lundi 17 août 2026
jeudi 18 janvier 2024
De Gaulle face aux agressions de l’empire anglo-saxon

A la Libération, le général de Gaulle a fort à faire avec nos alliés anglo-saxons (nos « fous alliés », comme j’aime à dire).
Dans le tome trois des Mémoires de guerre, qui reste le moins lu, on lit cette jolie phrase digne de son style admirable, rarement poétique dans les mémoires :
« Le quai d’Orsay, longtemps château de la Belle au bois dormant, s’éveillait à l’activité (p.46). »
Et de Gaulle va vite avoir fort à faire avec l’intervention anglaise en Syrie (c’est une habitude de l’Etat profond british, d’avoir fort à faire n’importe où). Selon le sympathique et documenté bloggeur Harun Yayha, seuls vingt-deux pays ont été épargnés par la présence coloniale et militaire anglaise. Nous n’en faisons pas partie (demandez à Jeanne d’Arc), pas plus que la Chine, l’Inde, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou les USA, ainsi que quelques dizaines de pays océaniens, africains ou asiatiques !
En réalité peu de pays sur terre (la Russie…) ont été épargnés par l’occupant anglais et sa modernité tapageuse et luciférienne. Lisez Engels qui en rend compte dans son opuscule sur le socialisme utopique : la race anglaise est déjà au moyen âge plus matérialiste que nos contemporains.
On l’écoute, le général :
« Au cours de cette même journée du 1er juin, le général Paget vint à Beyrouth et remit au général Beynet un ultimatum détaillé. Aux termes de ce document, l’Anglais, qui s’intitulait: « Commandant suprême sur le théâtre d’Orient », bien qu’il n’y eût plus, à 10 000 kilomètres à la ronde de ce « théâtre », un seul ennemi à combattre, déclarait « qu’il avait reçu de son gouvernement l’ordre de prendre le commandement en Syrie et au Liban. » A ce titre, il sommait les autorités françaises « d’exécuter sans discussion tous les ordres qu’il leur donnerait. » Pour commencer, il prescrivait à nos troupes « de cesser le combat et de se retirer dans leurs casernes. » Le général Paget avait déployé, à l’occasion de sa visite, une provocante parade militaire (p.193). »
A transmettre aux diplomates de ces heures maussades de notre histoire… Mais de Gaulle reste de Gaulle, n’en déplaise aux stratèges de l’extrême-droite et à toute l’école socialo-américaine (François Mitterrand a très bien fait la jonction entre les deux)…
Le général s’énerve et voici comment il s’adresse aux anglais :
« … je fis, le 2 juin, une conférence de presse. Jamais encore l’affluence des journalistes étrangers et français n’avait été plus nombreuse. J’exposai l’affaire sans insultes, mais sans ménagements, pour nos anciens alliés.
Enfin, le 4, je convoquai l’ambassadeur de Grande-Bretagne, le fis asseoir et lui dis: « Nous ne sommes pas, je le reconnais, en mesure de vous faire actuellement la guerre. Mais vous avez outragé la France et trahi l’Occident. Cela ne peut être oublié. » Duff Cooper se leva et sortit. »
Pauvre Duff Cooper qui, comme l’a rappelé Philippe Grasset, était l’un des britanniques les moins hostiles à la France.
Le mystère du déclin français sous nos républiques (et même depuis la monarchie de juillet) est ainsi éclairé par notre narrateur :
« Sachant quels étaient, d’une part, le savoir-faire du Foreign Office et, d’autre part, l’horreur du vide de notre diplomatie quand il s’agissait de nos relations avec l’Angleterre, je doutai, à première vue, que les choses fussent ce qu’elles semblaient être. Mais, comme à Paris le Quai d’Orsay, à Londres notre ambassade, me certifiaient que telle était bien la signification du projet, je donnai mon agrément (p.283). »
Sacrée horreur du vide… Mais le général rebelle n’est pas au bout de ses peines avec les Anglo-saxons. Après les britishs ruinés par leurs guerres mondiales, les yankees contre-attaquent :
« Les choses en étaient là quand, au cours du mois de mai, les Américains manifestèrent leur volonté de voir nos troupes se retirer en deçà de la frontière de 1939.
A l’origine de l’affaire, il y avait, dans une certaine mesure, le goût d’hégémonie que les États-Unis manifestaient volontiers et que je n’avais pas manqué de relever en chaque occasion. Mais j’y voyais surtout l’effet de l’influence britannique. Car, au même moment, l’Angleterre préparait, au Levant, la manœuvre décisive. Pour Londres, il était de bonne guerre de pousser d’abord Washington à chercher querelle à Paris. Divers faits me fournirent la preuve que tel était bien le cas (p.181). »
Après les choses commencent à se gâter :
« Le général Alexander, Commandant en chef en Italie, obéissant à M. Churchill, dirigeait vers Tende, La Brigue et Vintimille des troupes italiennes sous ses ordres, ce qui, si nous laissions faire, aurait pour effet d’y rétablir la souveraineté de Rome (p.182). »
Quel mystère que cette relation du général aux anglo-saxons, forcé de collaborer avec eux comme avec un moindre mal…
On laisse le lecteur se ressourcer aux Mémoires du général. Par les temps qui courent, c’est le plus sûr moyen de résister à la pression de ce système agonisant.
Peyrefitte a rappelé pourquoi de Gaulle ne célébrait pas le débarquement du 6 juin, qui signifiait une France soumise à l’AMGOT:
« Le débarquement du 6 juin, cela a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne! Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis. »
La France sous Hollande a disparu comme puissance. Une chose n’a pas changé, la nullité de sa presse aux ordres et noyautée par la CIA. De Gaulle encore à Peyrefitte : « les journalistes français s’engouffrent comme une meute hurlante derrière tous ceux qui complotent contre moi. »
Nicolas Bonnal
Sources
De Gaulle, Mémoires de guerre, Plon, tome troisième
Peyrefitte — C’était de Gaulle, tome premier
via: https://fr.sputniknews.com/blogs/201703121030425208-degaulle-colonie-general-memoires/
Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur.
https://reseauinternational.net/de-gaulle-face-aux-agressions-de-lempire-anglo-saxon/
dimanche 24 décembre 2023
Charles de Gaulle, le dernier capétien ?

30/11/2017 – 05h45 Paris (Breizh-Info.com) – C’est une thèse qui n’est pas nouvelle que celle portée par Richard-Alain Marsaud de Labouygue et Jean-Côme Tihy. Charles de Gaulle, en mettant en place la Ve République aurait voulu restaurer la grandeur de la France en s’inspirant de l’Ancien Régime.
Mais force est de constater que le propos est d’une limpidité appréciable et met à portée de tous cette période de l’après-guerre durant laquelle la France a vu le dernier capétien gouverner son royaume.
Charles de Gaulle, la fascination pour l’ancien régime
Pour les auteurs, « les Capétiens ont fait la France ». Et il est difficile d’imaginer que Charles de Gaulle pensait autrement. Lui qui lisait L’Action française et était un admirateur de Charles Maurras avait certainement en tête que la France se défaisait sans rois lorsqu’il est arrivé au pouvoir.
Cette fascination pour l’ancien régime et le penseur du nationalisme français le plus en vue de l’entre deux guerres transparaît jusque dans sa vision du gaullisme. « Le gaullisme, n’est pas une doctrine, c’est avant tout et surtout une méthode pragmatique car pour son fondateur, ‘il n’y a pas de politique qui vaille en dehors de la réalité’. » Difficile de ne pas reconnaître dans cette définition l’empirisme organisateur maurrassien.
De cette fascination pour l’Ancien Régime, l’élément le plus étonnant reste la proposition faite à l’héritier du trône de France de préparer son retour sur le trône.
Les auteurs reviennent sur ce qui aurait été un événement étonnant : « Le Général de Gaulle a rencontré, dès 1954, lors de rendez-vous tenus secrets, le comte de Paris, héritier de la couronne de France afin de lui témoigner sa volonté d’un retour à une monarchie, ‘en l’adaptant, en lui donnant un sens’. Cependant, le Général se rétracta et lors d’une dernière entrevue en janvier 1966, indiqua au prétendant qu’il ne croyait pas possible un retour à la monarchie. »
L’Europe des patries pour lutter contre les États-Unis
Tout au long de ce livre passionnant et fouillé, on apprend beaucoup sur cette figure historique fondatrice pour la France contemporaine. Un point particulier est celui de la dimension européenne de l’identité française.
« Il est faux de croire que De Gaulle était anti-européen. Bien au contraire. Il savait, de par son immense culture, ce que la France devait à l’Europe et réciproquement. »
Reste que Charles de Gaulle était un défenseur inlassable de la souveraineté nationale et, conjointement, de cette Europe des patries qu’il espérait tant.
C’est pour cela, notent les auteurs, que « la France bouda, en 1965 les réunions du Conseil des ministres de la CEE et pratique la fameuse ‘politique de la chaise vide’. »
Et les auteurs de réfuter l’idée que Charles de Gaulle était un opposant non-constructif : « Cependant, l’opposition gaullienne à la tendance fédérale ne se bornait pas à un refus stérile. La France était à l’époque force de proposition et De Gaulle tenta, cahin-caha, de faire entendre sa voix et d’imprimer sa marque. »
Plus loin, on comprend mieux pourquoi Charles de Gaulle voulait une Europe des patries, unie et cohérente. « Le général de Gaulle avait l’ambition, grâce à l’Europe, de rivaliser avec les États-Unis et de redevenir une grande puissance mondiale. »
C’est exactement la réflexion de plusieurs figures de la droite française. Il y a quelques jours par exemple, lors du 3e Forum de la Dissidence organisé par Polémia, Bruno Mégret exhortait la droite à se tourner vers l’Europe.
De Gaulle contesté, De Gaulle diabolisé mais De Gaulle récupéré !
Très contesté de son vivant – même s’il disposait, au plus fort de cette contestation d’une côte de popularité à faire palir Hollande et Macron -, De Gaulle devait lutter à une diabolisation de la gauche, qui voyait en lui un dictateur, et les attaques de la droite, courant politique parmi lequel de nombreuses personnalités ne lui ont jamais pardonné la perte de l’Algérie française.
Affaibli par l’arrivée au pouvoir d’une caste politico-médiatique cosmopolite, il finit par démissionner après un référendum manqué.
Après sa mort, le général de Gaulle est malgré tout unanimement salué.
Et aujourd’hui, l’héritage gaullien est plus que jamais revendiqué par tous, d’Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Problème : aucun de ces acteurs politiques n’est évidemment à la hauteur du général de Gaulle qui, lui, n’hésita pas à aborder certains problèmes identitaires avec gravité.
Charles de Gaulle, le dernier capétien, Richard-Alain Marsaud de Labouygue et Jean-Côme Tihy, VA Editions, 150 pages, 18 euros.
Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine
https://www.breizh-info.com/2017/11/30/83160/charles-de-gaulle-dernier-capetien/
lundi 14 août 2023
A La Une, Histoire Jean-Pierre Le Mat : « Je ne pense pas que les tenants d’une dictature républicaine apprécieront mon livre »

Les éditions Yoran Embanner publient un livre particulièrement polémique écrit par Jean-Pierre Le Mat. Il est un des portes-paroles des Bonnets rouges, mais également chef d’entreprise et écrivain. Intitulé « ils ont fait la France, contre enquête de Clovis à Charles De Gaulle », l’ouvrage entreprend de faire tomber le mythe de la République française pacifique et tolérante, fervente partisane de l’amitié et du rapprochement entre les peuples.
Durant tout le livre, Jean-Pierre Le Mat déconstruit certains mythes Français, de Voltaire à Michelet en passant par Jules Ferry, Charles De Gaulle ou encore Louis Aragon.
On regrettera que l’auteur tombe dans une forme d’anachronisme que l’on retrouve souvent chez certains auteurs idéologiquement engagés. Il consiste à prendre des déclarations historiques, à les sortir de leur contexte et à les interpréter avec notre regard actuel. Voltaire et Barrère (comme d’autres) sont ainsi qualifiés de « racistes » et de partisans de l’inégalité des races. C’était, à leur époque, une vision pourtant courante et presque naturelle.
Il n’en demeure pas moins que ce travail précis et documenté de recherche historique fait tomber définitivement le mythe républicain français. Il démontre que ce pays, ainsi que ses modèles, ne sont pas forcément des modèles de vertu et d’humanisme comme ses élites le martèlent à qui veut l’entendre. Occultant l’Histoire de ces peuples, la France a imposé l’enseignement de sa propre Histoire. De Clovis à De Gaulle, elle a bâti une légende historique, magnifiant les faits qui arrangeaient sa politique intégrationniste et ne retenant de ses“grands hommes” que les écrits qui allaient dans son sens.
Ils ont fait la France, contre-enquête de Clovis à Charles de Gaulle – Yoran Embanner – 16€

Entretien avec Jean-Pierre Le Mat.
Breizh-info.com : pourquoi avoir décider d’écrire l”ouvrage « ils ont fait la France » ?
Jean-Pierre Le Mat : J’avais déjà publié ces études historiques, et bien d’autres, sur mon site contreculture.org. Plusieurs éditeurs m’ont proposé d’en faire un livre. Aujourd’hui c’est fait, avec Yoran Embanner.
Breizh-info.com : vous vous attachez à démonter certains mythes fondateurs de la France mais aussi et surtout de la République française. Est-ce une forme de vengeance que vous entendez mener ?
Jean-Pierre Le Mat : Pas du tout. Pour me venger de quoi ? Non, la démythification est une activité saine, sportive, accessible à tous. Elle devient jubilatoire quand il s’agit des mythes fondateurs français.
Breizh-info.com : Comment avez vous sélectionné vos personnages ?
Jean-Pierre Le Mat : J’ai choisi les personnages les plus symboliques. Ils sont vénérés par ceux qui sont fiers d’être Français. Et les mêmes peuvent en avoir le plus honte. Mélanger l’excès de fierté et de honte produit une matière explosive.
Breizh-info.com : Néanmoins, ne tombez vous pas vous même dans le politiquement correct et dans l’anachronisme, en traquant ici et là les propos racistes dans l’histoire, les prises de position antisémite, ce qui constitue une bonne partie de votre ouvrage ? Est-ce que, à l’heure ou le mot République est utilisé partout, à l’heure où la lutte contre le racisme est devenue une priorité d’Etat, vous ne donnez finalement pas du grain à moudre aux tenants d’une dictature de la République antiraciste, mémoricide, et quasi dictatoriale ?
Jean-Pierre Le Mat : Laissons l’appellation de “politiquement incorrect” aux intellectuels mondains qui passent à la télévision. Je n’en fait pas partie.
En France, pour refuser toute légitimité aux revendications bretonnes, on trouve tout à fait normal d’évoquer les Chouans et Breiz Atao, bref de faire de l’anachronisme. Je trouverais malvenu que l’on m’accuse de brandir un miroir. Mon livre rapporte des paroles authentiques et des faits avérés ; il ne porte pas de jugement.
Je ne pense pas que les tenants d’une dictature républicaine apprécieront mon livre. Je m’attends à des réactions. Les citations racistes ou antisémites des grands hommes français sont révélatrices. Mais les censurer est (et sera) encore plus révélateur.
Breizh-info.com : N’y a t-il pas, derrière l’ouvrage, une énième thèse victimaire, qui supposerait que les Bretons soient les éternels vaincus de l’histoire de France , les éternels colonisés, quitte à les comparer à des peuples qui n’ont à voir ni de près ni de loin avec eux (des Indiens d’Amérique aux Algériens ) ?
Jean-Pierre Le Mat : C’est exactement le contraire. J’ai été très impressionné par l’efficacité de la méthode mise au point par une intellectuelle bien connue pour attaquer l’identité bretonne : un mélange d’humour, de citations authentiques bien choisies, et d’explications logiques.
Retourner le jeu de massacre identitaire contre l’identité française, c’est passer du statut de victime à celui d’attaquant. Parce que la France dispose d’un Etat, d’une police et d’une Education nationale, on a cru que le jeu ne pouvait fonctionner que dans un seul sens. C’est faux et j’espère que d’autres joueurs viendront se joindre à moi. Mon livre aurait pu s’intituler : “La France, le point de vue breton”. Pourquoi pas, à suivre “La France, le point de vue algérien, russe, alsacien, corse, sénégalais” ?
Breizh-info.com : Les régionales arrivent en Bretagne. La liste d’Union Troadec – UDB qui pourrait se profiler n’est-elle pas une nouvelle répétition d’une histoire qui a conduit le mouvement Breton à l’échec permanent ? Quel est le point commun entre un Bonnet rouge canal historique et un militant de l’UDB, de gauche humaniste avant d’être Breton ?
Jean-Pierre Le Mat : Les hommes et les femmes sont toujours plus intéressants que leurs étiquettes. Ils valent mieux que les institutions ou les partis auxquels ils se rattachent. Je suis incapable de haïr quelqu’un. De plus, nous vivons dans une révolution permanente, à la fois technologique, économique et politique. Dans un tel environnement, une guerre de tranchées n’a aucun sens. L’objectif est de saisir des opportunités pour la Bretagne, pas de défendre un mythe.
Breizh-info.com : comment avez vous vécu les déclarations de l’ancien Ministre Luc Ferry qui reconnait enfin le génocide brito-vendéen ?
Jean-Pierre Le Mat : Je n’y porte aucune attention.
Breizh-info.com : que deviennent les Bonnets rouges ?
Jean-Pierre Le Mat : Ils sont comme les tremblements de terre. Ils grondent sous la surface. On sait qu’ils vont revenir. Mais nul ne peut dire quand cela adviendra, ni comment.
Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.
samedi 15 juillet 2023
Le Nouveau Passé-Présent : Pétain et De Gaulle, vérités et contre-vérités
Il arrive toujours un moment où les titans se combattent entre eux. Les relations entre le maréchal Pétain et son brillant poulain De Gaulle n’échappèrent pas à cette malédiction. Deux grandes figures de l’Histoire qui chacun à un moment de leur vie marquèrent le destin de la France : Pétain en 1917 lorsqu’il prit le commandement des armées françaises et De Gaulle en 1940 en continuant le combat puis en 1944 empêchant le pays de devenir un satellite des États-Unis. Semblables par bien des points, partageant chacun à leur époque une vision moderne de l’armée, l'Histoire va les dresser l'un contre l'autre.
Invité de "Passé-Présent", le général Michel Issaverdens a publié aux éditions Godefroy de Bouillon "Pétain et De Gaulle, une part de vérité", ouvrage dans lequel il réfute le manichéisme de la vérité officielle.
La Revue d'Histoire européenne : bit.ly/42tCcbT
https://tvl.fr/le-nouveau-passe-present-petain-et-de-gaulle-verites-et-contre-verites
dimanche 13 novembre 2022
A propos du Général De Gaulle, par le paysan et patriote béarnais Alexis Arette
Alors qu’à l’occasion de l’anniversaire du trépas de Charles De Gaulle, l’on est abreuvé de louanges tout à fait hors de mesure, nous publions cette roborative « lettre ouverte à Eric Zemmour à propos du Général de Gaulle », rendue initialement publique en novembre dernier.
Son auteur, Alexis Arette, est né en 1927 en Béarn.
En 1950, il s’engagea dans les parachutistes pour aller défendre l’Indochine. Blessé en 1954, il fut rapatrié, cité, médaillé militaire et réformé, et redevint paysan (précoce adepte de l’agriculture biologique).
En 1962, il fut emprisonné pour cause d’Algérie Française.
En 1964, il fut élu Président du Groupe Béarnais de l’Union Nationale des Combattants. Il fonda en 1957 le Salon des Poètes de la ville de Pau. Puis partagea ses activités entre l’animation de la culture régionale, dont il présida la commission culturelle. Élu Président National de la Fédération Française de l’agriculture en 1982 et Conseiller régional d’Aquitaine en 1988 (réélu en 1992), il fut l’auteur de très nombreuses conférences.
« « Leur faire aimer leur servitude, telle est la tâche assignée aujourd’hui, par les états totalitaires aux ministres de la propagande, aux rédacteurs en chef des journaux, et aux maitres d’école. Il est possible que s’abatte sur nous, d’ici 50 ans, l’horreur d’un seul totalitarisme supra-national, se développant sous le besoin du rendement, de la stabilité pour prendre la forme de la tyrannie–providence ! » [Aldous Huxley (1956) Préface du « Meilleur des Mondes »]
Monsieur,
Après quelques-unes de vos déclarations concernant les mérites du général de Gaulle, je m’attendais à ce que, ce 9 Novembre vous alliez à Colombey-les-deux-Eglises, rejoindre les autres laudateurs, que je tiens pour d’éminents abrutis.
Au temps où le Front National ne s’était pas encore converti au Gaullisme, j’avais battu un record, que Le Pen lui-même avait loué, avant de m’éliminer pour n’en point subir quelque ombre. Nommé « Orateur National », j’avais tenu 77 réunions, de Lille à Bastia, avec le sentiment qu’il fallait en finir avec la honteuse légende d’un de Gaulle sauveur de la patrie. J’ai gardé le bon souvenir d’une de mes conférences en Auvergne, où la cellule locale du parti Communiste vint m’entendre dans un silence très attentif. Ce n’est qu‘une semaine après, qu’il publia un feuillet sous le titre : « Comment faut-il répondre à Alexis Arette. »
J’ai vécu ce temps où, avec beaucoup de camarades, paras entre autres, nous nous consacrâmes à restaurer une image de la France mise à mal par les massacres de la Libération, et la livraison de nos harkis désarmés à leurs égorgeurs, et j’ai eu quelque joie, n’étant plus mobile, de vous entendre prendre, avec un immense talent et un très grand courage, la nécessité d’une réaction patriotique, mais je n’ai pas compris comment vous avez jugé positif, le criminel héritage Gaullien !
C’est à ce point, qu’en me souvenant que Pie XII après prédit le ressourcement de la France et de l’Eglise, « malgré la présence du premier Antéchrist », j’ai pensé que cet ennemi de notre genre, pouvait être l’Homme du 18 Juin, car c’est à cette date qu’il plongea délibérément dans le mensonge, en affirmant que notre gouvernement avait capitulé, ce qui est une reddition, alors que nous avions obtenu des Allemands un armistice inespéré, car l’armistice n’est qu’une suspension des armes ! La suite, c’était, ou bien un traité de paix, ou bien la reprise du conflit. C’est ce qu’avait compris le premier mouvement de résistance Alsacien, qui fut subventionné par les fonds secrets, par le Maréchal, et qui, plus tard s’impliqua dans l’évasion du Général Giraud, qui, parvenu en Zone libre, dînait le soir même avec le Maréchal !
L’Eglise a toujours considéré que le satanisme était fondé sur le mensonge de l’Esprit mauvais et que Satan avait entraîné, dans son mensonge, un tiers des étoiles du ciel. De Gaulle allait faire mieux dans l’impiété, il allait se servir des héros de la Résistance, des hommes comme Estienne d’Orves, pour couvrir les crimes abominables des staliniens qui ne résistèrent que lorsque l’Allemagne attaqua la Russie, alors que Daladier avait commencé à faire fusiller, ces communistes saboteurs !
Et c’est ainsi que fut créé le mythe de « l’unité de la Résistance », qui permit aux résistants marxistes de passer pour des patriotes, alors qu’ils avaient tué plus de Français « pétainistes », que d’Allemands !
Il est vrai que vous n’avez pas vécu cet atroce mensonge. Vous n’êtes pas un témoin comme je le suis. C’est ainsi que vous n’avez pas tenu compte du témoignage de Jean Paulhan, Grand Officier de la Légion d’Honneur au titre de la Résistance, car d’avoir résisté disait-il : « Je n’en tire aucune gloire. Plutôt de la honte ! Tout ce que je me propose de dire, c’est que ni Maurras, ni Brasillach, ni Pétain n’ont jamais été jugés ! C’est qu’il n’est pas un des 400 000 Français qui ne se sont vus, à la Libération, exécutés, envoyés au bagne, révoqués, ruinés, taxés d’indignité nationale, et réduits au rang de parias, c’est qu’il n’est pas un seul de tous ceux-là, qui n’ait été frappé au mépris du droit et de la justice ! »
François-Georges Dreyfus, comme vous, Français d’ascendance juive, comme je suis Français d’ascendance béarnaise, a pu dire, avec un beau talent d’historien que, si le Maréchal Pétain n’avait pas été là, lui non plus n’aurait pas été sauvé du génocide ! Dans quelle mesure pouvez-vous en créditer de Gaulle ? Savez-vous que c’est un juif Français comme vous, Emmanuel Berl, qui passe pour avoir rédigé les premières allocutions du Maréchal ? Avez- vous retenu que c’est une juive Française, Simone Weil qui a considéré que, non seulement le Maréchal avait fait son possible, mais qu’il avait plus utile aux juifs Français, qu’aux Français de souche ? Savez-vous qu’une autre Juive Française, Simone Veil, ne fut pas inquiétée tant qu’exista la zone libre ? Savez-vous que le général Odic s’entendit recommander par de Gaulle de ne jamais avouer que l’armistice était inévitable ?
Peut-être n’avez-vous pas lu, du préfet Gabriel Delaunay, résistant notoire, « La nuit sans aube » sur qui les médias firent silence, car il y exposait comment les militants soviétiques avaient agi de telle façon qu’il y eut, dans le pays, le plus grand nombre possible de représailles allemandes, afin de préparer le climat de la future révolution !
Savez-vous, ce que m’a rapporté le Colonel Savelli, que Leclerc, consultant de Gaulle, sur le fait que le gouvernement souhait le renvoyer en Indochine, entendit, après une discussion orageuse, le grand homme s’exclamer : « Mais enfin, Leclerc, si vous réussissiez là-bas, qu’est- ce que je deviens, moi ? »
Je me demande si vous avez examiné la façon dont les communistes s’imposèrent à de Gaulle en Algérie, en commençant une épuration criminelle, et comment on s’empara de l’armée reconstruite par Weygand et Giraud, celle qui, commandée par Juin et par de Lattre, contribua si fort à la victoire ! Vous êtes-vous demandé pourquoi ces chefs prestigieux étaient- ils restés fidèles à l’Etat Français, provoquant la sordide jalousie du vaincu de Montcornet ?
Je suis témoin, monsieur Zemmour de l’assassinat, dans mon pays, par les Espagnols rouges, du jeune poète Lasserre, considéré comme un espoir du félibrige, et de son père, pour faire bonne mesure ! Je suis témoin d’un jeune homme, dont j’ai perdu le nom, qui descendait, joyeux, les escaliers du Palais de justice de Pau, car il venait d’être innocenté des accusations portées contre lui par les communistes ! Une rafale de ces « héros » l’expédia, et les assassins « résistants » ne furent pas inquiétés !
Sous Jacques Chirac, les patriotes gaullistes réparèrent l’oubli, et l’on apposa une plaque commémorative sur le Monument aux morts de la ville de Pau, pour célébrer les exploits des « guérilleros » !
Erasme a dit, je crois, qu’il faut mêler à la sagesse, un grain de folie. Moi, je crains qu’à votre grand talent vous ne mêliez plus qu’un grain de confusion. Certes, vous n’atteignez pas les triste dessous de Marine le Pen, mais elle a les excuses d’une très mauvaise éducation familiale. Et je sais bien que mes propos sont conditionnés par ma Guerre d’Indochine, mais je sais que de Lattre de Tassigny avait raison, en exhortant Salan à gagner la Guerre d’Indochine, car disait-il, « si nous perdons en Indo, nous perdrons en Afrique, et la révolution du pire gagnera la métropole. » Et nous en sommes là !
Moi, j’ai vu, à la Santé, les frères Venton, joyeux d’avoir été totalement innocentés des accusations portées contre eux par le parti communiste. Ils furent confiés à la police, qui devait les ramener en Algérie. On les découvrit quelques jours après, dans une fosse commune. La police s’avérait gaulliste ! Moi j’ai vu, toujours à la Santé, Piegs et Dovecar, transférés dans la cellule des condamnés à mort, deux jours avant leur procès : Ils étaient condamnés d’avance !
J’ai su dernièrement que le général Katz, que nous tenions pour un atroce boucher, devant le spectacle des coraniques assassinant les pieds-noirs dans la rue, avait, tout de même, demandé à l’Elysée que ce qu’il devait faire. De Gaulle aurait répondu : « Ne bougez pas ! »
Je sais depuis toujours que le accords d’Evian n’ont pas existé ! Boumediene n’ayant pas accepté de les entériner. Je sais, selon ce que devait en dire monsieur Poniatowski, que le gouvernement gaulliste n’a jamais tenté de délivrer nos prisonniers du FLN, qui ont fini dans les mines de sel du Sahara. Il en fut de même pour les femmes pieds-noires enlevées par les Coraniques, à ceci près qu’elles finirent dans le bordel de l’armée algérienne. Je n’ai pas entendu dire que la pieuse madame de Gaulle ait prié pour qu’elles supportent, avec une foi Gaullienne, l’ignominie de leur condition.
Enfin, en supprimant l’indexation des prix agricoles, de Gaulle ordonnait le génocide paysan, dont les récentes pendaisons en sont le plus clair résultat. Ainsi, modeste agriculteur, quoique dénommé « premier Paysan de France » dans le concours du Centre des Jeunes Agriculteurs de 1957, j’ai dû nourrir les miens, avec, reconnaissait Rocard, moins de la moitié du Smic, et j’ai dû considérer comme une boutade spirituelle, la déclaration de ce triste sire de Colombey : « Les paysans, c’est comme les anciens combattants ! Quand il n’y en aura plus, le problème sera résolu ».
Moi qui, avec mes Commandos d’Indochine, ai souvent regardé la mort en face, j’ai trouvé que le Gaullisme avait une gueule cent fois pire, et que mon devoir serait de le combattre, sans me soucier du jugement des cloportes tricolores. C’est ce que je fais, en vous écrivant sous le regard inquisiteur des nouveaux barbouzes judiciaires, qui m’accusent de souhaiter la guerre civile quand je conseille à mes amis de défendre par tous les moyens ce qui nous reste d’honneur !
Et je garde, malgré tout, quelque chose qui ressemble à la « petite fille espérance », dans le chaos dont vous ne dénoncez qu’une partie.
Je crois que le forban politique qui a tellement contribué à établir en France la malhonnêteté légale, doit être replacé dans ce que j’avais dit au Bachaga Boualem, alors que la ville de Pau n’était pas encore centriste, soit « Que le manteau de Charlemagne sur les épaules de Ganelon, ça ne pouvait faire un roi de France ! » Et j’ose penser que si Dieu ne voulut point nous le conserver jusqu’au 11 Novembre, ce fut afin qu’il ne partage point la gloire des Poilus !
Sur le reste Monsieur Zemmour, croyez-moi bien vôtre. »
Alexis Arette, le 10 novembre 2021
Maison Landresse (12e siècle), à M
vendredi 30 septembre 2022
Hommage au Colonel Jean-Marie Bastien-Thiry

Jean-Marie BASTIEN-THIRY était Lorrain, Polytechnicien, Lieutenant-colonel dans l’Armée de l’air et l’inventeur de deux missiles antichars, les SS-10 et SS-11. Il avait 36 ans et laissait une veuve et trois petites orphelines.
Organisateur de l’opération du Petit-Clamart, le Colonel Jean-Marie BASTIEN-THIRY aura tout sacrifié, sa famille et sa vie, pour que vive la France. Il nous a laissé, en versant son sang, un message, un exemple à méditer, à admirer et à suivre.
Alors que les tireurs du Petit-Clamart seront graciés par De Gaulle, celui-ci refusera d’accorder sa grâce au Colonel BASTIEN-THIRY.
Jean-Marie BASTIEN-THIRY est l’exemple parfait du dévouement, du courage, de l’abnégation, du don de soi et du sacrifice de sa vie envers la Patrie. Il est l’honneur de l’Armée Française.
Homme de Foi, grand Catholique, il mourra comme un saint, marchant vers le peloton d’exécution son chapelet à la main, après avoir entendu la Messe. Refusant d’avoir les yeux bandés, il regardera la mort droit dans les yeux avant de pouvoir contempler ensuite la Vie Eternelle. Il sera le dernier condamné à mort à avoir été fusillé en France.
Assassiné sur ordre de celui qui aura trahi l’Algérie Française et livré des dizaines de milliers de Harkis et Pieds-noirs aux tortures les plus innommables des bouchers fellouzes du FLN, le Colonel Jean-Marie BASTIEN-THIRY demeure un Français modèle, un héroïque soldat dont le nom restera pour toujours inscrit sur le Martyrologe de notre pays.
Que Jean-Marie BASTIEN-THIRY repose en paix, aux côtés de tous les Morts pour la France, dans le Paradis des Héros, des Martyrs et des Soldats.
https://www.medias-presse.info/hommage-au-colonel-jean-marie-bastien-thiry/50819/
dimanche 20 mars 2022
Algérie, le piège gaulliste
Les éditions Perrin viennent de publier un ouvrage intitulé Algérie, le piège gaulliste, signé Henri-Christian Giraud, ancien rédacteur en chef au Figaro Magazine. Un ouvrage édifiant, et éclairant sur De Gaulle et sur sa gestion de la guerre d’Algérie.
Breizh-info.com : Vous allez à contre-courant de la doxa actuelle en évoquant notamment le fait que le général de Gaulle savait parfaitement où il voulait aboutir, c’est-à-dire à l’indépendance de l’Algérie. Pourquoi cela ne fait-il pas consensus chez les historiens ?
Henri-Christian Giraud : Parce qu’ils ignorent ou écartent certains faits qui, à mes yeux, confirment que de Gaulle voyait en réalité plus loin que l’indépendance qui n’était pour lui que le moyen et le paravent -gratifiant car dans l’air du temps -, pour un dégagement sans retenue. Ce qui, par-delà l’incontestable aboutissement du projet gaulliste, explique la tragédie humaine finale : la néantisation des pieds noirs et des harkis, dont même les gaullistes les plus fervents ont encore aujourd’hui moralement du mal à concevoir la nécessité. C’est qu’ils ne voient pas – ou ne veulent pas voir – la raison gaulliste des massacres, or il y a bien une raison gaulliste des massacres : « Je ne suis bien que dans la tragédie », disait de Gaulle pour lequel, contrairement à Camus, la tragédie est une solution. Ou pour être plus précis : la solution passe par la tragédie. Concrètement, cela s’est traduit pour de Gaulle par un renversement des alliances au profit du seul FLN et par la désignation d’un ennemi commun : le camp pro-Algérie française.
Breizh-info.com : De Gaulle a-t-il finalement menti à tout le monde ?
Henri-Christian Giraud : De Gaulle disait à chacun ce que chacun voulait entendre. « Il y avait autant de De Gaulle que de catégories d’interlocuteurs », a écrit Peyrefitte, bien placé pour le savoir. Raymond Aron est encore plus dur : « Dans cette affaire algérienne, de Gaulle a menti à tout le monde, mais (…) sans ses mensonges, il n’aurait pas pu faire la paix en Algérie. » Aron ne se contente pas de constater l’apocalypse finale mais, à travers le mensonge, en pointe la cause : la solution par la tragédie. Reste à savoir ce que vaut une paix fondée sur le mensonge. Car l’histoire écrite par de Gaulle ne s’est pas arrêtée et, bien au contraire, a poursuivi son chemin dans la voix tracée par ses soins, affectant à divers niveaux l’unité politique du peuple français. D’où l’origine d’un malaise qui ne passe pas.
Breizh-info.com : Pourquoi voulait-il l’indépendance ?
Henri-Christian Giraud : Pour des raisons financières, car l’Algérie était coûteuse (l’exploitation du pétrole n’en était qu’à ses débuts) et pour éviter à la France, ce qui était louable, une algérianisation progressive de son territoire et de ses mœurs, mais le traitement gaulliste de l’affaire algérienne a finalement abouti à son exact contraire, car l’immigration a été rendue effective par les Accords d’Evian et, très précisément, par l’article 2 des dispositions générales de la Déclaration des garanties : « Sauf décision de justice, tout Algérien muni d’une carte d’identité est libre de circuler entre l’Algérie et la France » et par l’article 7 de la Déclaration relative à la coopération économique et financière, selon lequel tout Algérien a, à tout moment, la possibilité de venir résider en France et d’y bénéficier des avantages sociaux. C’est sous la présidence de De Gaulle entre 1962 et 1969 que l’immigration a plus que doublé (or elle avait déjà doublé entre 1954 et 1962) et pris son essor pour ne plus s’arrêter en raison notamment des politiques de ses successeurs.
Breizh-info.com : Vous avez eu accès à des archives inédites ?
Henri-Christian Giraud : Pour certaines, curieusement non exploitées comme les mémoires d’Alfred Sauvy et celles du commandant Vincent Monteil un arabisant distingué converti à l’Islam et auteur d’une note d’information qui a conduit de Gaulle à proposer dans sa conférence du 30 juin 1955 « l’intégration de l’Algérie dans une communauté plus large que la France » donc dans une ensemble fédéral. Phrase passée totalement inaperçue à l’époque. Aucun grand quotidien, ni le Monde, ni le Figaro, ni l’Humanité ne la mentionne. Quant aux archives inédites elles sont tirées du journal de Vinogradov, l’ambassadeur soviétique à Paris, à qui Gaston Palewski, le missi dominici de De Gaulle auprès du Kremlin depuis toujours (novembre 1940), annonce le 10 octobre 1956, trois semaines avant l’expédition de Suez, l’arrivée imminente de De Gaulle au pouvoir et son intention de négocier immédiatement avec les représentants du FLN. Ce faisant, de Gaulle renverse le triptyque de Guy Mollet : « cessez-le-feu, élections, négociations », et privilégie un processus politique plus en accord avec les exigences dudit FLN. Lorsqu’il affirme qu’il ne se sent bien que dans la tragédie, de Gaulle satisfait-il un besoin intime ? Nul doute qu’il agit à la fois par calcul et par tempérament. De Gaulle se voit en guerrier de la politique.
Breizh-info.com : Comment expliquez-vous que le récit de la guerre d’Algérie soit si partisan, si idéologisé, si repentant aussi ?
Henri-Christian Giraud : Pour arriver à ses fins, de Gaulle a dû convertir la victoire en défaite. Résultat : le 9 mars 1961, il accepte que le cessez-le-feu ne soit pas un préalable pour l’ouverture de négociations ; le 6 avril, il accepte que le FLN soit l’interlocuteur unique et le représentant exclusif du peuple algérien; le 5 septembre, il reconnaît la souveraineté algérienne sur le Sahara ; le 18 février 1962, il abandonne le sort des populations européenne et musulmane à la discrétion du FLN. La négociation a tourné ainsi à l’habillage diplomatique d’un abandon pur et simple et le 19 mars, c’est la France qui vient à Canossa, avec tout ce que cela veut dire d’humiliation à venir. On n’en est pas sorti avec un président qui a taxé la colonisation française de « crime contre l’humanité », bouclant ainsi à sa façon la boucle gaulliste. Et la France vaincue, enchaînée à sa défaite, n’en finit pas de la payer. Le piège gaulliste est devenu une machine infernale.
Source :site Breizh.info
http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2022/03/20/algerie-le-piege-gaulliste-6372311.html
lundi 22 novembre 2021
De Gaulle… Mythe, imposture et trahison
A un moment où le général De Gaulle fait l’objet d’une admiration presque unanime et hors de tout bon sens, nous publions ce texte de José Castano.
Et nous rappelons l’existence de l’excellent livre du colonel Le Pargneux.
« On peut se demander ce que connaîtront nos petits-enfants de l’Histoire de France, et surtout comment ils comprendront qu’un homme qui a signé, non pas la capitulation, mais un armistice devant une armée ennemie victorieuse, peut être un traître… et qu’un autre, tel De Gaulle, put accepter la défaite en Algérie, alors que son armée avait gagné la guerre, livrer aux couteaux des égorgeurs des dizaines de milliers de civils, près de cent mille de ses soldats, et être quand même placé au Panthéon des Héros ! » (+ Roger HOLEINDRE, 8e RPC, Président du Cercle National des Combattants)
« Lorsque la pierre tombale de l’Algérie Française aura été scellée par la volonté acharnée d’un homme épaulé par la lâcheté de tout un peuple, je n’abandonnerai jamais l’idée de pouvoir débarrasser mon pays du personnage qui a corrompu l’âme de la France » (Colonel Antoine Argoud)
Ces mots du brillant officier que fut le Colonel Argoud ne cessent, depuis des années, de résonner à ma mémoire et je console mon amertume en me disant que s’il existe vraiment une justice, de Gaulle devrait aujourd’hui s’y trouver. En effet, mon éducation chrétienne m’incite à penser que toute œuvre humaine passe en revue devant Dieu pour être classée comme acte de fidélité ou comme acte d’infidélité. En face de chaque nom, dans les registres du ciel, sont couchés avec une redoutable exactitude toute action mauvaise, tout despotisme, toute trahison, tout parjure et la loi de Dieu sera sans appel pour ceux qui auront contrevenu à ses commandements. Par conséquent, si le paradis est accordé à De Gaulle, alors il n’y a plus de raison de craindre la Justice Divine… tout le monde y aura accès… et cela ne se peut !
Quand l’Histoire et la postérité jugeront Charles de Gaulle, elle dira :
« Il a demandé son succès à l’astuce et au mensonge ; il l’a déshonoré par ces milliers de morts qui ont cru à ses paroles. Et ses crimes d’avoir appelé les Musulmans à servir la France pour ensuite les abandonner au massacre, d’avoir trompé ses soldats, d’avoir abusé de cette candeur sublime sans laquelle il n’y a pas de héros, d’avoir privé du rayonnement de leur Patrie plus d’un million d’êtres après les avoir livrés à la hache des bourreaux, d’avoir couvert les enlèvements et laissé mourir dans d’indescriptibles souffrances des milliers d’êtres humains innocents… sont inexpiables ». C’est cela que l’Histoire ne lui pardonnera pas ! C’est d’avoir souillé d’astuce, de mensonges et de cruauté la grande œuvre d’unité que des générations précédentes avaient entreprise ; d’avoir taché indélébilement l’histoire de la France. « Les mensonges écrits avec de l’encre ne sauraient obscurcir la vérité écrite avec du sang ».
Dès 1944, il s’affirmait en fossoyeur de l’Algérie française en confiant à André Philip, ministre socialiste : « Tout cela finira par l’indépendance, mais il y aura de la casse, beaucoup de casse » et en 1957, bien avant sa prise de pouvoir, il laissait entrevoir à un autre ministre socialiste, Christian Pineau, sa conception de la politique algérienne basée essentiellement sur le mensonge, les palinodies et la trahison, qu’il comptait mener :
– Il n’y a qu’une solution en Algérie, c’est l’indépendance !
– Mais, mon général, pourquoi ne pas le dire maintenant ?
– Non, Pineau, ce n’est pas le moment !
Elu Président, lors d’un entretien avec André Passeron, journaliste au quotidien « Le Monde », de Gaulle confirmera la préméditation de sa trahison en indiquant que ses intentions, avant 1958, étaient bel et bien d’abandonner l’Algérie. Dans son livre, « De Gaulle 1958–1969 », page 314, on peut lire : « Tenez, par exemple, pour l’Algérie de tout temps, avant que je revienne au pouvoir et lorsque j’y suis revenu, après avoir étudié le problème, j’ai toujours su et décidé qu’il faudrait donner à l’Algérie son indépendance. Mais imaginez qu’en 1958, quand je suis revenu au pouvoir et que je suis allé à Alger, que je dise sur le forum qu’il fallait que les Algériens prennent eux-mêmes leur gouvernement, mais il n’y aurait plus eu de De Gaulle dans la minute même. Alors il a fallu que je prenne des précautions, que j’y aille progressivement et, comme ça, on y est arrivé. Mais l’idée simple, l’idée conductrice, je l’avais depuis le début ».
Ainsi, fit-il connaître au monde entier la duplicité à base de manipulations diverses dont il fit preuve tout au long de sa vie pour mener à bien ses ambitions politiques…
Et pourtant. Pour la majorité de la presse française et pour le peuple français par trop naïf et crédule, de Gaulle, cet instrument de braderie qui jamais durant la guerre d’Algérie ne fit preuve d’amour, de générosité et de dignité humaine, fut un objet d’admiration et d’enthousiasme. « Il était grand ! » Et voilà, ici, cette notion de grandeur qui sauve tout : « De Gaulle, ce grand homme ! »… Grand par la taille, oui, (1m96) quant au reste !…
Sous le vocable de grandeur on exclut tout d’un coup le critère du bien et du mal. Pour celui qui est grand il n’est pas de mal. Il n’est aucune horreur qui puisse être imputée à crime à celui qui est grand ! Ce qui est « grand » est bien ; ce qui n’est pas « grand » est mal. Et pourtant, parmi sa génération de soldats, il y eut de grands hommes, de vrais, ceux-là : Leclerc, De Lattre de Tassigny, Juin, Montsabert, Salan… mais lui, de Gaulle, était d’une autre race, brutal, cynique, ambitieux, assoiffé d’honneurs, hautain, méprisant, discourtois, cassant, sans rien d’aimable dans l’insolence… craint de ses propres ministres.
Alain Peyrefitte, en évoquant l’Algérie, écrira dans ses mémoires : « Dans cette affaire, le général a fait preuve d’une inutile cruauté » et rapportera ces mots méprisants qu’il eut à l’égard des harkis lors du Conseil des Ministres du 4 mai 1962 : « Les harkis, ce magma dont il faut se débarrasser sans attendre ! » Que de cynisme de la part d’un Chef d’Etat ! Et quand ce même Peyrefitte, pris de remords à la vue du désastre humain que représentait l’exode des Français d’Algérie exposera au « général Président », le 22 Octobre 1962, « le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l’épouvante des violences auxquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés… », De Gaulle répondra sèchement avec ce cynisme qu’on lui connaissait : « N’essayez pas de m’apitoyer ! »… On était bien loin du « C’est beau, c’est grand, c’est généreux la France ! »…
Cependant, ce qui est incompréhensible, c’est que tout le monde connaissait le personnage ; tout le monde savait cela, oui, mais voila : « Il était grand ! »… C’était suffisant. Sur la « grandeur », de ce « général micro », Churchill –qui l’a bien connu- dira avec sévérité : « De Gaulle, un grand homme ! Il est arrogant, il est égoïste, il se considère comme le centre de l’univers… il est… vous avez raison, c’est un grand homme… »
Pour bon nombre de journalistes et d’historiens, être grand c’est le propre de ces êtres d’exception qu’ils appellent des héros. Et de Gaulle se retranchant derrière l’Histoire, en abandonnant à leur perte non seulement ses anciens compagnons d’armes, ses soldats qu’il avait entraînés dans « son » aventure (que l’on se souvienne de Mai 1958 !) mais encore, plus d’un million de Français à qui il devait tout et autant de fidèles Musulmans engagés politiquement et militairement parlant… sentait « que c’était grand » et son âme était en paix. Et il ne vient à l’idée de personne que reconnaître pour grand ce qui échappe à la mesure du bien et du mal, c’est seulement reconnaître son propre néant et son incommensurable petitesse. Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas. Aux yeux du monde, de Gaulle l’a franchi…
Quelle responsabilité pour celui qui se déclarait le « sauveur de la France », pour celui qui avait « ramené la liberté », celui qui invoquait la grandeur morale, nationale et intellectuelle ! Rarement autant d’indifférence, d’immoralité politique et de vilénie furent mises au service d’une politique que l’on voulait faire passer pour pragmatique et généreuse. C’est là toute l’imposture gaulliste.
Le 19 janvier 1960, recevant exceptionnellement les élus d’Algérie, il les sidéra en déclarant d’une certaine hauteur : « L’intégration est une connerie, d’ailleurs, l’armée ne fait que des conneries ! » Et, toisant insolemment le député musulman M’hamed Laradji, il ajouta avec un mépris glacial : « Les Musulmans ne seront jamais des Français ! ». Laradji qui eut dix membres de sa famille assassinés par le FLN soutint le cynisme de De Gaulle en insistant sur le fait que la politique menée par le Chef de l’Etat allait faire souffrir les Algériens pro-français… ce à quoi, la « grandeur gaullienne » répondit sèchement : « Eh bien, vous souffrirez ! ».
… Et c’est ainsi que la guerre continua encore durant deux ans et six mois, couverte par les mensonges, les palinodies, les reniements, la trahison et tant pis pour ceux qui se firent tuer durant ce laps de temps : Soldats du contingent, militaires d’active, civils Musulmans, Chrétiens et Juifs, enlevés, torturés, égorgés, émasculés, ébouillantés, découpés en morceaux, femmes livrées à la prostitution…
Dans son livre « Les damnés de la terre », Alexis Arette (qui tenait l’information de Georges Bidault, l’ancien Président du Conseil National de la Résistance sous l’occupation allemande), rapporte l’anecdote suivante :
« Lors de la conférence de Casablanca qui se tint du 14 au 24 janvier 1943 afin de préparer la stratégie des alliés après la guerre à l’égard de l’Europe, Churchill parvint à réunir non sans mal Giraud et De Gaulle en face de Roosevelt. Giraud était indispensable dans l’élaboration de cette stratégie. Général de grande valeur, à la tête de l’armée d’Afrique, il ne devait aucune de ses étoiles aux « arrangements politiques du temps » et jouissait d’un grand prestige aux yeux des Américains depuis son évasion, l’opération Torch et la prise d’Alger. Ces derniers le considérant, sans la moindre équivoque, comme le chef militaire de la France combattante envisageaient très sérieusement une coopération unifiée où tout naturellement sur le plan strictement militaire de Gaulle était placé hiérarchiquement sous ses ordres… ce que le « général micro » n’appréciait guère. Les deux hommes se détestaient… Tout les opposait : le sens du devoir, la fidélité à la parole et à l’Etat, la valeur militaire, etc… Mais les Américains comprenant que le ralliement de l’Afrique dans sa globalité était nécessaire et que dans ce contexte Giraud qui restait loyal à Pétain – mais qu’ils considéraient comme infiniment plus fiable et d’une envergure supérieure à De Gaulle- était absolument incontournable. Churchill allait donc œuvrer pour mettre les deux hommes en face de Roosevelt et obtenir la fameuse poignée de main de circonstance dont la photo fera le tour du monde… Cependant Roosevelt, toujours frileux pour entrer en guerre en Europe, posa clairement la question aux deux officiers Français : « Les Etats Unis seraient susceptibles de débarquer en France à la condition que la France accepte d’ouvrir son empire au commerce américain et prenne l’engagement de décoloniser dans les trente ans ». Giraud eut un haut de cœur et claqua la porte… De gaulle resta. On connaît la suite… »
Peu de choses ont été dites officiellement sur le marchandage de cette entrevue et le refus de Giraud d’accepter les conditions honteuses du démantèlement de l’Empire Colonial Français, conditions auxquelles de Gaulle souscrivit sans le moindre scrupule…
Si Roosevelt n’estimait pas De Gaulle, Winston Churchill ne l’estimait pas davantage et dira du personnage : « De toutes les croix que j’ai portées, la plus lourde a été la Croix de Lorraine ». Un jour, il fit à de Gaulle cette remarque qui le glaça : « Votre pire ennemi, c’est vous-même. Vous avez semé le désordre partout où vous êtes passé ! »
Je me suis souvent demandé quel aurait été le sort de l’Algérie s’il n’y avait pas eu de Gaulle. L’Histoire aurait, assurément, été écrite différemment. A l’ordinaire, l’Histoire n’est qu’une résultante d’infiniment petites forces où chaque individu n’a que la part d’une composante élémentaire. Mais à certaines heures naissent des hommes qui résument en eux une force capable d’intégrer, d’orienter toutes les autres forces élémentaires de la nation. Ceux-là changent vraiment le destin des peuples et du monde. Ou plutôt ces hommes sont le destin… et de Gaulle en fait partie. Ainsi, concernant la guerre d’Algérie, l’Histoire, sous de Gaulle, nous a démontré qu’elle n’était jamais qu’un rocher imaginaire de gloire et de boue entraîné par des torrents de sang vers des absences de rivages… Et cette Histoire là, comme le sable, a bu les rêves et le sang de milliers d’hommes sans en être fécondée. »
José CASTANO
http://www.contre-info.com/de-gaulle-mythe-imposture-et-trahison#more-65855
jeudi 30 septembre 2021
Maurrassisme et gaullisme
Condamné en 1945, par un tribunal de la Libération, Charles Maurras se serait écrié : « C’est la revanche de Dreyfus ! » Peut-être de “vieux républicains” se demandent-ils aujourd’hui si le gaullisme ne représente pas, pour le maître de l’Action française, une sorte de revanche posthume. La Constitution actuelle ressemble à celle que le maréchal Pétain souhaitait, en 1944, léguer à la France et notre pays n’a pas connu, depuis le Premier Empire, un régime plus monarchique que celui de la Ve République.
Il va sans dire que les maurrassiens, je veux dire ceux qui ont été les disciples de Maurras ou qui se réclament explicitement de lui, sont, en majorité, passionnément hostiles au général de Gaulle. Ils détestent le responsable de l’épuration, “le grand trompeur”, celui qui, revenu au pouvoir à l’occasion des événements d’Alger, mena jusqu’à son terme, impitoyablement, l’entreprise que l’on accusait M. Pflimlin de préparer. Fidèles au maréchal Pétain et défenseurs de l’Algérie française, les maurrassiens ont été, en même temps, anti-gaullistes.
Ces faits ne prêtent pas au doute, mais là n’est pas le problème d’histoire auquel François Mauriac lui-même fait allusion dans son livre sur le chef de l’État et qui a été l’objet d’un débat organisé par la revue France Forum. D’après tous ses biographes, le général de Gaulle a été, dans sa jeunesse, influencé par Maurras. Que cette influence ait été effective ou non, la parenté est évidente entre la critique du parlementarisme, que l’Action française a reprise chaque matin pendant des années, et la critique gaulliste du “régime exclusif des partis”. Quelques idées appartiennent également à la pensée des deux hommes : la primauté de la politique et, en particulier, de la politique étrangère, la vision traditionnelle des États et de leur lutte permanente, l’indifférence aux idéologies qui passent alors que les nations demeurent, la passion de la seule France, au risque accepté que la France soit seule.
On objectera, à bon droit, que la Ve République emprunte au jacobinisme (M. Michel Debré) et au bonapartisme (référendum-plébiscite) plus qu’à l’ancienne France. Maurras se voulait contre-révolutionnaire et il détestait jacobinisme et bonapartisme. Le régime de la Ve République ne se situe certainement pas dans le courant contre-révolutionnaire, ni en fait ni moins encore en paroles, mais il répond à certaines exigences que proclamait la doctrine d’Action française : l’État fort, l’exaltation de l’indépendance nationale, bien suprême, le mythe du pays réel ou du peuple rassemblé contre les divisions partisanes « auxquelles les Français ne sont que trop enclins », le pouvoir, confié à un seul, de prendre les décisions qui engagent le destin de tous. Si le Sénat devait être transformé, l’an prochain, en une Assemblée des intérêts organisés, c’est-à-dire plus ou moins corporative, un autre emprunt aurait été fait au fonds maurrassien. L’Assemblée nationale subsiste et subsistera en tout état de cause, mais, au moins dans la conjoncture présente, elle n’exerce aucune influence sur la conduite de la diplomatie. Même en matière de législation, elle ne joue qu’un rôle limité. En d’autres termes, Charles de Gaulle aurait accompli, dans le cadre républicain, nombre des transformations que Charles Maurras aurait eu le tort de croire impossibles sans Restauration.
Je ne pense pas que ce rapprochement doive irriter ni les derniers fidèles de Maurras ni les fidèles, évidemment plus nombreux, du chef de l’État. Style de la diplomatie, caractères de la Constitution adaptée aux besoins et au caractère de la France, sur ces points la pensée du doctrinaire de l’Action française et celle du président de la République appartiennent à la même école, mais cette école compte bien d’autres docteurs : la critique de la démocratie est aussi vieille que la démocratie. Et, surtout, les oppositions entre maurrassisme et gaullisme — et non pas seulement entre Maurras et de Gaulle — ne sont pas moins frappantes que les similitudes.
Ces oppositions tiennent d’abord aux circonstances et aux personnalités. Maurras dénonçait la République mais aussi et surtout les minorités, juifs, francs-maçons, protestants, qu’il décrivait comme étrangères à la France, invisibles et puissantes. L’unité du pays était pour lui l’objectif suprême ; il n’en a pas moins, toute sa vie et jusqu’au dernier jour, nourri la haine que des Français vouaient à d’autres Français. Même le passé de la France, il ne l’acceptait pas tout entier. Les périodes, les œuvres, les idéaux qui ne répondaient pas à son système politique — voire à ses goûts esthétiques — il les condamnait sans hésitation : la France éternelle était une France dépossédée d’une partie d’elle-même. L’adversaire de l’Action française, vivant ou mort, risquait toujours d’être déclaré non-Français par un tribunal sans appel, mais heureusement sans force.
Le destin du général de Gaulle a été, par deux fois, de symboliser les discordes des Français en même temps que le rêve de leur unité. À Londres, déjà, en 1940, entouré de quelques-uns, il croyait à son destin et voyait à l’avance la France unie dans la Résistance et pour la victoire. Pendant les douze années de la “traversée du désert”, il a, lui aussi, usé et abusé de la polémique — et celle-ci n’est pas compatible avec l’équité. Du moins s’en prenait-il plus au “système” qu’aux hommes, ce qui lui est d’autant plus facile que la France, à ses yeux, transcende les Français, leurs médiocrités et leurs misères. De la communauté nationale, il retient le passé tout entier, monarchies et républiques, Louis XIV et Napoléon, Barrès et Jaurès. La France gaulliste n’est pas fixée une fois pour toutes dans l’ordre romain, monarchique ou classique, elle reste elle-même, mais à la condition d’“épouser son siècle”.
Là est probablement, au moins dans l’ordre philosophique, la différence essentielle entre la pensée de Maurras et celle du général de Gaulle. Le premier a presque ignoré les traits originaux des sociétés modernes parce qu’il voyait dans le devenir plus une menace contre l’ordre qu’un mouvement créateur. Le deuxième même s’il conserve la nostalgie de l’ordre est conscient des chances et des nécessités de notre époque : depuis les divisions blindées jusqu’à la décolonisation, il a voulu prendre pour devise : on ne commande à la nature qu’en lui obéissant. Alors que la plupart des maurrassiens s’emprisonnaient eux-mêmes en un système peu à peu sclérosé, le général de Gaulle est enclin à une sorte de pragmatisme supérieur. L’Histoire n’est pas, à ses yeux, une fatalité à laquelle il faut se soumettre, elle n’est pas non plus une divinité bienfaisante, elle est un milieu tour à tour favorable et hostile, que l’homme d’État a le devoir de comprendre afin de le maîtriser. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, la colonisation, telle qu’elle fut hier ou avant-hier, est, à ses yeux, comme la lampe à pétrole ou la marine à voile. L’esprit d’une époque n’est pas moins contraignant que la technique de production ou les instruments de guerre.
Du même coup, deux questions se posent et la réponse qui leur sera donnée par l’avenir déterminera le sens final du gaullisme : l’absolu de la souveraineté nationale est-il contemporain des armes atomiques ? La Constitution de la Ve République est-elle ou non, en dépit de ses sources historiques, le modèle de la démocratie à l’âge industriel ?
Raymond Aron, Le Figaro, 17 décembre 1964.
lundi 27 septembre 2021
Charles de Gaulle, la « Révolution conservatrice » et le personnalisme du mouvement l’Ordre nouveau 4/4
En revanche, une question devait éloigner beaucoup d’anciens membres de l’Ordre nouveau du général de Gaulle, après la Deuxième Guerre mondiale : celle du fédéralisme européen. A. Marc et Robert Aron furent en effet les fondateurs de la Fédération et du Mouvement fédéraliste européen. Le contentieux allait s’alourdir au congrès de La Haye en 1948 et aux propos du général de Gaulle sur les « cabris », en passant par la Communauté européenne de défense. A. Marc nous a précisé, à ce sujet, que le général de Gaulle ne lui avait pas tenu rigueur de ses articles des années 50 et 60. Il aurait même empêché, en 1962, que l’on ne supprime les crédits du Centre international de formation européenne, dirigé par A. Marc à Nice et dont les thèses étaient pourtant très éloignées des siennes.
L’influence de « l’esprit des années 30 » apparaît donc important sur la formation de la pensée politique gaullienne. Ce type de recherche d’influences possède bien entendu ses limites. Il n’en reste pas moins que nous pouvons estimer que de Gaulle a pu élaborer une ébauche de doctrine politique qui va dans le même sens que celle des personnalistes, notamment dans la volonté de dépasser la droite et la gauche et d’intégrer dans la démocratie même la critique de la démocratie, celle de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. En cela, il a su dépasser un patriotisme traditionnel et a permis plus tard, sous la Ve République, d’opérer l’entrée de la France dans le monde moderne.
Pascal Sigoda, article tiré de la revue fédéraliste L’Europe en formation n°301, été 1996. Texte extrait de Charles de Gaulle, un non-conformiste parmi les siens (les intertitres sont de la rédaction).
Notes :
1. Suivant le titre du livre de Daniel-Rops, Éd. du siècle, 1932, qui leur est consacré.
2. À ce sujet, voir : « Ernst Jünger et le National Bolchevisme », L. Dupeux, Magazine littéraire n° 130 (dossier Jünger), nov. 1977 ;
– Stratégie communiste et dynamique conservatrice, L. Dupeux, thèse, diffusion H. Champion, 1976, 626 p., 2 vol. ;
– Doctrinaires de la révolution allemande (1918-1938), Edmont Vermeil, éd. F. Sorlot, 1938, 391 p. ;
– La Révolution du nihilisme, H. Rauschning, Gal., 1938 ;
– Hitler m’a dit, H. Rauschning, Pluriel poche, 1979, 384 p. (1ère édit.1940) ;
– Le Front noir contre Hitler, Otto Strasser, Victor Alexandrov, Marabout, 1969, 305 p.
– Langages totalitaires, Jean-Pierre Faye, La Raison critique de l’économie narrative, Hermann, 1980, 784 p.
3. « La contrepartie positive de l’anarchiste, c’est l’Anarque. Celui-ci n’est pas le partenaire du monarque mais son antipode, l’homme que le puissant n’arrive pas à saisir, bien que lui aussi soit dangereux. Il n’est pas l’adversaire du monarque mais son pendant » (entretien avec Marcel Jullian). Consulté, E. Jünger ne nous a pas répondu sur la question d’éventuels liens entre sa pensée et celle de Charles de Gaulle. Il est vrai que toute question relative à la « Révolution conservatrice » s’est considérablement obscurcie depuis une dizaine d’années. Cette ligne politique est, en effet, utilisée par le néo-fascisme comme plus « présentable ».
4. « Le député national-allemand Paul Eltzbacher appelle ses compatriotes à se placer en toute honnêteté sur le terrain du bolchevisme pour échapper à "l’esclavage" promis par le futur traité de paix, mais aussi pour parvenir à une reconstruction complète de l’État », L. Dupeux (se référer à la note 2).
5. C'est un des points qui rapprochent le national-bolchevisme et le fascisme italien. Le Manifeste du futurisme dû à Filippo Tommaso Marinetti, publié en français dans Le Figaro du 20 février 1909, est prémonitoire à cet égard : « Nous affirmons que la magnificence du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle, la beauté de la vitesse. Une automobile de course, le capot entouré de gros tubes semblables à des serpents au souffle explosif…, une automobile rugissante qui semble courir sur la mitraille, est plus belle que la victoire de Samothrace… ».
6. « Il y a là une réalité politique et affective, aussi ancienne que nos deux pays, qui tient à leur histoire et à leur géographie, au fait qu’aucun grief fondamental ne les opposa jamais… », discours à Moscou, 20 juin 1966.
7. 10 mai 1924, voir exposition « Le Fil de l’épée », Musée de l’Ordre de la libération, avril-juin 1983, Plon (catalogue).
8. L’Allemagne et le général de Gaulle (1924-1970), J. Binoche, l’Appel, Plon, 1975, 227 p.
9. Suivant le titre de l’ouvrage de J.-L. Loubet del Bayle, Le Seuil, 1969, 495 p.
10. Sur l’Ordre nouveau, voir notamment Lipiansky (E.), « L’Ordre nouveau (1930-1938) » dans l’ouvrage Ordre et démocratie, PUF, 1967.
11. À ce sujet, voir :
– « Les sources de la pensée sociale du général de Gaulle », 1890-1914, Études gaulliennes n° 7/8, 1974 ;
– « Les sources de la pensée sociale du général de Gaulle », Pascal Sigoda, Mémoire D.E.S. Paris II, 1977, 146 p. ;
– « De Gaulle et le gaullisme », F.-G. Dreyfus, Les Sources de la pensée gaullienne, Plon, p. 55 à 65.
12. Sur cette période, voir :
– Charles de Gaulle, général de France, Lucien Nachin, Éd. Colbert, 1944, 124 p. ;
– Hommage à Lucien Nachin, Berger-Levrault, 1951 ;
– De Gaulle, Jean Aubertin, Seghers, 1966, 190 p. ;
– De Gaulle, J. Lacouture, Le Seuil, 1965, 188 p. ;
– Mon général, Olivier Guichard, Grasset, 1980 ;
– Lettres et carnets (1919-juin 1940), C. de Gaulle, Plon, 1970.
13. Sur ce dernier :
– « Le colonel Mayer et son cercle d’amis », Henri Lerner, Revue historique, 1966, p. 75-94.
14. De Gaulle, Le Seuil, p. 38.
15. Celui-ci publiera plus tard La France et son armée, dans la collection qu’il dirige chez Plon après 1935. Le colonel Mayer assurera la correction des épreuves de ce livre.
16. Ouvrage cité (p. 79).
17. Entrevue avec Alexandre Marc, le 26 février 1983.
18. Il n’a pas été possible de trouver d’autres témoins. P.O. Lapie et Louis Joxe, qui auraient pu disposer d’informations, n’ont pu nous donner de confirmation.
19. P. Andreu, La Nation française n° 336, cité par J.-L. Loubet del Bayle.
20. Titre du premier ouvrage dû aux réflexions de l’Ordre nouveau, Robert Aron et Arnaud Dandieu, 1931, Éd. Rieder.
22. Éditions Rieder.
22. – Revue Plans, n° 7, juillet 1931, p. 6 ;
– Dans Les chênes qu’on abat, Malraux fait dire à de Gaulle : « Le travail n’est pas la vie. »
23. Œuvre citée, p. 420.
24. Proches des « non-conformistes », nous retrouvons aussi François Perroux, P.O. Lapie, André Philip, Louis Vallon, Le Corbusier, Louis Terrenoire…
25. « Tendances politiques dans la vie française depuis 1789 », p. 131.
26. On peut également noter à un moindre degré les influences de Sorel, Nietzsche et Maurras.
27. Arnaud Dandieu et Alexandre Marc ne deviendront catholiques qu’après la formation de l’Ordre nouveau.
28. À ce sujet, voir :
– Jamais dit, Raymond Tournoux (témoignage de Joseph Folliet), Plon, 1971.
– « Les sources de la pensée sociale de Charles de Gaulle », Études gaulliennes n° 7/8, 1975.
29. – Sept, Aline Coutrot, éd. Cana, 1982.
– Temps présent (1937-1947), un hebdomadaire d’inspiration chrétienne, Maurice Neyme, Mémoire de sciences politiques, Lyon, 1970.
30. Paris, Plon, 1933.
31. Et amena des difficultés avec Esprit.
32. Voir Les Doctrinaires de la révolution allemande (déjà cité), E. Vermeil, p. 175-220.
33. « Pour un communisme national », Alexandre Marc, La Revue d’Allemagne, 15 oct. 1932.
34. « Les Adversaires », Alexandre Marc, La Revue d’Allemagne, 5 avril 1933.
35. Selon un témoignage recueilli, le général de Gaulle aurait effectué, après la Deuxième Guerre mondiale, quelques recherches dans le domaine constitutionnel et demandé des conseils bibliographiques à René Capitant, qui l’aurait orienté not. vers Rousseau, Carré de Malberg, etc.
- Pour approfondir : Révolution conservatrice allemande / non-conformistes des années 30 français… Que peut-nous apprendre une analyse comparative ? C'est cet exercice ardu que tente l'ouvrage collectif dirigé par Gilbert Merlio, publié en 1995 par la Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine et intitulé : Ni gauche, ni droite : les chassés-croisés idéologiques des intellectuels français et allemands dans l'Entre-deux-guerres (24 €, 314 p.). La préface de Gilbert Merlio et la conclusion de Hans Manfred Bock abordent précisément cette question de la comparaison de ces deux constellations idéologiques. Et les convergences identifiées sont nombreuses : idéologie de la crise, communauté des refus, recherche d'une autre modernité…

