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jeudi 16 mai 2019

Passé-Présent n°239 : Charles Quint, défenseur de la chrétienté

A l’occasion du 500è anniversaire de l’élection impériale de Charles Quint (1500-1558), Philippe Conrad brosse les contours de la vie de ce prince flamand, petit-fils de Charles le Téméraire, qui, face à la poussée de l’empire ottoman en Europe, parvint à reconstituer par sa volonté d’action l’unité de la chrétienté.
Anne Sicard achève le récit de la vie de la Duchesse de Montpensier, dite La Grande Mademoiselle (1627-1693). Son rôle au cours de la Fronde, son exil, son mariage secret, ses obsèques grandioses.
Philippe Conrad reçoit le Professeur Yves Morel pour son ouvrage : La vraie pensée d’Augustin Cochin, préfacé par Jean Tulard (Ed. Via Romana – 342 p. – 24 €).
Monarchiste, catholique, historien contre-révolutionnaire, Augustin Cochin (1876-1916) n’appartint cependant à aucune organisation politique. Solitaire, contesté pour son interprétation de la Révolution française où il révéla les mécanismes de prise de pouvoir par les sociétés de pensée, il fut longtemps marginalisé avant d’être redécouvert par François Furet.
Yves Morel revisite la pensée de Cochin et nous parle également des rapports qu’il entretenait avec Hippolyte Taine, l’Action française ou la Franc-maçonnerie.

jeudi 29 janvier 2009

La bataille de Lépante, victoire européenne

La fête du rosaire dont la date est fixée le 7 octobre remonte à l’action de grâce reçue par le peuple chrétien à la suite de leur victoire à la bataille de Lépante sur les turcs mahométans. Pour mémoire, nous rappelons cette époque où les européens étaient unis.
La méditerranée est devenue le domaine des forces de Soliman et des pirates barbaresques dont le trafic d’esclaves est l’une des activités dominantes. Le sultan turc enlève la ville de Rhodes aux chevaliers de Saint Jean de Jérusalem et tente vainement d’enlever Malte. C’est dans ces conditions que les turcs concentrent toutes leurs forces vers l’Ile de Crète et vers Chypre, qui sont à l’époque des colonies vénitiennes.
Conscient du danger que constitue cette gigantesque armada, tant pour l’Europe que pour la chrétienté, un pape, Pie V, va se dresser pour tenter d’unir les princes européens jusque là divisés par des rivalités et des guerres intestines. Charles IX, roi de France, entretient des relations ambiguës avec les turcs en vertu d’accords conclus du temps de François Ier. Cette vision étriquée du roi de France de l’époque montre les limites d’une vision stato-nationale qui ne perçoit pas les enjeux civilisationnels et géopolitiques. Venise convoitée par Soliman, est traversée par une période de famine à la suite d’un gigantesque incendie. Face à l’étroitesse de vue des intérêts nationaux, le pape va faire preuve d’un sens du bien commun européen et percevoir la nécessité une unité européenne. Il convoque le sacré collège afin de déterminer la stratégie la plus efficace.
Philippe II d’Espagne dépêche rapidement des troupes de Sicile pendant que diverses flottes se constituent à Messine.
Le pape poursuit sa quête afin d’unifier les chefs européens et rencontrent de nombreuses réticences sous des prétextes futiles. Cependant, sa persévérance aura raison de la division des princes d’Europe et il désigne un chef militaire unique pour la conduite des opérations : Don Juan d’Autriche, fils de Charles Quint. Le 11 juillet 1571, le pavillon pontifical est hissé à Saint Pierre et Pie V bénit les combattants : « Allez au nom du Christ combattre son ennemi et vous vaincrez ! ».
Le nonce du Vatican auprès des armées européennes et de la flotte demande que soit respecté un jeûne de trois jours avant l’appareillage. Les galériens sont détachés de leurs bancs pour se confesser et communier. On comptera pas moins de 80.000 confessions et communions. 200 galères européennes font face aux 300 galères turques.
La bataille a lieu le 7 octobre, dans le golfe de Lépante. Don Juan hisse le drapeau du Saint Père. Contre toute attente, les Turcs désemparés par le courage des européens sont défaits. 30.000 d’entre eux succomberont contre 8.000 chez les chrétiens.
Le pape Pie V immortalise cette victoire inespérée par la commémoration annuelle qui portera plus tard le nom de Notre Dame du Rosaire.
La bataille de Lépante va modifier le cours de l’histoire de l’Islam…
http://www.europaegentes.com

dimanche 29 juillet 2007

Islam et esclavage

Il y a un demi siècle l'historien Fernand Braudel publiait un ouvrage qui allait faire date : La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II (1966, réédité en 1990). Même si aujourd'hui il date, ce travail reste un classique. Il a en particulier le mérite d'avoir pour la première fois mis en évidence l'importance de la piraterie et de la traite des esclaves dans le bassin méditerranéen. Cependant, comme le fait remarquer Robert C. Davis, on attend toujours un « recensement d'ensemble comparable (à celui concernant la traite transatlantique) des esclaves en Méditerranée ». Il faut donc se contenter de chiffres fragmentaires ou estimés.
les estimations
« Ce ne serait pas forcer la vérité de dire qu'ils ont mis plus d'un million (de chrétiens) dans les chaînes », ceci pour la seule période allant de 1530 à 1640, soit un gros siècle, affirme Pierre Dan dans son Histoire de Barbarie et de ses corsaires, publiée à Paris en 1649.
Emmanuel d'Aranda, qui fut lui-même esclave dans le milieu du XVIIe siècle, écrit dans sa Relation de la captivité du sieur E. d'Arûnda mené esclave à Alger en l'an 1640 et mis en liberté en l'an 1642 (Bruxelles, 1656) que dans cette ville, des misères de l'esclavage ont consumé la vie de six cent mille chrétiens, depuis l'an 1536 que Cheredin Barbarossa l'a mis sous sa puissance» (plus connu en Europe sous le nom de Barberousse (?-1546), ce pirate turc est le fondateur de l'Etat d'Alger dont il fit hommage au sultan, obtenant en retour les titres de pacha et de beylerbey. En 1543 il collaborera même avec les Français, contre Charles-Quint).
Les historiens contemporains se livrent bien entendu à des batailles de chiffres ; il semble cependant que, toujours en ce qui concerne Alger, on puisse situer le « nombre moyen permanent » d'esclaves entre 25 et 30.000 personnes. Il y avait bien évidemment un fort turn over du fait de l'importance de la mortalité.
Cette ville était de loin la capitale de l'esclavage au Maghreb, ainsi dans l'ouvrage dont les références figurent en fin de texte, Robert C. Davis n'accorde qu'environ 6.000 esclaves « permanents » à Tunis et « peut-être 2.000 pour Tripoli et les plus petits centres ».
A l'issue de ses calculs le même auteur conclu : "... entre 1530 et 1780, presque certainement un million et très probablement jusgu'à 1.250.000 Européens, chrétiens et blancs se virent asservis par les musulmans de la côte barbaresque».
Rappelons que ces chiffres ne concernent que la partie occidentale de l'empire turc.
Des chiffes précis mais fragmentaires :
- Entre 1570 et 1606 : la Sicile est l'objet d'au moins 136 attaques des Barbaresques.
- Entre novembre 1593 et août 1594 : les corsaires tunisiens font 1.722 captifs.
- Entre 1606 et 1609: la Royal Navy reconnaît la perte de 466 navires anglais et écossais pris par les Algérois.
- Entre 1609 et 1619 : sur les 8.000 captifs réduits en esclavage à Alger, 1.925 adultes et environ 300 enfants virèrent Turcs (c'est-à-dire se convertirent à l'Islam).
- Entre 1613 et 1621 : les Algérois prennent 936 vaisseaux français, hollandais, allemands, anglais ou espagnols (chiffres avancés par le père trinitaire Pierre Dan).
- 1624 : un raid a lieu sur la possession vénitienne de Perasto, aboutissant à la capture de 450 villageois dont le tiers périt dans l'année.
- 1627 : les Algérois enlèvent quelque 400 Islandais, dont il ne survivait que 70 huit ans plus tard.
- Entre 1628 et 1634 les Algérois prennent rien qu'à la France 80 navires marchands pour 986 captifs, dont on connaît le décès de 119. Par ailleurs 149 d'entre eux devinrent renégats. Bilan comparatif avec les prises sur les Anglais de 1628 à 1641 : 131 navires et 2.555 "sujets de Sa Majesté).
- 1631 : les Algérois enlèvent 237 Irlandais à la ville de Baltimore (Munster). On ne connaît le sort que de deux (ou trois), qui rachetés purent revoir leur pays.
- 1645 : les corsaires musulmans ravissent 240 esclaves sur la côte de Cornouaille.
- Entre juillet 1677 et octobre ]680 : les Algérois prennent ou détruisent 60 navires britanniques.
- Entre 1677 et 1685 : les pirates de Tripoli, pourtant moins perforants, enlèvent cependant 75 navires chrétiens et 1.085 captifs.
Ensemble du XVlle siècle : les seuls Trinitaires (l'un des ordres religieux voués à la rédemption des esclaves) réussissent à racheter et à libérer 15.573 chrétiens lors de 72 voyages s'étalant sur 77 ans.
Aventures et dossiers secrets de l'Histoire