs inconscientes jusqu’aux portes de la folie, lui permet de comprendre les mystiques païens, de comprendre saint Paul sur le chemin de Damas. Ce qui le préoccupe, c'est que, au-delà de son collapsus personnel, il y a une mémoire de l'humanité porteuse d'un message qu'il fallait prendre en compte.

Au fond Jung cherche à se passer du christianisme ?

Dans une lecture superficielle certains ont pu penser cela. Mais c'est tout le contraire. Il s’agit pour Jung, fils de pasteur et nous y reviendrons grand admirateur du catholicisme traditionnel, de redonner au christianisme une vigueur qu'il a perdue parce que la foi s'étiole et que les hommes d’aujourd'hui sont souvent sevrés d'une expérience personnelle du divin. Cette expérience psychologique dramatique, la nekya, le remet sur le chemin de l’expérience du divin. Il ne s'agit pas pour lui d'accumuler les connaissances, mais d'avoir une connaissance qui oriente, qui donne du sens qui sauve. À travers la prise de conscience de l'inanité des savoirs, il a été mis sur le chemin d'une gnose au sens large du terme. Il a compris que rien n'avait de sens en ce monde s'il n’était pas une voie d'accès au plérôme.

Jung est-il gnostique ?

L'intérêt de Jung pour la gnose n’est pas historique mais psychologique. Son approche n'est pas antichrétienne. Il considère, à travers sa propre expérience, que la gnose est porteuse de ce dont les hommes ont besoin. Il y a une différenciation à faire, j'y insiste au passage, entre gnose et gnosticisme. Le gnosticisme est un système de pensée dualiste. Jung contrairement au gnosticisme, n’a jamais fait du mal une entité substantielle. Cela étant, il insiste néanmoins sur sa réalité, non réductible à la fameuse « privation de bien ». Il y a une nocivité effective du mal. Jung voit les hommes comme des êtres en souffrance, qui attendent la parole qui va leur révéler l’existence du plérôme. Tout commence pour lui avec son propre père, qui est Pasteur. Il est très tôt choqué par la détresse de son père, qui accomplit son ministère avec exactitude, mais sans que sa vie en soit transformée. On dirait aujourd'hui que ce père pasteur, c'est un « fonctionnaire de Dieu », selon l’expression de Drewermann, un être bon mais froid. Jung considère qu'il lui appartient, à lui son fils, de trouver la voie, à la place de ce père qu'il compare souvent au roi malade de la légende du Graal. De ce point de vue, même si Jung a travaillé sur les mythologies orientales, il estime que l'Occident est son destin (parce qu'il est le fils de son père) et que dans ce destin, il y a la confrontation à la figure du Christ, qui pour lui est un archétype majeur de la figure du Soi réalisée grâce à l'intégration, par le conscient, des contenus inconscients. Du point de vue de la psychologie analytique, Jung considère que l'on ne peut pas faire comme si le christianisme n’existait pas.

Parle-t-il du christianisme ou du protestantisme ?

Jung a des jugements sévères sur le protestantisme, qui a ravagé ce qui est d'ordre symbolique dans la culture chrétienne. Lui qui travaille avec les images, trouve bien davantage dans le catholicisme. Par exemple, il est enthousiaste au moment - 1950 je crois - de la proclamation du dogme de l’Assomption de la Vierge Marie. Il conduit toute une méditation sur le féminin, sur laquelle je n’ai malheureusement pas le temps d'insister ici, qui lui fait comprendre le culte marial comme un archétype. Vous serez peut-être insatisfait de cette référence à l'archétype mais Jung n'a cessé de préciser qu'il n'était ni métaphysicien ni théologien et je résumerais ainsi sa position : « Je ne raisonne pas en tant qu'homme de foi, mais j'affirme que mes recherches montrent que la psyché humaine porte l'image de Dieu, une image numineuse, qui porte un sens et une orientation, capable de bouleverser une vie humaine ».

Et sa conclusion ?

« Je ne suis pas plus athée que croyant. La psychologie analytique ne se donne aucun droit de trancher sur l’existence de Dieu, mais de recueillir les étincelles de lumière et de permettre à l'homme de retrouver son âme ». Je pense quant à moi - vous pouvez ne pas être d’accord sur ce point - que pour accueillir ces chercheurs d’âme l'institution chrétienne doit se réformer pour garder vivant tout ce qu'il y a d’essentiel dans la christianité.

✍︎ Françoise Bonardel, Jung et la gnose éd. Pierre-Guillaume de Roux, 29 €.

Propos recueillis par l’abbé G. de Tanoüarn monde&vie 21 juin 2018 n°957

mardi 18 février 2020

Luther pire que Marx ?

Luther pire que Marx ?.jpegSi Marx est mort sans laisser de testament, tel un vampire trop vite repu de sang pour être en mesure d'honorer ses promesses de longévité, c'est le fondateur allemand de la Réforme « évangélique » qui est peut-être bien, avant et après lui, le véritable spectre qui hante l'Europe et le monde depuis plus de quatre cents ans. En les dévastant.
De même que les lois de la physique nous montrent un devenir de la matière fait de ruptures formelles sur fond de flux informes et continus, comme des terres qui émergent au sein des flots mêmes qui les engloutiront un jour, de même l'histoire humaine nous livre souvent le spectacle récurrent de légitimités politiques et spirituelles portant en leur sein le principe des contestations qui contribueront à les ruiner. Dès lors, si l'on prend la commodité, comme le fait couramment la gent intellectuelle et progressiste, d'appeler « révolution » ou « modernité » la conception philosophique (d'origine occidentale) qui érige le principe de contestation des pouvoirs établis en valeur suprême de la morale et de la foi, il faut infirmer, à la lueur de la dernière décennie, la phrase de Jules Monnerot décrétant qu’ « il n'y a jamais eu qu'une seule révolution dans l'Histoire, la marxiste », pour la corriger en celle-ci : il n'y a jamais eu qu'un seul révolutionnaire idéologique dans l'Histoire, qui se nomme Martin Luther.
Et si certains, comme Charles Maurras, ont pu définir la Révolution française comme étant « la Réforme reprise et trop cruellement réussie », nous pouvons peut-être, en ce qui nous concerne, émettre l'hypothèse que l'actuelle globalisation néo-capitaliste américaine n'est rien d'autre que l'esprit du protestantisme appliqué de façon exhaustive à la politique et à l'économie mondiales. Des cortèges de massacres de la guerre de Trente Ans jusqu'aux croisades anti-islamiques des néo-conservateurs de la Maison Blanche en passant par le « Kulturkampf » de Bismarck en Prusse, les foudres temporelles et sanglantes provoquées par les écrits du moine défroqué de Wittenberg n'en finissent pas de parcourir et de dévaster la Terre.
Il y a dans le luthéranisme un athéisme masqué
Une monumentale et passionnante Encyclopédie du protestantisme, de plus de 1600 pages, dont le professeur de théologie Pierre Gisel a dirigé une nouvelle édition remaniée et augmentée (la première était parue il y a douze ans) aux Presses universitaires de France, nous fait plonger au sein de cette galaxie religieuse, métaphysique et politique multiséculaire et multinationale, afin d'en mieux saisir les lignes de force, les moments de rupture et les métamorphoses indéfinies. L'ouvrage se révèle indispensable désormais pour quiconque veut saisir les tenants et les aboutissants de la plus célèbre et prolifique des hérésies chrétiennes.
Car l'erreur commune concernant la Réforme est de s'en tenir à ses aspects trop directement ou étroitement théologico-politiques. Pour la plupart des gens, la pensée religieuse de Luther se manifeste essentiellement par une contestation polémique de la légitimité du pape et du clergé, une visée théologique de la prédestination des âmes - héritée de saint Augustin - et du salut par la foi seule, une protestation indignée contre le mercantilisme de la vente des Indulgences, un rejet virulent de la vie monastique, et une valorisation de la société civile comme lieu privilégié de manifestation de la Grâce au détriment des sociétés politique et cléricale jugées corrompues.
En réalité, tout cela, qui est le plus visible, ne vient que dans un second temps, n'est que la suite des effets innombrables issus d'une décision spirituelle centrale et unique, celle que Luther engendra dans la solitude éreintante du cloître à la suite d'une terrible crise d'angoisse métaphysique comme peu d'hommes en connurent de semblable en leur vie la décision de décréter la plus aléatoire et la plus incertaine toute possibilité de manifestation de Dieu dans le monde. En bref, transformer le christianisme, religion latine de l'Incarnation, en théologie allemande de l'absence divine. Il est curieux, du reste, que, de Bossuet à Newman, aucun défenseur autorisé du dogme catholique n'ait pensé à dénoncer d'abord dans le luthéranisme quelque chose comme un athéisme masqué. .
Les conséquences d'un tel coup de force métaphysique ne sont pas que théologiques. Luther n'était pas un prêtre hérétique de plus, comme le christianisme en avait connu des dizaines depuis son institutionnalisation constantinienne - même s'il est vraisemblable que sa doctrine offrait à toutes les hérésies de la Chrétienté (« providentiellement ? » aurait ajouté en souriant Pierre Dac) une sorte de conclusion englobante et logique. Il ne s'agissait plus d'ergoter sur les parts divine et humaine du Christ, sa double nature ou l'unicité de sa personne. Il s'agissait au contraire de clore le débat une fois pour toutes en considérant ces questions dogmatiques finalement comme très inutiles et secondaires, dans la mesure où ce qui importait désormais pour lui, c'était de consommer - de façon prophétique et brutale - la rupture totale et « unilatérale » entre un Dieu crucifié à jamais réfugié au Ciel et les hommes de la Terre, ses créatures si imparfaites et serves (mot que le réformateur affectionnait au point de l'opposer au libre arbitre chrétien d’Erasme et des humanistes renaissants). Créatures que le Christ avait abandonnées dans les rets d'un péché originel plus absolu et désespérant que jamais depuis sa montée au calvaire, afin qu'à sa suite sans doute elles inaugurassent la leur.
Tout ce qui persistait de substrat païen et romain a été anéanti
Sous l'effet de cette théologie du « Dieu en croix » et de la prédestination gratuite (c'est-à-dire en fait arbitraire, puisque indépendante des œuvres humaines), le christianisme se retrouvait plus que réformé au sens propre dénaturé. En réalité, c'est ce qui en lui persistait de substrat païen et romain qui était anéanti. Car, n'en déplaise à certaines interprétations « judéo-chrétiennes » d'aujourd'hui, le christianisme n'a historiquement manifesté sa valeur d'universalité revendiquée dans le catholicisme des papes que parce qu'il avait assimilé dans une religion nouvelle, au moyen de la révélation trinitaire, à la fois le monothéisme hébraïque et le paganisme gréco-latin. La divinité n'était plus, depuis la Bible chrétienne, une suzeraineté supra-céleste unique et invisible, barricadée dans les foudres de sa Loi, ni une multitude de dieux anthropomorphes et naturels, mais un seul Dieu créateur fait de trois personnes distinctes dont la plus décisive pour nous, le Verbe, s'était faite homme.
Le catholicisme, comme Dante et Höderlin l’ont formulé mieux que tous les théologiens, c'est la révélation - devenue aujourd'hui inaudible, du fait de la Réforme - que le Dieu d'Abraham a engendré de toute éternité un Fils pour l'humanité entière. C'est ce que l'on appelle la romanité de l'Eglise. Puisque, tel Dionysos ressuscité par Jupiter après le meurtre fondateur des Titans, son incarnation et son sacrifice ont rendu possibles la divinisation du monde et sa participation au règne de Dieu. Or, ce qui semble énorme aujourd'hui fut perçu comme parfaitement naturel pendant des siècles par tous les chrétiens de l'Europe. Sans cette profonde affinité entre l'esprit de la romanité et la théologie trinitaire (et même entre la figure du Christ et celle du dieu orphique de la vigne, que des fresques du IIe siècle, dans les catacombes, identifient d'ailleurs), jamais la religion du Crucifié, pour reprendre l'expression dédaigneuse et si luthérienne de Nietzsche, n'aurait pu devenir aussi vite la religion exclusive de l'Empire.
On ne s'étonnera pas, dès lors, de la proscription lancée par Luther contre le culte de la Vierge, des Anges et des Saints. Là encore, c'est l'esprit hérité du paganisme originel de Rome, sauvegardé et même justifié par l'Eglise, qui est visé. Marie Theotokos (Mère de Dieu), ce n'est pas seulement la traduction chrétienne de l'antique Déméter et de toutes les grandes déesses primordiales de la Terre des religions polythéistes. C'est la personnalisation humaine et originelle de la sagesse divine, la figure proprement mythologique - dont la révélation n'est pas contenue dans les Ecritures mais léguée par l'Esprit saint - de la divino-humanité consacrée par la naissance du Christ.
La « mort de Dieu » de Nietzsche fruit de la Réforme
Les conséquences religieuses, spirituelles, morales et géopolitiques de ce renversement théologique initié par la Réforme, et dont l'adoption par les princes allemands opposés à l'hégémonie des Habsbourg fournira du même coup une âme nationale à l'Allemagne, sont peut-être les plus formidables, et les plus terribles, de toutes celles qu'a connues l'humanité historique. Comme nous le disions plus haut, le monde aurait pu faire l'économie de Marx, ou même de Rousseau, pas celle de Luther. Sans lui, jamais les Lumières kantiennes, cette idée d'un savoir transcendantal accessible à l'homme par la seule intériorité de sa raison, n'auraient pu exister, et comme l'a très bien montré Jean Jaurès dans sa célèbre thèse de 1891, Les Origines du socialisme allemand, sans Kant jamais l'idéologie internationaliste et révolutionnaire de la social-démocratie, elle non plus, n'aurait pu voir le jour. Sans lui, pas de guerres de religion, pas de guerre civile anglaise, pas de démocratie parlementaire, pas de révolution bourgeoise et capitaliste, pas de Prusse impérialiste, et, naturellement, pas d'Etats-Unis d'Amérique de langue anglaise et de foi réformée.
Mais surtout, ce qui est pour nous le plus grave parce que cautionnant une rupture anthropolico-religieuse dont nous n'avons toujours pas fini de mesurer les conséquences ultimes, sans Luther, Dieu et le monde, que le christianisme à la suite des religions païennes avait reliés sans jamais les assimiler, sont entrés dans cette lutte à mort sauvage dont la conscience morale de l'homme « libéré » (aussi bien de la nature que de l'esprit) est devenue le lieu de bataille unique et impossible. Ce n'est pas sans catastrophe que l'on révoque toute religion de la Terre.
Luther n'a rien fait d'autre qu'universaliser une théologie d'Ancien Testament qui était faite pour demeurer celle d'un peuple particulier et, pour cela même, soigneusement distingué de son propre chef du reste des autres (c'est peut-être là, d'ailleurs, qu'est le vrai « génie du judaïsme », pour paraphraser Chateaubriand). « La mort de Dieu » de Nietzsche, le « désenchantement du monde » de Max Weber et Marcel Gauchet, ce ne sont pas les fruits de la Bible de saint Jérôme, mais seulement ceux de la Réforme du XVIe siècle.
Désormais, les fureurs angoissées du moine augustin germanique, qui ne trouvait plus au sein des cathédrales romaines le moindre reflet de la grâce divine, ont rendu le monde post-chrétien sans éternité et sans rédemption. L'Occident anglo-saxon, indifféremment luthérien, capitaliste et révolutionnaire, y déchaîne dès lors ses feux carnassiers, dont sans fin « le vide nous suce », pour reprendre la formule saisissante d'Henri Michaux, le moins protestant, sans doute, des grands poètes modernes.
Philippe Marsay Le Choc du Mois Septembre 2007

A lire : Encyclopédie du protestantisme, sous la direction de Pierre Gisel, PUF, 1 632 pages.