Affichage des articles dont le libellé est Laval. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Laval. Afficher tous les articles

vendredi 22 décembre 2023

Pierre Laval était considéré avant guerre comme " Le plus brillant des socialistes de son époque"

 Pierre Laval - Le plus brillant des socialistes de son époque

La vie de Pierre Laval restera une des grandes énigmes du vingtième siècle : Comment ce brillant socialiste a-t-il pu verser dans la Collaboration politique avec le National-socialisme? Comment a-t-il pu mettre en place les lois iniques contre les Français de confession juive?

Pour tenter d'y répondre, il convient de s’intéresser à son parcours politique d'avant Guerre.

Résumé :

Pierre Laval, commença sa carrière politique comme député socialiste de la SFIO (section française de l'internationale ouvrière) de 1914 à 1919 et la continuera comme maire socialiste d’Aubervilliers et sénateur sous l’étiquette « Socialistes indépendants » jusqu’en 1940 ; Il fut fait ministre par le Cartel des gauches en avril 1925, devint à quatre reprises président du Conseil de la Troisième République à la demande du radical Gaston Doumergue et fut dix fois ministre.

C’est même le plus brillant de sa génération. Il fut : l’un des trois plus jeunes président du Conseil ; le premier homme politique français à être reçu en triomphe à New York et à Washington ; le premier chef de gouvernement à être désigné par le magazine Times « Homme de l’année » en 1931 ; le premier au monde (avant Roosevelt) à constituer un brain-trust de techniciens talentueux dont la moitié le suivront à Vichy comme René Bousquet.

Son mentor, le socialiste et prix Nobel de la paix 1929 Aristide Briand, lui légua son pacifisme dogmatique et son projet d’union fédérale européenne. Cela le conduira vers la collaboration avec le national-socialisme, première étape, selon lui, pour créer après la signature de la paix, cette « Europe des peuples » qui garantirait la paix sur tout le continent.

Ses actions comme chef du gouvernement du Régime de Vichy lui valent largement d'être inscrit sur le Mur des collabos

Pierre Laval : sa fiche signalétique

Né dans le Puy de Dôme à Chateldon le 28 juin 1883 & mort à la prison de Fresnes le 15 octobre 1945 (condamné à mort et exécuté alors qu’il était mourant après une tentative de suicide)

Une attache constante au socialisme français

Pierre Laval débutât sa carrière politique à 31 ans comme député socialiste d'Aubervilliers. Il s'inscrira dans le groupe SFIO et siègera donc à l'extrême Gauche de 1914 à 1919.

Durant le Grande Guerre, en totale opposition avec un autre figure du socialisme, Georges Clemenceau qui prônait la fermeté et la défaite totale de l’Allemagne, il sera le seul élu à soutenir les "Pélerins de Kienthal".

En 1916, l'Internationale socialiste s'est réuni en Suisse à Kienthal. Trois députés français y ont participé (Pierre Brizon, Alexandre Blanc et Jean-Pierre Raffin-Dugens). L'objectif de la conférence est de dénoncer la guerre et en appelle à une paix sans indemnités et sans annexions. Suite à l'intervention de Lénine, la conférence opte pour une transformation de la "Guerre bourgeoise" en "Guerre révolutionnaire" au moyen de grèves et de sabotages.

Après la Grade Guerre, comme une très grande majorité des élus socialistes, il quittera la SFIO pour siéger dans le groupe des Socialistes indépendants, refusant le dikta de l'Internationale socialiste qui interdit à ses membres de participer à des "Gouvernements bourgeois".

Maire d’Aubervilliers de 1923 à 1940, il fut réélu sous l’étiquette Socialiste indépendant à la députation de 1924 à 1927. Il passa ensuite au sénat qu’il fréquenta de 1927 à 1940 sous la même étiquette.

Un des trois plus jeunes président du Conseil

Pierre Laval fut président du Conseil pour la première fois à quarante huit ans. C’est un cas exceptionnel dans une Troisième République parlementaire où le président du Conseil était choisi par le Président de la République parmi les parlementaires de plus de cinquante ans ! Dans la liste des plus jeunes présidents du Conseil, Pierre Laval est précédé par Charles-Dupuy (4 avril 1893) et Armand Fallières (29 janvier 1883) nommés tout les deux à 41 ans.

Pierre Laval fut choisi par les présidents de la république Gaston Doumergue puis Paul Doumer pour former trois gouvernements successifs. Il fut Président du Conseil et ministre de l’Intérieur du 27 janvier 1931 au 13 janvier 1932 (avec deux gouvernements formés), puis Président du Conseil et ministre des affaires étrangères du 14 janvier au 20 février 1932.

Quelques années plus tard, Albert Lebrun le rappela pour former son quatrième gouvernement. Il demeurera président du Conseil et ministre des affaires étrangères du 7 juin 1935 au 24 janvier 1936 presque 8 mois alors que la menace du national-socialisme sur l’Europe était déjà bien présente.

Une notoriété internationale très précoce

Grâce à sa notoriété (notamment pour avoir été ministre des affaires étrangères où il cultiva le pacifisme de son mentor, Aristide Briand) et alors qu’il assumait son premier poste de président du Conseil depuis huit mois et qu’il avait déjà été cinq fois ministre, Pierre Laval fut reçu triomphalement à New York et à Washington durant les dix premiers jours d’octobre 1931. Il eut droit à tous les honneurs : il réussit avec simplicité et brio sa conférence de presse par questions-réponses (coutume inconnue en Europe) ; il se prêta à l’exercice des bains de foule et des autographes. Il eut même droit, en présence de Philippe Pétain, le « Sauveur de Verdun », à la ticket-parade dans les rues de New York avec sa pluie de confettis. Il reçut les éloges de la presse : un magazine titra sur la « french supremacy ».

Le magazine Times lui décerna la palme d’homme de l’année et lui consacra sa une. Une première pour un Français et une distinction unique pour un chef de gouvernement. Il faudra attendre Charles De Gaule, comme locataire de l’Elysée, pour qu’un second chef du gouvernement reçoive cette distinction.

Pierre Laval tirera de ce voyage triomphal une confiance immodérée en son mérite.

Un palmarès politique impressionnant

Le palmarès politique de Pierre Laval est impressionnant : durant les cinq années précédent son voyage aux Etats-Unis, il occupa cinq portefeuilles ministériels différents ; Il sera au total dix fois ministre ; quatre fois président du Conseil. Sous le régime de Vichy, il sera chef du gouvernement et même chef du gouvernement « Gréviste » de Sigmaringen !

Participation gouvernementale de Pierre Laval sous la 3e république :

cinq fois ministre dans des gouvernements de gauche

Gouvernement - Date - Poste ministériel

  • Painlevé II - 17 avril 1925 - Travaux publics
  • Briand VIII - 28 novembre 1925 - Ss présidence du Conseil et affaires étrangères
  • Briand IX - 9 mars 1926 - Justice
  • Briand X - 23 juin 1926 - Justice
  • Tardieu II - 2 mars 1930 - Travail et prévoyance sociale

1ère présidence du Conseil 27 janvier 1931, suivie immédiatement des 2e et 3e

Six fois ministre dans des gouvernements de gauche ou Radical :

  • Tardieu III - 20 février 193 - Travail et prévoyance sociale
  • Tardieu IV - 10 mai 1932 - Travail et prévoyance sociale
  • Doumergue II - 9 février 1934 - Colonies
  • Doumergue II - 13 octobre 1934 - Affaires étrangères
  • Flandin - 8 novembre 1934 - Affaires étrangères
  • Bouisson - 1er juin 1935 - Affaires étrangères

4e présidence du Conseil 7 juin 1935 au 24 janvier 1936

A nouveau ministre du dernier gouvernement de la Troisième république :

Pétain - 23 juin 1940 - Vice-présidence du Conseil

Participation gouvernementale de Pierre Laval sous le régime de Vichy :

Date - Poste ministériel

  • 12 juillet au 6 septembre 1940 - Ministre secrétaire d’état & vice-président du Conseil
  • 6 septembre au 13 décembre 1940 - Vice-président du Conseil chargé de l’information et de la coordination des différents ministères
  • 18 avril 1942 au 17 août 1944 - Chef du gouvernement de l’Etat français, ministre des affaires étrangères, de l’intérieur et de la propagande (jusque fin 1943)
Pierre Laval : ses débuts comme ministre
Un dirigeant politique mis en selle par le Cartel des gauches

Créé en 1924 pour constituer une opposition au Bloc national rassemblant modérés et conservateurs, le Cartel des gauches était formé exclusivement de partis de gauche : la gauche radicale (radicaux et radicaux-socialistes) ; les républicains socialistes ; les socialistes de la SFIO.

Cette coalition remporta les élections législatives de mai 1924 et eut pour conséquence immédiate la démission du président de la république Millerand. Le Cartel des gauches le remplaça par un radical : Gaston Doumergue.

Les trois premières participations gouvernementales de Pierre Laval eurent lieu durant le Cartel des gauches (13e législature). C’est le président du parti républicain socialiste, Paul Painlevé, qui l’appela comme ministre des travaux publics alors qu’il venait d’être élu député socialiste indépendant dans la coalition du Cartel des gauches. La nécessité de constituer une majorité parlementaire avait fait oublier à Paul Painlevé que Pierre Laval avait prit la tête des opposants, le 17 octobre 1917, afin de renverser son premier gouvernement. Il représentait les socialistes indépendants !

Aristide Briand : mentor de Pierre Laval

Mais c’est Aristide Briand qui fut son mentor et qui lui permit d’accéder à des postes clés. Flirtant avec l’anarcho-syndicalisme, Aristide Briand milita dans les rangs socialistes en étant attaché à la prise de pouvoir par l’insurrection et la guerre civile (sur le modèle du marxisme léninisme). En 1901, il adhèrera au parti socialiste français fondé par Jean Jaurès et en deviendra le secrétaire général la même année. Mais rapidement, il prendra ses distances refusant les concessions faites par Jean Jaurès au courant de Jules Guesde afin de maintenir l’unité des socialistes (opposition à une participation des socialistes à un ministère bourgeois). Il sera exclu du parti socialiste pour avoir accepté de participer au gouvernement Sarrien, le 1er mars 1906, en tant que ministre de l’instruction publique, des Beaux-Arts et des cultes. Son action se situera ensuite en dehors du parti socialiste mais parmi les socialistes indépendants.

Aristide Briand fera de Pierre Laval son sous-secrétaire d’état à la présidence du Conseil et aux affaires étrangères dans son 8e gouvernement formé le 28 novembre 1925. Cela lui permit d’avoir une vue d’ensemble de l’action gouvernementale et surtout de se former aux affaires étrangères. Il fera encore partie des deux autres gouvernements Briand qui se sont succédés comme ministre de la justice.

Après le Cartel des gauches… l’Union nationale de Poincaré

L’échec de la politique financière des gouvernements du Cartel des gauches conduisit à la formation d’un gouvernement d’union nationale avec Raymond Poincaré (du 23 juillet 1926 au 11 novembre 1928). Pierre Laval n’y participa pas, Paul Painlevé et Aristide Briand représentant les socialistes indépendants dans l’Union nationale.

Dans le courant d’avril 1928, une nouvelle élection législative permit de constituer une majorité ne comportant ni droite ni communiste (14e législature). Pendant cette législature, l’assemblée atteignit un record de dispersion avec quinze groupes parlementaires pour cinq partis ! Raymond Poincaré obtiendra la confiance des parlementaires et formera un nouveau gouvernement, très semblable au précédent, qui finira de rétablir la situation financière de la France par une dévaluation du franc importante (le franc de 1928 vaut alors un cinquième de celui de 1914 !). Ce gouvernement tombera par le retrait des ministres radicaux à la demande de leur parti. Ce dernier veut rendre à nouveau possible une union des gauches pour les prochaines législatives. Le ministère d’union nationale a vécu malgré l’assainissement financier de la Nation.

Pierre Laval à l’école d’André Tardieu

C’est un homme inclassable croyant à la méritocratie et partisan d’un exécutif fort (« cette conception d’un exécutif actif et personnalisé heurtait la tradition républicaine qui faisait du gouvernement un simple comité parlementaire délégué et du président du Conseil un simple courtier politique sous haute surveillance parlementaire ») qui proposera un nouveau poste de ministre à Pierre Laval : André Tardieu, le nouveau chef de file du centre droit. Ce dernier veut dépasser les vieux clivages politiques en faisant appel aux meilleures idées de chaque camp afin de créer une dynamique de progrès basée sur l’initiative individuelle.

Dans ce second gouvernement Tardieu formé le 2 mars 1930, qui va de gauche (sans les communistes considérés comme anti-français) à droite et avec des radicaux qui ont décidé de revenir dans les gouvernements, Pierre Laval hérite du ministère du travail et de la prévoyance.

Le nouveau ministre rendra effectif les assurances sociales instituées en 1928 à l’heure où l’horizon économique s’assombrit. Le ministère tombera le 13 décembre 1930 : le sénat, dominé par les radicaux, exploitera le scandale de la banque Oustric dans lequel furent impliqués trois ministres dont le ministre des finances, Raoul Péret.

Pierre Laval héritera de son passage dans des gouvernements Tardieu d’un besoin de rendre un rôle plus important au président du Conseil.

Trois présidences du Conseil successives
La succession du gouvernement Tardieu

Après l’affaire Oustric qui conduisit à la démission du gouvernement Tardieu le 13 décembre 1930, Gaston Doumergue appela Théodore Steeg pour former un gouvernement. Au moment où il accède à la présidence du Conseil, ce radical-socialiste a une longue carrière derrière lui : plusieurs fois ministres de l’instruction publique, de la justice et de l’intérieur ; gouverneur général de l’Algérie (de 1921 à 1925) ; résident au Maroc (de 1925 à 1928). Son gouvernement modéré à dominante centre-gauche obtient la majorité par sept voix d’avance. Il finit par perdre la majorité suite à la défection des modérés ulcérés par le soutien que lui accordent les socialistes. Son gouvernement aura duré un peu plus d’un mois.

Parmi les personnalités possibles pour succéder à Théodore Steeg, Gaston Doumergue voit son choix limité : André Tardieu représente le centre droit et est encore marqué par l’affaire Oustric ; Aristide Briand représente les socialistes indépendants mais est malade et âgé de 69 ans (il mourra le 7 mars 1932) ; malade, Raymond Poincaré refusera l’offre de Gaston Doumergue de former le nouveau gouvernement fin 1930 (il est âgé de 71 ans et mourra le 15 mars 1934).

Gaston Doumergue décide alors de faire appel à un jeune socialiste indépendant pour former le nouveau gouvernement : Pierre Laval.

L’état de la France début 1931

Alors que la crise ravage les pays neufs et commence à atteindre l’Europe suite « Jeudi noir » à Wall street (24 octobre 1924), la France est prospère : la Banque de France possède presque cinq mille tonnes d’or et le taux de chômage est au plus bas avec 12 000 chômeurs recensés.

L’armée française passe pour être la plus puissante au monde, sa diplomatie est la plus influente et son empire colonial s’apprête à célébrer sa grande exposition coloniale à Paris en 1930 – 1931.

Pierre Laval président du Conseil pendant 13 mois

Le 27 janvier 1931, Pierre Laval accède donc à sa 1ère présidence du Conseil à 48 ans. Il s’installe à Matignon après une investiture très confortable : 372 voix contre 258 (114 voix d’écart). Il enchaînera deux autres présidences à la demande du Radical Paul Doumer qui a succédé à Gaston Doumergue.

Sur le plan intérieur, l’action du nouveau gouvernement sera de maintenir la prospérité du pays et de « Faire le bonheur des Français » comme le dit Pierre Laval.

  1. 1e présidence du Conseil et ministre de l’intérieur - 27 janvier 1931 au 13 juin 1931
  2. 2e présidence du Conseil et ministre de l’intérieur - 13 juin 1931 au 14 janvier 1932
  3. 3e présidence du Conseil et ministre des affaires étrangères - 14 janvier 1932 au 20 février 1932

Le troisième gouvernement de Pierre Laval tombera pour une question intérieure : à la veille des élections législatives de 1932, Pierre Laval voulu modifier la loi électorale pour passer à un scrutin uninominal à un tour. Ce n’était pas du goût des parlementaires qui préféraient un scrutin de liste à deux tours. Il sera remplacé par André Tardieu.

Un pacifisme idéologique appris auprès d’Aristide Briand

En bon disciple de l’ancien prix Nobel de la paix, Aristide Briand, Pierre Laval voudra protéger le pays des menaces extérieures avec un pacifisme débridé (et malheureusement sans effet). Dès février 1931, il se transforme en « Ouvrier de la paix » : il vole au secours des républicains allemands menacés par le National-socialisme ; accepte le moratoire Hoover sur les réparations et les dettes de guerre en prétextant que la France est assez riche ; soutien en septembre la Livre sterling qui est au plus bas. Il propose à chaque nation de collaborer ! Déjà !

La formation d’un Brain-trust de techniciens brillants

Dès sa première présidence, Pierre Laval sut s’entourer de techniciens : deux ans avant le président Roosevelt, Il possédait son « Brain-trust ». Dés février, il recruta les plus brillants de ce qu’on appela les « Techniciens » chargés de rédiger des discours, des notes financières ou des rapports diplomatiques sur les grands partenaires de la France. Ainsi, dans la liste de ses collaborateurs on note : André François-Poncet ; Claude-Joseph Gignoux ; Léon Noël ; René Bouffet ; Jean Cathala ; Jacques Rueff ; Georges Hilaire ou encore René Bousquet. Au moins la moitié le suivra dans son gouvernement de Vichy en 1942.

Pierre Laval encore six fois ministre

Après son départ de la présidence du Conseil, Pierre Laval fut encore six fois ministre : Il redevint ministre du Travail et de la prévoyance sociale dans deux ministères Tardieu successifs pendant deux ans (20 février 1932 au 9 février 1934), fit un bref passage comme ministre des colonies dans le second gouvernement Doumergue (9 février au 13 octobre 1934), avant de devenir ministre des affaires étrangères dans les gouvernements successifs de Doumergue, Flandin et Bouisson (13 octobre 1934 au 7 juin 1935).

Tardieu III - 20 février 1932 - Travail et prévoyance sociale

Tardieu IV - 10 mai 1932 - Travail et prévoyance sociale

Doumergue II - 9 février 1934 - Colonies

Doumergue II - 13 octobre 1934 - Affaires étrangères

Flandin - 8 novembre 1934 - Affaires étrangères

Bouisson - 1er juin 1935 - Affaires étrangères

Le quatrième gouvernement Laval
La succession de Fernand Bouisson

C’est à un socialiste indépendant, par ailleurs maire d’Aubagne à partir de 1908, qu’Albert Lebrun confie le soin de former le gouvernement qui a précédé le 4e gouvernement Laval. Fernand Bouisson débuta sa carrière comme socialiste indépendant, puis dès son élection de député d’Aubagne en 1908 adhérera à la SFIO avec qui il entretiendra des rapports conflictuels avant de la quitter en 1934. Elu à la présidence de la chambre des députés en 1924, il marquera son poste en le transformant, à l’inverse de ses prédécesseurs, en une fonction technique de véritable arbitrage. Il en tirera une image d’homme conciliant reconnu par tous les partis politiques et d’une certaine bonhomie (certains lui reprochent son affairisme et son inculture). Chargé de former une première fois le gouvernement au lendemain des manifestations du 6 février 1934, il refuse l’offre. Pressé par Albert Lebrun à la suite de la démission du gouvernement Flandin, il accepte le 1er juin 1935. Il forme alors un gouvernement d’union nationale allant des radicaux aux droites républicaines en y intégrant le « Sauveur de Verdun » (Philippe Pétain) et les principaux chefs parlementaires. Dès le 4 juin, il sollicite les pleins pouvoirs financiers qui lui sont refusés. Il démissionne le 7 juin 1935 pour céder la place à Pierre Laval.

Pierre Laval revient en 1935 avec ses opinions bien arrêtés

Quand Pierre Laval revient à la tête du gouvernement il n’a pas perdu ses opinions qui sont devenues des idées fixes. Comme ses prédécesseurs Clemenceau et Poincaré, il est persuadé être le seul à sauver la situation économique désastreuse de la France (qui frise la banqueroute) et à éloigner les menaces allemandes. Il est conforté dans ses idées par un sondage du « Petit journal » fait en novembre 1934 qui le donne second derrière Philippe Pétain pour être choisi comme éventuel « Dictateur républicain ».

Il fait appel à l’union nationale ce qui lui donne une majorité conséquente de 329 voix contre 119. Quand il demandera les pleins pouvoirs, il aura encore une large majorité : 324 contre 160 ! Son ministère d’union nationale est patronné par Edouard Herriot (président du parti radical), Pierre-Etienne Flandin (chef de l’Alliance républicaine) et Louis Marin (qui sera hostile à l’armistice de juin 1940 avant de rejoindre Londres), mais Pierre Laval met ses hommes de confiance aux postes clés : Marcel Régnier aux finances ; Pierre Cathala à l’agriculture et Joseph Paganon à l’intérieur.

Pierre Laval acteur majeur de la politique étrangère

Pierre Laval revient à la tête de l’exécutif le 7 juin 1935, succédant au très court ministère Bouisson (1er juin au 7 juin 1935), appelé par Albert Lebrun (gauche démocratique). Il prit en plus le portefeuille des affaires étrangères qu’il possédait déjà depuis le 13 octobre 1934. Il dirigera la politique étrangère de la France jusqu’au 24 janvier 1936.

Dès octobre, il est confronté à l’invasion de l’Ethiopie par Mussolini alors qu’il avait signé avec lui, quelques mois plus tôt, le traité de Stresa qui condamnait la révision unilatérale par l’Allemagne des traités de paix ; traité signé par la France, la Grande-Bretagne et l’Italie le 14 avril 1935 (on parle aussi d’accord de Stresa). Celui qui était apparu alors comme le défenseur de l’Autriche et de l’Europe centrale, ne sut pas garantir les traités de Versailles et de Trianon. Alors qu’il affirmait : « Je veux la paix et je ferai tout pour la paix » fut incapable de couper court à un coup de force colonial. Bien pire, avec le Britannique Samuel Hoare (le très zélateur ministre des affaires étrangères partisan de la politique de l’apaisement), ils établiront un plan secret de partage de l’Ethiopie qui prévoyait de céder deux tiers du royaume à l’Italie. L’Ethiopie retrouvera sa liberté et son empereur le 20 mai 1941, libérée par les Anglais.

Pierre Laval ne put pas empêcher la remilitarisation de la Rhénanie par l’Allemagne qui se fit un mois après son départ du gouvernement. Ce fut un nouvel accro de plus aux traités de paix !

L’inertie de la France et de la Grande-Bretagne jusqu’à la déclaration de guerre est directement responsable de l’entrée en guerre et de l’humiliante défaite qui s’en suivit. Alors que Pierre Laval était aux commandes de la diplomatie française, le parti national-socialiste des ouvriers allemands aurait pu être stoppé grâce à des positions fermes quant aux actions bellicistes de l’Allemagne. Une intervention militaire victorieuse aurait été possible et souhaitable au moment de la remilitarisation de la Rhénanie. Le pacifisme apprit à l’école d’Aristide Briand et cette volonté de faire « l’Europe des peuples » à tout prix en auront décidé autrement ! La politique étrangère fut un échec qui a eu des conséquences majeures sur l’indépendance de la France.

Une politique économique désastreuse

La politique économique et financière du quatrième gouvernement Laval resta dans la mémoire des Français longtemps ! Le gouvernement poursuivit une politique de déflation brutale (comme l’avait fait l’Allemagne en décembre 1931). La baisse autoritaire des salaires des fonctionnaires les jette dans la rue. La manifestation fait deux morts et cinquante blessés !

La production industrielle continue une petite croissance entamée depuis le début de l’année 1935 pour revenir à son niveau de crise à la mie 1936, après un décrochage à la fin du premier trimestre 1936. Les prix de gros, après avoir chuté à partir de la mie 1929, repartent fortement à la hausse à partir du premier trimestre 1935. Ils continueront leur augmentation vertigineuse pour revenir à leur niveau de 1926 en 1939. Le nombre de chômeurs aidés qui avait subit une petite baisse temporaire d’un an (de mi 1934 à mi 1935) repart à la hausse jusqu’au début du dernier trimestre de 1935. Cette baisse continue s’achèvera au premier trimestre 1937. Mais le niveau de chômeurs secourus restera élevé (supérieur à 300 000) pour enfin décroître dès le début de 1939.

La brutale politique déflationniste du gouvernement Laval relança faiblement et temporairement la production industrielle, avec un temps de retard permit de faire baisser le taux de chômage jusque début 1937 (tout en le maintenant largement au dessus des 300 000 personnes), mais généra une inflation importante qui fut d’autant mal perçu que les salaires avaient été baissés autoritairement dans la fonction publique. Elle n’atteint pas les effets escomptés : relance durable de l’économie permettant de gommer l’effet de l’inflation ! Elle ne devait mécontenter nécessairement les salariés et ceux qui possédaient des capitaux !

En réaction à la politique du gouvernement, la gauche désunie depuis l’échec du Cartel des gauches s’était à nouveau rassemblée en formant le Front populaire en 1935. Pierre Laval fit tant de mécontents que le Front populaire gagna les élections législatives de 1936.

Auparavant, en décembre 1935, les radicaux le lâcheront ; il sera contraint à la démission. Le 24 janvier 1936, il sera remplacé par Albert Sarraut, digne représentant du radical-socialisme Franc-maçon du sud-ouest. Le président Albert Lebrun compte sur son expérience de « vieux routier de la politique, bon manœuvrier de couloirs et orateur chaleureux » ! Ce gouvernement faible, en attente du résultat des élections législatives, regardera la remilitarisation de la Rhénanie par l’Allemagne.

Très impopulaire, Pierre Laval ne revint pas au gouvernement avant la déclaration de guerre avec l’Allemagne. Le bilan de son quatrième ministère fut un échec cuisant à cause de sa politique déflationniste et un bilan en trompe l’œil quant aux relations diplomatiques avec l’Allemagne où il ne sut pas maîtriser la volonté belliqueuse du National-socialisme à cause de ses idées pacifistes acquises auprès d’Aristide Briand.

Le retour au pouvoir dans le chaos politique
Dans le dernier gouvernement de la 3e république

A la faveur de la percée allemande de mai 1940, Pierre Laval revient au pouvoir dans le ministère formé par Philippe Pétain qu’une majorité de la chambre des députés du Front populaire est allé cherché comme sauveur de la nation !

Il y obtient la vice-présidence sans aucun ministère et considère qu’il est le véritable chef du gouvernement. Dans les couloirs du casino de Vichy, Pierre Laval est persuadé de mener sa propre politique. Alors qu’il apprend l’interdiction du Populaire, Léon Blum en reçoit l’aveu de la bouche de Pierre Laval : « aucun journal ne paraîtra s’il ne manifeste la moindre réticence à l’égard de ma politique. Il faut me suivre absolument, sans réserve, et je ne me laisserai pas duper ».

Un de ses leitmotivs scandé à maintes reprises (novembre 1935, juillet 1936, juillet 1943, novembre 1943) est repris mot pour mot : « J’ai parfois été hué par les foules, mais j’ai toujours eu le sentiment que c’était au moment où je remplissait le mieux mon devoir… que j’étais le moins bien compris ».

Pierre Laval effectuera alors l’un « Des plus beaux retournements politique que l’histoire ait connus » (selon le docteur Ménétrel, secrétaire particulier de Pétain).

La mise en œuvre de la politique de collaboration

Pierre Laval reprenant ses idées fortes développées quand il était au pouvoir : pacifisme et collaboration entre tous les peuples d’Europe en vu de créer un espace européen.

Après le 11 juillet 1940 (début de l’Etat français le 12 juillet 1940), il est à la fois le dauphin d’un maréchal Pétain très âgé quand il est à Vichy, et quand il est en tournée en zone occupée, il redevient le chef du gouvernement de 1935 avec les responsabilités des affaires étrangères.

Alors que Philippe Pétain dirige le gouvernement d’une main de fer et qu’il se trouve lors des conseils des ministres dans une position de simple exécutant, Pierre Laval à l’obsession de forcer la paix par une initiative personnelle digne d’un chef du gouvernement en exercice.

La mise au point de l’entrevue de Montoire lui en donne l’occasion : voyages diplomatiques à Paris ; rencontre en tête à tête avec Adolf Hitler le 22 octobre ; assurance que la poignée de main entre Hitler et Pétain aura bien lieu et le 30 octobre engagement ferme de la France qu’une politique de collaboration sera mise en place. L’entrevue de Montoire pourra alors se dérouler pour officialiser tout ça ! Pierre Laval aura pu mettre en place ses idées fortes : la recherche de la paix à tout prix et la création d’un espace européen de collaboration entre les peuples ! Sa réputation terrifiante de tacticien aura encore fait ses effets. L’entrevue de Montoire aura bien lieu comme convenu le 24 octobre 1940. Toutefois Philippe Pétain refusera une alliance contre l’Angleterre et la signature d’une paix séparée.

Contrairement à ce que beaucoup croient, en juin 1940 fut signé l’armistice qui mettait fin aux combats entre la France et l’Allemagne et non la paix qui sera signée après la défaite allemande.

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2013/10/pierre-laval-le-plus-brillant-des-socialistes-de-son-%C3%A9poque.html

 

jeudi 21 décembre 2023

Les débuts de René Bousquet... son amitié avec Mitterrand

 

René Bousquet et Pierre Laval

Durant le Cartel des Gauches, René Bousquet fut mis en selle par un certain Pierre Laval lors de sa première présidence du Conseil qui débuta le 27 janvier 1931. Jeune espoir de la préfectorale, Il faisait partie des nombreuses jeunes pousses du socialisme français chargées de rédiger des discours ou des dossiers.

Il fut coopté, dès le début du Front Populaire, pour ses opinions à gauche et pour son loyalisme envers les institutions républicaines pour devenir sous-chef de bureau au cabinet du directeur de la sûreté nationale en 1936. Il y fut chargé de superviser les fiches, collectées dans différentes administrations, de cinq millions de Français et de deux millions d’étrangers classés « suspects » ou « indésirables ».

La chute du Gouvernement autoritaire du radical-socialiste Emile Combes suite à l'Affaire des fiches, le 19 janvier 1905, ne mit pas un terme au fichage d’état d’une partie des français avec le concours des Loges maçonniques de province. Disons qu’elle se fit plus discrètement par tous les gouvernements de gauche, dès le gouvernement qui succéda à celui d’Emile Combes. René Bousquet n’est, de ce point de vue, qu’un serviteur zélé qui étendra le fichage aux résistants et aux français de confession juive.

Dans le second gouvernement Laval de l’Etat français formé le 18 avril 1942, il est nommé Secrétaire général pour la police et y restera jusqu’au 13 décembre 1943. Il sera le grand ordonnateur des rafles de l’été 1942 et livrera aux nazis les juifs des zones occupée et libre. On lui doit aussi la création des fiches S (Comme sécurité) en 1942 qui sont encore d'actualité. A ce titre, il mérite largement d’être sur le Mur des collabos.

Il y croisera le jeune François Mitterrand qui occupait un modeste poste de fonctionnaire à la documentation générale du directoire de la Légion des combattants et volontaires de la Révolution nationale.

Leur amitié durable reste une énigme. Comment ce fidèle de Pierre Laval et ce jeune homme de 25 ans ambitieux ont-ils pu se lier d'amitié de façon durable ? Sans doute au sein de la mouvance de l'ancien groupe parlementaire des "Socialistes indépendants" qui tenait le pouvoir à Vichy avec Pierre Laval ! (Les socialistes indépendants sont ceux qui acceptèrent de participer à des gouvernements contrairement au reste des socialistes qui avait consigne de refuser toute compromission avec des gouvernements « Bourgeois »)

Un futur premier ministre de la cinquième République y faisait également carrière : Maurice Couve de Murville !

René Bousquet quittera son poste en décembre 1943 à la demande des allemands. Cela lui permettra d’invoquer le « Double jeu » (Comme Mitterrand) devant la haute Cour de Justice devant laquelle, malgré la lourdeur de son dossier, il sera quasi-acquitté en 1949.

A la même époque, très discrètement, il opère le rétablissement financier et les affaires du journal régional du Sud-Ouest radical-socialiste et franc-maçon la « Dépêche » (Devenu en 1947, la Dépêche du Midi). Dirigé sous l’occupation par Maurice Sarraut (Sénateur radical-socialiste franc-maçon qui sera défendu par René Bousquet face à la Gestapo), la Dépêche y défend la ligne politique du Régime de Vichy.

Contrairement à l’ensemble des journaux ayant, de près ou de loin, pris des positions pour la Régime de Vichy, la Dépêche est le seul journal autorisé à reparaître après la seconde Guerre mondiale. En 1947, elle prendra le nom de Dépêche du Midi. René Bousquet et ses réseaux y sont pour beaucoup (Alors que la division des français était encore à son maximum).

De 1959 à 1971, René Bousquet fera partie du conseil d’administration de ce très vieux titre de la presse radicale-socialiste né en 1870. Il animera la rédaction au côté d’Evelyne Baylet (Mère de l’actuel propriétaire, 2013)… et fera campagne pour François Mitterrand.

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2013/10/les-debuts-de-rene-bousquet.html

mercredi 20 décembre 2023

Marcel Déat : encore un homme de Vichy que la Gauche ne reconnait plus !

 

Marcel Déat - Du socialisme à la collaboration

Marcel Déat est connu pour sa participation au Régime de Vichy et pour sa collaboration active avec l'Allemagne nationale-socialiste. Mais quel fût le parcours de ce journaliste et intellectuel français ayant fait Normal-sup ? Faisait-il parti de tous ces hommes de Droite qui ont servi sous Vichy, comme certains veulent nous le faire croire à gauche?

Marcel Déat fonda bien le Rassemblement national populaire et participa au gouvernement de Vichy comme Ministre secrétaire d’état au travail et à la solidarité nationale dans le dernier remaniement du 16 mars 1944 à la demande de Pierre Laval, le " plus brillant des socialistes de son époque".

A la Libération, il s'enfuira à Sigmarigen avec le dernier carré des ultra-collaborationnistes et trouvera refuge en Italie après la Libération où il mourra en 1952 à San Vito près de Turin.

Pourtant, comme Pierre Laval, Marcel Déat a toujours été socialiste dans l’âme!

Marcel Déat débute sa carrière politique en 1925 comme conseiller municipal de Reims, ville où il enseigne. A l'occasion d'une élection partielle, il est élu député SFIO en 1926 (il sera battu en 1928) à l'âge de 38 ans.

Léon Blum cherchant à faire germer de nouvelles pousses et le considérant comme son dauphin, le nomme secrétaire du groupe SFIO au Parlement.

Il retrouve l'Assemblée nationale en 1932 comme député du vingtième arrondissement de Paris en battant le communiste Jacques Duclos.

En 1933, il quitte la SFIO pour rejoindre le Parti Socialiste de France - Union Jean Jaurès né d'une scission cette même année des courants minoritaires réformiste et néo-socialiste. Pourtant majoritaire dans le groupe socialiste au parlement, il s'opposera à l'aile gauche de la SFIO et au courant centriste de Léon Blum. Il sera battu en 1936.

En 1935, son parti fusionne avec deux autres groupes de gauche modérée pour fonder l'Union socialiste républicaine.

A cette époque, il est membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et devient ministre de l'air dans le gouvernement du très radical-socialiste Albert Sarraut (24 janvier au 4 juin 1936).

En 1936, l'Union socialiste républicaine se rallie au gouvernement du Front populaire de Léon Blum.

Marcel Déat rencontrera à plusieurs reprises à l'époque du Front populaire un certain général De Gaulle qui dira de lui : " Déat a sans aucun doute un grand talent et une haute valeur. C'est de quoi on lui en veut. Mais patience, je crois qu'on le verra remonter et aller très haut.". Il resteront en contact jusqu'à la veille de la guerre.

Dans ces années d'avant guerre, il sera un éternel pacifiste, un militant infatigable contre l'antisémitisme du Parti national-socialiste des travailleurs allemands et un militant sioniste.

Le 4 mai 1939, Marcel Déat publia dans l'Œuvre son trop fameux article "Mourir pour Dantzig ?" qui devint un slogan anti-interventionniste. Il y écrivait notamment : " Il ne s'agit pas du tout de fléchir devant les fantaisies conquérantes de M. Hitler, mais je vous le dis tout net : flanquer la guerre en Europe à cause de Dantzig, c'est y aller un peu fort, et les paysans français n'ont aucune envie de mourir pour les Poldèves ». Il rejoignait le courant pacifiste de la très grande majorité de la classe politique française à la suite des idées d'Aristide Briand, prix Nobel de la paix !

Son pacifisme le conduira à soutenir l'armistice du 22 juin 1940 et la nomination de Pierre Laval à la vice -présidence du Conseil.

Sous le régime de Vichy, il tente d'unifier les partis collaborateurs sans succès et finit par fonder le Rassemblement National Populaire qu'il structure, après le départ des éléments de droite, sur une base idéologique homogène en réservant les postes à des militants socialistes et syndicalistes.

Le 16 mai 1944, sous la pression des allemands, il entre dans le gouvernement de Pierre Laval comme ministre du travail et de la solidarité nationale. Il y prône une collaboration totale avec l'Allemagne.

Sa dernière œuvre politique fut d'essayer de créer une "Université ouvrière" avec Ludovic Zoretti, créateur de la Fédération Générale de l’Enseignement au sein de la CGT dont il fut le secrétaire jusqu'en 1939 et membre de la SFIO jusqu'en novembre 1939.

Un vrai homme de droite !

Pour tous ses actes, il mérite d'être inscrit sur le Mur des Collabos !

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2013/11/marcel-d%C3%A9at-encore-un-homme-de-vichy-que-la-gauche-ne-reconnait-plus.html

vendredi 28 février 2020

Vichy au-delà du manichéisme

Deux historiens juifs, Robert Aron et François-Georges Dreyfus, auront porté sur Vichy un regard d'une grande honnêteté intellectuelle, qui dérange ceux qui font profession d'entretenir un climat de guerre civile. Le livre du second rappelle opportunément que l'antisémitisme n'était pas l'apanage de la droite.
Pierre Enckell, l'inquisiteur qui a mission de pourfendre, chaque semaine, dans les colonnes de l’Événement du jeudi, les manifestations de pensée non alignée, s'étrangle de fureur en rendant compte du livre de François-Georges Dreyfus, Histoire de Vichy. C'est évidemment bon signe pour cet ouvrage.
Dreyfus, assure Enckell, « a une conception bien floue de la trahison ». Autrement dit, c'est un traître. Comme ont été, sont et seront des traîtres tous ceux qui, peu ou prou, s'écartent du catéchisme manichéen régnant depuis 1945. On pouvait imaginer et espérer - que, le temps passant, les passions s'éteindraient, pour permettre à l'histoire de reprendre ses droits. Il n'en est rien. On constate même que certains, qui n'étaient pas nés en 1940, se mobilisent pour ressusciter un climat de guerre civile, en grattant les vieilles plaies, afin de les rendre bien purulentes.
Il y a des gens, dans ce pays, qui veulent à tout prix frapper d'infamie, en bloc, un pan de l'histoire de la France, pour convaincre les Français de leur culpabilité fondamentale, collective, et les inciter à l’autoflagellation (processus appliqué à l'Allemagne depuis quarante-cinq ans et qui a fabriqué des générations d'aliénés, pour lesquels le simple mot de « patrie » était devenu coupable). C'est pourquoi la liberté de la recherche historique n'est pas de mise en ce qui concerne Vichy : elle risquerait en effet d'attenter à la morale, en remettant en question le si commode clivage entre les Bons et les Méchants - C'est-à-dire, bien sûr, les vainqueurs et les vaincus de la Seconde Guerre mondiale. Vae victis ! À jamais. Les ancestrales imprécations bibliques remontent à la mémoire des censeurs, des gardiens de la loi.
La « police de la pensée », courageusement dénoncée pat Annie Kriegel, veille au grain. François-Georges Dreyfus, pour ne pas avoir respecté la loi du silence, se voit marqué d'infamie - d'autant qu'il a l'insupportable audace, tout en rappelant très ostensiblement ses convictions gaullistes et ses origines juives en ouverture de son livre, de se mettre sous le patronage intellectuel de Robert Aron et de Marc Bloch. Chasse gardée ! s'indignent les Pierre Enckell. À croire qu'ils n'ont pas lu L'étrange défaite de Marc Bloch, où celui-ci analyse, sans fard et sans concession, les causes du mal français. - Un mal qui ne pouvait que déboucher sur l'infarctus de 1940.
Les non-conformiste des années 30
Car, rappelle Pierre Laval aux députés réunis, à la va-vite, le 5 juillet 1940 à Vichy, « nous venons de vivre des années où il importait peu de dire d'un homme qu'il était voleur, escroc, souteneur, voir même assassin. Mais si l'on disait de lui : "C'est un fasciste" alors le pire qualificatif lui était décerné ! Nous payons aujourd'hui le fétichisme qui nous a entraînés à la démocratie en nous livrant aux pires excès du capitalisme ». Nous éviterons bien sûr tout parallèle avec les temps que nous vivons, car s'abattraient sur nous les foudres des professeurs de morale...
Disons donc, simplement, que Dreyfus remet un certain nombre de pendules à l'heure. En rappelant, par exemple, quel consensus se dégage au cours des années 30, pour critiquer en profondeur le système en place, au sein de cette nébuleuse que Jean-Louis Loubet del Bayle a appelé les non-conformistes. Nébuleuse qui regroupe des gens très divers, de Brasillach à Etienne Borne. De Thierry Maulnier à François Perroux, en passant par Henri Simon, Daniel-Rops, le père Congar, Jacques Madaule, Mauriac, nombre d'autres... et même un certain Mitterrand. Chez eux, un point commun : le rejet d'un établissement politicien pourri jusqu'à la moelle. L'un des plus ardents procureurs est Emmanuel Mounier, âme de la revue Esprit  : « La démocratie, écrit-il en 1934, est devenue synonyme de mensonge, de veulerie, de médiocrité, de compromission, de bassesse ». Aboutissement logique 1940. En novembre de cette année, Mounier constate que l'idéologie libérale a fait son œuvre : « Nous croyions qu'elle parasitait la France comme une poussière ou un lichen nous ne réalisions pas qu'elle la rongeait comme une vermine ».
Une bouée de sauvetage
C'est de ce terreau intellectuel que naît Vichy. Mais aussi, bien sûr - et avant tout - du besoin de confiance en un père charismatique qui habite en ses profondeurs le peuple français, traumatisé par la cruelle révélation, au printemps 40, de la décadence, de la déchéance. On se raccroche à Pétain comme à une bouée de sauvetage.
Du coup, Vichy s'établit sur des bases mentales qui transcendent les anciens clivages politiciens. Y compris en ce qui concerne l'antisémitisme, alors beaucoup plus répandu à gauche qu'on ne veut l'admettre aujourd'hui. N'est-ce pas un député socialiste, Chouffet, qui hurle en plein congrès du parti, en 1938 : « J'en ai assez de la dictature juive sur le parti. Le socialisme n'est pas un ghetto » ? Comme quoi les choses sont moins simples que ne voudrait le faire croire l'imagerie en noir et blanc enseignée dans nos lycées.
Un témoignage, que j'ai rencontré en travaillant sur les combats du Vercors, le montre bien. Lucie Jouve était infirmière dans l'hôpital de campagne monté tant bien que mal par les maquisards à Saint-Martin-en-Vercors. Parmi les blessés qu'elle soignait, un garçon de 18 ans, venant de Romans qui devait mourir, le 24 juin 1944, des suites de ses blessures. Le jeune maquisard, qui avait un moral d'acier, faisait hommage à son infirmière d'une aubade, chaque matin, en lui chantant son répertoire préféré : La Madelon, le Chant du départ et... Maréchal, nous voilà !
Pierre Vial Le Choc du mois  Décembre 1990 N°35

François-Georges Dreyfus : Histoire de Vichy, Perrin (collection «vérités et légendes »), 818 pages.

mardi 14 octobre 2014

« Un dernier mot sur Laval… » : Adrien Abauzit, en complément de la chronique sur Vichy et la Shoah…

Suite à la mise en ligne de la chronique de Adrien Abauzit sur le livre "Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français" (de Alain Michel), notre auteur a souhaité apporter quelques précisions concernant sa position sur Pierre Laval afin qu'on ne lui reproche pas de faire dire à l'auteur du livre "ce qu'il ne dit pas"...

Pierre Laval a commis de graves erreurs politiques. En décembre 1940, il a tenté de lancer les troupes de Vichy sur le Tchad, passé au gaullisme.

Cet acte contraire aux accords Pétain-Churchill d’octobre 40 et aux accords Halifax-Chevalier de décembre 40, aurait conduit à une déclaration de guerre de la France à l’Angleterre, ce qui eut été une catastrophe difficilement rattrapable.

Sa fameuse phrase : « je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que sans elle, le bolchevisme s’installerait partout », dont il savait qu’elle était ressentie par le peuple français comme des « goutes d’acide sulfurique », même si elle a été prononcée dans une logique de duperie, fait aujourd’hui encore mal à l’honneur français : par définition, on ne souhaite pas la victoire de la nation qui oppresse son peuple, surtout quand à sa tête se trouve un déséquilibré comme Hitler.

Ceci posé, nous tenons à évoquer au lecteur un détail peu connu.

Lorsque les Américains ont débarqué en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, Hitler a sommé Laval de se rendre à Munich. Hitler souhaitait convaincre le président du Conseil de déclarer la guerre aux Alliés. Laval pressentait ce qu’on attendait de lui. Il craignait de se faire piéger à la manière d’un Schuschnigg quatre ans plus tôt. En conséquence, il partit pour Munich avec une ampoule de cyanure de potassium dans la poche. En d’autres termes, il préférait se suicider plutôt que de commettre un acte qu’il savait être contraire aux intérêts vitaux de la France.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on peinera à trouver dans la classe politique française actuelle quelqu’un capable d’une telle détermination et d’un tel sacrifice.

Pour ceux qui l’ignorent, Laval a noyé le poisson lors de son face à face avec Hitler. Ce dernier n’a pas réussi à obtenir de lui la co-belligérance. Le 13 novembre, Hitler adressa un nouvel ultimatum à Pétain. La France était sommée de déclarer la guerre aux Alliés. Pétain refusa et par un télégramme secret, il donna son approbation à Darlan qui, d’Alger, avait relancé l’empire français dans la guerre contre l’Axe.

Adrien Abauzit

vendredi 6 juillet 2012

6 février 1934

L'atmosphère est lourde en France en la fin de Vannée 1933. La crise économique s'intensifie, le chômage sévit, le déficit budgétaire s'accroît dangereusement. Depuis dix-huit mois les radicaux sont au pouvoir, mais les cabinets se forment, tombent, se reforment à un rythme rapide. Ils se montrent incapables d'opérer un redressement et Je régime parlementaire est de plus en plus déconsidéré.
Sur ces entrefaites un scandale éclate. Un certain Alexandre Stavisky, français originaire de Russie, a monté une incroyable escroquerie à Bayonne. Avec le nommé Tissier, directeur du Crédit municipal (nom donné au Mont de piété de la ville) il a émis de faux bons de caisse pour un total de plus de 200 millions, qui ont naturellement disparu.
Ce Stavisky est bien connu des milieux politiques. Aidé par sa femme, la jolie Ariette, il reçoit beaucoup, toujours fastueusement. Il a pu se faire à Paris des relations utiles. Depuis longtemps il profite de la complaisance de certains parlementaires pour faire ajourner les procès qu'on lui intente. On relèvera plus tard qu'il a bénéficié d'une vingtaine de remises au Palais de justice.
Stavisky se suicide
Mais le pot-aux-roses de Bayonne est découvert. Cette fois, il est trop tard pour échapper au scandale. Stavisky s'enfuit, sa trace est retrouvée à Chamonix, où il a loué un chalet. Le 9 janvier 1934, on le découvre mort d'une balle dans la tête. S'est-il suicidé ? Sa veuve parle d'un « suicide par persuasion ».
Certains journalistes affirment qu'il s'agit d'un meurtre politique, destiné à empêcher l'escroc de nommer ses complices.
L'affaire fait tache d'huile. Le député-maire de Bayonne, Garât, a été arrêté comme instigateur de l'escroquerie du Crédit municipal : il est inculpé de vol, faux, usage de faux, recel. On apprend que d'autres parlementaires, anciennes relations de Stavisky, ont accepté de celui-ci des chèques.
Le président du conseil Chautemps est très ennuyé : son frère a été l'avocat de Stavisky, son beau-frère, M. Pressard, procureur général de la République au tribunal de la Seine, a été à l'origine des remises successives dont a bénéficié le chevalier d'industrie. L'Echo de Paris publie un dessin de Sennep montrant le « suicidé » dans un magnifique cercueil, avec comme légende : Un meuble signé Pressard-Chautemps est garanti pour longtemps.
D'autres journaux d'opinion, de l'Action française à l'Ami du peuple, ou de même la presse d'information, (Le Matin ou l'Intransigeant) se lancent également dans d'âpres critiques. À l'extrême-gauche, mais pour d'autres motifs, l'Humanité prend le gouvernement à partie.
Chautemps démissionne
À Paris la colère gronde. Les ligues de droite vont entretenir l'agitation. La plus dynamique, la plus agressive, est sans doute celle des camelots du roi qui, depuis longtemps, avec l'Action française, réclament un retour à la monarchie. Les membres des Jeunesses patriotes restent républicains, mais ils veulent des changements : exécutif fort, législatif à pouvoirs limités. L'Union Nationale des Anciens Combattants (U.N.C.) se dit apolitique, ce qui ne l'empêche pas de manifester son profond écœurement devant les scandales politico-financiers de l'heure.
D'autres ligues existent, plus ou moins efficaces. Il faut mettre à part les Croix de feu dont le chef, le colonel de la Rocque, partisan de l'ordre, préconise des réformes sociales, économiques, politiques et non un bouleversement des institutions (son rôle modérateur lui vaudra bien des haines). Face aux « ligues de droite », les communistes vont profiter de la situation pour dénoncer ceux qu'ils appèlent « les fascistes ».
Pendant toutes ces journées de janvier, les manifestations se multiplient dans la rue. Autour du Palais Bourbon des cris éclatent : « À bas la république des voleurs et des assassins ». Le 12, à la Chambre, le député de droite Ybarnégaray se lance dans une vive diatribe contre les complices de Stavisky :
- Qu'une pauvre femme vole du pain, elle sentira la poigne de la loi. Pour Stavisky, loi muette, juges sourds...
Il demande la formation d'une commission d'enquête, mais la majorité refuse de le suivre et la confiance est votée au gouvernement par 372 voix contre 196. Quelques jours plus tard, le député de la Gironde Philippe Henriot, plus violent encore, n'obtient pas plus de succès. A l'extérieur de la Chambre, les manifestations augmentent d'intensité. Tout va changer lorsque deux ministres (celui des Colonies et le Garde des Sceaux) se voient contraints de démissionner et, le 28 janvier, Chautemps lui-même, présenté par la presse de droite comme le protecteur de Stavisky, annonce enfin la démission du cabinet tout entier. Mais le calme ne revient pas dans la rue, où la foule applaudit les manifestants.
Le 30 janvier, Daladier est chargé de former un nouveau gouvernement. Eugène Frot devient ministre de l'Intérieur. Deux députés du centre, Piétri et Fabry, acceptent de faire partie du cabinet. Mais Daladier, pour plaire à gauche, a la mauvaise idée de vouloir éloigner de Paris le préfet de police Jean Chiappe, homme de droite, qui, juge-t-il, n'a pas montré assez de vigueur dans la répression des manifestations.

Chiappe est connu comme un préfet à poigne, mais aussi comme un homme sachant user de diplomatie lorsqu'il s'agit d'éviter des effusions de sang. En compensation de sa démission, Daladier lui offre la Résidence générale au Maroc. Chiappe refuse. Son honneur, dit-il, l'empêche de s'en aller alors que ses adversaires crient « Mort à Chiappe ».
Sa mise à pied ravit la gauche : « Enfin, Paris est délivré de son préfet du coup d'État », proclame Le Populaire. On apprend bientôt qu'Edouard Renard, préfet de la Seine, démissionne par solidarité avec Chiappe. Le 4 février, les deux ministres modérés Piétri et Fabry se retirent à leur tour du cabinet Daladier. Nouvelle plus inattendue, M. Fabre, l'administrateur de la Comédie française, est renvoyé de son poste sous prétexte que la pièce Coriolan, montée par lui, donne lieu à des manifestations contre le gouvernement ! Pour le remplacer, on va chercher... le directeur de la Société générale, ce qui permettra à Henry Bernstein de déclarer :
On a placé Corneille, Racine, et Molière sous la protection du quai des Orfèvres.
Daladier a promis de faire toute la lumière sur le scandale Stavisky, mais la confiance ne règne pas et l'effervescence grandit. Les Camelots du roi, les Jeunesses patriotes, les Anciens Combattants, les Croix de feu ne veulent plus attendre. On décide de passer à l'action le 6 février, jour de l'investiture du cabinet Daladier.
Les mouvements commencent d'ailleurs la veille au soir. Des manifestants marchent vers le ministère de l'Intérieur aux cris de « Vive Chiappe ». Le nouveau préfet de police, Bonnefoy-Sibour, se charge du service d'ordre. Le choc avec les gardiens de la paix se produit aux abords de l'Élysée, mais les colonnes, refoulées, se replient en direction de l'Étoile.
La matinée du 6 février est relativement calme. Dans l'après-midi, au Palais Bourbon, Daladier monte à la tribune, mais le chahut est tel qu'il ne peut se faire entendre. Pendant plusieurs heures, clameurs et injures volent à travers l'hémicycle. On assiste même à des pugilats entre députés. Bonnefoy-Sibour a installé tout autour du Palais Bourbon des rangs serrés de gardes. Les rues environnantes, les quais sont interdits aux voitures et des embouteillages monstres se produisent dans les environs. Deux stations de métro ont été fermées au public. Sur le pont, les badauds reçoivent l'ordre de circuler.
Vers le milieu de l'après-midi, la place de la Concorde est noire de monde. Camelots du roi, ligueurs d'Action française, Jeunesses patriotes y sont au premier rang, avec des groupes de mécontents ou de simples curieux. On crie « Vive Chiappe ! ». « À bas Daladier ! Démission ! » Du côté des Tuileries, on commence à dresser des barricades.
Près du Grand Palais, les Anciens combattants attendent l'ordre de descendre les Champs-Elysées.
Vers 18 heures, ils s'ébranlent, drapeaux en tête, en chantant la Marseillaise, en direction de la Concorde. Mais, sur la place, la bagarre a commencé entre les manifestants et les gardes républicains. Un autobus A.C., arrêté par la foule, a été renversé et brûlé. Un agent cycliste reçoit un coupe de barre de fer et tombe sans connaissance.
Très vite la mêlée devient générale. Un petit peloton de gardes républicains arrivés du pont entre en lice. Les manifestants lancent des pavés, des morceaux de grilles ou de réverbères. Armés de couteaux ou de rasoirs, ils tailladent les jarrets des chevaux.
Sur le pont l'inquiétude règne. L'émeute va-t-elle atteindre la Chambre des députés ? Vers 20 heures, les premiers coups de feu claquent. Le directeur adjoint de la police, M. Marchand, a donné l'ordre de tirer. A-t-il fait d'abord les sommations d'usage ? Au milieu des hurlements rien ne pouvait être entendu. En tout cas, les premiers manifestants tombent. La lutte s'intensifie. Le président des Anciens combattants est blessé à la tête.
La situation se détériore rapidement. De nouvelles salves de police éclatent. Cette fois c'est la panique, la foule reflue du côté de la Madeleine. Les blessés, déjà nombreux, sont transportés dans les restaurants de la rue Royale ou dans les hôpitaux les plus proches. Une femme de chambre de l'hôtel Grillon, qui regardait par la fenêtre, est tuée d'une balle perdue. Au ministère de la Marine, des forcenés mettent le feu à des liasses de dossiers et des lueurs rouges illuminent la place.
Au Palais Bourbon, la séance continue dans le même brouhaha fantastique. Mais brusquement les députés apprennent que la troupe a tiré. On demande à Daladier si c'est lui qui a donné l'ordre.
-    Le gouvernement aura la responsabilité du sang versé, crie Franklin-Bouillon, alors à la tribune.
Georges Scapini, député, aveugle de guerre, renchérit :
-    C'est là un gouvernement d'assassins !... Allez-vous en avant que le pays ne vous chasse comme vous le méritez !
Le vacarme redouble. Protestations du côté du gouvernement, applaudissements de la droite. À l'extrême-gauche les communistes scandent, sur l'air des lampions, les trois syllabes « Les Soviets ! Les Soviets ! ».
Peu à peu, cependant, les rangs de travées s'éclaircissent. Parmi les députés qui se jugent compromis, beaucoup se sont éclipsés, par une porte donnant sur la place de Bourgogne.  Avant que la séance ne soit levée, le gouvernement pose pourtant (pour la troisième fois) la question de confiance. Le renvoi est ordonné par 343 voix contre 237.
On apprend maintenant que la Concorde, point névralgique, n'est pas le seul lieu des combats. D'autres bagarres se déroulent du côté de l'Hôtel de ville et sur les grands boulevards, où les communistes élèvent des barricades, renversant des voitures, arrachant les grilles. Ils organisent l'émeute en brandissant des drapeaux rouges.
Par ordre de la Rocque qui tient bien en main ses adhérents, les Croix de feu ont été divisés en plusieurs groupes. Le principal s'est réuni le long de la rue de Bourgogne. Par la rue Saint-Dominique, il a gagné l'esplanade et le quai d'Orsay, d'où il a pu atteindre les environs du Palais Bourbon. Le barrage a été forcé et quelques horions ont été échangés avec les gardiens. Échauffourées sans gravité, avec juste quelques égratignures. La Rocque expliquera plus tard son point de vue : « Il devait être question de purifier la République, il eut été coupable d'en tenter le renversement. Tant mieux si notre attitude s'est opposée aux contagions de la folie ».
La folie est-elle terminée ? Un triste bilan sera fait. On comptera une vingtaine de morts et plus de douze cents blessés. Daladier ne connaît pas encore ces chiffres (minimisés, au début tout au moins, par la préfecture de Police), mais il comprend qu'il ne peut se maintenir au pouvoir. Le 7 février, au début de l'après-midi, il va à l'Elysée présenter la démission du gouvernement à M. Albert Lebrun. Le président de la République se trouve maintenant face à une décision difficile. Quel homme au-dessus des partis se montrera capable de refaire l'union nationale ?
Un nom est vite avancé, celui de Gaston Doumergue. Agé de soixante-dix ans, l'ancien président de la République a gagné par sa bonhomie, son désintéressement, son sens politique, les suffrages des radicaux comme ceux des modérés.
Il jouit d'une grande popularité dans le pays. Mais acceptera-t-il la fonction difficile qu'on lui offre?
Le 7 février « Gastounet » (ainsi que l'appellent affectueusement les Français) s'apprête à partir pour un voyage familial en Egypte. Lorsqu'il arrive en sa résidence de Tournefeuille un téléphone de Laval, chargé par le président de la République de lui demander d'accourir, il hésite pendant quelques heures. De nouveaux appels, de plus en plus pressants, lui parviennent des présidents des deux assemblées. S'il ne se décide pas à venir former un gouvernement à Paris, lui dit-on, c'est la révolution.
L'annonce de l'acceptation de Doumergue ramène aussitôt le calme dans la capitale. Arrivé le 8 février, « Gastounet » peut présenter le lendemain soir à M. Lebrun la liste des ministres qu'il a choisis. Elle va de Pétain, de Tardieu et de Barthou, à Herriot, à Sarraut et à Marquet. Mais les socialistes ont refusé leur concours et les communistes n'ont évidemment pas été sollicités. Dans un message aux Français, le nouveau président du Conseil annonce qu'il a constitué un « gouvernement de trêve, d'apaisement et justice ».
L'heure de la trêve a-t-elle vraiment sonné? Bien des heurts vont encore se produire. Le 12 février, une grève générale est proclamée. Une manifestation socialo-communiste s'ébranle à travers Paris, au chant de l'Internationale. Il y aura encore ce jour-là, des morts et des blessés. L'inquiétude redoublera lorsque le public apprendra quelques jours plus tard, l'assassinat du conseiller Prince, mort mystérieuse d'un magistrat qui en savait sans doute trop long sur le scandale Stavisky (1). En politique, une page n'est jamais définitivement tournée...
Bernard Boringe Historia février 1984
(1). : Voir Historia, n°146 et 147, Un escroc fait vaciller la IIIe République par Jacques Robichon ; n°307, Le scandale Stavisky, par Maurice Garçon, de l'Académie française ; n°326, L'affaire Stavisky, par J. Mayran.
(2). : Voir Historia, n°372, Le conseiller Prince s'est-il suicidé ? par Alain Decaux, de l'Académie française.

dimanche 19 février 2012

La décréation maçonnique ou le SIDA mental


Vivre en permanence dans le bain maçonnique, enrobé de messages subliminaux, abruti par des symboles néfastes, acculturé par une TV littéralement luciférienne, malaxé par une école méchamment fraternelle, hypnotisé par la phraséologie journalistique constitue une existence d’animal domestique qui ne permet pas au commun des mortels d’analyser correctement l’épouvantable joug mental qui l’asservit. S’imaginer libre sans l’être est le premier écueil à pulvériser avant de lire froidement, objectivement, les études impartiales consacrées au sujet maçonnique, pour saisir l’ampleur du mal. On ne se satisfera en effet point des articles tortueux produits par certains personnages équivoques dont le but évident est d »’innocenter » la secte maçonnique pour des raisons personnelles ou médiocrement philosophiques.
Pourtant, étrangement, ce sont en premier lieu des textes que l’on voit pulluler non seulement dans les revues de la presse généraliste mais également au travers de publications d’obédience droitière ou nationale. Comme si la Réaction avait peur de regarder la vérité en face, comme si elle avait besoin de modérer ses attaques, comme si elle devait préserver en son sein une part puante de conformisme, aussi irrationnelle et délétère soit-elle. À moins que quelques individus ayant intégré le parti de la résistance et jouissant d’une position « respectable » et confortable au sein de la mouvance dissimulent leur affiliation sectaire…
Les deux facteurs expliquent certainement la pusillanimité du milieu nationaliste à l’égard de la franc-maçonnerie. Cette faiblesse à l’encontre de la secte cosmopolite dogmatique est d’ailleurs historique. Louis XVI, à l’instar de la reine, fut victime de ses propres préjugés et laissa la nation se gangrener par l’action de ceux qu’il ne considérait que comme de simples « causeurs ». Il faut lire cette lettre de  Marie-Antoinette répondant à sa sœur Marie-Christine pour comprendre l’abyssale naïveté du pouvoir du moment : « Je vois que vous vous frappez beaucoup trop de la Franc-Maçonnerie pour ce, qui regarde la France. Elle est loin d’avoir l’importance qu’elle peut avoir en d’autres parties de l’Europe par la raison que tout le monde en est. On sait ainsi tout ce qui s’y passe ; où est donc le danger ? On aurait raison de s’en alarmer si c’était une société secrète de politique. L’art du gouvernement est au contraire de la laisser s’étendre et ce n’est plus que ce que c’est en réalité : une société de bienfaisance et de plaisir. »
Auparavant Louis XV n’avait pas pris les pleines mesures pour combattre efficacement les libéraux « sectarisés ». « Lorsqu’une réaction n’est pas menée jusqu’à son terme en éradiquant le mal, celui-ci repart de plus belle », écrit à ce propos Philippe Ploncard d’Assac. Cette pusillanimité de la sphère nationaliste à l’égard de la maçonnerie est en fait une constante historique ! Elle le fut ainsi sous Pétain, bien malgré lui, avec la complicité de Pierre Laval qui démissionna brutalement l’amiral Platon alors qu’il avait pour importante mission de surveiller la reconstitution des sociétés secrètes. Platon fut peu de temps après torturé et exécuté (écartelé entre des tracteurs) par des résistants dans sa propriété du Sud-Ouest… Et que dire de l’infiltration maçonnique au sein de l’Église et du Vatican en particulier ! Un combat contre la secte mené pendant des décennies par la papauté avant qu’elle ne s’effondre sous l’infiltration judéo-maçonnique. Ploncard d’Assac nous remémore l’excommunication des francs-maçons par la bulle In Eminenti de Clément XII le 28 avril 1738 : « Les sociétés ou conventicules susdits ont fait naître de si forts soupçons dans les esprits des fidèles, que s’enrôler dans ces sociétés, c’est près des personnes de probité et de prudence, s’entacher de la marque de perversion et de méchanceté ; car s’ils ne faisaient point le mal, ils ne haïraient pas ainsi la lumière et ce soupçon s’est tellement accru que dans plusieurs États, ces dites Sociétés ont été depuis longtemps proscrites et bannies comme contraires, à la sûreté des royaumes. » Au demeurant, Clément XII connaissait parfaitement la teneur idéologique de la maçonnerie et ses objectifs proches et lointains. Aussi représentait-il un chef parmi d’autres (plus profanes) du camp antimaçonnique ; un camp qui affirmait ses valeurs et qui ne transigeait pas sur les principes. « Une ligne de front » était constituée. Cette ligne de front fut dynamique jusqu’en 1945 et l’on doit d’ailleurs beaucoup à Charles Maurras dans sa régénération du début du vingtième siècle. Le Front national d’avant l’ère marinière, sans constituer une véritable ligne de front, gardait vivante en son sein la lutte sous-jacente antimaçonnique. La secte a avalé le parti tout cru et, en cela, a dévié le combat national originel au plus grand profit des intérêts juifs et cosmopolites. La maçonnerie avait agi de la même sorte lorsqu’elle acheta le journal La Croix par le biais de quelques agents libéraux au début du XXe siècle. Les Frères triplement pointés avaient laissé se développer la publication antisémite et anti-maçonnique pour rafler d’un coup la mise puis progressivement diluer sa ligne éditoriale. On sait ce qu’est devenu le titre… Ou comment des centaines de milliers de catholiques ont évolué avec ce canard… La hiérarchie de l’Église a non seulement été faible vis-à-vis des cosmopolites propagandistes et comploteurs ; elle a souvent été actrice zélée pendant les trois derniers quarts de siècle dans la guerre contre les nationalistes (le terme de nationaliste a été créé par le fondateur des Illuminés de Bavière, le Juif Adam Weishaupt qui désignait par ce vocable les ennemis de la FM !). Pie XI se comporta en ennemi du nationalisme avec la condamnation de l’Action française et l’abandon des Cristeros au pouvoir maçonnique mexicain.

Une grave faute.    
La désinvolture, la faiblesse autant que la complicité vis-à-vis de la maçonnerie sont objectivement des attitudes suicidaires ou criminelles. Car le combat nationaliste ne peut-être vivant que s’il oppose principes contre principes. L’histoire prouvant en effet que l’abandon d’un seul d’entre eux pour complaire au système provoque la chute vertigineuse du camp du bien. Depuis trois siècles, la lutte à mort contre les nations n’a jamais cessé. La trilogie « républicaine » Liberté, Egalité, Fraternité, représente en fait la marque de l’occupation de la nation française par les sectateurs judéo-maçonniques. Philippe Ploncard d’Assac la décrypte. « Cette devise a un sens caché et signifie en fait :
- Liberté, pour les Maçons, pour qu’ils puissent, au nom de la tolérance, mot clé du langage maçonnique pour faire, baisser la garde à leurs adversaires, agir en toute impunité.
- Égalité entre les Maçons, qui n’est qu’apparence du fait dés degrés en maçonnerie, mais où le maçon des premiers degrés n’y voit que la façade égalitaire.
- Fraternité entre les Maçons, symbole tout aussi faux, car malheur à celui qui s’écarte de la ligne tracée, imposée. »
Comme l’écrivait le F*** Ragon, « Tout profane qui se fait recevoir maçon cesse de s’appartenir. Il n’est plus à lui, mais il appartient a un Ordre qui est répandu sur la surface du globe. ». Ou comment aujourd’hui l’on peut vendre son âme au diable l’esprit tranquille.
François-Xavier ROCHETTE. Rivarol du 7 octobre 2011
Philippe Ploncard d’Assac, La Maçonnerie, Société de philosophie politique (SPP BP 30030, 83952 La Garde cedex), 303 pages, 30 euros.