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lundi 19 décembre 2022

Gustave Le Bon et la fabrique sociologique du gauchiste culturel, par Nicolas Bonnal

 

Comme toujours dans notre pauvre mais invincible et indépassable occident, la cause est ancienne. On pourrait citer Aristophane sans rire et c’est ce que fait Cochin pour expliquer la France philosophe de la Révolution et de la Terreur (voyez mes textes).

Venons-en à l’indispensable Gustave Le Bon qui explique très bien, vers 1890, la fabrication moderne du mécontentement industriel, que l’on retrouve à l’œuvre avec les antisystèmes non pas de pacotille mais de cyber-cafés.

La foule se moque du message. Une idée simple et seule la guide selon Le Bon : la conspiration patronale. La solution est toujours miraculeuse :

Le mythe de la conspiration patronale selon Le Bon

« C’est ainsi par exemple que la théorie essentielle du socialisme d’il y a quarante ans, d’après laquelle les capitaux et les terres devaient se concentrer dans un nombre de mains toujours plus restreint, a été absolument démentie par les statistiques de divers pays. Au point de vue de l’extension du socialisme, ces discussions de théoriciens sont d’ailleurs sans aucune importance. Les foules ne les entendent pas. Ce qu’elles retiennent du socialisme, c’est uniquement cette idée fondamentale que l’ouvrier est la victime de quelques exploiteurs, par suite d’une mauvaise organisation sociale et qu’il suffirait de quelques bons décrets, imposés révolutionnairement, pour changer cette organisation. »

Le Bon se rend célèbre alors en dénonçant non pas les mécontents, les antisystèmes ou les indignés, mais les inadaptés. Fruit du progrès et de l’instruction, du mécanisme et du farniente moderne, ils sont légion, comme dit l’Evangile :

Les inadaptés créés par le système éducatif

« Les inadaptés : leur nombre immense, leur présence dans toutes les couches de nos sociétés, les rendent plus dangereux pour elles que ne furent les Barbares pour l’Empire Romain.

Rome sut se défendre pendant longtemps contre les envahisseurs du dehors. Les Barbares modernes sont dans nos murs, indigènes ou immigrés. S’ils n’ont pas incendié Paris complètement à l’époque de la Commune, c’est Uniquement parce que les moyens d’exécution leur firent défaut. »

Les plus dangereux des mécontents sont ceux que Le Bon nomme les dégénérés fabriqués par le système. Cela se rapproche de notre époque :

 « A la foule des inadaptés créés par la concurrence et par la dégénérescence, s’ajoutent chez les peuples latins les dégénérés produits par incapacité artificielle. Ces inadaptés sont fabriqués à grands frais par nos collèges et nos universités. La légion des bacheliers, licenciés, instituteurs et professeurs sans emploi constituera peut-être un jour un des plus sérieux dangers contre lesquels les sociétés auront à se défendre. La formation de cette classe d’inadaptés est toute moderne. Son origine est psychologique. Elle est la conséquence des idées actuelles. »

Oui, mais n’oublions pas le principal : l’idéologie n’est que la regrettable conséquence d’une sociologie folle productrice d’inadaptés. 

Une sociologie folle productrice d’inadaptés

Gustave Le Bon encore :

« Notre éducation théorique à coups de manuels, ne préparant absolument à rien qu’aux fonctions publiques, et rendant les jeunes gens totalement inaptes à toute autre carrière, ils sont bien obligés, pour vivre, de se ruer furieusement vers les emplois salariés par l’Etat. Mais comme le nombre des candidats est immense et le nombre des places minime, la très grande majorité est éliminée et se trouve sans aucun moyen d’existence, par conséquent déclassée et naturellement révoltée. »

Le Bon évoque le préjugé anti-manuel des peuples latins, passés directement du féodalisme au socialisme :

« Ils ne le font pas (et ceci est la seconde raison), à cause du préjugé indéracinable contre le travail manuel, l’industrie et l’agriculture, qui existe chez les peuples latins, et n’existe d’ailleurs que chez eux ».

Sur le préjugé féodal et anti-artisanal :

« Les peuples latins possèdent en effet, malgré de trompeuses apparences, un tempérament si peu démocratique que le travail manuel, fort estimé dans l’aristocratique Angleterre, est jugé par eux comme humiliant ou même déshonorant… »

Préjugés anti-industriels des peuples latins

Toutes ces bonnes études ne servent évidemment à rien, sinon à se révolter :

« Après de longues et· coûteuses études, les diplômés sont bien obligés de reconnaître qu’ils n’ont acquis aucune élévation de l’intelligence, ne ‘sont guère sortis de leur caste, et que leur existence est à recommencer.

Devant le temps perdu, devant leurs facultés émoussées pour tout travail utile, devant la perspective de l’humiliante pauvreté qui les attend, comment ne deviendront-ils pas des révoltés ? »

Est-ce qu’un homme de Davos est capable de se nourrir lui-même

Après Le Bon prépare l’antienne de nos amis libertariens, déjà pronostiquée par Lao Tse il y a vingt-cinq siècles : l’assistance produit la dépendance.

« Jusqu’ici la charité publique ou privée n’ont fait qu’accroître considérablement la foule des inadaptés. Dès qu’un bureau d’Assistance Publique fonctionne quelque part, le nombre· des pauvres s’accroît dans d’immenses proportions. Je connais un petit village aux portes de Paris ou près de la moitié de la population est inscrite au bureau de bienfaisance.

Les recherches faites sur ce sujet ont prouvé que 95% des pauvres secourus en France sont des individus qui refusent toute espèce de travail. »

Et de nouveau philosophe, Le Bon achève (penser à notre texte sur Maupassant et les extrémistes politique de son temps):

« De nouveau désabusé, l’homme reprendra une fois encore l’éternel labeur de se créer des chimères capables de charmer son âme pendant quelque temps. »

Je rappelle que chez les termites une bonne partie de ces insectes sont incapables de se nourrir eux-mêmes ; et que lorsqu’on veut s’en débarrasser, on cesse de les nourrir. 

Question subsidiaire : est-ce qu’un homme de Davos est capable de se nourrir lui-même ?

Sources :

Gustave Le Bon – Psychologie du socialisme (archive.org)

Nicolas Bonnal –  La culture comme arme de destruction massive ; le choc Macron (Amazon.com)

Leftists Aren’t Capable Of Surviving Economic Collapse – Here’s Why | ZeroHedge

https://lecourrierdesstrateges.fr/2022/12/19/gustave-le-bon-et-la-fabrique-sociologique-du-gauchiste-culturel-par-nicolas-bonnal/

mercredi 5 octobre 2022

Gustave Le Bon : clés et enjeux de la psychologie des foules (Catherine Rouvier)

 

catherine-rouvier-gustave-le-bon

Catherine Rouvier est docteur d’Etat en droit public et en science politique de l’université Paris II (Panthéon-Assas) et maître de conférences à l’université de Paris XI (Orsay).

Cet ouvrage est une réédition augmentée et enrichie de sa thèse d’histoire des idées politiques sur Gustave Le Bon, parue initialement aux Presses Universitaires de France (PUF) en 1986 avec une préface d’Edgar Faure et qui reçut le prix Fabien de morale et de sociologie de l’Académie française.

Gustave Le Bon (1841-1931), médecin, anthropologue, psychologue social et sociologue, est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels il faut particulièrement retenir Psychologie des foules paru pour la première fois en 1895 et qui reste pleinement d’actualité. Il y a méthodiquement et rigoureusement décrit les mécanismes utilisés hier, aujourd’hui et probablement encore demain, pour manipuler les foules.

Le livre de Catherine Rouvier examine la pensée de Gustave Le Bon à ce sujet et tente d’en tirer des leçons.

Gustave Le Bon, Catherine Rouvier, éditions Terra Mare, 310 pages, 19,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/gustave-le-bon-cles-et-enjeux-de-la-psychologie-des-foules-catherine-rouvier/50523/

jeudi 7 avril 2022

Gustave Le Bon La psychologie politique contre les utopies 2/2

  

Mais plus les recherches scientifiques avancent, dit Le Bon, plus ces dernières contredisent ces chimères. S'appuyant sur la biologie, sur la psychologie et sur l’histoire, Gustave Le Bon montre que nos actions ont une portée fort restreinte sur une société et que les transformations les plus profondes ne se réalisent jamais sans l’action du temps, que les institutions ne sont jamais que « l’enveloppe extérieure d'une âme intérieure ». Evidemment, le rôle des institutions et des hommes n'est pas nul, mais il ne faudrait pas exagérer leur importance à ses yeux. « Loin d’être le point de départ d’une évolution politique, une institution en est simplement le terme ».

Mais cette erreur est fondée sur une méconnaissance de la nature humaine et sur une surévaluation de la raison dans la conduite des hommes. En vérité, montre Le Bon dans ses livres, la raison est l’exception et non la règle de la nature humaine. La raison crée la science certes, mais les sentiments et les croyances mènent l’histoire. Et méme les rationalistes égalitaires sont en fait des croyants d'un nouveau type. Croyant se débarrasser des anciennes superstitions au profit de la raison, les réformateurs égalitaires ressuscitent la théologie antique montrant les peuples gouvernés par les caprices divins : « La grande utopie des réformateurs est précisément d'attribuer a des lois le pouvoir magique maintenant refusé aux dieux. Leur rêve de rénovation sociale ne tient aucun compte des nécessités naturelles. Mais si les vieilles divinités excusaient parfois nos faiblesses et se montraient accessibles à la pitié, les lois naturelles restent inflexibles et ne pardonnent jamais. »

Penser le différentialisme

Cette critique parait peut-être un peu trop abstraite. Prenons donc un cas concret pour l’illustrer. Dans son livre, Gustave Le Bon consacre notamment plusieurs chapitres aux « erreurs de psychologie politique en matière de colonisation ». Il y dénonce l’absurdité et l’arrogance des colons français qui consistent à vouloir imposer aux indigènes des colonies des institutions, des idées et des besoins étrangers à leur mentalité. Par des méthodes d'assimilation forcée et des procédés d'autocratie jacobine, les colons européens aspirent à modifier l’âme des peuples conquis, faisant fi des millénaires ayant présidé à leur évolution. Toutefois, si les Européens parviennent - pour un temps - à dominer politiquement ces peuples, dit Le Bon, prédisant ainsi l’échec de la colonisation, ils ne parviendront pas à modifier leur mentalité. Or, cet échec colonial fut lui aussi fondé sur une erreur lamentable de psychologie politique. Ainsi qu'il le note, « les préjugés héréditaires d’un peuple et ses croyances religieuses peuvent être déclarés absurdes par la raison, mais un véritable homme d’État ne tentera jamais de les combattre, sachant qu'il ne peut le faire utilement. Seuls des théoriciens, ignorants des réalités, croient que la raison pure gouvernera le monde et transformera les hommes. En réalité, l’intelligence prépare lentement les changements qui, à la longue, transformeront nos âmes, mais son action immédiate est très faible. Fort peu de choses peuvent être changées par elle brusquement ».

Toutefois, il n'est pas certain que les échecs successifs des révolutions socialistes et de l’aventure coloniale aient mis fin aux « illusions législatives » dénoncées par Le Bon. Si nous avons échoué à modifier la mentalité des peuples étrangers sur leurs propres terres, peut-être sera-t-il possible de le faire sur les nôtres ? se demande-t-on aujourd'hui. « Croire qu'on modifie l’âme d'un peuple en changeant ses institutions et ses lois est resté un dogme que nous aurons à combattre », écrivait Gustave Le Bon au début du XXe siècle. Ce dogme est-il vaincu de nos jours ? Nous en doutons. C’est pourquoi il nous parait capital de nous pencher sur son oeuvre qui constitue une des meilleures clefs de libération de cet esclavage mental où l'homme moderne n'a même plus conscience de son asservissement. Un homme d'État ne gouverne pas des individus égaux, il gouverne un peuple composé de personnes inégales au milieu d'autres peuples différents du sien. La connaissance de la psychologie de son peuple et de celle des autres est donc une des plus grandes ressources de I'homme d’État s'il veut que ses actions soient en adéquation avec la mentalité de son peuple au lieu de le conduire à la ruine.

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Les lois psychologiques de l'évolution des peuples (1895).

La psychologie politique (1917).

éléments N°194 Février-Mars 2022

 

Gustave Le Bon La psychologie politique contre les utopies 1/2

  

Par Ego Non

Si l’Éducation nationale faisait son travail, elle mettrait au programme des lycées les classiques de la pensée politique, au même titre que les grands auteurs du patrimoine littéraire. L'homme deviendrait alors un animal politique. Ego Non, qui tient la chaine YouTube du même nom, nous offre plus qu'une session de rattrapage - une introduction à l’art de (se) gouverner.

La célébrité d’un livre cache parfois son auteur. Bien que tout le monde connaisse - au moins de nom - la Psychologie des foules de Gustave Le Bon, ce dernier demeure un illustre inconnu de la pensée française. En le réduisant à certaines formules comme : « L’âge où nous entrons sera véritablement l’ère des foules », on manque la profondeur de sa pensée. Car Gustave Le Bon n'est pas l'auteur d'un seul livre, son œuvre est infiniment plus vaste et devrait même compter parmi les classiques de la pensée politique moderne.

Un tel jugement surprendra peut-être le lecteur. Pourtant telle était bien l'ambition du docteur Le Bon. Avec Les lois psychologiques de l’évolution des peuples, écrit en 1894, Le Bon commence ses travaux de psychologie sociale en étudiant l’importance de l’hérédité chez les différents peuples de l’histoire. Viennent ensuite Psychologie des foules, Psychologie du socialisme, Psychologie de l’éducation et enfin Psychologie politique, qui synthétise les vues et les objectifs de son auteur.

Dans ce dernier livre en effet, Gustave Le Bon affirme qu'il existe certaines règles pour gouverner les hommes que l’on ne peut impunément violer, et que les fautes politiques dont est parsemée la trame de l’histoire humaine ont généralement pour cause des erreurs de psychologie. La psychologie politique, qu'il appelle aussi la science de gouverner, est si nécessaire que les hommes d’État ne peuvent s'en passer et celle-la se compose de la psychologie individuelle, de la psychologie des foules et de la psychologie des races. Or, faute de lois clairement formulées, les chefs d’État prennent pour seuls guides les impulsions du moment et quelques règles traditionnelles fort sommaires. C'est donc pour pallier ce manque que Gustave Le Bon s'est efforcé d'énoncer le plus clairement possible ces règles du politique, s'inscrivant ouvertement dans les pas de Machiavel : « Le seul véritable traité de psychologie politique connu fut publié il y a quatre siècles par un illustre Florentin que son œuvre rendit immortel. »

La constitution mentale des peuples

Néanmoins, Gustave Le Bon ne se limite pas a énoncer ces règles du gouvernement des hommes de façon positive. Ainsi qu'il l'observe, « ce n'est pas en les formulant [les lois de la psychologie politique] qu'on saurait prouver leur valeur, mais bien en montrant les conséquences de leur ignorance ». Or les conséquences de leur ignorance sont pour le moins dramatiques, et l’erreur contre laquelle Le Bon se bat le plus est celle qui consiste a croire qu'un peuple peut être entièrement remodelé par des lois nouvelles : « Erreur de psychologie toujours, cet utopique espoir de refaire les sociétés à coups de décrets et la croyance qu'un peuple peut se soustraire entièrement à l’influence de son passé. »

Chaque peuple, dit-il, possède une constitution mentale aussi fixe que ses caractères anatomiques, d'ou ses sentiments, ses pensées, ses institutions, ses croyances et ses arts dérivent. L’âme et la mentalité des peuples s'élaborent sur le temps long, au fil de l’histoire et de leurs expériences, et leurs sociétés ne sont pas le fruit des fantaisies sentimentales des gouvernants. La possibilité de refaire les sociétés au moyen d'institutions nouvelles a toujours semblé naturelle aux réformateurs et révolutionnaires, en particulier aux révolutionnaires égalitaristes qui aspirent à rebâtir les sociétés sur des plans dictés par la raison pure.

À suivre

lundi 25 octobre 2021

Les idées politiques de Gustave Le Bon

  

Les idées politiques de Gustave Le Bon

par Ange SAMPIERU

Source/Recension : Les idées politiques de Gustave Le Bon, Catherine Rouvier (PUF, 1986) par Ange Sampieru, revue Vouloir n°35/36 (janv. 1987).

Né en 1841, mort en 1931, le docteur Gustave Le Bon est resté célèbre dans l'histoire des idées contemporaines pour son ouvrage historique, La psychologie des foules, paru en 1895. Pourtant, en dépit de plusieurs décennies de gloire, que Catherine Rouvier situe entre 1910 (date de la plus grande diffusion de son ouvrage) et 1931, année de sa mort, il erre depuis maintenant 50 ans dans un pénible purgatoire. Cette éclipse apparaît, au regard de la notoriété de Le Bon, comme un sujet d'étonnement. L’influence de Le Bon ne fut pas seulement nationale et française. Son livre fut lu, loué et utilisé dans de nombreux pays étrangers. Aux États-Unis, par ex., où le Président Théodore Roosevelt déclarait que l’ouvrage majeur de Gustave Le Bon était un de ses livres de chevet. Dans d'autres pays, le succès fut également assuré : en Russie, où la traduction fut assurée par le Grand-Duc Constantin, directeur des écoles militaires ; au Japon et en Égypte aussi, des intellectuels et des militaires s'y intéressent avec assiduité. Cette présence significative de Gustave Le Bon dans le monde entier ne lui évita pourtant pas la fermeture des portes des principales institutions académiques françaises, notamment celles du monde universitaire, de l'Institut et du Collège de France.

Un ostracisme injustifié

Le mystère de cet ostracisme, exercé à l'encontre de ce grand sociologue aussi célèbre qu'universel est l'un des thèmes du livre de Catherine Rouvier. La curiosité de l’auteur avait été éveillée par une étude sur le phénomène, très répandu, de la "personnalisation du pouvoir". Autrement dit, pourquoi les régimes modernes, parlementaires et constitutionnalistes, génèrent-ils aussi une "humanisation" de leurs dirigeants ? Ce phénomène apparaît d'ailleurs concomitant avec un phénomène qui lui est, historiquement parlant, consubstantiel : l'union des parlementaires contre ce que le professeur Malibeau nommait une "constante sociologique". De Léon Gambetta à Charles de Gaulle, l’histoire récente de France démontre à l'envi cette permanence. D'ailleurs les régimes démocratiques, à l'époque de Le Bon, n'étaient évidemment pas seuls à sécréter cette tendance. Les régimes totalitaires étaient eux-mêmes enclins à amplifier cette constante (Hitler en Allemagne, Staline en Russie). Après maintes recherches dans les textes devenus traditionnels (Burdeau, René Capitant) Catherine Rouvier découvrit l'œuvre maîtresse de Le Bon. Malgré les nombreuses difficultés rencontrées dans sa recherche laborieuse d'ouvrages traitant des grandes lignes de la réflexion de Le Bon, c'est finalement dans un article paru en novembre 1981 dans le journal Le Monde, double compte-rendu de 2 ouvrages traitant du concept central de Le Bon, la foule, que l'auteur trouva les 1ers indices de sa longue quête. En effet les 2 ouvrages soulignaient l’extrême modernité de la réflexion de Le Bon. Pour Serge Moscovici, directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences sociales, et auteur de L'Âge des foules (Paris, Fayard, 1981), Le Bon apporte une pensée aussi nouvelle que celle d'un Sigmund Freud à la réflexion capitale sur le rôle des masses dans l'histoire. Il dénonce dans la même foulée l'ostracisme dont est encore frappé cet auteur dans les milieux académiques français.

Pour Moscovici, les raisons sont doubles : d'une part, "la qualité médiocre de ses livres", et d'autre part, le quasi-monopole exercé depuis des années par les émules de Durkheim dans l'université française. Et, plus largement, l'orientation à gauche de ces milieux enseignants [mode du freudo-marxisme]. Contrairement au courant dominant, celui que Durkheim croyait être source de vérité, Le Bon professait un scepticisme général à l'égard de toutes les notions communes aux idéologies du progrès. Les notions majeures comme celles de Révolution, de socialisme, de promesse de paradis sur terre, etc. étaient fermement rejetées par Le Bon. On l'accusa même d'avoir indirectement inspiré la doctrine de Hitler. Sur quoi Catherine Rouvier répond : pourquoi ne pas citer alors Staline et Mao qui ont, eux aussi, largement utilisé les techniques de propagande pour convaincre les foules ?

Une dernière raison de cet ostracisme fut le caractère dérangeant de la pensée de Le Bon. Son approche froidement "objective" du comportement collectif, le regard chirurgical et détaché qu'il porte sur ses manifestations historiques, tout cela allait bien à l'encontre d'un certain "moralisme politique". En associant psychologie et politique, Le Bon commettait un péché contre l'esprit dominant.

De la médecine à la sociologie en passant par l'exploration du monde...

Avant de revenir sur les idées politiques de G. Le Bon, rappelons quelques éléments biographiques du personnage. Fils aîné de Charles Le Bon, Gustave Le Bon est né le 7 mai 1841 dans une famille bourguignonne. Après des études secondaires au lycée de Tours, G. Le Bon poursuit des études de médecine. Docteur en médecine à 25 ans, il montre déjà les traits de caractère qui marqueront son œuvre future : une volonté de demeurer dans !'actualité, une propension à la recherche scientifique, un intérêt avoué pour l'évolution des idées politiques. En 1870, il participe à la guerre, d’où il retire une décoration (il est nommé chevalier de la légion d'honneur en décembre 1871). Paradoxalement, cet intérêt pour des sujets d'actualité n'interdit pas chez cet esprit curieux et travailleur de poursuivre des recherches de longue haleine. Ainsi en physiologie, où il nous lègue une analyse précise de la psychologie de la mort. Gustave Le Bon est aussi un grand voyageur. Il effectue de nombreux déplacements en Europe et, en 1886, il entame un périple en Inde et au Népal mandaté par le Ministère de l'Instruction publique. Il est d'ailleurs lui-même membre de la Société de Géographie. Et c'est entre 1888 et 1890 que ses préoccupations vont évoluer de la médecine vers les sciences sociales. Le passage du médical au "sociologique" passera vraisemblablement par le chemin des études d'une science nouvelle au XIXe siècle : l'anthropologie. Il rejoindra d'ailleurs en 1881 le domaine de l'anthropologie biologique par l'étude de l'œuvre d'AIbert Retzius sur la phrénologie (étude des crânes).

De cet intérêt est né la "profession de foi" anthropologique de Le Bon, consignée dans L'homme et les sociétés. La thèse principale de ce pavé est que les découvertes scientifiques, en modifiant le milieu naturel de l'homme, ont ouvert à la recherche une lecture nouvelle de l'histoire humaine. Le Bon utilise d'ailleurs l'analogie organique pour traiter de l'évolution sociale. Avant Durkheim, il pose les bases de la sociologie moderne axée sur les statistiques. Il propose aussi une approche pluridisciplinaire de l'histoire des sociétés. Mais, en fait, c'est l'étude de la psychologie qui va fonder la théorie politique de Le Bon.

Naissance de la "psychologie sociale"

En observateur minutieux du réel, le mélange des sciences et des acquis de ses lointains voyages va conduire Le Bon à la création d'un outil nouveau : la "psychologie sociale". La notion de civilisation est au centre de ses réflexions. Il observe avec précision, en Inde et en Afrique du Nord, le choc des civilisations que le colonialisme provoque et exacerbe. C'est ce choc, dont la dimension psychologique l'impressionne, qui mènera Le Bon à élaborer sa théorie de la "psychologie des foules" qui se décompose en théorie de la "race historique" et de la "constitution mentale des peuples". Rejetant le principe de race pure, Le Bon préfère celle de "race historique", dont l'aspect culturel est prédominant. Là s'amorce le thème essentiel de toute son œuvre : "le mécanisme le propagation des idées et des conséquences". À la base, Le Bon repère le mécanisme dynamique de la "contagion". La contagion est assurée par les 1ers "apôtres" qui eux mêmes sont le résultat d'un processus de "suggestion". Pour Le Bon, ce sont les affirmations qui entraînent l'adhésion des foules, non les démonstrations. L'affirmation s'appuie sur un médium autoritaire, dont le 'prestige" est l'arme par excellence.

Le Bon est aussi historien. Il trouve dans l'étude des actions historiques le terrain privilégié de sa réflexion. Deux auteurs ont marqué son initiation à la science historique : Fustel de Coulanges et Hippolyte Taine. La lecture de La Cité Antique, ouvrage dû à Fustel de Coulanges, lui fait comprendre l'importance de l'étude de l'âme humaine et de ses croyances afin de mieux comprendre les institutions. Mais Taine est le véritable maître à penser de Le Bon. Les éléments suivants sous-tendent, selon Taine, toute compréhension attentive des civilisations : la race, le milieu, le moment et, enfin, l'art. La théorie de la psychologie des foules résulte d'une synthèse additive de ces diverses composantes. Mais Le Bon va plus loin : il construit une définition précise, "scientifique", de la foule. L'âme collective, mélange de sentiments et d'idées caractérisées, est le creuset de la "foule psychologique". Le Bon parle d'unité mentale...

Un autre auteur influence beaucoup Le Bon. Il s'agit de Gabriel de Tarde. Ce magistrat, professeur de philosophie au Collège de France, est à l'origine de la "loi de l’imitation", résultat d'études approfondies sur la criminalité. La psychologie des foules, théorie de l'irrationnel dans les mentalités et les comportements collectifs (titre de la 1ère partie), offre à Gustave Le Bon une théorie explicative de l'histoire et des communautés humaines dans l'histoire. À travers elle, l'auteur aborde de nombreux domaines : les concepts de race, nation, milieu sont soumis à une grille explicative universelle.

Une nouvelle philosophie de l'histoire

Le Bon se permet aussi une analyse précise des institutions politiques européennes : ainsi sont décortiquées les notions de suffrage universel, d'éducation, de régime parlementaire. L'actualité fait aussi l'objet d'une approche scientifique : Le Bon analyse les phénomènes contemporains de la colonisation, du socialisme, ainsi que les révolutions et la montée des dictatures. Enfin, Le Bon traite de la violence collective au travers de la guerre, abordant avec une prescience remarquable les concepts de propagande de guerre, des causes psychologiques de la guerre, etc. Tous ces éléments partiels amènent Le Bon à dégager une nouvelle philosophie de l'histoire, philosophie qui induit non seulement une méthode analytique, mais aussi et surtout les facteurs d'agrégation et de désintégration des peuples historiques (plus tard, à sa façon, Ortega y Gasset parlera, dans le même sens, de peuples "vertébrés" et "invertébrés"). La civilisation est enfin définie, donnant à Le Bon l'occasion d’aborder une des questions les plus ardues de la philosophie européenne, celle que Taine avait déjà abordé et celle que Spengler et Toynbee aborderont.

G. Le Bon est un auteur inclassable. Profondément pessimiste parce que terriblement lucide à propos de l'humanité, Le Bon utilise les outils les plus "progressistes" de son époque. Il sait utiliser les armes de la science tout en prévenant ses lecteurs des limites de son objectivité. Observateur des lois permanentes du comportement collectif, Le Bon est un historien convaincu. Il comprend très vite l'importance, en politique, de la mesure en temps. L'histoire est le résultat d'une action, celle qu'une minorité imprime sur l'inconscient des masses. Il constate que cette influence des minorités agit rarement sur la mentalité, donc sur les institutions de ses contemporains. Il y a donc un écart historique entre l'action et la transformation effective du réel. L'élaboration d'une idée est une étape. La pénétration concrète de cette idée est l'étape suivante. Son application enfin, constitue une autre étape. Cette mesure au temps vaut au fond pour tous les domaines où l'homme s'implique. Dans l'histoire bien sûr mais aussi dans la science, dans le politique. Le grand homme politique est simplement celui qui pressent le futur de son présent. Il est la synthèse vivante et dynamique des actions posées par les générations précédentes. L'histoire du passage de l'inconscient au conscient est aussi à la mesure de ce temps. Les institutions et le droit sont les fruits de l'évolution des mentalités.

Au-delà des misères de la droite et de la gauche

Le livre de Catherine Rouvier a un immense mérite : comprendre, au travers de l'œuvre de Le Bon, comment l'histoire des idées politiques est passée du XIXe au XXe siècle. La multiplicité des questions abordées par l'auteur est le miroir de l'immense variété des outils de réflexion utilisés par Le Bon. Les idées politiques de Gustave Le Bon supportent mal une classification simplette. Si la droite libérale lance aujourd'hui une tentative de récupération de Le Bon et si la gauche continue à dénoncer ses théories, on peut déceler dans ces 2 positions, au fond identiques même si elles sont formellement divergentes, une même incompréhension fondamentale de la théorie de Le Bon. Les idées politiques de ce sociologue de l'âge héroïque de la sociologie, dont le soubassement psychologique est présenté ici, ne sont en fait ni de droite ni de gauche. La dialectique d'enfermement du duopole idéologique moderne refuse catégoriquement toute pensée qui n'est pas immédiatement encastrée dans une catégorie majeure. C'est le cas de Le Bon. Catherine Rouvier compare d'ailleurs, avec beaucoup de pertinence, cette originalité à celle des travaux de Lorenz (cf. Postface, p. 251 et s.). Le Bon exprime bien l’adage très connu de Lénine : les faits sont têtus...

http://vouloir.hautetfort.com/archive/2014/07/12/les-idees-politiques-de-gustave-le-bon-5397551.html

mercredi 28 juillet 2021

14 décembre 1931 : Gustave le Bon

 Le nom et l'œuvre de Gustave le Bon sont aujourd'hui superbement ignorés par les universités françaises. La raison en est simple : les dures vérités qu'enseigne ce pionnier de la psychologie sociale appliquée à la sociologie sont trop rudes à entendre pour les fragiles oreilles de nos contemporains, qui préfèrent se laisser bercer par les élucubrations du catéchisme freudien et des "philosophes" de supermarchés (de B.H Lévy à André Gkucksman, la liste est longue...).

Pourtant, lorsqu'il meurt à quatre-vingt-dix ans, le 14 décembre 1931, Gustave le Bon laisse derrière lui une œuvre impressionnante, que tout militant nationaliste se doit de connaître car elle lui fournit des armes de premier choix dans son combat.

Le Bon est d'abord un homme de science. Il démontre l'existence de la radioactivité. Surtout, il établit - largement avant un Einstein qui aura tendance à s'attribuer le travail d'autrui - que matière et énergie ne sont que les deux aspects, successifs, d'une même réalité (L'évolution de la matière, 1905), Mais, à la différence de trop de chercheurs actuels, Le Bon ne s'enferme pas dans un seul domaine de spécialité. Physicien, il se passionne aussi pour la biologie, l'histoire, la philosophie, la sociologie, l'anthropologie, l'ethnologie... C'est en faisant le lien entre ces disciples qu'il s'impose comme un pionnier de la psychologie sociale.

Ce grand voyageur qui a aimé parcourir l'Afrique et l'Asie rapporte de ses pérégrinations un constat : « Ce qui m'est resté le plus clair dans l'esprit, écrit-il dans les Lois psychologiques de l'évolution des peuples, c'est que chaque peuple possède une constitution mentale aussi fixe que ses caractères anatomiques et d'où ses sentiments, ses pensées, ses intuitions, ses croyances et ses arts dérivent ». Autrement dit, la façon qu'à un peuple de voir le monde, de se positionner par rapport à lui, fonde son identité. Et Le Bon, qui avait la chance de vivre à une époque où l'on pouvait encore s'exprimer librement, précise : « Le facteur racial doit être mis au premier rang, car à lui seul il est beaucoup plus important que tous les autres dans la détermination des idées et des croyances des foules ».

Le Bon ne verse d'ailleurs pas dans une interprétation réductionniste qui consisterait à n'attribuer qu'au seul facteur biologique les caractéristiques des peuples. Il a compris - et là encore il fait œuvre de pionnier - que la nature et la culture ont toutes deux leur part, incontournable, dans l'identité des peuples. Ce qu'il résume en une formule forte : « L'ensemble des caractères communs imposés par le milieu et l'hérédité à tous les individus d'un peuple constitue l'âme de ce peuple ».

Voilà ce qui est, volontairement, oublié, nié aujourd'hui : les peuples ont une âme. Inlassablement, Le Bon en fait la démonstration dans de maîtres livres qui ont connu, en leur temps, un grand et mérité succès. Mais le plus bel hommage rendu à Le Bon émane du grand Georges Sorel : « Si la psychologie parvient quelque jour à être annexée, chez nous, au domaine des connaissances que doit posséder un homme pour avoir le droit de se dire vraiment cultivé, on devra ce résultat aux efforts persévérants de Gustave Le Bon ».

P. V National Hebdo du 8 au 14 décembre 1994

dimanche 31 janvier 2021

Bakounine, Le Bon et le crépuscule européen

   

J’ai écrit de nombreux textes qui tournent autour du même thème, de la même constatation. Les choses, les problèmes ne changent plus depuis deux siècles ou presque. Lisez la conclusion des mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand et vous êtes déjà dans notre vieux monde. Monde unifié, monde laid, monde antiartistique, monde décivilisé, monde de contrôle, d’argent et de quantité. Les problèmes que nous vivons semblent sortis d’hier. Or c’est faux, ils sont anciens, et c’est pourquoi je conseille la lecture des auteurs comme Le Bon, Tocqueville ou bien sûr René Guénon ou Evola.

Je vais parler de notre Italie.

Les problèmes italiens sont vieux et ils datent de son unification ratée par une clique corrompue, celle qui la soumit ensuite à l’Angleterre (libéraux, sénateurs, maçons), à l’Allemagne, à l’Amérique puis à l’Europe.

En 1869 le révolutionnaire Bakounine observe déjà ce maigre bilan :

« Nulle part on ne peut aussi bien étudier qu’en Italie le néant du vieux principe de la révolution exclusivement politique, et la décadence de la bourgeoisie, cette représentante exclusive des idées de 89 et de 93 et de ce qu’on appelle encore aujourd’hui le patriotisme révolutionnaire.

Sortie d’une révolution nationale victorieuse, rajeunie, triomphante, ayant d’ailleurs la fortune si rare de posséder un héros et un grand homme, Garibaldi et Mazzini, l’Italie, cette patrie de l’intelligence et de la beauté, devait, paraissait-il, surpasser en peu d’années toutes les autres nations en prospérité et en grandeur. Elle les a surpassées toutes en misère. »

Et de constater tristement :

« Moins de cinq années d’indépendance avaient suffi pour ruiner ses finances, pour plonger tout le pays dans une situation économique sans issue, pour tuer son industrie, son commerce, et, qui plus est, pour détruire dans la jeunesse bourgeoise cet esprit d’héroïque dévouement qui pendant plus de trente ans avait servi de levier puissant à Mazzini »

 Pays mort-né comme notre Europe de la Fin des Temps (il règne une atmosphère évolienne, de Kali-Yuga dans le texte du grand Bakounine) ou notre France républicaine, la bourgeoisie mondialisée scia la branche du risorgimento :

« Le triomphe de la cause nationale, au lieu de tout raviver, avait écrasé tout. Ce n’était pas seulement la prospérité matérielle, l’esprit même était mort ; et l’on était bien surpris en voyant cette jeunesse d’un pays politiquement renaissant, vieille de je ne sais combien de siècles, et qui, n’ayant rien oublié, n’avait aucun souci d’apprendre quelque chose. »

Le besoin de places qui s’est vu depuis avec leur Europe est déjà là :

« On ne peut guère s’imaginer quelle immense convoitise de positions sociales et de places a été réveillée au sein de la bourgeoisie italienne par le triomphe de la révolution nationale. C’est ainsi qu’est née la fameuse Consorteria, cette ligue bourgeoise qui, s’étant emparée de tous les emplois lucratifs, malmène, déshonore, pille aujourd’hui l’Italie, et qui, après avoir traîné cette patrie italienne par toutes les boues possibles, l’a fait aboutir aux désastres de Custozza, de Lissa et de Mentana. »

Les mêmes problèmes (dénatalité, déclin culturel, militarisme, étatisme) se posent vers 1890. Le savant français Gustave Le Bon remarque alors dans un grand livre :

« Le principe des nationalités, si cher jadis aux hommes d’État et dont ils faisaient tout le fondement de leur politique, peut être encore cité parmi les idées directrices dont il a fallu subir la dangereuse influence. Sa réalisation a conduit l’Europe aux guerres les plus désastreuses, l’a mise sous les armes et conduira successivement tous les États modernes à la ruine et à l’anarchie. Le seul motif apparent qu’on pouvait invoquer pour défendre ce principe était que les pays les plus grands et les plus peuplés sont les plus forts et les moins menacés. Secrètement, on pensait aussi qu’ils étaient les plus aptes aux conquêtes ».

Comme Léopold Kohr, le très habile Le Bon, qui a tout annoncé parce qu’il a tout étudié, fait l’éloge du Small is beautiful :

« Or, il se trouve aujourd’hui que ce sont précisément les pays les plus petits et les moins peuplés : le Portugal, la Grèce, la Suisse, la Belgique, la Suède, les minuscules principautés des Balkans, qui sont les moins menacés. L’idée de l’unité a ruiné l’Italie, jadis si prospère, au point qu’elle est aujourd’hui à la veille d’une révolution et d’une faillite. Le budget annuel des dépenses de tous les États italiens, qui, avant la réalisation de l’unité italienne, s’élevait à 550 millions, atteint 2 milliards aujourd’hui. »

Et Le Bon souligne aussi la faiblesse des pays latins, corrompus depuis des lustres selon lui par le verbalisme, le socialisme, l’anarchie et le césarisme ! Mais c’est plus compliqué. Car ce siècle de l’unification fut celui du règne de la quantité au sens guénonien, et l’on peut dire d’ailleurs que la belle Allemagne, celle de la musique et de la philosophie, de la poésie et du romantisme, prit fin avec son unité qui déboucha sur l’industrialisme, le socialisme et le bellicisme que l’on sait.

Gustave Le Bon encore, comme s’il avait prévu le nazisme :

« L’Allemagne moderne, malgré de trompeuses apparences de prospérité, en sera sans doute la première victime, à en juger par le succès des diverses sectes qui y pullulent. Le socialisme qui la ruinera sera sans doute revêtu de formules scientifiques rigides, bonnes tout au plus pour une société idéale que l’humanité ne produira jamais, mais ce dernier fils de la raison pure sera plus intolérant et plus redoutable que tous ses aînés. Aucun peuple n’est aussi bien préparé que l’Allemagne à le subir. Aucun n’a plus perdu aujourd’hui l’initiative, l’indépendance et l’habitude de se gouverner. »

Sources

  • Nicolas Bonnal – Chroniques sur la Fin de l’Histoire (Kindle)
  • Le Bon – Lois psychologiques de l’évolution des peuples
  • Leopold Kohr – the Breakdown of nations
  • Bakounine – Lettre aux rédacteurs du Réveil, à Paris, octobre 1869 (inédit)

Les livres de N. Bonnal sont disponibles chez:

https://voxnr.com/9115/bakounine-le-bon-et-le-crepuscule-europeen

mercredi 10 mai 2017

Gustave Le Bon et le sempiternel déclin français vers 1880

Macron le libéral-social contre Le Pen la national-sociale. Ne nous en mêlons pas car, comme disait Jean-Louis Curtis en 1981, la France nous fatigue. J’avais dit ce que j’en pensais il y a vingt ans dans mon Coq hérétique, publié aux Belles Lettres.
Immigration, déclin, étatisme, impôts, réforme ? Lisez Gustave Le Bon et après allez pécher. Téléchargez gratuit la psychologie du socialisme et lisez ces bonnes phrases :
« Comparée à la même classe en Angleterre et en Allemagne, écrivait récemment un pamphlétaire suisse cité par la France extérieure, la bourgeoisie française vous donnera l’idée d’une personne avancée en âge. L’initiative individuelle va en diminuant, l’esprit d’entreprise semble paralysé. Le besoin de repos, d’occupations sédentaires augmente, les placements en fonds d’Etat augmentent, le nombre des fonctionnaires augmente, c’est-à-dire: les capitaux, les intelligences, les capacités se retirent des affaires. »
Après le suisse anonyme en rajoute :
« Les recettes diminuent, les exportations diminuent, les enfants diminuent, l’énergie diminue, le sentiment de l’autorité, de la justice, de la religion diminue, l’intérêt porté aux affaires publiques diminue. Les dépenses augmentent, les importations augmentent sur toute la ligne, l’infiltration des étrangers augmente.« 
Le Grand Remplacement a commencé il y a bien longtemps, et Maupassant en parle comme tout le monde. Lisez aussi l’enquête très sérieuse de Rebatet en 1937 ; ce fasciste affirme que les immigrants européens ne valent pas mieux que les autres ! Voyez Grant ou Ross en Amérique.
Voyons le réveil de l’orient qui n’a pas attendu non plus CNN :
« Bornée d’abord aux matières premières et aux produits agricoles, la lutte entre l’Orient et l’Occident s’est étendue progressivement aux produits industriels. Avec des prix de revient aussi faibles, les exportations de l’Inde ont passé en dix ans de 712 millions à plus de 4 milliards. Mais l’Inde possède peu de charbon… Les Orientaux se sont mis à fabriquer successivement tous les produits européens, et toujours dans des conditions de bon marché rendant toute lutte impossible. Horlogerie, faïence, papier, parfumerie, et jusqu’à l’article dit de Paris, se fabriquent maintenant au Japon. L’objet européen se trouve ainsi de plus en plus éliminé de l’Orient. »
Se plaint-on encore de la France décadente ? Voici la suite :
« On y est, en effet. Nous vivons de l’ombre du passé, c’est-à-dire de l’ombre d’une ombre, et la décadence s’accentue avec une rapidité qui frappe tous les statisticiens. Nos exportations, qui, il y a 20 ans, étaient fort supérieures à celles de l’Allemagne, sont bien inférieures maintenant. Comme on l’a dit justement, nos pertes commerciales sont telles gue nous repayons tous les trois ou quatre ans l’indemnité de guerre que nous pensions n’avoir eu à payer qu’une fois. »
Il reste le luxe (Vuitton, le champagne, les relais-châteaux, le Macron-Rothschild haute cuvée) :
« Ce qui sauve d’un anéantissement complet notre commerce extérieur, c’est le monopole de certains produits naturels, tels que les vins de qualité supérieure, que presque seuls nous possédons, et l’exportation de quelques articles de luxe : modes, soieries, fleurs artificielles, parfumerie, bijouterie, etc., où notre habileté artistique n’est pas encore trop atteinte pour l’instant. Mais sur tout le reste la baisse est rapide. »
Puis Le Bon devient prophétique, via un Allemand :
« Cet Allemand a écrit des phrases qui hantent sans cesse mon esprit. Il a prédit que la France deviendrait une sorte de colonie qui serait administrée par des fonctionnaires français et mise en valeur par des industriels, des commerçants, des agriculteurs allemands aidés par une main-d’œuvre immigrée également. »
Remarquez qu’on ne parle pas des arabes ou des noirs : ici aucun racisme de concierge postmoderne. A leur époque Tocqueville comme Le Bon (j’ai même des textes de Kipling et de Fitzgerald) ont dénoncé l’immigration européenne. Le Bon explique la situation des PIGS (déjà…) avec nos origines latines :
« Nos lecteurs savent comment les aptitudes des peuples latins ont été créées par leur passé, et à quel point ces peuples subissent aujourd’hui les effets de ce passé. Ils savent l’influence de notre centralisation séculaire, celle de l’absorption progressive par l’Etat détruisant toutes les initiatives individuelles et rendant les citoyens incapables de rien accomplir par eux-mêmes lorsqu’ils sont privés de direction. »
L’éducation franco-italo-espagnole en prend un coup comme toujours :
« Ils connaissent aussi le terrible effet d’un système d’éducation qui dépouille la jeunesse des vestiges d’initiative et de volonté que l’hérédité leur a laissés, les lance dans la vie sans autres connaissances que des mots et fausse leur jugement pour toujours. »
Les Allemands sont toujours des modèles à suivre :
« … les Allemands ne souffrent pas comme nous de la pléthore des licenciés et bacheliers sans emploi, parce que leur éducation technique étant fort soignée, ils trouvent facilement à s’utiliser dans l’industrie, alors que l’éducation purement théorique des latins ne les rend aptes qu’à faire des professeurs, des magistrats, des fonctionnaires ou des politiciens. »
Et Le Bon de conclure :
« Paris sera bientôt considéré par les Allemands comme la plus productive de leurs colonies. »
Allemands auxquels on ajoutera Wall Street, la City, les Qatari et Shanghai !
Il ne faut pas s’en faire, comme dit mon ami Sylvain, professeur d’informatique à l’université américaine de Monaco : « quand elle touche le fond, la France creuse encore ». C’est comme ces plafonds de la dette qui font mine d’en inquiéter certains – et qui ne cessent, comme les indices boursiers, de battre tous les records.
C’est Alexandre Kojève qui nous a conseillé de nous remettre au grec ; il avait raison et je recommande le chant six de l’Odyssée, la rencontre avec Nausicaa.
Sources
  • Gustave Le Bon – Psychologie du socialisme (p. 186-235)
Les livres de N. Bonnal sont disponibles chez:

mercredi 18 septembre 2013

Gustave Le Bon, Psychologie des foules

gustave.jpgBien que tout le laisse à penser ; que nous soyons dans une époque charnière ou pas, ou que le système en place tombe en désuétude ou non, une avant-garde se doit, dans le monde moderne, de connaître la psychologie des foules.
On pourrait penser que ce sont les hommes qui font les révolutions, mais en vérité, ce sont les révolutions qui font les hommes ; de même que les grands bouleversements historiques ne se font pas dans un coup d’éclat mais bien plutôt par un long travail de transmission d’idées, de concepts et de ressentis, tel un torrent silencieux érodant la roche de son lit. Quelqu’un a d’ailleurs dit à ce sujet, que pour qu’une transformation s’opère à la plus grande profondeur possible, il faut administrer le remède aux doses les plus faibles, mais inlassablement et sur de longues périodes. C’est dans ce courant là que réside la véritable force et non dans la révolution en elle-même ! Et Le Bon situe tout de suite où se trouve cette force : chez la foule qui a supplanté l’organisation sociale traditionnelle. Quoi que l’on en pense, la foule est dorénavant aux commandes ; et là où elle n’y est pas, elle exerce tyranniquement son pouvoir par l’intermédiaire de l’opinion publique – si ce n’est par les dogmes, Le Bon parle du droit divin de la foule. C’est dire à quel point se révèle être important l’étude de la psychologie des foules. Car il ne faut pas s’y tromper, « les foules n’ont de puissance que pour détruire », leur rôle n’est que de démolir ce qui est vermoulue. Et elles agissent pour ainsi dire aveuglément dans cette voie qui lui est inintelligible tandis que de grands hommes – tel que Napoléon – avaient comme un sens inné à la psychologie des masses afin de les orienter par leur pouvoir de suggestion.
Dans un premier temps, Le Bon décrit le caractère général des foules, la façon dont elles se composent et se déterminent à travers une sorte d’ « âme collective ». Ici la personnalité n’a plus le caractère prépondérant face à l’unité de cette « âme collective », car l’élément inconscient prend le dessus sur la raison. Ce qui n’empêche pas à la foule d’adopter différents caractères comme celui du sentiment de puissance ou de contagion mentale. Ensuite, Le Bon s’intéresse aux sentiments et à la moralité des foules. Je ne rentrerai pas plus avant dans le détail, en revanche, Le Bon traite ici de l’impulsivité, la mobilité et l’irritabilité des foules, de leur suggestibilité et de leur crédulité, de l’exagération et du simplisme de leurs sentiments ainsi que de leur intolérance, leur autoritarisme et leur conservatisme en terminant par leur moralité. En lisant ceci, on comprend que rien n’est plus malléable qu’une foule. En fait, elle ne donne naissance à rien, mais reprend ou pas à son compte l’idée d’un individu ; la foule admet tout en bloc ou rejette tout en bloc, tandis que seul le pouvoir de suggestion permet la propagation d’une idée.
Et il s’avère que pour chaque idée, la foule en fait une image, et que plus l’image sera simple plus elle aura de poids donc de pouvoir de contagion, notamment en devenant un sentiment. « Les sentiments seuls agissent sur les mobiles profonds de nos actes et de nos discours. » Par la suite, les sentiments ne bougent que très peu, car le raisonnement des foules est limité à la généralisation immédiate du cas particulier ; Le Bon donne comme exemple l’ouvrier exploité par un patron qui en conclut que tous les patrons sont des exploiteurs, ceci est un cas typique de raisonnement de foule. On ne peut s’étonner alors que là où le raisonnement n’intervient que très peu, l’imagination devienne profondément impressionnable. L’apparence joue un rôle beaucoup plus important que la réalité, l’image suggestive faisant office de mobile d’action. « Tous les grands faits historiques, la création du bouddhisme, du christianisme, de l’islamisme, la Réforme, la Révolution et de nos jours l’invasion menaçante du socialisme sont les conséquences directes ou lointaines d’impressions fortes produites sur l’imagination des foules. » Tel un sentiment religieux, la foules « met toutes les ressources de son esprit, toutes les soumissions de sa volonté, toutes les ardeurs du fanatisme au service d’une cause ou d’un être devenu le but et le guide des sentiments et des actions. » Le monde moderne tourne autour de l’adoration aveugle de principes politiques tout comme l’Empire romain se maintint non par la force mais par l’admiration religieuse qu’il inspirait. La foule est excessive par nature, soit elle croit et sanctifie, soit elle ne croit pas et tombe dans l’aversion.
Entre autres, elle le fait à travers des facteurs lointains et ancrés permettant l’avènement de facteurs immédiats, tels que les discours des orateurs. Parmi ces facteurs lointains, on retrouve la race, les traditions, le temps, les institutions et l’éducation. Ce n’est que de ces facteurs préparatoires que l’âme des peuples se dote d’une réceptivité spéciale permettant l’éclosion d’une idée. De là, certains mots comme démocratie, liberté, égalité s’érigent en dogme à travers une image qui se modifie très lentement dans le temps. Ou encore l’expérience et la raison peuvent établir une vérité à partir du moment où celle-ci prend en considération les sentiments dont la foule est animée et où celle-là est fortement répétée. Quoi qu’il en soit, le facteur immédiat n’est pas l’apanage des foules mais bien plutôt des meneurs des foules qui savent user de différents moyens de persuasion.
Une fois une vérité admise, la foule se laisse orienter par un ou des meneurs, c’est-à-dire par des hommes d’action prêt à tous les sacrifices. Leur volonté est telle qu’elle subordonne la société. Si de nos jours on ne les voit guère, c’est que les meneurs sont subtils, et ne transmettent leurs déterminations qu’à travers un prisme délayé dans l’illusion de la liberté démocratique. Cependant, que le meneur soit une personnalité comme dans les deux siècles qui nous ont précédés ou bien qu’il s’agisse d’un espèce de triumvirat démocratique, les moyens d’action restent les mêmes : à savoir qu’il s’agit d’utiliser l’affirmation pure et simple – ce dont la publicité use copieusement – et de la répéter constamment afin de l’incruster dans les régions profondes de l’inconscient. Ainsi naissent les prémices de la contagion, de surcroit quand les idées sont affirmées par le prestige, ou considérées comme prestigieuses. En revanche, Le Bon ajoute des limites de variabilité des croyances et des opinions. Pour lui, il existe une vraie charpente des civilisations qui empêche le va-et-vient constant des idées dont seule la révolution permet de détruire ce que la coutume maintient malgré la fin de la croyance. « Le jour précis où une grande croyance se trouve marquée pour mourir est celui où sa valeur commence à être discutée. » Au-delà de ces croyances fixes, Le Bon décrit très bien les opinions mobiles des foules en reprenant le caractère plus superficiel que réel de celles-ci. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les foules changent éternellement d’opinions, et ce en politique comme dans la morale, la littérature, l’art, les modes etc. le tout étant par conséquent d’ordre éphémère. Ce qui est plus que jamais d’actualité…
Pour terminer, Le Bon analyse les différents types de foules ; il fait notamment une classification de celles-ci avec d’un coté les foules hétérogènes rassemblant des individus quelconques et les foules homogènes comprenant les sectes, les castes et les classes. Aussi, c’est comme type que Le Bon analyse quelques variétés des foules hétérogènes, avec entre autres les foules dites criminelles. L’histoire sait à quel point les foules peuvent devenir sporadiquement criminelles, car il y a bien des moments où l’acte même du crime reçoit l’approbation unanime des concitoyens. Ici encore, le raisonnement fait défaut au profit de l’emportement général. Combien la grande terreur a-t-elle guillotiné d’innocents suite à un simple geste, à une simple parole balancée sous le coup de l’émotion ? Beaucoup certainement, mais telle est la nature de ces foules.
Un autre type de foule encore est celui des foules électorales systématiquement charmées par le prestige. Elles aiment également à ce qu’on flatte leurs convoitises et leurs vanités. « Le candidat doit les accabler d’extravagantes flagorneries, ne pas hésiter à leur faire les plus fantastiques promesses. » Et celui-ci doit bien évidement user d’affirmation et de répétition non seulement pour mettre en avant son programme, mais aussi pour démonter celui de ses adversaires. Une fois de plus, le raisonnement n’a pas sa place. Les hommes en foule tendent vers l’égalisation mentale, et cette égalisation ne demande rien d’autre que des affirmations bruyantes car les opinions des foules ne sont jamais raisonnées mais plutôt imposées – avec plus ou moins de subtilité selon l’époque. On est donc en droit de se demander si le suffrage universel se rapproche d’une quelconque perfection  de conception ? d’autant plus que l’histoire prouve que toujours les civilisations furent l’œuvre d’une petite minorité d’esprits supérieurs. Mais laissons les forces invisibles de l’âme des peuples répondre à cette question et s’occuper de notre destinée.

vendredi 21 juin 2013

Gustave Le Bon 1841-1931

  1. On ne se conduit pas avec son intelligence mais avec son caractère.
    (Aphorismes du temps présent, p.155, Les amis de Gustave Le Bon, 1978) 
  2. On ne saurait juger des sentiments d'un être d'après sa conduite dans un cas déterminé. L'homme d'une circonstance n'est pas celui de toutes les circonstances.
    (Aphorismes du temps présent, p.156, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  3. Supposer chez les autres des sentiments identiques à ceux qui nous mènent, est se condamner à ne jamais les comprendre.
    (Aphorismes du temps présent, p.157, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  4. Quand on ne gêne pas par sa volonté, on nuit souvent par son inertie.
    (Aphorismes du temps présent, p.157, Les amis de Gustave Le Bon, 1978) 
  5. Les oeuvres importantes résultent plus rarement d'un grand effort que d'une accumulation de petits efforts.
    (Aphorismes du temps présent, p.157, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  6. La vanité est pour les imbéciles une puissante source de satisfaction. Elle leur permet de substituer aux qualités qu'ils n'acquerront jamais, la conviction de les avoir toujours possédées.
    (Aphorismes du temps présent, p.157, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  7. Nul besoin d'être loué quand on est sûr de soi. Qui recherche la louange doute de sa propre valeur.
    (Aphorismes du temps présent, p.158, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  8. Appartenir à une école, c'est perdre sa personnalité ; ne pas appartenir à une école, c'est abdiquer toute possibilité de prestige.
    (Aphorismes du temps présent, p.158, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  9. Les grandes pensées viennent de l'esprit et non du coeur comme on l'a soutenu, mais c'est du coeur qu'elles tirent leur force.
    (Aphorismes du temps présent, p.158, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  10. Le caractère et l'intelligence étant rarement réunis, il faut se résigner à choisir ses amis pour leur caractère et ses relations pour leur intelligence.
    (Aphorismes du temps présent, p.158, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  11. On n'est pas maître de ses désirs, on l'est souvent de sa volonté.
    (Aphorismes du temps présent, p.159, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  12. Une volonté forte a le plus souvent un désir fort pour soutien. Le désir est l'âme de la volonté.
    (Aphorismes du temps présent, p.159, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  13. En matière de sentiment, l'illusion crée vite la certitude.
    (Aphorismes du temps présent, p.161, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  14. Les sentiments simulés finissent quelquefois par devenir des sentiments éprouvés.
    (Aphorismes du temps présent, p.161, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  15. Les diverses formes de logiques : mystique, sentimentale et rationnelle n'ont pas de commune mesure. Elles peuvent se superposer mais non se concilier.
    (Aphorismes du temps présent, p.161, Les amis de Gustave Le Bon, 1978) 
  16. Ce qu'on fait par orgueil est souvent supérieur à ce qu'on accomplit par devoir.
    (Aphorismes du temps présent, p.161, Les amis de Gustave Le Bon, 1978) 
  17. Démontrer qu'une chose est rationnelle ne prouve pas toujours qu'elle soit raisonnable.
    (Aphorismes du temps présent, p.162, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  18. L'homme ne possède que deux certitudes absolues : le plaisir et la douleur. Elles orientent toute sa vie individuelle et sociale.
    (Aphorismes du temps présent, p.163, Les amis de Gustave Le Bon, 1978) 
  19. Les grands manieurs d'hommes furent toujours des créateurs de désirs. Les réformateurs ne font que substituer un désir à un autre désir.
    (Aphorismes du temps présent, p.164, Les amis de Gustave Le Bon, 1978) 
  20. Selon les divers ordres d'activité, la femme est inférieure ou supérieure à l'homme. Elle est rarement son égale.
    (Aphorismes du temps présent, p.166, Les amis de Gustave Le Bon, 1978) 
  21. La femme ne pardonne pas à l'homme de deviner ce qu'elle pense à travers ce qu'elle dit.
    (Aphorismes du temps présent, p.167, Les amis de Gustave Le Bon, 1978) 
  22. Dominer ou être dominée, il n'y a pas, pour l'âme féminine, d'autre alternative.
    (Aphorismes du temps présent, p.167, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)
  23. L'homme ne croit guère la femme que quand elle ment. Il la condamne ainsi souvent à mentir.
    (Aphorismes du temps présent, p.167, Les amis de Gustave Le Bon, 1978) 
  24. En amour, quand on demande des paroles, c'est qu'on a peur d'entendre les pensées.
    (Aphorismes du temps présent, p.167, Les amis de Gustave Le Bon, 1978)