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mercredi 21 août 2024

Juillet 1794 : les carmélites de Compiègne, dernières victimes de la Terreur

 

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Au crépuscule de son existence, la Terreur n’a pas cessé sa macabre besogne. Dix jours avant la chute de Robespierre, dit l’Incorruptible, le 17 juillet 1794, les seize malheureuses carmélites de Compiègne sont les tristes martyres de l’odieux crime révolutionnaire. Par leur courage, leur dignité ainsi que par leur piété lors de leur ascension vers l’échafaud, elles ont marqué à jamais les spectateurs présents lors de cette sordide exécution, précédée d'une parodie de justice.

De la protection des rois à la persécution des révolutionnaires

Avant ces jours sombres de la Révolution, la communauté religieuse du carmel de Compiègne coulait des jours heureux. Installées dans la ville et dans leur monastère depuis 1648, les filles spirituelles de sainte Thérèse d’Avila passent la majorité de leur temps à prier pour le monde à l’abri des regards, sous la protection des rois de France. Mais avec la disparition de l’Ancien Régime s’évanouit le précieux soutien qu’il apportait à ses protégées.

Dès lors, les nouvelles lois promulguées par les révolutionnaires bouleversent la vie des ordres religieux en France, dont celle des carmélites de Compiègne. Le 2 novembre 1789, les biens du clergé sont confisqués, provoquant ainsi la perte de leur habitat. Heureusement, elles obtiennent le droit de continuer de vivre dans leur ancien domaine… temporairement. L’interdiction de prononcer des vœux religieux, jugés contraires aux idéaux de liberté par les révolutionnaires, perturbent aussi le fonctionnement de la petite communauté. La benjamine des carmélites, Sœur Constance, se voit dans l’impossibilité de prononcer ses vœux perpétuels et reste donc novice dans l’espoir, un jour, de pouvoir se mettre pleinement au service de Dieu comme ses sœurs.

Après l’abolition de la monarchie en 1792, les persécutions religieuses se font plus fortes, en France. Nos carmélites sont ainsi expulsées de leur ancien monastère le 14 septembre et sont obligées de prêter le serment Liberté-Égalité imposé par la Révolution. Ce serment exige « d’être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l’égalité ou de mourir en la défendant ». Officiellement rendues à la vie civile, les religieuses continuent cependant officieusement leur vie religieuse. Dispersées dans Compiègne chez de courageux habitants, elles se retrouvent discrètement afin de continuer à prier. Cependant, sentant l’étau mortifère de la Révolution se resserrer sur elles, les carmélites, désormais clandestines, se disent prêtes à s’offrir en holocauste « pour que la paix soit rendue à l’Église et à l’État ». L'occasion de ce sacrifice pour le bien de la France ne tarde pas à venir.

« Elles ont l’air d’aller à la noce »

La Terreur, installée par le vil Comité de salut public, est un ogre qui demande sans cesse du sang pour étancher sa soif. Ainsi, quiconque est suspecté d’être un ennemi de la Révolution et de ses intérêts est sacrifié et envoyé à la guillotine. Cette folie se propage dans toute la France et arrive à Compiègne. Nos seize carmélites sont arrêtées le 22 juin 1794, puis emprisonnées dans leur ancien couvent devenu prison, avant d’être transférées à la Conciergerie, à Paris, le 12 juillet. La parodie de procès, dirigée par le Tribunal révolutionnaire, a lieu cinq jours plus tard, le 17 juillet. La veille, les religieuses célébraient la fête de leur ordre, celle de Notre-Dame du Mont-Carmel. Mais tout ceci n’émeut en rien les juges pour qui le verdict est déjà acquis. Il ne leur reste qu’à trouver des prétextes. Ces derniers portent alors sur deux points : le fanatisme, par la volonté des religieuses de rester prisonnières de leurs vœux, et la sédition, par la présence du Sacré-Cœur dans leurs affaires, « preuve » d'un ralliement aux brigands de Vendée. Avec ces accusations, le tribunal, sans aucun scrupule, les condamne toutes à être guillotinées le jour même.

Amenées en charrette jusqu’à la place de la Nation, les carmélites, vêtues de blanc, ne cessent de chanter en chemin. Les témoins, impressionnés par leur dignité, respectent silencieusement les derniers instants des religieuses. Certains vont même à dire qu'« elles ont l’air d’aller à la noce ». Pour se donner du courage en cet ultime instant, elles entonnent le chant du Veni Creator, renouvelant ainsi leurs vœux. Arrivées au pied de l’échafaud, elles sont appelées par le bourreau Sanson : d'abord, la toute jeune Sœur Constance, encore novice, avant que ne suivent les quinze autres religieuses qui continuent de chanter et de prier dans l’attente d’être exécutées. La dernière suppliciée fut la mère supérieure, Thérèse de Saint-Augustin, qui aura vu toutes ses filles périr avant qu’elle-même ne rejoigne à son tour son Créateur.

Leurs corps et leurs têtes sont ensuite jetés par les révolutionnaires, comme de coutume, à la fosse commune du cimetière de Picpus. Cette histoire, révélant encore une fois l’un des nombreux excès macabres de la Révolution, est aussi le témoin d’un événement extraordinaire. En effet, par un accomplissement céleste ou par coïncidence, les vœux des carmélites de s’offrir en holocauste « pour que la paix soit rendue à l’Église et à l’État » se réalisa dix jours après leur exécution quand, avec la chute de l’Incorruptible, la Terreur s’achève enfin.

Les carmélites sont béatifiées par le pape Pie X, le 27 mai 1906.

Note de BV : Voir aussi ce documentaire qui s'appuie sur les travaux récents de la recherche historique et raconte la véritable histoire des Carmélites de Compiègne. Le film suit le travail de la petite équipe carmélitaine qui oeuvre à la cause de canonisation, et offre des témoignages de personnes touchées par les Bienheureuses. Une coproduction KTO/DE GRAND MATIN 2024 - Réalisation François Lespés.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 23/07/2024 à 10:50.
Eric de Mascureau

mercredi 14 février 2024

Controverse sur la Terreur : Jean-Joël Brégeon vs Jean-Clément Martin

 

Les confrontations entre historiens sont toujours éclairantes. Ainsi, le 29 décembre dernier, l’émission Historiquement show, présentée par Jean-Christohe Buisson sur la chaîne Histoire,   avait invité Jean-Clément Martin, pour son livre « La Terreur. Vérités et légendes » (Perrin), Jean-Joël Brégeon, auteur avec Gérard Guicheteau d’un ouvrage sur « Les tyrannosaures de la République »  (Éditions du Rocher) et Tamara Kondratieva pour son livre « Bolcheviks et Jacobins. Itinéraire des analogies » (Les Belles Lettres).

Comme on pouvait s’y attendre, Jean-Clément Martin soutient que la Terreur n’a jamais existé. Selon lui, c’est une invention des thermidoriens après la chute de Robespierre. Une thèse que Jean-Joël Brégeon s’est empressé de démolir, exemples à l’appui. « Moi, ce qui m’intéresse ce sont les faits », dira-t-il. Les “tyrannosaures de la République” qu’il évoque ont bien existé. Et leurs paroles, leurs écrits et leurs actes témoignent de la réalité de la Terreur en action. Loin de l’abstraction évoquée par Jean-Clément Martin, Brégeon énonce des faits. Irréfutables.

Face à cet implacable réquisitoire, l’avocat de Robespierre qu’est J.C. Martin reste coi. Une excellente émission, à diffuser sans modération.

Voir l’émission, c’est ici.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2018/01/10/86033/controverse-terreur-jean-joel-bregeon-vs-jean-clement-martin/

mercredi 13 décembre 2023

La déportation des Basques sous la Terreur

 

24/11/2017 – 06h00 Bayonne (Breizh-info.com) – Il n’y a pas que la Vendée qui ait souffert de populicide (terme utilisé par le révolutionnaire Gracchus Babeuf dans son pamphlet « Du système de dépopulation… » ) sous la Révolution.

Peu d’ouvrages ont été consacrés à la déportation des Basques du Labourd et des confins bas-navarrais en ce tragique mois de février 1794. Des archives disparues dans des incendies ou des traces effacées intentionnellement n’ont laissé subsister que des mémoires conservées dans certaines familles et des inscriptions recueillies au XIXe siècle par quelques chercheurs courageux sur les tombes dans les cimetières encore intacts jalonnant le chemin de croix des déportés.

On peut dater le début de la tragédie du 4 frimaire an II (25 novembre 1793), lorsque l’assemblée du Conseil général de la commune de Chauvin-Dragon (Saint-Jean-de-Luz), du comité de surveillance et des commissaires de la société révolutionnaire «considérera que la commune de Sare a constamment manifesté la haine la plus marquée contre la Révolution, que cette commune n’est habitée que par des aristocrates (…) des traîtres et des criminels » ce qui doit « lui attirer l’animadversion de tous les patriotes et la vengeance républicaine » (…) « arrête, que les Représentants du peuple, près l’armée des Pyrénées-Occidentales, seront invités à faire effectuer dans le plus court délai possible l’évacuation totale de la commune de Sare, en envoyant les laboureurs dans les départements du Lot et de Lot-et-Garonne, les marins et les charpentiers sur les vaisseaux et dans les chantiers de la République, les artisans dans les communes d’Auch et Condom, à déposer les vieillards et les infirmes des deux sexes ainsi que les enfants hors d’état de travailler dans les maisons nationales de quelques départements éloignés, faire vendre les grains de la commune de Sare à celle de Chauvin-Dragon, les foins et pailles aux fonctionnaires des armées de la République, les bestiaux dans les foires et marchés voisins »

Une bonne partie des communes labourdines et des confins bas-navarrais subirent le même sort.

En février 1794, par un froid intense, le long cortège des suppliciés s’étira jusque des contrées éloignées – au Cantal et en Lauraguais – accompagné de charrettes où l’on avait jeté pêle-mêle ceux qui ne pouvaient marcher par eux-mêmes : vieillards, femmes en train d’accoucher, enfants en bas-âge et grabataires.

Soumis à des travaux forcés, publics ou chez les particuliers, les rares survivants ne furent autorisés à rentrer au Pays Basque que huit mois plus tard, pour trouver leurs maisons dévastées, pillées et brûlées, la terre en friche ou les récoltes volées, les bourgs vidés de leur population. La ruine était totale. Elle provoqua un appauvrissement dans le pays, cause d’émigration de générations de jeunes basques, une décadence de l’esprit civique et, partant, une atonie dans la vie politique au XIXe siècle.

Alexandre de La Cerda tente de réparer cette injustice en publiant chez l’éditeur Cairn cet ouvrage intitulé « La déportation des Basques sous la Terreur ».

Membre de l’Académie des Jeux Floraux, lauréat de l’Académie française, du Prix « Renaissance des Arts », du Prix d’Honneur de la culture basque décerné par la Ville de Bayonne et la Société d’Études basques « Eusko Ikaskuntza » ainsi que du Prix Biltzar des écrivains du Pays Basque, Alexandre de La Cerda a créé la première station régionale basque et gasconne « Radio Adour Navarre ».

Collaborateur de nombreux médias de la presse écrite et audiovisuelle, il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages consacrés à l’histoire et à la culture de la région.

Le livre d’Alexandre de La Cerda a été publié aux éditions Cairn (168 pages, 14€).

Crédit photo :DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2017/11/24/82651/histoire-deportation-basques-terreur/

mercredi 16 août 2023

Le Charnier de la République, horreur de la Grande Terreur

 

L'été : l'occasion pour beaucoup de se plonger enfin dans ce livre dévoré des yeux toute l'année sans pour autant avoir eu le temps de le lire. À cette occasion, BV vous propose une sélection de ses meilleures recensions. Aujourd'hui, Le Charnier de la République.
À ceux qui se demanderaient (et ils sont sûrement nombreux) quelles sont ces fameuses « valeurs de la République » dont nous parle sans cesse le courageux et efficace Gérald Darmanin, Joachim Bouflet offre ici, indirectement, une réponse précise, complète et argumentée. Son livre, Le Charnier de la République, publié par les toujours excellentes Éditions Salvator, s'intéresse à la période de la Grande Terreur à Paris, en juin et juillet 1794. Du 14 juin au 27 juillet 1794, précisément, près de 1.300 personnes ont été guillotinées, le plus souvent après des parodies de jugement. Un grand nombre d'innocents, parfois arrêtés à cause d'une simple homonymie avec des « suspects » qui n'avaient, eux-mêmes, rien fait de mal.
Joachim Bouflet est méthodique, rigoureux. Il est remonté aux sources de la bienfaisante idéologie républicaine : « Le vaisseau de la République ne peut arriver au port que sur une mer rouge de sang », disait, en 1793, Bertrand Barère, rapporteur du Comité de salut public. Comme quoi la Révolution, ce sont encore ses partisans qui en parlent le mieux. Pendant ces six semaines immondes, des femmes enceintes, des vieillards infirmes, des jeunes filles gracieuses, des garçons à peine majeurs sont condamnés pour des conspirations imaginaires. Les procureurs de ces tribunaux d'exception ont des faces de gargouille, sont laids et sales, éructent, rabaissent tout : le plus connu est Fouquier-Tinville, mais l'auteur nous en fait découvrir d'autres, tout aussi cauchemardesques. C'est un tableau atroce de ce que la nature humaine peut produire de plus minable et de plus abominable.
Pour accueillir les dépouilles de ces victimes innocentes, la République a dû faire preuve d'une répugnante ingéniosité : à deux pas de la place du Trône-Renversé (aujourd'hui place de la Nation), une fosse commune est creusée. Le gouvernement républicain tentera de faire oublier sa soif de sang inextinguible, mais ce cimetière restera dans l'Histoire : c'est Picpus. Sous cette terre qui recouvrit tant de simples « citoyens », ceux à qui on avait écrit une Déclaration des droits mais qu'on maltraitait bien davantage que sous la monarchie, il y eut des pères tués avec leurs enfants, il y eut des royalistes et des indifférents, et même des républicains idéalistes. Il y eut des poètes, comme Antoine Roucher et André Chénier. Il y eut enfin, pour les lecteurs de Bernanos, les fameuses carmélites de Compiègne, inspiratrices des dialogues du même nom, qui montèrent à l'échafaud en chantant des cantiques.
Il faut lire ce livre bref, impeccablement documenté, qui remet le régime républicain à sa juste place, proche de la fosse commune. Joachim Bouflet n'en est pas à sa première enquête sur une imposture : il a démonté le mythe de Marthe Robin dans un ouvrage irréfutable. Il s'attaque désormais à cette autre « fraude mystique » qu'est la foi en la République, quel que soit le numéro qu'elle porte et les hommes, d'État ou de paille, qui prétendent la gouverner.
Arnaud Florac

mercredi 16 juillet 2014

La fin héroïque du Saint de l’Anjou

C’était un quatorze juillet, quatre ans après la décollation du gouverneur Launay par les assaillants de la forteresse de la Bastille.
En 1793, un homme s’éteignait en prières sur les bords de la Loire. Son nom : Jacques Cathelineau. A 34 ans, il était généralissime de l’Armée catholique et royale de Vendée.
Roturier, artisan -il était colporteur-, père de famille et pieux catholique, Cathelineau fut le symbole le plus éclatant des soubassements populaires de l’insurrection vendéenne. Né au coeur des Mauges, sa foi guidait sa vie simple puis le mena au combat, lorsque l’orage se mit à gronder dans le ciel de France. Devenu capitaine de paroisse, il s’imposa rapidement tant il était respecté de ses hommes. Au milieu des autres officiers vendéens, aux relations souvent orageuses, Cathelineau tranchait par sa simplicité. Celui que l’on surnommait déjà « le Saint de l’Anjou » devint alors généralissime de l’Armée catholique et royale.
Trois semaines après sa nomination au rang de généralissime, débuta l’attaque de Nantes. Les Vendéens espéraient conquérir la capitale des Ducs de Bretagne : un tel évènement aurait fait basculer la guerre en faveur des Blancs. 40 000 des siens le suivaient. Le 29 mai, les Vendéens se présentaient devant la grande ville bleue, verrou de tout l’Ouest. Une fois dans la ville tant désirée, Cathelineau se porta place Viarme (actuelle place des Agricculture). Le destin allait-il sourire aux Blancs et à leur pieux généralissime ? Las ! Embusqué au niveau d’une fenê^tre donnant sur la place, un tireur bleu ajusta Cathelineau. Ce dernier fut touché à l’épaule. Le soldat républicain avait pris soin de mâcher le projectile avant de tirer : la blessure s’infecta. Stupeur chez les Blancs. Epouvantés, les Vendéens reculèrent et quittèrent la ville. Le siège de Nantes se soldait par un échec.
Le Saint de l’Anjou fut transporté vers les bords de la Loire, à Saint-Florent-le-Vieil.
Après une agonie de quinze jours, Cathelineau expira le 14 juillet 1793.
Il fut amèrement regretté, tant par ses hommes que par les autres généraux de l’Armée catholique et royale. Un Français demeuré fidèle à sa foi était tombé. Pis, son absence n’allait pas arranger les relations détestables existant entre chefs vendéens. Les nuages s’ammoncelaient sur la Vendée héoïque et fidèle, qui allait bientôt devenir martyre.
In memoriam.
Merci au Rouge et le Noir

mardi 23 juin 2009

« Les femmes ont-elles une âme ?» : mensonges et désinformation


« Lors de chaque combat livré par des femmes, on affirme qu’en 585, un concile s’est tenu à Mâcon pour trancher d’une épineuse question : la femme a-t-elle une âme ? On écrit là-dessus comme s’il s’agissait d’un fait historique démontré. D’autres interviennent alors – non moins opportunément – pour s’écrier qu’il s’agit d’une légende, tout juste bonne, comme toutes les légendes, à jeter aux orties. Il faut dire la vérité. Si l’on consulte la liste complète des conciles, on s’aperçoit qu’il n’y a jamais eu de concile de Mâcon. En revanche, on trouve en 586 – et non en 585 – un synode provincial à Mâcon. Les «Actes» en ont subsisté. Leur consultation attentive démontre qu’à aucun moment, il ne fut débattu de l’insolite problème de l’âme de la femme. Le synode s’est borné à étudier – avec un grand sérieux – les devoirs respectifs des fidèles et du clergé.
Alors ? D’où vient cette légende si solidement implantée ? N’aurait-elle aucune base ? Si. Le coupable est Grégoire de Tours. Il rapporte qu’à ce synode de Mâcon, un évêque déclara que la femme ne pouvait continuer à être appelée «homme». Il proposa que l’on forgeât un terme qui désignerait la femme, la femme seule. Voilà le problème ramené à son exacte valeur : ce n’était point un problème de théologie, mais une question de grammaire. Cela gênait cet évêque que l’on dît les hommes pour désigner aussi bien les femmes que les hommes. L’évêque trouva à qui parler. On lui opposa la Genèse : « Dieu créa l’homme mâle et femelle, appelant du même nom, homo, la femme et l’homme. » On lui rappela qu’en latin, « homo » signifie : créature humaine.
Personne ne parla plus du synode de Mâcon jusqu’à la Révolution française. En pleine Terreur, pour défendre les femmes dont on voulait fermer les clubs, le conventionnel Charlier, en une belle envolée oratoire, demanda si l’on était encore au temps où on décrétait, « comme dans un ancien concile, que les femmes ne faisaient pas partie du genre humain ». Le 22 mars 1848, une citoyenne Bourgeois devait franchir une nouvelle étape dans l’altération des textes. A la tête d’une délégation du Comité des «Droits de la femme», elle remettait aux membres du gouvernement provisoire une pétition tendant à obtenir le droit de vote pour les femmes et commençant par ces mots : « Messieurs, autrefois, un concile s’assembla pour décider cette grande question : savoir si la femme a une âme… » Bouclée, la boucle. Les quelques lignes de Grégoire de Tours, définitivement déformées, étaient entrées dans le patrimoine définitif de la crédulité publique. »
Alain Decaux – Histoire des Françaises (Librairie Académique Perrin, Paris, 1972, pp.133-134) (via Dia)
http://www.fdesouche.com/

mercredi 30 janvier 2008

L'Émigration, résultat d'une épuration idéologique


COMMENTANT, dans notre n° du 15 mai 1975, l'Histoire de l'Emigration (1789-1814) que Ghislain de Diesbach venait de publier chez Grasset, notre grand ancien Robert Poulet (1893-1989) écrivait: « Ce qui s'est produit en 1789-1793, l'élimination d'abord spontanée, ensuite forcée, d'une classe, dégénérée par l'intérieur et par l'extérieur, mésalliances, incurie, abus de la spéculation intellectuelle, devrait être un grand exemple pour ceux de nos contemporains qui se préparent si étourdiment à former l'Emigration de demain. Je crains cependant que la leçon ne soit perdue, comme elle l'a toujours été pour les dirigeants des civilisations déclinantes, puisqu'on doit reconnaître qu'ils commettent toujours les mêmes erreurs. » Encore, à l'époque, nos pays ne connaissaient-ils pas le white flight qui, parti d'une Angleterre envahie par ses anciens sujets du Commonwealth, incite désormais tant d'Européens à déserter leur ville, voire leur pays natal pour aller chercher dans des lieux encore préservés un asile où l'avenir et même la vie de leurs proches seront mieux assurés.
C'est dire que la réédition, cette fois dans une collection de poche accessible à tous, de cette Histoire de l'Emigration* vient à son heure tant certaines leçons restent actuelles. Ghislain de Diesbach signale certes l'effet de mode et d' entraînement auquel cédèrent certains aristocrates (qui, un lustre plus tôt, avaient parfois été enragés de philosophie) mais, moins sévère que Robert Poulet, il démonte la politique de terreur qui fut systématiquement utilisée par les Grands Ancêtres pour inciter ou contraindre à la fuite tous les cadres comme on ne disait pas alors - qui, par leur autorité temporelle ou spirituelle, étaient susceptibles de s'opposer à l' avènement de l'homme et du peuple nouveaux issus des Lumières. Les religieux étant les premières cibles de cette « épuration idéologique» (mais aussi ethnique, la réaction étant assimilée à une race). «Ainsi désignés comme les ennemis naturels du genre humain, écrit ainsi notre éminent ami, les malheureux prêtres insermentés sont condamnés soit à émigrer, soit à mourir de faim dans un pays qui, suivant l'une de ses expressions favorites, "les vomit de son sein". Pendant la quinzaine de Pâques, les persécutions se multiplient à l'égard des ecclésiastique et des fidèles désireux de pratiquer librement le culte romain. Tout rassemblement est aussitôt travesti en complot et puni comme un crime de lèse-nation. Les Girondins vont accélérer le vote de mesures exceptionnelles de sûreté contre le clergé et soutiennent une motion demandant la déportation de tout prêtre dénoncé par vingt citoyens actifs ».
Le clergé et la haute noblesse ne sont pas les seule victimes de ces persécutions qui, à partir de 1789, jettent 300000 personnes sur les routes de l'exil. Objets de mille brimades, promis au « couteau républicain », des roturiers fidèles à la Couronne, ou simplement attachés à la tradition, décident aussi de s'expatrier, bien plus nombreux qu'on ne le croit, et certains feront d'ailleurs fortune en Angleterre, en Russie ou aux Etats-Unis.
Car ils ne sont pas toujours les bienvenus à Coblence, où chacun en rajoute sur ses quartiers de noblesse. Ghislain de Diesbach n'est pas tendre pour cette Cour où, malgré la menace pesant sur nous, subsistent clivages et dissensions.
Les nobles de haute lignée toisent les hobereaux, les conservateurs méprisent les "éclairés", les catholiques se méfient des protestants, tous antagonismes exacerbés par les ragots et les egos. A Coblence où « tout s'agite, se pavane et chante victoire avant même d'avoir engagé le combat, si grande est la certitude du succès », raconte Ghislain de Diesbach, «la mentalité est celle d'une coterie dont les membres, fort jaloux les uns des autres, ne s'entendent que pour restreindre le nombre des élus. Cet état d'esprit règne non seulement dans les salons mais aussi dans l'armée. Loin d'accueillir avec empressement les volontaires qui se présentent encore (. .. ), les différents corps de troupes font l'impossible pour les rebuter ... Lorsque le comte de Montlosier, esprit brillant mais monarchien, vient offrir ses services comme simple soldat, le général de Malseigne le rabroue grossièrement », lui disant qu'il ferait « tout aussi bien de s'en aller ». A Coblence comme dans l'armée des Princes, et cela aura les pires conséquences dans la conduite des opérations militaires, « les sentiments royalistes, comme les quartiers de noblesse, ne se présument pas; ils doivent être prouvés. Rien ne sert d'avoir fait cent lieues ou même davantage, d'avoir couru mille dangers et risqué cent fois sa vie; si le moindre soupçon plane sur le postulant, celui-ci est immédiatement rejeté. On se montre aussi sévère, de ce côté du Rhin, qu'on l'est à Paris sur les preuves de civisme », déplore l'auteur qui pointe avec justesse « une espèce de jacobinisme à rebours ». Comme quoi on est forcément pollué, quoi qu'on en ait et quelle que soit l'époque, par le maudit « air du temps ».
Ce qui précède montre la pénétration de Ghislain de Diesbach dans son approche de l'Emigration - qui est aussi, et par la force des choses, un tableau « en creux » de la Révolution. Cette Histoire de l'Emigration ne vaut pas seulement par la prodigieuse érudition de l'auteur et son aisance à découvrir la pépite dans les innombrables Journaux et Mémoires laissés par les émigrés. Elle explique aussi avec une rare intelligence - et dans une langue parfaite dont l'ironie n'est jamais absente - comment, avec les meilleures intentions du monde, on peut mener une entreprise à l'échec, le couple royal et les Princes exilés n'étant d'ailleurs pas exempts de tout reproche. Pourtant ménager de ses éloges, Robert Poulet, qui félicitait Ghislain de Diesbach d'avoir « traité le sujet à fond, sans en négliger aucun aspect », estimait qu'il avait "admirablement" mené son récit. Il avait tout à fait raison.
CI.L RIVAROL
*Histoire de l'Emigration, 640 pages, 12 €. Ed. Tempus/Perrin.