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vendredi 5 juillet 2024

[Histoire] Le Front populaire, ou la gauche qui contribua à faire Pétain

 

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En avril 1938, malgré la rupture du Front populaire, les forces qui le composent - à savoir principalement le Parti radical (PR) et la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), ancêtre direct du Parti socialiste actuel - restent encore à la tête de l’État et rassemblent la majorité des députés de la Chambre. En effet, même s’il y a rupture des alliances politiques sur lesquelles on a fait campagne pour les dernières législatives, pourquoi renoncer à son confortable siège dans l’Hémicycle ? Ainsi, c’est cette même majorité de gauche garante du destin de la France jusqu’en 1940 qui entraîna, en vérité, notre nation dans le régime de Vichy en octroyant les pleins pouvoirs au maréchal Philippe Pétain.

Pétain, le légaliste

Quoi qu’on dise, quoi qu’on pense de l’homme qui a serré la main d’Hitler, nul ne peut dire que Pétain fut un putschiste tandis qu’il accédait de façon légale à la tête de l’État, notamment à l’aide de la gauche. En effet, c’est le successeur de Léon Blum et président du Conseil de 1938 à 1940, Édouard Daladier, qui appelle en premier le héros de Verdun à la rescousse et à rejoindre son gouvernement, alors en pleine tourmente. Pétain refuse une première fois mais ne peut résister au second appel qui lui est fait, le 17 mai 1940, par Paul Reynaud, nouveau chef du gouvernement d’Albert Lebrun et qui déclare, selon Henri Amouroux, qu’« il prendra les fonctions qu’il voudra, […] sa présence immédiate est indispensable, […] on a besoin de lui ». C’est ainsi que le maréchal finit par répondre favorablement, le 16 mai 1940, à ce nouvel appel après avoir entendu les supplications d’un ancien chef du Front populaire et d’un autre politicien appartenant, lui, à la mouvance centriste. Philippe Pétain devient ainsi vice-président du Conseil avant qu’« à l’appel du président de la République [Albert Lebrun] », le 17 juin 1940, et face à la défaite, il ne prenne « la direction du Gouvernement de la France ».

Les pleins pouvoirs… avec l'appui de nombreux parlementaires de gauche

Après la signature de l’accablant armistice à Compiègne, le 22 juin, le nouveau gouvernement s’installe à Vichy, où sont réunis les députés et les sénateurs. Ces derniers sont rassemblés dans le casino de la ville thermale, improvisé comme un nouvel Hémicycle, afin de débattre, de choisir et de voter si, oui ou non, le maréchal Pétain doit avoir les pleins pouvoirs, notamment constitutionnels.

Au terme du scrutin, le résultat est clair : sur 846 inscrits, 669 se sont exprimés, 569 en faveur de Pétain et 80 contre (dont une majorité de gauche parmi lesquels Léon Blum ou encore Vincent Auriol, futur président de la IVe République). Parmi les partisans du nouveau chef de l’État français, il se trouve 339 élus de gauche, c’est-à-dire plus de la moitié des votes, dont au moins 174 ont fait partie de groupes politiques ayant composé le Front populaire. Le reste du scrutin est composé de 182 députés de droite et du centre. Parmi les parlementaires ayant participé à ce vote, nous trouvons de grands noms de la gauche comme Joseph Caillaux, figure du Cartel des gauches et ancien président du PR, Camille Chautemps, ancien ministre du Front populaire ou encore Pierre Laval, futur grand collabo devant l’Éternel et membre de la SFIO jusqu'en 1922.

Les communistes aux ordres de Moscou

Mais où sont les communistes, dans tout cela ? Ces derniers, qui avaient fait partie de la coalition électorale du Front populaire mais n'avaient pas participé au gouvernement en 1936, peuvent bien rétorquer, aujourd’hui, qu’ils n’ont pas voté en 1940 les pleins pouvoirs à Pétain. Et pour cause ! La raison était qu'ils avaient trahi la France avant que l’on ne condamne à mort la IIIe République. En effet, le PCF, alors servile créature politique aux ordres de Staline, et malgré son hostilité contre les idéologies fascistes, s’était plié aux directives de Moscou ainsi qu’au pacte de non-agression germano-soviétique contracté le 23 août 1939. Dès lors, les communistes français avaient tout fait pour que la France ne rentre pas en conflit avec l’Allemagne nazie et s’étaient opposés « à la guerre impérialiste » qui s’imposait le 1er septembre 1939. Il avaient ensuite refusé d’aider une « Pologne fasciste qui a rejeté l'aide de l'Union soviétique et opprimé d'autres nationalités » ! Face à cette situation et aux risques de trahison du PCF contre les intérêts de la France, Daladier décida d'abord de dissoudre par décret, le 26 septembre 1939, le PCF dont le propre chef, Maurice Thorez, avait déserté l’armée française pour mieux fuir en URSS, puis de déchoir de leur mandat, en janvier 1940, les soixante parlementaires communistes.

Il est bon de rappeler aujourd'hui que nombreux furent les parlementaires issus du Front populaire à voter les pleins pouvoirs à Pétain en 1940. Un Front populaire dont la nouvelle NUPES se veut l'héritière en se baptisant Nouveau Front populaire.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/histoire-le-front-populaire-ou-la-gauche-qui-a-contribua-a-faire-petain/

dimanche 10 décembre 2023

Accords de Munich – Le dessous des cartes

 

Une vision historique du tristement célèbre accord de Münich qui nous permet de mieux comprendre pourquoi il fut signé par la France et l’Angleterre.

En signant les accords de Munich avec Adolf Hitler le 30 septembre 1938, les puissances européennes qu’étaient la France et l’Angleterre ont voulu passer ce message à l’Allemagne nazie : Engagez vous à l’est et l’on ne vous fera pas de mal, selon ce qu’a confié à Sputnik le professeur Grover Carr Furr de l’université d’État de Montclair.

L’accord de Munich, signé à l’aube du 30 septembre 1938 par la Grande-Bretagne, la France, l’Italie et l’Allemagne nazie (excluant l’URSS et la Tchécoslovaquie) a ouvert les portes à l’agression hitlérienne et entériné le début réel de la Seconde Guerre Mondiale.

En vertu de cet accord, l’Allemagne a eu l’autorisation de saisir les parties septentrionales et occidentales de la Tchécoslovaquie, dénommées les Sudètes, qui étaient essentiellement habitées par des germanophones.

Dès le 19-20 mai, les forces militaires allemandes avaient commencé à se concentrer sur les frontières tchécoslovaques, entraînant une mobilisation partielle du pays. Les intentions d’Hitler étaient parfaitement claires pour les puissances européennes. Mais elles n’avaient aucune envie d’aider le gouvernement tchécoslovaque à faire face à l’évidente agression allemande.

L’accord de Munich a livré la Tchécoslovaquie à Hitler

Le 20 juillet, le ministre français des affaires étrangères, Georges Bonnet, a informé son homologue tchèque, Stefan Osuky, que la France ne fera pas la guerre pour les Sudètes… Le gouvernement tchécoslovaque doit comprendre que la France, comme l’Angleterre, ne partiront pas en guerre. Il est important que les choses soient bien claires à ce sujet. (Voir Michael J. Carley : Seule l’URSS a les mains propres : la perspective soviet sur l’échec de la sécurité collective et l’effondrement de la Tchécoslovaquie, 1934-1938)

Le gouvernement tchèque a été littéralement forcé, par la France et l’Angleterre, de se soumettre.

Le 15 septembre, le premier ministre britannique, Neville Chamberlain, a rencontré Adolf Hitler à Berchtesgaden pour négocier la cession des territoires tchèques. Trois jours plus tard, une rencontre s’est tenue entre Hitler et le Premier ministre français Edouard Daladier sur le même sujet. Inutile de préciser qu’aucun représentant tchèque n’a été invité à la table des négociations.

Explication de l’expert américain en histoire soviétique, le professeur Grover Carr Furr à Sputnik :

«En vérité, l’accord de Munich provoqua ce que les menteurs prétendent être le fait du pacte Molotov-Ribbentrop, lequel, pour sa part, ne provoqua rien. L’accord de Munich livra un pays à Hitler. En plus, les alliés le firent sans demander son avis au gouvernement ou au président tchèque. La Pologne fut complice. Elle s’empara de la région de Teschen, très industrialisée et peuplée d’une minorité polonaise. Winston Churchill a comparé la Pologne à un chacal s’emparant des restes alors que les lions, les grandes puissances, se réservaient les meilleurs morceaux. En 1939, quand Hitler envahit le reste de la Tchécoslovaquie, la Banque d’Angleterre livra à Hitler les réserves d’or tchèque.»

Qui contrôle le passé contrôle le futur : Pourquoi Staline est-il haï par l’Ouest? Staline Truman et Churchill de G à D. Wikipédia ©
Qui contrôle le passé contrôle le futur : Pourquoi Staline est-il haï par l’Ouest? Staline Truman et Churchill de G à D. Wikipédia ©

La Tchécoslovaquie fut vraiment une bonne prise pour Hitler : le pays hébergeait une industrie militaire très développée et représentait 40% du marché mondial des armements. Les dix premières usines militaires pouvaient produire, chaque mois,  1 600 mitraillettes lourdes, 3 000 mitraillettes légères, 130 000 fusils, 7 000 lance-grenades, et des centaines d’autres armements dont des tanks et des avions.

Après s’être emparé du reste de la Tchécoslovaquie, Hitler profita de son énorme arsenal militaire. Ainsi, en laissant Hitler annexer les Sudètes et en ne faisant pas un geste lorsqu’il s’empara de tout le territoire tchèque, les puissances occidentales ont fourni au Führer une base industrielle militaire unique.

Furr continue son explication :

«Mais pourquoi donc? Je pense que c’est assez clair. Le Royaume-Uni et la France voulaient laisser entendre à Hitler qu’il pouvait s’étendre vers l’est sans qu’ils ne réagissent. Rappelez-vous que lorsque la Pologne a été attaquée, le 1er septembre 1939, ni les Britanniques ni les Français n’ont dit quoi que ce soit, malgré leurs accords d’entraide avec la Pologne. Ils n’ont rien fait jusqu’en mai 1940, lorsque Hitler les a attaqués.»

Chamberlain au centre, Ribbentrop à droite, le 16 septembre après la rencontre avec Hitler à Bertchesgaden. A gauche Alexander von Dörnberg © Wikipédia. Bundesarchiv
Chamberlain au centre, Ribbentrop à droite, le 16 septembre après la rencontre avec Hitler à Bertchesgaden. A gauche Alexander von Dörnberg © Wikipédia. Bundesarchiv

Les accords de Munich ont été un encouragement à Hitler pour qu’il attaque l’URSS.

Furr poursuit son analyse :

Le mystère du pacte Germano-Soviétique. Pourquoi l’URSS a-t-elle signe un pacte de non agression? ©AP/Photo
Le mystère du pacte Germano-Soviétique. Pourquoi l’URSS a-t-elle signe un pacte de non agression? ©AP/Photo

En fait, en dehors de l’Allemagne nazie, le Japon et la Pologne espéraient aussi étendre leur Lebebsraum (espaces vitaux) aux dépens de l’URSS. Jusqu’au début de 1939 Varsovie réfléchissait à s’unir à l’Allemagne nazie dans une guerre contre l’URSS pour s’emparer de plus de territoires, remarque Furr dans son livre Mensonges sanglants : la preuve que toutes les accusations de Timothy Snyder sont fausses, où il cite le ministre des Affaires étrangères nazi, Joachim Van Ribbentrop, disant en janvier 1939 : «J’ai, encore une fois, parlé à M. Beck (le ministre des Affaires étrangères polonais Josef Beck) à propos de la stratégie envisagée par la Pologne et l’Allemagne contre l’Union Soviétique… M. Beck n’a pas caché le fait que la Pologne a des vues sur l’Ukraine afin d’avoir une ouverture sur la mer Noire…»

D’un autre côté, à la suite de l’occupation de la Mandchourie en 1931, le Japon a montré un intérêt pour les territoires orientaux de l’URSS. Entre mai et août 1939, le Japon, l’URSS et la Mongolie communiste ont été impliqués dans un conflit militaire à Khalkhin-Gol, en Sibérie. Les Japonais vaincus ont abandonné temporairement leurs plans d’attaque contre les Soviétiques.

Le professeur Furr a expliqué à Sputnik :

«L’URSS était engagée dans une bataille intense contre le Japon à Khalkhin-Gol, en Sibérie. Pas de doutes que l’attaque japonaise avait pour but d’obliger l’URSS à se battre sur deux fronts, si cela avait réussi. Mais cela a raté. Pourquoi? Parce que les conspirateurs russes de l’Armée d’Extrême-Orient ont été destitués et arrêtés, dont le Maréchal Vasily Bliukher. Si ces conspirateurs n’avaient pas été arrêtés, ils auraient aidé le Japon, et l’URSS aurait eu à combattre sur deux fronts. Rappelez vous que ce furent les troupes sibériennes qui, libérées par la paix avec le Japon, se sont précipitées à la défense de Moscou et plus tard à la défense de Stalingrad.»

Les Britanniques étaient tout à fait au courant des plans militaires de l’Allemagne, du Japon et de la Pologne. Citant des documents d’archives britanniques, le chercheur canadien Clement Leibovitz a remarqué que le Premier ministre anglais Neville Chamberlain considérait l’Union Soviétique comme un pays qui risque d’être la cible d’une agression allemande, peut être avec l’aide de la Pologne, et d’une agression japonaise. (Dans L’accord Chamberlain – Hitler, 1993)

Les accords de Munich, le résultat d’une collaboration cynique?

Il est naïf de croire que les Accords de Munich ont été le résultat d’un irresponsable esprit d’apaisement des appétits nazis de la part des gouvernements français et britannique, remarque Leibovitz, en montrant des preuves qu’ils sont plutôt le résultat d’une collaboration cynique.

Leibovitz écrit dans son livre The Chamberlain-Hitler Deal :

«J’affirme que Chamberlain faisait face à un choix : soit empêcher, et plus tard résister, à la politique d’expansion agressive de l’Allemagne, soit permettre à l’Allemagne de s’étendre en Europe orientale. Chamberlain était certain que l’Allemagne finirait par déclarer la guerre à l’Union Soviétique. Motivé par son anti-communisme, il a donc fait le deuxième choix et, avec un tel choix, il jouait avec la sécurité britannique… De plus, on peut prouver que l’accord n’était pas une stratégie adoptée dans l’urgence mais le résultat d’efforts continus pour encourager le Japon et l’Allemagne à prendre leur part de l’Union Soviétique.»

Les US ont envisagé une attaque nucléaire massive sur l’URSS en 1945 © EAST NEWS/ USA/SCIENCE PHOTO LIBRARY
Les US ont envisagé une attaque nucléaire massive sur l’URSS en 1945 © EAST NEWS/ USA/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Il est révélateur de voir que, dans une lettre adressée au roi Georges VI, le 13 septembre 1938, Chamberlain écrit que «Herr Hitler a décidé d’attaquer la Tchécoslovaquie et d’aller plus loin vers l’est». Inexplicablement, dans cette même lettre, Chamberlain assure au roi que l’Allemagne et l’Angleterre… [sont] les deux piliers de la paix européenne et les deux remparts contre le communisme.

Furr souligne que, selon son opinion, l’Union Soviétique et Staline ont été chanceux que les Britanniques et les Français rejettent l’accord de sécurité collective :

«Pourquoi ? Parce que les Anglais et les Français auraient probablement violé un tel accord. Ils n’auraient probablement pas attaqué l’Allemagne quand l’Allemagne a envahi la Pologne, même s’ils avaient promis de le faire. Et pourquoi ont-ils agi ainsi? Pourquoi n’ont-ils pas attaqué l’Allemagne quand celle-ci a attaqué la Pologne? La seule réponse est que les gouvernements anglais et français voulaient continuer à signaler à Hitler : Allez vers l’est et l’on ne vous fera pas de mal.

 Rappelez vous, l’Angleterre et la France ont essayé d’envoyer des forces combattre l’URSS aux cotés de la Finlande durant la guerre Finlande–Russie en 1939 – 1940. Ils n’ont pas pu le faire, mais ils l’avaient planifié. Ainsi, alors qu’ils étaient officiellement en guerre contre l’Allemagne, l’Angleterre et la France ont aidé la Finlande, et ont même prévu d’y envoyer des hommes combattre à ses côtés, alors que celle-ci était une alliée de l’Allemagne contre l’Union Soviétique, qui elle se battait contre l’Allemagne.

 De tout cela, on peut déduire que l’URSS a été le seul pays à avoir agi non seulement honorablement mais aussi intelligemment au cours de la Seconde Guerre Mondiale. L’Union Soviétique a sauvé l’Europe du nazisme.»

Ekaterina Blinova

Traduit par Wayan, relu par jj et Diane pour le Saker Francophone

Photo: Goering à gauche qui rigole, Mussolini qui serre la main de Chamberlain à l’automne 1938 à Munich .AP photo/Hoffman

http://lesakerfrancophone.net/accords-de-munich-le-dessous-des-cartes/

https://reseauinternational.net/accords-de-munich-le-dessous-des-cartes/

vendredi 28 juillet 2023

Les implications géopolitiques des Accords de Munich en 1938 2/2

  

4. Georges Bonnet et la diplomatie française

La France est la grande absente sur l’échiquier diplomatique européen au moment de l’Anschluß. Elle vit alors une crise politique. Le 10 avril, presque un mois après l’entrée de Hitler à Vienne, Édouard Daladier devient Premier Ministre et choisit une politique de paix, contrairement au gouvernement de Léon Blum que Churchill et Morgenthau avaient vainement tenté de maintenir en place. Churchill et Halifax espéraient qu’un gouvernement Blum aurait incité les Anglais à abandonner la politique de Chamberlain et aurait fait front commun contre l’Allemagne, avec les bellicistes anglais. Daladier, au contraire, est sur la même longueur d’onde que Chamberlain.

Daladier remplace Joseph Paul-Boncour, belliciste et partisan d’un soutien inconditionnel aux Tchèques, par Georges Bonnet, européiste favorable à la paix et s’inscrivant dans la ligne d’Aristide Briand, avocat du rapprochement franco-allemand dans les années 20. Pour Bonnet, toute guerre en Europe conduira à la catastrophe, à la fin de la civilisation. Il le croit sincèrement et déplore que Chamberlain, avec sa politique d’apaisement, ne cherche qu’à gagner du temps et à lancer une industrie de guerre et une industrie aéronautique pour armer l’Angleterre, qui se sent faible sur le plan de l’arme aérienne, après les résultats obtenus par les Allemands pendant la guerre d’Espagne (acheminement des troupes de Franco par des avions transporteurs, mise au point des techniques de chasse et de bombardement, perfectionnement de la logistique au sol, etc.). Daladier et Bonnet croiront soutenir une politique de paix à Munich.

Mais les diplomates français et leurs homologues anglais déchanteront le 30 novembre 1938, quand le Comte Ciano annonce à la tribune de la Chambre des Corporations de l’Italie fasciste que Rome entend “faire valoir ses droits” en Méditerranée occidentale, c’est-à-dire en Tunisie, en Corse, et même à Nice. Mussolini annonce quant à lui les mêmes revendications devant le Grand Conseil fasciste, en y ajoutant l’Albanie, clef pour le contrôle de l’Adriatique et du Détroit d’Otrante. Pour la France, il y a dès lors au moins un front supplémentaire, sur les Alpes et en Afrique du Nord. Pire, si Franco accepte de payer sa dette à l’Italie et à l’Allemagne et de venger le soutien par le Front Populaire et les gauches françaises à ses ennemis républicains, en ouvrant un troisième front sur les Pyrénées, Paris devra combattre sur trois fronts à la fois. Le cauchemar de l’encerclement par la coalition germano-hispano-milanaise du XVIe siècle revient brutalement à l’avant-plan. Paris réagit en intensifiant ses liens avec les États-Unis, qui, par la bouche de leur ambassadeur William Bullitt, avaient déjà manifesté leur intention d’intervenir dans une éventuelle guerre en Europe, contre les “dictateurs”. Bonnet parvient à obtenir une centaine de chasseurs Curtiss H75, donnant ainsi à l’aviation française, déjà excellente, un atout supplémentaire pour faire face aux Allemands et aux Italiens qui avaient éprouvé leurs avions pendant la guerre d’Espagne. Bonnet introduit ainsi directement la carte américaine dans le jeu des alliances en Europe.

Deuxième tentative de Bonnet pour desserrer l’étau qui menace la France : négocier directement avec les Allemands, pour qu’ils calment les ardeurs de leurs alliés italiens. Bonnet renoue ainsi avec la politique pacificatrice de Briand, mais dans un contexte où l’Allemagne est considérablement renforcée, tant sur le plan militaire (plus de menace tchèque, entente relative avec la Pologne et la Yougoslavie, alliance italienne et présence indirecte en Méditerranée) qu’industriel (apport des aciéries et des usines d’armement tchèques, très performantes). Le 6 décembre 1938, Ribbentrop et Bonnet signent dans le salon de l’Horloge du Quai d’Orsay une déclaration franco-allemande, ouvrant des relations de bon voisinage et acceptant les frontières telles qu’elles sont actuellement tracées. Chamberlain et Halifax encouragent cette initiative. Churchill la déplore. En janvier 1939, cet accord franco-allemand est déjà réduit à néant par les circonstances. 

5. Beck, Hitler et la Pologne

On oublie trop souvent que les accords de Munich ont été possibles grâce à la Pologne. Dès janvier 1938, Hitler s’était assuré la neutralité polonaise face à ses rapports avec l’Autriche (catholique) et la Tchécoslovaquie. Le 14 janvier, en effet, Hitler rencontre Beck à Berlin pour régler un litige (une loi polonaise visait à exproprier tous les étrangers possédant des terres dans les zones frontalières : les Allemands et les Ukrainiens sont particulièrement visés). Au cours des pourparlers, en présence du ministre des affaires étrangères von Neurath, assez hostile à tout rapprochement avec la Pologne au contraire de Hitler, Beck confie que la Pologne n’a aucun intérêt en Autriche et que ses rapports avec la Tchécoslovaquie ne peuvent pas être plus mauvais. Pour Beck, les relations polono-tchèques sont mauvaises parce que la Tchécoslovaquie abrite une minorité polonaise, parce qu’elle s’est alliée à l’URSS ennemie de la Pologne et menace dès lors toute la frontière méridionale du pays.  Beck refuse toutefois d’adhérer au Pacte antikomintern, signé entre Berlin et Tokyo. Mais il promet de poursuivre la politique germanophile du Maréchal Pilsudski. En septembre, quelques jours avant Munich, les Polonais demandent à Londres que les droits de la minorité polonaise en Bohème soient garantis. Avec l’appui tacite du gouvernement de Varsovie, le mouvement OZON (Camp de l’Unité Nationale) s’agite dans toute la Pologne pour réclamer une intervention militaire aux côtés de l’Allemagne en Tchécoslovaquie. Kennard, l’ambassadeur britannique, doit se rendre à l’évidence : les Polonais ne se laisseront pas manipuler dans un sens anti-allemand. Après Munich, les Polonais occupent Teschen, un district peuplé de ressortissants de nationalité polonaise. Ce n’est donc qu’après Munich que les relations polono-allemandes vont se détériorer, sous l’influence britannique d’une part, pour la question du corridor de Dantzig d’autre part. Le changement d’alliance de la Pologne fera basculer Hitler, pourtant favorable à une entente germano-polonaise. Ce changement de donne conduira à la signature du Pacte germano-soviétique.

D’autres événements sont à mentionner dans les rapports triangulaires entre la Tchécoslovaquie, la Pologne et l’Allemagne. Avant Munich, le 31 juillet 1938, Kopecky, chef du parti communiste tchécoslovaque, déclare lors d’un meeting qu’il est nécessaire d’établir un “front slave soviéto-tchécoslovaco-polonais contre les fascistes allemands”.  Après Munich et après le rattachement des territoires des Sudètes au Reich élargi à l’Autriche, puis, après le coup de Prague et l’entrée de Hitler dans la capitale de la Bohème, bon nombre d’émigrés tchèques se retrouvent en Pologne, pays peu tchécophile, comme nous l’avons vu. Parmi ces émigrés, le plus notoire a été le Général Lev Prchala qui en appelle, à Varsovie, à la constitution d’une nouvelle armée tchécoslovaque. Prchala et ses amis sont pro-polonais, rêvent d’un bloc polono-tchèque dirigé contre l’Allemagne et l’URSS, développent une idéologie slaviste grande-polonaise mais anti-russe, visant à constituer un État s’étendant de la Baltique à la Mer Noire, vœu traditionnel du nationalisme polonais et souvenir du grand État polono-lithuanien du XVIIe siècle. Staline refusera d’accorder du crédit à ce slavisme-là et le considérera comme une menace contre l’URSS. Le développement de cette idéologie grande-polonaise et conservatrice, sous couvert de restaurer la défunte Tchécoslovaquie et de la placer sous la protection de l’armée polonaise, intéresse les Britanniques mais inquiète d’autant plus Staline, si bien qu’on peut le considérer comme un facteur du rapprochement germano-soviétique. L’idéologie du bloc slave mitteleuropéen, cordon sanitaire entre le Reich et l’URSS, sera reprise telle quelle par les militaires conservateurs polonais et tchèque au service de l’Angleterre pendant la guerre. Les plans du Général polonais Sikorski et du Président tchèque Benes, énoncés dans la revue américaine Foreign Affairs au début de l’année 1942 et prévoyant une confédération polono-tchèque, seront rejetés catégoriquement par Staline et le gouvernement soviétique en janvier 1943. Cette attitude intransigeante de Staline, alors même que la bataille de Stalingrad n’est pas encore gagnée, tend à prouver que l’ébauche de cette confédération polono-tchéque à dominante catholique par le Général Prchala a inquiété Staline et a sans doute contribué à le pousser à signer le pacte germano-soviétique. Staline préférait sans nul doute voir les Allemands à Varsovie plutôt que les Polonais à Odessa.

6. Les puissances occidentales et l’URSS de Staline

N’oublions pas que la conférence de Munich a lieu en pleine guerre civile espagnole, où les Allemands et les Italiens soutiennent le camp nationaliste de Franco et les Soviétiques, le camp des Républicains. Par personnes interposées, une guerre est donc en train de se dérouler entre les protagonistes du futur Axe germano-italien et l’URSS. Mais les troupes républicaines flanchent, se montrent indisciplinées, les milices anarchistes sont incapables de faire face aux régiments plus professionnels et mieux entraînés du Général catholique et nationaliste, les communistes bien structurés et disciplinés sont dégoûtés de ce romantisme révolutionnaire inopérant et commencent à se retirer du jeu, constatant, devant Barcelone, que la partie est perdue. L’alliance franco-tchéco-soviétique, qui visait le statu quo en Europe et le containment de l’Allemagne, a échoué dans ses objectifs. Litvinov, commissaire soviétique aux affaires étrangères, tente toutefois d’en sauver l’esprit et suggère quelques jours après l’Anschluß, le 17 mars 1938, une alliance des trois grandes puissances (Grande-Bretagne, France, URSS), afin de maintenir le statu quo, mis à mal par l’Allemagne. Litvinov veut que Londres, Paris et Moscou garantissent de concert l’intégrité du territoire tchécoslovaque. Mais Paris et Londres hésiteront, préféreront négocier à Munich. Les Soviétiques savent que le contrôle de la Bohème implique ipso facto le contrôle de toute l’Europe centrale. Si Paris et Londres abandonnent Prague, l’URSS n’a plus que deux solutions :

  • a) Dévier les forces de l’Allemagne contre l’Ouest et/ou
  • b) Se rapprocher de l’Allemagne, désormais puissance incontournable sur l’échiquier européen.


Ces deux objectifs, après le remplacement de Litvinov par Molotov, constituent les fondements du pacte germano-soviétique d’août 1939.

Par ailleurs, l’URSS est opposée à l’Occident ailleurs dans le monde. Par le Caucase et en Iran, l’Angleterre menace le flanc sud de l’URSS. Son aviation, à partir des Indes, à partir des bases iraniennes ou irakiennes, peut atteindre les champs prétrolifères du Caucase et frapper le nouveau quadrilatère industriel créé par Staline au sud de l’Oural. Par l’Iran et la Caspienne, l’Angleterre peut aussi frapper Stalingrad, remonter le cours de la Volga par Astrakhan, bombarder Batoum et Bakou, menacer le chemin de fer Krasnovodsk-Achkhabad. À l’époque, la menace britannique sur le flanc sud de l’URSS est réelle : les historiens de l’avenir devront sans doute se demander si les Anglais n’ont pas exercé un chantage sur Staline après la signature du pacte Ribbentrop-Molotov et la victoire allemande contre la France. Et se demander aussi si la mobilisation de l’armada américaine dans la guerre du Golfe, n’est pas la réédition de cette présence menaçante, mais, cette fois, avec l’alliance turque et avec des armes balistiques à plus longue portée.

Conclusion

Avec Munich, l’Allemagne retrouve certes l’espace politique du Reich médiéval, perdu depuis les Traités de Westphalie de 1648. L’idéologie du Troisième Reich, centralisatrice dans sa pratique, structure cet espace qui a souffert longtemps de ses divisions institutionnelles et confessionnelles. La diplomatie allemande de 1938 a réussi cet exploit, mais en réfléchissant à partir de critères trop européens, trop européo-centrés. Elle a raisonné comme avant Leibniz, premier diplomate et philosophe allemand à avoir saisi intuitivement l’importance cardinale de l’immense espace russo-sibérien. Ce type de raisonnement explique deux déficits de Munich, en dépit de la victoire diplomatique allemande :

• a) Le Reich n’a pas compris que des facteurs extra-européens, bien maîtrisés par les Britanniques, déterminaient la marche des événements en Europe. On ne pouvait plus penser l’Europe centrale sans penser conjointement la maîtrise de la Mer Noire, du Caucase, de l’Asie centrale jusqu’au Pamir. Pourtant, le mythe indo-européen ressassé dans l’Allemagne nationale-socialiste, mais de façon figée, simpliste et caricaturale, aurait dû rappeler clairement l’unité spatiale soudant le cœur de l’Europe centrale à l’espace traversé par les peuples-cavaliers scythes, sarmates, perses-iraniens, etc. L’eurasisme est avant tout le souvenir de ces peuples indo-européens qui se sont élancés jusqu’au Pacifique et dont les cosaques sont les premiers légataires aujourd’hui.

• b) Comme Mussolini le lui a reproché à la fin de la guerre, peu avant sa mort, dans une conversation avec le fasciste français Victor Barthélémy, adjoint de Doriot, ancien membre du PCF, réfugié en Italie après le débarquement des Américains et des Français de De Gaulle en Provence en août 1944, Hitler n’a jamais compris la Méditerranée. Il n’a pas trop compris que l’Italie lui permettait de contrôler les deux bassins et d’y détruire le système des communications maritimes de la Grande-Bretagne. Les Anglais ont directement perçu le danger, forts des analyses que leur avaient léguées le géopolitologue Halford John Mackinder, dans Democratic Ideals and Reality (1919, 1ère éd.).

Enfin, la diplomatie allemande et celle de Litivinov n’ont pas raisonné en termes de “Symphonie”. Exclure la Russie des débats ou vouloir maintenir le statu quo de Versailles (avec la France et la Tchécoslovaquie), c’est oublier les leçons de la seule grande alliance digne de ce nom dans l’histoire européenne : la Sainte-Alliance fondée à la fin du XVIIe siècle par le Prince Eugène de Savoie, pour libérer les Balkans d’un pouvoir extra-européen, une Sainte-Alliance qui a permis de regagner 400.000 km2 sur les Ottomans et qui s’est poursuivie jusqu’en 1791, où elle s’apprêtait à libérer la Serbie, à donner le coup de grâce aux Turcs, mais où elle a dû distraire la majeure partie des ses troupes pour affronter les révolutionnaires français, excités en sous-main par les services spéciaux de Pitt.

Enfin, les arbitrages successifs de Vienne, pour calmer les velléités de guerre entre Hongrois et Roumains, montrent que l’enjeu danubien n’était guère perçu. Or, l’Angleterre le connaissait bien, elle sait que la maîtrise militaire et économique de ce fleuve soustrairait l’Europe à toute tutelle maritime. L’Angleterre semble avoir la plus longue mémoire historique : elle se rappelle, indubitablement, que le Tsar Paul Ier, en s’alliant à Napoléon, voulait, avec l’Empereur des Français, prendre pied aux Indes et en chasser les Britanniques. Paul Ier suggérait d’acheminer des troupes par le Danube, la Mer Noire (dominée par la flotte russe de Crimée, dont la construction avait effrayé Londres) et la Caspienne. Cette route est fondamentale. Les Européens l’ont oubliée. Munich en est la preuve. Il faut s’en rappeler. Et ne pas diffuser une géopolitique trop idéaliste et mutilée.

Robert Steuckers, Nouvelles de Synergies Européennes n°37, 1998.

(Allocution de Robert Steuckers à la “Commission Géopolitique” de la Douma d’État, Moscou, le 30 septembre 1998)

http://www.archiveseroe.eu/recent/50

Les implications géopolitiques des Accords de Munich en 1938 1/2

  

Par les accords de Munich de 1938, l’Allemagne de Hitler a négocié avec les puissances occidentales mais a exclu l’URSS de ces négociations. Pour les Allemands de l’époque, en pleine guerre d’Espagne, la question tchécoslovaque est une affaire ouest-européenne. Elle semble ne pas percevoir les intérêts traditionnels russes dans la région. Certes, Munich est une victoire diplomatique allemande, car elle élimine un État hostile à sa frontière orientale, bien armé et bien protégé par les chaînes des Monts Métallifères et dont le territoire s’enfonce comme un coin dans la masse territoriale compacte du Reich, permettant à une éventuelle action conjointe des troupes françaises, massées en Alsace et en Lorraine sur un ancien glacis du Reich, et des troupes tchèques, de neutraliser rapidement l’Allemagne, en tirant profit d’une profondeur territoriale assez réduite. De Wissembourg en Alsace à Karlsbad (Karlovy Vary), le Reich était le plus faible. À Munich, Hitler et Ribbentrop éliminent cette faiblesse. Résumons clairement, en six points, les atouts gagnés par les Allemands à Munich.

1. Une maîtrise de la Bohème et de la Moravie

Les accords de Munich assurent au Reich la maîtrise de la Bohème et de la Moravie. En effet, la bande territoriale occupées par les Sudètes germanophones est justement constituée des collines et des petites montagnes des Monts Métallifères et de l’Egerland, où se concentre le système défensif de l’armée tchèque. Sans les Métallifères et l’Egerland, le reste de la Bohème est quasiment indéfendable, face à tout coup de force allemand. De plus, en Moravie, la rétrocession de territoires sudètes au nord, en bordure de la Silésie, et au sud, au-dessus de Vienne, réduit considérablement la profondeur stratégique de l’État tchécoslovaque, déséquilibrant totalement son système de défense.

Rappelons ici deux réalités géographiques et historiques : La Bohème appartient au bassin de l’Elbe, son port naturel est Hambourg. Paradoxalement, l’indépendance de la Tchécoslovaquie, imposée par Versailles en 1919, enclavait la Bohème, alors qu’elle ne l’avait jamais été dans l’histoire. En supprimant l’indépendance tchécoslovaque, Hitler et Ribbentrop désenclavent le pays. C’est là un paradoxe curieux de l’histoire centre-européenne de ce siècle. Ce paradoxe géographico-politique nous oblige à formuler quelques réflexions d’ordre historique :

• 1. L’orientation géographique et géo-culturelle de la Bohème est occidentale voire atlantique, dans la mesure où son système fluvial, principale voie de communication jusqu’à l’invention et la généralisation des camions automobiles, débouche sur la Mer du Nord.

• 2. Le panslavisme tchèque est une curiosité, dans la mesure où les traditions catholiques, protestantes, hussites et libre-penseuses du pays sont assez incompatibles avec l’orthodoxie, option religieuse de la plupart des Slaves. Elles sont également très différentes du catholicisme polonais ou croate, plus charnel et plus merveilleux dans ses expressions, finalement plus proche de l’orthodoxie que les linéaments religieux traversant la Bohème tchèque.

• 3. Ces tiraillements géo-culturels de la Bohème proviennent :

  • a) De la guerre de Trente Ans, où l’Egerland, notamment, a été repeuplé de Catholiques bavarois pour contre-balancer le protestantisme pragois et les résidus de la révolte nationale hussite du XVIe siècle. L’optique de ce repeuplement est celle de la Contre-Réforme catholique.
  • b) De la Guerre au XVIIIe siècle entre la Prusse de Frédéric II et de l’Autriche de Marie-Thérèse. Dans cette guerre entre les deux puissances germaniques, la géopolitique hydrographique a joué un rôle considérable : Frédéric II voulait pour lui tout le bassin de l’Elbe et ne laisser à la Maison d’Autriche que le bassin danubien.


• 4. La Moravie, située entre la Tchéquie et la Slovaquie, a un système hydrographique danubien. Les rivières importantes qui traversent le territoire morave se jettent dans le Danube. Frédéric II ne briguait pas la Moravie danubienne car seul le système fluvial de l’Elbe l’intéressait. Sa perspective était prussienne et nord-allemande. Hitler, qui vient de réaliser l’Anschluß de l’Autriche et de créer ainsi la Großdeutschland, a des visées danubiennes. Son État national-socialiste englobe les bassins du Rhin (partiellement partagé avec la France qui détient la rive occidentale en Alsace et contrôle la Moselle jusqu’à la frontière luxembourgeoise), du Danube jusqu’à la frontière hongroise (mais la Hongrie est un allié tacite du Reich), de la Weser, de l’Elbe et de l’Oder, les fleuves parallèles du nord de l’Allemagne.

• 5. L’apport de la Bohème et de la Moravie au Reich national-socialiste sont donc : une maîtrise complète du bassin de l’Elbe et un renforcement de la présence allemande dans le bassin du Danube, du moins jusqu’à la frontière entre la Hongrie et le nouvel État yougoslave. Munich laisse toutefois la question du Danube ouverte.

• 6. La Russie, traditionnellement, surtout depuis la conquête des territoires ukrainiens en bordure de la Mer Noire et de la Crimée entre 1768 et 1792, s’intéresse au trafic danubien et souhaite participer à toute gestion internationale de ce trafic fluvial. En effet, la maîtrise complète des systèmes fluviaux russes-ukrainiens et des fortes concentrations industrielles du Don et du Donetz, par exemple, de même que la rentabilisation des produits agricoles des très fertiles “terres noires” d’Ukraine, postule de les acheminer vers les grandes concentrations démographiques d’Europe, pour qu’elles y soient vendues ou transformées en produits industriels. De même, les pétroles du Caucase et leurs produits dérivés, ne peuvent accéder à l’Europe rapidement que par le Danube en évitant le verrou anglo-turc d’Istanbul. Pour toutes ces raisons, la Russie a toujours demandé de participer à la gestion du trafic fluvial danubien. Cette demande est légitime.

• 7. L’Occident anglais et américain s’est toujours opposé à cette organisation germano-russe des bassins fluviaux centre-européens, ceux du Rhin et du Danube. Car elle aurait permis un trafic pétrolier soustrait à leur contrôle maritime en Méditerranée. La perspective de cette formidable synergie euro-russe était le cauchemar des puissances occidentales. Elle explique bon nombre de traditions militaro-diplomatiques anglaises et américaines :

  • La protection systématique de l’Empire ottoman contre la Russie.
  • Le refus de voir les troupes russes pénétrer en Thrace turque.
  • La tentative de détacher le Caucase de l’Union Soviétique naissante (affaire des commissaires arméniens, fusillés par des contre-révolutionnaires, en présence d’officiers des services spéciaux britanniques), etc.
  • Le soutien apporté, via des cercles maçonniques, à un particularisme tchèque qui enclavait son propre pays. De même, le soutien aux particularismes hollandais et belge verrouille potentiellement l’embouchure du Rhin en Mer du Nord. Et permet de débarquer rapidement des troupes spéciales de marine dans le delta des trois fleuves (Escaut, Meuse, Rhin), en cas d’invasion allemande ou française (en l’occurrence, ce seront des invasions allemandes).
  • L’instrumentalisation de la France républicaine pour fournir la “chair à canon”, en Crimée en 1854, en 1914-15 dans les Dardanelles (pour éviter que les Russes n’y débarquent : cette campagne sanglante de la Première Guerre mondiale est surtout une guerre préventive contre la Russie, alors alliée de la Grande-Bretagne !), en 1917-18 à Salonique et en 1940. La France traditionnelle avait fait la paix avec l’Autriche par le mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette de Habsbourg puis avait développé considérablement sa marine et entamé des explorations planétaires (La Pérouse) ; pire, la marine française bat les Anglais dans la guerre d’Indépendance des États-Unis et débarque des troupes dans le Nouveau Monde, car elles ne font plus face au Saint-Empire en Lorraine. Russes, Polonais et Autrichiens peuvent en découdre avec les Turcs, anciens alliés de la France de François Ier à Louis XV ; avec le jeune Louis XVI, la France se tourne vers l’Atlantique, reprend pied dans le Nouveau Monde, abandonne sa fatidique alliance avec l’Empire ottoman, ce qui permet aux Autrichiens de consolider leurs positions dans les Balkans et aux Russes de prendre la Crimée. À la fin du XVIIIe siècle, chaque puissance européenne a sa tâche géopolitique à accomplir, sans empiéter sur les intérêts de ses voisins ; le développement de la puissance française s’effectue dans l’Atlantique et la Méditerranée occidentale (Corse) ; la puissance autrichienne se déploie vers l’Égée, la puissance russe vers la Mer Noire et Constantinople (ce qui provoque explicitement l’opposition de l’Angleterre, surtout après la victoire de la flotte russe en Méditerranée à Chesmé en 1770). En manipulant des “clubs” et des cénacles répandant une idéologie fumeuse, les services de Pitt révolutionnent la France, la plongent dans le chaos et la guerre civile, et vengent ainsi l’humiliante défaite de Yorktown. Mais simultanément, ils torpillent l’entente franco-autrichienne et austro-russe, ne permettant plus à aucune des puissances européennes de mener une tâche géopolitique constructive, sans empiéter sur les intérêts des autres (cf. le travail de l’historien français Olivier BLANC, Les hommes de Londres : Histoire secrète de la Terreur, Albin Michel, Paris, 1989).


Il faut juger les Accords de Munich sur l’arrière-plan de cette histoire européenne tumultueuse. Scellés entre les seules puissances centre- et ouest-européennes, il a donné l’impression aux Russes que l’accord n’envisageait pas de prolonger la ligne Rhin-Danube vers la Mer Noire, le Caucase et la Caspienne. Et de restaurer ainsi la “Symphonie” politique du XVIIIe siècle, où toutes les puissances non thalassocratiques avaient résolu leurs différends et commençaient, surtout la France et la Russie, à se doter de flottes combattives, capables d’emporter des victoires décisives.

2. Deux rêves médiévaux : Frédéric II et Ottokar II

Dans l’optique allemande qui prévalait sans nul doute à Munich, c’est une optique post-médiévale qui domine. La géopolitique globale de l’Europe n’est pas perçue comme opérant une rotation autour d’une axe partant de Rotterdam pour se prolonger jusqu’à Samarcande, mais comme une Europe retrouvant deux projets géopolitiques médiévaux, nés à une époque où la Russie est totalement absente de l’histoire européenne et se bat contre les peuples de la steppe, Mongols et Tatars. Ces deux idéaux médiévaux sont ceux de l’Empereur Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250) et du Roi de Bohème Ottokar II Premysl (1230-1278).

L’Empereur Frédéric II conçoit l’Italie comme le prolongement méditerranéen du territoire compact et centre-européen qu’est la Germanie. À une époque où les Croisades ont finalement pour objet géopolitique la maîtrise de la Méditerranée, Frédéric II perçoit parfaitement l’importance stratégique de la Sicile, île en plein centre de la Méditerranée, permettant de contrôler les bassins occidental et oriental de la Mare Nostrum des Romains. À l’époque de l’alliance entre Rome et Berlin, depuis mai 1938, qui rend Munich possible et déforce la France, la figure de Frédéric II est remise à l’honneur, pour montrer qu’une combinaison des forces allemandes et italiennes permettrait à la fois de vertébrer le continent et de contrôler la Méditerranée à la place des Anglais. En pleine guerre d’Espagne, où l’Italie et l’Allemagne soutiennent Franco (dont les troupes avancent), se rendent maîtres des Baléares, et où l’Italie possède Rhodes en Égée, le plan “hohenstaufien” paraît subitement réalisable. Pour les Allemands et les Italiens, ce contrôle n’implique pas la Russie. Grave erreur car l’Angleterre est présente au Moyen-Orient, à proximité du Caucase et en Égypte. Ce n’était pas le cas du temps de Frédéric II. La vision médiévale et idéaliste des Allemands et des Italiens les a aveuglés. Ils n’ont pas bien perçu la nouvelle donne.

Le Roi de Bohème a parfaitement conscience de l’importance géographique de son pays en Europe et sait qu’il occupe le centre du sous-continent, à l’ouest du Niémen et du Boug. Pour vertébrer le sous-continent, il faut organiser à partir de Prague, deuxième ville européenne en importance après Rome à cette époque, une dynamique centripète permettant de souder en un bloc plus ou moins homogène tous les territoires de la Baltique à l’Adriatique, de Stettin à Trieste. D’où les guerres qu’il a menées en Prusse et dans les Pays Baltes puis contre les Hongrois pour s’emparer de la Styrie (1260). L’axe de la géopolitique implicite d’Ottokar est vertical dans la perspective de la cartographie de Mercator. Ottokar sait que les forces centre- et ouest-européennes ne sont pas assez nombreuses et aguerries pour culbuter les Byzantins et organiser le cours inférieur du Danube, comme les Romains l’avaient fait lors de leur campagne en Dacie. L’Italie connaissait ces antécédents historiques : lors des négociations de Versailles, elle avait espéré faire de l’Adriatique une mer italienne en prenant le relais de Venise en Dalmatie et avait animé, avant l’Anschluß, une politique centre-européenne en protégeant le petit État autrichien résiduaire et en s’alliant à la Hongrie. Avec Munich, elle espère réaliser ce projet “vénitien” avec l’hinterland allemand, en tablant sur l’alliance tacite entre Berlin et Belgrade — grâce à la diplomatie de Göring et au régime de Stojadinovic — et sur les accords du Latran qui mettaient un terme à l’hostilité entre l’État national italien et le Vatican. Pour les Italiens de cette époque, en particulier pour un philosophe comme Julius Evola, l’Axe Rome-Berlin, signé après Munich, est une restitution géopolitique du gibelinisme de Frédéric II de Hohenstaufen, mais sans l’hostilité du Vatican et sans présence ottomane dans les Balkans.

Mussolini a donc opté pour une révision de la politique italienne depuis 1915, année de l’entrée en guerre du pays aux côtés de l’Entente. Mais tout au long de l’année 1938, l’Italie a oscillé entre deux politiques possibles : en mars, au moment où les troupes allemandes entrent en Autriche pour sceller l’Anschluß, Hitler craint une intervention italienne pour sauver le Chancelier Schusschnig, d’autant plus que Lord Halifax tente d’apporter le soutien de l’Angleterre à une intervention italienne dans les cols alpins ; mais Mussolini choisit de ne pas intervenir. Hitler lui en sera reconnaissant, jusqu’au bout. Mais immédiatement après les événements d’Autriche, on observe un rapprochement entre l’Angleterre et l’Italie, porté par Chamberlain. Le 16 avril 1938, l’Angleterre reconnait l’annexion de l’Abyssinie par Mussolini, contre laquelle elle avait pourtant vivement protesté et où elle s’était engagée aux côtés du Négus. Cette politique anglaise reçoit l’appui de Ciano, beau-fils de Mussolini. Hitler, voulant une alliance avec l’Italie, démet l’ambassadeur allemand à Rome, von Hassell, de ses fonctions et le remplace par Hans-Georg von Mackensen, plus favorable au tandem Rome-Berlin. En mai, pourtant, Hitler est invité officiellement en Italie, où le point culminant de la visite a lieu à Naples où 100 sous-marins italiens exécutent une formidable parade (immersion rapide puis sortie rapide hors des flots en tirant une salve), montrant aux Allemands et aux Anglais que l’Italie entend jouer un rôle prépondérant en Méditerranée. Avec les Allemands, elle pouvait défier l’Empire britannique et couper sa ligne d’approvisionnement en Méditerranée. Avec les Anglais, elle pouvait contenir tout projet allemand (et russe) dans la même zone, tout en conservant ses colonies libyennes, somaliennes et éthiopiennes. Mais les entrevues de mai 1938 ne débouchent pas sur une politique claire de la part de l’Italie : tant Mussolini que Ciano restent confus et prudents. C’est la victoire diplomatique de Munich qui poussera définitivement Mussolini dans le camp de Hitler. L’Italie jouera dès lors une carte anti-anglaise en Méditerranée. Et signera les accords instituant l’Axe Rome-Berlin.

3. Hitler, Göring et la Yougoslavie

Pour comprendre les relations réelles entre l’Allemagne et la Yougoslavie, que l’on croit conflictuelles mais qui ne l’ont nullement été, il faut se référer au Traité commercial germano-yougoslave d’avril 1934. À partir de ce traité, les rapports entre les deux pays seront excellents, malgré le fait que la Yougoslavie ait été construite pour empêcher tout débouché allemand ou autrichien sur l’Adriatique. Le Protocole de Dubrovnik de 1937 renforce encore davantage les liens économiques entre le Reich et la Yougoslavie. Krupp construit des usines dans le pays, amorce son industrialisation. Stojadinovic, le chef serbe de la Yougoslavie d’avant-guerre, entend clairement se détacher de la tutelle française, qui ne permet pas un tel envol industriel. Parallèlement à sa politique allemande, il développe d’excellentes relations avec l’Italie et la Bulgarie et envisage de renouer avec la Hongrie, créant de la sorte une synergie dans les Balkans. Mais après Munich, on constate un retour à des positions anti-allemandes (francophiles et slavistes pro-tchéques) et à l’achat d’avions de combat (Blenheim et Hurricanes) en Angleterre. L’Allemagne s’inquiète et Stojadinovic tombe en février 1939.  Mais le Prince Paul de Yougoslavie rend visite à Hitler en juin 1939, et reçoit la garantie allemande pour les frontières de la Yougoslavie : Hitler promet de ne pas soutenir les “séparatistes” slovènes et croates ni d’appuyer les projets “grands-hongrois” ; il ne dit pas un mot sur les Volksdeutschen de Yougoslavie. En revanche, Hitler demande aux Yougoslaves d’assouplir leurs positions vis-à-vis de l’Italie, d’adhérer à l’Axe pour lancer une politique méditerranéenne commune, de quitter la Société des Nations et de se désolidariser de l’Entente balkanique parce que les Turcs négocient avec les Anglais, selon la tradition diplomatique qui veut que la thalassocratie britannique soit la protectrice de la Turquie contre la Russie, mais aussi contre toute avancée allemande vers l’Égée. Le ministre yougoslave des affaires étrangères, Cincar-Markovic promet de maintenir les liens étroits avec l’Allemagne, d’améliorer les rapports italo-yougoslaves, mais estime que l’adhésion au Pacte anti-Komintern (1936) serait impopulaire dans le pays. Les relations germano-yougoslaves ont été renforcées par l’effet-Munich. Les liens économiques, diplomatiques et culturels entre les deux pays ont été plus solides qu’auparavant, bien que les cercles hostiles à l’Allemagne n’aient pas désarmés et aient notamment organisé des manifestations violentes contre la venue de diplomates allemands (dont von Neurath) et la visite de Ciano.

À suivre

mardi 7 mars 2023

Codreanu, l’envoyé de l’Archange

 

Les éditions Reconquista Press ont réuni en un seul ouvrage le livre L’Envoyé de l’Archange publié en 1938 par les frères Jérôme (1874-1953) et Jean (1877-1952) Tharaud, prix Goncourt en 1906, membres de l’Académie française, au sujet de la situation en Roumanie et du charismatique capitaine Codreanu, ainsi que, sur le même sujet, les articles de l’écrivain et journaliste Lucien Rebatet parus dans l’hebdomadaire Je suis partout à l’automne 1938.

Les propos sont d’autant plus intéressants que Jérôme Tharaud et Lucien Rebatet ont voyagé en Roumanie à la même époque. Ils ont donc été les témoins directs d’un moment clé de l’histoire de la Roumanie, des influences sous lesquelles se trouvait cette nation, et du rôle qu’a tenu Corneliu Codreanu, fondateur de la Légion de l’Archange Michel puis chef de la Garde de fer, entré éternellement dans la mémoire du nationalisme après avoir été assassiné sur ordre du gouvernement fin novembre 1938.

Tout jeune militant nationaliste doit absolument découvrir cette belle figure chrétienne, à la fois intransigeante sur les principes et clémente à l’égard des hommes, prête sans reculer à faire le sacrifice de sa vie pour sa foi et son pays.

L’envoyé de l’ArchangeJérôme et Jean Tharaud, Codreanu et la Garde de fer, Lucien Rebatet, Reconquista Press, 202 pages, 15 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/codreanu-lenvoye-de-larchange/149041/

vendredi 23 septembre 2022

La Garde de fer (Corneliu Zelea Codreanu)

 

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Corneliu Zelea Codreanu (1899-1938) est un homme politique chrétien nationaliste roumain, fondateur charismatique de la Légion de l’Archange Micheldont émane la Garde de fer. Elu député en 1931 dans un contexte d’instabilité politique, son mouvement fut interdit en 1933, en même temps que le Premier ministre annulait les élections. En décembre 1937, Codreanu s’allie avec le président du parti national-paysan et leur coalition emporte les nouvelles élections sans obtenir une majorité parlementaire. Les élections sont annulées et les pleins pouvoirs sont confiés au ministre de l’Intérieur, Armand Calinescu, qui fait arrêter Codreanu en mai 1938 et le fait condamner à dix ans de travaux forcés. Les partisans de Codreanu réagissent avec force et la Roumanie plonge dans un climat de guerre civile. Dans la nuit du 29 au 30 novembre 1938, le pouvoir fait fusiller Codreanu.

Les frères Jérôme et Jean Tharaud, autrefois célèbres écrivains français, rendirent hommage à Codreanu dans un livre intitulé L’envoyé de l’Archange paru chez Plon en 1939 et aujourd’hui introuvable.

Quant au livre La Garde de fer écrit par Codreanu et dédié à ses Légionnaires, il fallut attendre 1972 pour en trouver pour la première fois une traduction française publiée chez un éditeur disparu. Réédité en 2005, il était épuisé. Mais le voilà à nouveau disponible depuis quelques jours.

Ce livre retrace à partir de 1919, la vie militante de Codreanu, sa prise de conscience des enjeux politiques, son opposition farouche au bolchévisme et aux forces occultes, sa volonté de redresser la Roumanie par une politique à la fois chrétienne et nationaliste, la naissance et le développement de la Légion de l’Archange Michel et de la Garde de fer, leur participation aux élections jusqu’à la réaction dictatoriale du Pouvoir et aux persécutions.

Outre ce témoignage de Codreanu, le livre contient des annexes qui viennent efficacement compléter cette lecture.

La Garde de fer, Corneliu Zelea Codreanu, éditions Samizdat, 458 pages, 30 euros

A commander en ligne via le site des Editions Synthèse Nationale

https://www.medias-presse.info/la-garde-de-fer-corneliu-zelea-codreanu/51245/

jeudi 1 septembre 2022

Du Front Populaire au Front de l'Est L'itinéraire insolite de Marc Augier

 

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[Ci-dessus : Marc Augier en uniforme de la LVF, dessin d'Éric Simon-Marienne]

« En matière d'assurances sociales, de retraite aux vieux travailleurs, de protection du foyer, de beauté de la vie à l'usine et au foyer, l'Allemagne a réalisé en l'espace de quatre ans tout ce que les démocraties promettaient sans jamais tenir… Dans le même temps chez nous, un homme de bonne volonté, prisonnier de la SFIO et de la franc-maçonnerie, Léo Lagrange, se débattait pour l'organisation des loi­sirs de notre peuple avec un budget ridicule… » Ces paroles ont été pro­noncées en octobre 1941 par Marc Augier, l'un des fondateurs du mouve­ment des Auberges de jeunesse, deve­nu résolument pacifiste en 1938 avant de se retrouver, au printemps de 1942, au sein de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme dont il se fera, 21 ans plus tard, l'his­torien et le défenseur sous le pseudo­nyme littéraire de Saint-Loup (1).

On comprend que ce disciple de Giono, attaché au rapprochement des diverses jeunesses européennes et à la construction d'un “monde nouveau”, ait adopté en 1938 une position “munichoise” en inspirant le fameux “télégramme à Daladier”. On saisit moins bien les raisons qui l'entraînè­rent dans le camp de la collaboration, à la suite d'Alphonse de Châteaubriant qui lui avait révélé, avec la Gerbe des Forces, une image toute positive de la révolution hitlérienne.

Le rhumatisme du cœur

La réédition de plusieurs textes recherchés depuis longtemps permet de répondre à cette question et il convient de remercier les éditions du Flambeau d'avoir regroupé dans un même ouvra­ge, J'ai vu l'Allemagne, les 2 conférences prononcées par l'auteur pour le groupe Collaboration et un remarquable portrait d'Alphonse de Châteaubriant rédigé une vingtaine l'années plus tard. Le tout préfacé par Jean Mabire qui présente ce qu'était le groupe Collaboration.

Dans le compte rendu du voyage qui l'a conduit outre-Rhin au début de 1941, Marc Augier nous dit avoir retrouvé le pays qu'il avait sillonné pour la première fois à moto en 1929. La victoire sur la France n'a rien chan­gé, selon lui, au comportement des jeunes Allemands réellement désireux d'enterrer une fois pour toutes la hache de guerre entre les deux pays. C’est pour lui une certitude qu'il tient aussi bien de l'attitude des pouvoirs publics que des gestes du menu peuple, une certitude et une vérité qu'il entend exprimer, au risque de voir se dresser contre lui « … trente neuf millions d'ennemis. Je ne m'adresse pas à ceux qui ne compren­dront jamais rien, aux irréductibles de la race ennemie, aux vétérans doulou­reux de la guerre mondiale, aux bour­geois atteints par le rhumatisme du cœur. Je parle à mes camarades de la France nouvelle… »

Cette Allemagne soucieuse de paix, où le Secours d'Hiver multiplie les œuvres sociales lui fait ressentir plus durement les timidités de la France de Vichy, « où nous avons bonne mine, avec nos boy-scouts allant collecter les vieilles chaussures dans les immeubles, avec nos affiches où le Chef a l'air si triste qu'on ne sait vraiment ce qu'il nous demande, si c'est un petit sou, une élégie ou une révolution nationale ».

Pour le déçu du Front populaire, l'Allemagne est en train de réaliser, de manière inattendue, l'espérance socialiste car, « pour faire le monde nouveau, il faut préalablement pétrir l'ancienne humanité dans un moule unique. Avant de voir refleurir les par­ticularismes, il faut que l'alignement se fasse, il se fait présentement en Allemagne, sur la classe laborieuse de la nation. Le IIIe Reich est terriblement socialiste. Les bourgeois de chez nous qui flirtent avec lui en croyant prendre avantageusement des positions d'avant-­garde peu dangereuses ne se rendent pas compte de cette réalité ».

Le 17 mai 1941, le futur Saint-Loup s'adresse aux « jeunesses d'Europe ». Dénonçant l'esprit petit-bourgeois de « Monsieur Français moyen », il adjure les jeunes de ne pas laisser passer la fantastique occasion qui leur est offerte de réaliser, avec leurs camarades alle­mands, la grande révolution sociale du XXe siècle. Il ne s'agit pas « d'aimer » l'Allemagne — car la solution du pro­blème franco-allemand n'est pas d'ordre sentimental — encore moins de la « servir » : « Si la collaboration signifiait la servitude, je ne serais pas ici, mais dans n'importe quel coin du monde où je pourrais lutter pour l'indépendance de la terre de mes pères… »

La France des campings contre la France des bistrots

Il s'agit en réalité d'édifier un « … socialisme de l'action. La colla­boration signifie donc la rupture com­plète avec les derniers tenants du sys­tème capitaliste, dont les derniers champions sont à peu près complète­ment chassés du contient et se retirent chargés de nos malédictions et de nos haines pour avoir joué leur dernière carte avec notre sang, avec les trésors d'art de nos villes, avec le patriotisme des meilleurs éléments de nos races. Pour nous, jeunes, nous ne sommes que médiocrement intéressés de savoir si la collaboration est un simple troc, si le comble de l'habileté consiste à obtenir beaucoup des Alle­mands en donnant peu, si elle se chif­frera en millions de quintaux de pommes de terre, en tonnes de houille ou d'essence. Nous regardons plus loin et plus haut. Nous voulons savoir si elle nous apportera réellement la fin du système capitaliste, la fin de l'exploitation désordonnée du travail par le capital, la fin de l'oppression des peuples par les oligarchies écono­miques… »

C'est une communauté nouvelle qu'il convient de bâtir en Europe sur les ruines et les douleurs accumulées par 2 conflits suicidaires et cette mission revient fout naturellement à la jeunesse, une jeunesse animée par cet esprit de l'été 36 qui poussait vers le grand air les foules souriantes du Front populaire. Contre « la France de l'apéro et des banquets radicaux » stigmatisée par Drieu, c'est celle du camping et de l'auto-stop, dynamique et solidaire, réconciliée avec les « vraies richesses » qui doit désormais l'emporter pour être en mesure de rele­ver le défi européen.

Cinq mois plus tard, en octobre 1941, Marc Augier prend de nouveau la parole pour exposer ce que doit être l'attitude des siens devant « l'aventure européenne ». Depuis le 22 juin, la guerre s'est allumée à l'Est et c'est par le fer et le sang qu'il va falloir construire le « socialisme de l'action » qu'il appelle de ses vœux. Le choix est difficile pour ce solitaire amoureux de liberté, qui était encore quelques semaines auparavant au sommet du Mont-Blanc en compagnie de quelques camarades. Mais il explique à ses audi­teurs que le conflit en cours n'est plus désormais une guerre « nationale » au sens traditionnel du terme, mais une véritable guerre civile européenne, une guerre dont l'enjeu est « la construc­tion du socialisme dans une Europe unifiée ».

La conclusion qu'il convient de tirer s'impose d'elle-même car « ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » et il n'y a rien à attendre d'un régime de Vichy soumis aux influences de la réaction cléricale et patronale, d'une France où « tout ce qui vit du travail des autres, spécule sur les besoins des autres, n'a jamais connu pareille pos­térité ». C'est ailleurs qu'il faut aller chercher la construction du socialisme et des solidarités nouvelles que la jeu­nesse appelle de ses vœux. Quand la paix sera rétablie, les jeunes Français devront y être associés mais il s'agit pour cela de participer au combat qui seul donne des droits, « car les faibles et les timorés seront balayés par la vie ».

Le futur Saint-Loup ne se contentera pas d'encourager ses jeunes camarades à s'engager résolument aux côtés du pays qui porte tous ses espoirs de révo­lution sociale et européenne. Dès la fin de 1941, il annonce son intention d'abandonner ses fonctions à la rédac­tion du journal La Gerbe pour s'enga­ger lui-même dans la LVF. Parti pour le front russe au printemps 1942, il y sera blessé mais poursuivra la lutte en assu­rant la réalisation du Combattant Euro­péen puis de Devenir, le journal de la division Charlemagne.

Jacques Berrel, Le Choc du Mois n°40, mai 1991.

  • (1) Les Volontaires, éd. du Tri­dent.
  • (2) Marc Augier : J'ai vu l'Alle­magne, éd. du Flambeau.

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/34

lundi 8 août 2022

Dans la collection "Les Grands classiques de Synthèse nationale" : sortie de "La Garde de Fer" de Corneliu Zelea-Codreanu

 

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Pour comprendre un livre, il convient tout d’abord de se placer dans l’époque et dans le contexte où il a été écrit.

Dans les années 1920 et 1930, la Roumanie, située aux frontières de l’URSS impérialiste et sanguinaire naissante, est dirigée par de piètres politiciens opportunistes et sans véritable armature idéologique.

Cette situation peu enviable (mais hélas toujours actuelle dans bien des pays) incita la jeunesse roumaine, éprise de sentiments nationaux et fortement attachée à la chrétienté, à se soulever. À la tête de cette gigantesque révolte, un jeune étudiant qui deviendra, au fil du temps, l’avocat de son peuple : Corneliu Zelea-Codreanu.

Quelques mois avant son assassinat, en 1938, il raconta sa vie en exposant ses idées et sa stratégie dans ce livre, « La Garde de Fer ».

Document historique, cet ouvrage est indispensable à ceux qui veulent comprendre avant de juger.

La Garde de Fer, Corneliu Zelea-Codreanu, préface de Dr Merlin, Le Grands classiques de Synthèse nationale, août 2022, 498 pages, 30,00 € (+ 5,00 € de port).

Pour le commander dès maintenant cliquez ici

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2022/08/07/dans-la-collection-les-grands-classiques-de-synthese-nationa-6395327.html

samedi 7 août 2021

Trois livres sur les relations germano-soviétiques de 1918 à 1944 2/5

  

Ci-contre : Deux personnages importants de la République de Weimar : von Papen et Kurt von Schleicher, ici en 1932, respectivement alors Reichskanzler et Reichswehminister, lors d’une commémoration militaire à Berlin. Von Schleicher constatera que son armée ne pouvait contenir les éléments communistes et nazis si ceux-ci unissaient leurs forces. Son objectif : maintenir le statu quo (réparations incluses) en demandant aux Alliés de pouvoir disposer de 300.000 hommes. Cette éventualité inquiétait les Soviétiques, car elle aurait pu déboucher sur une alliance franco-germano-polonaise. Le conflit entre von Schleicher voulant temporiser la situation socio-politique et l’ultraconservateur von Papen décrétant la loi martiale ne fera que rendre plus instable le gouvernement de Hindenburg.

Le rapport final qui lui est transmis le 2 décembre 1932 est alarmant : l’armée serait incapable de faire face à un putsch unissant les deux partis “extrémistes”. Ne disposant que de 100.000 hommes, elle est en infériorité numérique devant les 130.000 militants du Kampfbund [Ligue de combat] communiste, renforcés par les 30.000 adolescents de l’organisation de jeunesse, et des 400.000 SA et HJ de la NSDAP. De plus, la réussite du mouvement de grève conjoint dans les transports publics berlinois a démontré que les putschistes éventuels pourraient paralyser les chemins de fer, empêchant tout mouvement de troupes vers les centres insurrectionnels. Schleicher est dès lors obligé, pour sauver la République de Weimar aux abois, de faire des concessions aux Alliés pour que ceux-ci permettent à la Reichswehr de disposer de 300.000 hommes lors de la Conférence de Genève prévue pour 1933.

Poussé dans le dos par le Komintern, la KPD entonne des refrains aussi patriotiques que les nationaux. Le Komintern proclame le 10 janvier 1933 :

« Il faut combattre sans merci les oppresseurs de la nation ! Il faut lutter contre l’occupation de la Sarre, l’oppression des Alsaciens et des Lorrains, contrer la politique rapace de l’impérialisme polonais à Dantzig, lutter contre l’oppression des Allemands en Haute-Silésie, en Pomérélie et au Tyrol du Sud, contre la mise en esclavage des peuples et des minorités ethniques en Tchécoslovaquie, contre la perte de ses droits par le peuple autrichien ».

Mais Moscou continue à faire davantage confiance à la NSDAP.

Le 22 janvier 1933, les hitlériens projettent une manifestation provocatrice devant le quartier général communiste de Berlin. Les Soviétiques donnent l’ordre à leurs coreligionnaires berlinois de ne pas s'y opposer. Après la prise du pouvoir par Hitler, l’immeuble sera perquisitionné et la police y trouvera des “preuves” d’un projet de putsch communiste. Le Reichstag brûle le 27 février, apparemment par l’action d’un communiste hollandais, Marinus van der Lubbe. La KPD est interdite. À Moscou, les milieux gouvernementaux restent calmes et choisissent l’attentisme : il faut sauver les relations privilégiées entre l’URSS et l’Allemagne et ne pas les gâcher par une propagande anti-nazie irréfléchie.

Litvinov, Hitler et Rosenberg

Les Soviétiques refuseront de tenir compte des déclamations anti-communistes des dirigeants nazis. Litvinov avertit cependant Dirksen, ambassadeur du Reich à Moscou, que cette bienveillance cessera si l’Allemagne tente un rapprochement avec la France, comme l’avaient fait les sociaux-démocrates de Stresemann et vraisemblablement le Général Schleicher. Litvinov déclare que le gouvernement soviétique n'a pas l’intention de changer sa politique à l’égard de l’Allemagne mais fera tout pour empêcher une alliance germano-française. En échange, Litvinov promet de ne pas s'allier avec la France et de ne pas réitérer la politique d’encerclement de l’Entente avant 1914, l’URSS n'ayant pas intérêt à reconnaître les clauses du Traité de Versailles et l’existence de l’État polonais. Le 29 avril 1933, Hitler reçoit Khintchouk en présence du Baron Konstantin von Neurath, et promet de ne pas s'occuper des affaires intérieures russes à la condition expresse que les Soviétiques n'interviennent pas dans les affaires intérieures allemandes (en clair : cessent de soutenir les communistes allemands).

Pendant les premières années du régime hitlérien, les relations germano-russes sont donc restées positives avec toutefois une seule petite ombre au tableau : les activités d’Alfred Rosenberg, chef du bureau des Affaires étrangères de la NSDAP et rédacteur-en-chef de son organe de presse, le Völkischer Beobachter. Né dans les pays baltes, ayant étudié à Moscou, Rosenberg haïssait le communisme soviétique. Il rêvait d’une balkanisation de l’URSS et notamment d’une Ukraine indépendante. Hitler ne le nomma pas Ministre des Affaires étrangères du Reich, ce qui soulagea les Soviétiques. Des envoyés spéciaux laissaient sous-entendre régulièrement que si Rosenberg devenait Ministre des Affaires étrangères, les Soviétiques pourraient être amenés à reconduire leur alliance avec la France. La tragédie de la “Nuit des longs couteaux”, au cours de laquelle Schleicher est éliminé, satisfait Staline qui voyaient dans les victimes des instruments d’une politique d’alliance avec la France (donc avec la Pologne).

Démontant le système de Versailles pièce par pièce, Hitler rapatrie les usines d’armement disséminées en Russie. Les installations de Kama et de Tomka, où furent élaborés les premiers chars allemands et la tactique offensive de l’arme blindée, sont démantelées et reconstruites en Allemagne. Ensuite, c'est au tour du centre aérien de Vivoupal, matrice de la future Luftwaffe. Les usines avaient bien servi le Reich et l’URSS ; les deux puissances avaient pu moderniser leurs armées à outrance. Dans l’Armée Rouge et la nouvelle Wehrmacht, on retrouvera les mêmes armes modernes, supérieures à celles de tous leurs adversaires.

L’élimination de Toukhatchevski

Hitler, en annulant les effets de l’article 198 du Traité de Versailles, se rendait parfaitement compte que la Reichswehr avait créé l’Armée Rouge de Staline. Comment ôter aux Soviétiques l’atout que les relations privilégiées entre les deux armées leur avaient octroyés ? Gordon Lang décrit le rôle de Heydrich : celui-ci avait pu observer les purges contre les trotskistes et constater avec quelle rage paranoïaque Staline poursuivait et éliminait ses adversaires. Soupçonneux à l’extrême, le dictateur géorgien prenait assez aisément pour argent comptant les bruits de complot, vrais ou imaginaires. Heydrich en conclut qu'il suffisait de faire courir la rumeur que le Maréchal Toukhatchevski complotait contre Staline. Or une vieille haine couvait entre les deux hommes.

Lors de l’offensive soviétique contre la Pologne en 1920, Toukhatchevski marcha victorieusement sur Varsovie et donna l’ordre au deuxième corps d’armée soviétique, commandé par Vorochilov et Boudienny, de faire mouvement vers la capitale polonaise et de prendre en tenaille leur adversaire. Vorochilov et Boudienny, sous l’impulsion de Staline, alors commissaire politique aux armées, refusèrent de suivre cet ordre et marchèrent sur Lemberg, capitale de la Galicie. Weygand, commandant en chef des troupes polonaises, s'engouffra dans la brèche et battit tour à tour les armées de Toukhatchevski et de Vorochilov, Boudienny et Staline. Toukhatchevski n'avait jamais raté l’occasion de rappeler cette gaffe monumentale de Staline. En fabriquant de faux documents accablants pour le Maréchal, Heydrich savait que Staline sauterait sur l’occasion pour éliminer ce témoin gênant de sa faute politique majeure. L’élimination de l’état-major soviétique réduisit l’Armée Rouge à l’impuissance pendant plusieurs années. Parmi les rescapés des purges : Vorochilov et Boudienny…

Si Staline était indubitablement germanophile, Toukhatchevski, contrairement à la plupart des trotskistes épurés ou dissidents, l’était aussi. Lang reproduit un document intéressant de 1935 : les notes prises lors de l’entrée en fonction du nouvel attaché militaire allemand en URSS, le Général Ernst-August Köstring. Ces notes révèlent la volonté de Toukhatchevski de s'en tenir aux principes de von Seeckt. En 1936, Toukhatchevski conseille au Ministre des Affaires étrangères roumain, Nikolae Titulescu de ne pas lier le destin de la Roumanie à la France et à la Grande-Bretagne, États vieux et usés, mais à l’Allemagne, État jeune et dynamique. Pourquoi Heydrich a-t-il contribué à liquider un militaire compétent, ami de son pays ? Parce que la germanophilie de Toukhatchevski n'était pas inconditionnelle, vu le pacte Anti-Komintern : le Maréchal avait organisé des manœuvres et des Kriegspiele, dans lesquels l’Allemagne envahissait l’URSS et l’Armée Rouge organisait la défense du territoire. Ce fait dément les accusations d’espionnage au profit de l’Allemagne. Est-ce l’encouragement aux Roumains à s'aligner avec l’Allemagne qui a servi d’alibi aux épurateurs staliniens ? En effet, une Roumanie sans garantie allemande aurait été une proie facile pour l’URSS qui voulait récupérer la Bessarabie…

Le premier volume du livre de Gordon Lang s'arrête sur l’épisode de l’élimination de Toukhatchevski. Un autre historien, Karl Höffkes, dans

 Deutsch-sowjetische Geheimverbindungen : Unveröffentliche diplomatische Depeschen zwischen Berlin und Moskau im Vorfeld des Zweiten Weltkriegs,

[Veröffentlichungen des Instituts für deutsche Nachkriegsgeschichte : Band 15, Grabert Verlag, Tübingen, 1988, 298 p.] présente tous les documents relatifs au pacte germano-soviétique [dit Traité Ribbentrop-Molotov], signé le 23 août 1939.

Höffkes classe les documents par ordre chronologique, ce qui permet de suivre l’évolution des événements qui ont conduit au partage de la Pologne en septembre 1939. Il signale aussi que, vu la participation militaire active des Soviétiques au démembrement de la Pologne, à l’occupation des Pays Baltes et de la Bessarabie/Bukovine entre le 17 septembre 1939 et le 22 juin 1941, la culpabilité allemande dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ne saurait être exclusive, indépendamment des raisons qui ont poussé les deux puissances à agir. Officiellement, les Soviétiques prétendent être rentrés en Pologne parce que l’État polonais avait cessé d’exister et que leur devoir était de protéger les populations ukrainiennes et biélorusses de Volhynie et de Galicie. Les Alliés avaient déclaré la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939 mais ne feront pas de même pour la Russie après le 17 septembre. Dans la Pravda du 29 novembre 1939, Staline lui-même justifie ses positions :

À suivre