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vendredi 22 mai 2026

La Russie renforce ses capacités de contre-émission de satellites : la vulnérabilité de l’Europe

  


par Paolo Hamidouche

Depuis février 2026, des rumeurs publiées par le Financial Times, citant divers experts et responsables européens, alimentent la polémique. Selon ces informations, les satellites de télécommunications de l’Union européenne seraient, depuis plusieurs années, la cible d’interceptions SIGINT (renseignement d’origine électromagnétique) menées par des satellites russes partageant la même orbite géostationnaire.

Cela s’inscrit dans une préoccupation occidentale plus large concernant le développement, en Russie et en Chine, de satellites combinant des capacités de reconnaissance et des capacités antisatellites potentielles, à peine dissimulées par la classification russe confuse qui qualifie certains de ces engins de «satellites inspecteurs».

Ces satellites ont indéniablement pour point commun leur manœuvrabilité, qui leur permet de modifier leurs paramètres orbitaux afin de s’approcher des engins spatiaux d’autres pays, de mieux détecter leurs émissions électromagnétiques, voire, potentiellement, de mener des actions hostiles.

Si l’utilisation de satellites comme plateformes de renseignement électromagnétique (SIGINT) n’est pas nouvelle, cette information a néanmoins confirmé les faiblesses spécifiques de l’Union européenne en matière de sécurité de ses véhicules orbitaux.

Les Luch nous écoutent

L’article du Financial Times du 4 février 2026, au titre sensationnaliste «Des engins spatiaux espions russes ont intercepté des satellites clés de l’Europe, selon des responsables», a fait grand bruit, même s’il ne constituait pas en soi une avancée majeure.

Le journal britannique a recueilli les témoignages de divers experts militaires et civils, qui ont confirmé l’intense activité de renseignement électromagnétique (SIGINT), c’est-à-dire l’interception et l’analyse des émissions électromagnétiques, menée ces dernières années notamment par deux satellites russes Olympus en orbite géostationnaire, à environ 36 000 km d’altitude, au détriment de satellites européens importants.

Cette situation a suscité l’inquiétude au sein de l’Union européenne pendant plusieurs semaines. Même un mois et demi après la révélation de l’affaire, le 13 mars 2026, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, en visite sur la base norvégienne de Bardufoss pour les exercices de l’OTAN «Cold Response 2026», a déclaré à Jane’s : «Nous sommes préoccupés, mais nous renforçons nos capacités spatiales, notamment en matière de lancement de satellites, et nous appliquons notre souveraineté dans tous les domaines techniques».

Il a jusqu’à présent nié tout «accident avec des satellites russes, du moins à ma connaissance». Quelques heures auparavant, Pistorius avait inspecté le pas de tir inauguré par la société spatiale allemande privée Isar Aerospace en Norvège, sur l’île d’Andøya, où était prévu le lancement de la fusée porteuse Spectrum le 25 mars. Cette fusée à deux étages, haute de 28 mètres, a une capacité d’emport comprise entre 700 et 1000 kg. Ce lancement aurait inauguré le premier cosmodrome européen sur le sol continental, contrairement au pas de tir sud-américain traditionnellement utilisé par l’Agence spatiale européenne, celui de Kourou, en Guyane française.

Le lancement de Spectrum, qui transportait cinq petits «cubesats» (satellites scientifiques modulaires classiques), a été annulé à la dernière minute en raison de problèmes techniques et reporté à une date ultérieure en avril 2026. Il s’agit néanmoins d’un début difficile pour le développement, en Europe et plus particulièrement en Allemagne, de la capacité à placer des satellites en orbite à faible coût depuis un territoire continental. D’autant plus que, il y a un peu plus d’un an, le 30 mars 2025, le tout premier lancement de Spectrum depuis le pas de tir d’Andøya s’est soldé par un désastre : le prototype a dérapé 18 secondes après le décollage, explosé 30 secondes plus tard et s’est abîmé en mer.

Le développement de Spectrum, dont le premier lancement réussi se fait toujours attendre, contribuera assurément à renforcer la capacité de l’Europe à placer de nombreux satellites en orbite à moindre coût.

Il s’inscrit ainsi dans le cadre du plan ambitieux annoncé par Pistorius en novembre 2025, prévoyant un investissement de 35 milliards d’euros d’ici 2030 dans les capacités spatiales allemandes, notamment pour la mise en place d’un réseau résilient d’une centaine de satellites de communications militaires destinés à la Bundeswehr.

Déjà à cette époque, les craintes d’espionnage spatial russe par SIGINT étaient présentes, mais c’est en février 2026 que l’alerte lancée par le quotidien britannique a retenti avec le plus d’impact. Comme l’écrivait le Financial Times : «Les responsables européens de la sécurité estiment que deux engins spatiaux russes ont intercepté les communications d’au moins une douzaine de satellites clés au-dessus du continent.

Ces responsables pensent que ces interceptions probables, qui n’avaient pas été signalées auparavant, risquent non seulement de compromettre des informations sensibles transmises par les satellites, mais pourraient également permettre à Moscou de manipuler leurs trajectoires, voire de les faire s’écraser (l’expression “voire de les faire s’écraser” était suggestive à cet égard). Les engins spatiaux russes surveillent de plus près les satellites européens depuis trois ans, dans un contexte de fortes tensions entre le Kremlin et l’Occident suite à l’invasion de l’Ukraine. Depuis de nombreuses années, les autorités civiles et militaires occidentales suivent les activités de Luch-1 et Luch-2, deux objets russes qui ont effectué à plusieurs reprises des manœuvres suspectes en orbite».

D’après des sources du Financial Times, ces deux satellites – Luch-1, lancé en 2014 et mis hors service il y a quelques mois seulement, et Luch-2, en orbite depuis 2023 – se sont souvent approchés à une distance relativement faible, de l’ordre de quelques dizaines de kilomètres (une distance très courte à l’échelle cosmique), de plusieurs satellites européens, détectant leurs communications radio. Luch-2 aurait ainsi «suivi» pas moins de 17 satellites en moins de trois ans de fonctionnement. Grâce à leur positionnement en orbite géostationnaire, ces satellites ont pu couvrir de manière constante une portion spécifique de la surface terrestre, à savoir la zone délimitée par les méridiens correspondant à l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.

Parmi les plus inquiets, le journal a interviewé directement le général allemand Michael Traut, 61 ans, officier de la Luftwaffe et commandant, depuis le 27 septembre 2021, du Commandement spatial de la Bundeswehr (WRKdoBw), une force spatiale allemande naissante qui a acquis une plus grande autonomie le 1er avril 2023, tout en restant rattachée à la Luftwaffe.

Selon Traut : «Les deux satellites sont soupçonnés d’avoir mené des opérations de renseignement électromagnétique (SIGINT). Le danger réside dans l’interception par les Russes de la liaison de commande, le canal utilisé par les contrôleurs au sol pour envoyer des instructions. L’accès à ces données permettrait à un acteur hostile d’envoyer de fausses commandes, de modifier les orbites ou de désactiver les satellites».

Par ailleurs, un «officier du renseignement européen» anonyme estime que, par leurs manœuvres, «les véhicules Luch ont très probablement cherché à se positionner dans le cône étroit des transmissions de données envoyées aux satellites par les stations de contrôle au sol».

L’officier du renseignement s’est inquiété du fait que les signaux provenant des satellites européens ne soient probablement pas cryptés, d’autant plus que ces satellites ont été lancés il y a plusieurs années et ne disposent pas de systèmes informatiques ni de systèmes de cryptage de transmission sophistiqués et à la pointe de la technologie.

En substance, il ne s’agit pas seulement d’intercepter les communications de toutes sortes, civiles et militaires, et de filtrer celles présentant un intérêt stratégique pour la Russie, mais aussi de cloner les signaux de commande qui régulent le fonctionnement des satellites des pays de l’Union européenne, ce qui offre un large éventail d’options.

Les moins destructrices peuvent consister en un simple brouillage, ou perturbation du système, ni plus ni moins qu’une contre-mesure électronique (CME) classique, la guerre électronique utilisée dans le domaine militaire depuis plus d’un siècle, depuis les débuts de la radio. Mais le clonage des signaux de contrôle permet également d’imiter les commandes d’autrui et d’endommager physiquement le vaisseau spatial ennemi. Concrètement, en cas de guerre, les Russes pourraient ordonner la désorbitation forcée d’un vaisseau spatial ennemi en allumant ses rétrofusées, ralentissant ainsi le satellite à une vitesse inférieure à celle nécessaire au maintien de son orbite. Cette vitesse est appelée «première vitesse cosmique» ou «vitesse de stationnement». Dans le cas de la Terre, elle est d’environ 7 à 8 km par seconde, soit 25 000 à 28 000 km/h, pour les orbites basses, et d’environ 3 km par seconde, soit 11 000 km/h, pour les orbites très hautes comme l’orbite géostationnaire. En contrôlant à distance l’allumage des rétrofusées du satellite, dont le vecteur est opposé à son mouvement, le vaisseau ralentirait jusqu’à sa rentrée dans l’atmosphère terrestre.

Comme les satellites ne sont généralement pas équipés pour la rentrée atmosphérique (à l’exception des capsules spéciales), dépourvus de boucliers thermiques et de parachutes, la désorbitation est synonyme de destruction certaine.

Le danger bien réel, et la position de premier plan de l’Allemagne, sont également mis en évidence par l’accord Berlin-Canberra sur la sécurité spatiale, signé le 26 mars dans la capitale australienne par Pistorius et le ministre australien de la Défense, Richard Marles. Cet accord vise à collaborer à la création d’un réseau mondial de capteurs permettant d’alerter rapidement en cas de sabotage de satellites.

La collaboration militaire entre l’Australie et l’Allemagne, qui inclut déjà l’intérêt de Berlin pour les lasers anti-drones Apollo de la société australienne EOS, s’étend désormais au domaine spatial. EOS propose également le laser terrestre Atlas, réputé capable de suivre, voire d’aveugler et potentiellement de détruire des satellites hostiles.

Le ministre allemand de la Défense a déclaré avec son homologue australien : «Dans l’espace, la Chine et la Russie sont nos voisins directs. Elles ont accru leurs capacités offensives spatiales. Elles peuvent brouiller, aveugler ou détruire des satellites. Nous devons savoir ce qui se passe là-haut. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons protéger nos propres systèmes». Son homologue, Marles, a renchéri : «Il est important pour l’Australie d’approfondir ses relations avec l’Allemagne, un pays qui partage notre attachement à un ordre international fondé sur des règles».

Reconnaissance et «Inspecteurs»

Les analystes militaires européens considèrent que les projets potentiels de guerre antisatellite s’inscrivent dans la «guerre hybride» menée par la Russie, qui recourt au sabotage, à la cyberguerre et aux opérations clandestines. Ce n’est pas nouveau, compte tenu des opérations spéciales que tous les services de renseignement, y compris ceux des pays occidentaux, ont menées par le passé.

Parmi les experts interrogés par le Financial Times, Belinda Marchand, de la société américaine Slingshot Aerospace, qui suit les engins spatiaux grâce à des capteurs au sol et à l’intelligence artificielle, a déclaré : «Les véhicules Luch manœuvrent et se positionnent à proximité de satellites géostationnaires, souvent pendant plusieurs mois d’affilée. Luch-2 se trouve actuellement à proximité d’Intelsat 39, l’un des plus grands satellites assurant les communications entre l’Europe et l’Afrique». Marchand a également commenté le sort de Luch-1, qui ne sera plus opérationnel à l’automne 2025, ayant été placé sur une orbite dite «cimetière», plus élevée que l’orbite géostationnaire, et qui pourrait avoir été détruit. Le 30 janvier 2026, des télescopes terrestres ont observé l’émission d’un jet de gaz, puis, peu après, l’engin est apparu en fragments. L’expert de Slingshot Aerospace estime : «Il semble que tout ait commencé par un problème de propulsion, suivi d’une fragmentation, et le satellite est toujours en chute libre». Norbert Pouzin, de la société française de suivi satellitaire Aldoria, a observé que les «victimes» de Luch étaient récurrentes : «Les satellites russes ont ciblé les mêmes familles, les mêmes opérateurs. On peut donc en déduire qu’ils ont un objectif ou un intérêt précis. Et ce sont tous des opérateurs basés dans des pays de l’OTAN. Même si les Russes ne parviennent pas à décrypter le message, ils peuvent étudier le fonctionnement du satellite et cartographier l’emplacement des stations de contrôle et de gestion au sol».

https://reseauinternational.net/la-russie-renforce-ses-capacites-de-contre-emission-de-satellites-la-vulnerabilite-de-leurope/

jeudi 19 février 2026

La problématique du Donbass ukrainien

 

Le cas du Donbass (régions de Donetsk et Louhansk) met en lumière toutes les tensions du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes face aux principes de souveraineté étatique et d’intégrité territoriale. Analyse des arguments des deux «côtés» (les populations prorusses du Donbass / la Russie d’un côté, l’Ukraine et le droit international de l’autre), en montrant les fondements juridiques et les limites, puis les difficultés concrètes.

Résumé – Le conflit du Donbass (2014-2022) résulte de la collision entre deux principes : l’intégrité territoriale de l’Ukraine, d’une part, et le droit des populations locales à l’autodétermination, d’autre part. Depuis 2014, à la suite du renversement du président Ianoukovitch, les régions de Donetsk et Louhansk ont rejeté le nouveau pouvoir issu du Maïdan et proclamé leur autonomie puis leur indépendance, en invoquant notamment les restrictions linguistiques et les changements politiques imposés depuis Kiev. Les affrontements entre forces ukrainiennes et séparatistes, aggravés par l’intervention de groupes paramilitaires ultranationalistes ukrainiens, ont fait des milliers de morts. Les Accords de Minsk (2014-2015) visaient un règlement négocié mais n’ont jamais été appliqués. Entre influences internationales, accusations mutuelles de violations du droit international et sentiment d’abandon des populations locales, la situation a dégénéré jusqu’à l’invasion russe de février 2022, présentée par Moscou comme une aide aux républiques du Donbass. Le dossier illustre la difficulté à concilier frontières héritées et aspirations locales dans un contexte géopolitique explosif.

Chronologie des événements

Chronologie factuelle 2012 – 2022 autour du Donbass et de la crise ukrainienne

2012

•  Viktor Ianoukovytch (provenant du Parti des Régions, très implanté dans le Donbass) est président de l’Ukraine depuis 2010.

•  Le pays est marqué par une ligne politique oscillant entre rapprochement avec l’UE et liens économiques/énergétiques forts avec la Russie.

2013

•  L’Ukraine négocie un accord d’association avec l’Union européenne.

•  Novembre 2013 : Ianoukovytch suspend la signature sous pression économique de Moscou.

•  Début des manifestations de Maïdan à Kiev (mouvement Euromaidan).

  • Soutenu et aidé par partis pro-occidentaux, une partie des ONG, et des diplomates occidentaux (dont Victoria Nuland-USA, John McCain, etc.).

  • Perçu dans l’est et le sud du pays comme un mouvement hostile à Ianoukovytch et aux régions russophones.

2014

•  Février 2014 : affrontements violents à Kiev, effondrement du pouvoir, départ de Ianoukovytch.

  • Pour les manifestants : révolution populaire.

  • Pour Moscou et une partie des habitants du Donbass : changement de pouvoir illégitime sous influence occidentale et interventions de services étrangers.

•  Mars 2014 : Annexion de la Crimée par la Russie (référendum non reconnu par l’ONU).

•  Avril 2014 : Insurrections armées à Donetsk et Louhansk, proclamation des «Républiques populaires».

•  Le gouvernement ukrainien de Kiev lance l’opération antiterroriste (OAT) contre les forces séparatistes.

•  Mai 2014 : Élection comme président de Petro Porochenko, magnat du chocolat & confiseries, antirusse. Avec 54,7% et une faible participation des électeurs de l’Est.

•  Mai-juillet 2014 : Adoption par Kiev de lois sur la langue nationale ; un texte supprimant officiellement le statut du russe comme langue régionale est voté. Loi non promulguée mais qui a été largement exploitée politiquement et qui a profondément choqué l’Est du pays.

•  Apparition de bataillons volontaires contre le Donbass (Azov, Aïdar, Donbass), intégrés partiellement ensuite à la Garde nationale. Des exactions ont eu lieu des deux côtés.

•  Septembre 2014 : Minsk I – accord de cessez-le-feu (qui échoue rapidement).

2015

•  Février 2015 : accords de Minsk II

  • Prévoient un cessez-le-feu, un retrait des armes lourdes, des élections locales, et un statut spécial pour certaines zones du Donbass (autonomie locale encadrée).

  • Co-signataires : Ukraine, Russie, OSCE ; médiation franco-allemande (Format Normandie).

•  Les combats se poursuivent sporadiquement malgré l’accord (Debaltseve notamment).

2016 – 2018

•  Poursuite du conflit qui aboutit à 14 000 morts (Chiffres ONU).

•  Discussions interminables sur la mise en œuvre de Minsk :

  • L’Ukraine accuse Moscou d’armer les séparatistes.

  • Moscou reproche à Kiev de refuser la réforme constitutionnelle prévoyant le statut spécial des régions du Donbass.

•  2018 : Adoption de lois linguistiques en Ukraine renforçant l’usage de l’ukrainien dans l’éducation, les médias et l’administration, perçues dans le Donbass comme discriminatoires.

2019

•  Élection de Volodymyr Zelensky.

  • Sous des promesses de paix et de mise en œuvre de Minsk.

  • Tentatives initiales de retrait simultané sur la ligne de front.

•  Opposition interne forte en Ukraine de l’Ouest à l’idée d’un statut spécial jugé «trop favorable» aux séparatistes et à la Russie.

2020 – 2021

•  Les négociations stagnent ; les cessez-le-feu partiels échouent.

•  La Russie commence un renforcement militaire massif autour de l’Ukraine (fin 2021).

•  Sur le plan diplomatique :

  • France (Macron) et Allemagne (Merkel jusqu’en 2021) poursuivent la médiation.

  • Les autorités allemandes et françaises reconnaîtront plus tard (2022-2023) que Minsk avait aussi, dans les faits, servi à «gagner du temps» pour renforcer l’armée ukrainienne.

•  ONU :

  • Comme chaque année, la Russie présente une résolution condamnant la «glorification du nazisme» et l’utilisation de symboles nazis.

  • Les États-Unis et l’Ukraine votent contre ces résolutions (position constante depuis 2014), au nom de la liberté d’expression et du refus d’une instrumentalisation politique du terme «nazisme».

Début 2022

•  Janvier-février 2022 :

  • Dernières tentatives diplomatiques (France, Allemagne, Turquie).

  • Discussions russo-ukrainiennes à Istanbul (Turquie).

  • Visite remarquée de Boris Johnson (GB) à Kiev, qui selon plusieurs sources ukrainiennes aurait incité Zelensky à ne pas accepter de concessions.

•  21 février 2022 :

  • La Russie reconnaît officiellement les «Républiques» de Donetsk et Louhansk. Environ 150 conseillers militaires US présents en Ukraine ont quitté le pays.

•  24 février 2022 :

Analyse

1. Contexte factuel

Éléments essentiels à rappeler :

1. Début du conflit : Depuis 2014, des groupes séparatistes prorusses se sont emparés de leurs territoires dans les oblasts de Donetsk et Louhansk (est de l’Ukraine), créant des «Républiques populaires» autoproclamées (DPR / LPR).

2. Minsk I & II : Des accords (Minsk 2014 puis Minsk 2015) prévoyaient notamment un «statut spécial» pour certaines zones du Donbass (autonomie locale) et un cadre de décentralisation.

3. Lois ukrainiennes : Après 2018, l’Ukraine adopte des lois limitatives de l’usage du russe (éducation, langue administrative) dans certaines zones. Des critiques soutiennent qu’elles contreviennent aux engagements de Minsk.

4. Reconnaissance par la Russie : En février 2022, la Russie reconnaît l’indépendance des républiques de Donetsk et Louhansk.

5. Référendums d’annexion : La Russie, après reconnaissance, soutient l’organisation de référendums (largement contestés sur la légitimité) pour «intégrer» ces territoires à la Fédération de Russie. L’ONU a dénoncé des «simulacres» illicites.

6. Voix russophones et «peuple» du Donbass : Les séparatistes et la Russie présentent la population comme un «peuple russe» qui subit des discriminations (restriction de langue, exclusion, agressions) – argument de droit à l’auto-détermination.

Les opérations militaires ukrainiennes et les bataillons nationalistes avant 2022

Un élément central du conflit avant l’intervention militaire russe de février 2022 concerne les opérations armées menées par les forces ukrainiennes dans le Donbass dès 2014, dans le cadre de ce que Kiev appelait «l’opération antiterroriste» (OAT). Après la prise de contrôle de villes par les séparatistes prorusses, l’État ukrainien a engagé ses forces régulières, mais aussi des bataillons volontaires nouvellement formés – dont certains, comme AzovAïdarDnipro-1Donbass, avaient des compositions et orientations idéologiques hétérogènes, souvent marquées par des éléments nationalistes très radicaux. Des abus et exactions ont été documentés par plusieurs organisations internationales, notamment Amnesty InternationalHuman Rights Watch et l’ONU : détentions arbitraires, mauvais traitements, exécutions extrajudiciaires, tirs d’artillerie indiscriminés dans des zones habitées. Ces violations n’étaient pas systématiques, mais elles ont été suffisamment nombreuses pour être reconnues officiellement dans plusieurs rapports.

Du côté ukrainien, ces bataillons étaient considérés comme des unités «volontaires» suppléant une armée affaiblie, opérant dans un contexte de guerre chaotique contre des milices soutenues par la Russie. Du côté des populations du Donbass, ces groupes ont rapidement été perçus comme des «brigades punitives», expression largement employée dans la région et reprise par Moscou, en raison de leur réputation d’hostilité envers les russophones et de leur engagement sans nuance dans la pacification des zones rebelles. Les combats de 2014-2021 ont causé, selon l’ONU, environ 14 000 morts, dont plusieurs milliers de civils, et ont solidifié l’idée, chez de nombreux habitants du Donbass, qu’ils étaient victimes d’une répression militaire.

Sur le plan du droit international, ces faits ont nourri l’argument séparatiste selon lequel la population du Donbass subissait des «violations graves et continues» de ses droits – argument utilisé pour justifier une revendication d’auto-détermination externe (la «sécession-remède»). Cependant, pour de nombreux juristes internationaux, même ces exactions ne constituent pas automatiquement un fondement juridique suffisant pour reconnaître la légitimité d’une sécession ou d’un rattachement à la Russie. En revanche, ces violences rendent incontestable l’existence d’un conflit interne grave ayant profondément délégitimé, aux yeux d’une partie de la population locale, l’autorité de Kiev – un élément clé pour comprendre pourquoi les demandes d’autonomie, puis de séparation, se sont radicalisées bien avant l’intervention armée russe de 2022.

2. Analyse du point de vue du droit international

2.1 Arguments en faveur (séparatistes / Russie)

•  Droit à l’autodétermination : Les partisans du Donbass affirment que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’applique : la population localement majoritairement russophone constituerait un «peuple» distinct, avec le droit de choisir son statut politique (autonomie, indépendance, rattachement). Ce droit découle, selon eux, de traités comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et du principe de la Charte de l’ONU.

•  «Sécession réparatrice» (remedial secession) : Certains avancent que la sécession serait un «remède» face à des pratiques discriminatoires de Kiev (langue russe, droits culturels) – c’est une argumentation juridique particulière, proche de la théorie de la «sécession réparatrice» (remedial self-determination).

•  Violation du «statut spécial» et des engagements de Minsk : Selon la Russie, l’Ukraine n’a pas pleinement respecté ses engagements (par exemple la langue), ce qui légitimerait une forme d’autodétermination ou au moins la non-application unilatérale des frontières étatiques sans prise en compte du souhait local.

•  Justification humanitaire / de protection : De la part de certains juristes et politiciens russes, la «protection» des russophones du Donbass est avancée comme un motif suffisant pour le soutien politique et militaire.

2.2 Les limites et contre-arguments (droit international et Ukraine)

•  Intégrité territoriale : Le droit international reconnaît fortement le principe d’intégrité territoriale des États. L’Assemblée générale de l’ONU, par exemple, a dénoncé la reconnaissance par la Russie de ces «républiques» comme une violation de la souveraineté ukrainienne.

•  Absence de reconnaissance internationale : Les «Républiques» de Donetsk et Louhansk ont une reconnaissance extrêmement limitée (quelques États, ou pas du tout selon les interprétations).

•  Critique de la «sécession réparatrice» : Dans le droit international dominant, la «sécession réparatrice» est très controversée : peu de précédents clairs et peu de tribunaux (ou d’organes internationaux) ne l’ont formellement consacrée.

•  Violation des accords de Minsk par la Russie : Certains juristes affirment que la Russie instrumentalise l’auto-détermination pour justifier une ingérence armée, ce qui va à l’encontre du droit international (usage de la force, annexion).

•  Résolution de l’ONU : La résolution ES-11/4 de l’Assemblée générale (2022) condamne les référendums d’annexion comme «illicites et nuls» selon le droit international.

•  Loi ukrainienne sur la «réintégration» : L’Ukraine a adopté une loi («loi de réintégration du Donbass») qui rejette toute autonomie hors du cadre ukrainien et exclut la mise en œuvre d’une partie des dispositions de Minsk.

•  Droit humanitaire : Selon Human Rights Watch (et d’autres), les forces russes dans le Donbass peuvent être considérées comme occupant, ce qui engage les obligations du droit international humanitaire (Convention de Genève, etc.).

3. Problématiques concrètes et tensions

1. Définir «peuple» : Pour que l’auto-détermination externe (sécession) soit légitime, il faut souvent identifier un «peuple» (cultural, linguistique, historique). Le Donbass a un mélange complexe d’identité : russophone, ukrainophone, soviétique, etc.

2. Légitimité des référendums :

  • Les référendums d’»intégration à la Russie» organisés par la Russie/séparatistes sont largement contestés par la communauté internationale : procédure, observation, contrainte, menaces, coercition sont dénoncés.

  • L’ONU (Assemblée générale) a explicitement déclaré ces référendums «illicites».

3. Mise en œuvre des engagements de Minsk :

  • Le «statut spécial» prévu par Minsk n’a jamais été complètement mis en place, selon certaines sources, ou/et a été annulé/rejeté par Kiev selon d’autres.

  • Les divergences sur l’interprétation du statut (autonomie locale vs sécession) creusent le conflit.

4. Usage de la force et annexion :

  • Le soutien militaire de la Russie aux séparatistes, et finalement l’annexion revendiquée, soulèvent des problèmes majeurs d’agression, de violation de la Charte des Nations unies, d’occupation illégale.

  • La justification «protection des russophones» peut être perçue comme un prétexte pour une action expansionniste.

5. Droits linguistiques :

  • Les accusations de suppression de la langue russe (éducation, administration) sont au cœur de l’argument de discrimination.

  • Cependant, en droit international, la simple discrimination linguistique ne garantit pas automatiquement un droit à la sécession.

6. Stabilité internationale :

  • Si on admet que toute minorité linguistique peut se séparer, cela mettrait à mal le principe d’intégrité territoriale et pourrait engendrer de nombreux conflits semblables dans d’autres États.

7. Responsabilité humanitaire :

  • En cas de conflit prolongé, il y a des violations des droits de l’homme, des civils tués, déplacés – cela compliquent la légitimité des revendications (et la responsabilité des acteurs locaux et extérieurs).

4. Analyse synthétique : Doit-on voir ce cas comme de l’auto-détermination légitime ?

•  Il y a des arguments légitimes du côté prorusse / séparatiste : la population russophone du Donbass peut revendiquer des droits culturels, linguistiques, ainsi qu’une forme d’autonomie. Les griefs (suppression de la langue, manque de représentation) ne sont pas nécessairement fictifs.

•  Mais l’auto-détermination externe (sécession + rattachement à la Russie) est difficile à justifier pleinement dans le cadre du droit international au regard des principes de l’intégrité territoriale.

•  L’annexion par la Russie ou la reconnaissance de «républiques» par la Russie pose un problème massif : cela contrevient largement au droit international si on considère la souveraineté de l’Ukraine, l’usage de la force, et même l’absence d’un large soutien international.

•  En outre, la légitimité des référendums organisés sous occupation, ou avec l’appui direct d’un pouvoir extérieur, est contestable.

5. Conclusion

•  Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes peut être invoqué dans le cas du Donbass, mais il ne garantit pas automatiquement un droit à l’indépendance ou à l’annexion à la Russie dans les conditions du droit international «classique».

•  Les frontières de l’Ukraine sont largement protégées par le droit international : l’intégrité territoriale reste un principe majeur et les efforts d’annexion sont largement condamnés (résolution de l’ONU).

•  Une solution plausible du point de vue du droit international (et de la paix potentielle) aurait été (et reste) une autonomie réelle (statut spécial) dans le cadre ukrainien, négociée et protégée par accord international (comme Minsk, mais réellement mis en œuvre), plutôt qu’une sécession pure ou une annexion forcée. Mais cela semble «trop tard» désormais après les implications étrangères fortes, tant de l’Ouest que de la Russie.

•  Enfin, la «justification humanitaire» ou de protection («protéger les russophones du Donbass») est un argument utilisé, mais qui reste controversé juridiquement bien qu’il soit réel, surtout dans le contexte d’une intervention militaire et d’une annexion.

Le Donbass constitue ainsi un exemple majeur de conflit où la fragmentation identitaire faisant suite à des décisions de restriction culturelle notamment linguistique, un passé historique récent qui a définit des frontières nouvelles à la fin de l’URSS, ainsi que les rivalités géopolitiques contemporaines puis l’absence de mise en œuvre d’accords politiques ont conduit à la rupture de fait du cadre juridique international.

Michel T.

ANNEXE – Déclaration en 2014 de Petro Poroshenko, 1er président élu après le «Maïdan».

«Nous aurons du travail et eux, non. Nous aurons les retraites et eux, non. Nous aurons des avantages pour les retraités et les enfants et eux, non ! Nos enfants iront à l’école et à la garderie, leurs enfants resteront dans les caves ! Parce qu’ils ne savent rien faire. Et c’est comme ça, précisément comme ça, que nous gagnerons cette guerre !»

source : Stratpol

https://reseauinternational.net/la-problematique-du-donbass-ukrainien/

samedi 7 février 2026

La politique russe en Ukraine : une réponse légitime à l’expansionnisme occidental ?

 

Drapeau Fédération de Russie

Introduction : les racines d’un conflit post-soviétique

La chute de l’Union soviétique en 1991 a marqué la fin d’une ère bipolaire et l’émergence d’un monde dominé par les États-Unis et leurs alliés occidentaux. Pour la Russie, cette transition n’a pas été synonyme de partenariat égalitaire, mais d’une série de promesses non tenues, d’expansions militaires et d’ingérences qui ont progressivement érodé sa sphère d’influence et menacé sa sécurité nationale. Cet article souhaite démontrer comment les actions occidentales – en particulier l’expansion systématique de l’OTAN vers l’Est – ont rendu inévitable l’annexion de la Crimée en 2014 et l’intervention militaire en Ukraine en 2022. Ces événements ne sont pas des actes d’agression gratuite, mais des mesures vues comme défensives face à un empiétement géopolitique perçue comme existentiel. Néanmoins, pour un équilibre intellectuel, nous n’évacuerons pas totalement la vision occidentale, qui voit dans ces actions russes une violation du droit international et une menace à la souveraineté des États post-soviétiques. En remontant aux assurances informelles données à Mikhaïl Gorbatchev, nous examinerons l’expansion de l’OTAN, les avertissements russes ignorés, les ingérences occidentales dans les « révolutions de couleur », le précédent du Kosovo, et l’échec des accords de Minsk, qui ont scellé le destin du conflit.

Les promesses informelles de 1990 et l’expansion systématique de l’OTAN

Au cœur de la narrative russe se trouve la conviction que l’Occident a trahi des engagements verbaux pris lors de la réunification allemande en 1990. Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant soviétique, a accepté la réunification – et par extension, la fin de la Guerre froide – en échange d’assurances que l’OTAN ne s’étendrait pas « d’un pouce vers l’Est ». Ces promesses, bien que non formalisées dans un traité, ont été documentées dans des archives déclassifiées américaines, soviétiques et allemandes. Des figures comme le secrétaire d’État américain James Baker et le ministre ouest-allemand Hans-Dietrich Genscher ont explicitement rassuré Gorbatchev que l’Alliance atlantique resterait confinée à ses frontières actuelles, évitant ainsi d’humilier une Union Soviétique en déliquescence.

Pourtant, dès la dissolution de l’URSS en 1991, l’OTAN a entamé une expansion inexorable vers l’Est, intégrant d’anciens membres du Pacte de Varsovie et des républiques soviétiques. Le timeline est éloquent : en 1999, la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie rejoignent l’Alliance ; en 2004, sept pays dont les États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) – directement frontaliers de la Russie – suivent ; en 2009, l’Albanie et la Croatie ; en 2017, le Monténégro ; en 2020, la Macédoine du Nord ; et plus récemment, en 2023 et 2024, la Finlande et la Suède, doublant ainsi la frontière Russo-scandinave. Cette progression systématique, souvent justifiée par l’OTAN comme une réponse aux demandes volontaires des États concernés pour se protéger d’une « menace russe », est perçue à Moscou comme un encerclement stratégique, plaçant des missiles et des troupes alliées à portée de Saint-Pétersbourg ou de Moscou.

Du point de vue russe, cette expansion viole non seulement l’esprit des assurances de 1990, mais ignore délibérément les préoccupations sécuritaires d’une puissance nucléaire. Vladimir Poutine a souvent évoqué cette « trahison » comme une cause racine du conflit ukrainien, arguant que sans cette avancée, la Russie n’aurait pas eu besoin de réagir militairement. La vision occidentale, en revanche, insiste sur le caractère défensif de l’OTAN et le droit souverain des nations à choisir leurs alliances, niant toute promesse formelle et soulignant que Gorbatchev lui-même a plus tard minimisé ces assurances. Cependant, cette perspective occulte le sentiment d’humiliation post-soviétique qui a nourri le revanchisme russe.

Les avertissements russes ignorés : du discours de Munich en 2007 aux appels pré-2022

La Russie n’a pas manqué d’avertir l’Occident des conséquences de son expansionnisme. Le discours emblématique de Vladimir Poutine à la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2007 marque un tournant rhétorique. Dans ce plaidoyer pour un monde multipolaire, Poutine a dénoncé l’unipolarité américaine, l’expansion de l’OTAN comme une « ligne de confrontation », et les interventions unilatérales occidentales (comme en Irak). Il a averti que la Russie ne tolérerait plus d’être reléguée au rôle de spectateur, prédisant des tensions si ces tendances persistaient. Ce discours, souvent vu en Russie comme une « prophétie » ignorée, a été perçu en Occident comme une posture agressive plutôt qu’une plainte légitime.

Les avertissements se sont multipliés dans les années suivantes. En 2008, lors du sommet OTAN de Bucarest, la promesse d’une future adhésion pour l’Ukraine et la Géorgie a provoqué une réaction immédiate : l’intervention russe en Géorgie la même année. Plus tard, en 2021, alors que les troupes russes s’amassaient aux frontières ukrainiennes, Moscou a émis des ultimatums clairs, demandant un retrait des forces OTAN des pays entrés après 1997 et un engagement contre l’adhésion ukrainienne. Ces appels ont été largement ignorés par l’Occident, qui les a qualifiés d’inacceptables, renforçant ainsi la conviction russe que le dialogue était futile. La perspective occidentale met l’accent sur les violations russes antérieures (comme en Géorgie) comme justification de l’expansion, mais cela masque, selon Moscou, une indifférence chronique aux préoccupations sécuritaires russes.

Les ingérences occidentales : des Révolutions Orange au Maïdan

L’expansion OTAN s’est accompagnée d’ingérences directes dans la « sphère d’influence » russe, perçues comme des tentatives de déstabilisation. La Révolution Orange en Ukraine en 2004 en est un exemple flagrant. Déclenchée par des allégations de fraude électorale lors de la présidentielle, elle a porté au pouvoir Viktor Iouchtchenko, pro-occidental, après des protestations massives. La Russie y voit une opération orchestrée par les États-Unis et l’UE, avec des financements de fondations comme l’Open Society de George Soros et des formations par des ONG américaines. Ces « révolutions de couleur » – incluant celles en Géorgie (2003) et au Kirghizistan (2005) – sont interprétées comme des coups d’État soft pour installer des régimes hostiles à Moscou.

Le point culminant fut la Révolution de la Dignité (Euromaïdan) en 2014, suite au refus du président pro-russe Viktor Yanoukovytch de signer un accord d’association avec l’UE. Les protestations, initialement pacifiques, ont dégénéré en violence, menant à la chute de Yanoukovytch. Pour la Russie, ce fut un coup d’État soutenu par l’Occident : des fuites comme la conversation entre Victoria Nuland (diplomate américaine) et l’ambassadeur US Geoffrey Pyatt révèlent une implication active dans la sélection du gouvernement post-Maïdan. Des rapports évoquent même un rôle de la CIA dans la formation d’unités ukrainiennes. L’Occident, quant à lui, présente Maïdan comme un soulèvement populaire contre la corruption, avec un soutien limité à la démocratie, niant toute orchestration et oubliant que post Maïdan, l’Ukraine était toujours considérée comme l’État le plus corrompu du continent sans qu’aucun soulèvement « spontané » tente d’y mettre fin.

 Le précédent du Kosovo : l’hypocrisie occidentale exposée

L’épisode du Kosovo renforce la perception russe d’un double standard occidental. En 1999, l’OTAN bombarde la Serbie (alliée historique de la Russie) sans mandat ONU pour protéger les Albanais du Kosovo, menant à l’indépendance unilatérale de la province en 2008, reconnue par les États-Unis et l’UE malgré l’opposition serbe et russe. Pour Moscou, cela viole la souveraineté territoriale et crée un précédent pour des sécessions, comme en Crimée ou au Donbass. Poutine a souvent accusé l’Occident d’hypocrisie : pourquoi le Kosovo peut-il se séparer sans référendum légitime, tandis que la Crimée – où un plébiscite en 2014 a montré un soutien massif à la Russie – est condamnée ? La vision occidentale distingue les cas : le Kosovo comme remède à un génocide potentiel, versus la Crimée comme annexion illégale. Mais pour la Russie, cela illustre un « droit du plus fort » occidental.

L’échec des Accords de Minsk : vers l’inévitable intervention

Les accords de Minsk I (2014) et II (2015), négociés sous l’égide de l’OSCE avec la France et l’Allemagne comme garants, visaient à pacifier le Donbass après l’annexion de la Crimée. Ils prévoyaient un cessez-le-feu, un retrait d’armes, et des réformes ukrainiennes pour une autonomie des régions séparatistes. Du point de vue russe, l’Ukraine a saboté ces accords en refusant l’autonomie réelle et en militarisation la région, avec des violations documentées par l’OSCE (bombardements, non-retrait d’armes). Les garants occidentaux n’ont pas forcé Kiev à respecter les clauses politiques, rendant Minsk inopérant et justifiant l’intervention de 2022 comme une mesure préventive contre un « génocide » allégué au Donbass.

L’Occident accuse la Russie de violations structurelles (soutien aux séparatistes, contrôle frontalier incomplet), mais la perspective russe voit dans cet échec une preuve que l’Ukraine, soutenue par l’OTAN, n’avait aucune intention de compromis. Ainsi, la Crimée – avec sa base navale vitale de Sébastopol – et l’opération de 2022 deviennent des réponses inévitables à une menace accumulée.

 Conclusion : le bien-fondé de la position russe, avec nuances

En synthèse, la position russe – ancrée dans une lecture défensive de l’histoire post-soviétique – apparaît justifiée : l’expansion de l’OTAN, les ingérences, le Kosovo et l’échec de Minsk ont créé un environnement hostile, forçant Moscou à protéger son « glacis sécuritaire ». Sans ces facteurs, le conflit ukrainien aurait pu être évité. La vision occidentale, soulignant la souveraineté et le droit à l’autodétermination, offre un contrepoint valide, mais elle sous-estime totalement le sentiment d’encerclement russe. Pour une paix durable, un dialogue authentique sur la sécurité mutuelle s’impose, au-delà des narratifs polarisés.

Tout le monde semble avoir oublié que la Première Guerre mondiale n’a pas commencé avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, mais bien avec l’invasion de la Serbie par l’Autriche-Hongrie, qui entraîna l’entrée immédiate en guerre de la Russie pour protéger son allié et ses intérêts stratégiques. Il serait peut-être sage de s’en souvenir avant que des apprentis somnambules n’embrasent à nouveau le continent.

Alain DAOUT février 2026

https://ripostelaique.com/la-politique-russe-en-ukraine-une-reponse-legitime-a-lexpansionnisme-occidental/

mardi 13 janvier 2026

La Russie lance sa deuxième frappe Oreshnik contre l’Ukraine, et Martyanov publie une «carte du partage tripolaire»

 

par Alfredo Jalife-Rahme

La carte, publiée par Andrei Martyanov, proche de l’armée russe, laisse pantois. Les présidents Donald Trump, Vladimir Poutine et Xi Jinping se seraient partagés le monde lors de la conférence de Yalta-2 à Anchorage (Alaska), le 15 août 2025. Si les États-Unis auraient pris l’ensemble du continent américain de l’Alaska à la Patagonie, plus le Groenland et l’Islande ; la Russie aurait pris tout le continent européen, Royaume-Uni compris ; et la Chine aurait reçu toute l’Asie, l’Océanie et le Levant, y compris Israël.

Dans le contexte des tensions entre les trois superpuissances – les États-Unis, la Russie et la Chine – la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, catholique, a déclaré que malgré le différend concernant le Venezuela, Trump maintiendrait de bonnes relations avec Poutine et Xi : «Je pense que le président entretient une relation très ouverte, honnête et «bonne» avec le président Poutine de Russie et le président Xi de Chine… Il s’est entretenu avec eux à de nombreuses reprises depuis son entrée en fonction il y a un an, et je crois que ces relations personnelles se poursuivront».1

Aujourd’hui, les limites de l’irrédentisme états-unien sont les intérêts inaliénables de la Russie et de la Chine, qui fonctionnent comme un G2.

Le Financial Times rapporte que «la Chine, la Russie et l’Iran (sic !) ont envoyé des navires en Afrique du Sud en prévision de leurs exercices navals» : des exercices «BRICS-Plus pré-planifiés» font suite aux tensions croissantes liées aux opérations militaires US au Venezuela et dans l’Atlantique.2

Le monde d’aujourd’hui évolue dans le cadre d’un chaos globalisé, où subsistent ce que j’ai appelé des «fractales de paix», comme dans le cas de la libération de deux marins russes capturés à bord d’un mystérieux navire pirate (le «navire russe», qui n’était en réalité pas russe, mais ukrainien3, ce qui a valu à Moscou la gratitude de ses homologues aux États-Unis.4

Pendant ce temps, Trump, dans sa désormais célèbre interview au New York Times, a déclaré qu’«il n’existe pas de lois internationales» et que la limite de ses actions, c’est sa «moralité».5

Le fait que Trump, submergé par ses graves problèmes intérieurs, se soit lancé dans une offensive risquée aux implications mondiales ne signifie pas que la Russie (lancement de son deuxième missile hypersonique Oreshnik) et la Chine (exercices militaires récents autour de Taïwan) restent sans défense dans leurs propres sphères d’influence.

Il pourrait sembler absurde, dans ce contexte délicat de fortes tensions mondiales, que le célèbre analyste militaire russe Andrei Martyanov ait publié une carte de la division tripolaire entre Trump, Poutine et Xi Jinping, sans en préciser l’auteur.6

De fait, la carte de division tripolaire ci-dessus n’aurait aucune validité sans sa divulgation par Andrei Martyanov, qui entretient une relation étroite avec l’armée russe.

1. La sphère d’influence de Trump s’étend du Groenland à la frontière antarctique, annexions comprises ou non, englobant l’Amérique latine et les Caraïbes (représentées par le CELAC). L’absorption de l’Islande et de certains pays d’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal, Sierra Leone, Libéria) est surprenante.

2. La sphère d’influence de Poutine engloberait toute l’Europe, y compris le Royaume-Uni, une grande partie de l’Afrique du Nord, ainsi que la Turquie, le Caucase, le Sahel africain et les îles norvégiennes septentrionales (Svalbard). Elle trace une ligne de démarcation avec la partie chinoise, dont l’Égypte et les pays de la Méditerranée orientale (Syrie, Liban, etc.) font partie.

Et 3. La sphère d’influence de Xi Jinping comprend la Mongolie, les deux Corées, le Japon, les Philippines, toute l’Asie du Sud-Est, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le sous-continent indien (avec l’Inde et le Pakistan), l’Iran, une grande partie du Kazakhstan, l’Asie centrale, la péninsule arabique et la majeure partie de l’Afrique.

Il est frappant de constater que la «carte tripolaire» publiée par Andreï Martyanov n’a pas eu l’impact escompté. Ce qui mérite d’être souligné ici, plus encore que ces lignes de démarcation abstraites, c’est la franchise avec laquelle Andreï Martyanov l’a présentée.

Je me souviens que Newsweek avait dressé une carte montrant «comment Trump, Poutine et Xi peuvent diviser le monde».7

Ces cartes se trouvent à la croisée des chemins : entre une troisième guerre mondiale nucléaire et une négociation clandestine entre les trois superpuissances.

En cas de Troisième Guerre mondiale, il ne resterait ni carte, ni trace des êtres vivants de la création, puisque Trump lui-même a déclaré que les États-Unis ont la capacité de détruire la planète 150 fois.

source : La Jornada via Réseau Voltaire

traduction Maria Poumier

  1. «White House thinks Trump will preserve good relations with Putin, Xi, despite Venezuela», TASS, January 7, 2026.
  2. «China, Russia and Iran send ships to South Africa ahead of naval drills», Financial Times, January 9, 2026.
  3. «El «barco ruso» FAKE que siempre no fue ruso sino Ucraniano», Alfredo Jalife-Rahme, YouTube, 9 de enero de 2026.
  4. «Russia grateful to US for decision to release two Russians from Marinera crew – diplomat», TASS, January 9, 2026.
  5. «Trump Lays Out a Vision of Power Restrained Only by «My Own Morality»», David E. SangerTyler PagerKatie Rogers & Zolan Kanno-Youngs, The New York Times, January 8, 2026.
  6. «Voir la 26° minute de «Orthodox Christmas»», Andrei Martyanov, YouTube, January 8, 2026.
  7. «Map Shows How Trump, Putin and Xi Could Carve Up the Globe», John Feng and Brendan Cole, Newsweek, April 13, 2025. «Reparto del mundo : el «mapa tripolar» de Newsweek», Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 16 de abril de 2025.

https://reseauinternational.net/la-russie-lance-sa-deuxieme-frappe-oreshnik-contre-lukraine-et-martyanov-publie-une-carte-du-partage-tripolaire/

dimanche 11 janvier 2026

«Sanctions, sanctions, sanctions» ou «Et si notre désir restait un rêve»

traduit et présenté par Bertrand Hédouin

Je suis particulièrement heureux aujourd’hui de tomber sur l’émission «Bessogon TV» du 24 mars 2015 – nous sommes bien alors en 2015 – de Nikita Mikhalkov qui n’est plus à présenter maintenant.

C’est avec plaisir que je viens de passer quelques heures à traduire et monter la vidéo pour le public francophone que vous pouvez regarder en bas de la présentation et distribuer à convenance dans l’univers, y compris à l’Élysée.

Mikhalkov nous mettait déjà clairement en garde de surveiller nos appétits insatiables en Occident. Il n’était pas encore censuré à ce moment, je le répète, en 2015. Il lui faudra attendre l’invasion1 de l’Ukraine par la Russie pour être sanctionné.

L’émission ne dure que 37 minutes, mais comme à son habitude, Mikhalkov nous montre et évoque une richesse de contenu immense au regard du thème de l’émission.

Le Russe, véritable Scythe2, se tient face à notre appétit, voilà qui donne faim !

La vidéo se termine par un très bel extrait du film de Sergueï Bondartchouk, «Le destin d’un homme» de 1959, qui vient parfaitement illustrer la thématique de l’émission [00:29:33.16 – 00:36:44.12].

Pro-Kremlin tout ceci ? J’aurais bien aimé, ça peut aider à devenir célèbre.

Mais non, c’est plutôt un rappel : «Seule notre conscience nous sauvera de la disparition programmée».

Une conscience se nourrit pour exister.

Et si l’on commençait à découvrir un sens à la vie ?

Bonne vidéo !

Na zdorovié !

https://reseauinternational.net/sanctions-sanctions-sanctions-ou-et-si-notre-desir-restait-un-reve/ 

samedi 15 novembre 2025

Causes profondes de la guerre contre la Russie

 

par Michelle Simakowitch

Tout le monde a conscience que l’une des causes de cette guerre est d’affaiblir la Russie afin de laisser le champ libre à Israël pour attaquer l’Iran. La Russie à travers les BRICS, étant un allié et un partenaire incontestable de l’Iran ainsi que la Chine. Or l’attaque d’Israël a bien eu lieu, et l’Iran n’a pas eu besoin de la Russie pour occasionner des dégâts de plusieurs milliards de dollars à Israël. (Rappelez-vous les propos «prophétiques» des rabbins sionistes «le Machia arrivera lorsque le dernier perse aura rendu gorge»)

L’OTAN quant à elle, voyant une occasion d’affaiblir la Russie afin de s’emparer des terres et richesses minières de la Russie et de morceler le pays. Visiblement la situation s’est retournée contre elle et ses alliés.

Selon les propos mêmes de Zelensky, une autre cause serait la formation d’une seconde Jérusalem et cette guerre ayant déjà fait plus de trois millions de morts permettrait la déchristianisation de l’Ukraine. Déchristianisation plus que visible avec l’enrôlement de force des jeunes âgés à peine de 21 ans alors que cette guerre est déjà perdue. Le but initial étant sûrement la reconstitution de l’Empire Khazar.

Mais existerait-il encore une autre cause financière à ce conflit ? La perte de l’empire pétrolier des Rothschild.

En effet, Robin Monotti a déclaré que «depuis que les Rothschild ont perdu leur empire pétrolier en Russie, ils veulent la guerre parce qu’ils n’ont jamais pardonné à Poutine». («Ni pardon, ni oubli» ça vous rappelle quelque chose ?).

Avez-vous entendu parler de l’affaire Yukos ? Cette affaire Yukos reste l’une des plus controversée histoire de l’économie Russe moderne. Savez-vous que Yukos, la compagnie qui fabriquait 20% du gaz Russe, était secrètement sous le contrôle du mondialiste sioniste Britannique Jacob Rothschild qui contrôlait aussi la famille royale Britannique ?

En 2003 l’arrestation de Michael Kodorkovski, alors PDG de Yukos, a marqué un tournant dans la politique énergétique Russe. Cette compagnie s’est retrouvée au cœur d’une bataille de pouvoir.

Quand Poutine est arrivé aux affaires, il a rendu à l’État Russe et au peuple Russe, le gaz sous contrôle des Rothschild.

Les Rothschild étaient furieux et ont commencé à planifier la guerre contre le Russie. L’Ukraine était leur dernière carte sur l’échiquier. Certains affirment que des intérêts financiers internationaux détenaient une influence considérable sur Yukos via des structures offshores complexes.

La renationalisation qui a suivi a été interprétée par de multiples façons. Reprise de souveraineté nationale pour les uns, appropriation illégitime pour les autres. Cette affaire a profondément remodifié les relations entre la Russie et l’Occident.

Les tensions géopolitiques actuelles trouvent partiellement leurs racines dans ces événements où s’entremêlent secteurs énergétiques et financiers ; Les conséquences de cette restructuration du secteur énergétique russe continuent d’influencer la politique mondiale avec des répercussions qui dépassent largement le cadre économique initial.

Nous pouvons mieux comprendre à présent, cet acharnement à boycotter et faire boycotter le gaz Russe par tous les pays sous influence Américaine.

source : Pro Fide Catholica

https://reseauinternational.net/causes-profondes-de-la-guerre-contre-la-russie/

dimanche 9 novembre 2025

La science explique l’hécatombe de l’armée de Napoléon en Russie en 1812

 

Napoleons_retreat_from_Moscow_by_Adolph_Northen
La retraite de Russie en 1812 demeure l’un des épisodes les plus tragiques et déterminants de l’épopée napoléonienne. Au-delà du froid et de la faim qui ont brisé les corps et les esprits de tant de valeureux soldats, une menace invisible a également aggravé le terrible calvaire de milliers d’âmes. En effet, des maladies meurtrières se sont propagées au sein des rangs de la Grande Armée, laissant sur les plaines gelées des centaines de milliers de victimes, et précipitant sans le savoir la chute de l’Empire.

La campagne de Russie

Lorsque Napoléon envahit la Russie durant l’été 1812, il commande près de 600.000 hommes, une armée immense composée de soldats venus de toute l’Europe conquise. Il espérait alors forcer le tsar Alexandre à maintenir le blocus continental contre l’Angleterre afin d’asphyxier économiquement le banquier des coalitions européennes. Cependant, les Russes, rusés et prévoyants, pratiquèrent une stratégie de terre brûlée, incendiant villes et récoltes avant de se replier toujours plus loin vers l’est pour ne laisser aucune ressource, aucune nourriture, aucun foyer pouvant servir la France. Malgré cela, la victoire sanglante de la Moskova permit à Napoléon d’entrer dans Moscou, mais la ville, désertée et en flammes, ne lui offrit aucun répit. L’armée, privée d’abris, d’approvisionnements et déjà affaiblie par la maladie, perdit rapidement sa capacité d’organisation. L’hiver approchant et devant un ennemi insaisissable, la retraite devint inévitable et fut à l'origine d'une tragédie sans nom.

Une épidémie meurtrière

La souffrance des grognards marchant avec peine dans les paysages gelés de Russie ne se limita pas alors aux rigueurs du climat et au manque de vivres. En analysant des fragments de dents récupérées sur les dépouilles de soldats français enterrés en Lituanie, des chercheurs de l’Institut Pasteur ont mis en évidence, dans une étude parue ce 24 octobre, la présence de plusieurs agents infectieux. Rémi Barbieri, chercheur spécialisé en paléogénomique, déclare ainsi, avec ses confrères, avoir « découvert deux nouveaux pathogènes totalement insoupçonnés : la fièvre paratyphoïde et la fièvre récurrente. La première est transmise par la contamination d'eau ou de nourriture par des excréments de personnes infectées, la deuxième est transmise par les poux de corps. »

Cette combinaison de maladies, à laquelle s’ajoutent également le typhus et la dysenterie, aggravée par l’épuisement et l’insalubrité de la marche, fit s’effondrer la Grande Armée. On estime que près de 300.000 braves soldats périrent, sans même compter ceux qui désertèrent, furent faits prisonniers ou achevés par l’ennemi lorsqu’ils n’avaient plus la force de marcher. Les conquérants des vertes plaines de France devinrent des morts-vivants. Nombres de cadavres se sont ainsi amoncelés sur le chemin, figés dans la neige sans sépulture, tandis qu’une poignée, seulement, parvinrent à retrouver leur foyer après avoir traversé un enfer de glace et de peine.

La fin de l’Empire

Le désastre de la campagne de Russie ne fut pas seulement humain mais aussi politique. L’Europe des monarchies, témoin de l’affaiblissement militaire français, se réveilla. En effet, l’aura d’invincibilité de Napoléon ayant disparu avec les morts laissés dans les congères russes ouvra la voie à une nouvelle coalition. Une guerre s’ensuivit, débouchant sur la défaite de Leipzig en 1813 puis sur l’invasion du territoire français, jusqu’à l’abdication de l’Empereur, en 1814.

La retraite de Russie marqua l’effondrement d’un rêve de puissance. L’empire que Napoléon avait bâti par la force des batailles avec le sang de ses armées fut fragilisé et finalement renversé par des virus ennemis et invisibles, aussi minuscules que meurtriers.

Eric de Mascureau