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lundi 28 décembre 2020

Il a bien choisi le jour et l'heure : c'est au moment précis où le gouvernement de son pays se félicite, à tort ou à raison, d'avoir retrouvé sa pleine souveraineté, que le Britannique George Blake est allé rejoindre l'enfer des traîtres et des agents soviétiques de la guerre froide.

Âgé de 98 ans, ce fonctionnaire du Foreign Office avait été condamné en 1961 à 42 années de prison pour espionnage au profit de l'URSS. Son cas, certes, n'était pas isolé : on se souvient, par exemple, des Cinq de Cambridge, un réseau de renseignement au profit de l'Est dont on a pu soupçonner que les ramifications se soient étendues au-delà, peut-être jusqu'à 17 affidés. Tous recrutés sur la base de leur appartenance au parti communiste. L'un d'entre eux, par exemple, le célèbre Kim Philby géra pendant des années les actions britanniques dans les Balkans, au proche orient, et à Chypre, attisant et envenimant [1] dans l'île un conflit qui déchire encore deux alliés de l'OTAN...

Le cas Blake était tellement pendable qu'il écopa de 3 fois la peine maximale prévue par la loi britannique, 14 ans.

S'il n'a pas rendu publique la confession de Blake, l'attorney général a tout de même cité les paroles de l'accusé : "Il n'y a pas un document officiel d'importance auquel j'avais accès qui n'ait été transmis à mon contact soviétique."

Ce triste sire a avoué avoir espionné continuellement pour l'URSS. au cours des 9 années précédentes. Lord Parker considérait que les informations ainsi livrées étaient d'une grande importance et qu'elles avaient "rendu complètement inutile une grande partie de l'effort de défense de notre pays"...

En octobre 1966, il était parvenu à s'évader, à l’aide d’une échelle en corde, et à déjouer toutes les polices. Il réussit à traverser le rideau de fer via l'Allemagne de l'Est et passe pour toujours de l'autre côté. Ayant rejoint Moscou, il y est resté jusqu'à la fin de ses jours, y compris après la chute du communisme. Serge Ivanov, porte-parole des services de renseignements extérieurs russes et même Vladimir Poutine rendent, aujourd'hui, hommage aux services qu'il a rendus à la "parité"militaire entre l'Est et l'Ouest.

Un bienfaiteur de l'humanité et de la paix en quelque sorte.

Au KGB, outre la révélation du tunnel qui permettait de passer sous le mur de Berlin, il a fourni les noms de centaines d’agents occidentaux. On ignore ce que les malheureux intéressés sont devenus.

Mais ceux qui auraient pu douter du caractère quasi-religieux du communisme évoqué dans notre précédente chronique[2] gagneront à découvrir la manière dont Blake lui-même définissait encore, au gré d'une conférence de presse de janvier 1991 son engagement d'alors :

"Pour moi, le communisme consistait à essayer de créer le Royaume de Dieu sur terre. Les communistes essayaient concrètement de faire ce que l’Église avait essayé d’obtenir par la prière (...) J’en ai conclu que je ne me battais pas du bon côté".

Ah le brave homme ! Quelque peu surpris, il découvrit sur place, sans remettre en cause son action, que le paradis soviétique n'en était pas un : "L’une des choses m’ayant le plus déçu, c’est que je pensais qu’un nouvel homme était né ici. J’ai vite compris que ce n’était pas le cas. Ce sont juste des gens normaux. Comme tout le monde, leur vie est dirigée par les mêmes passions humaines, la même cupidité et les mêmes ambitions".

Décevant n'est-ce pas ?

Et que dire de la misère pour le plus grand nombre et de l'oppression pour tous dans ce prétendu paradis  ?

JG Malliarakis  

[1] Dans cette affaire, les services anglais manipulés avaient inventé le problème de la minorité turque habitant dans l'île et monté de toutes pièces, sans qu'on ait jamais su dans quel but,  un réseau terroriste turc appelé TNT.

[2] cf. L'Insolent du 25 décembre "Des idées chrétiennes devenues folles"

https://www.insolent.fr/2020/12/mort-dun-vieux-traitre.html

lundi 14 décembre 2020

Le combat pour la liberté et la vérité ne doit jamais cesser

 Quel moment de bonheur pour votre chroniqueur que de pouvoir reprendre le fil de sa libre écriture. Après bientôt un mois d'ahurissement postopératoire, voir un morceau de ciel bleu au bout du tunnel.

Quel dommage cependant, quand on ne s'identifie pas à la Belle au Bois dormant des Frères Grimm, que d'éprouver le sentiment que rien, ou peu de choses, n'a vraiment bougé dans ce malheureux pays. Mêmes discours vaseux, mêmes lâchetés, mêmes empilages de bureaucratie. Parler toutefois de déception supposerait une blâmable illusion naïve, évanouie depuis des décennies.

Prenant aujourd'hui la plume cette chronique se propose d'abord de démontrer que le combat continue et que, pour ce qui concerne votre serviteur, il n'a jamais cessé.

Avec mon vieux camarade et ami Charles Culbert nous venons de publier "La Terreur rouge théorie et pratique".

Dès le mois de décembre 1917, sous le sigle de Tcheka, la révolution bolchevique instituait la forme la plus terrifiante et la plus systématique de répression. Lénine en confia la direction à l'aristocrate polonais Félix Dzerjinski. Pendant plus de 70 ans, cet organe de pouvoir, d'une violence sans limites, littéralement terroriste, ne fit que changer de nom : Guépéou, NKVD, KGB.

Et tout au long de son histoire, l’URSS exporta ses méthodes inchangées et impunies dans tous les pays communistes, de l’Allemagne de l’Est jusqu’en Chine.

En 1922 Viktor Tchernov avait rassemblé les témoignages les plus éclairants et les plus accablants. On les retrouve dans le présent ouvrage. Ils établissent la nature globale du modèle répressif. Inchangés, ses différents aspects seront rappelés, plus tard, par d’autres auteurs, eux-mêmes victimes ou témoins. Il fallut hélas attendre 50 ans et la publication en 1973 de l’Archipel du Goulag par Alexandre Soljenitsyne, pour que l'opinion occidentale, jusque-là intoxiquée et désinformée mesure, majoritairement, ce que l'on cherchait à lui dissimuler. Soulignons aussi que les leçons des Récits de la Kolyma, révélés sous la plume de Varlaam Chalamov (1907-1982), restent encore à tirer quant à la dramatique destruction concentrationnaire des valeurs humaines.

Ce livre comprend 3 parties

• Terreur rouge et théorie révolutionnaire • par Jean-Gilles Malliarakis : les bases doctrinales de la dictature de l'appareil du Parti, au nom du Prolétariat. Comment Lénine, disciple de Karl Marx et de Engels, s’affirme comme héritier de la Terreur jacobine.

Ange noir du régime terroriste français (1793-1794), Saint-Just préfigure Karl Marx : « Les malheureux, écrit-il, sont les puissants de la terre. Ils ont le droit de parler en maîtres aux gouvernements qui les négligent. » Il tombera avec la dictature de Robespierre en juillet 1794. Leurs nostalgiques, de Buonarotti à Blanqui, influenceront à leur tour les révolutions du XIXe siècle, jusqu'à la théorisation par Marx et Engels, et la mise en œuvre par Lénine. On doit donc poser la question : dans quelle mesure terrorisme et jacobinisme, totalitarisme et communisme ne font qu’un.

• Terreur rouge, pratique révolutionnaire • par Charles Culbert : la logique de ce système fut méthodiquement appliquée par le totalitarisme au XXe siècle. Cette partie centrale du livre donne sens aux crimes du système communiste. Ils ne peuvent plus être considérés comme les excès momentanés inhérents à des situations de guerre civile ou étrangère, mais comme les conséquences invariantes du projet lui-même. La logique implacable du prototype soviétique se retrouve ainsi sous toutes les latitudes.

• Les Documents Tchernov sont ainsi classés • La Tcheka glaive et bouclier de la révolution par Victor Tchernov – Une aristocratie prolétarienne – Traques et délations – Tous victimes – Justice révolutionnaire et exécuteurs – La Loubianka – Les Quatre étapes avant la mort – Extermination dans le ravin de Saratov – Massacre de masse à Astrakhan – Terreur à la prison de Taganda – La torture par la faim à Iaroslavl – Le typhus à Boutyrki – Le Camp de concentration à Kholmgory.

Tout était donc bien en place dès le début du totalitarisme bolchevik.

JG Malliarakis  

On peut se procurer ce livre de 226 pages en adressant un chèque de 20 euros port compris à ordre des Éditions du Trident aux Publications JG Malliarakis 28 rue Le Sueur 75116 75006 Paris tel : 06 72 87 31 59

https://www.insolent.fr/2020/12/le-combat-ne-doit-jamais-cesser.html

jeudi 28 janvier 2016

Retour sur la Guerre froide

L'ouverture partielle des archives soviétiques, la déclassification d'archives occidentales apportent un nouvel éclairage sur l'histoire secrète des relations Est-Ouest. Un transfuge francophile, un agent soviétique en exil et un journaliste enquêtant sur la CIA nous révèlent un passé effarant.
La détermination d'un seul homme a-t-elle suffi à ébranler l'URSS au point d'en provoquer l'écroulement ? La question se pose s'agissant de Vladimir Vetrov, lieutenant-colonel du KGB, fusillé à Moscou le 23 janvier 1985 pour haute trahison. Un quart de siècle après, l'homme et le rôle qu'il tint demeurent également mal connus, même si l'on commence à prendre la mesure de leur importance. Un film récent, L'Affaire Farewell, a popularisé le personnage et donné envie d'en savoir davantage sur lui. Il le mérite.
L'homme qui mit l'URSS à genoux
Pour mieux comprendre, une seule source fiable : le livre qu'un journaliste russe, Sergueï Kostine, lui consacra en 1996, aujourd'hui repris en collaboration avec le Français Éric Raynaud sous un nouveau titre, Adieu Farewell, qui tente de reconstituer les faits et leur déroulement de la manière la plus exacte possible, sinon toujours la plus crédible.
Automne 1980 : depuis quelques mois, la tension monte entre l'Est et l'Ouest au point de faire craindre un conflit. Un succès de la Gauche à la prochaine présidentielle française amènerait les communistes au gouvernement, hypothèse qui plonge les Américains dans l'inquiétude. C'est dans ce contexte qu'advient un événement improbable mais déterminant lorsque la DST est, depuis Moscou, approchée par le colonel Vetrov. Le personnage ne lui est pas inconnu. Identifié pour ses activités d'espionnage technologique sous couverture diplomatique, Vetrov était en poste à Paris dans les années soixante.
À l'époque, ce francophile qui avait pris goût au capitalisme avait failli se laisser retourner mais le patriotisme, l'angoisse pour les parents laissés là-bas l'avaient emporté. Depuis, la DST n'avait plus de nouvelles. Pendant un an, Vetrov, prenant des risques considérables va, chaque semaine, livrer les secrets de l'espionnage technologique du KGB, sur lequel repose l'essentiel de l'économie soviétique et, surtout, la capacité de l'URSS à rester dans la course aux armements. Leur exploitation suffira à mettre le régime communiste dans une situation intenable. Chacun connaît la suite.
Le défaut du plan, et Vetrov, excellent professionnel, le connaît, c'est qu'exploiter les renseignements équivaut à condamner la source. Tôt ou tard, ses collègues comprendront qui est Farewell. Pourtant, Vetrov refuse tout : l'argent, les papiers français pour son fils et lui, l'exfiltration qu'il sait irréalisable, la DST ne pouvant l'aider si loin de ses bases. Pourquoi joue-t-il ainsi sa vie ? Amour de la France, haine du régime communiste, désir d'offrir à son fils et à son pays la liberté, besoin de se venger du KGB qui n'a pas su reconnaître ses talents exceptionnels ? Nul ne le saura jamais.
Le fait est que cet agent brillant relégué au fond d'un bureau va détruire le système, et mettre l'URSS à genoux. Il en mourra, évidemment, au terme de péripéties qui contribuent à brouiller un peu plus son image. Ce n'est pas sa correspondance avec sa famille durant son emprisonnement qui aidera à comprendre, Vetrov la savait lue ; ni les interrogatoires de son procès. Quant à sa "confession", rédigée avant son exécution, elle disait si nettement ce qu'il pensait du modèle socialiste que le KGB renonça à la rendre publique...
Le KGB n'était pas invincible
La tentative d'analyse psychologique est d'ailleurs la partie la plus faible d'un livre qui se lit comme le plus haletant des romans d'espionnage. Traître ou héros, pauvre type vindicatif qui noyait ses échecs dans l'alcool ou génie méconnu de la guerre secrète, le colonel Vetrov, entre ombre et lumière, prend une dimension singulière. Le fait est que nous lui devons beaucoup.
À son traitant français qui lui demandait pourquoi il faisait cela, Vetrov dit un jour : « Parce qu'ils sont dangereux, et ils sont dangereux parce qu'ils sont c... ! ». Opinion autorisée que ne réfute pas un autre ancien du KGB, le colonel Vassili Mitrokhine. À l'époque où Vetrov livrait à la France de quoi faire sauter l'URSS, Mitrokhine s'employait à une besogne moins urgente mais qui lui aurait coûté tout aussi cher s'il s'était fait prendre : responsable des archives de l'espionnage soviétique, et conscient que l'on faisait disparaître les dossiers les plus sensibles, il entreprit, en effet, de recopier systématiquement les documents qui, de 1917 aux années quatre-vingt, apportaient la preuve des crimes et des manipulations du régime.
En 1991, époque moins dangereuse, Mitrokhine, contre l'asile politique, livra cette énorme documentation aux Britanniques, permettant d'éclairer certains pans obscurs de l'histoire contemporaine mais aussi de faire arrêter de très nombreux collaborateurs du Renseignement soviétique. Il y eut quelques scandales retentissants quand il s'agissait d'hommes politiques ou de célébrités. Même s'il ne faut pas exclure que "les archives Mitrokhine" publiées sous un titre accrocheur, Le KGB contre l'Ouest, comportent un certain nombre de faux destinés à désinformer ou intoxiquer l'opinion internationale, elles restent, dix ans après leur divulgation, un document indispensable pour mieux comprendre, de l'intérieur, ce que furent l'Union soviétique, ses dirigeants, ses ambitions, et le mal qu'ils firent.
D'abord à la Russie. En quoi une conversation entre Mitrokhine et l'un de ses camarades est révélatrice de l'écoeurement généralisé des mieux informés : « Tout cela vous donne honte d'être russe... » « Non, cela donne honte d'être soviétique. » L'on comprend mieux pourquoi les meilleurs firent en sorte de n'avoir plus honte.
La CIA non plus
Le travail de Vetrov comme celui de Mitrokhine démontre que le KGB, pour très efficace et dangereux qu'il fût, n'était cependant pas le monstre invincible et tout puissant que ses adversaires avaient fini par imaginer. La CIA, dont les Russes avaient une peur équivalente, ne l'était pas davantage. Tant s'en faut !
L'incapacité du Renseignement américain à anticiper les attentats du 11 Septembre a mis en évidence les faiblesses du service, attribuées à une mauvaise reconversion de l'espionnage des USA, incapable de s'adapter au monde et aux périls de l'après-Guerre froide. Une enquête du journaliste Tim Weiner, Des cendres en héritage, l'histoire de la CIA, oblige à reconsidérer la question et démontre que les faiblesses découvertes en 2001 existaient depuis le début ; en soixante ans, l'essentiel du travail de l'agence fut de dissimuler aux présidents américains, au Congrès et à l'opinion son manque d'efficacité, ses erreurs cataclysmiques et le prix à payer pour tout cela.
Créée, non sans peine car elle entrait en contradiction avec les principes fondamentaux de la déclaration d'indépendance, en 1947 afin de lutter contre l'URSS, la CIA se fixa pour but de détruire le communisme, obtint pour y parvenir des sommes colossales dont elle ne justifiait pas l'utilisation, et ne prit jamais les mesures nécessaires pour arriver à ses fins. Parfaitement ignorante des réalités du monde extérieur, ne jurant que par l'action, le plus souvent improvisée, sans agent capable de pratiquer une langue étrangère, l'agence déstabilisa des puissances amies et provoqua des désastres sur tous les fronts, qu'elle camoufla supérieurement en réussites.
La survie du monde libre confiée à des "clowns"
Le lecteur reste accablé en songeant que la survie du monde libre reposait en partie sur ceux que Nixon qualifiait aimablement de "clowns" ... Des clowns dangereux, cependant, à l'instar de leurs confrères du KGB. Il faut n'avoir pas lu Weiner pour se demander pourquoi Vetrov s'adressa aux Français plutôt qu'aux Américains. Découvrir cet angoissant envers de l'histoire contemporaine est indispensable. Sans toutefois perdre de vue que l'auteur, très américain, ne comprend pas toujours les situations qu'il décrit. Cela explique pourquoi il est porté à excuser les coups tordus de l'agence lorsqu'ils visaient des monarchies, des pouvoirs nationalistes ou catholiques. En cela, l'analyse de l'assassinat du président vietnamien Ngo Din Diem est très révélatrice. Une réalité à ne jamais perdre de vue s'agissant des États-Unis.
Anne Bernet L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 18 février au 3 mars 2010
3 Sergueï Kostine et Éric Raynaud : Adieu Farewell ; Robert Laffont, 425 p., 22 euros.
3 Christopher Andrew et Vassili Mitrokhine : Le KGB contre l'Ouest ; Fayard, 980 p., 30 euros.
3 Tim Weiner : Des cendres en héritage, l'histoire de la CIA ; Fallois, 540 p., 23 euros.

vendredi 30 octobre 2015

Barrès et Jaurès

l y a bien des murs qui s’écroulent en ce moment, et pas seulement le mur de Berlin ; bien des frontières qui se défont, et pas seulement celles de la Yougoslavie. Dans tous les domaines, on assiste aujourd’hui à l’effondrement des anciens clivages, à la disparition des points de repère. Dans le domaine des idées, le divorce des familles intellectuelles et des familles politiques est désormais consommé : quel est l’intellectuel digne de ce nom qui peut aujourd’hui se reconnaître dans une pratique de parti ? Quant aux partis eux mêmes, engagés dans une course au recentrage qui ne cesse de s’accélérer, il est clair qu’ils ne s’affrontent plus que sur le choix des moyens et que leurs objectifs sont les mêmes. Tandis qu’on sent poindre la crise de régime, les uns se mettent aux Verts, les autres louchent sur les mâles cohortes du lepénisme, d’autres rêvent d’un grand centre mou consacrant l’apothéose des valeurs bourgeoises. Les ex-gauchistes se sont depuis belle lurette recyclés dans l’humanisme et la voiture avec chauffeur. L’État-PS en est à infecter les hémophiles (quel symbole !). Et le pitoyable débat sur l’immigration s’enferme dans les petites phrases et les mauvais calembours, comme s’il n’y avait plus à choisir qu’entre l’idéologie du bunker et celle des cosmopotes. On en est même maintenant à l’échange des faits divers (“crimes maghrébins” contre “crimes racistes”) ! Degré zéro de la réflexion. Pendant ce temps, hors des frontières de l’Hexagone, l’histoire fait retour. Tant pis pour ceux qui avaient un peu vite annoncé sa mort ! Définitif ou non, l’effondrement communiste à l’Est a des effets inattendus. Il apporte d’abord un démenti cinglant aux fines analyses des soviétologues libéraux qui, depuis des décennies, nous expliquaient doctement que l’URSS, étant un “État totalitaire”, ne pouvait pas se réformer d’elle-même et ne succomberait qu’à des pressions extérieures dans des circonstances catastrophiques. Manque de chance : la perestroïka est venue d’en haut, et même du cœur du système, du KGB. Mais cet effondrement donne à voir aussi un spectacle d’une rare impudeur : ceux-là mêmes qui se prosternaient hier devant la statue de saint Marx se bousculant devant les caméras pour affirmer que “tout communiste est un chien” ! Ceux-là mêmes qui ont suivi toutes les modes sans jamais rater un virage, staliniens dans les années cinquante, gauchistes dans les années soixante, socialistes dans les années soixante-dix, sociaux-démocrates ou libéraux dans les années quatre-vingts, venant se faire gloire de leurs reniements, communiant dans l’anticommunisme primaire et jouant des pieds et des mains pour se faire prendre en photo devant le cadavre !
Ils déchanteront vite ceux qui croient que le libéralisme triomphe aujourd’hui sans partage. La vérité est au contraire que la société occidentale libérale-marchande a perdu son repoussoir. Elle ne pourra plus désormais gloser sur le goulag pour masquer ses propres échecs et faire oublier la misère qu’elle fait naître. Elle a perdu le diable qui lui permettait de faire croire à son dieu. Elle sera maintenant jugée pour ce qu’elle est. L’aliénation même.
Dans cette situation nouvelle, il n’y a évidemment plus ni droite ni gauche. Il n’y a plus désormais qu’une seule frontière. D’un côté, ceux qui acceptent cette société de spectacle et de consommation, ceux qui se bornent à vouloir en réformer les contours sans la mettre en question. Et de l’autre, ceux qui tout simplement ne la supportent plus. Qui ne supportent plus cet univers où règnent le non-sens, l’indifférence à l’autre, la solitude de masse, le conformisme, le nouvel ordre moral, le déracinement, la loi de la jungle. Ceux qui ne croient ni à la rédemption par le marché ni à la promotion par le fric. Ceux pour qui la vie ne se ramène pas aux valeurs comptables, à la performance individuelle, à la compétition marchande. Ceux qui en ont assez d’un monde sans gratuité, sans désintéressement, sans générosité, où rien n’a plus de valeur mais où tout a un prix. Ceux qui ne veulent pas seulement des moyens d’existence, mais aussi des raisons de vivre. Le nouveau clivage de cette fin de millénaire est là, et nulle part ailleurs. C’est le clivage entre le centre et la périphérie. Et tout ce qui est dans la périphérie est solidaire.
Cause du peuple ? Oui, sans doute. Mais du peuple dans sa globalité. Le prolétariat est déjà une vieille lune et “l’union du peuple de France”, un mot d’ordre lassallien beaucoup plus que marxiste. Cause du peuple, mais aussi et surtout cause des peuples. Cause de tous ceux qui, dans le monde, refusent l’universalisation des pseudo-valeurs occidentales, l’impérialisme du “développement” et la main-mise américaine sur les façons particulières de penser et de vivre ensemble.
On est loin alors, en effet, très loin des vieux clivages. Barrès et Jaurès réconciliés pour estoquer Bernard Tapis. Beau sujet d’allégorie pour un artiste de l’avenir.
► Alain de Benoist, L’idiot International n°70, octobre 1991.

mardi 8 juillet 2014

Histoire : certaines archives du KGB sur ses agents anglais dévoilées

Et les commentaires du KGB sur ses agents anglais ne sont pas toujours flatteurs…
Lu surle Figaro:Dont un groupe de cinq agents recrutés dans les années 1930 à l’Université de Cambridge et qui occupaientdifférents postes aux services de renseignements intérieurs (MI5) et extérieurs (MI6) britanniques.
Les documents peignent un portrait peu flatteur des cinq membres du « Cambridge Five ». L’un d’entre eux, Donald Duart Maclean, y est décrit comme quelqu’un de « constamment alcoolisé » et de « pas très doué pour garder les secrets« . Ivre, il aurait révélé travailler pour le KGB à sa compagne et à son frère. Guy Burgess, lui aussi « constamment sous l’emprise de l’alcool », a fait tomber par terre des dossiers volés au ministère des Affaires étrangères, au moment de sortir du pub.

samedi 9 juin 2012

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX LISA ROZENSWEIG, dite ELIZABETH ZUBILIN (ou ZARUBINA)

Nous avons fait sa connaissance hier et il serait dommage de laisser passer sans s’y intéresser de plus près cette espionne bolchevique à la carrière bien fournie. Ce qui ne l’a pas empêchée de mourir il n’y a pas si longtemps que ça, en 1987.
Elle commence le siècle en fanfare puisqu’elle naît le 1er janvier 1900 dans une famille juive de la province de Bucovine, entre la Roumanie et l’Ukraine. Une famille apparemment assez aisée pour lui permettre de poursuivre des études d’histoire et de philologie en Russie, France et Autriche. Très douée pour les langues, elle parle roumain, russe, allemand, français, anglais et hébreu. Tout cela va lui être bien utile par la suite. Sa famille est aisée, ce qui n’empêche pas la fibre révolutionnaire. Dans sa parenté se trouve Ana Pauker, qui fondera le parti communiste roumain. Une autre personne bien intéressante…
Zarubina – on va l’appeler comme ça, c’est plus mignon, ça fait un peu comédie italienne – participe activement aux mouvements révolutionnaires qui agitent la Bessarabie (grande région adjacente à la Bucovine) après la 1ère guerre. Et en 1919, elle devient membre du komsomol de Bessarabie. Le komsomol était le nom donnée à l’organisation des jeunesses …bolcheviques, car il fallait bien encadrer ces jeunes gens, futurs piliers du régime.
Ses qualités vont vite trouver à s’employer ailleurs qu’en Bessarabie. En 1923, elle rejoint le parti communiste d’Autriche. En 1924, elle intègre les services secrets bolcheviques et travaillera jusqu’en 1925 à l’ambassade soviétique à Vienne, puis, jusqu’en 1928, toujours à Vienne mais en dehors de l’ambassade.
On la retrouve ensuite à Moscou où, comme on l’a vu hier, Meïer Abramovitch Trilisser, à l’époque chef des services secrets et vice-président de la Guépéou, lui ordonne en 1929 de abandon bourgeois prejudice, autrement dit de laisser tomber les préjugés bourgeois, et de séduire Yakov Blumkin. Elle exécutera sa mission en Turquie où il se trouve alors, sous le nom de Lisa Gorskaya, apparemment inconnue de Blumkin qui était pourtant son collègue. Mais il est vrai qu’elle avait exercé à Vienne …En tout cas, elle rapportera fidèlement toutes leurs conversations à Trilisser. On connaît la suite, pour Blumkin.
Zarubina, elle, se mariera au cours de la même année 1929 avec un collègue des services secrets, Vassili Zarubin. Dès lors ils feront équipe pendant de longues années, opérant sous la couverture d’un couple tchèque travaillant en Allemagne, France, Etats-Unis.
Zarubina démontrera des qualités hors pair d’agent recruteur, créant un réseau clandestin de juifs émigrés de Pologne. Elle sera particulièrement active aux Etats-Unis, introduisant des agents dans l’entourage d’Einstein, d’Oppenheimer et d’autres, afin de percer au bénéfice des soviétiques les secrets de la bombe américaine.
En 1941, elle a le grade de capitaine du KGB. Son mari opère à Washington - il sera chef du KGB de 1941 à 1944 - et elle-même se rend fréquemment en Californie où, par l’intermédiaire de Gregory Kheifetz, vice-consul à San Francisco et lui aussi agent du KGB, elle se lie d’amitié avec l’épouse d’Oppenheimer, Kitty Puening Harrison, d’origine allemande, aux amitiés communistes bien affirmées. Elle aura dès lors de fréquents rapports avec Oppenheimer, lui-même très à gauche. C’est un vrai nid d’espions pro-soviétiques qui pullule autour du Projet Manhattan. Il y aura en particulier le physicien allemand Klaus Fuchs, introduit par Zarubina, qui travaillera pour le NKVD  et qui jouira de l’entière confiance d’Oppenheimer. Elle introduira également l’espionne Maria Konnenkova auprès d’Einstein.
La suite des événements est difficile à décrypter. Ce qui est sûr, c’est que Zarubina n’est morte qu’en mai 1987 et son agent secret de mari en 1972. Une lettre de dénonciation était parvenue aux services secrets américains en 1943, qui amènera le rappel du couple à Moscou. Après enquête, lui sera déchargé de ses fonctions en 1948 « pour raison de santé », ce qui était plutôt inquiétant là-bas. Quant à elle… mystère. Mais peut-être ont-ils terminé leur existence comme des bourgeois bien tranquilles de la nomenklatura, qui sait ?

mardi 15 mai 2012

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX GRIGORI MOISSEVITCH MAIRANOVSKI

Vous avez dû entendre parler des expérimentations humaines auxquelles se livraient les nazis dans les camps. Mais je parierais que vous avez moins souvent entendu parler de celles qui se pratiquaient dans les coins discrets de la Loubianka, le siège des services secrets soviétiques, qu’ils se soient appelés Tchéka, Guépéou, KGB ou NKVD.
Et encore moins de celui qui eut la haute main sur ces expérimentations de 1937 à 1951. Il a fallu pour cela que Soljenitsyne lève le voile en 2003 dans le tome 2 de sa fresque Deux siècles ensemble – Juifs et Russes pendant la période soviétique. Et révèle des choses bien étonnantes, quoique quasiment boycottées depuis.
Le laboratoire des poisons du régime bolchevique est installé dès 1921. En 1926, il passe sous la férule de Gendrik Yagoda, alors second de la Guépéou. A partir de 1937, sous le nom de Laboratoire 1, ses activités vont considérablement se développer sous la direction de Grigory Moïssevitch Maïranovski.
Les sources ne sont pas très loquaces sur ce personnage qui ne manque pourtant pas d’intérêt et dont les hauts faits mériteraient de passer à la postérité au moins autant que ceux du Dr Mengele. Difficile déjà de trouver un portrait de lui. On sait qu’il est né en 1899 à Batoumi en Géorgie. Dans sa jeunesse, il s’affilie au Bund (l’Union – socialiste et antisioniste – des travailleurs juifs), mais devant les nuages qui s’amoncellent sur ce mouvement, qui sera finalement liquidé, il préfère rejoindre les bolcheviques. C’est plus sûr. Il devient médecin biochimiste.
Il travaille ensuite à l’Institut de recherches médicales Gorki à Moscou qui sera placé sous l’autorité du NKVD. En 1937, l’année des grandes purges, ce serviteur très zélé du régime obtient une promotion dont il tâchera de se rendre digne : on lui confie la direction du Laboratoire 1 avec la tâche très spéciale de mettre au point un poison mortel ne laissant pas de traces. Un poison provoquant un décès qui semblerait naturel, du genre « insuffisance cardiaque ».
Dès lors, il va se mettre au travail avec ardeur et sans états d’âme superflus. De toute façon, n’est-ce pas, ses victimes étaient des ennemis du peuple, et lui-même travaillait à instaurer un monde meilleur, alors les détails…
Il va se livrer à des recherches sur toutes sortes de poisons : la digitaline, le curare, la ricine, etc. Et  comme c’était un homme consciencieux et désireux de bien faire, il fera des essais sur des cobayes humains – les oiseaux, ainsi les appelait-il poétiquement – d’âge et de condition physique très variés. Il administrait le poison dans la nourriture ou la boisson, puis à travers un judas, observait les phases de l’agonie, notant scrupuleusement tous les détails.
Il est si bien noté par ses chefs qu’il est promu colonel du NKVD en 1943. C’est la guerre, ce ne sont pas les ennemis du peuple qui manquent. Outre les russes, il aura bientôt à sa disposition des oiseaux allemands, polonais, voire japonais. Il expérimente à tour de bras.
Et d’ailleurs il réussira apparemment à mettre au point la substance parfaite, appelée C-2 qui vous tuait doucement en quinze minutes, sans laisser de traces. Elle sera largement utilisée.
Le NKVD demandera également à ce précieux auxiliaire d’expérimenter un « camion à gaz ». Mais nous en reparlerons.
Ce n’est qu’à la veille du procès de Nuremberg, en 1945, que les expérimentations sur cobayes humains effectuées par le bon docteur Maïranovski furent interdites. Du moins officiellement.
Les luttes de pouvoir sauvages au sein du NKVD, alors dirigé par Lavrenti Béria, vont affecter le colonel-empoisonneur qui se croyait pourtant bien à l’abri dans son laboratoire. Il savait tant de choses, ayant personnellement pratiqué tant d’assassinats politiques, qu’il se considérait intouchable ....
Il est cependant arrêté en décembre 1951 -  pas pour ses crimes, je vous rassure tout de suite - mais dans un contexte de luttes de clans.  Et, sans qu’il y ait de procès, il est condamné à 10 ans de prison pour… abus de fonction et détention illégale de poisons ! Curieusement, il ne sera pas libéré à la mort de Staline, en mars 1953, et dans l’espoir de se dédouaner, il chargera copieusement son ancien patron, Lavrenti Béria, lors du procès de celui-ci en juin de la même année, reconnaissant du même coup ses propres crimes.
Il  fera bel et bien ses 10 ans de prison, à sa grande indignation. Voilà comment on récompensait la vertu militante ! Il est libéré en décembre 1961 et assigné à résidence au Daghestan où il travaillera dans un laboratoire de chimie.
Il commettra une erreur fatale en essayant d’obtenir avec acharnement sa réhabilitation. Dans ce but, il écrit à Krouchtchev, le nouveau maître, pour lui rappeler certains faits anciens – notamment un assassinat commun – que ce dernier n’avait apparemment nulle envie de voir ressurgir. Maïranovski n’aura pas l’occasion d’en parler davantage car il succombe opportunément en décembre 1964 d’une… insuffisance cardiaque.

mardi 20 décembre 2011

Le procès des crimes communistes khmers rouges en phase terminale


111217aNous avons fait état, ici, à plusieurs reprises des interminables dysfonctionnements du procès des Khmers rouges. Il traînait depuis 1979, à la fois pour des raisons juridiques et par la volonté évidente de l'actuel maître du pays.

Premier ministre depuis 1985, Hun Sen, en effet, homme lige des Vietnamiens, s'est constamment employé à saboter toute exploration de cette abominable expérience à laquelle il avait participé avant de se rallier lui-même aux communistes rivaux de Hanoï.

Les familles des victimes du régime marxiste cambodgien sont supposées participer au procès, en qualité de , parties civiles. L'une d'entre elles constatait le 20 novembre : "Ieng Sary dit qu’il ne va pas parler. Seul Khieu Samphan dit qu’il va parler. Moi je dis que ceux qui savent ne parlent pas et ceux qui parlent vont dire qu’ils ne savent pas. Donc je n’attends pas grand-chose de ce procès."

Cet automne, la procédure est entrée cependant, 32 ans après la chute du régime, en phase décisive.
En effet, les audiences du procès dit numéro 2, celui des dirigeants du régime, a commencé le 22 novembre. Vous n'en avez guère entendu parler par les gros médias. Par conséquent, la plupart des gens qui croient savoir utiliser l'internet, comme ils ne font en général que relayer ou commenter les mensonges officiels, ne l'ont pas répercuté sur leurs blogues, réseaux sociaux et autres courriels de transferts.

On doit donc rendre hommage à Mme Anne-Claude Porée, journaliste française basée au Cambodge, qui relate jour après jour les audiences. (1)⇓

Le personnage le plus important se révèle depuis plusieurs jours en l'ancien "frère numéro 2" Nun Chea, principal survivant de ce parti et de ce gouvernement, en qualité de secrétaire général adjoint, le secrétaire général Pol Pot rôtissant en enfer depuis 1996.
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Le procès précédent, celui du tortionnaire Douch avait d'ailleurs laissé une impression de malaise. Les crimes et le rôle de ce personnage ne sauraient être minimisés. Kaing Guek Eav, dit "Douch" se trouvait à la tête d'un centre particulièrement abominable de la répression communiste à Phomh Penh. Ancien lycée, Tuol Sleng avait été transformé sous sa direction en prison S-21. Y furent torturées et assassinées 15 000 personnes. Il a été érigé depuis en mémorial du génocide. Au moment où nous écrivons le verdict d'appel n'est pas encore connu. L'accusé encourt depuis 2010 une condamnation à 35 ans de prison, tombée plus de 30 ans après les faits. Il pourrait presque faire figure, sinon de "lampiste", du moins d'exécutant. De plus "converti au christianisme dans les années 1990, il a plusieurs fois demandé pardon aux rares survivants et aux familles des victimes, demandant même à être condamné 'à la peine la plus stricte'." De la sorte "il a donné l'image d'un homme prisonnier d'une doctrine, incapable de dire non. Et, surtout, [il] a refusé d'endosser un rôle politique au sein du régime de Pol Pot (1975-1979), se réfugiant derrière la peur d'être abattu pour justifier son zèle." (2)⇓

Au contraire Nuon Chea ne peut se prévaloir, quant à lui, ni d'aucune obéissance aux ordres ni d'aucune larme de crocodile. À peine prétendra-t-il ignorer certaines décisions bureaucratiques. Il s'emploie en bon militant à réécrire l'Histoire au bénéfice de son Utopie meurtrière, utilisant les faiblesses de la procédure et du tribunal.

Nuon Chea apparaît certes aujourd'hui comme un vieillard. Il sait d'ailleurs parfaitement jouer sur sa faiblesse lors de certains échanges de questions. Ses "je suis fatigué", "j'ai mal à la tête" sont perçus comme des signes d'épuisement.

Mais, alors que d'autres accusés, comme Ieng Sary, sont manifestement hors circuit, si l'ancienne "première dame du régime" Ieng Thirith est devenue officiellement folle, l'ancien secrétaire général adjoint se révèle à la fois un redoutable manœuvrier et un propagandiste. Il se montre en réalité infatigable.

Sa dialectique démoniaque vaut le détour. Il se présente aujourd'hui comme une manière de souverainiste cambodgien. Tout le mal vient et n'a cessé de venir, à l'entendre, des Vietnamiens. Et quand il repère des bonzes dans l'auditoire il feint de souligner la parenté entre marxisme et bouddhisme, sur fond de compassion bien sûr.

Oublié le traitement des moines adeptes du Bouddha pendant la période de références ! On pense ici à la tentative incroyable de "récupération" de l'orthodoxie par les anciens du KGB en Russie, courant de "nostalgie stalinienne" contre lequel Patriarcat de Moscou se voit obligé de mettre en garde, ce qui prouve à tout le moins que cette manipulation existe (3)⇓.

Quels méfaits Nun Chea impute-t-il aux Vietnamiens ?

Le Vietnamien Ho Chi Minh avait en effet instauré en 1930 un parti communiste indochinois sur le modèle du parti communiste chinois. Or ce PCI envisageait, à terme, une fédération avec le Laos et le Cambodge, alors protectorats français. Or, jusque dans les années 1950, affirme Nuon Chea, le parti ne comptait aucun Khmer dans ses rangs. Son explication ne manque pas de radicalité : "La principale raison en était que les Khmers n’aimaient pas les Vietnamiens." Bonjour l'Internationalisme et l'amitié entre les peuples.

Nuon Chea poursuit son écriture de l'Histoire :
"Pendant la période de 1960 à 1979, le Vietnam a employé tous les moyens possibles pour détruire la révolution cambodgienne et entraver le développement du Cambodge et de sa démocratie, y compris pour ce qui est de l’organisation du parti, et ce secrètement, depuis l’échelon supérieur jusqu’au plus bas échelon il a donc mené une opposition au parti communiste kampuchéen et a mis en place un réseau secret au sein du PCK en vue de l’avenir.

"Le Vietnam est un pays expansionniste qui a pour doctrine de vouloir dominer des pays plus faibles et plus petits. Le Vietnam applique une doctrine d’invasion, d’expansion, d’accaparement de territoire et d’extermination, le Vietnam était avide de pouvoir dans ses propres intérêts notamment économiques."

Conclusion de l’ex-bras droit de Pol Pot : le Vietnam est le principal facteur qui a semé la confusion au Cambodge entre 1975 et 1979.

À la fin des années 1950, le parti communiste khmer (appelé alors parti révolutionnaire du peuple khmer) s'employa donc à définir sa ligne stratégique et politique pour pouvoir être indépendant.

"Moi, Nuon Chea, et Pol Pot avons accepté les recommandations [du fondateur] Tou Samouth." L’assassinat de celui-ci en 1962 avait cependant porté un coup dur au Parti des travailleurs du Kampuchea (le PRPK a changé de nom en 1960) et c’est alors que Pol Pot en devient le numéro 1. Nuon Chea continuant comme le numéro 2 du PCK, le nom de parti communiste du Kampuchea ayant été adopté en 1966. En 1967 est alors fondée l’armée révolutionnaire du Kampuchea et celle-ci passe à l'offensive par l'attaque du poste de Bay Ram le 17 janvier 1968.

Or, cette lutte armée est conçue comme moyen de survie, de se protéger. Car Pol Pot, Nun Chea et leurs hommes sont convaincus que sinon ils seront eux-mêmes éliminés.

Ils vivent dans la paranoïa sectaire classique des révolutionnaires. Nul n'a mieux décrit ce phénomène que Dostoïevski dans "les Possédés". Le titre russe est "Les Démons". Ce roman fondamental est basé sur deux événements bien réels : l'affaire de l'assassinat de l'étudiant Ivanov par le groupe de Netchaïev en 1869 et le spectacle des crimes commis au nom de la Commune de Paris de 1871. Le génie maléfique de Lénine et Staline en Union soviétique n'a fait que continuer et amplifier une forme de dictature démentielle inaugurée en Europe au XVIe siècle par les anabaptistes de Münzer (4)⇓.

On doit aussi remarquer d'abord que l'entrée en clandestinité des Khmers rouges en 1967-1968 précède le coup d'État des maréchaux Lon Nol et Sirik Matak de 1970 souvent présenté comme cause de cette tactique de guerilla. D'autre part cette stratégie contrevenait clairement au mot d'ordre de lutte parlementaire inauguré par Khrouchtchev en 1956.

Quand Nuon Chea prend la parole, il affirme encore une ligne politique. Son procès est transformé en une tribune perverse que l'attitude de certains magistrats encourage. Il plante le drapeau d'une incroyable opération de blanchiment et d'impunité morale, une fois de plus au profit de l'entreprise de Lénine. (5)⇓

Anne-Claude Porée s'inquiétait dans sa recension du 6 décembre de ce qu'elle appelle “effet Nuon Chea”: car l'ancien Frère Numéro 2 "s’exprime comme un chef. Il impressionne le public parce qu’il n’a pas peur de répondre." Marque du fanatisme, cette attitude est rendue possible et efficace en très grande partie grâce à l'attitude de la juge anglaise Silvia Cartwright qui, pour d'obscures raisons, lui a laissé développer toute sa rhétorique sans lui poser les questions qui fâchent.

Cette complaisance lamentable ne peut pas, ici, être passée sous silence.
JG Malliarakis  http://www.insolent.fr/
Apostilles :
  1. Sa chronique est consultable en ligne. On peut en recevoir gracieusement les mises à jour.
  2. cf. à ce sujet "L'inaudible repentance de Douch" publié par Nord Eclair le 29 mars 2011..
  3. cf. Dépêche Interfax du 29 octobre 2011  : "Peut-on rester admirateur de Staline  ?": "Le métropolite Hilarion de Volokholamsk, président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, a vigoureusement condamné les orthodoxes qui se livrent à l’apologie du stalinisme, la qualifiant de blasphème..."
  4. cf. "C'est chez les anabaptistes du XVIe siècle, et non ailleurs, que le communisme et le socialisme trouvent leurs véritables antécédents pratiques. Le moment est arrivé de dérouler le tableau de la tragique histoire de ces fanatiques." Alfred Sudre "L'Histoire du communisme avant Marx" ed. Trident 2010 page 99.
  5. cf. à propos de la permanence de celle-ci les travaux de Jules Monnerot.

dimanche 28 août 2011

Le procès fait à Pie XII : c'est un montage anti-pape


La prétendue culpabilité de Pie XII face aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale était l'une des bombes envoyées contre le Saint-Siège, dont il s'agit de détruire l'influence spirituelle mondiale, et même tout simplement la légitimité par tous les moyens.
Monseigneur Dominique Le Tourneau est membre de l'Opus Dei, il est à la fois un juriste de premier rang et un poète, un mystique. C'est dire la largeur de son domaine d'intervention ! Il vient de publier dans une collection canadienne un livre qui expose une perspective encore peu explorée sur les droits et les devoirs des fidèles laïcs dans l'Église. Mais le petit livre qui retient notre attention aujourd'hui concerne justement l'attitude de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale. C'est à lui seul un événement. Je crois que l'ayant lu, personne ne peut plus apporter le moindre crédit à la thèse du silence volontaire de Pie XII sur la Shoah…
Monseigneur, vous êtes l'un des spécialistes français du droit canonique et vous abordez dans le petit livre que vous venez de publier chez Téqui la question terrible des rapports entre Pie XII et la Shoah. Pourquoi affrontez-vous ce sujet ? Par quel biais en êtes-vous arrivé à vous intéresser particulièrement à cette question ?
Je me suis intéressé à la question des rapports entre Pie XII et les Juifs à l'occasion d'un colloque organisé par l'Association « Écouter avec l'Église », fondée par le Père Michel Viot, et dont je suis le vice-président. La qualité exceptionnelle des interventions et leur apport à la connaissance de la vérité m'ont incité à publier les Actes de ce colloque et à y rajouter des éléments qui permettent de mieux comprendre le rôle que le Serviteur de Dieu Pie XII a joué à une époque aussi cruciale et difficile que la Deuxième Guerre mondiale.
C'est ainsi que je propose dans cet ouvrage une biographie très détaillée du pontife et toute une série de témoignages de personnalités juives qui, pendant le cours de la guerre et au moment du rappel à Dieu du pape, en 1958, ont salué unanimement son action en faveur des Juifs.
Je dois ajouter que, comme le sujet est particulièrement sensible et reste d'actualité, cela m'a conduit à poursuivre ce travail et j'envisage la publication prochaine d'un ouvrage qui retrace brièvement l'ensemble de la vie de ce grand Pontife.
Je n'irai pas par quatre chemins avec vous. II y a eu beaucoup de livres sur Pie XII et les Juifs, que ce soit en attaque ou en défense. Qu'est-ce que vous apportez de neuf ? Quels étaient les spécificités du Colloque qui se trouve repris ici en volume ?
Notre ouvrage porte comme sous-titre : « Le silence de Pie XII ? » Le point d'interrogation est évidemment essentiel. C'est à cette interrogation que répond l'ouvrage. Les interventions de l'historien Philippe Chenaux, spécialiste de l'histoire contemporaine, de Me Serge Klarsfeld, bien connu pour sa chasse des nazis, et de Gary Krupp président-fondateur de Pave the Way Fundation et, au départ, farouche adversaire de Pie XII, démontent le mécanisme du soi-disant « silence de Pie XII ».
L'on sait de nos jours que toute l'affaire a été montée par le KGB, les services secrets de la Russie soviétique, furieux de la condamnation par l'Église, et par le pape Pie XII, du communisme athée. Les premières attaques intervinrent d'ailleurs, dès 1945, sur les ondes de Radio-Moscou. Il est intéressant de noter que le poison ainsi distillé subtilement grâce à la pièce Le Vicaire et réadministré par le film Amen de Costa Gavras, a fait les délices du monde anglo-saxon qui a relayé complaisamment les attaques contre Pie XII, tandis que les Juifs s'en tenaient, dans un premier temps du moins, à l'estime qu'ils éprouvaient pour le Pontife. Des voix ne s'étaient-elles pas élevées en Israël à la mort de Pie XII pour demander que l'on plantât une forêt de 860 000 arbres correspondant au nombre de Juifs qu'il avait contribué à sauver pendant le cataclysme mondial ? J'aime demander combien Churchill, De Gaulle, Roosevelt et Staline en ont sauvés. Et nul ne leur fait grief de leur attitude à cet égard ! C'est quand même curieux.
400 Juifs s'enrôlèrent dans la Garde pontificale
Ceci étant, le pape Pie XII ne s'est pas contenté de parler autant qu'il le pouvait, sa marge de manœuvre étant étroite, car un mot de trop risquait d'entraîner des représailles massives de la part des nazis, comme ce fut le cas aux Pays-Bas quand les évêques condamnèrent leurs exactions en chaire.
Pie XII a également agi en organisant des réseaux d'évasion de Juifs hors d'Italie, par exemple en obtenant du président de la République Dominicaine 1600 visas par an. Il a aussi demandé aux institutions catholiques d'ouvrir généreusement leurs portes pour accueillir des Juifs, comme lui-même en fit admettre des centaines au Vatican, dont 400 s'enrôlèrent dans la Garde pontificale.
J'ajouterai que l'ambassadeur d'Israël près le Saint-Siège, M. Mordechai Levy, a déclaré, le 23 mai dernier, lors de la cérémonie de remise des insignes de « Juste parmi les nations » au P. Piccinini, que « la volonté vaticane de sauver des Juifs est un fait ». Il a ajouté que « le Saint-Siège a agi. Il n'a pas pu empêcher le départ du train pour Auschwitz le 18 octobre 1943, trois jours après la rafle du ghetto. Certes, les Juifs de Rome s'attendaient à la protection du pape à ce moment-là. Mais c'est un fait que ce 18 octobre, c 'est le seul convoi qui soit parti pour Auschwitz ».
En outre, il faut préciser que les interventions énergiques et directes de Pie XII auprès du Lieutenant Général Stahel, gouverneur militaire nazi de Rome, ont permis de sauver 7000 des 8 200 Juifs restant dans la Ville Eternelle.
Pouvez-vous insister sur les travaux de la fondation Pave the Way, avec Gary Krupp ?
La Pave the Way Fundation, créée par Gary Krupp et sa femme, est une organisation laïque qui œuvre pour construire la paix en comblant les fractures au niveau de la compréhension et de la coexistence entre les religions en menant des actions culturelles, intellectuelles et techniques. Elle désire éliminer le recours à la religion comme instrument pour des fins partisanes pouvant donner lieu à des conflits armés. Elle vise donc à préparer le chemin, « pave the way », pour une compréhension mutuelle et universelle qui commence par l'éducation au quotidien.
Outre l'acquisition du papyrus Bodmer, contenant les fragments parmi les plus anciens des Évangiles selon saint Luc et saint Jean, qu'elle a offert récemment à la Bibliothèque vaticane, outre l'organisation de la plus grande réunion de responsables Juifs dans l'histoire pour remercier le bienheureux Jean Paul II de ses efforts pour améliorer les relations entre Chrétiens et Juifs, outre l'appui à des conférences internationales visant à promouvoir les relations interreligieuses, la fondation est actuellement engagée dans la publication des archives de Pie XII sur Internet.
Comme je l'ai dit, pour Gary Krupp, au départ, Pie XII était le « pape d'Hitler », ce qui n'a, en revanche, jamais été le cas pour Serge Klarsfeld. Krupp a commencé à changer d'avis quand il a découvert l'existence d'un plan secret des nazis pour assassiner le pape. De fil en aiguille, interrogeant des témoins, en particulier sœur Pasqualina, la gouvernante de Pie XII, il dut se rendre à l'évidence : il faisait fausse route en voyant en Pie XII le pape de Hitler. Sa grande honnêteté intellectuelle lui a permis de comprendre que tout ce qu'il croyait savoir sur Pie XII était faux.
Pouvez-vous faire un bilan de l'évolution de cette délicate question historiographique du « silence » de Pie XII ? Comment voyez-vous l'évolution de la situation actuellement ?
Des travaux comme ceux du président Krupp sont tout à fait fondamentaux pour faire évoluer les mentalités au sujet du prétendu « silence de Pie XII ». Encore faut-il être intellectuellement prêt à examiner les faits en face. M. Krupp a invité à un symposium à Rome au cours duquel il présentait des documents et vidéos, plus de quatre-vingts dirigeants et chercheurs juifs et tous les critiques et institutions reconnues afin qu'ils puissent confronter leurs objections aux experts du Vatican dans ce domaine. Peu sont venus. Mais de ceux qui étaient présents, 90 % sont repartis avec une opinion favorable sur Pie XII.
La publication de Pie XII et la Shoah contribue aussi à faire la lumière. J'estime qu'après l'avoir lu, toute personne de bonne volonté ne colportera plus les ragots infâmes dont une certaine presse se délecte.
Mais il faut attendre encore trois ou quatre ans pour que l'ensemble des « archives Pie XII » soit accessible aux chercheurs. Il ne fait pas l'ombre d'un doute qu'il ne faut pas en attendre des découvertes sensationnelles. Moins encore des éléments à charge contre Pie XII, qui permettraient de conforter les attaques lancées contre ce pape, nous avons vu comment et dans quel esprit (c'est-à-dire dans un esprit de pure propagande, et donc sans fondement), et que certains prennent pour argent comptant sans faire l'effort intellectuel de se remettre dans le contexte de l'époque, ce qui est pourtant élémentaire et absolument indispensable pour comprendre un événement.
Quelle est l'attitude de Benoît XVI dans cette affaire ?
L'attitude de Benoît XVI dans cette affaire ne peut être dictée que par le souci de la vérité et du bien commun. L'Eglise n'agit pas à la légère quand elle entreprend un procès de béatification. N'oublions pas qu'il ne s'agit pas uniquement d'une procédure juridique, extrêmement méticuleuse et exigeante, mais que vient s'ajouter le sceau divin d'un miracle, qui doit être médicalement prouvé, mais qui n'est pas moins une marque de Dieu visant à authentifier la sainteté du Serviteur ou de la Servante de Dieu concerné. Face à cela, les humeurs des uns et des autres n'ont guère de poids.
Propos recueillis par l'abbé Guilaume de Tanoûarn monde & vie. 16 juillet 2011
Pie XII et la Shoah, Des historiens et des juifs témoignent,éd.Téqui 2011,10 euros.

mercredi 17 août 2011

Soljenitsyne, au nom des droits de l’âme


Le Figaro Magazine - 22/10/2010
 L'écrivain russe n'a pas toujours été compris en Occident. En résistant au communisme, puis en pourfendant aussi le consumérisme libéral, ce prophète luttait contre toutes les formes de déracinement.
 Quand il est mort, le 3 août 2008, sa disparition a suscité une émotion bien discrète. Hors le président du conseil général de la Vendée, Philippe de Villiers, aucun représentant de la France officielle ne se rendra à Moscou pour ses obsèques : à Paris, Alexandre Soljenitsyne n'était plus à la mode.
Quel contraste avec sa gloire des années 60, quand ses romans le menaient au prix Nobel de littérature ! Deux livres remettent aujourd'hui en perspective la vie et l'œuvre de Soljenitsyne. Tout juste parue, la biographie de Lioudmila Saraskina, une historienne russe de la littérature, est un ouvrage exhaustif, fourmillant de détails inédits, puisque l'auteur a eu accès aux archives de l'écrivain (1). Ceux qui estiment que trop de détails tue l'intérêt trouveront leur bonheur avec le livre de Véronique Hallereau, une Française qui a enseigné en Russie. Son essai, publié au printemps dernier, constitue un portrait intellectuel et littéraire de Soljenitsyne (2).
Né en 1918 dans le Caucase, orphelin d'un père qui était un modeste paysan, le futur romancier est baptisé, mais il sera membre des jeunesses communistes, comme le voulait la société soviétique. À Rostov-sur-le-Don, après le lycée, il effectue des études supérieures en mathématiques et en physique, y ajoutant une formation en histoire, en littérature et en philosophie. En 1941, lors de l'attaque allemande contre l'URSS, il est mobilisé comme simple soldat, mais accédera au grade de capitaine. En 1945, son existence bascule : après avoir critiqué Staline dans une lettre, il est arrêté et condamné à huit ans de travaux forcés. Ayant purgé sa peine en 1953, il subit ensuite la relégation au Kazakhstan, où il se bat victorieusement contre un cancer.
Réhabilité à la faveur de la déstalinisation de 1956, il revient en Russie. En 1962, avec l'aval de Khrouchtchev, il publie Une journée d'Ivan Denissovitch, une glaçante description de la condition d'un prisonnier du goulag. En 1964, cependant, Brejnev, un dur du comité central, accède au pouvoir suprême : l'activité littéraire de Soljenitsyne se déroulera désormais sous surveillance. En 1965, une partie de ses archives est saisie par le KGB. En 1967, il proteste contre la censure dans un message adressé au Congrès des écrivains. En 1968, c'est à l'étranger qu'il fait paraître Le Premier Cercle et Le Pavillon des cancéreux. Exclu de l'Union des écrivains soviétiques, interdit de publication, il reçoit le prix Nobel de littérature en 1970, mais devra attendre quatre ans pour qu'il lui soit remis.
En 1973, il précipite la parution de L'Archipel du goulag, en russe, à Paris, après l'assassinat par la police de la dactylo qui détenait une copie du manuscrit. Traduit et publié à partir de 1974 en Occident, le livre déclenche un choc, car il met au jour ce que les anticommunistes seuls osaient rappeler : l'emprise du système concentrationnaire sur l'univers soviétique. Aux yeux d'une bonne part de la gauche française, Soljenitsyne devient suspect. En 1975, L'Unité, hebdomadaire du Parti socialiste, raille son « côté douteux de moujik des légendes ». Cette même année, Pivot lui consacre une émission spéciale d'« Apostrophes », au moment où Phnom Penh et Saïgon sont sur le point de tomber. Parce qu'il prédit un goulag indochinois, l'écrivain est accusé d'obsession anticommuniste. C'est à lui, on le sait, que l'histoire a tragiquement donné raison…
En 1974, il a été expulsé d'URSS et déchu de sa citoyenneté. Vingt années d'exil l'attendent : Allemagne, Suisse, États-Unis. Installé dans le Vermont, il poursuit son œuvre littéraire. Mais il se fait de nouveaux ennemis, et pas pour les mêmes raisons. C'est que, dans ses interventions publiques - relire son prodigieux Discours de Harvard (1978) -, Soljenitsyne stigmatise le matérialisme, le relativisme et le refus de la transcendance qui caractérisent l'époque. Refusant le communisme comme le consumérisme, ce prophète se fait le défenseur des droits de l'âme.
En 1991, perestroïka oblige, Gorbatchev lui restitue sa citoyenneté. En 1993, en Vendée, l'écrivain prononce un discours historique où il s'interroge sur la logique totalitaire qui est en germe dans toutes les révolutions. Il rencontre Jean-Paul II, avec qui il a beaucoup en commun. En 1994, enfin, il rentre en Russie, voyageant de l'est à l'ouest, en hommage aux victimes du goulag, ses frères. Retiré près de Moscou, il se consacre à l'écriture, achevant notamment La Roue rouge, cette immense fresque sur la révolution russe qu'il avait commencée à la fin des années 30 : cinquante ans de travail. En 2006 débute la publication de ses œuvres complètes en 30 volumes. En 2008, il est enterré au monastère de Donskoï, à quelques kilomètres de la capitale russe.
Comparable à Balzac pour l'ampleur de l'œuvre et à Dostoïevski pour l'inspiration spirituelle, Soljenitsyne est d'abord un immense écrivain. Un chrétien hanté par la course folle du monde moderne, ensuite, et un patriote russe, aussi, avide de voir son pays renaître après les épreuves du XXe siècle.
Il était, enfin, un combattant. « Alexandre Soljenitsyne n'a pas eu une vie, mais un destin », résume Véronique Hallereau. Dans sa biographie, Lioudmila Saraskina raconte que les fils de l'écrivain, interrogés sur ce qu'ils souhaitaient que leurs propres enfants retiennent de leur grand-père, signalaient « sa conviction que le destin d'un homme ne dépend ni des circonstances, ni du hasard, ni de la fatalité, mais au premier chef de son propre caractère ». Alexandre Soljenitsyne, ou l'école du courage.
(1) Alexandre Soljenitsyne, de Lioudmila Saraskina, traduit du russe par Marilyne Fellous, Fayard.
(2) Soljenitsyne, un destin, de Véronique Hallereau, L'œuvre éditions.

jeudi 21 juillet 2011

Les dossiers secrets d’Hitler réhabilitent Pie XII

Si La Repubblica relançait récemment la polémique sur Pie XII et sa prétendue attitude passive à l'égard du régime national-socialiste en ces termes : « Le pape, comme tous nos informateurs l'ont rapporté de manière unanime, a témoigné par son attitude d'une grande sympathie dans ses relations à l'égard de la population allemande. Ce qui n'implique pas le régime. […] Pie XII a aidé la Pologne envahie. […] Pacelli cachait des Juifs en fuite. […] Le Saint-Père s'attend à un changement de la situation en Allemagne, au plus tard après la mort du Fuhrer » ; de récentes consultations des archives du IIIe Reich, des services secrets russes et est-allemands attestent cette vérité, celle d'un pape résistant.
Ainsi, apprenons-nous que le pape Pie XII ne figurait pas sur la liste des amis d'Adolf Hitler et que les hautes sphères du national-socialisme le considéraient avec méfiance. Des rapports confidentiels sont envoyés aux plus hautes instances du IIIe Reich. Ce sont des lettres de généraux de la SS, des télégrammes et des dépêches émanant notamment des délégations allemandes auprès du Saint-Siège. Chiesa Viva (1) d'avril 2010 rapporte que « Erich Mielke et Markus Wolf, anciens chefs de la Stasi - les services secrets de l'ex-RDA - possédaient des documents prêts à être utilisés dans des opérations de  désinformation  contre Rome. Ces pièces restées oubliées pendant des décennies, ont été récupérées par la république fédérale. Elles prouvent que les nazis comme les communistes considéraient le Saint-Siège comme un ennemi ».
Les dossiers du IIIe Reich démontrent que les services du Vatican grouillaient d'espions en soutane. Le rapport d'un agent de Rome employé auprès des archives vaticanes mentionne que le Dr Birkner, théologien allemand, s'est révélé être l'agent de renseignement le plus fiable du Vatican. Le père Leiber, secrétaire privé de Pie XII, déclarait : « Le plus grand espoir de l'Église est que dans un futur proche le système national-socialiste sera anéanti par une guerre ». Le jeu de la diplomatie vaticane contre Hitler est subtil et redouté du IIIe Reich. C'est pourquoi Rome est contrôlée par l'Allemagne. Une lettre interceptée par le secrétaire d'État pontifical, le cardinal Luigi Maglione, révèle que Berlin se renseignait sur les activités du Vatican et que « le pape s'est fait construire un refuge antiaérien auquel il est possible d'accéder par un ascenseur ». La lecture de deux autres courriers rend encore compte de l'inquiétude du pape et de son secrétaire d'État sur la situation de la Pologne où enseignants, prêtres et hommes de lettres sont assassinés. Le Saint-Siège ne se contente pas d'aider les réfugiés étrangers ainsi que ceux restés dans leurs pays. Dans un document dactylographié du IIIe Reich, nous lisons : « Le Vatican aide financièrement les juifs qui veulent fuir à l'étranger ».
Comment a-t-on pu alors mentir sur les véritables intentions de Pie XII ? Le père Giovanni Sale, historien à la revue Civilta Cattolica, auteur de Hitler, la Santa Sede e gli ebrei (Hitler, le Saint-Siège et les Hébreux), spécialiste de la thématique sur l'Église et le national-socialisme, explique : « Dès la dernière année de la guerre, en 1945, une campagne anti-Pacelli débuta. Dans un article récent, j'ai apporté des documents et des enregistrements de Radio Moscou, ainsi que des articles de la Pravda visant à influencer l'opinion et à créer une soi-disant légende noire sur Pie XII ». Une génération entière a également été influencée par le livre The Popes Against The Jews  (Les  papes contre les Juifs) de David Kertzer, publié en 2001. Werrier Kaltefleiter, vaticaniste de la chaîne Zdfet auteur avec Hanspeter Oschwald de Spione im Vatikan (Espions au Vatican), écrivait sur le site Internet catholique allemand < www.kath.de > : « L'Église a combattu de tous ses moyens le nazisme. […] Pie XII en réalité n'était pas un ami mais un adversaire d'Hitler. […] Le pape n'a pas du tout collaboré avec les nazis, comme certains partis ont voulu le faire accroire après la guerre. Et contrairement à beaucoup d'entre eux, il était le plus grand ennemi du Fuhrer ».
Le procès en béatification de Pie XII repose sur l'étude d'archives. Celle-ci est réalisée par des partisans et des détracteurs du pape. Cependant, les dossiers semblent confirmer que Pie XII était bien un opposant du national-socialisme. En janvier 2007, l'ancien général des services secrets roumains Ion Mihai Pacepa admettait dans la revue new-yorkaise National Review avoir manipulé pendant des années et sur ordre du KGB l'image publique de Pie XII (2) Cette campagne de désinformation portant le nom de code « Position 12 » avait été approuvée par Nikita Khrouchtchev - premier secrétaire du Parti communiste soviétique après la mort de Staline - et visait à discréditer le pape en le faisant passer pour un sympathisant des nazis et un témoin silencieux de l'”Holocauste”. Selon Pacepa, cette propagande aurait atteint son paroxysme en 1963 avec la représentation théâtrale Il Vicario composée par l'auteur dramatique “allemand”  Rolf Hochmuth. En 2002, Costa Gavras en prit des éléments pour rédiger le scénario d'Amen. Les textes étaient composés à partir de documents falsifiés par les Soviétiques et procurés par des religieux roumains qui avaient accès aux archives du Vatican. Quant à Hochmuth, parlant de calomnies, il rejette toutes ces accusations faisant de lui un « faussaire mandaté ». Mais l'histoire n'a pas dit son dernier mot. Il est donc souhaitable que l'hommage rendu à la mort de Pie XII par Golda Meir, Premier ministre israélien de 1969 à 1974, soulignant que le pape « s'est élevé en faveur des victimes », résonne encore comme un appel à la vérité. Une vérité qui fut aussi celle d'Israele Zolli, Grand Rabbin de Rome. Sauvé par Pie XII, il se convertit en 1946 prenant le prénom d'Eugenio en vertu de l'admiration sans borne qu'il vouait à ce pape. Une vérité que nous n'aurons de cesse de répéter ; n'en déplaise à. M. David Kertzer et aux “historiens” de sa tribu !
L. B. RIVAROL 15 AVRIL 2011
(1)    Mensuel italien connu des milieux catholiques traditionnels pour avoir publié un dossier traduit en français en mars 2006 sous le titre Une Église luciférienne pour Padre Pio ? Dans la parution de mai 2010, l'article Benedetto XVI con insegne liturgiche massoniche Perché ? (Benoît XVI avec les insignes liturgiques maçonniques, pourquoi ?) propose une étude troublante sur la mitre que J. Ratzinger reçut lors de la messe inaugurale de son règne le 24 avril 2005 « représentant le dieu Pan, dieu du Tout, des gnostiques, devenu ensuite l'EnSof de la cabale hébraïque » (p. 13).
(2)    Le KGB avait mené maintes entreprises de désinformation. Par exemple, dans Berlin-Stasi, paru en 2009, Jean-Paul Picaper, journaliste et politologue (anticommuniste) écrit qu'« en 1959, la grande synagogue de Cologne avait été maculée de croix gammées. Le rapprochement d'Adenauer avec Israël s'en trouva compromis. Ce n 'est que quinze ans plus tard qu'on apprit par un officier des services secrets tchèques passé à l'Ouest, Ladislav Bitamn, que cette opération avait été montée de toute pièce par le KGB » (p. 14). Si l'auteur explique aussi que la CSU (Union chrétienne sociale, centre-droit) finançait la RDA (p. 226), il suppose a contrario que la Stasi (service de police politique et de renseignement de l'ex-RDA) a par ailleurs soutenu les Republikaner (parti nationaliste de Franz Schönhuber, décédé en 2005) dans le but de diviser les droites allemandes (p. 280).

samedi 25 décembre 2010

Actualité de la subversion soviétique

Comme je l'ai annoncé sur le groupe et la page Facebook de Criticus, j'ai réalisé la « playlist » ci-dessous à partir de vidéos trouvées chez Franck Boizard. Il s'agit d'une conférence donnée en 1983 à Los Angeles par Yuri Bezmenov, alias Tomas Schuman, un ancien propagandiste du KGB en Inde passé à l'Ouest dans les années 1970.Il y explique le processus de subversion mené par l'URSS durant la Guerre froide pour démoraliser, puis déstabiliser les Occidentaux.

On apprend d'abord que 10 à 15 % seulement des activités du KGB correspondaient à des activités d'espionnage proprement dit. Le reste, la grande majorité donc, concernait la propagande soviétique destinée à subvertir les démocraties libérales occidentales.
Dans le cadre de la Guerre froide, le Bloc soviétique, pour Bezmenov, n'était pas assez fort pour attaquer de manière frontale le camp occidental. Appliquant les principes de plusieurs arts martiaux, il s'agissait ainsi pour le KGB d'accompagner les démocraties dans leur mouvement, en encourageant les individus ou les groupes capables de subvertir la société. La première tâche du KGB consistait donc à cibler, dans chaque pays, les personnes capables d'influencer la société dans un sens défavorable.
On pense par exemple à Catherine Ashton, aujourd'hui Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité‎, et qui était trésorière dans les années 1970 du Mouvement pour le désarmement nucléaire, financé par l'URSS, qui voyait là le moyen d'affaiblir militairement le Bloc de l'Ouest.
Cette première phase d'instrumentalisation de personnalités influentes est la phase de la démoralisation. Durant selon Bezmenov de 15 à 20 ans, c'est-à-dire le temps nécessaire à l'endoctrinement d'une génération, elle vise à faire douter l'adversaire du bien-fondé de ses valeurs, et donc de la nécessité qu'il y aurait à les défendre.
Qui, lisant ces lignes, ne pensera pas à l'un ou même à plusieurs de ses professeurs d'histoire du secondaire, présentant systématiquement l'histoire de l'Occident de manière négative, qu'il s'agisse de l'esclavage, de la colonisation, de la Shoah ?
Une fois la population de l'adversaire démoralisée, Bezmenov affirme que le processus de subversion passe à la déstabilisation, qui doit durer entre 2 et 5 ans.
L'URSS est disparue avant que cette phase n'arrive à son terme. Néanmoins, comment ne pas penser à Action Directe en France, aux Brigate Rosse en Italie, ou à la Rotte Armee Fraktion en Allemagne de l'Ouest comme signes manifestes de cette tentative de déstabilisation ?
La suite logique de cette déstabilisation est la crise. Durant de deux à six mois, elle voit le pouvoir légitime vaciller, et devenir vulnérable aux groupes d'individus capables d'imposer un gouvernement insurrectionnel de type marxiste.
Alors qu'aux stades précédents du processus de subversion, la réponse était surtout culturelle (répondre au dénigrement de l'Occident par une réaffirmation de son identité et de ses valeurs), elle devient militaire au stade de la crise. C'est ce qui s'est produit au Chili, et de manière heureuse, en 1973 : un coup d'État militaire rétablissant d'abord l'ordre, puis, de manière graduelle, les libertés publiques.
Si, toutefois, la phase de crise s'est déroulée dans un sens favorable aux menées soviétiques, on passe alors à la phase terminale, celle de la « normalisation ».
Il s'agit de la mise en place d'une « démocratie populaire », imposée par les armes.
Bezmenov évoque le cas de l'intervention américaine à Grenade, la même année que la conférence, pour éviter que cette île caribéenne ne tombe dans l'escarcelle soviétique.
L'ironie, à ce stade, est que les « idiots utiles », ceux qui ont activement participé à la démoralisation et la déstabilisation de la démocratie libérale, sont les premiers exécutés. Dressés à la rébellion, ils deviennent en effet dangereux pour le nouveau pouvoir. Les marins anarchistes de Cronstadt en ont fait la cruelle expérience en 1921.
On songe alors : pourquoi ne pas alerter, en amont, ces « idiots utiles » du péril qui les guette ? Réponse de Bezmenov : c'est inutile, car le réel est impuissant contre l'idéologie. Même en fournissant des exemples de ce qui attend les « idiots utiles » du communisme, ces derniers sont incapables de voir, donc d'accepter la réalité.
Bezmenov va même plus loin. Dans la septième vidéo, il se saisit d'une craie pour écrire au tableau : 2 x 2 = 4. C'est assurément vrai, mais personne ne mourra jamais pour défendre cette vérité. Seule une religion ou, dans le cas du communisme, un millénarisme de substitution, peut conduire des hommes à se sacrifier pour elle.
Ainsi est résumée l'aporie du scientisme occidental, incapable de maintenir chez les individus l'instinct de survie nécessaire à la perpétuation de la civilisation.
Ainsi, également, apparaît la brûlante actualité de cette conférence. Comme l'a noté Franck Boizard, les islamistes récoltent aujourd'hui les fruits de la subversion des sociétés occidentales opérée par les communistes.
D'abord parce que les « idiots utiles » de l'islamisation, dont beaucoup sont de gauche ou d'extrême-gauche, sont incapables de voir la réalité du danger islamique.
Ensuite parce que, dans l'essentiel de la population occidentale, a été brisé le ressort de la religion, qui aurait pu immuniser les individus contre ce fléau. À l'inverse, les islamistes, parce qu'ils croient en une transcendance, progressent.
Ne croyant pas que le peuple d'Israël soit le « peuple élu », ni même que l'un de ses ressortissants ait pu être le fils de Dieu, je ne peux qu'être embarrassé par cette observation. Néanmoins, je sais, pour l'avoir déjà écrit, que seul le Christ, ou tout du moins la foi en Lui, sauvera l'Occident de la barbarie islamique. Alors, bien qu'oscillant depuis toujours entre l'agnosticisme et le déisme, je me suis résolu à attendre la Grâce.
Roman Bernard http://criticusleblog.blogspot.com