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dimanche 3 décembre 2023

Alain de Benoist : « Les runes exercent depuis toujours une grande fascination sur les esprits curieux » [Interview]

 

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02/07/2017 – 07h10 Quimper (Breizh-Info.com) – Alain de Benoist – que nous avons interrogé à propos de l’actualité cette semaine – vient par ailleurs d’écrire un ouvrage scientifique fascinant intitulé L’écriture Runique et les origines de l’écriture. Un ouvrage paru – et c’est une première avec Alain de Benoist – aux éditions Yoran Embanner dont nous chroniquons fréquemment les ouvrages à Breizh-info.

Utilisée par les Germains à partir du Ier siècle de notre ère pour transcrire diverses langues germaniques antérieurement à l’alphabet latin, puis concurremment avec lui, l’écriture runique, attestée par plusieurs milliers d’inscriptions, reste à certains égards une énigme. Du fait de son apparition relativement tardive, les spécialistes se divisent entre ceux qui la font dériver du latin, ceux qui la rattachent à l’alphabet grec et ceux qui font appel aux alphabets nord-italiques (ou « nord-étrusques »). Mais aucune de ces solutions n’est de nature à expliquer les particularités spécifiques de l’écriture runique : l’ordre des lettres, qui diffère totalement de celui des alphabets méditerranéens, leur regroupement en trois séries immuables de huit runes (les ættir), le fait que chaque rune porte un nom qui lui est propre (le phonème initial de ce nom déterminant la valeur phonétique de la rune), etc.

En s’en tenant aux données strictement scientifiques, à l’exclusion de toutes les interprétations fantaisistes qui ont fleuri depuis deux siècles, ce livre reprend l’ensemble du dossier. Il examine les arguments en présence, aborde la question d’un usage symbolique ou « magique » des runes antérieur à leur usage comme écriture, s’interroge sur la possible homologie des ættir et des trois phases du cycle lunaire, puis dresse un bilan plus général de ce que l’on sait actuellement sur l’apparition et la diffusion de l’écriture en Europe.

Alain de Benoist, écrivain, philosophe, est l’auteur d’une centaine de livres consacrés surtout à la philosophie politique et à l’histoire des idées, mais aussi à l’histoire des religions, à l’archéologie, à la protohistoire et aux traditions populaires.

L’écriture Runique – Alain de Benoist – Yoran Embanner – 13 € (à commander ici)

Pour découvrir ce monde fascinant des runes, et pour introduire le lecteur avant l’achat d’un livre passionnant, nous avons interrogé Alain de Benoist à ce sujet.

Breizh-info.com : On vous retrouve pour la première fois chez un éditeur breton, Yoran Embanner, pourquoi ce choix ?

Alain de Benoist  : Pourquoi pas un éditeur breton ? Hostile au parisianisme comme au jacobinisme, je trouve bien normal de se tourner vers un éditeur installé à Fouesnant, d’autant que mes liens avec la Bretagne sont anciens (ma mère, née à Saint-Malo, était mi-bretonne mi-normande et mes grands-parents habitaient à Rennes).

Yoran Embanner dispose d’un beau catalogue, surtout consacré à l’histoire des régions et des peuples minoritaires. Il se trouve qu’il a aussi publié d’excellents livres sur l’histoire ancienne et l’archéologie, comme Le monde des anciens Celtes de Venceslas Kruta, paru l’an dernier. Il m’a paru normal de lui proposer un essai sur l’écriture runique.

Breizh-info.com : Avec cet ouvrage sur l’écriture runique, vous remontez aux sources de la civilisation européenne. Qu’est-ce qui vous a passionné dans ce sujet ?

Alain de Benoist  : Les runes exercent depuis toujours une grande fascination sur les esprits curieux. C’est aussi ce qui explique, malheureusement, qu’elles aient inspiré beaucoup de divagations aux « runomanes » qui spéculent sans la moindre rigueur sur l’« astrologie runique », la « gymnastique runique » et autres fantaisies nées de leur imagination. Ma démarche se situe, elle, sur un plan strictement scientifique. J’ai voulu reprendre à nouveaux frais le dossier, particulièrement complexe et touffu, de l’origine de cette écriture dont les plus anciens témoignages (la fibule de Meldorf) remontent au premier siècle de notre ère.

Les spécialistes se partagent aujourd’hui entre ceux qui font dériver l’écriture runique du latin, ceux qui le rattachent au grec et ceux qui allèguent l’héritage des alphabets nord-italiques (ou étrusques). Chacune de ces thèses, que j’examine dans le détail, a ses mérites et ses défauts. Mais aucune ne permet d’expliquer certains traits qui distinguent radicalement le plus ancien alphabet runique, le fuþark à 24 signes, des écritures méditerranéennes, notamment l’ordre des lettres, qui n’a rien à voir avec celui du grec ou du latin, leur regroupement en trois séries immuables de huit runes, les « huitaines (vieil-islandais ættir), et aussi le fait que chaque rune porte un nom associée à une notion dont le phonème initial détermine sa valeur phonétique. Pour expliquer ces particularités, on ne peut faire que des hypothèses.

Celle que je propose d’explorer dans mon livre est que l’usage des runes en tant que symboles (Wolfgang Krause parlait de Begriffsrunen) a précédé leur usage en tant qu’écriture, et d’autre part que les trois séries de huit runes sont liées par analogie aux trois phases de la lune comportant chacune huit nuits auxquelles s’ajoutent les cinq nuits sans lune, ce qui les rattache à la plus ancienne mesure du temps, le calendrier lunaire qui remonte au paléolithique supérieur. Dans cette hypothèse, les runes auraient d’abord été utilisées à des fins oraculaires ou divinatoires.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui explique la limitation de cette écriture essentiellement à la Scandinavie, alors même que les peuples qui l’ont utilisée ont parcouru une grande partie de l’Europe ?

Alain de Benoist  : Sur environ 6900 inscriptions runiques connues à ce jour, l’immense majorité ont en effet été découvertes en Scandinavie : 4000 en Suède, 1600 en Norvège, 850 au Danemark. Mais on a en a aussi découvert ailleurs. La limitation de la diffusion de l’écriture runique n’a rien de surprenant : utilisée pour noter des langues germaniques, elle a presque exclusivement été employée par des Germains. On peut aussi estimer qu’elle a très tôt été concurrencée par le latin, qui bénéficiait de l’appui des autorités ecclésiastiques.

L’usage des runes ne s’en est pas moins maintenu, au moins de manière marginale, dans certains milieux paysans (Dalécarlie, Telemark, Gotland, etc.) jusqu’au XVIIe et au XVIIIe siècles.

Breizh-info.com : L’écriture runique est associée à la magie. Pourquoi ?

Alain de Benoist  : La magie est pratiquée parallèlement au culte dans tout le monde indo-européen ancien. Les runes, dont le nom même (runa, rūnō) signifie « secret », ont au départ surtout été employées en référence à la magie : la majorité des plus anciennes inscriptions sont des invocations, des incantations ou des malédictions. La tradition nordique, qui présente les runes comme « provenant des dieux » (reginkunnar), en attribue la découverte à Óðinn-Wuotan, incarnation du ciel nocturne, qui est le dieu de la magie, comme Ogmios chez les Celtes (Hávamál, 138-145).

Tous les spécialistes sont d’accord là-dessus. Là où ils diffèrent, c’est sur la question de savoir si les runes elles-mêmes avaient ou non un caractère magique à l’origine. Des textes anciens, comme les directives que la Walkyrie Sigrdrífa donne à Sigurdr dans les Sigrdrífumál, incitent à répondre par l’affirmative.

Breizh-info.com : Quel apport à notre civilisation représente encore aujourd’hui cette écriture ?

Alain de Benoist  : Bien que les plus anciennes traditions soient toujours des traditions orales, toute écriture n’en représente pas moins un apport à la civilisation. L’écriture runique montre que, dans ce domaine, les écritures méditerranéennes ne sont pas les seules auxquelles on peut se référer. Reste à élucider le problème des origines de l’écriture en Europe, sujet dont je traite aussi dans mon livre mais qui n’a pas encore reçu de réponse définitive.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2017/07/02/72868/alain-de-benoist-runes-ecriture-runique-yoran-embanner/

lundi 26 juin 2023

Les Germains : un numéro exceptionnel de la revue Nouvelle Ecole

 

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02/08/2014 – 07H00 Europe (Breizh-info.com via Elements) – Que devons-nous aux Germains ? D’où viennent les berserks, les fameux guerriers-fauves ? Quelle est l’origine de l’écriture runique ? Un numéro exceptionnel de Nouvelle Ecole pour en savoir plus sur les Germains. Présentation d’Alain de Benoist.

L’habitude s’est prise dans certains milieux de rapporter exclusivement les origines européennes à la philosophie grecque, au droit romain et à la religion chrétienne, ce qui revient à faire bon marché des composantes celtiques, germaniques et balto-slaves de l’Europe. Le passé européen ne se réduit pourtant pas à la trilogie Rome-Athènes-Jérusalem, sinon dans l’optique bien dépassée du principe Ex Oriente lux. C’est ce que montre amplement ce numéro de Nouvelle Ecole qui, après des livraisons déjà consacrées aux Celtes, aux Grecs et aux Romains, vient compléter le panorama de la vieille Europe.

 Dès avant la conquête romaine, des migrations s’étaient déjà déroulées vers l’Ouest à partir de l’Europe centrale : il s’agit des vastes mouvements de populations celtiques qui, du VIe au IIIe siècles av. notre ère, se déployèrent sur une aire immense, allant de l’extrémité de l’Espagne jusqu’à la mer Noire. Le tourbillon des « grandes invasions » germaniques est d’une date ultérieure.

Longtemps contenus au-delà du limes, les peuples germaniques se mettent en marche au IVe siècle, notamment avec les Gots (les Gothones de Tacite), qui se diviseront ensuite en Wisigoths et Ostrogoths. Leur succèderont les Cimbres et les Teutons, les Vandales, les Suèves, les Burgondes, les Marcomans, les Francs, les Thuringiens, les Bavarois, les Lombards, les Avars, les Angles, les Saxons, les Jutes, les Frisons et bien d’autres. Le principal résultat de ces invasions fut la dislocation de l’ancienne Romania : à partir du milieu du VIIIe siècle, la fusion est complète entre l’élément germanique et l’élément romain ou gallo-romain, toutes les civilisations de l’Occident médiéval devenant des synthèses culturelles héritières, dans des proportions variables, à la fois de Rome et de la culture germanique. La Gaule mérovingienne, l’Espagne et l’Aquitaine wisigothiques, l’Etat lombard furent parmi les plus remarquables illustrations de cette époque qui, à la charnière de l’Antiquité et du Moyen Age, voit le centre de gravité de l’Occident se transférer durablement au nord de la Loire et des Alpes.

 Les Francs, dont le nom est attesté dès le IIIe siècle mais dont les origines exactes restent en partie obscures, furent les principaux bénéficiaires de cette « migration de peuples » (Völkerwanderung). Longtemps divisés en Francs Saliens et en Francs Ripuaires, division aujourd’hui abandonnée, ils regroupaient eux-mêmes de nombreux peuples (Chamaves, Bructères, Amsivariens, Chattes, Sicambres, etc.). La France ne leur doit pas seulement son nom (à partir du milieu du VIe siècle, le mot Francia désigne la partie nord de la Gaule). Depuis les Mérovingiens, et singulièrement depuis Clovis (mort en 511), qui ne créa pas une nation mais une force historique, elle leur doit aussi plusieurs de ses dynasties, une partie de son vocabulaire (un demi-millier de mots au moins, dont les emprunts se placent en majorité entre le VIe et le IXe siècles), nombre de règles du droit féodal et certaines de ses institutions, à commencer par la « loi salique », sinon la royauté elle-même, qui est à l’origine élective (le prince est « élevé sur le pavois »), et non pas héréditaire.

    L’influence germanique n’est pas moins remarquable dans les traditions populaires (qui ont fréquemment prolongé d’anciennes croyances et pratiques païennes), la toponymie (environ la moitié des noms de communes de la France du Nord sont d’origine germanique) et surtout l’anthroponymie (le système onomastique des Germains explique depuis le VIIe siècle la majorité de nos patronymes, noms de famille et prénoms). Hugues Capet, élu en 987, est le premier souverain du regnum Francorum dont nous savons avec certitude qu’il ne comprenait pas le francique, langue maternelle des premiers Carolingiens.

On ne reviendra pas ici sur la « querelle des deux races » qui, pendant des siècles, de Boulainvilliers à Augustin Thierry en passant par l’abbé Dubos, a rétrospectivement divisé la population française entre une aristocratie d’origine franque et un peuple d’origine gauloise, que la première aurait soumise. On notera seulement que les spécialistes continuent de discuter sur l’ampleur démographique des « grandes invasions » et sur la densité de leurs établissements, tout comme ils discutent encore de la possible influence des anciennes épopées germaniques sur les Chansons de geste des XIIe et XIIIe siècles (thèse soutenue par Gaston Paris, Arsène Darmesteter et Godefroid Kurth, mais rejetée par Joseph Bédier).

Quant au droit germanique, qui était un droit populaire ayant le caractère d’une coutume, il continua longtemps d’exercer son influence concurremment à celle des monuments du droit romain, conçus de façon plus théorique. « Son principe, c’est l’équité, a écrit Gonzague de Reynold. Communautaire, social, il accorde peu de place aux droits individuels. En revanche, la fidélité et l’honneur y prennent une très grande importance […] L’honneur a sa racine dans la considération dont jouit la personne au sein de la communauté ; la fidélité a la sienne dans la communauté elle-même. Honneur et fidélité déterminent donc la moralité du droit germanique. Ce sont des vertus inséparables : qui est sans fidélité est sans honneur, qui est sans honneur est sans droits » (Les Germains. La formation de l’Europe V, Plon, Paris 1953, p. 389).

Pour se procurer Nouvelle Ecole, cliquez ici

https://www.breizh-info.com/2014/08/02/14876/les-germains-numero-exceptionnel-nouvelle-ecole/

jeudi 13 avril 2023

Histoire : les différences entre celtes et germains pendant l’Antiquité par Stephen Mc Nallen

 

Un article un peu différent sur un sujet qui me passionne, la période pré-chrétienne, quelles étaient les différences entre celtes, germains, scandinaves, gaulois. A leur où certains tentent de nous diviser via les nations (le concept d’ethno-nationalisme n’est pas à rejeter mais je lui préfère, celle d’un empire indo-européen), le sentiment européen est de plus en plus présent chez les jeunes nationalistes, nos cultures ne sont pas éloignées et dans le passé, nous avions quasiment une religion commune, le paganisme. C’est ce que Stephen Mc Nallen dans ce texte qu’il a écrit ici en anglais : “Celts and germans“.

Stephen Mc Nallen est le personnage qui a introduit le paganisme nordique aux USA, il est notamment le fondateur de l’AFA (Asatrú Free Assembly) qu’il a fondé sur les bases de son ancienne organisation “Viking Brotherhood”. Voici un texte qu’il a écrit pour Renegade Tribune sur les celtes et les germains :

Le chef était tourné vers ses guerriers assis dans la salle « enfumée ». Bruits et bavardages s’estompèrent et tous les regards se tournèrent vers cette figure musclée et moustachue qui était leur leader.

Levant la corne remplie d’hydromel au-dessus de la foule, il rendit hommage au Grand Dieu, (Odin / Wotan) celui qui porte la lance et qui a des corbeaux planant au-dessus de ses épaules. Tous crièrent leur approbation, et un autre guerrier s’est dressé sur ses pied, a levé sa corne et a célébré le nom du Dieu du Tonerre (Thor). Les autres lui faisant écho, et dans la chaleur de leur camaraderie, ils pourraient très bien être dans la grande salle où tous les guerriers vont quand ils meurent, servis à jamais de viande de porc par les guerrières.

Une scène d’une histoire viking ? Une soirée dans une salle des fêtes typiquement germanique ? Non – le tableau peint ici est une fête chez leurs cousins, les Celtes.

Comme la plupart d’entre nous, ça n’était pas une nouveauté pour moi que les deux principaux groupements tribaux de l’ancienne Europe avaient beaucoup en commun. Toutes les deux font partie de la grande famille Indo-européenne. Leur mythologie partage une structure commune, les aspects matériels de leur culture se ressemblent, et leur vision héroïque général du monde unit Celtes et Germains. Mais il s’avère que ce n’est seulement que le début !
La distinction que nous faisons aujourd’hui entre ses 2 branches de notre famille résulte, et pas qu’un peu, des observations de Jules César. Essentiellement, il a dit que les tribus d’un côté du Rhin étaient les Germains et ceux de l’autre côté étaient les Celtes. En réalité, ça n’était pas aussi simple. Les experts maintenant pensent que certains groupes qui avaient été dans un premier temps classés comme Germains, étaient en réalité Celtes. D’autres tribus pourraient n’appartenir à aucune des deux tribus, parce que nous ne connaissons pas le langage qu’elles parlaient ! L’ « implication claire » est que les artefacts physiques qu’ils ont laissé derrière eux étaient indiscernables, et la langue était le seul marqueur séparant les deux.

L’apparence physique n’est pas un indice, parce que les romains ont décrit les peuples germains et celtes exactement de la même manière. Les deux étaient grands (pour l’époque), avaient des cheveux qui tendaient vers le blond, et avaient la peau claire. Le mot « Teuton » par ailleurs, est proche du gaélique « tuath » , qui veut dire peuple ou tribu, ce qui indique une parenté fondamentale !

Pour moi, le déclic est survenu quand j’ai lu « Mythes et Symboles de l’Europe païenne » d’Hilda Davidson (Syracuse University Press, 1988). Avec un sous-titre essentiel « Les premières religions scandinaves et celtiques ». Page après page et chapitre après chapitre, elle a documenté les similarités entre la mythologie, le folkhlore et les rituels des peuples Germains et Celtes. J’ai commencé à en faire une liste pendant je lisais, et je n’ai pas tardé à avoir quelques feuilles remplies de notes griffonnées. Je ne m’enliserai pas dans la minutie de celles-ci, mais des comparaisons demandent à être faites. Pour rendre l’essentiel de ce matériel plus facilement accessible, j’ai concentré mes commentaires dans des catégories plus larges :

Dieu & Déesses….
Le celtique Lugh et notre Odin sont plus ou moins les mêmes. Odin est le père des Dieux, il a deux corbeaux, il porte une lance magique et n’a qu’un seul oeil. Lugh est le premier des dieux dans la famille celtique, il est lié aux corbeaux, porte la lance de la « victoire » et ferme un oeil quand il fait des exploits sur le champ de bataille.

Le nordique Thor dont le nom veut dire «Dieu du Tonnerre », … son puissant marteau. Il vole dans les cieux, rigole dans sa barbe rousse, dans un char tiré par des chèvres surnaturelles. Le Taranis des Celtes, dont le nom veux aussi dire « Dieu du Tonnerre », conduit un char tiré par des taureaux sacrés. Il manie la foudre, dont le nom en vieux gaélique dérive des mêmes racines indo-européennes que le marteau de Thor, Mjolnir. Taranis est lui aussi comme ayant une chevelure rousse.

Tyr, comme nos contes le racontent, a perdu sa main à cause de Fenris (ou Fenrir) le loup. Il était le Dieu du ciel, disent les érudits, jusqu’à ce qu’Odin prenne sa place. Le celtique Nuada a perdu son bras dans une bataille contre les « Fomorians », et donc Lugh – l’équivalent celte d’Odin – est devenu le leader des Dieux.
Dans le domaine de la fertilité et de l’abondance, notre Freÿr gouverne les Ases. Une de ses bêtes favorites est un cheval, qui est aussi sacré pour Dagda, « le bon Dieu », l’équivalent celte de Freÿr.

Les autres créatures divines….

Les géants ? Les Celtes en avaient comme les Ases, ils sont appelés « Fomorians », et les Dieux se battent violemment contre eux. De plus le rôle qu’ils jouent est à peu près le même (que chez leurs cousins germains) – représentant les forces d’inertie et d’entropie dans le cosmos.

Les Valkyries trouvent leur reflet chez Morgan, féroces déesses du champ de bataille qui octroient la victoire, changent le cours de la guerre, et servent les héros dans l’au-delà. Ce double aspect – diablesses du sang et de la mort d’un côté, amantes séduisantes de l’autre – se retrouve dans les deux cultures. De manière similaire, les sagas celtiques et germaniques parlent de guerrières surnaturelles qui instruisent et initient les héros choisis. Brunhilde apprend à Sigurd les connaissances magiques cachées, la chef Scathach (« Ombre ») prend l’irlandais « Cu Chulain » sous son aile et fait de lui le guerrier qu’il est destiné à devenir. Ca n’est probablement pas un hasard si Sigurd et Cu Chulain descendent respectivement d’Odin et de Lugh.

Regardons les créatures «mineures », celles qui figurent rarement dans les mythes et la poésie, mais qui rendent la vie des mortels plus supportable.Les esprits de la terre, par exemple se ressemblent dans les deux cultures. La connaissance traditionnelle des Elfes et les connections de ces créatures aux ancêtres sont reconnaissables de la même manière aussi bien par un ancien teuton que par ses contemporains celtes.

La Tradition religieuse et les pratiques…

J’ai fait référence à des paradis de guerriers quasiment identiques avec la scène décrite qui a commencé cet article, mais le chevauchement entre les traditions celtes et germaniques vont bien au-delà.

Les tourbières (zone humide avec de la végétation en décomposition) à travers l’Europe du nord recevaient des sacrifices semblables de la part des celtes et des germains. Des armes et des armures capturées pendant la bataille, de la nourriture et des gobelets, des objets variés – tous étaient déposés dans des lacs et des marécages de la même manière, à tel point que souvent nous ne pouvons pas dire si ces trouvailles sont germaniques ou celtiques.

Quand les druides faisaient des sacrifices aux Dieux, le sang de l’animal était aspergé avec a brin de verdure sur le peuple rassemblé, donc l’énergie divine provenant du sang pouvait leur être directement transférée.

Dans l’Asatru historique (religion nordique) nos ancêtres faisaient exactement la même chose au cours d’un sacrifice (aujourd’hui les pratiquants modernes des deux religions utilisent de l’hydromel ou un autre liquide fermenté pour ce rôle).

De long en large de notre terre patrie européenne, nos ancêtres honoraient les Dieux en pleine air, parce qu’ils pensaient qu’il était inapproprié de les enfermer dans des structures limitées et réduites comme les églises chrétiennes. Pareillement, dans les premiers jours, nos représentations des Dieux et des Déesses étaient vraiment simples – souvent taillées dans des morceaux de bois auxquels la nature avait déjà sa forme basique, attendant juste quelques améliorations de la part de mains humaines.

Ces traditions décrivent avec précision aussi bien les celtes que les germains.

Les membres des tribus des deux groupes utilisaient des boissons enivrantes lors de rituels religieux. Souvent c’était de l’hydromel, mais ça pouvait tout aussi bien être de la bière. Et pendant que nous parlons d’état second, de conscience altérée, remémorons-nous des crises ou de la frénésie saisissant les guerriers d’Odin. Dans l’Irlande des temps anciens, la même folie qui saisissaient les guerriers portait le nom de « {i ferg} ».

Les lecteurs d’histoires nordiques se souviennent comment Sigurd le Volsung a tué le dragon Fafnir et a cuit son coeur. Quand il s’est brûlé le doigt, il l’a mis dans sa bouche et a découvert qu’il pouvait comprendre le langage des oiseaux. Le héros irlandais « Fergus » a obtenu le même don quand il s’est brûlé le doigt alors qu’il faisait rôtir un saumon au-dessus d’un feu.

La carte de l’univers..

Quand on regarde la cosmologie des teutons et celle des celtes, on ne peut s’empêcher de voir la ressemblance. Les deux ont un arbre géant, le centre du cosmos et le cadre dans lequel se trouve tous les mondes : pour les peuples des Ases c’est Yggdrasil, pour les celtes c’est Bile.

L’autre composant clé de l’univers dans l’ancienne Germanie était le puits de Wyrd, contenant les actes qui composent le passé. Boire son eau donne de la sagesse, et Odien a donné un de ses yeux pour ce privilège. Il s’avère que les celtes ont un puits presque identique, des noisettes y tombent où elles sont mangées par le saumon de la sagesse.

En conclusion…

Les seules véritables différences entre la religion germanique et celte ne semblent être que les noms par lesquels les Dieux été appelés. Un viking du 10ème siècle se serait probablement senti à l’aise dans un rituel celtique parmi les gaulois 1000 ans auparavant. La religion celtique ne s’éloigne guère plus de la « norme Asatru » que ne le font, par exemple, une prêtresse de Freya en Islande et un guerrier engagé auprès de Wotan en Germanie à l’époque d’Herman (Arminius, germain célèbre pour avoir infliger aux romains, une des plus lourdes défaites de leur histoire, au mois septembre de l’an 9 après J-C). En effet, on aurait tendance qu’il y a qu’une « Religion européenne » – et que les croyances germaniques et celtiques sont deux expressions de cette dernière.

Qu’est-ce que tout ceci implique ? Eh bien ça veut dire que l’irlandais n’a pas à sentir « à côté de la plaque » en invoquant les Dieux plus souvent associés aux fjords de la Norvège qu’aux collines et vallées de l’île d’Emeraude. En fin de compte, nous tous, les gens du nord, sommes des parents tout aussi bien spirituels que génétiques.

De plus, l’unité celto-germanique va à l’encontre des affirmations parfois entendues selon lesquelles, puisque les Européens ont souvent des racines dans différents pays, nous sommes en quelque sorte d’ascendance mixte. Combien de fois avez-vous entendu quelqu’un dire “Je suis un mélange Heinz 57 (vieux slogan publicitaire de la société Heinz, ça veut dire qu’on a des origines multiples et variées, c’est le cas de beaucoup d’américains blancs, notamment)… en partie irlandais, en partie suédois, avec un peu d’anglais et d’allemand en plus ?” Clairement ça n’est pas du « métissage » du tout, parce que les peuples du nord ne font qu’un, que ça soit dans leurs aspects physiques ou avec leurs anciennes religions. Nous ne devons pas laisser les gens nous diviser sur la base de superficialités !

Troisièmement, le catalogue de nos similitudes signifie que nous pouvons utiliser l’un pour combler les lacunes dans notre connaissance de l’autre. Alors que nous reconstituons la tapisserie de nos « anciennes croyances Asatru », il y aura des trous là où les mites du temps et la persécution ont fait leur travail. Mais si nous connaissons le motif commun et comment il est tissé dans le matériel celtique, nous pouvons alors colmater les trous avec plus de confiance.

Assez ! Toute ce travail scolaire m’a donné soif ! Je vais verser une bonne bouteille de Guinness dans la corne d’hydromel et porter un toast à tout ce qui est celtique/nordique… « Skoal » et « Slainte » à vous ! * (1)

* Skoal est une interjection prononcée quand on porte un toast en Scandinavie. Slainte, c’est la même chose que Skoal mais en Ecosse et en Irlande.

Source : Renegade Tribune

https://www.belgicanews.com/histoire-les-differences-entre-celtes-et-germains-pendant-lantiquite-par-stephen-mc-nallen/

mardi 20 juillet 2021

Le culte solaire chez les peuples germaniques

 Contrairement aux Grecs et aux Romains, qui adoraient des divinités solaires, les Germains considéraient que la puissance du soleil, qui donnait vie à tous les êtres, était, pour eux, une des puissances les plus sacrées. Les innombrables symboles solaires que l’on découvre sur les parois rupestres du Nord de l’Europe depuis l’âge du bronze, souvent sous la forme de roues solaires, en témoignent de manière fort éloquente. Certains d’entre ces symboles ont plus de 3500 ans. Jusqu’ici, il a été quasiment impossible d’interpréter avec précision ces signes gravés dans les rochers. Par ailleurs, le déchiffrement des signes trouvés, au nombre d’environ 7.500, sur un rocher canadien, à Petersborough dans la province d’Ontario, nous donne l’espoir d’un jour pouvoir déchiffrer les milliers de graffitis de l’Ultima Thulé scandinave.

C’est un professeur britannique, Barry Fell, qui nous a donné la clef d’un tel déchiffrement. Les deux alphabets de runes primitives, qu’il est parvenu à déchiffrer, il les a appelés “Tifinag” et “Ogham”. Son œuvre peut se comparer au dévoilement du mystère des hiéroglyphes égyptiens par le Français Champollion et à la découverte du sens des anciens alphabets grecs du “Linéaire A” et du “Linéaire B” par Michael Ventris. Grâce à Champollion et à Ventris des pans entiers de la culture antique et protohistorique nous sont désormais accessibles.

Les spécialistes allemands des religions et des mythologies, le Dr. Wolfram Goegginger et le Prof. Gustav Mensching ont, dans un ouvrage reproduit récemment en facsimilé, Volksreligion und Weltreligion im deutschen Brauchtum (= Religion populaire et religion universelle dans les coutumes allemandes ; Faksimile-Verlag, Brème, 266 p., 1996) ont surtout mis en exergue les cultes solaires germaniques et souligné leur grande importance. Le livre, dans sa première édition, date de 1944 et avait été publié auprès d’une maison d’édition de Riga en Lettonie. L’ensemble du stock avait été détruit lors d’un bombardement allié, alors qu’on le transportait vers l’Allemagne. La nouvelle édition fait donc œuvre utile. On considère désormais ce travail comme un ouvrage standard dans la littérature sur l’histoire des religions.

Thèse initiale du travail: au départ de la religion populaire germanique primitive, on peut évoquer diverses fêtes du printemps, du soleil et de l’hiver, assorties de traditions précises, tant et si bien que la pratique de cette religion populaire peut être considérée comme une création purement germanique. On ne s’étonnera pas, dès lors, que l’Église, au moment où le christianisme pénétrait dans l’espace germanique et scandinave, ait tout mis en œuvre pour détruire ces traditions mythiques bien ancrées depuis la nuit des temps, comme d’ailleurs toutes les autres coutumes et monuments “païens” de nos lointains ancêtres.

On comprendra aisément que des populations contraintes de vivre dans de sombres forêts pendant près d’une demie année d’obscurité vont adorer l’astre solaire avec une vénération plus forte que les peuples du Sud.

En partant d’une présentation de l’essence de la religion chrétienne, pour laquelle, comme pour l’islam et le bouddhisme, l’individu est central, nos deux auteurs montrent, dans leur ouvrage, que la religiosité des anciens Germains est affirmatrice de la vie au contraire de la religion chrétienne qui méprise le monde et s’affirme anti-vitaliste.

Nous n’avons pas la place ici d’énumérer, même sommairement, toutes les coutumes principales de la liturgie annuelle pratiquée par nos ancêtres, raison pour laquelle il conviendrait d’acheter et de lire ce livre remarquable, qui comble une formidable lacune dans l’histoire des pratiques religieuses en Europe.

Nos auteurs évoquent notamment les combats printaniers contre les dragons, représentant les puissances hivernales et mortifères, des fêtes de la fertilité et des rites liés aux plus anciennes divinités (Odin, Thor, Frigga, etc.), ainsi que les fêtes de l’Ostara et du Huld, qui, elles, évoquent la reprise de parole de Dieu. Parmi les cultes commentés, signalons le “labourage sacré”, au moment où commence le printemps ; ces cultes indiquent que ces peuples avaient acquis un degré élevé de culture comme le montrent aussi les nombreux dessins rupestres où figurent des chariots et des nefs à haute étrave ou haut étambot. Ces populations n’étaient donc pas des nomades primitifs en état d’errance perpétuelle, comme le prétendaient les missionnaires chrétiens, en pensant qu’ils leur apportaient les premiers éléments de religion.

Les dessins rupestres représentent souvent, dans un contexte religieux, des arbres de vie (apparemment l’Arbre du Monde, le Frêne Yggdrasil), ce qui implique un culte des arbres et de la forêt omniprésente sous ces latitudes. L’arbre de Noël en est un écho, surtout lorsqu’il est décoré d’artifices lumineux, ainsi que la fête qu’il célèbre, celle du Jul. On sait que ces coutumes ne viennent pas d’Orient mais de l’espace germanique et scandinave, à partir duquel elles se sont répandues dans le monde. Ce n’est pas un hasard si le missionnaire Boniface fit abattre le chêne dédié à Thor à Hohengeismar en Hesse dès son arrivée en Germanie en l’an 724 ! De même, l’Arbre de Mai, dénommé soit “Maistande” (le mât de Mai) ou “Maibaum”/”Meiboom” est le symbole de la nouvelle vie en phase de germination. Les jeux festifs du moment solsticial sont encore considérés en Scandinavie comme la plus importante des fêtes de la Lumière, placée sur le même plan que la Noël. L’Église a débaptisé cette fête du solstice d’été en l’appelant “feux de la Saint Jean”.

Dans ce livre magnifiquement relié et reproduit en facsimilé sur les cultes et les traditions, la première partie est due à la plume de W. Goegginger, tandis que la seconde, dont l’auteur est G. Mensching, traite de l’opposition qui existe naturellement entre religiosité populaire (ou naturelle) et religiosité universaliste, en assortissant cette distinction de premier ordre de réflexions fort profondes. Mensching oppose donc les religiosités purement naturelles aux religiosités qui se borne à n’exercer qu’un culte. Les religiosités naturelles représentent dès lors l’idéal de communauté, de dimensions tribales ou populaires; les religiosités universalistes, elles, reposent sur une anthropologie strictement individualiste. Dans sa conclusion, Mensching écrit : « La vie, et non pas les dieux, est ce qui est relève réellement du divin dans le domaine de la religiosité germanique... Au-dessus de nous, il y a immanquablement le Dieu éternel, le waltand got, l’incompréhensible, celui qui nous envoie notre destin, qui nous prodigue notre salut, la force originelle de toute religion et de toute force ».

 Frithjof Hallmann (recension parue dans Mensch und Mass n°2/1998).

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/70

mardi 13 juillet 2021

Le culte solaire chez les peuples germaniques

 Contrairement aux Grecs et aux Romains, qui adoraient des divinités solaires, les Germains considéraient que la puissance du soleil, qui donnait vie à tous les êtres, était, pour eux, une des puissances les plus sacrées. Les innombrables symboles solaires que l’on découvre sur les parois rupestres du Nord de l’Europe depuis l’Âge du Bronze, souvent sous la forme de roues solaires, en témoignent de manière fort éloquente. Certains d’entre ces symboles ont plus de 3.500 ans. Jusqu’ici, il a été quasiment impossible d’interpréter avec précision ces signes gravés dans les rochers.

Par ailleurs, le déchiffrement des signes trouvés, au nombre d’environ 7.500, sur un rocher canadien, à Petersborough dans la province d’Ontario, nous donne l’espoir d’un jour pouvoir déchiffrer les milliers de grafittis de l’Ultima Thulé scandinave. C’est un professeur britannique, Barry Fell, qui nous a donné la clef d’un tel déchiffrement. Les 2 alphabets de runes primitives, qu’il est parvenu à déchiffrer, il les a appelés “Tifinag” et “Ogham”. Son œuvre peut se comparer au dévoilement du mystère des hiéroglyphes égyptiens par le Français Champollion et à la découverte du sens des anciens alphabets grecs du “Linéaire A” et du “Linéaire B” par Michael Ventris. Grâce à Champollion et à Ventris des pans entiers de la culture antique et protohistorique nous sont désormais accessibles.

Les spécialistes allemands des religions et des mythologies, le Dr. Wolfram Goegginger et le Prof. Gustav Mensching ont, dans un ouvrage reproduit récemment en facsimilé, Volksreligion und Weltreligion im deutschen Brauchtum (Religion populaire et religion universelle dans les coutumes allemandes ; Faksimile-Verlag, Brème, 266 p., 1996) ont surtout mis en exergue les cultes solaires germaniques et souligné leur grande importance. Le livre, dans sa première édition, date de 1944 et avait été publié auprès d’une maison d’édition de Riga en Lettonie. L’ensemble du stock avait été détruit lors d’un bombardement allié, alors qu’on le transportait vers l’Allemagne. La nouvelle édition fait donc œuvre utile. On considère désormais ce travail comme un ouvrage standard dans la littérature sur l’histoire des religions.

Thèse initiale du travail : au départ de la religion populaire germanique primitive, on peut évoquer diverses fêtes du printemps, du soleil et de l’hiver, assorties de traditions précises, tant et si bien que la pratique de cette religion populaire peut être considérée comme une création purement germanique. On ne s’étonnera pas, dès lors, que l’Église, au moment où le christianisme pénétrait dans l’espace germanique et scandinave, ait tout mis en œuvre pour détruire ces traditions mythiques bien ancrées depuis la nuit des temps, comme d’ailleurs toutes les autres coutumes et monuments “païens” de nos lointains ancêtres.

On comprendra aisément que des populations contraintes de vivre dans de sombres forêts pendant près d’une demie année d’obscurité vont adorer l’astre solaire avec une vénération plus forte que les peuples du Sud.

En partant d’une présentation de l’essence de la religion chrétienne, pour laquelle, comme pour l’islam et le bouddhisme, l’individu est central, nos 2 auteurs montrent, dans leur ouvrage, que la religiosité des anciens Germains est affirmatrice de la vie au contraire de la religion chrétienne qui méprise le monde et s’affirme anti-vitaliste.

Nous n’avons pas la place ici d’énumérer, même sommairement, toutes les coutumes principales de la liturgie annuelle pratiquée par nos ancêtres, raison pour laquelle il conviendrait d’acheter et de lire ce livre remarquable, qui comble une formidable lacune dans l’histoire des pratiques religieuses en Europe.

Nos auteurs évoquent notamment les combats printaniers contre les dragons, représentant les puissances hivernales et mortifères, des fêtes de la fertilité et des rites liés aux plus anciennes divinités (Odin, Thor, Frigga, etc.), ainsi que les fêtes de l’Ostara et du Huld, qui, elles, évoquent la reprise de parole de Dieu. Parmi les cultes commentés, signalons le “labourage sacré”, au moment où commence le printemps ; ces cultes indiquent que ces peuples avaient acquis un degré élevé de culture comme le montrent aussi les nombreux dessins rupestres où figurent des chariots et des nefs à haute étrave ou haut étambot. Ces populations n’étaient donc pas des nomades primitifs en état d’errance perpétuelle, comme le prétendaient les missionnaires chrétiens, en pensant qu’ils leur apportaient les premiers éléments de religion.

Les dessins rupestres représentent souvent, dans un contexte religieux, des arbres de vie (apparemment l’Arbre du Monde, le Frêne Yggdrasil), ce qui implique un culte des arbres et de la forêt omniprésente sous ces latitudes. L’arbre de Noël en est un écho, surtout lorsqu’il est décoré d’artifices lumineux, ainsi que la fête qu’il célèbre, celle du Jul. On sait que ces coutumes ne viennent pas d’Orient mais de l’espace germanique et scandinave, à partir duquel elles se sont répandues dans le monde. Ce n’est pas un hasard si le missionnaire Boniface fit abattre le chêne dédié à Thor à Hohengeismar en Hesse dès son arrivée en Germanie en l’an 724! De même, l’Arbre de Mai, dénommé soit Maistande (mât de Mai) ou Maibaum / Meiboom est le symbole de la nouvelle vie en phase de germination. Les jeux festifs du moment solsticial sont encore considérés en Scandinavie comme la plus importante des fêtes de la Lumière, placée sur le même plan que la Noël. L’Église a débaptisé cette fête du solstice d’été en l’appelant “feux de la Saint Jean”.

Dans ce livre magnifiquement relié et reproduit en facsimilé sur les cultes et les traditions, la première partie est due à la plume de W. Goegginger, tandis que la seconde, dont l’auteur est G. Mensching, traite de l’opposition qui existe naturellement entre religiosité populaire (ou naturelle) et religiosité universaliste, en assortissant cette distinction de premier ordre de réflexions fort profondes. Mensching oppose donc les religiosités purement naturelles aux religiosités qui se borne à n’exercer qu’un culte. Les religiosités naturelles représentent dès lors l’idéal de communauté, de dimensions tribales ou populaires ; les religiosités universalistes, elles, reposent sur une anthropologie strictement individualiste. Dans sa conclusion, Mensching écrit : « La vie, et non pas les dieux, est ce qui est relève réellement du divin dans le domaine de la religiosité germanique… Au-dessus de nous, il y a immanquablement le Dieu éternel, le waltand got, l’incompréhensible, celui qui nous envoie notre destin, qui nous prodigue notre salut, la force originelle de toute religion et de toute force ».

 Frithjof Hallmann (recension parue dans Mensch und Mass n°2/1998).

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vendredi 9 juillet 2021

Les Germains contre Rome : cinq siècles de lutte ininterrompue

  

Les sources écrites majeures du monde antique sont romaines, rédigées en latin. Les textes nous livrent donc une vision romaine des 5 siècles de lutte qui ont opposé le long du Rhin, des limes [zone-frontière] et du Danube, les tribus germaniques à Rome. Konrad Höfinger, archéologue de l'école de Kossina, interroge les vestiges archéologiques pour tenter de voir l'histoire avec l’œil de ces Germains, qui ont fini par vaincre. Ses conclusions : les tribus germaniques connaissaient une forme d'unité confédérale et ont toutes participé à la lutte, en fournissant hommes ou matériel. La stratégie de guérilla, de guerre d'usure, le long des frontières était planifiée en bonne et due forme, au départ d'un centre, située au milieu de la partie septentrionale de la Germanie libre. Nous reproduisons ci-dessus une première traduction française des conclusions que tire Konrad Höfinger après son enquête minutieuse.

Si nous résumons tous les faits et gestes du temps des Völkerwanderungen (migrations des peuples), nous constatons l'existence, sous des formes spécifiques, d'un État germanique, d'une culture germanique, renforcée par une conscience populaire cohérente. 

• 1. Dès l'époque de César, c'est-à-dire dès leur première manifestation dans l'histoire, les Germains ont représenté une unité cohérente, opposée aux Romains ; ceux-ci connaissaient les frontières germaniques non seulement celles de l'Ouest, le long du Rhin, mais aussi celles de l'Est. 

• 2. La défense organisée par les Germains contre les attaques romaines au temps d'Auguste s'est déployée selon des plans cohérents, demeurés identiques pendant 2 générations. 

• 3. Après avoir repoussé les attaques romaines, les Germains ont fortifié la rive droite du Rhin et la rive gauche du Danube selon une stratégie cohérente et une tactique identique en tous points. Les appuis logistiques pour les troupes appelées à défendre cette ligne provenaient de toutes les régions de la Germanie antique. 

• 4. Quand les Daces, sous la conduite de Decebalus, attaquent les Romains en l'an 100 de notre ère, les Quades passent à l'offensive sur le cours moyen du Danube et les Chattes attaquent le long du Rhin. 

• 5. L'assaut lancé par les Quades et la Marcomans vers 160 a été entrepris simultanément aux tentatives des Alamans sur les bords du Rhin et des Goths sur le cours inférieur du Danube. Les troupes qui ont participé à ses manœuvres venaient de l'ensemble des pays germaniques. 

• 6. À l'époque où se déclenche l'invasion gothique dans la région du Danube inférieur vers 250, les Alamans passent également à l'attaque et s'emparent des bastions romains entre Rhin et Danube. 

• 7. À partir des premières années du IVe siècle, Rome s'arme de l'intérieur en vue d'emporter la décision finale contre les Germains. À partir de 350, les fortifications le long du Rhin et du Danube sont remises à neuf et des troupes, venues de tout l'Empire, y sont installées. Simultanément, sur le front germanique, on renforce aussi ses fortifications en tous points : ravitaillement, appuis, matériel et troupes proviennent, une nouvelle fois, de toute la Germanie, ce qu'attestent les sources historiques. 

• 8. Sur aucun point du front, on ne trouve qu'une et une seule «tribu» (Stamm) ou un et un seul peuple (Volk), mais partout des représentants de toutes les régions germaniques. 

• 9. Les attaques lancées par les Germains en 375 et 376 ne se sont pas seulement déclenchées avec une parfaite synchronisation, mais constituaient un ensemble de manœuvres militaires tactiquement justifiées, qui se complétaient les unes les autres, en chaque point du front. Le succès des Alamans en Alsace a ainsi conditionné la victoire gothique en Bessarabie. 

• 10. La grande attaque, le long d'un front de plusieurs milliers de kilomètres, ne s'est pas effectuée en un coup mais à la suite de combats rudes et constants, qui ont parfois duré des années, ce qui implique une logistique et un apport en hommes rigoureusement planifiés. 

• 11. Les combats isolés n'étaient pas engagés sans plan préalable, mais étaient mené avec une grande précision stratégique et avec clairvoyance, tant en ce qui concerne l'avance des troupes, la sécurisation des points enlevés et la chronométrie des manœuvres. Les sources romaines confirment ces faits par ailleurs. 

• 12. Les événements qui se sont déroulés après la bataille d'Andrinople, entre 378 et 400, ont obligé l'Empereur Théodose à accepter un compromis avec l'ensemble des Germains. Ce compromis permettait à toutes les tribus germaniques, et non pas à une seule de ces tribus, d'occuper des territoires ayant été soumis à Rome. 

• 13. La campagne menée par le Roi Alaric en Italie et la prise de Rome en 410, contrairement à l'acception encore courante, ne sont pas pensables comme des entreprises de pillage, perpétrées au gré des circonstances par une horde de barbares, mais bien plutôt comme un mouvement planifié de l'armée d'une grande puissance en territoire ennemi. 

• 14. Ce ne sont pas seulement des Wisigoths qui ont marché sur Rome, mais, sous les ordres du «Général» Alaric, des représentants de toutes les régions de la Germanie. 

• 15. L'occupation de l'Empire d'Occident s'est déroulée selon un plan d'ensemble unitaire; les diverses armées se sont mutuellement aidées au cours de l'opération. 

• 16. L'armement et les manières de combattre de tous les Germains, le long du Rhin à l'Ouest, sur les rives de la Mer Noire à l'extrémité orientale du front, en Bretagne au Nord, ont été similaires et sont demeurées quasi identiques pendant tous les siècles qu'a duré cette longue guerre. Ils sont d'ailleurs restés les mêmes au cours des siècles suivants. 

• 17. Enfin, la guerre qui a opposé Rome aux Germains a duré pendant 4 siècles complets, ce qui ne peut être possible qu'entre deux grandes unités politiques, égales en puissance. Cette longue guerre n'a pas été une suite d'escarmouches fortuites mais a provoqué, lentement, de façon constante, un renversement du jeu des forces : un accroissement de la puissance germanique et un déclin de la puissance romaine. Cette constance n'a été possible que parce qu'il existait une ferme volonté d'emporter la victoire chez les Germains ; et cette volonté indique la présence implicite d'une forme d'unité et de conscience politiques. 

Après la victoire germanique, à la fin du IVe siècle, se créent partout en Europe et en Afrique des États germaniques, qui, tous, furent édifiés selon les mêmes principes. Que ce soit en Bretagne avec les Angles, en Espagne avec les Alains, en Afrique avec les Vandales, en Gaule avec les Francs, en Italie avec les Goths ou les Lombards, toutes ces constructions étaient, sur les plans politique, économique et militaire, avec leurs avantages et leurs faiblesses, leur destin heureux ou malheureux, le produit d'une identité qu'on ne saurait méconnaître. Il saute aux yeux qu'il existait une spécificité propre à tous les Germains, comme on en rencontre que chez les peuples qui ont reçu une éducation solide au sein d'une culture bien typée, aux assises fermes et homogènes, si bien que leurs formes d'éducation politique et éthique accèdent à l'état de conscience selon un même mode, ciselé par les siècles. Nous avons toujours admiré, à juste titre d'ailleurs, l'homogénéité intérieure de la spécificité romaine, laquelle, en l'espace d'un millénaire, en tous les points du monde connu de l'époque et malgré les vicissitudes politiques mouvantes, est demeurée inchangée et, même, est restée inébranlable dans le déclin. Le monde germanique n'est pas moins admirable pour ce qui concerne l'unité, l'homogénéité et le caractère inébranlable de sa constance: dès qu'il est apparu sur la scène de l'histoire romaine, au Ier siècle avant notre ère, il est resté fidèle à lui-même et constant jusqu'à la fin de la «longue guerre».

Konrad Höfinger, Vouloir n°52/53, 1989.

(Konrad Höfinger, Germanen gegen Rom : Ein europäischer Schicksalskampf, Grabert-Verlag, Tübingen, 1986, 352 S., 32 Abb.)

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jeudi 8 avril 2021

Empereur Julien

Julien dit l'Apostat (en latin Flavius Claudius Julianus) : empereur romain (361-363), fils de Julius Constantinus et neveu de Constantin Ier. Bien que ce jeune orphelin ait reçu une instruction chrétienne dispensée par un favori de Constance, l'évêque Georges (qui avait supplanté Athanase à Alexandrie), il est instruit plus tard des traditions païennes et de la philosophie néoplatonicienne. Il étudie à Constantinople, Milan et Athènes. À Éphèse, il abjure secrètement le christianisme et pratique le culte du Soleil. Son cousin Constance II le nomme César (355) et l'envoie défendre la Gaule contre les Germains. Julien s'évertue à tout apprendre du métier des armes et du commandement militaire.

Il s'installe à Lutèce, participe à la prise de Cologne (356), remporte la victoire de Strasbourg (357) et améliore l'administration de la Gaule. Il réussit si bien que Constance II, toujours méfiant, décide de lui retirer ses troupes pour les envoyer combattre les Perses. Les soldats gaulois et germains, n'ayant aucune envie de batailler si loin, le proclament Auguste (février 360) : l'usurpation est consommée. Constance II marche contre lui, mais meurt de fièvre (nov. 361), ce qui évite à l'Empire la guerre civile semblant se préparer. Julien est dès lors Auguste sans contestation possible. Durant son court règne, il veut rompre avec le despotisme bureaucratique et la solennité de l’appareil monarchique pour revenir à la simplicité des empereurs du Haut-Empire. Ce “retour à la normale” est inséparable d'une restauration du paganisme. Les temples, restitués aux cultes locaux, se relèvent ; à l'instar des autres emplois élevés, les postes d'enseignant deviennent réservés aux seuls païens même si l'enseignement reste ouvert à tous (édit de 362). Julien n'en pratique pas moins une politique de tolérance dont bénéficient les chrétiens qui jusque-là avaient souffert de l'interventionnisme pro-arien de Constance. Néanmoins en confessionnalisant l'hellénisme, il le confisque. Julien se considère comme un personnage divin, issu du dieu Soleil, gouvernant sous l’inspiration des dieux : ces conceptions théocratiques restent incompatibles avec la restauration d’un principat libéral. L’attachement de Julien à la vieille religion grecque était sincère mais, pour l’essentiel, ses convictions se rattachaient au courant mystique oriental de la nouvelle religiosité. Sa religion était finalement fort éloignée du paganisme classique. Il voulut également abandonner le despotisme bureaucratique et la solennité de l’appareil monarchique pour revenir à la simplicité des empereurs du Haut-Empire. Ces mesures étaient, en fait, peu réalistes et mêlées de beaucoup de contradictions. Doué de sens politique, bon stratège, il périt le 26 juin 363 dans une bataille contre les Perses en Mésopotamie. Sa personnalité était singulière et souvent attachante, mais rien ne lui survécut de son œuvre politique et religieuse. Ne reste de lui que des écrits philosophiques, satiriques et politiques. Jovianus, un chrétien, lui succéda. L'Empire était maintenant définitivement chrétien. En dépit des apparences, Julien n'a jamais été chrétien et donc jamais apostat.

L'empereur Julien : Contre  les Galiléens

Julien, le dernier empereur païen mort dans des circonstan­ces mystérieuses, avait rédigé en 362 un traité de polémique antichrétienne : le Contre les Galiléens. Galiléen étant une in­sulte à l'époque : les Judée-Chrétiens se voyaient ainsi réduits dans l'esprit des Romains à une peuplade minable du fin fond de la Palestine. Julien relègue le christianisme au ra­yon des croyances absurdes, propres à une secte juive sans importance fondée par un certain Jésus, un illuminé dont les disciples, tous des marginaux, auraient fait de son "messa­ge" un mouvement religieux à prétention universelle. Inutile de dire que ce livre fut maudit par le pouvoir chrétien, brûlé en place publique, chuchoté par quelques audacieux co­pistes byzantins (dont certains crypta-païens de l’École de Mistra). Il a été traduit en français pour la première fois par un ami de Voltaire en 1764 et abondamment lu par les philo­sophes des Lumières. Les éditions universitaires belges Ou­sia, spécialisées dans l'édition de textes philosophiques, proposent une nouvelle traduction complète   présentée   et commentée par Christopher Gérard, l'éditeur de la revue païenne Antaïos. Il s'agit du premier livre anti-judéo-chrétien (l'Ancien  et le Nouveau  Testaments sont attaqués  sévère­ment) écrit par un “renégat”, philosophe  et empereur. En effet, Julien le Grand avait entrepris de restaurer le paganisme hellénique après la reconnaissance  du christianisme par Constantin l'Apostat. Son livre sulfureux a été pendant des siècles le credo de la résistance païenne… et il pourrait bien le redevenir, car Julien est une sorte de penseur différencia­liste avant la lettre : sa théorie des dieux nationaux, attachés à un peuple et à un sol, mais tous soumis à Zeus pourrait ê­tre modernisée par les milieux néo-païens. Un autre intérêt de ce livre explosif est de montrer à quel point nous sommes influencés par une vision déterministe et linéaire de l'histoire, selon laquelle christianisme  et monothéisme devaient immanquablement  l'emporter. Vision absurde, qui rappelle le sens de l'histoire cher aux hégélo-marxistes. Enfin, l'empe­reur Julien s'attaque aussi à la thèse du peuple élu : le dieu des Hébreux n'est pas le créateur de l'univers, il n'est qu'un dieu parmi d'autres. Idem pour le peuple qu'il protège donc ! Ce livre est aussi un traité de philosophie politique impériale et gibeline : l’lmperium y est justifié en termes métaphysiques. Julien théorise  le cosmopolitisme impérial : chaque peuple homogène y honore ses dieux, nul n'est exclusif et Rome, prise dans un sens plus mystique que géographique, commande à un univers pacifié. Voilà un livre à lire et à mé­diter, et qui devrait susciter réflexions et réactions chez tous les Impériaux, qui compteront désormais le grand Julien par­mi leurs héros aux côtés de Friedrich II de Hohenstaufen.

  • L'empereur Julien, Contre  les Galiléens, trad. de Christopher Gérard, Ousia, Bruxelles, 1995. [Postface : « Sens philosophique et politique du “Contre les Galiléens” », Lambros Couloubaritsis, pp. 139-181]

► Patrick Canavan, Nouvelles de Synergies Européennes n°13, 1995.

• nota bene : Benoist-Méchin avait publié de passionnantes biographies de Julien et de Frédéric Il chez Perrin. Des livres qu'il faut aussi (re)lire, bien évidem­ment.

◘ Documentation :

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/81

dimanche 4 avril 2021

Aetius et la bataille des Champs catalauniques (20 septembre 451)

  

Aetius et la bataille des Champs catalauniques (20 septembre 451)

En 451, Gallo-Romains, Wisigoths, Armoricains, Burgondes et Germains s’unissent sous la direction du consul Aetius pour défaire les Huns aux Champs catalauniques. Cette histoire, présente dans la mémoire germanique avec la légende des Nibelungen, a inspiré Wagner pour sa Tétralogie. Côté français, nous avons la belle figure de Sainte Geneviève, réincarnation chrétienne de la déesse guerrière Athéna, figure tutélaire de Paris, dont la statue s’élève encore à la pointe de l’Île de la Cité.

Le contexte

Nous sommes au début de la seconde moitié du Ve siècle de notre ère. L’autorité de l’Empire romain en Occident est de plus en plus contestée. Le territoire des Gaules en particulier n’est plus défendu exclusivement par des Gallo–Romains mais bien plutôt par leurs alliés, les peuples « barbares », essentiellement des peuples germains venus de l’est de l’Europe, dont les incursions sur le territoire impérial remontent au IIIe siècle de notre ère et déboucheront sur de véritables invasions aux IVe et Ve siècles. Mais les Romains ont trouvé le moyen de profiter de ces nouveaux arrivants qui représentent un formidable potentiel militaire, en leur offrant le statut de fédérés (du latin foedus qui veut dire alliance ou pacte). Ceci consiste à offrir à ces peuples une terre où s’installer en échange de la responsabilité de l’administrer et de la protéger au nom de l’Empire. C’est ainsi que se sont installés les Wisigoths dont le royaume couvre le quart sud-ouest de l’actuel territoire français, les Burgondes autour de la région de l’actuelle ville de Lyon ou encore les Francs saliens qui, par le biais de plusieurs petits royaumes fédérés, contrôlent les provinces rhénanes et belges. Ces peuples ont en commun de demeurer globalement fidèles à l’Empire, nombre de rois fédérés ayant souvent mené une carrière d’officier dans l’armée impériale.

Mais d’autres peuples sont attirés par l’Europe occidentale et ses richesses. Ainsi, les Huns, nomades surgissant des steppes d’Asie centrale, chassent devant eux les peuples germaniques qui sont donc incités à leur tour à trouver leur salut plus à l’ouest. Sous la direction d’Attila, le plus puissant de leur roi, les Huns franchissent le Rhin au printemps de l’an 451, ravagent la Gaule du nord-est et pénètrent jusqu’à Orléans. Mais le général romain Aetius rassemble une armée pour se porter au secours de la cité assiégée et rattrape l’armée d’Attila en un point qui correspondrait au site de l’actuelle ville de Troyes.

Aetius a rassemblé une coalition assez disparate puisqu’elle réunit essentiellement, outre des troupes gallo-romaines, un contingent wisigoth sous le commandement de leur roi Théodoric, un autre de Burgondes avec leur roi Gondioc et d’autres contingents parmi lesquels des Francs saliens, des Alains (Sangiban, leur roi, a été contraint par Aetius d’honorer son traité d’alliance avec Rome), des Armoricains, des Saxons et des Sarmates.

Un général qui n’a pas grand-chose de romain…

Le Ve siècle consacre, dans l’Histoire, le passage de la Gaule romaine à la Gaule franque de Clovis. Cette évolution se caractérise par un affaiblissement constant de l’autorité impériale en Occident (certaines provinces comme la Bretagne sont purement et simplement abandonnées à leur sort) mais aussi, et a contrario, par une survivance de l’idée de romanitas, c’est-à-dire de l’ensemble des valeurs (virtus, dignitas, pietas), concepts politiques (l’État doit être dirigé par les plus méritants et non seulement par leurs héritiers) et modes de vie (usage du latin notamment), qui fondent la citoyenneté romaine.

Ceci aboutit à ce que, dans l’Empire romain d’Occident du Ve siècle, le représentant du pouvoir impérial, le préfet du prétoire et son prolongement militaire, le magister militum per Gallias sont bien souvent d’ex-barbares romanisés qui bénéficient néanmoins du soutien de la noblesse sénatoriale gallo-romaine, y compris parfois contre le pouvoir central de l’empereur. Finalement, ces Gallo-Romains germanisés s’appuyant sur des troupes majoritairement germaniques défendent mieux l’héritage de Rome que les habitants de l’Urbs eux-mêmes, trop inféodés au véritable culte personnel que se vouent les empereurs romains à partir du IVe siècle.

Ainsi en est-il d’Aetius qui a été magister militum de 426 à 429 ap. JC puis consul en 432 et patrice (titres essentiellement honorifiques) en 433. On sait qu’Aetius dispose d’une influence importante à Ravenne auprès de l’empereur d’Occident et qu’il connaît bien les Huns pour avoir été dans sa jeunesse otage à la cour de leur roi. Devenu officier romain, il en a même recruté à plusieurs reprises dans son armée. Mais à l’été 451, Aetius va devoir affronter ses anciens alliés.

La bataille

Le déroulement de la bataille nous est connu par l’historien goth Jordanès, dont le récit date d’un siècle après les faits.

Les deux armées qui se font face sont essentiellement composées de Germains.

D’un côté, on trouve Attila qui commande une coalition où les Ostrogoths de Valamir sont les plus nombreux, mais où sont aussi présents les Gépides d’Ardaric, les Hérules, les Alamans, les Suèves, les Skires, les Ruges, les Bructères, les Francs ripuaires et les Thuringiens.

De l’autre, on trouve Aetius et ses alliés wisigoths, burgondes et francs essentiellement.

On estime que les deux armées regroupent aux alentours de 50 000 hommes chacune mais les historiens s’accordent pour reconnaître que la supériorité numérique était du côté de l’armée des Huns.

Au matin du 20 juin, Attila décide de se mettre au centre, entouré sur sa droite des Ostrogoths et sur sa gauche des Gépides et des autres peuples germaniques. Face à lui, Aetius commande l’aile gauche tandis qu’il a confié son aile droite aux Wisigoths et laissé les Alains à la fidélité douteuse au centre de son dispositif.

La nuit même avant la bataille, la tension est déjà montée d’un cran puisque les Francs d’Aetius ont rencontré et défait une armée gépide fidèle à Attila non loin du champ de bataille.

En début d’après-midi débute véritablement la bataille. Comme prévu, la cavalerie hunnique charge et met en déroute la cavalerie burgonde tandis que, sur le flanc droit, les Wisigoths mettent à mal les rangs de leurs cousins ostrogoths, perdant néanmoins leur roi Théodoric dans le combat. C’est le sang-froid et la patience d’Aetius, ainsi que la discipline de ses troupes, qui vont finalement faire la différence. En effet, Aetius sait pouvoir compter sur son infanterie, mieux et plus lourdement équipée, pour supporter le poids des redoutables charges de cavalerie ennemie. Lentement, l’infanterie romaine et franque, flanquée de la cavalerie wisigothe, fait reculer les Huns vers le camp qu’Attila a fait constituer en disposant ses chariots en cercle, selon la tradition des steppes.

Le lendemain, Aetius ne tente pas de forcer le camp retranché car ni lui, ni ses alliés de circonstance wisigoths n’ont réellement intérêt à voir la menace hunnique définitivement éradiquée. Attila profite de ces atermoiements pour faire retraite et emporter au-delà du Rhin le butin amassé au cours de son raid.

Ce qu’il faut retenir

Cette bataille aura un retentissement qui dépasse de loin sa faible portée stratégique.

Le mythe de l’invincibilité de l’armée d’Attila a vécu sans que cela dissuade toutefois ces barbares de s’attaquer à l’Empire. Dès l’année suivante, c’est en Italie du Nord qu’Attila mène sa horde avec succès.

Mais les peuples germains installés en Gaule ont démontré qu’ils étaient le seul rempart sérieux face aux menaces qui pèsent sur l’Empire romain d’Occident.

Enfin, Aetius s’est acquis un grand prestige par sa capacité à unir les forces de différents peuples et à les diriger pour vaincre un ennemi supérieur en nombre. Cette renommée aura cependant de funestes conséquences puisqu’elle lui vaudra d’être assassiné de la main même de l’empereur Valentinien en septembre 454.

Nicolas L. — Promotion Marc Aurèle

https://institut-iliade.com/aetius-attila-champs-catalauniques-451/

mercredi 30 septembre 2020

Le culte solaire chez les peuples germaniques

 Contrairement aux Grecs et aux Romains, qui adoraient des divinités solaires, les Germains considéraient que la puissance du soleil, qui donnait vie à tous les êtres, était, pour eux, une des puissances les plus sacrées. Les innombrables symboles solaires que l’on découvre sur les parois rupestres du Nord de l’Europe depuis l’Âge du Bronze, souvent sous la forme de roues solaires, en témoignent de manière fort éloquente. Certains d’entre ces symboles ont plus de 3.500 ans. Jusqu’ici, il a été quasiment impossible d’interpréter avec précision ces signes gravés dans les rochers. Par ailleurs, le déchiffrement des signes trouvés, au nombre d’environ 7.500, sur un rocher canadien, à Petersborough dans la province d’Ontario, nous donne l’espoir d’un jour pouvoir déchiffrer les milliers de grafittis de l’Ultima Thulé scandinave. C’est un professeur britannique, Barry Fell, qui nous a donné la clef d’un tel déchiffrement. Les 2 alphabets de runes primitives, qu’il est parvenu à déchiffrer, il les a appelés “Tifinag” et “Ogham”. Son œuvre peut se comparer au dévoilement du mystère des hiéroglyphes égyptiens par le Français Champollion et à la découverte du sens des anciens alphabets grecs du “Linéaire A” et du “Linéaire B” par Michael Ventris. Grâce à Champollion et à Ventris des pans entiers de la culture antique et protohistorique nous sont désormais accessibles.

Les spécialistes allemands des religions et des mythologies, le Dr. Wolfram Goegginger et le Prof. Gustav Mensching ont, dans un ouvrage reproduit récemment en facsimilé, Volksreligion und Weltreligion im deutschen Brauchtum (Religion populaire et religion universelle dans les coutumes allemandes ; Faksimile-Verlag, Brème, 266 p., 1996) ont surtout mis en exergue les cultes solaires germaniques et souligné leur grande importance. Le livre, dans sa première édition, date de 1944 et avait été publié auprès d’une maison d’édition de Riga en Lettonie. L’ensemble du stock avait été détruit lors d’un bombardement allié, alors qu’on le transportait vers l’Allemagne. La nouvelle édition fait donc œuvre utile. On considère désormais ce travail comme un ouvrage standard dans la littérature sur l’histoire des religions.

Thèse initiale du travail : au départ de la religion populaire germanique primitive, on peut évoquer diverses fêtes du printemps, du soleil et de l’hiver, assorties de traditions précises, tant et si bien que la pratique de cette religion populaire peut être considérée comme une création purement germanique. On ne s’étonnera pas, dès lors, que l’Église, au moment où le christianisme pénétrait dans l’espace germanique et scandinave, ait tout mis en œuvre pour détruire ces traditions mythiques bien ancrées depuis la nuit des temps, comme d’ailleurs toutes les autres coutumes et monuments “païens” de nos lointains ancêtres.

On comprendra aisément que des populations contraintes de vivre dans de sombres forêts pendant près d’une demie année d’obscurité vont adorer l’astre solaire avec une vénération plus forte que les peuples du Sud.

En partant d’une présentation de l’essence de la religion chrétienne, pour laquelle, comme pour l’islam et le bouddhisme, l’individu est central, nos 2 auteurs montrent, dans leur ouvrage, que la religiosité des anciens Germains est affirmatrice de la vie au contraire de la religion chrétienne qui méprise le monde et s’affirme anti-vitaliste.

Nous n’avons pas la place ici d’énumérer, même sommairement, toutes les coutumes principales de la liturgie annuelle pratiquée par nos ancêtres, raison pour laquelle il conviendrait d’acheter et de lire ce livre remarquable, qui comble une formidable lacune dans l’histoire des pratiques religieuses en Europe.

Nos auteurs évoquent notamment les combats printaniers contre les dragons, représentant les puissances hivernales et mortifères, des fêtes de la fertilité et des rites liés aux plus anciennes divinités (Odin, Thor, Frigga, etc.), ainsi que les fêtes de l’Ostara et du Huld, qui, elles, évoquent la reprise de parole de Dieu. Parmi les cultes commentés, signalons le “labourage sacré”, au moment où commence le printemps ; ces cultes indiquent que ces peuples avaient acquis un degré élevé de culture comme le montrent aussi les nombreux dessins rupestres où figurent des chariots et des nefs à haute étrave ou haut étambot. Ces populations n’étaient donc pas des nomades primitifs en état d’errance perpétuelle, comme le prétendaient les missionnaires chrétiens, en pensant qu’ils leur apportaient les premiers éléments de religion.

Les dessins rupestres représentent souvent, dans un contexte religieux, des arbres de vie (apparemment l’Arbre du Monde, le Frêne Yggdrasil), ce qui implique un culte des arbres et de la forêt omniprésente sous ces latitudes. L’arbre de Noël en est un écho, surtout lorsqu’il est décoré d’artifices lumineux, ainsi que la fête qu’il célèbre, celle du Jul. On sait que ces coutumes ne viennent pas d’Orient mais de l’espace germanique et scandinave, à partir duquel elles se sont répandues dans le monde. Ce n’est pas un hasard si le missionnaire Boniface fit abattre le chêne dédié à Thor à Hohengeismar en Hesse dès son arrivée en Germanie en l’an 724! De même, l’Arbre de Mai, dénommé soit Maistande (mât de Mai) ou Maibaum / Meiboom est le symbole de la nouvelle vie en phase de germination. Les jeux festifs du moment solsticial sont encore considérés en Scandinavie comme la plus importante des fêtes de la Lumière, placée sur le même plan que la Noël. L’Église a débaptisé cette fête du solstice d’été en l’appelant “feux de la Saint Jean”.

Dans ce livre magnifiquement relié et reproduit en facsimilé sur les cultes et les traditions, la première partie est due à la plume de W. Goegginger, tandis que la seconde, dont l’auteur est G. Mensching, traite de l’opposition qui existe naturellement entre religiosité populaire (ou naturelle) et religiosité universaliste, en assortissant cette distinction de premier ordre de réflexions fort profondes. Mensching oppose donc les religiosités purement naturelles aux religiosités qui se borne à n’exercer qu’un culte. Les religiosités naturelles représentent dès lors l’idéal de communauté, de dimensions tribales ou populaires ; les religiosités universalistes, elles, reposent sur une anthropologie strictement individualiste. Dans sa conclusion, Mensching écrit : « La vie, et non pas les dieux, est ce qui est relève réellement du divin dans le domaine de la religiosité germanique… Au-dessus de nous, il y a immanquablement le Dieu éternel, le waltand got, l’incompréhensible, celui qui nous envoie notre destin, qui nous prodigue notre salut, la force originelle de toute religion et de toute force ».

► Frithjof Hallmann (recension parue dans Mensch und Mass n°2/1998).

http://www.archiveseroe.eu/tradition-c18393793/63