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dimanche 16 octobre 2016

Le "Danton" de Wajda, un révélateur.

Le cinéaste polonais Andrzej Wajda vient de mourir, rejoignant au paradis des grands hommes l’autre grand Polonais du siècle, le pape Jean-Paul II, en attendant Lech Walesa, l’ouvrier des chantiers de Gdansk. Au moment même où la Pologne oublie ses liens historiques avec la France et préfère des hélicoptères états-uniens aux appareils français Caracal, il n’est pas inutile néanmoins de nous souvenir de ce film de Wajda qui porte sur une part sombre de notre propre histoire, la Révolution française, et qui vit Gérard Depardieu endosser le rôle d’un Danton entraîné et dépassé par l’événement. « Danton » est un film qui, comme le rappelle Guillaume Perrault dans les colonnes du Figaro de ce mardi 11 octobre, a fortement dérangé une certaine gauche qui s’apprêtait alors à célébrer le bicentenaire de la Révolution de 1789, en particulier par ce qu’il disait de l’esprit des républicains de 1794 et du mécanisme qu’ils avaient mis en place et qui, d’ailleurs, allait broyer la plupart d’entre eux…
Je me souviens que Combat royaliste, l’éphémère journal du MRF (Mouvement Royaliste Français), avait, à l’époque, vanté ce film surprenant qui détruisait le mythe d’une Révolution innocente et vertueuse. De plus, nous regardions alors avec intérêt ce qui se passait dans la patrie du cinéaste, arborant parfois sur nos pulls le badge « Solidarnosc» et défilant contre ce communisme qui restait encore (mais plus pour longtemps) maître du jeu de l’autre côté du Rideau de fer, et nous ne pouvions nous empêcher de faire des rapprochements entre les deux régimes dictatoriaux, celui de 1794 en France et celui des années 1980 en Pologne (même si cette dernière n’était pas la Russie de Lénine). En cela, Wajda confirmait ce que nous disions depuis si longtemps et il y apportait sa crédibilité et son statut de grand cinéaste mondialement reconnu.
Guillaume Perrault résume avec bonheur la réception de ce film emblématique dans la France de François Mitterrand, ce président ambigu dont je soupçonne désormais qu’il n’était pas forcément mécontent de participer, à sa manière de « Florentin », à la déconstruction du mythe grand-révolutionnaire… « Le ministère de la culture, dirigé à l’époque par Jack Lang, a accepté de coproduire Danton de Wajda. Or, sorti sur les écrans français en janvier 1983, le film stupéfie ses bailleurs de fonds. Loin de donner une image « globalement positive » de la Révolution comme ils l’escomptaient, l’artiste polonais peint la Terreur dans toute son horreur. Il décrit la peur qui taraude les Conventionnels face à Robespierre, croque les membres les plus extrémistes du comité de salut public – Collot d’Herbois, Billaud-Varenne – comme des demi-fous, ressuscite le règne de la délation, la paranoïa, les procès truqués, la guillotine. » Pour le royaliste que j’étais, fortement imprégné de la pensée contre-révolutionnaire et « héritier » des Vendéens et des Chouans (dont j’appris bien plus tard qu’ils avaient pu être mes ancêtres de chair, près de Loudéac et à Saint-Florent-le-vieil !), ce film était une « divine surprise » qui venait appuyer et approuver, par le talent du cinéaste et par l’image, ma propre dénonciation de ce qu’avait été le moment fondateur de la République en France. Mais, étrangement, je n’avais pas vraiment « exploité » cette œuvre, comme si j’avais craint, en le faisant, de la rendre moins convaincante aux yeux des spectateurs : une timidité que je n’ai plus désormais, d’ailleurs !
La République a-t-elle développé, en sa période inaugurale, une sorte de totalitarisme, heureusement inachevée ? Peut-être n’en avais-je pas alors, au début des années 1980 et de mon engagement politique, entièrement conscience, malgré ma lecture de Bertrand de Jouvenel, et il me faudra attendre un séminaire organisé par la revue rouennaise L’Avant-garde royaliste sur « le totalitarisme », l’année suivante je crois, pour m’en convaincre vraiment. Tout comme je ne prendrai vraiment conscience des méthodes exterminatrices de la Première République en Vendée que lorsque Reynald Secher viendra présenter à ma mère (et en ma présence), un soir d’automne, quelques unes de ses découvertes faites dans des cartons d’archives jusque là inexploités. Lui-même s’avouait estomaqué par ce qu’il avait trouvé et qui dépassait tout ce que l’on pouvait imaginer et craindre… Et c’était moi, le royaliste, qui semblait incrédule devant les preuves qu’ils m’annonçaient de cet infernal génocide, voté par les Conventionnels en 1793 !
Pourtant, Wajda avait ouvert la voie d’une reconnaissance plus vaste des mécanismes sanglants des régimes totalitaires par la force évocatrice de son œuvre et l’interprétation magistrale d’un Depardieu, Danton à la fois « grande gueule » et étonnamment faible et fataliste face à l’engrenage de la Terreur dont il avait créé l’un des principaux instruments, le Tribunal révolutionnaire.
Par son film, « Wajda livre le fond de son âme : la Terreur est une première manifestation du totalitarisme. L’excuse par les circonstances (la nécessité de lutter contre les ennemis intérieurs et extérieurs), invoquée par les ex-terroristes eux-mêmes après le 9 Thermidor et répétée par des générations d’hommes politiques et historiens français pendant un siècle et demi, se révèle spécieuse. Et c’est à bon droit que Lénine comptait les Jacobins parmi ses précurseurs. » Nombre de républicains français verront ainsi dans la révolution bolchevique russe une répétition (victorieuse pour quelques décennies) de la Grande Révolution française, et préféreront fermer les yeux sur les crimes de Lénine en se rappelant que « la fin justifie les moyens », et que Robespierre, après tout, n’avait pas agi autrement que le dictateur communiste : n’était-ce pas pour la « bonne » cause ?
Les totalitarismes reposent aussi sur l’aveuglement et le déni des réalités, et cela en tout temps : Andrzej Wajda, en définitive, le montrait quand les réactions de la Gauche de l’époque le démontraient…

mercredi 10 octobre 2012

Staline et Trotsky...

Préparant un cours de Première sur « les totalitarismes », je constate que les manuels scolaires ont parfois un certain retard sur la recherche historique, à moins qu’il ne s’agisse de mauvaise foi…
En effet, et quasi-systématiquement, ils évoquent le stalinisme en omettant de signaler que ce terme n’a jamais été, à l’époque, revendiqué ni par l’Union Soviétique ni par les partis communistes de l’époque, tous ralliés dès 1927 à l’autorité de Staline après l’éviction de Trotsky. En fait, il semble bien qu’il s’agisse de dédouaner le communisme de cet héritage encombrant et de faire « comme si » la « dictature du prolétariat » assumée par Staline du milieu des années 20 à 1953, n’était pas une forme possible de l’idéologie et de la pratique communistes.
 Danton et Robespierre ?
Dans certains manuels (mais pas dans tous, je tiens à le préciser), le déni de réalité va si loin que l’on évoque le pouvoir de Staline sans même expliquer d’où il vient et de qui il le récupère : ainsi Lénine, dont on semble oublier qu’il a forgé, dès novembre 1917 avec l’aide de Trotsky et de quelques autres de sinistre mémoire, la « matrice totalitaire », est « oublié » ou dégagé de toute responsabilité dans ce drame russe. Les manuels font « comme si » le pouvoir stalinien n’était que la perversion d’une « heureuse révolution » ou d’une « idée généreuse » que Trotsky aurait tellement mieux incarné s’il n’avait été chassé par le méchant Staline… Or, j’explique souvent à mes élèves que, d’une certaine manière, Trotsky serait une sorte de Robespierre qui a échoué face à un Danton qui aurait réussi, ici Staline.
En fait, il subsiste dans nos milieux enseignants et intellectuels, ainsi que le signalaient Raymond Aron ou Stéphane Courtois, des reliquats de l’esprit qui s’autoproclame « révolutionnaire » (à défaut de vouloir concrètement changer les choses, d’ailleurs…) et qui a cru trouver dans la révolution bolchevique la suite, l’aboutissement, la réussite, de celle incarnée en 1793-94 par les Montagnards, voyant en Trotsky, après Lénine le fondateur, celui qui va répandre les idéaux révolutionnaires à travers le monde. Mais Staline, souvent présenté à tort comme un homme peu intelligent, est le plus rusé des deux, le meilleur manœuvrier, se servant de l’appareil du Parti comme d’un véritable cheval de Troie pour s’installer au Kremlin.
Ainsi, je ne parle pas, dans le cours que je prépare, de « stalinisme » en tant qu’idéologie particulière, mais de « communisme incarné par Staline », ce qui n’a ni le même sens ni la même portée, mais me semble plus proche de la vérité et, surtout, du « ressenti » des acteurs et des spectateurs de l’époque.
D’ailleurs, Lénine et Trotsky me semblent encore plus coupables des horreurs du totalitarisme que Staline, qui n’a fait que s’installer dans ce fauteuil de bronze et d’acier forgé par ses compagnons et prédécesseurs, et qui a utilisé et perfectionné ce que d’autres avaient construit « au nom de la Révolution ». Il suffit de relire, pour s’en convaincre, les décrets signés par Lénine dès la fin de l’année 1917 pour constater que Staline en est un fils, pas forcément spirituel mais sûrement assez « digne » du père fondateur…
Il est aussi un élément que j’évoque, c’est l’ambiguïté de Trotsky face à Staline dans les années 30 : en effet, alors que Trotsky déteste Staline et le combat, il ne va jamais au-delà de certaines limites en arguant qu’existe le risque d’une contre-révolution qui, en somme, serait pire que le règne de Staline. Mais, agissant ainsi, Trotsky ne se fait-il pas l’allié involontaire de Staline qui, comme le laisse entendre George Orwell dans « 1984 », est nécessaire pour cristalliser la haine contre les « traîtres » et, en somme, légitimer la terreur au sein de la société ? D’ailleurs, la date de l’exécution par Ramon Mercader de Trotsky est-elle surprenante ? Après tout, en 1940, Staline ne s’est-il pas trouvé de nouveaux ennemis et un nouvel allié, temporaire, qui lui permettent de sortir de ce « huis-clos » russe qu’imposaient la paix et un relatif isolement sur la scène internationale ? Les « ennemis intérieurs » (au sein du communisme) apparaissent, à ce moment-là, moins nécessaires pour assurer la cohésion et la stabilité du régime, et Trotsky perd de son « utilité »...
Les totalitarismes n’ont pas encore livré tous leurs secrets ou leurs mystères et, si leur « magie » (noire, très noire…) ne semble plus opérer, ils ont pourtant encore beaucoup, me semble-t-il, à nous apprendre sur les sociétés humaines et, plus largement, sur les hommes eux-mêmes…

mercredi 15 août 2012

Août 1792 : le sacrifice de la garde suisse :


« Plût à Dieu que nous fussions aussi bons Français que les Suisses ! » (Louis XVIII)
Le 10 août 1792. La Garde- Suisse, fidèle entre les fidèles, meurt au palais des Tuileries. Des provinces accouraient des voleurs et des révolutionnaires exal­tés pour renforcer la meute insurrec­tionnelle n’arrivant pas à soulever Paris. « Où s’était recrutée cette armée de l’insurrection ?… Qui la payait, qui l’entrainait ?…. » (G. Lenotre)
On ne va pas se faire tuer de plein gré…
La tourbe des faubourgs, composée de nombreux étrangers, est animée notamment par Danton, le Mirabeau de la crapule. Celui-ci d’ailleurs bénéficiait de l’argent de l’Angleterre, du duc d’Orléans et de la Cour car, comme Robespierre et bien d’autres, il ne recherchait qu’une bonne place au soleil pour tout arrêter. La jalousie et l’envie en feront des bêtes sanguinaires, brûlant ce qu’ils avaient d’abord admiré… De nombreux essais de soulève­ments avaient avorté, le 26 et le 30 juillet ainsi que le 4 août. Paris était sous la coupe d’une minorité d’enra­gés semant terreur et massacres depuis 1789. La majorité frileuse attendait, cachée derrière ses fenê­tres, un retour de l’ordre. Le mani­feste de Brunswick fut le prétexte attendu pour la curée. Il faut préciser que Paris grouillait alors d’agents étrangers, souvent bourrés d’argent et attachés à détruire la monarchie française, par le financement de révoltes que nos livres qualifieront de « populaires ». La Commune rem­place le Conseil général en préten­dant représenter le peuple. Une poi­gnée d’agitateurs prend le pouvoir dans un climat d’abdication totale de la part des élites. Celles-ci discutent, se lamentent, gémissent : « Leur résistance s’évapore en paroles et en écritures » (Gaxotte).
Des milliers d’hommes étaient prêts à prendre les armes pour le Roi et n’attendaient qu’un ordre pour cela… Charles Maurras résumera fort bien le drame de 1789 dans le vide créé par la carence et la chute de toute forme d’autorité, résultat de « cinquante ans de scepticisme et de philosophie larmoyante » (Gaxotte). Les Suisses savent qu’ils vont mou­rir. Ils arrivent aux Tuileries, ayant pris soin au préalable d’enterrer leurs drapeaux. Pendant ce temps et inlas­sablement, les fidèles gentilshommes proposent des plans d’évasion et de contre-révolution au Roi indécis…
On refuse des munitions aux Suisses. Certains n’ont pas mangé depuis 36 heures. Le marquis de Maillardoz et six officiers de sa famille renvoient un cousin pour que le nom ne s’éteigne pas… Les événements vont se préci­piter. Le manque de chef, de coordi­nation, les hésitations du Roi ne vou­lant pas verser le sang, entraîneront le sacrifice des plus braves en faisant échouer tout redressement possible de la situation. Roederer, instrument de Danton, fera tout pour attirer Louis XVI à l’Assemblée pour le déchoir de ses fonctions et ainsi l’éloigner de ses défenseurs. Les Fédérés et la « lie » de Paris se mobilisent. Danton mène le jeu, les fausses informations révolutionnaires circulent pour préparer les conscien­ces et légitimer les horreurs qui se préparent. Les volontaires royalistes, chevaliers de Saint-Louis, arrivent en s’écriant : « Huissier, ouvrez à la noblesse française ! »
Deux bataillons fidèles de la Garde nationale des Petits-Pères et de Saint-Thomas sont là, leur commandant Galiot de Man­dat vient d’être assassiné. Imaginons un instant, comme le dit le député Barbaroux :
« Tout assurait la vic­toire à la Cour si le Roi n’eût pas quitté son poste ; s’il fût monté à che­val; la très grande majorité des bataillons de Paris se fût déclarée pour lui. » Pierre Gaxotte disait aussi :
« Un chef intelligent eût désarmé et renvoyé les gardes qui n’étaient point sûrs, expulsé du château tout ce qui faiblissait et, avec les quinze cents ou deux mille hommes qui restaient, organisé le champ de bataille. On avait du canon et, avec les dépouilles des gardes, assez de fusils et de balles. Derrière l’épaisse maçonnerie du palais, il était possible de soutenir le siège et d’en sortir victorieux… Mais il n’y avait point de chef. » Le Roi et sa famille partis, contre l’avis de Marie-Antoinette décidée à mourir avec les volontaires du Roi, c’est la débandade chez les défenseurs. Les Suisses des bataillons de Courbevoie et de Rueil restent garder les Tuileries pour l’honneur avec quel­ques nobles. « Rendez-vous à la Nation », crie Westermann, futur bourreau de la Vendée. « Nous nous croirions déshonorés… », répond le capitaine Dürler et le sergent Blaser : « Nous sommes suisses et les Suisses ne rendent les armes qu’avec la vie ! »
La furie attaque en fauchant une pre­mière ligne de Suisses au canon mais les Suisses repoussent la horde, sai­sissent les canons et se rendent maî­tres du terrain. Des renforts du fau­bourg Saint-Antoine arrivent et c’est de nouveau l’attaque. Les Suisses n’ont plus de munitions. D’autre part un message signé du Roi sur pression des députés demande aux Suisses de cesser le feu et de se rendre dans leurs casernes. D’où un indescriptible massacre des jardins au château, fusillades, égorgements, dépeçages, destructions de tout ce qui rappelle la monarchie, cruauté inouïe. Les fem­mes ivres jouent à l’étal de bouche­rie, comme aux Halles, les vêtements sanglants, confectionnant des cocar­des avec les boyaux des malheureux Gardes. Le capitaine d’Erlach a le cou scié lentement par deux femmes. Le même sort attend Rodolphe de Reding, saisi dans la chapelle où il reposait blessé. Quant au lieutenant- colonel marquis de Maillardoz, il fut éventré par d’ignobles femmes jouant avec ses entrailles. « Des corps nus sont empilés sur les pavés, mis au feu, grillés comme des côtelettes… D’autres sont déchiquetés, muti­lés… » (Gaxotte).
On brûle les cada­vres des Suisses. On jette des hom­mes vivants par les fenêtres, qui s’empalent sur les piques. Deux jeu­nes tambours, tenant leur père en sanglotant, sont égorgés, gardes du corps, gentilshommes, cuisiniers, jeunes marmitons bouillis vivants dans les chaudières, toute la panoplie des grandes heures de la Révolu­tion… On comptera 8 à 900 massa­crés et 376 chez les assiégeants. Vers le soir, de très jeunes gens joueront avec les têtes, sous l’œil hor­rifié de Dumas. Dans Les Suisses au service de la France, Jérôme Bodin cite :
« A l’emplacement du château détruit, nulle pierre ne commémore la tragique fidélité des Gardes-Suisses, mais l’âme du régiment martyr habite toujours les Tuileries : en deux siècles de monarchie, il s’était acquis une liste immense de titres de gloire ; ses couleurs avaient flotté dans 71 campa­gnes et les Gardes-Suisses du Roi avaient participé à 154 batailles et à 30 sièges. Un de ses officiers, trans­percé au dernier instant sur la place Louis-XV, s’enveloppa pour mourir dans les plis de ses soies fleurdelisées et cria au caporal qui le reçut dans ses bras : “Laissez-moi mourir et sauvez le drapeau.” Les harpies, qui mutilè­rent sa dépouille en lui arrachant le cœur, commirent bien là un acte sym­bolique : ces hommes, voués à “la religion de l’honneur et au culte de la fidélité”, représentaient bien le cœur du dispositif monarchique… »
De 1477 à 1830, environ un million de soldats suisses servirent la France et 600 000 mourront dans les batail­les. Ils continueront à servir la France jusqu’à aujourd’hui au sein de la Légion étrangère. Ils reçurent sur leurs drapeaux en 1916 la Croix de la Légion d’honneur au drapeau, sept citations à l’ordre de l’armée et 6 renouvellements au drapeau de la Médaille militaire…
Frédéric Winkler http://www.actionroyaliste.com

dimanche 31 octobre 2010

Septembre 1792, le baptême sanglant de la République

Un mois après la chute de la monarchie, le massacre des prisonniers annonce déjà la Terreur.
Le dernier parti, qui est le plus sûr et le « plus sage, est de se porter en armes à l'Abbaye, d'en arracher les traîtres, particulièrement les officiers suisses et leurs complices, et de les passer au fil de l'épée. » Ces conseils sont prodigués par Jean-Paul Marat, le 19 août 1792.
Neuf jours plus tôt, le 10 août, une bonne partie des gardes suisses a déjà été égorgée lors de la prise des Tuileries, qui a décidé du sort de la monarchie. Le 17 a été institué un tribunal spécial chargé de juger les serviteurs de la royauté, mais les milieux jacobins trouvent que le travail va bien lentement et leurs feuilles appellent au meurtre.
La Commune insurrectionnelle de Paris s'impatiente elle aussi et demande que « justice » soit faite. L'ennemi, clame-t-elle, a passé les frontières ; laissera-t-on les traîtres qui conspirent contre la Révolution agir à leur guise aux arrières ? On dénonce un complot des prisons : les contre-révolutionnaires qui s'y trouvent enfermés se seraient alliés avec les condamnés de droit commun pour briser leurs fers, assassiner les familles des soldats absents et livrer Paris aux Prussiens.
Car les troupes du duc de Brunswick approchent. Longwy est tombé le 26 août et le bruit court ce 2 septembre que Verdun a aussi capitulé. On s'attend à voir paraître l'ennemi devant Paris, les barrières de la ville sont fermées, le conseil général de la Commune lance une proclamation martiale : « Aux armes, citoyens, aux armes ! L'ennemi est à nos portes », la générale bat, le tocsin sonne. À la législative, Danton tonitrue : « De l'audace, toujours de l'audace, encore de l'audace, et la France est sauvée ! » Dans cette atmosphère enfiévrée, les fédérés qui partent aux frontières adressent le 1er septembre à l'Assemblée législative une pétition demandant « que tous les prévenus de conspiration, et leurs agents, contre lesquels il n'y aurait que des suspicions probables, soient condamnés à mort et exécutés sur le champ.»
Le 2 septembre, en début d'après-midi, un groupe de 24 captifs, prêtres réfractaires pour la plupart, que des fédérés marseillais et des gardes nationaux conduisent à la prison de l' Abbaye, est massacré : cinq d'entre eux seulement échappent à la tuerie. Le même jour, aux Carmes, 115 autres prêtres réfractaires, dont les évêques de Saintes et de Beauvais, sont expédiés à coups de sabres et de piques.
Le carnage s'étend aux autres prisons parisiennes : on massacre, après un simulacre de jugement, à l'Abbaye, à la Conciergerie, à la Force …
En tout, du 2 au 5 septembre, à Paris, 1244 à 1411 personnes sont assassinées, soit 45 % à 51 % des prisonniers de la capitale. Les prêtres réfractaires, les Suisses et les serviteurs de la monarchie ne sont pas seuls frappés : 72 % des victimes sont des condamnés de droit commun. Le 3 septembre, à Saint-Firmin, on expédie des prêtres ; mais le lendemain, aux Bernardins, des galériens. À Bicêtre, on tue des enfants - « bien plus difficiles à achever que les hommes faits », précise un témoin ; et à la Salpêtrière, le 4 septembre, des jeunes filles en correction et des orphelines, les « justiciers » profitant de l'occasion pour en violer une trentaine. À la Conciergerie, une boutiquière du Palais-Royal condamnée pour avoir émasculé son amant, Marie Gredeler, est abominablement suppliciée… Les septembriseurs, commerçants, artisans ou volontaires partant aux armées, se rétribuent de leur « travail » sur les effets personnels de leurs victimes.
« Je me fous bien des prisonniers… »
Parmi les victimes figure Marie-Louise de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, amie intime de la Reine. On lui demande de jurer « la liberté, l'égalité, la haine du Roi, de la Reine, de la royauté », elle répond : « Je jurerai facilement les deux premières ; je ne puis jurer la dernière, elle n'est pas dans mon cœur ». Ses bourreaux lui coupent la tête, arrachent le cœur et vont exhiber ces trophées au bout de piques sous les fenêtres du Temple, où est emprisonnée la famille royale. Marie-Antoinette s'évanouit. Les feuilles parisiennes incitent les patriotes des provinces à imiter les sans-culottes parisiens. Membre du comité de surveillance de la Commune, Marat, par une circulaire du 3 septembre, informe « ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans les prisons a été mise à mort par le peuple » et conseille « à la nation entière » d'adopter « ce moyen si nécessaire du salut public ». Les jours suivants, on tue donc à Reims, à Meaux, à Lyon (dont le maire, Vitet, empêche un autre carnage à Roanne).
À Versailles, le 9 septembre, sont immolés les « prisonniers d'Orléans », au nombre desquels se trouvent l'ancien ministre des Affaires étrangères, Claude-Antoine de Lessart et celui de la guerre, Charles d'Abancourt. Conduits d'Orléans à Versailles par une forte troupe envoyée par la Commune sous le commandement d'un aventurier, Fournier dit l'Américain, ces captifs devaient être jugés par la Haute-Cour nationale. En dépit des efforts héroïques déployés par le maire Richaud pour les sauver, 44 d'entre eux sur 53 sont massacrés. Leurs têtes coupées sont plantées sur les grilles du château, tandis que, ce « devoir » accompli, les tueurs se rendent à la maison d'arrêt de Versailles, où ils tuent encore une vingtaine de prisonniers de droit commun.
Qui porte la responsabilité de ces tueries ? À l'évidence, la Commune y a une part essentielle : bénéficiant du soutien des sections, elle fait plier l'Assemblée qui la craint. Par ailleurs, deux membres au moins du Conseil provisoire de la Législative y sont impliqués : le girondin Roland, ministre de l'Intérieur - dont la femme montera dans quelques mois sur l'échafaud en s'écriant : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom » -; et Danton, ministre de la Justice, qui lance : « Je me fous bien des prisonniers, qu'ils deviennent ce qu'ils pourront ! ». Il déclarera un peu plus tard à Louis-Philippe d'Orléans, futur roi des Français : « Ces massacres de septembre sur lesquels vous délibérez avec tant de violence et de légèreté, voulez-vous savoir qui les a fait faire ?… C'est moi. » Il s'agissait, expliquera-t-il, de « mettre un flot de sang » entre les volontaires partant se battre et les émigrés.
À ce titre, les massacres de septembre peuvent être considérés comme l'acte de baptême de la République, proclamée le 21 du même mois. Un baptême de sang.
Hervé Bizien monde et vie. 20 septembre 2010

samedi 11 octobre 2008

Septembre 1792 : Une République née dans le sang


Le 10 août 1792 a été un moment décisif dans le déroulement de la Révolution, qui a « fait brusquement basculer la Révolution du monde des robins dans celui des sans-culottes » (Jean Tulard). Le début de la Terreur a été marqué par le massacre des Suisses et des gentilshommes, chevaliers de Saint-Louis, gardant les Tuileries. La Commune insurrectionnelle, sous la pression des sections de quartiers regroupant agitateurs et démagogues, impose la déchéance du roi et l'enfermement au Temple de la famille royale.
Un vent de folie souffle sur Paris : le bruit court que les armées autrichiennes et prussiennes envahissant le pays ont des complices dans la capitale. Et tout spécialement là où se trouvent concentrés des ennemis de la Révolution : dans les prisons (Abbaye, Conciergerie, Châtelet, Grande Force et Petite Force, Bicêtre) où s'entassent trois mille détenus dont le tiers, arrêté après le 10 août, est constitué d'aristocrates, prêtres réfractaires, soldats suisses des Tuileries ayant survécu au massacre (plus quelques prisonniers de droit commun). Des comploteurs royalistes vont, dit-on, libérer et armer ces prisonniers ... Danton le proclame le 25 août : « Vous avez des traîtres dans votre sein. » Fréron, futur organisateur de massacres à Marseille et Toulon, écrit dans L'orateur du peuple : « Les prisons regorgent de scélérats, il est urgent d'en délivrer la société sur-le-champ. » Quant à Marat, ses appels au meurtre sont clairs : « Le parti le plus sûr et le plus sage est de se porter en armes à l'Abbaye, d'en arracher les traîtres, particulièrement les officiers suisses et de les passer au fil de l'épée. »
De si judicieux conseils ne tombent pas dans l'oreille de sourds. Le 2 septembre, tandis que sonne le tocsin, « plusieurs centaines d'égorgeurs envahissent les prisons et se mettent à massacrer les prisonniers de manière le plus souvent sadique et atroce » (Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Robert Laffont, 1987). Les tueurs touchent 6 francs par jour, avec le vin à discrétion pour entretenir leur zèle révolutionnaire.
La boucherie dure jusqu'au 9 septembre. Il semble y avoir eu 1 392 prisonniers assassinés (les chiffres varient, à quelques dizaines près). Parmi eux, Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, surintendante de la Maison de Marie-Antoinette et confidente de la reine, qu'elle voulut accompagner jusqu'au bout. Incarcérée avec la famille royale au Temple, elle en est tirée pour être enfermée à la prison de la Force. Restif de la Bretonne a décrit son martyre : « Je vis paraître une femme, pâle comme un linge, soutenue par un guichetier. On lui dit d'une voix rude : "Crie vive la nation !" - "Non, non" disait-elle. On la fit monter sur un monceau de cadavres. On lui répéta de crier : "Vive la nation !" Elle refusa dédaigneusement. Alors un tueur la saisit, arracha sa robe et lui ouvrit le ventre. Elle tomba et fut achevée comme les autres. Je voulus fuir, mes jambes faiblirent. Je m'évanouis. Quand je revins à moi, je vis la tête sanglante. On m'a dit qu'on fut la laver, la friser, la mettre au bout d'une pique et la porter sous les croisées du Temple » (pour qu'elle soit vue par Marie-Antoinette ... )
Ces massacres ne furent désavoués par aucun des chefs révolutionnaires. Robespierre ne dit mot, Danton affirma : « Je me fous bien des prisonniers, qu'ils deviennent ce qu'ils pourront ! ». Se souvint-il de ces mots quand vint son tour de monter à la guillotine ? Quant aux administrateurs de la Commune de Paris, parmi lesquels siège Marat, ils envoient dès le 3 septembre une missive à toutes les communes de France pour les inciter à imiter Paris : « La Commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces détenus dans ses prisons ont été mis à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allait marcher à l'ennemi ; et sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public ».
Appel entendu à Meaux, Caen, Versailles, Reims, Lyon. Dans cette dernière ville, le 9 septembre, une foule d'hommes, femmes et enfants (!), entraînés par les disciples du chef des agitateurs Chalier (qui fut novice chez les Dominicains), envahissent les prisons de Pierre-Seize, Roanne et St-Joseph et massacrent les officiers du Royal-Pologne et les prêtres réfractaires qui s'y trouvent avant d'aller exhiber dans les rues les têtes coupées plantées au bout des piques.
Le 22 septembre la Convention nouvellement élue put décréter « l'an I de la République ». Une naissance célébrée dans l'odeur du sang des "Septembrisades" .
Pierre VIAL. Rivarol du 26 septembre 2008

vendredi 4 avril 2008

L'amazone sanglante Théroigne de Méricourt

Une belge au service de l'Autriche (suite)
La marquise de Villeneuve Arrifat voit passer sous ses balcons ces hordes canailles, armées de pics, de faux, de rasoirs emmanchés au bout des bâtons.
Elle est stupéfaite. Est-ce possible? La plus belle ville du monde, la plus civilisée, la plus policée envahie par les barbares, hurlant, les yeux fous, la mousse aux lèvres.
Le carnaval de la terreur n'a attendu ni la Terreur, ni le Père Duchêne pour exister. Dès 89, tandis que les esprits éclairés, jouaient à savoir s'ils se compteraient par têtes ou par ordre, la marée noire baragouinant un sabir venu de tous les bas quartiers d'Europe a couru aux prisons, aux dépôts d'armes, aux magasins et aux couvents. La main sûre qui dirige n'oublie jamais l'Église. Ainsi, le 13 juillet, la veille de la Bastille, le couvent des Lazaristes a été mis à sac. Tout y a été démoli, arraché, détruit ou emporté ! Les portes ont été enfoncées et brisées à coups de hache. Les tableaux, les livres de la bibliothèque, les souvenirs de Saint-Vincent de Paul sont volés. Trente religieux sans armes ni défense sont massacrés. Saint-Just assiste au carnage. Il défaille. Au milieu des cris de joie et de fureur, des sans-culottes passent en portant, au bout d'une pique, un cœur sanglant entouré d'œillets blancs. Plus tard, Saint-Just s'aguerrira. Il déclarera à la Convention: « Pour constituer la République, il faut la destruction totale de tout ce qui lui est opposé! Une nation ne se régénère que sur des monceaux de cadavres ». Mais cela ne suffit pas à Hébert, ni à Papa Pache.Ils jugent Saint-Just et Robespierre timorés. Ils poussent aux crimes. Guerre aux accapareurs. Guerre aux aristocrates. Guerre aux tyrans. Guerre aux curés. A mort. A mort. C'est Ubu Républicain.
Pourquoi ce délire? Pour Pache, on croit le savoir. Ce Suisse est aussi un agent anglais, payé par Pitt. La note est dans Aulard. Arrêté en même temps qu'Hébert, il échappe à la guillotine qui décolla le Père Duchêne? Pourquoi? Sans doute grâce à la puissance du syndicat international Pouget de Saint-André avance! Très riche Papa Pache avait acheté une abbaye et un vaste domaine à Thin-le-Moutiers, dans les Ardennes. Il y passa une vieillesse paisible en herborisant. Il mourut le 18 novembre 1823, trente ans après la plupàrt des Français qu'il avait contribué à assassiner.
Après les Suisses, les Belges. Desfieux, le copain de Lazowski, avait quitté la Belgique pour s'établir à Bordeaux dans le commerce des vins. Dès le printemps 89, il monte à Paris. Que va-t-il y faire? Il le raconte lui-même: « Le 12 juillet, j'apportai la nouvelle du renvoi de Necker au Palais-Royal et j'y excitai aussitôt à s'armer contre la Cour... Le 13, je fus un des premiers à me rendre à l'église des Petits-Pères.
J'y donnai le mode d'enrôlement pour former la garde nationale, ce mode fut adopté. Le 14, je me trouvai à la Bastille et partout où un patriote devait se trouver... Des affaires m'appelèrent à Bordeaux. J'y prêchai la Révolution. J'y formai une Société populaire connue sous le nom de Club du Café National... Je partis sur l'invitation de la municipalité de Toulouse pour y établir une société populaire... Ma réputation de patriote me fit admettre à la société des Jacobins ... Je fus un des premiers à dénoncer les Brissotins, les Rolandins, les Girondins »
Ce beau zèle le signale. Les Jacobins font de Desfieux leur trésorier. Le voici membre du Comité Révolutionnaire. Bouchotte (ministre de la Guerre) lui confie une mission en Suisse Vice-président des amis de la liberté, Desfieux exige l'exécution de Louis XVI. Mais en même temps, il manigance avec le Baron de Batz qui essaye de sauver le Roi. On le décrit pourtant comme « coquin, voleur, banqueroutier, mais bon patriote ». Patriote belge, sans doute?
Belge comme la belle Liégeoise, Anne Josèphe Terwagne dite Théroigne de Mericourt, fille de cultivateur de Marcourt, dans le Luxembourg belge, enfuie de chez elle à 17 ans pour courir l'Europe galante, petite chanteuse mais grande courtisane. On la trouve à Vienne, à Gênes, à Londres où elle aurait été la maîtresse du Roi d'Angleterre. A Paris enfin, elle tient salon rue de Tournon. Romme (l'inventeur du calendrier), Danton, Mirabeau, l'Abbé Sieyès sont à ses pieds. Elle est l'archiviste du club des Amis de la loi, puis une oratrice appréciée du Club des Cordeliers. Vêtue en amazone rouge, coiffée d'un chapeau à plumes, une paire de pistolets et un sabre à la ceinture, elle est aux Tuileries le 10 août. Elle harangue la foule. Elle excite au massacre des Suisses. Soudain, dans un remous, elle reconnaît un visage. Elle le désigne du doigt. Elle crie :
- Arrêtez-le! C'est un traître ! C'est un immigré! C'est Suleau.
François Suleau, journaliste royaliste, déçu par l'immigration, avait eu le courage de revenir à Paris. Dans son journal il se moquait souvent de l'Amazone de la Révolution. La belle Liégeoise tient sa vengeance. Le malheureux est entouré, frappé à coups de piques et de serpes, dépecé et bientôt, sa tête est plantée dans le fer d'une pique et promenée, comme un trophée, à la mode du jour.
A son tour, Suleau sera vengé. Le 31 mai 1793, sur la terrasse des Feuillants, Théroigne de Méricourt veut défendre Brissot. Une meute de poissardes la saisissent. Elles la fouettent jusqu'à ce que la peau éclate. La belle Liégeoise en devient folle. Elle est internée à la Salpêtrière où elle mourut en 1817.
Certains historiens croient qu'elle travaillait pour le Chancelier d'Autriche Kaunitz.
Encore un Belge, François Robert, né à Gimnée (Namur) en 1762, mort à Bruxelles en 1826 ce qui ne l'empêche pas d'être élu à la Convention. Il vote la mort du Roi et soutient même que tout Français a le droit d'assassiner Louis XVI. Cela ne choque pas qu'un Belge puisse trancher ainsi des affaires et des têtes françaises. Danton en fait son secrétaire au ministère de la Justice, ce qui permet à Robert de trafiquer dans les denrées coloniales.
François Brigneau National Hebdo du 24 au 30 septembre 1987