Affichage des articles dont le libellé est Pie V. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pie V. Afficher tous les articles

dimanche 21 août 2022

7 octobre 1571 : La flotte turque est détruite à Lépante

 Le 7 octobre 1571, une flotte chrétienne livre bataille à la flotte turque. C'est le point d'orgue d'une croisade organisée par le pape Pie V pour délivrer l'île de Chypre que les Turcs viennent de conquérir.

Les Turcs sont défaits à la surprise générale. Avant Lépante, ils n'avaient connu aucune défaite face aux chrétiens, après Lépante, ils n'allaient plus connaître aucune victoire.

Des Occidentaux peu empressés de se battre

Quand le pape appelle les chrétiens d'Occident à une nouvelle croisade, l'empire ottoman est déjà sur le déclin.

Le sultan qui réside à Istamboul a nom Sélim II Mast, c'est-à-dire l'Ivrogne. Il est le fils aîné du sultan Soliman le Magnifique qui porta l'empire à son apogée.

Seules des grandes puissances, l'Espagne, la Sicile, la Savoie, Gênes, Malte et la République de Venise, suzeraine de Chypre, répondent à l'appel du pape Pie V.

Il est vrai que la ferveur religieuse en cette fin de Renaissance n'est plus ce qu'elle était au coeur du Moyen Âge, trois ou quatre siècles plus tôt...

Les États alliés forment solennellement une «Sainte Ligue» le 24 mai 1571 à Rome. Leurs galères se regroupent aussitôt à Messine, au sud de l'Italie, sous le commandement de don Juan d'Autriche, demi-frère du roi Philippe II d'Espagne. Même le modeste duc de Savoie Emmanuel Philibert contribue à l'effort militaire en envoyant ses trois galères basées à Nice.

Victoire totale

En secret, les Vénitiens construisent dans leur chantier naval de l'Arsenal, sur la lagune, six galères d'un genre inédit : baptisées galéasses, elles sont équipées de canons pointant dans toutes les directions.

Les Turcs, de leur côté, se préparent à l'affrontement en regroupant leur flotte près de la base navale de Lépante, non loin de la ville grecque de Corinthe.

La rencontre entre la flotte croisée et la flotte turque se produit dans le golfe de Lépante. Elle met aux prises les 213 galères de la «Sainte Ligue» (dont une moitié de vénitiennes) et quelques 300 vaisseaux turcs.

On estime à environ cent mille le nombre total de combattants (marins et soldats) dont 30.000 du côté chrétien.

Les équipages des deux camps sont composés de Grecs. Du côté chrétien, ils viennent des îles Ioniennes occupées par Venise, du côté turc du reste de la péninsule.

Les navires s'éperonnent et très vite les fantassins s'affrontent sur les ponts comme sur un champ de bataille. Les Occidentaux, dont les galéasses font des exploits, remportent une victoire complète. Une cinquantaine de galères turques sont coulées, une centaine d'autres capturées.

L'amiral turc Ali Pacha est fait prisonnier et décapité. 15 000 captifs chrétiens sont libérés. Les croisés eux-mêmes ne perdent que 12 navires et (tout de même) 8 000 hommes.

Retentissement de Lépante

La victoire de Lépante a un immense retentissement dans la chrétienté car elle libère les Occidentaux de la peur ancestrale des Turcs.

Elle permet accessoirement au roi d'Espagne de se poser en champion de la Contre-Réforme catholique.

Pour Venise, cependant, Lépante a le goût amer d'une victoire à la Pyrrhus. Ruinée par l'effort de guerre et la suspension de son commerce avec l'Orient ottoman, la République se détache de ses alliés et négocie avec les Turcs. À ceux-ci, elle reconnaît la possession de Chypre, qui avait été pourtant son but de guerre, en échange de la reprise de son commerce.

Les Turcs n'ont guère de raison de se réjouir. Ils conservent l'île de Chypre malgré leur défaite mais ne sont plus en état de se lancer dans de nouvelles aventures.

Ce tournant est lourd de conséquences pour l'empire ottoman. Sa richesse ne reposait en effet que sur l'expansion territoriale et l'exploitation des nouvelles conquêtes, comme beaucoup plus tôt l'empire arabe. À la différence de l'Occident chrétien, il était incapable de se développer par lui-même. Dès lors que l'ère des conquêtes est close, il ne va plus cesser de s'appauvrir.

Marie Desclaux.

http://www.herodote.net

mardi 9 novembre 2021

L’épate Lépante : Chronique d’une bataille qui vit naître la propagande

 Dans la mémoire occidentale, peu de batailles sont autant chargées de symbole que celle de Lépante. Dans les eaux de ce golfe de l’ouest de la Grèce s’affrontèrent plus de 100.000 hommes, le 7 octobre 1571, dans une gigantesque bataille navale qui s’acheva sur l’écrasement de la flotte ottomane par les forces pour la première — et dernière — fois réunies de Venise, du Saint-Siège et de l’Espagne sous la bannière d’une Sainte Ligue, parrainée par Pie V.

Elle fut célébrée comme un miracle qui sauva la chrétienté, voire Rome elle-même, de la déferlante turque. Avec l’imprimerie naissante, des libelles furent imprimés partout et se multiplièrent des tableaux montrant le triomphe de la flotte de la Croix commandée par Don Juan d’Espagne. « L’importance historique de Lépante tient surtout à son énorme impact émotif et à la propagande qui s’ensuivit. La nouvelle de la victoire fut accueillie dans les capitales catholiques avec un enthousiasme sans précédent, et ce d’autant plus qu’elle arrivait après des années de frustration et de disette », relève l’historien Alessandro Barbero, qui a su redonner toutes ses lettres de noblesse à ce genre d’«histoire des batailles » trop longtemps décrié.

Prophétie. 

Comme il l’avait déjà fait pour Waterloo et Andrinople (la plus grosse défaite de l’Empire romain finissant en 378), il met tout son talent de conteur — car il est aussi romancier — à narrer ces 2 années, entre la conquête de Chypre par les forces ottomanes et leur défaite à Lépante, qui auraient fait basculer l’histoire de l’Europe. Les historiens, à commencer par le grand Fernand Braudel, ont pourtant mis en doute l’effet réel de Lépante. C’est aussi le point de vue d’Alessandro Barbero. La flotte ottomane était vieillie, mal équipée, affaiblie par les épidémies et la saison était déjà avancée. En ces temps, on ne faisait la guerre sur mer que l’été et les galères chrétiennes ou turques rentraient à leur port d’attache stambouliote fin octobre. Même si elle avait gagné, la flotte ottomane n’aurait donc pas pu aller plus loin, prendre Corfou, « l’œil de Venise dans l’Adriatique », et encore moins menacer la «pomme d’or» — la coupole de Saint-Pierre comme l’appelaient les Ottomans, convaincus selon une prophétie que bientôt ils auraient conquis Rome. En outre, un an plus tard à peine, la flotte est reconstituée. Plus nombreuse, plus moderne, avec canons et arquebuses, elle est surtout placée sous le commandement du grand Kilic Ali Pacha, renégat calabrais, devenu l’un des plus fameux pirates barbaresque et qui, seul lors de la bataille, réussit à enfoncer les galères chrétiennes et à ramener ses navires. « Ils m’ont juste coupé un poil de la barbe », commenta Selim II apprenant cette défaite dont il fut le premier responsable.

Année cruciale. 

Petit-fils du conquérant de La Mecque et des lieux saints, fils de Soliman le Magnifique qui arriva jusqu’aux portes de Vienne, le nouveau sultan contrefait et alcoolique avait besoin d’une grande victoire pour asseoir son pouvoir. Les oulémas sans cesse lui rappelaient que, selon la tradition, seuls les tributs de chrétiens nouvellement soumis devaient payer les projets architecturaux dont il rêvait. Il pensa un moment secourir les morisques — musulmans convertis — qui venaient de se révolter en Andalousie. Contre l’avis d’une bonne partie de ses conseillers, il choisit de conquérir Chypre, déclenchant une guerre contre Venise, de longue date pourtant partenaire commercial de la Sublime Porte. Ainsi commença une guerre absurde qui devint rapidement, avec un pape Pie V tentant de monter une nouvelle croisade, celle de la Méditerranée chrétienne contre le péril turc. Seule la France resta fidèle à son alliance de revers nouée entre François Ier et Soliman.

Alternant récits vus du côté ottoman et des pays chrétiens, s’appuyant sur de nombreux témoignages de l’époque dont ceux de l’ambassadeur vénitien à Istanbul, Alessandro Barbero prend le ton de la chronique pour narrer cette année cruciale tout en montrant en filigrane les enjeux économiques de la guerre navale de l’époque. C’était déjà une guerre industrielle avec des chantiers navals et des arsenaux pour armer les galères. Il fallait trouver les hommes pour la chiourme. Lépante fut peut-être la dernière bataille globale en Méditerranée. « Plus jamais autant d’hommes ne se sont affrontés en un seul jour et en un espace aussi étroit » dans les eaux de cette mer, note l’historien. Le monde était déjà en train de basculer avec la colonisation des Amériques.

Marc Semo, Libération 13-09-2012.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/49

jeudi 11 février 2021

DOUZE GRANDS PAPES

 

Intérieur de la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs

Christophe Dickès brosse le portrait de douze papes qui ont marqué l’histoire.

De sondage en sondage, la popularité du pape François ne se dément pas. Cette fascination permet à de nombreuses personnes étrangères, indifférentes ou même hostiles à l’Eglise catholique de s’intéresser tant soit peu à la parole pontificale, étant entendu qu’un pape, que l’on soit chrétien ou non, croyant ou non, représente toujours un grand témoin de son temps. Cet intérêt pour François, cependant, favorise une erreur de perspective relevée par le vaticaniste américain John L. Allen : « Bien des gens portent attention au souverain pontife pour la première fois et ont tendance à considérer que tout ce qui se passe, de leur point de vue, est nouveau. » Spécialiste de la papauté, l’historien Christophe Dickès, qui rapporte cette citation, remarque en effet que la simplicité de vie, le souci des pauvres, la volonté de réformer la curie, l’aspiration à un meilleur équilibre des pouvoirs au sein de la hiérarchie ecclésiastique ou le projet d’évangéliser les « périphéries » de l’Eglise, traits que les néophytes voient comme des révolutions et dont ils font crédit au pape actuel, peuvent tous être observés chez tel ou tel de ses prédécesseurs. Cela ne signifie pas que François ne sera pas retenu par l’Histoire comme un souverain pontife ayant marqué son époque, mais il est trop tôt pour le dire…

Sur les 265 papes qui ont régné avant lui sur l’Eglise catholique, Dickès en a retenu douze qui ont « bouleversé le monde ». Voici donc des papes « fondateurs » (saint Pierre, Léon le Grand, Grégoire le Grand), des papes « rois » du Moyen Age ou de la Renaissance (Grégoire VII, Innocent III, Boniface VIII, Jules II), des papes « spirituels » (Pie V et Pie X) et des papes « universels » (Pie XI, Jean XXIII et Jean-Paul II). Ces portraits documentés se lisent avec bonheur. Ajoutons que leur choix est parfaitement cohérent, même si la typologie que l’auteur utilise pour définir « un grand pape » pourrait s’appliquer à nombre d’autres souverains pontifes. Tous les papes n’ont pas été des saints, certes, mais ils ont formé un maillon d’une chaîne ininterrompue qui n’a pas failli dans la transmission de la foi chrétienne depuis deux millénaires. Combien d’institutions humaines peuvent arguer d’une telle continuité ?

Jean Sévillia

Ces 12 papes qui ont bouleversé le monde, de Christophe Dickès, Tallandier, 380 p., 21,90 €.

https://www.jeansevillia.com/2015/10/14/douze-grands-papes/

jeudi 27 septembre 2012

Lépante, entre mythe et réalité

Le Figaro Magazine - 07/09/2012

Un historien italien fait revivre la bataille navale de Lépante qui, en 1571, vit la victoire des Etats chrétiens sur l'Empire ottoman. En situant l'événement dans sa complexité géopolitique.
Ce jeune Espagnol n'était qu'un des 100 000 hommes qui s'affrontèrent au large des côtes grecques, le 7 octobre 1571, dans le golfe de Lépante. S'il avait été tué, un chef-d'oeuvre manquerait à la littérature mondiale : il s'appelait Miguel de Cervantès, et écrirait plus tard les aventures de Don Quichotte.
Lépante ? Que sait-on de cette bataille, sinon qu'elle mit aux prises des États chrétiens et l'Empire ottoman ? Alessandro Barbero, professeur à l'université du Piémont Oriental de Vercelli, est un spécialiste d'histoire militaire qui est aussi un romancier et un conteur hors pair. Plusieurs de ses livres - sur Waterloo, les grandes invasions ou les croisades - ont été traduits en français. Son dernier ouvrage, en 32 chapitres qui sont autant de tableaux vivants, restitue l'événement Lépante dans toute sa complexité *.
D'abord le contexte. En 1453, les Turcs, déjà maîtres des Balkans, s'emparent de Constantinople. Au XVIe siècle, le sultan fait de son empire une puissance maritime, pendant que l'Espagne s'impose dans le bassin méditerranéen à partir de ses ports de Catalogne et de ses possessions italiennes. En 1516 et en 1527, les Ottomans occupent la Syrie et l'Egypte, et poursuivent leur pénétration en Europe centrale. De son côté, le roi François Ier, qui veut conquérir le Milanais, fief de la couronne espagnole, cherche une alliance de revers contre son rival Charles Quint. Il la trouve, en 1535, en concluant un accord avec les Turcs. Au grand scandale des contemporains, on verra des opérations conjointes franco-ottomanes en Méditerranée.

Une coalition nouée par Pie V

D'autres Etats comptent dans ce jeu. Au premier chef Venise qui, utilisant ses nombreux comptoirs en Adriatique et en Méditerranée, commerce avec le Levant, parfois en bonne entente avec les Ottomans. Ensuite Malte, île gouvernée par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem depuis que les Turcs ont pris Rhodes. Il faut encore citer Gênes, où Andrea Doria, prestigieux capitaine, sert successivement l'Espagne et la France... Ce que démontre Alessandro Barbero, c'est donc l'extrême subtilité de la géopolitique méditerranéenne dans les années qui précèdent Lépante.
En 1570, Chypre, possession de la République de Venise, tombe aux mains des Ottomans. À Rome, le pape Pie V s'efforce depuis longtemps de nouer les fils d'une coalition qui réunirait les Etats catholiques décidés à contrer l'expansion turque. La France de Charles IX, alors plongée dans les guerres de Religion et toujours alliée à la Porte, n'est pas concernée. La chute de Chypre, en l'occurrence, facilite la diplomatie pontificale. Appelant à la croisade contre les Turcs, le souverain pontife parvient à constituer une Sainte Ligue qui se dote d'une force navale destinée à porter le fer chez l'ennemi.

La victoire de Juan d'Autriche

L'escadre chrétienne, formée pendant l'été 1571, se compose de navires espagnols et vénitiens, pour l'essentiel, avec l'appoint de vaisseaux du Saint-Siège, de Gênes, d'autres petits États de la péninsule italienne, du duché de Savoie et des Hospitaliers de Malte. Au milieu du mois de septembre, cette flotte quitte Messine. Le commandement est confié à l'infant Juan d'Autriche, fils naturel de Charles Quint et demi-frère du roi d'Espagne Philippe II. L'escadre turque, au même moment, mouille devant le fort de Lépante (aujourd'hui Naupacte, non loin de Patras, en Grèce), sous la direction du capitaine de la mer Ali Pacha, qui est secondé par Euldj Ali, le gouverneur d'Alger. Ne se méfiant pas, les Ottomans se laissent prendre dans la nasse.
La surprise - et le choc - ont lieu au petit matin du 7 octobre. 300 bateaux ottomans font face à 220 navires chrétiens, dont l'infériorité numérique est largement compensée par la puissance de feu. Dès le début de la bataille, les canons des six galéasses de Venise, premiers navires cuirassés, font des ravages. Les Espagnols, eux, prennent à l'abordage les galères ennemies, dont les équipages sont décimés par les hommes des tercios. Le navire amiral ottoman est pris à son tour, et Ali Pacha décapité. Quand sa tête apparaît au bout du mât du navire amiral espagnol, c'est la débandade chez les Turcs, Euldj Ali étant le seul à retraiter en bon ordre.
À midi, l'affrontement est terminé. Il a été relativement bref, mais d'une extrême violence. La flotte chrétienne déplore 8 000 morts et 20 000 blessés ; les Ottomans, 30 000 morts ou blessés et 3 500 prisonniers. Sur les galères turques, 15 000 forçats chrétiens ont été libérés. Seulement une trentaine de navires ottomans se sont échappés : la flotte du sultan est anéantie. Les États chrétiens, eux, n'ont perdu qu'une douzaine de vaisseaux. A 24 ans, l'infant Juan d'Autriche entre dans la gloire...
« L'importance historique de Lépante, note Alessandro Barbero, tient surtout à son énorme impact émotif et à la propagande qui s'ensuivit. » Cette bataille montra aux Européens que les Turcs n'étaient pas invincibles, et le roi Philippe II se posa en rempart de la chrétienté. Mais d'un point de vue pratique, Lépante n'eut guère de conséquences : les dissensions entre chrétiens les empêchèrent de poursuivre leur avantage, les décourageant de tenter la reconquête des Dardanelles ou de Constantinople, rêve un temps caressé.
En 1573, deux ans après cette bataille historique, Venise, asphyxiée par le coût de la guerre et par l'arrêt de son commerce avec l'Orient, négociera pourtant avec les Turcs et leur abandonnera Chypre, le prétexte initial du conflit. Le pape Pie V avait beau donner un sens mystique à la victoire de Lépante, la realpolitik, celle-là même qu'on reprochait au roi de France, reprenait ses droits dans l'Europe catholique.
Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com
* La Bataille des trois empires. Lépante, 1571, d'Alessandro Barbero, Flammarion. Traduit de l'italien par Patricia Farazzi et Michel Valensi.

jeudi 8 octobre 2009

7 octobre 1571 : La flotte turque est détruite à Lépante

Le 7 octobre 1571, une flotte chrétienne livre bataille à la flotte turque. C'est le point d'orgue d'une croisade organisée par le pape Pie V pour délivrer l'île de Chypre que les Turcs viennent de conquérir.
Les Turcs sont défaits à la surprise générale. Avant Lépante, ils n'avaient connu aucune défaite face aux chrétiens, après Lépante, ils n'allaient plus connaître aucune victoire.

Des Occidentaux peu empressés de se battre
Quand le pape appelle les chrétiens d'Occident à une nouvelle croisade, l'empire ottoman est déjà sur le déclin.
Le sultan qui réside à Istamboul a nom Sélim II Mast, c'est-à-dire l'Ivrogne. Il est le fils aîné du sultan Soliman le Magnifique qui porta l'empire à son apogée.
Seules des grandes puissances, l'Espagne, la Sicile, la Savoie, Gênes, Malte et la République de Venise, suzeraine de Chypre, répondent à l'appel du pape Pie V.
Il est vrai que la ferveur religieuse en cette fin de Renaissance n'est plus ce qu'elle était au coeur du Moyen Âge, trois ou quatre siècles plus tôt...
Les États alliés forment solennellement une «Sainte Ligue» le 24 mai 1571 à Rome. Leurs galères se regroupent aussitôt à Messine, au sud de l'Italie, sous le commandement de don Juan d'Autriche, demi-frère du roi Philippe II d'Espagne. Même le modeste duc de Savoie Emmanuel Philibert contribue à l'effort militaire en envoyant ses trois galères basées à Nice.

Victoire totale
En secret, les Vénitiens construisent dans leur chantier naval de l'Arsenal, sur la lagune, six galères d'un genre inédit : baptisées galéasses, elles sont équipées de canons pointant dans toutes les directions.
Les Turcs, de leur côté, se préparent à l'affrontement en regroupant leur flotte près de la base navale de Lépante, non loin de la ville grecque de Corinthe.
La rencontre entre la flotte croisée et la flotte turque se produit dans le golfe de Lépante. Elle met aux prises les 213 galères de la «Sainte Ligue» (dont une moitié de vénitiennes) et quelques 300 vaisseaux turcs.
On estime à environ cent mille le nombre total de combattants (marins et soldats) dont 30.000 du côté chrétien.
Les équipages des deux camps sont composés de Grecs. Du côté chrétien, ils viennent des îles Ioniennes occupées par Venise, du côté turc du reste de la péninsule.
Les navires s'éperonnent et très vite les fantassins s'affrontent sur les ponts comme sur un champ de bataille. Les Occidentaux, dont les galéasses font des exploits, remportent une victoire complète. Une cinquantaine de galères turques sont coulées, une centaine d'autres capturées.
L'amiral turc Ali Pacha est fait prisonnier et décapité. 15.000 captifs chrétiens sont libérés. Les croisés eux-mêmes ne perdent que 12 navires et (tout de même) 8.000 hommes.

Retentissement de Lépante
La victoire de Lépante a un immense retentissement dans la chrétienté car elle libère les Occidentaux de la peur ancestrale des Turcs.
Elle permet accessoirement au roi d'Espagne de se poser en champion de la Contre-Réforme catholique.
Pour Venise, cependant, Lépante a le goût amer d'une victoire à la Pyrrhus. Ruinée par l'effort de guerre et la suspension de son commerce avec l'Orient ottoman, la République se détache de ses alliés et négocie avec les Turcs. À ceux-ci, elle reconnaît la possession de Chypre, qui avait été pourtant son but de guerre, en échange de la reprise de son commerce.
Les Turcs n'ont guère de raison de se réjouir. Ils conservent l'île de Chypre malgré leur défaite mais ne sont plus en état de se lancer dans de nouvelles aventures.
Ce tournant est lourd de conséquences pour l'empire ottoman. Sa richesse ne reposait en effet que sur l'expansion territoriale et l'exploitation des nouvelles conquêtes, comme beaucoup plus tôt l'empire arabe. À la différence de l'Occident chrétien, il était incapable de se développer par lui-même. Dès lors que l'ère des conquêtes est close, il ne va plus cesser de s'appauvrir.
Marie Desclaux. http://www.herodote.net

jeudi 29 janvier 2009

La bataille de Lépante, victoire européenne

La fête du rosaire dont la date est fixée le 7 octobre remonte à l’action de grâce reçue par le peuple chrétien à la suite de leur victoire à la bataille de Lépante sur les turcs mahométans. Pour mémoire, nous rappelons cette époque où les européens étaient unis.
La méditerranée est devenue le domaine des forces de Soliman et des pirates barbaresques dont le trafic d’esclaves est l’une des activités dominantes. Le sultan turc enlève la ville de Rhodes aux chevaliers de Saint Jean de Jérusalem et tente vainement d’enlever Malte. C’est dans ces conditions que les turcs concentrent toutes leurs forces vers l’Ile de Crète et vers Chypre, qui sont à l’époque des colonies vénitiennes.
Conscient du danger que constitue cette gigantesque armada, tant pour l’Europe que pour la chrétienté, un pape, Pie V, va se dresser pour tenter d’unir les princes européens jusque là divisés par des rivalités et des guerres intestines. Charles IX, roi de France, entretient des relations ambiguës avec les turcs en vertu d’accords conclus du temps de François Ier. Cette vision étriquée du roi de France de l’époque montre les limites d’une vision stato-nationale qui ne perçoit pas les enjeux civilisationnels et géopolitiques. Venise convoitée par Soliman, est traversée par une période de famine à la suite d’un gigantesque incendie. Face à l’étroitesse de vue des intérêts nationaux, le pape va faire preuve d’un sens du bien commun européen et percevoir la nécessité une unité européenne. Il convoque le sacré collège afin de déterminer la stratégie la plus efficace.
Philippe II d’Espagne dépêche rapidement des troupes de Sicile pendant que diverses flottes se constituent à Messine.
Le pape poursuit sa quête afin d’unifier les chefs européens et rencontrent de nombreuses réticences sous des prétextes futiles. Cependant, sa persévérance aura raison de la division des princes d’Europe et il désigne un chef militaire unique pour la conduite des opérations : Don Juan d’Autriche, fils de Charles Quint. Le 11 juillet 1571, le pavillon pontifical est hissé à Saint Pierre et Pie V bénit les combattants : « Allez au nom du Christ combattre son ennemi et vous vaincrez ! ».
Le nonce du Vatican auprès des armées européennes et de la flotte demande que soit respecté un jeûne de trois jours avant l’appareillage. Les galériens sont détachés de leurs bancs pour se confesser et communier. On comptera pas moins de 80.000 confessions et communions. 200 galères européennes font face aux 300 galères turques.
La bataille a lieu le 7 octobre, dans le golfe de Lépante. Don Juan hisse le drapeau du Saint Père. Contre toute attente, les Turcs désemparés par le courage des européens sont défaits. 30.000 d’entre eux succomberont contre 8.000 chez les chrétiens.
Le pape Pie V immortalise cette victoire inespérée par la commémoration annuelle qui portera plus tard le nom de Notre Dame du Rosaire.
La bataille de Lépante va modifier le cours de l’histoire de l’Islam…
http://www.europaegentes.com

La bataille de Lépante, victoire européenne

La fête du rosaire dont la date est fixée le 7 octobre remonte à l’action de grâce reçue par le peuple chrétien à la suite de leur victoire à la bataille de Lépante sur les turcs mahométans. Pour mémoire, nous rappelons cette époque où les européens étaient unis.
La méditerranée est devenue le domaine des forces de Soliman et des pirates barbaresques dont le trafic d’esclaves est l’une des activités dominantes. Le sultan turc enlève la ville de Rhodes aux chevaliers de Saint Jean de Jérusalem et tente vainement d’enlever Malte. C’est dans ces conditions que les turcs concentrent toutes leurs forces vers l’Ile de Crète et vers Chypre, qui sont à l’époque des colonies vénitiennes.
Conscient du danger que constitue cette gigantesque armada, tant pour l’Europe que pour la chrétienté, un pape, Pie V, va se dresser pour tenter d’unir les princes européens jusque là divisés par des rivalités et des guerres intestines. Charles IX, roi de France, entretient des relations ambiguës avec les turcs en vertu d’accords conclus du temps de François Ier. Cette vision étriquée du roi de France de l’époque montre les limites d’une vision stato-nationale qui ne perçoit pas les enjeux civilisationnels et géopolitiques. Venise convoitée par Soliman, est traversée par une période de famine à la suite d’un gigantesque incendie. Face à l’étroitesse de vue des intérêts nationaux, le pape va faire preuve d’un sens du bien commun européen et percevoir la nécessité une unité européenne. Il convoque le sacré collège afin de déterminer la stratégie la plus efficace.
Philippe II d’Espagne dépêche rapidement des troupes de Sicile pendant que diverses flottes se constituent à Messine.
Le pape poursuit sa quête afin d’unifier les chefs européens et rencontrent de nombreuses réticences sous des prétextes futiles. Cependant, sa persévérance aura raison de la division des princes d’Europe et il désigne un chef militaire unique pour la conduite des opérations : Don Juan d’Autriche, fils de Charles Quint. Le 11 juillet 1571, le pavillon pontifical est hissé à Saint Pierre et Pie V bénit les combattants : « Allez au nom du Christ combattre son ennemi et vous vaincrez ! ».
Le nonce du Vatican auprès des armées européennes et de la flotte demande que soit respecté un jeûne de trois jours avant l’appareillage. Les galériens sont détachés de leurs bancs pour se confesser et communier. On comptera pas moins de 80.000 confessions et communions. 200 galères européennes font face aux 300 galères turques.
La bataille a lieu le 7 octobre, dans le golfe de Lépante. Don Juan hisse le drapeau du Saint Père. Contre toute attente, les Turcs désemparés par le courage des européens sont défaits. 30.000 d’entre eux succomberont contre 8.000 chez les chrétiens.
Le pape Pie V immortalise cette victoire inespérée par la commémoration annuelle qui portera plus tard le nom de Notre Dame du Rosaire.
La bataille de Lépante va modifier le cours de l’histoire de l’Islam…
http://www.europaegentes.com