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jeudi 23 novembre 2023

Bretagne, l’histoire confisquée, par Frédéric Morvan

 

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« Bretagne, l’histoire confisquée » : tel est le titre du nouvel ouvrage de l’historien spécialiste de la Bretagne, Frédéric Morvan. L’ouvrage vient de paraitre aux éditions du Cherche Midi. Pour Frédéric Morvan : 

« Cette enquête rend à la Bretagne et aux Bretons leur identité et leurs racines. Pourquoi ? Parce que les Bretons ne connaissent pas leur histoire. Hormis Du Guesclin, le roi Arthur avec la série Kaamelott et Anne de Bretagne, ce passé reste confisqué. Par qui et pourquoi ?
C’est le sens de cette recherche. Historien et Breton, j’ai voulu comprendre. J’ai puisé dans l’histoire de la Bretagne pour trouver des explications, des réponses, des remèdes. Il m’a fallu cinq ans d’écoute, d’échanges et de réflexion pour saisir ce malaise qui dépasse largement la Bretagne et les Bretons et déborder sur l’histoire de France. Pièce après pièce, j’ai reconstitué le puzzle d’un curieux fonctionnement que l’on cache.

En réagissant à l’actualité, souvent dans l’émotion, toujours avec la même volonté d’éclaircir ce passé brumeux, j’ai tenté, lors de cette traversée, sur des mers calmes, agitées et tempétueuses, de faire le point. Et de rétablir la vérité. »

Il s’agit d’un livre très important afin de comprendre pourquoi, en 2017, les jeunes bretons ne connaissent toujours pas l’histoire de la Bretagne en profondeur. Et quelles pistes peuvent aujourd’hui être envisagées pour y remédier, car si l’on veut savoir où l’on va, il faut connaitre d’où l’on vient …

Bretagne, l’histoire confisquée – Frédéric Morvan – Le Cherche midi – 22€ 

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2017/05/10/69120/bretagne-lhistoire-confisquee-par-frederic-morvan/

samedi 12 novembre 2022

Du Guesclin, vie et fabrique d’un héros médiéval (Thierry Lassabatère)

 

livre du guesclin

Thierry Lassabatère, docteur en histoire médiévale, avait déjà publié de nombreux articles consacrés à la tradition littéraire du personnage de Bertrand Du Guesclin. C’est donc tout naturellement qu’il s’est mis à rédiger ce « pavé » racontant la vie du vaillant connétable ayant chassé les Anglais du royaume de France.

Bertrand Du Guesclin est un véritable mythe, symbole du héros qui dépasse sa vie d’homme. Une enfance mal-aimée, ses exploits lors des sièges de Rennes et de Melun, ses batailles les plus marquantes, à Cocherel, Auray et Najera, la capture du roi de Castille Pierre le Cruel à Montiel, la nomination de Du Guesclin comme connétable, ses grandes batailles et ses grands sièges pendant la reconquête, enfin sa mort devant les remparts de Châteauneuf-de-Randon, sont autant d’épisodes devenus pour nous des images d’Epinal. Sa légende se forge de son vivant. Le connétable de Charles V incarne le service de l’Etat, le patriotisme et la nation. Ses funérailles sont organisées en grande pompe par la monarchie en 1389. Selon la volonté du roi, le gisant du héros sera installé aux pieds de celui de Charles V.

Thierry Lassabatère s’emploie à comprendre comment s’est construite cette légende entourant Du Guesclin. Sa relation avec le roi, avec la société militaire, son exercice de la fonction de connétable, sa valeur militaire, sont examinés par l’auteur, de même que la part littéraire, « romanesque », qui a contribué à la dimension mythique de Du Guesclin.

Du Guesclin, Vie et fabrique d’un héros médiéval, Thierry Lassabatère, 542 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/du-guesclin-vie-et-fabrique-dun-heros-medieval-thierry-lassabatere/46739/

mercredi 27 avril 2022

Messire Du Guesclin, Connétable de France (Emmanuel Bourassin et Lucien Rousselot)

 

Emmanuel Bourassin est un spécialiste de l’histoire du Moyen Âge et de la Renaissance.

Voici un superbe album pour la jeunesse qui ferait un beau cadeau au pied du sapin pour tous les garçons épris d’histoire et de bravoure.

De grand format, avec de très belles illustrations couleurs en pleines pages et un texte soigné, ce livre nous fait revivre en dix chapitres l’épopée de Messire Du Guesclin, commandant en chef des armées du roi Charles V, depuis sa jeunesse jusqu’à sa fin glorieuse.

Ce récit est un hymne à la vaillance et au sens de l’honneur. Notre héros, chevalier breton, s’illustre dès le plus jeune âge, et devient une légende de la France médiévale.

Messire Du Guesclin, Connétable de France, Emmanuel Bourassin (textes) et Lucien Rousselot (illustrations), éditions Lavauzelle, diffusion par les éditions Elor, 76 pages, 15 euros

A commander en ligne sur le site des éditions Elor

https://www.medias-presse.info/messire-du-guesclin-connetable-de-france-emmanuel-bourassin-et-lucien-rousselot/66664/

mardi 21 décembre 2021

La Petite Histoire : La bataille de Cocherel – Les victoires inespérées

 Pour ce deuxième épisode de la thématique des victoires inespérées, retour sur une bataille méconnue qui pourtant décida du sort du royaume. En 1364, le roi de Navarre Charles II le Mauvais réunit une armée ainsi que des archers anglais pour tenter de ravir la couronne au jeune Charles V. Pour l’arrêter, ce dernier charge son fidèle Bertrand du Guesclin de se porter au-devant de l’ennemi. À Cocherel, pourtant en sous-nombre et en position désavantageuse, le Dogue de Brocéliande saura triompher avec ruse et intelligence, et ainsi sauver la couronne.

https://www.tvlibertes.com/la-petite-histoire-la-bataille-de-cocherel-les-victoires-inesperees

samedi 20 novembre 2021

Parution : Bertrand Du Guesclin, hardi chevalier

 

Parution : Bertrand Du Guesclin, hardi chevalier

1332, quelque part en Bretagne. Une petite troupe de garnements se lance dans un grand jeu : prendre d’assaut un fortin bricolé avec de vieilles planches. À sa tête, le jeune Bertrand Du Guesclin se sent déjà l’âme d’un chef !

Au fil des années, celui qui n’était qu’un écuyer mal dégrossi s’est révélé un chef de guerre infatigable et un meneur apprécié de ses hommes, que ce soit en Bretagne, en France ou en Espagne. Bertrand Du Guesclin (env. 1320 – 1380) remporta de nombreux combats lors de ce que nous appellerons « la guerre de Cent Ans ». Fait prisonnier par les Anglais, il fixa à cent mille écus d’or le prix de sa rançon. Le roi le nomma à la tête de ses armées, avec le titre de connétable de France.

Quels écoliers vibrent-ils aujourd’hui à l’évocation de ces exploits ? Bien peu, hélas…

Sous la plume de Clotilde Jannin, ces événements de l’Histoire de France reprennent vie dans cet album qui passionnera les jeunes lecteurs d’aujourd’hui. Les anecdotes qu’elle raconte avec brio sont complétées par une brève chronologie, bien utile pour les replacer dans leur contexte.

L’auteur

Clotilde Jannin, mère de famille passionnée par l’Histoire, est l’auteur de plusieurs biographies pour la jeunesse (Éd. Edilys). Elle conte ici les aventures captivantes d’un jeune garçon courageux et déterminé devenu un chevalier estimé de tous.

L’illustrateur

Les illustrations épurées de Fabien Le Clech font entrer le jeune lecteur de plain-pied dans un Moyen Âge coloré et dynamique.

https://institut-iliade.com/bertrand-du-guesclin-hardi-chevalier/

dimanche 23 mai 2021

Bertrand Du Guesclin, un Breton au service de la France (v.1320- 1380)

  

Bertrand Du Guesclin, un Breton au service de la France (v.1320- 1380)

D’une laideur légendaire, le modeste seigneur de la Motte-Broons, aux pratiques guerrières peu conventionnelles au regard des canons chevaleresques, est une figure incontournable de la Guerre de Cent Ans, rivalisant d’honneur et de préséance avec les plus grands seigneurs du royaume. Au service de Charles V le Sage, dont il est l’un des bras armés, il a fourni la matière de toute une littérature qui, pour défendre la cause royale, a largement créé la légende, aux relents de chanson de geste. Ce dixième preux aux cinquante batailles et aux mille châteaux pris, cette « fleur de la chevalerie », véritable « estoc d’honneur et arbre de vaillance », aurait-il usurpé la gloire qui est toujours la sienne dans la mémoire nationale ?

En dehors des panégyriques postérieurs à sa mort, on ne sait que peu de choses des premières années de Bertrand du Guesclin. Il est sans doute né aux alentours de 1320, en Bretagne, à quelques kilomètres de Rennes. Fils de Jeanne de Malesmains et de Robert du Guesclin, seigneur de Broons, il est l’aîné de dix enfants. « Je crois qu’il n’y eut si laid de Rennes à Dinan : il était camus, noir, malotru, déplaisant. D’où son père et sa mère le haïssaient tant qu’en leur cœur ils se prirent à désirer souvent qu’il fût mort ou noyé en quelque eau d’un courant ; goujat, niais et sot l’appelaient fréquemment » (Chanson de Bertrand du Guesclin, de Cuvelier). Difficile, querelleur, il passe son temps à organiser des batailles rangées avec les paysans voisins.

En dépit d’une prédiction l’assurant qu’il serait un jour « honoré des fleurs de Lys », il faut finalement l’enfermer au château pour empêcher ces débordements. Il fugue et trouve refuge chez son oncle à Rennes…. à moins qu’il n’y ait été placé, de façon plus prosaïque, par ses parents excédés. C’est là qu’il s’illustre, en 1337, lors des joutes organisées à l’occasion des noces de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre. « Puisque je suis laid, je veux être hardi » : le jeune rebelle, cet « aventureux nouvellement venu » entre par effraction dans le monde proprement aristocratique, en empruntant une monture, une armure et en cachant son identité, juste avant d’entrer en lice. Il défait une quinzaine de chevaliers expérimentés avant de refuser d’affronter son père qui finit, ému, par le reconnaître.

« Le dogue noir de Brocéliande »

C’est dans le cadre de la Guerre de Succession de Bretagne, et donc plus largement de la Guerre de Cent Ans (1337-1453) qu’il s’initie à l’art du combat, à partir de 1342. La mort sans héritier du duc Jean III oppose son demi-frère, le comte de Montfort, à sa nièce, Jeanne de Penthièvre, épouse de Charles de Blois, lui-même neveu du roi de France Philippe VI. Alors que bon nombre de hobereaux de la Bretagne occidentale et méridionale rejoignent le camp des Montfort, alliés aux Anglais, Bertrand s’engage résolument dans le camp français et participe à deux reprises à la défense de Rennes. Il permet notamment la levée du siège mené par le duc de Lancastre.

Épaulé par une bande de 60 à 70 compagnons, il mène des années durant une véritable guérilla « par bois et forêts » contre l’adversaire, en finançant parfois ses obscurs coups de main – dignes des routiers de l’époque – en vendant les bijoux de sa mère. Surprise, ruse, rapidité d’action lui permettent de s’emparer ainsi de la forteresse de Fougeray, en forêt de Paimpont, en faisant habilement pénétrer dans l’enceinte ses hommes déguisés en bûcherons. « Le dogue noir de Brocéliande », déjà célèbre localement, est adoubé dans les années 1350, peut-être par Charles de Blois lui-même, qui l’investit par ailleurs de la capitainerie royale de Pontorson, en Normandie.

Dans le royaume de France, tandis que le roi Jean II le Bon est prisonnier des Anglais, le dauphin Charles est confronté à une crise multiforme. En réaction à l’humiliante défaite française de Poitiers (1356), Paris s’est soulevé sous la houlette du prévôt des marchands, Étienne Marcel. Dans les campagnes franciliennes et picardes, les Jacqueries se multiplient. Enfin, les menées de Charles de Navarre dans la région bloquent le ravitaillement de la capitale. Prétendant déçu à la couronne de France, ce petit-fils de Louis X le Hutin tient notamment la place de Melun. du Guesclin participe au siège de la cité en 1359, aux côtés du Dauphin : c’est à cette occasion qu’il se fait remarquer, lors de l’assaut des murailles, pour sa bravoure. Une intrépidité relativisée dans les chroniques par sa chute dans un tas de fumier, sis au pied des remparts. Un topos littéraire visant sans doute à l’abaissement initial du héros, pour mieux souligner son ascension ultérieure.

Chambellan du roi et soudard en Espagne

La signature de l’humiliant traité de Brétigny, en 1360, met un terme momentané à l’affrontement avec les Anglais qui font alors main basse sur près d’un tiers du royaume. Il faut pourtant encore faire campagne contre Charles de Navarre, jusqu’à ce que les prises de Mantes, de Meulan et surtout la victoire de Cocherel (1364) contrarient les prétentions de celui que la mémoire populaire qualifiera de « Mauvais ». à la veille du sacre de Charles V, entre Évreux et Vernon, les troupes royales y affrontent un adversaire deux fois supérieur, conduit par Jean de Grailly, le fameux captal de Buch. Si les versions divergent sur le rôle exact du « diable Bertrand » et de ses Bretons dans cette rencontre, celui qui a déjà été nommé « chambellan du roi » pour s’être imposé dans le Vexin normand, apparaît de plus en plus comme le soutien vital, sur le terrain, d’une monarchie affaiblie.

Il rencontre moins de succès dans les affaires de Bretagne. La même année en effet, son protecteur Charles de Blois est tué à la bataille d’Auray, et lui-même est fait prisonnier par John Chandos, son alter ego anglais, considéré comme le plus grand stratège militaire de cette première phase de la Guerre de Cent Ans. Le traité de Guérande reconnaît Jean de Montfort duc de Bretagne. Mais déjà, Bertrand s’est trouvé un nouveau protecteur en la personne du gendre du prétendant, Louis d’Anjou, le frère du roi.

Constituées après Brétigny et alimentées par la fin des guerres navarraise et bretonne, les compagnies de routiers regroupent alors les professionnels de la guerre mis au chômage, mais également tous ceux qu’attire une vie d’aventure et de violence. S’il ne parvient pas à les envoyer en Hongrie combattre les Turcs, Charles V offre un moment de répit aux régions malmenées, pillées et rançonnées, en les utilisant de l’autre côté des Pyrénées, dans la péninsule ibérique. du Guesclin est chargé de conduire ces hommes de guerre désœuvrés hors du royaume, dans une Castille en proie à une violente guerre dynastique. Bertrand s’accommode fort bien de cette tâche, sans doute parce qu’il y a du soudard chez le capitaine le plus populaire du XIVe siècle. Il aide ainsi en 1366 Henri de Trastamare à renverser son frère Pierre 1er, dit le Cruel, dépeint comme un tyran sanguinaire, porté sur les amitiés juives et mauresques. Cette sombre figure permettra d’ailleurs à la papauté de donner à cette expédition les allures d’une véritable croisade, puisque des indulgences seront promises aux combattants. Mais lorsque Pierre 1er revient en 1367, aidé par les troupes anglaises du Prince noir, qui tient la Guyenne, une partie des routiers de du Guesclin changent de camp et l’emportent, aux côtés du Cruel, à la terrible bataille de la Najera. Prisonnier des Anglais, libéré grâce au paiement anticipé de sa rançon par Charles V, Bertrand ne tarde pas à retourner en Espagne aux côtés d’Henri de Trastamare qui l’emporte cette fois à la bataille de Montiel, en 1369, suivie de peu par l’exécution pure et simple de Pierre 1er.

« Mieux vaut pays pillé que terre perdue »

Le non-respect, de part et d’autre, du traité de Brétigny, mais également le tour de vis fiscal imposé par le Prince noir en Guyenne pour financer ses opérations dans la péninsule ibérique relancent la Guerre de Cent ans. Solennellement nommé Connétable de France en 1370, en reconnaissance des services rendus, Bertrand du Guesclin participe activement à l’entreprise de reconquête des territoires perdus en 1360, notamment en Normandie, Guyenne, Saintonge et Poitou. Après les défaites de la chevalerie française à Crécy et Poitiers, le roi a opté pour une nouvelle tactique : escarmouches et sièges remplacent désormais les batailles rangées, même quand l’ennemi se lance dans les chevauchées, désastreuses pour les populations : « mieux vaut pays pillé que terre perdue ».

Cette guerre de harcèlement qui évite les batailles coûteuses en hommes se révèle particulièrement efficace. Mais lorsqu’il s’agit, à la fin des années 1370, d’occuper la Bretagne, accusée de verser de nouveau dans l’alliance anglaise, du Guesclin, pris entre deux fidélités, est accusé de ne pas s’investir suffisamment pour la cause royale. Peut-être disgracié, il reprend néanmoins du service contre les routiers en Auvergne. Devant Châteauneuf-de-Randon, dans le Gévaudan, il est frappé par la maladie qui l’emporte en juillet 1380, sans pour autant manquer à sa mission : on raconte que les clefs de la ville auraient été déposées sur le linceul du héros.

Inhumé, sur ordre du roi, à Saint-Denis, il est rejoint dans la nécropole royale par le souverain qui ne lui survit que quelques semaines. À cette date, les Anglais avaient largement été « boutés » hors de France, ne conservant que les ports de Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux et Bayonne. Neuf ans plus tard, sous Charles VI, sera organisée une nouvelle cérémonie pour célébrer la mémoire de cette figure nationale d’un état en pleine construction, et sa légende aura déjà pris une ampleur extraordinaire, portée par les écrits du poète Cuvelier ou encore d’Eustache Deschamps.

Le royaume avait eu besoin d’un héros, simple, bonhomme et quelque peu roublard, mais surtout d’une fidélité sans faille. Il s’attachera moins de trente ans plus tard à une autre figure plus éloignée encore des canons traditionnels : une jeune Lorraine, Jeanne d’Arc.

Emma Demeester

Bibliographie

  • Georges Minois, du Guesclin, Fayard, 1993

  • Thierry Lassabatère, du Guesclin. Vie et fabrique d’un héros médiéval, Perrin, 2015

Chronologie

  • Vers 1320 : Naissance en Bretagne de Bertrand du Guesclin.

  • 1341-1364 : Guerre de succession de Bretagne.

  • 1359 : Siège de Melun.

  • 1360 : Traité de Brétigny, en faveur des Anglais.

  • 1364 : Victoire de Cocherel contre les troupes de Charles de Navarre.

  • 1366-1369 : Campagnes des Routiers mis au service d’Henri de Trastamare en Castille.

  • 1369 : Reprise de la Guerre de Cent ans, à l’initiative de Charles V.

  • 1370 : du Guesclin est fait Connétable de France.

  • 1378 : Charles V fait occuper la Bretagne, soupçonnée d’alliance avec les Anglais.

  • 1380 : Mort de du Guesclin.

Voir aussi

Bertrand Du Guesclin, hardi chevalier (Clotilde Jannin, Fabien Le Clech), paru aux éditions de La Nouvelle Librairie en collection Jeunesse (avril 2021) et Du Guesclin, tirage d’art. En vente sur boutique.institut-iliade.com

https://institut-iliade.com/bertrand-du-guesclin-un-breton-au-service-de-la-france-v-1320-1380/

vendredi 26 mars 2021

Bertrand du Guesclin à la bataille de Cocherel (16 mai 1364)

  

Bertrand du Guesclin à la bataille de Cocherel (16 mai 1364)

De 1337 à 1453, la France et l’Angleterre s’affrontent dans la « guerre de Cent ans », long conflit d’origine dynastique et politique. Après la mort du roi de France Philippe IV le Bel en 1314, lui succèdent tour à tour ses trois fils Louis X le Hutin (1314–1316), Philippe V le Long (1316–1322), Charles IV le Bel (1322–1328). Aucun d’eux n’ayant de descendance mâle, les barons et les évêques du royaume décident de couronner le neveu de Philippe le Bel, Philippe VI de Valois (1326–1350), en excluant de la succession les filles de Philippe IV. Or l’une d’elles est mariée à Édouard II, roi d’Angleterre, lequel tente justement d’étendre son influence sur certaines villes de Bretagne et de Flandre. Mais le vrai conflit éclate en 1337, lorsque Philippe IV tente de confisquer les fiefs anglais en Aquitaine : Édouard III, le fils d’Isabelle, donc le petit neveu de Philippe le Bel, réplique en se proclamant roi de France.

Contexte et personnage

Sous les règnes de Philippe IV puis de Jean II le Bon (1350–1364), le sort des armes est d’abord favorable aux Anglais, avec les victoires de Crécy (1346), Poitiers (1356) et l’occupation de Calais (1347). C’est également durant la première moitié du conflit que la chevalerie française, certes trop sûre d’elle, apprend à connaître les redoutables archers anglais. Ceux-ci, grâce à la portée redoutable de leurs grands arcs (200 m de portée utile) et à leur puissance de perforation, assurent la supériorité tactique du camp anglais même dans des conditions d’infériorité numérique, comme c’est encore le cas à Azincourt en 1415.

La deuxième phase du conflit s’ouvre avec le couronnement de Charles V le Sage (1364–1380) qui doit faire face à trois menaces aussi mortelles les unes que les autres : les déprédations des grandes compagnies, les attaques de l’Anglais et les menées de Charles de Navarre, descendant en ligne directe de Saint Louis et de Philippe III le Hardi, et de ce fait prétendant au trône de France. Pour l’aider à combattre ces ennemis, il faut à Charles V un capitaine d’exception, intrépide, fort et rusé.

Né en 1320 au château de la Motte-Broons près de Dinan, dans une famille de la petite noblesse bretonne, Bertrand du Guesclin est décrit par ses biographes comme un garçon à la fois laid et brutal, mais aussi d’une force et d’une habileté redoutables. En dépit ou grâce à cela, il grimpe rapidement dans la hiérarchie militaire. Adoubé chevalier en 1354 à la suite de sa conduite courageuse au cours de plusieurs batailles contre les Anglais (prise du château de Grand Fougeray et défense de Rennes assiégée), il est ensuite nommé capitaine de la place forte du Mont Saint Michel, puis lieutenant de Normandie, d’Anjou et du Maine. Il devient en 1364, capitaine général pour les pays entre Seine et Loire et chambellan de France. Ses mérites et ses victoires le conduisent à recevoir en 1370 le bâton de connétable de France des mains de Charles V.

Dans son entreprise consistant à bouter les Anglais hors du royaume de France, Bertrand du Guesclin s’attache à éviter le choc avec le corps de bataille anglais tout en restreignant peu à peu sa liberté d’action. Pour cela, il exploite à fond les principes de mobilité et de surprise, notamment en interceptant des convois ou en défaisant des détachements ou des garnisons isolés. Bertrand veille toujours à arriver par la direction d’où on l’attend le moins. Il choisit aussi ses cibles en fonction de l’impact psychologique prévisible de la victoire à venir : les garnisons donnant des signes de mécontentement ou bien les villes dont la population semble mûre pour changer de parti.

Ces procédés de stratégie indirecte lui permettent, sans avoir à livrer de bataille rangée, de réduire les possessions anglaises en France à une étroite bande de territoire comprise entre Bordeaux et Bayonne.

La bataille

L’année 1364 doit voir le couronnement de Charles V, dit Charles le Sage, en la cathédrale de Reims conformément au noble et ancien usage. Mais le royaume de France est au plus mal. Les dernières années ont vu une succession de défaites (dont la bataille de Poitiers lors de laquelle est capturé le roi Jean II le Bon), les émeutes des bourgeois de Paris sous la conduite du prévôt des marchands Étienne Marcel, et les jacqueries paysannes.

Pourtant le capitaine Du Guesclin a déjà à son actif quelques succès, notamment en Bretagne où, par d’habiles ruses, manœuvres et embuscades, il a terrorisé les Anglais dans la forêt de Brocéliande, ce qui lui vaudra d’ailleurs le surnom de « Dogue noir de Brocéliande ». Mais il lui faut aussi faire face à l’autre ennemi du royaume de France, Charles de Navarre. Or, ce dernier a placé à la tête de ses troupes un combattant réputé, Jean de Grailly dit le Captal de Buch.

Les compagnies de soudards qui obéissent à ces deux grands capitaines se rencontrent le 16 mai 1364 dans la plaine de Cocherel (aujourd’hui Hardencourt-Cocherel), à quelques kilomètres d’Evreux. La disposition des troupes n’est pas à l’avantage du capitaine Du Guesclin : le Captal s’est retranché sur une colline qui domine les troupes de son adversaire, escomptant que celui-ci, fidèle à la tradition des chevaliers français, va s’élancer à l’assaut de sa position sous le « feu » des archers navarrais.

Mais sans doute nourri du souvenir funeste des batailles de Crécy et de Poitiers, Bertrand du Guesclin va une nouvelle fois faire la preuve de son génie tactique. Il ordonne à ses troupes de feindre un repli, donnant l’impression de vouloir abandonner le champ de bataille. Cette manœuvre n’est d’ailleurs pas totalement dénuée de sens pour une armée qui a plus à gagner à se retirer en bon ordre qu’à épuiser vainement son potentiel offensif.

Qu’ils aient été sourds aux ordres de prudence du Captal ou que celui-ci ait lui aussi cru trop prématurément à la victoire, les troupes navarraises se précipitent alors à la poursuite des Français, lesquels, révélant leur feinte, prennent finalement leurs adversaires à contre-pied, enfonçant successivement leurs trois lignes de bataille pour finir par s’emparer du Captal lui-même.

Ce qu’il faut retenir

Bien que la bataille de Cocherel demeure une bataille rangée au sens classique du terme, Bertrand du Guesclin sait y employer un stratagème qui illustre tout aussi bien son sens de la ruse que les pratiques de guérilla qui avaient fait sa renommée en Bretagne.

Remarquons aussi que cette bataille n’est pas sans rappeler une autre, Hastings qui a eu lieu près de trois cents ans plus tôt (14 octobre 1066) et dont Bertrand se souvient peut être à cette occasion. En effet, à Hastings, les troupes de Guillaume le Conquérant ayant vainement tenté au cours de nombreuses charges de cavalerie lourde de déloger les Anglo-Saxons de la colline où ils s’étaient installés, et la rumeur de la mort de Guillaume ayant parcouru les rangs normands, ces derniers engagèrent un mouvement de repli qui menaçait de se transformer en retraite précipitée. Les Saxons se jetèrent à leur poursuite, pensant profiter de la terreur naissante des fuyards pour en occire le plus possible. Entretemps, Guillaume avait réapparu aux yeux de ses troupes ; il exploita la hardiesse de ses ennemis en les laissant se précipiter sur son centre auquel il avait ordonné de faire volte face, et en faisant manœuvrer ses ailes pour qu’elles les prissent à revers.

Une telle manœuvre est certes risquée, le repli tactique pouvant se transformer en déroute incontrôlable s’il n’est pas bien synchronisé avec la contre-attaque qui doit lui succéder. Elle nécessite en effet une troupe particulièrement disciplinée et accordant une confiance absolue à son chef.

Nicolas L. — Promotion Marc Aurèle

Illustration : Charles Philippe Larivière, Bataille de Cocherel, prés d’Evreux, 1839. Coll. Château de Versailles, Galerie des Batailles. Domaine public.

https://institut-iliade.com/bertrand-du-guesclin-a-la-bataille-de-cocherel-16-mai-1364/

jeudi 13 décembre 2012

La bataille de Cocherel (16 mai 1364)

 La bataille de Cocherel - Chronique de Jean Froissart
La bataille de Cocherel, Chronique de Jean Froissart (1410-1420).
Bertrand du Guesclin est reconnaissable à l’aigle à deux têtes sur sa tunique.

En ce début de seconde moitié du XIVe siècle, le royaume de France est bien mal en point : en juillet 1356, le Prince Noir et les redoutables archers anglais ont écrasé à Poitiers une armée française numériquement deux fois supérieure et fait prisonnier le roi de France Jean II le Bon, défaite lourde de conséquences. Le fils aîné du roi, Charles V, prend la régence en une période difficile et doit faire face à la révolte parisienne menée par Étienne Marcel (1358), laquelle ne prend fin qu’avec l’assassinat de son meneur ayant appelé à l’aide les Anglais.
A l’automne 1359, le roi d’Angleterre Édouard III tente de se rendre à Reims pour se faire couronner mais ne parvient pas à destination, se heurtant à des villes et châteaux bien fortifiés. Près de Chartres, le lundi 13 avril de l’année suivante, une partie de son armée est emportée par une furieuse tempête de grêle ! Il se résout à traiter et signe la paix à Brétigny le 8 mai 1360. Le traité définitif de Calais (24 octobre) concède aux Anglais une Aquitaine élargie, comprenant le Poitou, la région de Calais et trois millions d’écus (somme énorme : environ 12 tonnes d’or, soit deux ans de recettes fiscales du pays). En échange, Édouard III accepte de renoncer à la couronne de France.
Jean le Bon regagne la France laissant derrière lui de nombreux otages. Parmi eux, Louis d’Anjou, l’un de ses fils, qui s’échappe de prison malgré la parole donnée. Le roi de France part à Londres le 3 janvier 1364 pour renégocier le traité de Brétigny : il éprouve des difficultés à payer la rançon et doit résoudre la question des otages, dont celle de son fils évadé. Il y meurt le 8 avril 1364, laissant au futur Charles V un pays ruiné.
I. La guerre des deux Charles
Charles V est désormais maître du royaume. Avant de s’attaquer aux Anglais, il doit faire face à Charles II de Navarre, dit Charles le Mauvais. Fils de Philippe III de Navarre et de Jeanne II, fille du roi de France Louis X le Hutin, il profite du discrédit touchant les Valois pour réclamer la couronne de France. Le roi de Navarre, également comte d’Évreux, est un homme qui n’hésite pas à changer d’alliance pour parvenir à ses fins : tantôt les Anglais, tantôt ce qui était le futur Charles V, et même les Jacques d’Étienne Marcel. Sûr de son destin royal, il rencontre le Prince Noir à Bordeaux, négocie la paix avec le roi d’Aragon auquel il promet des territoires français et se fait broder une bannière aux couleurs de la France et la Navarre. Il est devenu la bête noire de Charles V.
En avril 1364, le roi de France demande à un certain Bertrand du Guesclin de prendre les places fortes qui permettent à Charles le Mauvais de tenir la Seine : Mantes, Meulan, Vétheuil et Rosny ; mission menée à bien en une semaine seulement. Du Guesclin (v. 1320-1380) est alors une étoile montante : issu de la petite noblesse bretonne, d’une laideur légendaire, réputé pour sa ruse, il s’est fait remarquer pour ses exploits notamment pour la défense de Rennes en 1357. Celui qui gagne le surnom de « dogue noir de Brocéliande » est tout dévoué à la cause française.
Pendant que Du Guesclin s’occupe des places fortes navarraises, une armée levée par Charles le Mauvais en Navarre et en Gascogne, embarquée à Bordeaux, fait voile vers le port de Cherbourg. Le roi de Navarre est resté au pays et a confié le commandement des troupes anglo-navarraise à Jean de Grailly, captal de Buch, grand seigneur gascon. Cette armée arrive à destination fin avril.
II. Le face à face des deux armées
Du Guesclin - Gravure de Jollain
Du Guesclin. Détail d’une gravure
de Jollain, La Cour du roi
Charles V le Sage
(XIVe).
Jean de Grailly tient Évreux et Vernon. Le 11 mai, Du Guesclin sort de Rouen où il a établi son quartier général pour conduire ses troupes à Pont-de-l’Arche. Il traverse la Seine et se dirige vers la vallée de l’Eure qu’il remonte sur la rive droite en direction de Pacy, à une trentaine de kilomètres de Vernon. Le 14 mai, Jean de Grailly quitte Vernon pour prendre le commandement de son armée (plus de 2000 hommes dont 300 archers) avec Jean Jouël, chef de compagnie qui a déjà eu affaire à Bertrand (en tant que défenseur de Rolleboise).
Dans la matinée du 14, Bertrand du Guesclin se dirige vers le petit village de Cocherel à la tête d’environ 1500 hommes ; parmi eux, des Bretons, des Picards, des hommes de l’Ile-de-France, et des Gascons. L’armée est en ordre de bataille le lendemain matin dans le champ de Cocherel. Aux premiers rayons du Soleil, les Français voient la colline à proximité se couvrir d’hommes armés : c’est Grailly ! Le captal de Buch, se trouvant avantagé par sa position, laisse à son ennemi l’initiative de l’attaque. Pas question pour Du Guesclin de charger l’armée du captal à cause des quelques 300 archers dont la réputation n’est plus à faire. Il envoie un héraut pour demander la bataille et lui dire qu’il l’attend dans la plaine ; mais il comprend vite que son adversaire, méfiant, n’entend pas bouger d’un pouce. Aucun fait d’arme n’a lieu durant cette journée où il fait très chaud, et la nuit tombe sur les deux armées se regardant en chiens de faïence.
III. La bataille de Cocherel
Le 16 mai 1364, dans la matinée, Bertrand expose son plan à ses compagnons d’armes : « Nous ferons semblant de battre en retraite, de renoncer au combat aujourd’hui, parce que nos gens sont durement éprouvés par la chaleur » (d’après Froissart). Il propose de faire défiler un certain nombre de chevaliers sur le pont enjambant l’Eure, pour faire croire qu’ils regagnent leur campement. Le captal, immobile, regarde du haut de la colline les chevaliers français qui rompent au son des trompettes. C’est alors que Jean Jouël, exaspéré par l’inaction de Grailly, sans prendre d’ordre auprès de son supérieur, charge les Français en criant « Par saint Georges ! Passez avant, qui m’aime me suive, je m’en vais combattre ». Le captal de Buch, voyant Jouel et d’autres capitaines descendre la colline, décide de suivre le mouvement.
Les Français exultent. Ils font alors volte-face et crient « Notre-Dame ! Guesclin ! Notre-Dame ! Guesclin ! ». Les Anglo-Navarrais ignorent aussi que le rusé breton a caché deux cents cavaliers dans un bois sur le côté et qu’ils viennent de les dépasser… Ils offrent ainsi aux troupes françaises un flanc sans défense. Les cavaliers de Du Guesclin sortent du bois et les hommes de Grailly comprennent un peu tard que les fuyards n’en sont pas.
Pris entre le gros de l’armée française et l’attaque de revers menée par les cavaliers d’élite, les Anglo-Navarrais sont submergés et les Français sont trop proches pour que les archers puissent entrer en action. Les coups de hache fendent les crânes tandis que les épées et lances embrochent les corps. Connaissant l’habileté du maniement de la hache des Bretons, Du Guesclin en avait commandé un grand nombre, à Paris, Orléans et Caen. Le captal se bat avec l’énergie du désespoir et ne se rend que tardivement à un Breton nommé Roland Bodin (d’autres sources disent Thibaut du Pont). Jean Jouël trouve la mort au cours du combat. Du Guesclin sort de la bataille couvert de gloire.
IV. Les suites de la bataille
Cocherel et couronnement de Charles V - Froissart
Cocherel et le couronnement de Charles V, Chronique de Jean Froissart.
Charles V, troisième souverain de la dynastie des Valois, reçoit l’onction sacrée à Reims le 19 mai. Il a appris sa victoire la veille de son couronnement. Le 28, il entre avec Jeanne de Bourbon triomphalement dans un Paris orné de tentures et tapisseries dans la Grand Rue Saint-Antoine. Des réjouissances s’ensuivent, avec un grand dîner et des joutes les jours suivant.
Bertrand du Guesclin se rend à Saint-Denis le 27 mai. Dans la basilique, le vainqueur de Cocherel se voit attribuer tous les biens, titres, privilèges et revenus du comté de Longueville, riche seigneurie normande confisquée à Charles le Mauvais. Avec cet octroi, le capitaine breton se voit élevé au niveau des plus puissants seigneurs de la Cour. En échange, le nouveau comte de Longueville doit confier à son souverain deux de ses prisonniers : Jean de Grailly et Pierre de Sacquenville, seigneur normand partisan du roi de Navarre, ainsi que leurs rançons. Les trésoriers du roi lui versent en compensation l’intégralité des sommes qui lui sont dues pour ses services de guerre.
Les prisonniers français – hors Gascons – sont décapités en tant que traitres à la cause française, n’ayant pas droit à la libération contre rançon. Charles V entend montrer que la guerre privée est un droit mais qu’il ne saurait y avoir de guerre contre le souverain. Charles le Mauvais, qui a appris sa défaite le 24 mai au soir, signe la paix de Saint-Denis en 1365, où il renonce à ses prétentions au trône de France. Les deux rois parviennent à s’accorder sur un échange : Charles V récupère les possessions navarraises de la basse vallée de la Seine tandis que Charles le Mauvais reçoit Montpellier. Le roi de Navarre est dupé : les Montpelliérains peu enthousiastes refusent de passer sous sa coupe…
Bibliographie :
DUPUY, Micheline. Du Guesclin. Perrin, 1999.
FAVIER, Jean. La guerre de Cent Ans. Fayard, 1980.

mardi 20 novembre 2012

Fière Bretagne Des origines à 1532

La Bretagne, cette péninsule indissociable de la physionomie de l'Hexagone, est de toutes les provinces françaises l'une des plus attachées à ses particularismes et à son Histoire, même si, depuis un demi-millénaire, son attachement à la monarchie et à la République n'a jamais été pris en défaut.
Joseph Savès

De l'Armorique à la Bretagne

Connue des Anciens sous le nom d'Armorique (on reconnaît dans ce nom la racine celtique armor, qui désigne la mer), cette région au sous-sol granitique s'est montrée très accueillante aux civilisations des mégalithes (grandes pierres dressées). Les vestiges de ces civilisations préhistoriques sont particulièrement denses autour du golfe de Vannes (Locmariaquer, Carnac...).
D'après le peu que l'on en sait, ces civilisations se seraient épanouies à partir de 3500 avant JC jusqu'en 1500 av. J.-C. environ, à l'époque néolithique. Elles auraient été développées par des populations venues en bateau de Grande-Bretagne ou d'Allemagne.
À la civilisation des menhirs, avec ses longs alignements de pierres dressées, comme à Carnac, à vocation funéraire, magique ou religieuse, aurait succédé, non sans violences, la civilisation des dolmens. Les dolmens sont des tables en pierres qui, à l'origine, étaient recouvertes d'un tumulus de terre. Ils servaient de tombes collectives. Les plus remarquables sont la table des Marchant, à Locmariaquer, et le tumulus de l'îlot de Gavrinis, dans le golfe de Vannes.
Beaucoup plus tard (600 ans av. J.-C.) ont déboulé les Celtes, que les Romains appelaient Gaulois. Les Celtes d'Armorique se répartissaient en cinq peuples principaux : les Redones, dont le nom se retrouve dans celui de la ville de Redon, les Vénètes (Vannes), les Namnètes (Nantes), les Curiosolites (autour de Saint-Brieuc) et les Osismiens (autour de Brest).
Ils ont été soumis non sans difficulté par Jules César. Le général romain eut fort à faire pour soumettre les Vénètes, en 56 av. J.-C.. Il les affronta dans une bataille navale et l'on montre encore, à la pointe du golfe de Vannes, le tumulus du haut duquel, paraît-il, il surveilla la bataille.
Intégrée par Rome à la province de Gaule belgique, l'Armorique, du fait notamment de sa situation excentrique, résista à la romanisation et conserva sans doute mieux que le reste de la Gaule ses racines celtiques. Elle fut également épargnée par les invasions germaniques au Ve siècle.
De ce fait, de la fin du Ve siècle au VIIe siècle, les Celtes de Britannia (la Grande-Bretagne actuelle) trouvèrent naturel de se réfugier en Armorique lorsque leur île fut envahie par des hordes d'Angles, de Saxons et autres Germains ! C'est ainsi que l'Armorique, devenue le refuge des Bretons, renoua avec la langue celtique et prit le nom sous lequel elle est aujourd'hui connue : la Bretagne. Parmi les nouveaux arrivants figuraient beaucoup de moines qui eurent à coeur d'évangéliser la péninsule et y multiplièrent les fondations d'abbayes (Samson, Paterne...).

La Bretagne en quête d'indépendance

Charlemagne a le plus grand mal à soumettre les Bretons malgré la victoire du comte Wido sur les chefs locaux en 799. Son fils Louis le Pieux confère au chef breton Nominoë le titre de duc dans l'espoir de se l'attacher. Mais Nominoë ne tarde pas à se soulever contre les Francs. Le 22 novembre 845, il bat à plate couture les troupes de Charles le Chauve, fils de Louis le Pieux, à Ballon, près de Redon.
À sa mort, en 851, son fils Erispoé lui succède à la tête de la Bretagne et obtient de Charles le Chauve rien moins que le titre de roi ! La Bretagne devient indépendante pour près de sept siècles.
Erispoé ne profite pas longtemps de son triomphe. Il est assassiné en 857 par son cousin Salomon, lequel s'attribue le titre royal. Salomon adjoint la presqu'île du Cotentin à son royaume.
De nouveaux venus, les Normands, vont mettre à mal le frêle royaume. Installés à l'embouchure de la Seine depuis 911, ils l'envahissent par terre aussi bien que par mer. Alain II Barbe-Torte vainc enfin les Normands en 939 à Trans, près de Cancale et de l'actuel mont Saint-Michel. Cela lui vaut le titre de «duc des Bretons».
Les avanies subies par les Bretons au cours des années passées ont entraîné un recul de la frontière linguistique. À l'aube de l'An Mil, celle-ci se fixe sur une ligne qui va de Suscinio, au sud, sur le golfe de Vannes, à Plouha, au nord, près de Paimpol. À l'est, on parle désormais un dialecte roman comme les autres Francs, le «gallo», à l'ouest, on reste fidèle au parler celtique.
Aux XIe et XIIe siècles, les Bretons affrontent deux puissants seigneurs voisins, les comtes d'Anjou et les ducs de Normandie. La situation se corse quand, en 1154, le comte d'Anjou Henri II Plantagenêt devient aussi roi d'Angleterre et duc de Normandie ! Celui-ci, qui lorgne sur la péninsule, marie son fils Geoffroi à Constance, fille et héritière du duc Conan IV.
La Bretagne est sur le point de tomber dans l'escarcelle des Plantagenêt quand meurt dans un tournoi son nouveau duc, Geoffroi II. Le duché revient à son fils posthume, qui lui-même meurt en bas âge en 1203, puis à la demi-soeur de celui-ci, Alix !
Le roi de France, Philippe Auguste, profite de la situation. Il marie Alix à un sien cousin, Pierre de Dreux, de sorte que le duché passe dans la mouvance capétienne. .

La guerre de Succession de Bretagne

Le duché, toujours attaché à son indépendance, passe de père en fils jusqu'à Jean III le Bon. Celui-ci décède le 30 avril 1341 sans enfant et sans héritier désigné.
Charles de Blois, neveu du roi de France et époux de Jeanne de Penthièvre, nièce du duc Jean III le Bon, réclame la succession de celui-ci. Il a l'appui de la haute noblesse et du roi de France Philippe VI de Valois.
Le demi-frère du défunt duc, Jean de Montfort, conteste la succession par les femmes. Il la dénonce comme contraire au droit capétien. Paradoxe : il a le soutien de la petite noblesse bretonne et surtout du roi d'Angleterre Édouard III qui, lui-même, vient de revendiquer la couronne de France... en arguant de la succession par les femmes !
Dans un premier temps, Jean de Montfort prend possession du duché mais il est rapidement défait par l'armée française et emprisonné au Louvre, à Paris. Sa femme Jeanne de Flandre poursuit le combat. Libéré en 1343 à la faveur d'une trêve, Jean de Montfort meurt peu après.
La guerre de Succession de Bretagne, aussi appelée guerre des deux Jeanne, étroitement imbriquée à la guerre franco-anglaise, plus tard appelée guerre de Cent Ans, va perdurer de longues années. Parmi ses péripéties les plus pittoresques, on retient le combat des Trente à Ploërmel.

Vers la paix

En 1352, à Mauron, une bataille occasionne plusieurs centaines de victimes dans les deux camps. Enfin, à Auray, le 29 septembre 1364, Charles de Blois est défait et tué.
La paix signée à Guérande le 12 avril 1365 consacre la victoire posthume de Jean de Montfort. C'est son fils qui prend la couronne ducale sous le nom de Jean IV.
À la même époque, le capitaine Bertrand du Guesclin, un ancien partisan de Charles de Blois, se met au service du roi de France et donne la paix au royaume.
Resté secrètement allié au roi d'Angleterre dont il a épousé la fille, Marie, Jean IV est chassé de ses terres par Bertrand du Guesclin. Mais les protestations de la noblesse bretonne obligent la France à le rétablir dans ses droits par un second traité de Guérande, en 1381.
On assiste dès lors, au XVe siècle, en Bretagne comme en France, au retour de la prospérité et de l'effervescence artistique. La Bretagne découvre le gothique flamboyant et se dote de nombreuses et belles églises.

Deux mariages pour le prix d'un

Au sortir de la guerre de Cent Ans, la France, qui a retrouvé de l'assurance, se fait de plus en plus pressante.
Dans l'espoir de préserver l'indépendance de son duché, François II de Bretagne commet la sottise de s'allier en 1485 à Louis d'Orléans (futur Louis XII) et à quelques autres grands seigneurs. Ensemble, ils combattent le jeune roi de France et sa soeur, la régente Anne de Beaujeu. Cette «Guerre folle» se termine par la victoire des troupes françaises commandées par La Trémoille, à Saint-Aubin-du-Cormier, non loin de la ville de Fougères, le 28 juillet 1488.
Le duc François II, vaincu, signe le 19 août 1488 le traité du Verger par lequel il promet que sa fille et héritière Anne ne se mariera pas sans le consentement du roi de France.
Après sa mort, trois semaines plus tard, les seigneurs bretons, soucieux de leur indépendance, prient Anne d'épouser par procuration le futur empereur d'Allemagne Maximilien 1er de Habsbourg (31 ans). Le roi de France Charles VIII n'apprécie pas d'être ainsi trompé. Après bien des péripéties, il obtient d'épouser la promise.
Avec ce mariage royal, la Bretagne devient fief français mais seulement en droit. La duchesse l'administre en toute liberté. Le contrat de mariage prévoit qu'Anne devra épouser le nouveau roi si son mari meurt sans enfant. Las, le couple a six enfants mais tous meurent en bas âge avant que ne meure à son tour Charles VIII, victime d'une chute malencontreuse dans son château d'Amboise, le 8 avril 1498.
Le trône revient à l'héritier des Orléans, lointain cousin du roi et époux de sa soeur Jeanne la Boîteuse. Devenu roi sous le nom de Louis XII, il annule sans regret son mariage, qui n'a pas été consommé, et épouse à son tour Anne de Bretagne, qu'il aimait, dit-on, en secret. Un peu plus chanceux que le précédent, ce nouveau mariage se solde par deux filles : Claude, future reine de France, et Renée, future duchesse de Ferrare.

Intégration en douceur de la Bretagne

 Anne obtient que sa fille aînée Claude de France, née en 1499, soit fiancée au futur empereur Charles Quint (comme à la génération précédente, elle espère ainsi sauvegarder l'indépendance de la Bretagne).
Mais Louis XII ne l'entend pas de cette oreille. En 1506, il fiance d'office sa fille à son cousin François d'Angoulême, héritier légitime du royaume.
Anne meurt le 9 janvier 1514, à près de 37 ans, et quatre mois plus tard, le 8 mai 1514, sa fille Claude épouse François d'Angoulême. À cette occasion, elle fait don de la Bretagne à son mari. Celui-ci devient roi de France sous le nom de François 1er à la mort de Louis XII, le 1er janvier de l'année suivante.
C'est seulement en 1532 que les états généraux de Vannes approuvent le rattachement du duché au royaume de France. Ils préservent toutefois leurs privilèges ainsi que l'autonomie judiciaire et fiscale du duché.

samedi 11 décembre 2010

1360 : La naissance du franc

Prisonnier du roi d'Angleterre, Jean II le Bon doit s'acquitter d'une rançon astronomique. Pour en faciliter le règlement, il crée le 5 décembre une nouvelle monnaie, le franc, ainsi nommée pour commémorer sa libération.
Cette année-là, la dixième de son règne, Jean II le Bon, quarante et un ans, rentrait d'Angleterre où il avait été depuis 1356 captif du roi Édouard III à la suite d'une bataille livrée à Poitiers où le roi des lys avait été battu en manifestant une bravoure qui lui avait acquis malgré tout un grand prestige (voir L'AF 2000 du 19 février 2009). Pendant cette longue et douloureuse absence, son fils le dauphin Charles, avait maîtrisé avec un grand courage la véritable révolution fomentée par le drapier Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris. Il avait réussi à vaincre cet ambitieux voyou, tout en sauvegardant la souveraineté de la couronne (voir L'AF 2000 du 5 mars 2009).
Le traité de Brétigny
Le roi Jean, donc, était de retour en France, mais toujours captif à Calais. Il avait dû, pour cela, ratifier le 13 juin à la Tour de Londres, sous la contrainte donc sans engagement moral, le très dur traité de Brétigny signé le 8 mai par les représentants des deux rois. Le roi de France rendait aux Anglais tout le Sud-Ouest français et leur cédait Calais. Ces clauses imposées par l'étranger n'avaient nullement atteint l'honneur capétien, bien au contraire ! En revanche, les haines contre l'Anglais en furent cristallisées dans le Midi.
Toutefois pour le roi, encore maintenu à Calais, et pour le dauphin Charles, le souci principal restait la rançon astronomique réclamée par le roi Édouard III : pas moins de trois millions de livres, soit 12,5 tonnes d'or ! Or des années de guerre étrangère et de guerre civile avaient ruiné le royaume ! Dans les quinze jours, de nouvelles taxes furent créées, dont l'impôt sur le sel, la fameuse “gabelle”. Des lettres furent expédiées fixant les cotisations de chaque ville et le délai de leur versement. Les trois ordres, clergé, noblesse, tiers-état, furent imposés sans discrimination. Reims, Rouen, Lille, les cités du Languedoc, Paris, l'abbé de Saint-Denis, versèrent beaucoup ; même le pape Innocent VI, pourtant harcelé dans sa bonne ville d'Avignon par la menace des grandes compagnies, se prit de pitié pour la France et accorda un large prêt. Néanmoins, l'on ne put réunir que les deux tiers du premier acompte : 400 000 écus…
Or, avec l'accord de son père, Charles négociait déjà le mariage de sa petite soeur Isabelle de France, onze ans, avec Jean, fils de Galéas Visconti, coseigneur de Milan, qui n'avait pas encore neuf ans. Celui-ci était infiniment riche, et cette union était une mésalliance. Mais le besoin d'argent était vital pour le roi et pour la France ! Il fallait bien que la famille royale participât au sacrifice de la nation. Galéas offrit 600 000 écus d'or, dont un premier acompte fixé au mois de juillet, le reste au jour de la célébration du mariage bien sûr ultérieurement.
Édouard III gardait quelques otages
Édouard III, toujours prétendant à la couronne de France comprit alors qu'il obtiendrait l'argent de la rançon et, le jour même de l'entrée d'Isabelle à Milan, il vint à Calais rendre sa totale liberté à Jean II. Les deux rois festoyèrent quelques jours et l'on remit à plus tard la discussion des dernières clauses du traité de Brétigny. Toutefois, le roi anglais gardait quelques enfants de Charles en otage jusqu'au paiement total de la rançon !
La souveraineté royale
Pour faciliter le règlement de cette somme, Jean II créa le 5 décembre une nouvelle monnaie, le franc, ainsi nommée pour commémorer sa libération. « Nous avons été délivré de prison et sommes franc et délivré à toujours », déclara-t-il. Ainsi le denier fut appelé franc d'or. La pièce de 3,88 grammes d'or fin, montrait le roi chargeant à cheval selon l'idéal chevaleresque. Cette monnaie allait représenter dès le règne du dauphin devenu Charles V le Sage en 1364 une monnaie stable, garante de la puissance et de l'autorité du souverain, capable de rivaliser avec le florin de Florence qui dominait alors l'Europe. En dépit de bien des vicissitudes, le franc allait symboliser l'indépendance de la France jusqu'à ce que le 17 février 2002, un gouvernement républicain de rencontre se permît de sacrifier le droit essentiel à la souveraineté d'un pays de frapper monnaie, et imposât l'euro apatride, dont le nom est d'une banalité à pleurer. Même dans une France ruinée, Jean II le Bon et son fils avaient, eux, sauvé la liberté de leur pays.
Jean ne profita guère de son affranchissement. Après une visite au pape en Avignon et une tentative d'organiser une nouvelle croisade, il dut revenir à Londres en 1364 renégocier le traité de Brétigny et y prendre la place de son fils Louis, duc d'Anjou qui, lassé d'être otage, venait de s'enfuir. Le roi, modèle de bravoure et de sacrifice, devait y mourir le 8 avril 1364, laissant la succession à Charles lequel était prêt et, avec Du Gesclin, chasserait bientôt les Anglais de France.
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 4 au 17 mars 2010

dimanche 12 septembre 2010

1370 : le Roi et Du Guesclin

Le capitaine Du Guesclin est élevé par Charles V à la dignité de connétable de France. Le roi et son chevalier s'entendent non pour infliger aux Anglais des batailles rangées, mais pour les repousser méthodiquement.
Cette année-là, la sixième de son règne, Charles V, trente-deux ans, soucieux de renvoyer au plus vite les Anglais chez eux, éleva le capitaine Bertrand Du Guesclin à la dignité de connétable de France. Nous avons déjà vu Charles (fils de Jean II le Bon), encore dauphin, quelque peu malingre et dépourvu de panache, rétablir dans le royaume l'ordre et la stabilité monétaire (L'AF 2000 du 5 mars 2009 et du 4 mars 2010). Dès son accession au trône en 1364, il montra sa volonté de ne pas se résigner au traité de Brétigny qui enlevait à la France pratiquement tout le Sud-Ouest.
Pendant seize ans…
Très lettré, grand lecteur d'Aristote, passionné d'astrologie, homme de goût qui embellit Paris, le troisième roi de la lignée des Valois était aussi fort instruit des questions militaires. Il n'eut de cesse de se donner un noyau solide de forces permanentes. Pour y parvenir il s'appliqua à supprimer les guerres particulières, à s'assurer des ressources régulières par la permanences des aides (impôts indirects) et la réglementation des fouages (impôts exceptionnels).
Sa chance fut de rencontrer en Du Guesclin le grand capitaine dont il ne pouvait se passer. Conjonction remarquable pendant seize ans entre deux volontés, que le duc de Lévis Mirepoix décrit ainsi : « Il y a de la joie chez le monarque valétudinaire et sédentaire, d'avoir découvert sous la rude enveloppe du chevalier breton, aux jambes torses, la force morale dans la force physique, l'intelligence dans l'entrain. Comme il était lui-même l'action dans l'intelligence. »
Laideur et brutalité
Du Guesclin était né en 1320 au château de La Motte-Broons, près de Dinan. Jeune, il était surtout connu pour sa laideur physique et sa brutalité, mais il sut assez tôt mettre sa force physique dans de plus nobles actions, notamment dans la constitution, pour son compte, de troupes luttant contre les Anglais. Il se trouva ainsi le défenseur de la ville de Rennes contre le comte de Lancastre. Caché dans les forêts de Paimpont, Bertrand faisait trembler les Anglais. Dès 1360, il était devenu lieutenant de Normandie, d'Anjou et du Maine.
Quatre ans plus tard le voici capitaine général entre Seine et Loire et chambellan de France. C'est alors qu'il eut l'occasion d'offrir à Charles V, quelques jours avant le couronnement de celui-ci, la belle victoire de Cocherel (avril 1364) remportée contre les troupes du roi de Navarre, lequel alors au service des Anglais, n'avait pas cessé de mériter son sobriquet de Charles le Mauvais. Dès lors le roi et son chevalier s'entendirent pour, non pas infliger aux Anglais des batailles rangées, mais pour les repousser méthodiquement, s'emparer point par point de leurs forteresses, redonner confiance aux paysans des provinces occupées. En Du Guesclin les troupes retrouvaient une âme, il ne les engageait pas pour la gloriole, mais, ménageant toujours leur sang, il les exerçait à la ruse, à la guerre d'usure.
Pour débarrasser le territoire des fameuses grandes compagnies qui terrorisaient les campagnes, lui qui savait parler à ce genre de troupiers, en entraîna un bon nombre en Espagne pour y prendre la défense d'Henri de Transtamare contre Pierre le Cruel soutenu par les Anglais. Après bien de péripéties, Henri l'emporta et devint un utile allié de la France. Toutes ces prouesses méritaient amplement le titre de connétable que Charles V lui donna donc en cette année 1370.
Repousser les Anglais chez eux
De son côté le roi savait qu'il fallait aussi enlever aux Anglais la maîtrise de la mer. Il reconstitua donc une marine en flattant les états généraux pour avoir de l'argent.
Il faut ici noter la différence entre la France de Charles V et l'Angleterre d'Édouard III. Chez nous, les populations avaient hâte d'en finir avec le traité de Brétigny pour se retrouver entre Français ; outre-Manche, le régime parlementaire, né de la fameuse grande Charte, on s'en souvient, au temps de Jean sans Terre en 1215, produisait ses effets et l'effort de guerre s'essoufflait. Bientôt des pourparlers de paix furent décidés, puis aussitôt rompus par l'Anglais. La mort de Du Guesclin le 13 juillet 1380 en combattant les grandes compagnies d'Auvergne à Châteauneuf-de-Randon ne ralentit pas l'élan, et tandis que nos marins aidés des troupes de nos alliés espagnols pénétraient jusque sur la Tamise…, les Anglais ne possédaient plus en France à la mort de Charles V que Bayonne, Bordeaux et Calais.
Selon Bainville, « si Charles V avait vécu dix ans de plus, il est probable que Jeanne d'Arc eût été inutile ». Hélas, ce roi sage et avisé, premier initiateur d'une armée royale permanente, mourut le 16 septembre 1380, peu après Du Guesclin. Pour régler au mieux sa succession il avait fixé à quatorze ans la majorité royale.
Hélas, la fortune ne devait guère sourire au successeur, le jeune Charles VI…
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 – du 18 au 31 mars 2010