mardi 19 mai 2026
mercredi 14 mai 2025
Des esclaves chrétiens rachetés au Pakistan

Le Père Frédéric Highton, prêtre missionnaire au Pakistan, tente de sensibiliser l’opinion publique au fait qu’il existe encore dans ce pays des esclaves chrétiens et qu’il faut se mobiliser pour les sauver.
Racheter les esclaves chrétiens
Au cours d’une interview vidéo pour un média catholique hispanophone, ce prêtre missionnaire raconte qu’il y a des esclaves chrétiens là-bas (esclaves sexuels et esclaves pour dettes).
« Il existe même un fléau de l’esclavage des enfants qui affecte dramatiquement les enfants chrétiens. Le pire dans la captivité des chrétiens entre les mains des maîtres musulmans, c’est qu’ils vivent dans une situation permanente de péché, mais pas n’importe quel péché, mais le péché d’apostasie, qui, comme l’explique Thomas d’Aquin, est le pire de tous. Il est donc extrêmement urgent de libérer leurs corps. Sinon, leurs âmes sont en grand danger. »
Le Père Frédéric Highton œuvre en ce moment à fonder la première communauté chrétienne d’esclaves chrétiens rachetés. Elle sera placée sous le patronage de Saint Pierre. Il y a déjà un architecte urbaniste espagnol qui est en train d’élaborer les plans.
Pour cela, ce prêtre missionnaire a rétabli l’ancienne coutume de racheter les captifs chrétiens. Il explique avoir été bouleversé lorsqu’un ami occidental lui a fourni la liste de 100 esclaves sexuelles chrétiennes disparues. Il a donc obtenu de Rome une somme importante – et déjà dépensée – pour racheter des captifs au Pakistan.
Son récit sera publié en espagnol sous le titre « Misión Comando » (Parresía Ediciones), et tous les bénéfices de sa vente seront reversés à la Cause pour la Rédemption des esclaves chrétiens.
Plus de cent esclaves chrétiens sauvés
Lors d’une interview en espagnol, il lui a été demandé s’il se préparait à un éventuel martyre. Il a répondu :
« La vérité est que j’ai senti et je sens que je suis si indigne de la couronne du martyr, que je ne m’y prépare pas. Je le demande seulement si c’est pour la plus grande gloire de Dieu, comme l’ont fait saint François Xavier et saint Dominique. La meilleure chose qui puisse arriver à un homme est de mourir en martyr. Surtout à cette heure critique de l’histoire, il est important de favoriser une atmosphère d’enthousiasme missionnaire et martyrique, comme celle qui existait au séminaire des missions au XIXe et une partie du XXe siècle. Sinon, nous ne pourrons pas conquérir le monde pour le Christ Roi et la Reine Marie. »
A ce stade, ce prêtre missionnaire a racheté plus de 100 esclaves chrétiens. « En réalité, c’est Dieu qui les a sauvés. Nous ne sommes que de simples acteurs de soutien dans la Divine Odyssée de l’Histoire. », ajoute-t-il.
Les fruits spirituels de ces sauvetages sont importants. Les esclaves rachetés reçoivent les sacrements et vivent souvent sous la garde pastorale d’un prêtre indigène. Deux d’entre eux, âgés, sont morts quelques mois après la libération. Ils sont morts avec les sacrements.
À travers le Projet Omnes Gentes, la plateforme missionnaire de l’Ordre de Saint-Élie, de nombreuses opérations missionnaires spéciales sont menées dans les mondes tibétain, islamique et tribal. Une opération éclair est menée en ce moment même dans l’Amazonie profonde, après avoir reçu un rapport urgent selon lequel une secte hérétique traque une tribu catholique sans berger au milieu de la jungle.
Joaquim De Alburquerque
https://www.medias-presse.info/des-esclaves-chretiens-rachetes-au-pakistan/204957/
dimanche 4 février 2024
Istanbul 1955 : Le génocide oublié des chrétiens grecs

Ce génocide antichrétien oublié de 1955 est survenu une trentaine d’années après le massacre par les Turcs des Grecs pontiques – toujours pas reconnu comme génocide – qui causa, entre 1916 et 1923, la mort de quelque 500 000 chrétiens grecs.
Durant la nuit du 6 et 7 septembre 1955, les 150 000 chrétiens grecs d’Istanbul subirent un nouveau pogrom qui causa la mort d'un millier de chrétiens et la fuite des autres. Les habitants non chrétiens des îles proches subirent les mêmes crimes.
Une foule de plusieurs dizaines de milliers de personne s’en est pris aux maisons, aux boutiques et aux bâtiments des non-musulmans qui avaient été marquées préalablement. Les biens ont été pillés et saccagés, des crimes ont été commis, des femmes ont été violées.
A la suite de ces événements qui ont commencé avec la rumeur selon laquelle une bombe avait été jetée contre la maison d’Atatürk à Thessalonique, des milliers de non-musulmans ont abandonné le pays qui était le leur depuis des milliers d’années, persuadés qu’il ne leur était plus possible de vivre en Turquie avec les musulmans.
L’étudiant en sciences politiques à l’université de Thessalonique désigné comme celui qui a jeté la bombe contre la maison d’Atatürk, Oktay Engin, est devenu par la suite bureaucrate dans l’administration turque. Il a exercé en tant que préfet de Nevşehir du 22 février 1992 au 18 septembre 1993. Sabri Yirmibeşoğlu qui travaillait pour le Conseil de Mobilisation et d’Investigation à l’époque des faits et devient plus tard secrétaire général du Conseil National de Sécurité a affirmé dans un entretien avec le journaliste Fatih Güllapoğlu à propos des évènements du 6-7 septembre : « Le 6-7 septembre c’était un coup du Département de la Guerre Spéciale. C’était magnifiquement organisé. Et l’objectif a été atteint. »
Au cours de ce génocide, les diasporas arménienne et juive ont également fortement souffert.
Le bilan fut lourd : 15 personnes d’après les autorités turques, 950 personnes d’après des sources grecques et l’universitaire américain Dilek Güyen ont été tuées. 30 personnes d’après les sources officielles, 3000 d’après certaines autres sources non-officielles ont été blessées. Toujours d’après Dilek Güven le nombre officiel de 60 femmes violées est sans doute beaucoup plus proche de 400. Ce jour- là 5317 bâtiments, parmi lesquels : 4214 habitations, 73 églises, 1 synagogue, 2 monastères, 26 écoles, des centaines de tombes, des usines, des hôtels et des bars ont été attaqués et pillés.
Les 5 000 chrétiens qui resteront à Istanbul seront contraints à l’exil en 1964, quittant ce qui était leur terre depuis 2 000 ans.
mercredi 30 novembre 2022
Beyrouth 1976, des Français aux côtés des Phalangistes (Emmanuel Albach)
Emmanuel Albach est le président de l’Amicale des Anciens Volontaires Français du Liban. Il a combattu au Liban de janvier à juillet 1976 et a fait ensuite une carrière de journaliste. C’est à son retour de Beyrouth, il y a quarante ans, qu’il a rédigé ce livre. Alors que les chrétiens d’Orient sont victimes d’une nouvelle tentative d’élimination, il lui semble temps de le publier.
Ce livre est la mémoire de cette poignée de jeunes Français partis au secours des chrétiens du Liban, aux pires heures de la menace, au risque de leur propre existence. Ni mercenaires ni soldats d’une armée régulière, ces volontaires français, essentiellement des étudiants, ont rejoint les Phalanges chrétiennes du Liban, alors dirigées par Béchir Gemayel, pour d’éprouvants combats de rue d’une guerre de positions à Beyrouth contre les diverses milices musulmanes.
Ils étaient environ une quarantaine, cinquante tout au plus. Ils ont sauvé l’honneur de la France.
Beyrouth 1976, des Français aux côtés des Phalangistes, Emmanuel Albach, éditions Synthèse Nationale, 260 pages, 22 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
vendredi 21 janvier 2022
Païens, chrétiens : un drôle de IVe siècle 2/2
Lente christianisation
Les empereurs, qui tolèrent le christianisme à partir de 312, vont peu à peu encadrer et restreindre l’exercice des cultes. Ils commencent par interdire les statues, puis les sacrifices, mais admettent la coexistence des deux religions jusqu’à Théodose, qui en 392, met en place une législation qui réprime véritablement toutes les pratiques païennes. Et en 435, est ordonnée la destruction de tous les sanctuaires païens qui pourraient encore subsister. “L’abondance même de la législation anti-païenne montre que le paganisme est toujours pratiqué et nous ignorons en outre dans quelle mesure ces lois étaient bien appliquées” précise Laurence Foschia. En effet, les empereurs recrutent une partie de leurs hauts fonctionnaires chez les païens. Ce n’est qu’à partir de 415 que les non chrétiens sont bannis de toute charge officielle.
Côté chrétien, les textes, très nombreux, nous renseignent surtout sur les querelles théologiques que les conciles sont chargés de clarifier : les chrétiens sont avant tout en quête de définition de leur foi. Parallèlement, les informations archéologiques sont maigres avant le IVe siècle : peu d’églises encore et peu d’inscriptions sont à mettre en regard des textes – car malheureusement pour les épigraphistes, cette pratique recule à l’époque. Alors que l’Empire continue d’entretenir les temples, il ne finance pas encore les églises. Les vestiges chrétiens les plus anciens sont souvent découverts hors les murs des cités, soit autour des tombes de personnes considérées comme saintes, dans les nécropoles, soit parce que les communautés peu riches ne possédaient pas de terrains dans les cités. Dans un second temps, des traces chrétiennes apparaissent dans la cité. C’est le cas de la basilique de Paul, à Philippes, qui va se transformer au Ve siècle en cathédrale, entourée d’un véritable quartier épiscopal tandis que plusieurs autres basiliques, beaucoup plus grandes, sont à leur tour construites, bouleversant l’urbanisme romain. Elles témoignent d’une puissance nouvelle et de communautés chrétiennes désormais majoritaires et prospères.
À partir du Ve siècle, tout bascule. Thessalonique, résidence impériale entre le IIIe siècle et la fin du IVe, est un bon exemple de cette évolution qui réutilise les édifices païens ou les imite pour finalement, à partir du VIe siècle, créer une architecture différente – qu’on qualifie de byzantine. Son forum monumental a aujourd’hui presque totalement disparu, enfoui sous les constructions modernes. L’un des rares vestiges du IVe siècle est un mausolée romain, aujourd’hui l’église Saint-Georges. Si l’édifice subsiste, c’est qu’il fut très tôt converti en lieu de culte chrétien. En fouillant le petit jardin qui entoure l’imposante rotonde de brique rouge, les archéologues grecs tentent actuellement d’en apprendre davantage sur l’époque et la nature de cette transformation. Les premières certitudes ne remontent qu’au VIe siècle, lorsqu’une abside encore bien visible fut ajoutée à l’est et une nouvelle entrée percée à l’ouest. Ce témoin privilégié de la transition entre l’Empire romain et le monde chrétien est à mettre en parallèle avec l’église de l’Acheiropoiétos, située quelques rues plus loin. Il s’agit là au contraire d’une construction originale du troisième quart du Ve siècle qui remplace des bains romains. Mais elle suit le plan rectangulaire typique utilisé dans l’Empire pour les basiliques civiles. Les éclatantes mosaïques à décor floral et les chapiteaux aux feuilles d’acanthe dentelées qui surmontent les colonnes de la nef centrale remontent aux origines de l’église.
“En Grèce continentale, il n’est pas rare que des temples soient convertis en églises. Soixante cas ont été relevés jusqu’à présent, observe Laurence Foschia. Le procédé peut être interprété comme un signe de triomphalisme, mais il est surtout pragmatique : rapide et moins onéreux qu’une construction nouvelle, il heurte sans doute moins la population qui voit là une continuité d’espace sacré.” Il suffit de changer l’orientation des temples en fermant l’entrée (à l’est) par une abside, et en ouvrant une porte au fond de l’ancienne cella. C’est ainsi que le Parthénon d’Athènes a survécu. Tous les grands temples d’Athènes sont également devenus des églises mais les historiens ne sont pas d’accord sur l’époque de leur christianisation qu’ils évaluent entre le Ve siècle et le VIIe. La cité a été partiellement pillée en 396 par les Wisigoths d’Alaric et une période d’abandon a pu précéder leur conversion. Seuls indices : les plus anciens graffitis chrétiens sur l’Acropole ne remontent qu’au VIIe siècle.
Parallèlement, sur les pentes de l’Aréopage, les fouilles américaines ont mis au jour une cache de statues de dieux antiques, dans des maisons de l’époque romaine tardive. Il est probable que ces demeures, situées en bordure de l’Agora, aient servi de refuge aux derniers philosophes païens, anciens enseignants de l’Académie d’Athènes qui continuaient là à pratiquer un culte domestique. L’Académie reste en effet, aux yeux des empereurs, le fief de la philosophie antique, liée au paganisme. Elle est fermée en 529 sur ordre de Justinien qui supprime également la liberté de conscience et rend obligatoire le baptême. Certains philosophes préfèrent alors s’exiler à la cour du roi perse.
Par un renversement de tendance, le christianisme semble être devenu un mouvement urbain qui triomphe dans l’ensemble des cités à partir du Ve siècle, alors que les derniers païens se réfugient dans les campagnes : quelques sanctuaires locaux, situés sur des collines reprennent vigueur, ainsi qu’en témoignent des offrandes de lampes datées de l’époque tardive; plusieurs caches de statues de divinités ont aussi été retrouvées dans des citernes de cette époque, des sanctuaires sont aménagés dans de grandes demeures privées… Circonstances obligent, ce dernier paganisme serait aussi plus personnel, d’une pratique plus intime, avant de disparaître. Dans le grand Empire byzantin désormais entièrement chrétien, bientôt, seule la littérature antique transmettra le souvenir des mythes et du panthéon grecs.
Thasos et ses basiliques
Paul, se rendant de l’île de Samothrace à Néapolis (Kavala) puis Philippes, passa au large de l’île de Thasos, célèbre pour la qualité de son marbre. Y aborda-t-il ? Les Actes des Apôtres ne le laissent pas entendre. Ici aussi, les premières traces du christianisme ne remontent qu’au Ve siècle. À Aliki, presqu’île bucolique du sud-est de l’île, un sanctuaire païen a fonctionné jusqu’au IVe siècle. Il n’a pas été réutilisé. Les chrétiens ont préféré construire une basilique double de l’autre côté de la colline, surplombant la mer. Les vestiges de cet ensemble, qui date du premier quart du Ve siècle pour la première phase de construction, sont encore lisibles au milieu des pins. Étudiées par Jean-Pierre Sodini, dans le cadre des fouilles de l’École française d’Athènes, les deux églises (ci-dessous) ont livré des éléments de décor : ambon, autel, chancel et mosaïques… Plusieurs annexes, dont la fonction reste mal définie, encadraient le narthex. De nombreuses tombes furent creusées dans la cour. Dans ce paysage somptueux, sauvage aujourd’hui, il est difficile d’imaginer la vie religieuse animée qui devait se dérouler là, tandis qu’à quelque dizaines de mètres, les plages de marbre blanc résonnaient du bruit des pics des ouvriers travaillant aux carrières (ci-contre). Les basiliques furent abandonnées au VIIe siècle, à l’époque des invasions slaves sur l’île. Tout récemment, en lisière de la ville de Thasos, au nord de l’île, le service des Antiquités grecques a mis au jour les vestiges d’une autre importante basilique double et de ses annexes, dont le plan ressemble à celle d’Aliki. Le site est en cours de fouille.
Le Monde de la Bible n°160, 2004.
Païens, chrétiens : un drôle de IVe siècle 1/2
Terre de références culturelle et religieuse pour l’Empire romain païen, la Grèce est aussi mentionnée comme l’un des premiers foyers du christianisme balbutiant : Paul n’a-t-il pas créé les communautés de Philippes, Thessalonique, Corinthe ? Selon les recherches archéologiques et historiques récentes, la christianisation fut en réalité lente et tardive. Laurence Foschia, doctorante à l’École française d’Athènes, montre ainsi comment le paganisme évolua jusqu’à sa disparition définitive au VIIe siècle, et combien le IVe siècle fut une période complexe où deux systèmes religieux différents coexistaient dans le nouvel Empire byzantin.
Au détour de la route, des ruines blanches trouent le tapis bien ordonné des cultures. De la prestigieuse cité romaine de Philippes, au cœur de la province de Macédoine, ne sont plus visibles que le théâtre, les vestiges du forum et de ses édifices publics le long de la Via Egnatia, grande route romaine, qui relie le port tout proche de Kavala (Neapolis dans l’Antiquité) à la ville de Thessalonique. Le site attire pourtant de nombreux visiteurs venus, en Grèce du Nord, mettre leurs pas dans ceux de l’apôtre Paul. Celui-ci séjourna à Philippes, au milieu des années 40, lors de son second voyage, empruntant la voie Egnatia (Ac 16,11 et suivants). Subsiste-il quelque trace tangible de ce contact direct avec le christianisme ? Que sont devenus les Philippiens convertis par Paul – comme Lydie, la marchande de pourpre, et le gardien de prison ? Même si les guides montrent à Philippes un minuscule cachot installé dans une citerne romaine, qui aurait été, selon la tradition, celui de Paul – arrêté parce qu’il empêchait les devins de gagner leur vie –, l’archéologie ne permet pas plus ici qu’ailleurs de confirmer les récits transmis sur les lieux de la première christianisation.
Indice plus convainquant du souvenir de Paul et de la présence très précoce d’une communauté chrétienne à Philippes : la découverte, en 1975, au beau milieu du forum, de deux modestes pièces rectangulaires fermées par une abside, sous une église octogonale un peu plus récente. La dédicace des mosaïques ne laisse aucun doute : “Porphyrios, évêque, a fait dans le Christ la mosaïque de la basilique de Paul”. Porphyre étant connu par des textes, la basilique a été datée de la fin du premier quart du IVe siècle. Il s’agit donc de l’un des plus anciens édifices chrétiens de Grèce, construit tout de même près de trois siècles après le séjour de l’apôtre.
Pour certains archéologues, cette basilique serait un martyrium, plutôt qu’une église, c’est-à-dire un sanctuaire qui célébrerait le culte de Paul à la manière des héros grecs. À l’appui de cette hypothèse : la présence, contre le mur latéral, d’un hérôon, sorte de mausolée en hommage à un héros de la cité, datant du IIe siècle av. JC. Cette tombe a pu être récupérée par la nouvelle religion, témoignant d’une continuité des pratiques entre le monde païen et le monde chrétien. “Il est probable que les petites communautés fondées par Paul ont vivoté à Philippes, Thessalonique, Corinthe… célébrant leur culte dans les maisons, parfois les synagogues, comme les communautés juives de la diaspora, dont on a retrouvé la trace à Sparte ou Patras (voir p. 55), suppose Laurence Foschia, doctorante à l’École française d’Athènes, qui étudie l’évolution du paganisme entre le IVe et le VIIe siècle de notre ère. Les inscriptions chrétiennes restent en effet très rares au IIIe siècle et les toutes premières églises ne sont donc attestées que dans la première moitié du IVe. Il semble que la seconde vague de christianisation arrive en Grèce par les ports et rencontre un certain écho sur les côtes, au cours des IIe et IIIe siècles. Mais les persécutions lancées à plusieurs reprises contre les chrétiens, la dernière ayant lieu sous Dioclétien, à compter de 303, a pu freiner son développement.”
Durant tout le IVe siècle, le paganisme reste bien vivant. “C’est un siècle de bouillonnement spirituel et de coexistence des deux religions” constate l’historienne. Du côté “grec”, c’est-à-dire païen — “ceux qui sacrifient” —, les temples, entretenus par le pouvoir impérial, continuent à fonctionner normalement jusqu’à l’extrême fin du IVe siècle ; les Jeux olympiques sont célébrés au moins jusqu’en 385 ; étudiants païens et chrétiens fréquentent ensemble la célèbre Académie d’Athènes où ils n’hésitent pas d’ailleurs à entamer des controverses, à rivaliser d’éloquence pour défendre le bien fondé de leur religion respective. Des cultes agraires semblent même reprendre vigueur : Zeus Ombrios, divinité liée à la pluie et aux intempéries, est ainsi populaire dans certains sanctuaires situés sur des sommets de collines. Au cours du IIIe siècle, les cultes orientaux de Cybèle ou Mithra se développent tandis qu’Apollon prend de l’importance et peut parfois être honoré comme seul dieu. Les temples d’Asclépios prospèrent également au IVe siècle. Des historiens ont rapproché le succès de ce culte guérisseur de l’expansion parallèle du christianisme, en partie à cause de ses aspects miraculeux.
Ils décèlent, derrière ces évolutions, une quête spirituelle, une volonté d’expérimentation, voire l’affirmation d’un paganisme plus personnel en écho à une crise agricole, une période d’angoisse et de remise en question. Pourtant, à Athènes, où le paganisme est littéralement inscrit dans les murs et la conscience “nationale”, les divinités antiques de la cité sont toujours scrupuleusement célébrées – la continuité des Panathénées en est la meilleure preuve (voir p. 22-27). Selon une autre hypothèse, les rites se maintiendraient surtout en apparence. Ne recouvrant plus une réelle piété, ils conserveraient seulement un aspect festif, voire folklorique. “Mais, nuance Laurence Foschia, il est difficile la plupart du temps d’affirmer que la signification religieuse tombe en désuétude alors que dans le paganisme, c’est justement la pratique qui induit la foi.”
L'étrange paganisme de Julien l'Apostat
Entre 361 et 363, l’empereur Julien, persuadé que le christianisme est responsable de la crise que traverse l’Empire, tente d’imposer une restauration païenne et rouvre des temples ce qui suscite un certain enthousiasme. Mais sa conception du paganisme est elle-même très influencée par le christianisme. « Il s’agit d’un paganisme puritain qui n’avait jamais existé auparavant, et qui est très intellectuel, élitiste », explique Laurence Foschia. Julien souhaite créer un clergé païen très hiérarchisé, calqué sur l’Église ; il copie également le système de charité chrétien. Il cherche à théoriser un polythéisme foisonnant, reprend à son compte la théologie de la rédemption, rendue possible par le repentir. À Antioche, il se rend impopulaire en organisant un sacrifice de cent bœufs. La population païenne ne retrouve pas ses pratiques dans ce trop-plein de rites et de sacrifices, et ne comprend pas cette religion. Cette révolution religieuse ne survivra pas à la mort de l’empereur.
À suivre
samedi 25 décembre 2021
Les chrétiens martyrs de l’islam (Alain Sanders)

Alain Sanders, journaliste catholique, ancien reporter de guerre, est l’auteur de nombreux ouvrages à caractère historique.
Dans ce livre intitulé Les chrétiens martyrs de l’islam, il évoque en treize chapitres des événements étalés sur plusieurs siècles et sur plusieurs territoires. Chacun de ces chapitres est le récit édifiant de chrétiens restés fidèles au Christ jusque dans la mort cruelle infligée par des barbares mahométans.
A Cordoue en l’an 837, Rodrigue refuse de renier sa foi et meurt décapité après avoir eu le temps de faire le signe de croix. En 1480, à Otrante (dans les Pouilles, en Italie), envahie par l’armée d’Ahmet Pacha, 813 chrétiens ayant refusé de renier leur foi, enchaînés nus par groupes de cinquante, sont décapités au sabre. En 1631, à Marrakech, le père Jean de Prado, après avoir été torturé pendant des heures, persiste à refuser de renier sa foi et meurt sur le bûcher. En 1683, à Alger, le père Jean Le Vacher fait prisonnier par une armée de Turcs, refuse de porter le turban de l’islam, affirme publiquement devant ses bourreaux ne pas craindre la mort, abhorrer la fausse loi de Mahomet, ne reconnaître que la religion catholique, apostolique et romaine pour la défense de laquelle il est prêt à verser jusqu’à la dernière goutte de son sang. Il est attaché à un canon et démembré par le boulet de canon. Les faits que raconte Alain Sanders dans ce livre sont de nature à briser le cœur de tout chrétien, mais aussi à le fortifier dans sa foi.
Un livre cruellement d’actualité.
Les chrétiens martyrs de l’islam, Alain Sanders, éditions de Paris, 205 pages, 19 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
https://www.medias-presse.info/les-chretiens-martyrs-de-lislam-alain-sanders/81746/
vendredi 15 octobre 2021
Histoire illustrée de la France chrétienne : L’Histoire à lire comme un roman

L’ouvrage publié par les éditions Saint-Jude est conçu comme un manuel d’Histoire, qui parcourt le temps depuis les gaulois jusqu’à nos jours. Richement illustré par les scènes des événements majeurs, des grands personnages, de cartes géopolitiques, de repères historiques, il n’en est pas moins écrit comme un roman truffé d’annecdotes et de citations, montrant les ressorts de l’Histoire. On découvre que derrière chaque grand homme, chaque oeuvre, il y eut des saints. On découvre l’influence bénéfique de l’Eglise pour faire passer un monde païen de la barbarie à la civilisation, et l’Histoire s’illumine.
Ce que la France doit à sa foi
« Fille aînée de l’Eglise », on ne peut comprendre l’Histoire de France si l’on ignore la profonde foi qui l’animait. Constituée de différents peuples, elle fut unifiée par la foi, et sur les préceptes de l’Evangile naquit une admirable civilisation de chevaliers, de châteaux, de moines et de cathédrales, d’oeuvres de charité et de missionnaires héroïques. Tout au long de son histoire, on voit les saints guider les rois, soulager les pauvres, l’Eglise tempérer les belliqueux et exalter la générosité. Nos racines sont chrétiennes, et ce que la France a de meilleur elle le doit à sa Foi, c’est ce que vous découvrirez à la lecture de cet ouvrage.
Plongez dans la plus formidable des histoires, la nôtre… 350 pages en couleurs et plus de cent illustrations, cartes et plans.
Deux mille ans d’histoire défilent en 350 pages avec une présence constante : les saints… Ils sont là, abordant les côtes de France au premier siècle, envoyés par Rome et constituant les premiers évêques de Gaule, subissant le martyre dans les amphithéâtres de Lyon, décapités à Montmartre, puis baptisant Clovis, conseillant les rois et devenant même l’un d’eux. Puis prenant l’épée pour chasser les anglais, défendre les chrétiens d’Orient, et toujours, fonder des oeuvres de charité, soigner les âmes et les corps jusqu’à nos jours. Une fresque lumineuse dans un siècle qui dénigre ses racines chrétiennes.
samedi 10 juillet 2021
Les avatars chrétiens de Wodan après la conversion des Germains
[ci-dessus : Fidus, Schwertwache, 1895]
Wodan était l'une des principales figures divines au temps de la christianisation des Germains. Il était le dieu qui donnait la sagesse aux hommes. Il était aussi le dieu des guerriers et des héros tombés au combat. Son importance était grande parmi les Germains comme le prouve la formule d'abjuration que les convertis devaient prononcer avant de recevoir le baptême. En effet, les Germains, comme tous les païens, avaient d'innombrables dieux et la formule n'en reprend que 3 : Donar (Thor), Ziu (dieu primordial indo-européen ; Zeus et Ziu ont la même racine) et Wodan lui-même.
Précisons que, pour les premiers Chrétiens de Germanie, les dieux ancestraux n'étaient pas perçu comme des superstitions mais comme des forces ennemies, maléfiques, qu'il s'agissait de combattre. Le spécialiste de la question Erich Jung nous l'explique : « Pendant longtemps, l'Église germanique primitive n'a pas nié l'existence et l'action des dieux ancestraux, mais a combattu ces derniers comme des esprits maléfiques, des monstres, des démons. Donc, pour eux, Wodan gardait toute son influence sur les âmes non baptisées. Son Armée (Heer), sa horde, était principalement composée d'âmes d'enfants morts ».
C'est la raison pour laquelle l'Église demandait aux anciens Germains d'abjurer leurs dieux ancestraux. Mais cette injonction ne fut pas immédiatement suivie d'obéissance : le peuple continuait d'honorer ces anciens dieux. L'Église fut donc obligée de changer de politique et de les christianiser, d'en faire des saints. Wodan est par conséquent le dieu qui a connu le plus d'avatars chrétiens.
Il a été transformé en archange Michel, que l'on représente tantôt avec l'attribut de Ziu (l'épée), tantôt avec l'attribut de Wodan (le manteau). À son propos, Cäsarius von Heisterbach (1180-124?), chroniqueur médiéval, cite une légende allemande, où Wodan, très manifestement, entre en scène. C'est la légende du Chevalier Gerhard von Holenbach. Un jour, le diable lui apparaît, déguisé en pélerin. Il frappe à la porte du Chevalier et lui demande l'aumône. Comme il faisait froid, le Chevalier le fit entrer et, pour la nuit, lui offrit son manteau en guise de couverture. Au petit matin, le pélerin avait disparu avec le manteau. Peu après, le Chevalier décide d'entreprendre un pèlerinage au tombeau de St. Thomas en Inde. Avant de partir, il brise son anneau en 2 morceaux et en donne un à sa femme, afin qu'elle conserve un signe de reconnaissance. S'il ne revient pas avant cinq ans, elle sera libre. Mais le Chevalier n'atteint le tombeau de St. Thomas qu'au jour où il aurait dû rentrer chez lui. C'est alors qu'apparaît le diable vêtu de son manteau qui, en un tour, le ramène d'un coup chez lui. Gerhard retrouve sa femme en train de célébrer son repas de fiançailles avant un autre Chevalier et lance son anneau dans une coupe. Sa femme le reconnaît et le Chevalier reprend sa place.
Le Diable joue ici très nettement le rôle de Wodan. Cäsarius von Heisterbach a sans doute transformé une vieille légende wotanique. Plus tard, au XVe siècle, la chronique suisse des Seigneurs von Stretlingen, de la région du Thurnersee, remplace, dans la même légende, le Diable par l'Archange Michel.
La Sainte Lance est, elle aussi, un ancien attribut de Wodan et même l'un des principaux. Avec sa lance, Wodan désignait les guerriers les plus braves, avant que les vierges-pages ne viennent les chercher pour les conduire au Walhall. Cette sainte lance fit partie, plus tard, des insignes de la cérémonie du couronnement des Empereurs du Saint-Empire, sous le nom de Lance de St. Maurice. À la bataille du Lechfeld contre les Hongrois, on apporta à l'Empereur Othon I la lance dite de St. Michel. La Sainte Lance joua encore un rôle décisif lors d'une bataille de la première croisade quand, en 1098, devant Antioche, les guerriers francs et normands, découragés, minés par la fatigue, ne se relancèrent à l'assaut qu'après l'apparition de la Sainte Lance.
Wodan était le protecteur de Siegfried, lorsque ce dernier terrassa le dragon. Dans la Saga de Wolfdietrich, c'est St. Georges qui reprend ce rôle. Plus tard, St. Georges lui-même tue le dragon, de la même façon que St. Michel. St. George (dont l'existence historique n'est pas prouvée) est devenu ultérieurement le protecteur des armuriers et des guerriers. Son amulette protégeait contre les coups de lance malencontreux.
Les anciennes églises dédiées à St. Michel se situent toutes au sommet de montagnes ou de collines, lieux de résidence privilégiés par Wodan. C'est particulièrement patent dans le cas du Michelsberg près de Kleebronn en Allemagne. Avant que l'on ne parle de Wodan, c'est-à-dire avant la germanisation, il y avait déjà là un lieu de culte celtique. Wodan a tout simplement remplacé la divinité celtique et, après la christianisation, St. Michel a pris le relais. Wodan et St. Michel sont tous deux des détenteurs de lances miraculeuses. Tous deux tuent des dragons et servent de guide aux âmes. Les paysans de la région nomment toujours le Michelsberg de son ancien nom : Gudinsberg ou Wudinsberg, selon les variations dialectales.
L'ethnologue Gößler précise : « Cette persistance des cultes païens s'observe partout où il y a des monts ou collines portant le nom de Michel, surtout s'il s'agit de hauteurs occupées depuis la nuit des temps, comme, par exemple, sur le fameux Michelsberg près de Bruchsal, où l'on a découvert des poteries typiques de la préhistoire, poteries qui ont permis de déterminer la civilisation préhistorique indo-européenne du Michelsberg. Idem pour le Michelsberg près de Gundelsheim, le Heiligenberg de Heidelberg et le Michelsberg-en-Zabergäu ».
L'histoire du Heiligenberg près de Heidelberg signale effectivement un passage direct de Wodan à St. Michel. Un acte de Konrad I, d'août 912, en parle comme d'une colline sainte, dédiée à un archange "tout-puissant". Or, pour l'église chrétienne, les archanges ne sont jamais "tout-puissants". Cet adjectif trahit la transposition…
St. Martin est aussi un avatar de Wodan. Souvent on le représente flanqué d'une oie, l'oiseau dont le sacrifice plaisait à Wodan. M. Ninck écrit : « La transposition des traits wotaniques a dû être facilitée par l'étymologie même du nom de Martin, signifiant en fait "guerrier de Mars". St. Martin est en effet Chevalier servant et, plus tard, un exorciste qui parcourt les campagnes. Sous sa forme chevaleresque, il porte un manteau, comme tous les chevaliers, mais le caractère particulièrement sacré de son manteau prouve nettement les origines wotaniques de son culte ».
Les légendes prouvent, elles aussi, le rapport étroit qui existe entre Wodan et St. Martin. Dans la région de Coblence, l'homme qui blesse une cigogne (dans la symbolique païenne, animal qui équivaut au cygne, oiseau dédié à Wodan), est menacé de la Lance de St. Martin. En Bavière, lors des moissons des dernières semaines de l'été, les paysans laissent une gerbe pour le cheval de St. Martin, comme jadis ils en laissaient une pour le cheval de Wodan. Au Tyrol, la "Chasse Sauvage" s'appelle la Martinsgestämpe et l'on dit aussi que, derrière la Horde Sauvage, trotte une oie difforme, animal lié à St. Martin.
St. Martin est aussi magicien et sa fête, le 11 novembre, est célébrée à une époque de l'année où, jadis, on fêtait Wodan. Cette fête a repris à son compte bon nombre de traits du culte wotanique. Elle se célèbrait de nuit, avec des feux. On tuait des oies et l'on buvait la Minne de Wodan, comme on boit aujourd'hui la Minne de St. Martin.
Lors de la bénédiction des chiens à Vienne, célébration qui remonte au Xe siècle et est également une transposition d'un vieux rite wotanique, on évoque St. Martin comme patron protecteur des chiens (car Wodan, jadis, était accompagné de loups ou de chiens). À Bierdorf dans le Westerwald, se trouvent des tumuli germaniques, autour d'une colline nommée Martinsberg, jadis vouée à Wodan.
St. Oswald est sans doute aussi un avatar de Wodan, dont l'un des surnoms était précisément Oswald. Le passage du dieu païen au saint chrétien (?) est facilement repérable : une colonne de la nef principale de l'église abbatiale d'Alpirsbach dans le Württemberg nous montre encore Wodan accompagné de ses 2 corbeaux Hugin et Munin. Une gravure sur bois datant de 1500 environ, nous présente, elle, St. Oswald avec 2 corbeaux…
St. Cuthbert de Durham est représenté avec la tête tranchée d'Oswald : autour de lui, des cygnes, animaux wotaniques. Rappelons-nous que Wodan, dans l'Edda, enmenait toujours avec lui la tête tranchée de Mimir. Les cygnes sont, eux, inséparables des Walkyries, les vierges-pages de Wodan.
Mais l'avatar le plus aimé de Wodan est sans conteste St. Nicolas, qui offre des cadeaux aux enfants. Sa fête, le 6 décembre, n'a pratiquement rien à voir avec le saint historique, un évêque d'Asie Mineure. St. Nicolas est un saint qui a même réussi à résister au protestantisme dans le Nord des pays germaniques. Dans certains régions, il est assimilé à la vieille figure de Knecht Rupprecht (le "Gaillard Robert"), dans lequel on reconnaît sans difficulté Wodan. St. Nicolas porte souvent, comme lui, un bonnet de fourrure, une longue barbe soyeuse et il voyage dans un traîneau tiré par des rennes. Dans les régions catholiques, il est encore habillé comme un évêque, avec une mitre et une crosse et il accompagne Krampus, avatar du Diable.
L'Église chrétienne a donc pratiqué 2 politiques à l'égard de Wodan : d'une part, elle a conservé son souvenir sous les oripeaux d'une quantité de saints ; d'autre part, elle en a fait un diable et un méchant démon. Son surnom glorieux des temps païens, der Rabenase (l'Ase aux corbeaux), est devenu une injure, Rabenaas (carogne). Wodan est devenu le meneur de la terrible chasse sauvage, le seigneurs des démons. Dans quelques régions d'Allemagne, on brûle des effigies de Wode, Gode ou Gute lors du solstice d'été, devenu, sous l'impulsion de l'Église, les feux de la St. Jean. Mais Wodan, dans l'âme du peuple, a résisté à toutes les tentatives de christianisation.
dimanche 16 mai 2021
Les Chrétiens dans al-Andalus, de la soumission à l’anéantissement

La parution en format poche, et donc à prix très abordable, de cet excellent ouvrage vient à point en un moment où les Européens sont priés de faire une injuste repentance sous la pression d’organisations d’agitateurs – des Black Lives Matter à la Ligue de Défense Noire Africaine – qui nous jouent le couplet de la victimisation communautariste avec la complicité de médias occidentaux chargés d’encourager l’ethno-masochisme chez l’homme blanc.
Rafael Sanchez Saus est professeur d’histoire médiévale à l’université de Casiz. Il est l’un des meilleurs spécialistes contemporains des relations entre maures et chrétiens dans l’Espagne médiévale. Son livre Les Chrétiens dans al-Andalus, très documenté, raconte la conquête de l’Hispanie par les musulmans et montre toute la dureté du régime de dhimmitude auquel ont été soumis les Chrétiens d’Hispanie et de quelle manière s’est installée une discrimination durable, c’est-à-dire un système de ségrégation et de hiérarchies menant à la déstructuration de la population chrétienne.
Cet ouvrage démonte méthodiquement le mythe d’une Andalousie dans laquelle l’occupant musulman aurait organisé un vivre-ensemble harmonieux et inter-religieux. Cette légende d’al-Andalus, paradis de tolérance et de multiculturalisme, est encore aujourd’hui entretenu par de nombreux auteurs musulmans et islamophiles.
L’expansion musulmane ne peut être comprise sans la prise en compte de la dhimma comme moyen de contrôle et d’exploitation des populations soumises à leurs envahisseurs, ainsi préparées progressivement à leur islamisation ou leur disparition. L’auteur explique en détail la djizia, prix que le chrétien devait payer sur son propre sol pour le rachat auprès de l’oumma du droit à la vie en terre devenue d’islam par la conquête militaire. Il ne s’agissait pas d’une simple taxe supplémentaire. Le refus de son paiement soumet les dhimmis chrétiens aux règles du djihad, en d’autres termes, aux trois seuls destins possibles : la conversion, l’esclavage ou la mort. L’auteur rappelle également la terrible cruauté du pouvoir musulman tyrannique.
A lire !
Les Chrétiens dans al-Andalus, Rafael Sànchez Saus, éditions du Rocher, collection Le Rocher Poche, 468 pages, 9,90 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
jeudi 26 novembre 2020
La conquête arabe
Il semble que Mohammed lui-même, dont on dit qu'il a été marié à une riche veuve juive Khadidja par le prêtre Waraqa, ait effectué un passage par un christianisme judaïsant que l'on rattache à ceux que le Coran nomme « Nazaréens ». L'Arabie est largement christianisée à son époque, mais la plupart de ces chrétiens ne sont pas des chrétiens judaïsants comme Mohammed; ils croient en la Trinité. Le coup de génie politique que l'on déchiffre dans le Coran est d'assimiler les chrétiens trinitaires aux idolâtres, comme étant ceux « qui font de Dieu le troisième de trois », « ceux qui associent au Dieu unique ». Les chrétiens arabes qui ne se rallient pas seront tous exterminés, grâce à ce beau raisonnement.
Bat Ye'or, dans ce classique qu'est Les chrétiens d'Orient entre Jihad et dhimmitude, retrace les premières conquêtes, extérieures à l'Arabie, en Syrie, puis en Egypte. Les témoignages d'époque sont accablants. Il y a les villes, défendues par leurs murailles, dans lesquelles il n'est pas forcément facile d'entrer; avec ces villes, les chefs musulmans signent des traités, qui sont des traités de dhimmitude : moyennant un tribut payé régulièrement et l'acceptation d'un statut social inférieur, ces chrétiens citadins se voient laisser la vie sauve. Ils ont l'impression d'échapper au fisc byzantin pour contracter de nouvelles obligations, qu'ils acceptent, parce que les envahisseurs paraissent peu nombreux et inorganisés : le civilisé a toujours un petit complexe de supériorité sur le barbare. Ces vieilles terres de civilisation se sont données souvent, mais les habitants, dans les premiers temps au moins, imaginaient en finir rapidement avec les envahisseurs.
Pourtant ces envahisseurs sont cruels. Dans les campagnes, il n'y a nul traité. Là règne immédiatement la loi de la guerre, c'est-à-dire les razzias, les massacres et la réduction de populations entières en esclavage. La chronique de l'évêque Michel nous a conservé ses impressions au moment de la conquête de Damas : « Omar envoya Khaled avec une armée dans la région d'Alep et d'Antioche. Ils y firent périr beaucoup de monde. Personne ne leur échappait. Quoi qu'on puisse dire des maux que la Syrie eut à subir, on ne pourrait les raconter à cause de leur multiplicité. Les Taiyayê (Arabes) étaient la grande verge de la colère de Dieu ».
On ne compte pas les villes détruites, celles qui tentèrent de résister : Alep, Antioche, Ctésiphon, Pergame, Sardes, Nicée furent entièrement détruites et leurs habitants massacrés. En Afrique du nord, les villes de Tripoli et de Carthage furent elles aussi détruites et leurs habitants passés au fil de l'épée. Il fallut plus d'un siècle aux Arabes pour venir à bout de la résistance berbère. Mais qu'importe le temps aux nouveaux conquérants ! La guerre aux chrétiens est une obligation religieuse (le Djihad).
Très vite d'ailleurs le Djihad se fit aussi par mer. Chypres est attaqué dès 649, la Crète en 674. Les troupes musulmanes passent en Europe, ravagent les côtes de Provence. Au VIIIe et IXe siècle, la Sicile et l'Italie font les frais de cette frénésie de guerre. Rome est assiégé en 846. En Sicile Syracuse tomba en 878 après un siège de neuf mois. « Des milliers de ses habitants furent tués et on y fit un butin comme on n’en avait jamais fait dans aucune autre ville. Quelques rares hommes purent s'échapper » explique fièrement Ibn Al Hâtir dans ses Chroniques.
J'emprunterai à Bat Ye'or une première conclusion : « Le massacre, l'incendie, le pillage, la destruction, la réclamation du tribut, l'esclavage étaient des procédés pratiqués par toutes les armées dans la période considérée. Seule la démesure, la pérennité et la systématisation des destructions codifiées par la théologie distinguent le Djihad des autres guerres de conquête ».
Lectures
Bat Ye'or, Les chrétiens d'Orient entre jihad et dhimmitude, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 532 pp. 28 euros
Jean-Pierre Valognes, Vie et mort des chrétiens d'Orient des origines à nos jours, éd. Fayard, 978 pp. (épuisé)
Alain Hasso monde&vie 18 mars 2015 n°905
jeudi 3 mai 2018
Les savants en terre d'islam étaient... des chrétiens
Extrait de l'analyse de Franck Abed à propos du dernier livre d'Alexandre Del Valle, La Stratégie de l'intimidation :dimanche 27 décembre 2015
Noël, le Solstice d'hiver
Comme chacun le sait, la fête de Noël (Jul) correspond aux anciennes festivités indo-européennes du solstice d'hiver.
Après beaucoup d'hésitations, l'Eglise s'est décidée à fixer la date de la naissance supposée du Christ au 25 décembre afin de la faire coïncider avec un rite plus ancien : la première mention latine de cette date comme fête de la Nativité remonte à l'an 354, la célébration proprement dite n'étant apparue qu'à la fin du IVe siècle. En 525, Dyonisius le Petit, consacrant une tradition alors vieille d'un peu moins d'un siècle, fixe la date de la naissance supposée de Jésus au 25 décembre de l'an 1, qu'il assimile à l'an 754 de la fondation de Rome. En fait, si les festivités du solstice d'hiver ont toujours eu lieu à la même époque de l'année, nous ignorons non seulement le jour de la naissance de Jésus, mais même l'année. Sur ce point comme sur bien d'autres, la contradiction entre les canonistes est totale.
A cet égard, le passage essentiel de l'Edda se trouve dans le chant de Wafthrudnir au moment où, à la question de Gôngrôder : "D'où viendra le nouveau soleil dans le ciel uni, lorsque le loup aura avalé celui que nous voyons ?", le sage Wafthrudnir (Wafthrunder) répond : "Le soleil, avant d'être anéanti par le loup, donnera le jour à une fille ; quand les dieux disparaîtront, elle suivra la même route que sa mère". On notera par ailleurs que dans la mythologie germanique, le loup est constamment attesté comme le symbole de l'hiver et qu'en Allemagne du Sud, l'ancien nom du mois de Décembre (Julmond ou Julmonat) est attesté, lui aussi, en Wolfsmond, le "mois du loup".
jeudi 27 juin 2013
Hollande et Valls ont 1700 ans de retard
Comment ne pas se souvenir des persécutions de jadis, dont Jésus-Christ nous a prévenus : « Si le monde vous hait, savez que, Moi, il m'a pris en haine avant vous. Si vous étiez du monde, le monde vous aimerait, mais parce que vous n'êtes pas du monde, puisque Mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison le monde vous hait. Rappelez-vous la parole que Je vous ai dite : le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils M'ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront (1) ». Mais François Hollande n'a pas la taille d'un empereur romain, et Manuel Gaz (pardon : Valls) n'est qu'un minable petit flic gazeur, comparé aux gouverneurs et aux préfets romains : leur répression est caricaturale, et à trop jouer avec les nerfs des catholiques, ils pourraient le regretter un jour amèrement. En cette année 2013, il se trouve justement que nous commémorons le 1700e anniversaire de la fin des persécutions romaines : constatant enfin que, selon le mot de Tertullien, « le sang des martyrs est une semence de chrétiens » - ce dont Hollande et Valls ne semblent pas encore avoir pris conscience -, les autorités païennes elles-mêmes avaient deviné l'inutilité des persécutions. C'est ce qui permit à l'empereur Constantin de signer au printemps 313, avec son co-empereur Licinius, le fameux édit de Milan qui reconnaissait pour la première fois la liberté de conscience à tous leurs sujets.
Notons que l'édit de Milan intervint au moment où la haine du christianisme semblait devoir redoubler. Il est instructif d'étudier comment Dieu s'y prend pour diriger les événements lorsque tout semble perdu et que les hommes l'implorent désespérément.
CONSTANTIN, L'HOMME QUI FAILLIT BIEN NE JAMAIS ÊTRE EMPEREUR
On était alors en très Bas-Empire, l'Empire étant gouverné par deux Augustes et deux Césars - on appelait ce régime à quatre têtes la tétrarchie (2). Le César Constance Chlore devint Auguste en 305, son pouvoir s'étendant sur l'ouest européen, l'Espagne, la Gaule et sur la Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne). Constantin, fils de Constance Chlore et de sa première épouse Hélène (une chrétienne !), né en 272, faillit bien n'être jamais empereur car Maximien Galère, gendre de l'empereur Dioclétien, obtint de celui-ci, très fatigué, que les futurs Césars fussent, non point, comme on s'y attendait, les fils des deux Augustes, Constance Chlore et Maximien Hercule, soit, respectivement, Constantin et Maxence, mais Sévère et Maximin Daïa, neveu de Galère. Si VAuguste d'Occident, Constance Chlore, semblait bien décidé à arrêter les poursuites contre les chrétiens gaulois, bretons ou espagnols, et si le César Sévère aligna sa position sur celle de son Auguste, il n'en fut pas de même en Orient, où l'Auguste Galère multiplia les mises à mort et les noyades de chrétiens. Son César Maximin Daïa, quant à lui, essaya d'imiter Constance et Sévère et d'apaiser les violences exercées à rencontre des chrétiens, pensant que la douceur ferait revenir ceux-ci à la religion des dieux. Puis en 306, soudain, Maximin se remit à infliger les pires souffrances aux chrétiens d'Orient, raffinant encore leurs supplices, si bien que Galère, ne voulant pas voir que l'exemple des martyrs enflammait les esprits généreux et suscitait toujours de nouvelles vocations, se prit à espérer bientôt voir la persécution rétablie dans l'empire tout entier. Car Constance Chlore était très malade, du reste, il expira le 25 juillet 306, mais en accomplissant un dernier exploit : celui, au risque de mécontenter Galère, de faire introniser par ses troupes son fils Constantin César. Galère explosa de colère mais, ne pouvant risquer une nouvelle guerre civile, il donna finalement son approbation, puis se vengea en renforçant la législation d'exception contre les chrétiens en Orient. Et Maximin Daïa fit régner la terreur à Antioche.
On semblait oublier le jeune Maxence, fils de l’Auguste à la retraite Maximien Hercule. Il ne rêvait que d'imiter le jeune Constantin rentré dans ses droits de César le glaive à la main. Galère, accumulant les erreurs et humiliant les Romains qu'il privait de leurs privilèges ancestraux, lui fournit l'occasion de se manifester. En octobre 306 Maxence se proclama empereur à son tour, et son père, sortant de sa retraite, accula au suicide le César Sévère, venu les déloger...
Le pouvoir, non reconnu officiellement, de Maxence s'exerçait sur l'Italie et les provinces africaines de plus en plus menacées par Domitius Alexander. Pour l'instant, mieux valait ménager Constantin à qui fut promise une alliance avec Fausta, fille d'un second lit de Maximien, donc demi-sœur de Maxence. Or l’Auguste Galère déçu par le comportement de Maximin Daïa, venait de nommer son ami illyrien Valerius Licinius Auguste, puis il dut aussi faire proclamer, de peur de le voir entrer en dissidence, Maximin Daïa Auguste en Orient. Celui-ci, avec Galère, entreprit de restaurer les cultes païens ; les deux hommes rédigèrent un édit de persécutions plus cruel que jamais. Licinius, quant à lui, avait reçu les provinces danubiennes et s'était mis au diapason de ses collègues orientaux persécuteurs.
Cette surabondance d'Augustes dévalués ne pouvait s'éterniser. Le vieux Maximien, toujours fâché avec son fils Maxence, tenta d'assassiner celui-ci mais il fut "suicidé" à Marseille en 310 dans des circonstances... suspectes. Le tour de Galère n'allait pas tarder à venir : atteint d'un cancer en phase terminale, il se tourna alors vers les dieux et, très superstitieux, il prit peur : se pourrait-il que, ses dieux semblant l'abandonner à son triste sort, il pût marchander avec le Dieu des chrétiens la vie et la santé contre l'arrêt des persécutions ? Dès l'automne 310 il mit en chantier un édit qui permettrait aux chrétiens d'exister sans qu'il pût être soupçonné de se repentir. L'édit parut le 30 avril 311, avec sa signature suivie de celles de Licinius et de Constantin. Manquaient celle de Maxence, toujours usurpateur, et celle de Maximin Daïa, lequel publia un rescrit annonçant la suspension des persécutions mais n'accordant pas aux chrétiens la reconnaissance officielle, le droit de réunion et de propriété, comme le prescrivait l'édit de Galère. Il y avait encore de quoi inciter à la méfiance, tandis qu'en mai 311 Galère finissait de mourir.
Dès le printemps 312 les mesures du rescrit furent révoquées et la police religieuse se surpassa, les mutilations redevinrent le lot des fidèles du Christ. Mais ceux-ci, en pleine famine et épidémie de peste, prenaient soin d'enterrer les morts et de soigner les malades ; même les plus fanatiques des païens en furent émus ; leurs préventions tombèrent d'un coup. Maximin, lui, se battant à la frontière arménienne, fut vaincu : le Ciel se rangeait-il du côté des chrétiens ?
En Occident, Maxence interrogeait les augures en parfait païen. Il en déduisit qu'il était temps pour lui de triompher de Constantin qui, de Trêves, lui faisait de l'ombre en Occident. Constantin, pour sa part, para au danger en contractant accord avec Licinius, auquel il promit la main de Constantia, une de ses sœurs, fille de Constance Chlore et de Théodora. Puis chacun se prépara à passer à l'action.
L'expédition se présentait sous les plus noirs auspices pour Constantin, pendant qu'il fonçait vers les Alpes avec les troupes de Gaule, de Bretagne et d'Espagne, soit vingt à trente mille hommes, peut-être cent mille avec les supplétifs celtes et germaniques, alors que Maxence réunissait le double de guerriers bien entraînés et était sûr que les dieux marchaient avec lui.
IN HOC SIGNO, VINCES !
Alors Constantin, se souvenant de sa mère, Hélène, et de l'éducation chrétienne qu'il avait reçue d'elle, sentit que son destin se jouait dans ce combat : terrifié, il pria le Christ et attendit un signe : en entrant dans Rome, il vit dans le ciel une croix gigantesque, ruisselante de lumière, accompagnée d'un banderole sur laquelle apparaissaient les lettres : « In hoc signo, vinces ! » (Par ce signe tu vaincras). Tous les soldats présents furent témoins de l'apparition et en éprouvèrent une stupeur horrifiée. La nuit suivante, il vit en rêve l'archange saint Michel tenant la Croix et lui ordonnant d'en dresser une semblable aux enseignes de son armée. Ce que Constantin fit aussitôt. Quand le 28 octobre 312 les légions constantiniennes se heurtèrent à celles de Maxence sur la via Flaminia, au pont Milvius, elles jetèrent la panique et Maxence, qui ne s'attendait pas à un tel sauve-qui-peut, fut entraîné par sa cuirasse an fond du Tibre.
L'incroyable venait de se produire en quelques minutes. Constantin entra dans Rome en triomphateur. L'Auguste Licinius rejoignit son nouvel ami et beau-frère à Milan, et l'Auguste Maximin Daïa fut sommé d'appliquer en Orient l'ultime édit de Galère.
Constantin et Licinius, au printemps 313, signèrent l'édit de Milan reconnaissant la liberté de conscience à tous les sujets de l'empire, le libre accès des chrétiens à toutes les fonctions, et restituant toutes les propriétés ecclésiastiques confisquées. Encore fallait-il imposer l'édit de Milan dans l'ensemble de l'empire. Maximin, poursuivi par Licinius, dut abandonner ses troupes en perdition devant Héraclée, puis s'enfuit en Thrace où il s'empoisonna. Il ne restait donc que deux empereurs, Constantin et Licinius ; ils parurent d'abord s'entendre, mais Licinius prenait en Orient des mesures vexatoires pour les chrétiens : en septembre 323, vaincu devant Chrysopolis, il dut se soumettre à Constantin qui le fit discrètement étrangler. L'unité de l'empire était enfin rétablie...
PONT MILVIUS, TOLBIAC, ORLÉANS...
On n'assista point pour autant au triomphe éblouissant du christianisme ; vivre en paix était le seul vœu des chrétiens, et l'empereur Constantin lui-même ne voulait pas persécuter à leur tour les rites païens ! Seule comptait pour lui la sauvegarde de l'unité de l'empire. Sa politique fut très favorable aux chrétiens, et il intervint dans la vie de l'Église, qu'il voulait unie, comme un rouage de l'État, notamment en présidant le concile de Nicée en Bithynie qui condamna l'arianisme et définit la doctrine du Fils consubstantiel au Père, que Vatican II a balayée. Mais lui-même ne fut baptisé que sur son lit de mort en 337, et, semble-t-il, par un évêque arien.
Mais Pont Milvius illustre bien la manière de Dieu, supplié par une prière confiante et insistante des fidèles, d'utiliser un homme bien placé pour mettre sa force au service du bien des âmes. Constantin invoqua le Dieu d'Hélène, comme un peu plus tard Clovis invoquerait le Dieu de Clotilde, et comme le roi de France légitime Charles VII fut bien inspiré d'écouter sainte Jeanne d'Arc victorieuse à Orléans. Mais nous, avons-nous assez prié pour être délivrés de Hollande, de Valls, et de la démocratie tout simplement ?
Michel FROMENTOUX. Rivarol Juin 2013
1) - Évangile selon saint Jean, XV, 18-20.
2) - Nous empruntons la documentation qui suit au remarquable ouvrage d'Anne Bernet : Les chrétiens dans l'empire romain. Des persécutions à la conversion (Ier- IVe siècle) Perrin 2003, réédité en 2013 par Tallandier, Collection Texto.
mercredi 12 décembre 2012
CHRÉTIENS D'ISLAM Au risque du martyre
La philosophie de l'histoire qui prévaut dans nos sociétés occidentales, imprégnée du dogme du progrès, du respect des droits de l'homme, du modèle démocratique et libéral, apparaît, s'agissant des minorités chrétiennes en pays musulmans, battue en brèche par la réalité ; l'intervention américaine en Irak, les mouvements insurrectionnels, loin d'améliorer le sort des chrétientés locales, ont marqué le début d'un calvaire dont elles désespèrent de voir le bout. Pour prendre la mesure du phénomène, il faut se référer à l'ouvrage de Claude Lorieux, Chrétiens d'Orient en terres d'islam, paru en 2001, avant la tragédie du 11 Septembre et ce qui s'ensuivit. Constat accablant.
Synthèse remarquable
Spécialiste du Proche-Orient, Lorieux avait eu de nombreuses occasions de visiter les Églises de Turquie, Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Israël, Palestine, Iran, Égypte, Soudan, et même les communautés réduites à la clandestinité de la péninsule arabique. Si l'on excepte le drame des chrétiens de Khartoum, qui devrait trouver un dénouement heureux du fait de la partition du pays, la situation, partout ailleurs, loin de s'améliorer, n'a cessé de se dégrader tandis que les mouvements islamistes, favorisés par la chute des dictatures laïques, prenaient de l'ampleur. Le cas irakien en donne l'exemplaire démonstration puisque des communautés, protégées par Saddam Hussein, se sont, depuis la chute du régime, retrouvées exposées à la vindicte de leurs concitoyens musulmans, acculées à la fuite ou à la mort. Par ces aspects liés à l'actualité, le travail de Lorieux a vieilli, mais reste, outre un instantané de l'état des chrétientés d'Orient avant 2001 qui a pris valeur historique, l'une des plus claires et remarquables synthèses tentées sur le passé de ces communautés, leurs espoirs, leurs rêves, leurs malheurs. Ce qui en fait un ouvrage de référence indispensable.
Récent, celui de Jean-Michel Cadiot, Les Chrétiens d'Orient, ne saurait ni l'égaler, ni le remplacer. Certes, il fait le point sur cent millions de catholiques, orthodoxes, nestoriens, coptes, maronites, syriaques, chaldéens, protestants, invraisemblablement regardés, tant par leurs compatriotes que par la communauté internationale, comme convertis à la foi de l'Europe, eux qui demeurèrent fidèles à leur religion ancestrale quand leurs voisins passaient à celle du conquérant arabe ou turc. Certes, il y a là des points de vue intéressants. Hélas, tout cela apparaît embrouillé dans des pages où se mêlent considérations historiques trop vastes, jugements désolés sur l'incapacité chrétienne à se fondre dans un oecuménisme fraternel, et impuissance à cerner le sujet, de sorte que l'on ne sait plus ni où ni quand commencent et finissent ces chrétientés d'Orient.
Épuration ethnique
Si l'on se souvient des massacres d'Arméniens orchestrés, dès 1896, par Abdul Hamid, puis, en 1915, par les Jeunes Turcs désireux d'en finir avec une communauté soupçonnée de tendre la main aux Alliés, l'épuration ethnique de la Cilicie, en 1909, prise entre ces bains de sang, a sombré dans l'oubli. La réédition des reportages de la journaliste arménienne Zabel Essayan, Dans les ruines, remet en pleine lumière ces massacres d'Adana. Il demeure malaisé de comprendre les raisons de la sauvage flambée de violence qui tua trente mille Arméniens, souvent rescapés des tueries de 1896 réfugiés dans la paisible Cilicie. Arrivée sur les lieux deux mois après ce déchaînement d'atrocités, Zabel Essayan, intellectuelle francophone pénétrée d'idéologies des lumières, constata, ramenée brutalement à ses origines, ce dont la barbarie humaine est capable. Son récit est un témoignage halluciné, incantatoire : tueries, tortures, enfants et adolescentes convertis de force, abjurations de désespérés que l'apostasie ne sauva pas toujours, détresse des survivants, héroïsme d'hommes qui firent tête aux égorgeurs et réussirent parfois à couvrir la fuite des leurs, avant de succomber sous le nombre, ou d'être pendus pour rébellion... Tout cela emblématique de la tragédie arménienne, du cortège de souffrances d'un peuple qui paya cher l'honneur d'avoir été le premier royaume chrétien du monde, mais d'une telle force, d'une telle violence que ce texte terrifiant devient hymne poignant à la mémoire de toutes les victimes de toutes les tueries d'une Histoire définitivement tragique.
Aux massacres d'Arméniens succéda l'exode des Grecs, achevé en 1955, de sorte qu'il ne demeure dans ce qui fut l'Empire byzantin qu'une poignée de chrétiens dispersés, en but aux persécutions d'un État décidé à éradiquer ce qu'il considère comme des minorités allogènes potentiellement hostiles. Cette réalité, occultée à l'heure où l'on cherche à nous convaincre de l'intérêt d'une adhésion de la Turquie à la Communauté européenne, contrebalance rêveries et sympathies engendrées par la lecture de Loti ou Farrère... Sébastien de Courtois connaît cette attristante ambivalence et cherche à la comprendre à travers un Périple en Turquie chrétienne aux accents de requiem. Il y a cette haine qui ne désarme pas, absurde, sanglante, illustrée par l'assassinat annoncé d'un journaliste arménien coupable de rappeler certains faits, dire certaines choses, que les poursuites judiciaires n'avaient pas fait taire. Les chrétiens assassinés en Turquie ne sont pas rares ; cela explique la prudence des autres. Ces expropriations qui privent les Églises de leurs biens et favorisent leur disparition. Entre un présent inquiétant et un passé grandiose dont les traces deviennent indiscernables dans un pays qui ne favorise pas la restauration de monuments chrétiens, la promenade, documentée, passionnante, jamais hostile ni partisane, invite à se poser nombre de questions, d'une brûlante actualité.
Voyage en Palestine
Qui s'est rendu à Bethléem voilà trente ans se souvient de l'accueil chaleureux réservé aux pèlerins par les Palestiniens chrétiens, majoritaires. Ils ne représentent plus aujourd'hui que 10 % d'une population arabe prise au piège de l'Intifada et de l'occupation israélienne. Les autres ont eu le choix entre l'exil et la conversion à l'islam qui leur rendait une identité malmenée de toutes parts. Telle est l'une des réalités de ces Chrétiens en Terre Sainte dont les médias ne parlent que pour moquer leurs divisions et leurs querelles autour du Saint Sépulcre. Le mérite de Catherine Dupeyron est d'aller plus loin, de souligner qu'au-delà d'une diminution évidente de leur nombre, nous assistons à une redistribution des cartes. Tandis que disparaissent les Églises orientales, surgissent des mouvements évangélistes apocalyptiques venus chercher dans la vallée de Josaphat les signes des derniers temps... Tout cela éclaire un aspect intéressant d'une certaine politique américaine au Proche-Orient. Il n'y a pas de quoi être rassuré.
Le triomphe mérité du film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux, a popularisé la quête mystique et fraternelle du prieuré trappiste Notre-Dame de l'Atlas. Donné envie, aussi, de mieux connaître ces moines qui avaient choisi de rester dans une Algérie déchirée au risque d'en mourir. Force est cependant d'admettre que les ouvrages remis en vente à cette occasion se révèlent décevants. Passion pour l'Algérie de l'Américain John Kiser a servi de référence durant le tournage. Cela s'admet si l'on considère le soin mis à retracer le parcours, le quotidien, les motivations, la vie des sept frères martyrs. Cette recherche est unique, énorme, précieuse. Mais Kiser est américain. Il pense, analyse, commente en Américain dont l'ignorance profonde, quasi-invincible des façons d'être et de l'histoire du reste du monde n'entame pas l'arrogance et la prétentieuse bonne conscience. Peu importe qu'il ne saisisse rien à ce que furent les rapports franco-algériens. Il s'est fait sa vision des événements, anticolonialiste et sereine. Il explique, péremptoire, que, face à un FLN bon et héroïque, l'armée française et l'OAS ont multiplié les crimes, avant de pousser leurs compatriotes à fuir le pays indépendant et fraternel qui allait naître. C'est odieux. Reste la possibilité de sauter les premiers chapitres. Si le coeur vous en dit.
L'Église en Algérie
Publié à l'origine sous le titre Une espérance à perte de vie, le reportage que Jean-Luc Barré consacra à l'été 1996 à l'état de l'Église en Algérie ressort sous le label Tibhirine. Or, il n'est presque jamais question des moines dans ce texte qui met en évidence les désillusions de prêtres, religieux, prélats jadis acquis à la cause FLN, par idéalisme chrétien sincère, semble-t-il, pour qui le réveil fut amer et sanglant. C'est finalement à un musulman, Kebir Ammi, que l'on doit le livre le plus fraternel, le plus consolant sur les relations entre les deux fois et les deux cultures. Sur les pas de saint Augustin est un périple attachant, d'un bord à l'autre de la Méditerranée, à la recherche de l'enfant de Thagaste, avec les Confessions pour guide. Écrit dans une langue délicieuse, ce texte donne l'indicible regret de ce qui aurait pu, de ce qui aurait dû être...
Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 – Du 17 mars au 6 avril 2011
✓ Claude Lorieux : Chrétiens d'Orient en terres d'islam, Perrin , 370 p., 21,19 €.
✓ Jean-Michel Cadiot : Les Chrétiens d'Orient, Salvator, 335 p., 22,50 €.
✓ Zabel Essayan : Dans les ruines, Phébus, 302 p., 23 €.
✓ Sébastien de Courtois : Périple en Turquie chrétienne, Presses de la Renaissance, 270 p., 18,50 €.
✓ Catherine Dupeyron : Chrétiens en Terre Sainte, Albin Michel, 285 p., 19 €.
✓ John Kiser : Passion pour l'Algérie, les moines de Tibhirine, Nouvelle Cité, 480 p., 24 €.
✓ Jean-Luc Barré : Tibhirine, une espérance à perte de vie, Fayard, 165 p., 12 €.
✓ Kebir Ammi : Sur les pas de saint Augustin, Presses de la Renaissance, 155 p., 8 €.


