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vendredi 10 novembre 2023

Réédition de « Qu’est ce que le nationalisme ? » d’Europe Action

 

nationalisme

Les éditions Ars Magna, situées à Nantes, viennent de rééditer un document intitulé « Qu’est-ce que le nationalisme ? » initialement paru dans l’organe militant « Europe Action ».

Créée en 1963, la revue Europe Action fut l’organe d’une des fractions nationalistes issues de la guerre d’Algérie. Ce courant se dota rapidement de ce texte théorique résumant sa doctrine. Même si sa rédaction fut vraisemblablement collective et s’il fut publié sans nom d’auteur, ce texte est habituellement attribué au principal dirigeant de cette mouvance : Dominique Venner.

Pour l’éditeur « il était indispensable de rééditer le document historique qu’est “Qu’est-ce que le nationalisme ?” un demi-siècle après sa parution. Tout d’abord pour rappeler et permettre de comprendre l’influence qu’il eut sur toute une génération militante. Ensuite pour permettre aux nouvelles générations d’activistes d’avoir accès à un texte introuvable.».

Qu’est ce que le nationalisme ? – Europe Action – Ars magna – 22€ (à commander ici)

Nous vous proposons un extrait de la brochure ci-dessous :

« La preuve est faite que cinq militants valent mieux que cinquante farfelus. La qualité des combattants est de loin préférable à la quantité. C’est autour d’une équipe minoritaire et efficace que le grand nombre se rassemble, pas l’inverse. Que les mouvements révolutionnaires soient des minorités agissantes ne signifie évidemment pas que tous les groupements minoritaires soient pour autant révolutionnaires. C’est une excuse trop facile pour la médiocrité de certains. Les minorités agissantes ne sont pas des sectes stériles, elles sont en prise directe sur le peuple. Ce n’est pas au sein d’une formation unique – parti ou mouvement, que l’action nationaliste peut être menée. Cette forme expose beaucoup trop aux coups de l’adversaire. Elle était adaptée à des situations antérieures. Désormais elle appartient au passé. Les partis traditionnels, hiérarchie unique et apparente où toutes les activités sont groupées sous la même étiquette, ne correspondent plus aux nécessités présentes. La pénétration des idées se fait sous les formes les plus variées, adaptées chacune à son milieu. Pénétration qui peut être invisible ou, au contraire ostensible. Cette tâche, seuls, les militants, peuvent la mener à bien. Leur unité n’est pas celle d’un parti mais celle que crée une même doctrine, une même méthode, une même ligne d’action. »

Avec « pour une critique positive » (à commander ici) de Dominique Venner, cette brochure constitue l’un des textes essentiels pour comprendre cette vague dissidente qui naquit dans les années 60.

La première publication de Pour une critique positive est datée de 1962. Rédigé en détention (les prisons de la République hébergeaient alors de nombreux patriotes coupables d’avoir participé à la défense des Français d’Algérie), ce texte est un exercice d’autocritique sans comparaison « à droite ». S’efforçant de tirer les enseignements des échecs de son action, l’auteur propose une véritable théorie de l’action révolutionnaire. ” Pour une critique positive ” a eu une influence stratégique majeure pour de très nombreux militants, des activistes estudiantins des années 70 aux identitaires. ” Pour une critique positive ” a été publié sous anonymat, comme c’est souvent le cas pour ce type de textes d’orientation, mais il est aujourd’hui communément admis que Dominique Venner en fut l’auteur. C’était avant qu’il quitte le terrain de l’action politique pour se consacrer à l’histoire.

Quelques extraits d’Europe action ci-dessous :

“Mais nous ? Qu’avons-nous à conserver dans cette société ? Son idéologie ? Sa hiérarchie sociale ? Ses moeurs ? Ses idoles ? Nous voulons renverser tout cela. Alors ? il ne faut pas confondre ! Ce que nous avons à former ce n’est pas un parti conservateur mais un mouvement révolutionnaire”.

Dominique Venner, Europe-Action, janvier 1966, n°37.

“La Commune, comme le vieux Sud, furent écrasés dans le sang. Mais les ouvriers de Paris et les paysans de Louisiane luttaient pour la même liberté. Ils se battaient pour leur droit à la vie, contre la réaction et le métissage, ces deux aspects d’une même menace cosmopolite”.

Jean Mabire, Europe-Action, janvier 1966, n°37.

“La survie réelle, c’est-à-dire la continuité de notre substance biologique est la condition réelle de notre indépendance. Si l’Hexagone du XXe s. doit être un campement multi-racial, son indépendance ne nous fait ni chaud, ni froid. Même si un rectangle d’étoffe bleu-blanc-rouge y flotte le 14 juillet sur des grouillements colorés, un caravansérail n’est pas une patrie”

Gilles Fournier, Europe-Action, janvier 1966, n°37.

Couverture de 1964

Photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2017/01/15/58862/reedition-de-quest-nationalisme-deurope-action/

vendredi 20 octobre 2023

Rencontre avec Anthony Karen, un photographe humaniste qui immortalise sans jugement des scènes de vie du Ku Klux Klan et des nationalistes blancs [Interview]

 

Pour les passionnés de photographie, le web regorge de sites présentant les travaux de pléthore de photographes chevronnés, à travers le monde, et sur une foultitude de sujets. Aux Etats-Unis, il y en a un qui a un style et une façon de travailler bien à lui, qui nous a beaucoup plu. Il se nomme Anthony Karen.

Vivant à New York, la passion pour la photographie de cet ancien Marines est née en Haïti, où il a travaillé sur les rituels et pèlerinages vodou dans tout le pays. Au fil des ans, il s’est également attelé à réaliser un travail au sujet des séparatistes blancs. Ce projet a donné lieu à deux livres, à des expositions en Bulgarie et en Italie, au festival annuel Noorderlicht et à deux projections au festival international de photojournalisme Visa Pour I’Image à Perpignan, en France.

Ses photographies et ses interviews ont été publiées dans divers médias, tels que NPR radio, LIFE, Time, Mother Jones, The Washington Post et Slate. “Inside the Westboro Baptist Church”, la collaboration d’Anthony avec LIFE, a reçu deux MIN Editorial Awards en 2011. La même année, Anthony a reçu la bourse de la George A. Robinson IV Foundation pour son travail humanitaire et un Best Of Photojournalism – Cliff Edom’s New America Award. En 2017, Anthony a été finaliste du prix Lange-Taylor 2017 du Center of Documentary Studies.

En mars 2013, il a collaboré avec Left/Right Productions et Discovery Channel pour un documentaire sur le Ku Klux Klan moderne, KKK : Beneath the Hood : https://corporate.discovery.com/blog/2013/03/20/discovery-channel-presents-kkk-beneath-the-hood-tonight/. Au cours de l’été 2016, une sélection du travail d’Anthony a été présentée dans le film Imperium, qui était vaguement basé sur une histoire vraie : https://youtu.be/H6x0NwvRHB8

En 2019, Anthony a été associé à la production du documentaire Ku Klux Klan en pasaporte Pampliega pour Cuerdos de Atar TV à Madrid : https://bit.ly/2LKl5xM.

Ses images sont également présentées dans le documentaire Healing from Hate : Battle for a Soul of a Nation (Guérir de la haine : bataille pour l’âme d’une nation) : https://www.vimooz.com/2019/10/16/documentary-healing-from-hate-to-world-premiere-at-doc-nyc/and dans la série documentaire en six parties : Why Do We Hate produite par Steven Spielberg pour Discovery Channel. En 2020, il a été consultant créatif pour un épisode de l’émission Fringe TV de VICE : https://video.vice.com/en_us/video/fringe-nation-trailer/5f76094c88dbed09db409f21?jwsource=cl

Nous l’avons contacté, puis interviewé, au sujet de son travail. Notamment parce que contrairement à des journalistes ou à des photographes engagés, ou pieds et poings liés au sein de la presse mainstream, il ne porte pas de jugement sur ceux qu’il photographie. C’est d’ailleurs ce qui lui a permis d’établir une relation de confiance, et de réaliser ces portraits, ces photos, parfois sidérantes, de membres du Ku Klux Klan, ou d’autres groupes nationalistes Blancs très marginaux. Sans les trahir, sans les juger, sans pour autant épouser leur point de vue.

Entretien avec Anthony Karen dont nous vous invitons à consulter le site ici et à découvrir les photos (copyright sur toutes, interdiction de les reproduire)

Breizh-info.com : Vous êtes peut-être le seul à avoir réussi à vous faire accepter et “intégrer” par des familles du KKK d’abord, des mouvements nationalistes blancs ensuite. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ces groupes vous ont intéressé et comment vous êtes parvenu à les convaincre, alors que par définition, les médias comme les journalistes sont particulièrement mal vus dans ces milieux ?

Anthony Karen : En mars 2005, après de nombreuses tentatives au début de ma carrière, j’ai eu la chance d’avoir accès, sur le long terme, à un grand groupe du Ku Klux Klan dans l’Arkansas. Grâce à cet accès, j’ai pu élargir mon expérience en tant que photographe. Les occasions de photographier de nouvelles organisations, y compris les nationalistes blancs, ont commencé à se présenter, et j’ai donc décidé de poursuivre ce projet afin d’accumuler un corpus de travaux utilisables à des fins historiques et sociologiques. Ma documentation sur les séparatistes blancs approche les vingt ans.

En tant que photographe documentaire, un élément crucial est de passer du temps avec les gens, même si vous voyez les choses différemment d’eux. J’assume cette responsabilité sans jugement ni attente. Cela ne veut pas dire que je me complais dans ma situation au point de l’exploiter, ni que je néglige sélectivement certains moments pour dépeindre quelque chose qui n’est pas. Lorsque j’essaie d’avoir accès à un individu ou à un groupe particulier, je le fais en tant que documentariste impartial et je laisse mes opinions à la maison.

Il est compréhensible que certaines personnes au sein de ces organisations se soient montrées prudentes et n’aient initialement rien voulu savoir de moi. On ne peut s’attendre à ce que les gens donnent d’eux-mêmes que si l’on est soi-même ouvert. Lorsque votre sujet sent que vous le respectez en tant que personne, il a tendance à oublier complètement l’appareil photo et l’intimité se crée naturellement.

Prenez ma situation, par exemple. Bien que blanc, j’étais toujours considéré comme un “journaliste” et indigne de confiance. Certains m’ont accusé d’être un agent fédéral en raison de mon apparence. Je porte mes convictions sur mes bras, je ne mens pas sur ce que je suis ou sur ce que je pense, et c’est grâce à mon humanisme que j’évoque un changement de perspective – en moi-même, pour le sujet et pour le spectateur.

En 2013, un an après avoir donné naissance à leur deuxième enfant diagnostiqué autiste, Dan et Sabrina ont commencé à lire des ouvrages sur le national-socialisme. Le couple pensait que le diagnostic des deux enfants était en quelque sorte lié à des influences humaines, telles que la fracturation hydraulique et les vaccinations obligatoires pour les enfants fréquentant l’école publique. L’idéologie du national-socialisme correspondait à leurs convictions profondes et a rapidement fait partie de leur vie quotidienne.

Breizh-info.com : Après avoir travaillé avec ces groupes, quelles sont les principales leçons que vous avez tirées ? Qu’est-ce qui vous a frappé, qu’est-ce qui vous a parfois ému et qu’il est impossible de savoir à moins de pénétrer cet univers de manière totalement honnête, ce que la plupart des journalistes ne font pas ?

Anthony Karen : En ce qui concerne les séparatistes blancs, il est essentiel de comprendre qu’il s’agit toujours de personnes, d’êtres humains.. Oui, certains haïssent sincèrement ceux qui ne sont pas comme eux, et d’autres veulent faire partie de quelque chose qui défend la préservation de la race blanche.

À moins de connaître les circonstances dans lesquelles un individu en est arrivé à de telles convictions, il est bien plus productif de traiter les personnes qui pensent différemment de nous avec gentillesse, car c’est l’un des moyens les plus simples de susciter un changement positif.

Montrer des racistes dans ce contexte plus “humain” remet en question notre point de vue et permet aux téléspectateurs de réfléchir par eux-mêmes, notamment en essayant de comprendre pourquoi certains individus ont choisi une voie particulière. J’en connais beaucoup qui ont abandonné ces croyances au fil des ans, y compris la moitié des personnes figurant sur mes photographies. Parfois, il faut laisser les gens trouver leur propre voie.

Anthony Karen, droits réservés
Anthony Karen, droits réservés

Breizh-info.com : Pensez-vous que la presse grand public donne souvent une image fausse ou erronée de ces groupes ? Vous qui avez été proche d’eux depuis de nombreuses années, pensez-vous qu’il s’agit de groupes réellement dangereux, comme certains médias peuvent l’indiquer ?

Anthony Karen : Lorsque je réfléchis aux histoires de séparatistes blancs documentées de manière superficielle et sensationnaliste par les médias, je constate que l’accès limité aux personnes qui ont ces convictions contribue à une perspective déséquilibrée de ce qu’elles sont – et, tout aussi important, de ce qu’elles pourraient devenir.

Malheureusement, le plus souvent, les journalistes s’intéressent à une version particulière d’une histoire qui a été décidée et orientée bien avant qu’ils ne se mettent en quête d’informations. Par exemple, d’après mon expérience, il ne fait aucun doute que les médias ont contribué à la montée de l’Alt-Right  dans mon pays, et ce sont finalement les médias mainstream qui ont permis à ces organisations de rester sur le devant de la scène tout au long de l’administration Trump.

Oui, il y a eu des organisations que je considère comme potentiellement dangereuses, comme les groupes de type accélérationnistes. Des livres clandestins comme The Turner Dairies et Siege inspirent les accélérationnistes qui prônent des actes violents pour hâter la chute d’un ordre sociétal qu’ils estiment complice du génocide blanc. Plus récemment, l’activisme de rue est devenu de plus en plus populaire aux États-Unis. Ces petits groupes de jeunes hommes placent des autocollants portant le logo de leur organisation et font des graffitis sur les propriétés publiques. Ils participent également à des manifestations publiques, à des distributions de tracts et de bannières. Un membre que je connais appelle cela le “hooliganisme de rue”. Ces groupes recourent à un certain degré d’intimidation mais restent dans les limites de la loi.

Compte tenu de ce qui précède, il est important de se rappeler que la plupart des organisations sont parfaitement conscientes qu’elles sont surveillées et infiltrées par les forces de l’ordre, et mon expérience m’a appris que la menace provient essentiellement d’un individu qui agit en son nom propre, un loup solitaire.

Carl, sorcier impérial d’un royaume du Ku Klux Klan basé dans le sud, vise avec un fusil à plomb un gros cafard (sur le morceau de papier situé juste en dessous de l’horloge) tandis que sa femme et sa filleule essaient d’éviter d’être touchées par un éventuel ricochet. Anthony Karen, droits réservés

Breizh-info.com : Comment définiriez-vous le suprémacisme blanc aux États-Unis aujourd’hui ? N’affecte-t-il pas un spectre beaucoup plus large que les groupes marginaux que vous avez photographiés, d’autant plus que les Blancs seront bientôt une minorité aux États-Unis et qu’ils constituent donc une future minorité inquiétante ?

Anthony Karen : L’immigration clandestine est un problème majeur pour les Américains ces derniers temps. Nous dépensons des milliards de dollars pour aider d’autres pays, alors que la situation aux États-Unis est de plus en plus tendue. La confiance dans le gouvernement et les médias est faible. C’est dans ce chaos que les idéologies extrêmes se développent.

23 avril 2016. Breman, Géorgie. Des membres et des sympathisants du mouvement national-socialiste pendant le petit-déjeuner dans un hôtel local. Crédit photo Anthony Karen DR

Breizh-info.com : Avez-vous ressenti une sorte d’abandon de la classe ouvrière blanche dans vos œuvres ? Il semble que des millions et des millions d’Américains blancs ne se soucient plus du gouvernement fédéral ? Est-ce pour vous une explication de ce genre de groupes et de mode de vie ?

Anthony Karen : Ce n’est pas seulement la classe ouvrière blanche qui se sent abandonnée dans mon pays. Il y a des blancs, des noirs, des bruns, des jeunes et des vieux. Des problèmes importants affectent la classe ouvrière, toutes races et religions confondues, et les divisions politiques de ces dernières années ont provoqué une fracture supplémentaire au sein de la population. Entre l’inflation, les sans-abri, la criminalité et l’immigration, ces groupes ont le sentiment que le gouvernement n’a pas leurs intérêts à cœur, et ils doivent donc prendre des mesures pour faire changer les choses. Comme je l’ai déjà mentionné, c’est dans les périodes de chaos que ces groupes prospèrent. S’ils ne défendent pas l’Amérique blanche, qui le fera ? Ils considèrent que c’est leur devoir patriotique.

Breizh-info.com : Pouvez-vous nous parler de vos autres travaux, en Haïti ou en prison par exemple ?

Anthony Karen : C’est en assistant à un rituel vodou dans une région reculée d’Haïti que j’ai commencé à m’intéresser à la photographie documentaire. J’ai visité Haïti pour la première fois en 1997 et j’y suis retourné depuis, à la fois en tant que photographe et dans le cadre de diverses missions médicales. J’ai fait du bénévolat dans un petit hôpital de Port-au-Prince lors du tremblement de terre de 2010. Je me souviens avoir été dégoûté par d’autres photographes qui se trouvaient sur place à l’époque, parce qu’ils faisaient passer leur travail avant l’aide à leurs semblables. L’humanité devrait toujours passer en premier. Je me suis éloigné de la photographie pendant deux ans à cause de ces expériences.

Un Houngan (prêtre vaudou) commence à invoquer les esprits Lwa lors de la fête de Saint François d’Assise dans une région reculée d’Haïti. Anthony Karen TDR
Chaque année, cinq à dix pour cent des nouveau-nés en Haïti naissent avec un grave handicap mental ou physique. Beaucoup de ces nouveau-nés handicapés sont abandonnés et envoyés dans des orphelinats privés parce que les hôpitaux publics n’ont pas les ressources nécessaires pour s’occuper d’eux. Il n’existe pratiquement aucun service de réadaptation gouvernemental ou social pour les personnes handicapées dans les zones rurales d’Haïti. Malheureusement, les handicaps sont souvent perçus comme étant de nature spirituelle, non médicale, et causés par une malédiction ou un mauvais comportement. Par conséquent, les enfants ayant des besoins spéciaux sont souvent isolés ou mis au ban de la société. Les enfants handicapés sont beaucoup plus susceptibles de mourir avant l’âge de cinq ans en raison du manque de soins médicaux. Selon l’UNICEF, on estime à 50 000 le nombre d’enfants placés dans des orphelinats en Haïti.

Breizh-info.com : Enfin, quels sont vos prochains projets ?

Anthony Karen : Je suis en discussion avec un média au sujet d’un documentaire qui se concentre sur mon travail avec les séparatistes blancs. Sur le plan photographique, je suis à la recherche d’un nouveau projet dans lequel me plonger. Malheureusement, je ne dispose pas des ressources financières nécessaires pour le moment, sinon je serais au Moyen-Orient en train de faire du bénévolat dans les hôpitaux de campagne et de documenter la ligne de front. En attendant, je vais continuer à documenter les séparatistes blancs, car cette scène est en constante évolution.

Propos recueillis par YV

Rappel ; le site et les travaux d’Anthony Karen ici

Crédit photo : Toutes les photos sont la propriétés exclusives d’Anthony Karen, reproduction totalement interdite.

[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2023/10/20/225690/rencontre-avec-anthony-karen-un-photographe-humaniste-qui-immortalise-sans-jugement-des-scenes-de-vie-du-ku-klux-klan-et-des-nationalistes-blancs-interview/

samedi 4 juin 2022

Ernst Jünger : Préface à Aufmarsch des Nationalismus (1926)

 Nous revendiquons le nom de nationalistes - un nom qui est le fruit de la haine que nous vouent la populace grossière et raffinée, la canaille cultivée, le grouillement des attentistes et des profiteurs. L'objet d'une telle détestation, ce qui fait horreur à la vacuité des courants du progrès, du libéralisme et de la démocratie, a du moins l'avantage de ne pas être universel. Nous ne revendiquons pas l'universalité. Nous la rejetons, depuis les droits de l'homme et le suffrage universel jusqu'à la culture et aux vérités générales, en passant par le service militaire obligatoire et l'indignité généralisée qui en est le résultat nécessaire.

Les particularités qui n'en sont pas et les revendications universelles sont des particularités et des revendications de masse, et plus une chose est répandue, moins elle a de valeur. Se réclamer de la masse, c'est tirer gloire du poids, c'est-à-dire d'une propriété physique, et voir dans le concept d'humanité le concept le plus élevé, c'est voir l'essentiel dans l'appartenance à une espèce déterminée de mammifères. L'universel, c'est ce qu'on pèse, ce qu'on mesure et ce qu'on compte ; ce qui est exceptionnel, c'est ce dont on doit éprouver la véritable valeur. Vouloir l'universel signifie qu'on ne sent rien en soi d'exceptionnel et de valeur, tout au plus qu'on est objectif, exact, rationnel, méthodique, « sans parti-pris ». Vouloir le singulier signifie porter la mesure en soi, sentir la responsabilité du sang, reconnaître les puissances de l'âme comme les plus hautes.

La volonté du nationalisme moderne, le sentiment d'une génération nourrie jusqu'à la nausée de la phraséologie trop souvent prédigérée de l'Aufklärung, c'est le particulier. Il rejette mesures et surfaces, mais il aspire à ce qui les fonde et les engendre : la force de l'âme. Il ne tient pas à prouver ses droits par la science comme le marxisme, mais par l'abondance de la Vie même, que la science prenne appui sur elle ou non. Il ne veut ni délimitation ni définition des droits, mais il exige le droit de vivre qui procède de la Vie même, qui forme avec elle une nécessaire et indestructible unité, et qui doit forcément limiter et supplanter les autres sortes de droits s'il ne veut pas leur être subordonné. Il ne veut pas de la domination de la masse, mais veut celle de la personnalité dont la valeur intrinsèque et le degré de vitalité interne déterminent le rang et la prééminence. Il ne veut ni de la justice, ni de la liberté ni d'une égalité monotone ne reposant que sur des revendications, mais il veut jouir du bonheur qu'il y a à être exactement comme ça et pas autrement. Le nationaliste moderne ne veut pas non plus n'être tenu à rien et avoir « l'esprit libre », il veut plutôt les liens les plus étroits, un ordre et une hiérarchie déterminés par la société, le sang et le sol. Il refuse le socialisme des revendications mais il veut le socialisme des devoirs, un monde dur et stoïque auquel l'individu se doit de tout sacrifier.

La mère de ce nationalisme, c'est la guerre. Ce que nos littérateurs et nos intellectuels ont à en dire est sans intérêt pour nous. La guerre, c'est l'expérience vivante du sang, c'est pourquoi ne compte que ce que de vrais hommes ont à en dire. Le douteux manifeste de nos littérateurs ne peur abolir ni la guerre ni ce que la guerre a produit. C'est tout au plus l'un de ces drapeaux livrés au vent qui flatteront dans une autre direction à la prochaine occasion. Que la guerre, mesure de toutes choses, puisse révéler l'étendue de la platitude, c'est là une question d'intérêt purement psychologique.

Le noyau de la jeunesse allemande n'a passé la guerre ni dans les cafés ni dans les bureaux bien chauffés. Ce fut sans doute un enfer — eh bien soit, il appartient à l'essence de l'homme faustien de ne pas revenir les mains vides, fût-ce de l'enfer. Barbusse et les siens peuvent bien voir ce qui leur chante dans ce purgatoire incandescent, nous y avons vu davantage. Nous n'en revenons pas dans l'esprit du refus pur et simple. Seule la violence de la matière nous a révélé la violence de l'idée. Seule l'horreur du sacrifice nous a fait pleinement connaître la valeur de l'homme et ses distinctions hiérarchiques. Plus clairement que l'indistinct rougeoiement du feu, nous avons vu luire le brasier blanc de la volonté.

Grenades, nappes de gaz, chars d'assaut - cela peut bien être essentiel à la lâcheté comme ça l'est à la brutalité, pour nous c'est bien moins, ce n'est que l'apparence extérieure des choses, le sinistre fond sur lequel se détachent des hommes d'une nouvelle trempe, durs comme l'acier. Nous pressentons l'avènement de ce nouveau type d'homme parmi tous les peuples d'Europe, car de même que la guerre n'a pas frappé seulement les Allemands, de même le nouveau nationalisme n'est pas une conséquence limitée à l'Allemagne. Partout, nous voyons cette énergie vigoureuse nourrie de sang, différente suivant le génie de chaque peuple, déjà victorieuse ou encore au combat et qui aspire à de nouvelles formes. Il faut nous en réjouir, tandis que nous lançons aux autres aussi : « Ce que vous êtes, devenez-le ! », car nous préférons de beaucoup vivre dans un univers ou ce qui prend forme a un sens, plutôt que dans une bouillie sans consistance, sans forme, sans caractère et sans particularité.

Mais on peut bien nous concéder cela : c'est nous qui avons le plus cruellement souffert de la guerre. C'est pourquoi nous sommes aussi ceux qui, après l'éblouissement de l'horreur, aurons le plus besoin de temps pour nous ressaisir, et nous sommes en droit d'espérer qu'une fois le nouvel État jailli de terre, nous en occulterons les plus beaux fruits.

La guerre est notre mère, elle nous a engendrés comme une génération nouvelle dans le sein brûlant des tranchées, et c'est avec une orgueilleuse fierté que nous reconnaissons nos origines. C'est pourquoi nos jugements se doivent d'être héroïques, des jugements d'hommes de guerre et non de boutiquiers qui voudraient d'un monde à leur mesure, Nous ne voulons pas l'utile, le pratique ou l'agréable, nous voulons le nécessaire - ce que veut le Destin.

Le soldat allemand de première ligne défile, droite, gauche, en avant. Laissons à chacune des colonnes le temps de se rendre compte du sens de la marche. Il s'avèrera que nous nous dirigeons tous vers le même point. Mais nous ne pourrons pas en finir avec notre monde si nous ne sommes pas d'abord venus à bout de nous-mêmes. Notre étendard n'est pas rouge, ni noir-rouge-or, ni non plus noir-blanc-rouge, c'est le drapeau du Reich nouveau et plus grand qui se fonde dans notre cœur et qui doit prendre forme en lui et à partir de lui. Le temps est proche où il pourra être déployé au grand jour. C'est la guerre qui est notre tradition commune, le grand sacrifice - prenons conscience du sens de cette tradition !

Cet écrit, que je salue en tant que frère, compagnon d'armes et ami, et que d'autres suivront bientôt, présente brièvement les quatre piliers fondamentaux du nationalisme moderne. Il correspond à l'attitude d'une jeunesse qui n'est ni doctrinaire, ni libérale ni réactionnaire, et qui veut se tenir éloigner de l'esprit de cette « Révolution du rutabaga » qu'elle considère comme quelque chose de fondamentalement impur. C'est dans les plus terribles paysages du monde que cette jeunesse a appris de haute lutte que tous les anciens chemins ont pris fin et qu'il est nécessaire d'en tracer de nouveaux. La première phase de sa formation s'est achevée, et une nouvelle commence.

Nous saluons le sang que les flammes de la bataille ne consumèrent pas, mais transformèrent en un feu brûlant ! Ce qui ne put être détruit là-bas sera à la hauteur de tous les autres combats. Nous saluons ceux qui viennent et qui, à l'ancienne dureté, devront allier une plus grande profondeur ! Les bataillons se forment, bientôt les rangs seront complets. Nous saluons les morts dont les esprits se dressent face à notre conscience et nous exhortent, interrogateurs. Non, vous ne serez pas morts pour rien ! Allemagne, nous te saluons !

Ernst Jünger, in : Nouvelle École n°48, 1996.

(tr. fr. : Karin Moeglin, in Le nationalisme en ordre de bataille, mémoire de maîtrise, Strasbourg, 1992)

lundi 30 juillet 2018

Un entretien du Cercle Henri Lagrange avec Philippe Conrad

Disons d'abord que les entretiens du Cercle Henri Langrage sont en général d'une  grande qualité. Celui-ci n'échappe pas à la règle. Selon le formule habituelle, on n'est pas forcément d'accord sur tout. Mais il y a là de la part de Philippe Conrad une réflexion de fond sur le nationalisme - histoire, idéologie, avenir - qui nous intéresse au premier chef. A propos de plusieurs sujets, Philippe Conrad met en garde contre deux écueils pouvant affecter notre perception de l'histoire du nationalisme français : l'anachronisme et le manichéisme simplistes. Par paresse d'esprit ou information insuffisante. Ceux qui se donneront la peine d'écouter cet entretien très substantiel de près d'une heure et demie en tireront le plus grand bénéfice. Recommandé aux cadres du mouvement royaliste !  LFAR  
 Philippe Conrad est essayiste, historien et journaliste français, professeur d’histoire et directeur de séminaire au Collège interarmées de défense de 2003 à 2007, rédacteur en chef de La Nouvelle Revue d’histoire de 2013 à 2017, professeur d’histoire de l’Église au séminaire Saint-Philippe-Néri, président de l’Institut Iliade depuis 2014.
0:22     Définition du nationalisme
2:29     Nationalisme et révolution française
6:09     La Révolution française fut-elle nationaliste ?
9:07     Le nationalisme de gauche au XIXeme siècle
14:39    Le nationalisme français germanophobe
19:43    Le nationalisme français et le colonialisme
23:47    Le général Boulanger
27:56    L’affaire Dreyfus
32:32    Édouard Drumont
34:23    Déroulède et Barrès
38:39    Le nationalisme français et la question de la race
42:15    Charles Maurras
45:15    Le nationalisme français : une préfiguration du fascisme ?
49:24    Le colonel de La Rocque
52:37    La tentation fasciste
56:03    Le Parti populaire français
1:00:47  Marcel Déat
1:03:49  Gaullistes et pétainistes : une lutte pour la légitimité
1:08:46  Le discrédit du nationalisme après-guerre
1:10:45  le renouveau du nationalisme en France dans les années 60
1:13:52  Le Front National
1:18:43  La « Nouvelle Droite » et la voie européenne
1:23:18  Souverainisme et nationalisme
1:25:04  L’avenir du nationalisme

vendredi 10 février 2012

Les ligues nationalistes et l'Action française au début du XXe siècle.

L’an dernier s’est tenu à Paris un colloque du Centre d’histoire de Sciences Po. sur « L’Action française ; culture, société, politique », colloque auquel j’ai assisté et dont j’ai déjà parlé sur ce blogue, et dont l’AF-2000 a déjà fait état en ses colonnes. Les études présentées à ce passionnant colloque viennent d’être regroupées et, le plus souvent, complétées dans un ouvrage universitaire publié récemment sous ce même titre et qui se trouve être à la fois passionnant et, parfois, sévère (mais le plus souvent à juste raison) à l’égard de l’AF. Il est une mine de renseignements sur l’histoire de l’Action française, sur sa sociologie et ses personnalités (trop souvent méconnues des royalistes eux-mêmes : qui se souvient de Frédéric Delebecque ou de Jean Héritier, par exemple ?), sur ses positions et sur ses implantations locales (de la Bretagne au Languedoc, du Nord à la Provence) ; etc. Cet ouvrage est absolument indispensable à qui veut mieux comprendre et discuter de l’histoire de l’AF et, surtout, de l’AF dans l’histoire…
Il m’a semblé intéressant de suivre, sur quelques articles, le plan du livre et d’en résumer, voire d’en discuter, les principales lignes. Aujourd’hui, la partie intitulée « Autour de la notion maurrassienne d’héritage » et, plus particulièrement, le chapitre sur les nationalistes à la naissance de l’AF.
Les nationalistes et l’Action française au début du XXe siècle.
L’Action française est née de l’Affaire Dreyfus, a toujours affirmé Maurras : c’est ce que confirme Bertrand Joly dans son article passionnant et très réfléchi, « Les ligues nationalistes et l’Action française : un héritage subi et rejeté », article dans lequel il montre surtout les liens et les distances entre l’AF des origines et les milieux nationalistes issus du boulangisme et de l’antidreyfusisme. Lorsque paraît l’Action française, petite revue revendiquée nationaliste qui titre « Réaction, d’abord » comme un mot d’ordre qui s’adresse sans doute d’abord aux nationalistes eux-mêmes, les seuls royalistes s’affirmant tels sont Charles Maurras et Frédéric Amouretti, mais les autres rédacteurs sont potentiellement « gagnables » au royalisme, du moins si l’on suit la logique de Maurras qui, du coup, qualifie intelligemment son nationalisme d’ « intégral » comme si la Monarchie ne pouvait en être que l’aboutissement logique, absolument logique, inéluctable résultat de la réflexion sur la conservation de la nation française et seul moyen de maintenir ce qui doit l’être. Cette logique est celle que Maurras, par une stratégie fort habile, met en avant et développe pour convaincre ses compagnons de la revue d’AF : c’est d’ailleurs pour eux qu’il rédigera « Dictateur et Roi » et qu’il pensera quelques uns des arguments de son « Enquête sur la Monarchie » qui, me semble-t-il, s’adresse aussi encore plus nettement aux monarchistes traditionnels, ne serait-ce que parce qu’elle est publiée, à dessein et aussi par défaut, dans le quotidien monarchiste alors le plus représentatif, « La Gazette de France ».
Ce que souligne avec force Bertrand Joly, c’est combien le groupe initial de l’AF, motivé par Maurras qui va lui donner sa coloration monarchiste, a des relations ambiguës avec les nationalistes, entre récupération et épuration, et comment cette stratégie, en fin de compte, ne donnera pas tous les résultats escomptés, sans doute à cause de la nature même du nationalisme populiste de la fin XIXe siècle : l’Action française « en a sous-estimé l’autonomie et la plasticité, elle n’y a vu qu’une ébauche informe et grossière, alors que ce nationalisme non royaliste possédait sa logique propre et son élan particulier », ce qui explique que, quantitativement, elle ne pèsera jamais grand-chose sur le plan électoral (en particulier quand elle se risquera, au début des années 20, à affronter l’épreuve des urnes).
Mais, malgré cela, l’AF a « dépassé » le nationalisme antidreyfusiste par son caractère beaucoup plus intellectuel et par son appel (et sa confiance, dans un premier temps) à la jeunesse dont les ligues avaient tendance à se méfier, sans doute parce que leurs dirigeants, par pragmatisme ou par opportunisme, restaient perméables au jeu démocratique et parlementaire (malgré une rhétorique antiparlementaire) et à sa nature « modératrice » (récupératrice ?) : « L’Action française fait au contraire confiance aux jeunes et cultive son implantation au quartier latin : à bien des égards, le remplacement des ligues nationalistes par l’AF correspond aussi à une relève de génération et à une inflexion sociologique, qui contribuent à priver Barrès de son titre de « prince de la jeunesse ». »
D’ailleurs, Maurras et ses amis ont une forte tendance à dénigrer ces nationalismes qui n’osent pas conclure ou qui se trompent et, du coup, trompent leur public : ainsi, « pour Vaugeois repris par Maurras, il existe trois sortes de nationalisme, le parlementaire, le plébiscitaire et le royaliste, deux mauvais et un bon. A l’égard des deux premiers, l’Action française alterne marques d’estime et sarcasmes, les seconds l’emportant nettement sur les premières (…).
Les plébiscitaires forment le principal groupe d’irrécupérables et ne méritent donc guère de ménagements, qu’ils soient bonapartistes ou républicains. (…) Mais c’est à la République plébiscitaire de Déroulède que Maurras et ses amis réservent l’essentiel de leurs coups ». La Ligue de la patrie française (et, au-delà du propos de Bertrand Joly qui porte sur les années 1900, l’on pourrait citer, pour les années trente, les Croix de Feu et leur chef honni par l’AF, le colonel de la Rocque) en fera d’ailleurs les frais et essuiera des critiques d’une virulence rare, mais aussi d’une ironie cinglante, l’AF se voulant, se pensant comme une sorte d’avant-garde intellectuelle du nationalisme français, exclusive et intransigeante, avant-garde qui, d’ailleurs, se verra confirmée dans ses raisons par la déroute électorale des nationalistes de l’année 1902, déroute qui « abandonne aussi [à l’AF] un espace à prendre dont Maurras va savoir profiter. Débarrassée de toute concurrence, l’Action française peut maintenant prendre son véritable essor », même si cela ne se traduit pas par un ralliement massif des nationalistes dont beaucoup vont se fondre dans les mouvements « installés » de la IIIe République.
Que reste-t-il de l’héritage ou de l’influence des nationalistes « d’avant l’AF » dans cette Action française encore en recherche et en cours de formation au début du XXe siècle ? Selon Joly, au-delà de « la plupart des thèmes ou plutôt des haines et des ennemis du nationalisme (…) : pour l’antisémitisme, l’antiparlementarisme, l’antimaçonnisme, la haine d’une république faible qui affaiblit la France, la dénonciation d’un régime de bavards, de médiocres et de panamistes, Maurras et les siens n’inventeront absolument rien, sinon, disent-ils, le vrai remède ». Il me semble que cette récupération est aussi une tentative de reformulation d’un « sentiment national », parfois outrancier parce que blessé (1871 n’est pas si loin, et la question de l’Alsace, annexée par l’Allemagne, reste une plaie mal refermée, en particulier pour l’image que la France a d’elle-même) que Maurras s’inquiète de voir livré à lui-même, avec le risque d’une dérive à la fois populiste et plébiscitaire (on dirait aujourd’hui, sans référence à la famille de Napoléon, « bonapartiste »), et celui d’un déchirement de l’unité française par la main-mise de groupes de pression sur l’Etat : contrairement aux partis nationalistes républicains, souvent chauvins et irréfléchis, Maurras cherche à donner une ligne de conduite intellectuelle aux « nationalistes conscients » ou, plutôt à ceux qu’il s’agit de « conscientiser », et sans doute faut-il voir, à travers cette dénonciation maurrassienne des « quatre états confédérés » (dénonciation souvent polémique et parfois fort démagogique et injuste qui privera l’AF d’une part des élites intellectuelles de ce pays) une forme de refus de ce que l’on nomme aujourd’hui les « communautarismes ». La grande ambition de Maurras est de refaire l’unité de l’Etat sans, pour autant, étouffer les diversités françaises originelles, provinciales, mais en écartant les agrégats, les « noyaux durs » qui, de la faiblesse de l’Etat républicain, cherchent, selon lui et les nationalistes, à tirer profit : cela permet de mieux comprendre en quoi le cardinal Richelieu est le modèle même de Maurras au point que son buste sera dans le bureau du doctrinaire royaliste, et que ce dernier écrira sous son regard, sous son patronage silencieux… Or, pour Maurras, il n’y a pas de Richelieu s’il n’y a pas de Louis XIII, de roi : pas de gouvernement et d’unité sans le « trait d’union » du règne, dans le temps comme dans l’espace. L’extrémisme de Maurras peut se comprendre, à mon sens, comme une forme de « nationalisme d’urgence » devant ce qu’il ressent, avec les conséquences de l’Affaire Dreyfus, comme une destruction des « moyens de l’Etat » (en particulier militaires et politiques) et, donc, de ce qui fait de l’Etat cette instance politique protectrice nécessaire à la vie des Français et de leurs communautés « de base » (familles, communes, provinces…). D’autre part, si Maurras et les siens reprennent les thématiques générales des nationalistes, souvent avec un brin de démagogie, c’est aussi pour les attirer vers l’AF, en pensant récupérer les « meilleurs éléments », les plus utiles à la conquête de l’Etat.
Mais Bertrand Joly, quant à lui, ne croit pas que Maurras veuille prendre le pouvoir, ne serait-ce que parce qu’en reprenant le « style nationaliste » (« la violence rhétorique et l’outrance, les avis abrupts et un manichéisme primaire, l’appel au sabre et les attaques ad hominem (…) »), il en est contaminé par le défaut majeur de l’agitation : « Par cette rhétorique de vaincu, le nationalisme lègue aussi à son héritier tout le venin de son impuissance. A l’Action française comme dans les ligues, on attend Godot, l’ultime forfait de la République parlementaire qui va réveiller enfin le pays et accoucher d’une révolution à rebours, avec chez les uns et les autres le même écart entre une efficacité médiatique impressionnante et des résultats bien minces au total : manifestations houleuses, éditoriaux vengeurs, déclarations provocatrices, rien de tout cela ne menace vraiment le régime et tout ce bruit cache mal une abstention à peu près permanente : le seul fait que Maurras se demande gravement si le coup de force est possible prouve qu’il ne l’est pas et, dès lors, la littérature et la presse doivent jouer chez lui et les siens le même rôle compensateur et cathartique que chez Barrès ». Bertrand Joly reprend là un vieux débat qui a maintes fois agité l’AF elle-même et qui en a désespéré plus d’un… Contrairement à ce qu’il pense, le fameux texte de Maurras « Si le coup de force est possible » (1910) n’est pas un traité du renoncement mais une tentative de « penser la prise du pouvoir », en cherchant quelles sont les possibilités stratégiques pour « faire le coup » et sur quelles bases sociopolitiques s’appuyer pour mener à bien ce projet : le problème n’est pas dans la volonté de Maurras d’aboutir mais dans les conditions et, sans doute, dans l’absence d’un « appareil d’AF » capable de mettre en œuvre une stratégie autre que théorique mais aussi dans un certain « confort intellectuel » qui va endormir les velléités monarchistes, avec cette fameuse formule qui empêchera souvent d’aller plus loin, « Notre force est d’avoir raison », véritable certitude qui deviendra l’alibi d’une certaine paralysie pratique, malgré la bonne volonté et le dévouement des Camelots du Roi. Sans doute ce texte de Maurras ne sera-t-il pas réactualisé et repensé après la Grande guerre et peu réédité par l’AF, comme si la page était tournée : il faudra attendre les années 60 pour que quelques militants, souvent lecteurs de Pierre Debray (théoricien maurrassien des années 50-70), rouvrent et reprennent les réflexions avancées dans ce petit ouvrage que Maurras, d’ailleurs, n’a pas écrit seul (Frédéric Delebecque et le Georges Larpent en sont les co-rédacteurs)… En fait, Maurras considère que la boucherie de 1914-1918 a changé la donne et, sans doute, que « le compte n’y est plus » parce que l’un des arguments forts de sa réflexion politique (c’est-à-dire que la République est incapable de gagner, en définitive, la guerre étrangère) est apparemment invalidé par la IIIe République qui, d’ailleurs, ne se gêne pas pour récupérer la Victoire : en instaurant ce que Maurras nomme la « monarchie de guerre », le vieux républicain patriote Georges Clémenceau coupe l’herbe sous le pied des nationalistes d’AF et utilise le « moyen monarchique » pour assurer la « fin républicaine », stratégie gagnante qui consolide la République sur son flanc droit. Désormais, les républicains pourront se targuer de cette victoire de 1918 pour montrer la crédibilité de la République et amadouer (ou désarmer) les nationalistes…
Ainsi, la stratégie de Maurras et de l’AF doivent s’adapter à la nouvelle donne et la « nécessité nationaliste » apparaît moins pressante, moins urgente : il faudra attendre la fin des années trente pour qu’elle retrouve un écho mais, là, dans une « notabilité éditoriale » privée de tout mouvement politique puisque, si le quotidien « L’Action française » dispose d’un fort lectorat, elle n’a plus de débouché militant, la « ligue d’AF » et les Camelots du Roi étant désormais dissous et interdits depuis 1936. Ainsi, le propos de Bertrand Joly me semble moins crédible pour la période même de la rédaction de « Si le coup de force est possible », vers 1910, que pour la période postérieure à 1918. D’autre part, que la possibilité du « coup de force » monarchique soit moins immédiate n’enlève rien à la nécessité de la conclusion royale aux raisonnements nationalistes, et, une fois entièrement royaliste (à partir de 1902), l’Action française ne se déjugera pas et, au contraire, approfondira constamment les raisons de son royalisme. Elle refusera, malgré les injonctions parfois sympathiques qui pourront lui être faites, de renier ce qui va devenir, de plus en plus, son « identité » au sein du paysage nationaliste français.

dimanche 24 juillet 2011

Polémistes et pamphlétaires français : Charles Pierre Péguy

Charles Pierre Péguy est né le 7 janvier 1873 à Orléans. Il est issu d'une famille modeste. Sa mère est rempailleuse de chaises, son père est menuisier. Péguy est d'abord, comme l'écrira Pierre Dominique, un paysan, un petit gars de la campagne instruit, cultivé, et qui écrira comme on laboure… Il démontre, dès son plus jeune âge, un caractère affirmé. Son proviseur écrit dans son bulletin : « Toujours très bon écolier, mais gardons-nous du scepticisme, et restons simple. J'ajouterais qu'un élève comme Péguy ne doit jamais s'oublier ni donner l'exemple de l'irrévérence envers ses maîtres ».

Rebelle, dès son plus jeune âge… Il prépare le concours de l'École normale supérieure. C'est à la fin de cette période qu'il devient, selon un de ses condisciples, « un anticlérical convaincu et pratiquant ». Il affine ses convictions socialistes. Une vision personnelle faite de rêves de fraternité et de convictions issues de la culture chrétienne. À l'École normale supérieure, il est l'élève de Romain Rolland et de Bergson, qui ont une influence considérable sur lui. Romain Rolland le décrit ainsi : « Il était fils de pauvres gens, mais point, comme Vallès, de petits bourgeois, non, il venait du peuple, paysan et artisan, du peuple en sabots, il avait de la terre orléanaise à ses sabots ». Il ignorait les compromis. Il s'en prit à tout le monde : les républicains, les socialistes, les libres-penseurs, les syndicalistes, les gens de droite, les financiers, la Droite de l'Académie, sa Gauche, et toutes les revues, dont l'Action Française. Péguy s'en prend à Barrès : « Barrès ! En voilà un ! Il a tout, l'Académie, l'État, la Gloire, et il tremble devant n'importe quel morveux de journaliste. Il écrit des quatre pages à de petits imbéciles qui, d'ailleurs, se foutent de lui et qui ont bien raison. » L'inventeur de l'expression « les hussards noirs de la République » ? C'est Péguy. Un polémiste.

Après avoir été Dreyfusard, il, se convertit au nationalisme. Et il s'en prend au « parti intellectuel » : « Ils tiennent tout, tout le pouvoir temporel. » C'est une « Église laïque, radicale… ». Et il dénonce « le caprice, le délire, la démence, la brutalité de quelques despotes. Et même  quelquefois  leur bestialité. » Pour Péguy, « la race française » est le fruit millénaire d'une correspondance entre un peuple et une terre irriguée par des siècles de christianisme. Un christianisme païen, au sens de paganus (paysan). Il s'oppose fermement à « cet universalisme facile » qui commence, à ses yeux, à envahir le monde. « Je ne veux pas que l'autre soit le même. Je veux que l'autre soit autre », affirme-t-il. Péguy est un combattant. Écoutons-le quand il parle de la foi : « Vae lepidis, malheur aux tièdes. Honte aux honteux. Malheur et honte à celui qui a honte. […] Nulle source n'est aussi honteuse que la honte. Et la peur. Et de toutes les peurs, la plus honteuse est certainement la peur du ridicule, d'être ridicule, de paraître ridicule, de passer pour un imbécile. » Péguy exècre la modernité. Il critique dans la modernité la vanité de l'homme qui prétend remplacer Dieu, et un avilissement moral dû à la part donnée à l'argent et à l'âpreté mise à sa recherche  et  à  son   accumulation. Il dénonce ce monde qui tourne le dos aux humbles vertus du travail patient du paysan ou de l'artisan.
Nationaliste, il le fut. Et catholique. Bien qu'il n'eut jamais communié adulte il partit en juin 1912, touché par la maladie de l'un de ses enfants, en pèlerinage à Chartres. Il écrira : « J'ai tant souffert et tant prié… Mais j'ai des trésors de grâce une surabondance de grâce inconcevable ».
Lieutenant de réserve, il part en campagne dès la mobilisation, en août 1914. Il meurt au combat le 5 septembre 1914 Un de ses amis a raconté, qu'avec fierté il avait dit, avant son départ pour le front : « Tu les vois, mes gars ? Avec ça, on va refaire 93 ».
Écoutons ce grand patriote :
« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre,
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés ».
R.S. RIVAROL 22 AVRIL 2011

samedi 23 mai 2009

2 novembre 1847 : le camarade Sorel

Né à Cherbourg le 2 novembre 1847, au sein d'une famille de la bonne bourgeoisie, le Normand Georges Sorel a eu tout d'abord un parcours qui avait tout pour satisfaire sa famille : études brillantes, débouchant sur l'Ecole polytechnique - un cadre hors de pair pour repérer et donner leur envol aux meilleurs esprits. Puis Sorel a exercé jusqu'à quarante-cinq ans les fonctions d'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. Une carrière austère, mais permettant à une intelligence aiguë, inventive, audacieuse de se frotter aux réalités. La chose est précieuse car trop d'hommes de talent se perdent en se coupant du contact avec le réel.
Ayant ainsi accumulé une féconde expérience, Sorel démissionne pour se consacrer à des études et réflexions. personnelles, qui vont nourrir pendant trente ans un nombre impressionnant d'articles et de livres publiés en français, en allemand ou en italien (ce qui permet à Sorel de toucher l'élite des intellectuels organiques de son temps). Il faudrait pouvoir citer tous les ouvrages de Sorel. Les illusions du progrès, La décomposition du marxisme, De l'utilité du pragmatisme sont, entre autres, des textes qui restent précieux. Mais son ouvrage à juste titre le plus connu est ses Réflexions sur la violence. Ce livre a été lu, médité, annoté tant par Lénine que par Mussolini. A lui seul il justifie l'affirmation de Zeev Sternhell : « Vacher de Lapouge et Sorel ont joué dans l'histoire des idées un rôle plus significatif que celui de Guesde ou de Jaurès. »
Sorel s'inscrit dans le vaste mouvement de contestation fondamentale de l'individualisme libéral qui anime, à la charnière du XIXe et du XXe siècle, tout un pan de l'intelligence française. Sur cette ligne de front, le "gauchiste" Sorel côtoie sans complexe les nationalistes les plus cohérents, c'est-à-dire ceux qui savent bien que le bourgeoisisme est l'ennemi principal. Aux vétérans communards ou bonapartistes vient se joindre, à l'orée d'un nouveau siècle, une jeune génération révolutionnaire. A tous Sorel apporte un message d'une grande force de conviction, élaboré avec la rigueur et l'efficacité apprises à Polytechnique. Il s'agit d'attaquer et de rompre ce consensus centriste, auquel se sont ralliés les socialistes parlementaires (rien de nouveau sous le soleil... ) et qui engendre immobilisme politique, décadence intellectuelle et morale. Dans la foulée d'un Renan, Sorel affirme la nécessité, pour les âmes fortes, de se libérer du mirage matérialiste qui est le soubassement du capitalisme. Un capitalisme qui sait utiliser à merveille l'illusionnisme égalitariste : « Dans les pays de démocratie avancée, on observe dans la plèbe un profond sentiment du devoir d'obéissance passive, un emploi superstitieux de mots fétiches, une foi aveugle dans les promesses égalitaires. » Pour que la "plèbe" devienne le peuple, affranchi et responsable, il lui faut se libérer tant du capitalisme que du marxisme, cette imposture basée sur « les immenses avantages que procure une exposition obscure à un philosophe qui a réussi à se faire passer pour profond ».
La libération populaire passe par la violence et il faut des mythes pour, après avoir réalisé la mobilisation collective des esprits, les déterminer à agir. Ces axes de la réflexion sorélienne suscitent encore aujourd'hui la mise au pilori de Sorel, accusé d'être un préfasciste. C'est une bonne raison, pour ceux que les excommunications et les exorcismes laissent impavides, de lire et de relire Sorel.
P. V National Hebdo du 29 octobre au 5 novembre 1998

dimanche 1 mars 2009

La droite maurrassienne contre le racisme

Le nationalisme français traditionnel, tel qu'il fut notamment théorisé par Charles Maurras, a tout au long du XXe siècle rejeté vigoureusement le racisme. Parce que celui-ci est perçu, dans ce courant ce pensée, comme totalement étranger à ce qui a fait la France.

« Si le racialisme de Gobineau n'a pas fait école en France », écrit Pierre-André Taguieff, c'est notamment du fait « de l'incompatibilité du nationalisme français, incarné par l'Action française (fondée en juin 1899), avec toute forme de matérialisme biologique »(1). Charles Maurras, en effet, traitait volontiers le comte de Gobineau, père du racialisme, de « Rousseau gentillâtre » ou de « stupide et indigne Français », selon l'humeur mais avec une belle constance. Selon le défenseur du nationalisme intégral, la pensée de Gobineau était en ce domaine pénétrée de germanisme et d'esprit allemand. Comme il l'écrira le 10 octobre 1926 dans son journal L'Action française : « Nous sommes des nationalistes. Nous ne sommes pas des nationalistes allemands. Nous n'avons aucune doctrine qui nous soit commune avec eux. Toutes les falsifications, tous les abus de textes peuvent êtres tentés : on ne fera pas de nous des racistes ou des gobinistes. »(2)

« Le racisme répugne à l'esprit français » (J.-P. Maxence)

En 1937, se félicitant de l'encyclique du pape Pie XI Mit brennender Sorge Avec une vive inquiétude ») condamnant le nazisme, Maurras parlera du racisme comme de son « vieil ennemi », rappelant que « dès 1900, ses maîtres français et anglais, Gobineau, Vacher de Lapouge, Houston Chamberlain, avaient été fortement signalés par nous à la défiance des esprits sérieux et de nationalistes sincères ».

Effectivement, quand, en juin 1900, Jacques Bainville (qui n'a que vingt-et-un ans) avait recensé avec un peu trop de complaisance le livre de Vacher de Lapouge, L'Aryen, son rôle social, dans la Revue grise d'Action française, Maurras avait tancé son jeune compagnon, le mettant en garde contre les « rêveries de race pure ».

Cette condamnation radicale du racisme par le chef du néo-royalisme français fera des émules chez les nationalistes français. Notamment dans la génération des non-conformistes des années 1930. En mai 1933, au lendemain de la victoire électorale d'Hitler en Allemagne, Thierry Maulnier écrit dans L'Action française : « Le racisme et l'étatisme ne peuvent correspondre qu'à des sociétés imparfaites. Une société dans laquelle la civilisation a atteint ses sommets les plus rares ne peut se contenter de telles significations, l'édifice des valeurs les plus aristocratiques ne saurait abriter ces religions grossières, dont la pauvreté spirituelle n'a d'égale que la malfaisance et la stérilité. »(3) Dans le même temps, son ami Jean-Pierre Maxence pousse un cri du cœur : « Le racisme, écrit-il dans La Revue du siècle, répugne à l'esprit français. Il y a dans le nationalisme français des valeurs universelles et assurées qui se refusent à toute attitude agressive ou impérialiste. »(4) On ne peut pas faire plus clair.

« Vacher de Lapouge ne me semble devoir intéresser que les éleveurs »

Exilé volontaire au Brésil, l'ancien camelot du roi Georges Bernanos écrit en décembre 1940 dans un article repris dans Le Chemin de la Croix-des-Ames : « Je ne méprise nullement l'idée de race, je me garderais plus encore de la nier. Le tort du racisme n'est pas d'affirmer l'inégalité des races, aussi évidente que celle des individus, c'est de donner à cette inégalité un caractère absolu, de lui subordonner la morale elle-même, au point de prétendre opposer celle des maîtres à celle des esclaves. »(5) Et le romancier catholique d'opposer la richesse des nations à l'archaïsme des races. Maurras allait encore plus loin : ne disait-il pas volontiers qu'« aucune origine n'est belle »? il ajoutait : « La beauté véritable est au terme des choses. »(6)

L'un des principaux héritiers intellectuels de Maurras, le métaphysicien Pierre Boutang, n'est pas en reste quand il affirme en 1949 dans son pamphlet La République de Joinovici : « Je ne suis pas raciste. Le comte de Gobineau m'ennuie quand il n'est pas romancier. Vacher de Lapouge ne me semble devoir intéresser que les éleveurs ; j'ai une autre idée que Rosenberg de l'homme, cet être étonnant entre tous, qui vit dans les cités, mais dans sa solitude, modèle son rapport à Dieu. »

Au racialisme pessimiste d'un Georges Gobineau, à l'eugénisme d'un Georges Vacher de Lapouge, le nationalisme français a opposé une conception de la nation forgée par l'histoire, affirmant que la lutte des races ne valait pas mieux que la lutte des classes. N'en déplaise aux antiracistes falsificateurs qui voudraient inscrire Maurras dans la généalogie intellectuelle du racisme, ou à quelques autres qui voudraient annexer la pensée du Martégal.

Jacques Cognerais, LE CHOC DU MOIS de février 2009


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1. Pierre-André Taguieff, La Couleur et le Sang, Mille et Une Nuits, 2002.
2. Charles Maurras, Dictionnaire politique et critique, Tome III.
3. Thierry Maulnier, in L'Action française du 30 mai 1933,
4. Jean-Pierre Maxence, ln La Revue du siècle, mai 1933.
5. Georges Bernanos, « Race contre nation », in Essais et écrits de combats Il, Gallimard, 1995.
6. in Anthinéa : d'Athènes à Florence, 1901.