mardi 31 mai 2022

Artiste et partisan Entretien avec Jean Mabire

  

Journaliste, historien, écrivain, Jean Mabire est un homme de style. Attaché à la civilisation européenne, dirigeant d’Europe Action et fondateur du GRECE, il a été de tous les combats identitaires. Critique littéraire à National Hebdo, membre du Comité de rédaction d'éléments et du Comité de parrainage de Nouvelle École, Jean Mabire nous a reçu pour parler en toute liberté du combat identitaire qui est le nôtre.

• Pour vous quelle est la finalité du combat identi­taire ?

Le véritable sens de notre lutte apparaît de plus en plus clairement : c'est la défense de l'individu contre les robots et, par conséquent, celle des patries contre le mondialis­me. Pour nous, chaque homme comme chaque nation pos­sè­de une personnalité irréductible. Aussi, je ne vois pas pour­quoi je devrais m'excuser de parler à la première per­sonne du singulier.

• Et vous, comment participez-vous au mouvement identitaire ?

Je ressens profondément la nécessité de concilier deux at­titudes, apparemment contradictoires : celle de l'artiste et celle du partisan. Cette rencontre est pour moi une que­stion de goût personnel. C'est aussi un problème de sens politique : je crois qu'on ne peut rien construire sans une certaine recherche esthétique. Mais celle-ci devient stérile sans une profonde rigueur doctrinale. Résultat pratique : je ne suis ni un bon écrivain ni un bon militant. Je triche un peu sur les deux attitudes. Mais elles remplissent tous mes jours et bien de mes nuits. Voici des images pour m'ex­pli­quer. Celle-ci, par exemple : il est des lieux où je me suis sen­ti parfaitement moi-même ; dans le grand hall de la Bi­blio­thèque nationale et sur la place d'armes d'un Régiment parachutiste. Le vertige et la plénitude que m'offrent les li­vres ne sont pas si éloignés de ceux que m'apportaient les sauts. La pensée et l'action ont toujours pour moi marché cô­te à côte, au pas fiévreux de la recherche ou au pas tran­quille de la certitude.

• Au fait, comment êtes-vous devenu écrivain ?

On croit être né pour une carrière d'officier, d'architecte ou d'avocat (c'était bien porté dans ma famille). Et puis les ha­sards, les amis et les guerres vous lancent dans d'étranges batailles. J'ai commencé à écrire parce que je haïssais tout autant le silence que le bruit et que mon pays était devenu silencieux et bruyant. À la barre d'une revue culturelle : Wi­king ; dans les soutes d'un quotidien départemental : La Presse de la Manche ; sur le pont d'un journal politique : L'Es­prit public ; ou au pied du mât avec mon livre sur Drieu.

• Je reviens à ma question initiale : comment êtes-vous devenu écrivain ?

Cela me fait souffrir quand on m'appelle écrivain. Écrire pour moi n'est pas un plaisir ni un privilège. C'est un service comme un autre. Rédiger un article ou distribuer un tract sont des actes de même valeur. Chacun sert où il peut. C'est une question de tempérament et d'efficacité. Non de mérite, et encore moins de hiérarchie. Dans notre aristo­cratie militante, nous sommes parfaitement démocrates et même égalitaires. Nous ne sommes pas de ces intellectuels de gauche qui se sentent supérieurs aux employés, aux ouvriers ou aux paysans de leur propre peuple.

• Pour vous, qu'est-ce que le nationalisme ?

Le nationalisme, c'est d'abord reconnaître ce caractère sa­cré que possède chaque homme et chaque femme de notre pays et de notre sang. Notre amitié doit préfigurer cette unanimité populaire qui reste le but final de notre action, une prise de conscience de notre solidarité héréditaire et inaliénable. En quelque sorte, c'est une certaine forme de socialisme !

• Il s'agit d'une véritable conception du monde…

J'espère être assez artiste pour exprimer d'une manière li­sible notre conception du monde et de la vie. Mais j'essaye d'être assez partisan pour ne pas transformer en jeu d'adresse et en exercice de sty1e ce qui demeure la chair et l'esprit de notre combat. Si je hais tout sectarisme, je n'en méconnais pas moins les nécessités de la discipline et même de la brutalité. Je sais qu'il est des dialogues qu'il faut clore et des amitiés qu'il faut briser. Les écrivains po­litiques doivent accepter ces injures qui font aussi mal que des coups. Je me bats avec les armes qui sont les miennes. Ce ne sont pas les seules. Nos ennemis se battent sur tous les fronts. Nous aussi, nous devons être partout. Dans la rue comme dans la presse.

• Vous êtes direct…

Nous sommes des amants éperdus de la liberté.

• Qui détestez vous le plus ?

Je déteste ces écrivains qui font un petit tour dans la poli­ti­que et se retirent à temps, lorsque leurs idées commen­cent à se transformer en actes entre des mains un peu é­ner­giques. Ils ne savent plus que dire : "Nous n'avions pas vou­lu cela !" Les belles âmes ! Les salauds !

• Écrire peut être un jeu dangereux…

C'est la seule noblesse de l'écrivain, sa seule manière de participer aux luttes de la vie. L'écrivain politique ne peut se séparer du militant politique. Le penseur ne peut aban­donner le guerrier. Un certain nombre d'hommes de ce pays ont sauvé et l'honneur des lettres et l'honneur des armes. Ils ne furent pas tous du même camp, mais ils sont nos frè­res et nos exemples. Je pense à Saint-Exupéry, abattu au cours d'une mission aérienne ; je pense à Robert Brasillach, fusillé à Montrouge ; je pense à Drieu La Rochelle, acculé au suicide dans sa cachette parisienne ; je pense à Jean Pré­vost exécuté dans le maquis du Vercors. Ceux-là n'ont pas triché. Ils n'ont pas abandonné les jeunes gens impatients et généreux qui leur avaient demandé des raisons de vivre et de mourir et qu'ils avaient engagés sur la voie étroite, rocailleuse et vertigineuse de l'honneur et de la fidélité. Au­jourd'hui, nous sommes là, avec nos certitudes et nos es­pérances.

Propos recueillis par Xavier Cheneseau, Nouvelles de Synergies Européennes n°50, 2001.

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/18

Ernst Jünger et l'Action Française

 [Après l'héritage de la philosophie irrationaliste et vitaliste], la seconde racine de la vision du monde de Jünger se situe dans le radicalisme de la droite française. Caractéristique du nationalisme fin-de-siècle : l'accent mis sur l'action. Les Français Maurice Barrès et Charles Maurras ont été considérés comme les représentants de ce nationalisme "intégral".

L'Action française a été créée vers la fin du XIXe siècle à l'initiative de quelques intellectuels. C'était une organisation politique de type "ligue", une unité d'action hiérarchisée. De telles unités d'action, du type de l'Action Française, ont été plus tard fondée en Italie (Liga) et en Allemagne (Bünde). L'Action Française s'efforçait de développer une doctrine unitaire, qui avait manqué aux mouvements radicaux de droite antérieurs.

L'un des principaux créateurs de cette doctrine fut Maurras. D'après Nolte, le sentiment philosophique fondamental chez Charles Maurras était la peur, non pas au sens où l'entendent les philosophes de l'existence, mais une peur circonstantielle, une peur face à la situation présente. C'est sur cette base que Maurras distingue ce qui est politiquement bon de ce qui est politiquement mauvais ; l'État est menacé par une forme de barbarie dont les caractéristiques sont l'égalité et la liberté. Mais au milieu de toute cette barbarie, il existe un royaume : la patrie française qui, selon Maurras, constitue un héritage. La patrie équivaut à une déesse, qui n'a qu'une seule exigence : le sacrifice total. Au nationalisme de Maurras appartient aussi l'attitude guerrière et la pensée en termes d'élite. On mesure la qualité d'une élite à ses sentiments et ses dispositions nationalistes. C'est simple : les meilleurs constituent l'élite.
Le point de départ de Maurras était donc la patrie, assortie du souci de son existence. La pire menace pour l'existence de la patrie, c'est la démocratie. L'État doit avoir une âme ; cette âme implique la conscience de soi et une solide dose de force, en quantité importante. L'État idéal rêvé par Maurras est aristocratique et autoritaire. Parmi les ennemis de cet État, outre la démocratie, on compte le libéralisme, le socialisme, le communisme et l'anarchisme : d'après Maurras, autant d'expressions différentes de la même idée révolutionnaire, dont le noyau central est individualiste.
C'est ici que l'on peut constater que la structure fondamentale du nationalisme intégral français ressemble, dans ses caractéristiques majeures, au "nouveau nationalisme" de Jünger (force potentielle : la patrie ; force déclenchante : le groupe élitaire qui a intériorisé le nationalisme ; forme de gouvernement autoritaire). Si nous ajoutons à notre analyse, outre les objectifs négatifs mentionnés ci-dessus, l'aspiration positive au pouvoir du groupe élitaire - grâce à la force et à la volonté qui y sont tapies - alors nous ne pouvons pas ne pas voir le rapport qui existe entre ce culte de la force, les idées-force de l'irrationalisme philosophique et l'insistance de Jünger sur la force (force de l'âme, volonté de puissance).
Jünger juge positivement tous les courants antilibéraux et fascistes, y compris le fascisme français : "...Oui, nous préférons une France fasciste à une France démocratique, oui, nous préférons la France de Maurice Barrès à celle de Barbusse car entre les anciens soldats du Front il y aura plus de dignité et de sécurité qu'entre les avocats et les littérateurs, pour qui la logomachie libéraliste sert de règle à la piraterie..." (Standarte, 12 août 1926).
Jünger perçoit un parallèle entre les efforts du "nouveau nationalisme" visant à renforcer le nationalisme, à trouver un chef, un objectif (une structure nationale) et les moyens adéquats, d'une part, et les efforts de l'intelligence française, d'autre part : "Ce qui, précisément, fait apparaître cette intelligence française si vivante et si fascinante, nous ne l'imiterons pas, parce que si un schéma intellectuel peut bel et bien être repris, on ne peut pas reprendre la vie elle-même. Celle-ci doit émerger et croître sur notre propre sol" (Arminius, 7 août 1928).

Ernst Jünger et Georges Sorel

Nous avons déjà eu l'occasion de constater que les théories de Sorel ont été bien présentes aux sources du fascisme italien. Comme nous l'avons déjà dit, la plupart des courants ayant une imprégnation fasciste possèdent une base théorique commune. Entre les idées de Jünger et les théories de Sorel existent également des corrélations. Dans l'auto-biographie qu'il a rédigée sur sa jeunesse, Jünger mentionne qu'il s'est préoccupé des thèses de Sorel (Brief eines Nationalisten, article rédigé sous le pseudonyme de Hans Sturm dans Arminius, 12 mars 1927). L'influence de Sorel se perçoit tout particulièrement dans Le Travailleur, où la conception sorélienne du mythe politique semble trouver une certaine concrétisation.

D'après Sorel, le concept marxien de révolution, de même que celui de grève générale, doivent être considérés comme des mythes qui incitent aux actes, à la lutte et à l'héroïsme. Le Mythe est également un facteur de cohésion des communautés. L'essentiel, c'est d'avoir la foi dans le mythe. Le fondement de cette adhésion sorélienne à la notion de mythe réside dans la psychologie de l'action de Bergson. Pour Sorel, c'est justement la force qui est le facteur régulant la société. Sorel reconnaissait que la violence était une nécessité, car, par elle, la dégénérescence de la nation pouvait être évitée. Du fait que la violence soit couplée à un grand mythe social, on pouvait l'accepter pleinement, car ce couplage du mythe et de la violence suscitait l'esprit de sacrifice, la négation du moi subjectif et l'héroïsme.

Dans le Travailleur de Jünger, les idées de Sorel trouvent une concrétisation, dans la mesure où l'union du prolétariat se réalise en vue de devenir l'armée combattante d'un nationalisme activiste. Une autre théorie de Sorel présente des similitudes avec l'idéologie forgée par Jünger : celle qui affirme que pour transformer le monde, il faut l'action d'un petit groupe élitaire. L'élite sorélienne sera constituée d'ouvriers de l'industrie organisés en fédérations de combat. Le concept jüngerien du Travailleur, quant à lui, participe d'une conscience nouvelle unissant la force et le nationalisme. Avec l'aide de cette force, les ouvriers, les travailleurs, pourront se hisser au-dessus de la matière. Cette force s'est également révélée dans ces "fédérations de combat", qui ne réclament toutefois pas une organisation aussi précise que les syndicats de Sorel. Ajoutons que les théories élitistes du début du XXe siècle (Mosca, Pareto), que l'on a considérées comme annonciatrices du fascisme, semblent aussi avoir exercé une influence indirecte sur la conception jüngerienne des groupes de base néo-nationalistes. 

Ernst Jünger et Oswald Spengler

Parmi les contemporains de Jünger, Spengler appartient à ces philosophes qui l'ont inspiré dans la formulation de son "nouveau nationalisme". L'influence de Spengler se retrouve non seulement dans Le Travailleur mais aussi dans les articles rédigés pour les revues néo-nationalistes. Jünger a sans doute bénéficier de l'inspiration du socialisme de guerre de Spengler : selon ce socialisme, la guerre efface les barrières érigées par la conscience de classe : d'une part parce que les soldats partagent les mêmes expériences de guerre et le même nationalisme, d'autre part, parce que le peuple tout entier subit le fardeau économique imposé par l'état de belligérance. Le socialisme, pour Spengler, c'est le Travail et tout véritable Allemand est un Travailleur. Le Travail, dans cette optique, signifie l'accomplissement du devoir et l'esprit de sacrifice. Pour Jünger aussi, le plus haut bonheur du Travailleur, c'était de pouvoir se sacrifier pour une finalité pleine de sens.

Selon Jünger, après que se soit forgé le nouveau concept de Travailleur (Arbeitertum), on verra se forger le nouveau concept du soldat, du guerrier (Kriegertum). Mais Jünger note que les concepts spenglériens ne correspondent pas entièrement à ses concepts à lui. "Depuis Spengler, se répand l'opinion que l'époque des armées de mercenaires est en advenance. Nous ne partageons pas cette opinion, car nous voyons tant dans la Reichswehr allemande que dans le cadre de base de l'armée française des armées de métier mais nous pas des armées de mercenaires" (Der Vormarsch, 10 mars 1928).

Mais Jünger adhère partiellement au concept spenglérien d'histoire, impliquant une évolution dynamique de l'humanité : « C'est une nouvelle manière d'appréhender les choses, une nouvelle manière d'arraisonner le réel, on y reconnaîtra une nouvelle dynamique. Ce sentiment s'exprime dans les paroles mêmes de Spengler, lorsqu'il parle d'une transformation "copernicienne" dans le regard que nous portons sur l'histoire. C'est vrai : dans sa façon de voir, nous percevons une tendance nouvelle, un nouvel arraisonnement, pour lequel la jeunesse allemande doit être reconnaissante, même si elle assez chiche pour reconnaître ce qu'elle doit à d'autres en ce moment » (Widerstand, août 1929).

Déjà en 1925, Jünger exprime sa joie que de réels efforts sont entrepris pour se libérer des théories mécanicistes du darwinisme et que la nouvelle doctrine du vitalisme vient d'être découverte, doctrine qui contient l'idée d'une force vitale créatrice ; « ... et Spengler a déployé sous nos yeux, dans son Déclin de l'Occident, une fresque immense, où les cultures, c'est-à-dire les plus grandes unités vitales du monde, s'épanouissent comme des souches végétales, puis se fânent, comme s'il y avait derrière elles une volonté motrice et mystérieuse » (Die Standarte, 25 oct. 1925). Et quand Jünger admet que la Nation recèle en elle certaines "lignes" bien précises (lettre à Friedrich Georg Jünger, 27 août 1922), il ne peut admettre le fatalisme de Spengler : « S'adonner à une telle vision du monde, ne signifie pas qu'il faille s'abandonner à un fatalisme inactif » (Die Standarte, 25 oct. 1925). Mais l'influence de Spengler est encore plus manifeste dans le fait qu'il est, avec Moeller van den Bruck, un des auteurs les plus chaleureusement recommandé dans les revues néo-nationalistes, mis à part les publicistes appartenant aux cercles mêmes des néo-nationalistes. 

Marjatta Hietala, Vouloir n°123-125, 1995. http://vouloir.hautetfort.com/
(extraits de : Der neue Nationalismus in der Publizistik Ernst Jüngers und des Kreises um ihn 1920-1933, Suomalainen Tiedeakatemia, Helsinki, 1975)

Ecrits historiques de combat (Jean Sévillia)

 

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Jean Sévillia, essayiste et historien, chroniqueur au Figaro Magazine et membre du conseil scientifique du Figaro Histoire, est l’auteur de plusieurs essais historiques à succès.

Les éditions Perrin ont choisi de réunir en un seul gros volume trois textes déjà célèbres : Historiquement correct paru en 2003, Moralement correct paru en 2007 et Le Terrorisme intellectuel dont la première édition date de 2000. Pourquoi cette nouvelle édition ?

L’auteur de cet ouvrage fait depuis longtemps le constat du tropisme à gauche du milieu intellectuel où la norme est d’être progressiste, si ce n’est révolutionnaire, et en tout cas partisan d’un monde multiculturel et multiethnique. Ce qui signifie que journalistes, enseignants et universitaires ont une tendance manifeste à déformer la réalité d’aujourd’hui mais aussi à réécrire le passé.

On distingue des strates idéologiques successives. Procès contre l’Europe chrétienne venant des Encyclopédistes (Inquisition, affaire Galilée). Légende noire de la nuit pré-révolutionnaire (obscurantisme médiéval, absolutisme de l’Ancien régime) et légende dorée de la Révolution française, legs de l’école républicaine des XIXe et XXe siècles. Refus de l’histoire événementielle et lecture socio-économique du passé, héritage de l’école marxiste. Histoire écrite au nom des droits de l’individu, quelle que soit sa nation, sa religion ou sa civilisation, fruit du multiculturalisme ambiant. Vision culpabilisante de l’histoire occidentale (croisades, esclavage, colonisation), résultat de la haine de soi et du « sanglot de l’homme blanc « .

Qu’il s’agisse du passé ou du présent, c’est donc toujours le même processus qui est à l’œuvre. L’idéologie en place modifie les paradigmes politiques, sociaux, culturels, anthropologiques, religieux et historiques. Et les opposants doivent être réduits au silence. Pour cela, on leur colle une étiquette destinée à leur ôter tout droit à la parole : raciste, fasciste, homophobe, etc. 

Ce livre est un antidote, écrit dans un esprit de transmission de notre héritage culturel et religieux.

Ecrits historiques de combat, Jean Sévillia, éditions Perrin, 840 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

lundi 30 mai 2022

Le centenaire de Léon Bloy Un belluaire devant les porchers 2/2

  

Il convient toutefois de ne pas se méprendre sur cette hostilité de circonstance au lupanar, ce dernier étant avec I’Église le pôle ou s'épanouit le plus certainement la féminité. De celle-ci, Bloy ne veut connaitre que les deux manifestations radicales de la sainte, qu'il vénère, et de la prostituée, qu'il épouserait presque. D'un coté, Anne-Catherine Emmerich et Angele de Foligno, dont le Livre des visions et instructions a été traduit par son pauvre et grand ami Ernest Hello; de l’autre, Anne-Marie Roulé (dans un registre plus convenable, il y aura aussi Berthe Dumont, qui mourra du tetanos dans d'atroces souffrances et, surtout, Jeanne Molbech, avec qui il se marie en 1890 et dont il aura quatre enfants). En ces sujets comme sur tous les autres, Léon Bloy pense absolument : « Il n'y a donc pour la femme, créature temporairement, provisoirement inférieure, que deux aspects, deux modalités essentielles dont il est indispensable que l'Infini s'accommode : la Béatitude ou la Volupté. Entre les deux, il n'y a que l’Honnête Femme, c'est-à-dire la femelle du Bourgeois, le réprouvé absolu qu'aucun holocauste ne rédime. »

Sous le signe de Dieu

Voué à la pauvreté, parfois à la misère, Bloy ne voyage guère. Sa vie se déroule pour l’essentiel à Paris et dans sa banlieue - il déménage fréquemment, de chambres en pavillons, ce qui le conforte dans l’idée que les hommes se divisent en deux catégories irréconciliables : les locataires et les propriétaires. L’ « entrepreneur de démolitions » - profession qui figure sur sa carte de visite - . selon qui les écrivains se divisent également en deux catégories, les belluaires et les porchers, part néanmoins au Danemark en 1891 pour donner une série de conférences littéraires célébrant « les funérailles » de son vieil ennemi, le naturalisme (Zola, les Goncourt, Daudet, Maupassant). et la réaction spiritualiste censée l'avoir trucidé (Baudelaire, Barbey, Huysmans, Villiers, Verlaine). Zola siège ainsi sur « son trône fangeux de potentat des intelligences démocratiques » - « romancier de la démocratie » étant la « dénomination la plus insultante qu'il y ait pour un véritable artiste » - tandis que Verlaine « est le plus déchirant exemple […] de la vindicte éternelle des brutes contre les entités supérieures ».

Précisément, « tout le reste est littérature », à l'exception des « dernières nouvelles » que Léon Bloy assure trouver dans les commentaires pauliniens de la Bonne Nouvelle, ou puise rien moins que son art poétique, en particulier dans la première Épitre aux Corinthiens (XIII, 12) : « Car nous voyons, à présent, dans un miroir. en énigme, mais alors ce sera face face. A présent, je connais d'une manière partielle, mais alors je connaitrai comme le suis connu. » Autrement dit, le monde dans lequel nous vivons, obscurci par la chute, ne nous dit rien de nous ni des autres, ni de nos actions, ni de nos passions. Le kaléidoscope brisé dans lequel nous évoluons interdit toute perception vraie, forclose, dans le monde invisible auquel nous n'accéderons qu’à la mort. Même notre véritable nom, que nous ignorons, nous sera donné à ce moment-là, comme nous serons dévoilées les interactions surnaturelles dans lesquelles nous avons été pris a notre insu.

La réversibilité des mérites dans la mystique communion des saints - ou les mérites des uns compensent les manquements des autres - compose un monde parallèle, vrai, aux antipodes des apparences terrestres : les actions, les pensées ou les prières de tel domestique, dans l’ordre spirituel, ont possiblement, sans qu'il le sache, une importance infiniment plus grande que celles du Tsar de toutes les Russies. Lorsque la Montagne pelée entre en éruption, en 1902, il note : « Premières nouvelles de l’immense catastrophe de la Martinique. Trente mille morts en quelques secondes, à l'heure précise de la communion de Véronique. Le hasard n'existant pas, cette extermination était indispensable pour que fut contrebalancé, dans l’infaillible Main, l’acte prodigieux de notre enfant. Il ne fallait pas une victime de moins à cette innocente et le volcan, depuis des siècles, attendait son signe. » Bernanos, qui est avec Maritain et Massignon l'un des plus admirables disciples de Léon Bloy, considérera que nous ne mourons pas de notre mort, mais de celle d'un autre, dont nous ignorons tout.

Le visionnaire halluciné

Il en est de même du cours obscur de l’Histoire que les savantasses du XIXe siècle feignent de circonscrire alors qu'une bergère illettrée en sait plus qu'eux. Cain Marchenoir, le porte-parole de Léon Bloy dans Le Désespéré, se veut ainsi « le Champollion des événements historiques envisagés comme les hiéroglyphes divins dune révélation par les symboles… » La scansion qu'il propose est rythmée par des périodes ou des personnages jugés, a la lettre, révélateurs - son premier livre, consacré a Christophe Colomb, s'intitule Le Révélateur du globe : Bas-Empire romain Byzance et Constantinople, Moyen Age, Révolution de 1789 mais aussi Christophe Colomb donc, Marie-Antoinette et Napoléon. Le premier apporte I’Évangile aux Américains avant d’être trahi par les colons ; la seconde incarne la déchéance d'un régime à bout de souffle; le troisième, enfin, fait figure de mystère prodigieux, rassemblant en lui toutes les interrogations messianiques d'un Léon Bloy plus que jamais en attente du dénouement final - dans sa dramaturgie intime, l'Empereur joue en quelque sorte le rôle de la Révolution française pour Joseph de Maistre : « père de tous les lieux communs du XIXe siècle », « imbécile du plus foudroyant génie » mais... « Face de Dieu dans les Ténèbres ».

Veilleur de la montagne, Bloy scruta longtemps la conflagration finale d'où surgirait le Consolateur. Il ne le verra pas de ses yeux de chair et mourut un 3 novembre, il y a cent ans cette année, dans la demeure qui fut celle de Charles Péguy, Bourg-la-Reine... Le visionnaire halluciné nous laisse une leçon de ténèbres, sous les éclairs du Vendredi saint, mais il a rompu le grand silence qui se fit alors par des éclats de rire dévastateurs, presque pascals, au point de mêler au tragique le plus noir le comique le plus haut, comme Céline le fera quelques années plus tard. Finalement, à le lire, il n'est plus de tristesse, pas même de n’être pas des saints.

Rémi Soulié éléments N°167 Août-septembre 2017

La liquidation de l’homme

 

La liquidation de l’homme

Renaud Camus publie un essai monumental dans lequel il retrace l’histoire du « remplacisme global », cette idéologie qui dépossède l’homme de tout ce qui le constitue, à commencer par son essence. Par Olivier Maulin

Dans les bras de sa Mère, entouré d’Augustin, de Marc et de Jean-Baptiste, l’Enfant Jésus tend la main droite en direction de Catherine d’Alexandrie agenouillée devant lui. Posé par terre, devant la sainte, au premier plan du tableau : un moyeu, celui d’une roue de l’effroyable machine à laquelle elle sera livrée au martyre. C’est ce tableau du Tintoret, La Vierge et l’Enfant avec sainte Catherine, saint Augustin, saint Marc et saint Jean-Baptiste (vers 1550) que Renaud Camus a choisi de faire figurer sur la couverture de son nouveau livre, et plus exactement un détail de ce tableau : le fameux moyeu.

Curieusement, l’objet est au centre de la toile, comme si c’était lui la divinité. Pourtant, personne ne semble le remarquer, personne ne le regarde : il est là et il n’est pas là. Il est au centre de tout mais on ne le voit pas. C’est un petit rouage insignifiant mais c’est lui qui fait tourner la machine et cette machine, en l’occurrence, servira à broyer Sainte Catherine, à broyer l’Homme. Il fallait un Renaud Camus pour nous montrer ce moyeu : « La fonction sociale et politique d’un écrivain est de se porter systématiquement aux angles morts d’une société, à ce qu’elle ne veut ni voir ni lire ni entendre, à ce que toute son organisation vise à ne pas comprendre et à ne pas reconnaître », écrit-il dans La Dépossession, un formidable monument de plus de 800 pages qu’il publie aujourd’hui. Un livre d’une profondeur, d’une hauteur de vue et d’une intelligence inouïes, que l’ensemble des médias a choisi d’ignorer superbement, mais cela n’étonnera personne, et surtout pas le premier concerné.

Depuis qu’il a inventé et popularisé le terme de « Grand Remplacement », Renaud Camus a été repoussé dans les marges honteuses de la vie culturelle. Il est le « maudit » par excellence, celui que l’on ne peut inviter sur un plateau de télévision sans créer le scandale, quoiqu’il dise, et même s’il parle d’art ou de littérature ; il est celui qu’il est interdit de citer, celui que l’on harcèle sur les réseaux sociaux, à qui on coupe ses comptes un à un, celui que l’on peut diffamer impunément, l’homo sacer des Romains que la Cité ne protège plus. L’absurdité de sa situation saute pourtant aux yeux : le changement de peuple et de civilisation causé par la submersion migratoire que la France connaît depuis des décennies, changement de peuple et de civilisation qu’il constate et déplore, est aujourd’hui, et de plus en plus, constaté par d’autres que lui, qui s’en réjouissent, le nommant Grande Expérience (Yascha Mounk) ou Créolisation (Jean-Luc Mélenchon), et n’en sont, eux, nullement inquiétés. Ce n’est donc pas le constat qu’on lui reproche, mais de ne pas l’accepter, de vouloir que la France reste la France, de vouloir que la civilisation française reste la civilisation française, et cette position qui lui aurait valu la reconnaissance des générations précédentes lui vaut l’opprobre de la nôtre, en tout cas de ses élites.

Dans un livre précédent, l’écrivain avait montré combien l’acceptation passive de ce « génocide par substitution », selon l’expression d’Aimé Césaire, était liée à l’écroulement de la Culture, au remplacement, là encore, de la grande culture par le divertissement culturel produit par « l’industrie de l’hébétude » : c’est ce qu’il appelle le « Petit Remplacement », sans lequel le Grand ne pourrait avoir lieu. « Un peuple qui connaît ses classiques ne se laisse pas mener sans regimber dans les poubelles de l’histoire », nous disait-il en son château de Plieux lorsque nous le rencontrâmes fin 2019.

Il nous parlait déjà, alors, du « remplacisme global », qu’il appelait sa pierre de rosette, et qu’il définissait comme l’idéologie organisant « le remplacement de tout, matériaux, arts, peuples, individus, espèce humaine, par son double plus simple, moins coûteux et plus interchangeable ». Il y voyait le geste moderne par excellence, le triomphe d’une conception de l’homme dépossédé de son essence, réduit à n’être qu’un produit, un petit rouage de la machine identique aux autres, et donc remplaçable. Il y voyait surtout la matrice des totalitarismes concentrationnaires.

Nul complot là-dedans, bien sûr, en dépit du bavardage de ceux qui n’ont jamais lu Renaud Camus mais lui prêtent des tas d’opinion, sinon l’œuvre « de mécanismes hautement interdépendants, où les enchaînements s’opèrent pour ainsi dire tout seuls […] sans qu’il soit nécessaire de supposer à leur source ou dans leur fonctionnement de volonté humaine tout à fait délibérée ». Ce sont ces mécanismes et ces enchainements qui forment aujourd’hui le cœur de son nouveau livre. Autrement dit, c’est ni plus ni moins l’histoire de ce remplacisme global qu’il nous propose, ou celle de la Dépossession, ce qui revient au même, car l’idée d’un homme remplaçable conduit inéluctablement à le déposséder de toutes ses appartenances et à en faire une « matière humaine indifférenciée », un homme sans attaches, sans racines, sans race, sans culture, bientôt sans sexe : l’homme interchangeable.

Ceux qui l’ont lu le savent : Renaud Camus est un écrivain obsessionnel. Il tourne autour de son sujet, y revient, s’en éloigne, le prend par un autre bout. Il digresse, saute du coq à l’âne, sort par la porte, revient par la fenêtre, fait feu de tout bois. Son livre est tour à tour un ouvrage de philosophie (avec Heidegger et la question du temps planant tout du long), un essai historique, un journal intime, un plaidoyer pro domo, un journal de l’actualité, un recueil d’aphorismes, un traité d’histoire de l’art et de littérature, un long poème enfin, hanté par le fantôme d’une civilisation qu’il chérit plus que tout.

« Tout commence à la mort de Dieu -en 1882, je crois, au mois d’août, il me semble, en Thuringe, dans le Gai Savoir ; et plus précisément dans cette section du Gai Savoir intitulée, comme par hasard, « L’insensé » », attaque-t-il. Cette « mort de Dieu » annoncée par Nietzsche va ouvrir la voie à la science qui va bientôt s’instituer en instance suprême de la vérité, au point de dépouiller l’homme de son expérience sensible, de son propre regard sur le réel.

S’il n’a rien contre la science et les progrès qu’elle a incontestablement apportés à la société, l’écrivain refuse sa prétention à décider de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas. Ainsi des races, dont elle a repris la définition biologisante des racistes du XIXe siècle pour décréter que sous cet aspect-là, biologisant, elles n’existaient pas, comme si les races pouvaient être réduites à la génétique. Pour Camus, mais aussi pour les poètes, les philosophes et les écrivains du passé, et jusqu’à Pompidou qui en parlait encore à son aise, « la race est avant tout une affaire de destin longuement partagé, de territoires longuement habités ensemble, d’héritage, de traditions communes amoureusement transmises, de religions tour à tour adoptées ou répudiées, de coutumes, de reconnaissance réciproque ».

Avoir décrété que les races n’existaient pas constitue l’une des graves dépossessions de l’homme, qui ouvrirait bientôt la voie aux autres et permettrait un jour à un président de la république de décréter que la culture française, elle non plus, n’existe pas. Or, si les races, les peuples et les cultures n’existent pas, on peut bien sûr remplacer des individus par des autres, n’importe où, n’importe quand : est-ce un hasard si le dogme de l’inexistence des races coïncide avec le regroupement familial et le début de la submersion migratoire ?

On est là au cœur de la vision « littéraire » du monde de Renaud Camus et de son dialogue de sourds avec les démographes, lesquels ne savent opposer que des chiffres à une expérience. Ce n’est pas tant que ces chiffres soient trafiqués (ils le sont bien sûr, notamment quand ils exposent qu’il y a moins d’étrangers en France aujourd’hui que dans les années 1930, en prenant soin de laisser de côté les naturalisés : à ce titre, le Grand Remplacement aura pris fin quand il n’y aura plus un seul étranger en France, ironise Renaud Camus), c’est qu’ils entendent se substituer à notre regard pour imposer une vérité que nos yeux démentent. Nos ancêtres avaient-ils besoin que les démographes leur expliquent qu’ils étaient frappés par la Grande Peste ? Les résistants de 1940 réclamaient-ils des graphiques sur la présence allemande département par département avant de gagner les maquis ?

On ne réussira pas mieux ici que d’esquisser maladroitement la richesse d’un tel livre. Sur la vérité, le « nettoyage » des concepts, l’horreur du temps et de l’ancienneté cultivée par les sociétés remplacistes, la culture, les classes sociales, l’antiracisme ou la technique, Renaud Camus emporte l’adhésion du lecteur de bonne foi. Mais c’est sur son travail d’historien que l’on souhaite insister pour finir. Camus retrace en effet l’histoire du taylorisme et du fordisme, ainsi que leurs liens avec le nazisme et le communisme, lesquels sont édifiants. Le « management scientifique » et la chaîne de montage des usines Ford seront ainsi repris tel que par les deux totalitarismes, non sans quelques accommodements, ce qui est parfaitement documenté par les historiens anglo-saxons qu’il suit, mais assez peu connu dans notre pays.

C’est bien là, dans cette Amérique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, avec la standardisation des produits et l’invention décisive du travail à la chaîne transformant l’homme en matricule, que l’auteur voit la mise en place de l’idéologie totalitaire du « remplacisme global », celle qui a ouvert la voie à la déshumanisation des camps et à l’horreur de l’extermination des Juifs, et qui gère désormais le « parc humain » sans autre considération que celle des besoins de l’économie, comme si ces humains étaient de simples produits.

Et la solution ? réclameront certains lecteurs. Camus n’en donne pas, à moins qu’elle ne soit, elle aussi, dans le tableau du Tintoret. La machine à roue qui persécutera Saint Catherine, symbolisé par notre moyeu, sera brisée par Dieu au moment du supplice.

Olivier Maulin
Source : valeursactuelles.com/clubvaleurs/

La Dépossession. Ou du remplacisme global, Renaud Camus, La Nouvelle Librairie éditions, 846 pages, 33,5 €.

La dépossession du regard par la science

« Du Grand Remplacement je ne puis donner de preuves, et je n’ai jamais eu la moindre intention de le faire, car ce serait entrer moi-même dans l’univers que je dénonce, celui du remplacisme global, et, pour l’homme, celui de la dépossession. Ce serait admettre que les chiffres seuls, les nombres, la preuve, la « science », sont l’instance unique et indubitable de la vérité […] Autant la preuve et tout son appareil ont toute leur légitimité dans les champs qui leur sont « naturellement » soumis, autant ils sont une imposition déplacée et suspecte s’agissant du destin manifeste des nations et des civilisations. Le citoyen qui consent ridiculement à s’y soumettre au milieu des cataclysmes reconnaît par là qu’il est incapable de juger en son nom propre de ce qui lui arrive en tant que citoyen et de ce qui arrive à son peuple, à sa race, à son espèce. A aucun moment de l’histoire l’homme n’a eu besoin de la science pour dire : c’est la Grande Peste, c’est le Grand Schisme, ce sont les guerres de Religion, c’est la Fronde, c’est la Révolution française, c’est l’Année terrible, c’est la Grande Guerre, c’est la Grande Dépression, c’est l’Occupation allemande, c’est la décolonisation ».

https://institut-iliade.com/la-depossession-renaud-camus/

La source de la Magie ou le fluide des Mages - Mana, Ch'i, Ki, Prana...

Pour que vive le Christ Roi ! Le bienheureux José del Rio (Catherine Escrive)

 

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Catherine Escrive, journaliste, est une spécialiste des sujets hispano-américains.

José del Rio (1913-1928) est le plus jeune martyr des treize Cristeros qui ont été béatifiés à Guadalajara. Ce jeune garçon fauché à l’âge de 14 ans est une belle âme à présenter en exemple à la jeunesse. C’est donc un excellent choix de lui avoir consacré un livre dans une collection de livres catholiques destinés aux jeunes gens.

José était un enfant d’une piété exceptionnelle. Sa foi intense l’amenait tout naturellement à admirer les combattants cristeros dressés contre les lois anticatholiques du gouvernement franc-maçon. Il était impressionné par cette armée de paysans avançant au cri de Viva el Cristo Rey ! et n’avait qu’une envie : pouvoir les rejoindre et servir ainsi le Christ. Ce fut pour lui une grande fierté d’être accepté parmi cette troupe de soldats catholiques en tant que porte-drapeau, brandissant l’étendard du Christ-Roi au milieu de la bataille.

Le 6 février 1928, lors d’un accrochage entre Cristeros et forces gouvernementales, José del Rio est fait prisonnier. Il sera abominablement supplicié puis exécuté. Jusqu’au bout, cet enfant est resté fidèle au Christ Roi et à la Sainte Vierge. Son existence héroïque est décrite ici avec beaucoup de délicatesse et édifiera les jeunes lecteurs.

A l’approche de Noël, voici un très beau cadeau à prévoir pour vos enfants ou petits-enfants, dès l’âge de 11 ans.

Pour que vive le Christ Roi ! Le bienheureux José del Rio, Catherine Escrive, éditions Pierre Téqui, collection Les Sentinelles, 95 pages, 9,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/pour-que-vive-le-christ-roi-le-bienheureux-jose-del-rio-catherine-escrive/63226/

dimanche 29 mai 2022

Le centenaire de Léon Bloy Un belluaire devant les porchers 1/2

  

Il y a tout juste cent ans, en novembre 1917, Léon Bloy disparaissait, laissant derrière lui une ouvre de feu. Rien ne le résume mieux que les titres qu'il avait lui-même donnés aux extraits de son Journal publié de son vivant : Le Mendiant ingrat, Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, Le Pélerin de I'Absolu...

Rabelais prouve le caractère « hénaurme » de Léon Bloy, tant d'un point de vue méthodologique que fondamental. Tout d'abord, dans la plus pure pensée bloyenne, le temps n'a pas d’être, à la différence de l’éternité divine il faut, pour le comprendre, s'habituer à vivre autant que possible sous le régime de l’éternel, de l’infini et de l’absolu : ainsi la bataille de la Marne, selon lui, a-t-elle été remportée grâce à la prière d'une petite fille qui n'est pas encore née. Nous sommes donc invités à faire fi de ce qui, pour des esprit superficiels, relèverait de l'anachronisme.

La preuve est encore plus éclatante sur le fond, deux exemples suffisant à l’attester dont l’usage du registre scatologique inspiré du fameux chapitre XIII de Gargantua : « Comment Grandgousier congneut l’esprit merveilleux de Gargantua à l’invention d'un torchecul ». Dans La Femme pauvre, Pélopidas Gacougnol assène à la jeune Clotilde Maréchal : « […] il n'y a que deux philosophies, si on tient absolument à ce mot ignoble : la spéculative chrétienne, c'est-à-dire la théologie du Pape, et la torcheculative. » Le chapitre XVI du même chef-d’ouvre justifie également cette vision singulière. En ce temps-la, « le peuple de Paris » était déjà « tant sot, tant badaud, et tant inepte de nature » que Gargantua le gratifia d'un surabondant pissat au point de noyer « deux cent soixante mille, quatre cent dix et huit (personnes), sans les femmes et petits enfants ». Pour que Léon Bloy apparaisse en gueuserie - en majesté serait un contresens -, il suffit de remplacer l'urine par de l'eau bénite ou du sang, celui de la Passion ou du Pauvre, ce qui revient au même, lequel désigne aussi dans l’alchimie synesthésique bloyenne l’argent, ou l’or. Bloy noie sous un déluge de théologie il éprouve « la plus douce poétique consolation » lorsque I'océan engloutit « des milliardaires » embarqués sur le Titanic; il empale - dans sa bien nommée revue Le Pal; il brûle - d'où son commentaire de l’incendie du Bazar de la Charité ou périrent femmes et petits-enfants : « Enfin un commencement de justice. »

L'ivresse du verbe sans modération

Périgourdin de Périgueux où l’on doit entendre résonner « gourdin » et « gueux » -. Léon Bloy nait en 1846, l’année de l’apparition de la Vierge à La Salette, et meurt en 1917, l’année de la prophétie de Fatima et de la révolution bolchevik. Autant dire qu'il passera sa vie à déchiffrer d'une manière toute personnelle le symbolisme mystique et les signes providentiels a I'oeuvre dans l’Histoire, tout en vilipendant ses contemporains aveuglés par la bêtise démocratique, libérale et scientiste. Bloy vit dans et par l'Absolu : « Je déclare mon irrévocable volonté de manquer essentiellement de modération, d’être toujours imprudent et de remplacer toute mesure par un perpétuel débordement ». déclare-t-il dans le premier numéro du Pal. Cela vaut manifeste. Qui verrait toutefois en lui un polémiste ou un pamphlétaire se condamnerait, sur un mode universitaire finement condamné par Péguy - et par Bloy lui-même lorsqu'il raille, par exemple, les « investigations vermiculaires » des chartistes - à ne rien entendre à sa vocation d'artiste pèlerin telle qu'il l’illustra dans ses romans, son journal, ses contes, ses poèmes en prose, ses articles et ses essais.

Bloy est un enragé pétroleur que sa révolte anarchiste aurait pu conduire droit à la Commune s'il n'avait décidé, la grâce aidant, que « tout ce qui arrive est adorable » et dirigé vers le Ciel plutôt que vers la terre quelques louanges, certes, mais surtout des imprécations : « Je suis entré dans la vie comme un aventurier, ayant perdu la foi, n'ayant pas un sou, envieux, ambitieux, paresseux et sensuel. Avec un tel bagage, je ne pouvais manquer de devenir un parfait socialiste et c'est précisément ce qui est arrivé. » Aventurier sans le sou et sensuel, le « mendiant ingrat » le restera mais son aventure politique et spirituelle s'élèvera depuis les infernaux paluds de la cité des hommes jusqu'au « firmament de splendeurs différenciées » de la vision béatifique.

La raison en est simple mais déterminante : Bloy rencontre en 1867 son voisin de la rue Rousselet, Barbey d'Aurevilly, qui lui donne notamment à lire ses Prophètes du passé écrit à la gloire des grandes figures du catholicisme contrerévolutionnaire et légitimiste; le « communard d'avant la Commune » abjure alors ses idéaux de jeunesse et se convertit à un christianisme flamboyant, féodal, médiéval, anticlérical, anti-moderne, un christianisme dont l’enlumineur qu'il est aussi dessine les vitraux dune façon si originale que, malgré ses protestations répétées d'orthodoxie, l’hérésie semble souvent lui faire escorte - notamment le millénarisme de Joachim de Flore. Que l’on se souvienne de la superbe évocation du Moyen-Âge dans La Femme pauvre : « Le Moyen Âge [...] c'était une immense église comme on n'en verra plus jusqu'a ce que Dieu revienne sur terre - un lieu de prière aussi vaste que tout I'Occident et bâti sur dix siècles d'extase ».

L'exégète des lieux communs

Chrétien apocalyptique, Bloy en appelle au feu du ciel, il voudrait hâter le règne du Paraclet ou la parousie afin que la terre soit purgée de ses iniquités, en particulier, diront les mauvaises langues, celles de ses créanciers à son endroit. Il se livre alors a des exégèses bibliques sous la direction de l'abbé Tardif de Moidrey afin de déchiffrer les desseins de la Providence sur lui et sur le monde, mais il faut reconnaitre qu'elles sont moins convaincantes que son Exégèse des lieux communs, dictionnaire des idées reçues que colporte avec une infaillibilité pontifiante chacune des innombrables émules de Tribulat Bonhomet : « J’ai la loi pour moi », « On dirait qu'il dort », « De la discussion jaillit la lumière », « Il faut être de son siècle », la plus lapidaire étant : « Tous les hommes sont frères : voir le numéro CL, où je crois avoir épuisé la matière ».

Nul doute qu'aujourd'hui il se pencherait sur d'aussi abyssales sentences que « La démocratie n'a pas de prix mais elle a un coût », « Le déficit ne doit pas dépasser 3 % du PIB », « Il ne faut pas confondre populaire et populiste », etc. Outre le Connétable des lettres, ses maitres Blanc de Saint-Bonnet - un autre familier de la douleur - et Joseph de Maistre - « le dernier des Pères de l’Église » - lui ont appris le dégoût de la démocratie et de la République. La première, où des « Acéphales » sont élus « pour chevaucher un peuple de décapités » ; la seconde, dont Brasillach se souviendra sans doute, « pubère sans virginité tombée du vagin sanglant de la Trahison, Jézabel de lupanar fardée d'immondices […] république des marchands de vin et des souteneurs. »

À suivre

Regards nouveaux sur Nietzsche 5/5

  

La philosophie de Nietzsche s'élabore ainsi au départ de lectures très diverses, des spéculations scientifiques ou parascientifiques de son temps aux prises de positions littéraires et aux modes culturelles et artistiques. Chez les Frères de Goncourt et chez Flaubert, il découvre un engouement décadent pour les petits faits, couplé à un manque de "force" navrant. Il critique l'équilibre jugulant d'un certain classicisme répétitif et imitateur et loue la profusion du baroque.

Cette exploration tous azimuts a pour objectif de connaître tous les coins et recoins du monde du devenir. Cette sarabande colossale de faits interdit désormais au philosophe tout quiétisme. Une telle attitude quiétiste engendre le déclin par faiblesse à saisir la multiplicité du réel. La créativité constante qui germe et fulgure à partir de ce flot qu'est le devenir doit acquérir plus de valeur aux yeux du philosophe que la volonté de conservation. Ipso facto, le goût pour l'incertitude (face aux productions incessantes du devenir) remplace la recherche de certitude (qui implique toujours une sorte de fixisme) : tel est bien le fondement de l'Umwerthung, attitude et processus fondateur d'une “nouvelle hiérarchisation des valeurs”.

L'homme qui intériorise cette disposition mentale annonce et prépare le fameux “surhomme”, à propos duquel on a dit tant de stupidités, quitte à le faire passer pour une sorte de “mutant” de mauvais roman de science-fiction. En acceptant les innombrables différences que recèle et produit le devenir, en méprisant les limitations stérilisantes et les fixismes, l'homme créatif met de son côté les impulsions de la vie, écrit Pfotenhauer. Il ne réagit plus avec angoisse devant les rythmes du devenir et des dissolutions multiples.

Le nihilisme européen, c'est précisément le fruit de cette attitude frileuse devant les fulgurances du devenir. C'est cette volonté de trouver des certitudes consolatrices dans des concepts qui encarcannent le réel. L'objectif de Nietzsche n'est donc pas d'inaugurer une ère où l'on pensera sur le mode de l'anarchie, sans souci de rien. Nietzsche veut au contraire, en s'appuyant sur une symptomatologie du déclin (c'est là que son exploration tous azimuths des domaines scientifiques, littéraires et artistiques se révèle particulièrement nécessaire), développer une critique du monde qui lui est contemporain. Mais cette critique, qui refuse le monde tel qu'il est parce qu'il est marqué par la décadence, se veut formatrice et affirmatrice : elle est volonté de forger, de créer de nouvelles formes.

À la critique classique, qui oppose à la multiplicité du devenir des concepts fixes, des préceptes moraux rigides sans épaisseur factuelle, se substitue, chez Nietzsche, une critique innovatrice qui dit “oui” aux formes que fait surgir le devenir. Cette critique n'est pas fixiste : elle est, elle aussi, un mouvement qui épouse, plastiquement, les fluctuations du devenir. La nouvelle critique qu'inaugure Nietzsche n'est pas un retour irrationnel à une unité première, à un stade primitif a-historique et informel, mais une stratégie de la pensée qui se laisse porter par le flot du devenir et affirme son amour, son acceptance joyeuse, pour les joyaux puissamment esthétiques ou esthétiquement puissants que produit ce flot. Ainsi au mouvement descendant du déclin (et il “descend” parce qu'il se ferme à la profusion de faits que génère le devenir, perdant ainsi sans cesse de l'épaisseur), Nietzsche oppose un mouvement ascendant qui vise à privilégier les plus belles fulgurances du devenir qui, elles, donnent sans cesse épaisseur au monde et à la pensée.

Un retour à Nietzsche est indispensable

Ce tour d'horizon nietzschéen nous a permis de réfuter la thèse facile du “pré-nazisme” de Nietzsche : si Nietzsche peut parfois être considéré comme un annonciateur du nazisme parce qu'il a eu des exégètes nazis, il doit aussi être perçu comme le philosophe qui a “épicé” copieusement le corpus doctrinal des adversaires du nazisme. Nietzsche est donc partout à la fois : il est simultanément dans deux camps politiques, à une époque cruciale de l'histoire allemande.

Ignorer qu'il a inspiré Eisner et Landauer serait aussi idiot que d'ignorer ses exégètes de l'époque nazie, Baeumler et Heidegger. Si les hommes de gauche ont mis l'accent sur son volontarisme pour critiquer le déterminisme de leur cher marxisme ou pour brocarder l'absence de punch du réformisme social-démocrate, les hommes de droite (ou dits de droite) insisteront davantage sur son recours (physiologiste ?) à l'élémentaire ou sur son perspectivisme, qui, dans un certain sens, permet de justifier le nationalisme.

Une chose est certaine, cette omniprésence de Nietzsche dans le champ des argumentaires politiques prouve le bien-fondé de notre seconde intention, annoncée en ce début d'article : réfuter le fétiche contemporain de la négativité permanente, propre tant aux réformismes sociaux-démocrates, qui galvaudent le sens de l'État, qu'aux socio-technologies (social engeneering) du libéralisme avancé ou qu'au reflux vers les "petits faits" que constitue le néo-libéralisme.

Nietzsche annonce en fait un humanisme nouveau qui insiste sur la pluralité des belles fulgurances et ne pourra plus se baser sur des petits concepts étriqués et proprets, sur des slogans rapides ou des blue-prints hâtives : la démarche éducatrice de la philosophie se réfèrera aux fluctuations du devenir, aux grandes gestes historiques, aux grandes œuvres d'art, ainsi qu'aux domaines les plus divers du savoir humain. L'intelligence ne sera plus dominée alors par de timides manipulateurs de concepts ou de principes rigides, chétifs et inopérants devant le rude assaut des aléas, devant les impondérables.

Pour Reinhard Löw comme pour Friedrich Kaulbach, Nietzsche est un maître et un éducateur, qui utilise un ou plusieurs langages pour déconstruire les argumentaires usuels des philosophes, opérer une monstration didactique des mécanismes de la décadence, annoncer une ère nouvelle marquée par une “affirmativité” créatrice. Löw réfute l'idée d'un Nietzsche annonciateur de l'insignifiance de tout, du monde, de la philosophie et du devenir : Nietzsche, au contraire crée, fonde, pose des bases nouvelles, se positionne comme tremplin vers une pensée radicalement neuve. Une pensée qui voit les contradictions du devenir comme des obstacles enrichissants, non comme des anomalies perverses. Le philosophe, le grand artiste et l'hypothétique “surhomme” participent donc à un agôn fructueux, à une émulation perpétuelle.

Les thèses allemandes les plus récentes sur Nietzsche renouent donc avec un Nietzsche affirmateur et créateur, qui engloberait sans doute certains simplismes politiques affirmateurs, la naïveté héroïque des premiers enthousiastes de sa pensée mais, en même temps, les dépasserait résolument, en les assagissant, en leur conférant une solide et inébranlable maturité, grâce à une recherche philologique minutieuse et une nouvelle démarche “physiologiste”, patiente et systématique comme le travail de l'entomologiste. Nietzsche, dit Löw, doit être joué contre Nietzsche comme les faits doivent être joués contre les faits. La logique spontanée de l'humanité et de l'humanisme de demain doit être celle de ce jeu à risque, de ce jeu esthétique et créateur, où l'artiste utilise des matériaux divers.

Il est donc impossible d'enfermer Nietzsche dans une et une seule logique politicienne (celle du nazisme ou du pré-nazisme). Il est impossible de creuser davantage la veine stérile et épuisée de la négativité méthodologique. Si demain une sérénité doit voir le jour, elle devra, comme l'ont démontré Löw et Pfotenhauer, se référer à cette agonalité créatrice et affirmative, ne laissant aucun domaine de l'esprit à l'écart, comme la physiologie pluridisciplinaire de Nietzsche.

Robert Steuckers, Orientations n°9, 1987.

Notes :

(1) Psychopathia spiritualis : F. Nietzsche und die Apostel der Zukunft, Leipzig, s.d. Ce texte était préalablement paru sous forme de "feuilleton" dans la revue Die Gesellschaft en 1891.

(2) F. Kaulbach a également exprimé son point de vue sur Nietzsche dans une série d'articles et d'essais, dont voici les références (toutes chez le même éditeur, Königshausen & Neumann, Würzburg) :

• Die Tugend der Gerechtigkeit und das philosophische Erkennen, in : R. Berlinger & W. Schrader (Hrsg.), Nietzsche Kontrovers, Bd. I, 1981.
• Ästhetische und philosophische Erkenntnis beim frühen Nietzsche,  in : M. Djuric & J. Simon (Hrsg.), Zur Aktualität Nietzsches, Bd. I, 1984.
• Nietzsches Kritik an der Wissensmoral und die Quelle der philosophischen Erkenntnis : die Autarkie der perspektivischen Vernunft in der Philosophie, in : R. Berlinger & W. Schrader (Hrsg.), Nietzsche Kontrovers, Bd. IV, 1984.
• Autarkie der pespektivischen Vernunft bei Kant und Nietzsche, in : J. Simon (Hrsg.), Nietzsche und die philosophische Tradition, Bd. II, 1985.
• Das Drama in der Auseinandersetzung zwischen Kunst und Wissensmoral in Nietzsches Geburt der Tragödie, in : M. Djuric & J. Simon (Hrsg.), Kunst und Wissenschaft bei Nietzsche, 1986. 

http://www.archiveseroe.eu/nietzsche-a48587262

De la guerre (John Keegan)

 

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Sir John Keegan (1934-2012), historien de la guerre, a enseigné pendant vingt-six ans à l’Académie royale militaire de Sandhurst.

Ce volumineux ouvrage regroupe Anatomie de la batailleL’Art du commandement et Histoire de la guerre, trois livres fondamentaux pour quiconque s’intéresse à l’art de la guerre.

Anatomie de la bataille, paru en 1976, modifia considérablement l’approche classique de l’étude des grandes batailles de l’Histoire en ne s’intéressant plus uniquement aux analyses d’état-major mais aussi à la façon dont les événements sont vécus par les soldats. A travers l’examen minutieux des batailles d’Azincourt, de Waterloo et de la Somme, l’auteur décrit les évolutions techniques, stratégiques et tactiques mais aussi les aspects liés au traitement des blessés lors de chacun de ces conflits, avant d’entamer une réflexion sur les batailles de demain. 

L’Art du commandement évalue les qualités de commandement qui font le succès sur le champs de bataille. John Keegan présente les différentes facettes de l’âge héroïque du commandement militaire à partir du cas d’Alexandre le Grand, le compare à Wellington, à Grant et à Hitler avant de conclure sur l’âge posthéroïque du commandement dans le monde nucléaire.

Histoire de la guerre passe en revue la guerre dans l’histoire de l’humanité, à travers les âges et les civilisations. Il apparaît ainsi que la culture reste ce qui détermine en premier la nature de la guerre. La guerre orientale est différente de la guerre européenne. L’auteur examine ces aspects culturels, anthropologiques et juridiques, les caractéristiques des armées, les questions liées au ravitaillement et à la logistique ainsi que les évolutions de l’armement.

Cet ensemble forme une somme utile aux officiers comme aux amateurs d’histoire militaire.

De la guerre, John Keegan, éditions Perrin, 1248 pages, 30 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/de-la-guerre-john-keegan/63315/

samedi 28 mai 2022

ROBERT SURCOUF : un corsaire breton d'exception

Le livre "Jean Picollec l'atypique" honoré d'un article dans Presse Edition

  

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Je servais Lucifer sans le savoir (Serge Abad-Gallardo)

 

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Serge Abad-Gallardo est un ancien haut fonctionnaire territorial qui a passé plus de vingt ans au sein des loges maçonniques du Droit humain, une émanation du Grand Orient, avant de quitter cette secte.

Par son témoignage personnel et sa grande culture maçonnique, Serge Abad-Gallardo démontre que, depuis trois cents ans, la franc-maçonnerie s’efforce de saper tous les acquis de deux mille ans de christianisme. La cible de la franc-maçonnerie est clairement désignée, c’est le catholicisme. C’est un véritable « combat spirituel » qui s’opère. Car il y a chez les hauts grades de la vénération pour Lucifer. Selon l’auteur, cet aspect est méconnu des francs-maçons des trois premiers grades. Mais il est pour lui devenu évident que la franc-maçonnerie utilise sciemment une doctrine luciférienne dans le cadre de sa révolte contre Dieu et contre son Eglise.

A travers ces deux livres, récit du parcours de Serge Abad-Gallardo, ce sont les symboles et les rituels maçonniques qui sont analysés. Au gré de son initiation maçonnique, grimpant les échelons de la secte, il découvre que la franc-maçonnerie est une religion luciférienne dont les hauts grades pratiquent une parodie d’Eucharistie. Toutes les références à Lucifer sont décrites avec précision selon les degrés maçonniques.

L’influence de la franc-maçonnerie en politique est également illustrée. Divorce, avortement, mariage homosexuel et euthanasie sont des lois issues de la doctrine ésotérique de la franc-maçonnerie.

Des ouvrages saisissants qui cloueront le bec des sceptiques et des naïfs.

J’ai frappé à la porte du Temple, Serge Abad-Gallardo, éditions Pierre Téqui, 200 pages, 16 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

Je servais Lucifer sans le savoir, Serge Abad-Gallardo, 202 pages, 16,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/je-servais-lucifer-sans-le-savoir-serge-abad-gallardo/63382/

vendredi 27 mai 2022

Regards nouveaux sur Nietzsche 4/5

  

L'innocence du devenir

Pour Pfotenhauer, Nietzsche n'avait nullement l'intention de valoriser le discours pseudo-scientifique ou pseudo-esthétique des "physiologistes" communs, vulgaires. Il ne cherchait nullement à avaliser leurs contradictions, à accepter leurs incohérences, à partager leurs sensations de plaisir ou de déplaisir. Son intention était, écrit Pfotenhauer, de défier directement l'esthétique établie. L'expression "physiologie de l'art" constitue une contre-façon de "philosophie de l'art", dans la mesure où l'art, selon les critères traditionnels, s'évalue philosophiquement et non physiologiquement. Cette parodie se veut un rejet de toutes les conceptions philosophico-esthétiques des décennies précédentes.

Pour Nietzsche, la productivité artistique devient production et expression de notre phusis. Par l'art, la nature devient plus intensément active en nous. Mais Nietzsche, en utilisant consciemment le terme "physiologie" sait qu'il commet une emphase, une exagération didactique ; il sait qu'il fête avec ivresse la splendide exubérance des forces vitales, tout en boudant le prétention scientifique à vouloir neutraliser les processus vitaux par une stratégie de valorisation des moyennes.

En d'autres termes, cela signifie que Nietzsche rejette et réfute la prétention des sciences à réduire leurs investigations aux moyennes, à l'exclusion du Kunstvoll-Singuläres, du singulier-révélant-une-profusion-d'art. Aux yeux de Nietzsche, le darwinisme privilégie la moyenne au détriment des exceptions, attitude, stratégie, qu'il ne saurait accepter. Dans cette optique non darwiniste, Nietzsche pose la physiologie comme un moyen de personnaliser les grandes questions vitales par le truchement d'un style de pensée et d'écriture unique.

"Dieu est mort", retient-on de Nietzsche, et, avec Dieu, tous les grands systèmes ontologiques, métaphysiques, toutes les philosophies de l'esprit et de l'histoire. Il ne resterait alors que l'innocence du devenir, qu'il ne faudra pas figer dans une quelconque "unité supérieure de l'Être". Mais cette reconnaissance de l'innocence du devenir comporte des risques : dans le fleuve du vivant, dans le flot de mutations qu'il implique, les personnalités, le singulier, l'originalité, les génies créateurs courent le danger de se noyer, de n'être plus que des moments fragmentaires, contingents et négligeables.

Comment peut-on alors, sans garanties de préservation de sens, en étant livré aux rythmes naturels du devenir et de l'écoulement perpétuel, s'accepter joyeusement, dire "oui" à la Vie ? Ne devrait-on pas admettre le bien-fondé de la réponse de Silène au Roi Midas : cette vie terrestre, éphémère, vaut-elle la peine d'être vécue ? N'aurait-il pas mieux valu ne jamais naître ? L'idéal ne serait-il pas de mourir au plus vite ? Nous repérons, dans ces questions que Nietzsche a dû se poser, l'influence de Schopenhauer. La haine à l'endroit de la vie, qui découle de ce pessimisme fondamental, sera jugée très insatisfaisante par Nietzsche. Il en refusera rapidement les conséquences et verra que la nécessité première, à son époque de désorientement spirituel, c'est de réévaluer la vie. Tel est, selon Pfotenhauer, le sens de l'Umwerthung.

Les écrits de Nietzsche, publiés ou rédigés dans les années 1880, sont le reflet de ce désir. La Volonté de Puissance (Wille zur Macht) accomplit cette transvaluation. Elle est à la fois objet de connaissance et attitude du sujet connaissant. Les processus vitaux doivent être perçus sous l'aspect d'une créativité constante. Avec la différentiation, avec l'abondance, avec la transgression de toutes les limites, de tous les conditionnements mutilants, on se moule dans les caractéristiques divines de la Vie et l'on participe immédiatement à leur apothéose. Celui qui nomme, désigne et reconnaît, sans ressentiment d'ordre métaphysique, la créativité du devenir, se mue lui-même en une incarnation de ce devenir, de cette profusion de vitalité. Le devenir doit s'exprimer immédiatement dans toute sa mobilité, sa fluctuance : l'immobiliser, le figer dans une ontologie constitue une mutilation qui coupe simultanément les ailes de toute créativité. Le devenir n'est pas un flot indifférent et improductif : il charrie des étincelles de créativité. Le philosophe de l'éternel retour, lui, donne la parole à la vie divine-créatrice par l'intermédiaire d'images et de courtes mais fulgurantes ébauches philosophiques.

Le philosophe est alors "artiste de grand style" : il représente la force organisante qui fait face au chaos et au déclin. La physiologie, dans le sens philosophique que Nietzsche lui accorde, permet donc de conférer un langage aux processus vitaux, de donner expression aux forces qui agissent en eux. La physiologie permet à Nietzsche d'affronter notre nature humaine. Elle établit l'équilibre entre la phusis et le logos. Elle autorise la découverte d'un langage exprimant les aléas inhérents aux processus vitaux et maintient, en s'interdisant toute "ethnologisation du mythe", une "distance intellectuelle" par rapport au fourmillement de faits contradictoires qui émanent précisément du devenir. Le mythe, chez Nietzsche, en effet, n'a aucune connotation d'ordre ethnologique : il est, écrit Pfotenhauer, "science du concret" et expression de la tragédie qui se joue dans l'homme, être qui, parfois, affronte la tension entre sa fragilité (Hinfälligkeit) physique et son éventuelle souveraineté héroïque. Ce recours au mythe n'a rien d'irrationnel comme aime à l'affirmer la vulgate philosophante dérivée d'une schématisation de la pensée des Lumières.

Affirmer le devenir et créer des valeurs nouvelles

La double stratégie nietzschéenne, celle du recours au mythe, comme science du concret, et celle du recours à la physiologie, comme programme d'investigation du devenir, se situe à l'intersection entre la critique des valeurs, la lutte contre les principes “faux” (c'est-à-dire les principes qui nient la vie et engendrent la décadence) et le contre-mouvement que constitue l'art placé sous le signe de la volonté de puissance. Pour critiquer les valeurs usées et pour, en même temps, affirmer une transvaluation créatrice de valeurs nouvelles, la démarche du physiologiste sera une recherche constante d'indices concrets, une recherche incessante de l'élémentaire qui sous-tend n'importe quelle démarche philosophique. La biologie, l'ethnologie, la mythologie, les explorations des mondes religieux, l'histoire, bref, les domaines les plus divers peuvent concourir à saisir le flot du devenir sans devoir le figer dans des concepts-corsets, trop étroits pour contenir de façon satisfaisante l'ampleur des faits de monde.

L'abondance des lectures de Nietzsche sert précisément à affiner le regard du philosophe, à le rendre plus attentif au monde, moins stérile, sec et sibyllin dans ses discours. Beaucoup reprocheront à Nietzsche de n'être resté que dilettante en bon nombre de domaines, de ne pas avoir déployé une systématique satisfaisante. Mais Nietzsche amorce une logique nouvelle, plus plastique, plus en prise avec la diversité du devenir. La philosophie nietzschéenne jette les bases d'une saisie moins timide, plus audacieuse des faits de monde. Le philosophe peut désormais appréhender des faits de monde contradictoires sans buter stérilement devant ces contradictions.

Cette audace de la méthode nietzschéenne a effrayé quelques lecteurs. Parmi eux : l'écrivain Thomas Mann [cf. sur l'entrée qui lui est dédiée son texte « La philosophie de Nietzsche à la lumière de notre expérience »]. L'inclusion d'éléments venus de toutes sortes de disciplines nouvelles dans le discours philosophique, notamment issus de la mythologie et de l'ethnologie, a fait croire à une volonté de retourner à des origines préhistoriques, non marquées par l'esprit et l'intellect. Pour Thomas Mann, les interprétations de Ludwig Klages, auteur de Der Geist als Widersacher der Seele (L'esprit comme ennemi de l'âme), et d'Alfred Bäumler, le spécialiste de Bachofen qui donna corps à la théorie du matriarcat, constituent des reculs inquiétants, des marches arrières vers l'univers trouble des instincts non dominés.

L'attitude de T. Mann témoigne de la grande peur des nostalgiques du XVIIIe rationaliste ou des spéculations anhistoriques de la scolastique médiévale. La diversité, postulée par l'élémentaire, ne permet plus les démonstrations pures, limpides, proprettes des discours nés sous les Lumières. Elle ne permet plus les raisonnements en circuit fermé, ni les simplifications idéologico-morales, les blue-prints que Burke reprochait à la Révolution française. Les beaux édifices que constituent les systèmes philosophiques, dont l'hégélien, ne résistent pas à l'assaut constant, répété, des faits historiques, psychologiques, etc.

Pfotenhauer explore systématiquement le contenu de la bibliothèque de Nietzsche et y repère, dans les livres lus et annotés, les arguments "vitalistes" tirés de livres de vulgarisation scientifique comme ceux de Guyau, Lange, von Nägeli, Rütimeyer, von Baer, Roux, Rolph, Espinas, Galton (l'eugéniste anglais), Otto Liebmann. Les thèmes qui mobilisent l'attention de Nietzsche sont essentiellement ceux de l'adaptation aux influences extérieures, l'augmentation des potentialités au sein même des espèces vivantes, l'abondance des forces vitales, la "pléonexie" de la nature, l'eugénisme correcteur, l'Urzeugung (génération spontanée).

À suivre