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dimanche 24 novembre 2024

Paris célèbre le « Che », un homme sadique dès son plus jeune âge, qui tua de sang-froid, même des enfants

 

By Jean-Patrick Grumberg22 novembre 2024
Initialement publié le 30 décembre 2017
Le Guévarisme est directement responsable de 10 723 morts + 78 000 tués en essayant d’échapper à l’île + 14 000 tués lors d’opérations militaires à l’étranger + 5 300 personnes tuées dans la rébellion d’Escambray, principalement des paysans et des enfants (1).
  • Che Guevara a persécuté des intellectuels, les homosexuels et les dissidents.
  • Une grande partie des 11 millions de Cubains sont semi-chômeurs et en mauvaise santé. Ce que le communisme a accompli de mieux à Cuba, c’est que les femmes se prostituent auprès des touristes pour boucler les fins de mois et compléter au marché noir les maigres rations alimentaires officielles.
  • L’héritage du communisme international salué par le «Che» à Paris représente des dizaines de millions de victimes, assassinées, torturées, et emprisonnées dans des camps de travaux forcés.

Che Guevara était un meurtrier de masse, un profiteur, un raciste, un misogyne, un parasite et un hypocrite selon ses propres écrits, ses journaux, ses discours, ses lettres dont vous trouverez ci-dessous quelques extraits que l’exposition « Le Che à Paris » passe totalement sous silence pour entretenir le mensonge du « militant romantique ». Parce qu’il était communiste.

Sadique dès son plus jeune âge

Alberto Benegas Lynch dans son livre «Mon cousin le Che»:

«Une de mes tantes m’a dit une fois que lorsque le Che était très jeune, il s’est réjoui de causer des souffrances aux animaux et, plus important encore, il a insisté que la mort (des autres) n’était pas si graveDès son jeune âge, son sadisme devint évident.

Raciste, suprématiste, prédateur sexuel…
Le noir est indolent et rêveur, il dépense son argent pour des frivolités ou en s’enivrant. Il a maintenu sa pureté raciale grâce au faible attachement pour les salles de bain

Carlos Figueroa, un ami de Guevara dans son jeune temps à Alta Gracia :

«Je lui ai donné le surnom «le coq rapide» parce qu’il mangeait dans la salle à manger ; et subitement, lorsque la femme de ménage entrait, il l’a forçait à grimper sur la table pour avoir une relation sexuelle. Ensuite, il se débarrassait de la malheureuse et continuait à manger comme si rien ne s’était passé… ». Il profitait du statut social inférieur des femmes pour en faire ses objets sexuels.

En arrivant au Costa Rica :

« Je suis resté dehors avec une fille noire qui j’avais draguée, Socorro. A seulement 16 ans, elle était plus putain que les poulets ».

Extrait de son journal de voyage :

«Les noirs, ces magnifiques spécimens de la race africaine qui ont maintenu leur pureté raciale grâce au faible attachement qu’ils ont pour les salles de bain, ont vu leurs royaumes envahis par un nouveau spécimen d’esclaves : le Portugais. Le mépris et la pauvreté les unissent dans la lutte quotidienne, mais leur manière différente de faire face à la vie les sépare complètement ; le noir est indolent et rêveur, il dépense son argent pour des frivolités ou en s’enivrant [tandis que] l’Européen a une tradition de travail et d’épargne qui l’entraîne jusqu’à ce coin de l’Amérique et l’exhorte à progresser, même indépendamment de ses aspirations individuelles».

En attendant qu’un navire les emmène à l’île de Pâques, Che écrit :

«L’île de Pâques… avoir un petit ami blanc est un honneur pour elles. Là, pour quoi travailler, les femmes font tout. On mange, on dort et on leur fait l’amour… Quelle est l’importance de rester un an là-bas, quelle est l’importance de faire des études, de gagner un salaire, d’avoir une famille, etc.»

Miguel Sanchez, dans le documentaire « Anatomie d’un mythe » :

« Che avait toujours des problèmes avec les noirs et il avait du dégoût pour eux, ainsi que pour les Indiens du Mexique [qu’il appelait] ‘les Indiens analphabètes du Mexique' ».

.. vivant comme un porc

  • Alors jeune homme, Che s’est attiré le quolibet de «el chancho» (le cochon), pour les semaines qu’il passait sans se laver. Une année, il ne s’est pas lavé une seule fois entre Pâques et la Saint Jean.
  • En août 1953, Enrique Ros écrit à sa mère depuis El Cuzco que, pendant les huit jours où il était avec le Che, «le cochon s’est lavé une seule fois, et seulement après l’avoir convaincu que c’était pour des raisons de santé».
  • Dans son journal bolivien du 10 septembre 1967, Guevara écrit :

«J’ai oublié de souligner un fait ; aujourd’hui, après un peu plus de six mois, j’ai pris un bain.»

  • “Ses camarades cubains, en raison de son manque d’hygiène personnelle, lui ont donné le surnom de ‘tas de graisse’. »

Criminel assoiffé de sang

Nous avons exécuté beaucoup de gens par peloton d’exécution sans savoir s’ils étaient pleinement coupables

Dans un courrier à son père :

« Mes narines se dilatent en savourant l’odeur âcre de la poudre à canon et du sang… J’aimerais avouer, papa, qu’ à ce moment-là j’ai découvert que j’aime vraiment tuer. »

Extrait de ‘Notes de voyage’ :

«… je vais assaillir les barricades ou les tranchées, je vais teindre l’arme dans le sang et, fou de fureur, j’égorgerai tous les vaincus qui tombent entre mes mains…

… Je sens déjà mes narines dilatées, savourant l’odeur âcre de la poudre et du sang, de la mort ennemie » 

Aux Nations Unies en décembre 1964, Che Guevara confirme la réputation criminelle de son gouvernement : « Oui, nous avons exécuté, nous exécutons et nous continuerons à exécuter. »

Ce qu’il veut dire par exécution est expliqué en 1962 par le rédacteur en chef de RevolucÍon, Carlos Franqui qui cite Guevara :

« Nous avons exécuté beaucoup de gens par peloton d’exécution sans savoir s’ils étaient pleinement coupables. Parfois, la Révolution ne peut pas s’arrêter pour mener beaucoup d’enquêtes. »

Il a personnellement exécuté plus de 180 individus, bien que certains disent que beaucoup plus sont tombés de ses propres mains.

Menteur, profiteur et hypocrite

Lettre à sa mère du 15 juillet 1956 depuis une prison mexicaine:

« Je ne suis pas un Christ et un philanthrope, maman, je suis l’opposé d’un Christ, et la philanthropie me semble être quelque chose… (mot illisible) pour les choses que je crois. Je me bats avec toutes les armes à ma disposition, j’essaie de vivre en mentant aux autres, au lieu de me laisser clouer sur une croix ou ailleurs.»

Dans ses notes du deuxième voyage intitulé ‘Une autre fois’, en juillet 1953 en Bolivie :

‘Lorsque nous transportions tous nos bagages et allions entrer dans la seconde classe, nous avons été arrêtés par un chercheur qui, après avoir parlé avec des agents, nous a proposé de passer en première et d’arriver au Cuzco ce que, bien sûr, nous acceptons. Ainsi, nous voyageons confortablement en donnant aux gars le montant du passage de deuxième.»

Conclusion

Le 6 décembre dernier, la Fondation des droits de l’homme, après avoir pris connaissance de la vente de marchandises à l’emblème du dirigeant communiste Che Guevara chez Urban Outfitters, parfois accompagnée du mot « revolución », a publié une lettre ouverte dans le HuffPost où elle explique :

« En tant qu’organisation à but non lucratif vouée à la défense des droits de l’homme, nous aimerions attirer votre attention sur l’héritage sanglant et antidémocratique de Guevara… 

Nous vous exhortons à considérer que l’image de Guevara représente la tyrannie et la répression pour les millions de personnes qui ont souffert sous le communisme. »

Cet « héritage sanglant et antidémocratique » ne semble pas beaucoup déranger Paris.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

Sources :

(1) https://www.economist.com/news/americas/21725350-liberal-think-tank-his-home-town-wants-monuments-revolutionary-icon-taken

http://www.therealcuba.com/?page_id=32

http://blog.victimsofcommunism.org/5-reasons-why-ches-not-cool/

https://www.theepochtimes.com/was-che-guevara-a-hero-or-murderer_2242312.html

https://www.huffingtonpost.com/thor-halvorssen/an-open-letter-to-urban-o_b_1895353.html

https://by-jipp.blogspot.com/2024/11/paris-celebre-le-che-un-homme-sadique.html#more

vendredi 17 mai 2024

Le premier blocus des États-Unis contre Cuba

 

par Manuel E. Yepe.

La classe dirigeante des États-Unis prône la possession de Cuba depuis la fin du XVIIIe siècle, c’est-à-dire avant les premières guerres d’indépendance de l’île. Deux préceptes ont conditionné la politique étrangère de l’Amérique du Nord envers Cuba : la doctrine de la destinée manifeste et la théorie du fruit mûr.

En juin 1783, le deuxième président des États-Unis, John Adams, a déclaré que l’île de Cuba était un prolongement naturel du continent nord-américain et que son annexion était absolument nécessaire à l’existence des États-Unis. Il a fait valoir que son indépendance ne serait jamais permise, et qu’il ne soutiendrait pas la lutte de son peuple pour l’obtenir. Le mieux pour Cuba était de rester une possession de l’Espagne jusqu’à ce qu’ils puissent l’assimiler.

La “Destinée manifeste” était la conception développée à l’époque comme une doctrine qui attribuait aux États-Unis la mission spéciale d’étendre son système d’organisation économique, sociale et politique à l’ensemble de l’Amérique du Nord. Par la suite, il sera étendu à l’ensemble de l’hémisphère occidental.

L’expansion vers l’Ouest s’achève à la fin du XIXe siècle : la population autochtone est anéantie et les Mexicains perdent près de la moitié de leur territoire (Texas, Nouveau Mexique et Californie).

En 1823, le président James Monroe prononce la doctrine “l’Amérique pour les Américains”, selon laquelle toute ingérence d’une puissance européenne dans les républiques latino-américaines émergentes serait considérée comme un acte hostile aux États-Unis et Washington s’attribue donc le droit de protéger la région. Le paternalisme apparent envers le reste de l’hémisphère est rapidement devenu un expansionnisme évident.

Quelques années plus tôt, John Quincey Adams, alors secrétaire d’État au gouvernement de Monroe, puis son successeur à la présidence, avait écrit : “… si une pomme, décrochée de son arbre par la tempête, ne peut que tomber sur terre, Cuba, séparée par la force de son lien anormal avec l’Espagne et incapable de se maintenir, ne peut que graviter vers l’Amérique du Nord, qui, par une loi naturelle identique, ne peut la rejeter de son sein“.

Ce principe – connu sous le nom de principe du “fruit mûr” – n’a cependant pas empêché les États-Unis d’essayer d’acheter Cuba à l’Espagne. Une offre de cent millions de dollars à cet effet a été rejetée par la couronne ibérique.

Dans les années 1880, les capitaux étatsuniens étaient déjà solidement implantés à Cuba, en particulier dans l’industrie sucrière, en raison de leur intérêt mondial à transformer les îles des Caraïbes en économies sucrières.

Comme les racines révolutionnaires des États-Unis étaient encore vivantes dans la mémoire populaire, de nombreux citoyens ordinaires de cette nationalité avaient de la sympathie pour Cuba. Ce fait se superposait à une préparation tendue à une intervention militaire directe dans la guerre des Cubains contre l’Espagne pour l’indépendance.

Cependant, en 1895, peu avant de tomber au combat, le leader révolutionnaire cubain José Martí écrivait que, en luttant contre l’Espagne, Cuba avait l’intention “d’empêcher, avec son indépendance, les États-Unis de s’étendre à travers les Antilles et de tomber avec sa force davantage sur les terres de notre Amérique. Tout ce que j’ai fait jusqu’à présent a été pour cela“.

Le 24 décembre 1897, le sous-secrétaire à la guerre étatsunien J.C. Breckenridge écrivait dans une note de service :

Cette population (cubaine) est composée de Blancs, de Noirs, d’Asiatiques et de personnes issues du mélange de ces races. Les habitants sont généralement indolents et apathiques… Bien que ce peuple n’ait qu’une vague notion du bien et du mal, il a tendance à rechercher le plaisir non pas par le travail mais par la violence, il est évident que l’annexion immédiate de ces éléments troublants et nombreux à notre fédération constituerait une folie, donc avant de procéder, nous devons nettoyer le pays. Nous devons détruire tout ce qui est à portée de nos canons. Nous devons imposer un blocus strict pour que la faim et son compagnon éternel, les maladies, minent la population pacifique et déciment son armée. L’armée alliée doit être constamment engagée dans des actions de reconnaissance et d’avant-garde pour que l’armée cubaine soit irrémédiablement prise entre deux fronts“.

Le moment venu, nous devrons créer des conflits pour ce gouvernement indépendant qui devra faire face à ces difficultés qui, à leur tour, devront coïncider avec l’agitation et la violence entre les éléments susmentionnés, que nous devons soutenir. En résumé, notre politique doit toujours être de soutenir les plus faibles contre les plus forts, jusqu’à ce que nous ayons réussi à les exterminer tous les deux, afin d’annexer la Perle des Antilles“.

Source : El primer bloqueo yanqui contra Cuba

traduction Réseau International

https://reseauinternational.net/le-premier-blocus-des-etats-unis-contre-cuba/

samedi 23 mars 2024

Des missiles pour Castro: comment l’Union Soviétique a dupé les États-Unis en 1962

 

par Maria Grigorian

Le redéploiement secret de missiles nucléaires et de dizaines de milliers de soldats soviétiques en 1962 est toujours considéré comme l’une des meilleures opérations militaires de l’histoire de la Russie.

1962, la « guerre froide » bat son plein. Moscou n’est pas très sûr de lui dans la confrontation avec Washington : l’URSS accuse une nette infériorité face aux États-Unis en termes d’armes nucléaires. Les Américains ont à leur disposition 6 000 ogives nucléaires capables d’atteindre l’URSS, alors que les Soviétiques n’ont que 300 ogives capables de frapper les États-Unis.

Le Kremlin perçoit de façon particulièrement douloureuse le déploiement de missiles nucléaires américains à proximité immédiate de ses frontières – non seulement en Europe occidentale (Allemagne, Pays-Bas et en Belgique), mais aussi, depuis 1961, en Turquie. Le temps d’approche d’un missile sur Moscou est désormais réduit à 10 minutes. Si une guerre avait commencé, Moscou n’aurait tout simplement pas eu le temps de répondre par une frappe de riposte sur Washington.

Allié outre-Atlantique

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C’est alors que Moscou a tourné son regard de l’autre côté de l’océan, vers le Cuba révolutionnaire, où régnait le régime de Fidel Castro depuis 1959. Après la nationalisation des entreprises américaines à Cuba, les États-Unis ont soumis l’île à un blocus économique. La coopération avec l’URSS était pour les Cubains et Fidel Castro une véritable planche de salut – des approvisionnements pratiquement gratuits en céréales, carburant, chars et avions ont commencé.

En même temps, les relations entre Cuba et les États-Unis étaient tendues à l’extrême, et Moscou a alors convaincu Castro que seules des armes nucléaires soviétiques pousseraient John F. Kennedy à parler avec lui d’égal à égal. Le chef de la révolution cubaine a accepté de déployer des missiles soviétiques sur l’île.

Plan risqué

Ivan Bagramian, auteur du plan Anadyr Lev Polikashin/Sputnik
Ivan Bagramian, auteur du plan Anadyr
Lev Polikashin/Sputnik

Washington suivait chaque unité de matériel militaire arrivant sur l’île, si bien que l’URSS devait transporter secrètement les missiles. C’est le maréchal Ivan Bagramian qui s’est attelé à l’élaboration d’un plan secret. L’opération s’appelait Anadyr (une ville à l’extrême nord-est de la Russie). Selon les stratèges, un tel nom pouvait induire en erreur les espions les plus méticuleux.

Dans le cadre de la conspiration, les soldats impliqués dans l’opération ont reçu des bottes et des skis en feutre – ils étaient sûrs qu’ils allaient en Tchoukotka. Les missiles balistiques nucléaires à bord des navires ont été camouflés dans de l’équipement agricole de grande taille.

Seul un cercle restreint de personnes au sommet connaissait le véritable but de l’opération. Les premiers à se rendre à Cuba furent des officiers responsables de l’installation des lance-roquettes. Les voyages des militaires restants (plus de 50 000 personnes) se sont déroulés dans des conditions terribles – pendant des semaines, ils étaient enfermés dans les cabines des navires se rendant à Cuba à partir de huit ports soviétiques. Le premier a levé l’ancre pour Cuba le 10 juillet 1969.

Longue route

Les soldats avaient l’interdiction d’aller sur le pont. D’ailleurs, aucun d’eux ne savait où ils allaient. « Même les capitaines des navires ont appris leur véritable destination une semaine après le départ. Ils ont reçu trois paquets secrets avec des itinéraires qui étaient dévoilés dans un ordre strict. Tout d’abord, le capitaine a appris qu’il devait franchir le Bosphore, puis mettre le cap sur Gibraltar, et ce n’est que dans l’Atlantique qu’il a découvert que l’objectif était Cuba », écrit dans son livre l’espion soviétique Alexander Feklissov.

Dino A. Brugioni / Wikipedia
Dino A. Brugioni / Wikipedia

Le major Nikolaï Obidine se souvient dans ses mémoires: « Comme prescrit, ils ont ouvert le paquet secret. Il était écrit: “Allez vers Cuba, port de La Havane”. Bonne mère! Raul Castro, leur ministre de la défense, s’était rendu à Moscou en cachette! Immédiatement après avoir passé les Açores, les Américains ont commencé les survols. Très bas, évidemment, ils suspectent quelque chose. Puis leurs navires de guerre ont commencé à se rencontrer. Un, puis deux de plus. Via des sémaphores et la radio ils demandent: Communiquez la destination et la cargaison”. Nous répondons: “La cargaison est commerciale, nous allons vers notre destination” ».

En raison du secret de la mission, les soldats soviétiques devaient se faire passer pour des habitants locaux – et ils ont réussi. Les éclaireurs américains, après les survols des navires soviétiques, conclurent que les paquebots transportaient du charbon et des touristes. Ils n’auraient jamais pu penser qu’il s’agissait en fait d’armes nucléaires et de soldats. Début septembre, les premiers missiles étaient arrivés à Cuba.

Le plan est dévoilé

Le succès de l’URSS a été grandement facilité par le hasard. Le 9 septembre, les Chinois ont abattu un avion de reconnaissance américain sur la Chine et l’attention des États-Unis s’est concentrée sur ce pays. Le 14 octobre, des éclaireurs U2 sont apparus à nouveau au-dessus de Cuba – et les missiles ont été détectés.

Un avion américain survole un navire soviétique pendant la crise des missiles de Cuba. Getty Images
Un avion américain survole un navire soviétique pendant la crise des missiles de Cuba.
Getty Images

« Les photos reçues ont choqué les généraux américains. Le 16 octobre, Kennedy a appris les positions des lanceurs de missiles balistiques. On estime généralement que c’est le 16 octobre que la “crise des Caraïbes” a éclaté », écrit Alexandre Feklisov.

Le 20 octobre Washington a décidé de lancer le blocus de Cuba et le 24 octobre, l’armée américaine a bloqué toutes les routes maritimes. Le lendemain, les États-Unis ont présenté à l’Onu la preuve du déploiement de missiles soviétiques à Cuba.

L’URSS a pris une décision: tous les navires voguant dans l’océan Atlantique devaient faire demi-tour et revenir en arrière. En conséquence, les missiles R-14, qui pouvaient atteindre n’importe quelle partie des États-Unis, à l’exception des États du nord-ouest, n’ont jamais atteint Cuba. Au moment de la crise, il y avait 36 ​​missiles nucléaires soviétiques à Cuba.

Le 26 octobre, des pourparlers secrets ont débuté entre les États-Unis et l’URSS. Un compromis a été trouvé – Washington a promis de retirer ses missiles de Turquie, et Moscou s’est engagé à en faire de même avec ceux se trouvant à Cuba.

L’URSS a estimé que l’opération Anadyr était une réalisation exceptionnelle de ses forces armées. En 1963, des centaines d’officiers soviétiques ont reçu des décorations.

dimanche 28 janvier 2024

Comment les USA volèrent Cuba et les Philippines

 

 On ne change pas une équipe qui gagne. Ni surtout ses méthodes.

En 1898 les Etats-Unis déclarèrent la guerre à l’Espagne. Ils balayèrent la flotte de ce pauvre pays, s’emparèrent de Cuba et des Philippines – jugées indispensables alors pour s’emparer de la Chine convoitée. A la même époque des révolutions orange éclatèrent à Hawaï et au Panama pour s’assurer ces territoires stratégiques. La guerre à l’Espagne fut comme toujours déclarée suite à un attentat « fausse bannière ».

Toute la plèbe goba le storytelling officiel. Il n’aurait plus manqué que cela !

J’aime citer le mantra de l’historien Joseph R. Stromberg : « il n’est pas une situation dans le monde que l’intervention du gouvernement américain ne puisse aggraver ». Stromberg a une deuxième loi : « tous les pays que les Américains veulent sauver les détestent. » Et de citer Cuba, l’Irak, le Nicaragua, terre de l’United Fruit, et quelques dizaines d’autres…

Quelle ingratitude tout de même !

Prenons l’exemple de Cuba et des Philippines que notre professeur d’université Stromberg a étudié dans un texte excellent.

En 1898 la pression impériale monte pour, une fois la frontière passée sous contrôle et les derniers peaux-rouges évacués dans de minuscules et sordides réserves, décrocher de nouveaux marchés.

Alors on médite.

On envahit l’île d’Hawaï et on détrône la pauvre reine Liliuokalani avec une poignée de marines (car la révolution orange n’a pas attendu Soros) ; Hawaï devient un « Etat américain » peu après. Le logement et le vêtement US déciment la moitié de la population (voyez les livres de Jared Diamond).

Tout le monde écrit, souvent des textes grotesques, grandiloquents ou obscènes. Les excités invoquent le racisme, le commerce, le messianisme, l’humanitarisme, car tout est bon pour abolir la constitution et la doctrine de Monroe. Tout est bon pour attaquer et se créer des marchés et libérer les « races inférieures » de leur méchante barbarie. Comme on voit rien n’a changé.

On envahit Hawaï, puis l’appétit vient en mangeant. On voit que les Espagnols, plus très malins il est vrai, n’arrivent plus à se dépatouiller de la rébellion cubaine qui a trouvé refuge… en Amérique ! Alors on menace l’Espagne, on l’accuse d’inhumanité (il ne s’agit pas pour nous de la défendre, ni aucun empire colonial d’ailleurs), alors qu’on laisse tranquille l’Angleterre qui parque femmes et enfants boers dans des camps de concentration. Prudente, l’Espagne négocie un peu, mais désire garder son contrôle sur Cuba. Les médias trouvent des télégrammes, des lettres incorrectes de fonctionnaires espagnols pour déclencher l’ire de la foule imbibée de médias. Ici aussi on n’a pas attendu la CIA. On a la presse jaune de Hearst.

Après arrive l’incident dont tout le monde rêvait, comme dans les films hollywoodiens. Souvenez-vous du bon navet titré Piège de cristal. « Tu me demandais un miracle, je te donne le FBI », dit le terroriste allemand joué par un Alan Rickman hilare.

Le miracle pour la diplomatie américaine c’est toujours un attentat ou un incident de guerre. Le navire de guerre USS Maine explose dans le port de La Havane le 15 février 1898 ; comme pour la Syrie, on n’attend pas d’enquête, on déclare la guerre. L’opinion est enthousiaste, un million d’hommes se présentent sous les drapeaux pour des motifs humanitaires. Mark Twain et Henry James protestent (qui sont ces deux traîtres ?) !

L’Espagne mal armée et bien naïve est balayée et on signe à Paris (merci la république !) un sale traité de paix. Cuba est indépendante mais l’amendement Platt autorise l’Etat US à intervenir quand il veut. La monoculture du sucre spolie les petits fermiers qui deviendront les cadres de la révolte de Castro. La Havane devient le casino-bordel bien connu.

Aux Philippines ce sera pire. On traite les Philippins de sous-hommes et de nègres (des soldats noirs US ont déserté dont un nommé Fagen qui rejoignit l’insurrection), et on regarde déjà vers la Chine. Les îles seront un porte-avions comme la pitoyable Angleterre aujourd’hui ou le Japon. On les prive d’indépendance, on se rebelle, car on a des hommes et pas des « occidentaux », donc on doit les mater. Cela durera quatre ans, la plaisanterie régénératrice. 200 000 morts, ce sera le bilan de l’opération, un autre crime de guerre américain. Dansez avec les loups.

Tout le monde exulte, frétille. Question d’habitude.

Citons enfin la prose du sénateur Beveridge de l’Indiana pour bien comprendre la mentalité américaine. Cet illuminé résume tout ici :

« Les Philippines sont nôtres pour toujours. Et juste au-delà des Philippines se trouve la Chine avec ses marchés illimités. Nous ne nous retirerons pas. Nous ne renoncerons pas à notre devoir en orient ; nous ne renoncerons pas à la mission de notre race qui est de civiliser le monde. »

Notre phénomène yankee ajoute que ces Philippins « ne sont pas capables de gouvernement autonome. Comment le pourraient-ils ? Ils ne font pas partie des races autonomes. Ce sont des Malais instruits par des Espagnols. »

Puis le débile président McKinley ose parler de la mission de christianiser ces îles comme s’il ne savait pas qu’elles sont catholiques.

Et la cerise sur le gâteau US :

« Mr le Président, cette question est élémentaire. Elle est raciale. Dieu n’a pas préparé les peuples anglophones et teutoniques durant des siècles pour rien. Dieu nous a donné l’esprit de progrès pour mettre fin à la réaction dans le monde tout entier. »

Et la pathologie américaine – qui s’exprime par la bouche d’un Trump ou d’un McCain – de se révéler naïvement, mécaniquement :

« Dieu a décrété que le peuple américain est sa nation élue pour mener la régénération de ce monde. »

Nous voilà rassurés. Et on n’était qu’en 1898 !

Nicolas Bonnal

Bibliographie (Mises.org)

The costs of war : America’s pyrrhic victories, edited by John V. Denson, Transaction Publishers, New Brunswick, New Jersey

Chapter 8: THE SPANISH-AMERICAN WAR AS TRIAL RUN, OR EMPIRE AS ITS OWN JUSTIFICATION, by Joseph R. Stromberg

https://reseauinternational.net/comment-les-usa-volerent-cuba-et-les-philippines/

mercredi 1 décembre 2021

Hawaï, Cuba, Mexique : les étapes de l'impérialisme américain

  • Dans un long entretien que Robert Steuckers avait accordé à Marc Lüdders et paru dans Vouloir n°11 (1999), de même que dans divers autres textes sur les insuffisances doctrinales et pratiques de la "Nouvelle Droite" française, il avait insisté sur la nécessité de connaître l'histoire des États-Unis et les modi operandi de l'impérialisme américain. En Italie, le dissident américain, façon Chomsky, John Kleeves avait fait paraître dans la collection "Sinergie" un ouvrage important intitulé "Un paese pericoloso" (SEB, Milano, 2000). L'agence allemande DNZ de Munich étudie à son tour ces innombrables faits historiques, dans une série d'articles, dont l'un, que nous traduisons ici en français, porte sur les violations américaines de l'intégrité territoriale des Iles Hawaï, de Cuba, alors province espagnole, et du Mexique.

Washington invente la politique du "gros bâton" (big stick). Cette caricature, réalisée en 1904 par un journaliste américain, W. A. Rogers, résume bien la politique latino-américaine de Théodore Roosevelt, vingt-sixième président des États-Unis de 1901 à 1909. La Mer des Caraïbes y apparait transformée en un lac yankee avec l'aide de la flotte américaine. La présence d'un navire baptisé "l'USS Debt Collector" (Navire de l'Armée américaine "Collecteur de Dettes") nous montre que l'utilisation de la dette publique des États étrangers comme un moyen de mise sous tutelle était déjà courante à l'époque. La Banque mondiale ou le FMI ne sont sont donc pas novateurs en ce domaine]

Après que l'Imperium de Washington se soit établi sur une très vaste portion du territoire nord-américain, du moins de la "côte à la côte", soit de l'Atlantique au Pacifique, avec pour toile de fond l'holocauste des Amérindiens et des guerres ou des "achats" de territoire forcés par menace militaire, contre la France, la Grande-Bretagne et la Russie, les castes dominantes des États-Unis ont caressé le projet de soumettre les îles des Caraïbes et l'ensemble de l'Océan Pacifique.

Examinons comment ce projet s'est concrétisé, en étudiant le destin du Royaume polynésien des Iles Hawaï. Dans un premier temps, les consortiums américains s'y sont établis, notamment "Dole Pineapple Company", avec ses plantations d'ananas. Ensuite, deuxième étape, les Américains ont forcé les autorités indigènes à accepter l'installation d'une base navale à Pearl Harbor. En 1893, dernière étape, les Américains aident au renversement définitif de la dernière Reine des Hawaï, Liliuokalani. Elle avait tenté d'empêcher le piètre destin, fait de soumission coloniale, que l'on préparait pour son peuple à Washington. La résistance des Hawaïens a été purement et simplement brisée. La reine et ses fidèles ont été jetés en prison. En 1898, les Iles Hawaï deviennent un protectorat des États-Unis ; en 1959, en grande pompe, on annonce officiellement qu'elles deviennent le 50ème État des États-Unis. Entre-temps, les indigènes étaient devenus une minorité, leur culture était détruite et ils avaient été submergés par des vagues d'immigrants. La Reine Liliuokalani, poétesse, est l'auteur de cette chanson, toute empreinte de nostalgie et de tristesse, "Aloha Oe", que l'on connaît aussi en Europe, mais sans plus savoir quelle tragédie avait, en fait, suscité cette nostalgie et cette tristesse.

Il est intéressant de noter qu'à la même époque une autre reine, dans un autre royaume insulaire, Madagascar, avait été éliminée d'une manière similaire. Cette fois, ce sont les Français qui sont responsables de la tragédie. Comme sa consœur hawaïenne qui a subit un sort analogue, la Reine malgache Ranavalona III, avait tenté de maintenir l'indépendance de son royaume. Paris envoya des troupes, transforma Madagascar en une colonie française en 1895, et fit déporter la Reine en Algérie.

Le Saddam de 1898 était espagnol

Les États-Unis décident ensuite que l'Espagne, ex-puissance mondiale qui n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été, devait être éliminée, en tant que facteur (géo)-politique en Amérique et dans le Pacifique, afin de satisfaire les pulsions impérialistes de la Maison Blanche et de Wall Street. Pour obtenir ce résultat, Washington déclenche une guerre contre l'Espagne en 1898.

L'incident qui déclencha ce conflit fut un mystérieux attentat à la bombe perpétré contre un navire américain, le Maine, dans le port de La Havane, à Cuba, alors province espagnole. Cet acte de terrorisme, qui a coûté la vie à plusieurs centaines de marins américains, est manifestement l'œuvre de provocateurs à la solde des services secrets. Néanmoins, la machine propagandiste américaine, sans produire la moindre preuve contre l'Espagne, s'empare de l'affaire et orchestre une campagne contre Madrid. Ce qui s'ensuivit ressemble étrangement aux événements après le 11 septembre 2001 (ou après l'"Incident Tonking" qui a déclenché la Guerre du Vietnam, ou encore, après l'attaque contre Pearl Harbor en décembre 1941).

Les médias américains de l'époque, comme le New York Journal de Hearst ou le New York World de Pulitzer, se firent concurrence pour publié les pires récits d'atrocités attribuées à la malheureuse Espagne. Les deux quotidiens publiaient sans discontinuité des histoires abominables mises sur le compte des gouvernants espagnols de Cuba. Même à l'encontre de Ben Laden ou de Saddam Hussein, on n'a pas osé écrire le quart du huitième de l'ombre de ce que l'on a publié à l'époque, dans les journaux new-yorkais, contre le gouverneur militaire espagnol de Cuba, le Général Valeriano Weyler. Au public américain, les journaux le présentaient comme un "monstre", comme un "être sans pitié", qui tuait de "sang froid", qui massacrait "en masse". Citation du New York Journal : « Rien ne peut arrêter ce cerveau animal, de s'esbaudir à la vue et à la pensée de tortures, à l'idée de faire couler le sang ». Quant à Pulitzer, il a tout simplement baptisé Weyler de "boucher de Cuba".

Inutile de préciser que ces mêmes journaux insistaient pour que l'on lance une guerre préventive contre l'Espagne. Parce que ce pays, ajoutaient-ils, en secret, préparait l'invasion des États-Unis ! La guerre qui s'ensuivit permit aux Etats-Unis d'éliminer l'Espagne, en tant que puissance en Amérique latine et dans le Pacifique ; elle eut aussi pour résultat d'étendre la domination américaine sur les Philippines, anciennement espagnoles, et de porter la puissance de Washington directement face au continent asiatique.

À la suite de l'élimination de l'Espagne, en l'espace de quelques années, les États-Unis sont intervenus, directement ou indirectement, une douzaine de fois dans les divers États d'Amérique centrale, pour bien prouver qui commandait, désormais, dans cette zone. La Colombie est contrainte de céder l'isthme de Panama en 1903. La Zone du Canal — dont le creusement s'achève en 1914, permet une communication par voie maritime à travers le double continent américain et constitue ainsi l'une des voies d'eau artificielles les plus importantes du globe — devient territoire américain.
Le Mexique, puissance récalcitrante, avait déjà perdu, vers la moitié du XIXe siècle, d'immenses territoires en faveur des États-Unis, comme le Texas, le Nouveau Mexique et la Californie. Au début du XXe siècle, les Mexicains ressentiront à leurs dépens la nouvelle politique américaine, dit du "gros bâton". Très officiellement, le Président Théodore Roosevelt avait annoncé urbi & orbi que cette politique du "gros bâton" serait l'instrument privilégié de la politique extérieure américaine. Il nous paraît tout aussi intéressant de noter comment l'opinion publique américaine a été amenée à accepter cette guerre contre le voisin du Sud. Le modus operandi peut vraiment être hissé au rang de paradigme : le 8 mai 1914, les salles de cinéma de New York font projeter en première, et en grande pompe, le film La Vie du Général Pancho Villa. La pellicule chante les faits et gestes glorieux de ce chef mexicain, considéré encore à l'époque comme un "allié" fidèle de Washington. À peine deux ans plus tard, la machine propagandiste américaine opère un véritable volte-face, à 180°. En un tournemain, le vaillant et glorieux Mexicain devient une "brute assoiffée de sang", un "boucher", etc. En fait, pressenti comme allié, l'homme ne s'était pas montré aussi "souple" qu'on l'avait espéré.
Après que Washington ait avancé des "preuves" (peu claires), on se met à raconter que le Mexique voulait attaquer les États-Unis, très vraisemblablement en collusion avec le méchant empereur Guillaume d'Allemagne. Les troupes américaines entrent au Mexique. L'expédition "punitive" — dénomination officielle ! — s'effectue sous le commandement du Général Perhing, celui-là même qui sera appelé un peu plus tard à la tête d'une autre expédition punitive, cette fois contre l'Allemagne en 1917. Cette intervention dans les affaires européennes a empêché la signature d'un armistice, sur base de la "partie nulle". De grands débiteurs des puissances européennes, les États-Unis, à la suite de ce conflit, deviennent leurs grands créanciers ; par le biais du Traité de Versailles, les ferments de la Seconde Guerre mondiale étaient en germe. Rappelons que les missiles "Pershing", alignés par la super-puissance américaine, doivent leur nom à celui de ce général, chef d'expédition punitive au Mexique et en Europe.

article de DNZ n°5/2003.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/54

mercredi 28 juillet 2021

CUBA LA ROUGE : RAFRAICHISSONS LES MÉMOIRES…

  

Le bloc-notes de Jean-Claude Rolinat

Cette « île crocodile », surnommée ainsi en raison de sa forme géographique, et de élevage que l’on y fait de ce « charmant » animal, - peut-être aussi une allusion aux vieux caciques du Parti communiste qui tirent les ficelles en coulisse -, est entre les  mains des kleptocrates du clan Castro depuis 1959 et sa révolution de la Saint-Sylvestre.

Un faux romantisme

Tout avait pourtant  bien commencé. Les photos du jeune chef rebelle et de ses maquisards de la Sierra Maestra, cartouchière en bandoulière et fusil à la main, faisaient le tour du monde, et attiraient la sympathie de tous, y compris et surtout celle des Américains. (Qui voulaient se débarrasser à bon compte, comme à Santo-Domingo avec Rafaël Trujillo, d’un caudillo devenu « trop encombrant ».) Pensez, un jeune avocat rebelle qui plus est barbu comme un révolutionnaire du XIXe siècle, face à un vieux dictateur, le général Fulgencio Batista, c’était vendeur. Un pur descendant de Galicien* contre un sang-mêlé. Paris-Match, pour ne  citer que cette  revue qui fut  jadis un grand magazine, en fit des tonnes. Mais bien vite, le nouveau pouvoir allait montrer son vrai visage, celui hideux d’une dictature communiste. Le jeune intellectuel avait bien trompé son monde. Très rapidement, de nombreux Cubains furent contraints à l’exil pour échapper à la sanguinaire épuration menée avec un zèle criminel par un certain médecin argentin, Guevara, qui allait se faire mondialement connaitre sous le nom du « Che ». Les États-Unis, sous le magistère de Kennedy, tentèrent bien de renverser Castro, mais l’expédition de la « Baia dos cochones », la « Baie des Cochons » en 1961, tourna à la catastrophe. Le « parrain » américain des révoltés cubains laissa tomber ses protégés qui finirent, pour les plus chanceux, dans les geôles castristes de l’île des Pins, au grand dam des exilés de Floride. Déjà, à cette époque, les pénuries de produits courants  commençaient à pointer leur nez, et l’embargo US n’arrangeait rien.

D’années en années, les files s’allongeaient  devant des magasins aux rayons quasiment vides, comme dans la Roumanie de Ceausescu. Le système monétaire reposait sur deux jambes, le péso local et le dollar, quasi officiel, la monnaie de l’ennemi ! Les Cubains, qui voulaient s’acheter des chaussures ou des vêtements corrects de marques étrangères, devaient solliciter la complicité des touristes pour pouvoir s’approvisionner dans les seuls magasins réservés à ces derniers, le tout payé avec les billets « verts », bien sûr ! Vingt ans après la « geste » du Movimiento 26 de  julio et du yacht Granma, à bord duquel Castro avait clandestinement quitté les côtes mexicaines pour débarquer dans l’Oriente, ça « tournait vinaigre » à La Havane.

Une île sous écrou, le troc avec les Soviétiques !

Les Cubains n’avaient pas encore reçu l’autorisation d’ouvrir leur maison à des étrangers afin de pouvoir y faire une sorte d’activité « bed and breakfast » pour améliorer l’ordinaire. Les chauffeurs de taxi acceptaient, en douce, de se faire payer la course en monnaie étrangère, le Dollar de préférence, et se cachaient littéralement le visage au moment de la transaction. Ambiance ! On ne risquait pratiquement aucune agression, rien, un policier en uniforme étant de garde statique, tous les cinquante mètres. C’était et c’est là, le seul avantage d’une dictature pour un touriste. Cuba a toujours eu la réputation d’avoir un bon système de santé. Vrai ou faux, elle a exporté ses médecins un peu partout dans le tiers-monde, histoire de se faire de la « pub » à bon compte. Le régime castriste, un autre rare bon point, fut de faire accéder le pays à  un bon niveau scolaire. Vous me direz, comparé à celui de la France, il n’y a pas un grand mérite au classement Pisa !

L’île caraïbe vendait son sucre à l’URSS à un prix supérieur au marché, et cette dernière lui vendait du carburant en dessous du prix du marché. En échange de quoi ? Cuba fournissait la chair à canon alimentant les entreprises guerrières des Soviétiques, notamment en Afrique. Comme beaucoup de Cubains sont noirs ou mulâtres, les Russes pensaient que les Cubains seraient mieux acceptés qu’eux ou que leurs complices est-allemands par les populations locales. Un calcul qui ne s’est pas avéré tout à fait juste, notamment en Angola. Là aussi, si les Américains avaient joué le jeu de la carte occidentale, au lieu de laisser tomber les Sud-Africains qui y menaient une vaste offensive à partir de la Namibie, - coordonnée avec les milices de l’UNITA de Jonas Savimbi -, ce vaste pays lusophone où la crème de la colonisation portugaise s’était échinée, ne serait pas tombée entre les mains des marxistes. Bref, ne refaisons pas l’histoire, mais nombre de cercueils revenaient au pays de la rumba et du mambo. L’aventure « néo-coloniale » du satrape Castro commençait à coûter cher à Cuba. La population murmurait : cette guerre « anti-impérialiste » conduite par procuration au bénéfice du « Grand frère »,ne faisait pas les affaires du petit peuple. Cette partie de la population hostile au communisme ne pouvait pas faire grand-chose, chaque quartier, chaque maison étant encadrée par des membres des CDR, les Comités de défense de la révolution. C’est à dire un mouchard qui notait tout, les va et vient des uns et des autres, - qui venait, qui sortait -, bref, une espionite aigue à grande échelle, une malsaine activité qui n’a pas cessé un seul jour.

L’éruption !

C’est tout ça qui est ressorti, qui a explosé les semaines dernières, avec le manque de victuailles et de perspectives d’avenir. Sans le communisme, Cuba pourrait être une île riche, largement capable de rivaliser avec la République Dominicaine au plan touristique, pouvant mieux exporter ses produits tropicaux, son tabac, installer des « maquilladoras » comme au Mexique… Bref retrouver, à terme, le niveau de vie qu’elle avait AVANT, quoique l’on puisse dire du régime corrompu et délictueux de Batista. Il est vrai que sous son règne, La Havane, c’était la ville des tripots, de la prostitution et des gangsters américains. Pourtant cette dictature assurait, tout de même, un assez bon niveau de développement à l’île. Laquelle était, dans les années cinquante, classée parmi les pays d’Amérique latine, - avec l’Argentine et le Venezuela -, en tête du peloton. Avec la chute de l’URSS en 1991, tous les avantages marchands que tirait Cuba de ses relations avec la grande Russie, sont allés progressivement dans le panier des souvenirs « heureux », même si Moscou entendait conserver Cuba comme un pion dans le jeu qui l’oppose aux États-Unis. Obama, au grand dam des exilés cubains de Floride, avait reconnu le gouvernement communiste et ouvert une ambassade dans l’île. Actuellement, il semble que Jo Biden lève progressivement les sanctions qui pourrissent la vie des îliens. Ce qui n’a pas fait baisser pour autant  la pression dans la marmite. Mais tout de même, la levée progressive de l’embargo et la fourniture de pétrole iranien ou vénézuélien, va desserrer un peu l’étau qui étreint La Havane.

Mais le peuple cubain  en a assez de cette dictature qui ne lui offre aucune perspective d’avenir, pas plus que du pain. Les pièces détachées des « belles Américaines » qui font la fierté des Cubains, manquent, et les transports en commun, dans certains endroits, ont eu recours aux chevaux ! Il n’y a aucun espace de liberté, les gens qui ont pu fuir ne reviendront pas et, grâce à leurs dons, mettent sous perfusion les membres de leur famille restés au pays. Les camps de prisonniers sont plus abondants en locataires que les produits de première nécessité dans les épiceries ou les pharmacies. Les tickets de rationnement, plus d’un demi-siècle après la révolution, sont toujours de mise. La pandémie, - qui n’est certes pas du fait du régime -, assèche le tourisme qui amenait des devises. Donc, des milliers et des milliers de Cubains sont descendus dans la rue pour manifester contre le pouvoir. Ce dernier n’a pas fait dans la dentelle, faisant tirer ses troupiers à balles réelles, et invitant ses partisans à contremanifester. Des morts, des arrestations, de quoi rafraichir l’ardeur protestataire.

Le nazisme a disparu, mais le « cadavre » communiste bouge encore !

Et dire qu’il y a encore, dans la France de 2021, des gens pour se réclamer du marxisme. Il y a même un olibrius qui veut se présenter à l’élection présidentielle  sous l’égide du parti au marteau et à la faucille ! Au fou ! On avait pu penser qu’avec la mort de Fidel Castro en 2016, son  remplacement par son frère Raoul, puis la démission de celui-ci en 2019 au bénéfice de Miguel Diaz Canel, - un apparatchik du Parti communiste cubain, le PCC -, l’étreinte mortifère  allait se relâcher. Que nenni, le visage des dirigeants changent peut-être, mais la matière est la même, la pâte dont ils sont faits est identique. Et le pire pour nous, est de voir en Occident des jeunes crétins porter un t-shirt à l’effigie de Che Guevarra, ce tueur congénital, que Castro avait expédié au Congo ex-belge et en Bolivie pour exporter sa révolution. Il finit comme il avait commencé, dans la violence, à savoir, tué comme un chien par des rangers dans la selva bolivienne. Tout a été faux dans cette révolution cubaine frauduleusement nimbée d’un halo de « romantisme ». Il n’y a eu rien  de « romantique ». Ce n’était pas Lamartine en 1848 ! Fidel Castro a trompé son monde. Et certains fidèles l’ont quitté. Bien mal leur en pris, comme Hubert Matos ou Camilo Cienfuegos, fidèle parmi les fidèles, qui périt mystérieusement  en octobre 1959, dans un étrange accident d’avion**. Si dans « le cochon tout est bon », comme le dit un dicton populaire, dans la révolution cubaine tout, ou presque, est à rejeter

*Ce qui explique l’étrange complicité entre une Espagne franquiste à la tête de laquelle régnait un certain général Franco, lui-même Galicien, et un satrape communiste d’ascendance galicienne !

**« L’avion, ce mystérieux tueur de célébrités » à L’atelier Fol’Fer, et « Pronunciamiento sous les tropiques, » éditions Dutan/Dualpha, du même auteur.

http://synthesenationale.hautetfort.com/

dimanche 7 mars 2021

NAISSANCE D'UN IMPERIALISME : LA GUERRE HISPANO-AMERICAINE DE 1898

  

[Ci-dessus : couverture de l'étude de JD Avenel, Économica, 2007].

Le déclenchement de la guerre hispano-américaine de 1898 marqua les débuts des États-Unis comme puissance impérialiste

Présentation éditeur : La guerre de 1898 qui opposa les États-Unis et l'Espagne pour la possession des dernières bribes de l'empire espagnol présente un caractère particulier. C'est à la fois un conflit mineur de courte durée, quelques semaines, et assez peu meurtrier, mais aussi - et surtout - un conflit qui va modifier la géopolitique mondiale. L'Espagne retombe au rang de nation européenne dépouillée de ses possessions et en proie à une crise morale qui durera jusqu'en 1940 ; les États-Unis accèdent au rang de puissance mondiale grâce en particulier à l'action remarquable du président Théodore Roosevelt. Dotés d'une base théorique que constitue la “doctrine de la Destinée manifeste”, d'une puissance économique et démographique déjà mûre et en train de constituer une marine qui feront d'eux la troisième puissance maritime mondiale, les États-Unis commencent cette ascension au terme de laquelle ils deviendront, moins d'un siècle plus tard, la principale puissance mondiale. L'auteur décrit, au moyen de sources manuscrites et d'une bibliographie dépouillées pour l'essentiel aux États-Unis, cette évolution peu analysée dans notre pays. Il laisse entrevoir les limites à la domination américaine. En effet, si les États-Unis ont conquis à peu de frais les anciennes colonies espagnoles, ils n'ont jamais été capables d'y installer un régime politique stable et démocratique conformément à l'idéal des Pères fondateurs : les Philippines connaissent depuis 1898 la guerre, localisée géographiquement certes, mais toujours présente et, à Cuba, le régime actuel n'est que l'aboutissement d'une suite de régimes forts qui se sont succédé durant le XXe siècle. Cf. aussi sur ce sujet : Le débat français sur “l'impérialisme” américain, 1898-1908, thèse d'Inès Bengadha Boufarès soutenue en 2007, Lille - Atelier national de reproduction des thèses, 2009

Avant de narrer les faits, interrogeons-nous sur les motivations de cette guerre méconnue, mais ô combien pleine d'enseignements. Quelles raisons poussèrent les États-Unis à sortir de leur isolement et à renoncer à la doctrine Monroe ?

D'aucuns privilégient l'explication économique, réduisant ainsi le phénomène impérialiste à la perpétuelle recherche de nouveaux marchés, seule denrée capable d'apaiser temporairement l'appétit insatiable du Moloch Baal capitaliste. À la fin du XIXe siècle, l'Amérique avait oublié les horreurs de la Guerre de Sécession et elle prospérait. En 1876, la balance commerciale américaine montrait pour la première fois un excédent, mais la crise de 1893 rendit les investissements aux USA peu attrayants, les hommes d'affaires exportèrent leurs capitaux vers le Mexique (500 millions de $), l'Amérique latine, les Caraïbes et Cuba (150 millions de $). De ce fait, les USA consommaient les trois quarts de la production de sucre de Cuba qui en retour absorbait 25% des exportations américaines. Certes, aux abords de 1900, ces pays offraient un marché substantiel et une source de matières premières. Oui, le commerce extérieur passa de 404 millions de $ en 1865 à 1.635 millions de $ en 1890. Néanmoins il ne représentait toujours que 3 à 4% du PNB des USA. En réalité, les États-Unis n'avaient pas besoin de chercher des débouchés extérieurs, son énorme marché intérieur suffisait amplement pour absorber sa production. Quant aux surplus agricoles, comme ils ne pouvaient être vendus aux pays sous-développés de la région, ils étaient écoulés en Europe, à bas prix, au grand dam de nos paysans.

Les causes profondes du conflit

La volonté impérialiste ne résultait pas uniquement d'une nécessité inhérente au système capitaliste. En réalité, un faisceau de causes concouraient à la guerre. Les Américains ne voulaient plus que les Européens possédassent une tête de pont à 90 milles de leurs côtes. Ils souhaitaient également garantir leurs investissements dans l'île. La population américaine ressentait de la sympathie pour les Cubains qui luttaient pour leur indépendance. Pour justifier l'intervention, ils invoquaient des raisons humanitaires et les vertus de la démocratie. Pour les dirigeants, le conflit avec l'Espagne permettrait de distraire l'opinion de la crise économique qui avait débuté en 1893. Il offrait l'occasion d'acquérir, au détriment du moribond empire espagnol, les ports et les marchés nécessaires pour concurrencer des grandes puissances européennes. L'immense marché chinois avait été ouvert par les Japonais, mais pour l'exploiter, il fallait posséder des ports dans la région. Surtout, vers 1890, les États-Unis avaient achevé la conquête du continent de l'Atlantique au Pacifique. Certains Américains commencèrent à penser que la “destinée manifeste” ne s'arrêtait pas nécessairement aux rivages des océans. Les Anglo-saxons protestants, les Wasps avaient confiance dans la destin de leur nation, ils se sentaient investis d'une mission civilisatrice et ils avaient le sentiment de défendre une juste cause. La doctrine de la suprématie blanche avait engendré le système des réserves indiennes, la ségrégation des noirs, l'exclusion des immigrés chinois, maintenant elle justifiait l'impérialisme.

Quelques ténors entonnaient l'antienne nationaliste et une partie de la presse répandaient leurs thèses. Le capitaine de vaisseau Mahan, commentateur politique et militaire fort écouté, contestait la politique de non-intervention. Il affirmait que les États-Unis avaient besoin de bases dans le Pacifique comme dans les autres océans et qu'ils devaient construire une puissante flotte pour protéger le pays. Pour le sénateur Henry Cabot, il fallait ouvrir un canal qui rejoignît les océans. Pour le protéger, il fallait contrôler les Iles Hawaï et Cuba et posséder au moins une base dans les Antilles. Le futur-président Théodore Roosevelt prônait également l'impérialisme, car il était convaincu que les races supérieures devaient dominer les inférieures pour le progrès de la civilisation.

L'insurrection cubaine

Il ne manquait plus que l'occasion. La colonie cubaine avait déjà été secouée par plusieurs soulèvements. En 1895, le prix du sucre s'effondra. Au même moment, les États-Unis instaurèrent un tarif douanier protectionniste qui ruinait les planteurs et provoquait la chute des salaires. Une nouvelle fois, les Cubains, las de la misère et de l'impéritie du régime colonial espagnol, reprirent les armes. Les insurgés proclamèrent un gouvernement provisoire qui envoya des délégués à New York et Washington.

En réaction, la régente Marie Christine ordonna la répression de la révolte. Mais très vite il devint évident que l'insurrection ne serait pas facilement matée. En effet, les soldats espagnols n'étaient pas formés pour ce genre de conflit, ils étaient décontenancés par la tactique de la guérilla qui, même si elle était mal commandée, jouissait du soutien sans faille de la population. L'Espagne entretenait pourtant à Cuba une armée de 200.000 hommes, mais ils étaient aussi mal équipés que nourris et ils ne s'adaptaient pas au climat ; en 3 ans, 96.000 Espagnols succombèrent, pour la plupart de dysenterie, de la malaria ou de la fièvre jaune.

Afin de briser la résistance de la population, le général Weylen fit construire des camps de concentration dans lesquels s'entassaient hommes, femmes et enfants dans des conditions d'hygiène et de promiscuité atroces. En réponse, les insurgés attaquèrent et pillèrent les propriétés, y compris celles des planteurs américains, espérant ainsi susciter l'intervention américaine. En Amérique, la propagande cubaine organisait des meetings, des conférences, des manifestations et inondait le pays de brochures. La presse à scandales prit le relais. La concurrence entre journaux créa une inflation de nouvelles sensationnelles : maisons brûlées, prisonniers torturés, viols collectifs par les soudards ibères etc.

La marche martiale

Certes, les États-Unis avaient investi des capitaux considérables à Cuba, mais les milieux d'affaires restaient hostiles à une aventureuse intervention, or ils avaient soutenu l'élection du président Mc Kinley qui tenta de négocier avec le gouvernement espagnol, mais il n'avait pas l'appui du Congrès et de l'opinion publique surchauffée. De son côté, le gouvernement espagnol tenta d'éviter la guerre en faisant appel au Pape et en proposant l'autonomie à Cuba.

Malheureusement, le Ministre d'Espagne à Washington, le Senor Duprey de Lôme, eut la maladresse d'adresser, à un ami, une lettre dans laquelle il décrivait Mc Kinley comme un politicien hésitant et opportuniste. De surcroît, le diplomate insinuait que le gouvernement espagnol avait formulé les propositions conciliantes d'autonomie et de réforme à Cuba pour gagner du temps en attendant l'écrasement de la guérilla. Le document, volé, s'égara dans les bureaux de la rédaction du New York Journal qui s'empressa de l'éditer. Dupuy de Lôme dut remettre sa démission, mais l'opinion publique était indignée qu'on insultât ainsi son président. L'affaire mettait Mc Kinley dans une position délicate pour négocier un arrangement pacifique.

Un nouveau scandale allait mettre le feu aux poudres, au propre comme au figuré. Le 15 février 1898, le croiseur de bataille "Maine", que le président Mc Kinley avait envoyé pour protéger les ressortissants et les intérêts américains, explosa dans la rade de La Havane, entraînant la mort de 260 hommes d'équipage. L'opinion américaine s'enflamma comme les soutes à poudre du navire. Dans son rapport provisoire, la commission d'enquête instituée pour déterminer les causes de l'explosion n'excluait ni une cause interne (l'instabilité de la cordite, un incendie dans les soutes à charbon) ni une cause externe (mine ou torpille). Sans attendre les conclusions définitives, la presse se déchaîna contre les Espagnols. Aujourd'hui encore, la cause de l'explosion demeure un mystère, mais en tout cas on peut écarter l'hypothèse d'une attaque.

Le 8 avril, l'amiral Pasquale Cervera appareilla de Cadix, il avait reçu pour mission de détruire la base navale de Key West en Floride, puis de tenir le blocus des côtes. Pour ce faire, il ne disposait que d'un cuirassé et 5 croiseurs et, de surcroît, l'Espagne ne possédait pas de base convenable dans les Antilles. Assez anxieux, il s'arrêta dans les Îles du Cap Vert, espérant un règlement pacifique du conflit. La nouvelle de son départ provoqua une vague de panique aux États-Unis ! Chacun craignait de voir apparaître la flotte ibérique sur ses côtes. Le secrétariat à la défense était inondé de courriers affolés. Toutes les villes portuaires réclamaient l'envoi d'un cuirassé pour les protéger. Si les autorités avaient cédé à l'opinion publique, la flotte américaine aurait été dispersée le long des côtes. Pour calmer l'inquiétude des foules, l'armée ressortit quelques canons démodés qui rouillaient dans les arsenaux depuis la fin de la guerre civile. Ils finirent de s'oxyder en une vaine faction devant une mer où ne parut jamais la moindre fumée espagnole.

Le 11 avril, Mc Kinley demanda l'autorisation de mettre en action les forces armées ; le 21, l'Espagne rompit les relations diplomatiques ; le 25, les États-Unis déclarèrent la guerre à l'Espagne. Comme l'armée de terre ne comptait que 28.000 hommes, le gouvernement ordonna la levée de 200.000 volontaires. Soulignons que, depuis l'Indépendance, les États-Unis n'avaient jamais entretenu une forte armée de terre permanente, en dehors des périodes de guerre. Ce n'est qu'après 1945, qu'ils se doteront d'une armée de terre aux effectifs imposants. En revanche, sous l'impulsion des adeptes de Mac Mahan, ils avaient construit une puissante flotte durant les Années '90, devenant ainsi la troisième marine de guerre du monde.

Une guerre rondement expédiée

Avant l'ouverture des hostilités, le Département de la Marine avait nommé le commodore Dewey à la tête de la division de marine d'Extrême Orient, avec mission de menacer les Philippines. Dès son arrivée, il soumit ses hommes à un entraînement intensif, puis il concentra ses 4 croiseurs et ses 2 canonnières à Hong Kong. Déjà, le 30 avril, il se présentait devant les Philippines avec ses vaisseaux. Après quelques reconnaissances, le 1er mai, il trouva devant Manille, au mouillage de Cavite, une petite flottille espagnole composée de navires incapables de se battre en haute mer. Grâce à leur écrasante supériorité de feu, les Américains envoyèrent par le fonds les barcasses ibériques. Le bilan de la bataille était sans appel : 8 bateaux coulés, 167 morts, 214 blessés contre… 8 blessés américains ! Dewey n'avait plus qu'à attendre l'arrivée du corps expéditionnaire en provenance des États-Unis. Ce dernier débarqua le 13 août, le lendemain, la garnison espagnole se rendait.

De son côté, l'amiral Cervera reprit la mer le 29 avril, sur les injonctions de son gouvernement. Prudent et conscient de son infériorité, il ne croisa pas directement sur Porto Rico afin d'éviter la flotte américaine. Celle-ci avait été renforcée par le cuirassé Oregon qui avait contourné l'Amérique du sud, ce qui constituait une performance pour l'époque. De cette manière, l'amiral Simpson pouvait compter sur 5 cuirassés, 2 croiseurs cuirassés et quelques navires plus petits. Pendant que la flotte américaine sillonnait la côte nord de Cuba, dans les parages de La Havane, Cervera fit route par les petites Antilles, puis mit le cap sur Santiago. Le 19 mai, il jetait l'ancre dans le port. Des champs de mines et des batteries côtières disposées le long de l'étroit chenal interdisait l'accès au mouillage.

De son côté, l'armée de terre rassembla ses troupes à Tempa. Dans le camp, on trouvait un certain Théodore Roosevelt à la tête de ses volontaires, pour la plupart d'anciens cow boy et joueurs de cricket. Une bonne part resteront à terre ou devront abandonner leurs chevaux, faute de transports. Malgré le côté burlesque de l'affaire, Roosevelt acquit une réputation héroïque en participant à la campagne. Le 26 juin, le corps de 16.000 hommes débarqua à Daikiri, à 25 kilomètres à l'est de Santiago. Le 1er juillet, les Américains s'emparaient d'un fortin et des collines qui ceignaient Santiago, au prix de 1.500 morts. Mais l'expédition avait été improvisée, la logistique ne suivait pas, si bien que l'offensive s'enlisa.

Le 3, Cervera tenta une sortie avec ses 4 croiseurs et 2 torpilleurs. Il s'agissait de passer en force, à toute vitesse avant que les Américains ne réagissent. Les équipes des machines avaient reçu une bonne dose de rhum pour leur donner du cœur à l'ouvrage, ils remplirent les chaudières au risque de les faire exploser. Mais rien n'y fit. Les puissants vaisseaux américains détruisirent tous les navires espagnols. Ironie du sort, un seul vaisseau réussit à forcer le barrage, le Cristobal Colon, mais l'Oregon et le Brooklyn le rattrapèrent quelques heures plus tard et ils exécutèrent le découvreur de l'Amérique. Les Espagnols avaient perdu 160 morts et 1.800 prisonniers, dont l'amiral Cervera. Du côté américain, on ne comptait que quelques victimes. En revanche, les troupes terrestres avaient plus souffert, en 4 mois elles avaient perdu 5.700 morts dont 460 au combat, le reste de maladie. Le 17 juillet, Santiago capitulait.

Un colonialisme qui n'ose pas dire son nom

Par le Traité de Paris du 10 décembre 1898, l'Espagne céda Porto Rico, l'île de Guam, l'archipel des Mariannes et les Philippines contre 20 millions de $ d'“indemnités”.Dans une euphorique foulée, les Américains officialisèrent également l'annexion d'Hawaï qu'ils occupaient depuis quelques années. Vers 1893, la reine hawaïenne avait tenté d'instaurer une monarchie absolue. Les planteurs américains avaient fomenté une insurrection qui servit à justifier l'intervention de leur gouvernement.

Cuba acquit soi-disant l'indépendance. En réalité, elle passait sous la tutelle de l'Oncle Sam. En effet, elle dut signer une convention par laquelle elle s'engageait à ne jamais passer d'accord mettant en question sa souveraineté sans l'autorisation du gouvernement américain. Elle devait accepter l'intervention américaine en cas d'"agression" par une puissance étrangère et elle ne pouvait pas contracter de dettes trop importantes. La convention fut inscrite dans la constitution et en vertu de celle-ci, les Américains occupèrent Cuba en 1906-1909, 1912 et de 1917 à 1922.

À partir de 1900, Porto Rico posséda une Chambre des Représentants, mais le conseil et le gouverneur étaient nommés par le président des États-Unis.

Quant aux Philippines, allait-on lui offrir l'indépendance ? Manille était la clé du commerce avec le Moyen Orient, on ne pouvait laisser la France, l'Allemagne ou l'Angleterre s'en emparer… Et les diverses églises protestantes rêvaient de convertir les autochtones. Ces indigènes étaient incapables de se gouverner, il fallait les prendre en charge, élever leur niveau de vie et pourvoir au salut de leurs âmes ! Le 4 février 1899, la population philippine se souleva, car elle ne voulait ni des nouveaux maîtres ni de leur religion. Les États-Unis devront envoyer 70.000 hommes qui vinrent à bout de la révolte, au bout de 3 années de guerre.

Cet épisode de l'histoire présente plusieurs aspects intéressants pour le spectateurs contemporains de l'impérialisme américain. Dans cette affaire, les médias de l'époque et les lobbies jouèrent un rôle déterminant dans le processus de décision du gouvernement. La presse manipula l'opinion publique en accusant les Espagnols de la destruction du Maine et en dénonçant les exactions de leurs troupes. En grossissant démesurément l'adversaire, elle provoqua la panique de la population. Hier le Maine, aujourd'hui, les armes de destruction massive

Quant aux lobbies, ils ne travaillaient plus pour la prospérité de l'Amérique, ils partaient à la conquête économique du monde pour leur seul profit, sous couvert d'un vent de libération. Hier la canne à sucre, aujourd'hui, le pétrole… D'un point de vue militaire, nous reconnaissons la manière américaine de faire la guerre : préférence pour le feu plutôt que le choc, avance technologique et supériorité navale. Hier les cuirassés, aujourd'hui, les porte-avions…

Surtout, une idéologie produisait ses premiers effets. Convaincus d'être investis d'une mission supérieure, les Américains tinrent un discours moraliste, recourant sans cesse à Dieu, la démocratie et la liberté, qui induisait le dédain des populations secourues et la haine de l'ennemi. Avec aplomb, ils affirmèrent qu'ils intervenaient pour libérer les opprimés, leur offrir la démocratie et l'opulence. Cent ans plus tard, Mister Bush, qu'en pensent les Cubains ?

Frédéric Kisters.

Liens :

  • De la postmodernité en Amérique (G. Feltin-Tracol)
  • Choix d'articles sur l'impérialisme américain (Mécanoblog)
  • “Un goût de sang dans la jungle” : l’empire américain revisité (P. S. Golub)
  • Deux siècles de politique étrangère américaine (La plume & le rouleau, 2003)
  • « La Guerre hispano-américaine de 1898 : une hypothèse de géostratégie comparée » (I. Loucas)
  • L’Empire en question : origines et développement d’un débat américain contemporain (C. Letemplé)
  • Un roman : Balintawak, le cri de la liberté, E. Martinez, disponible en livre numérique chez Syllabaire, 2012 :  « Lord Robert Salisbury, celui-là même qui allait infliger à la France la cinglante humiliation de Fachoda, affirmait, stigmatisant l’immobilisme des nations, qu’elles ne connaissent pas d’état transitoire entre la gloire et le déclin. (…) Mais l’équilibre du monde changeait et la vieille Europe ne le savait pas encore. Au moment même où le Tsar [Nicolas II] arrivait à Paris [en 1896], le premier paquebot chargé de volontaires espagnols mettait le cap sur Manille où venait d’éclater une sanglante insurrection. L’Espagne ? Une nation agonisante aurait dit Lord Salisbury. Chez les intellectuels de ce pays qui avait été grand, la remise en question des anciens dogmes teintée de méfiance à l’égard des idées nouvelles, le mépris de la politique, le refuge dans certaines formes de mysticisme, bref, tout ce que l’un d’entre eux appela le “patriotisme de la douleur” avait sapé les fondements de la société sans lui donner d’horizon. “La patrie est une comédie” disait l’un, il n’y a plus d’“homme véritable” répondait l’autre, plus de “courage” s’exclamait un troisième, plus de “volonté” plus d'“idéal”, plus de “religion”, plus d’“héroïsme”, plus d’“argent”. Quant au bon peuple, s’il n’émigrait pas en Afrique du Nord ou aux Amériques fuyant les famines et la guerre civile, il attendait que Saint Jacques revienne sur son destrier blanc sauver l’Espagne. Depuis longtemps déjà, les restes de l’empire espagnol en déclin excitaient les convoitises d’une nouvelle puissance, les États-Unis d’Amérique, qui achevaient de sortir des divisions et des blessures de la guerre civile. Les temps de la reconstruction, de la conquête de l’ouest avec ses diligences et son chemin de fer, du développement agricole et industriel, de l’immigration massive et des gratte-ciel avaient commencé. Convaincu de sa supériorité raciale et de son “destin manifeste”, ce peuple avait bonne conscience. “Les vieilles nations vont à la vitesse de l’escargot, nous roulons à celle du train express” — affirmait le grand capitaine d’industrie Andrew Carnegie, en écho à un chroniqueur de l’époque qui écrivait : “nous sommes un grand peuple, oui, c’est ce que nous sommes et le mieux, c’est que nous le savons”. Sur le chemin de la gloire, il ne manquait à ce peuple que ce qu’un homme politique appela a little splendid war pour entrer dans l’histoire ».

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/54