dimanche 28 février 2021

GRANDS TEXTES (36) : La "Monarchie absolue", c'est la monarchie parfaite, par François Bluche

  

Voici un très court extrait (moins de trois pages, les 185, 186 et 187) d'un très gros ouvrage : le magnifique Louis XIV de François Bluche, ouvrage en tous points remarquable, et qui ne mérite que des éloges.

On peut dire de ce livre magistral - paru le 3 septembre 1986 - qu'il constitue une Somme, sur le règne du Grand roi, un peu comme l'on parle de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin.

Le Louis XIV de Bluche ne compte en effet pas moins de... 1039 pages ! Et il est rare que l'on donne le poids d'un livre : le sien pèse 637 grammes !...

C'est, évidemment, l'ouvrage d'un historien, François Bluche n'étant ni ne se voulant, en aucune façon, penseur ou homme politique. Pourtant, dans ces trois pages, avec un style limpide, à la portée de tous les publics, il rendra un grand service à tous ceux qui, simplement parce qu'ils l'ignorent, ou parce qu'ils ont été trompés par un certain enseignement de l'Histoire, ne connaissent pas le sens de l'expression "monarchie absolue", qui a été, volontairement, déformé et caricaturé par une propagande mensongère, visant à éloigner les Français de leur héritage et de leur histoire vraie : ainsi, dans ces pages, François Bluche est-il, vraiment, politique, au bon sens du terme, et un excellent vulgarisateur... de la vérité, tout simplement.  

C'est à ce titre que ces courtes pages d'un grand livre méritent d'entrer dans notre collection de Grands Textes.  

La monarchie absolue

Dès 1661 Louis XIV a donné au régime français une unité, un style. Il en est résulté presqu'aussitôt cette monarchie absolue qu'admirent alors les français, et que tentent d'imiter les rois d'Europe.

Aujourd'hui ces faits sont trop oubliés. Nos sensibilités échappent malaisément au pouvoir des mots. Or, depuis 1789, un enseignement simplificateur a noirci le concept de monarchie absolue. Le XIXème siècle l'a d'ailleurs peu à peu remplacé par l'horrible mot d'absolutisme, faisant de l'ancien régime un système de l'arbitraire, voire du despotisme ou de la tyrannie. La monarchie de Louis XIV devenait rétrospectivement comme le règne du bon plaisir.

On peut en général retrouver l'origine de chaque légende. Depuis Charles VII les lettres patentes des rois s'achevaient par l'expression : "Car tel est notre plaisir". Nos ancêtres, à qui le latin n'était pas étranger, lisaient : Placet nobis et volumus (C'est notre volonté réfléchie). Ils voyaient en cette formule la décision délibérée du Roi, non son caprice. De même traduisaient-ils sans hésiter monarchia absoluta par monarchie parfaite.

De l'enthousiasme de 1661 à la morosité trop soulignée de 1715, cinquante-quatre ans vont passer, souvent rudes, sans vraiment modifier l'admiration des Français pour le régime. Il est naturel, même pour ceux qui ont à se plaindre du monarque, de célébrer la monarchie absolue. Aux yeux d'un Pasquier Quesnel (1634-1719), janséniste exilé, la constitution française est parfaite, où "la royauté est comme éternelle". Le Roi jouit d'une légitime souveraineté; "on le doit regarder comme le ministre de Dieu, lui obéir et lui être soumis parfaitement". Un Pierre Bayle (1647-1706), calviniste exilé, condamne les gouvernements mixtes, glorifie après Hobbes, "l'autorité des rois", déclare froidement que "le seul et vrai moyen d'éviter en France les guerres civiles est la puissance absolue du souverain, soutenue avec vigueur et armée de toutes les forces nécessaires à la faire craindre".  

Mais, absolutus venant du verne absolvere (délier), les Français du XVIIème siècle savent aussi que monarchia absoluta signifie monarchie sans liens, et non pas sans limites. Les juristes théoriciens de la souveraineté (André Duchesne, Charles Loyseau, Jérôme Bignon) avaient, comme par hasard, développé leurs théories en 1609 ou 1610, au lendemain de la grande anarchie des guerres de religion et de la reconstruction du royaume par le Béarnais. Qu'ils l'aient senti ou non, prôner alors une monarchie absolue revenait à exalter Henri IV; leurs lecteurs pouvaient au moins comprendre qu'une pratique relativement débonnaire était conciliable avec la rigidité des principes. En 1609, il n'était pas question de confondre monarchie absolue et despotisme.

D'ailleurs, pour les juristes comme pour les Français instruits, le pouvoir royal, s'il est absolu, est également circonscrit. Le monarque doit respecter les maximes fondamentales, dites encore lois du royaume. La plus importante est la loi de succession, familièrement désignée sous le nom de "loi salique". Unique au monde, logique, précise, oeuvre du temps et forgée par les grands événements de notre histoire, garante de la continuité et e l'unité du royaume, cette loi montre clairement que l'Etat passe avant le Roi. On peut dire qu'elle tient lieu à la France de constitution coutumièreLa deuxième loi fondamentale affirme le caractère inaliénable du Domaine. Elle s'appuie sur un grand principe : le souverain n'est qu'usufruitier, et non propriétaire de son royaume. La troisième maxime - non reçue par tous, fortement commentée depuis 1614 - est appelée loi d'indépendance : le parlement de Paris en a fait le système des libertés de l'Eglise de France, une permanente sauvegarde contre les empiétements de Rome.

De ces grands traits de notre droit public, résulte l'idée que la monarchie est plus absolue que le monarque.  

François Bluche

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2014/05/06/grands-textes-xxxvi-la-monarchie-absolue-c-est-la-monarchie-5361227.html#more

Une découverte change le récit de l’humanité

 

En 2012, des chercheurs russes ont découvert un mammouth mort il y a 45 000 ans dans la région centre de la Sibérie arctique. Après analyse du squelette, ils ont constaté que les humains étaient présents dans cet endroit bien plus tôt qu’il ne le pensait.

Le mammouth découvert en 2012.
Le mammouth découvert en 2012.

Suite à la découverte d’un squelette de mammouth dans l’Arctique, des scientifiques russes ont découvert que les humains étaient présents dans cette région il y a 45 000 ans, soit 10 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait.

Ils ont pu établir ce constat grâce aux pointes de flèches et autres objets tranchants observés sur la carcasse gelée de l’animal, trouvé en 2012 dans les sédiments gelés d’une falaise sur la côte est de la baie de Yenisei (centre de la Sibérie arctique). Cette découverte, publiée dans la revue scientifique «Science», pourrait ainsi relater le plus ancien exemple de survie dans l’Arctique où les indices paléolithiques humains sont rares.

Le squelette du mammouth montre des signes de blessures inhabituelles sur les côtes, sur la défense droite et les mandibules. Des marques qui résultent très probablement de pointes de lance très aiguisées, ont analysé ces scientifiques. Les ramus mandibulaire, partie montante de l’os de la mandibule qui sont très résistants, sont le plus souvent intacts quand ils sont découverts. Mais dans les restes de mammouths plus récents abattus par des humains les mandibules sont très souvent incomplètes ce qui pourrait avoir résulté d’une extraction de la langue, supputent-ils.

La chasse aux mammouths

Les chasseurs mangeaient souvent la langue des mammouths, une sorte de rituel ou parce que cette partie de l’animal était peut-être considérée comme un met raffiné, indiquent les chercheurs. La seule défense préservée de ce mammouth, celle de droite, montre des traces de travail humain pour en modifier la forme. Ainsi ces marques indiquent une tentative de la séparer du reste du corps.

En revanche l’extrémité extérieure de la défense, normalement peu tranchante, a été travaillée pour en faire un outil, selon des techniques différentes observées plus tardivement dans l’Arctique. Ces hommes faisaient de longs éclats d’ivoire effilés pour couper la viande dans une région où d’autres matériaux lithiques bruts étaient difficiles à trouver.

Des avancées dans les techniques de chasse aux mammouths ont probablement permis à ces groupes de se propager dans la partie la plus au nord de la Sibérie arctique, estiment les auteurs.

Source:Paris Match

https://michelduchaine.com/2016/01/22/une-decouverte-change-le-recit-de-lhumanite/

Le génocide amérindien au Canada : des dizaines de milliers d’enfants tués par l’Eglise

 

C’est encore un autre fichier de l’histoire interdite, une autre leçon, que  vous n’apprendrez jamais à l’école soit celle du génocide canadien des enfants des Premières nations.
Les dossiers de la mort de dizaines de milliers d’enfants des Premières nations qui sont morts pendant la période de résidence « écoles » [c.-à-dire camps d’extermination] qui opéraient au Canada, ont été remis à la Commission Vérité et Réconciliation.
Plusieurs gouvernements provinciaux ont abandonné les dossiers à la commission, qui va maintenant recouper les informations avec des listes d’élèves pour déterminer qui, parmi les enfants sont morts tandis que dans le soin de l’église-run « écoles » et où ils pourraient être enterrés.
« Nous entendons des survivants d’avoir perdu des êtres chers dans les écoles et de ne pas savoir ce que leur sort était, ce qui leur est arrivé, s’ils sont morts et, s’ils sont morts, où ils sont enterrés », a déclaré Kimberley Murray, directeur exécutif de la commission. « C’est une vérité importante, ils doivent avoir avant de pouvoir aller de l’avant à la réconciliation. »
La Colombie-Britannique a ouvert les vannes de la libération de 4.900 dossiers de décès pour les enfants âgés de 4 à 19 -. Le premier lot, il y a quelques mois et plus tard le vendredi de la province registraire général, qui est en charge de l’état civil, a fait appel à des collègues à travers le pays à ouvrir leurs archives, ainsi, et de l’Alberta, la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick ont emboîté le pas. Manitoba, l’Ontario et les territoires collaborent avec la commission sur la libération de leurs dossiers, a déclaré Murray. Environ 150.000 des Premières nations, des Inuits et des Métis enfants rendit à l’église-run « écoles », le dernier qui a fermé en 1996. Beaucoup d’enfants ne sont jamais retournés dans leurs foyers, selon la commission. Certains se sont enfuis, certains sont morts.
« Souvent, leurs parents et les familles n’ont jamais été informés de leur disparition ou de la mort », a indiqué la commission dans un rapport provisoire.
En vertu de la convention de règlement des écoles résidentielles, seul le gouvernement fédéral et les églises sont tenus de fournir des documents à la commission. Provinces ne sont pas mais ont été très coopératifs une fois demandé, en mettant leurs propres ressources dans des archives à la recherche, a déclaré Murray. En Colombie-Britannique, où jusqu’à 1956 enregistrements de décès ont été séparés et le formulaire officiel était de la « mort d’un Indien, » les fonctionnaires ont été en mesure d’affiner le dossier aux enfants âgés de quatre à 19 ans. Ils couvrent la période de 1870 à 1984, lorsque le dernier « école » résidentiel fermé ses portes dans la province. Alberta fourni à la Commission 10 000 dossiers cette semaine pour les Premières nations qui morts entre 1923 et 1945, bien que l’agence ne pouvait pas restreindre le champ aux enfants seulement. du Nouveau-Brunswick situé à une poignée de dossiers et de la Nouvelle-Écosse a récemment tourné plus de 125 dossiers. Ontario sera, de loin, la plus grande archive comme il l’avait le plus grand nombre de «écoles», a déclaré Murray. Les documents vous seront utiles manquant projet des enfants de la commission, qui vise à identifier tous les enfants qui sont morts dans les écoles résidentielles « . » Cette liste a 4000 noms et de comptage.
« Les informations contenues dans les certificats est utile parce que nous pouvons savoir de la mort, mais nous ne savons pas le nom. Nous pouvons avoir un document qui dit  qu’une jeune fille de 13 ans  est morte ce jour-là », mais ils ne la nomme pas, puis nous obtenons l’acte de décès et il y a la jeune fille. C’est comme un processus d’appariement », a déclaré Murray. « Nous trouvons de nouveaux décès que nous ne connaissions pas et nous  pouvons trouver plus d’informations sur les décès que nous ne connaissions  déjà ».
John Rustad, le ministre des relations avec les Autochtones de la Colombie-Britannique, a déclaré que  la réconciliation est un voyage collectif.
« Fournir ces données est une façon de continuer la guérison de la relation entre les Canadiens autochtones et non autochtones et une occasion pour la province de la Colombie-Britannique d’apporter une contribution à la guérison de la plaie horrible laissée par les pensionnats indiens », a déclaré dans un communiqué Rustad d’Edmonton.
La commission a déploré le manque de coopération du gouvernement fédéral en tournant sur ​​les documents mais Murray dit que s’est améliorée depuis la commission a gagné un procès sur la question il ya un an. personnel de la Commission ont eu accès à des recherches dans les dossiers de santé Canada, Affaires indiennes et de la GRC. Tous les organismes ont fait preuve de coopération, a déclaré Murray. La commission a reçu une prolongation d’un an de son mandat initial de cinq ans, et un rapport est maintenant dû en Juin 2015. par Dene Moore, WCNN ; | Ajouts : Alexander légères, HumansAreFree.com ; Comme tous les éléments de preuve montrent, ces église-run « écoles » étaient dans les camps d’extermination d’information pour les enfants. sacrifice des enfants est un ancien satanique rituel dédié à Moloch  et, comme vous le savez peut-être, la religion secrète de «l’élite» du monde est le satanisme .
Source de l'article : Michelduchaine.com
Il ne faut pas oublier que ceux qui ont le plus soufferts ne sont pas toujours ceux qui le font le plus entendre…
 
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La Villa Bonaparte: art, histoire & diplomatie

La bataille des Thermopyles

 

La muraille des hoplites soudée par la discipline et l'armement (Photo tirée du film "300",de Zack Snyder, 2006)
Le contexte :
Les Perses ont depuis longtemps leur regard tourné vers les cités grecques et Darius 1er déclenche la première guerre Médique qui s'achève par sa défaite face aux athéniens lors de la célèbre bataille de Marathon en 490 avant J.C. Son fils Xerxés 1er lui succède et organise une deuxième expédition 10 ans plus tard. C'est la seconde Guerre Médique.
Le prélude :
Devant l'ampleur de l'armée Perse en marche, les Grecs dépassent leurs luttes intestines et s'engagent pour une défense commune des cités. Leur plan est de stopper l'armée perse dans le défilé des Thermopyles (les « Portes Chaudes »), défilé montagnard très étroit et accidenté qui diminuera les forces perses au contact. Tandis que les forces navales sont confiées à Eurybiade, les troupes terrestres quant à elles sont confiées à Léonidas roi de Sparte et ses hoplites experts dans le combat d'infanterie. 
Au début de la campagne, les dieux semblent être du côté des grecs car une terrible tempête détruit une grande partie de la flotte de Xerxés dans l'Artémision. Ce dernier, malgré une écrasante majorité conservée, ne peut plus diviser ses troupes. La rencontre des 2 armées se déroulera donc sur un seul front, au niveau des "Portes chaudes"... Et en août -480, accrochés au défilé escarpé,  6000 grecs attendent de pied ferme plus de 200 000 perses qui se ruent à leur rencontre.
La bataille :

Malgré leur nette infériorité numérique les grecs ont l'avantage du terrain et des armes. Xerxés ne peut engager que des petits effectifs dans les défilés étroits des Thermopyles, et dont les défenseurs en armure, solidement ancrés à leur longue lances se trouvent hors d'atteinte  des courtes armes perses. De plus la vaillance grecque est impressionnante, portée par Léonidas et ses trois cent guerriers d'élite regroupés autour de lui et qui sont le fer de lance de l'armée grecque. Les pertes sont immenses dans les rangs perses qui s'écrasent sur cette phalange spartiate soudée, prolongement mortel de la falaise qu'elle défend, et les assauts refluent à un par un, au milieu des corps qui font oublier la couleur de la terre. 

A ce moment là, l'espoir d'une victoire renaît au sein de l'armée grecque, mais c'est alors que Léonidas est trahi par un certain  Éphialtès, qui guide les Perses sur le sentier d’Anopée, contournant le défilé infranchissable..Pris en tenaille, Léonidas décide alors de se sacrifier avec ses 300 Spartiates, ainsi que 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies, pour laisser à l'armée grecque le temps d'évacuer ses troupes et de réorganiser une ligne de défense. 
Le combat héroïque des spartiates, derniers carré grec va durer encore une journée. Le corps du roi Léonidas, mortellement blessé est récupéré lors d'un dernier assaut désespéré de ses hommes, qui se replient ensuite sur le mont Kolonos où les perses prudents et craintifs malgré leur masse écrasante, vont confier à leurs archers la mission de les massacrer jusqu'au dernier.
Les conséquences
D'après Hérodote les perses perdirent aux Thermopyles plus de 20 000 homes en trois jours de combat contre environ 1000 pour les grecs (dont les 300 spartiates).
Xerxés ordonna la décapitation de la dépouille de Léonidas et promena sa tête parmi les rangs de son armée pour rassurer ses soldats impressionnés par la bravoure des spartiates. Les perses continuèrent leur offensive et pillèrent Athènes, mais le combat des Thermopyles était déjà entré dans la légende et contribua à réunir les cités face à la déferlante perse qui fut battue 1 an plus tard en -379 devant Platée, vengeant ainsi le sacrifice des 300 achevant définitivement le cycle des guerres médiques.
Si Hérodote, le "père des historiens" est le premier qui rapporte dans le détails ce combat tragique, sa dimension héroïque fait qu'il est très rapidement chanté, notamment par Simonide de Céos, le premier poète à avoir ainsi fait rentrer des hommes, dans le panthéon mythique des Héros et des Dieux. Plus tard un mausolée sera érigé sur le mont Kolonos à l'endroit précis où succomba le dernier carré des braves.
L'héritage
La mort au combat de 300 spartiates il y a près de 2500 ans, dépasse aujourd'hui le cadre historique de la bataille des Thermopyles, épisode de la seconde guerre Médique, pour devenir un acte héroïque fondateur de l'identité européenne. Le dénouement tragique de la bataille, ancré dans la mémoire des peuples célèbre depuis le courage et le sacrifice du guerrier pour sa Patrie, mais aussi, il symbolise la résistance de l'Homme face au joug du plus grand nombre...  
"ὦ ξεῖν’, ἀγγέλλειν Λακεδαιμονίοις ὅτι τῇδε κείμεθα τοῖς κείνων ῥήμασι πειθόμενοι"
Distique élégiaque attribué à Simonide de Céos et gravé sur une pierre du monument commémoratif aux Thermopyles

« Ceux qui sont morts aux Thermopyles
Connaissent et la gloire et le sort le plus beau,
Car ils ont des autels et non pas des tombeaux,
Non pas des larmes, mais des hymnes,
Nos louanges au lieu de nos gémissements,
Et la rouille ou le temps qui toute chose mine
N’attaque pas ce monument. »
Simonide  de Céos
DOCUMENTAIRE (Arte)
"300, Quand la Réalité dépasse le Mythe" 

http://alawata-tradition.blogspot.com/p/les-guerriers.html

samedi 27 février 2021

1941 : La guerre préventive contre l'Union Soviétique

  

Ce texte de Gerd Rühle rend compte des corrections que les historiens occidentaux ont dû apporter à leurs jugements depuis que les archives soviétiques s'ouvrent lentement au public et depuis que, grâce à la perestroïka, les historiens russes, baltes, ukrainiens, etc. cessent de répéter les thèses que le régime leur avait imposées. G. Rühle dresse le bilan de la question en 1989, juste avant la chute du Mur de Berlin. Mais 5 années plus tard, le public francophone ignorait toujours ce bilan. L'Histoire revue et corrigée comble cette scandaleuse lacune.

Étonnés, nous constatons qu'en URSS, aujourd'hui, l'ouverture d'esprit est plus largement répandue qu'en Occident. En RDA, la publication soviétique destinée au grand public, Spoutnik, a été interdite parce qu'elle expliquait pourquoi les communistes avaient perdu la bataille en Allemagne face aux nationaux-socialistes. Les “glorieux anti-fascistes” en quête permanente de légitimité, qui sont regroupés autour de Honecker, n'ont pas pu admettre une telle liberté de ton. Honecker lui-même s'est attaqué verbalement au mouvement réformiste de l'“URSS amie”, qui travestit dans les colonnes de Spoutnik l'histoire du Parti Communiste et suscite les « jacassements d'un clique de petits bourgeois excités qui veulent réécrire l'histoire dans un sens bourgeois ».

Il est évidemment difficile de se défaire des visions conventionnelles que l'on a de l'histoire, surtout si l'on met en jeu sa propre légitimité. Cette évidence apparaît au grand jour dans la discussion entre historiens sur la guerre préventive de 1941 contre l'Union Soviétique. Le 16 octobre 1986, le directeur scientifique du Bureau de recherches en histoire militaire (dépendant du gouvernement) de Fribourg, Joachim Hoffmann, prend position, dans un lettre de lecteur à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, sur la question de la guerre préventive de 1941. Hoffmann a suscité une longue série de lettres de lecteurs, dont plusieurs émanaient de collaborateurs de ce Bureau de recherches de Fribourg. Parmi ceux-ci, Rolf-Dieter Müller soulignait, le 10 novembre 1986, que, dans cette querelle, il ne s'agissait pas seulement d'établir la vérité historique mais de toucher à des intérêts bien actuels :

  • « D'après moi, dans ces questions, il ne s'agit pas uniquement  de problèmes scientifiques. Si l'on tente aujourd'hui, au départ de diverses officines, de faire renaître un anticommunisme militant et de réhabiliter le IIIe Reich dans ses dimensions les plus effrayantes, alors il s'agit ni plus ni moins d'une manœuvre de diversion destinée à torpiller l'Ostpolitik du gouvernement fédéral (allemand), surtout l'orientation choisie par le Ministre des Affaires étrangères Genscher ».

De cette façon, on nous fait comprendre indirectement que des faits que l'on aimerait occulter ou refouler sont sans cesse tenus sous le boisseau pour satisfaire des objectifs politiques actuels ! Le seul argument que Müller avance en cette question — l'Amiral Dönitz aurait dit en 1943 que l'Est aurait été conquis pour des raisons économiques — n'infirme pas les thèses de Hoffmann. Un autre collaborateur du Bureau de Fribourg, Gert R. Ueberschär, critique Hoffmann (lettre à la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 31 octobre 1986), d'une manière caractéristique, à ce titre exemplaire : sans détours, il décrit les thèses factuelles de Hoffmann comme des “thèses politiques” (« Les thèses politiques du Dr. Hoffmann sont singulières dans le domaine de la recherche historique »). De cette façon, il pose son adversaire comme un marginal, ce qui n'est pas le cas, évidemment. Ueberschär nie tout simplement l'existence de textes importants, qu'il doit pourtant connaître ; il espère que son lecteur, lui, ne les connaît pas. La tentative de réfuter les arguments de Hoffmann repose sur un “axiome de base”, qui, selon Ueberschär, ne peut pas être mis en doute par des faits nouveaux : « L'intention de Hitler, son objectif immuable, a été de conquérir de l'espace vital à l'Est en menant une guerre d'extermination sans merci, justifiée par une idéologie de la race ». Cette intention, on peut la lire dans Mein Kampf, l'ouvrage de Hitler, ce qui permet à Ueberschär de considérer comme superflus tous les efforts de ses collègues qui tentent de saisir en détail chaque facette du processus historique : « Hitler n'a pas commencé la guerre à l'Est parce qu'il a eu des querelles politiques avec Staline, mais parce qu'il entendait rester dans la logique de son programme et de ses plans de conquête, déterminés depuis les années 20 ». Une affirmation de cette nature exige pourtant des preuves supplémentaires. En général, on ne se contente pas des déclarations d'intention ; dans un procès criminel, en effet, on ne déclare pas coupable un inculpé pour ses intentions mais pour le fait.

Pourtant cette méthode, qui consiste à refuser tout débat qui prendrait en compte la multiplicité des événements historiques, à tout déduire d'une et une seule déclaration d'intention, à ignorer les résultats des recherches historiques, est devenue monnaie courante dans ce pays, du moins pour ce qui concerne l'histoire allemande récente.

Dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 21 septembre 1988 (p. 10), Günter Gilessen recense objectivement, en pesant bien ses mots, l'enquête parue cette année-là sur la guerre préventive à l'Est de 1941, due à la plume de Hartmut Schustereit (Vabanque — Hitlers Angriff auf die Sowjetunion 1941 als Versuch, durch den Sieg im Osten den Westen zu bezwingen, Herford, 1988 ; = Jouer va banque – L'attaque de Hitler contre l'Union Soviétique en 1941 comme tentative de faire fléchir l'Ouest par une victoire à l'Est). Schustereit a étudié les documents relatifs à la planification de la production d'armements ; il en déduit les objectifs de guerre de Hitler et arrive à la conclusion qu'il n'y a pas eu de planification avant Barbarossa. Les planifications allemandes n'ont jamais été élaborées pour le long terme mais toujours pour l'immédiat, le très court terme ! En juxtaposant tous les chiffres, qui parfois sont contradictoires, et en ne se contentant pas de combiner les indices qui abondent dans son sens, Schustereit conclut que la guerre contre l'Union Soviétique n'avait nullement était prévue par Hitler de longue date mais considérée comme une étape intermédiaire, nécessaire pour abattre l'Angleterre.

Sur base des documents et des statistiques qu'analyse Schustereit, on peut évidemment contester ses conclusions et se demander si les chiffres contradictoires qu'il nous soumet et les résultats qu'il en tire sont suffisants pour établir définitivement quels étaient les véritables objectifs des guerres menées par Hitler. Quoi qu'il en soit son travail minutieux, clair et précis mérite pleinement d'être discuté. Il conteste les thèses d'Andreas Hillgruber, énoncées en 1965. Hillgruber insistait sur les motivations idéologiques de Hitler et interprétait toutes les campagnes militaires qui ont précédé la guerre contre l'URSS comme une préparation à celle-ci, qui devait assurer aux Allemands un “espace vital” à l'Est.

Tout ce débat, objectivement mené dans les colonnes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, est traité dans Die Zeit (supplément littéraire du 7 octobre 1988, p. 33) sur un mode hostile, totalement dépourvu d'objectivité. Le journaliste qui recense nos ouvrages historiques ne peut imaginer que les recherches en cours n'ont d'autre finalité que d'établir la vérité historique. Jost Dülffer laisse franchement filtrer sa propre subjectivité, son hostilité aux ouvrages qu'il recense et déclare sans vergogne : « Ces derniers temps, quelques thuriféraires ont tenté d'étayer scientifiquement le point de vue défendu, à l'époque, par la propagande national-socialiste, et qui voulait que la guerre à l'Est était une guerre préventive, qui avait gagné Staline de vitesse et évité de justesse une attaque soviétique imminente. Or pour étayer une telle thèse, on ne peut avancer aujourd'hui aucune source plausible ou aucun argument sérieux ».

Ueberschär et Müller (cf. supra) procèdent à peu près de la même façon. Mais, pour leur malheur, dans l'espace linguistique anglais, on trouve, depuis un certain temps déjà, le livre important de Victor Souvorov, un ancien de l'état-major général soviétique, qui a exploité une série de documents — qu'on a détruit entretemps — et qui prouve que l'Union Soviétique se préparait à attaquer. Au début de l'“agression” contre l'URSS, Staline avait fait déployer onze armées dans les régions frontalières occidentales de son empire. Qui plus est, les Soviétiques prévoyaient pour la fin juillet 1941 le déploiement de 23 armées et de 20 corps d'armée autonomes. On peut évidemment exclure d'office que « ce plus grand déploiement de toute l'histoire du monde, organisé par un seul pays » (dixit Souvorov) ait été conçu comme une mesure de défense préventive. Une telle concentration de troupes prêtes à l'attaque, sur un territoire aussi réduit, n'aurait pu se maintenir pendant longtemps. Ce qui prouve, d'après Souvorov, que l'attaque finale aurait dû avoir lieu peu après le déclenchement de la guerre préventive allemande. En aucun cas, les troupes massées le long de la frontière occidentale de l'Union n'auraient pu se maintenir dans ces régions de déploiement jusqu'à l'hiver.

La traduction allemande de ce livre de Souvorov paraîtra au printemps 1989 chez le grand éditeur Klett-Cotta de Stuttgart. On peut prévoir la réaction des médias, vu les préliminaires que nous venons de rendre compte. Le livre subira la conspiration du silence. Ou bien les “recenseurs” imiteront les méthodes des Ueberschär, Müller et Dülffer : ils ignoreront délibérément les faits nouveaux, avancés et dûment étayés, refuseront les conclusions que tout historien sensé tirera de ces innovations et trouveront dans Mein Kampf des passages pour justifier, comme d'habitude, la guerre à l'Est par les intentions exprimées par Hitler dans son livre. Les lecteurs simplets se contenteront des arguments d'un Dülffer et jugeront sans doute qu'il est superflu d'entamer de nouvelles recherches : « On connaît depuis longtemps la vision du monde racialiste et biologiste de Hitler, ses objectifs de lutte contre le "bolchévisme juif" et son intention de conquérir de l'espace vital à l'Est ».

Dans un ouvrage très pertinent et véritablement fondamental du philosophe grec Panajotis Kondylis (Theorie des Krieges : Clausewitz, Marx, Engels, Lenin, Klett-Cotta, Stuttgart, 1988 ; = Théorie de la guerre : Clausewitz, Marx, Engels, Lénine), l'auteur opère une distinction judicieuse entre “guerre d'extermination” et “guerre totale”, qui peut nous servir dans l'argumentaire que nous déployons. « Sans nul doute, les expériences traumatisantes de Hitler pendant la Première Guerre mondiale ont influencé considérablement sa pensée stratégique, si bien qu'une répétition de la guerre "totale" ou de ce que l'on considérait comme tel à l'époque, était pour lui l'objectif stratégique prioritaire ; la guerre totale est la némésis de Hitler, non son projet » (p. 131).

La leçon que Hitler a tiré de l'infériorité matérielle du Reich allemand pendant la Première Guerre mondiale, c'est que la guerre devait être une guerre-éclair (Blitzkrieg), devait concentrer l'ensemble des forces sur un point. Ce qui signifie mobilisation massive des moyens, effet de surprise et grande mobilité pour compenser les faiblesses matérielles. Les chiffres de la production d'armements, étudiés en détail par Schustereit, Kondylis les inscrit dans le contexte de la Blitzkrieg ; pour Kondylis, mener une guerre-éclair ne nécessite pas d'accroître la production d'armements :

  • « cependant, ce qui était absolument nécessaire, c'était d'orienter le potentiel de l'économie de guerre selon le prochain ennemi envisagé, c'est-à-dire selon la physionomie et les besoins particuliers de la prochaine guerre. C'est ainsi qu'au cours des années 1939-1941, l'effort principal de l'industrie de guerre s'est modifié à plusieurs reprises ; modifications successives qui impliquaient la nécessité de tenir compte de la rareté des matières premières et de diminuer la production dans un domaine pour l'augmenter dans un autre » (p. 133).
  • « Les Allemands, jusqu'au début de l'année 1942, n'ont pas accru l'économie de guerre à grande échelle, n'ont pas décrété la mobilisation totale des forces économiques, parce que leur stratégie de la Blitzkrieg ne l'exigeait pas. La légende de la reconstruction de l'économie allemande après 1933 dans la perspective de préparer la guerre a été dissipée depuis longtemps. Entre 1933 et 1938, les dépenses en matières d'armements se chiffraient à moins de 40% des dépenses de l'État, ce qui correspondait à environ 10% du PNB. Ce pourcentage a été considérablement augmenté en 1938-39, bien que l'Allemagne produisait par mois autant d'avion que l'Angleterre et moins de chars. En 1941, la production globale d'armements n'avait que peu augmenté par rapport à l'année précédente. De septembre 1940 à février 1941, on constate un recul général de la production d'armements, la production d'avions diminuant de 40% » (p. 132 et s.).

Ensuite, Kondylis fait référence à des travaux parus dans l'espace linguistique anglo-saxon, qu'on ne peut pas citer en Allemagne sans déclencher de polémiques hystériques (not. : B. Klein, Germany's Economic Preparations for War, Cambridge, Mass., 1959 ; B. Caroll, Design for Total War : Army and Economics in the Third Reich, La Haye/Paris, 1968).

L'ouvrage de Kondylis fait table rase de bon nombre de préjugés — préjugés qu'il considère comme éléments de l'“idéologie des vainqueurs”. Raison pour laquelle aucun journal allemand ne lui a consacré de recension positive. Die Zeit, notamment, le critique impitoyablement (7 oct. 1988). Cette hostilité doit nous inciter à lire ce livre le plus vite possible, à lui faire de la publicité.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/52

Indiens d’Amérique : un génocide tranquille et presqu’achevé

Massacre de femmes et d’enfants indiens dans l’Idaho, Frank Leslie’s Illustrated, Août 1868
C’est l’un des plus grands génocides de l’histoire, plus grand encore que celui qui nous est continuellement ressassé, car l’on parle ici de 80 millions à 100 millions de personnes! Et pourtant, celui-ci continue tranquillement. Les amérindiens sont « protégés », principalement en tant que source de revenus, avec la visite des zoos réserves, grâce au cinéma, à la culture, mais sinon… Leur principal droit est celui-ci de conserver le silence, aux États-Unis, le « blanc » reste maître !
Les Etats-Unis ne voient pas d’un bon œil que le sort des Indiens d’Amérique soit pour la première fois à l’ordre du jour des Nations-Unies. Car il s’agit de se pencher sur le sort d’une population de 2,7 millions d’habitants ravagés par une multitude de fléaux et dans des proportions effroyables. Mais qu’en attendre? Car la parole de ces exterminés est inaudible.
Un jour d’avril 1973, un militant noir américain pour les droits civiques, Ray Robinson, qui a longtemps suivi Martin Luther King, débarque à Wounded Knee, dans le Dakota du Sud. Il souhaite apporter son soutien à la cause des « Native Americans », ainsi que l’on nomme les Indiens aux Etats-Unis, qui manifestent contre les injustices dont ils sont victimes dans le pays. Wounded Knee est un lieu emblématique et de sinistre mémoire. C’est là, en effet, que furent massacrés et jetés dans une fosse commune entre 150 et 300 hommes, femmes et enfants au matin du 29 décembre 1890, par le 7ème régiment de Cavalerie du Colonel James Forsyth. Sitôt arrivé dans ces lieux où résident toujours une petite communauté indienne, Ray Robinson appelle sa femme qui lui demande de rentrer à la maison, inquiète car elle sait que la situation sur place est explosive. Elle ne le reverra jamais. Après avoir reçue l’annonce de la mort de son époux, Cheryl n’a jamais pu savoir ce qui était arrivé à son mari ni où son corps avait été enterré.
Voilà quelques jours, quarante ans plus tard, Cheryl a fait le voyage de Détroit à Sioux City pour témoigner de son histoire. Le gouvernement américain refuse toujours de communiquer sur le sort de son mari, officiellement parce que le cas est toujours en cours d’investigation par le bureau du FBI de Minneapolis. A Wounded Knee, plus personne ne se souvient de Ray Robinson. Une épisode parmi tant d’autres dans l’histoire des militants de la cause des Indiens d’Amérique, qui n’a jamais bénéficié d’un large soutien populaire et que beaucoup voudraientt voir s’éteindre.
Et de fait, cynisme et indifférence se conjuguent pour ensevelir année après année la mémoire des peuples indiens presqu’entièrement anéantis en Amérique du Nord.
On ne va pas le nier, les Apaches, les Cheyennes, les Iroquois, les Sioux ou les Esquimaux ne nous inspirent pas, la plupart du temps, un sentiment extrême de culpabilité. Mais ce n’est rien comparé au pays du Western et de la Country. Pas plus que le Jazz ou le Blues ne suscitent leur part de tristesse chez leurs amateurs et ne réveillent chez eux les souvenirs tragiques des lynchages des Noirs, ces genres populaires ne renvoient à la réalité d’un génocide toujours en cours dans l’indifférence générale.
Lorsqu’un Américain de l’Illinois souhaite acheter ses cigarettes à bas prix (un paquet coûte ici actuellement 10 dollars), il prend la route du sud de l’Etat ou de l’Indiana voisin, pour s’approvisionner dans l’un des territoires octroyés aux tribus indiennes locales. Là, il paiera son paquet de cigarettes 4 dollars en moyenne. Dans un certain nombre de ces tribus, qui sont des milliers à travers les Etats-Unis, on peut également se procurer de l’alcool à bon marché, jouer au casino (dans 452 d’entre-elles) ou, si l’on se sent possédé par le mal (ce qui est très en vogue), consulter un shaman. Il est toujours très exotique de s’offrir une escapade dans ces drôles d’endroits. Pourtant, l’Américain moyen ne s’y risque pas trop.
En effet, 2,1 millions de ces Indiens, soit l’écrasante majorité, vivent largement sous le seuil de la pauvreté. La vision offerte par bien des campements tient purement du bidonville. Et une fois passé ses limites, c’est un voyage en enfer qui commence. L’alcoolisme y prend des proportions catastrophiques. Le chômage y bat tous les records du pays. La maladie s’y propage et tue comme dans les pires zones de la planète. Le suicide, celui des jeunes en particulier, crève le plafond des statistiques. Les Indiens vivant à l’extérieur des tribus n’y reviennent eux-mêmes que pour se faire soigner lorsqu’ils n’ont pas, chose courante, accès au système de santé américain.
Anthony B. Bradley est Professeur de Théologie au King’s College de New York et Spécialiste des questions raciales aux Etats-Unis. « Si quiconque pense que le gouvernement fédéral sait ce qui est bon pour les communautés locales, explique t-il, il ferait bien de visiter une Réserve Indienne Américaine. Les Natifs Américains [Indiens d’Amérique, NDA] sont aujourd’hui plongés dans le cauchemar de la privation de soins et d’économie qui est la conséquence directe des problèmes crées par le Gouvernement lequel, en imposant des solutions sensées résoudre les problèmes, rend ceux-ci bien pires en retirant aux communautés leur autonomie. »
Tel est le prix à payer pour les Indiens d’Amérique, afin de rester sur la terre de leurs ancêtres, grâce aux concessions faites par le gouvernement fédéral. Pourtant, les Etats abritant ces réserves n’ont de cesse de rogner ces droits et de tenter de récupérer par tous les moyens ces espaces.
Pire, une certaine propagande laissant entendre que les Indiens d’Amérique auraient fait le choix de vivre dans ces conditions a fort bien fonctionné dans l’esprit collectif. Or, cela repose sur une contre-vérité historique.
L’une des plus graves violations des Droits de l’Homme dans le monde
En effet, peu rappellent le grand mouvement de délocalisation qui fut la conséquence de l’Indian Removal Act [Loi sur le Retrait Indien, NDA] lequel, au milieu du XIXe siecle, contraint les Indiens à délaisser leurs terres historiques au gouvernement pour se concentrer dans les zones qui leur étaient réservées en échange. En 1890, il était devenu interdit aux Indiens de sortir hors de leurs réserves afin de s’approvisionner en nourriture. Une étude du Professeur Jeffrey E.Holm, de l’Université de Médecine du Nord Dakota, a mis en évidence que le changement de régime alimentaire imposé durant des décennies aux tribus indiennes a engendré une surmortalité aujourd’hui toujours existante, en raison des pathologies qu’elles ont engendrées pour des peuples qui ne pouvaient plus se nourrir comme ils l’avaient fait durant des millénaires.
En 2010, les Etats-Unis, dans la foulée du Canada, fut le dernier pays au monde à ratifier la Déclaration des droits des Peuples indigènes aux Nations-Unies. Une des rares concessions faites par un pays qui place souvent l’Histoire au dernier rang de ses préoccupations, si ce n’est pour en offrir une version idéalisée. Mais en l’espèce, il est impossible d’idéaliser la réalité sur laquelle s’est construite l’Amérique. En effet, 90% des tribus amérindiennes ont disparu à la suite de l’arrivée des Européens en Amérique du Nord, la plus grande partie à cause des maladies, la partie restante par les armes.
Mais ce n’est pas tant cette réalité historique qui rend ces jours-ci le rôle du Professeur James Anaya complexe, en tant que Rapporteur spécial des Nations-Unies sur les Peuples indigènes. Bien que, pour la première fois de leur histoire, l’organisation se penche, du 23 avril au 4 mai, sur le sort des Indiens d’Amérique, ce qui en soit est déjà un événement notable, c’est avant tout pour regarder en face une réalité qui n’est pas celle du passé mais celle du présent.
Cette réalité concerne les 2,7 millions d’Indiens vivant actuellement sur le territoire des Etats-Unis, et qui constitue l’un des cas de violation des droits de l’homme a grande échelle le plus emblématique de toutes les nations développées.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes:
Les Indiens d'Amérique vivent en moyenne 6 ans de moins que les autres Américains
Ils ont 77% de risques en plus de mourir d'alcoolisme
Ils ont 66,5% de risques en plus de mourir de Tuberculose
Ils ont 42% de risques en plus de mourir de Diabète
Ils ont 28% de risques en plus de mourir d'accidents
Ils ont 52% de risques en plus de mourir de Pneumonie et de Grippe
(Source: Commission des Etats-Unis sur les Droits Civils, 2004:8)
Les Indiens d'Amérique se sont vus accorder la citoyenneté américaine en 1924. Mais ils ont pour longtemps encore été exposes au même sort que les Noirs américains, empêchés d'accéder à l'enseignement scolaire, victimes de la ségrégation.
Ce n'est qu'en 1969 qu'ils se sont organises, dans la foulée de la loi sur les Droits civils des Indiens votée l'année précédente. C'est à cette époque qu'ils ont obtenu ce dont les Américains blancs jouissaient depuis deux siècles: la liberté d'expression et d'information, la protection contre les recherches et les arrestations arbitraires, le droit d'engager un avocat pour se défendre, la protection contre les punitions inhumaines et dégradantes, contre les cautions excessives, l'abolition de la peine systématique d'un an d'emprisonnement ou de 5000 dollars d'amende quel que soit le délit commis, le droit d'être jugé par un jury, et ainsi de suite.
Mais à l'heure actuelle, aucun Indien d'Amérique, citoyen des Etats-Unis, n'a accès à la plénitude des droits des autres citoyens américains. Une réalité qui peut prendre des aspects accablants pour l'Administration américaine. Ainsi, le 6 novembre 2008, le Gouverneur du Dakota du Sud, Michael Rounds, décrète l'état d'urgence car son Etat est recouvert par une épaisse couche de neige et de glace qui le paralyse. Mais les réserves indiennes seront exclues du dispositif. 
Mais le pire pour ces tribus à l'heure actuelle vient probablement de la pression des Etats pour s'accaparer leurs terres. Les conflits sont nombreux à travers tout le pays. Ils sont allumes sous divers motifs, comme la volonté du Gouverneur de New York, en 2007, d'étendre la taxation de l'Etat aux territoires de la Nation des Seneca, ce qui a engendre une violente bagarre juridique. Et bien que les territoires laisses aux Indiens soient pour la majorité pauvres en ressources et difficiles d'accès, leur contestation par les Etats qui les abritent sont de plus en plus courantes. 
Toutefois, la pente naturelle démographique et sociologique suivie par cette population dont la Constitution américaine fait fi devrait se résoudre par le procédé le plus naturel du monde dans les décennies qui viennent: l'extinction. 
Source de cet article : Marianne
 
LIRE LE RAPPORT DE L'ORGANISATION SURVIVAL, le lien : ICI

Honoré d’ Estienne d’Orves, résistant et monarchiste

  

Robert Spieler

Didier Lecerf est historien et militant, depuis sa jeunesse, de la cause identitaire. On lui doit déjà un Cahier d’Histoire du nationalisme, paru aux éditions Synthèse nationale, consacré au Parti des forces nouvelles (PFN), dont il fut un militant actif. Il nous offre aujourd’hui une remarquable biographie du capitaine de frégate Honoré d’Estienne d’Orves, qui fut fusillé par les Allemands le 29 août 1941. Le sous-titre du livre est Des monarchistes dans la Résistance.Didier Lecerf décrit fort bien la complexité de cette époque quand il cite François de Grossouvre, ancien conseiller de François Mitterrand, qui écrivait : « Avec le même patriotisme et la même bonne foi, on pouvait se trouver entraîné dans un camp ou dans l’autre. J’avais deux amis, officiers de marine en 1940. L’un a rejoint l’amiral Muselier et les Forces navales françaises libres, l’autre a suivi Darlan. Pourquoi ? Ils étaient aussi patriotes l’un que l’autre ».

La jeunesse de d’Estienne d’Orves

Honoré d’Estienne d’Orves est, selon l’auteur, « un homme de la droite catholique, monarchistes et sociale, fidèle à Dieu, à l’Eglise, à sa patrie, à sa famille. » Il naît le 5 juin 1901 à Verrières-le-Buisson (91). Son père est le comte d’Estienne d’Orves, sa mère est Caroline Elizabeth de Vilmorin. Les d’Estienne sont une vieille famille de marchands et de magistrats d’Aix-en-Provence tandis que les Vilmorin sont une dynastie de scientifiques qui jouent un rôle de pionniers dans l’amélioration des plantes, en particulier des blés. Un lointain ancêtre des Vilmorin n’est autre que... le jeune frère de Jeanne d’Arc, Pierre, ce qui vaudra aux dames Vilmorin d’être invitées au Vatican, aux cérémonies de canonisation de la sainte. Autre célébrité dans la famille Vilmorin : l’écrivain Louise de Vilmorin, la cousine d’Honoré d’Estienne d’Orves, qui fut la fiancée d’Antoine de Saint-Exupéry puis, bien plus tard, la compagne d’André Malraux. Honoré d’Estienne d’Orves est donc un enfant de l’aristocratie d’affaires, très aisée, qui domine la Belle Epoque et que Balzac a décrite dans ses romans. Son enfance et son adolescence se partagent entre hôtels particuliers, appartements spacieux, châteaux, villas ou palaces, entouré de nombreux domestiques. Il fait sa communion solennelle en 1911. Son parrain est un ami de la famille, gendre du général Boulanger, le célèbre commandant Emile Driant, futur héros de Verdun, député chrétien-social et auteur à succès de romans d’anticipation politico-militaires. Il faut absolument lire L’Invasion noire, qui bien avant Jean Raspail prédit l’invasion de l’Europe par des hordes africaines. Lecerf consacre plusieurs pages passionnantes à Driant que l’on peut considérer sans exagérer comme l’égal de Jules Verne. Autre personnalité d’exception dans l’environnement d’Estienne d’Orves : son cousin Georges de Robillard Cosnac, pionnier de l’aviation qui trouvera la mort à l’âge de 28 ans, le 4 mai 1912, aux commandes de son monoplan.

L’instruction d’Estienne d’Orves sera assurée à la fois par un abbé précepteur et par un établissement parisien de renom, Saint-Louis de Gonzague où il passera « sans peine »dit-il, le baccalauréat. Modeste, il note : « C’était en temps de guerre plus facile qu’avant 1914 »Dans un de ses notules qui font le grand intérêt du livre, Lecerf nous livre quelques chiffres concernant le bac, qui laissent rêveur. En juillet 1917, il n’y a en France que 14 204 candidats sur un total de 700 000 jeunes de 16 ans. Seuls 58 % obtiennent le diplôme, essentiellement des garçons. Les filles ne sont que 734, soit 1,17 % de la classe d’âge ! Autres temps, autres mœurs... D’Estienne d’Orves va intégrer l’Ecole Polytechnique et choisira La Navale. Pendant 10 ans, de 1923 à 1933, il voyagera beaucoup et se trouvera pour l’essentiel loin de la France.

C’est d’abord un milieu « très chrétien » qui s’est senti agressé par la politique anticléricale du pouvoir républicain avant 1914. Fidèle à l’Eglise et au pape, il ne tombe cependant pas « dans un ultramontanisme en contradiction, dit Jean-François Chiappe, avec l’indépendance, un rien gallicane, dont la monarchie et ses plus fermes soutiens ont toujours fait preuve »Ce milieu, justement parce qu’il est « très chrétien »a aussi un sens aigu du social, et de ce fait est lié aux hommes et aux initiatives du catholicisme social, ce catholicisme social que Didier Lecerf décrit en des pages passionnantes. Henry de Villemorin, le grand- père d’Honoré, s’occupe ainsi activement, avec Albert de Mun, des « Cercles catholiques d’ouvriers », tandis que les parents d’Estienne d’Orves sont membres de la confrérie de la Miséricorde des Pénitents noirs de Nice, sa mère participant assidûment à « l’œuvre de midi », créée pour les “midinettes”, ces jeunes femmes, modistes et couturières, travaillant au début du XXe siècle, dans les maisons de mode et de haute-couture des beaux quartiers parisien qu’il convenait de  protéger des tentations que la morale réprouve.

Le milieu social d’Estienne d’Orves est aussi très royaliste, plutôt légitimiste et, en tout cas, très patriote. Sa grand-mère maternelle, petite-fille de deux généraux vendéens, est ainsi « restée fidèle à la famille de Louis XVI » et refuse « le ralliement aux Orléans »Les couleurs de la famille ne sont pas celles de la Révolution, sauf si elles s’ornent « du Sacré-Cœur »mais celles de Jeanne d’Arc ou du pape. D’Estienne d’Orves écrira, dans le journal qu’il rédige en prison à destination de ses enfants : « Chez nous, le drapeau tricolore n’était pas admis lorsque nous jouions aux soldats. »

Mais son milieu finit par se rallier à la République, au nom de la pseudo-nécessité d’unir tous les Français face aux périls qui menacent, à l’image de Péguy et d’Albert de Mun, qui s’y rallient en 1892, après la publication par Léon XIII de l’encyclique Au milieu des sollicitudes. Péguy avait écrit : « Celui qui défend la France est toujours celui qui défend le royaume de France. Et celui qui rend une place ne sera jamais qu’un salaud, quand bien même il serait marguillier de sa paroisse ».

LE CATHOLICISME SOCIAL

Le mérite du livre de Didier Lecerf est que l’ouvrage est bien plus qu’une biographie. Il décrit ainsi, dans des notules passionnantes, les origines du catholicisme social, la création des Equipes sociales de Robert Garric, celle de la Ligue patriotique des Françaises, dont Elizabeth, mère d’Honoré, fit partie. L’auteur évoque Albert de Mun, René de La Tour du Pin et Paul Vrignault, initiateurs des cercles catholiques d’ouvriers, qui œuvraient à « faire la guerre à la Révolution ; réconcilier les classes dirigeantes et la classe ouvrière ; établir la paix et l’harmonie sociale ». L’auteur aborde bien sûr l’Affaire Dreyfus et cite le journal d’Estienne d’Orves : « Ce qui a faussé le dreyfusisme, c’est la réaction qui a suivi sa victoire, réaction menée par des gens qui voulaient non pas la justice, mais la destruction de l’idée catholique ».

Au moment où Honoré d’Estienne d’Orves intègre la Royale, en octobre 1923, celle-ci est au début d’un vaste plan de rénovation et de modernisation, qui sera poursuivi avec constance durant près de quinze ans par tous les gouvernements. La flotte de 1939, qui occupe le 4e rang mondial, sera l’une des plus belles de notre histoire, mais aussi, hélas, l’une des plus vaines puisque l’essentiel de ses bâtiments seront, soit coulés à Mers-el-Kébir par les Anglais, le 3 juillet 1940, soit sabordés à Toulon par leurs équipages, le 27 novembre 1942. Les Allemands entrent dans Paris le 14 juin. Joseph Meister, premier homme vacciné contre la rage par Louis Pasteur, désespéré, se suicidera le 24 juin. Que faire ? Pour Estienne d’Orves, il n’existe qu’une voie à suivre : il se doit d’agir conformément à « la tradition de fidélité de sa famille pour la France et la France seule »Il va entrer en dissidence, non « sans un profond déchirement » et continuer la lutte. Une fois en Angleterre, le capitaine de corvette se voit confier, non pas le commandement d’un navire, mais la direction du 2ème bureau de l’état-major des Forces navales françaises libres. D’Estienne d’Orves, qui s’ennuie quelque peu dans une fonction trop administrative, obtient de De Gaulle l’autorisation d’aller sur le terrain, malgré son inexpérience du renseignement et de la clandestinité. Son objectif : jeter les bases d’un réseau d’espionnage baptisé Nemrod. Arrivé en France, Châteauvieux (c’est son pseudo) s’active. Mais les services de l’Abwehr sont sur sa piste. Le réseau tombera très vite, au bout d’un mois : la faute à un “traître”, Alfred Gaessler, le “radio” du groupe, un Alsacien dont on ne connaîtra jamais les motivations, qui disparaîtra en février 1945, ne laissant aucune trace. D’Estienne d’Orves est arrêté le 22 janvier 1941.

Les membres du réseau seront jugés pour espionnage, à partir du 13 mai, par la cour martiale du Gross Paris. D’Estienne d’Orves, « admirable de dévouement et de sacrifice », dixit son avocat allemand, se désigne comme le seul responsable, acceptant par avance la mort, « aléa du métier d’officier »Une scène incroyable a lieu au moment où le verdict tombe. Le président allemend de la cour martiale se lève et va serrer la main des condamnés. Sur les vingt accusés ayant comparu, neuf sont condamnés à mort. Les soutiens d’Estienne d’Orves, dont son avocat allemand, mais aussi le gouvernement de Vichy par la voix de Fernand de Brinon et aussi l’amiral Darlan, vont s’activer pour obtenir sa grâce. L’espoir est réel. Hélas, le 22 juin 1941, les forces de l’Axe entrent en URSS. Quel rapport avec le destin d’Honoré d’Estienne d’Orves ?

Le pacte germano-soviétique va voler en éclat et le Parti communiste français, qui collaborait jusque-là allègrement avec les Allemands à la demande de Moscou, dans un esprit « défaitiste révolutionnaire »va entrer en résistance et appeler au sabotage et à la lutte armée. Didier Lecerf consacre des pages passionnantes au Parti communiste français en 1939-1940, un parti « pas très résistant »une « secte de masse »qui tenta, comme on le sait, d’obtenir la reparution de l’Humanité Aux premiers attentats, les Allemands répondent par la politique des otages et de dures représailles. Le 21 août, à Paris, le futur « colonel Fabien » abat l’aspirant Moser, dans le métro, sur le quai de la station Barbès-Rochechouart. Fâcheuse conjonction de dates, le 24 août, Keyser, le président de la cour martiale qui a condamné à mort Estienne d’Orves, est à Berlin pour demander la clémence. Mais Adolf Hitler, par une lettre signée de sa main, confirme, suite à l’assassinat de l’officier allemand, la condamnation à mort pour trois membres du réseau, dont le chef, qui étaient venus directement d’Angleterre. Le 29 août, au petit matin, l’abbé Stock célèbre la messe dans leur cellule. Les condamnés communient puis prennent leur petit déjeuner avec le prêtre. C’est la fin.

RÉSISTANTS ET MARÉCHALISTES ?

Lecerf note, en conclusion de son livre, qu’à l’image de d’Estienne d’Orves, en 1940, les résistants sont souvent issus de la « droite de la droite ». Il cite François de Grossouvre : « C’est la gauche qui a exploité la Résistance, mais ce sont les gens de droite qui l’ont créée »Il évoque la kyrielle de monarchistes qui entrèrent en résistance : Pierre de Bénouville, Michel de Camaret (futur député européen du FN), le colonel Rémy, Jacques Renouvin, l’écrivain Jacques Perret, François de Grossouvre, sans oublier les anciens du Faisceau de Georges Valois, de la Cagoule et des membres des Croix de Feu et du PSF de La Rocque. Beaucoup firent, du moins au début, preuve de respect et de bienveillance à l’égard du maréchal Pétain. Ce fut le cas d’Estienne d’Orves qui l’évoque six fois dans ses lettres de prison, même s’il exprima une franche hostilité face à certaines décisions du gouvernement, notamment le Statut des Juifs. Ainsi, note Didier Lecerf, à travers Honoré d’Estienne d’Orves, à la fois résistant et maréchaliste critique, c’est toute la complexité, toutes les contradictions de l’époque qui surgissent.

Honoré d’Estienne d’Orves, de Didier Lecerf, collection « Cahiers du nationalisme », 200 pages, 25 euros, port inclus, à l’ordre de : Synthèse nationale, BP 80135 22301 Lannion pdc.

Années 30, la marche à la guerre

 Datée de 1946, l’édition originale des souvenirs d’André François-Poncet, ambassadeur de France à Berlin de 1931 à 1938, se trouve sans difficulté chez les bouquinistes. Son papier de mauvaise qualité, aujourd’hui jauni, typique des livres imprimés après-guerre, tout comme l’absence de notes, risquent toutefois de décourager le lecteur. Pour qui s’intéresse à cette période, il s’agit pourtant d’un document capital. C’est pourquoi il faut féliciter les éditions Perrin d’avoir réédité ce classique de la littérature diplomatique, avec une préface et un appareil critique confiés à Jean-Paul Bled, spécialiste incontesté de l’histoire allemande et austro-hongroise.

André François-Poncet, successivement professeur agrégé d’allemand, journaliste, chef des services de renseignement économique en Allemagne au temps de l’occupation de la Ruhr par les troupes françaises et belges, député de centre-droit et sous-secrétaire d’Etat à l’Economie, est un ambassadeur atypique lorsqu’il est nommé à Berlin, en 1931, parce qu’il n’est pas issu du Quai d’Orsay. C’est en raison de sa connaissance de l’Allemagne et de ses compétences en économie qu’on lui attribue ce poste hautement stratégique, le gouvernement français suivant avec attention la situation de la république de Weimar. Le diplomate va avoir en réalité à en dresser l’acte de décès. Après l’accession de Hitler au pouvoir, il observe les règlements de comptes de la Nuit des longs couteaux, la mainmise du parti hitlérien sur la société allemande, le réarmement du Reich, ses avancées sur la scène européenne, jusqu’aux crises de 1938 – Anschluss, crise des Sudètes et conférence de Munich -, prélude à la guerre. Fin 1938, François-Poncet est nommé à Rome, où il tentera en vain, jusqu’en 1940, d’éloigner Mussolini du Führer. Les souvenirs de son ambassade à Berlin seront rédigés après 1945, sans recours à ses papiers, brûlés avec une partie des archives du Quai avant l’entrée des Allemands dans Paris. Ils valent surtout par les portraits des dirigeants allemands que l’auteur a rencontrés, à commencer par Hitler, par l’analyse lucide de l’idéologie nazie, et par l’évocation de l’enchaînement d’aveuglements et de lâchetés qui ont amené la catastrophe.

Jean Sévillia

Souvenirs d’une ambassade à Berlin, 1931-1938, d’André François-Poncet, Perrin, 510 p., 24 €.

Sources :  (Edition du  vendredi 11 mars 2016)

https://www.jeansevillia.com/2016/04/05/annees-30-marche-a-guerre/

Valeurs héroïques contre valeurs bourgeoises ! (Georges Valois)

  

Dans cette vidéo, nous nous pencherons sur les notions d’esprit et de valeurs héroïques, en opposition à l’esprit marchand et mercantile, à partir d’un livre de Georges Valois, « La révolution nationale ». Selon lui, l’esprit héroïque, de sacrifice, de courage et de dévouement est le seul qui puisse s’opposer véritablement à la toute-puissance de l’Argent.

Pour se procurer le livre, voici le lien vers le site de la nouvelle librairie :
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Musiques utilisées dans la vidéo :
- L’ouverture de la Symphonie n°3 de Beethoven, « Eroica »
- Gymnopédie No. 1 d’Erik Satie
- 2e mouvement de la Symphonie n°7 de Beethoven
 
 

vendredi 26 février 2021

Mégalithes et astronomie

 

Gail Higginbottom et son équipe de l’Université d’Adélaide, en Australie, se sont à leur tour penchés sur deux des plus anciens cercles mégalithiques écossais, situés l'un à Callanish (île de Lewis) et l’autre à Stenness (dans les Orcades).

Utilisant un logiciel spécialement mis au point à cette fin, ils ont comparé la disposition des pierres et la configuration du ciel telle qu’elle se présentait il y a cinq millénaires. Ce travail leur a permis de découvrir une grande concentration d'alignements vers la Lune et le Soleil à différents moments de leur cycle (couchers et levers, solstices, équinoxes), mais aussi une « relation complexe entre les alignements de pierres, le paysage et l’horizon environnants, et les mouvements du Soleil et de la Lune au-dessus de ce paysage », ce qui confirme les préoccupations (et les connaissances) astronomiques des constructeurs. Les cercles de Callanish et de Stenness sont tous deux antérieurs à Stonehenge d’environ 500 ans. Mis en place il y a environ 5000 ans, ces cercles de pierres levées ont continué d’être utilises sans interruption jusqu’à la fin de l’âge du bronze.

source : Journal of Archaeological. Science : Reports, octobre 2016

éléments n°163

Un tabou de l'histoire contemporaine : l'attaque allemande contre l'Union Soviétique en juin 1941

  

Le 22 juin de cette année, il y avait tout juste 50 ans que la Wehrmacht était entrée en Russie. Notre époque se caractérisant par un engouement pour les dates-anniversaires, médias et politiciens ont eu l'occasion de se manifester et de faire du tapage. Mais on savait d'avance ce qu'ils allaient nous dire. Ils nous ont rappelé que l'Allemagne, pendant la Seconde Guerre mondiale, avait utilisé des méthodes criminelles (l'ordre de déclencher l'Opération Barbarossa) et concocté des desseins tout aussi criminels (le Plan de la réorganisation politique et économique des territoires de l'Est). Et que c'est pour promouvoir ces méthodes et réaliser ces desseins que les Allemands ont combattus. Avec des reproches dans la voix, avec des trémolos de honte, on nous a remémoré que toutes les institutions politiques, y compris la Wehrmacht, ont participé à ces crimes.

Plus d'un donneur de leçons est venu à nous, la mine docte, pour nous dire qu'il fallait briser les tabous et laisser la vérité se manifester.

Mais il y a plus intéressant que ces sempiternelles répétitions de ce que nous savons déjà : précisément ce que ces briseurs de tabous veulent ériger comme tabous, les révélations qu'ils considèrent comme sacrilèges et qu'ils dénoncent comme telles. L'hebdomadaire Die Zeit, notamment, s'est spécialisé dans ce genre d'entourloupettes. En 1988, quand les toutes premières voix se sont élevées pour- dire que l'attaque allemande de juin 1941 n'était peut-être pas une attaque délibérée, perpétrée sans qu'il n'y ait eu, de la part de l'adversaire, la moindre provocation, Die Zeit répondit par 2 longs articles morigénateurs, dont le titre et les sous-titres en disaient assez sur leur contenu et leur style : « Les mensonges qui justifient la thèse de l'attaque défensive — Pourquoi on réactive la fable de la guerre préventive déclenchée par l'Allemagne ». Bref : le ton d'une inquisition moderne.

Bien sûr, Staline voulait la paix et Hitler, la guerre


[Ci-contre : La concentration du premier échelon de l'Armée Rouge en juin 1941. Carte tirée de l'ouvrage de Victor Souvorov, Le brise-glace – Juin 1941 : le plan secret de Staline pour conquérir l'Europe (Olivier Orban, Paris, 1989). Le déploiement de ce premier échelon rendait l'Armée Rouge très vulnérable. Il suffisait d'une légère poussée pour la contourner et encercler 5 armées (la flèche sur la carte). La 9ème Armée devait s'emparer de la Roumanie et du pétrole roumain, privant le Reich de cette matière première indispensable à la guerre. Les 12ème et 18ème armées de montagne devaient verrouiller les Carpathes en Slovaquie. Toutes les autres devaient débouter sur la Pologne et l'Allemagne. Hitler a frappé dur et vite dans cette concentration, annihilant ce premier échelon en quelques jours]

Souvenons-nous toujours que les médias et les politiciens ne traitent des causes de la guerre qu'au départ de catégories moralisantes : on parle de culpabilité dans le déclenchement de la guerre, de Kriegs-'Schuld'. Or la guerre est un fait de monde qui échappe précisément aux catégories de la morale. Mieux qui ne peut nullement s'appréhender par les catégories de la morale. Si Hitler avait acquis plus rapidement la victoire à l'Ouest ou si, au moins, il était parvenu à une paix provisoire avec l'Angleterre, il aurait pu, s'il en avait eu envie, tourner tout son potentiel contre la Russie. Staline aurait été livré à son bon vouloir. Donc Staline ne pouvait pas, sans réagir, laisser évoluer la situation de la sorte. Il devait en conséquence attaquer l'Allemagne tant que celle-ci affrontait encore l'Angleterre (derrière laquelle se profilaient depuis un certain temps déjà les États-Unis). Staline a dû opter pour cette solution par contrainte. Et cette option n'a rien à voir avec une quelconque notion morale de “faute”, de “culpabilité” ; elle a été dictée par la volonté de Staline de survivre.

Examinons les choses de l'autre bord : la contrainte que Staline allait inévitablement subir, Hitler ne pouvait pas ne pas la deviner. Par conséquent, Hitler était contraint à son tour d'élaborer des plana pour abattre la puissance de Staline, avant que celui-ci ne passe à l'attaque. Et quand, dans une situation pareille, si explosive et si complexe, l'état-major allemand assure Hitler que la Russie peut être battue en quelques mois, plus rien ne pouvait arrêter le Führer. Processus décisionnaire qui n'a rien à voir non plus avec la notion de “faute”, mais découle plus simplement de la position géographique occupée par l'Allemagne. Oser poser aujourd’hui de telles réflexions réalistes, non morales : voilà qui est tabou.

Mais il y a encore plus étonnant : par ex., ce que nos destructeurs de tabous racontent sur les intentions de Staline en 1940/41. Les documents soviétiques ne sont toujours pas accessibles. Pourtant, nos briseurs de tabous savent parfaitement bien ce que voulait Staline. Et il voulait la paix. Évidement. Donc, l'attaque allemande était délibérée, injustifiée. Scélérate. Comme sont des scélérats ceux qui osent émettre d'autres hypothèses sur la question. Des scélérats et des menteurs. Des menteurs qui cultivent de mauvaises intentions. Voilà comment on défend des tabous.

Pourtant Karl Marx déjà nous avait enseigné que les États socialistes devaient se préparer pour la guerre finale contre les capitalistes. Staline — on sait qu'il ne s'encombrait pas de scrupules inutiles — avait choisi de provoquer cette lutte finale par l'offensive. Et il l'avait planifiée jusqu'au plus insignifiant détail. Depuis 1930, tous les nouveaux wagons des chemins de fer soviétiques, épine dorsale de la logistique des armées modernes (encore de nos jours), devaient être construits de façon à pouvoir passer rapidement du grand écartement russe au petit écartement européen. Préconise-t-on de telles mesures quand on n'envisage que la défensive ? De plus, Staline avait mis sur pied une armée gigantesque. On pourrait arguer que c'était pour se défendre ; mais les chars et les unités aéroportées y jouaient un rôle prépondérant. Par conséquent, cette immense armée avait bel et bien été conçue pour une guerre offensive.

Comparons quelques chiffres pour donner une idée de la puissance soviétique en matière de blindés ; en 1941, la Wehrmacht possédait 3.700 chars capables d'engager le combat, c'est-à-dire des chars qui ont au moins un canon de 37 mm. Elle disposait en plus de 2.030 engins chenillés ou sur roues armés de mitrailleuses ou de canons de 20 mm. Elle a attaqué la Russie avec 2.624 chars et 1024 engins armés de mitrailleuses ou de canons légers de 20 mm (types Panzer I ou Panzer II). C'était tout ! Face à elle, l'Armée Rouge alignait entre 22.000 et 24.000 chars de combat, presque tous armés de canons de 45 mm ou plus. Parmi ces chars, on trouvait déjà 1.861 chars des types KV et T34, qui étaient invulnérables face à presque tous les chars allemands de l'époque. L'arme blindée soviétique, à elle seule, était plus puissante que toutes les autres forces blindées du monde ! La supériorité soviétique en matière de canons et de mortiers était plus impressionnante encore. Quant aux escadrilles aériennes, le rapport des forces était également défavorable aux Allemands : le 22 juin 1941, les unités allemandes envoyées au front russe disposaient de 2.703 avions de combat ; leurs adversaires soviétiques en avaient de 8.000 à 9.000, pour protéger des unités bien plus importantes encore, massées dans l'arrière-pays.

Les Soviétiques disposaient en tout état de cause d'une puissance militaire capable de passer à l'offensive. Et l'URSS avait des raisons de s'en servir. Mais que voulait Staline ?

Déjà, au début de l'été 1940, quand les Allemands n'avaient plus que 4 divisions à l'Est, Staline avait massé prés de 100 divisions le long de sa frontière occidentale. Personne ne saura jamais ce que Staline comptait en faire, au cas où l'attaque allemande contre la France se serait enlisée. À la veille de l'attaque allemande contre l'Est, Staline avait rassemblé 180 divisions dans ses districts militaires de l'Ouest. Elles venaient des régions les plus éloignées de l'empire soviétique : de la Transbaïkalie et du Caucase. À ces 180 divisions, s'ajoutaient encore 9 nouveaux corps mécanisés (chacun doté de plus de 1.000 chars) ainsi que 10 nouveaux corps d'armée aéroportés, ce qui trahissait bien les intentions offensives du dictateur géorgien.

Bon nombre de ces divisions acheminées vers l'Ouest ont été cantonnées dans des bivouacs de forêt provisoires, où il s'avérait difficile de maintenir à long terme les acquis de l'instruction et la vigueur combative des troupes. Pas une seule de ces unités ne s'est mise en position défensive. Si elles avaient construit des redoutes de campagne, installé des obstacles, posé des champs de mines, l'attaque allemande de juin 1941 aurait été bloquée net et neutralisée. Les généraux soviétiques n'ont pas tenu leurs unités de chars en réserve pour une éventuelle contre-attaque mais les ont avancés le plus loin possible vers l'Ouest, dans les saillies frontalières. Indice plus révélateur encore : les dépôts logistiques de pièces de rechange, de munitions, etc. se situaient dans la plupart des cas à l'avant, plus à l'Ouest, que les unités de combat ou les escadrilles d'avions qui étaient censées s'ébranler les premières. Beaucoup de phénomènes apparemment marginaux confirment la thèse de l'imminence d'une attaque soviétique. Citons-en un seul : lors de leur avance fulgurante, les troupes allemandes ont souvent découvert des stocks de cartes militaires soigneusement emballées. Ces paquets contenaient des cartes de territoires allemands.

La thèse de l'attaque délibérée ne tient plus

Que pouvons-nous prouver en avançant tous ces indices ? Rien. Sinon que l'attaque du 22 juin 1941 n'était probablement pas une attaque délibérée et injustifiée contre une URSS qui ne voulait que la paix. Staline avait tous les moyens qu'il fallait pour attaquer. Beaucoup d'indices prouvent qu'il avait également l'intention d'attaquer, comme Hitler l'a affirmé dans plusieurs conversations secrètes et privées. Reste à savoir quand cette attaque soviétique se serait déclenchée. Quelques semaines plus tard ? Au printemps de 1942 ? La décision allemande d'attaquer, la date du déclenchement des opérations, ont-elles été choisie parce que l'état-major allemand avait aperçu le danger d'une attaque soviétique imminente ou parce que les mouvements des troupes soviétiques ont précipité le cours des événements ou ont-elles été choisies tout à fait indépendamment des manœuvres soviétiques ? Voilà tout un jeu de questions encore sévèrement tabouisé. La “querelle des historiens”, il y a quelques années, l'a amplement démontré.

Quoi qu'il en soit : tout historien qui prétend aujourd'hui, en dépit de tous ces indices, que l'attaque allemande était entièrement injustifiée, qu'elle a été perpétrée sans qu'il n'y ait eu la moindre provocation soviétique, tout historien qui avance la thèse d'une attaque allemande délibérée et veut faire d'une telle thèse un axiome de vérité, ne pourra plus être pris su sérieux. La raison, le bon sens et le programme du premier semestre de toute licence en histoire nous enseignent la même chose : toute connaissance sûre quant aux motivations, aux intentions et aux objectifs ne peut être acquise qu'au départ de documents internes. Or les documents soviétiques sont toujours inaccessibles.

► Dr. Franz Uhle-Wettler, Vouloir n°83/86, 1991. 

(texte issu de Junge Freiheit, juin 1991)

• L'auteur : ancien Lieutenant-général de la Bundeswehr et Commandeur du NATO Defence College de Rome.