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mardi 26 décembre 2023

La survie de la domination de Washington sur l’Onu

 

Le 12 décembre 2023, l’Assemblée générale des Nations unies a exigé, à 153 voix de majorité, un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza.

Lors de leur création, les Nations unies portaient un idéal d’égalité des peuples et des nations. Cependant, dès les premiers mois de son fonctionnement, Washington et Londres ont soutenu Israël contre le peuple palestinien. Puis, Washington a falsifié le Conseil de sécurité en faisant siéger Formose à la place de la Chine et en provoquant le boycott de l’URSS. Aujourd’hui, la domination des États-Unis sur cette institution est dénoncée par une vaste majorité d’États membres. Tandis que les BRICS se placent en ordre de bataille pour que l’institution revienne au Droit international.

En une année, l’Assemblée générale des Nations unies s’est profondément modifiée : en octobre 2022, 143 États, conduits par Washington, condamnaient les « annexions illégales » de la Russie en Ukraine, tandis qu’en décembre 2023, 153 États appelaient à un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza, contre l’avis de Washington.

Par le passé, Washington pouvait menacer quantité d’États et leur imposer de se prononcer comme lui et d’adopter ses règles. Aujourd’hui il fait moins peur :
 Certes, le Commandement des opérations spéciales des États-Unis (USSoCom) peut à tout instant mener des ingérences militaires secrètes dans n’importe quel pays dans le monde et assassiner tel ou tel de ses dirigeants, mais ce déploiement semble de plus en plus improbable dans de grands pays.
 Certes, le département du Trésor peut interdire de commercer avec tel ou tel État et ainsi couler l’économie du récalcitrant, voire affamer sa population. Mais, désormais, la Russie et la Chine offrent un moyen de briser ce siège économique.
 Certes la gigantesque machine d’interception des communications des « Cinq Yeux » (Australie, Canada, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni) peut révéler les turpitudes de n’importe quel récalcitrant, mais certains dirigeants sont honnêtes et ne peuvent donc faire l’objet de chantage au détriment de leur population.

De ce point de vue, la liste des États ayant voté contre le cessez-le-feu à Gaza est éclairante, outre les États-Unis et Israël, elle comporte un certain nombre de régimes aux caractères surprenants :
• Autriche
Karl Nehammer est un formateur en communication politique. Il serait capable de faire passer à peu près n’importe quelle décision tant il excelle en la matière. Militaire de carrière, il a travaillé avec Washington en tant que formateur des officiers de Renseignement. Il est aujourd’hui chancelier de cet ancien État neutre.
• Guatemala
Le président italo-guatemaltèque, Alejandro Giammattei, est le représentant d’un petit groupe de capitalistes. Il lutte avec force contre ceux qui luttent contre la corruption, incarcérant des procureurs, des leaders d’associations de Droits humains et des journalistes trop curieux. Allié fidèle des États-Unis, il est le seul chef d’État latino-américain à s’être rendu à Kiev et à Taïwan.
• Liberia
Le pays est encore présidé par le footballer et chanteur George Weah. Le président élu Joseph Boakai n’ayant pas encore été intronisé. N’ayant aucune expérience politique, Weah a choisi comme vice-présidente Jewel Taylor, épouse du criminel contre l’humanité Charles Taylor.
• Micronésie
La Micronésie était occupée par les États-Unis jusqu’à ce que le président Ronal Reagan accepte son indépendance. Aujourd’hui, elle reste cependant sous tutelle, sa défense étant assurée par le Pentagone.
• Nauru
Petit pays de moins de 10 000 habitants, Nauru n’est indépendant de l’Empire britannique que depuis 1968. Chacun sait, aux Nations-unies que le « président » David Adeang est opportuniste et corrompu. Il est toujours possible à celui qui paie d’obtenir un vote favorable de ce pays.
• Papouasie-Nouvelle-Guinée
La Papouasie Nouvelle-Guinée n’est indépendante de l’Empire britannique que depuis 1975. Il y a sept mois, son actuel Premier ministre, James Marape, a signé un accord autorisant les États-Unis à utiliser son territoire comme base avancée dans le Pacifique. Ils ont un accès total à tous ses ports et aéroports en échange de divers investissements. Lorsqu’il a déplacé son ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, James Marape a déclaré : « Pour nous qui nous disons chrétiens, nous ne pouvons pas respecter pleinement Dieu à moins de reconnaître que Jérusalem est la capitale universelle du peuple et de la nation d’Israël ».
• Paraguay
Son actuel président, Santiago Peña, tente de donner un coup de jeune aux institutions tout en faisant l’éloge de la dictature anticommuniste du général Alfredo Stroessner.
• Tchéquie
Probablement êtes-vous surpris de voir un second membre de l’Union européenne dans cette liste. C’est que vous avez manqué l’élection de son nouveau président, le général Petr Pavel, ami personnel de l’ambassadeur US à Prague. Il a été formé aux USA et au Royaume-Uni et est devenu président du comité militaire de l’Otan. Ancien collaborateur de l’occupant soviétique, il a complétement réécrit sa biographie et s’est transformé en occidental moderne, mais il utilise son pouvoir pour aligner son pays sur Washington.

Vingt-trois autres États se sont abstenus. Il s’agit d’alliés de Washington et non pas de simples marionnettes comme les précédents. Quoi qu’il en soit, les Occidentaux n’ont plus la majorité (97 voix). Le G7 n’est plus un point de repère.

À ce sujet comment ne pas relever la situation actuelle du Japon où une enquête judiciaire a mis en lumière la corruption généralisée de la classe politique. Au moins 500 millions de dollars ont été versés, entre 2018 et 2022, à 99 parlementaires du Parti libéral-démocrate, au pouvoir sans discontinuer depuis 67 ans (sauf deux intermèdes totalisant 4 années). Ce qui est présenté comme une « grande démocratie » n’est en réalité qu’une mise en scène masquant un système mafieux.
Comment le G7 peut-il prétendre incarner et défendre de nobles valeurs ?

Les Brics, dont les nouveaux membres occuperont leur place le 1° janvier 2024, représentent désormais plus de la moitié de l’humanité. Ils œuvrent à un monde multipolaire. Dans leur esprit et contrairement aux cauchemars occidentaux (le piège de Thucydide), il ne s’agit pas de remplacer les États-Unis par le duopole Chine-Russie, mais d’abandonner les règles occidentales et de revenir au Droit international. Si vous ne comprenez pas ce dont je parle, lisez mon article sur ce sujet : « Quel ordre international ? » [1]. La plupart d’entre nous ignorent que les membres de la « communauté internationale » (c’est-à-dire Washington et ses vassaux) ne respectent plus leurs signatures et violent leurs engagements, à commencer par la résolution 181 [2] qui prévoyait la création d’un État palestinien ou, plus récemment, la résolution 2202 qui devait prévenir la guerre en Ukraine. Ils ignorent que leurs prétendues « sanctions » sont des armes de guerre et violent les principes de la Charte des Nations unies.

L’évolution de l’Assemblée générale des Nations unies (Onu) la place dans la même situation que la Société des Nations (SDN) en 1939. Alors que le président des États-Unis, Woodrow Wilson, avait profondément modifié le projet original de la SDN en refusant l’égalité entre les peuples, l’Onu la reconnaît dans ses textes, mais pas en pratique, comme le montre par exemple le traitement de la question palestinienne. Dans les deux cas, il s’agit de préserver la domination anglo-saxonne sur le monde, de l’extérieur de la SDN (que Washington refusa d’intégrer après en avoir modifié les statuts) ou de l’intérieur de l’Onu (que Washington intégra, mais dont ils n’a jamais respecté les statuts). D’où la question : les Brics parviendront-ils à réformer l’Onu et à le ramener au respect de ses principes ou échoueront-ils à préserver la paix ?

Dans cette perspective, l’Assemblée générale ne s’est pas contentée d’exiger un cessez-le-feu humanitaire immédiat à Gaza [3]. Elle a d’abord adopté une série de résolutions exigeant l’application de la résolution 181, celle dont la non-application avait engendré le désordre actuel. Elle exige notamment qu’Israël indemnise les biens des Palestiniens qu’il a expulsés, il y a soixante-quinze ans [4].

Notes :

[1« Quel ordre international ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 novembre 2023.

[2« Résolution 181 (II) de l’Assemblée générale des Nations Unies », ONU (Assemblée générale) , Réseau Voltaire, 29 novembre 1947.

[4« Biens appartenant à des réfugiés de Palestine et produit de ces biens », Réseau Voltaire, 7 décembre 2023.

dimanche 24 juillet 2022

L’hystérisation du débat contre l’Iran

 

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On connait l’efficacité des Américains quand ils se mettent à jouer les gendarmes du monde. Depuis 1945, ils ont redessiné la carte du monde semant le chaos partout où ils sont passés : Vietnam, Afghanistan, Irak et même en Europe où sans aucun mandat de l’ONU ou de l’Otan, ils ont bombardé la Serbie. Sous la pression d’Israël, ils ont désormais dans leur ligne de tir l’Iran, pays sur lequel ils ont déclaré un embargo. Mais ces derniers, qui ne sont pas des Arabes mais des Perses, résistent et se dotent de l’arme nucléaire. Si d’aventure les USA déclaraient la guerre à l’Iran, avec la bénédiction d’Israël, cela va sans dire, alors le monde basculerait dans le chaos total.

Le Nouvel Economiste a tenté de faire le point sur le sujet

Lire ICI

http://synthesenationale.hautetfort.com/

lundi 8 mars 2021

Quand Francois de Negroni rencontrait Thomas sankara (Le frivole et le sérieux)

Thomas Sankara est avec Patrice Lumumba l’un des grands leaders africains du siècle passé. Celui qui transforma la Haute-Volta, nom issu de la colonisation, en Burkina Faso, « terre des hommes intègres », lança une révolution que son assassinat, en 1987, empêcha de mener à son terme. Francois de Negroni, alors jeune coopérant, l'avait croisé. Une nuit a Majunga livre les détails de cette rencontre.

L’essayiste Francois de Negroni a fait paraitre dernièrement un livre tout à fait curieux, entre témoignage historique, journal intime, digression politique et souvenir romance : Une nuit a Majunga. Dans ce texte dont l’action se situe a Madagascar au début des années 1970, il relate sa rencontre avec Thomas Sankara, futur héros de la révolution voltaïque. Jeune coopérant, Negroni enseigne alors les sciences humaines à l’Université de Tananarive et doit accompagner trois élèves officiers (deux Tchadiens et Sankara) envoyés par leur académie militaire en formation à Majunga, cité portuaire du nord-ouest du pays.

Après une journée de travail, ils finissent la soirée dans un bar interlope. Alors que les deux Tchadiens parviennent à s’isoler avec des filles en se faisant passer, sur le conseil de Negroni, pour des Afro-Américains en voyage d’affaires (les deux pages consacrées au « racisme » des prostituées malgaches à l’égard de leurs frères noirs d’Afrique sont riches d’enseignements !), le narrateur se retrouve seul avec Sankara. Commence alors entre eux une longue conversation qui durera jusqu’a l’aube sur des sujets aussi différents que la décolonisation, l’ethnologie, le sport, le cinéma ou encore l’œuvre de Michel Delpech... « Nous bavardâmes jusqu’à la clôture, écrit l’auteur, au bout de la nuit, sans succomber un seul instant à l’esprit de sérieux. »

Negroni est impressionne par ce jeune homme calme et instruit, par sa connaissance du marxisme (y compris de l’œuvre de Lénine, pourtant interdite en Haute-Volta) comme par son gout d’esthète pour le « Nietzsche prométhéen ». Il prend toutefois un malin plaisir à démolir méthodiquement tous les auteurs de gauche dont Sankara lui dit du bien, à commencer par René Dumont (auprès duquel le révolutionnaire ira pourtant chercher conseil après sa prise de pouvoir).

Les deux hommes ont a peu près le même âge et éprouvent une même sympathie pour les luttes de libération nationale de l’Afrique, mais si le jeune militaire fait preuve d’un certain volontarisme a partir de quelques idées simples et concrètes (il n’abat pas encore toutes ses cartes et n’anticipe sans doute pas la révolution dont il sera l’acteur), le Corse, plus roublard et volontiers sarcastique, semble meilleur pour détricoter la mascarade mise en place par les coopérants français sur le continent noir, plutôt que pour percevoir les forces de régénération l’oeuvre sur ledit continent. Il ne partage pas la confiance de son interlocuteur sur le rôle positif des ONG occidentales et se moque un peu de sa conception « maoïste » des révoltes paysannes. Lors d’une seconde rencontre en 1987, soit peu de temps avant l’assassinat de Sankara, Negroni reconnaitra d’ailleurs : « Nous ne sommes plus au bordel philosophique, mais en présence d’un homme confronte à la praxis du pouvoir. [...] La frivolité n’est pas de mise, ni les beaux atours de pédanterie allumée. »

On aurait toutefois tort de tancer l’auteur, qui se définit lui-même comme un « évanescent professeur de station balnéaire, polémiste vagabond et désaffilié », car sa vision de l'Afrique, du néo-colonianisme et des mille petites mesquineries des fonctionnaires occidentaux brassant de l’air qu’il observe autour de lui, annonce déjà cet heureux mélange de matérialisme perspicace, d’irrévérence pugilistique, d’ironie féroce et de sociologie très politiquement incorrecte qui caractérisera bientôt la petite équipe d’intellectuels réunis autour du philosophe Michel Clouscard.

Le refus des mises en scène tropicales

Proposant en annexe du livre un entretien qu’il a accordé à Jean Cau pour Paris Match en 1977, Negroni laisse libre cours à sa critique d’un milieu qu’il connait bien. Extrait : « Tout universitaire qui se respecte ramène de ses vacances en coopération la thèse qui fera de lui un des spécialistes à vie du Tiers-Monde. [...] Les grandes vacances dans le Tiers-Monde ne sont pour eux que le prétexte a la mise en scène tropicale de leurs angoisses ou de leurs impuissances. [...] Ils s’efforcent de rompre avec les comportements autoritaires instaurés par la colonisation. Ils veulent être aimés par leurs assistés et pratiquent la démagogie en virtuoses. Respecter la “dignité de l’indigène” cela consiste pour les coopérants à vouvoyer leurs boys tout en les exploitant aussi allègrement que par le passé. » Ces boys qui ne sont que les « cobayes à domicile de la relation interraciale paternaliste ». Un réquisitoire moqueur et implacable qui lui vaudra bien des inimitiés.

Les admirateurs de Thomas Sankara trouveront peut-être que leur héros n’est ici utilisé que comme prétexte pour parler de bien d’autres choses (un peu comme pour Clouscard dans le livre que lui a consacré ce même auteur ?) et ils n’auront pas tort. Mais c’est justement ce talent pour la digression qui caractérise Negroni, et le portrait du jeune militaire voltaïque dessiné dans la décontraction d’un bar malgache n’en est pas moins précieux et inédit. Pour redécouvrir le Sankara tribun, le Sankara révolutionnaire, on se reportera à l’anthologie de ses discours publiée il y a quelques années par Kontre-Kulture ou au passionnant documentaire de Christophe Cupelin, Capitaine Thomas Sankara.

Dans l’anthologie comme dans le film, on découvre un leader populaire d’une grande intégrité - à l’image du nouveau nom qu’il avait donné a son pays Burkina Faso (« la terre des hommes intègres ») patriote, épris de justice sociale et artisan d’un nouveau type de développement endogène en rupture avec l’exploitation néocolonialiste. Lutte contre la pauvreté, la corruption et les dépenses somptuaires, réformes agraires, campagne de vaccination de masse, tentative « écologiste » d’endiguer la déforestation et la désertification, marche déterminée vers la souveraineté alimentaire, solidarité panatricaine : autant de chantiers entamés par l’officier burkinabé durant sa brève carrière d’homme d’Etat. Fustigeant le « fantochisme » et l’impérialisme dans un langage fleuri (« les hiboux au regard gluant, les caméléons équilibristes, les renards terrorisés, les pintades orgueilleuses... »), ses discours, construits sur une rhétorique incantatoire faite d’anaphores et d’appels directs à son auditoire, révèlent une figure charismatique souvent méconnue en Europe.

Confiant dans une révolution qu’il voyait comme la rencontre historique des aspirations du peuple et de celles de l’armée, laquelle n’est jamais qu’un détachement du peuple et non un corps professionnel - « les peuples conscients assumant eux-mêmes la défense de leur patrie » -, il fait remarquer dans sa première conférence de presse qu’il s’agit du « premier régime militaire à n’avoir pas établi [son] quartier général dans un camp militaire ». Il y a bien, comme l’avait relevé Negroni, des accents maoïstes dans cet éloge d’une armée populaire qui « sera aux champs, élèvera des troupeaux de boeufs, de moutons et de la volaille, construira des écoles et des dispensaires, entretiendra les routes, etc. ». Sur le front intérieur, Sankara faisait planter des arbres, nationalisait les entreprises, expropriait les propriétaires coupables de s’être comportés en accapareurs, purgeait l’État de ses fonctionnaires les plus parasitaires, supprimait le paiement des loyers pendant une année pour permettre aux plus pauvres de se remettre à flot, faisait fermer les night-clubs, considérés comme des ghettos bourgeois, pour leur substituer des bals populaires, faisait remplacer les anciennes voitures de fonction luxueuses par des Renault 5...

Une de ses plus grandes réformes aura peut-être été celle consacrée à l’amélioration de la situation des femmes alphabétisation des filles, lutte contre l’excision et contre les violences, instauration d’une nouvelle morale conjugale fondée sur l’amour, la responsabilité et le respect, nomination de trois femmes ministres dans le nouveau gouvernement.

Sur le plan extérieur, il avait rejoint le mouvement des non-alignés, dynamique internationale qu’il voyait comme « ce refus d’être l’herbe que les éléphants dans leurs affrontements piétinent impunément » et, à cette tribune, il s’en prenait à la persécution « ethno-fasciste » du sionisme à l’encontre du peuple palestinien et au régime d’apartheid sud-africain, se désolant de voir la France de Mitterrand leur donner un blanc-seing. Quant à la dette des pays du Tiers-monde, son discours était sans équivoque : « Si nous ne payons pas, nos bailleurs de fond ne mourront pas de faim, soyez-en surs, mais si nous payons, notre peuple mourra de faim, soyez-en surs également. » Très loin des dérives du socialisme réel, des crimes de masse du communisme et des trahisons de la sociale-démocratie, nous avons la le cas historique d’un modèle de révolution progressiste fauchée pour ainsi dire à l’état d’innocence, comme ce put être le cas sous nos latitudes avec la Commune de Paris.

Francois de Negroni, Une nuit à Majunga, Materia scritta, 2016, 148 p., 14€

Thomas Sankara, Anthologie des discours, Kontre-Kulture, 2013, 213 p., 13 €

Christophe Cupelin, Capitaine Thomas Sankara, Cineworx, 2074, 90 minutes.

David L’Epée éléments N°164

vendredi 5 mars 2021

La diplomatie de Staline 1/2

  

[Ci-contre : Churchill, Roosevelt, Staline à la conférence de Yalta, fév. 1945]

L'histoire de notre siècle est enseignée du point de vue américain. Il en va ainsi de la Seconde Guerre mondiale, de la Guerre Froide et de la Guerre du Golfe. Dans l'optique américaine, le XXe siècle est le “siècle américain”, où doit s'instaurer et se maintenir un ordre mondial conforme aux intérêts américains, qui est simultanément la “fin de l'histoire”, le terminus de l'aventure humaine, la synthèse définitive de la dialectique de l'histoire. Francis Fukuyama, à la veille de la guerre du Golfe, affirmait qu'avec la chute du Rideau de fer et la fin de “l'hégélianisme de gauche” que représentait l'URSS, un seul modèle, celui du libéralisme américain, allait subsister pour les siècles des siècles. Sans que plus un seul challengeur ne se pointe à l'horizon. D'où la mission américaine était de réagir rapidement, en mobilisant le maximum de moyens, contre toute velleité de construire un ordre politique alternatif.

Quelques années avant Fukuyama, un auteur germano-américain, Theodore H. von Laue, prétendait que la seule véritable révolution dans le monde et dans l'histoire était celle de l'occidentalisation et que toutes les révolutions politiques non occidentalistes, tous les régimes basés sur d'autres principes que ceux en vogue en Amérique, étaient des reliquats du passé, que seuls pouvaient aduler des réactionnaires pervers que la puissance américaine, économique et militaire, allait allègrement balayer pour faire place nette à un hyper-libéralisme de mouture anglo-saxonne, débarrassé de tout concurrent.

Si l'hitlérisme est généralement considéré comme une force réactionnaire perverse que l'Amérique a contribué à éliminer d'Europe, on connaît moins les raisons qui ont poussé Truman et les protagonistes atlantistes de la Guerre Froide à lutter contre le stalinisme et à en faire également un croquemitaine idéologique, considéré explicitement par von Laue comme “réactionnaire” en dépit de son étiquette “progressiste”. Cette ambiguïté envers Staline s'explique par l'alliance américano-soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale, où Staline était sympathiquement surnommé Uncle Joe. Pourtant, depuis quelques années, de nombreux historiens révisent intelligemment les poncifs que 45 ans d'atlantisme forcené ont véhiculé dans nos médias et nos livres d'histoire.

L'Allemand Dirk Bavendamm a démontré dans deux ouvrages méticuleux et précis quelles étaient les responsabilités de Roosevelt dans le déclenchement des conflits américano-japonais et américano-allemand et aussi quelle était la duplicité du Président américain à l'égard de ses alliés russes. Valentin Faline, ancien ambassadeur d'URSS à Bonn, vient de sortir en Allemagne un ouvrage de souvenirs historiques et de réflexions historiographiques, où ce brillant diplomate russe affirme que la Guerre Froide a commencé dès le débarquement anglo-américain de juin 1944 sur les plages de Normandie : en déployant leur armada naval et aérien, les puissances occidentales menaient déjà une guerre contre l'Union Soviétique et non plus contre la seule Allemagne moribonde.

Staline, diplomate traditionnel

Une lecture attentive de plusieurs ouvrages récents consacrés aux multiples aspects de la résistance allemande contre le régime hitlérien nous oblige à renoncer définitivement à interpréter l'histoire de la Seconde Guerre mondiale et de l'alliance anglo-américano-soviétique selon le mode devenu conventionnel. L'hostilité à Staline après 1945 provient surtout du fait que Staline entendait pratiquer une diplomatie générale basée sur les relations bilatérales entre les nations, sans que celles-ci ne soient chapeautées par une instance universelle comme l'ONU. Ensuite, après avoir appris que les deux puissances anglo-saxonnes avaient décidé seules à Casablanca de faire la guerre à outrance au Reich, de déclencher la guerre totale et d'exiger la capitulation sans condition de l'Allemagne nationale-socialiste, Staline s'est senti exclu par ses alliés. Furieux, il a concentré sa colère dans cette phrase bien ciselée, en apparence anodine, mais très significative : « Les Hitlers vont et viennent, le peuple et l'État allemands demeurent ».

Staline ne concevait pas le national-socialisme hitlérien comme le mal absolu ou même comme une essence impassable, mais comme un accident de l'histoire, une vicissitude contrariante pour la Russie éternelle, que les armes soviétiques allaient tout simplement s'efforcer d'éliminer. Mais, dans la logique diplomatique traditionnelle, qui est restée celle de Staline en dépit de l'idéologie messianique marxiste, les nations ne périssent pas : on ne peut donc pas exiger de capitulation inconditionnelle et il faut toujours laisser la porte ouverte à des négociations. En pleine guerre, les alliances peuvent changer du tout au tout, comme le montre à l'envi l'histoire européenne. Staline se borne à réclamer l'ouverture d'un second front, pour soulager les armées soviétiques et épargner le sang russe : mais ce front n'arrive que très tard, ce qui permet à Valentin Faline d'expliquer ce retard comme le premier acte de la Guerre Froide entre les puissances maritimes anglo-saxonnes et la puissance continentale soviétique.

Cette réticence stalinienne s'explique aussi par le contexte qui précéda immédiatement l'épilogue de la longue bataille de Stalingrad et le débarquement des Anglo-Saxons en Normandie. Quand les armées de Hitler et de ses alliés slovaques, finlandais, roumains et hongrois entrent en URSS le 22 juin 1941, les Soviétiques, officiellement, estiment que les clauses du Pacte Molotov / Ribbentrop ont été trahies et, en automne 1942, après la gigantesque offensive victorieuse des armées allemandes en direction du Caucase, Moscou est contrainte de sonder son adversaire en vue d'une éventuelle paix séparée : Staline veut en revenir aux termes du Pacte et compte sur l'appui des Japonais pour reconstituer, sur la masse continentale eurasiatique, ce “char à quatres chevaux” que lui avait proposé Ribbentrop en septembre 1940 (ou Pacte Quadripartite entre le Reich, l'Italie, l'URSS et le Japon). Staline veut une paix nulle : la Wehrmacht se retire au-delà de la frontière fixée de commun accord en 1939 et l'URSS panse ses plaies.

Plusieurs agents participent à ces négociations, demeurées largement secrètes. Parmi eux, Peter Kleist [auteur de Zwischen Hitler und Stalin, 1939-1945], attaché à la fois au Cabinet de Ribbentrop et au Bureau Rosenberg. Kleist, nationaliste allemand de tradition russophile en souvenir des amitiés entre la Prusse et les Tsars, va négocier à Stockholm, où le jeu diplomatique sera serré et complexe. Dans la capitale suédoise, les Russes sont ouverts à toutes les suggestions ; parmi eux, l'ambassadrice Kollontaï et le diplomate Semionov. Kleist agit au nom du Cabinet Ribbentrop et de l'Abwehr de Canaris (et non pas du Bureau Rosenberg qui envisageait une balkanisation de l'URSS et la création d'un puissant État ukrainien pour faire pièce à la “Moscovie”). Le deuxième protagoniste dans le camp allemand fut Edgar Klaus, un Israëlite de Riga qui fait la liaison entre les Soviétiques et l'Abwehr (il n'a pas de relations directes avec les instances proprement nationales-socialistes).

Aux origines de l'attentat du 20 juillet 1944

Dans ce jeu plus ou moins triangulaire, les Soviétiques veulent le retour au statu quo ante de 1939. Hitler refuse toutes les suggestions de Kleist et croit pouvoir gagner définitivement la bataille en prenant Stalingrad, clef de la Volga, du Caucase et de la Caspienne. Kleist, qui sait qu'une cessation des hostilités avec la Russie permettrait à l'Allemagne de rester dominante en Europe et de diriger toutes ses forces contre les Britanniques et les Américains, prend alors langue avec les éléments moteurs de la résistance anti-hitlérienne, alors qu'il est personnellement inféodé aux instances nationales-socialistes ! Kleist contacte donc Adam von Trott zu Solz et l'ex-ambassadeur du Reich à Moscou, von der Schulenburg.

Il ne s'adresse pas aux communistes et estime, sans doute avec Canaris, que les négociations avec Staline permettront de réaliser l'Europe de Coudenhove-Kalergi (sans l'Angleterre et sans la Russie), dont rêvaient aussi les Catholiques. Mais les Soviétiques ne s'adressent pas non plus à leurs alliés théoriques et privilégiés, les communistes allemands : ils parient sur la vieille garde aristocratique, où demeure le souvenir de l'alliance des Prussiens et des Russes contre Napoléon, de même que celui de la neutralité tacite des Allemands lors de la guerre de Crimée. Comme Hitler refuse toute négociation, Staline, la résistance aristocratique, l'Abwehr et même une partie de sa garde prétorienne, la SS, décident qu'il doit disparaître. C'est là qu'il faut voir l'origine du complot qui allait conduire à l'attentat du 20 juillet 1944.

Mais après l'hiver 42-43, les Soviétiques reprennent pied à Stalingrad et détruisent le fer de lance de la Wehrmacht, la VIe Armée qui encerclait la métropole de la Volga. La carte allemande des Soviétiques sera alors constituée par le Comité Allemagne Libre, avec le maréchal von Paulus et des officiers comme von Seydlitz-Kurzbach, tous prisonniers de guerre. Staline n'a toujours pas confiance dans les communistes allemands, dont il a fait éliminer les idéologues irréalistes et les maximalistes révolutionnaires trotskistes, qui ont toujours ignoré délibérément, par aveuglement idéologique, la notion de patrie et les continuités historiques pluriséculaires.

Finalement, le dictateur géorgien ne garde en réserve, à toutes fins utiles, que Pieck, un militant qui ne s'est jamais trop posé de questions. Pieck fera carrière dans la future RDA. Staline n'envisage même pas un régime communiste pour l'Allemagne post-hitlérienne : il veut un “ordre démocratique fort”, avec un pouvoir exécutif plus prépondérant que sous la République de Weimar. Ce vœu politique de Staline correspond parfaitement à son premier choix : parier sur les élites militaires, diplomatiques et politiques conservatrices, issues en majorité de l'aristocratie et de l'Obrigkeitsstaat prussien. La démocratie allemande, qui devait venir après Hitler selon Staline, serait d'idéologie conservatrice, avec une fluidité démocratique contrôlée, canalisée et encadrée par un système d'éducation politique strict.

À suivre

jeudi 27 mars 2014

Anatomie d'un monstre : l’Église a sorti le bistouri

L’Église a été la première institution à s'opposer au libéralisme. Ça continue aujourd'hui... où elle est devenue la seule alternative crédible.
Il y a toujours une ambiguïté à propos de la critique du libéralisme. La plupart, s'ils critiquent ce système philosophique, politique et économique qui repose, comme son nom l'indique, sur l'absolutisation de la valeur de liberté, c'est en mettant en cause la mollesse, la lâcheté, l'inefficacité, la supposée inconsistance de l'organisation libérale. Quant à l’Église, elle a très vite compris que le libéralisme n'était pas condamnable à cause de sa faiblesse, mais parce que, sous ce nom avenant se cache l'organisation absolument moderne du despotisme. Paradoxe facile ? Pas du tout. C'est la militante féministe allemande Rosa Luxembourg qui définissait le libéralisme comme « le système du renard libre dans le poulailler libre ». Est libérale l'organisation qui, par principe, met à égalité le renard et la poule. C'est évidemment toujours pour le plus grand profit du renard, qui s'en lèche encore les babines.
L'absolutisme de la liberté
Il se trouve que Rosa Luxembourg, en définissant ainsi le libéralisme, s'est sans doute inspirée d'un slogan qui a couru durant tout le XIXe siècle : « L’Église libre dans l’État libre » répétait Montalembert et ses amis qui s'autodésignaient comme les catholiques libéraux. La liberté de l’État est évidemment, à vue humaine et sans en appeler aux forces de l'Esprit, infiniment plus puissante que la liberté de l'Eglise. Si les deux partenaires, juxtaposés depuis l'origine du christianisme, ont la même liberté, c'est l’État qui se réservera naturellement la part du lion. Clemenceau avait bien vu le parti à tirer de la position libérale : il reprenait l’Évangile, « rendez à César ce qui est à César » et il concluait logiquement, en tant qu’État libre et ne se gênant pas le moins du monde : « Mais tout est à César ». Staline était dans le même registre lorsqu'il se posait dédaigneusement la question : « Le pape combien de divisions ». Il est évident qu'à libertés égales, le pouvoir spirituel non seulement est toujours perdant, mais au fond, dans une configuration totalement libérale, il est perdu.
Non, ce n'est pas un complot
L'analyse du phénomène est plus compliquée aujourd'hui, car - c'est une conséquence du règne de l'idéologie libérale - il est très difficile aujourd'hui de situer les centres du Pouvoir. Le président de la République ? Dans notre monde libéralisé, son pouvoir n'est plus rien. La Commission de Bruxelles ? L'affaire ukrainienne suffit à montrer le peu de pouvoir réel dont elle jouit. Les États-Unis sont intervenus pour empêcher la paix avec la Russie. Mais aux États-Unis qui détient véritablement le pouvoir ? Barack Obama ? Évidemment non. La logique des décisions lui échappe, il est là pour les appliquer et les faire appliquer. Mais c'est l'idée libérale qui fonctionne, dans une sorte d'idéocratie mondialisée : ainsi peut-on dire que la Russie de Poutine n'étant pas assez libérale, elle ne peut pas prétendre arbitrer le conflit inter-ukrainien. Nous ne sommes pas devant un complot avec ses grands initiés. Il n'y a pas de grands initiés, il n'y a que de petits manipulateurs planétaires. Mais la prime est systématiquement donnée à la liberté. Les autres critères n'existent pas. C'est ce que l'on constate aussi dans l'affaire mondiale du mariage homosexuel et c'est ce qui risque d'engendrer une hypersexualisation de l'enfance (le prochain enjeu des libertaires est là : le genre n'est vraisemblablement qu'un prétexte).
L’Église a tenté de prendre en marche le train de la mondialisation libérale. Je pense aux déclarations du pape Pie XII sur l'importance d'un gouvernement mondial (qui à l'époque pouvaient apparaître comme des déclarations opposées à l'Internationale communiste), reprises aujourd'hui et précisées par Benoît XVI qui, en 2007, dans Caritas in veritate, proposa d'instaurer un Conseil des sages dont les décisions puissent s'imposer aux différentes nations, dans certains domaines comme l'écologie. Problème annexe l'écologie, direz-vous peut-être... Pas si sûr, derrière l'écologie il y a le problème de l'énergie, du développement de l'atome, de la société de consommation comme société du déchet, etc. Que diable allait faire Benoît XVI dans cette galère de l’ultra-modernité ?
Vatican II et le libéralisme
La vérité c'est que Vatican II contenait au moins potentiellement une ouverture à l'idéologie libérale, comme j'ai essayé de le montrer naguère dans Vatican II et l’Évangile. Si ces germes avaient produit du fruit, la vérité catholique serait restée l'apanage de quelques cénacles résistants et la grande Église tout entière aurait versé dans l'apologie d'une « foi » à géométrie variable, pure expression de la liberté individuelle, différente en chaque personne. Heureusement Jean Paul II en particulier à travers un enseignement très dogmatique de la morale a interdit cette dérive. Aujourd'hui cette Église qui s'est petit à petit ressaisi d'elle-même, après la transe conciliaire, est dans le collimateur du libéralisme mondial. Autrefois on invitait les papes à l'ONU, pour les remercier de leurs inclinations mondialistes. Aujourd'hui l'ONU envoie un blâme public à l’Église catholique, signifiant me semble-t-il qu'elle ne souhaite plus recevoir les leçons de l'Homme en blanc et qu'elle préfère les lui administrer préventivement. C'est que le libéralisme, cette dictature de la liberté individuelle, est structurellement intolérant pour quiconque doute de son postulat unique. Tant que l’Église prétendra enseigner une vérité, elle sera l'adversaire. 
Abbé G. de Tanoüarn monde & vie 18 mars 2014

mardi 4 mars 2014

Gender et pédophilie : les preuves accablantes d’un programme maçonnique et satanique – par Laurent Glauzy

[Article de Laurent Glauzy en exclusivité pour Contre-info. L'auteur dédicacera ses livres samedi à Paris.]
Unisex, ouvrage publié en Italie, en 2014, par les répugnantes Enrica Perucchietti, écrivain diplômé de philosophie de la faculté de Turin, et Gianluca Marletta, anthropologue, atteste d’une dangereuse dérive culturelle, sociale et spirituelle, allant vers une légitimation de la pédophilie.
Cet objectif a pour ambition secrète de créer un homme nouveau, privé d’identité. Pour ne pas alerter l’opinion, les médias tentent de garder le silence sur les réelles intentions soi-disant égalitaristes de cette manipulation dictatoriale, tandis que le pouvoir politico-financier fait à coups de millions dollars la promotion du gender.
Les défenseurs d’un tel projet, satanique, fondé sur de présupposés pseudo-scientifiques, argumentent que l’identité sexuelle provient d’une perception subjective notamment culturelle. L’idéologie du gender nie les différences biologiques et sexuelles entre l’homme et la femme. L’individu pourrait ainsi choisir son sexe. Il s’agit d’une « réattribution » sexuelle.
Opérer les enfants pour le plaisir des pédophiles
De plus, ce dogme reconnaît les orientations sexuelles, telles l’homosexualité, la bissexualité et la pédophilie, mises au même rang que l’hétérosexualité. Le bras militant de ce procédé culturel est constitué par les mouvements gay et homosexuels, cachant en arrière-boutique des groupes pédophiles comme Nambla (Association nord-américaine pour l’amour entre les hommes et les jeunes garçons). Des fleuves de financements publics et privés, sont attribués à ces lobbies à la solde des Illuminati, pour éradiquer la nature même de l’homme.
Selon le psychologue et sexologue néo-zélandais John William Money (1921-2006), père officiel du gender, « l’identité sexuelle est substantiellement un produit de la société, elle est donc souple et malléable dès la naissance. » Le rêve de ce pervers s’articulait sur une forme de « démocratie sexuelle » dans laquelle chaque type de rapport sexuel, y compris la pédophilie, était promu et légalisé !
Money avance : « La pédophilie et l’éphébophilie (amour des adolescents) ne sont pas plus un choix volontaire que d’être gaucher ou daltonien. » Au paroxysme de sa folie, cette psychiatrie prévoit une intervention chirurgicale pour des enfants ayant des pénis peu développés. La vision perverse de Money devient tristement réelle : après cinquante années durant lesquelles la pédophilie a toujours été considérée comme une maladie, aujourd’hui cette perversion revêt l’aspect d’une « orientation sexuelle » respectable.
Cette légalisation de la sauvagerie est dénoncée aux États-Unis par la puissante American Family Association, organisation fondée en 1977 par le pasteur méthodiste, Donald Ellis Wildmon. Entre autres actions, l’American Family Association boycotte des entreprises qui subventionnent le lobby homosexuel.
Dans la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) de juillet 2013, remplaçant la quatrième édition de 1993, le désir sexuel des enfants est décrit comme « une orientation comme les autres ».
La Repubblica du 9 février 2014 a publié une enquête d’Ipsos visant à banaliser la pédophilie en présentant qu’un Italien sur 3 considère comme acceptable le sexe avec des mineurs. Une telle propagande cherche à faire croire à la masse inculte qu’une grande partie des Italiens accepte la pédophilie.
Détruire la famille
La destruction de la famille, la plus ancienne institution, est l’objectif des Illuminati qui, pour ce faire, envisagent donc de passer par l’éducation. Dans cette perspective, la religion est le premier rempart à abattre : « Les gens qui croient dans les Ecritures n’ont pas le droit d’endoctriner leurs enfants avec leurs croyances religieuses, parce que nous, l’Etat, les préparons pour l’année 2000, lorsque nous ferons partie d’une société mondiale à laquelle leurs enfants ne pourront tout simplement pas s’adapter. » (Sénateur Peter Hoagland du Nebraska, 1980)
Si dans Le Nouveau testament de Satan (1770), Adam Weishaupt, fondateur des Illuminati, prônait la destruction de la famille et des nations, l’ouvrage TheCity of Man : A Declaration on World Democracy (La ville de l’homme : discours sur la Démocratie Mondiale), édité en 1940 par The Viking Press, entreprise appartenant à l’empire Rockefeller et qui fut retiré subitement des bibliothèques après trois éditions en trois mois, mentionne : « Ce Nouvel ordre exige un remodelage de la famille, des associations éducatives, du voisinage et de l’église sous la direction d’une nouvelle religion… La religion universelle de la démocratie. »
Et, David Spangler, franc-maçon et principal philosophe du mouvement New Age, directeur d’un projet des Nations Unies, l’Initiative Planétaire, définit la nature de ce Nouvel ordre : « Personne n’entrera dans le Nouvel ordre mondial à moins qu’il ou elle ne fasse le serment de vénérer Satan. Personne ne fera parti du Nouvel Age sans avoir reçu une initiation luciférienne. »
En Italie, les descendants des Carbonari travaillent contre la famille pour l’avènement de la prochaine dictature. À Venise, des inspecteurs seront chargés de surveiller les enseignants et de corriger le cas échéant les expressions retenues comme « discriminatoires ». Un tel projet, organisé par l’Académie de la cité lagunaire vise à « promouvoir une éducation sortant des stéréotypes des genres. » Il est prévu pour les professeurs1 un parcours de formation articulé autour de six rencontres pendant lesquelles « les maîtres pourront se libérer des préjugés liés à l’identité ». Les maîtres d’école maternelle et élémentaire de Venise, devront s’habituer à la présence dans leur classe de deux tuteurs qui dirigeront leur « rééducation » sur des thèmes relatifs au gender et l’orientation sexuelle »2.
Des communes italiennes ont d’ailleurs modifié leurs formulaires administratifs : les termes « père » et « mère » ont été substitués par les expressions « géniteur 1 », « géniteur 2 » pour désigner les éléments d’un couple. Tout cela, sous prétexte de ne pas opérer de discrimination, un argument bien fallacieux ne bernant que les plus idiots. Car, la démocratie – qui n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour renverser le trône et l’autel – montre son vrai visage en accomplissant les plans de ces maîtres satanistes. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) intervient aussi dans ce sens.
L’OMS aux ordres de la perversion
Dans le document Standards pour l’Education sexuelle en Europe émis par le Bureau régional pour l’Europe de l’OMS prescrit pour les enfants :
- de 0 à 4 ans, « l’apprentissage et le plaisir en jouant avec son corps : la masturbation de la première enfance. (…) Il s’agit de l’âge idéal pour la découverte du corps et des organes génitaux », pour « exprimer des besoins, des désirs en jouant par exemple au docteur ». C’est aussi, selon l’OMS, l’âge idéal pour « consolider l’identité du genre ».
- de 4 à 6 ans, « la masturbation » et l’amour « avec des personnes du même sexe ».
- de 6 à 9 ans, « la connaissance des droits sexuels des garçons et des filles ».
- de 9 à 12 ans, apprentissage de la « reproduction, de la planification familiale, des différentes formes de contraception et des conséquences des rapports sexuels non protégés ».
Changement de sexe
John Money exposait que l’on pouvait suivre la croissance d’un enfant avant le développement de tous les organes sexuels. Lorsqu’un adolescent jouait à la poupée ou mettait les vêtements de sa sœur, le psychologue néo-zélandais préconisait de bloquer par des médicaments la puberté inadéquate et d’orienter le jeune sujet vers une autre puberté en fonction du sexe qu’il aurait « choisi ».
L’industrie du divertissement joue un rôle fondamental pour créer l’homme nouveau. Les média (cinéma, télévision, radio, etc.) sont l’instrument principal de la propagande. La télévision offre toujours plus de spectacles, de reality show, de feuilletons sans fin sur la thématique de l’idéologie du genre. Cette anesthésie s’opère par le biais de l’industrie de Hollywood et des dessins animés comme avec Walt Disney qui, par des sociétés de production intermédiaire comme Touchstone, Miramax, est la plus grande entreprise de pornographie au monde. Derrière l’Illuminati Walt Disney, Franc-maçon du 32e degré, qui promouvait le cannibalisme, se cachent des activités liés à la production de snuff movies, films réels tournées pendant le viol et la mise à mort d’enfants3.
C’est dans cette même logique que les Illuminati se servent d’« artistes » à l’instar du chanteur homosexuel et blasphémateur (et en odeur de satanisme pour certains) Rufus Wainwright, défenseur du commerce des enfants par l’intermédiaire des mères porteuses. Il est marié avec son ami et manageur Jorn Weisbrodt, depuis qu’Obama a aboli le Defense of Marriage Act (loi de Défense du mariage) en 2013. Cependant, cette union contrenature et anti-dieu n’a pas empêché Rufus d’avoir un enfant avec Lorca Cohen ! Dans ses concerts, il habille en femme Jésus sur la Croix, et chante que le Messie est gay.
Pour son émancipation, un enfant a besoin d’un père et d’une mère. Et, il ne fait aucun doute que la destruction de ce schéma entraînera celle de la famille, comme le voulait l’organisation théosophique et maçonnique de la Lucifer Trust d’Helena Blavatsky qui prônait dès 1922, année de sa fondation, la destruction de l’humanité. Fondé en 1932, le mouvement de la Bonne volonté mondiale, une des filiales de la Lucifer Trust (devenue Lucy Trust, pour plus de discrétion), est représentée à l’ONU. C’est cette entité supra-gouvernementale dont les Illuminati d’Adam Weishaupt (financé par Amschel Rothschild), annonçaient l’idée dans le cadre de leur dictature mondiale.
Cette réalité est bien la photocopie du monde décrit dans le roman de science fiction Le Nouveau monde d’Aldous Huxley, édité en 19324. Le frère d’Aldous Huxley, Sir Julian Sorell Huxley, (1887-1975) fut le premier directeur de l’UNESCO et fonda en 1961 le World Wildlife Foundation5, association mondialiste de « sauvegarde » de la nature chapeautée par la Lucifer Trust ! Décidément, le monde est bien régi par une logique satanique, comme le démontre le gender.
Laurent Glauzy

1 Cette mainmise de l’enseignement, également opéré par l’Unesco pour pervertir l’éducation publique, apparaît dans une série de neuf volumes, intitulés Toward World Understanding (Vers l’entente mondiale) qui projette d’instruire des enseignants de la maternelle et du primaire sur l’art subtil de la préparation des élèves pour le jour où leur loyauté première sera dévolue à un gouvernement mondial. Le programme est tout à fait précis. L’enseignant se doit de commencer par éliminer tous les mots et toutes les phrases, les descriptions, les photos, les cartes, le matériels utilisé en classe ou les méthodes pédagogiques qui conduiraient les élèves à exprimer un sentiment de loyauté envers leur pays. L’Unesco expose que ce schéma est engendré par l’« étroit esprit de famille ». Dans ce cas, l’enfant doit être traité avec une abondante dose de contre-propagande dès son plus jeune âge. Le livret V, à la page 9, informe l’enseignant : « L’école maternelle ou infantile a un rôle important à jouer dans l’éducation de l’enfant. Non seulement, elle peut corriger la plupart des erreurs de la formation à domicile, mais elle peut aussi préparer l’enfant à l’adhésion, vers l’âge de sept ans, à un groupe du même âge et aux mêmes habitudes, la première d’une longue série d’identifications sociales qu’il devra pratiquer sur le chemin de l’adhésion à la société mondiale. » Le système éducatif, qui fut auparavant un succès de par la qualité de son enseignement, a été changé en un système consacré à former les enfants à devenir de serviles ressources humaines, pour être utilisées par les Illuminati. En 2000, le Scottish Executive a publié une liste de documents d’éducation sexuelle, recommandée pour les enfants de cinq à quatorze ans. La liste comportait la publication Taking Sex Seriously : Practical Sex Education Activities for Young People (1994), qui encourageait les enfants à participer à des jeux de rôle, en jouant les homosexuels refoulés, et à discuter des activités sexuelles telles que le doigté anal et la pénétration.
2 Il giornale d’Italia du 1/11/13 dans l’article La lobby gay anche nelle scuole : maestri controllati (Le lobby gay aussi dans les écoles).
3 Robin de Ruiter, Die Köder des Satanskultes, Durach, Pro Fide Catholica, 2004, p. 13 in Laurent Glauzy, Illuminati de l’industrie rock à Walt Disney, les arcanes du satanisme, La Maison du Salat, 2012, p. 36.
4 Aldous Huxley (1894-1963), professeur au M.I.T. (Massachussetts Institute of Technology) de Boston. Homme de la synarchie globale. Neveu de Thomas Huxley (un des fondateur de la Table ronde) frère de Sir Julian Huxley (premier directeur de l’Unesco et président de l’Eugenetics Society). Aldous fut membre de la Fabian Society [qui soutint la révolution bolchévique de 1917 avec les Rothschild et les Rockefeller] et de la Golden Dawn, expérimenta l’usage des drogues hallucinogènes, et décrivit ses visions dans deux essais apologétiques Les portes de la perception (1954), Le Ciel et l’enfer(1956). Son œuvre la plus populaire reste Le Nouveau monde (1932).
5 Le WWF fut fondé avec le Prince Bernhard de Hollande, adhérant à la secte élitiste satanique du Bohemian Club et dont les frais d’adhésion sont de 25.000 dollars. En juillet 2000, le journaliste texan Alex Jones pénétra cette secte avec une caméra cachée, se faisant passer pour l’équipe de Bush, et filma des mises en scène imitant des crimes rituels. Etranges occupations pour l’élite politique et financière de notre monde.

vendredi 28 février 2014

Des lobbies au gouvernement mondial

Les États contemporains, même (et surtout) ceux qui, en apparence, ont conservé leur indépendance nationale, sont-ils pour autant encore souverains ? Les gouvernants de pays comme la Suisse ou Israël, le Venezuela ou le Japon, l’Afrique du Sud ou la Norvège gouvernent-ils effectivement, c’est-à-dire détachés de toute subordination économique ou morale à des organisations internationales officielles (à l’instar de l’Organisation des Nations unies et de ses satellites ou de celles à compétence régionale comme l’Union européenne) comme officieuses ? Eu égard à la place grandissante des traités et accords internationaux, notamment dans les domaines commerciaux et financiers, quasiment tous les États du monde, y compris ceux qui sont soumis à des mesures internationales de rétorsion (embargos militaires et commerciaux par exemple), sont “dépendants” d’un contexte international de plus en plus prégnant sur les plans juridique et politique.
Absence de complot
La réponse, en revanche, est moins simple, s’agissant des officines officieuses et de la nature comme de l’intensité des relations qu’elles entretiendraient avec les États et, plus précisément, leur gouvernement. C’est à bon droit, par exemple que l’on a pu s’interroger sur les connivences pouvant exister entre la mouvance Al-Qaida (et son chef insaisissable, Oussama Ben Laden) et l’État d’Israël et les États-Unis, son mentor et bailleur de fonds. L’objectif ? Endiguer l’expansionnisme islamique en Occident en criminalisant, autant que possible, l’ennemi arabo-musulman et ses séides. Loin de nous l’intention de tout expliquer par la théorie du complot. Comme l’a si bien montré Frédéric Rouvillois dans la revue Les Epées (n° 19, avril 2006), cette théorie vise un ennemi abstrait et éthéré qu’il convient de démasquer ; elle est à la fois légitimante (en ce qu’elle fonde et justifie le discours dominant) et simpliste (car elle occulte délibérément ou inconsciemment la complexité du réel). Néanmoins, force est d’admettre et d’observer, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, que nos sociétés actuelles, bien que saturées d’informations de toutes sortes, sont pourtant caractérisées par une opacité rendant malaisée la lisibilité autant que la compréhension de la politique nationale et internationale. Ce défaut de transparence, sans avoir été initialement voulu, sert, malgré tout, utilement les intérêts des divers “think tank” (littéralement, “réservoirs de pensées”) et autres groupes de pression aux allures de sociétés secrètes. En somme, pour gouverner sans être dérangé par des mouvements d’opinion ou des sautes d’humeur populistes, demeurons à l’abri des regards soupçonneux dans lesquels se lit une frénésie de contrôle démocratique.
Des réseaux puissants
Ce n’est pas céder, en effet, à la paranoïa conspirationniste que d’affirmer l’existence d’une “internationale” de ce que d’aucuns dénomment les “maîtres du monde”. Ces hommes et femmes d’influence, parce qu’ils sont placés aux endroits stratégiques de la gouvernance économique, politique ou scientifique, détiennent incontestablement une part du pouvoir mondial. Mais si ce “situationnisme” est une condition nécessaire, il n’est, cependant, pas suffisant. Encore faut-il que ces décideurs soient partie intégrante de réseaux aux ramifications particulièrement précises et nombreuses pour les relier entre eux, sans pour autant sacrifier à une démarche pyramidale ou centralisatrice. Suivant le principe des cercles concentriques, allié à la méthode de la toile d’araignée, les réseaux d’influence finissent par couvrir la quasi-totalité de la planète, et ce, quel que soit le domaine d’intervention. Insidieusement, se met donc en place un gouvernement mondial, qui, certes, n’avance pas à visage découvert et sous cette qualification orwelienne, mais agit toujours de concert, au service d’une idéologie de l’universel dont les origines philosophiques sont multiples (toutes empreintes, nonobstant, de l’idéologie des Lumières). Quoi qu’il en soit, au pouvoir déclinant des gouvernements nationaux s’est substitué (souvent avec la complicité active de ceux-ci, par bradage systématique de pans entiers de souveraineté) un nouveau pouvoir, subtil, planétaire et global, échappant complètement au contrôle des peuples. Les citoyens des nations développées, conditionnés par le réflexe consuméro-pavlovien du démocratisme, continuent mécaniquement d’élire des responsables d’institutions nationales alors que le pouvoir réel a été déplacé sournoisement vers de nouveaux centres. C’est ainsi que, sans surprise, le Béhémoth démocratique s’est accouplé au Léviathan oligarchique du gouvernement planétaire.
Talon d’Achille
En outre, il est remarquable de constater que ces groupes d’influence s’entremêlent étroitement avec des cénacles plus notoires. Les uns et les autres se complètent sans jamais se concurrencer. Certains gouvernements peuvent, sans hésitation, être considérés comme des groupes d’influence suigeneris, les États-Unis en constituant un exemple archétypique. Il n’est donc pas étonnant de trouver des membres du Siècle ou de la Trilatérale au sein d’institutions ayant pignon sur rue, comme la Commission européenne ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la grande majorité d’entre eux se recrutant dans le puissant groupe de Bilderberg. De même que l’on retrouve des représentants américains et français siégeant dans les mêmes instances (Forum de Davos, par exemple), alors que leurs intérêts politiques et économiques sembleraient apparemment divergents. De plus, les interconnexions sont tellement denses qu’il en résulte une confusion entretenue entre les lobbies industriels et économiques et les décideurs politiques. Ainsi, il n’est guère surprenant que l’Accord multilatéral sur l’investissement (un faux AMI, en quelque sorte, négocié sous l’égide de l’OMC et qui prône, entre autres, le bannissement de toutes les entraves aux échanges économiques et commerciaux), ou encore la directive Bolkestein, aient été le fruit d’une collusion entre les hauts responsables politiques et fonctionnaires internationaux et européens. C’est aussi ce qui explique la raison pour laquelle le président Sarkozy manifeste tant d’empressement à imposer, dans le dos des électeurs qui l’ont rejetée en son temps, la Constitution européenne “simplifiée”. Attiré dans la sphère d’influence des États-Unis, Nicolas Sarkozy est en train de concrétiser le rêve d’une mainmise de ces derniers sur la France et donc sur l’Europe. Les conséquences suivant les causes, il est aisé de deviner que le nouveau “mini-traité” (environ 250 pages !) européen est un prélude aux négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Mais peut-être est-ce là le talon d’Achille de ces puissants planétaires. Dévorés par l’orgueilleuse ambition de mettre le monde en coupe réglée, ils n’ont pas conscience qu’en favorisant l’entrée du loup turc dans la bergerie européo-américaine, ils vont, sans doute, précipiter leur Tour de Babel à sa perte. Nous ne nous en plaindrons pas, il suffit d’attendre.
aleucate@yahoo.fr
L’Action Française 2000 n° 2736 – du 15 au 28 novembre 2007

dimanche 8 juillet 2012

Rhodésie, le pays disparu


Avant de connaître la famine, la misère, le SIDA, les meurtres de fermiers blancs et le dictateur Mugabe, le Zimbabwe s’appelait Rhodésie du Sud. Une colonie britannique, l’un des pays les plus prospères de l’Afrique Noire dont il était le grenier à blé.
Durant la période de décolonisation. Le 11 novembre 1965, Ian Smith, premier ministre du gouvernement blanc de Rhodésie du sud, rompait les relations avec le Royaume-Uni. Seule l’Afrique du Sud reconnut officiellement la colonie sécessionniste. Pendant quatorze ans, deux mouvements noirs pro-marxistes menèrent la guérilla, le Zimbabwe African National Union (ZANU) et le Zimbabwe African People’s Union (ZAPU). La guerre fera 30.000 morts, sans compter les victimes indirectes, et poussera Ian Smith à la démission.
En 1979, les accords de Lancaster House mettaient un terme au conflit en instaurant un gouvernement « multiracial ». Après les élections de février 1980, Robert Mugabe, maoïste et chef de la ZANU, devint premier ministre et Joshua Nkomo, le principal dirigeant de la ZAPU, prit le ministère de l’Intérieur. Le traité prévoyait entre autres une redistribution des terres moyennant le dédommagement des propriétaires.
Mais la réforme agraire s’effectua fort lentement et en dépit du bon sens. Au bout de 10 ans, les nouvelles autorités n’avaient réinstallé que 71.000 familles sur les 162.000 prévues, en redistribuant 3,5 millions d’hectare. Durant cette période, Mugabe, l’ancien « camarade bob » de la guerre, bénéficia de la confiance sans faille de son peuple et reçut les éloges de la communauté internationale.
En effet, il avait lancé une grande campagne d’alphabétisation et planifié la construction de routes, de réseaux d’alimentation en eau et électricité et il maintenait de bonnes relations avec la minorité blanche. Il fit même voter une loi sur la corruption qui interdisait aux cadres du régime de cumuler les propriétés. Malheureusement, ce tableau idyllique masquait de tristes vérités.
Le maître du pays n’eut jamais l’énergie et la volonté de faire appliquer la loi anti-corruption, craignant probablement de perdre le soutien de ses « camarades ». Il se claquemura avec sa coterie et gouverna, coupé du monde réel, selon des règles « marxistes » caricaturales. Dès le milieu des années 1980, son gouvernement était considéré à l’ONU comme la bande la plus rapace d’Afrique. Au début des années 1990, les caciques du régime profiteront même d’une grave sécheresse pour vendre les stocks de céréales à des prix prohibitifs, faisant ainsi profit de la misère de leur peuple.

mardi 20 mars 2012

Impérialisme et droit international : le point de vue de Carl Schmitt (2/2)

L’Évolution universaliste et discriminatoire du droit international, stade suprême de l’impérialisme
Après 1918, les Alliés, principalement la France, entendent conserver une paix durement gagnée par l’établissement d’un réseau d’alliances collectives et, via la SDN, d’un système international de garanties, d’obligations et de sanctions qui discrimine l’agresseur. 
Ce pacifisme officialisé, tourné contre toute révision qui s’appuierait sur la force armée, Carl Schmitt et la droite allemande le dénoncent comme un pacifisme de vainqueurs, un impérialisme masqué. La lutte contre cet impérialisme passe donc par la mise en cause radicale des institutions universalistes - et vice-versa - car ces institutions, placées au service des grandes puissances, sont des instruments de légitimation du statu quo, puis, après 1938 - à cette date, l’ordre établi à Versailles a disparu -, des instruments de légitimation de la guerre collective que les démocraties occidentales menacent de livrer à l’Italie fasciste et à l’Allemagne nationale-socialiste. La critique adressée à la SDN, à la CPJI (29) ou au système de sécurité collective et de prohibition de l’agression est ainsi une attaque dirigée contre les puissances de l’Ouest qui, en prônant la paix et en proscrivant la guerre, défendent en réalité le statut juridique issu des diktat de 1919-1920, conforme à leurs propres intérêts. Elle marque aussi la récusation d’une utilisation des concepts de droit et de paix qui disqualifie l’Allemagne et qui légitime la domination de la France, de la Grande-Bretagne ou des États-Unis, car le "règne du droit" invoqué par Paris, Londres ou Washington n’est en fin de compte qu’une validation des traités en vigueur ou bien le règne des puissances qui savent en appeler à ce droit, qui le définissent, l’interprètent et l’appliquent. 
Les nouvelles tendances du droit international, du pacte de la SDN au pacte Briand-Kellog et aux conventions de Londres de 1933 - tendances qui trouveront leur conclusion à Nuremberg en 1946 - aboutissent à transformer la politique mondiale en "police mondiale" ou en "action collective" contre l’agresseur disqualifié. Or, qui est l’agresseur et qui est l’ennemi désigné - et criminalisé - au plan international ? celui qui refuse le statu quo, c’est-à-dire l’Allemagne, toujours implicitement visée dans les accords et traités internationaux. Justifiant la "guerre totale" contre le peace breaker mis "hors la loi", l’évolution vers un concept discriminatoire de guerre et d’ennemi, sapant le droit de la neutralité et le jus in bello, marque la dogmatisation en droit international d’un impérialisme arrivé au stade suprême de l’universalisme. 
A) Le vainqueur cherche toujours à donner à la situation politique acquise après la victoire la garantie de la légitimité : l’appel au primat du droit a ce sens politique précis. Versailles le confirme : les idées de la Société des nations sur le maintien de la paix, la juridiction internationale ou la sécurité collective visent à légitimer le statut de l’Europe instauré par les traités de 1919-1920. 
Or, ce statut légalisé à Genève, souligne Carl Schmitt, n’instaure ni la paix ni la justice, d’abord parce qu’il a généralisé un état intermédiaire de "paix-guerre" en faisant de la paix "une continuation de la guerre par d’autres moyens", ensuite parce qu’il n’est pas conforme à la structure et au fondement du droit des gens, c’est-à-dire à l’égalité souveraine des États, enfin parce qu’il ne respecte pas le principe du droit des peuples à l’autodétermination (au nom duquel s’est pourtant déroulée la guerre et édifiée la SDN, mais aboutirait à l’Anschluss, à la récupération du "corridor" polonais et à la dislocation de la Tchécoslovaquie). Malgré la primauté qu’il accorde au politique, le juriste allemand attache une grande importance à l’idée d’un ordre juridique, un ordre que l’on tienne pour "normal et juste", la reconnaissance d’un principe de légitimité (le principe des nationalités) servant de critère de validation au droit des gens, c’est-à-dire à la garantie aussi bien qu’à la révision de l’uti possidetis
Mais ce souci s’accompagne, de manière privilégiée, d’une analyse critique des déguisements juridiques de la politique étrangère des puissances occidentales : principalement l’institution de la SDN et ce qui s’y rattache, mais aussi la multiplication des "commissions internationales" (sur la Rhénanie, le désarmement ou les réparations) qui donnent l’illusion de la dépolitisation et prêtent des formes "légales" à la domination. 
1) La SDN n’est pas un "super-État" reproduisant le schéma de la distinction des pouvoirs (Conseil, Assemblée, Cour permanente de justice internationale, Secrétariat), et les obligations qu’elle crée ne sont pas l’effet d’une contrainte juridique supranationale, car la "Société des nations" ne désigne pas un système politico-juridique indépendant des États membres et détenant une souveraineté supra-étatique propre, ce dont le juriste allemand se félicite. 
La Ligue de Genève n’abolit pas plus les États qu’elle n’élimine les guerres puisqu’elle en légitime certaines et en sanctionne d’autres (tout comme le pacte Briand-Kellog). Elle est toutefois plus qu’une simple conférence diplomatique flanquée d’un bureau international (le Secrétariat), car la règle fondamentale du droit contractuel selon lequel un traité ne produit pas d’effets à l’égard de ceux qui n’y ont pas pris part, ne s’applique pas à la Société. Les membres permanents du Conseil de la Ligue, principalement la France et la Grande-Bretagne, peuvent obliger les autres États, membres ou non membres, à les suivre dans les guerres qu’ils livreront puisque leurs décisions s’imposent, y compris aux États étrangers (article 17-1), cependant que ces mêmes membres permanents ne peuvent être contraints à la guerre par une autre volonté que la leur, en vertu de la règle de l’unanimité au sein du Conseil qui donne un droit de veto aux grandes puissances (article 5-1). Le Covenant consacre donc l’inégalité des États - alors que l’égalité des États est un principe fondamental du droit des gens -, en ce sens que tous les États sont obligés d’appliquer les décisions du Conseil tandis que les grandes puissances ont le pouvoir d’imposer aux autres États des mesures qu’il est impossible de leur imposer à elles-mêmes. 
Par l’entremise de la SDN, les puissances victorieuses de 1918 disposent ainsi de moyens d’intervention et de contrôle légitimés, ainsi que du monopole juridique de la désignation de l’ennemi au plan international, ce qui leur permet d’entraîner le reste du globe dans l’orbite de leurs intérêts impérialistes. L’adhésion de l’Allemagne à l’institution de Genève en 1926 n’a pas modifié leurs privilèges, ni la distinction entérinée en 1919 entre vainqueurs et vaincus, armés et désarmés, contrôleurs et contrôlés, créanciers et débiteurs, distinction renforcée par la menace des sanctions de la part des États garantissant la sécurité contre les États virtuellement agresseurs. En effet, le Reich - désarmé, contrôlé, tributaire, donc placé dans une situation de facto inégale - n’a pu utiliser ni les modalités d’intervention réservées aux puissances du Conseil (article 11) ni les modalités de révision pacifique de l’article 19 (rendues inapplicables par l’hostilité des tenants du statu quo, notamment la France). 
2) Continuation de l’Entente, la SDN est un instrument de légitimation du statu quo post-Versailles, affirme Carl Schmitt. 
L’article 10 du Pacte garantit l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États membres contre l’agression ou la menace d’agression ; il garantit essentiellement l’uti possidetis juris contre toute modification par la force armée, autrement dit, il abolit le droit de conquête, sans pour autant interdire toute révision (les changements sont possibles, ils doivent seulement ne pas être le résultat d’une conquête militaire ; inversement, la guerre reste possible, elle doit seulement ne pas être le moyen d’une modification territoriale). Apparemment, cet article ne contient donc pas une garantie pure et simple du statu quo, mais une protection contre toute modification par la force, protection qui semble bénéficier à une Allemagne désarmée - même si tombent sous la garantie de l’article les clauses territoriales des traités de 1919-1920. Le danger véritable pour le Reich ne réside pas dans l’exclusion des moyens militaires - l’Allemagne désarmée ne peut songer à les employer -, mais dans la légitimation du statu quo qu’entraîne l’adhésion du Reich à la SDN. En effet, l’admission et l’entrée dans la Ligue impliquent un postulat de normalité, de conformité au droit et de légitimité de l’uti possidetis de chacun des membres de l’ordre politico-juridique garanti par la Ligue. 
Plus la SDN voudra proscrire l’usage de la force, plus elle devra envisager de mettre au point des procédures de changement - et pas seulement de règlement - pacifique. Or, le droit international est de nature nettement statique : il est orienté vers le maintien de l’uti possidetis entériné juridiquement, non pas vers le peaceful change. Y a-t-il dans le Pacte des dispositions qui permettent une modification paisible de l’état des choses ? L’article 11 donne au Conseil de larges possibilités d’intervention, il ne permet pas de changer le statu quo ; il parle au contraire en faveur de la légitimité de ce statu quo puisque c’est celui qui tente de le modifier qui passe pour un "perturbateur". L’article 19 confère à l’Assemblée la faculté d’inviter les membres de la Société à procéder à un examen des traités devenus inapplicables ou dont le maintien mettrait la paix en péril ; la décision du Conseil et de l’Assemblée doit être unanime, se pose donc le problème de l’existence ou de l’absence du droit de veto de l’État concerné par la révision, celui-ci pouvant soit bloquer toute décision, soit, s’il ne trouve aucun appui au Conseil ou à l’Assemblée, se voir partiellement ou totalement annexé sous la forme de l’"invitation" de l’article 19 ; cet article joue, lui aussi, en faveur du statu quo, puisque c’est le tenant de la révision qui est considéré comme un fauteur de trouble, et puisqu’il exclut de la révision les traités déjà exécutés, d’où l’impossibilité de demander la modification des clauses territoriales pour cause d’inapplicabilité, dès lors que ces clauses sont par nature exécutées immédiatement, créant une situation irrévocable et définitive. 
3) La "juridicisation" croissante des procédures de règlement des conflits internationaux, avec la création de la CPJI et les projets visant à rendre la juridiction ou l’arbitrage obligatoires, va également dans le sens de la légitimation du statu quo. 
D’après les "juristes-pacifistes" Schucking et Wehberg, la Cour de justice ne doit pas seulement protéger le droit devenu positif - c’est-à-dire posé dans les traités -, elle doit aider le droit "juste" à percer, sans l’usage de la force. En admettant que les États souscrivent à la charge de compétence obligatoire, sur quel autre fondement que l’uti possidetis le juge, sans sortir de sa fonction judiciaire et même en statuant ex æquo et bono, pourrait-il rendre un verdict, demande Carl Schmitt ? L’uti possidetis est la base et la référence du droit international positif et du règlement des différends internationaux ; or, le statut politico-territorial de l’Europe, c’est celui qui a été fixé par les diktat de 1919-1920. Toute décision de justice a pour référence une situation préétablie et supposée normale ; la tendance à la "juridicisation" aboutit ainsi à ce que l’uti possidetis est considéré comme le fondement du droit : on ne se demande plus si le statu quo est juste, on en déduit qu’il est fondé en droit - parce qu’il est inscrit dans les traités - et qu’il est le fondement du droit. 
Le tribunal saisi d’un litige statue selon le droit positif en vigueur : c’est à un nouveau beati possidentes qu’aboutit le "règne du droit" (du juge) au plan international. L’uti possidetis juris bénéficie toujours à celui contre qui est réclamée une révision ; le possédant considère inévitablement la revendication d’une modification comme étant illégale et illégitime, car le "droit" est assimilé à la possession ; la conséquence est que celui qui veut changer les choses passe nécessairement pour l’agresseur. En l’absence de possibilité effective de peaceful change, le "règne du droit" (le transfert de la décision à une Cour internationale) n’est donc qu’une garantie de la légitimation du statu quo au bénéfice de l’impérialisme satisfait des puissances victorieuses. 
4) En l’absence d’un principe de légitimité respecté et de modalités de révision appliquées, le droit international ne marque que la tentative de pérenniser un statu quo fixé à tel ou tel moment, arbitrairement choisi, de l’histoire mondiale - en l’occurrence le 28 juin 1919. Mais pourquoi l’histoire devrait-elle s’arrêter ce jour là et pourquoi le rapport des forces établi devrait-il être du "droit" ? Dans un système normatif qui est au service de la garantie de l’uti possidetis, poursuit Carl Schmitt, les présomptions relatives à la définition de l’agression et à la détermination de l’agresseur, liées à la mise en œuvre des sanctions prévues à l’article 16 du pacte de la SDN puis fixées dans les conventions de Londres30, sont inévitablement dirigées contre celui qui veut modifier l’état des choses. 
Par conséquent, la création d’un système de prévention et de prohibition de la guerre s’avère une entreprise "pernicieuse", puisqu’en l’absence de modalités de peaceful change, l’interdiction de l’agression revient à un interdictum uti possidetis renforcé par l’institution de la sécurité collective. Celle-ci relève de l’idée de contraindre les États au maintien de la paix, au besoin par la force, c’est-à-dire par des sanctions internationales ; tenant à la fois de l’assistance mutuelle (obligatoire) et de la répression pénale - c’est pourquoi elle est liée à la criminalisation de la guerre en droit des gens -, elle propose une garantie de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique des États au moyen du principe de l’indivisibilité de la paix - la rupture de la paix en un endroit quelconque affecte l’ensemble de la communauté internationale - et du principe de la supériorité collective des forces du statu quo, c’est-à-dire tous les États contre l’agresseur. 
En tant que traité de sécurité collective (relayé par les autres "pactes collectifs" inspirés par la diplomatie française), le Covenant offre aux grandes puissances - qui décident s’il y a agression et qui est l’agresseur - à la fois une "super-garantie" de l’uti possidetis, ainsi que le droit de s’ingérer dans les litiges mettant en cause les autres États et la faculté d’obliger ces derniers à les suivre dans les propres conflits qu’elles mèneront. En outre, seule l’agression caractérisée, militaire, étant condamnée, à l’exclusion des moyens de pression et de coercition économiques ou à l’exclusion des pratiques d’ingérence et de subversion, qui permettent de menacer les États sans violer les frontières, la définition de l’agression liée à la mise en œuvre de l’action collective se tient au service de l’impérialisme économique (occidental) ou de la stratégie révolutionnaire (soviétique). 
B) Jusqu’en 1937, Carl Schmitt et la doctrine allemande s’opposent au système de Versailles en affirmant les principes de la souveraineté, de l’honneur et de l’égalité des États. Après cette date, la lutte contre la Ligue de Genève et contre l’introduction d’un concept discriminatoire de guerre par les puissances de l’Ouest, exige un autre type d’argumentation que l’ancienne théorie des "droits fondamentaux des États" ; elle implique de se placer sur un nouveau terrain, celui de la problématique du bellum justum, problématique que développera encore le juriste après - et contre - Nuremberg. 
En 1938-1939, il s’agit de répondre à ce à quoi le Reich semble confronté, c’est-à-dire aux tentatives occidentales de s’arroger, via la SDN, le monopole de la décision sur le droit ou le non-droit de la guerre, avec effet international obligatoire, et, par conséquent, de pouvoir discriminer les États qui sont dans leur tort et ceux qui sont dans leur droit. En effet, la doctrine31 de droit international élaborée à Genève, Paris, Londres ou Washington tend à substituer à l’ancien concept non discriminatoire de guerre du droit des gens européen classique (32), deux concepts opposés : l’action armée devient, du côté conforme au droit (du côté des Alliés), "légitime défense" ou "suppléance de la police", "action collective" ou "police internationale", et, du côté contraire au droit (du côté de l’Axe), "agression" ou "crime international". C’est une domination mondiale, universaliste et discriminatoire - que seule une guerre mondiale, universaliste et discriminatoire, pourrait réaliser - que les puissances occidentales revendiquent, selon Carl Schmitt, à travers la prétention de déterminer si telle guerre est licite ou illicite, si tel belligérant est dans son droit ou dans son tort, prétention qui exacerbe l’hostilité, et qui va à l’encontre aussi bien de l’égale souveraineté des États et du jus belli traditionnel que de l’égalité morale et juridique des belligérants. 
Le Tribunal de Nuremberg, comblant la lacune entre l’illégalité de la guerre d’agression, la responsabilité des États et la pénalisation individuelle des auteurs de la guerre, achèvera l’évolution universaliste et discriminatoire du droit des gens. Après le procès des dirigeants du IIIe Reich, il s’agira pour le juriste - en passant sous silence la guerre de conquête allemande et le judéocide - de disculper l’Allemagne, d’accuser les Alliés d’avoir déchaîné la "guerre totale" au nom de la "guerre juste", de dénoncer la mutation du droit des gens en même temps que le caractère non fondé en droit positif du TMI. 
1) Le droit international façonné par les intérêts des vainqueurs de 1918, lorsqu’il condamne l’agression, vise à réprimer les atteintes à l’intégrité territoriale et à l’indépendance politique des États : il ne recherche pas si ces atteintes se fondent sur un titre juridique, car c’est l’uti possidetis juris qu’il entend garantir. Lorsqu’il s’agit de désigner l’agresseur en vertu de l’article 16 du pacte de la SDN, le Conseil - c’est-à-dire le collège des grandes puissances qui décident - ne s’intéresse qu’à deux questions : y a-t-il état de guerre ? si oui, ce recours à la guerre a-t-il eu lieu contrairement aux articles 12, 13, 15 ou 17 relatifs aux procédures de règlement pacifique des différends ? Il s’abstient donc volontairement, souligne Carl Schmitt, de toute considération sur les causes de la guerre ou sur le bien fondé des revendications de l’"agresseur", pour ne s’attacher qu’à l’inobservation desdites procédures et à l’attaque militaire en premier, au franchissement des frontières. 
Le critère utilisé pour distinguer la guerre licite de la guerre illicite est donc purement formel, il évacue l’arrière-plan historique du conflit, c’est-à-dire ses causes globales, objectives et matérielles, bref, il ne se préoccupe pas de la causa belli, de son caractère juste ou injuste sur le fond. L’illégitimité de l’agression et de l’agresseur ne réside pas dans l’injustice de la cause, mais dans le "crime" de l’attaque militaire en premier, du franchissement en premier des frontières, bref, dans la violation de la paix - du statu quo - en tant que telle. Que la guerre soit juste ou injuste du point de vue du fond ou de la cause, en fonction d’un principe substantiel de légitimité, importe peu, l’essentiel est que tout recours à la force armée est illégal et réprimé, dans les conditions prévues par le droit en vigueur. L’intention implicite du juriste allemand est de montrer que la guerre "d’agression", au sens juridico-formel de l’attaque en premier, n’est pas nécessairement une guerre "injuste", au vrai sens politico-matériel de la cause sous-entendu : l’Allemagne n’aurait pas forcément livré une guerre "injuste" en 1939-1945. 
Enfin, identifier l’agresseur à celui qui attaque en premier peut être fallacieux : primo, l’attaque militaire peut constituer la seule réponse à des actes d’hostilité ou à des tentatives de coercition non-militaires ; secundo, exiger d’un État qu’il attende afin de ne pas attaquer le premier peut donner à son ennemi un grand avantage militaire ; tertio, la détermination de l’agresseur ne dépendant pas du fond de la question, il devient possible de pousser un adversaire de bonne foi à commettre un acte d’agression afin de déclencher contre lui la mise en œuvre de la sécurité collective, ou encore de procéder à une légitime défense simulée, c’est-à-dire provoquer avec préméditation l’attaque de l’adversaire pour pouvoir ensuite justifier l’usage de la force en invoquant la légitime défense.
2) La prohibition de l’agression, au fil des conventions internationales conclues de 1919 à 1933, était un moyen déguisé de garantir l’uti possidetis, répète Carl Schmitt après la guerre, car elle aboutissait immanquablement au résultat suivant : tout État qui prendrait les armes pour briser les chaînes de Versailles, de Saint-Germain, de Trianon ou de Sèvres, serait inéluctablement condamné même si sa cause était juste. Sans considération de la justice ou de l’injustice du statu quo, sans modalités efficaces de changement pacifique et en l’absence de règlement juridictionnel obligatoire des conflits - si tant est qu’ils soient susceptibles d’une décision judiciaire et que celle-ci ne se borne pas à consacrer l’uti possidetis -, la renonciation à la guerre revient à entériner le statu quo, fût-il injuste, et finit donc par rendre inévitable (sauf dissuasion militaire) l’usage de la force. 
Comment concilier les tenants du statu quo et ceux qui entendent réviser les traités ? Quelle justice peuvent espérer les vaincus ? Comment éviter que toute modification des choses ne s’opère par la force et par une "violation du droit" (assimilé à la possession) ? C’est pour remédier au hiatus entre le caractère statique (orienté vers la préservation de la paix) et le caractère dynamique du droit (orienté vers la réalisation d’un principe de justice), c’est-à-dire pour remédier à la "tension" entre l’exigence du maintien du statu quo entériné et l’exigence de sa modification, qu’a été mis en avant le thème du peaceful change durant l’entre-deux-guerres, mais les normes qui permettraient une révision restent à l’état rudimentaire (article 19 du pacte de la SDN, clause rebus sic stantibus, article 14 de la charte de l’ONU). 
L’état du droit international permet à un État de rejeter impunément les réclamations justifiées d’un autre État, à la simple condition que sa résistance illégitime - son abus de droit - ne se transforme pas en agression caractérisée et n’autorise donc pas un recours à la légitime défense ou à des sanctions collectives. L’interdiction de l’usage de la force ne s’accompagnant pas de procédures de révision pacifique ni de l’obligation du pourvoi devant une juridiction internationale en cas de litige, cette interdiction risque d’autant plus d’être violée qu’un État qui s’estime lésé a moins de possibilité d’arriver à un règlement amiable ; et s’il viole ladite interdiction, tous les autres États auront l’obligation de sanctionner un État qui aura vu dans les armes sa dernière chance d’obtenir satisfaction ! Lorsqu’un État détenant un titre légitime ne peut contraindre son adversaire à une modification pacifique ou à un règlement juridictionnel, c’est conduire à un véritable déni de justice, au profit du possédant, que de l’obliger en toute hypothèse à exclure l’usage de la force pour défendre son bon droit. 
3) Le tournant révolutionnaire du droit des gens de 1919 à 1946 a pour conséquence la criminalisation de l’ennemi, phénomène (démenti, sinon de facto au moins de jure par l’autonomie réaffirmée du jus in bello après 1949) sur lequel le juriste allemand insiste particulièrement, avec l’arrière-pensée de mettre en accusation les Alliés. La guerre devenant une "opération de police", l’adversaire (l’Allemagne) n’est plus un ennemi reconnu sur un même plan moral et juridique, mais un criminel. L’intention politique de cette disqualification est de justifier le recours à un usage extrême de la force contre cet adversaire - le juste peut employer tous les moyens contre l’injuste, telle est la relation spécifique entre la guerre juste et la guerre totale - et d’exiger de lui une capitulation inconditionnelle qui le mette à la merci de ses vainqueurs en l’interdisant de participer aux conférences de paix - on ne négocie pas avec un criminel, on l’exécute, si bien que le diktat, accompagné d’un régime de sanctions, devient l’expression même du nouveau droit, selon Georges Scelle (33)
Le point de vue schmittien jus contra bellum aboutit à une négation virtuelle du jus in bello (conceptuellement subordonné au jus ad bellum) (34), puisqu’il s’agit de punir un agresseur-coupable en lui livrant une guerre sans merci jusqu’à la reddition sans condition, d’où la montée aux extrêmes du conflit rendu inexpiable par la non-reconnaissance des belligérants. L’idéologie humanitaire ne constitue pas seulement le discours légitimant de l’impérialisme occidental, elle a un dédoublement discriminatoire qui a pour résultat l’anéantissement des ennemis - criminalisés - de cette idéologie (35). Conséquence paradoxale de l’interdiction de la guerre au nom des idéaux de l’universalisme et du pacifisme : ils intensifient et internationalisent les conflits (menés contre l’agresseur au nom de la paix, de la civilisation ou du droit) au lieu de les désamorcer et de les circonscrire. 
Cette évolution du sens de la guerre vers l’hostilité absolue s’effectue parallèlement à l’accroissement des moyens de destruction et à la globalisation du theatrum belli. Seule la disqualification morale et juridique de l’ennemi permet de légitimer l’application d’une violence aussi radicale que, par exemple, les bombardements aériens (a fortiori atomiques) sur les villes : la transformation de la belligérance en "opération de police internationale" contre des "criminels" justifie les méthodes (anglo-saxonnes) de la police bombing (36)
4) Autre conséquence tendancielle de la mutation du droit des gens selon Carl Schmitt : la "guerre civile internationale". La criminalisation de la guerre conduit à disloquer l’unité de l’État en une population ("innocente", même si elle subit la guerre totale) et un gouvernement ("coupable", dont les membres devront être poursuivis, avec les chefs militaires et les hauts fonctionnaires, devant une Cour de justice internationale), de manière que la première se désolidarise du second. Au fur et à mesure qu’une guerre se donne comme une "opération de police" contre une violation du droit et de la paix, elle se fait passer pour une "action pénale" dirigée non pas contre le peuple, mais, de façon révolutionnaire, contre le gouvernement de l’État. Ce type de guerre idéologique, métamorphosant la guerre interétatique en guerre civile internationale, transforme le conflit politique en exécution pénale contre des hors la loi (37).
 
Source du texte : STRATISC.ORG
Notes :
29. Cour permanente de justice internationale. 
30. Le texte, inspiré par la délégation soviétique conduite par Litvinoff, qui est passé dans l’Acte pour la définition de l’agression adopté les 3, 4 et 5 juillet 1933 à Londres, a été repris et précisé dans la résolution 3314 de l’Assemblée générale des Nations unies du 14 décembre 1974. 
31. Jusqu’en 1939, l’évolution vers un concept discriminatoire de guerre est plus une évolution "doctrinale" que "positive", d’où la difficulté de fonder le Tribunal militaire international (de Nuremberg) au regard du principe nullum crimen, nulla poena sine lege
32. Ce concept signifie deux choses : primo, chaque État souverain, détenteur du jus belli ac pacis (du droit de faire la guerre ou de rester neutre) décide de la licéité ou de l’illicéité de la guerre (égalité des droits en matière de jus ad bellum) ; secundo, les ennemis, c’est-à-dire les États belligérants, se reconnaissent de part et d’autre sur un même plan moral et juridique (concept de guerre "entre ennemis également justes", inter hostes aequaliter justi à la base de l’égalité des droits en matière de jus in bello). 
33. L’éminent juriste français est l’un de ceux qui poussent au plus loin la logique normative de la criminalisation de la guerre en droit international, du jus ad bellum au jus in bello ; aussi est-il l’un des principaux adversaires de Carl Schmitt ; cf. notamment son Précis de droit des gens. Principes et systématique, Paris, Sirey, 2 vol., 1933-1934, et "Quelques réflexions sur l’abolition de la compétence de guerre", Revue générale de droit international public, 1954, pp. 5-22... 
34. Le jus in bello, c’est-à-dire la réglementation de la conduite de la guerre, et donc sa limitation au moyen des distinctions entre civils et militaires, neutres et belligérants, ennemis et criminels, tire sa justification et dépend de la reconnaissance mutuelle par les belligérants de leur égalité morale et juridique et de leur égal jus ad bellum, car si chaque partie affirme détenir seule une juste cause à l’exclusion de l’autre, elle aura tendance à s’arroger tous les droits et prétendra que son ennemi n’en a aucun, en dépit du principe réitéré de l’autonomie du jus in bello
35. Comme l’écrit Carl Schmitt, "le fait de s’attribuer ce nom d’humanité, de l’invoquer et de le monopoliser, ne saurait que manifester une prétention effrayante à refuser à l’ennemi sa qualité d’être humain, à le faire déclarer hors la loi et hors l’humanité" (La notion de politique, ibid., pp. 98-99 ; cf. aussi p. 77, et Théorie du partisan, op. cit., p. 326). 
36. Carl Schmitt a examiné et dénoncé la guerre aérienne anglo-américaine que l’Allemagne a subi (El nomos de la tierra...., pp. 25, 418-428) ainsi que la logique de l’arme nucléaire (Théorie du partisan, ibid., pp. 309-310). 
37. Cf. "Das neue Vae Neutris" (1938) in PuB, ibid., pp. 251-254 ; "Völkerrechtliche Neutralität und völkische Totalität" (1938) in ibid., pp. 255-260 ; Die Wendung zum diskriminierenden Kriegsbegriff, Terre et mer, Paris, Labyrinthe, 1985, pp. 28-52 ; "Neutralité et neutralisations", in Du politique..., ibid., pp. 115-120 (trad. de "Neutralität und Neutralisierungen", 1939, El nomos de la tierra..., ibid., pp. 130-132, 174-196, 353-363 et 426-428.