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mardi 11 août 2009

La Licra s'est bâtie sur un mythe

Des antiracistes manipulés par l'URSS
Patrick Gaubert, le président de la Licra, est furieux. En mai dernier, hommage à été rendu à l'Arc de Triomphe à Simon Petlioura, le « père de la nation ukrainienne ».
Or celui-ci aurait été un fieffé antisémite. Ce qui est faux. Mais comme c'est sur ce mythe que s'est fondée la Licra il y a bientôt 80 ans ...
Le jeudi 25 mai dernier, après une célébration sur la tombe de Simon Petlioura au cimetière de Montparnasse, une cinquantaine de personnes se sont retrouvées à 17 h 30 sous l'Arc de Triomphe entourées par un confortable dispositif policier alors qu'une vingtaine de militants de la Licra étaient tenus à distance. Au cours de la cérémonie, organisée par l'ambassade d'Ukraine à Paris, deux gerbes ont été déposées sur la tombe du soldat inconnu, dont une par l'ambassadeur, Yuriy Sergeyev. Etaient également présents des représentants du Comité représentatif de la communauté ukrainienne en France et de la Bibliothèque Simon Petlioura. Après la sonnerie aux morts ont retenti l'hymne ukrainien (« L'Ukraine n'est pas encore morte ») et La Marseillaise. Le lendemain était organisé un colloque sur « La place et la personnalité de Simon Petlioura aujourd'hui » avec la participation de nombreux universitaires ukrainiens.

Le président de la Licra hurle au « scandale mémoriel »
Le 26 mai au soir, Le Monde publiait une tribune libre du président de la Licra, Patrick Gaubert, par ailleurs député UMP au Parlement européen, ancien chargé de mission auprès de Charles Pasqua au ministère de l'Intérieur et membre du comité consultatif de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde). N'ayant pu obtenir du ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, qu'il consigne l'ambassadeur d'Ukraine à sa résidence plutôt que d'aller «profaner» la tombe du Soldat inconnu, Patrick Gaubert prenait les lecteurs du Monde à témoin de ce « scandale mémoriel » organisé pour le 80e anniversaire de la mort à Paris de Simon Petlioura, qui fut l'otaman - le commandant en chef de l'armée - et le président de la République ukrainienne indépendante (1919) jusqu'à ce que ses troupes soient, l'année suivante, battues par les forces bolcheviques :
« Nous sommes tout simplement en train d'assister à un viol de la mémoire, à un déni d'histoire, à un second assassinat, posthume celui-là, des victimes juives [...] Tous les Français doivent savoir qu'un assassin est honoré sur le sol même de la République, dans ses lieux de mémoire et de paix. Cela, la Licra ne le tolère pas. Au nom de son histoire et de toutes celles et tous ceux qui périrent de la folie des hommes. » On passera le couplet sur les « relents nauséabonds » que Gaubert sent exhaler de l'Est de l'Europe.
Pourquoi une telle hargne à l'égard d'un hommage rendu à un Ukrainien dont peu de Français connaissaient jusqu'alors l'existence ? Parce qu'un antisémite, fût-il obscur, n'a pas à être honoré sur la tombe du Soldat inconnu ? C'est ce que Gaubert voudrait faire croire, et c'est même ce qu'il est obligé de faire croire. Car si le mythe de l'antisémitisme de Simon Petlioura s'effondre, mythe forgé dans les années qui ont suivi la Révolution d'Octobre par la propagande soviétique, c'est la Licra elle-même qui vole en éclats et se voit obligée de reconnaître qu'elle a été créée sur une imposture.

Abattu de sept balles devant la librairie Gibert
Le 25 mai 1926, Simon Petlioura, en exil à Paris, déjeune chez Chartier puis se dirige vers le boulevard Saint-Michel. A la hauteur de la librairie Gibert, un homme l'apostrophe. Il se retourne et n'a que le temps d'apercevoir un homme pâle d'une quarantaine d'années qui braque un pistolet en sa direction. Sept balles l'atteignent dont une au cœur, mortelle.
L'assassin, aussitôt arrêté, s'appelle Samuel Schwartzbard. Il est horloger, est né à Smolensk (Biélorussie), dit avoir vécu en Ukraine où sa famille, israélite, aurait été décimée par un pogrom, ce qui justifie son acte. Il ne dit pas, mais la police va bientôt le découvrir, que son idéalisme doit être tempéré par une condamnation à quatre mois de prison pour cambriolage en Autriche. Il a aussi été expulsé de Hongrie pour « raisons administratives ». Il est arrivé en France en 1911 à l'âge de 25 ans et s'y est marié.
Son procès s'ouvre le 18 octobre 1927 devant les assises de la Seine. Me Henry Torrès le défend, militant socialiste, celui-ci a rejoint de Parti communiste français au congrès de Tours (1920) puis l'a quitté pour fonder une organisation dissidente. Quatre ans plus tôt, il a déjà obtenu l'acquittement de l'anarchiste Germaine Breton, jugée pour l'assassinat, qu'elle avait reconnu, du responsable monarchiste de l'Action française, Marius Plateau. L'année suivante, il a aussi sauvé la tête de l'anarchiste italien Ernesto Bonomini, meurtrier de Nicola Bonservizi, représentant à Paris du régime fasciste de Benito Mussolini. Me Torrès va encore faire des miracles.

L'assassin acquitté sous une salve d'applaudissements !
Il peut cette fois encore s'appuyer sur une importante campagne de presse. Elle est animée par Bernard Lecache. Celui-ci, qui avait également rallié le PCF en 1920 avant de revenir dans le giron du Parti socialiste et est réputé pour ses diatribes antimilitaristes, mobilise ses réseaux. Quelques jours avant le procès, le ton est donné par L'Humanité qui titre : « La tragédie juive d'Ukraine » et prend la défense du « meurtrier du brigand Petlioura ». Lecache crée aussi pour l'occasion une nouvelle organisation, la Ligue contre les pogroms, à laquelle adhèrent aussitôt nombre de personnalités parmi lesquelles Albert Einstein, Léon Blum, Maxime Gorki ou Victor Hasch.
Me Torrès a convoqué quatre-vingts témoins, tous plus illustres les uns que les autres. Aucun n'a assisté à un pogrom, mais la plupart savent, de source sûre, qu'ils ont eu lieu et que Petlioura les a ordonnés. Samuel Schwartzbard lui-même s'emmêle dans ses récits historiques, confondant lieux, dates et protagonistes. Le 26 octobre 1927, le verdict tombe pourtant sous une salve d'applaudissements : acquitté ! La partie civile, qui n'en croit pas ses oreilles, doit se contenter de deux francs de dommages intérêts ! Même pas de quoi payer les obsèques !
« Dans les jours qui suivent, rappelle la Licra, la Ligue contre les pogroms se transforme en Ligue internationale contre l'antisémitisme (Lica) », qui deviendra la Licra, avec un « r » pour racisme, en 1979. Les statuts de l'association seront déposés en février 1928 et Bernard Lecache en prendra la présidence jusqu'à sa mort en 1968.
Dans le comité d'honneur de la Lica nouvellement créée figurent alors, outre Blum et Einstein qui poursuivent la lutte, les écrivains Romain Rolland et André Malraux, l'ancien président du Conseil et futur président de l'Assemblée nationale, Edouard Herriot, le secrétaire général de la CGT, Léon Jouhaux, qui recevra en 1951 le prix Nobel de la paix, etc. Sigmund Freud, Tristan Bernard et beaucoup d'autres la rejoindront plus tard.

La leçon d'histoire de l'ambassadeur d'Ukraine
Or tous ont été abusés, à l'exception bien sûr de quelques-uns qui savaient mais qui n'ont rien dit en raison de la nécessité qu'il y avait alors, pour le clan pro-soviétique, d'accréditer la thèse de l'antisémitisme de Simon Petlioura. Patrick Gaubert sait-il sur quelle mystification l'organisation qu'il dirige s'est créée ?
Yuriy Sergeyev, l'ambassadeur d'Ukraine, a écrit au président de la Licra. Il ne doute pas de son honnêteté. Il pense qu'il manque d'informations comme lui-même en a été privé jusqu'aux années 1990, lorsqu'il a découvert que les « stéréotypes négatifs sur la personnalité de Simon Petlioura ont été imposés par l'URSS en France par l'entremise du Komintern », où « elles restent vivaces ». Car l'ouverture des archives du KGB, le travail mené par les organisations indépendantes de défense des droits de l'homme, les recherches historiques menées par les Ukrainiens dans le but de retrouver leur mémoire identitaire vont toutes dans le même sens : « Le procès de [Schwartzbard] a été instrumentalisé par les autorités soviétiques, par l'intermédiaire du Komintern, pour compromettre l'idée de l'indépendance ukrainienne en remettant sur l'un de ses artisans la responsabilité des persécutions des Juifs, tandis qu'elles avaient pour seule cause la politique officielle d'antisémitisme, partie intégrante de l'idéologie de l'Empire Russe. » « Dans les années 1920, ajoute-t-il, d'aucuns en ont profité pour contrecarrer la renaissance de l'Ukraine indépendante et semblent en user aujourd'hui pour empêcher le retour de l'Ukraine à la démocratie et à l'Europe. »
Il y a donc le mythe, auquel Simone Signoret n'a pas peu contribué avec son roman Adieu Volodia, et la réalité, très différente, établie désormais par de nombreux travaux dont ceux de Leon Poliakov ou de l'écrivain Issak Babel, qui, tué par le KGB, a témoigné que les pogroms, s'ils eurent effectivement lieu et furent effroyables - peut-être 100 000 morts - furent essentiellement dus aux troupes bolcheviques et, dans une mesure infiniment moindre, aux anarchistes de Nestor Makhno et aux forces monarchistes (les Russes blancs).
De plus, comme le rappelle le député ukrainien Andryï Shkil, l'éphémère gouvernement de Simon Petlioura (treize mois,) comprenait plusieurs juifs, dont Salomon Goldelman, en charge des Affaires nationales pour les minorités, ou Abraham Revoutsky, en charge des Affaires juives, poste n'ayant évidemment rien à voir avec le Commissariat aux Affaires juives de sinistre mémoire mais s'étant révélé nécessaire au bon gouvernement d'une nation aux peuples composites.
Mieux encore : lorsqu'il apparaît que certain, éléments de l'armée ukrainienne, échappait à son contrôle dans la situation pour le moins confuse qui était celle de l'Ukraine à l'époque, se livraient à des exactions à caractère antisémite, Simon Petlioura ordonna que les coupables soient retrouvés et châtiés. « Le Directoire [dirigé par Petlioura], écrit O. Kochtchouk dans Ukraine Europe, se livra à une intense propagande « anti-pogromiste » destinée à ses propres troupes et à toute la population de l'Ukraine. Le 30 juillet 1919, le Directoire offrit une forte somme à la communauté juive pour les victimes des pogroms. le 18 août 1919, l'otaman en chef confirma l'application de la peine de mort pour acte de pogrom », tous faits établis et recoupés par de nombreuses sources, dont les archives diplomatiques enfin soustraites des caves où les services soviétiques les avaient entreposée.
C'est donc sur une imposture, ou à tout le moins sur un malentendu, que la Licra a été fondée, occultant jusqu'au fait que, depuis Paris où il essaya encore, jusqu'en 1924, d'organiser la Résistance, Simon Petlioura n'eut de cesse d'en appeler à l'arrêt des persécutions contre les juifs. Puisque Gaubert est un adepte de la repentance, le temps est peut-être venu pour l'organisation qu'il préside de faire son mea culpa.
Gabriel Glauque Le Choc du Mois Juillet/Août 2006

lundi 16 mars 2009

Affaire Papon, l'orchestre rouge

Le 15 décembre 1981, un jury d'honneur composé de personnalités éminentes et insoupçonnables, à savoir le président de la ligue des droits de l'homme, Daniel Mayer le président de la LICRA (et du B'naï B'rith de France Jean Pierre-Bloch, la résistante célébrissime, Marie-Madeleine Fourcade (chef du réseau Alliance, le révérend père Riquet et l'avocat Charles Verny, a acquitté Maurice Papon des accusations portées contre lui de « crime contre l'humanité », après huit mois d'enquête. Cela n'a pas empêché l'ancien trésorier national de l'UDR et ex-ministre du Budget du tandem Giscard d'Estaing-Barre d'être inculpé de crimes contre l'humanité le 19 janvier 1983, Et de passer en procès ces jours prochains. S'agit-il, comme se le demande le magazine Enquête sur l'Histoire, d'une « nouvelle affaire Dreyfus » ? Pour le savoir, regardons qui sont les accusateurs.
Michel Slitinsky. Le justicier amateur. « Nous, les jeunes porteurs d'étoiles jaunes, nous avons suppléé aux carences des autorités de la résistance qui ont laissé passer Papon à travers les mailles du filet. » 72 ans, ce fils de habiroux ukrainiens né le 8 février 1925 à Bordeaux d'Abraham et Esther, installés en France depuis 1912. Il passe (selon Libération, 24 septembre 1996) pour avoir fait à 16 ans (c'est-à-dire en 1941, ce qui semble étonnant) le coup de poing « contre les jeunesses doriotistes du Rassemblement national populaire » (sic). II se cache dans un placard puis sur les toits, le 19 octobre 1942, lors d'une rafle de la police française. Il rejoint les maquis communistes du Cantal, s'intègre plus tard dans la 9e DIC en Forêt noire. Après la guerre, il prend la présidence d'une association locale d'anciens combattants, l'ANACR, dont chacun sait qu'elle fut durant des lustres une des « courroies de transmission » du parti communiste (il ne quittera, en partie, le secrétariat départemental qu'en janvier 1983). Durant cinquante ans, ce Français de souche récente a accumulé des documents, dans un but précis : se venger des Français à propos de la disparition d'une partie de sa famille, omettant systématiquement de rappeler que sa propre soeur, Alice Slitinsky, figure sur les listes des habiroux que Maurice Papon fit libérer car elle était française bien que d'origine ukrainienne. « Serge Klarsfeld et moi-même avons des options différentes. Lui, il cherche les nationaux-socialistes, mois je cherche les Français » (dépêche AFP, 24 janvier 1997). Pour lui, tous sont coupables peu ou prou, puisqu'il n'admet pas les critiques de son travail qui pourtant, sont venues essentiellement « des milieux de la résistance ». En effet, ces gens ne sont pas compétents : « Il y en a eu tellement qui ont mis deux fers au feu et sont devenus résistants en août 44. Ils ont voulu se racheter, c'est humain », admet-il quand même. A son propos, le président girondin de l'Union des déportés et combattants volontaires de la Résistance, Marc Ballot, déclare : « Il n'écrit pas l'histoire, mais cherche à faire des histoires. » Pour lui, si l'on en croit le quotidien socialiste Le Matin (1er juin 1983), Slitinsky est un « faiseur d'embrouilles » : « A ses yeux, Papon est un lampiste et Slitinsky quasiment un imposteur. Au moment où la justice commence à s'occuper de l'ancien ministre, Ballot a d'ailleurs constitué un dossier, sur Slitinsky, dans le dessein de prouver que ces titres de Résistance étaient usurpés. » A ce moment, significativement, le président régional de la LICRA, Léon Levy, se garde bien de prendre position, alors même que son père fut déporté dans un convoi où Papon est impliqué : « S'il n'y avait pas eu Papon, il y en aurait eu un autre à sa place, en pire ou en mieux. »
Slitinsky aura accès, dans des conditions de confidentialité totalement non respectées et en dépit de la législation officielle, aux archives nominatives. Il affirme avoir acheté au miraculeux marché aux puces Saint-Michel de Bordeaux, en 1980, un organigramme de la préfecture de police où figurait Papon comme secrétaire général chargé des questions juives. Il aurait sans doute été possible de consulter un annuaire administratif. Toujours à l'époque, notre historien amateur était, pur hasard, « correspondant occasionnel du Canard Enchaîné » (il rédige une partie des échos économiques notamment). Le dossier est transmis à l'hebdomadaire, en bisbille avec le ministre du Budget, et le numéro se vend à plus d'un million d'exemplaires. L'affaire papon est lancée.
Officiellement, Slitinsky est «apolitique». Il affirme toujours ne pas vouloir de « récupération politique ». En réalité, Slitinsky a été, durant des lustres, un militant communiste, ayant adhéré au parti stalinien au moins en 1946 : « Il faut dire que, malgré ses racines juives, Slitinsky n'a pas grand chose à voir avec les notables du Consistoire, écrit Le Matin. Il ne met quasiment jamais les pieds à la synagogue et ne participe ni de près ni de loin aux instances communautaires. Un marginal en somme. [...] Slitinsky est catalogué comme communiste. Il est vrai que l'auteur a longtemps milité au sein du PC où il conserve de nombreux amis. » En fait, après avoir réussi le concours de l'Inspection du travail, il prendra en main, à partir de la fin des années 40, l'hebdomadaire du parti communiste de Gironde. Ce n'est qu'en 1978 qu'il s'en éloignera, après la rupture de l'Union de la gauche et se refusant au « vote révolutionnaire de droite au second tour ».
Michel Cardoze. Le metteur en scène. Slitinsky, bien que rédacteur du Canard, ne paraît pas très doué pour l'écriture. C'est le journaliste communiste qui rédigera l'essentiel de L'Affaire Papon, paru en 1983. Né le 21 mai, 1942 à Bordeaux, comme par hasard, Cardoze descend d'une famille juive expulsée en 1492 du Portugal. Petit-fils du gardien du cimetière habiroux de Bordeaux, il a milité, dès 1961, à l'Union des étudiants communistes. Membre de son comité national, il sera secrétaire de sa section bordelaise de 1963 à 1965 et aura donc, d'évidence, des liens étroits avec le permanent communiste Michel Slitinsky. Permanent communiste à partir de 1965, il entre en 1970 à L'Humanité, où il est chargé du secteur politique puis culturel.
Rédacteur en chef adjoint de Révolution, l'hebdomadaire communiste, il fait partie du « contingent Juquin » embauché dans les télévisions et radios après la victoire de François Mitterrand. Michèle Cotta en fera le chef adjoint puis le chef du service société de France Inter. En 1984, il entre à TF1 comme responsable du service social et culturel. Il milite en parallèle au sein des "rénovateurs" du parti communiste, collaborant notamment à la revue M (comme Marxisme et Mouvement). Il est évidemment de toutes les pétitions anti-FN. Par la suite, il travaillera pour La Cinq puis Télé Monte Carlo.
Gilles Perrault. Le préfacier. C'est l'auteur de L'orchestre rouge qui préfacera L'Affaire Papon. Né le 9 mars 1931 à Paris, ce fils d'une député MRP a été avocat, puis journaliste avant d'opter pour une carrière d'écrivain. Spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, il a eu un itinéraire politique assez sinueux. Il aurait notamment milité dans sa jeunesse aux Jeunesses communistes, avant de rejoindre (d'infiltrer ?) le parti socialiste de 1973 à 1977, pour finalement retourner au parti communiste de 1977 à 1981. Délégué de la fédération de la Manche au XXII le Congrès du PCF, il collaborera également à la revue M, soutiendra le "rénovateur" Henri Fiszbin, présidera également le comité de soutien à Olivier Stirn (!) puis intégrera, en 1988, l'état-major de campagne de Pierre Juquin, soutenu par l'extrême gauche française. Pétitionnaire infatigable et membre de multiples associations d'extrême gauche, il fera un bout de chemin avec la Ligue communiste révolutionnaire, étant notamment le principal animateur (jusqu'à l'année dernière) de l'organisation Ras l'Front. On se souviendra aussi qu'il fut l'un des principaux soutiens du kapo communiste Georges Boudarel, recyclé comme professeur à l'université de Jussieu. Comme l'a raconté Emmanuel Ratier dans son Encyclopédie politique française, il a même participé à un film de propagande soviétique à la gloire du KGB, les services secrets soviétiques. Il déclarait alors : « Beaucoup de gens attribuent au KGB la création du goulag, son fonctionnement. Alors qu'en tant que service de renseignement, je crois que le KGB peut tout à fait être comparé à d'autres services. [...] Il me semble que la CIA est beaucoup plus dangereuse pour les gens parce qu'elle est beaucoup plus difficile a contrôler. [...] Il est bien connu que la CIA a essayé d'assassiner des dirigeants d'Etats étrangers. En revanche, personne ne peut reprocher au KGB d'avoir participé, hier ou aujourd'hui, à des actions de ce type. »
Gérard Boulenger. L'avocat. C'est avec lui que Slitinsky a organisé ses premiers dossiers juridiques, avant que Serge Klarsfeld ne s'en occupe. Cet avocat sera l'un des seuls à le soutenir à Bordeaux, alors même que nombre d'anciens résistants ne veulent rien entendre de cette affaire qui leur parait être un règlement de comptes politique. Né le 14 octobre 1948 à Saint-Pair-sur-Mer, il a prêté serment en 1977. Entré au Syndicat des avocats de France la même année, il a rapidement monté dans son appareil, étant membre de son bureau et de son conseil syndical de 1978 à 1981 et devenant, en 1985, président national du SAF (syndicat créé en 1973 dans la mouvance du programme commun d'union de la gauche). Dans le même temps, il préside la section de la Ligue des droits de l'homme à Bordeaux, préside sa fédération girondine et appartient à son comité central. Accessoirement, il milite au parti socialiste, dont il sera, à plusieurs reprises, candidat dans la région bordelaise.
Gabriel LINDON National Hebdo du 2 au 8 octobre 1997