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dimanche 23 août 2026

La bataille de la Marne, 5 au 12 septembre 1914

 

« Les armées allemandes sont entrées en France, de Cambrai aux Vosges, après une série de combats victorieux. L’ennemi, en pleine retraite, n’est plus capable d’offrir une résistance sérieuse. »

(Communiqué allemand du 27 août 1914).

 « On a vu déjà les effets dissolvants de ces marches en retraite répétées, le plus souvent de nuit… Effectifs fondus, traînards tombés aux mains de l’ennemi, bagages perdus, fusils et canons enlevés et, surtout, disparition du moral de la troupe… » (Général Gallieni, début septembre 1914). 

En ce mois de septembre, ayons une pensée pour nos soldats, nos Poilus, tombés durant la bataille (LES batailles) de la Marne, qui n’est finalement connue que pour ses célèbres taxis.

Dès le début de la Grande Guerre, la situation militaire est en faveur des armées allemandes, qui remportent, dans la seconde moitié d’août 1914, une série de victoires : sur le front de l’Ouest en Lorraine (bataille de Morhange, le 20 août 1914), en Belgique (batailles des Ardennes, du 21 au 23 août, de Charleroi, du 21 au 23, et de Mons, le 23), et sur le front de l’Est (bataille de Tannenberg, du 26 au 29 août). Sur le plateau lorrain et dans les Vosges, l’armée française recule.

Le 23 août elle arrive péniblement à tenir ses positions face aux attaques allemandes (bataille de la Trouée de Charmes, du 24 au 26 août), mais toutes les unités – françaises et britanniques – qui s’étaient avancées en Belgique battent en retraite à partir du soir du 23 août.

Une telle situation s’explique, en partie, par la disproportion des forces entre Allemands et Franco-Britanniques : l’état-major allemand a choisi de masser, face à la Belgique et au Luxembourg, la majorité de ses unités, 59 divisions (soit 1 214 160 combattants) regroupées au sein de cinq armées, formant l’aile droite allemande. La défense de l’Alsace-Lorraine était confiée à une aile gauche de 16 divisions (402 000 combattants) regroupées dans deux armées.

Les Français, eux, n’avaient prévu de déployer que 16 divisions (299 350 hommes) face à la Belgique. Elles seront renforcées au moment de la bataille des Frontières, par l’envoi des 3e  et 4e  armées françaises et d’un corps expéditionnaire britannique. Vite dominées, les armées franco-britanniques repassent la frontière franco-belge, puis se replient vers le sud-sud-ouest : cette retraite s’éternise pendant quinze jours, jusqu’au début du mois de septembre, où les troupes, épuisées, arrivent  quasiment aux portes de Paris. Cette débâcle est imputable au commandement.

À cette époque, le fantassin français est totalement inadapté à la guerre moderne : chargé comme un mulet, habillé du fameux « pantalon garance », on lui impose des assauts à la baïonnette contre des mitrailleuses. Ses chefs, pour la plupart, en sont restés aux guerres de l’Empire !

Le commandement est incarné par le généralissime Joseph Joffre. Nommé, en 1911, chef d’état-major des Armées, ce brillant polytechnicien a appris à faire la guerre en… 1870.

Initié à la franc-maçonnerie en 1875 (Loge Alsace-Lorraine), alors qu’il était capitaine, il fait partie des nombreux officiers maçons dont l’avancement sera favorisé par le général André (1), lorsqu’il était ministre de la Guerre (1900-1902), à une époque très anticléricale.

Nos troupes reculent partout. Joffre rejette la responsabilité de la défaite sur ses subalternes auxquels il reproche de ne pas être assez offensifs. Et il limoge ceux qu’il juge incompétents.

Le 25 août, il veut arrêter la retraite derrière la Somme et l’Aisne. Six divisions sont prélevées sur le front d’Alsace-Lorraine et envoyées, à partir du 27 août, autour de Péronne, d’Amiens et de Montdidier. Mais le débarquement de ces troupes est menacé par l’approche des unités de cavalerie allemandes : le projet de bataille sur la ligne Somme-Aisne est annulé le 31 août.

Le 2 septembre, Joffre annonce à ses généraux son projet de rétablissement le long de la Seine et de l’Aube. Il compte s’y fortifier et compléter ses troupes avant de passer à l’offensive.

Tous ces renforts arrivent par voies ferrées, ce qui permet le renforcement de l’aile gauche française : de 45 divisions le 23 août, elle passe à 57 le 6 septembre, puis 70 le 9 septembre.

L’aile droite allemande s’est lancée à la poursuite des Français et des Britanniques, cavalerie en tête. Cette poursuite est menée au pas de charge : les étapes sont de 40 à 45 kilomètres par jour.

Le 27, le chef de l’état-major allemand, le général Von Moltke, envoie à ses généraux une directive fixant les axes de marche vers Paris.  Les forces allemandes engagées sont de 44 divisions d’infanterie et de 7 divisions de cavalerie, soit environ 900 000 hommes (et 2 928 canons).

Le 30 août, la 1re armée allemande marche vers le sud-sud-est au lieu du sud-ouest ; Moltke ordonne d’éviter Paris : la 1re armée avance désormais sur Meaux, la 2e  sur Épernay et la 3e  sur Châlons. Le 3 septembre, des aviateurs français constatent que les colonnes de la 1re armée allemande infléchissent leur marche vers le sud-est et ne vont donc pas sur Paris. Les aviateurs en avertissent aussitôt un officier français (2).

Le 4, le gouverneur de Paris, le général Gallieni, donne ordre à la 6e armée française de se redéployer au nord-est de Paris et de marcher vers l’est entre l’Ourcq et la Marne, prenant ainsi l’initiative d’engager la bataille. Joffre, qui voulait attendre quelques jours de plus, est convaincu par Gallieni et ordonne, le 4 au soir, à toutes les armées françaises de se préparer à faire front :

« Il convient de profiter de la situation aventurée de la 1re armée allemande pour concentrer sur elle nos efforts… Toutes dispositions seront prises en vue de partir à l’attaque le 6 septembre ».

Puis Joffre informe le ministre de la Guerre, Millerand, réfugié à Bordeaux devant la menace pesant sur Paris : « La lutte qui va s’engager peut avoir des résultats décisifs, mais peut aussi avoir pour le pays, en cas d’échec, les conséquences les plus graves. Je suis décidé à engager toutes nos troupes… ».  C’est ainsi que commencent LES batailles de la Marne.

La bataille de l’Ourcq désigne les combats du 5 au 9 septembre sur la rive droite de la Marne, entre Nanteuil-le-Haudouin et Meaux, entre la 6e armée française (du général Maunoury) et l’aile droite de la 1re  armée allemande (du général von Kluck). Notre 6e armée va recevoir des renforts, cinq divisions envoyées par Gallieni. Une brigade de la 7e division d’infanterie est même acheminée de Paris à Nanteuil à bord de taxis réquisitionnés. Ainsi naît l’histoire des « Taxis de la Marne » : leur utilisation est plus anecdotique que décisive dans le sort de la bataille. Dans l’après-midi du 9, les Allemands décrochent et les Français, trop épuisés, ne les poursuivent pas.

La bataille des Deux Morins.  Il s’agit des combats du 6 au 9 septembre en Brie champenoise, d’abord sur le Grand Morin puis sur le Petit Morin, entre le Corps expéditionnaire britannique (du maréchal French) et la 5e armée française (du général Franchet d’Espèrey) et, en face, l’aile gauche de la 1re armée (du général von Kluck) et l’aile droite de la 2e  armée (du général von Bülow).

Les Franco-Britanniques avancent, le 6 et 7 sur le Grand Morin, le 7 et 8 sur le Petit Morin, le 8 sur le Dolloir et la Marne. Le 9 septembre au matin, le général Lauenstein décide de faire battre en retraite son armée, qui est menacée sur sa droite, derrière la Marne. Les divisions britanniques franchissent la Marne à Charly et Nanteuil, tandis que la cavalerie française atteint Château-Thierry.

La bataille des marais de Saint-Gond concerne les combats du 6 au 9 septembre, entre Sézanne et Mailly-le-Camp, entre la 9e armée française (du général Foch) et l’aile gauche de la 2e  armée allemande et l’aile droite de la 3e armée (du général von Hausen).

Dans la nuit du 4 au 5 septembre, Joffre ordonne à Foch d’entreprendre une action offensive sur les troupes allemandes présentes en face de son armée. Le 6, nos troupes font mouvement vers le nord mais sont rapidement bloquées par les Allemands. Foch doit établir des positions défensives et les protéger. Du 6 au 8 septembre, les combats sont de plus en plus intenses. Plusieurs villages sont pris et perdus plusieurs fois. Les troupes présentes au nord des marais de Saint-Gond sont rapidement repoussées mais toutes les tentatives pour franchir les marais sont bloquées.

Dans la nuit du 8 et au 9 septembre, l’aile droite française est enfoncée. Dans la journée du 9 septembre, Foch prend le contrôle du 10e corps d’armée français. Il peut ainsi dégager la 42e division d’infanterie pour se constituer une réserve. L’aile gauche de la 9e armée est fortement attaquée et cède le village et le château de Mondement, un point d’observation qui domine le champ de bataille. Le soir même, le 77e régiment d’infanterie, soutenu par l’artillerie de la 42e  division d’infanterie et par une division marocaine, reprend le château.

Le 10 septembre, devant la pression de la 5e armée française, la 2e armée allemande entame un repli pour éviter l’encerclement.

Ce mouvement entraîne également le repli des troupes de la 3ème Armée allemande. Foch et son armée restent maîtres du champ de bataille et entament la poursuite des Allemands.

La bataille de Vitry est celle des combats du 6 au 10 septembre en Champagne crayeuse, autour de Vitry-le-François, entre l’aile gauche et le centre de la 4e  armée française (du général de Langle de Cary) et l’aile droite de la 4e armée allemande (du duc de Wurtemberg) et l’aile gauche de la 3e armée allemande (du général von Hausen).

La bataille de Revigny désigne les combats du 6 au 12 septembre au sud de l’Argonne, autour de Revigny-sur-Ornain, entre l’aile droite de la 4e armée française, l’aile gauche de la 3e  armée française (du général Sarrail) et l’aile gauche de la 4e armée allemande et de la 5e  armée (du prince héritier de Prusse). Les troupes allemandes tentent de percer les lignes françaises en lançant des combats frontaux très meurtriers. Les Français sont contraints d’adopter une posture défensive, l’arrivée du 15e corps d’armée en provenance de Lorraine permet au général Sarrail de renforcer son aile gauche malmenée par les attaques allemandes et d’empêcher la rupture du front.

Le 10 septembre, la 2e armée allemande, menacée d’encerclement, amorce son repli entraînant avec elle la 3e armée. Le 12 septembre, les Français obligent la 4e armée allemande à rompre le combat et à se replier au-delà de l’Argonne. La 5e armée, également menacée, est contrainte de se replier en passant entre l’Argonne et Verdun.

Bien que, sans carte d’état-major, tout ceci soit assez confus, il faut retenir que la « bataille de la Marne » a comporté, en fait cinq batailles et que les légendaires « taxis de la Marne » ont transporté bien peu de soldats. Mais ils font partie du folklore, de l’imagerie populaire, de notre roman national, donc soyons-en fiers ! Ils incarnent le « système  D » à la française.

Le coup d’arrêt de la Marne marque l’échec de la manœuvre allemande à travers la Belgique et le Nord de la France (Le « plan Schlieffen »). Mais, le général Chambe, alors jeune officier de cavalerie, dira « ce fut une bataille gagnée mais une victoire perdue » : en effet, si les Armées franco-britanniques mirent un terme à l’avancée des armées de Moltke, elles ne purent (ou ne surent ?) exploiter cet avantage en les repoussant hors de nos frontières. Dès le 13 septembre, les Allemands s’installent sur les rives de l’Aisne : nos attaques n’arrivent pas à les déloger et le front se stabilise en s’enterrant dans des tranchées. Mais les Allemands ne sont pas parvenus à prendre Paris et c’est ce que l’histoire retiendra.

Sur le million d’hommes engagés de part et d’autre, les pertes, dans chaque camp, sont de 250 000 tués, blessés et disparus, auxquels s’ajoutent plus de 15 000 prisonniers allemands.

Après la bataille, Joffre renvoie « à Limoges » (3), ou assigne à résidence, cent trente-quatre généraux. Lui, en revanche, ne se remet pas en cause ; il était pourtant leur chef !

La « bataille de la Marne », durant laquelle les fameux taxis ont joué un rôle plus pittoresque que décisif, met un coup d’arrêt provisoire à l’offensive allemande, mais voit s’évanouir l’espoir d’une guerre « fraîche, joyeuse et courte ». Les pertes, extrêmement sévères, sont bien plus importantes que les stratèges ne l’avaient prévu. La Grande Guerre ne fait que commencer.

La France y alignera 8 millions d’hommes, et elle en fera tuer… 1,4 million.

Les monuments aux morts de chaque commune sont là pour nous rappeler leur sacrifice.

Mais cette bataille de la Marne va contribuer à couvrir de gloire le général Joffre. Aux yeux de tous, il devrait être celui qui a laissé les Boches menacer Paris, mais, en France, on aime aduler les vainqueurs. On estime donc qu’il a permis de sauver la capitale, ce qui n’est pas faux.

Dans tout le pays, mais aussi chez nos Alliés, Joffre va jouir d’une grande popularité. Jusqu’à sa mort, en janvier 1931, il fera l’objet d’un véritable culte. De nombreuses images d’Épinal montrent « le vainqueur de la Marne ». Des poèmes, des assiettes, des livres, des statuettes à son effigie mettent en avant sa gloire. Entre 1915 et 1918, cet engouement idiot va jusqu’à prénommer 398 garçons « Joffre » (et 700 filles – les pauvres ! – se prénommeront « Joffrette ».)

Il faudra attendre le 26 décembre 1916, pour que le président du Conseil, Aristide Briand, se décide enfin à le remplacer.  Et, pour que la pilule ne soit pas trop amère,  on en fera un maréchal de France.  Après la Seconde Guerre mondiale, on se chargera d’influencer l’inconscient collectif, pour que « le vainqueur de la Marne » supplante « le vainqueur de Verdun » – Philippe Pétain – dans le cœur des Français. Ainsi s’écrit l’histoire !

Eric de Verdelhan

1)- Cf : le scandale provoqué, en 1904, par « L’affaire des fiches » : le général André, ministre de la Guerre, faisait ficher les officiers catholiques pour freiner leur carrière.

2)- Qui se trouve être Alfred Dreyfus, celui de « l’affaire Dreyfus ».

3)- 134 généraux seront « limogés » (le terme date de cette époque) ; tous n’étaient pas des incapables mais il fallait trouver des responsables.

https://ripostelaique.com/la-bataille-de-la-marne-5-au-12-septembre-1914/

vendredi 10 juillet 2026

Des loges aux tranchées : comment le Grand Orient de France a sacrifié la compétence militaire sur l’autel de la laïcité

 

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Un index accusateur pointé vers le ciel, des chemises froissées et, soudain, le claquement sec d’une gifle qui résonne dans l’hémicycle. Le 4 novembre 1904, la Chambre des députés bascule dans l'hystérie. Derrière ce geste de fureur, se cache le secret le plus explosif de la IIIe République : la colonisation occulte du ministère de la Guerre par la franc-maçonnerie. À un an de la séparation des Églises et de l’État, le Grand Orient de France a mis sur pied une inquisition clandestine pour briser la carrière des officiers catholiques et imposer ses hommes de paille à la tête des régiments. 

La gifle de l'hémicycle et le grand déballage

L’atmosphère de la Chambre des députés, en cet après-midi d'automne 1904, est électrique, saturée d'une odeur de tabac froid et de fureur contenue. Au perchoir, Guy de Villeneuve, député nationaliste au regard acéré, ne parle pas : il exécute. D’une voix blanche, il égraine des dizaines de noms, brisant le silence de plomb qui enveloppe les travées. Dans ses mains tremblent des liasses de papiers volés, des notes confidentielles rédigées sur le papier à en-tête bleu du Grand Orient de France. À chaque ligne lue, la République vacille. On y découvre l'impensable : la loge de la rue Cadet s'est muée en tribunal occulte. C'est elle qui valide ou brise les carrières des officiers de la nation française selon leur degré de soumission idéologique.

Sur le banc du gouvernement, le général Louis André, ministre de la Guerre, feint l'indifférence, le visage figé sous ses moustaches blanches. Mais la mise à mort politique est trop lente pour l'opposition. Soudain, un homme fend la foule des députés, traverse l'hémicycle d'une foulée rageuse. Gabriel Syveton, député de la Seine, se jette sur le vieux général. Le geste est d'une rapidité foudroyante : deux gifles magistrales s'abattent sur les joues du ministre de la Guerre. Les huissiers hurlent, les députés en viennent aux mains, les pupitres claquent dans un vacarme de fin du monde. La séance est levée dans le sang et les insultes. La France vient de découvrir la face cachée de sa gouvernance : l'affaire des fiches.

Le geste de Syveton, photomontage où figurent le général André, Camille Pelletan et Émile Combes, devant une batterie de casseroles (terme d'argot pour « délateur »).

Le laboratoire de la rue Cadet : l’inquisition en tablier

Pour comprendre la genèse de cette paranoïa, il faut quitter le tumulte du Palais-Bourbon et s'enfoncer dans le silence feutré de la rue Cadet, au siège du Grand Orient de France. Nous sommes au cœur de la bataille finale pour la laïcisation de l'État. Le gouvernement d’Émile Combes prépare activement la séparation des Églises et de l’État. Pour réussir ce séisme politique, les radicaux sont convaincus qu'ils doivent d'abord neutraliser l'armée, qu'ils considèrent comme le dernier bastion du catholicisme et de la réaction. Le général André, anticlérical obsessionnel, reçoit l'ordre de nettoyer les casernes. Mais l'administration militaire classique refuse de collaborer à cette épuration idéologique. C'est alors que le ministère passe un pacte secret avec le Grand Orient.

La franc-maçonnerie possède ce que l'État n'a pas : un réseau d'espionnage invisible et total, fort de milliers de "frères" disséminés dans chaque ville de province. Le secrétaire général de la loge, Narcisse-Achille Vadecard, accepte de transformer les structures maçonniques en un service de renseignement politique clandestin au profit du gouvernement. Les rapports affluent par milliers rue Cadet, où ils sont triés avec une rigueur régulière de fonctionnaire. Les officiers sont classés dans deux fichiers secrets : Corinthe pour les républicains dociles à promouvoir, et Carthage pour les catholiques à détruire. La compétence militaire s’efface définitivement devant l'allégeance aux loges.

La mesquinerie des carnets de "Carthage"

Le contenu de ces fiches, rédigé à la hâte par des notables locaux sous le sceau du secret maçonnique, révèle la mesquinerie absolue du système. On y traque la foi des épouses, les écoles des enfants et la présence aux offices. Les archives du scandale regorgent de ces mentions de conciergerie élevée au rang de raison d'État. Pour le commandant de Maissin, on écrit :

"Va à la messe avec un paroissien à la main. Antirépublicain farouche. À écarter."

Pour un autre, le crime est d'ordre familial :

"Fait élever ses enfants chez les Jésuites. Femme d'une piété agressive qui fréquente le clergé local."

Chaque maçon local — qu'il soit médecin, instituteur ou commerçant — devient le juge d'un colonel ou d'un commandant dont il épie la vie privée.

Les carrières des plus brillants officiers de France se brisent sur ces dénonciations anonymes validées par la rue Cadet. Le général André signe les décrets de promotion les yeux fermés, sur les seules recommandations du Grand Orient. L'ambiance dans les mess de garnison devient délétère : les officiers se regardent en chiens de faïence, sachant qu'un mot de trop devant le médecin major ou le trésorier de la loge locale peut anéantir vingt ans de service. Cette inquisition maçonnique ronge l'outil de défense nationale à l'heure exacte où, de l'autre côté du Rhin, l'Empire allemand modernise son armée à marche forcée.

Le baiser de Judas de Jean-Baptiste Bidegain

Mais toute machine clandestine porte en elle le germe de sa propre destruction. En l'occurrence, le grain de sable s'appelle Jean-Baptiste Bidegain. Adjoint du secrétaire général Vadecard et maçon de haut grade, il commence à ressentir un profond dégoût pour cette dérive policière qui transforme le Grand Orient en annexe occulte du ministère de la Guerre. Surtout, Bidegain a des dettes et un besoin urgent d'argent. Mis en contact par des intermédiaires avec les milieux nationalistes, il comprend la valeur politique des documents qu'il manipule chaque jour. Durant l'été 1904, profitant des bureaux désertés, il glisse sous son veston des centaines de fiches originales.

Bidegain livre son butin à l'opposition contre la somme colossale de 40 000 francs de l'époque. Le piège se referme sur le gouvernement. Lorsque Villeneuve monte à la tribune, le ministre de la Guerre tente de crier au complot et aux faux documents. C'est alors que le député sort les originaux, écrits sur le papier du Grand Orient, portant les annotations de la main même du cabinet du général André. La preuve de la compromission de l'État avec la maçonnerie est irréfutable. Le système s'effondre en direct sous les yeux d'une France stupéfaite de découvrir que ses généraux sont nommés par un pouvoir de l'ombre en pleine bataille constitutionnelle sur la laïcité.

Le prix du sang et les morts suspectes

Les répercussions du séisme politique sont immédiates et sanglantes. Le général André, humilié et giflé à la Chambre, doit démissionner. Quelques semaines plus tard, c'est le chef du gouvernement lui-même, Émile Combes, qui est emporté par le scandale. Le Grand Orient de France, acculé, doit sacrifier ses dirigeants pour sauver son influence politique à la veille du vote crucial de la loi de 1905. Mais l'épilogue de l'affaire se joue dans l'ombre. Le 8 décembre 1904, à la veille de son procès pour l'agression de l'hémicycle, Gabriel Syveton est retrouvé mort dans son cabinet de travail, la tête coincée dans son poêle à gaz. Suicide opportun ou assassinat d'État pour faire taire l'homme qui en savait trop ? Le mystère restera entier.

Le véritable coût de cette trahison se mesurera dix ans plus tard, dans la boue et le sang de l'été 1914. En privilégiant l'alignement maçonnique des officiers au détriment de leurs compétences stratégiques, l'affaire des fiches a placé des hommes médiocres mais « républicainement sûrs » à la tête des régiments. Face à l'invasion allemande, ces généraux de salon s'avèrent tragiquement incompétents. Dès le premier mois des combats, le général Joffre devra limoger en urgence 134 généraux incapables, les envoyant loin du front, à Limoges. La France paiera au prix fort, par des dizaines de milliers de jeunes vies fauchées lors de la bataille des Frontières, la paranoïa politique de la rue Cadet.

Description de cette image, également commentée ci-après

Bibliographie & références

  • Guyot, J., L'Affaire des fiches : un système de délation sous la IIIe République, Éditions Perrin, 2001.
  • Bidegain, J.-B., Le Grand Orient de France : sa doctrine, son action, ses documents, Librairie des Saints-Pères, 1905.
  • Larkin, M., Religion, Politics and Preferment in France since 1890 : La République des Fiches, Cambridge University Press, 1995.
  • Annales de la Chambre des députés, Journal officiel de la République française, Séances des 28 octobre et 4 novembre 1904.

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/des-loges-aux-tranchees-comment-le-270294

mercredi 19 février 2025

Sabaton, un groupe de metal suédois, sort un titre à la gloire d’Albert Séverin Roche, originaire de la Drôme, Premier Soldat de France

 

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Le groupe de métal suédois Sabaton vient de sortir un album de chansons dédiées aux héros de la Première Guerre mondiale. L’une d’entre elles raconte l’histoire de Albert Séverin Roche (1895-1939), originaire de la Drôme et proclamé 1er soldat de France par le Maréchal Foch. Le clip tourné en cinéma d’animation a dépassé en à peine 2 semaines le million de vues sur les réseaux. De quoi remettre en lumière ce soldat dont les faits d’armes ont marqué la guerre 14-18.

Aux premiers riffs saturés des guitares et à la voix rauque de leur chanteur, les suédois de Sabaton donnent  le ton. Au diable la chansonnette, voilà du rock lourd, très lourd. Le groupe vient de sortir un nouvel album à la gloire des soldats de la Première Guerre mondiale. Et voilà comment au pays des Vikings un hommage est rendu à un poilu drômois, Albert Séverin Roche : « Je me souviens de la première fois où j’en ai entendu parler. Je suis tombé sur lui par hasard en cherchant des histoires sur la 1ere guerre mondiale et ma première réaction a été « Whaou ! »… Ce gars-là est plus dur que Rambo ! Nous voudrions mettre la lumière sur ces personnages qui sont parfois oublié par l’histoire ».


Né à Réauville en Drôme provençale, Albert Séverin Roche a 19 ans lorsque la guerre éclate. Il s’engage contre l’avis de son père et est affecté au 30e bataillon de chasseurs puis au 27e bataillon alpin. Blessé à neuf reprises il s’illustre sur le front faisant prisonniers plus de mille soldats allemands

Christian Bernard, auteur du livre “Réauville en Drôme provençale : Grandes et petites histoires d’hier et d’aujourd’hui”, souligne la témérité d’Albert Roche : « Il y avait un poste avancé allemand qui était imprenable. Albert Roche a dit à son  capitaine : je vais partir avec 2 copains de nuit, on va ramper et comme j’ai remarqué que les allemands se réchauffaient en buvant un café dans leur casemate on balancera des grenades dans leur casemate. Là il avait fait au moins 12 prisonniers »

Les suédois du groupe Sabaton se sont documentés et mentionnent dans leurs paroles les décorations dont était titulaire ce fils d’exploitant agricole : chevalier et officier de la légion d’honneur, médaillé de la croix de guerre. Pour Tommy Falchero, arrière-petit-fils d’Albert Séverin Roche cette chanson est vécue comme une reconnaissance : « On a été surpris en premier lieu, on ne s’attendait pas à ce que cette histoire prenne autant d’ampleur et parte à l’international. Et bien évidemment on est fier qu’enfin l’histoire d’Albert Roche suscite de l’intérêt »

Le 1er soldat de France fait également la fierté de son village. Le maire de Réauville, parait-il, ne désespère pas de voire se produire le groupe dans sa commune. Les suédois de Sabaton ont déjà une date prévue en France cette année. Ils se produiront au Zénith de Paris le 21 avril et c’est complet !

La Dépêche : France3-régions

Biographie d’Albert Séverin Roche

https://www.fdesouche.com/2023/02/17/sabaton-un-groupe-de-metal-suedois-sort-un-titre-a-la-gloire-dalbert-severin-roche-originaire-de-la-drome-1er-soldat-de-france/

dimanche 17 novembre 2024

Un historien dévoile les scandales cachés lors de la Première Guerre mondiale

 

par Tocsin

avec Jean-Pierre Guéno – écrivain, historien et éditeur français

«Le 11 novembre cache aussi un scandale épouvantable. Alors que tout le monde savait depuis 3 jours que tout s’arrêterait le 11/11/1918, ça n’a pas empêché tout un tas de généraux de continuer leurs horreurs».

source : Tocsin

https://reseauinternational.net/un-historien-devoile-les-scandales-caches-lors-de-la-premiere-guerre-mondiale/

vendredi 15 novembre 2024

11 novembre 2024. Une histoire (très) résumée de la Première guerre mondiale et du grand suicide Européen

 

11 novembre 2024. Une histoire (très) résumée de la Première guerre mondiale et du grand suicide Européen (1/1)

La Première Guerre mondiale, souvent qualifiée de « Grande Guerre », mais aussi de suicide européen, fut un conflit majeur qui marqua profondément le début du XXe siècle. Elle s’étendit du 28 juillet 1914 au 11 novembre 1918, impliquant les grandes puissances mondiales et entraînant des répercussions politiques, économiques et sociales d’une ampleur sans précédent. À l’occasion de la commémoration du 11 novembre 2024, revenons brièvement sur les origines, le déroulement et les conséquences de cette guerre qui a redessiné la carte du monde et marqué l’Europe.

Origines de la Première Guerre mondiale

Les origines de la Première Guerre mondiale remontent à un enchevêtrement de rivalités politiques, économiques et militaires, mais aussi familiales entre les grandes puissances européennes. Les alliances militaires, formées dans un contexte de tensions croissantes, jouèrent un rôle clé dans l’escalade du conflit. L’Europe était divisée en deux blocs principaux : la Triple Alliance (composée de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie et de l’Italie) et la Triple Entente (formée par la France, la Russie et le Royaume-Uni). A la tête des principaux blocs, des membres proches ou éloignés de la même famille, qui, pour caricaturer un peu, préférèrent sacrifier leurs peuples et les amener à une boucherie sans nom, plutôt que de régler leurs histoires en famille.

L’élément déclencheur fut l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois, à Sarajevo le 28 juin 1914, par un nationaliste serbe. Cet événement provoqua une réaction en chaîne : l’Autriche-Hongrie, soutenue par l’Allemagne, déclara la guerre à la Serbie. Rapidement, le jeu des alliances fit basculer l’Europe entière dans la guerre.

Les premières phases de la guerre

Au début du conflit, de nombreuses nations s’attendaient à une guerre courte et décisive. Cependant, l’invasion de la Belgique neutre par l’Allemagne et l’entrée en guerre du Royaume-Uni transformèrent le conflit en une guerre totale. L’Allemagne déploya le plan Schlieffen, visant à vaincre rapidement la France avant de se tourner vers la Russie. Mais la résistance inattendue des forces franco-britanniques, marquée par la bataille de la Marne en septembre 1914, mit fin aux espoirs d’une victoire rapide allemande. Le front occidental se stabilisa, donnant naissance à la guerre de tranchées.

La guerre de tranchées : une lutte d’usure

De la fin de 1914 à 1918, le front occidental s’étendit de la mer du Nord aux frontières suisses, caractérisé par des tranchées opposées où soldats allemands et alliés s’affrontèrent dans des conditions inhumaines. La vie dans les tranchées était marquée par la boue, le froid, la faim et la menace constante des bombardements et des assauts ennemis. Des batailles meurtrières, telles que Verdun (1916) et la Somme (1916), symbolisèrent l’horreur de cette guerre d’usure. À Verdun, l’une des batailles les plus longues et les plus dévastatrices, près de 700 000 soldats furent tués, blessés ou portés disparus en dix mois.

La guerre ne se limita pas aux seuls théâtres européens. Elle prit une dimension mondiale avec l’implication des colonies et des puissances extérieures à l’Europe. Des troupes venues des colonies françaises, britanniques et allemandes furent engagées sur les fronts européens, apportant un soutien crucial. La campagne de Gallipoli (1915-1916) menée par les forces alliées contre l’Empire ottoman est un exemple marquant des combats qui eurent lieu en dehors du continent européen.

Le conflit s’étendit également au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie.

L’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917 fut un tournant majeur. En raison de la guerre sous-marine totale menée par l’Allemagne, qui attaquait sans discrimination navires militaires et marchands, le président Woodrow Wilson décida d’engager son pays aux côtés de la Triple Entente. L’arrivée de centaines de milliers de soldats américains et le soutien logistique renforcèrent considérablement les forces alliées.

Innovations militaires et nouvelles technologies

La Première Guerre mondiale fut un laboratoire d’innovations militaires. L’utilisation des mitrailleuses, des chars d’assaut (première apparition en 1916 lors de la bataille de la Somme), et des gaz toxiques (utilisés pour la première fois à grande échelle à Ypres en 1915) modifia profondément les tactiques de combat. L’aviation militaire fit également ses débuts, bien que limitée initialement aux missions de reconnaissance. Les dirigeables et les bombardiers légers furent employés pour semer la terreur au-delà des lignes de front, notamment lors des raids sur les villes britanniques.

Les sous-marins allemands, les fameux U-Boote, représentèrent une menace redoutable pour les navires alliés, mettant en péril les lignes de ravitaillement transatlantiques et contribuant à l’entrée des États-Unis dans le conflit.

L’année décisive de 1918 et la fin du conflit

L’année 1918 fut marquée par une série d’offensives décisives. L’offensive du printemps, lancée par l’Allemagne sous la direction du général Ludendorff, parvint à progresser de manière significative sur le front occidental. Cependant, les forces alliées, renforcées par l’arrivée des troupes américaines et mieux organisées sous le commandement unique du maréchal Foch, lancèrent une contre-offensive couronnée de succès, connue sous le nom de Seconde bataille de la Marne.

Les forces allemandes, épuisées et démoralisées, ne purent résister à cette poussée alliée. À l’intérieur de l’Allemagne, des troubles sociaux et des révoltes éclatèrent, accentuant la pression pour mettre fin à la guerre. Le 9 novembre 1918, l’empereur Guillaume II abdiqua et la République fut proclamée. Deux jours plus tard, le 11 novembre 1918, l’armistice fut signé à Compiègne, mettant officiellement fin aux combats.

Bilan humain et matériel

La Première Guerre mondiale fit plus de 18 millions de morts (militaires et civils) et environ 23 millions de blessés. Les pertes humaines furent particulièrement lourdes pour des pays comme la France, qui déplora la perte de près de 1,4 million de soldats, et l’Allemagne, dont les pertes s’élevèrent à plus de 2 millions de militaires. Les conditions de vie précaires, les maladies et la famine aggravèrent encore le bilan humain.

Le coût économique fut tout aussi dévastateur. L’Europe, autrefois centre de la puissance mondiale, sortit affaiblie et lourdement endettée, marquant la fin de sa domination économique. Les destructions matérielles furent massives, notamment en France et en Belgique, où les régions proches du front furent anéanties.

Conséquences politiques et géopolitiques

Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, entérina la fin de la guerre, mais ses clauses sévères, notamment envers l’Allemagne, semèrent les germes du ressentiment et contribuèrent indirectement à l’émergence du nazisme et à la Seconde Guerre mondiale. L’empire austro-hongrois et l’Empire ottoman s’effondrèrent, donnant naissance à de nouveaux États-nations en Europe centrale et au Moyen-Orient.

La Société des Nations (SDN) fut créée dans l’espoir de prévenir de futurs conflits, mais elle manqua de la capacité d’imposer ses résolutions, notamment en raison de l’absence des États-Unis.

Aujourd’hui, la Première Guerre mondiale reste dans les mémoires comme une tragédie qui transforma le monde. En France comme ailleurs en Europe, le 11 novembre est devenu un jour de commémoration nationale, rendant hommage aux millions de soldats tombés au combat.  En ce 11 novembre 2024, plus d’un siècle après la fin des hostilités, il est essentiel de se souvenir de la bravoure et des sacrifices consentis par tant d’hommes et de femmes,  mais aussi de réfléchir aux leçons que les Européens ont tiré (ou pas) de ce conflit dévastateur, qui a vu les élites européennes faire sciemment mourir des millions de leurs compatriotes…pour rien, ou alors vraiment pas grand chose.

Ouvrages généraux sur la Première Guerre mondiale

  1. Jean-Jacques Becker, Serge Berstein – Histoire de la Grande Guerre : 1914-1918 (Fayard)
  2. Antoine Prost – La Grande Guerre expliquée à mon petit-fils (Seuil)
  3. Jean-Yves Le Naour – La Première Guerre mondiale : De l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à la Société des Nations (Perrin)
  4. Pierre Miquel – La Grande Guerre (Fayard)
  5. Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker – 14-18 : Retrouver la guerre (Gallimard)

Études stratégiques et militaires

  1. François Cochet – La Grande Guerre : Fin d’un monde, début d’un siècle (Tallandier)
  2. David Stevenson – 1914-1918 : Histoire de la Première Guerre mondiale (Payot)
  3. Georges Blond – L’Agonie de la paix, 1914 (Grasset)
  4. Hew Strachan – La Première Guerre mondiale (Tempus)
  5. Ferdinand Foch – Mémoires pour servir à l’histoire de la guerre de 1914-1918 (Hachette)

Témoignages et journaux personnels

  1. Ernst Jünger – Orages d’acier (Gallimard)
  2. Maurice Genevoix – Ceux de 14 (Flammarion)
  3. Gabriel Chevallier – La Peur (Le Livre de Poche)
  4. Roland Dorgelès – Les Croix de bois (Albin Michel)
  5. Henri Barbusse – Le Feu (Folio)

Aspects sociaux et culturels de la guerre

  1. Stéphane Audoin-Rouzeau – Combattre : Une anthropologie historique de la guerre moderne (XIXe-XXIe siècles) (Seuil)
  2. Annette Becker – Les Cicatrices rouges 14-18 : France et Belgique occupées (Fayard)
  3. Nicolas Offenstadt – Les Fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999) (Odile Jacob)
  4. Rémy Cazals, Frédéric Rousseau – La Grande Guerre des civils : 1914-1918 (Privat)
  5. Jean-Pierre Guéno, Jérôme Pecnard – Paroles de Poilus : Lettres et carnets du front 1914-1918 (Librio)

Analyses politiques et géopolitiques

  1. Georges-Henri Soutou – La Grande Illusion : Quand la France perd la paix, 1914-1920 (Tallandier)
  2. Christopher Clark – Les Somnambules : Été 1914 : Comment l’Europe a marché vers la guerre (Flammarion)
  3. John Keegan – La Première Guerre mondiale (Perrin)
  4. Marc Ferro – La Grande Guerre 1914-1918 (Gallimard)
  5. Jean-Baptiste Duroselle – La Grande Guerre des Français 1914-1918 (Perrin)

Ouvrages thématiques spécifiques

  1. Jean-Yves Le Naour – L’Invention du front : 1914-1918, la modernité de la Grande Guerre (Seuil)
  2. Michel Goya – Sous le feu : La mort comme hypothèse de travail (Tallandier)
  3. Michel Bernard – Les Forêts de Ravel (La Table Ronde)
  4. Jean-Noël Grandhomme – Verdun 1916 : La bataille de la France (Perrin)
  5. Xavier Boniface – La religion des tranchées : Les prêtres et la Grande Guerre (Éditions du Cerf)

Littérature et œuvres artistiques inspirées de la guerre

  1. Erich Maria Remarque – À l’Ouest, rien de nouveau (Stock)
  2. Jules Romains – Les Hommes de bonne volonté (Gallimard)
  3. François Mauriac – Le Baiser au lépreux (Grasset)
  4. Joseph Kessel – L’Équipage (Folio)

Ressources complémentaires et ouvrages de synthèse

  1. Michel Winock – La France et les Français pendant la Première Guerre mondiale (Seuil)
  2. André Loez – 1914-1918 : Les refus de la guerre, une histoire des mutins (Gallimard)
  3. Lucie Aubrac – Ils partiront dans l’ivresse (Le Livre de Poche)
  4. Olivier Forcade, Philippe Vial, Rémy Porte – La Grande Guerre : Stratégies et bilans (PUF)
  5. Jean-Claude Delhez – La Première Guerre mondiale en 100 questions (Tallandier)

Photo  d’illustration : wikipedia (cc)
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mardi 3 septembre 2024

Georges Muller, un héros de 14-18, honoré par les sous-officiers d’aujourd’hui

 

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Il n’est pas une année sans que les nombreuses et nouvelles promotions de nos prestigieuses écoles militaires de France ne reçoivent un nom de baptême. Figures inspiratrices, ces modèles choisis doivent permettre à nos militaires de devenir ce dont notre pays a besoin : des héros. Désormais élevé au panthéon de nos figures nationales, que le sergent Georges Muller, par sa vie, puisse guider la 370e promotion de l’École nationale des sous-officiers d’active de Saint-Maixent (ENSOA).

Notre héros est né le 8 octobre 1893 à Voujeaucourt, dans le Doubs. Fils de la terre de France et d’agriculteurs, il devient bûcheron avant d’effectuer son service militaire en 1913. Appelé au front, il prend part aux combats dès les premières heures de la Première Guerre mondiale. Commence alors, pour le jeune deuxième classe Muller, quatre longues années de lutte durant lesquelles il traverse plus de 46 champs de batailles dont les plus célèbres sont Verdun, Douaumont et le Chemin des Dames. Lors de ces heures sombres, il fait preuve d’une très grande bravoure, comme lorsqu’il part « courageusement chercher le corps de son officier tué et tombé à côté d’une mitrailleuse ennemie ». Cet acte héroïque et chevaleresque lui vaut d’être cité à l’ordre de la brigade le 29 juin 1916. En 1917, il est encore cité à l’ordre du régiment, du corps d’armée et de la division, où il est reconnu comme « un très bon sous-officier »« un fusilier-mitrailleur d’une très grande bravoure […] donnant à tous le plus bel exemple ».

« Au-dessus de tout éloge »

Malheureusement, le 10 juillet 1918, un valeureux sous-officier, parmi tant d'autres braves soldats, perdit sa vie pour la France. Le sergent Georges Muller, alors à son poste de combat devant Tinqueux (Marne), est prêt à repousser l’une des nombreuses et dernières contre-attaques allemandes sur la ville de Reims. Faisant son devoir, il est alors fauché par la mort. Recevant à titre posthume la croix de guerre avec étoile de vermeil, il est encore décrit comme ayant été un « sous-officier d’un courage et d’une conscience au-dessus de tout éloge [ayant] trouvé une mort glorieuse ». Comme un ultime hommage rendu à ce fils du Doubs, la France honore son sacrifice, le 11 mars 1920, en lui décernant la médaille militaire.

Plus d’un siècle après, notre pays n’oublie pas ce courageux soldat et perpétue sa mémoire. Ainsi, au matin de ce jeudi 8 février 2024, sur la place d’arme de l’ENSOA, la 370e promotion des sous-officiers de Saint-Maixent a été baptisée au nom de ce héros et a reçu, selon les mots du général de division Stéphane Canitrot« son héritage, ce supplément d’âme qui pousse au dévouement et à l’excellence ». Pour les 300 sous-officiers présents, émus et fiers, Georges Muller « porte un message éternel : rien n’est plus beau que de donner sa vie pour les autres ».

Nous ne pouvons qu’espérer que cette nouvelle promotion en appelle de nombreuses autres à suivre son engagement pour la France et au sein de cette école de Saint-Maixent, au cœur du pays niortais. Cette prestigieuse institution se fera aussi bientôt la fierté d’accueillir, au cours de cette année, la flamme olympique avant son départ définitif pour Paris. Le musée du Sous-officier aura aussi le plaisir de rouvrir et d’accueillir à nouveau un vaste public afin de transmettre, toujours et auprès du plus grand nombre, l’esprit et l’histoire des sous-officiers de France.

Eric de Mascureau

dimanche 18 août 2024

Marie Sautet, la plus généreuse marraine des Poilus

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Photo : Marie Sautet reçoit les insignes des 8è et 16è Bataillons de Chasseurs à pied, sur la Place d’Armes à Metz, le 14 juillet 1928.(Archives municipales de Metz)

Marie Sautet est née à Metz en 1859. Marraine des Poilus, elle confectionna plus de 250 000 colis pour les soldats pendant la Première Guerre mondiale. Décédée en en 1937, elle a eu des obsèques nationales.

L’idée des marraines de guerre a germé à la fin de l’année 1914, lorsqu’on a compris que la guerre allait durer et que le moral des troupes commençait à flancher. Le mot « marraine » emprunté au vocabulaire religieux signifiait aux candidates qu’il s’agissait ni plus ni moins d’un engagement devant Dieu à se substituer aux parents, à la famille, par un soutien hautement moral. Pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale, de nombreuses marraines de poilus adressèrent des lettres et des colis à leurs filleuls mobilisés, par patriotisme, par charité, parfois par romantisme, voire plus si affinités… Marie incarna, elle, le sens du devoir moral poussé à l’extrême. […]

Lorsque la guerre éclate en 1914, Alfred et Marie mènent une vie laborieuse de commerçants et d’épargnants à Paris. Ils n’ont pas d’enfants. Lui est trop vieux pour s’engager. Alors ils décident rapidement d’adopter des régiments entiers, notamment des Bataillons de chasseurs à pied. Les époux choisissent alors de consacrer entièrement leur temps et leurs économies à venir en aide aux soldats partis au front. Dans la journée, Marie court la capitale pour trouver des victuailles, du tabac et du linge destinés à « ses enfants ». La nuit, elle confectionne des paquets, des milliers de paquets : 1 400 par semaine ! Elle embauche des ouvrières pour l’aider. Elle écrit des lettres, elle répond à toutes celles qu’elle reçoit, elle n’écoute que sa grande bonté naturelle, elle n’arrête pas. Elle n’hésite d’ailleurs pas à se rapprocher du front par tous les transports possibles pour aller porter elle-même ses colis ! Sa chienne Mèmère est du voyage… Le résultat dépasse l’imagination : Marie Sautet fera parvenir à « ses régiments » plus de 250 000 colis !

Après la guerre, les époux Sautet, ruinés, vivent dans la misère sans se plaindre. Heureusement, certains filleuls survivants l’apprennent et se cotisent pour leur offrir une fin de vie décente. Alfred est mort en 1936 à Paris. Marie meurt en 1937 à la Maison de retraite des Petits-Ménages à Issy-les-Moulineaux. Elle avait conservé dans sa petite chambre une malle contenant 125 000 lettres de « ses enfants » !

Elle est enterrée au cimetière du Père Lachaise auprès de son époux qui, refusant les honneurs, disait d’elle : « C’est ma femme qui a tout fait ! ». À Paris, le 29 octobre 1927, au milieu de l’impressionnante cour des Invalides, le général Gouraud, gouverneur militaire de Paris, avait remis la Légion d’honneur à ce tout petit bout de bonne femme en noir, dont la vie fut un modèle de charité chrétienne.

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https://www.fdesouche.com/2017/11/12/marie-sautet-la-plus-genereuse-marraine-des-poilus/

lundi 1 juillet 2024

Les origines secrètes de la Première Guerre Mondiale

 

par Eric Delcroix.

Il existe de multiples thèses sur les causes de la Première Guerre mondiale. Pour certains, c’est l’Allemagne qui est coupable. Pour d’autres, c’est la Russie et le clan belliciste français qui ont poussé à l’affrontement. Pour d’autre, c’est le jeu mécanique de l’enchaînement des alliances qui a rendu la guerre totale inévitable. Sans oublier, bien entendu, la thèse marxiste qui considère que la Première Guerre mondiale était provoquée par le capitalisme.
La thèse qui est présentée ci-dessous met en cause les puissances anglo-saxonnes. C’est une thèse qui vaut d’être présentée et débattue car on ne peut connaitre la vérité historique que par la confrontation des points de vue.

On connaît le mot de Mitterrand, reflet de l’esprit bien conditionné du temps, après deux guerres mondiales : « Le nationalisme c’est la guerre ». La formule est remarquable, car elle révèle la cause fondatrice de l’Union européenne incapacitante sous l’égide américaine (cf. Jean Monnet). C’est pourquoi ce machin s’est enfermé dans une philosophie droit-de-lhomesque, puis post-soixante-huitarde, au point que sa conscience est incarnée par Daniel Cohn-Bendit.

Mais les mensonges des vainqueurs sont parfois encore remis en cause, spécialement quand aucune loi ne vient figer la recherche historique, même si les travaux inopportuns peinent, comme c’est le cas ici, à trouver un éditeur à grande diffusion et l’écho qu’ils méritent dans la presse.

Dans un ouvrage passionnant, « L’Histoire occultée – Les origines secrètes de la Première Guerre Mondiale », Gerry Docherty et Jim MacGregor préviennent le lecteur dès leur introduction : « On a créé une histoire soigneusement falsifiée pour dissimuler le fait que c’est la Grande-Bretagne, et non l’Allemagne, qui était responsable de la guerre ». Avec beaucoup moins de bases documentaires, mais une réelle intuition, Léon Degrelle (1906-1994) avait déjà développé ce thème (« Hitler né à Versailles, Le Traquenard de Sarajevo », 1986). Il est d’ailleurs symptomatique que de nombreuses archives compromettantes aient fait l’objet de destructions systématiques. D’autres furent accaparées par des institutions privées américaines, sous la responsabilité du futur président des États-Unis, Herbert C. Hoover, à la tête d’une gigantesque entreprise à cette fin (plus de mille agents !), avec chantage à l’aide alimentaire à la clef. C’est ainsi que Hoover mettra la main sur les archives du ministère des Affaires étrangères allemand, obtenues de Friedrich Ebert (1919), mais aussi sur celles du régime tsariste, obtenues de Milioukoff, ancien ministre du gouvernement de Kerenski, et entreposées en Finlande. Exit donc ces archives inopportunes…

Les réseaux de la ploutocratie

Au départ, il y a eu l’organisation d’une coterie de capitalistes britanniques, à l’initiative de Cecil Rhodes (1853 – 1902), fondateur notamment de la compagnie diamantaire De Beers (et qui donnera son nom à la Rhodhésie). Rhodes avait constitué une organisation secrète de puissants capitalistes britanniques désireux d’assurer la suprématie mondiale de la Grande-Bretagne, organisation pérenne soutenue dès l’origine par un Rhodes Trust. MM. Docherty et MacGregor constatent : « Ceci allait, drapé dans la grande bannière de la civilisation, devenir une société secrète sans précédent. Non seulement reposerait-elle sur le privilège et la fortune, mais elle serait en outre également protégée de toute critique et dissimulée derrière un voile d’altruisme. »

Les Anglo-saxons sont particulièrement doués pour constituer des coteries et sociétés secrètes, ce qui est avéré au moins depuis la fondation de la franc-maçonnerie spéculative (1717) et ce que confirme, avec les États-Unis, entre-autres une Pilgrim’s Society (1902) sur laquelle nous allons revenir grâce à nos deux historiens. Les contempteurs systématiques des théories du complot, très « tendance », persuadés de la transparence cristalline consubstantielle de toute vie politique, peuvent se passer de lire plus avant et ignorer les travaux de MM. Docherty et MacGregor…

Ainsi, en février 1891, Cecil Rhodes fonde, avec quelques riches compères très haut placés, sa société secrète impérialiste et ploutocratique, la « société des Élus » ou premier cercle, qui sera suivi d’un un second cercle plus ouvert, l’« association des Aides », complété plus tard par la « Table ronde » (Round table, 1910-1914) recrutant des acteurs ou intervenants utiles. Les membres de la Table ronde, nous dit-on, « avaient une approche quasi-maçonnique-jésuite » de leur mission, mission étendue dès lors à tout le monde anglo-saxon.

Les premiers réseaux de Rhodes, poussés par son fondateur, se feront la main en provoquant la très cruelle guerre des Boers (1899-1902), afin de s’emparer de sites aurifères des républiques constituées à la fin du XIXe siècle par les Afrikaners, le Transvaal et de l’État libre d’Orange. Les Britanniques inventeront à cette occasion, rappelons le, les camps de concentration, pour isoler les combattants boers de leur milieu humain, femmes, enfants, parents…

Mais l’oligarchie ploutocratique mobilisée par Rhodes, dite aussi « Élite secrète », au-delà de la mort de leur initiateur et de la main-mise sur l’or et le diamant d’Afrique du sud, va se préoccuper d’une question de bien plus grande ampleur.

« Les membres de cette élite secrète n’étaient que trop conscients du fait que l’Allemagne allait rapidement être sur le point de dépasser la Grande-Bretagne dans tous les domaines de la technologie, de la science, de l’industrie et du commerce (…) [Son] unification avait doté l’Allemagne d’un nouveau statut au sein de l’Europe continentale, et on ne douta guère à partir de 1890 qu’elle allait devancer, et la Grande-Bretagne et la France ». Pas d’état d’âme chez ces impérialistes : l’Allemagne devait être détruite ; l’Allemagne serait détruite.

Préparer la guerre pour abattre l’Allemagne

« Les hommes ne partaient pas en guerre sur un coup de tête. Il était nécessaire de mener une propagande massive et conséquente afin de créer une « menace » allemande qui précipiterait la population britannique dans une haine débordante vis-à-vis de l’Allemagne et du Kaiser Guillaume II (…) L’Élite secrète estimait que l’Allemagne représentait le plus grand le plus grand et le seul obstacle à sa prise du pouvoir mondiale ; elle créa par conséquent un croquemitaine germanique et le para de ses propres vices ». Aussi fallait-il préparer l’opinion publique, sans lésiner sur les moyens, les mensonges en attribuant à l’autre « de ses propres vices » et donc le projet de domination du monde.

Pour parvenir à ses fins, L’Élite secrète allait recruter des agents d’influence, et tout d’abord le roi Édouard VII lui même, qui derrière ses célèbres pérégrinations festives, sera un infatigable agent d’influence anti-germanique jusqu’à sa mort (1910). La préparation de la guerre contre l’Allemagne passant notamment par l’Entente cordiale avec la France (1904), une réelle connivence avec la Belgique de Léopold II (1906), et l’entretien de bonnes relations avec la Russie… Tout en soutenant le Japon, en lui fournissant, avec l’appui des banques de Londres, les bâtiments qui lui permettront de battre la flotte du Tsar à Tsushima (1905). Dès 1906, des militaires britanniques font des relevés topographiques en Belgique, car ils connaissent le plan Schlieffen et savent donc que les Allemands, s’il y a une guerre avec la France, pour pallier une situation obsidionale devront traverser la Belgique…

Le chef de file, le « cerveau » de cette cabale souterraine sera un personnage de l’ombre sur lequel on aimerait avoir quelques lumières, Alfred Milner (1854-1925). Apparemment, on sait toujours assez peu de choses encore sur cet étrange germano-britannique… Wikipedia anglophone nous apprend tout de même que ce Milner est né à Giessen (Grand duché de Hesse) et a fait ses études supérieures à Tubingen puis à Oxford, avant d’être promu vicomte en Angleterre. Milner n’aura de cesse de provoquer la guerre contre la jeune Allemagne unifiée et s’entourera de ses propres agents, ce qu’il appellera son « jardin d’enfants » (selon Wikipedia, en allemand son « Kindergarten » !).

L’Élite secrète recrutera nombre de figures célèbres, tels James Balfour, Nathaniel Rothschild ou Winston Churchill et le Premier ministre Asquith et, malheureusement aussi Rudyard Kipling.

En France, elle, joue les « revanchards », Clémenceau, Poincarré et Delcassé ; en Russie elle compte sur le Tsar, mais surtout sur sur le ministre des Affaires étrangères Sazonov et l’ambassadeur Isvolski. Et c’est ce dernier, stipendié, lui, par Londres, qui, avec Poincaré et l’argent russe, corrompt la presse française (cf. cabale contre Caillaux, partisan d’une normalisation des relations franco-allemandes qui aboutira comme on sait à l’assassinat du directeur du Figaro par l’épouse du diffamé, en mars 1914).

Provoquer la guerre sous un discours pacifiste…

Les futurs belligérants entraînés derrière la Grande-Bretagne seront mis patiemment en place, au fil d’une grosse dizaine d’années : les dominions au nom de l’unification impériale (Canada, Australie, Nouvelle Zélande et Afrique du sud), la France, la Belgique (qui obtiendra des garanties au Congo – 1906), la Russie et le Japon. Mais , avec la Table ronde et à travers notamment la Pilgrim’s society précitée, l’Élite secrète s’implantera solidement aux États-Unis au nom cette fois de l’unité de la « race anglo-saxonne » et recrute Rockefeller et J.P. Morgan. La toile du bellicisme ploutocratique anglo-saxon s’établira ainsi pour la première fois à l’échelle du monde, esquisse du futur mondialisme. La guerre pour la destruction de l’Allemagne sera mondiale, toute autre approche belliqueuse contre cette puissance confiante dans sa réussite eût été trop risquée…

Lloyd George, brillant orateur populaire britannique, qui s’était opposé à la guerre des Boers, se laissera circonvenir cette fois, tenu qu’il sera par « un riche train de vie et le sexe » au dessus de sa condition. Bref, il avait toujours besoin d’argent, l’Élite secrète en avait à foison et maîtrisait évidemment la corruption active. Lloyd George conviendra cependant après la guerre : « La dernière chose que l’orgueilleux Kaiser voulait, c’était une guerre européenne » !

Les frictions récurrentes entre l’Allemagne et la France au sujet du Maroc (1905-1911) n’avaient pas permis le cassus belli souhaité par l’Élite secrète, aussi allait-elle chercher autre chose : elle voulait la guerre ; elle en avait les moyens ; elle l’aurait.

À partir de l’attentat de Sarajevo (28 juin 1914), sur fond de connivence douteuse russo-serbe, on assistera à « l’orchestration d’une réaction disproportionnée de la Russie, de la France et de la Grande Bretagne … ».

Mais était-ce suffisant ? Les semaines passaient en tractations et, pis, en bons offices… Aussi une provocation subsidiaire fut-elle organisées (« plan B »). Qui ne se souvient d’une scène forte de La Fille de Ryan (David Lean, 1970) où un bateau présumé allemand, nimbé de brume, largue sous le vent des ballots flottants d’armes qui s’échouent sur une plage, à destination des rebelles républicains irlandais ? Seulement, si les 1500 fusils de contrebande et de vieille facture était bien allemands, le, ou plutôt les deux bateaux, des yachts, battaient pavillon britannique… Cela se passait le 26 juillet 14, devant le village de Howth, l’Asgard qui appartenait à Erskine Childers, ami de Churchill, alors premier Lord de l’Amirauté, et le Chotah à Sir Thomas Myles, chirurgien honoraire de George V, et qui sera récompensé par l’Ordre du Bain (ça ne s’invente pas !). Bien sûr, à Howth l’armée britannique avait été prévenue et tuera ainsi des Irlandais, causant l’effet médiatique souhaité… L’industrie anglo-saxonne de la provocation, de Napoléon à Saddam Hussein, toujours nappée de moraline, est d’une inégalable efficacité.

Alors que la Russie commençait en secret sa mobilisation, ce même 26 juillet, George V justement, conviait à dîner le prince Henri de Prusse, frère cadet du Kaiser, dont le yacht relâchait à l’île de White. Et, entre la poire et le fromage, le roi lui affirma, au regard de la crise ouverte à Sarajevo, « nous resterons neutre ». L’information fut immédiatement télégraphiée à Berlin, rassurant Guillaume II. « Le Kaiser fit naturellement grand cas de cette promesse. Il s’agissait de quelque chose de bien plus estimable que des boniments de politiciens. Il avait la parole d’un roi ».

D’une guerre à l’autre

L’Histoire occultée – les origines secrètes de la Première Guerre Mondiale, ne traite pas des suites de la Première Guerre mondiale, hormis quant à l’escamotage planifié des preuves.

Mais l’ouvrage de MM. Docherty et Mac Gregor doit stimuler la curiosité du lecteur au-delà du sujet précis traité. En effet l’Élite secrète n’a probablement pas disparu avec le déclenchement de la guerre en 1914. En 1939, ne retrouvera-t-on pas une situation identique à celle de 1914, vu de la City et de Wall Street ? Et qui peut douter que l’oligarchie anglo-saxonne ait perduré, avec Churchill ; qui peut douter que l’oligarchie mondialiste d’aujourd’hui soit son dernier état ? Si l’on en croit le Précis d’histoire contemporaine (Hatier, Paris, 1947) : « Six ans d’autarcie avaient fait de l’Allemagne, en 1939, le plus grand pays industriel du monde. »

Il aura fallu une nouvelle guerre de trente ans, 1914-1945. Germania delenda est.

Pour les soi-disant marxistes antifascistes et autres post-marxistes, passés du matérialisme dialectique à l’idéalisme moralisateur, à l’image de Daniel Cohn-Bendit, c’est le nationalisme et non le capitalisme qui porte en soi la guerre. Eh bien non, la ploutocratie, c’est la guerre !

source : Strategika

https://reseauinternational.net/les-origines-secretes-de-la-premiere-guerre-mondiale/

mardi 28 mai 2024

À propos des responsabilités dans la Première Guerre Mondiale

 

par Jean-Claude Manifacier.

“Platon m’est cher, mais la vérité m’est plus chère encore”  Aristote

Cet article, partant d’un exemple précis, celui des responsabilités dans la Première Guerre Mondiale, aborde le problème de l’influence du quatrième pouvoir : Le Pouvoir médiatique. Suivant les sondages, il apparaît que près de 70% des citoyens interrogés ne font plus confiance aux médias. Ceux qui manifestent aujourd’hui dans les rues depuis des mois ne seront pas surpris par ce résultat, tant il est clair que les journalistes officiant dans les grandes chaînes de TV ou de la presse écrite, appartenant à de grands groupes industriels du CAC 40 ou du capitalisme financier, sont des portes paroles étrangers à leurs préoccupations. Nous savons aussi d’autre part, et les esprits libres mieux que quiconque, que comme le disait l’accusateur public Fouquier-Tinville : “Donnez moi une phrase de quelqu’un et je le ferai pendre”.

A la fin du 19ème siècle, la Grande-Bretagne est la puissance dominante, son empire colonial s’étend du Canada jusqu’à la Nouvelle Zélande. Dans les livres récents de Gerry Docherty et Jim MacGregor : l’Histoire Occultée, Les origines secrètes de la première guerre mondiale. (Editions Nouvelle Terre, 2017 1, 2 et de Carroll Quigley, Histoire Secrète de l’Oligarchie Anglo-américaine (Le Retour aux Sources, 2015), The Anglo-American Establishment, (New York, Book in Focus, 1981 3, 4), ces auteurs détaillent l’organisation d’une aristocratie ploutocratique et mondialiste qui, dans sa volonté de contrôler la marche du Monde, organisera la première guerre mondiale WWI, détonateur de la deuxième WWII.

 « L’Histoire a été soigneusement falsifiée pour dissimuler le fait que, contrairement à l’article 231 du traité de Versailles en 1919, c’était la Grande-Bretagne, désireuse de conserver sa suprématie mondiale et non l’Allemagne, qui était responsable de la guerre ». (Gerry Docherty et Jim MacGregor : l’Histoire Occultée, Les origines secrètes de la première guerre mondiale – Editions Nouvelle Terre, 2017)

Le coût de cette entreprise sera : 16 millions de morts, la destruction d’une civilisation européenne enracinée et la prééminence des USA dans les affaires d’un monde futur unipolaire.

L’Allemagne de Guillaume II au tournant du XXème siècle

L’Allemagne obtiendra, entre 1901 et 1932, 25 prix Nobel en physique et chimie, plus que ceux attribués à l’Angleterre, France, USA et Russie. La qualité de la production allemande deviendra telle que le Parlement anglais devra imposer l’étiquetage : « Made in Germany », ce qui, loin de diminuer les achats par le public, deviendra au contraire un label de qualité.

Une « Élite secrète » sera créée en 1891 à Londres par Cecil John Rhodes. Elle aura pour objectif de garantir une domination Anglo-Saxonne sur le monde. L’Elite secrète avait le contrôle, et la puissance financière afférente, des mines d’or et de diamants d’Afrique du Sud (suite à la guerre des Boers). Ses membres les plus importants seront, outre C. Rhodes : Reginald Balliol Brett (alias Lord Esher), Alfred Milner, William T. Stead et Lord Nathaniel Rothschild.

L’Allemagne dépassant en cette fin du 19ème siècle la Grande-Bretagne, dans les domaines industriels, commerciaux et scientifiques, devenait un danger dont il fallait se débarrasser. Dans des buts identiques, la société des Pèlerins sera inaugurée à Londres en juillet 1902 et à New York en janvier 1903. Par la suite, la Table ronde sera créée par Milner en 1909.

Aux USA, la conquête de l’Ouest, le déracinement des amérindiens, les guerres contre le Mexique et l’Espagne seront caractéristiques d’un programme politique impérialiste : « La Destinée Manifeste ». Le livre « Our Country » du père Josiah Strong populaire à la fin du 19ème siècle, exprime, comme pour l’Élite secrète en Angleterre : “ Sa conviction que le peuple anglo-saxon est la race supérieure qui finira par dominer le monde ”.

La vision à long terme de l’Élite secrète sera de construire l’Alliance Anglo-Franco-Russe pour la future guerre contre l’Allemagne. Dans cette aventure la France, où à l’école comme dans les casernes l’Allemagne était présentée comme un monstre sanguinaire, y voyait une occasion de reconquérir l’Alsace-Lorraine et la Russie d’obtenir un port sur le Bosphore pour contrôler la navigation et l’accès à la Méditerranée.

Des responsables politiques importants : Herbert Asquith, Richard Haldane et Sir Edward Grey, élaboreront une stratégie que le Roi Edouard VII approuvera au cours d’une réunion de l’Elite secrète à Balmoral. La Triple Entente aura pour but d’encercler l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Plus tard, David Llyod George et Winston Churchill rejoindront l’Élite.

Guillaume II

Il sera présenté par une presse anglaise sous influence comme méprisant, imprévisible et belliciste, mais aucune preuve concrète n’est jamais donnée. Des romans populaires parlent d’espions et d’une Allemagne construisant une flotte pour envahir l’Angleterre. Cette volonté de puissance allemande est un montage de l’Élite. La flotte anglaise restera toujours très supérieure à celle de l’Allemagne, tout comme les activités colonialistes anglaises (et françaises).

La guerre achevée, aucun plan d’invasion de l’Angleterre, ni de construction massive de cuirassés, ne sera jamais trouvé, pas plus que de jeune fille belge violée ou d’enfant belge amputé d’une main. Des documents comptables, montreront que le budget d’armement dans le domaine maritime était pour l’Angleterre de 2 à 3 fois plus important que celui de l’Allemagne. En 1907 dans une lettre confidentielle, l’amiral Sir John Fisher de la commission impériale de la Défense écrit au roi Edouard VII: “La flotte britannique est quatre fois plus puissante que la flotte allemande, mais nous ne voulons pas en faire étalage devant le monde entier”.

Le Kaiser favorisera toujours les solutions diplomatiques plutôt que militaires.

Ce sera le cas pour les crises marocaines d’Algésiras (1906) et d’Agadir (Traité franco- allemand de Fez, 1911) où l’Élite espérait une occasion de guerre. Ainsi que celle des Balkans, où redoutant une guerre entre la Russie et l’Autriche-Hongrie il interviendra pour un rapprochement avec la Serbie.

Guillaume II, George V et Nicolas II sont cousins, petits fils ou arrière petit-fils de la reine Victoria. Le Kaiser était très proche de sa grand-mère dont il tiendra la main pendant son agonie en 1901. Le 30 Juillet 1914, il enverra un télégramme à Nicolas II, lui rappelant qu’en arrêtant la mobilisation des troupes russes à la frontière avec l’Allemagne et l’Autriche il a le pouvoir d’avertir WWI. Il écrit : “ Mon amitié pour vous a toujours été une cause sacrée ”.

Guillaume II, empereur depuis 1888, sera d’ailleurs à l’occasion de ses 25 ans de règne encensé dans un article du New York Times comme un artisan de paix, (NYT, 8 juin 1913).

Le journaliste, Andrew Carnegie déclarera : “le monde civilisé et les partisans de la paix tiennent à vous féliciter à l’occasion de votre jubilé”. S’il n’a jamais commencé une guerre, on ne peut pas en dire autant de l’Angleterre ou des USA.

Le Président Woodrow Wilson, proche de l’Élite, sera réélu en 1916 avec le slogan « Wilson nous maintient en dehors de la guerre ». En 1917 il créera la commission Creel pour faire accepter l’entrée en guerre par des américains majoritairement pacifistes. Le publicitaire et neveu de Freud, Edward Bernays sera très actif dans le cadre de cette commission. Il deviendra le père de l’Agence de Relations Publiques que l’on appelle aujourd’hui la Com et des Spin Doctors spécialistes du double speak d’Orwell. Son livre Propaganda, en version libre sur internet, montre que la propagande politique au XXe siècle n’est pas née dans les régimes totalitaires, mais au cœur même de la ‘démocratie libérale américaine’.

L’affiche US ci-contre est un exemple (1917) de cette diabolisation du Kaiser.

La presse US se déchainera alors et un article élogieux pour l’Allemagne, comme celui du NYT en 1913, deviendra impensable. En effet, l’empire financier JP Morgan achètera, en 1915, 25 parmi les plus importants quotidiens américains et placera ses propres éditeurs dans le but de contrôler la presse écrite. Ce « contrat » qui est toujours d’actualité, a pour objet de supprimer des colonnes éditoriales tout ce qui n’est pas conforme aux intérêts dont ils sont les serviteurs. Le congressiste Oscar Calloway dénoncera ce monopole à la chambre des Représentants le 9 février 1917 (U.S. Congressional Record February 9, 1917, page 2947).

Cette ligne politique suivie sera ensuite structurée par JP Morgan et ses collègues Warburg et Rockefeller. L’organisation est aujourd’hui connue sous le nom de « Council of Foreign Relations (CFR) ». On notera aussi que W. Churchill, dès la déclaration de guerre, fera couper les câbles transatlantiques reliant les empires centraux aux USA, l’Angleterre prendra ainsi le contrôle de l’information vers le futur allié US.

Le piège se referme : « Un ultimatum inacceptable »

Tout en étant ignorant de l’existence de l’Élite, Guillaume II, voyait parfaitement ce que tramait le roi Edouard VII contre son pays. Il signera avec son cousin Nicolas II l’accord secret Russo-Allemand de Björkö en juillet 1905. C’est une preuve convaincante que l’Allemagne n’avait aucune intention de s’attaquer à la Russie. Les manipulations diplomatiques de l’Élite feront que cet accord ne sera pas ratifié.

Le 28 juin 1914, l’archiduc François-Ferdinand et son épouse Sophie seront assassinés par Gavrilo Princip à Sarajevo. Le ministère austro-hongrois des Affaires étrangères dépêcha le docteur Friedrich von Wiesner pour évaluer les implications de la Serbie dans ce meurtre.

Dans le télégramme qu’il envoya à son gouvernement le 13 juillet, von Wiesner confirmait cette implication.

Certains journaux britanniques considèreront que les demandes autrichiennes étaient justifiées. Asquith, pourtant 1er ministre anglais, dans l’intimité d’une lettre à son amour platonique Venetia Stanley, reconnaitra : “Sur beaucoup de points, si ce n’est sur la plupart, l’Autriche a parfaitement raison et la Serbie est totalement dans son tort…”

A la faveur d’un dîner privé, le 26 juillet 1914, offert au frère cadet du Kaiser, le prince Henri, le roi George V promit : « Nous essaierons de nous tenir en dehors de tout cela, et nous resterons neutres ». Le Kaiser fit naturellement grand cas de cette promesse. Ce n’était pas le boniment d’un politicien, « Il avait la parole d’un roi ».

Par la suite, le secrétaire d’État US Robert Lansing retirera une phrase clef du texte qui précisait l’implication de la Serbie. Cette altération délibérée laissait à croire que le Dr von Wiesner pensait que la Serbie était innocente. Ce sera un des éléments qui permettront, lors de la rédaction du Traité de Versailles de faire reposer l’entière responsabilité de la guerre sur l’Allemagne et l’Autriche. Le soutien de Guillaume II à l’Autriche dans le cas d’une attaque contre la Serbie fut présenté par la suite comme un chèque en blanc, un ultimatum. Ce fut une déformation majeure de l’Elite secrète, mais ce n’était absolument pas le cas, le Kaiser n’admettait tout simplement pas le soutien de son cousin le Tsar aux régicides serbes. Ce mensonge délibéré faisant du Kaiser un instigateur de la guerre accéda au statut de vérité de l’Histoire officielle et c’est ce que les étudiants apprennent aujourd’hui dans leurs livres.

Le Traité de Versailles

Le 28 juin 1919, tout sera choisi pour humilier les allemands. Lors de la signature de l’Armistice, galerie des glaces à Versailles, des gueules cassées sont placées sur le parcours des signataires allemands. Auparavant, ils avaient été conduits à travers les territoires détruits : “Vous êtes responsables de tout cela”. Les Allemands seront exclus des négociations de paix, ce qui ne s’était jamais produit dans toute l’histoire des traités. On comparera avec le Congrès de Vienne (1815) où le ministre français des Affaires étrangères Talleyrand jouera un rôle important.

Llyod George déclarera lors de la signature :

“Messieurs, ce n’est ni le temps ni le lieu de discours superflus. Vous avez devant vous les représentants des nations qui se sont unies pour  résister à une guerre qui nous a été imposée pendant plus de quatre ans d’une façon tout à fait cruelle. Vous voulez la paix, nous sommes disposés à vous l’accorder. Voici le livre concernant nos dispositions. (400 clauses, toutes très dures pour une Allemagne qui est responsable de tout)”.

L’Angleterre obtiendra toute la flotte et, avec la France et la Belgique, les colonies africaines allemandes. L’Allemagne perdra 13% de son territoire, dont le corridor de Danzig, ville de 350 000 habitants où plus de 96% sont allemands ! « Le droit des peuples à disposer d’eux- mêmes », un des 14 point de la doctrine Wilson, qui était de plus ségrégationniste dans son pays, ne s’appliquera pas aux vaincus. On notera aussi, que ces 14 points sont très favorables au gouvernement bolchevique de Russie où des aides sont prévues.

Quelques déclarations de politiciens français et anglais

A l’occasion du centenaire du début de la guerre puis du Traité de Versailles, il y a eu en France de nombreuses émissions à la radio et à la télévision. La doxa officielle n’aura pas varié : l’Allemagne est la cause de tout.

Les déclarations ci-dessous de différents responsables politiques favorables au conflit sont référencées (accessibles sur Google) et caractéristiques d’une absence d’empathie. Ces déclarations qui contredisent fortement les responsabilités allemandes ne sont généralement pas rapportées dans les médias. Dans certaines émissions et sur Wikipédia, il est cependant parfois noté que l’Allemagne n’était pas la seule responsable, mais sans autre précision.

Joseph Caillaux, ministre, est favorable à une alliance avec l’Allemagne.

L’Elite secrète et l’ambassadeur russe en France, Alexandre Isvolski, subventionneront une presse nationale majoritairement anti-boche et assoiffée de revanche depuis la défaite de 1871. Si la population est très va-t-en-guerre, il existe un bloc important de ministres pacifistes. Henriette Caillaux tire en mars 1914 sur Gaston Calmette, directeur du Figaro qui traînait son mari pacifiste dans la boue. Mobilisé, il déclarera en 1914 en désignant l’état-major : “Ceux qui sont là-dedans ne savent rien, ne comprennent rien. Ils ne savent pas à quel ennemi nous avons à faire, ils ne comprennent pas que nous sommes lancés – par qui ? – dans une guerre effroyable… Comment finira-t-elle ? Moi, je voulais éviter cela”. Il sera poursuivi pour complicité avec l’ennemi après la guerre !

Jean Jaurès, député radical socialiste et pacifiste intégral, sera assassiné le 31 juillet 1914 par un revanchard exalté.

Jaurès envisageait de déclencher une grève générale européenne pour marquer l’opposition de la classe ouvrière à la guerre. Cette pression revancharde est telle que lui-aussi, prendra ses distances devant la tombe de Jean Jaurès. Il décrira la guerre comme un crime, mais comme un crime inévitable. C’est précisément ce que refusait Jaurès qui est mort pour avoir crié, qu’on pouvait empêcher la guerre. Jouhaux déclarera : “ Je crie devant ce cercueil toute notre haine de l’impérialisme et du militarisme sauvage qui déchaîne l’horrible crime … Non, camarades, notre idéal de réconciliation humaine ne sombre pas… C’est l’ombre du grand Jaurès qui nous l’atteste”. En fait ce que dit l’ombre du grand Jaurès contredit totalement les propos du Jaurès réel. Jaurès avait déclaré, le jour de sa mort au ministre A. Ferry, qu’ii dénoncerait le lendemain dans l’Humanité le bellicisme de la France et de la Russie

Raymond Poincaré, un homme proche de l’Elite

Le samedi 1er juillet 1916, il y a cet écrit singulier du Président Poincaré depuis le palais de l’Élysée : “ Le sang coule à flot au nord de la Somme, pendant ce temps le soleil joue à travers les arbres de l’Elysée. Ormes, sycomores, acacias, marronniers d’Inde ont des airs de toutes nuances qui font dans la lumière une harmonie délicieuse. Ramiers, merles et petits oiseaux s’ébattent sur la pelouse. Là bas à Verdun ou dans la Somme, meurent des milliers de braves.”

Winston Churchill, une personnalité inquiétante, “borderline”

Dans une lettre écrite à sa femme : “Ma chérie, nous approchons d’une catastrophe et cela me rend heureux. C’est horrible d’être comme cela, n’est ce pas…Pour rien au monde je ne voudrais être en dehors de cette délicieuse guerre”. Lettre du journal de Margot Asquith, Janvier 1916 ; publié par Oxford University Press, juin 2014.

Margot Asquith écrira aussi :“Quel étrange personnage ! Il aime vraiment la guerre. Il serait très triste si on lui annonçait que la guerre est finie. Son cœur n’a aucune imagination “.

Margot Asquith’s Great War Diaries. “Insolent’ Churchill, ‘ignorant’ Kitchener: waspish wartime diaries of Margot Asquith”. (The Guardian, 8 juin 2014).

“Je pense qu’une malédiction me poursuit – parce que j’adore cette guerre. Je sais qu’elle détruit les vies de milliers de personnes à chaque moment – et malgré tout – je n’y peux rien – j’en aime chaque seconde”. Winston Churchill, lettre à sa femme Clémentine (1916)

En 1918, alors qu’il se trouve à l’hôtel Ritz, il écrit : “J’essaie aussi de faire en sorte que les Allemands reçoivent une bonne première dose de gaz moutarde avant la fin du mois. C’est très gratifiant d’entendre leurs gémissements dans la défaite”.

Grand responsable de WWI, il écrira un quart de siècle plus tard, dans son livre : Great Contemporaries, (The Reprint Society, London 1941), p. 28 : “L’Histoire, doit être plus charitable et acquitter William II d’en être le comploteur et l’organisateur”.

David Llyod George, un homme politique manipulateur et sans principe.

Premier ministre de George V, il déclare devant le Parlement anglais en 1917 à l’occasion de l’abdication du Tsar Nicholas II allié de l’Angleterre: “L’Angleterre a achevé l’un de ses objectifs les plus importants”. Lors de la prise du pouvoir par les bolcheviques en Russie, à la demande d’asile politique de Nicolas pour lui-même et sa famille, George V abandonne son cher cousin et Llyod George répondra que ce n’était pas opportun, famille et domestiques seront ensuite assassinés. Au moment de la rédaction du traité de Versailles, il demandera l’extradition de Guillaume II à la Hollande où il s’était réfugié pour qu’il soit jugé. Il souhaitera publiquement qu’il soit pendu. En 2018, le journal anglais The Independent rappellera un fait jamais publié. Lloyd George étant Premier ministre, l’aviation anglaise bombardera, en 1918, dans le Nord de la France le château où était censé se trouver Guillaume II.

Dans ses mémoires, Llyod George conviendra : “La dernière chose que l’orgueilleux Kaiser voulait c’était une guerre européenne”.

Nihil est sine ratione

L’Angleterre était la grande puissance thalassocratique au 19ème siècle. Les Etats–Unis assurent aujourd’hui, avec le contrôle de l’OTAN, cette volonté de domination anglo-saxonne sur le monde.

Le Chancelier Bismarck, en constituant dans les années 1880 avec l’Autriche-Hongrie et la Russie « la Ligue des trois empereurs » (The Dreikaiser bund), avait compris le danger que représentait l’Angleterre. A l’occasion du Congrès de Berlin en 1878, Benjamin Disraeli déclarera: Notre objectif principal était de prévenir toute alliance entre les trois puissances centrales européennes et “Je déclare qu’aucun succès diplomatique ne fût aussi parfaitement obtenu”. (Disraeli and the Art of Victorian Politics, Ian St John, Anthem Press et La vie de Disraeli, André Maurois, livre de poche Gallimard, 1967).

George Friedman déclarera, le 4 Février 2015 à l’occasion du Chicago Council on Global Affairs : “La Russie représente la seule force qui pourrait nous menacer et nous devons nous assurer que cela n’arrivera pas. L’intérêt primordial des USA pour lequel nous avons fait des guerres pendant des siècles : WWI, WWII et la guerre froide a été la relation entre l’Allemagne et la Russie… Je veux parler ici de la technologie et du capital allemand avec les ressources naturelles russes et la main d’œuvre russe comme la seule combinaison qui fait très peur aux USA depuis des siècles”.

Conclusion :

Il y a près de 36 000 communes en France. Dans chacune on trouve un Monument aux Morts de la 1ère Guerre mondiale où, à la suite de la liste des morts, il est souvent écrit : POUR QUE LA FRANCE VIVE ou, POUR QUE LA FRANCE DEMEURE LIBRE. La menace allemande était un montage de l’Elite. On pourrait remplir des pages de déclarations bellicistes faites par des hommes politiques anglais ou français, de tracts de propagande outranciers voire de mensonges. Les représentants actuels de l’Elite anglo-saxonne pourraient aujourd’hui déclarer : “Aucune manipulation médiatique ne fut aussi parfaitement obtenue”. Je ne sais pas si ce mensonge sera un jour publiquement démasqué. Il existe de nombreux livres, voir par exemple ci-dessous 1 à 7, qui écrivent la vérité mais ils ne sont jamais cités ou référencés car ce sont les universitaires conformistes qui occupent les chaires académiques. Dans une émission récente sur la chaîne française France 4, un soldat canadien à la fin de la guerre, écrivait à sa mère : “J’espère que vous ne me condamnerez pas pour avoir épousé une fille dont le père est allemand. Rosa est très gentille et sérieuse et a été très aimable avec moi. S’il vous plaît, ne la condamnez pas avant de la voir”. Une telle lettre montre l’impact de la propagande médiatique germanophobe dans un pays lointain comme le Canada.

Peut-être que, dans le futur, les Européens verront ces monuments dédiés à des millions de morts comme une condamnation de l’Utopie mondialiste ou des tentations unipolaires. On ne peut qu’être inquiet car, par projection accusatoire, tous les articles et émissions TV, dans tous les grands médias occidentaux, répandent dans presque tous les pays la haine du nationalisme.

La propagande est toujours aussi massive et les exemples récents de deux présidents US, Bush père, qui, pour rendre sa guerre du Golfe acceptable, inventa, à défaut de mains coupées, des bébés koweitiens sortis des couveuses et Bush fils qui délégua son ministre Colin Powell pour brandir son éprouvette d’anthrax devant l’ONU, ne sont pas rassurants. Le drame aujourd’hui, dans notre monde occidental façonné par les médias, est que des dirigeants peuvent mentir sans aucun risque pour leurs carrières ni, apparemment, pour leurs consciences.

Références :

1 – Gerry Docherty et Jim MacGregor, deux livres : l’Histoire Occultée, Les origines secrètes de la première guerre mondial. Editions Nouvelle Terre, 2017

2 – Jim MacGregor et Gerry Docherty, 1914-1918, Prolonger l’Agonie : Comment l’oligarchie anglo-américaine a délibérément prolongée la Première Guerre mondiale de trois ans et demi, tome 1, Editions Nouvelle Terre 2018

3 – Carroll Quigley, Histoire Secrète de l’Oligarchie Anglo-américaine, Le Retour aux Sources,

2015, The Anglo-American Establishment, New York, Book in Focus, 1981

4 – Carroll Quigley, Tragedy and Hope : A history of the World in Our Time, New York, The Macmillan Company, 1966

5 – Patrick J. Buchanan, Churchill, Hitler and the Unnecessary War, Three Rivers Press, 2008

6 – Nick Kollerstrom, How Britain initiated both world wars, Autoédition, CreateSpace Independent Publishing Platform, No copyright 2017

7 – H .H. Asquith, letters to Venetia Stanley, rassemblées par Michael et Eleanor Brock, Owford – University Press, 1982

8 – Olivier Reboul, La Rhétorique, Que sais-je ?, PUF, 1993

source : http://www.france-irak-actualite.com/2019/11/a-propos-des-responsabilites-dans-la-premiere-guerre-mondiale-wwi-2.html

https://reseauinternational.net/a-propos-des-responsabilites-dans-la-premiere-guerre-mondiale/