Affichage des articles dont le libellé est Poilus. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Poilus. Afficher tous les articles

dimanche 18 août 2024

Marie Sautet, la plus généreuse marraine des Poilus

 19693796_1605824812763264_7609802739257227316_o-1.jpg

Photo : Marie Sautet reçoit les insignes des 8è et 16è Bataillons de Chasseurs à pied, sur la Place d’Armes à Metz, le 14 juillet 1928.(Archives municipales de Metz)

Marie Sautet est née à Metz en 1859. Marraine des Poilus, elle confectionna plus de 250 000 colis pour les soldats pendant la Première Guerre mondiale. Décédée en en 1937, elle a eu des obsèques nationales.

L’idée des marraines de guerre a germé à la fin de l’année 1914, lorsqu’on a compris que la guerre allait durer et que le moral des troupes commençait à flancher. Le mot « marraine » emprunté au vocabulaire religieux signifiait aux candidates qu’il s’agissait ni plus ni moins d’un engagement devant Dieu à se substituer aux parents, à la famille, par un soutien hautement moral. Pendant toute la durée de la Première Guerre mondiale, de nombreuses marraines de poilus adressèrent des lettres et des colis à leurs filleuls mobilisés, par patriotisme, par charité, parfois par romantisme, voire plus si affinités… Marie incarna, elle, le sens du devoir moral poussé à l’extrême. […]

Lorsque la guerre éclate en 1914, Alfred et Marie mènent une vie laborieuse de commerçants et d’épargnants à Paris. Ils n’ont pas d’enfants. Lui est trop vieux pour s’engager. Alors ils décident rapidement d’adopter des régiments entiers, notamment des Bataillons de chasseurs à pied. Les époux choisissent alors de consacrer entièrement leur temps et leurs économies à venir en aide aux soldats partis au front. Dans la journée, Marie court la capitale pour trouver des victuailles, du tabac et du linge destinés à « ses enfants ». La nuit, elle confectionne des paquets, des milliers de paquets : 1 400 par semaine ! Elle embauche des ouvrières pour l’aider. Elle écrit des lettres, elle répond à toutes celles qu’elle reçoit, elle n’écoute que sa grande bonté naturelle, elle n’arrête pas. Elle n’hésite d’ailleurs pas à se rapprocher du front par tous les transports possibles pour aller porter elle-même ses colis ! Sa chienne Mèmère est du voyage… Le résultat dépasse l’imagination : Marie Sautet fera parvenir à « ses régiments » plus de 250 000 colis !

Après la guerre, les époux Sautet, ruinés, vivent dans la misère sans se plaindre. Heureusement, certains filleuls survivants l’apprennent et se cotisent pour leur offrir une fin de vie décente. Alfred est mort en 1936 à Paris. Marie meurt en 1937 à la Maison de retraite des Petits-Ménages à Issy-les-Moulineaux. Elle avait conservé dans sa petite chambre une malle contenant 125 000 lettres de « ses enfants » !

Elle est enterrée au cimetière du Père Lachaise auprès de son époux qui, refusant les honneurs, disait d’elle : « C’est ma femme qui a tout fait ! ». À Paris, le 29 octobre 1927, au milieu de l’impressionnante cour des Invalides, le général Gouraud, gouverneur militaire de Paris, avait remis la Légion d’honneur à ce tout petit bout de bonne femme en noir, dont la vie fut un modèle de charité chrétienne.

aleteia

https://www.fdesouche.com/2017/11/12/marie-sautet-la-plus-genereuse-marraine-des-poilus/

lundi 6 décembre 2010

La Grande Guerre 14 juillet 1916

On mesure le fossé qui sépare la France d’aujourd’hui de la France d’il y a quatre-vingts ans à ce compte rendu de 14 juillet par un journaliste de la gauche radicale en 1916.

Ah ! ce fut vraiment une inoubliable vision que celle de cette foule vibrante, émue, exaltée de patriotisme, qui jetait son coeur comme à pleines mains aux héroïques poilus des nations alliées (...)

De bon matin, la vaste avenue des Champs-Elysées était déjà noire des têtes. Il y avait des curieux qui avaient passé la nuit pour obtenir une meilleure place, et dans le petit jour qui se levait, tous ces matineux, devisaient, non pas joyeux, comme aux jours de revues populaires, quand on chantait la "Boulangère" mais graves et recueillis. Le petit trafic habituel des locations d’échelles, d’escabeaux, de bancs, marchait grand train. Les cocardes, des drapeaux, les insignes des alliés s’enlevaient des éventaires des petites marchandes gracieuses, vendeuses de "La Journée de Paris". Pas une poitrine sur laquelle ne fut épinglé quelque emblème. La rue Royale est imposante avec les balcons qui balancent au-dessus de la chaussée des grappes humaines. Les drapeaux clapotent au vent, les mains se tendent et agitent des mouchoirs et des fleurs, qu’on se prépare à jeter à nos héros.

L’église de la Madeleine semble un champ de blé, dont les épis seraient les têtes. Coup d’oeil féerique.

Mais c’est sur les grands boulevards. au coeur même de Paris qu’il fallait assister au défilé des troupes alliées pour bien juger de l’enthousiasme de la foule. Lorsque vers onze heures et demie les premières sonneries nous avertirent de l’arrivée des soldats, une clameur formidable s’éleva de toutes les poitrines :

- « Les voilà ! Les voilà ! »

Et chacun se recueillit, les yeux se firent plus brillants, les coeurs battirent plus vite.

Les Belges ouvraient le cortège. avec une compagnie de cyclistes et mitrailleurs, marchant derrière leurs mitrailleuses, avec leurs caissons de munitions.

- « Vivent les Belges ! Vive le roi Albert ! »

Et les bouquets pleuvent de toutes parts. Des petits enfants, élevés en l’air par leur mère, font claquer leurs menottes pour envoyer des baisers, d’autres plus grands agitent de petits drapeaux aux couleurs des nations alliées.

Au son de leurs cornemuses, qui rappellent nos binious bretons chantés par Botrel, les Ecossais s’avancent de leur pas souple et tranquille, suivis des Hindous superbes dans leur haute et impassible stature, des Australiens et des Néo-Zélandais. Les bravos crépitent de tonnerre d’un orage lointain. On dirait que le public a dévalisé tous les jardins de la capitale et les bouquetières de Paris, avant de se rendre à la Revue, car c’est une débauche fleurie ; on bombarde nos soldats à coups de roses, d’oeillets, et de dahlias. Eux, la mine épanouie, sourient, heureux. Leur rude face bronzée par l’air et la vie des tranchées exprime la plus profonde joie. Quelques-uns même sont si émus, que d’un geste brusque ils essuient au coin de l’oeil une petite larme intempestive.

Tandis que s’égrènent encore les notes aigrelettes des cornemuses écossaises, une lente mélopée monte, comme une prière, c’est une sorte de psalmodie sur un rythme langoureux, à la fois grave et très beau. Ce sont les Russes qui passent, sortes de géants avec des yeux limpides et bleus de petits enfants. On les acclame ; les femmes leur envoient des baisers à pleines mains, on les couvre de fleurs.

Mais le délire des Parisiens redouble, car voici enfin les nôtres, nos enfants, nos poilus. Ah ! les braves gars.

A leur tête marche le général Cousin ; la musique joue le "Chant du départ" et "Mourir pour la Patrie" qui emprunte à ces jours tragiques une actualité qui fait frissonner les plus braves et qui étreint douloureusement tous les coeurs. Puis, ce sont les chasseurs alpins, qui sont salués par les cris « Vivent les Diables bleus » ; un détachement de notre glorieuse infanterie coloniale, celle que les Allemands ont surnommée la « Grande française » défile, précédé de son drapeau décoré de la Croix de guerre.

Voici enfin les zouaves, les troupes noires, les tirailleurs avec leur nouba, qui joue des airs bizarres, les troupes marocaines, et les annamites qui passent, un peu étonnés, clignotant leurs petits yeux bridés comme pour mieux voir.

Le cortège est fermé par la Garde républicaine et par une batterie de 75 qui s’avance décorée de branchages et de fleurs. Une véritable ovation est réservée au canon qui a fait de si bonne besogne et on l’applaudit comme un sauveur.

- « Vive le 75 ! Vive le 75 ! » crie la foule qui claque frénétiquement des mains. Le beau défilé est terminé, encore quelques accords de fanfares qui jouent la Marseillaise et l’inoubliable vision est passée ; le cortège s’éloigne, se déroule lentement, pour gagner la Place de la République, où il se disloque.

Maintenant la foule s’écoule comme à regret, consciente d’avoir vécu de troublantes et magnifiques heures, toute émue, vibrante d’enthousiasme, comme imprégnée de gloire.

Jean Bernard Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 102 du 12 juillet 1996

samedi 24 juillet 2010

La Grande Guerre : Planqués et censeurs

Février 1916. Au front, nos soldats se préparent à recevoir l’assaut allemand sur Verdun. Depuis la fin janvier, le Grand Quartier général s’attend à une attaque d’envergure. Les "déserteurs alsaciens et lorrains" sont formels. Les observateurs aussi, qui voient passer, au fond de l’horizon de la Woëvre, des trains en files ininterrompues. On ignore encore le lieu où la chose se passera mais l’opinion domine que ce sera le chef-lieu de la Meuse. Où l’on s’avise soudain qu’endormis par une année tranquille nos chefs ont laissé à peine entretenues les défenses existantes sans en créer de nouvelles.
Le 9 février, les permissions sont suspendues. Le 10, raconte Yves Buffeteau dans Les Batailles de Verdun, un renseignement provenant d’une source très sérieuse arrive au GQG. D’une rare précision, il indique même que le Kronprinz s’est installé depuis quelques jours dans la maison de la veuve Henri Daverdier à Spincourt. Ce rapport commence par cette phrase sans ambiguïté : "Les Allemands vont tenter une grande offensive dans la région de Verdun".
Onze jours plus tard, en effet, Le 21 février à 7h30, les mille canons de l’artillerie allemande commencent leur pilonnage des lignes françaises. La tuerie durera dix mois et fera près de cinq cent mille morts.
Et à l’arrière ?
Eh bien, à l’arrière, pendant que les poilus s’enterrent dans la boue glacée, on discutaille, on magouille et on grenouille.
Le parlement, les ministères, le gouvernement donnent le spectacle abject de la canaillerie, de la discorde et de la combine.
Les profiteurs de guerre s’enrichissent, les traîtres s’en donnent à coeur joie et les planqués se gobergent.
On voit un Malvy devenir ministre de l’Intérieur alors qu’il s’était opposé à la loi de Trois ans, lors du congrès socialiste d’Agen, et profiter de ce poste pour encourager la presse défaitiste en lui versant l’argent des fonds secrets. On voit un Marcel Sembat, vieille crapule maçonnique et socialiste, devenir ministre deux ans après avoir lancé à ses futurs collègues : "Retirez-vous, vous puez la défaite".
On voit "le cortège des personnes qui ont obtenu les fournitures de guerre, spectacle lamentable et attristant qui montre, à côté de filles galantes, des repris de justice", ainsi que le dénoncera à la Chambre l’ancien secrétaire d’Etat aux Colonies de Clemenceau, Milles-Lacroix, un brave négociant en tissus entiché de rigueur et d’honnêteté au point d’avoir visité à ses frais l’immense empire dont il avait la charge.
On remarque à la Chambre des jeunes hommes vigoureux et pétants de santé qui paradent, ayant échappé au front parce qu’ils sont députés et qu’ils se sont dispensés tout seuls d’aller aux tranchées en votant une loi d’exemption présentée par Dalbiez, un parlementaire qui, lui-même, redoutait d’être mandé au Feu.
On assiste, un soir de débat, à l’invraisemblable hourvari de ce que l’on n’appelle pas encore le "lobby" des marchands de vin et qui, par ses vociférations, parvient à chasser de la tribune le ministre de la Guerre Gallieni qui prononçait un discours contre l’abrutissement des soldats par l’alcool.
Le scandale est si omniprésent que la presse commence à s’émouvoir.
Alors, le plus simplement du monde, dans la nuit du 19 au 20 février est pris un décret interdisant de "laisser passer dans les journaux toute attaque contre le parlement, ou ayant pour objet de tourner en ridicule les députés ou de porter atteinte à la dignité du régime parlementaire".
"La censure, écrit Jean Bernard, chroniqueur du Temps, est devenue plus tracassière que jamais, impérieuse et hautaine, irritante, presque illogique."
Un exemple extrême de cet illogisme : au début de la première bataille de Verdun, les journaux annoncent la mort de Prosper Josse, député de l’Eure, qui, lui, ne s’est pas planqué et qui sert aux tranchées comme capitaine. La nouvelle est fausse. Sur la demande de sa femme, Madame Josse, l’Agence Presse Associée publie un rectificatif démentant le premier communiqué et rassurant les parents, proches et amis du député.
La censure supprime l’information.
L’informateur parlementaire de l’Agence Presse Associée fait alors remarquer aux censeurs que, la nouvelle donnée la veille par les journaux étant fausse, il est normal et justifié de le faire savoir et de démentir.
Il reçoit par téléphone cette stupéfiante réponse : "Nous vous envoyons des ordres et nous n’avons pas d’observations à recevoir de vous."

mercredi 14 juillet 2010

La Grande Guerre

En janvier 1916, Paris voit apparaître, non sans une certaine stupeur, les premiers objets guerriers d’étrennes. En tête du palmarès des cadeaux à la mode : les culots d’obus. D’abord, ce sont de véritables pièces de cuivre que l’on offre comme cache-pot puis, bientôt, des simulacres de carton emplis de confiseries. On trouve aussi des bagues en aluminium, des bracelets de bronze, des colliers d’acier ouvragé. Tout cela vient du front, envoyé par des poilus qui, notent les chroniqueurs, “ont le sens du pittoresque“.

En fait, ils ont surtout le sens de la nécessité. Car, dans les tranchées, point de boutiques pour faire ses emplettes. On se contente de ce qui tombe sous la main et ce qui tombe le plus souvent, ce sont les obus.

L’autre sujet qui passionne les Français, c’est “l’affaire des fortifications de Nancy”, ou plutôt des non-fortifications. Car le pays vient de découvrir avec ahurissement que l’une des villes de l’Est les plus exposées à l’invasion n’était pas fortifiée.

Pourquoi ? demande-t-on.

La réponse montre, à quatre-vingt ans de distance, que l’incurie, la sottise de la camarilla politicienne est aussi ancienne que la démocratie.

La plus grande ville de l’Est a été laissée sans défense parce que, figurez-vous, au moment de signer l’armistice de 1870 dans cette maison de la rue de Provence, à Versailles, qui appartenait à madame Curelli, la grand-mère de Jessé-Curelli, ce distingué diplomate qui occupait Bismarck, Monsieur Thiers avait donné sa parole au nom de la France que Nancy resterait à jamais sans fortification.

Et cette parole, quoique purement verbale et consignée dans aucun protocole, fût-il secret, fut toujours respectée par les gouvernements qui se succédèrent jusqu’à la déclaration de guerre.

En 1886, le général Billot, ministre de la Guerre, envisagea bien de faire construire les fortifications imaginées par Saussier, Abbatucci et Pouvourville. Mais Bismarck déclara que ce serait un “casus belli”. Et quarante-huit heures plus tard, les travaux étaient suspendus et tout ce que l’on avait commencé détruit.

L’autre préoccupation, en ce début d’année 1916, c’est la mode. “Il y a donc des Parisiennes que la mode préoccupe en ces journées de guerre ?” s’étonne un moraliste. “Oui, quelques-unes”, répond un chroniqueur qui s’empresse de noter que les Parisiennes qui se promènent sur les boulevards vêtues à la mode du jour “ressemblent à de véritables sauteuses de cirque“.

Et de citer cette anecdote à l’appui de son appréciation : une jeune femme qui désire envoyer des colis au front est vêtue de manière si voyante et maquillée avec une telle abondance que le préposé ne lui montre pas tout le respect habituellement dû à la pratique. Le ton monte, la querelle éclate et la jeune beauté finit par traiter le fonctionnaire de balourd.

- Si moi je suis un balourd, réplique l’insulté, vous, vous êtes une grue.

Alors la jeune femme, soudain très calme :

- C’est bien, mon ami ; à présent que vous m’avez baptisée, envoyez donc ces colis à mes filleuls de guerre. Ce sont des poilus qui ne me connaissent pas mais qui ont sans doute de moi une autre opinion que vous.

Et le témoin de cette scène de rue de conclure : “Ce mot très joli rappelle un autre mot de madame de Mailly qui, après avoir été la maîtresse de Louis XV, s’était rabattue sur le repentir et la religion. Un jour, un homme du peuple qui l’avait reconnue au porche de l’église Saint-Roch qu’elle fréquentait assidûment lui décoche le mot de p… Et l’ancienne favorite royale de répondre : Mon ami, puisque vous me connaissez, priez donc Dieu pour moi.”

Serge de Beketch Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 85 du 10 janvier 1996