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dimanche 2 février 2025

Camp américain de prisonniers allemands en 45/46 : L’étendue de la honte

 

par Karel Meissner

Près d’un million de prisonniers de guerre allemands ont trouvé la mort dans les camps des occupants alliés en 1945/46. Leur mort a été sciemment calculée. L’histoire de COMPACT «Les camps de la mort des Américains» revient sur ce meurtre de masse d’Allemands. En savoir plus ici.

Allemagne 1945 : parmi les premiers projets des Américains dans leur zone d’occupation figurait l’internement de personnes considérées comme «un danger pour les Alliés», selon la Counterintelligence Directive du 16 septembre 1944.

Des conclusions brutales

Dès la fin de la guerre, les autorités américaines avaient établi une liste dite «des personnes recherchées» contenant plus d’un million de noms. Cependant, seule une infime minorité de ces personnes étaient accusées de crimes, même de manière relativement concrète. La grande majorité avait été répertoriée uniquement en raison de leur fonction au sein de l’État ou de la Wehrmacht.

Au milieu de l’année 1945, près d’un quart de million de ces personnes étaient détenues dans ce que l’on appelle l’Automatic Arrest. Les conditions de détention étaient inhumaines, les tortures brutales, souvent mortelles, faisaient partie du quotidien du camp.

Les camps des prairies rhénanes des Américains, dans lesquels des dizaines de milliers de prisonniers de guerre allemands sont morts, à ciel ouvert et exposés aux intempéries, étaient particulièrement mal famés. Beaucoup d’entre eux mouraient de faim ou souffraient des agissements sadiques de leurs gardiens.

D’autres pertes

L’historien canadien James Bacque a documenté la mort massive de prisonniers de guerre allemands en 1945/46 dans les camps des forces américaines dans leur zone d’occupation, déguisée sous l’appellation lénifiante «Other Losses» («Autres pertes»). Ses conclusions sont documentées dans l’histoire de COMPACT «Les camps de la mort des Américains».

Des dizaines de milliers de prisonniers de guerre ont péri dans les camps des prairies rhénanes en 1945/46. Photo : Usis-Dite / Bridgeman Images

Bacque lui-même a été profondément bouleversé lorsqu’il a pris connaissance pour la première fois de ce crime de guerre. C’est à lui que nous devons la preuve que le général Dwight D. Eisenhower, qui haïssait les Allemands, a délibérément organisé et systématiquement dissimulé ce meurtre de masse qui reste impuni à ce jour. L’ampleur de l’horreur : près d’un million de soldats allemands ont été tués après la guerre alors qu’ils étaient prisonniers des Américains, mais aussi des Français.

L’historien a écrit sur le martyre des Allemands dans les camps des prairies du Rhin et dans d’autres établissements :

«Les causes de la mort ont été sciemment créées par des officiers de l’armée qui disposaient de suffisamment de nourriture et d’autres moyens pour maintenir les prisonniers en vie. Les organisations humanitaires qui tentaient d’aider les prisonniers dans les camps américains se voyaient refuser l’autorisation de le faire par l’armée. Tout cela a été caché à l’époque et ensuite dissimulé sous des mensonges».

Dans une interview de 2004, le Canadien a défendu ses chiffres de victimes, considérés comme surestimés par d’autres historiens :

«Aucun historien n’a jamais mis en doute le fait que plus de 1,5 million d’Allemands ont péri après 1945 en captivité chez les Alliés. Le débat portait uniquement sur les responsables de leur mort».

Et de poursuivre : «Les «historiens de cour» des deux côtés se sont mutuellement rejeté la faute pendant les décennies de la guerre froide. Après avoir étudié les dossiers à l’Est et à l’Ouest, j’en arrive à la conclusion qu’il y a eu environ un million de prisonniers de guerre allemands morts à l’Ouest et – cela peut vous surprendre – un demi-million à l’Est».

Dans l’histoire de COMPACT «Les camps de la mort des Américains», Bacque est en outre cité comme suit : «Les mêmes sources, y compris les sources alliées occidentales ainsi que les sources allemandes, montrent qu’entre 1945 et 1950, beaucoup plus d’Allemands ont péri que la moyenne européenne de l’époque de douze pour mille personnes. En fait, ce nombre accru de décès se chiffre en millions».

source : Compact-Online

https://reseauinternational.net/camp-americain-de-prisonniers-allemands-en-45-46-letendue-de-la-honte/

lundi 2 décembre 2024

À l’automne 1944, Français et troupes américaines au bord de l’affrontement

 

par Jean-Pierre Beuve.

Trois mois après le jour J, les Normands n’en peuvent plus des exactions des soldats qui les ont libérés. Retour sur un épisode méconnu.

« Des scènes de sauvagerie et de bestialité désolent nos campagnes. On pille, on viole, on assassine, toute sécurité a disparu aussi bien à domicile que par nos chemins. C’est une véritable terreur qui sème l’épouvante. L’exaspération des populations est à son comble ». Le 17 octobre 1944, quatre mois et demi après le Débarquement en Normandie, La Presse cherbourgeoise, quotidien local de Cherbourg, publie cette mise en garde sous le titre « Très sérieux avertissement ».

À l’automne 44, ceux qui pillent, violent et assassinent sont les Américains : le journal accuse les libérateurs de se comporter en soudards dans un pays conquis. Comment un tel paradoxe deux mois après la fin des combats en Normandie ?

Une fois libérés, la presqu’île du Cotentin et son port sont devenus une gigantesque base logistique. Sur les quais, un millier d’officiers et marins américains assurent, avec les dockers français, le débarquement quotidien de 10 000 tonnes de véhicules, munitions, nourriture. Le 29 septembre 1944, 1 318 camions GMC en partance de Cherbourg acheminent vers les troupes alliées du front 8 000 tonnes de matériel. Sur les premiers kilomètres de la « Red Ball Highway Express », la route du front, défilent hôpitaux, dépôts, aérodromes, camps de repos, chaînes de réparation pour tanks et camions.

Les entrepôts du Cotentin mobilisent des militaires en nombre : les 430 000 habitants du département de la Manche cohabitent avec 120 000 soldats américains, dont 50 000 Afro-Américains. D’emblée, la cohabitation, qui s’est prolongée jusqu’en 1946, ne s’annonce pas facile : « L’enthousiasme des Normands pour les forces anglo-américaines risque de s’inverser proportionnellement à la durée de notre séjour en Normandie », prévient dès l’été 1944 la 1ère armée américaine.

Deux soldats américains de la Military Police font la circulation rue des Tribunaux à Cherbourg, le 17 juillet 1944. © Conseil régional de Basse-Normandie / National archives US

Premières blessures

Auteur du livre « La Normandie américaine », fruit de nombreux témoignages et d’archives dépouillés aux États-Unis, l’historien Stéphane Lamache, 52 ans, met en relief le choc entre le Nouveau Monde et la vieille Europe : « D’un côté, de jeunes Américains très sûrs d’eux-mêmes, dotés en masse de matériels modernes tant en véhicules qu’en moyens de transmissions déjà miniaturisés. Une Amérique au top de son histoire. En face, des familles normandes évoquant Maupassant avec paysans en sabots, maisons au sol en terre battue et chevaux tirant des charrues. Après quatre ans d’occupation et le choc des bombardements, les Normands ont perdu leurs repères ».

La Libération a été payée au prix du sang et des destructions massives dans la Manche, 4 000 morts civils, le double de blessés, 10 000 maisons rasées, 50 000 autres endommagées, 130 000 sinistrés qui n’ont plus rien. « Après ce cataclysme, les Normands n’aspirent qu’à être débarrassés de la guerre. Les Américains visent la victoire finale sans plus se préoccuper des états d’âme des habitants », note Stéphane Lamache. Les graines du divorce sont semées.

Des civils récupèrent dans leurs décombres les effets personnels qui peuvent encore être sauvés. © Conseil régional de Basse-Normandie-National / archives USA

Les premières blessures relèvent de l’amour-propre. Les GI, qui organisent des bals sous tente avec plancher, mettent en place des tournées en GMC pour amener les jeunes femmes sous leurs guinguettes. Mais pas ou peu de place pour les jeunes Normands. Le stade de Cherbourg devient un enjeu. Au terme de quatre mois de négociations, les mardi et jeudi sont réservés aux footballeurs cherbourgeois. Un mardi de mai 1945, une violente bagarre éclate entre joueurs de base-ball américains, campant sur place, et footballeurs qui réclament les lieux. La Presse cherbourgeoise compare les libérateurs avec les occupants précédents : « On ne peut pas dire que les relations [avec les Allemands] étaient cordiales mais elles furent correctes ».

À la rentrée scolaire 1945, l’État-major allié (le Shaef pour Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) annonce vouloir maintenir dans plusieurs écoles des détachements de la Military Police, qui y sont installés depuis la Libération : « Maintenant que nous sommes en paix, nous ne pouvons pas tolérer que les militaires aient le pas sur la population civile », tonne le maire de Cherbourg, René Schmitt.

Accidents et agressions

Suivent les querelles financières et matérielles. Fin août 1944, les Américains emploient 7 000 travailleurs civils pour 75 francs par jour et une ration militaire. « Avec 100 francs, les Allemands payaient mieux » constatent les ouvriers. L’Organisation Todt, chargée de construire le mur de l’Atlantique, n’avait pas lésiné sur les moyens. Rapidement, les Français seront remplacés par des prisonniers de guerre allemands…

Les stocks américains suscitent des convoitises. Trop. Le 6 août 1944, treize dockers sont arrêtés pour le vol de 984 paquets de cigarettes et 188 savonnettes. Sanction : de quinze jours à un mois de prison. Dérober un jerrycan d’essence vaut quatre mois de prison. Le marché noir de l’Occupation continue : « On peut faire fortune aux dépens des Américains », souligne Stéphane Lamache.

Ces multiples agaceries réciproques auraient pu rester sans conséquence sans les bruyantes rafales tirées en l’air par des soldats ivres, mais surtout les morts accidentelles. Bien que les routes militaires soient interdites aux civils, on ne compte plus les victimes des camions américains : un enfant de 8 ans tué le 27 août 1944, une mère de famille le 11 septembre, un cycliste le 30 septembre, pour ne citer qu’eux.

Cette photo est prise le 7 juin 1944 à Surrain (Calvados) : le civil Gustave Joret s’est fait tirer dessus par les GI, il est mort le 12 juin. © Bibliothèque municipale de Cherbourg-Octeville (Coriallo)

Autant d’accidents soigneusement rapportés par La Presse cherbourgeoise plus discrète à propos des violences et agressions par les troupes américaines. Du moins jusqu’à son « très sérieux avertissement » du 17 octobre 1944 sur les pillages, viols et assassinats. Le général français, Alphonse Juin, transmet l’article au général Eisenhower avec ce commentaire : « C’est le sentiment de tous les habitants de la Manche et de la Normandie au contact des Américains ». Mais il n’y aura pas de grand déballage.

Ségrégation

Les autorités américaines se disent « émues des crimes dont se rendent coupables les militaires de couleur (sic) » et répliquent dans le même journal en déclarant la « guerre à l’alcool pour enrayer la criminalité ». Une façon aussi de dénoncer le comportement mercantile des Normands qui vendent de l’eau-de-vie et l’inefficacité des pouvoirs publics français. Premières mesures : le couvre-feu est ramené à 22 heures puis 18 heures ; la vente d’alcool aux soldats est interdite. Un café de Carentan qui enfreint l’interdiction est fermé six mois.

En réponse aux exactions touchant les femmes, la justice militaire américaine frappe fort : le 23 novembre, trois GI sont condamnés à mort pour le viol de deux victimes en juillet 1944, près de Cherbourg. En août sont recensés dix-huit viols. Selon la gendarmerie, on en dénombre trente-cinq en septembre et sept en octobre. Dans les campagnes, plus aucune femme ne veut aller traire les vaches seule le soir dans les champs.

Auteur de Les Manchois dans la tourmente 1939-1945, l’historien Michel Boivin a recensé 206 viols d’origine américaine. Selon la Military Police, « 80 à 85% des crimes graves (viol, meurtre) ont été commis par des troupes de couleur ». L’armée américaine des années 1940 est, à l’image du pays, ségrégationniste. À Cherbourg, on compte deux foyers de la Croix-Rouge : un pour les soldats blancs, un pour les noirs. Dans sa recherche de criminels, la police militaire s’est-elle montrée plus compréhensive pour les premiers que pour les seconds ? Les soldats de couleur cantonnés à la logistique ont stationné de longs mois dans le Cotentin, territoire étroit, alors que les combattants n’y ont que transité. La gendarmerie locale avait recommandé l’ouverture de maisons closes, les autorités américaines s’y sont opposées.

source : https://www.lepoint.fr

envoyé par Nicolas Bonnal

https://reseauinternational.net/a-lautomne-1944-francais-et-troupes-americaines-au-bord-de-laffrontement/

jeudi 12 septembre 2024

Devoir de mémoire : 8 mai 1945 – Les guerriers libèrent les bourses

 

par Lediazec

Férié, pas férié, c’est la fête au village. C’est ainsi qu’on te l’enfonce dans le crâne dans les bonnes écoles de la République. Garde-à-vous ! Ou garde à vue. Tout est dans la nuance.

Remercions les ancêtres qui ont cru en un monde meilleur. Et en sont morts !

Célébration de la Libération de la zone Occident de son mal endémique : le nazisme. Vraiment ?!

En cette date festive où les tapis cachent bien des choses glauques, il en est une qu’on garde dans la poche, le mouchoir par-dessus : le viol comme prise de guerre et comme récompense pour services rendus aux criminels qui gouvernent le monde.

Pas d’impair, hein, en ce jour festif, c’est la Fête au village, c’est consensus : flonflons, mouchoirs blancs et confettis. C’est une casserolade !

Depuis cette « dernière » glorieuse épopée, tous les ans, c’est oueds en fête, plages du débarquement qu’on redécouvre, batailles qu’on reconstitue avec le bataclan du guerrier modèle de jadis… C’est buvette et treillis !

Diable qu’elle était belle et insouciante la vie pour les pauvres cloches noyées dans le mensonge, le sang et la barbarie ! Les vilains des deux côtés des barrières délimitées n’en croient pas leurs yeux !

On n’oublie pas le devoir de mémoire, à vos crayons, c’est même pour cela que les gros salauds d’en haut pérennisent d’année en année le rappel de ces sacrifiés pour la « bonne cause » !

Pas plus qu’il ne faut pas oublier ce que les frangines des pays libérés ont subi en cette période noire de la vie. Surtout quand nous avons affaire à des gouvernements pratiquant le management de la terreur et la stigmatisation tous azimuts : le viol comme récompense promis aux soldats des armées « alliées » sur lesquels on ne s’attarde guère en ce jour de la souvenance.

Par ici bergères, déflorées ou pas, l’heure est venue de vous défoncer derrière un buisson, sur la table de la ferme abandonnée, au milieu des ruines, sous la porte cochère, c’est le prix à casquer pour ce que l’état-major promettait aux soldats qui trainaient les pieds, comme on marchande le prix d’une bête au marché aux bestiaux.

Par ici la bonne chatte, le joli cul, il en va de l’honneur et du défoulement du guerrier !

Honte et abjection ! Le viol était le « régime de la terreur imposé par des bandits en uniforme », comme l’avait dénoncé en vain le maire du Havre de l’époque…

Près de deux millions de femmes allemandes furent violées par l’armée soviétique en 1945, alors nos alliés incontournables, grâce à qui cette boucherie a été gagnée, et qu’aujourd’hui, malgré les 26 millions de Russes restés au sol pour toujours, on n’invite plus à ces cérémonies pour les motifs que l’on sait.

Tandis que pour les GI, la France était « un gigantesque bordel », où l’on pouvait violer les femmes impunément… Good !

Certains de ces violeurs ont même été décorés de la Médaille d’or du Congrès !

C’est cela aussi le devoir de mémoire et d’honneur messieurs les salauds !

source : Les Moutons Enragés

https://reseauinternational.net/devoir-de-memoire-8-mai-1945-les-guerriers-liberent-les-bourses/

mardi 23 juillet 2024

Quand les Américains voulaient occuper la France : le plan AMGOT

 

Quand les Américains voulaient occuper la France : le plan AMGOT

C’est un aspect souvent méconnu de la Seconde Guerre mondiale : les “libérateurs” américains avaient tout simplement l’intention d’occuper et de gouverner la France. C’est le plan AMGOT. Des billets de banque avaient été imprimés aux Etats-Unis pour servir de nouvelle monnaie française et des officiers américains avaient été spécialement formés pour administrer le territoire français.


https://www.medias-presse.info/quand-les-americains-voulaient-occuper-la-france-le-plan-amgot/186417/

mardi 2 avril 2024

Les Américains & 14-18

 

Ce texte divisé en trois parties comprend deux parties datant du 23 juin 2008 et la troisième sur Le mythe du Sauveur américain datant du 14 juin 2017, le tout s’attachant au thème des Américains par rapport à la Grande Guerre, notamment du point de vue de leurs rapports avec les Français. Ce texte est le cinquième d’une série de dix reprises du site dedefensa.org (plus un inédit), concernant la Grande Guerre. Cette série nous mènera jusqu’au 11-novembre, date du centenaire de la fin de ce conflit.

 ***

 L’histoire retrouvée

Le texte de William S. Lind, que nous commentions le 17 juin (2008), fait largement référence à Robert A. Doughty, général de l’U.S. Army et chef des services historiques de l’U.S. Army lorsqu’il quitta le service actif en 2005. Doughty a été et reste le maître d’œuvre d’un courant historique révisionniste fondamental aux USA, qui remet en question la vision traditionnelle de la Première Guerre mondiale, – “vision traditionnelle” aux USA, totalement influencée par la propagande anglo-saxonne (britannique), qui fait de la France un second rôle dans ce conflit, perpétuant ainsi l’une des grandes machinations de la tromperie historique du XXème siècle.

De ce point de vue, – une fois n’est pas coutume, – la lumière vient des USA, où l’historiographie officielle et militaire s’est révoltée contre cette déformation qui apparaît flagrante après quelques recherches sur l’histoire du premier conflit mondial. Cette déformation n’est pas qu’historique, elle fait sentir ses effets aujourd’hui, dans le domaine politique. Elle a permis l’entreprise de propagande des néo-conservateurs durant la guerre en Irak et a pesé lourdement sur la situation politique durant ce conflit. Elle continue à influencer la politique et contribue notamment, en France, à alimenter le penchant des intellectuels français pour la perception anglo-saxonne du monde.

Le cas français est révélateur à cet égard. A notre connaissance, le livre de Robert A. Doughty, Pyrrhic Victory: French Strategy and Operations in the Great War (2005), n’est pas traduit en français, alors qu’il représente une somme importante sur le rôle et la puissance de l’armée française dans la Première Guerre mondiale, qui plus est vus par un Américain. Au contraire, un livre comme Ther First World War, de John Keegan, a trouvé preneur (en 2003) dans l’édition française (La Première Guerre mondiale). Keegan présente la vision britannique de la Première Guerre mondiale, comme d’autres “historiens” britanniques tels que Niall Ferguson, régulièrement célébrés en France. Cette école d’historiens britanniques n’a qu’un seul but: élever le statut du Royaume-Uni à celui de première nation européenne, notamment pendant la Première Guerre mondiale, pour mieux justifier ses prétentions de l’après-Guerre froide, – celle de jouer un rôle prépondérant en Europe, par influence extérieure relayant celle des USA et, du moins dans les années 2002-2004, sous l’exemplaire direction de Tony Blair, celle de ressusciter indirectement les ambitions impériales britanniques par USA interposés.

Les intellectuels français, partagés entre l’aveuglement de l’intelligence arrogante et le plaisir intellectuel de l’apparente liberté du dénigrement anti-français, ont largement servi et continuent à servir d’auxiliaires zélés à cette entreprise typiquement anglo-saxonne. Par bonheur, tout le monde ne partage pas, aux USA, les vues “anglo-saxonnes” des Britanniques. Doughty a joué un rôle fondamental en rétablissant la vérité sur la Première Guerre mondiale à cet égard. Il l’a fait, parce que la vision britannique entraînait dans sa déformation propagandiste la perception faussée de la position US durant la Grande Guerre.

La première réalité de la Grande Guerre est que la France joua un rôle fondamental et peut être considérée comme la première nation victorieuse dans cette guerre. Elle l’a payé assez cher et le paragraphe d’appréciation de Lind mérite d’être rappelé:

«Those who characterize the French as “cheese-eating surrender monkeys” would do well to read “Pyrrhic Victory.” France bore the main burden of World War I on the Western Front, the weight of which would have crippled any country. France lost almost 1.4 million men killed or missing in action from a population of only 39 million, plus another 4 million wounded. On average, she lost 890 soldiers killed every day from August 1914 to November 1918. Adjusting for population, that would roughly equal America suffering 7,000 soldiers killed daily for more than four years. Does anyone think today’s American society could stand that?»

“Ceux qui qualifient les Français de “singes mangeurs de fromage” feraient bien de lire “Victoire à la Pyrrhus”. La France a porté le principal fardeau de la Première Guerre Mondiale sur le front occidental, dont le poids aurait paralysé n’importe quel pays. La France a perdu près de 1,4 million d’hommes tués ou portés disparus au combat sur une population de 39 millions d’habitants seulement, plus 4 millions de blessés. En moyenne, elle a perdu 890 soldats tués chaque jour entre août 1914 et novembre 1918. Si l’on tient compte de la population, cela équivaudrait à peu près à l’Amérique, avec 7 000 soldats tués chaque jour pendant plus de quatre ans. Est-ce que quelqu’un pense que la société américaine d’aujourd’hui pourrait supporter ça ?”

La deuxième réalité de cette guerre est que l’engagement américain se fit en priorité aux côtés des Français, que les Américains préférèrent un tel engagement plutôt qu’un engagement aux côtés des Anglais alors que le choix était ouvert à cet égard. Cela se vit lors des débats pour savoir où l’armée US prendrait position sur le front. Les Britanniques avaient proposé que ce fut de leur côté, à l’Ouest, et ils proposaient que l’armée US fût incorporée à mesure de sa préparation, à l’échelon du régiment, dans les grandes unités britanniques. Les Français respectèrent par contre la volonté US de souveraineté nationale, de se constituer en une armée autonome, quitte à attendre plus longtemps l’intervention US dans les combats. Seule l’incorporation temporaire de la 1ère division d’infanterie US dans un grand corps français, en mai 1918, alors que l’armée US n’était pas encore constituée et parce que les événements militaires le demandaient, dérogea à ce principe. Ensuite, les Américains furent déployés à l’Est de Verdun (saillant de Saint-Mihiel), en une armée autonome, à côté de l’armée française, Pershing ayant le même rang que Pétain et Haig sous le commandement du généralissime interallié, Ferdinand Foch. C’est avec les Français que les Américains eurent des liens militaires privilégiés, comme Doughty le précise.

… C’est en effet un texte de Robert A. Doughty que nous présentons ci-dessous. En des termes certainement plus diplomatiques que les nôtres, c’est cette révision de cet aspect essentiel de la Grande Guerre qu’il restitue lors d’une communication qu’il fit lors du colloque “Les batailles de la Marne, de l’Ourcq à Verdun (1914 et 1918), les 6 et 7 mai 2004 à Verdun et à Reims (colloque organisé avec le soutien de la DMPA du ministère français de la défense). Si le thème est “Les Américains dans la deuxième bataille de la Marne”, avec notamment la réhabilitation du rôle du la 2ème division d’infanterie de l’U.S. Army dans la bataille du Bois de Belleau “kidnappée” par l’hagiographie du Marine Corps, le sujet réel en est bien une autre réhabilitation à notre sens, celle du rôle des Français et des relations franco-US durant la Première Guerre mondiale.

Les nombreux détails que donne Doughty, à partir de différents ouvrages, avec la mesure qu’on imagine chez lui dans le traitement de cette question, donnent par extrapolation une idée de la fraude (en général involontaire, par la seule organisation de l’influence que maîtrisent les Britanniques) qui a affecté cet aspect crucial, par rapport à la situation actuelle, de l’histoire du XXème siècle. Il s’agit véritablement, dans la perception historique de la Grande Guerre, d’un détournement de sens fondamental.

***

 Français et Américains côte-à-côte

Ces dernières années ont vu un regain d’intérêt pour l’histoire de la Grande Guerre aux États-Unis. Les deux décennies qui ont suivi la guerre ont été marquées par la publication de nombreux livres et articles sur une grande variété de sujets, mais, avec le début de la Deuxième Guerre mondiale, le niveau d’intérêt et le nombre de publications ont substantiellement diminué. Après 1945, historiens et lecteurs américains se sont plus intéressés à la Deuxième Guerre qu’à la Première. Néanmoins, depuis dix ans environ, certains historiens ont recommencé à se pencher sur la période de la Grande Guerre. Leurs études sont très différentes de celles publiées après la fin des hostilités et elles donnent une autre image de l’expérience américaine dans la seconde bataille de la Marne. Cette attention renouvelée est générale en Europe et aux États-Unis. Pour l’illustrer, nous nous appuierons sur plusieurs exemples : le premier est le livre de Hew Strachan intitulé The First World War.

Le professeur Strachan est un des plus éminents historiens britanniques. Son œuvre dépasse les limites traditionnelles de l’histoire de la Grande Guerre et se fonde sur des sources françaises et allemandes. Un autre exemple est fourni par l’œuvre de Holger Herwig intitulée The First World War : Germany and Austria-Hungary, 1914-1918. Le professeur Herwig, de l’université de Calgary au Canada, a fait des recherches approfondies dans les archives européennes, surtout en Allemagne et en Autriche. Timothy Travers, lui aussi professeur à l’université de Calgary, a publié plusieurs études importantes sur la Grande Guerre. Son travail, qui repose sur des recherches considérables dans les archives britanniques, est particulièrement intéressant en raison de l’œil critique qu’il porte sur l’armée britannique. Par exemple, dans How the War was Won : Command and Technology in the British Army on the Western Front, 1917-1918, Travers affirme que la célèbre description que le Field Marshal Douglas Haig a donnée de sa rencontre avec le général Pétain, le 24 mars 1918, rencontre pendant laquelle ils ont discuté du maintien des contacts entre les armées britanniques et françaises dans la Somme, est totalement fausse. Il est évident que la possible présence de mensonges dans le journal de Haig suscite des questions quant aux nombreuses histoires de la Grande Guerre qui se sont fondées sur ce type de documentations.

Des historiens américains ont, eux aussi, voulu jeter un regard neuf sur la Grande Guerre. L’un des premiers a été Dennis E. Showalter. Dans son ouvrage intitulé Tannenberg : Clash of Empires, il soutient ainsi de façon convaincante que les Allemands étaient moins performants et que les Russes l’étaient plus qu’on a voulu le croire. La même tendance est suivie par Graydon A. Tunstall Jr. Ses recherches approfondies dans les archives autrichiennes lui ont permis, dans son livre intitulé Planning for War against Russia and Serbia, Austro-Hungarian and German Military Strategies, 1871-1914, de reconsidérer les rapports entre l’Allemagne et l’Autriche pendant la guerre. Les travaux du professeur John Morrow, spécialiste de l’histoire de l’Allemagne, nous ont fait comprendre beaucoup mieux l’importance de l’aviation allemande dans la Grande Guerre. Son livre le plus récent, The Great War: An Imperial History, donne un nouvel aperçu de certains aspects de la guerre en dehors de l’Europe. David G. Herrmann présente aussi une approche inédite de la guerre dans son ouvrage The Arming of Europe and the Making of the First World War, qui s’appuie sur ses recherches dans de nombreuses archives européennes, y compris en France. Selon Herrmann, les pouvoirs européens sont partis volontiers en guerre en août 1914, croyant posséder l’avantage militaire qui leur donnerait la victoire. Autre argument particulièrement intéressant, celui avancé par Terence Zuber : dans son livre, Inventing the Schlieffen Plan : German War Planning, 1871-1914, il soutient que le plan Schlieffen n’était pas le plan de guerre allemand en 1914. Plus que d’autres historiens, Zuber s’est montré prêt à débattre avec d’autres historiens ne partageant pas ses idées. Ces études, et bon nombre d’autres, attestent ainsi le regain d’intérêt des historiens américains pour la Grande Guerre.

En même temps, on constate un changement d’interprétation et de perspective de la part de certains d’entre eux. Il y a dix ans, à un colloque organisé au musée de la Première Division, à Cantigny, Illinois, j’ai dit que la perspective américaine sur la Grande Guerre — en dehors de notre propre rôle et de notre propre expérience — avait été «largement formée par l’expérience britannique, ou par le regard britannique sur l’expérience des autres». Ceci s’explique par le fait qu’après 1945 une grande proportion des livres et articles sur la Grande Guerre publiés aux Etats-Unis ont fait un usage excessif d’ouvrages publiés à Londres. Ils reflétaient donc la perspective britannique, qui ne tenait pas compte de celles des autres pays comme la France. A mon avis, les historiens américains ont choisi de se fonder sur les récits britanniques parce que ces derniers étaient plus accessibles, et non parce que les Britanniques et les Américains (les “Anglo-Saxons”, selon mes amis français) ont des intérêts et des traditions en commun et sont généralement d’accord sur les événements historiques importants. C’est aussi parce que l’accès aux archives est parfois plus facile à Londres qu’à Paris.

L’exemple frappant d’une étude américaine qui s’appuie trop sur les fonds d’archives britanniques est The War to End All Wars : The American Military Experience in World War I par Edward M. Coffman. Sans aucun doute, cet ouvrage, publié pour la première fois en 1968, reste la plus importante des études sur la participation des Etats-Unis dans le Grande Guerre. Le professeur Coffman, le plus éminent des historiens américains, a épluché les archives américaines et a questionné de nombreux vétérans. Malgré cela, pour “l’arrière-plan général” et la “perspective” de la guerre, il s’est fondé principalement sur les travaux de Sir James E. Edmonds, de Cyril Falls, et de B. H. Liddell Hart. Ainsi, lorsqu’il dresse le portrait de Foch, Coffman cite l’historien britannique Liddell Hart : «Sa foi, qui était sa plus grande qualité, le rendait souvent aveugle aux faits.» Il s’appuie sur John Terraine, biographe britannique de Haig, pour expliquer en quoi le rôle de Foch pendant les derniers mois de la guerre différait de celui d’Eisenhower pendant la deuxième guerre mondiale. Les Américains arrivés en France en 1917-1918 avaient leurs propres points de vue sur les dirigeants tels que Foch, mais le professeur Coffman s’est fondé sur le travail d’historiens britanniques et sur le journal du Field Marshal Haig pour valider ses interprétations et ses évaluations. Aussi, même si le livre du professeur Coffman sur l’armée américaine dans la première guerre est — et restera — le livre de référence, il est évident que, pour tout ce qui ne touche pas à la participation américaine, il est influencé par la vision britannique.

Depuis quelques années, certains historiens américains publient des livres d’une importance majeure, reposant sur des recherches menées dans des archives françaises. Ils proposent une vision de la guerre fort différente. Voici deux exemples de ces ouvrages. Le premier, par Robert Bruce, s’intitule A Fraternity of Arms : America and France in the Great War. Historien militaire, Bruce a passé de longues semaines au Château de Vincennes. Son livre offre de nouvelles perspectives sur les rapports étroits qui existaient pendant la guerre entre Américains et Français et sur leur influence sur les opérations américaines. Il conclut : «Sans être une alliance militaire formelle, l’association entre la AEF [American Expeditionary Force] et l’armée française a joué un rôle primordial dans la maturation des Etats-Unis en une puissance militaire mondiale.» Il ajoute encore : «mais c’était plus qu’un mariage de convenance, de vrais liens d’amitié existaient entre les soldats des deux républiques». L’ironie de la chose est que le livre a justement été critiqué pour sa focalisation sur l’aspect des relations franco-américaines. Une analyse récente souligne ainsi que l’ouvrage «souffre de répétitions, de conclusions non prouvées et d’un parti pris dans la présentation des faits», considérant «qu’une approche plus équilibrée aurait résulté d’une consultation d’études similaires sur les rapports anglo-américains…».

L’autre ouvrage important est celui de Jennifer Keene, Doughboys, the Great War, and the Remaking of America. Professeur d’histoire sociale, Mme Keene cherche à expliquer «la véritable importance de la Grande Guerre pour l’histoire des Etats-Unis» afin d’offrir «un moyen dramatiquement différent de comprendre l’expérience des Etats-Unis dans la Grande Guerre». Tout comme celui de Bruce, son livre repose sur des recherches poussées dans les archives françaises, mais tandis que Bruce considère la guerre “de haut en bas”, Keene la regarde “de bas en haut”. A la différence de Bruce, elle parle peu d’opérations militaires, et l’image qu’elle donne des relations franco-américaines n’est pas aussi positive que celle donnée par son collègue. Si elle accepte le fait que, avec le temps, les Américains ont acquis du respect pour leurs camarades français, elle souligne également que bon nombre de soldats américains ayant participé à l’occupation de l’Allemagne après la fin des hostilités pensaient que leur pays était entré en guerre «du mauvais coté». Inutile de préciser que son livre est beaucoup contesté, un critique ayant écrit récemment que, même s’il présente «beaucoup de bons points», il est «beaucoup trop ambitieux» et ne tient aucun compte d’importantes questions d’opérations militaires, de la stratégie et des «motivations» des leaders politiques et militaires. Cet ouvrage offre néanmoins des aperçus nouveaux de l’expérience américaine et de l’effet de la guerre sur les Etats-Unis.

On ne peut pas dire cependant que toutes les publications récentes ont utilisé les ressources françaises. Ainsi, les études qui se concentrent exclusivement sur les opérations militaires ignorent-elles ces sources. Prenons deux exemples liés à la Marne et à la Meuse. Le premier ouvrage, signé Douglas Johnson et Rolfe Hillman, est intitulé Soissons: 1918. Il raconte l’histoire de deux divisions américaines dans la contre-offensive du 18 juillet 1918 sur le front de l’Aisne et de la Marne. Les auteurs se fondent presque exclusivement sur des documents anglais et leurs citations n’indiquent pas d’effort sérieux pour prendre en compte d’autres sources. Par exemple, pour solde de tout compte à propos de la 1re division marocaine, les auteurs n’offrent qu’une citation du général Mangin concernant sa bonne réputation. De même, leur évaluation des buts stratégiques et des objectifs opérationnels de la contre-offensive ne s’appuie que sur des documents français qui, traduits, font partie de l’histoire officielle américaine. Le deuxième exemple, le livre de Paul Braim, intitulé The Test of Battle: The American Expeditionary Forces in the Meuse-Argonne Campaign, se concentre aussi sur le rôle des Américains. Bien qu’il ait fait des recherches sérieuses dans les archives américaines, Braim n’utilise pas d’autres documents français que ceux faisant partie de l’histoire officielle américaine. Il fait l‘éloge des excellents ouvrages de John Keegan et Cyril Falls — tous deux britanniques — et se fonde principalement sur la traduction anglaise des mémoires de Foch pour l’arrière-plan stratégique et opérationnel de l’offensive en Meuse et Argonne.

Mais les exemples les plus flagrants d’utilisation exclusive de sources américaines ou britanniques concernent des ouvrages techniques. C’est le cas du livre de Mark E. Grotelueschen sur la 2e brigade d’artillerie de campagne (2nd Field Artillery Brigade) de la 2e division US, Doctrine Under Trial : American Artillery Employment in World War I. Malgré cela, il représente un changement important d’interprétation par un auteur américain. Pour beaucoup, l’armée américaine avait été mal préparée à son arrivée en France mais, aguerrie par le combat, elle est devenue une force effective qui a joué un rôle important dans les derniers combats. Si l’exposé de Coffman s’écarte quelque peu de cette interprétation des faits en avançant certaines critiques des Américains, les livres de Johnson et Hillman et de Braim vont beaucoup plus loin en décrivant des assauts frontaux mal organisés où les pertes sont très grandes. Par contraste, Grotelueschen démontre la «compétence et efficacité considérable» de la 2e brigade d’artillerie de campagne. Donc, si certaines publications récentes ont critiqué les Américains dans la guerre, d’autres, comme celle de Grotelueschen, soulignent leur compétence et l’importance de leur contribution au combat. Néanmoins, Grotelueschen ne tient pas compte des sources françaises, même s’il reconnaît que l’artillerie américaine était «dominée» par les officiers français et «fortement influencée» par la théorie française.

En faisant des recherches en dehors des Etats-Unis et du Royaume-Uni, les historiens américains ont adopté une perspective plus large, visible dans leurs publications. Un des meilleurs exemples de cette démarche est le livre de Michael J. Lyons, World War I : A Short History. Cet ouvrage est remarquable pour sa vision très large de la guerre, qui dépasse l’expérience relativement étroite des Britanniques. Lyons souligne le rôle important des Français et le rôle modeste des Britanniques dans les premières batailles de 1914, le “miracle” de la Marne inclus. Il explique de façon complète les offensives françaises en Artois et en Champagne en mai et septembre 1915, alors que les livres publiés antérieurement ne s’en préoccupaient guère mais fournissaient, à l’inverse, de nombreux détails sur l’offensive britannique, peu importante, de Neuve-Chapelle en mars 1915. Le livre de Lyons offre également une profusion d’informations sur les opérations contre le saillant de Saint-Mihiel et en Meuse-Argonne. Une autre approche élargie est donnée par The Great War, 1914-1918, de Spencer Tucker. Apportant peu de détails sur la guerre, le récit de Tucker sur la contre-offensive dans l’Aisne et dans la Marne s’ouvre sur ce constat : «L’initiative stratégique passa maintenant aux alliés». Chez beaucoup d’historiens américains, il était admis que l’initiative était revenue aux alliés seulement à partir du 8 août 1918, la fameuse “journée noire” de l’armée allemande, quand les forces britanniques et canadiennes attaquèrent dans la Somme. Les livres de Lyons et Tucker adoptent donc une perspective sur la guerre très différente de celle, relativement étroite, des Britanniques. Leurs livres sont loin d’être des simples révisions d’ouvrages britanniques.

Certaines publications récentes continuent cependant de se fonder sur des ouvrages britanniques pour exposer la guerre dans ses grandes lignes. Il en va ainsi de la monographie The United States and the First World War du professeur Jennifer D. Keene. Ecrites pour compléter des cours universitaires d’histoire générale, les 142 pages de ce livre couvrent la guerre dans tous ses aspects, de ses origines à la question de ce qu’elle «signifie» pour les Etats-Unis. Malgré des recherches sérieuses en France et sa bonne connaissance de la langue française, Mme Keene s’appuie principalement sur des ouvrages britanniques pour résumer la conduite de la guerre. Ceci apparaît très clairement dans son explication des trois premières années de la guerre. A l’exception d’une brève mention de la “boucherie” de Verdun et de l’échec de l’offensive Nivelle, Mme Keene ne parle que peu des Français et elle explique, par exemple, “le miracle de la Marne” par le fait que «l’armée allemande s’essouffle sur les rives de la Marne». Compte tenu du fait que le professeur Keene est spécialiste d’histoire sociale, on ne peut s’étonner qu’elle évoque plus les changements ayant lieu dans la société américaine (prohibition, suffrage féminin, migrations afro-américaines, restrictions à l’immigration) que de la stratégie et des opérations militaires. Qu’elle s’appuie sur des ouvrages britanniques pour expliquer la conduite de la guerre peut néanmoins surprendre.

A l’image des livres de Lyons et de Tucker, les manuels d’histoire américains ont aussi commencé à donner un aperçu un peu plus large de la Grande Guerre. Par exemple, le traitement des trois premières années de guerre que fait Alan Brinkley dans son célèbre manuel, American History : A Survey, va au-delà de l’expérience britannique. Sa seule image de combat est une photo légendée La vie dans les tranchées, montrant des Américains en train de soigner un blessé sous le regard d’un poilu français. Le manuel inclut une carte du front ouest en 1918 et une représentation de la contre-offensive dans l’Aisne et dans la Marne en juillet 1918. Quel contraste avec la situation d’il y a dix ans! A l’époque, j’avais constaté que les manuels d’histoire comprenaient en général un résumé des principales batailles britanniques et des photos de soldats britanniques, souvent prises à Passchendaele, mais qu’ils n’évoquaient que rarement les Français. Malgré sa vision plus large, Brinkley n’a pu s’empêcher d’écrire, à la fin du chapitre sur la Grande Guerre, que «en avril 1917 le Congrès a accepté (non sans bon nombre d’avis contraires) la demande du président que les Etats-Unis entrent en guerre en alliés de la Grande-Bretagne». Etant donné les rapports étroits qui se sont développés plus tard entre les Etats-Unis et la France, on ne comprend pas que Brinkley ne mentionne pas la France. Son livre donne donc l’impression que, même si certains auteurs américains voient plus large, une représentation limitée du conflit résulte encore parfois d’erreurs et d’omissions.

Une comparaison de différents récits des opérations américaines dans le secteur de la Marne nous offre un aperçu supplémentaire des représentations américaines de la Grande Guerre. Une action particulièrement connue est celle de la 2e division d’infanterie U.S. au bois de Belleau et devant Vaux. Pendant la nuit du 1er juin 1918, la 2e division, dont la brigade des marines faisait partie, a pris position à l’ouest de Château-Thierry. Les troupes françaises s’étant retirées, la 2e division tenait les premières lignes. Les Allemands tenaient le bois devant le front américain et surplombaient leurs positions de la crête d’en face. La tentative américaine d’avancer au-delà des bois devant eux (bois de Belleau et bois de la Marette) et d’établir leurs positions de l’autre coté de la crête a commencé le matin du 6 juin. Le 26 juin, le bois de Belleau est entre les mains des Américains ; Vaux est tombé le 1er juillet. Dorénavant, les Alliés contrôlent les hauteurs à l’ouest de Château-Thierry, ce qui empêche les Allemands d’avancer sans préparations importantes avec des effectifs considérables.

Un des premiers récits de cette opération est publié par Shipley Thomas, qui a servi pendant la guerre dans la 1re division d’infanterie U.S. Malgré le fait qu’au bois de Belleau et à Vaux l’infanterie américaine ait avancé par vagues, souffrant de très grandes pertes, Thomas qualifie cette «action locale» de «brillante» avec «un effet psychologique profond sur les armées alliées et dans les pays alliés». Une grande partie de l’effet psychologique provient d’articles de journaux centrés sur des opérations des marines à «Belleau Wood». Selon Laurence Stallings, lui-même marine, en faisant un reportage sur les combats de la brigade des marines au bois de Belleau, le journal Paris Herald a «ouvert les vannes» à une marée d’articles qui ne parlaient que des marines dans les opérations autour de Château-Thierry. Ces articles ont laissé l’infanterie américaine déçue et furieuse et Thomas écrit que «l’action au bois de Belleau des 6000 marines qui faisaient partie de la 2e division était en effet très brillante mais qu’il est dommage que les marines se soient vu attribuer tous les mérites pour une opération à laquelle ont pris part 250 000 fantassins américains et un million [sic] de fantassins français, et qui a duré 72 jours entre le 27 mai et le 6 août 1918». S’il était toujours de ce monde, Thomas se plaindrait davantage encore, car même si d’autres historiens ont publié des récits complets de ces opérations, l’Américain moyen ne sait rien sur les unités d’infanterie américaines ou françaises qui y ont participé. En revanche, de nombreux citoyens américains connaissent l’action des marines au bois de Belleau, car après la guerre le cimetière de Belleau est devenu — pour citer un de mes amis — un «autel» dédié au corps des marines, où le mythe a remplacé la réalité historique. On peut même dire que la connaissance qu’a de la bataille l’Américain moyen tient autant de la réalité historique que de la légende selon laquelle tout marine qui boit à la fontaine du «Devil Dog», près du bois, prolonge sa vie de vingt ans.

La renommée qui entoure le bois de Belleau a éclipsé le succès de la 3e division d’infanterie U.S. L’après midi du 31 mai, un bataillon de mitrailleuses de la 3e division est arrivé dans le secteur de la Marne et a participé à la défense des ponts de Château-Thierry. Après l’arrivée d’autres troupes de la division, une opération combinée des infanteries française et américaine a réussi à prendre pied sur la côte 204, à l’ouest de Château-Thierry. Du 15 au 18 juillet, la 3e division a tenu des positions défensives longues d’environ 8 kilomètres à l’est de Château-Thierry. Là, elle a gagné le surnom de “Rock of the Marne” (La Roche de la Marne) en empêchant une tentative allemande de traverser le fleuve. Pour son commandant, le général Joseph T. Dickman, la division a été félicitée par le général Pershing pour avoir écrit «une des pages les plus brillantes des annales de l’histoire militaire». Malgré ces éloges, la 3e division n’a droit qu’à quelques mots dans les livres de Tucker et de Lyons. Pire encore, pour Mme Keene, dans Doughboys, the Great War, and the Remaking of America, Château-Thierry n’est qu’un «rendez-vous» pour soldats déserteurs, devenus voleurs. Même si elle accorde un peu plus de place à la 3e division de Château-Thierry dans son livre The United States and the First World War, elle porte plus d’attention à la 2e division et aux marines du bois de Belleau et de Vaux. Seuls Coffman et Bruce donnent des détails sur les actions de la 3e division et expliquent comment elle a gagné son surnom.

Un malentendu comparable existe concernant la participation des troupes américaines à la contre-offensive sur l’ensemble du front Aisne-Marne du 8 juillet. Faisant partie du XXe corps français, les 1er et 2e divisions U.S. ont joué un rôle particulièrement important dans l’action du général Mangin contre l’épaule ouest du saillant de la Marne. Dans ses mémoires, le général Pershing écrit : «Le [XXe] corps, composé aux quatre cinquièmes par des Américains, a eu l’honneur d’être le fer de lance de l’opération contre ce flanc vulnérable du saillant, honneur vaillamment soutenu.» La contre-attaque du 18 juillet a surpris les Allemands, bien qu’un déserteur les ait avertis de l’imminence d’une grande offensive au sud-ouest de Soissons le 11 ou le 12 juillet. L’avance de la 2e division U.S. était de 8 kilomètres, celle de la 1re division U.S. de 6 kilomètres. En interdisant la route de Château-Thierry à Soissons, cette avance a menacé l’ensemble de la position allemande dans le saillant. Le 18 juillet, reconnaissant la valeur de l’opération, un colonel français du bureau d’opérations s’est écrié : «ceci est la journée la plus importante depuis la Marne.» Selon un officier de liaison américain, au GQG, les officiers français d’état-major ont célébré la victoire en parodiant Ludendorff et le prince héritier se plaignant de l’attaque : «Et entre des éclats de rires, ils lisaient le dernier message, reportaient l’information sur la carte, me serraient la main et faisaient l’éloge des Américains. Ils disaient “superbe”, “magnifique”, “épatant” en parlant des 1re et 2e divisions U.S.». Plusieurs officiers ont reconnu que «sans les Américains, ceci n’aurait jamais été possible». Le soir, on a servi du champagne et les officiers français ont bu à la santé de la France et des Etats-Unis.

Malgré l’importance de la bataille, certains historiens américains actuels en savent peu sur la contre-offensive sur le front Aisne-Marne. Par exemple, dans son analyse des aspects sociaux et culturels de l’expérience américaine pendant la Grande Guerre, Robert Zieger écrit que les Etats-Unis ont «fourni la majeure partie des troupes dans la première — et, selon certains commentateurs, la plus cruciale — des contre-attaques du maréchal Foch, qui a mis l’armée allemande en position défensive permanente». Que Zieger ignore que la majorité des troupes impliquées dans l’opération étaient françaises montre sa compréhension limitée de la contre-offensive du 18 juillet. De plus, il est peu disposé à évaluer l’importance de celle-ci et son effet. Une autre publication récente, celle de Joseph E. Persico, Eleventh Month, Eleventh Day, Eleventh Hour, reconnaît que la deuxième bataille de la Marne a pris fin le 6 août mais n’en explique pas le déroulement. A l’identique, sans faire référence à la participation américaine, Allan Brinkley observe dans son manuel d’histoire américaine que «le 18 juillet les Alliés ont arrêté l’avance allemande et ont commencé une contre-offensive réussie». Il n’explique pas le rôle des Américains dans l’opération du 18 juillet, ni l’importance de leur participation.

En résumé, on peut dire que si certains auteurs, tels que Bruce, Johnson et Hillman, perçoivent l’importance de cette bataille, d’autres ne la comprennent pas et n’expliquent donc pas comment les Alliés ont pu reprendre l’offensive.

Un coup d’œil rétrospectif sur les monuments de l’après-guerre peut suggérer une approche renouvelée aux historiens américains spécialistes de la Grande Guerre. Après la guerre, la France a reconnu la nature multinationale de la deuxième bataille de la Marne et son importance. Dans deux monuments-clés de cette région, des soldats américains ou alliés figurent aux cotés des soldats français. L’un de ces monuments se situe à Beugneux, à mi-chemin entre Soissons et Château-Thierry. Il se compose d’une statue qui symbolise la France et d’une autre, plus grande, représentant huit fantômes dont l’un semble être un Américain. L’autre monument se trouve en Champagne, au nord de Souain et proche de la Ferme de Navarin. Il commémore ceux qui sont tombés dans cette région, y compris un Américain armé d’un fusil-mitrailleur français. Pris dans leur ensemble ces monuments nous rappellent que la guerre demandait des sacrifices énormes et que la victoire alliée exigeait un sacrifice partagé par tous. Ils nous rappellent aussi que les Américains n’auraient pas réussi à faire ce qu’ils ont fait sans l’aide des Français, et que les Français n’auraient pu gagner ces batailles sans l’aide des Américains. En regardant ces monuments, les Américains devraient reconnaître que l’on ne peut comprendre l’expérience des Etats-Unis dans la Grande Guerre sans comprendre celle de la France. Certains historiens américains ont amorcé cette démarche, cela se mesure à l’aune des publications récentes, mais ces mêmes publications prouvent aussi qu’il reste beaucoup à faire.

Colonel Robert A. Doughty

Professeur à l’Académie de West Point

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 Simulacre-USA, à l’origine

14 juin 2017 – Il est entendu que John “Black Jack” Pershing débarquant du bateau et posant le pied sur le sol français, et proclamant “Lafayette, We Are Here” (ce qu’il n’ jamais dit, la chose ayant été dite avant lui par Charles E. Stanton et réattribuée, mythe déjà en formation, à Pershing par un officier des RP) ; les Sammies défilant par milliers dans les villes françaises en 1917, les journaux français chantant la gloire de la bannière étoilée illustrent l’événement du début de l’hégémonie de communication des USA sur la France (sur l’Europe), qui s’illustre par l’acte décisif qui permit la victoire de 1918. Je ne discuterais pas la première proposition, mais en remplaçant le mot “hégémonie” par l’expression “simulacre d’hégémonie” ; quant à la seconde, elle est outrageusement fausse, un mythe, une idole de la nouvelle religion transatlantique à laquelle la France en premier fit acte de “servitude volontaire”.

Il est important de déconstruire cette architecture subversive de déconstruction de la vérité historique (“déconstruire une déconstruction”). Il est essentiel de  savoir que les USA jouèrent un rôle opérationnel très mineur, – à peine supérieur à celui des valeureux Belges, qui sont tout de même dans une autre échelle de puissance, –  dans la victoire de 1918. Au contraire, cette victoire fut assurée pour l’essentiel par une armée française irrésistible, absolument transformée, reconstituée, renée en une puissance opérationnelle, humaine et industrielle, comme la première armée du monde après la terrible année 1917 (Le Chemin des Dames suivi des mutineries) ; et l’armée française secondée dans l’irrésistible victoire stupidement sacrifiée sur l’autel d’une diplomatie où la trahison s’exprima de tous les côtés chez les Alliés, par la participation étonnante de puissance et de courage de l’armée italienne contre l’Autriche-Hongrie.

Un petit bouquin qui ne paye pas de mine vous règle tout cela, allant dans le sens que j’ai toujours eu intuitivement à partir de certains faits militaires avérés. L’intérêt du Mythe du Sauveur Américain – Essai sur une imposture historique de Dominique Lormier (*) est dans ceci qu’il nous donne une synthèse rapide du phénomène (l’imposture), charpentée sur une multitude de détails essentiels et de citations venues des archives, sur les effectifs, les matériels, la répartition des forces, les opérations et les chefs qui les dirigèrent, durant cette période décisive entre la fin du printemps 1918 (avril-mai) et l’armistice du 11 novembre. Une place essentielle est faite sur la posture des forces américaines, leurs effectifs, leurs opérations, leur comportement.

Le livre commence par un chapitre consacré aux opérations entre le 21 mars et le 1er mai 1918, ou comment l’armée française sauva l’armée britannique du désastre sans la moindre participation américaine. (Foch comme généralissime des forces alliées depuis mars joua un rôle d’influence prépondérant dans cette opération, convainquant un Pétain [commandant en chef de l’armée française] qui pensait à garder ses forces de réserve essentiellement pour couvrir Paris, d’en détacher une partie pour soutenir l’aile droite des Britanniques, avec leur VIème Armée en pleine déroute.) Le 1ermai 1918, les Français tiennent 700 des 850 kilomètres du front de l’Ouest, alignant 110 divisions, avec 12 divisions belges, 46 britanniques, 4 américaines et 2 italiennes, contre 204 divisions allemandes. Le 1er août 1918, il y a 1 300 000 soldats américains en France, mais seulement 150.000 ont été engagés dans les combats. Ce contingent a participé avec grand courage à la deuxième victoire de la Marne de juillet, la bataille décisive de la fin du conflit, alors que les Français alignent 1 100 000 combattants qui se battent non moins courageusement dans cette même bataille. Le 1er novembre 1918 sur la ligne du front de l’Ouest en France, l’armée américaine aligne 400.000 combattants, dont 200.000 considérés comme non encore aguerris, tandis que l’armée française déploie 2.600.000 combattants, l’armée britannique 1.700.000, l’armée belge 170.000 et l’armée italienne 60.000. La France dispose d’une écrasante supériorité matérielle qu’elle utilise avec une souplesse et une efficacité exceptionnelles. (Pour les chars par exemple, 2.600 suppléés par les 610 de l’armée britannique, et 250 chars français livrés aux Américains, contre 50 chars du côté allemand)

Directement derrière l’armée française, on trouve comme contributrice essentielle à la victoire générale l’armée italienne avec ses 2.204.000 combattants, qui obtient la capitulation de l’Autriche-Hongrie huit jours avant l’armistice du 11 novembre. Lormier insiste sur la façon indigne dont l’Italie fut et reste traitée dans l’historiographie de la Grande Guerre, y compris par des historiens français, et bien entendu abondamment par les historiens anglo-saxons qui limitent la vista et la puissance des forces alliées dans la Grande Guerre aux seuls Britanniques renforcés par les glorieux Américains. Il cite les observations admiratives du courage des Italiens de Pétain et de Mangin, et rapporte cette note du maréchal Hindenburg : « Beaucoup plus que l’engagement de quelques divisions américaines sur le front occidental, ce fut la défaite de notre allié austro-hongrois contre l’Italie qui nous poussa à conclure aussi rapidement un armistice avec les Alliés. La perte d’une soixantaine de divisions austro-hongroises était pour nous un désastre irrémédiable… »

A la litanie des chiffres absolument impressionnants s’ajoute celle des faiblesses de l’armée US. L’amateurisme des Américains, leur absence d’organisation, leurs difficultés à mettre en place des commandements capables de maîtriser les opérations, leurs déficiences en matériels, leurs erreurs tactiques, le peu d’attention portée aux pertes par Pershing, tout cela doit être pris en compte pour pulvériser le mythe qui a été imposé à nos mémoires, sans pour autant ignorer le courage exceptionnel que montrèrent certaines unités, notamment durant la deuxième bataille de la Marne, et le combat légendaire livré par une brigade des Marines dans la bataille du bois de Belleau.

Ainsi pulvérise-t-on le mythe simplement en découvrant ce qui, justement, a permis au mythe de s’installer, confirmant le caractère absolument inverti de la modernité et l’avantage donné au simulacre contre le modèle. Les difficultés américaines à s’adapter et à intégrer les enseignements des détachements (français) chargés de les entraîner, leur tendance à ajouter du poids là où la qualité ne s’affirme pas et à mettre l’accent sur l’abondance de la logistique pour dissimuler la faiblesse de la participation au combat, – ce qui débouche sur une armée d’un million six cent mille hommes installée en France pour 400.000 soldats déployés sur le front et en réserve opérationnelle le 11 novembre, – tout cela donne à la population et aux différents moyens de communication (presse & le reste) l’impression d’une force gigantesque installée en France, en cela véritable simulacre. Les consignes du pouvoir politique d’acclamation et de publicité exaltées de l’aide US font le reste, dans une occurrence où les chefs militaires les plus expérimentés ne sont parfois pas en reste.

(La phrase de Pétain après sa prise du commandement en chef et l’apaisement des mutineries en juin-juillet 1917 pour résumer sa stratégie, — « J’attends les chars et les Américains », – est extrêmement malheureuse, parce qu’à moitié vraie et à moitié fausse : qu’il ait attendu les chars, tout le monde le comprend et partage cette attente, d’autant que les Français produisent les meilleurs chars, très rapidement, et sont les plus habiles à en comprendre l’emploi et l’efficacité. Mais “attendre les Américains” ? A part l’apport psychologique de cette attente en 1917 où le moral français était très atteint, c’était bien inutile et l’on comprend aisément que le but prioritaire de Pershing en France était de constituer et de garder à tout pris l’autonomie de son armée de l’emprise des Alliés, pour imposer à Washington D.C. le fait accompli de l’installation d’une grande institution militaire. Pour le reste, Pershing comme Wilson était persuadé que la guerre durerait jusqu’à la fin de 1919 et consacrerait opérationnellement la prédominance institutionnelle de l’U.S. Army.)

L’entreprise de la construction du mythe de l’invincibilité de la puissance de l’américanisme (utilement complété par le “déclinisme” français débouchant sur l’auto-flagellation actuelle) qui va empoisonner tout le XXème siècle jusqu’à nous, et qui se poursuit en ce début de XXIème siècle, cette construction s’achève par la faute majeure du pouvoir politique, notamment le français qui ne semble pas avoir réalisé que la puissance française sur le terrain lui donnait la capacité d’imposer une nouvelle situation stratégique pour la victoire, qui aurait totalement modifié la suite. Les grands chefs militaires (Foch, Pétain, Mangin, Castelnau) jugèrent catastrophique que l’armistice ait empêché « la puissante offensive en Lorraine [sous les ordres de Castelnau], avec les VIIIème et Xème armées françaises, regroupant 20 divisions et 600 chars. Ce coup de grâce devant permettre d’envahir l’Allemagne, uniquement avec des unités françaises, n’aura pas lieu. [… Les chefs militaires] estiment que c’est une faute capitale d’annuler cette offensive. En effet, l’Allemagne préserve pour le moment son territoire de toute occupation étrangère, donnant ainsi le sentiment à la population et à ses militaires qu’elle n’a pas été réellement vaincue. »

Les pacifistes sont satisfaits de terminer au plus vite “la der des ders” et, quant aux autres dont nous-mêmes, nous héritâmes de Hitler & le reste en prime.

 Note

(*) Le Mythe du Sauveur Américain – Essai sur une imposture historique de Dominique Lormier, éditions Pierre de Taillac, Paris 2017.

source:http://www.dedefensa.org/article/les-americains-14-18

vendredi 23 février 2024

Staline, les Alliés et le démembrement de l’Allemagne

 

« Le gouvernement soviétique est probablement en retard dans l’étude de cette question… Nos dirigeants sont maintenant occupés par des problèmes militaires. »

Molotov, en réponse à Antony Eden, à la Conférence de Moscou des ministres des Affaires étrangères de l’URSS, des États-Unis et de la Grande-Bretagne du 19 au 30 octobre 1943.

Note du Saker Francophone

 Où l’on apprend incidemment, que dès 1943, probablement au vu des défaites de la Wehrmacht en Russie, les Anglo-Saxons anticipaient déjà l’issue finale de la reddition allemande et le démembrement de l’Allemagne. Ils ont malgré tout attendu juin 1944 pour débarquer en Normandie et… « gagner la guerre » !

 Où l’on comprend aussi la décision de Staline d’occuper l’Allemagne de l’Est pour assurer la sécurité de l’URSS, suite à la volonté des Anglo-Saxons de démembrer et occuper l’Ouest du pays.

 Une attention particulière doit être accordée au fait que ce sont les Anglo-Saxons qui, en 1943, ont établi plusieurs zones d’occupation temporaire en Allemagne. Ce sont eux aussi qui faisaient des plans de fragmentation de l’Allemagne en un certain nombre de mini-États. En fait, leur idée pour l’Allemagne d’après-guerre était de restaurer le Traité de Westphalie de 1648, qui pendant plus de trois cents ans a éliminé l’Allemagne comme nation unifiée de l’histoire européenne.

La position de principe de l’Union Soviétique par rapport à l’Allemagne unifiée est évoquée par Joseph Staline le 23 février 1942 dans l’ORDRE du COMMISSAIRE DU PEUPLE DE LA DÉFENSE DE L’URSS N° 55 Moscou

« La presse étrangère dit parfois que l’Armée rouge vise à exterminer la nation allemande et à détruire l’État allemand. Ceci, bien sûr, est un non-sens stupide et une calomnie contre l’Armée rouge. L’Armée rouge ne peut pas avoir de tels buts idiots.

L’Armée rouge a pour but d’expulser les occupants allemands de notre pays et de libérer les terres soviétiques des envahisseurs fascistes allemands. Il est très probable que la guerre pour la libération des terres soviétiques conduira à l’expulsion et à la destruction de la clique d’Hitler. Nous souhaiterions un tel résultat. Mais il serait ridicule d’identifier la clique d’Hitler avec le peuple allemand, avec le pays allemand. La connaissance de l’histoire montre que les ‘Hitlers’ vont et viennent, mais le peuple allemand et l’État allemand restent. »

La deuxième déclaration publique la plus importante montrant que la position de l’Union Soviétique était la préservation de l’Allemagne a été faite par Joseph Staline le 9 mai 1945, dans son discours radio au peuple soviétique le Jour de la Victoire sur l’Allemagne. Le texte a été publié par le journal Pravda le 10 mai 1945. Il est connu comme le discours du commandant suprême J. V. Staline le 9 mai 1945 :

« Il y a trois ans, Hitler a publiquement déclaré ses objectifs, y compris un démembrement de l’Union soviétique et la séparation d’avec le Caucase, l’Ukraine, la Biélorussie, les États baltes et d’autres régions. Il a déclaré sans ambages : ‘Nous détruirons la Russie, de sorte qu’elle ne puisse jamais plus se relever.’

C’était il y a trois ans. Mais les idées folles de Hitler n’étaient pas destinées à se réaliser, le cours de la guerre les dispersa aux 4 vents. En fait, il s’est produit quelque chose de complètement opposé au délire des Allemands. L’Allemagne est vaincue. Les troupes allemandes capitulent. L’Union Soviétique célèbre la victoire, bien qu’elle n’ait pas l’intention de démembrer ou de détruire l’Allemagne.«

Cité par l’édition de Joseph Vissarionovich Staline, « The Complete Collection of works », Volume 15

La Conférence, à Moscou, des ministres des Affaires étrangères de l’URSS, des États-Unis et de la Grande-Bretagne du 19 au 30 octobre 1943.

Le 25 octobre 1943, lors de la discussion du plan des Alliés présenté par Cordell Hull « Principes de base concernant la reddition allemande ».

Traduction, par l’auteur, de la transcription officielle de la conversation entre Anthony Eden et Molotov

Eden : En ce qui concerne le statut permanent de l’Allemagne. Nous aimerions avoir une division de l’Allemagne en États séparés. En particulier, nous aimerions séparer la Prusse du reste de l’Allemagne. Nous encouragerions donc (…) le démembrement en Allemagne .(…) Il serait intéressant de connaître l’opinion du gouvernement soviétique sur cette question.

Molotov : Je dis à M. Eden et à M. Hull que pour toutes les mesures des alliés visant à maximiser la neutralisation de l’Allemagne en tant qu’État agressif, le gouvernement soviétique soutient le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique. Est-ce suffisant ou pas assez ?

Eden : Je voudrais savoir ce que vous, Monsieur Molotov, pensez de la question dont nous discutons. À Londres (…) nous sommes arrivés à la conclusion qu’il serait important de connaître votre opinion et celle du Maréchal Staline concernant le démembrement de l’Allemagne (…) le défi présenté ici est de savoir si nous devrions essayer d’utiliser la force (…)

Molotov : Le gouvernement soviétique est probablement en retard dans l’étude de cette question… Nos dirigeants sont maintenant occupés par des problèmes militaires.

Source : « Qui a divisé l’Allemagne en 1945 : ce dont les Allemands et les Russes, devraient se souvenir » par Sergey Brezkun, professeur à l’Académie des sciences militaires.

La conférence de Téhéran entre Joseph Staline, Franklin D. Roosevelt et Winston Churchill, du 28 novembre au 1er décembre 1943

Le 1er décembre, Roosevelt, durant sa conversation avec Staline, face à face, pendant le petit-déjeuner, a dit : « Allons-nous discuter de la partition de l’Allemagne ? »

Staline a répondu : « Cela ne me dérange pas ». [Il voulait dire que ça ne le dérangeait pas de discuter de la question. Note de l’auteur].

Quand la discussion officielle a commencé, Roosevelt a immédiatement déclaré qu’il aimerait discuter des questions de la Pologne et de l’Allemagne.

Staline a demandé, s’il y avait d’autres sujets pour la discussion.

Roosevelt a immédiatement répondu : « le démembrement de l’Allemagne ».

Selon le dossier sténographique :

Churchill : Je suis pour le démembrement de l’Allemagne. Mais je voudrais examiner la question du démembrement de la Prusse, aussi. Je suis pour la séparation de la Bavière et d’autres provinces d’Allemagne.

Roosevelt : Je voudrais déclarer que j’ai compilé moi-même, il y a deux mois, un plan de démembrement de l’Allemagne en cinq États.

Churchill : La racine du mal en Allemagne, c’est la Prusse.

Roosevelt : La Prusse doit être affaiblie et réduite en taille (…) la deuxième partie (…) doit être établie dans les régions de Hanovre et du Nord-Ouest de l’Allemagne. La troisième partie dans la Saxe et un quartier de Leipzig. La quatrième partie est la province de Hesse, Darmstadt, Kassel et les zones situées au sud du Rhin et la vieille ville de Westphalie. Une cinquième partie en Bavière, Baden, Württemberg. Chacune de ces cinq parties représentera un État indépendant. En outre, la partie de l’Allemagne devrait être attribuée aux zones du canal de Kiel et de Hambourg …

Churchill : Ce que vous avez dit est juste une bouchée (…) Je crois qu’il y a deux questions : l’une destructive et l’autre constructive. J’ai deux pensées. La première est l’isolement de la Prusse (…) la seconde est la séparation des provinces méridionales de l’Allemagne – Bavière, Bade, Würtemberg, Palatinat, de la Sarre à la Saxe incluse (…) Je pense que la province méridionale est facile à séparer de la Prusse et à inclure dans la Confédération du Danube (…)

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Staline est resté silencieux durant cet échange

Staline : Je n’aime pas le projet de nouvelles associations [Staline pensait, bien sûr, à une collection de petits États artificiels, Note de l’auteur]. Peu importe la façon dont nous avons abordé la question du démembrement de l’Allemagne, il n’est pas nécessaire de créer une Association mort-née des pays du Danube. La Hongrie et l’Autriche doivent exister séparément l’une de l’autre (…)

Roosevelt : Je suis d’accord avec le Maréchal Staline (…)

Churchill : Je ne veux pas être interprété comme si je n’étais pas pour le démembrement de l’Allemagne. Mais je voulais dire que si vous divisez l’Allemagne en plusieurs parties, alors, comme l’a dit le Maréchal Staline, le jour viendra où les Allemands se réuniront.

Staline Il n’y a aucune mesure qui éliminerait la possibilité de l’unification de l’Allemagne.

Churchill : Le maréchal Staline préfère-t-il une Europe divisée ?

Staline Qu’est-ce que l’Europe a à voir avec tout cela ? Je ne sais pas s’il faut créer quatre, cinq ou six États allemands indépendants. Ce problème doit être discuté. Mais il est clair pour moi qu’il n’est pas nécessaire de créer de nouvelles unions d’États.

Source : Sergey Kremlev, « Les mythes à propos de 1945, Moscou ». Maison d’édition Eksmo, 2010. Кремлёв Сергей. Date de publication : « Мифы о 1945 годе ». … Издательский дом : Яуза : Эксмо. Год издания : 2010

La conférence de Potsdam, du 17 juillet au 2 août 1945

Extrait des « mémoires du maréchal Joukov ». Georgiĭ Konstantinovich Joukov

Nous avons eu une discussion sérieuse sur la question soulevée, encore une fois, par les délégations des États-Unis et de l’Angleterre, sur le démembrement de l’Allemagne en trois États l’Allemagne du Sud,  l’Allemagne du Nord et l’Allemagne de l’Ouest. Cette question a été soulevée par eux, pour la première fois, à la conférence de Crimée, elle a été rejetée par la délégation soviétique.

À Potsdam, le chef du gouvernement soviétique a de nouveau rejeté la question du démembrement de l’Allemagne.

J.V. Staline avait l’habitude de dire :

« Nous ne devrions pas permettre, par rapport au peuple allemand, cette injustice historique. Le peuple allemand ne serait jamais d’accord avec le démembrement artificiel de sa patrie. Cette proposition, que nous rejetons, est contre nature. Ce que nous devons accomplir, ce n’est pas démembrer l’Allemagne, mais la rendre démocratique et pacifique. »

La délégation soviétique à la conférence de Potsdam a insisté sur l’inclusion d’une disposition dans le document final de la conférence. Cependant, à cause de l’opposition des représentants des puissances occidentales, cette décision a été rejetée. Les organes d’un gouvernement centralisé n’ont pas été établis et l’unification de l’Allemagne sur une base pacifique et démocratique, telle qu’envisagée à Potsdam, n’a pas été réalisée.

C’est Staline qui avait insisté pendant la conférence de Potsdam pour que la résolution suivante soit incluse dans les conclusions :

« Les alliés ne vont pas détruire ou jeter dans l’esclavage le peuple allemand. Les alliés entendent donner au peuple allemand l’occasion de se préparer à poursuivre sa reconstruction sur une base démocratique et pacifique. »

Source : Teheran – Yalta – Potsdam, Collection de documents, compilée par W.P. Sanakoev, BL Cybulski. 2e édition Moscou : Maison d’édition « Relations internationales », 1970. – 416 p.

Le dernier jour de la conférence de Potsdam, Staline a parlé à deux reprises de la nécessité d’un « appareil administratif central pour l’Allemagne » sans lequel « la politique générale contre l’Allemagne est difficile à mener ». [Du point de vue de Staline, l’administration centrale pour l’Allemagne pourrait empêcher les Alliés de diviser le pays, comme ils ont insisté pour le faire. Note de l’auteur].

Le même jour, parlant de la préservation de l’industrie de la Ruhr, Staline a proposé dans le document final de la conférence d’ajouter un procès-verbal disant que la région de la Ruhr devait rester une partie de l’Allemagne.

Quand le ministre des affaires étrangères britannique, Ernest Bevin, a demandé pourquoi Staline avait même mentionné cette question, Staline a déclaré que « l’idée d’une région séparée pour la Ruhr est apparue initialement à partir de la thèse du démembrement de l’Allemagne « , et a ajouté : « Après cela, il y a eu un changement de point de vue sur cette question. L’Allemagne restera un pays uni. La délégation soviétique pose cette question : êtes-vous d’accord pour dire que la région de la Ruhr soit laissée à l’Allemagne ? C’est pourquoi cette question est soulevée ici. »

Truman a accepté. Bevin, dont le gouvernement voulait prendre le contrôle de la Ruhr, a déclaré qu’il devait consulter son gouvernement. Il a également déclaré : « Nous proposons de ne créer aucun gouvernement central allemand pendant un certain temps. »

Source : « L’histoire de l’Allemagne ». Volume 2. « De la création de l’Empire allemand jusqu’au début du XXIe siècle ». Manuel en 3 volumes / éd. par Y. V. Galaktionov. – Moscou: KDU, 2008.

Le premier jour de la conférence de Yalta, le 4 février 1945

En réponse à l’offre de Churchill de discuter du futur de l’Allemagne, et même s’il y en aurait un, Staline répondit brièvement : « L’Allemagne aura un avenir. »

Lorsque la discussion a commencé à Yalta, Staline a déclaré que « Si les alliés ont l’intention de démembrer l’Allemagne, il faut le dire ».

Roosevelt a déclaré le 5 février 1945 que « dans les conditions actuelles « , il ne voit « pas d’autre issue pour l’Allemagne que le démembrement ».

Staline avec son humour noir habituel a demandé :

« Combien de parties ? Six à sept ou moins ? »

Staline a maintenu cette position de principe contre le démembrement de l’Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Et cette position devint la position officielle de l’URSS.

L’URSS s’opposait au Plan Morgenthau

Bien que l’Union Soviétique ait souffert plus que les autres du fascisme allemand, elle a pris cependant une position humaine.

Avant le 9 mai 1945, Les États-Unis et les Alliés ont entrepris de nombreuses tentatives pour pousser à la coopération de l’URSS sur la division de l’Allemagne.

Tout d’abord ils ont présenté à Staline le plan Hans Morgenthau de division de l’Allemagne, qui a été approuvé par Churchill et Roosevelt. Staline rejeta ce plan.

Le plan de Morgenthau comprenait le démembrement de l’Allemagne, le transfert sous contrôle international des zones industrielles importantes, l’élimination des industries lourdes, la démilitarisation et la transformation de l’Allemagne en pays agricole.

Ce deuxième plan Morgenthau fut proposé en septembre 1944 à la deuxième conférence du Québec, à laquelle ont participé Winston Churchill et Franklin Roosevelt. Staline n’a pas assisté à cette conférence. Lors de la conférence, un mémorandum fut signé, selon lequel l’Allemagne était supposée devenir un pays à prédominance agricole.

Plus tard, en raison de l’opposition de l’URSS, le plan dans sa forme originale fut rejeté, cependant, dans l’Allemagne d’après-guerre, l’administration US a pris un certain nombre de mesures pour limiter le développement économique (en particulier la directive JCS 1067).

Le 26 mars 1945, lorsque, conformément aux décisions prises à la conférence de Yalta, la commission sur le démembrement de l’Allemagne a commencé ses travaux à Londres, le représentant soviétique à la Commission, FT Gusev, au nom du gouvernement soviétique, a envoyé une lettre au président de la commission consultative européenne Anthony Eden :

« Le gouvernement soviétique ne voit pas la décision de la conférence de Crimée [Yalta] sur le démembrement de l’Allemagne comme un plan obligatoire, mais comme la perspective d’une pression possible sur l’Allemagne pour protéger l’URSS au cas où d’autres moyens devraient se prouver insuffisants. »

À partir de cette déclaration, toutes les discussions effectives sur le démembrement de l’Allemagne avec la participation de l’Union soviétique ont cessé.

Après la Seconde Guerre

Extraits de l’interview de I.V. Staline au correspondant à Moscou du Sunday Times M. Alexander Werth, le 17 septembre 1946. Source : « J. V. Staline  Œuvres ». – Vol. 16. – Moscou : Maison d’édition « Pisatel », 1997. P. 37-39

« En bref, la politique de l’Union soviétique en ce qui concerne la question allemande revient à la démilitarisation et la démocratisation de l’Allemagne. (…) La démilitarisation et la démocratisation de l’Allemagne sont l’une des garanties les plus importantes d’une paix durable et stable. »

Scott Humor

Scott Humor auteur de L’ennemi de l’ÉtatSuivre sur twitter.

Source The Saker

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

via: http://lesakerfrancophone.fr/staline-les-allies-et-le-demembrement-de-lallemagne

https://reseauinternational.net/staline-les-allies-et-le-demembrement-de-lallemagne/