Affichage des articles dont le libellé est Chesterton. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chesterton. Afficher tous les articles

mercredi 1 juin 2022

Le Puits et les Bas-fonds (Chesterton)

 

le-puits-et-les-bas-fonds

Gilbert Keith Chesterton (1874-1936), écrivain, journaliste, apologète et polémiste prolifique, n’a jamais pu s’empêcher de croiser la plume – avec toujours une dose d’humour anglais – sur les thèmes les plus variés : littérature, religion, philosophie, politique,…

Ce livre, inédit en langue française, est un recueil d’essais qui aborde chacun de ces sujets de façon disparate. Il est paru pour la première fois en 1935 sous le titre The Well and the Shallows que l’on traduit par Le Puits et les Bas-fonds. Pour Chesterton le puits, c’est l’Eglise catholique, source religieuse inépuisable, tandis que les bas-fonds sont la religion issue de la Réforme anglicane, qu’elle soit de l’anglicanisme officiel, du puritanisme calviniste ou du protestantisme moderniste.

Mais ce livre contient bien d’autres choses, entre commentaires sur les astuces et jeux de mots littéraires, la question de la contraception dans la morale anglicane, l’assassinat du chancelier autrichien Dollfuss, l’avenir du communisme, des considérations sur le banditisme économique et… la dénonciation de « ‘obsolescence programmée « . La clairvoyance de Chesterton au cours des années 1930 apparaît tout simplement prophétique.

Un véritable régal de pensée chestertonienne !

Le Puits et les Bas-fonds, Gilbert Keith Chesterton (traduction, présentation et notes par Patrick Gofman et Wojciech Golonka), éditions Desclée de Brouwer, 368 pages, 22 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-puits-et-les-bas-fonds-chesterton/62887/

samedi 1 janvier 2022

Saint François d’Assise par Chesterton

  

Chesterton s’adresse d’abord à l’homme de la rue qui admirait volontiers celui qu’il croit être le véritable François si l’Eglise n’en avait pas fait un saint.
Son merveilleux portrait rend évident que la seule vision cohérente et vraie du Poverello est celle qui le montre comme l’un des plus purs miroirs du Christ qui ait jamais marché sur cette terre.
Il permet aussi aux catholiques de s’approcher plus près du coeur de celui qui ne fut rien d’autre que gratitude envers le Créateur. Il leur apprend à mieux connaître et savourer les dons divins que l’esprit franciscain offre au monde aujourd’hui comme hier – dont nous avons plus que jamais besoin.

208 pages, 14 €. A commander sur le site de l’éditeur.

https://www.medias-presse.info/saint-francois-dassise-par-chesterton/82938/

mercredi 21 avril 2021

Désigner l’ennemi : les idéologies de « l’universel »

 

Désigner l’ennemi : les idéologies de « l’universel »

La relecture de Julien Freund est l’une des nécessités les plus impérieuses du moment. Son analyse du politique permet d’y voir plus clair dans l’opposition entre « indigénistes » et « universalistes ». Et de les renvoyer dos à dos : les ennemis de nos ennemis ne sont pas nécessairement nos amis…

Les très dynamiques éditions de la Nouvelle Librairie ont été particulièrement inspirées d’éditer il y a quelques mois un ouvrage qui s’avère aujourd’hui essentiel pour rendre intelligibles les débats politiques et idéologiques du moment. Le Politique ou l’art de désigner l’ennemi est un recueil de textes présentés par Alain de Benoist et Pierre Bérard, qui permet d’aller à l’essentiel dans la pensée foisonnante de Julien Freund (1921–1993). Philosophe, sociologue et professeur d’Université à Strasbourg, où il créa plusieurs institutions, dont un Laboratoire de sociologie régionale et un Institut de polémologie, Freund a contribué à la diffusion en France des travaux de Carl Schmitt et Max Weber, ainsi que de Georg Simmel et de Vilfredo Pareto. Il est surtout connu pour sa magistrale thèse soutenue en 1965 à la Sorbonne sur L’essence du politique. Pierre-André Taguieff le considère comme « l’un des rares penseurs du politique que la France a vu naître au XXe siècle ».

Dans son texte toujours très charpenté qui introduit l’ouvrage, Alain de Benoist rappelle les principales idées forces du philosophe. Ainsi de la distinction entre la politique (activité variable et circonstancielle) et le politique (catégorie conceptuellement immuable, disposant d’une « essence » propre). Mais aussi de la définition de la politique avant tout comme affaire de puissance : « Agir politiquement, c’est exercer une puissance (…) La souveraineté elle-même n’est pas fondamentalement un concept juridique, mais d’abord un phénomène de puissance. » Ou encore de la nature intrinsèquement conflictuelle du politique, qui suppose l’équilibre toujours précaire de dynamiques de forces opposées – d’ailleurs, « c’est le caractère provisoire de cet équilibre qui donne à la politique son caractère tragique »… L’ouvrage propose quatre études de Julien Freund, consacrées respectivement au politique, à l’aristocratie (« Plaidoyer pour l’aristocratie »), à la pensée politique de Carl Schmitt et enfin au fascisme. Il se clôt avec la correspondance entre Julien Freund et Alain de Benoist, et s’ouvre avec un témoignage original, tonique et « inflammable » de Pierre Bérard, qui a bien connu et fréquenté le maître, et en rapporte les propos sous la forme d’un dialogue imaginaire.

Contre l’entreprise de dénigrement des Européens

Avec le témoignage de Pierre Bérard, Julien Freund apparaît tel qu’en lui-même : malicieux, perspicace, drôle et profond à la fois. C’est dans ce texte que le lecteur trouvera sans doute les éléments de réflexions les plus pertinents pour penser l’époque – et les moyens de s’en sortir !

Ainsi, face aux négateurs de l’identité, Julien Freund rappelle qu’« être Européen, c’est être dépositaire d’un patrimoine spécifique et de s’en reconnaître comptable », alors que « le nouvel Européen qu’on nous fabrique est une baudruche aux semelles de vent ». Qui est à la manœuvre de cette « fabrique » ? Des « élites qui ne croient plus à la grandeur de notre continent », ces « élites qui vitupèrent, sermonnent, embarquant le pays dans une véritable industrie du dénigrement ». Bien avant d’autres, Julien Freund avait pressenti la nocivité de ce dénigrement perpétuel : à force de convoquer l’histoire au tribunal des sentiments du moment, on ne peut qu’encourager une sinistre compétition mémorielle, au risque de dissoudre tout lien social – toute démarche politique. Dès lors, le jugement est sans appel : ces « élites qui accablent les morts pour fustiger leur peuple ne sont pas dignes de gouverner ».

Désigner l’ennemi

À ceux qui prétendent faire de la politique, Julien Freund rappelle qu’elle n’est pas le domaine des bons sentiments, de l’opportunisme ou de la « gouvernance » inspirée des modèles économiques. Dès sa thèse de 1965, il en avait donné la définition la plus exacte, à savoir l’« activité sociale qui se propose d’assurer par la force, généralement fondée sur le droit, la sécurité extérieure et la concorde intérieure d’une unité politique particulière en garantissant l’ordre au milieu de luttes qui naissent de la diversité et de la divergence des opinions et des intérêts ». Fondée sur la force, en vue de la préservation du bien commun que vise un peuple sur un territoire, l’un et l’autre déterminés, la politique ne peut donc pas être « universelle », c’est-à-dire applicable à tous et en tout lieu. A fortiori lorsque cette « politique » a pour seuls fondements la démocratie de marché et les droits de l’individu, débouchant sur cette « métaphysique de l’illimité » qui l’assimile en réalité davantage à une religion.

À cette aune, l’agitation « indigéniste » et la réaction « républicaine » doivent être considérées l’une l’autre comme impolitiques. Les premiers, héritiers des « l’antiracisme » que Dominique Venner avait déjà défini dans les années 1960, dans Europe-Action, comme un « racisme anti-blancs » (Dictionnaire du militant), entendent « raciser » les individus et les débats pour exiger des droits — et des réparations – au titre de leur seule couleur de peau. C’est l’Ethnos sans la Polis, soit une réduction de l’organisation sociale à sa forme la plus élémentaire, clanique et raciale, sans l’apport du politique. Mais c’est bien au nom de principes universels, égalitaires et revanchards, de l’« Humanité » tout entière, qu’ils entendent ainsi se venger du « monde blanc ». Comme le démontrent jusqu’au ridicule les initiatives de ses thuriféraires, la cancel culture est en réalité une culture cancel : une destruction de toute culture, à commencer par celle des Européens, censément dominante.

En face, les discours à prétention républicaine sonnent creux par excès inverse. En minimisant voire niant la réalité ethnique et historique du peuple, ils conçoivent une Polis sans Ethnos. L’appel à l’assimilation comme réponse aux problèmes massifs et existentiels que pose l’immigration est de ce point de vue illusoire : il est possible d’assimiler des individus, pas des peuples — l’exception n’est pas la règle ! C’est encore plus clairement une approche universaliste qui justifie cette posture, dont l’origine est à rechercher, à partir des Lumières, dans l’idéologie républicaniste elle-même et son cortège « d’idées chrétiennes devenues folles » (Chesterton). Son horizon ? Une société d’individus libres de toute attache particulière, détachés de toute communauté, ne partageant comme socle commun que l’adhésion à des « valeurs » vidées de toute substance à force d’être bêlées. Les « droits de l’homme » ayant finalement supplanté ceux du citoyen, chaque individu se voit reconnaître des droits imprescriptibles – y compris celui de s’implanter et de se fondre dans un pays autre que le sien. S’opposer à l’immigration au nom des seuls principes « républicains » est dès lors une imposture, car n’empêchant en rien le « Grand Remplacement » en cours.

Il ne suffit donc pas que les « islamo-gauchistes » nous désignent, en tant qu’héritiers de la civilisation européenne, comme ennemis. Il nous revient de ne pas subir, mais au contraire de reprendre l’offensive en tenant compte de l’ensemble du problème. Au-delà de l’ennemi contingent, nous devons considérer comme ennemies, donc combattre, toutes les idéologies qui prétendent nier la réalité de notre identité au nom d’une religion de l’universel quasiment totalitaire, et priver nos peuples de leur droit inaltérable à la continuité historique, culturelle et biologique.

Rebâtir une civilisation…

Lucide, Julien Freund dit par ailleurs : « Nous sommes, je crois, en présence de la fin de la civilisation européenne ». En tout cas de la forme qu’elle a fini par prendre en devenant « occidentale », dilatée à l’échelle du monde, libérale dans tous les sens du terme. Au moins jusqu’au retour du tragique et de l’histoire auquel nous assistons depuis deux décennies. Toute civilisation étant mortelle, celle-ci peut disparaître – et le fera sous le poids des contradictions internes propres à sa prétention à l’universel et de son incapacité à en assumer les externalités négatives : individualisme, consumérisme, multiculturalisme… Julien Freund rappelle si besoin que « l’harmonie dans une société multiraciale est, plus que dans toute autre, une vue de l’esprit ».

Ce qu’il importe de préserver, ainsi que l’avait pressenti Spengler, c’est la culture. C’est donc la culture européenne, celle des peuples natifs de l’Europe depuis 5000 ans, qui doit être redécouverte, défendue, réappropriée, promue et sans cesse enrichie afin de servir de socle à une nouvelle Renaissance. Et celle-ci ne pourra être que la naissance d’une nouvelle civilisation, libérée des scories des idéologies de « l’universel », en renouant avec le génie des peuples et des lieux qui font l’identité de notre continent – comme celle des autres civilisations.

À ceux qui voient un monde qui leur était familier se dérober sous leurs pieds, tenaillés entre crispation réactionnaire, nostalgie incapacitante et crainte de l’avenir, Julien Freund livre un ultime conseil :

« Ne cultivons pas ce pessimisme qui est l’échappatoire des avortons ou l’alibi de la paresse. La messe n’est jamais dite et beaucoup de tâches nous requièrent. »

Grégoire Gambier

Julien Freund, Le Politique ou l’art de désigner l’ennemi, Paris, La Nouvelle Librairie, 2020, 340 p., 19,90 €.

https://institut-iliade.com/designer-lennemi-les-ideologies-de-luniversel/

mercredi 30 septembre 2020

CHESTERTON, un catholique social anglais

 

Chesterton, un catholique social anglais.jpegRencontre avec Philippe Maxence, auteur de L'Univers de G.K. Chesterton.

M & V : A maints égards, la pensée de Gilbert Keith Chesterton semble être le pendant anglais de celle des catholiques sociaux français : la guilde anglaise, par exemple, partage plus d'un point commun avec la corporation. Comment cette parenté s'exprime-t-elle ?

Philippe Maxence : Comme les catholiques sociaux français, Chesterton a été profondément touché par l'encyclique de Léon XIII, Rerum novarum. Il y a toutefois deux différences entre les Français et Chesterton. La première est que les Français voient dans l’encyclique de Léon XIII une confirmation : de leurs propres vues. Pour Chesterton, Rerum novarum est véritablement un point de départ. La seconde différence tient aux situations particulières en Angleterre et en France. Les Français, et singulièrement les catholiques, vont vite se diviser sur la question du meilleur régime : monarchie ou république. Ce n’est pas le cas des Anglais.

D'autre part, la France reste majoritairement agricole et artisanale. La propriété privée y est plus abondamment répandue. En revanche, en Angleterre, les terres appartiennent principalement à des grandes familles aristocratiques ou aux grands capitaines d'industrie. Le paysan y est d'abord un ouvrier, de même que l’artisan. L'industrialisation y est plus développée que dans notre pays, et y produit des effets dramatiques. En fonction de ces différences, les catholiques sociaux français vont insister sur l’organisation sociale dans son ensemble, par le biais d'un système corporatiste, tandis que Chesterton et ses amis vont mettre l'accent sur la large distribution de la propriété privée.

M & V : En pourfendant la ploutocratie ou le grand magasin, c'est la famille que défend Chesterton. Il la définit à la fois comme la « base » et la « cellule mère » de la société, mais aussi comme « l'institution anarchiste par excellence ». Comment expliquer ce paradoxe ?

PM.: Chesterton place en effet la famille à la base et même au cœur de la société. Lorsqu'il utilise l'expression d'institution anarchiste, il entend affirmer que la liberté ne s'apprend et ne s éduque véritablement qu'au sein de la famille. C'est l'un des sens du paradoxe chestertonien. L'autre, c'est que la loi qui régit la famille est l’amour et que cette loi distingue radicalement l'institution familiale de toute autre institution humaine.

M & V : « Pour sauver la famille, il nous faut révolutionner la nation », écrit Chesterton. Par de nombreux côtés, cet écrivain catholique, qui reproche au socialisme, non pas « de vouloir révolutionner notre vie commerciale », mais « de vouloir la conserver si horriblement pareille », est en effet un révolutionnaire, par exemple lorsqu'il prône le « distributisme ». Qu'entend-il par là ?

PM. : Avant d'être une théorie économique, le distributisme est une vision du monde qui refuse de réduire l'homme à son aspect économique tel qu'il découle de la révolution anthropologique des Lumières. Il s'affirme en premier lieu, pour la liberté de l'homme et de sa famille, pour qu'il soit maître de son destin qu'il soit concrètement propriétaire de sa maison et des moyens de production deuxièmement, pour un monde fondé sur l'acceptation des limites et qui de ce fait respecte les petites nations et s'organise donc de façon décentralisée. Plus de société et moins d'État enfin pour des économies plus locales, s'appuyant sur l'artisanat et l’agriculture, sur des groupements professionnels autogérés et des mutuelles coopératives.

M & V : Plus généralement, la critique et les conceptions sociales de Chesterton vous paraissent-elles encore d'actualité ?

PM.: S'il manque peut-être à Chesterton une réflexion sur le cadre institutionnel, il n'en reste pas moins que ses conceptions rencontrent de plein fouet la réalité de notre monde contemporain, qui repose sur une mondialisation dépossédant les nations et les familles, et qui veut faire exploser toute notion de limites par la course en avant de la consommation et de la technologie. Le renouveau d'intérêt que connaissent ses idées dans le monde anglo-saxon témoigne de sa pertinence face aux problèmes actuels.

Monde&Vie 13 décembre 2008 n°804 

dimanche 22 mars 2020

Apprendre à survivre avec G. K. Chesterton

Apprendre à survivre avec G. K. Chesterton.jpegL'Univers de G, K. Chesterton. Petit dictionnaire raisonné, par Philippe Maxence, Via Romana, 310 pages.
Paul Claudel l'avait traduit, Charles Maurras et Henri Massis l'avaient étudié, puis, lentement mais sûrement, G. K. Chesterton (1874-1936) est tombé dans l'oubli de ce côté-ci de la Manche jusqu'à ce que, ces dernières années, des éditeurs ne s'avisent qu'il manquait à leur catalogue les écrits de celui qui est considéré, à juste titre, comme l'un des plus grands écrivains anglais. Furent ainsi réédités Les Enquêtes du père Brown en un fort volume de la collection Omnibus et, cet automne, l’Oeil d'Apollon (éd. du Panama), recueil de cinq contes publié naguère par l'immense écrivain argentin José Luis Borges, qui tenait Chesterton pour « l’un des premiers écrivains de notre temps et ceci non seulement pour son heureux génie de l'invention, pour son imagination visuelle et pour la félicité enfantine ou divine que laisse entrevoir chaque page de son œuvre, mais aussi pour ses vertus rhétoriques, pour sa pure virtuosité technique ».
Le journaliste et essayiste Philippe Maxence, rédacteur en chef de L'Homme nouveau et critique littéraire à Monde & Vie, n'a pas attendu ce « revival » pour se passionner pour Chesterton, sur l'œuvre duquel il a déjà écrit un ouvrage introductif (Pour le réenchantement du monde, Ad Solem, 2004) et sur lequel il tient un blog aussi réactif qu’érudit. L’Univers de G, K. Chesterton est, comme l'indique son sous-titre, un « dictionnaire raisonné », à savoir un volume de citations dont le choix ne doit rien au hasard et tout à la profonde connaissance que Maxence a acquise de la pensée de celui qu'il décrit comme « apôtre du bon sens, jongleur du paradoxe, serviteur du Christ, fou de la vierge Marie, défenseur des petites nations, amoureux de la vie et ami de l'enfance ».
De A à Z, ou plutôt de A comme Abstraction à W comme Wilde (Oscar), Maxence fait ressortir l'évolution spirituelle d'un Chesterton qui, devenu agnostique après être né anglican, se fera catholique intransigeant, au point d'écrire dans La Vie catholique : « Après une longue période d'étude et de réflexion, j'en suis venu à la conclusion que les maux dont souffre l'Angleterre - le capitalisme, l'impérialisme brutal, l'industrialisme, la richesse malhonnête, le naufrage de la famille - résultent du fait que l'Angleterre n'est pas catholique. » Dommage que ne figure pas en regard le texte qu'un certain Albino Luciani publia en juin 1971 dans un journal italien sous le titre « Le messager de saint Antoine », lettre adressée par-delà les ans à son « Vieux Chesterton » par celui qui allait passer à la postérité sous le nom de Jean Paul Ier.
« Il est vain de vouloir distinguer chez Chesterton l'écrivain et le chrétien », explique Philippe Maxence, comme il est impossible de comprendre le courant « distributiste », dont il se fit le théoricien et le propagateur, avec son contemporain Hilaire Belloc, sans le placer dans la continuité en quelque sorte organisationnelle de la doctrine sociale de l’Église, et sa critique du monde moderne, qui « dépasse en bouffonnerie les caricatures les plus satiriques », est plus qu'actuelle, prophétique : « Le capitalisme fait la guerre à la famille, analysait Chesterton, pour la même raison qu'il combat les syndicats. Le capitalisme veut le collectivisme pour lui, l'individualisme pour ses ennemis. Il veut que ses victimes soient des individus ou, en d'autres termes, des atomes, […] S'il existe un lien, un sentiment de fraternité, une discipline familiale, grâce à quoi les pauvres puissent s'entraider, ces émancipateurs luttent pour relâcher ce lien, ou détruire cette discipline, […] Ces individualistes s'efforcent de mettre les individus en liberté ou plutôt cherchent à l'écraser afin qu'il n'en reste plus que des atomes. »
Sous des allures de dictionnaire, c'est en fait un manuel de savoir-comprendre, voire de savoir-survivre ou même de savoir-combattre que nous fournit Philippe Maxence.

Bruno Larebière Le Choc du Mois novembre 2008

samedi 10 décembre 2016

Le danger de l’islam selon Chesterton

1019495498.jpgPour les imbéciles, tout changement est une chance. Et surtout, tout changement vis-à-vis de « l’ancien monde ». La diversité est donc une chance. Le métissage en est une autre, comme l’abolition des frontières, l’égalité des religions ou l’islam. Tout cela est, selon les imbéciles, une chance formidable pour nos sociétés. Ceux qui parlent des dangers et mettent en garde contre les changements permanents, ceux qui entendent défendre l’homme enraciné contre l’universalisme bébête de l’homme connecté se font traiter de suppôts de l’’extrême-droite et de fascistes.
Dire que tout changement implique un danger, et qu’il doit être mûrement réfléchi pour s’assurer qu’il apporte plus d’avantages que d’inconvénients, c’est fatiguer trop les cerveaux momifiés des imbéciles. Au lieu de réfléchir, de penser, c’est-à-dire de distinguer les choses, ils préfèrent décréter, moraliser et s’indigner ; au lieu d’analyser les dangers et de les anticiper, les imbéciles adorent minimiser, naviguer à vue et agir en situation car, pour eux, il y a toujours une solution. Mais si un jour il sera trop tard pour réagir, que feront-ils ? Si un jour le péril est entré en la demeure, quelles seront les réponses des imbéciles ?
G.K. Chesterton (1847- 1936) n’a pas écrit d’ouvrages sur l’islam, mais il a bien réfléchi à la question. Dans son livre Chesterton face à l’islam, Philippe Maxence, l’un des meilleurs connaisseurs de son œuvre, résume de façon à la fois détaillée et synthétique l’approche de l’écrivain anglais. S’appuyant sur de nombreuses citations, il montre en quoi consiste selon l’auteur de l’Auberge volante le danger d’une immigration musulmane incontrôlée. Chacun pourra vérifier par soi-même la vision prophétique qu’il en donne, comme de l’ère moderne et de ses maux, et constater l’actualité brûlante de ses analyses.
Maxence nous montre bien que pour Chesterton, s’il fallait opposer quelque chose à la progression de l’islam en Europe, c’est bel et bien le christianisme et ses valeurs. Il savait qu’une civilisation sans Dieu est destinée à s’effondrer. Aujourd’hui la menace de l’islam est triple. Elle nous arrive par l’immigration, par le terrorisme et par l’économie (l’achat des entreprises occidentales). Or le vrai danger vient de l’intérieur de l’Europe, de son désengagement de soi-même, de sa soumission à la loi du marché, de son défaitisme, de sa lâcheté, de sa laïcité, de ses pleurnicheries et de ses dogmes de l’égalité et du pacifisme.
Le visionnaire catholique a compris avant tous les autres que l’homme moderne, remplacera la pensée par les idées, le monde concret par l’abstraction, la distinction des choses par la généralisation et l’indifférenciation, la connaissance par la publicité et le mal par le traitement thérapeutique et la victimisation des criminels ; il a compris que le monde moderne veut le dépassement des nations par une nouvelle superpuissance supranationaliste et impérialiste, la destruction des peuples et leur soumission absolue au culte de l’argent et du commerce.
Que l’on ne s’y méprenne, notre écrivain n’est pas un pessimiste, en tous cas pas plus que Lord Byron qu’il admire. Cet homme de bon sens se battait pour une société fondée sur la famille et la propriété privée qu’il défendait contre le capitalisme libéral et le communisme marxiste. Pour lui, les vieux principes issus du corpus chrétien permettent de répondre aux défis contemporains. « Le salut pour notre civilisation est dans un retour en arrière », dit-il. Mais prenez garde ! On n’a pas affaire à un passéiste, loin s’en faut. Au contraire, c’est un homme terriblement remuant, un anticonformiste, un polémiste redoutable. Faire revivre le passé ne l’intéressait nullement. En s’insurgeant contre l’homme sans racine, il a trouvé mieux, beaucoup mieux. A savoir que c’est en puisant à la source de notre civilisation, dans ce qu’elle a de vivante, d’organique et d’incarné qu’elle reçoit la force nécessaire pour bondir sur ses ennemis, l’épée à la main, comme Saint-Georges le patron des Anglais.  
Chesterton face à l’islam de Philippe Maxence, Viva Romana 2014.
Journaliste culturel, collaborateur au journal La Nation (Lausanne), à la revue Choisir(Genève) et à la Nouvelle Revue Universelle

mardi 18 novembre 2014

"Chesterton a vu que le libéralisme ferait tout pour permettre à l’islam de pénétrer chez nous" - Entretien avec Philippe Maxence 3/3

Journaliste et écrivain, rédacteur en chef du bi-mensuel catholique conservateurL’Homme nouveau, Philippe Maxence est également l’un des meilleurs connaisseurs français de l’œuvre de Gilbert Keith Chesterton (photo). C’est afin de mieux connaître ce penseur original et profondément iconoclaste que nous avons souhaité interroger Philippe Maxence.
Propos recueillis par Pierre Saint-Servant
Pourquoi Chesterton, vivant dans l’Angleterre de 1900, a priori peu concernée, s’est-il préoccupé de l’Islam ? 
D’abord parce que l’Angleterre étant un empire, était confrontée directement à la réalité de l’islam. Mais l’aspect prophétique de Chesterton tient au fait d’avoir compris que l’islam étant par nature une religion conquérante, menacerait les vieilles nations occidentales chez elles. Mais il faut aller plus loin : il voyait aussi que notre propre lâcheté favoriserait cette conquête. Il a vu que le libéralisme ferait tout pour permettre à l’islam de pénétrer chez nous, ou pour le laisser pénétrer chez nous, dès lors que les intérêts financiers s’en trouveraient confortés. C’est le cas aujourd’hui. Le patronat a fait appel massivement aux immigrés dans les années 1970. Et, aujourd’hui, nous sommes confrontés à une alliance objective entre les grandes surfaces et l’islam qui passe par la vente des produits halal.
Chesterton s’attaque à l’islam avant tout en tant qu’hérésie, en faisant un parallèle avec l’unitarisme britannique très vivace à son époque, pouvez-vous développer ce point ?
Au fond de toute erreur politique se trouve une erreur théologique. C’est fort de cette conviction que Chesterton aborde l’islam, qui est d’abord une religion. L’unitarisme n’était pas particulièrement répandu en Angleterre à l’époque, mais il se trouve que venant de l’unitarisme, avant sa conversion, Chesterton perçoit que l’islam est une hérésie chrétienne et que cette hérésie refuse toute idée de relation en raison même de sa conception de Dieu. Au Dieu unique en trois personnes des chrétiens, l’islam comme l’unitarisme, hérésie chrétienne, oppose le Dieu unique et seul. Son passé unitarien permet à Chesterton de saisir l’essence même de l’islam.
Il voyait aussi que notre propre lâcheté favoriserait cette conquête. Il a vu que le libéralisme ferait tout pour permettre à l’islam de pénétrer chez nous, ou pour le laisser pénétrer chez nous, dès lors que les intérêts financiers s’en trouveraient confortés. C’est le cas aujourd’hui. Le patronat a fait appel massivement aux immigrés dans les années 1970. Et, aujourd’hui, nous sommes confrontés à une alliance objective entre les grandes surfaces et l’islam qui passe par la vente des produits halal.
chestertonfaceislamIl décrit ailleurs l’islam comme“un théisme forcené qui ne voit partout que la divinité et qui renie complètement les principes de la personnalité et de la volonté humaines”. Ce dont le djihadisme actuel donne un cruel exemple aujourd’hui …
Oui, effectivement. Il y a une pesanteur de la divinité dans l’islam alors que Dieu dans le christianisme, en s’incarnant, sauve l’homme et le restaure dans son innocence. Le djihadisme est toujours au terme d’un islam qui s’impose de plus en plus, même si au point de départ, il peut apparaître comme pacifique et tolérant.
Le musulman est celui qui fondamentalement “offre aux hommes le choix entre le Coran et l’épée”. Au-delà de la théologie, n’est-ce pas cette dimension liberticide qui repousse le fils de la civilisation européenne qu’est Chesterton ?
Ce n’est pas au-delà de la théologie ! La vision théologique que Chesterton pose sur l’islam lui permet d’en saisir le fondement irréductible. Irréductible parce que théologique. Seul un regard vraiment théologique sur l’islam permet de comprendre la profondeur de ce danger.
Dans le petit florilège que vous donnez dans votre ouvrage, vous consacrez une entrée au mot “frontière”, que ne connait justement pas l’islam. N’est-ce pas un fait que devraient considérer tous les apôtres de la “réconciliation” et de “l’union des croyants” qui font ici preuve d’autant de naïveté que la gauche bobo mondialisée ?
Oui, vous avez raison ! Dans l’islam, la seule frontière qui existe est celle entre la communauté des croyants et le reste du monde. L’unicité anti-trinitaire de la conception de Dieu dans l’islam l’empêche de saisir ce qui relève du Ciel et ce qui est de la terre, et de travailler à l’union des deux. Comme le dit Chesterton, la seule paix que connaît l’islam est la paix des cimeterres qui conduit à la paix des cimetières.

lundi 17 novembre 2014

“Le capitalisme est essentiellement anti-familial aux yeux de Chesterton” – Entretien avec Philippe Maxence 2/3

Propos recueillis par Pierre Saint-Servant
Chesterton fut avec Belloc l’un des théoriciens de ce que l’on a appelé “distributisme”, pouvez-vous expliquer ce mot et développer ce qu’il recouvre ?
En français, le mot « distributisme » sonne mal et ne dit pas tout de ce qu’il contient. Ce courant politique, économique et social, est né principalement du contexte anglais, où la question centrale n’est pas celle du régime politique – problème auquel furent soumis les catholiques français après la Révolution de 1789 et au moment du Ralliement sous Léon XIII –, mais celui de la confiscation par l’aristocratie du pouvoir et de la vie économique du pays. Refusant à la fois les conséquences dramatiques du libéralisme économique et les fausses solutions apportées par le socialisme étatique, le « distributisme » postule la renaissance d’une société agraire et artisanale, reposant sur une large distribution de la propriété privée, afin qu’elle ne soit pas confisquée par quelques-uns et qu’elle permette à chaque foyer d’être propriétaire ou co-propriétaire des moyens de production. Le distributisme repose sur une conception organique, largement anti-étatique de la société, s’appuyant sur la famille et la mise en application du principe de subsidiarité, fondement des relations pouvoir-responsabilité à chaque niveau social. Même s’il n’emploie pas cette image, Chesterton estime qu’il faut que chaque famille, conçue aussi comme une unité économique, détiennent le clou et le marteau, pour supporter elle-même les conséquences de ses actes et éviter des catastrophes que l’analogie laisse imaginer quand on sépare celui qui tient le marteau de celui qui tient le clou.
Ce courant politique, économique et social, est né principalement du contexte anglais, où la question centrale n’est pas celle du régime politique – problème auquel furent soumis les catholiques français après la Révolution de 1789 et au moment du Ralliement sous Léon XIII –, mais celui de la confiscation par l’aristocratie du pouvoir et de la vie économique du pays.
Quelle est la place des anciennes Guildes dans l’esprit de Chesterton ? Comment transposer celles-ci dans nos sociétés contemporaines ?
Contrairement à un autre distributiste, Arthur Penty, qui a développé toute une réflexion sur le rôle des Guildes ou des corporations, Chesterton s’est contenté d’évoquer l’exemple historique des Guildes dont il pensait que le principe s’imposerait dès lors que la propriété privée serait largement diffusée et qu’il faudrait alors redonner aux métiers la possibilité de s’organiser. Dans son livre sur Chaucer, il écrit : « Qui dit métiers dit Guildes; détruisez les Guildes, vous détruisez la classification naturelle des hommes. » Je ne suis moi-même pas un spécialiste de cette question ni surtout de celle qui consisterait à la transposer à la réalité actuelle. En revanche, je peux vous inviter à lire et à découvrir le livre que j’ai contribué à faire éditer et qui est plus largement une actualisation de la pensée distributiste : Small is– toujours – beautifulune économie au service de la famille de Joseph Pearce, auteur de biographies de Chesterton, Belloc et Soljénitsyne ou Chrétienté, réveille-toidu père Aidan Nichos, qui aborde directement cette question.
Quelle est la part due aux socialistes anti-utilitaristes tels que John Ruskin ou William Morris dans la pensée distributiste ?
Chesterton avait de la sympathie envers eux, à des degrés divers. Il reconnaissait une certaine dette à leur égard, mais il trouvait aussi qu’ils restaient d’une certaine manière habités par des aspects de la modernité.
La révolte luddite avait-elle la sympathie de Chesterton ? En quoi ce mouvement est symbolique de la lutte de l’homme contre la machine froide ?
Au moment de la constitution de la « Distributist League », le mouvement qui devait incarner et répandre les idées de Chesterton et Belloc, certains de leurs compagnons avait proposé que l’appellation fasse référence aux luddites. Il y avait donc une certaine sympathie à leur égard, mais en même temps le constat que la réaction qui consiste à détruire les machines se retournait contre les ouvriers eux-mêmes. DansOutline of sanity, que nous avons traduit en français par Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste, livre essentiel pour comprendre la vision politique de Chesterton, celui-ci écrit : « Détruire les machines comme du temps des Luddites est une réaction humaine, fort compréhensible au demeurant, due à l’ignorance. Ignorance qui d’ailleurs fait pendant à celle des économistes industrialistes qui parlaient avec mépris de ces mêmes Luddites. Il s’agissait là d’une révolte aveugle conduite par des hommes trop ignorants pour comprendre le caractère artificiel et temporaire de l’outil qui excitait leur rage et deviner où se trouvait le véritable siège des tyrans qui l’exploitaient »
Bloy comme Chesterton sont souvent perçus comme de sympathiques pamphlétaires par les catholiques français, peu en retiennent leur dégoût du capitalisme et de la prostitution à l’argent-roi, cet “odieux règne de l’esprit bourgeois” qui considère de haut le scandale de la Croix. Le catholicisme ne tient-il pas là une chance historique, en assumant son anti-modernisme et en recréant la possibilité d’une vie saine et belle, la “good life” du socialiste Morris ?
Oui, à la différence que pour un catholique la « good life » n’est jamais totalement réalisable sur terre qui reste sous l’emprise sur péché. Au-delà du désir de recréer les conditions d’une vie humaine, avec sa beauté et son poids, le distributisme vise à ne plus couper l’être humain en plusieurs morceaux sans rapport les uns avec les autres – l’homme économique, l’homme sociable, l’homme politique, l’homme des loisirs, l’homme religieux, etc. – mais à le restaurer dans son unité.
Retourner à Belloc ou Chesterton permettrait également aux catholiques français de saisir à quel point la défense de la famille et la justice sociale sont intimement liées. Chesterton rappelle que le capitalisme ne veut pas de familles car il ne veut pas de communauté face à lui.
En fait, le capitalisme est essentiellement anti-familial aux yeux de Chesterton parce qu’il ne voit que l’individu, soit comme ouvrier ou comme employé, soit comme consommateur. Les catholiques devraient effectivement s’inspirer d’une telle pensée qui ne réduit pas la défense de la famille à celle de l’aspect moral – opposition à la contraception, à l’avortement ou aux unions homosexuelles, par exemple – mais au fait, fondamental, que la société est impossible sans la famille, qui est perçue elle-même comment étant l’institution de la liberté. Deux citations peuvent illustrer ces aspects. La première est extraite de l’essai de Chesterton sur le divorce : « Les ennemis de la démocratie veulent désagréger la morale sexuelle, car, par leur structure, les petits noyaux familiaux ressemblent aux petites nations. Comme elles, c’est le cauchemar de l’esprit de haute envergure qui rêve d’empire. Bref, ce que l’on craint, au sens le plus littéral du mot, c’est l’autonomie. »
Dans Le Monde comme il ne va pas (éditions de l’Age d’Homme), il écrit encore :« On peut dire que cette institution qu’est le foyer est l’institution anarchiste par excellence. C’est-à-dire qu’elle est plus ancienne que la loi, et qu’elle se tient à l’écart de l’État. De par sa nature, elle est revigorée ou corrompue par des forces indéfinissables issues de la coutume ou de la parenté. Cela ne veut dire pour autant que l’État n’ait pas autorité sur les familles : dans de nombreux cas qui sortent de l’ordinaire, on a recours, et il le faut, à cette autorité de l’État. Toutefois, l’État n’a pas accès à la plupart des joies et des chagrins familiaux, ce n’est pas tant que la loi ne doive pas interférer mais plutôt qu’elle ne le peut. Certains domaines sont trop éloignés de la loi, d’autres en sont trop proches ; il est plus facile à l’homme de voir le Pôle Nord que de voir sa propre échine. Des affaires sans importances et immédiates seront tout aussi difficiles à gérer que d’autres, plus importantes et lointaines. Les vraies peines et les vraies de la famille en sont un parfait exemple. Si un bébé réclame la lune en pleurnichant, le gendarme ne pourra pas plus aller la lui décrocher qu’il ne pourra le calmer. »

dimanche 16 novembre 2014

Chesterton et “sa guérilla contre le monde moderne” – Entretien avec Philippe Maxence 1/3

Journaliste et écrivain, rédacteur en chef du bi-mensuel catholique conservateurL’Homme nouveau, Philippe Maxence est également l’un des meilleurs connaisseurs français de l’œuvre de Gilbert Keith Chesterton (photo). C’est afin de mieux connaître ce penseur original et profondément iconoclaste que nous avons souhaité interroger Philippe Maxence.
Propos recueillis par Pierre Saint-Servant

Vous êtes à l’initiative de l’association des Amis de Chesterton, comment se fit votre rencontre avec l’œuvre de ce dernier ? 
Ma découverte de l’œuvre de G.K. Chesterton s’est effectuée en deux temps. Adolescent, j’avais croisé ce nom en lisant des auteurs comme Henri Massis, Gustave Thibon, Jacques Maritain, Paul Claudel ou dans des lectures consacrées à l’histoire de la droite française d’avant-guerre ou au renouveau catholique à la même période. Étudiant, je suis tombé par hasard sur son essai Orthodoxie que j’ai lu avec curiosité et avec une réelle incompréhension concernant certains passages. De ce fait, je me suis obligé à relire ce livre et j’y ai finalement découvert, au-delà d’un propos souvent déconcertant au premier abord pour un Français, une véritable cohérence et l’expression d’une réelle philosophie. La lecture d’autres ouvrages de GKC a ensuite confirmé cette découverte émerveillée qui permettait de rompre avec une certaine approche cartésienne et d’exprimer les vérités éternelles sous un mode tout à fait différent.
Chesterton est depuis plusieurs décennies tombé en Purgatoire – dont vous vous efforcez de l’en faire sortir – alors qu’il était dans la première moitié du XXème siècle un auteur largement connu et apprécié en France. Comment l’expliquer ?
Jusqu’aux années 1950, Chesterton est encore un auteur lu, traduit et apprécié. Mais il est déjà en perte de vitesse. Mort en 1936, il n’a connu ni la Seconde Guerre mondiale, ni la Guerre froide et moins encore, comme catholique, le Concile Vatican II. Il ne semble plus alors en phase avec les problèmes du temps. La bombe atomique lui est inconnue, tout comme la Chine communiste ou le rock n’roll. Son style et certaines de ses idées, qui rencontrent aujourd’hui une nouvelle faveur, semblent alors passéistes. Pour beaucoup, ces raisons expliquent le désamour rencontré par Chesterton.
En m’efforçant de trouver un équivalent français à Chesterton, Léon Bloy me vient à l’esprit, qu’en pensez-vous ? Feriez-vous d’autres rapprochements ?
Chesterton n’est pas imprécateur comme Bloy. Malgré les malheurs qui ont touché sa vie personnelle, c’est un homme heureux et qui s’émerveille chaque matin devant la Création. Il a plus de sympathie ou d’intérêt pour le coq sur le fumier que pour le fumier lui-même. Parce qu’il est catholique, journaliste, joyeusement polémiste, il est possible de le mettre en rapport avec plusieurs auteurs français. Notre association a organisé des colloques pour montrer les parallèles possibles avec des écrivains comme Péguy, Claudel ou Bernanos. On pourrait en évoquer beaucoup d’autres. Il y a par exemple chez Jacques Perret une proximité d’écriture qui mériterait d’être étudiée.
Par son obsession de ce qui est beau, gratuit, durable, Chesterton est à classer sans aucun doute parmi les anti-modernes. Pourtant, rien n’évoque chez lui le “contre-révolutionnaire”, cela tient-il à son humour ? A sa pensée très incarnée – charnelle même ?
Cela tient essentiellement à son itinéraire et au fait qu’il est anglais. Chesterton est un contre-révolutionnaire qui s’ignore et qui se croit révolutionnaire alors même que sa guérilla contre le monde moderne rencontre en beaucoup d’endroits la pensée contre-révolutionnaire. Chesterton, qui s’est beaucoup exprimé par paradoxe, jonglant avec les mots et les concepts, était lui-même un « paradoxe ambulant ». Par son poids, au physique (130 kg quand même) comme au moral, il casse les catégories toutes faites et faciles chères à nos cerveaux de Français.
Le contact de chaque homme avec la beauté de la nature semblait essentiel à Chesterton, il se faisait ainsi le disciple de Thoreau et le prédécesseur de Thibon. Y a-t-il une pensée écologique chez Chesterton ?
Au sens strict, la nature n’intéresse pas Chesterton. Ce qu’il aime, c’est la Création, ce magnifique cadeau du Créateur dont l’homme a la charge et la responsabilité. Ce que nous appelons aujourd’hui la crise écologique tient essentiellement à ses yeux au fait que l’homme a perdu le lien avec Dieu et qu’il ne respecte plus de ce fait la Création.

dimanche 19 août 2012

CHESTERTON L'enfer capitaliste

Gilbert Keith Chesterton signe une série de petits essais empreints d'une grande colère. Anti-capitaliste sans être pour autant socialiste, il stigmatise le pouvoir de l'argent. Une dénonciation toujours d'actualité.
Bien que datant de presque un siècle et écrits par un Anglais, les petits essais rassemblées par les Éditions de l'Homme nouveau sous le titre l'Utopie des usuriers n'ont pas pris une ride et ont même atteint à l'universel. Gilbert Keith Chesterton (1874-1936), tonitruant journaliste et écrivain, est ici en proie à une grande colère, certes tempérée par beaucoup d'humour, mais que nous avons mille occasions de partager dans la société actuelle, si soumise au pouvoir de l'argent ! Dans sa vigoureuse introduction, Philippe Maxence nous avertit : « La lecture de ce petit livre doit nous offrir l'occasion d'ouvrir les yeux sur notre propre monde et de trouver les ressources nécessaires pour ne pas nous endormir. »
Les capitalistes, nouveaux maîtres du monde, ont déclenché récemment la Crise que l'on sait... Dès 1917, Chesterton appelait déjà à les frapper fort, car ils pervertissent tout ce qu'ils touchent, à commencer par l'art : « Il est clair que l'artiste publicitaire apportera le plus souvent son concours et son talent à des entreprises sur lesquelles il n'aura aucun contrôle et auxquelles il sera bien en peine d'apporter son soutien moral. » De l'art mis au service des savonnettes, on passe à la dégradation des lettres et du mécénat, au point de voir des poètes s'enrôler « volontairement sous la bannière de rois qui n'ont pas prêté serment et qui n'ont pas conduit leurs troupes à la bataille ».
Rien de nouveau dans l'enfer du fric. Les capitalistes de Chesterton redoutant les vacances, cela préfigure l'actuel travail du dimanche : « Un homme qui n'est qu'utile est nécessairement incomplet, surtout si c'est un homme moderne qui par "utile" entend "utilitaire". » Or, les vacances, « c'est le processus de restauration qui, par un tour de magie, rend un homme à lui-même ou qui, comme dit le poète, en lui-même le change. Cet homme reconstruit et complet est le cauchemar du capitalisme moderne. » Ainsi l'État est-il devenu servile en s'érigeant en religion, laquelle ne reconnaît plus que la "vertu" de tolérance ou « largeur d'esprit » qui ne profite qu'aux riches. Remarquons cette question si actuelle à l'heure où les médias cultivent tant le goût du jeu : « Quels sont les plaisirs des riches qui profitent aux pauvres ? Et quels sont les plaisirs des pauvres dont les riches ne peuvent tirer profit » ? Cette société ne tarde pas à devenir eugéniste, car elle entend pallier son incurie par de nouveaux crimes. Le capitaliste est toujours déchiré par ce dilemme : « Permettre au pauvre de disposer d'assez de force pour faire correctement son travail et tout en étant assez malingre pour être obligé de travailler. » Alors on rêve « d'obtenir certains perfectionnements physiques sans avoir à se préoccuper d'améliorations morales, politiques ou sociales »... en somme de créer une sorte de réserve d'esclaves "parfaits".
Anti-capitaliste, cet homme profondément blessé n'est pas pour autant socialiste, pour la bonne raison qu'entre capitalisme et socialisme la différence n'est qu'apparente. Un État socialiste a lui aussi le culte de l'argent et « des hommes en situation de pouvoir disposent semblablement des commodités qui leur seront offertes même s'ils le font théoriquement à titre de fonctionnaires et non plus de simples particuliers », et là encore, tout, arts, littérature, religion, même la science seront au service des usuriers !
Ces quelques extraits révèlent toute la force « destructive » qu'entendait semer l'auteur à l'époque où il était encore possible d'empêcher l'abomination. Ce livre n'en est pas pour autant nihiliste, car, à quelques années de se convertir au catholicisme, Chesterton travaillait pour libérer les esprits et les ramener aux valeurs essentielles.
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 15 avril au 5 mai 2010
✓ G.K. Chesterton : Utopie des usuriers ; traduit par Gérard Joulié ; éd. de l'Homme nouveau, 192 p., 19 €.

jeudi 15 décembre 2011

Staline, l’échec européen et l’art d’accuser les cobayes



L’âge industriel n’a pas été comme on le dit l’âge des progrès politiques et sociaux. Il a été bien plutôt l’âge de la régression démocratique comme l’avait compris Chesterton. La discipline industrielle, bureaucratique, politique a gagné tous les segments de la société, favorisant les guerres et les massacres de masses, les holocaustes et les règlements les plus aberrants, l’acceptation de conditions de vie de plus en plus démentes (HLM, pavillons, rocades, stations-service, supérettes, métro…), qui n’ont en fait tenu aucun compte des progrès qui comptaient, ceux de la technique. L’embarquement pour Cyber dont j’avais parlé jadis nous mène aujourd’hui dans des utopies glacées, comme on le voit avec ces enfants affalés qui peuvent rester le week-end devant leur console de jeux, avalés par le Vide, pendant que leurs parents téléphonent ou regardent la télé. Mais le monde industriel et postindustriel repose sur la même absence de participation du citoyen ou autre. Ce dernier qui défendait tous les jours son beefsteak au Moyen Age, quand on l’appelait un bourgeois, sous la forme des guildes, des corporations, des ordres religieux, des ordres de chevalerie, des rébellions incessantes, des villes franches et des privilèges à conquérir a fait chapeau bas quand l’âge froid du moulin à vent fut venu.
Tout ceci pour dire qu’il ne faut pas reprocher à l’Europe d’être antidémocratique : elle n’est qu’à l’image du monde moderne. Comme le dit Chesterton dans son oeuvre magique et polyfacétique, la démocratie était un reliquat du Moyen Age qui était condamné à disparaître à notre époque. Donc les fous de Bruxelles ne sont que l’émanation suintante et répugnante d’un mouvement technocrate fou et globalisé qui n’a d’autre eschatologique fonction que de nous rayer de la carte en tant que peuples, races, sexes ou classes sociales. À la veille de l’Armageddon monétaire que nous allons vivre, il est bon de le rappeler.

Pour expliquer ce monde, on incrimine souvent Hitler. Pourtant je ne la trouve pas qu’hitlérienne cette société ; je la trouve bien plutôt stalinienne avec ses grands projets, ses planifications, son internationalisme niveleur et destructeur, avec son incompétence et son arrogance, sa haine des peuples et du populisme en général.
Mais ici dans les malheurs qui nous frappent, je vois un élément encore plus précis de comparaison : la grande famine ukrainienne qui fit autant de morts que l’holocauste ; famine bien oubliée s’il en fut, et qui est due à un échec, comme le projet européen, échec des bureaucrates et des irresponsables qui se retournèrent contre le peuple pour le punir d’avoir échoué !!! Autrement dit, dans le cas de l’Holodomor, comme disent les ukrainiens comme dans celui de la faillite européenne, on ne punit pas les bourreaux, on punit les victimes ! La collectivisation forcée était une aberration même aux yeux de Trotsky dans son journal (qui était bien sûr pour l’abolition des koulaks, mais c’est un autre problème), qui prévoyait la faillite d’un tel programme. Et une fois que le programme échoue, on accuse les cobayes ! Et on les affame !

J’ai commencé par dire que le monde moderne s’était établi sur l’industrie, mot indicateur de toutes les avanies de toutes les filouteries à l’époque de Manon Lescaut (« la Ligue de l’Industrie », c’est la mafia des banques et des casinos) ; mais il s’est aussi appuyé sur la science, science qui a toujours accompagné les “révolutionnaires” et surtout les tyrans de la politique moderne, aussi bien à l’époque de la Terreur que du nazisme ou du stalinisme. La science est progressiste parce qu’elle tue la Liberté ; et notre époque est elle fervente de manipulations génétiques, d’hitlérisme darwinien et d’organismes génétiquement modifiés. Là aussi, elle n’a plus aucune prétention à la démocratie : elle est même prête à remplacer les récalcitrants, comme elle a remplacé nos troupeaux, nos espèces de vaches et les oiseaux dans nos champs. L’immigration de masse et de remplacement n’a fait qu’accompagner ce mouvement. Hommes, bêtes, enfants : tout doit être bradé et remplacé par la race à prix unique de la monnaie inique.
Tout de même, j’y reviens, parce que cette fois ce bon vieux Staline explique trop bien nos maux : si un programme scientifique, technique ou économique échoue, c’est la faute des cobayes, qu’il faut alors persécuter. Le gouvernement Rajoy et rabat-joie en Espagne promet des coupes de 15 % dans les budgets sociaux en Espagne, alors qu’il suffirait d’abandonner l’euro pour que l’Espagne retrouve son autonomie financière, fiscale et sa compétitivité. Mais il est tellement mieux de jeter le bébé que l’eau du bain !!! C’est comme cela que Staline a exterminé les paysans ukrainiens, et c’est comme cela que nos bureaucrates et nos politiques en finiront avec leurs peuples ! par Nicolas Bonnal http://www.france-courtoise.info