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samedi 7 septembre 2024

Il y a 70 ans… Ðiện Biên Phủ, perdu avec les honneurs

 © ECPAD

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Ce 7 mai, la France continue de se souvenir du siège historique mené au cœur de l’Indochine et qui sonna le glas d’une guerre de sept ans, sept mois et trois jours. « Ils attendaient dans la cuvette/le tout dernier assaut des Viets/dans la boue, ils creusaient leurs trous, Ðiện Biên Phủ », chante toujours Jean-Pax Méfret. « Aujourd'hui tout l'monde s'en fout, de Ðiện Biên Phủ, mais nous, nous restons fiers de vous, Ðiện Biên Phủ. ». Montrons au chanteur de l’Occident que non, tout l’monde ne s’en fout pas, de Ðiện Biên Phủ, et rendons hommage, par le récit de cette triste bataille, aux milliers de courageux héros tombés pour la France voilà 70 ans.

Encerclés dans la cuvette

C’est aux confins du Tonkin et du Laos que se trouve le petit village de Ðiện Biên Phủ. Ce dernier fut choisi en 1953 comme base aéroportée afin de soutenir les armées françaises lors de la guerre d’Indochine. Mais les troupes Viêt-Minh découvrent le site stratégique et décident de le prendre afin de nuire à leurs ennemis européens. Le 13 mars 1954, le général Võ Nguyên Giáp déclenche une attaque surprenante qui annonce le début du siège de Ðiện Biên Phủ. Pour les forces françaises, c’est la stupeur. Même si elles savent que leur adversaire s’est regroupé pour les attaquer à cet endroit, elles ignorent tout de sa puissance de feu, pensant que la jungle empêchera tout acheminement d’artillerie suffisamment puissante pour les menacer.

Commencent, alors, de longs jours ponctués de combats incessants contre les assauts ennemis, le tout sous le feu des obus. L’avancée des troupes de Hô Chi Minh est telle que les Viêt-Minh parviennent à empêcher, par un pilonnage intensif du terrain d’aviation, toute arrivée de renforts et de ravitaillements qui pourraient contrer leur plan. Le dernier avion se pose ainsi le 27 mars et apporte avec lui Geneviève de Galard. « L’Ange de Ðiện Biên Phủ » (son surnom) est d’un grand secours pour les soldats français blessés qu’elle soigne et réconforte de son mieux, jusqu’à la fin.

Une lutte acharnée

Mais les semaines passent et l’étau viêt-minh se resserre inexorablement autour du camp français. Il n’est pas un jour sans que les combattants n’apprennent qu’un camarade est mort au champ d’honneur ou qu’un fortin est attaqué ou pris par l'ennemi. Ces points d’appui stratégiques sont tous baptisés par le général de Castries de prénoms féminins : Gabrielle au nord, Béatrice, Éliane et Dominique à l'est, Anne-Marie, Huguette, Claudine, Françoise, Liliane, Junon à l'ouest, Isabelle au sud et, non loin du centre de commandement, au centre, Épervier.

Tous tomberont, non sans que leurs occupants se soient battus jusqu’au bout avec le courage des âmes héroïques. Après 55 jours de luttes acharnées, l’ordre est tristement donné de cesser les combat, le 7 mai 1954. L’épuisement des soldats sur le champ de bataille et l’absence de soutien de la part des alliés, notamment américain, impose l'issue de la bataille : la France comprend que tout est désormais perdu et que faire encore couler le sang de ses enfants sera inutile.

Le prix cuisant de la défaite

Pour notre pays, cette défaite est cruelle. Des milliers de soldats faits prisonniers ne seront pas rendus à la patrie et devront marcher jusqu’à des camps où beaucoup mourront de faim ou de maladies. Les plus résistants endureront alors les brimades et la rééducation politique imposée par leurs bourreaux communistes jusqu’au moment où ils obtiendront leur libération. La France, quant à elle, renonce à son empire colonial en Asie en signant, le 20 juillet 1954, les accords de Genève. Elle abandonne l’Indochine à ses nouveaux maîtres.

Certains d’entre vous, chers lecteurs, demandaient, lors des commémorations de la bataille de Camerone, pourquoi la France avait l’habitude de célébrer des défaites comme celle de Ðiện Biên Phủ. Notre pays ne voue pas de culte à ses échecs militaires et ne cultive ni le pessimisme ni l’esprit de revanche. Notre nation rend en réalité hommage aux hommes et aux femmes qui ont fait preuve d’un courage exemplaire et qui se sont sacrifiés volontairement pour des idéaux plus grands qu’eux. N'oublions pas les noms de nos anciens inscrits sur nos monuments afin que leur exemple continue d’être transmis aux générations futures et que jamais ne meurent l’héroïsme et le patriotisme en France.

Eric de Mascureau

samedi 1 juin 2024

Geneviève de Galard, « l’ange de Ðiện Biên Phủ », vient de mourir : sa place est au Panthéon !

 

Geneviève de Galard

Même Emmanuel Macron, peu suspect de nostalgie envers les guerres coloniales, n’a pas pu faire autrement que de se fendre d’un tweet. 

C’est vous dire à quel point Geneviève de Galard était une icône.

 Ou alors, il doit y avoir, parmi ses « plumes », des gens plus cultivés, plus patriotes que lui, pour lui tirer la manche. L’ange de Ðiện Biên Phủ a rejoint le Paradis, à 99 ans, ce 30 mai 2024.

Geneviève de Galard était née dans une vieille famille originaire de Gascogne. Orpheline de père à l’âge de neuf ans, elle quitte, au tout début de la guerre, la capitale pour Toulouse, puis, à son retour, en même temps qu’elle étudie l’anglais à la Sorbonne, consacre son temps aux handicapés. La passion de servir et de consoler ne la quittera pas : infirmière, puis convoyeuse de l’air, elle a déjà une idée précise de ce qu’elle veut faire de sa vie. Ainsi, en mai 1953, alors que la IVe République se désintéresse petit à petit d’un conflit colonial qui s’enlise, elle demande à être affectée en Indochine et débarque à Hanoï, d’où elle s’occupe d’organiser les évacuations sanitaires des soldats malades ou blessés au feu - dont, dès janvier 1954, ceux de Ðiện Biên Phủ.

Le "courage tranquille"

En mars, la situation devenant très difficile dans la tristement célèbre cuvette, elle doit être déposée sur place. Son avion est détruit. Il lui faut rester. Elle choisit de servir comme infirmière à l’hôpital de campagne. Seule femme du détachement médical, elle fait très rapidement l’admiration de tous. Déjà, la presse anglo-saxonne la surnomme « l’ange de Ðiện Biên Phủ ». Jamais la célèbre citation de Guy de Larigaudie sur les jeunes filles (« Leur présence est un apaisement. Elles sont un sourire et une douceur dans notre cercle de luttes ») ne s’est si bien incarnée qu’en cette femme héroïque et douce dont le général de Castries, commandant le camp retranché, saluera le « courage tranquille » et le « dévouement souriant » en lui remettant la Légion d’honneur.

 Ce jour-là, nous sommes le 29 avril 1954. Ðiện Biên Phủ se rendra moins de dix jours plus tard.

Libérée fin mai, Geneviève de Galard débarque à Orly sous les vivats et fait la une de Paris Match. En juillet, elle est accueillie en grande pompe aux Etats-Unis par le président Eisenhower. Et puis, tranquillement, avec une admirable humilité, l’héroïne s’efface. Elle se marie avec un capitaine rencontré en Indochine, dont elle aura trois enfants, et ne fera plus parler d’elle, sauf par son action sur les autres, comme une rivière souterraine. Tant d’honneur, tant de courage, tant d’humilité ne se rencontrent plus guère : son rayonnement en fit par exemple un modèle pour l’une de ses amies proches, Michèle de Castelbajac, qui deviendra, en cachette de ses parents puisqu’elle était encore mineure, convoyeuse de l’air à dix-neuf ans.

Une femme pour le Panthéon

Voici maintenant Geneviève de Galard au bout du voyage. Là-haut, il y a tout un monde pour l’accueillir : des héros au cœur pur, fauchés pour une guerre que nous avons oubliée ; de jeunes soldats, presque des enfants, dont le regard souffrant ne cessa de la hanter pendant des décennies ; sans doute y aura-t-il aussi, car nous sommes la religion de Marie-Madeleine, les prostituées du BMC, qui s’improvisèrent courageusement infirmières, et que des historiens petit-bourgeois ont préféré oublier. Ici-bas, en revanche, la seule place qui convienne à Geneviève de Galard – et il va sans doute falloir se mobiliser pour cela - est le Panthéon. Adieu, Madame, vous voici infirmière des âmes : priez pour nous et pour la France « dans notre cercle de luttes ».

https://by-jipp.blogspot.com/2024/06/genevieve-de-galard-lange-de-ien-bien.html#more

lundi 13 mai 2024

Le Nouveau Passé-Présent - Diên Biên Phu : chronique d'une défaite annoncée

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7 mai 1954, il y a 70 ans jour pour jour, au nord du Vietnam, près de la frontière avec le Laos, la bataille de Diên Biên Phu se termine. Elle oppose depuis le 13 mars les combattants du Viêt Minh et l'armée française prise à son propre piège. Assiégés, les combattants du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient et les troupes autochtones vont vivre plusieurs semaines d’enfer.

Les survivants, prisonniers, connaîtront ensuite une captivité souvent inhumaine. Quelles sont les raisons de cette catastrophe, de cette cuisante défaite ? Explications en compagnie du professeur François Cochet, co-auteur de "La guerre d'Indochine - Dictionnaire" (éditions Perrin).

La Revue d'Histoire européenne


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-dien-bien-phu-chronique-d-une-defaite-annoncee

lundi 22 janvier 2024

LA GUERRE D’INDOCHINE (1945-1954) ANALYSÉE DANS LE N°41 DE « GUERRES ET HISTOIRE »

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Cette revue trimestrielle est ce qui se fait de mieux en matière d’histoire de la guerre. Ce n’est pas une revue « militaria » juste occupée de parements d’uniforme et de calibres d’armes de poing. Avec un très bon niveau de vulgarisation, elle rend compte des conflits depuis la nuit des temps. A noter de copieux comptes rendus d’essais, de BD, de jeux vidéo, wargames et expositions.

Le dossier du jour est consacré à la guerre d’Indochine, très méconnue aujourd’hui. Si les romans de guerre, les films ont souvent reconstruit son atmosphère (317° Section, Indochine, L’Amant) sans oublier les récits-reportages de Lucien Bodard, on manque d’études « scientifiques ». On apprend beaucoup de choses avec Michel Goya et Benoist Bihan, deux rédacteurs de la revue qui ont puisé aux meilleures sources.

En tout premier que l’armée française, en l’occurrence le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) fit preuve de capacités d’adaptation et d’intelligence tactique surprenantes. Avec des moyens dérisoires jusqu’en 1950, plus étoffés ensuite, le CEFEO mit à mal le Vietminh d’Ho chi Minh qui subit de cuisantes défaites avant de l’emporter à Dien Bien Phu (mars 1954).

Durant son court « proconsulat », le général de Lattre remit sur pied l’armée et joua de son prestige pour flatter l’allié américain ; Salan qui lui succéda consolida l’œuvre accomplie. Le général Navarre sous-estima la patience et l’endurance des divisions de Giap…

La guerre perdue avait coûté 100 000 morts, français, africains, maghrébins et indochinois. Le Vietminh en avait eu au moins le triple mais il était vainqueur. Les officiers français, incompris, humiliés, méprisant la classe politique, jurèrent qu’on ne leur referait pas ce coup- là. A peine rentrés d’Indochine, ils virent dans l’Algérie l’occasion d’appliquer les règles de la guerre contre-révolutionnaire expérimentée, avec succès, en Asie. Mais, une fois de plus, les politiques ne les suivirent pas. Après maintes rodomontades – Mitterrand : «L’Algérie, c’est la France» – ils se défaussèrent pour ensuite s’en remettre à de Gaulle qui, en bon machiavélien, mit fin au drame.

Jean HEURTIN

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2018/02/25/89923/guerre-dindochine-1945-1954-analysee-n41-de-guerres-histoire/

lundi 18 septembre 2023

Armistice, du général Nicolas Le Nen

 

Le général Nicolas Le Ner est l’auteur de plusieurs ouvrages de géopolitique et de stratégie. Il change ici de registre !

Armistice, un roman de guerre, un film de guerre… Ce livre a une histoire …

Il répond à trois idées nous explique l’auteur :
la première est partie d’une histoire racontée par un photo-reporter Thomas Goisque. Il a expliqué qu’après la bataille de Diên Biên Phù, Pierre Schoendorffer avait tourné six bobines de films de cette bataille et que ces bobines avaient disparu. Mais après bien des recherches, il sait désormais qu’elles sont dans les sous-sols de la Loubianka à Moscou, au KGB.

La deuxième raison qui a poussé l’auteur à écrire ce livre, c’est la guerre d’Indochine, dans ce pays envoutant, sorte de paradis perdu ; la mélancolie de ces personnages si bien été décrite dans « Mal jaune » de Lartéguy.
La troisième raison, c’est le titre Armistice. Armistice, ce n’est plus la guerre, mais ça n’est pas encore la paix. C’est une espèce d’Entre-deux appliquée aux trois personnages principaux qui portent l’intrigue de ce roman et qui sont à la fois dans le regret, la fierté, dans un certain sentiment de damnation tout en espérant une rédemption. C’est tout ce nœud qui va se délier tout au long des pages, avec sursauts et contradictions…

Le roman repose sur trois personnages qui incarnent chacun à sa façon la figure éternelle du soldat, c’est-à-dire des soldats qu’on trouve dans la guerre d’Indochine mais que l’on rencontre encore aujourd’hui en opérations. Ces trois soldats : le lieutenant Constant Jalais, qui sort de Saint-Cyr. Pour lui, plongé dans la guerre d’Indochine, c’est comme s’il réalisait un rêve de gosse, sauf que dans la fureur des combats il va découvrir la responsabilité du chef face à la mort de ses hommes lors d’une embuscade qui tourne mal. Le deuxième personnage est un sergent de la Légion Etrangère, Heinrich Schmitt, allemand ancien officier de la Wehrmacht. Il a fait la guerre sur le Front de l’Est et a participé à la bataille de Stalingrad. Lui c’est la figure du lansquenet, du mercenaire… Et le dernier personnage, le caporal Marcel Larget c’est le soldat qui s’est engagé par hasard, un peu par nécessité et qui se retrouve plongé dans des événements qui le dépassent. Il n’est plus maître de son destin, alors au plus fort des combats de la bataille de Diên Biên Phù, il déserte. Il va se réfugier sur les bords de la Nam Youm, le fleuve qui traverses la cuvette et devient ce que les soldats du camp retranché appelaient les rats de la Nam Youm. Trois hommes confrontés à la violence, immergé dans la violence et répondant par la violence…

Il y a aussi un quatrième personnage, important, c’est la jungle indochinoise : la jungle c’est l’étouffoir, c’est un camp de prisonnier à ciel ouvert dont on ne peut s’évader. Cela va obliger ces hommes aux destins si différents, aux destins mêmes adverses, à un huis clos. Et dans ce huis clos ils vont se révéler les uns aux autres. Se révéler aussi à eux-mêmes et pouvoir signer cet armistice, – ou pas – l’objet de ce livre.

Armistice, c’est un roman de guerre c’est aussi un film de guerre. L’auteur a utilisé sa plume comme une caméra. Pierre Schoendorffer utilisait sa caméra à l’épaule pour filmer les combats dans les rizières sur les points d’appui de Diên Biên Phù. Ici l’auteur a voulu un livre avec une intrigue qui tienne le lecteur en haleine comme un film de guerre et en même temps il décrit des scènes dans lesquelles le lecteur voit le terrain, entend les ordres et les détonations, sent la poudre et la moiteur du vent et dont le ventre se crispe à hurler, la peur au ventre du soldat…

A la lecture de ces pages, on devient Jalais, Schmitt, ou Larget.  Leur destin est lié, on le voit, on le comprend… Ce livre est à la fois une intrigue un peu cinématographique, mais c’est aussi un livre sur l’introspection des hommes. Ces hommes confrontés à la peur, à leurs démons ; ils connaissent leurs fautes, leurs erreurs qui ont conduit à la mort d’hommes, de leurs compagnons d’armes mais c’est aussi un livre sur la rédemption, sur le pardon. Tel est un peu ce « miracle » de la guerre que de donner aux hommes l’occasion de choir mais aussi de se relever et de faire la paix avec soi-même.
En refermant le livre, on se dit que c’est un bon roman de guerre et un bon film de guerre. Mais si la guerre d’Indochine est passée, c’est aussi sur la guerre d’aujourd’hui et ces trois figures des soldats existent encore en opérations… Ces trois figures de soldats que l’on retrouve déjà dans l’Illiade et l’Odyssée, à travers toute la littérature de guerre…

Un livre rude, vert, violent, où l’homme est poussé jusqu’au bout de ses limites, de sa raison.  Le grand absent de ce roman est Dieu… et le désespoir s’inscrit dans les âmes, la haine dans les cœurs, la vengeance dans les actes… et la barbarie commande presse et tétanise.

Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE

Armistice, général Nicolas Le Nen, Le Rocher, 320 pages, 19.90€

https://www.medias-presse.info/armistice-du-general-nicolas-le-nen/180211/

mardi 12 septembre 2023

Le Nouveau Passé-Présent - Les camps de prisonniers viet-minh en Indochine

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C'est un aspect peu connu, voire caché, douloureux, de la guerre d'Indochine que nous nous allons évoquer aujourd’hui. Il s’agit de l’internement des prisonniers de guerre français dans les camps du Vietminh, internement qui s’apparentait à un véritable enfer, avec un taux de mortalité effrayant, ainsi que le montrent les nombreux témoignages de rescapés et les études consacrées à ce sujet.

Études souvent passées sous silence dû à la mauvaise conscience de nos bonnes consciences occidentales pour qui un peuple luttant contre la puissance coloniale ne pouvait être que vertueux… Pour rompre ce silence, Guillaume Fiquet reçoit Paul Villatoux, historien spécialisé dans les conflits contemporains et dans la guerre psychologique.

La Revue d'Histoire européenne


https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-les-camps-de-prisonniers-viet-minh-en-indochine

samedi 8 juillet 2023

Une biographie de Duy Tan, dernier empereur d’Annam

 

Duy Tan, un empereur dans la France libre
Duy Tan, un empereur dans la France libre

Professeur émérite de civilisation de l’Asie du Sud-Est, François Joyaux est déjà l’auteur chez Perrin d’une Nouvelle histoire de l’Indochine française et de Nam Phuong, la dernière impératrice du Vietnam. Cette fois, il nous revient avec une biographie de Duy Tan (1899-1945), dernier empereur d’Annam.

Voilà bien un étrange personnage, méconnu du grand public. Le 3 septembre 1907, à la suite d’une maladie mentale, l’empereur Thanh Thai abdiquait en faveur de son fils le prince Vinh San. Celui-ci, encore enfant, monta sur le trône sous le nom de Duy Tan. Il reçut une culture entièrement française, selon ses propres dires. Pourtant, au bout de dix ans de règne, et alors qu’il n’avait toujours que dix-neuf ans, il accepta le commandement de la révolte des Annamites contre la France. Il expliqua ultérieurement, sans convaincre personne, que c’était la seule façon d’empêcher que les conjurés annamites ne débutent, comme ils l’avaient prévu, leur révolte par l’assassinat de tous les notables français surpris si possible dans leur sommeil. Il ne voulait pas non plus dénoncer ses compatriotes. Ayant empêché toute action durant la nuit fixée, il était persuadé, affirma-t-il, que la révolte avorterait sans une goutte de sang. Ce plan lui coûta son trône. Cela se passait en mai 1916. A la suite de ces événements, il fut interné et déclaré déchu du trône d’Annam, puis exilé à l’île de la Réunion où il devint réparateur de radio. Le prince Vinh San, ex-empereur, devenu franc-maçon, y rêvait de devenir français et de vivre à Paris. Il comptait pour cela sur le gouvernement de Front Populaire auquel il s’adressa en 1936. Mais le gouvernement de Front Populaire refusa. Le prince Vinh Sanh passa donc vingt-huit ans en exil. Jusqu’en janvier 1944 où son engagement en tant que simple soldat des Forces françaises libres est accepté. Le 29 août 1944, le prince Vinh Sanh – lui qui avait pris fait et cause pour la révolte indépendantiste de 1916 – signait un appel dans lequel il déclarait que l’Indochine – et particulièrement le peuple annamite – est liée à la France par contrat que son honneur et son intérêt lui commandent de maintenir intact. Et voilà que, le 11 mars 1945, l’empereur Bao Daï proclame l’indépendance du Vietnam. De Gaulle décide alors de faire venir le prince Vinh Sanh en France et envisage de restaurer l’empereur Duy Tan sur son trône. Mais il faut encore attendre la mi-juin 1945 pour que le prince Vinh Sanh arrive à Paris. Il publie son testament politique sur les liens entre la France et l’Indochine. Cependant, rien n’aboutit, pas même de rencontre entre les deux hommes. Survient la révolution d’août, à Hanoï, puis la fondation de la République démocratique du Vietnam. Le prince Vinh Sanh est promu rétroactivement chef de bataillon et rencontre enfin le général De Gaulle le 14 décembre 1945. Simultanément, à Saïgon, le général Leclerc ordonne le regroupement de militaires annamites qui devront recevoir une formation parachutiste et sauter sur Hué afin d’y préparer le retour de Duy Tan. La réapparition du prince Vinh Sanh en Indochine est prévue pour mars 1946. Il a donc le temps d’aller revoir ses enfants sur l’île de La Réunion et embarque dans un avion le 24 décembre 1945. L’escale à Alger se passe normalement. Le 26 décembre, l’avion reprend son vol à destination de Bangui, l’étape suivante. A 18h30, c’est la catastrophe. L’appareil est entièrement détruit dans un accident aérien. “Vraiment, la France n’a pas de chance !”, murmure De Gaulle lorsqu’on lui apprend la nouvelle.

Duy Tan : un empereur dans la France libre, François Joyaux, éditions Perrin, 337 pages, 24 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/une-biographie-de-duy-tan-dernier-empereur-dannam/176674/

lundi 24 avril 2023

Salan : quarante années de commandement (Pierre Pellissier)

 

Ancien journaliste au Figaro, Pierre Pellissier est l’auteur de plusieurs biographies de personnages controversés, dont le Général Massu, Robert Brasillach ou le Général de Lattre. Il a également signé des récits consacrés à Diên Biên Phu ainsi qu’à la Bataille d’Alger. Les éditions Perrin viennent de rééditer en format de poche sa biographie du Général Raoul Salan (1899-1984).

Salan repose au cimetière de Vichy. Sur la dalle de sa tombe est posé un casque de l’armée française du siècle dernier. Avec cette simple épitaphe : “Raoul Salan, soldat de la Grande Guerre”. Raoul Salan est resté dans les mémoires pour son rôle dans le putsch d’Alger puis l’OAS. Mais peu de gens se rendent compte qu’il fait partie de ses officiers dont l’existence illustre de façon éclatante l’histoire militaire de la France au XXème siècle.

Ce livre est le récit d’une vie d’un officier français qui a connu tous les fronts, des tranchées de la Première Guerre mondiale à la bataille d’Alger. Reçu en juin 1917 au concours d’entrée à Saint-Cyr, il y suit une petite année de formation avant d’être envoyé au feu comme chef de section aux premiers jours du mois d’août 1918. Au cours des dernières opérations sous un violent tir de barrage, il gagne l’admiration de ses hommes par son calme et son sang-froid. En juin 1920, il débarque à Beyrouth et rejoint l’armée d’Orient. Il fait là ses premiers pas dans la guerre du Levant à la tête de 150 tirailleurs sénégalais et est grièvement blessé en 1921. En 1924, il part pour l’Extrême-Orient et est affecté au 3e régiment de tirailleurs tonkinois. A partir de 1937, il est affecté au Renseignement pour le ministère des Colonies. Début janvier 1940, il prend le commandement d’un bataillon de tirailleurs sénégalais en formation près de Bordeaux avec lequel il monte au front le 10 mai. En 1944-1945, il participe à plusieurs combats contre l’armée allemande à la tête du 6ème régiment d’infanterie coloniale. En octobre 1945, il prend le commandement des troupes françaises de Chine et d’Indochine du Nord. Fin 1953, le Général Salan fait ses adieux à l’Indochine après avoir assisté avec inquiétude à la prise de commandement du Général Navarre. De retour à Paris, on lui demande des conseils pour limiter le désastre de Diên Biên Phu mais il n’est tenu aucun compte de ses propositions. Le 11 février 1955, il part pour l’Algérie. Il y retrouve des figures légendaires telles que le colonel Chateau-Jobert et le colonel Trinquier. La suite est connue…

Une biographie passionnante.

Salan, Pierre Pellissier, éditions Perrin, collection Tempus, 720 pages, 12 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/salan-quarante-annees-de-commandement-pierre-pellissier/126702/

vendredi 24 mars 2023

Pour l’honneur de Ðiện Biên Phủ : nos soldats seront enterrés dignement

 

  Arnaud Florac 23 mars 2023
C'est un nom mythique de notre Histoire récente. 
On peut dire ce que l'on veut des guerres coloniales, et on en dit souvent n'importe quoi, mais on ne peut pas, on ne doit pas oublier cette bataille de désespoir et d'héroïsme absolu. 
La cuvette de Ðiện Biên Phủ, sur le territoire de l'actuel Vietnam, a vu mourir près de quatre mille soldats français. C'est l'une des dernières pages de grandeur et d'un sacrifice, presque médiéval dans sa pureté, que notre pays ait connues. Les plus jeunes se renseigneront sur les minutes terribles où les Français attendaient « dans la cuvette/Le tout dernier assaut des Viets ». Ils ne pourront lire sans trembler les récits de la guerre d'Indochine : les paras vietnamiens qui, faute de chant régimentaire, chargeaient sous les balles en chantant « la Marseillaise » ; les officiers qui se savaient condamnés et refusaient les ordres de repli ; les avions qui larguaient, sur cette cuvette infernale, déjà perdue, des gens qui n'avaient jamais sauté en parachute de leur vie, qui savaient qu'ils ne reviendraient probablement pas et qui voulaient juste mourir avec les copains plutôt que de les abandonner.
Ðiện Biên Phủ, c'était tout cela. Ce sera ensuite, après les morts et les blessés, les prisonniers des tristement célèbres camps, dont près des deux tiers ne reviendront pas. Ce sera, pour ces hommes, le lavage de cerveau par des tortionnaires sadiques, comme l'immonde Georges Boudarel, qui mourra dans son lit, protégé par le monde universitaire. Ce sera aussi la découverte du sabotage des munitions par les ouvriers communistes, les campagnes de presse, et puis l'Algérie, pour certains immédiatement après leur libération des camps.
Environ 1.200 héros français dormiraient sous la terre vietnamienne. Or, l'aéroport de Ðiện Biên Phủ - la modernité étant passée par là, comme partout - doit être agrandi et les travaux menacent les sépultures. Sous l'impulsion du Souvenir français, la secrétaire d'État aux Anciens Combattants, Patricia Mirallès, a donc pris la seule décision valable, et il faut la saluer car la dignité ne va plus de soi : les corps des soldats tombés pour la France en Indochine seront exhumés, puis enterrés aux côtés de leurs frères d'armes, au mémorial français de Ðiện Biên Phủ. C'est bien le moins que la France doive à ceux qui se sont sacrifiés pour ce qu'il restait d'un rêve absurde et grandiose - le rêve colonial, dans un pays enchanteur qui, comme on le chante dans « Opium », était « plein de merveilleux mensonges ».
Plus d'un Français, frappé du « mal jaune », y aura « laissé prendre son cœur », revenant, comme Hélie de Saint Marc, frappé d'une incurable nostalgie de ce coin paradisiaque qui jadis fut nôtre. Nous n'avons pas avec le Vietnam, et c'est heureux, une relation aussi compliquée, passionnelle et excessive qu'avec l'Algérie. Nous avons accueilli des boat people vietnamiens à la fin des années 70, venus chez nous sans envie de revanche, et qui ont formé l'une de nos plus discrètes, industrieuses, patriotes - en un mot admirables - communautés immigrées.
Il ne reste, du passé douloureux, que les dépouilles de nos héros que la France va recueillir avec une délicatesse de mère. C'est une heureuse conclusion. Et il reste, pour au moins deux générations de petits Français, le souvenir lointain mais tenace, poignant, des exploits du corps expéditionnaire français. Ðiện Biên Phủ ne sera plus un cimetière de fortune, ce sera désormais mieux : un poignant souvenir.

jeudi 23 mars 2023

Le procès du Commandant de Saint Marc – « Nous ne laisserons pas notre honneur en Algérie » (Bernard Zeller)

 

Les Nouvelles Editions Latines qui avaient déjà publié le procès des généraux Challe et Zeller complètent leur catalogue à l’occasion des 60 ans du putsch avec cette publication du procès du commandant de Saint Marc. Une édition qui n’est pas seulement la transcription de la sténographie des débats… mais un témoignage Pour l’Histoire.

Le 5 juin 1961 – il y a 60 ans- à 13h15 s’ouvre devant le Haut Tribunal militaire, institué le 27 avril 1961, le procès de Hélie de Saint Marc, l’un des conjurés les plus en vue du putsch d’Alger. L’homme se présente en uniforme d’apparat, béret vert et décorations pendantes. Le procès se clôt le soir même -rapide délibéré- au terme duquel l’accusé est condamné à 10 années de détention criminelle.

Le procès débute par un interrogatoire d’identité d’usage… et la déclaration devenue célèbre du commandant de Saint Marc, déclaration qu’il faut faire lire aux jeunes, c’est son parcours, c’est un morceau de notre Histoire de France, tragique, de sang et d’honneur :

   « Ce que j’ai à dire sera simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le Président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie…

   « En Algérie, après bien des équivoques, après bien des tâtonnements, nous avions reçu une mission claire : vaincre l’adversaire, maintenir l’intégrité du patrimoine national, y promouvoir la justice raciale, l’égalité politique.

« On nous a fait faire tous les métiers, oui, tous les métiers, parce que personne ne pouvait ou ne voulait les faire. Nous avons mis dans l’accomplissement de notre mission, souvent ingrate, parfois amère, toute notre foi, toute notre jeunesse, tout notre enthousiasme. Nous y avons laissé le meilleur de nous-mêmes. Nous y avons gagné l’indifférence, l’incompréhension de beaucoup, les injures de certains. Des milliers de nos camarades sont morts en accomplissant cette mission. Des dizaines de milliers de musulmans se sont joints à nous comme camarades de combat, partageant nos peines, nos souffrances, nos espoirs, nos craintes. Nombreux sont ceux qui sont tombés à nos côtés. Le lien sacré du sang versé nous lie à eux pour toujours.

« Et puis un jour, on nous a expliqué que cette mission était changée. Je ne parlerai pas de cette évolution incompréhensible pour nous. Tout le monde la connaît. Et un soir, pas tellement lointain, on nous a dit qu’il fallait apprendre à envisager l’abandon possible de l’Algérie, de cette terre si passionnément aimée, et cela d’un cœur léger. Alors nous avons pleuré. L’angoisse a fait place en nos cœurs au désespoir. Nous nous souvenions de quinze années de sacrifices inutiles, de quinze années d’abus de confiance et de reniement. Nous nous souvenions de l’évacuation de la Haute-Région, des villageois accrochés à nos camions, qui, à bout de forces, tombaient en pleurant dans la poussière de la route. Nous nous souvenions de Diên Biên Phû, de l’entrée du Vietminh à Hanoï. Nous nous souvenions de la stupeur et du mépris de nos camarades de combat vietnamiens en apprenant notre départ du Tonkin. Nous nous souvenions des villages abandonnés par nous et dont les habitants avaient été massacrés. Nous nous souvenions des milliers de Tonkinois se jetant à la mer pour rejoindre les bateaux français. Nous pensions à toutes ces promesses solennelles faites sur cette terre d’Afrique. Nous pensions à tous ces hommes, à toutes ces femmes, à tous ces jeunes qui avaient choisi la France à cause de nous et qui, à cause de nous, risquaient chaque jour, à chaque instant, une mort affreuse. Nous pensions à ces inscriptions qui recouvrent les murs de tous ces villages et mechtas d’Algérie : “ L’Armée nous protégera, l’armée restera “. Nous pensions à notre honneur perdu.

« Alors le général Challe est arrivé, ce grand chef que nous aimions et que nous admirions et qui, comme le maréchal de Lattre en Indochine, avait su nous donner l’espoir et la victoire. Le général Challe m’a vu. Il m’a rappelé la situation militaire. Il m’a dit qu’il fallait terminer une victoire presque entièrement acquise et qu’il était venu pour cela. Il m’a dit que nous devions rester fidèles aux combattants, aux populations européennes et musulmanes qui s’étaient engagées à nos côtés. Que nous devions sauver notre honneur. Alors j’ai suivi le général Challe. Et aujourd’hui, je suis devant vous pour répondre de mes actes et de ceux des officiers du 1er REP, car ils ont agi sur mes ordres.

« Monsieur le Président, on peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer. Oh ! je sais, Monsieur le Président, il y a l’obéissance, il y a la discipline. Ce drame de la discipline militaire a été douloureusement vécu par la génération d’officiers qui nous a précédés, par nos aînés.

« Nous-mêmes l’avons connu, à notre petit échelon, jadis, comme élèves officiers ou comme jeunes garçons préparant Saint-Cyr. Croyez bien que ce drame de la discipline a pesé de nouveau lourdement et douloureusement sur nos épaules, devant le destin de l’Algérie, terre ardente et courageuse, à laquelle nous sommes attachés aussi passionnément que nos provinces natales.

« Monsieur le président, j’ai sacrifié vingt années de ma vie à la France. Depuis quinze ans, je suis officier de Légion. Depuis quinze ans, je me bats. Depuis quinze ans j’ai vu mourir pour la France des légionnaires, étrangers peut-être par le sang reçu, mais français par le sang versé. C’est en pensant à mes camarades, à mes sous-officiers, à mes légionnaires tombés au champ d’honneur, que le 21 avril, à treize heure trente, devant le général Challe, j’ai fait mon libre choix.

« Terminé, Monsieur le Président. »

Les passions politiques, les pressions politiques se déchaînent. Pierre Mesmer, ministre des armées et ancien légionnaire fait pression auprès de l’avocat général de la Cour de Cassation Jean Reliquet pour une lourde peine, Edmond Michelet, alors Garde des Sceaux renchérit. Ils avaient demandé dans le procès des généraux Challe et Zeller, la peine de mort.

Les dépositions se succèdent, les témoignages tous azimuts s’empilent. Anciens déportés, généraux, militaires, journalistes …  pour ou contre… tous terminent par un hommage « Officier de haute volée, sens du devoir, du sacrifice. Aimé de ses hommes. Officier extraordinaire. Une des plus belles figures d’officier que je connaisse. Officier d’élite.”

Réquisitoire de monsieur l’avocat général Reliquet – Plaidoirie de Maître Martin-Sané – Jugement. « Ils n’ont rien compris » a lancé le commandant de Saint Marc au prononcé de sa peine.

L’affaire se termine en pantalonnade et les légionnaires de Saint Marc se rendent aux autorités en chantant à tue-tête : «Non, rien de rien, je ne regrette rien…», d’Edith Piaf.

Quarante ans plus tard, Saint Marc est devenu un mythe au sein de l’armée française. Il était reçu par les grands chefs, adulé à Saint-Cyr, et ses nombreux livres ont rencontrés un large public, bien au-delà des casernes. En novembre 2011, il a été élevé à la dignité de Grand Croix de la Légion d’honneur, la plus haute distinction que la République peut conférer. »

Ce livre est là pour témoigner de la grandeur d’un engagement au-delà des intérêts politiques. Pour que les jeunes générations connaissent ces pages tragiques, ces pages d’honneur.

Le procès du Commandant de Saint Marc, présenté et annoté par Bernard Zeller, préface d’Oliver Dard, aux Nouvelles Editions latines, avril 2021, 216 pages, 19€.

Plus d’informations et commande sur Livres en Famille.

https://www.medias-presse.info/le-proces-du-commandant-de-saint-marc-nous-ne-laisserons-pas-notre-honneur-en-algerie-bernard-zeller/143284/

vendredi 10 mars 2023

La guerre d’Indochine, Dictionnaire

 

Officier supérieur, Ivan Cadeau est chef du bureau Terre du département Histoire et symbolique au Service historique de la Défense. Il est spécialiste des guerres d’Indochine et de Corée. François Cochet est professeur émérite de l’université de Lorraine-Metz. Il a publié et dirigé de nombreux ouvrages sur les Français en guerres. Lieutenant-colonel (er), ancien officier référent “Histoire” pour l’ensemble de l’armée de terre, Rémy Porte est docteur habilité en histoire, spécialiste des conflits des XIXe-XXIe s.

Ensemble, ils ont réuni une équipe de près d’une cinquantaine d’auteurs, parmi les meilleurs spécialistes français et étrangers de la guerre d’Indochine. La somme de leur travail débouche sur la rédaction de plus de 900 entrées principales qui traitent de l’ensemble des thèmes permettant d’éclairer le conflit et d’en approfondir la connaissance. Les notices à caractère technique côtoient des notices explicitant les aspects tactiques, opératifs ou stratégiques de la guerre, mais aussi des notices culturelles ou littéraires. Les nombreuses entrées présentant le contexte international et les biographies succinctes des responsables politiques et militaires rendent également possible une meilleure compréhension des événements qui ont secoué la péninsule indochinoise à partir de 1945. Car la guerre d’Indochine reste encore mal connue des Français. Il s’agit pourtant d’une guerre longue – près de neuf années -, guerre de professionnels et d’engagés volontaires, au contraire de la guerre d’Algérie. Une génération de jeunes officiers fraîchement sortis de Saint-Cyr, souvent issus de la résistance contre le nazisme et qui considéraient que cette guerre constituait un maillon important dans la lutte contre le totalitarisme communiste, s’y est lancée avec détermination, avec foi, avec courage et abnégation.

La guerre d’Indochine. Dictionnaire, ouvrage collectif sous la direction de Ivan Cadeau, François Cochet et Rémy Porte, éditions Perrin, en collaboration avec le Ministère des Armées, 1000 pages, 35 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-guerre-dindochine-dictionnaire/147759/

mercredi 22 février 2023

Cao Bang 1950, premier désastre français en Indochine (Ivan Cadeau)

 

Ivan Cadeau, officier supérieur et docteur en histoire, est chef du bureau Terre au Service historique de la Défense. Spécialiste des guerres de Corée et d’Indochine, il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages sur la sujet. Il publie chez Perrin, en collaboration avec le Ministère des Armées, le récit de Cao Bang.

Cet ouvrage met en lumière des combats oubliés qui se concluent, au mois d’octobre 1950, par un désastre pour le corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient, catastrophe sans précédent dans l’histoire coloniale de la France. Afin de replacer ces combats dans un plus vaste ensemble, l’auteur commence la narration dès l’époque de la conquête coloniale, à la fin du XIXème siècle, qui voit les troupes françaises s’implanter dans la zone frontière du nord-est. Pour des raisons géographiques (milieu naturel difficile d’accès, proximité de la Chine), cette région constitue très tôt un foyer d’hostilité à la présence française, avant de devenir le sanctuaire révolutionnaire à partir duquel le Viêt-Minh se lance à la conquête du pouvoir au mois d’août 1945. Le retour de la France au Tonkin, en mars 1946, et le déclenchement de la guerre, quelques mois plus tard, obligent le commandement français, contraint par la pénurie des effectifs du corps expéditionnaire, à tenter de reprendre pied dans ces zones où les infrastructures routières restent très réduites, mais qui leur permettent toutefois de bénéficier d’une certaine mobilité. Dans cette perspective, la route coloniale n°4 (RC 4) représente bien une artère vitale pour « garder » la frontière et garantir la souveraineté française. Comme pour l’ensemble des axes importants en Indochine, un chapelet de postes est implanté pour assurer la sécurisation des points sensibles le long de l’itinéraire. Dès lors, attaques de postes et embuscades sur les routes deviennent des objectifs évidents pour l’adversaire, qui profite de ces actions limitées pour aguerrir ses troupes, en attendant l’occasion de remporter une grande victoire. Cette occasion, le commandement français la lui fournit au mois d’octobre 1950 en décidant d’évacuer la garnison de Cao Bang. Le Viêt-Minh ne va pas la laisser passer. Ce sera une boucherie. En l’espace de quinze jours, cette route sera le tombeau d’environ 4.000 combattants, légionnaires, parachutistes, soldats marocains de l’armée coloniale et supplétifs vietnamiens. Le 1er Bataillon Etranger Parachutiste est anéanti. Ce livre rend hommage à ces milliers d’hommes sacrifiés.

Cao Bang 1950, Ivan Cadeau, éditions Perrin, 400 pages, 23 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/cao-bang-1950-premier-desastre-francais-en-indochine-ivan-cadeau/157023/

dimanche 15 janvier 2023

Honneur à ceux qui sont morts en Indochine

 

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le général Giap

Deux fils de maréchaux de France, 20 fils de généraux, 1300 lieutenants, 600 autres officiers, 75 000 sous-officiers et hommes de troupes sont morts en Indochine.

Mais de ces huit années de terrible guerre bien des réalités sont tues aujourd’hui. Toute la grande presse et  le gouvernement socialiste à travers le ministre des affaires étrangères M Laurent FABIUS (discours du samedi 4 octobre : « c’était un grand ami de la culture française ») ont fait unanimement l’éloge du général Vo N’Guyen GIAP.

Mais c’est oublier le traitement qui fut réservé au 35000 prisonniers français par les « Viets » sous les ordres de ce même général.

Seulement 10 000 reverront leur patrie mais rentreront dans un état cadavérique.

La guerre d’Indochine c’est huit années d’une superbe histoire militaire où l’on a pu voir des exemples d’héroïsme de courage pour la France et de valeureux soldats qui sont morts inconnus, où des commandos ont réussi de superbes actions comme les Tigres Noirs de Vandenberg.

Mais qui mentionne encore les 50 000 Mans et Meos tués l’arme à la main ou massacrés misérablement pour avoir aidé la France et pour avoir lutter pour la liberté, toutes ces filles légères lardées de coups de couteaux pour avoir trop aimé les Français?

Tous ces crimes de guerre, Giap en est en partie responsable car c’est lui qui dirigeait ses troupes. Il a conçu le système concentrationnaire viet avec une mortalité qui a atteint plus de 70%, bien supérieure à celle des camps nazis.

En plus du massacre de ses ennemis, il n’hésita pas à envoyer ses hommes par vagues, par marée humaine pour se faire décimer. Il a ainsi perdu des centaines d’hommes pour gagner ne serait-ce qu’une mitrailleuse francaise !

Mais le combat de la France en Indochine ne fut pas vain. Il a donné l’indépendance et un répit pour s’organiser : au Laos, au Cambodge, et au Vietnam en dessous du 17e parallèle.

Quelle phrase pourrait mieux conclure qu’une citation du général de Lattre de Tassigny dans son discours à la jeunesse vietnamienne le 11 juillet 1951 au lycée Chasseloup-Laubat de Saigon :  « Si vous êtes des patriotes, combattez pour votre patrie, car cette guerre est la vôtre. Elle ne concerne plus la France que dans la limite de ses promesses envers le Vietnam et de la part qu’elle entend prendre à la défense de l’univers libre. D’entreprise aussi désintéressée, il n’y en avait pas eu, pour la France, depuis les croisades. Cette guerre, que vous l’ayez voulue ou non, est la guerre du Vietnam pour le Vietnam. Et la France ne la fera pour vous que si vous la faites avec elle.»

https://www.medias-presse.info/honneur-a-ceux-qui-sont-mort-en-indochine/1818/

lundi 9 janvier 2023

60 ans après, n’oublions pas Dien Bien Phu !

  

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Aujourd’hui, soixante ans nous paraissent… un passé lointain et pourtant c’est à peine plus de la moitié d’un siècle. À une époque où tout va si vite, les événements sont d’autant plus vite oubliés si personne n’est là pour le rappeler. Nos manuels d’histoire n’évoquent plus ou à peine Dien Bien Phu. Qui aurait envie de parler d’une défaite aussi cinglante malgré l’héroïsme de nos soldats ? Le tout dans un contexte de culpabilisation par rapport à notre passé colonial. Pourtant c’est bien la République qui a envoyé ses hommes là-bas et elle devrait ne pas l’oublier.

C’est le 7 mai 1954 que le camp retranché de Dien Bien Phu tombe aux mains des Viets et un long calvaire commence pour les soldats français qui ont réussi à survivre au premier. Ils vont être internés dans des camps dont le taux de mortalité atteindra 69,04% . Quant aux prisonniers vietnamiens qui ont eu le malheur de se mettre du côté de la France, le taux de mortalité sera de 90% et seuls 157 ont retrouvé la liberté sur les 9404 prisonniers. Personne n’a en tête l’image du retour des survivants : amaigris, les yeux vides de sens. Aux privations et aux sévices physiques, ces prisonniers ont été victimes d’un véritable lavage de cerveau pour leur faire renier leur idéal et trahir la France. Les communistes français se sont tus, ont parfois collaboré et sont allés jusqu’à lancer des boulons au retour des survivants. Rien n’aura été épargné à ces volontaires partis se battre pour la France.

Dien Bien Phu, ce seul mot symbolise l’héroïsme de l’armée française, ses valeurs de courage et de solidarité. C’est la dernière bataille rangée de grande ampleur qu’elle a eû à livrer jusqu’à ce jour. Les soldats se sont battus loin de leur pays, un pays qui ne les soutenait plus parce qu’il ne voyait plus l’intérêt de cette guerre après l’avoir engagé. Alors sur le terrain, ils ont serré les coudes pour s’en sortir ensemble. La fraternité des frères d’armes n’a jamais eu autant de sens. Des parachutistes ont sauté sur le camp retranché alors que tout était définitivement perdu. Certains y verraient un héroïsme inutile mais pourtant il n’est rien de tel. Ce n’est rien qu’une preuve des liens forts qui unissaient ces hommes, combattant ensemble. Pour certains, c’est assez dur à comprendre mais c’est bien la réalité. Ces soldats étaient des Français ou des légionnaires qui ont versé leur sang ou fait des sacrifices pour la France. Ils ont voulu servir leur Patrie et son allés jusqu’au bout de leur engagement, ce pourquoi ils avaient signé. Ils ont découvert un autre pays, une autre culture dont certains sont tombés amoureux. C’est à Dien Bien Phu que cette belle aventure indochinoise s’est terminée.

Nous avons oublié Dien Bien Phu et tout simplement la guerre d’Indochine et c’est pour cela que nous devons en parler parce qu’encore aujourd’hui, il y a des anciens combattants de cette période et que nous devons être reconnaissants du courage de leur engagement volontaire et de leurs sacrifices. C’est à chaque génération de perpétuer ce souvenir. Il en est de l’honneur de la Nation de savoir honorer les anciens qui se sont battus pour elle.

https://www.medias-presse.info/60-ans-apres-noublions-pas-dien-bien-phu/9631/

dimanche 11 décembre 2022

Histoire de l’Indochine – La perle de l’Empire (Philippe Héduy)

 

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Ce livre est une invitation à un joli voyage. Voyage à l’autre bout du monde, en Extrême-Orient, mais aussi voyage dans le temps, à l’époque des colonies.

Philippe Héduy (1926-1998), publiciste, journaliste et écrivain d’une rare érudition, allie la plume du littéraire à la rigueur de l’historien. Il laisse plusieurs ouvrages consacrés à l’Histoire coloniale, ainsi qu’un luxueux album… en défense de la messe de Saint Pie V et un hommage à Mgr Lefebvre.

Cette Histoire de l’Indochine était depuis longtemps épuisée chez son premier éditeur. Les éditions Soukha, spécialisées dans les ouvrages traitant des relations entre la France et l’Asie du Sud-Est, ont pris l’excellente initiative de la rééditer.

L’Indochine – écrit d’abord Indo-Chine – est une construction française qui va assembler sous sa houlette un ensemble de pays qui se sont interpénétrés au cours de l’Histoire : les trois Ky, la Cochinchine ou Nam Ky, l’Annam ou Trung Ky, le Tonkin ou Bac Ky, plus le Cambodge et le Laos. Quand la France, défaite, abandonnera son empire d’Asie, l’Indochine aura cessé d’exister.

A travers cette véritable somme historique, Philippe Héduy révèle comment deux civilisations allaient se découvrir, s’affronter, mais aussi s’aimer, avant de se séparer.

Cette aventure commence avec les missionnaires, les marins et les marchands. A l’origine se trouve un jésuite, Alexandre de Rhodes, parti de Lisbonne en 1619 sur un navire appelé Sainte-Thérèse. Au bout d’un très long périple, il met pied à terre en Cochinchine et tombe sous le charme, apprend à parler dans la langue des habitants et entame son travail de missionnaire. L’Eglise catholique incarne durant longtemps la France en Indochine, comme l’illustre Mgr Pigneau de Béhaine, nommé Commissaire de Louis XIV en Cochinchine. Et lorsqu’en 1799 meurt l’évêque d’Adran, ce sont 12.000 guerriers du roi Nguyen-Anh qui forment la haie d’honneur au passage du cercueil du prélat. 40.000 personnes, le roi en tête, suivent son cercueil. Mais en 1833, l’empereur Minh-Mang fait persécuter les chrétiens.

Avec la deuxième partie du dix-neuvième siècle, c’est au tour des explorateurs et des conquérants de marquer l’histoire de la France en Indochine. Philippe Héduy réussit avec brio à nous faire évoluer dans l’ombre des militaires et diplomates qui tiennent les rôles essentiels de la suite de cette aventure pleine d’exotisme jusqu’au jour e la proclamation de la République démocratique du Vietnam.

Une riche iconographie vient compléter le texte. Lecture à conseiller !

Histoire de l’Indochine – La perle de l’Empire (1624-1954), Philippe Héduy, éditions Soukha, 420 pages, 29 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/histoire-de-lindochine-la-perle-de-lempire-philippe-heduy/43298/

jeudi 15 septembre 2022

Diên Biên Phu : 13 mars – 7 mai 1954 (Ivan Cadeau)

 

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Ivan Cadeau, officier et docteur en histoire, est un spécialiste des guerres d’Indochine et de Corée.

Il y a un peu plus de soixante ans, l’armée française livrait à Diên Biên Phu la dernière bataille rangée de son histoire. Depuis lors, ces trois syllabes, aux sonorités exotiques pour un Occidental, sont synonymes de courage et de sacrifice. Les combats acharnés qui opposent, cinquante-six jours durant, les troupes de l’Union française aux soldats de l’armée populaire vietnamienne ont, en effet, définitivement donné à cette « parcelle de gloire » un caractère singulier.

De fait, du côté français, cette bataille perdue, qui précipite la fin de la guerre d’Indochine et annonce la fin de l’Empire, occupe une place particulière. La chute du camp retranché de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, provoque un réel traumatisme en même temps qu’une prise de conscience de l’opinion publique française. Alors que la guerre d’Indochine ne rencontrait jusque-là que l’indifférence de la population, celle-ci semble découvrir que la France se bat depuis neuf ans en Extrême-Orient et que des milliers de ses soldats sont morts, là-bas, dans la boue des rizières de Cochinchine ou dans la jungle des montagnes de la Haute Région tonkinoise. Au lendemain de la défaite, la compassion envers les milliers de tués, blessés et rescapés de la garnison française se double d’un sentiment d’incompréhension. La presse, notamment, s’interroge sur les raisons qui ont conduit à l’anéantissement de 17 bataillons, parmi les meilleurs que comptait alors le corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient.

Diên Biên Phu constitue pour les acteurs de la bataille une véritable tragédie, au sens antique du mot. Ce livre nous fait revivre le sort de ces grandes figures parachutistes et légionnaires, et de ces anonymes appartenant aux unités du service et du soutien, qui meurent eux-aussi.

Diên Biên Phu, Ivan Cadeau, éditions Tallandier, collection Texto, 208 pages, 8,50 euros

A commander via le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/dien-bien-phu-13-mars-7-mai-1954-ivan-cadeau/52323/

mardi 6 septembre 2022

De quelques écrivains-guerriers

 

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[Ci-dessus : couverture du recueil d'entretiens avec de nombreux écrivains-guerriers : Bail, Bergot, Bigeard, Bolloré, Bourdier, Beketch, Guy Des Cars, Figueras, Fleury, Griotteray, Héduy, Holeindre, Jacquemard, Mabire, Saint-Loup, Sergent, Venner, Villemarest. Avec pour chacun, un résumé de sa vie et sa bibliographie]

Ils sont ici un peu moins d’une vingtaine — 2 groupes de combat avec leur équipe de voltige et leur pièce d’appui — qui seraient parfois surpris de se trouver ensemble. Les conflits qu’ils ont vécus se suivent et ne se ressemblent pas, tout au long de ce bref quart de siècle où la France a réussi à perdre 3 guerres et à n’en gagner qu’une seule, dans le sillage d’alliés qui ont fait le plus gros de la besogne. Mais ces hommes, quels sont-ils ? Des écrivains ou des guerriers ? Les 2, tour à tour et parfois en même temps. Remarquons d’abord qu’il y a peu de professionnels. Les guerres modernes ont été tragiquement vécues par ceux dont ce n’était pas le métier. Aussi ne se trouve-t-il qu’un seul saint-cyrien dans cette cohorte : Pierre Sergent. Et encore il intégra Coët en 1944, après avoir été volontaire dans un maquis.

Et Marcel Bigeard ? Mais c’est le type même de l’officier sorti du rang, qui commence sa carrière avec les godillots de 2e classe et la termine avec les étoiles de général. Sans la captivité et surtout sans la Résistance, il serait resté petit employé de banque, peut-être directeur d’une succursale dans une sous-préfecture des marches de l’Est. Bigeard n’en reste pas moins l’exemple même de ceux que les événements ont révélé à lui-même : ce n’est pas un militaire, c’est un soldat. Ce n’est pas un mince compliment. Il ne deviendra écrivain que sur le tard, à l’âge de la retraite (mot qu’il n’aime pas) et des Mémoires. Il y nourrit ses nostalgies guerrières de quelques jugements parlementaires menés, selon son habitude, tambour battant. Son âge lui a permis de participer à toutes les guerres : 39-40, la résistance, 44-45, l’Indo, l’Algérie, sans compter quelques aventures qui ne sont plus qualifiées aujourd’hui «coloniales», mais seulement «extérieures». De tous les guerriers de ce recueil, il reste le plus incontournable et de tous les écrivains, le moins nécessaire. Mais quel personnage !

Ce n’est pas sur une réputation militaire que s’est établie la renommée de Guy des Cars. Cet aristocrate devenu un des champions du roman populaire à gros tirage a pourtant fait, à 30 ans, une entrée fracassante dans la république des Lettres, en 1941, avec un superbe récit, L’Officier sans nom, dans lequel il racontait avec un accent de vérité indéniable ce que fut sa guerre de 39-40. On a trop oublié que l’armée française devait laisser sur le terrain 120.000 tués. Le fameux devoir de mémoire plaçait alors le sacrifice de ces garçons en priorité absolue dans le souvenir de leurs compatriotes. S’ils ne sont pas aujourd’hui totalement oubliés, c’est entre autres à Guy des Cars qu’on le doit. Après cette brève et désastreuse expérience militaire, il devait remiser à jamais son uniforme dans la naphtaline d’une vieille cantine et on ne le verra plus sur un champ de bataille. Mais il représente fort bien l’itinéraire des meilleurs de sa génération. Quant à sa trajectoire d’écrivain, elle est plus honorable que ne veulent l’avouer ces critiques envieux qui l’avaient surnommé «Guy des Gares».

À la même génération appartient Marc Augier. Si sa campagne de 39-40 ne fut guère mémorable, il devait se rattraper par la suite. Militant socialiste et pacifiste du temps du Front populaire, il avait commencé une originale carrière de journaliste, de motard et de campeur, publiant un assez beau récit sur un Solstice en Laponie. Après avoir partagé les espoirs et les rêves de ses camarades des Auberges de la jeunesse, Les Copains de la belle étoile, on le retrouve animateur d’un mouvement d’adolescents au temps de ce qu’on nommait l’Europe nouvelle. Il n’était pas homme à inciter ses garçons à aller se battre en Russie sans s’y rendre lui-même, sous-officier de la LVF et correspondant de guerre. Il en ramènera un court récit, Les Partisans, et une réputation de maudit qui lui collera à jamais à la peau. Pourchassé et exilé en Amérique du Sud, le réprouvé Augier deviendra le romancier Saint-Loup. Sans une indiscrétion sur son passé, il aurait sans doute obtenu le prix Goncourt en 1952. Il fera mieux et réussira à gagner un public vite fanatique d’une œuvre qui doit beaucoup à ses expériences vécues dangereusement.

De la demi-douzaine de garçons qui ont choisi la Résistance et se retrouvent ici, on peut d’abord dire qu’ils étaient jeunes, très jeunes même quand ils ont choisi leur camp, au risque de leur peau. Ils n’avaient rien écrit, sauf quelques dissertations scolaires quand ils se sont lancés dans la bagarre. 

Alain Griotteray fut du premier rendez-vous, celui qui lança quelques étudiants devant l’Arc-de-Triomphe par un glacial 11 novembre d’occupation. Cette manifestation trop oubliée fut le prélude d’un mouvement de défi qui porta les plus intrépides vers les maquis. Pierre de Villemarest choisit pour sa part ce massif montagneux, véritable forteresse naturelle qui devait devenir le plus célèbre haut lieu des combattants de la nuit et du brouillard : le Vercors. Pierre Sergent se retrouve en Sologne, soldat sans uniforme, en un temps où les volontaires ne se bousculaient pas, car les occupants tenaient solidement le pays. Il choisit ainsi d’entrer dans la carrière des armes par la porte la plus étroite et la plus rude. Le maquis de Roger Holeindre, ce fut le pavé de Paris où il joua au Gavroche sur les barricades, s’emparant de haute lutte d’une mitrailleuse ennemie et gagnant à jamais le droit d’ouvrir sa gueule quand poussèrent comme champignons les fameux «résistants de septembre», une fois l’orage de feu apaisé. André Figueras réussit à fuir le pays occupé et à rejoindre l’armée régulière, ce qui lui valut de revenir au pays pistolet-mitrailleur au poing et coiffé du béret noir des commandos. Sergent, comme les 4 autres, a vécu assez pour se faire traiter de «fasciste» par ceux qui arborent à la boutonnière le triangle rouge des déportés politiques devenu l’insigne de «Ras l’front», plus d’un demi-siècle après la fin de la dernière guerre, tout danger écarté.

Parmi les 177 Français qui débarquèrent de vive force sur les côtes normandes à l’aube du 6 juin 1944, se trouvait un garçon de 19 ans. Ce jeune Breton de Cornouailles avait déjà réussi un exploit en rejoignant l’Angleterre à bord d’un minuscule rafiot à voile. Il se nomme Gwen-Aël Bolloré et sert alors comme quartier-maître infirmier. Une belle carrière l’attend : chef d’entreprise, océanographe, éditeur, poète, romancier, mémorialiste. L’ancien du commando Kieffer sera lié avec toutes les personnalités de la république des Lettres. Mais son plus grand titre de gloire est d’avoir défié le pouvoir, en s’en prenant au général-président, dont il n’approuvait guère la politique algérienne. Il avait montré du courage et du talent. Il devait prouver alors qu’il avait aussi du caractère, chose surprenante chez un personnage aussi convivial.

Ceux pour qui la résistance — la vraie — prenait fin avec la défaite du IIIe Reich et le jugement de Nuremberg, n’en avaient pas fini avec le combat. En Extrême-Orient, une guerre s’allumait. Les Viets arboraient l’étoile des anciens alliés soviétiques. La croix gammée fracassée, cette étoile devenait pour eux le symbole de l’ennemi. Pas question de se mettre à écrire tranquillement. Des volontaires partaient à l’autre bout du monde. Les meilleurs servaient dans les parachutistes, vite légendaires. On allait y retrouver nos anciens résistants : Holeindre avec le béret rouge des paras coloniaux et Sergent avec le béret vert des légionnaires paras.

Bientôt les rejoint un jeune sous-lieutenant qui devait devenir, quelques années plus tard, le plus célèbre des écrivains guerriers, garçon qui fit ses universités à Diên Biên Phu. Il se nommait Erwan Bergot. Comme tous ses camarades d’aventure indochinoise, il allait être marqué par ce «mal jaune», grande nostalgie maladive du Sud lointain. Servant comme chef de section dans les rangs du bataillon Bigeard, il se révélera le meilleur parmi les meilleurs. Une promotion de l’école des élèves-officiers de réserve de l’école d’Infanterie de Montpellier portera un jour son nom. Les jeunes aspirants qui ont choisi ce patron se réclamaient à la fois du combattant et de l’écrivain, car il fut l’incarnation exemplaire de ces 2 vocations exigeantes.

L’année même où tombaient l’un après l’autre les pitons aux noms de femmes disséminés dans la sinistre cuvette choisie par le haut-commandement, un autre feu s’allumait en Algérie. Bigeard devait y construire sa légende tout au long de la «piste sans fin» où progressaient ses léopards, l’index crispé sur la queue de détente de leur MAT 49. Un jour, devenu général, député, ministre, il écrira des livres. Pour le moment, c’est sur le terrain qu’il se veut maître et seigneur. Cette guerre, où combattent côte à côte gens de métier et gars du contingent, va être la grande aventure de toute une nouvelle génération. Seuls les aînés comme Holeindre ou Sergent ont connu la résistance et seul Bergot — comme son chef Bigeard — a vécu l’enfer des camps viets, où la mortalité était pire qu’à Dachau ou à Tambow. Leurs camarades, futurs écrivains, mais provisoires combattants, sont des garçons dont ce n’est pas le métier de se battre, mais qui vont se débrouiller aussi bien que leurs aînés des maquis et des rizières. Rien ne distingue, sur les superbes photos prises par l’officier marinier René Bail, ancien de l’Aéronavale, les appelés et les professionnels. Ils portent la même tenue camouflée, ils ont le même visage ruisselant de sueur sous la casquette de combat. Dans cette armée qui passe ses nuits et ses jours dans les djebels, rien ne sépare les gradés de leurs hommes. Ils partagent tout. Et la soif et la peur et le froid (« L’Algérie est un pays froid où le soleil est chaud », disent les anciens). Ils vivent en plein vent, dans la caillasse et la boue, dans le sable et les ronciers. Finalement, ils ont le même âge ou presque et se ressemblent étrangement en cette fin des années 50 de notre siècle. Les soldats d’outre-Méditerranée sont alors en train de durement gagner sur le terrain, tandis que d’autres à Paris vont jeter la crosse après le fusil, comme on jette le manche après la cognée. Cette défaite programmée fera d’eux des rebelles et même des hors-la-loi, marqués à jamais par cette expérience tragique du courage et de la peur, où ils ont vu tomber pour rien les meilleurs de leurs camarades.

Ce fut une sacrée équipe que celle de ces soldats plus ou moins perdus, dont les chemins par la suite ne vont cesser de se croiser et de se recroiser. En voici une demi-douzaine, dont l’amertume et la lucidité ne vont pas faire oublier les dures joies de la camaraderie et de l’enthousiasme. Nous les découvrons côte à côte, une dernière fois, sur cette terre d’Algérie (et de Tunisie pour l’un d’eux) qui les a tant marqués : le quartier-maître de fusiliers marins commandos Georges Fleury, le brigadier de chasseurs d’Afrique Jean Bourdier, le sergent de chasseurs à pied Dominique Venner, le lieutenant de tirailleurs Philippe Héduy, le lieutenant d’alpins Jean Mabire. À eux 5, appelés ou rappelés, ils incarnent des vertus militaires que ne désavouèrent pas le «vieux» briscard parachutiste Roger Holeindre qui n’a guère soufflé depuis la Résistance et poursuit en Algérie les opérations de commando inaugurées en Indochine. Leurs chansons, leurs crapahuts, leurs combats impressionnent fort un garçon plus jeune qu’eux, fils et petit-fils de soldats, marqué au fer rouge par la disparition en Indochine de son père, un légionnaire d’origine russe. Ainsi, par le privilège du sang versé par les siens, Serge de Beketch figure ici à côté de ses aînés. Tout comme le romancier Serge Jacquemard, très jeune témoin des atrocités de plusieurs guerre : celle d’Espagne où ses parents furent pris en otage, celle de l’Occupation et de ses rigueurs et celle du coup d’État en Indonésie qui porta Suharto au pouvoir pour plusieurs décennies. S’il ne fut pas véritablement guerrier lui-même, sa rencontre avec le Bat’ d’Af’ Maurice H. influencera une grande partie de son œuvre.

Et puis, pour beaucoup, ce sera le retour, le retour écœurant dont parlait Pierre Mac Orlan. Viendront le complot, l’aventure, la prison, l’exil, ce qu’ils nomment parfois «la politique» et qui n’est pour eux qu’une nouvelle manière de se battre. Ils ne seront pas des journalistes ou des écrivains «comme les autres». Leurs articles ou leurs bouquins gardent toujours l’empreinte de combats vécus avant d’être rêvés. Ils sont à jamais différents du monde des civils, méprisant cette «civilisation» qui a voulu transformer les centurions en boutiquiers. Ils ne marchent pas dans la société marchande. Ils sont à jamais libérés du libéralisme. Ils savent que la vie est une lutte et que toutes les armes comme toutes les ruses y sont bonnes. Ils ne croient pas plus à la droite qu’à la gauche. Ils savent que la première des consignes, dans la paix comme dans la guerre, est de garder ses distances… Ils étaient des soldats d’occasion. Ils ne sont pas vraiment sûrs d’être des écrivains de métier. Ils savent seulement qu’il n’est plus possible de tricher. Leur encre aura toujours le goût du sang.

Jean Mabire, préface à : Ils ont fait la guerre, P. Randa, Dualpha 2005.

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