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vendredi 3 février 2023

Crécy 1346, la bataille des cinq rois (David Fiasson)

 

David Fiasson, agrégé d’histoire, est enseignant-chercheur contractuel en histoire médiévale à Cergy Paris Université. Après avoir consacré sa thèse à la « frontière des ennemis » durant la seconde partie de la guerre de Cent Ans, il dédie actuellement ses recherches aux liens entre la guerre médiévale et le patrimoine matériel et immatériel.

Quelques mois avant que la Peste noire ne décime leurs royaumes, on pouvait estimer que Philippe VI régnait sur près de 15 millions de sujets, et son rival Edouard III sur guère plus de 5 millions. Leurs ressources financières et leur puissance militaire étaient tout aussi disproportionnées : vers l’an 1340, le roi de France disposait d’au moins 30.000 cavaliers et 30.000 fantassins, alors que l’armée anglaise qui débarqua en France en 1346 comptait moins de 15.000 combattants. Avec une France si peuplée, si riche et si forte, et une Angleterre si pauvre et si faible, Crécy aurait dû en toute logique marquer la fin précoce de la guerre de Cent Ans, tant la victoire semblait promise au Valois. Et pourtant, au soir d’une bataille particulièrement meurtrière pour les Français, c’est bien Philippe VI qui fut contraint à la fuite pour éviter la capture. Ce fut la défaite de la meilleure chevalerie d’Europe face aux archers gallois. Ce livre tente d’analyser méthodiquement cette défaite française si cuisante qu’elle justifia une modification profonde des tactiques françaises. La plus spectaculaire fut assurément l’abandon des grandes charges de cavalerie menées de front, à la lance. Elles constituaient en effet un piège mortel, car les archers anglais pouvaient abattre les chevaux avant que les hommes d’armes français n’aient pu infliger aux lignes anglaises le choc décisif de leurs lances. Prisonniers de leurs montures, les malheureux étaient voués au massacre, tandis qu’à l’arrière les réserves ne pouvaient plus donner, un rempart de chevaux leur bloquant le passage.

L’auteur montre que s’il est injuste d’affirmer que les Français n’ont rien appris de leurs défaites, ce serait s’aveugler que de prétendre qu’ils en ont tiré toutes les leçons. Le manque d’intérêt témoigné par les Français aux armes de trait leur coûtera encore d’autres sévères défaites…

Un ouvrage qui passionnera tous les amateurs d’histoire militaire.

Crécy 1346, David Fiasson, éditions Perrin, 320 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/crecy-1346-la-bataille-des-cinq-rois-david-fiasson/166518/

jeudi 1 septembre 2022

La guerre de Cent Ans (Georges Minois)

 

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Georges Minois, spécialiste du bas Moyen Âge, est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés à cette période de l’histoire.

Cette guerre s’étale de 1337 à 1453, soit exactement 116 ans, et oppose le roi de France au roi d’Angleterre, autour de la revendication de ce dernier à la possession de tout ou d’une partie du royaume de France en toute souveraineté. Tel est l’enjeu officiel d’un siècle de massacres. Mais derrière les objectifs affichés, il y a des réalités plus profondes qui dépassent largement le cadre d’un affrontement entre deux monarchies. C’est ce que veut montrer ce livre.

L’auteur examine également tous les moyens utilisés durant cette guerre totale : perfectionnement des techniques militaires, espionnage, propagande, guerre économique, armes religieuses et idéologiques. La guerre de Cent Ans est plus qu’une guerre, c’est une mutation de civilisation, qui marque le passage de la chrétienté féodale à l’Europe des nations, à travers la prise de conscience de l’identité nationale de la France et de l’Angleterre.

Le cœur des affrontements est la France mais de nombreux conflits annexes viennent s’y greffer au duel central, qui pousse des ramifications jusqu’au sud de l’Espagne et de l’Italie, en Suisse et aux Pays-Bas, sur les franges de l’Empire germanique, menant à une véritable guerre européenne par le jeu des alliances.

Cet ouvrage, après avoir rappelé les événements, les replace dans leur contexte et tente un bilan global, dans les trois derniers chapitres, des mutations socio-économiques, politico-militaires, religieuses et culturelles, provoquées par un siècle de déchaînement guerrier. 

La guerre de Cent Ans, Georges Minois, éditions Perrin, collection Tempus, 804 pages, 12,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-guerre-de-cent-ans-georges-minois/54278/

mercredi 12 décembre 2012

Guerres & Histoire n°10 : "La guerre de Cent ans, les clés d'une révolution militaire", avec Laurent HENNINGER

Voici le thème du dossier de Guerres & Histoire N°10, qui sera en kiosque ce vendredi 14 décembre. Je vous le présente sous la forme d’une interview de Laurent Henninger, chercheur à l’Institut de recherches stratégiques de l’Ecole militaire (IRSEM). Il a été la source vive de ce dossier pour une raison simple : voici vingt ans qu’il laboure ce sujet ! Inoxydablement...
Jean Lopez, directeur de la rédaction.
http://www.theatrum-belli.com

mardi 20 novembre 2012

Fière Bretagne Des origines à 1532

La Bretagne, cette péninsule indissociable de la physionomie de l'Hexagone, est de toutes les provinces françaises l'une des plus attachées à ses particularismes et à son Histoire, même si, depuis un demi-millénaire, son attachement à la monarchie et à la République n'a jamais été pris en défaut.
Joseph Savès

De l'Armorique à la Bretagne

Connue des Anciens sous le nom d'Armorique (on reconnaît dans ce nom la racine celtique armor, qui désigne la mer), cette région au sous-sol granitique s'est montrée très accueillante aux civilisations des mégalithes (grandes pierres dressées). Les vestiges de ces civilisations préhistoriques sont particulièrement denses autour du golfe de Vannes (Locmariaquer, Carnac...).
D'après le peu que l'on en sait, ces civilisations se seraient épanouies à partir de 3500 avant JC jusqu'en 1500 av. J.-C. environ, à l'époque néolithique. Elles auraient été développées par des populations venues en bateau de Grande-Bretagne ou d'Allemagne.
À la civilisation des menhirs, avec ses longs alignements de pierres dressées, comme à Carnac, à vocation funéraire, magique ou religieuse, aurait succédé, non sans violences, la civilisation des dolmens. Les dolmens sont des tables en pierres qui, à l'origine, étaient recouvertes d'un tumulus de terre. Ils servaient de tombes collectives. Les plus remarquables sont la table des Marchant, à Locmariaquer, et le tumulus de l'îlot de Gavrinis, dans le golfe de Vannes.
Beaucoup plus tard (600 ans av. J.-C.) ont déboulé les Celtes, que les Romains appelaient Gaulois. Les Celtes d'Armorique se répartissaient en cinq peuples principaux : les Redones, dont le nom se retrouve dans celui de la ville de Redon, les Vénètes (Vannes), les Namnètes (Nantes), les Curiosolites (autour de Saint-Brieuc) et les Osismiens (autour de Brest).
Ils ont été soumis non sans difficulté par Jules César. Le général romain eut fort à faire pour soumettre les Vénètes, en 56 av. J.-C.. Il les affronta dans une bataille navale et l'on montre encore, à la pointe du golfe de Vannes, le tumulus du haut duquel, paraît-il, il surveilla la bataille.
Intégrée par Rome à la province de Gaule belgique, l'Armorique, du fait notamment de sa situation excentrique, résista à la romanisation et conserva sans doute mieux que le reste de la Gaule ses racines celtiques. Elle fut également épargnée par les invasions germaniques au Ve siècle.
De ce fait, de la fin du Ve siècle au VIIe siècle, les Celtes de Britannia (la Grande-Bretagne actuelle) trouvèrent naturel de se réfugier en Armorique lorsque leur île fut envahie par des hordes d'Angles, de Saxons et autres Germains ! C'est ainsi que l'Armorique, devenue le refuge des Bretons, renoua avec la langue celtique et prit le nom sous lequel elle est aujourd'hui connue : la Bretagne. Parmi les nouveaux arrivants figuraient beaucoup de moines qui eurent à coeur d'évangéliser la péninsule et y multiplièrent les fondations d'abbayes (Samson, Paterne...).

La Bretagne en quête d'indépendance

Charlemagne a le plus grand mal à soumettre les Bretons malgré la victoire du comte Wido sur les chefs locaux en 799. Son fils Louis le Pieux confère au chef breton Nominoë le titre de duc dans l'espoir de se l'attacher. Mais Nominoë ne tarde pas à se soulever contre les Francs. Le 22 novembre 845, il bat à plate couture les troupes de Charles le Chauve, fils de Louis le Pieux, à Ballon, près de Redon.
À sa mort, en 851, son fils Erispoé lui succède à la tête de la Bretagne et obtient de Charles le Chauve rien moins que le titre de roi ! La Bretagne devient indépendante pour près de sept siècles.
Erispoé ne profite pas longtemps de son triomphe. Il est assassiné en 857 par son cousin Salomon, lequel s'attribue le titre royal. Salomon adjoint la presqu'île du Cotentin à son royaume.
De nouveaux venus, les Normands, vont mettre à mal le frêle royaume. Installés à l'embouchure de la Seine depuis 911, ils l'envahissent par terre aussi bien que par mer. Alain II Barbe-Torte vainc enfin les Normands en 939 à Trans, près de Cancale et de l'actuel mont Saint-Michel. Cela lui vaut le titre de «duc des Bretons».
Les avanies subies par les Bretons au cours des années passées ont entraîné un recul de la frontière linguistique. À l'aube de l'An Mil, celle-ci se fixe sur une ligne qui va de Suscinio, au sud, sur le golfe de Vannes, à Plouha, au nord, près de Paimpol. À l'est, on parle désormais un dialecte roman comme les autres Francs, le «gallo», à l'ouest, on reste fidèle au parler celtique.
Aux XIe et XIIe siècles, les Bretons affrontent deux puissants seigneurs voisins, les comtes d'Anjou et les ducs de Normandie. La situation se corse quand, en 1154, le comte d'Anjou Henri II Plantagenêt devient aussi roi d'Angleterre et duc de Normandie ! Celui-ci, qui lorgne sur la péninsule, marie son fils Geoffroi à Constance, fille et héritière du duc Conan IV.
La Bretagne est sur le point de tomber dans l'escarcelle des Plantagenêt quand meurt dans un tournoi son nouveau duc, Geoffroi II. Le duché revient à son fils posthume, qui lui-même meurt en bas âge en 1203, puis à la demi-soeur de celui-ci, Alix !
Le roi de France, Philippe Auguste, profite de la situation. Il marie Alix à un sien cousin, Pierre de Dreux, de sorte que le duché passe dans la mouvance capétienne. .

La guerre de Succession de Bretagne

Le duché, toujours attaché à son indépendance, passe de père en fils jusqu'à Jean III le Bon. Celui-ci décède le 30 avril 1341 sans enfant et sans héritier désigné.
Charles de Blois, neveu du roi de France et époux de Jeanne de Penthièvre, nièce du duc Jean III le Bon, réclame la succession de celui-ci. Il a l'appui de la haute noblesse et du roi de France Philippe VI de Valois.
Le demi-frère du défunt duc, Jean de Montfort, conteste la succession par les femmes. Il la dénonce comme contraire au droit capétien. Paradoxe : il a le soutien de la petite noblesse bretonne et surtout du roi d'Angleterre Édouard III qui, lui-même, vient de revendiquer la couronne de France... en arguant de la succession par les femmes !
Dans un premier temps, Jean de Montfort prend possession du duché mais il est rapidement défait par l'armée française et emprisonné au Louvre, à Paris. Sa femme Jeanne de Flandre poursuit le combat. Libéré en 1343 à la faveur d'une trêve, Jean de Montfort meurt peu après.
La guerre de Succession de Bretagne, aussi appelée guerre des deux Jeanne, étroitement imbriquée à la guerre franco-anglaise, plus tard appelée guerre de Cent Ans, va perdurer de longues années. Parmi ses péripéties les plus pittoresques, on retient le combat des Trente à Ploërmel.

Vers la paix

En 1352, à Mauron, une bataille occasionne plusieurs centaines de victimes dans les deux camps. Enfin, à Auray, le 29 septembre 1364, Charles de Blois est défait et tué.
La paix signée à Guérande le 12 avril 1365 consacre la victoire posthume de Jean de Montfort. C'est son fils qui prend la couronne ducale sous le nom de Jean IV.
À la même époque, le capitaine Bertrand du Guesclin, un ancien partisan de Charles de Blois, se met au service du roi de France et donne la paix au royaume.
Resté secrètement allié au roi d'Angleterre dont il a épousé la fille, Marie, Jean IV est chassé de ses terres par Bertrand du Guesclin. Mais les protestations de la noblesse bretonne obligent la France à le rétablir dans ses droits par un second traité de Guérande, en 1381.
On assiste dès lors, au XVe siècle, en Bretagne comme en France, au retour de la prospérité et de l'effervescence artistique. La Bretagne découvre le gothique flamboyant et se dote de nombreuses et belles églises.

Deux mariages pour le prix d'un

Au sortir de la guerre de Cent Ans, la France, qui a retrouvé de l'assurance, se fait de plus en plus pressante.
Dans l'espoir de préserver l'indépendance de son duché, François II de Bretagne commet la sottise de s'allier en 1485 à Louis d'Orléans (futur Louis XII) et à quelques autres grands seigneurs. Ensemble, ils combattent le jeune roi de France et sa soeur, la régente Anne de Beaujeu. Cette «Guerre folle» se termine par la victoire des troupes françaises commandées par La Trémoille, à Saint-Aubin-du-Cormier, non loin de la ville de Fougères, le 28 juillet 1488.
Le duc François II, vaincu, signe le 19 août 1488 le traité du Verger par lequel il promet que sa fille et héritière Anne ne se mariera pas sans le consentement du roi de France.
Après sa mort, trois semaines plus tard, les seigneurs bretons, soucieux de leur indépendance, prient Anne d'épouser par procuration le futur empereur d'Allemagne Maximilien 1er de Habsbourg (31 ans). Le roi de France Charles VIII n'apprécie pas d'être ainsi trompé. Après bien des péripéties, il obtient d'épouser la promise.
Avec ce mariage royal, la Bretagne devient fief français mais seulement en droit. La duchesse l'administre en toute liberté. Le contrat de mariage prévoit qu'Anne devra épouser le nouveau roi si son mari meurt sans enfant. Las, le couple a six enfants mais tous meurent en bas âge avant que ne meure à son tour Charles VIII, victime d'une chute malencontreuse dans son château d'Amboise, le 8 avril 1498.
Le trône revient à l'héritier des Orléans, lointain cousin du roi et époux de sa soeur Jeanne la Boîteuse. Devenu roi sous le nom de Louis XII, il annule sans regret son mariage, qui n'a pas été consommé, et épouse à son tour Anne de Bretagne, qu'il aimait, dit-on, en secret. Un peu plus chanceux que le précédent, ce nouveau mariage se solde par deux filles : Claude, future reine de France, et Renée, future duchesse de Ferrare.

Intégration en douceur de la Bretagne

 Anne obtient que sa fille aînée Claude de France, née en 1499, soit fiancée au futur empereur Charles Quint (comme à la génération précédente, elle espère ainsi sauvegarder l'indépendance de la Bretagne).
Mais Louis XII ne l'entend pas de cette oreille. En 1506, il fiance d'office sa fille à son cousin François d'Angoulême, héritier légitime du royaume.
Anne meurt le 9 janvier 1514, à près de 37 ans, et quatre mois plus tard, le 8 mai 1514, sa fille Claude épouse François d'Angoulême. À cette occasion, elle fait don de la Bretagne à son mari. Celui-ci devient roi de France sous le nom de François 1er à la mort de Louis XII, le 1er janvier de l'année suivante.
C'est seulement en 1532 que les états généraux de Vannes approuvent le rattachement du duché au royaume de France. Ils préservent toutefois leurs privilèges ainsi que l'autonomie judiciaire et fiscale du duché.

lundi 3 septembre 2012

Le sacre de Charles VII

Le 17 juillet 1429, le Roi Charles VII, conduit à Reims par Jeanne d’Arc, y était sacré Roi de France.
Le 17 juillet 1429, à Reims, Charles VII reçut l’onction du Sacre, des mains de l’archevêque Régnault de Reims. « Il n’en avait aucun besoin pour être roi de France, a remarqué l’historien Jean Favier(1). Depuis plus de deux siècles, l’hérédité faisait le roi, non le sacre. » Cependant le sacre du fils de Charles VI et d’Isabeau de Bavière revêtit à l’époque une importance cruciale et le désigna aux Français comme le roi légitime. Jean Favier en apporte aussi l’explication : le sacre levait les doutes qui pesaient sur la légitimité du Dauphin, dont la propre mère avait mis en doute la filiation et qui se posait lui-même des questions sur ses origines. À Chinon, Jeanne d’Arc l’avait rassuré à ce sujet : « De Messire, je te dis que tu es vrai héritier de France, et fils du roi. Et il m’envoie à toi pour te conduire à Reims. »
Par le Sacre, Dieu Lui-même confirmait le bon droit de Charles VII. Ses partisans ne furent pas seuls à le penser : « Dans le royaume du Lancastre, observe encore Jean Favier, on s’étonna sincèrement : Dieu permettait le sacre d’un « soi-disant roi » » Le jeune roi d’Angleterre, Henri VI, eut beau se faire sacrer à son tour à Notre-Dame de Paris, le 16 décembre 1431, les Parisiens n’y crurent pas et daubèrent la ladrerie des Anglais, qui n’avaient pas donné à l’événement un brillant suffisant.
En effet, écrit Jean-Paul Roux(2), « tous les esprits « conservateurs », c’est-à-dire cultivés et lucides, comprennent aussitôt que le sacre anglais n’est que simulacre et imposture, d’abord parce qu’il y a déjà un roi sacré, ensuite parce que la cérémonie n’a pas eu lieu à Reims (mais Hugues Capet avait été sacré à Noyon, Louis VI le Gros à Orléans), enfin et surtout parce que l’étranger n’a pas été oint du saint baume. Jeanne la première l’avait parfaitement vu, comme le virent aussi les villes qui exprimèrent leur jubilation et tous ceux qui s’acharnèrent sur cette jeune fille de dix-neuf ans et la firent brûler à Rouen. » Le procès de Rouen et la condamnation de Jeanne auront d’ailleurs pour principal objet de jeter le doute sur la validité du Sacre de Charles VII.
L’enjeu était donc de taille. Et pourtant, l’affaire n’avait pas été de soi, en dépit des victoires répétées qui, après Orléans, ouvraient le chemin de Reims : la prise de Jargeau le 12 juin, l’occupation du pont de Meung le 15, de Beaugency le 17 et, surtout, l’éclatante victoire de Patay, le 18.
Jeanne trouvait en face d’elle les conseillers malveillants de Charles VII, l’archevêque de Reims Régnault de Chartres et Georges de la Trémoïlle, qui avaient quelque intérêt à ménager le duc de Bourgogne et craignaient de perdre leur influence. Après Patay, devant Troyes, Régnault de Chartres conseillait ainsi de faire retraite ! Pour la soutenir, elle pouvait heureusement compter sur Dunois, le bâtard d’Orléans, qui emporta la décision du roi. Elle-même, appelée au conseil, se jeta aux pieds de Charles VII : « Gentil Roi de France, ne tenez point de si longs conseils, mais venez à Reims prendre votre digne Sacre, car je suis fort aiguillonée là-dessus... »
Or est exécuté le plaisir de Dieu
Troyes ayant ouvert ses portes, et Châlons prise, l’armée royale se présenta devant Reims, où Messire Pierre Cauchon, l’évêque de Beauvais ami des Anglais, mais né à Reims, venait de célébrer la Fête-Dieu. La bourgeoisie et le peuple rémois obtinrent que l’on ouvrît les portes de la ville à Charles VII et Mgr Cauchon n’eut d’autre ressource que de s’enfuir. Il prendrait sa revanche à Rouen…
Les clefs de Reims furent apportées au roi, qui le 16 juillet fit dans la ville du Sacre une entrée triomphale, suivi par Jeanne d’Arc et par ses capitaines, toutes les cloches sonnant à la volée.
Le Sacre lui-même eut lieu le lendemain, selon le rituel. Escorté par les quatre chevaliers « otages de la Sainte-Ampoule » — au nombre desquels figurait Gilles de Rais – qui traditionnellement entraient à cheval dans la cathédrale, l’abbé de Saint-Rémi apporta le Saint-Chrème. Le Roi prêta serment de « conserver la paix de l’Eglise, préserver le peuple des exactions et ingravances, gouverner avec justice et miséricorde ». Puis le duc d’Alençon l’arma chevalier. Enfin l’archevêque de Reims le sacra avec le Saint-Chrême, le couronna d’une couronne trouvée dans la cathédrale et, le montrant au peuple, cria : « Vive le Roi à jamais ! »
« Et estoit moult belle chose à voir, le beau mystère, et aussi la grand’joie que chacun en avoit. Et à l’heure où le Roi fut sacré, et quand on lui assit la couronne sur la teste, tout homme cria : Noël, et les trompettes sonnèrent en telle manière qu’il sembloit que les voûtes de l’église se dussent fendre ».(3)
Et Jeanne ?
« Quand la Pucelle vit que le Roi estoit sacré et couronné, elle s’agenouilla, présents tous les seigneurs, devant lui, et l’embrassant par les jambes lui dit en pleurant à chaudes larmes : « Gentil Sire, or est exécuté le plaisir de Dieu, qui vouloit que je levasse le siège d’Orléans, et que je vous amenasse en cette cité de Reims, recevoir votre digne Sacre, en montrant que vous êtes vrai Roi, et celui auquel le Royaume de France doit appartenir... » »(4)
Hervé Bizien monde & vie  28 juillet 2012
1.    Jean Favier, La Guerre de Cent ans, Fayard, 1980
2. Jean-Paul Roux, Le Roi, mythes et symboles, Fayard, 1985
3 et 4. Citations tirées de La condamnation de Jeanne d’Arc, de M-L.Amiet, Nouvelles éditions du siècle, 1934.

mercredi 9 mai 2012

Comment les rois de France réglaient leurs dettes

Depuis Saint Louis, les finances de la France ont l’habitude d’être dans le rouge… Et pour rétablir l’équilibre des comptes, chaque roi a sa recette miracle. Emprunt, impôts, spoliation, faillite, tout est bon pour remplir les caisses. Instructif, mais pas forcément transposable !

Aux premiers temps, pas d’impôts ni de taxes

Aux premiers temps de la monarchie capétienne, le roi est seulement le premier des nobles. Comme les autres barons du royaume, il vit des droits seigneuriaux et des produits qu’il tire de ses domaines personnels.
Son autorité découle de l’ordre féodal. Pour la guerre, il convoque le ban et l’arrière-ban : ses vassaux se mettent à sa disposition pendant quarante jours avec leurs pages et leurs chevaliers.
Le roi n’a donc que des ressources et des besoins modestes. Pas d’impôts ni de taxes, si ce n’est des contributions exceptionnelles que l’on réclame aux bourgeois ou à l’Église en faisant valoir l’urgence du moment et l’intérêt général.

Des guerres dispendieuses

Dans la famille des rois dispendieux, je demande Louis IX, notre brave Saint Louis. Le Trésor part en quenouille avec lui au XIIIe siècle.
La raison ? Principalement les ruineuses croisades qu’il engage en Terre Sainte par deux fois mais aussi les précieuses reliques de la Passion qu’il collectionne pour la Sainte Chapelle, dont la couronne du Christ achetée 40.000 livres, soit l’équivalent du coût de construction de la Sainte Chapelle elle-même !
Sa première croisade, en 1248, va engloutir pas moins d’un million et demi de livres alors que les seuls revenus du royaume s’élèvent annuellement à 250.000 livres. Car la guerre coûte cher et reste la principale cause des déficits pendant le Moyen Âge, qui voit seigneurs, princes et souverains se ruiner en permanence pour défendre ou conquérir des terres.
Fort logiquement, le premier impôt permanent est établi à l’issue de la plus importante de ces guerres, la guerre de Cent ans. Le roi Charles VII convoque les états généraux, une assemblée de tous les corps constitués du royaume, et obtient le droit de prélever tous les ans une aide pour la «taille des lances» (autrement dit l'achat et l'entretien des armes de guerre).
La boulimie fiscale ne va désormais plus avoir de limite, en lien avec la croissance de l’État et de ses attributions.

Haro sur la dette

Leurs dépenses croissant souvent plus vite que les recettes, les rois remédient au déficit de différentes manières.
- Solution 1 : augmenter les impôts
La première solution, la plus pratique et la plus efficace, consiste à augmenter les impôts. C’est ce que fait Saint Louis en taxant ses sujets, exigeant des villes une contribution exceptionnelle, tout en levant la fameuse décime (10% de prélèvement) sur les confortables revenus du clergé – après tout, ils sont les premiers concernés par les croisades et la protection du tombeau du Christ.
- Solution 2 : dévaluer la monnaie
Deuxième solution, tout aussi efficace mais pas très populaire : récupérer le métal précieux de la monnaie en circulation en «grattant» les pièces puis en refondant le gain. Une astuce largement utilisée par le petit-fils de Saint Louis, Philippe IV le Bel, prince des faux-monnayeurs.
Cette forme primitive de dévaluation sera régulièrement reprise par la suite, sous des formes moins grossières.
- Solution 3 : rançonner les banquiers
Troisième méthode radicale utilisée par le même Philippe le Bel, la spoliation des usuriers, juifs ou lombards, ou la taxation extraordinaire de leur présence sur le sol du royaume pour continuer à exercer leur commerce. Vous payez, sinon vous partez : il fallait y penser.
Le roi, décidément jamais à cours d’idée pour remplir ses caisses, décide également de mettre la main sur les biens des riches et puissants Templiers, en provoquant la chute de cet ordre monastique en 1307 avec l’assentiment passif du pape Clément V.
À force de prêter aux princes, l’ordre des Templiers était devenu un véritable État dans l’État, et surtout une puissance militaire et financière redoutable face à une couronne sans cesse débitrice. La manœuvre de Philippe Le Bel permet de renflouer les caisses du Trésor, d’alléger les dettes et d’éliminer une institution menaçante.
Cette technique de spoliation est assez courante chez les rois de France : elle offre l’avantage de désigner facilement un coupable en cas de tension politique, tout en récupérant un beau magot au passage.
Le jeune Louis XIV, déjà pourvu du trésor considérable amassé illégalement par son parrain, le cardinal Mazarin, n’agit pas autrement en poursuivant son intendant Fouquet et en raflant au passage ses biens et ses richesses lors d’un procès à charge, au moment même où les besoins du royaume ne cessent de grimper.
- Solution 4 : faire un «beau» mariage
Quatrième méthode pratiquée avec art par tous les souverains : les mariages et les dots – un tour de passe-passe malheureusement impossible sous nos pauvres Républiques...
Au XVIe siècle, François Ier marie ainsi son fils Henri à Catherine de Médicis, héritière d’une grande famille florentine, mais dont les quartiers de noblesse laissent à désirer… L’argent fait taire les plus réticents, car à l’époque, tout commence à se marchander, même l’honneur, et le contrat stipule que la dot de la promise viendra fort à propos combler le déficit royal, à savoir 100.000 écus d’argent et 28.000 écus de bijoux.
Voilà Catherine de Médicis reléguée au rang de monnaie d’échange, simple bouche-trou des finances du royaume – il faut dire que l’ambitieuse Diane de Poitiers règne en solo sur le cœur du prince Henri.
Pourquoi se priver en tout cas d’une formule qui marche en évitant d’augmenter les impôts ? Les Médicis vont récidiver soixante-dix ans plus tard en apportant une fois de plus une dot conséquente pour que Marie, lointaine cousine de Catherine, entre à son tour dans l’une des cours les plus puissantes du monde en épousant Henri IV en 1600.
Cela tombe bien, les caisses du royaume sont à nouveau vides après les guerres de religion et la somme de 600.000 écus d’or proposée par la famille du Grand-duc de Toscane emporte la décision, au grand soulagement du ministre Sully.
La moitié de la somme permet de rembourser illico les dettes contractées auprès de la banque Médicis. Un bon point pour la France, un mauvais pour Marie qui devient aux yeux de la cour «la grosse banquière», manière peu élégante de faire allusion à un embonpoint certain.
Les alliances de sang entre les souverains et les banquiers prouvent en tout cas la nouvelle puissance de ces derniers. Ces princes de la finance développent et encouragent la dette publique.
Au début, cependant, le souverain reste maître chez lui et dicte souvent ses conditions aux banquiers de Florence ou Venise, sans s’encombrer de questions d’honneur, valable uniquement pour les liens féodaux. Les rois font donc appel à eux, mais ne remboursent pas toujours !
- Solution 5 : se déclarer en défaut de paiement
C’est la cinquième solution, véritable arme de destruction massive à la disposition de nos princes : le défaut de payement pur et simple, moyen commode d’effacer une ardoise, au détriment du créancier. Ainsi en 1337, lorsque le jeune roi d’Angleterre Édouard III entend faire valoir ses droits sur la couronne de France, il s’adresse aux banquiers italiens, les Bardi et les Peruzzi, pour financer son offensive.
Mais à l’issue de cette offensive, à l’origine de la fameuse guerre de Cent ans, il se retrouve dans l’incapacité de rembourser et décide carrément de répudier sa dette au détriment des banques qui n’ont jamais revu leur argent… C’est le risque du métier.
La méthode reste toutefois périlleuse car les banquiers y regardent ensuite à deux fois avant d’avancer de nouveaux fonds. Mais un jour ou l’autre, ils finissent par se raviser : comment ne pas prêter aux plus grands souverains d’Europe qui peuvent, par une guerre victorieuse, rembourser avec de confortables intérêts ? Aux banquiers d’être habiles et prévoyants, prêtant à l’un, faisant patienter l’autre, agissant dans l’ombre pour soutenir des stratégies gagnantes ou hasardeuses, comme ce fut le cas pendant la grande rivalité entre François Ier et Charles Quint, au cours du XVIe siècle.
Pour financer sa politique, l’empereur hypothèque les ressources de l’Espagne auprès de ses banquiers. Le royaume, déjà en voie d’appauvrissement, sera conduit à répudier sa dette à plusieurs reprises au cours du 17e puis du 19e siècles, ne pouvant honorer les échéances…
La France n’est pas en reste puisqu’elle se déclarera en défaut de paiement à huit reprises entre le 16e et le 18e siècles - dont quatre fois sous le règne de Louis XIV. Mais il est vrai qu’à l’époque, le pays dictait sa loi au monde...
- Solution 6 : fabriquer de la monnaie
La sixième solution est nettement plus contemporaine, puisqu’elle fait appel au mécanisme inflationniste : il s’agit du fameux système Law, du nom de ce banquier écossais inventif qui réussit en 1717 à vendre son idée à un Régent pris à la gorge.
Sur le papier, le principe est simple : il s’agit de créer une banque qui va émettre du papier-monnaie (une première en France) garanti par un capital d’or et d’argent. Devenue banque royale en 1718, la nouvelle institution rachète la dette de l’État mais obtient en contrepartie de percevoir les impôts indirects du royaume.
Les actions s’envolent dans une spéculation sans borne : on achète un jour et on vend dès le lendemain avec une belle plus-value ; la bulle gonfle artificiellement pendant que la planche à billets fonctionne à plein régime, favorisant l’inflation.
Hélas, le beau scénario s’effondre lorsque les notables se rendent compte qu’ils ne possèdent que du vent… Lorsqu’ils commencent à demander le remboursement du papier en or, c’est la banqueroute ! Law s’enfuit en évitant de peu le lynchage. Il aura tout de même permis de diviser la dette de moitié.
Après cette pause, les mauvaises habitudes reprennent. Le gouvernement renoue avec le déficit alors que la France est au comble de la prospérité, avec une agriculture, un commerce et des industries en pleine expansion.
Les guerres – notamment celle d’Amérique sous Louis XVI - coûtent cher au Trésor de même que les dépenses somptuaires de la Cour.
Mais les principales causes du déficit sont dans l’injuste répartition de l’impôt et dans une collecte très défectueuse. Au siècle précédent, on a étendu les privilèges fiscaux des plus riches au détriment des plus modestes. On a aussi confié la collecte de l’impôt à des financiers privés, les «fermiers généraux», ouvrant la voie à de nombreux abus.
Le roi Louis XVI recule devant l’indispensable réforme qui ferait contribuer plus largement aux impôts la noblesse et le clergé. Ses hésitations et la fronde des puissants arc-boutés sur leurs privilèges débouchent sur la Révolution française.
- Solution 7: spolier les possédants
La toute jeune Assemblée nationale ne prend pas de gants. Elle proclame l’égalité de tous devant l’impôt mais n’ayant pas les moyens de faire rentrer les impôts, adopte une nouvelle solution pour tenter de combler le déficit public : elle fait main basse sur les biens de l’Église, soit au bas mot trois milliards de livres qui sont proclamés «biens nationaux» (terres, couvents, hôpitaux, écoles, églises…).
Jamais de transferts aussi massifs de richesses n’ont eu lieu en France, provoquant toutes sortes de combines et de rachats de biens en sous-main, avec leur lot de pots-de-vin, pour le plus grand bonheur de certains aigrefins
Huit ans après la prise de la Bastille, les problèmes d’endettement ne sont pas pour autant réglés mais le nouveau gouvernement du Directoire trouve une solution bien rodée pour renflouer ses caisses : la razzia pure et simple ; solution habituelle à tous les conquérants, de César à Hitler en passant par le calife Omar.
Ainsi, lorsque le général Bonaparte lance son armée dans les terres et les cités opulentes du nord de l’Italie, il organise les pillages de monastères et d’églises, fond sur place l’or et l’argent, rançonne les villes et impose des contributions aux territoires conquis, tel un nouvel Alexandre.
On estime à 46 millions de francs le butin saisi en Italie pendant la seule année 1796, une somme, à comparer au déficit global des finances de l’époque : 240 millions. La morale est simple : quand on ne peut vraiment plus payer, on finit toujours par se servir chez les autres.
Le gouvernement français n'en est pas moins obligé en 1801 de se déclarer une nouvelle fois en défaut de paiement. Mais il ne réemploiera plus jamais cette arme de destruction massive... jusqu'à nos jours.

La dette, plus actuelle que jamais

Après la chute de l’Empire, en 1815, il n’est plus question pour les Français de razzias ou de spoliations. Le temps est à la paix et au travail. Les gouvernements de la Restauration s'attellent à rembourser les dettes et les réparations héritées de l'Empire. Pour cela, ils réduisent les dépenses militaires. Ca tombe bien, la conjoncture a rarement été aussi pacifique. D'autre part, ils recourent à l'emprunt. 
Très vite la révolution industrielle éloigne le spectre de la dette.
Quand la France, défaite par l’Allemagne en 1871, se voit imposer un très lourd tribut de cinq milliards de francs, elle se flatte de le régler en avance sur les échéances, tant est élevée l’épargne nationale. Paris est alors la deuxième  place financière du monde derrière Londres (heureuse époque...).
Tout se gâte avec la Grande Guerre de 1914-1918. Menacée dans sa survie, la France mobilise ses ressources humaines mais aussi financières. Il n’y a pas de rigueur budgétaire qui vaille. Heureusement, aucune «règle d’or» constitutionnelle ne vient entraver l'action du gouvernement. Celui-ci s’endette donc massivement auprès des États-Unis pour se pourvoir en armements et en biens de première nécessité, sans regarder à la dépense.
La victoire ne règle rien car l’Allemagne vaincue tarde à verser les «réparations» qui lui sont réclamées tandis que les États-Unis ne voient pas de raison d’annuler leurs créances auprès de leurs alliés français et britanniques.
Depuis lors, les gouvernements français sont régulièrement confrontés à des déficits budgétaires et à des solutions plus ou moins idoines qui ne sont pas sans rappeler celles de l’ancienne monarchie de droit divin : impôts nouveaux, inflation rampante, dévaluation, émission de monnaie papier, nationalisation du secteur bancaire…

Rigueur budgétaire contre instabilité monétaire

La fin de la Grande Guerre inaugure une crise prolongée en Europe, tant chez les vaincus que chez les vainqueurs, la France et l’Angleterre. Les budgets connaissent des déficits structurels et les balances commerciales connaissent des déficits structurels.
En 1928, deux ans après un plan de rigueur efficace, le gouvernement Poincaré se résout à l'inévitable : la dévaluation, au grand scandale de ceux qui faisaient de la stabilité du «franc germinal» hérité de Bonaparte le symbole de la grandeur française.
Mais cette dévaluation arrive trop tard. La crise boursière qui explose à Wall Street l’année suivante entraîne le monde dans la récession et le chômage. Arrimés à la stabilité de leur monnaie, les gouvernements ne voient d’autre réponse que la «déflation», autre nom de la rigueur budgétaire, laquelle n’arrange rien.
Après la Seconde Guerre mondiale, les «Trente Glorieuses» offrent à la France et à l’Europe une nouvelle embellie.
Mais les déficits budgétaires reviennent dès les années 1970 avec une forme de «privatisation de l’impôt». Le gouvernement fait appel aux financiers privés pour solder ses fins de mois. Il engage aussi la privatisation des services publics. Comme au temps de Louis XIV et des fermiers généraux, l'État offre ainsi aux détenteurs de capitaux des rentes de situation plus confortables que l’investissement dans l’industrie...

vendredi 4 novembre 2011

L’idée de guerre à la fin du Moyen Âge : aspects juridiques et éthiques, par Philippe CONTAMINE

Plus peut-être que n'importe quelle autre activité humaine, la guerre, de par sa nature propre, emporte avec elle, dans toute société où elle se situe, un ensemble, souvent complexe et rarement univoque, de conditions juridiques et éthiques. Ce n'est pas nécessairement faire preuve d'idéalisme ni d'irréalisme que de soutenir qu'elle n'est presque jamais voulue ni sentie ni pensée comme violence pure et illimitée, à l'état brut, élémentaire.

Elle se trouve pour ainsi dire enveloppée (masquée aussi) par tout un appareil conceptuel ressortissant à la coutume, au droit, à la morale, à la religion — appareil destiné, dans son principe, à l'apprivoiser, à l'orienter, à la canaliser. En un mot, la guerre est un phénomène culturel. L'idée que s'en fait une époque ou une société donnée retentit de façon plus ou moins visible sur son surgissement, son déroulement, sa conduite. La guerre offre l'occasion à l'historien ou au sociologue d'étudier les rapports entre réalité et norme, entre pratique et éthique, entre fait et droit.

Mon propos, qui ne porte ici que sur la fin du Moyen Âge, spécialement dans les domaines anglais et français, se divisera en trois parties : 1) Dans quelle mesure la guerre est-elle toujours considérée comme un jugement de Dieu ? 2) Y a-t-il des survivances aux notions de paix et de trêve de Dieu ? 3) Que devient le concept de guerre juste, tel que l'ont défini les théologiens et les canonistes des siècles antérieurs ? C'est dire que je pose le problème en termes d'héritage, de continuité (ou de discontinuité) : la conception de la guerre propre à la fin du Moyen Âge est-elle ou non encore vraiment médiévale ? L'évolution des techniques, des institutions et de l'art militaire, les mutations dans l'ordre politique au sens large (naissance ou renaissance des États, fin d'une certaine idée de la Chrétienté) ont-elles retenti sur la conception de la guerre, et si oui de quelle manière ? A ces interrogations, les pages qui suivent voudraient apporter une première esquisse de réponse.
Que la guerre, et plus spécialement la bataille, ait été conçue comme une sorte d'ordalie, de jugement de Dieu, au point qu'on puisse parler de judicium belli, pour reprendre le titre du beau livre de K. G. Cram (1), la chose est incontestable pour une grande partie du Moyen Âge. Peu importe ici l'origine de cette conception, qu'on retrouve dans plus d'une culture humaine. Le fait demeure qu'elle est loin d'avoir disparu à la fin du Moyen Âge, se traduisant en particulier par deux perspectives ou propositions : la confrontation solennelle et rituelle de deux armées, et l'affrontement de leurs chefs respectifs en un combat singulier.
Cette dernière pratique, qui se relie à celle du duel judiciaire, persiste à être envisagée pendant les XIVe et XVe siècles : Werner Goez en a relevé une trentaine d'exemples entre 1282 et 1536 (2). Ainsi, le 8 septembre 1383, Richard II d'Angleterre propose à Charles VI d'en finir avec les différends opposant depuis longtemps les deux royaumes par un duel ou par un combat entre leurs trois oncles respectifs, « ut quaestio sub divinae sortis examine finiatur » (3). La proposition ne paraît pas avoir retenu trop longtemps l'attention du gouvernement français. Il n'en va pas de même avec la rencontre projetée en 1425 entre Humfroi, duc de Gloucester, et Philippe le Bon, duc de Bourgogne, relative au comté de Hollande dont la possession était revendiquée par les deux compétiteurs. Au début de mars 1425, le duc Philippe envoya ses lettres de défi à son adversaire, où il lui proposait un combat singulier dont serait juge ou bien l'empereur Sigismond ou bien Jean, duc de Bedford, cela afin d'éviter l'effusion du sang chrétien et la destruction du peuple. Le duc de Bourgogne estimait qu'il était plus séant à de « jeunes chevaliers » comme eux de terminer la querelle par leurs corps que de la continuer « par voie de guerre ». Ce duel, à ses yeux, était comme une alternative à la guerre proprement dite. Humfroi releva le défi dans sa réponse du 16 mars, et, de façon significative, entre plusieurs dates possibles, choisit celle du 23 avril, jour de la Saint-Georges, patron à la fois de l'Angleterre et de la chevalerie. Aussi bien le chroniqueur Jean le Févre que les comptes bourguignons font allusion à la préparation intensive de Philippe le Bon, dans son château de Hesdin. Chaque matin, il courait « pour prendre haleine », dans le parc du château, où il avait « plusieurs certains lieux et places secrètes où il exercitait son corps à combattre et faire ses essais » ; plusieurs nobles hommes lui montraient la « science de combattre et savoir défendre », d'autres s'entraînaient pour le cas où le duc de Gloucester se ferait accompagner d'acolytes. Naturellement, la rencontre n'eut pas lieu, une triple intervention s'étant exercée contre le projet, de la part du pape Martin V, du Parlement d'Angleterre et du duc de Bedford (4).
On a qualifié cet épisode de « farce », tandis qu'à propos de cas semblables d'autres auteurs ont pu parler de « cérémonial vide » et de « comédie internationale » (5). Sans doute, mais n'était-ce pas déjà ainsi au XIIe siècle ? L'intéressant est que de tels rites s'inscrivent dans le droit fil d'une très ancienne tradition, à laquelle la fin du Moyen Âge demeure en apparence fidèle.
Plus fréquents et plus significatifs encore les cas de « bataille assignée » où tel prince ou roi propose à son adversaire une rencontre loyale en un certain lieu et à un certain jour afin que leur querelle soit vidée. Parmi bien des exemples possibles, mentionnons la lettre du même duc de Bedford à Charles de Valois, en date du 7 août 1429, où, pour « l'abregement de la guerre », il lui propose de choisir « aulcune plache aux champs convignable et raisonnable, avoecq jour brief et competent », en sorte qu'il y soit possible ou bien de négocier et de conclure une bonne paix ou bien de recourir aux armes : « Chacun de nous pourra bien garder et deffendre a l'espee sa cause et sa querelle (…) par le moyen de paix ou par journee de bataille de droit prinche » (6).
Comme le montre l'intervention de Martin V lors du duel projeté entre les ducs de Bourgogne et de Gloucester, l'Église se refusait à assimiler à un authentique jugement de Dieu le proelium campestre, ou bellum campale, ou « bataille champel », et cela pour les mêmes raisons qui lui faisaient condamner le duel judiciaire, ou gage de bataille, ou « gage champel » 1) parce que l'on pouvait perdre même en ayant le droit pour soi ; 2) parce que le recours à de tels procédés amenait à tenter Dieu ; 3) parce que la justice devenait alors inutile.
Telle est, entre autres, l'attitude d'Honoré Bovet dans L'Arbre des batailles, mais il est intéressant de noter que le célèbre docteur en décret se sent obligé d'argumenter son point de vue à l'encontre d'un sentiment sans doute assez largement répandu parmi ses contemporains : « Encore retournant a mon propos, n'est ce mie une bonne raison de dire : ” Cestui a perdu la bataille, pour quoy il appert bien qu'il avoit tort “. Et cecy dy je contre l'oppinion des Lombars, lesquels dient de Madame Jehanne, royne de Naples, que vraiment il appert bien qu'elle avoit tort de maintenir pape Clement car, se elle eust soustenu le vray pape, le roi son mari ne ses gens ne eussent pas esté desconfis » (7).
Au cours des négociations franco-anglaises de 1439, l'archevêque d'York John Kemp soutint que le roi d'Angleterre avait droit au royaume de France, pour plusieurs raisons, dont la première relevait de « la justice divine, attendu les batailles et victoires » remportées par les Anglais. A quoi le chancelier de France Regnault de Chartres répliqua que ces victoires ne signifiaient rien quant à leur bon droit car « si lesdis Anglois avoient eues batailles pour eulx, pareillement en avoient eues les François contre eulx, et tellement que plusieurs en estoient mors, et a tout compter ilz n'y avoient riens gagné ; et que si lesdictes batailles eussent esté declarratoires par justice divine de leur droit, la chose feust pieça finie et n'eust pas si longuement duré » (8). Ainsi le chancelier de France, loin de refuser toute valeur à l'argument des victoires remportées, le retourne à son profit en opposant aux succès des adversaires d'autres succès remportés par les Français. Signe que les esprits les plus avertis demeuraient profondément convaincus que « Dieu est vray justicier, ne onques faulx jugement ne fist. Encor est Dieu et sire et gouverneurs des batailles » (9).
La démonstration très élaborée que présenta, en octobre ou novembre 1346, Thomas Bradwardine, chancelier de la cathédrale Saint-Paul à Londres, dans un sermon prononcé devant Édouard III et ses nobles à l'occasion des victoires anglaises de Crécy et de Neville's Cross ressortit sensiblement à la même théorie. Dans ce sermon, dont on possède la traduction latine sous le titre de Sermo epinicius, Bradwardine écarte successivement sept raisons qui pourraient rendre compte de la victoire : se trouvent ainsi éliminés les arguments des astrologues, selon lesquels elle serait due au pouvoir des étoiles ; de ceux qui voient dans les constellations un signe de victoire ou de défaite ; de ceux qui attribuent le résultat à la déesse aveugle, à Fortuna, aux dieux secondaires, à la prouesse et à la prudence humaine, au culte rendu par les combattants simultanément à Mars et à Vénus ; en sorte qu'une seule raison subsiste : c'est Dieu qui a voulu donner la victoire aux Anglais ; ceux-ci se doivent de lui en rendre grâces (10). Autrement dit, la bataille présente un exemple type de situation où l'intervention de Dieu se fait directement sentir, où la cause première éclipse complètement les causes secondes. « En nom Dé, les gens d'armes batailleront et Dieu donra victoire » (11).
Cependant un argument était, depuis longtemps, couramment employé pour justifier une défaite et empêcher qu'elle ne retentît sur la validité d'une guerre : Dieu n'entendait pas récompenser les vainqueurs, reconnaître publiquement leur bon droit, mais punir les vaincus pour leurs mœurs, leur conduite, leurs péchés. Ainsi expliquait-on l'échec des croisades. Au-delà même de tout châtiment motivé, il était admis que le Dieu des armées demeurait souverainement libre. « Il arrive parfois que Dieu souffre que la partie qui a pour elle le droit et un vrai titre et qui vit d'après ses lois soit grandement persécutée et subisse de très grandes aventures, peines et épreuves jusqu'à être parfois renversée, prisonnière ou tuée en bataille par la divine Providence, quand il lui plaît d'être juge, et cela bien que le peuple n'ait jamais été aussi bon, ni les querelle, titre et droit aussi justes » (12).
Si donc l'idée de la guerre comme judicium Dei est loin d'avoir disparu de la mentalité commune au bas Moyen Âge, qu'en est-il pour les concepts de paix et de trêve de Dieu, tels qu'ils étaient apparus à partir de la fin du Xe siècle et tels que la théologie scolastique et le droit canonique les avaient intégrés dans leur réflexion ? L'un des aspects majeurs de la trêve de Dieu était l'interruption de toutes les actions guerrières durant certains jours ou périodes de la semaine ou de l'année. Suger raconte par exemple dans la Vie du roi Louis le Gros que lors de l'expédition royale contre Ebles de Roucy en 1102 « telle était l'ardeur du seigneur et de l'ost que, tant qu'ils furent en campagne, ils prirent à peine du repos ou plutôt qu'à l'exception du vendredi et du dimanche ils n'en prirent jamais » (13). Cependant, en cas de guerre juste, la plupart des canonistes et des théologiens estiment superflu de prévoir une quelconque limitation dans le temps ; saint Thomas d'Aquin admet qu'on puisse se battre en cas de nécessité aux jours les plus solennels (14) (or le propre de la guerre juste est précisément d'être nécessaire). Rares sont les penseurs à se montrer plus exigeants : dans la Summa decretorum (1157), maître Rufin prescrit le respect des jours de fête solennisés par l'Église dans la mesure où le châtiment des méchants, quoique légitime et mérité, doit alors s'interrompre (15). Cependant, l'opinion publique, fidèle à une attitude sans doute plus sentimentale que raisonnée, jugeait anormal que les combats intervinssent durant les périodes les plus saintes de l'année. J'en donnerai ici quelques exemples. Le 2 février 1348, lors du siège d'Agen, les Anglais demandèrent aux Français une trêve en l'honneur de la Purification de la Vierge (16). En 1411, le duc Charles d'Orléans chevauchait avec son armée près de Montdidier : le 7 septembre il s'arrêta en une « ville » appelée « Castenoy » « et pour la haultesse du jour, ne voult chevaucher l'endemain » (17). Lors du siège d'Orléans de 1429 une trêve fut conclue pour le jour de Pâques (18). Un peu plus tard, la même année, « pour ce qu'il estoit dimanche », Jeanne d'Arc « n'estoit pas d'opinion qu'on les combatist ». Même attitude de sa part lors de la fête de l'Ascension (19).
En sens inverse, la bataille de Barnet eut lieu le jour de Pâques, 14 avril 1471, et la bataille de Towton le dimanche des Rameaux, 29 mars 1461. Blâmant les gens de guerre de son temps, Honoré Bovet déclare que « se ils voioient leur avantaige aussi bon leur est de chevauchier ou de eschillier ou de piller ou de rober le propre jour de Pasques comme le jour de caresme prenant » (20). On notera toutefois que dans ce passage l'auteur de L'Arbre des batailles fait seulement référence à des actes agressifs, offensifs ou illégaux, c'est-à-dire, dans tous les cas, non nécessaires ; tout se passe comme s'il adhérait implicitement à la position de saint Thomas d'Aquin. C'est un fait bien connu que Jeanne d'Arc ordonna l'assaut de Paris le 8 septembre 1429. A cette occasion, le Bourgeois de Paris écrit dans son journal : « Bien ne leur devoit pas venir de voulloir faire telle occision le jour de la Saincte Nativité Nostre Dame ». Mais dans le registre capitulaire de Notre-Dame, il est dit que Jeanne d'Arc échoua « à cause de la résistance des bourgeois de Paris avec l'aide de Dieu et de la glorieuse Vierge dont la fête est célébrée dans la dite ville avec grand honneur » (21). Ainsi, dans une guerre défensive, autrement dit nécessaire ou juste, il n'était pas seulement licite mais éventuellement profitable de se battre les jours de fête solennelle puisqu'on pouvait en espérer quelque assistance surnaturelle.
Plus importante sans doute fut l'influence de la paix de Dieu, c'est-à-dire, avant tout, la protection de différentes gens et de différents biens, maintenus, pour ainsi dire, à l'écart de la guerre. La réglementation de la guerre privée dans le comté de Bourgogne par Philippe V le Long en 1319 rappelle par bien des côtés les décisions du synode de Verdun-sur-le-Doubs en 1016 aussi bien que l'édit de Frédéric Barberousse contra incendiarios de 1184. Il y était interdit d'incendier les maisons et les châteaux, de couper ou d'arracher les vignes et les arbres fruitiers, d'enlever les animaux de trait, les charrues et les laboureurs (22).
Honoré Bovet n'innove en rien lorsqu'il évoque l'immunité naturelle dont doivent bénéficier les non-combattants et leurs biens. Parmi ceux qui ont des « sauf-conduits sans demander », il mentionne les gens d'Église, depuis les prélats jusqu'aux pèlerins en passant par les chapelains, les convers et les ermites, les enfants, les vieillards, les femmes, les marchands, les laboureurs, les « bouviers et tous gaigneurs » (23). On retrouve les mêmes catégories dans le traité que Simon Islip adressa à Édouard III sur la mauvaise administration du royaume : bénéficient de la sûreté en temps de guerre les « presbiteri, monachi, conversi, mercatores, rustici euntes et redeuntes in agriculturam existentes ; et animalia que arant et semina portant ad agrum » (24).
A la fin du Moyen Âge, un tel comportement était plus ou moins sincèrement accepté par les chefs de guerre et les combattants, du moins à titre d'idéal ou de norme. Naturellement, cet idéal n'était que rarement respecté, ce qui ne veut pas dire, toutefois, qu'il était considéré comme inaccessible, incompatible avec la pratique de la guerre et qu'il n'eut jamais aucune influence sur les comportements réels. On relève quelques exemples où les autorités et les capitaines s'efforcèrent de limiter les effets « pervers » de la guerre en promulguant un code militaire et en exigeant de leurs armées une discipline rigoureuse. Témoins les ordonnances de guerre de Richard II, Henri V et du duc de Bedford, témoin aussi le maréchal Boucicaut si du moins l'on se fie à son biographe : « Quant il voyage aulcune part en armes, il faict defendre expressement sur peine de la hart que nul ne soit si hardy de grever eglise ne moustier ne prebstre ne religieux, mesme en terre d'ennemis. Et ne souffre assaillir eglise forte, quelque bien ou quelque richesse que le pays eust dedans, quelque famine ou necessité qu'il ait » (25). Des campagnes effectives furent conduites de façon spécialement humaine. Ainsi celle du comte d'Armagnac, connétable de France, en 1416, lors du siège de Harfleur (26), ou encore le recouvrement de la Normandie par Charles VII : « Et estoient tous les dits gens d'armes et de trait a pié payés et gaigés tous les mois sans qu'ilz osassent durant la dicte guerre de Normandie prendre nulles gens prisonniers ne renchonner cheval ne aultre becte, quelle que elle fust, pozé ores que les dits gens fussent en l'obeissance des dits Anglois, ne les vivres en quelques lieux que ce fust sans payer si non sur les dits Anglois et des gens tenant leur parti qui estoient trouvez faisant la guerre, lesquelz ils pouvoient prendre licitement et leur estoit permi et non aultrement » (27). Ainsi les troupes françaises, contrairement à ce que la pratique des appatis avait longtemps autorisé, n'eurent pas la permission, en 1449-1450, de prendre comme prisonniers ou de rançonner les Normands qui vivaient dans des territoires situés sous domination anglaise, à moins qu'ils ne fussent pris les armes à la main. Un autre exemple est fourni par le chroniqueur Jean Chartier. En septembre 1431, Ambroise de Loré, capitaine français, quitta avec quelques troupes le château de Saint-Célerin. Le but était de piller la foire de la Saint-Michel, qui avait lieu régulièrement en un emplacement situé à l'extérieur de l'enceinte de la ville de Caen, près de l'abbaye Saint-Étienne. L'opération réussit, quantité de marchandises et de gens furent emportés, y compris des bourgeois de la ville et des Anglais. « Aprés quoy, a une croix prés du passage, fist arrester toute la compagnie avec les prisonniers et illec fist crier a son de trompe de par le roy et le duc d'Alençon, duquel il estoit mareschal, sur paine de la hart, que tout homme qui avoit prisonnier prestre ou autre homme d'église, qu'il l'envoyast et delivrast franchement ; item que tout homme qui avoit sauf conduit du roy de France ou d'autre seigneur ou capitaine en fust semblablement envoyé franchement ; item aussi que tous vielz hommes, jeunes enfans et povres laboureurs, qui ne sont pas de prince, en fussent pareillement envoyez » (28). Il va de soi que des ordres aussi stricts ne furent pas acceptés aisément par les combattants français, d'où des différends qu'Ambroise de Loré dut régler.
Voici encore Guillaume Cousinot évoquant en ces termes l'armée de Louis XI lors de l'invasion du Bourbonnais en 1465 : « Je crois que oncques homme ne vit la semblable, ne garder plus bel ordre, tant en bataille, en forme de chevaucher que a ne dommagier point le peuple. Ne il n'y a laboureur qui s'en fuye, ne homme d'eglise ne marchant, et est tout le monde en son ost comme il seroit en la ville de Paris. (…) Oncques ne fust si gracieuse guerre. Ne vous n'ourriez parler d'une femme forcee, ne d'une eglise pillee, ne d'un homme pris, si n'est es villes qu'on prend de force ou qu'il soit homme de guerre, ne ung cheval emblé ne ung homme destroussé » (29).
L'étonnement mêlé d'admiration qui perce dans le ton de Guillaume Cousinot n'est que trop compréhensible. Car la pratique des hommes de guerre était en règle générale tout à fait différente, et Honoré Bovet en était pleinement conscient en écrivant : « Combien que ce soit grand debat et dure chose a determiner pour les cous-turnes contraires que les gens d'armes ont trouvees depuis peu de temps en ça, selon droit ancien et selon les anciennes coustumes des bons guerroieurs, je tiens fermement que ce soit chose deshoneste de emprisonner hommes anciens se en guerres ne vont et femmes et enfans innocens. Certes, c'est trés laide coustume de demander pour eulx finance car il est notoire que ils ne sont pas pour guerroies » (30). Agir ainsi, c'est mériter le nom de pillard.
On ne peut qu'être frappé par le fait qu'Honoré Bovet ne pense pas que sa proposition aille tout à fait de soi. Il parle de « grant debat », de « dure chose a determiner », comme si elle pouvait être l'objet de quelque quaestio disputata. Il oppose un droit ancien non point certes à un droit nouveau mais du moins à des coutumes nouvelles, au sens semble-t-il juridique du terme « coutume ». De fait, dans des actes officiels datant de l'occupation anglaise de la Normandie, la définition des non-combattants est beaucoup plus étroite que dans les exemples mentionnés précédemment. Selon ces ordonnances, les gens d'Église d'origine française, les femmes de naissance noble, les enfants à partir de dix et même de huit ans peuvent être arrêtés légalement et mis à rançon. Dans son rapport de 1435, Sir John Fastolf, après avoir proposé un style de guerre sans compassion ni miséricorde, est soucieux de prévenir une objection possible : « Item (…) il est pensé que le roi (entendons Henri VI) peut et doit raisonnablement mener toute cette guerre cruelle sans réputation de tyrannie, attendu qu'il a offert à ses adversaires, comme bon prince chrétien, que toutes les personnes de sainte Église et aussi les communes et les laboureurs du royaume de France se trouvant dans les forteresses et en dehors soient en paisible sûreté, sans guerre ni prince, en sorte que la guerre, pour l'une et l'autre partie, demeure entre gens de guerre et gens de guerre, laquelle offre les dits adversaires ont ouvertement refusée, d'où il est conclu de leur faire une guerre âpre et cruelle sans épargner quiconque » (31).
Le conseil de Fastolf ne peut être simplement compris comme une forme d'hypocrisie ou de cynisme. De même, il serait insuffisant de penser que les soldats de la fin du Moyen Âge étaient pires que leurs prédécesseurs. Indépendamment de raisons économiques et sociales évidentes, c'est l'ensemble du contexte politique qui peut expliquer, dans le cas de la guerre de Cent ans, ce manifeste durcissement des pratiques guerrières. Puisque les rois et les princes prétendaient faire usage de toutes les ressources possibles de leurs pays, puisque la guerre était financée par des impôts que chacun devait payer, puisque l'idée d'une obligation militaire générale était plus ou moins admise et se traduisait éventuellement dans les faits, puisque la destruction du potentiel économique de l'adversaire était un but de guerre avoué, puisqu'un serment d'allégeance était parfois demandé à l'ensemble d'une population, serment dont la rupture était assimilée à un crime de lèse-majesté, on comprend que le concept de non-combattant ait été susceptible d'interprétations divergentes. En particulier, la montée des enchères et des enjeux entre belligérants, les mutations de la philosophie politique sur laquelle les États prétendaient asseoir leur pouvoir, jointes naturellement à une relative « professionnalisation » de la guerre, aboutirent, dans un grand nombre de circonstances, à mettre en question l'immunité de certains groupes sociaux, de certains biens, de certains lieux, et cela non pas seulement au niveau de la pratique des gens de guerre mais, ce qui est plus significatif, au niveau des instructions et des ordonnances officielles.
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Pour autant, les pouvoirs n'avaient nullement renoncé à se référer à la notion de juste guerre, telle qu'elle s'était progressivement élaborée et enrichie, disons de Gratien à Hostiensis. Les sept types de guerre proposés par ce dernier, les cinq critères de la juste guerre, en fonction de la personne, de la chose, de la cause, de l'esprit et de l'autorité : tout cela est loin d'être oublié ou laissé de côté, et les textes du temps ne manquent pas d'y faire de fréquentes allusions. Les princes étaient pleinement conscients de la nécessité morale où ils se trouvaient de n'entreprendre que des guerres justes. Philippe de Valois, dans un manifeste qu'il prescrit de lire dans toutes les églises du royaume, déclare : « Jaçoit ce que nous ayons bon droit et juste cause, selon le jugement de nostre conseil » (32). Dans le camp opposé, en 1346, Édouard III écrit au Provincial des Dominicains pour expliquer à lui-même et à son ordre la justice de la revendication au trône de France, de telle sorte qu'ils puissent développer ce thème dans leurs sermons. L'année suivante, alors qu'il se trouvait à Calais, il adresse une lettre à ses sujets où l'on trouve une allusion à sa juste querelle (33). Selon John Bromyard, dans la Summa Predicantium, Édouard III, avant de faire campagne, avait coutume d'accomplir un pèlerinage et de prendre le conseil de personnes expertes dans le droit sacré et profane (34). Philippe de Mézières raconte comment « jeune homme et petitement fondez en prudence et en science ne en la pratique du monde », il commença sa carrière en étant « un bon temps soudoyer en Lombardie pour aprendre le fait d'armes ». Plus tard, devenu « vétéran », il se reprocha amèrement d'avoir agi en homme de sang (35) et de ne pas s'être interrogé, avant de s'engager dans une guerre, si elle était juste, « c'est-à-dire pour la chose publique, pour la foi, pour l'Église, pour les veuves et les orphelins, pour l'équité et la justice » (36). Dans son mémoire sur Jeanne la Pucelle, écrit en 1429, le dominicain Jean Dupuy estime qu'il est possible de soutenir son fait « particulièrement en raison de la cause finale qui est très juste, à savoir la restitution du royaume au roi et l'expulsion ou l'écrasement très juste d'ennemis très obstinés » (37). Parmi les 101 articles des demandeurs lors du procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc, l'art. 72 s'exprime ainsi : « Item, il est opposé à Jeanne qu'elle faisait mettre le nom de Jésus dans ses lettres, par lesquelles elle ordonnait que des actions mauvaises fussent accomplies, etc. ; elle répondit opportunément qu'elle n'avait commis en cela aucun péché, puisqu'il s'agissait d'une guerre juste » (38). Dans son petit traité sur l'art de la guerre, Robert de Balsac, à la fin du XVe siècle, mentionne le critère de la juste guerre comme la condition préliminaire à toute opération militaire : « Premierement, avant tout œuvre, le prince doit adviser s'il a bonne et juste querelle, pour mettre Dieu et la raison pour lui » (39). Même conseil de la part de Philippe de Clèves, quelques années plus tard : « Vous debvez garder d'entreprendre guerre a mauvaise querelle » (40). On relève des formules analogues dans Le Jouvencel de Jean de BueiI (41).
Cependant, des esprits plus exigeants étaient tout à fait conscients du fait qu'il était facile aux princes et à leurs conseillers de découvrir à chaque coup, dans l'enchevêtrement des dossiers diplomatiques, des motifs et des titres suffisants pour justifier n'importe quelle entreprise belliqueuse. Un auteur du milieu du XVe siècle exprime sa surprise en constatant que tant de princes, quoique très soucieux de ne pas commettre de péché mortel, s'accusent si rarement de faire des « guerres volontaires ». Il poursuit en ces termes : « En la Chrestienté qui bien y veult regarder n'y a guerre que le commancement d'icelle ne vienne ou d'ung costé ou d'autre par deffaulte de justice. Encore dys qu'il n'y a guerre tant cruelle que si les deux parties qui la conduisent voulloient chacune oïr et suivre justice qu'elle ne cesse » (42). Il laisse ainsi entendre que dans la Chrétienté de son temps la majorité des guerres sont injustes, des deux côtés, dès le départ. Et cela peut-être surtout parce que la raison fondamentale d'entreprendre une guerre tendait à devenir le bien commun, le profit commun de l'organisme politique concerné : insensiblement, on glissait à la notion de raison d'État (43).
L'exemple de Philippe de Mézières montre que des combattants volontaires pouvaient se poser la question de leur responsabilité morale lorsqu'ils s'engageaient dans une injuste guerre. Classiquement, Honoré Bovet envisage ici trois possibilités : 1) si un chevalier meurt dans une bataille ordonnée par l'Église (ainsi contre les païens, ou contre les ennemis du pape et de la foi), et si, d'autre part, il n'est pas, au moment de mourir, en état de péché mortel, il va en Paradis ; 2) si un chevalier rencontre la mort dans une bataille au cours d'une juste guerre, d'une juste querelle, il est également sauvé ; 3) si c'est dans une injuste guerre, il y a pour lui des risques élevés de damnation. Cependant, pour d'autres autorités, un soldat a seulement à obéir à son prince, en sorte qu'il n'est pas responsable si son prince entreprend une guerre injuste. Cette attitude n'est nullement nouvelle : saint Augustin l'adoptait déjà, et après lui Gratien, comme en témoigne le précepte Licet dominus peccet precipiendo, lumen subditus non peccal obediendo. Toutefois, la contradiction n'est peut-être pas aussi forte qu'on pourrait le penser, dans la mesure où l'on tendait à admettre comme juste, au moins pour ses sujets et ses armées, toute guerre menée par le prince. L'auteur de la vie de Bayart le loue de s'être toujours comporté de façon modérée dans les guerres où il se trouva, au service de son prince « pour soutenir le bien public de ses pays » (44). Le Panegyric de Loys de la Tremoille, composé par Jean Bouchet, au début du XVIe siècle, rapporte que son fils, le prince de Talmont, mortellement blessé sur le champ de bataille, eut ces dernières paroles : « Dieu me donne la grace de mourir au service du roy et de la chose publique ». Et son père écrivit en ces termes à sa femme : « Nostre fils est mort au lict d'honneur, en bataille permise pour juste querelle, en acte de vertu pour le bien public » (45).
Peut-être, tandis qu'aux XIIe et XIIIe siècles, l'accent était mis sur l'auctoritas et la causa (qui avait le jus ad bellum, dans quelle condition une cause pouvait être dite juste), à partir du XIVe siècle, on insiste plus volontiers sur la façon dont la guerre est ou doit être conduite (jus in bellum). Déjà saint Thomas d'Aquin avait suggéré qu'une sorte de proportion devait être respectée entre les mobiles et les résultats, mais seulement en ce qui concerne le tyrannicide. On trouverait une nouvelle approche du problème dans cette remarque sarcastique d'un auteur du XVe siècle : « Certes, il fault bien que la querelle soit moult juste, bien fondee en droit et plaisant a Dieu qui poeult satiffaire et respondre a tant de cruaultez qui se commettent par l'exercice de la guerre ainsi que l'en en use de present en la Chretienté » (46). Une réaction semblable, exprimée dans un style tout différent, se trouve dans la Lettre à Richard II de Philippe de Mézières : « Aucuns pourroient dire que, selonc les loys civiles et divines, pour recouvrer son heritage, pour faire justice des mauvaiz ou pour la deffension de la chose publique, les guerres des Crestiens sont licites. A ce se puet respondre que qui vouldroit bien peser en la balance de verité le principal de la cause pour laquele la guerre sera commencire, la quele cause sera jugiee par la sapience humaine estre juste, qui aucune foiz devant Dieu, pour les circonstances et ignorances d'icelles, sera reputee injuste ; et de l'autre part, se les maulz sans nombre et cruaultez qui seront faites en la guerre contre et oultre la loy et discipline de vraie chevalerie, seront bien pesez en la dicte balance, il se trouvera que avant le commencement de la guerre il eust esté expedient que l'un roy a l'autre eust quittié franchement et liberalment pour la reverence de Dieu et pour eschever tant de maulx les II pars du principal de la cause en demourant vrais amiz sans aucun reprouche ou temps advenir de la dicte cession des II parties sustouciés de la cause » (47).
A suivre Philippe de Mézières, dans le cas de la guerre de Cent ans, où les rois d'Angleterre réclamaient tout le royaume de France, il aurait mieux valu pour les rois de France, sans qu'on pût leur en faire grief ultérieurement, qu'ils cédassent les deux-tiers de leur domination.
Ce raisonnement semble être prémonitoire de celui formulé par Vitoria au début du XVIe siècle : « Puisque tout ce qui arrive dans une guerre — meurtres, incendies, dévastations — est atroce et cruel, il n'est donc pas permis en cas d'injustices légères d'en poursuivre les auteurs par la guerre, car les châtiments doivent être proportionnés à la gravité du délit ». Et encore : « Quand la guerre entraîne de grands maux de chaque côté, elle ne peut être juste » (48).
Dans le même ordre d'idées, on en vint à opposer deux types de guerre selon le comportement des combattants : face à la « guerre mortelle », à la guerre « de feu et de sang », où toutes les « cruautés, occisions et inhumanitez » étaient admises, voire systématiquement prescrites, il y eut la « guerre loyale », honorable, courtoise, la « bonne guerre », faite par les « bons guerroyeurs », la « guerre guerroyable », respectueuse de la « droicturiere justice d'armes », qui n'était menée ni par « mauvaise intention » ni par « perverse operation ». Se référant à la lutte entre Philippe le Bel et Édouard Ier, Robert Blondel, dans sa traduction française de l'Oratio historialis, écrit : « Des lors le roi d'Angleterre lui fist signiffier deffiances non mie de juste guerre, mais de depopuler son pays, de ravir tout ce qu'il pourroit, d'y bruler villes et champs et d'y exercer toutes manieres de guerre a feu et a sang » (49). Peu importe dès lors que le roi d'Angleterre ait eu de bonnes raisons pour déclarer la guerre ; celle-ci ne pouvait être juste en raison des massacres et des incendies qui devaient accompagner son déroulement.
Or, l'un des moyens grâce auxquels on estimait possible de mener une « bonne guerre » était de maintenir, ou de rétablir, aussi bien pour des raisons d'efficacité militaire que de morale, la disciplina militaris, expression empruntée par le Moyen Âge à Végèce et traduite en français par « discipline de guerre », « discipline de vraie chevalerie », « discipline militaire » (50). « Ung roy est fort per disciplinam militantem, c'est a dire par bonne ordonnance, regle et discipline mise sur gens de guerre » (51). Le glissement de l'expression « discipline de chevalerie » à l'expression « discipline militaire » montre ici encore qu'il n'y a pas de solution de continuité entre le Moyen Âge et les temps modernes, et que l'on est passé insensiblement du modèle du chevalier à celui de l'officier.
Il est temps de revenir à la question initiale : dans quelle mesure la fin du Moyen Âge marqua-t-elle une rupture par rapport à la tradition antérieure quant à la conception morale et juridique de la guerre ? La réponse ne peut être que nuancée. En un sens, c'est bien la continuité qui paraît l'emporter, tant on éprouve de difficulté à repérer un élément tout à fait nouveau dans la pensée sur la guerre. L'immunité dont devaient bénéficier les non-combattants, la guerre comme jugement de Dieu, la notion de juste guerre, celle de « discipline de chevalerie » : tout cela, qui appartient à l'héritage culturel du Moyen Âge classique, n'est ni oublié ni délaissé. Il nous plaît de retenir comme symbole de cette continuité dans le système de référence ce qu'écrit du chevalier Bayart son biographe : « Tousjours disoit le bon gentilhomme que tous empires, royaulmes et provinces sans justice sont forestz pleines de brigans » (52). On aura reconnu ici l'influence augustinienne (53). Et pourtant, à l'intérieur de ce paysage moral et intellectuel immuable, de très lents déplacements se produisent. Certaines notions gagnent en intensité, d'autres reculent à l'arrière-plan, des expressions inédites sont forgées. Les propositions de duels entre princes s'espacent après 1450, aussi bien que celles de bataille assignée. Lorsqu'elles interviennent, c'est que la propagande l'exige. Des cyniques, des impies se préoccupent peu d'avoir un juste titre pour leur querelle, mais proclament ouvertement « Vive le plus fort » (54). Plus encore : l'affirmation du pouvoir du prince, jointe à une évidente laïcisation de la pensée politique, tend à réduire à néant la responsabilité morale des sujets qui suivent ses guerres. Le bien commun du royaume, ou de la principauté, vient, à la limite, tout justifier, la mort au champ d'honneur tout racheter. Du même coup, la réflexion morale et juridique va surtout viser à limiter les conséquences de la guerre. Dès la fin du Moyen Âge, la notion de droit des gens éclipse plus ou moins celle de juste guerre ; péniblement, la pensée sur la guerre s'adapte à la réalité d'une Europe composée d'États souverains mais censément civilisés.
Philippe CONTAMINE
NOTES :
(1). K. G. Gram, ludicium belli. Zum Rechtscharakter des Krieges im deutschen Mittelalter, Münster et Cologne, 1955. 
(2). W. Goez, « über Fürstenzweildimpfe im Spâtmittelalter », dans Archiu fiir Kulturgeschichte, 49 (1967), p. 135-163. 
(3). J. Calmette et E. Déprez, La France et l'Angleterre en conflit, Paris, 1937, p. 234 (Histoire du Moyen Âge, sous la direction de G. Glotz, VII,1). 
(4). R. Vaughan, Philip the Good. The Apogee of Burgundy, Londres, 1970,p. 38-39. 
(5). « Farcical », dit R. Vaughan, op. et loc. cil. « Leeres Zeremoniell » : la formule est de J. Huizinga. E. G. Léonard parle de « comédie internationale » (cité par W. Goez, art. cit. p 136). Avant la bataille d'Auray (1364), le bienheureux Charles de Blois, selon un témoin au procès de béatification, déclarait : « Ego ibo defendere populum meum, placeret modo Deo quod contencio esset solum inter me et aduersarium meum, absque eo quod alii propter hoc morerentur » (Monuments du procès de canonisation du bienheureux Charles de Blois, éd. dom F. Plaine, Saint-Brieuc, 1921, p. 93). 
(6). J. Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, t. IV, Paris, 1850, p. 382-385. Parmi les très rares propositions qui aboutirent réellement, la plus célèbre est sans doute le Combat des Trente, livré dans la lande de Mi-Voie, entre Plermel et Josselin, le samedi 26 mars 1351, entre trente Bretons, partisans de Charles de Blois, et trente Anglo-Bretons, partisans de Jean de Montfort. « La bataille de Trente Anglois et de Trente Bretons », éd. H. R. Brush, Modern Philology, 9 (1911-1912), p. 511-544, et 10 (19121913), p. 82-136. Moins connu, l'épisode comparable qui opposa, le 28 septembre 1396, près de Perth, deux groupes de trente hommes chacun, appartenant à deux clans écossais, les Chattan et les Kay (R. Nicholson, Scotland. The Leder Middle Ages, Édimbourg, 1974, p. 208. R. Mitchinson, A History of Scotland, Londres, 1970, p. 58-59). 
(7). Honoré Bonet, L'Arbre des batailles, éd. E. Nys, Paris, 1883, p. 71. Sur la graphie Bovet, adoptée ici, voir, outre G. Ouy, « Honoré Bouvet (appelé à tort Bonet) prieur de Selonnet », Romania, I.X X XV (1959), p. 255-259, N. A. R. Wright, « The Tree of Battles of Honoré Bouvet and the Laws of War », dans War, Literature and Politics in the Late Middle Ages. Essays in Honour of G. W. Coopland, éd. C. T. Allmand, Liverpool, 1976, p. 12, n. 2. 
(8). « Documents relating to the Anglo-French Negotiations of 1439 », éd. C. T. Allmand, Camden Miscellany, XXIV, Londres, 1972, p. 116. 
(9). G. W. Coopland, The Tree of Bailles of Honoré Bonet, Liverpool, 1949, p. 296. 
(10). H. A. Oberman et J. A. Weisheipl, « The Sermo epinicius ascribed to Thomas Bradwardine (1346) », Archives d'histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge, XXXIII (1958), p. 295-329. 
(11). Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc, éd. P. Duparc, t. I, Paris, 1977, p. 472. « La bataille comme l'oracle appartient au sacré » (G. Duby, 27 juillet 1214, le dimanche de Bouvines, Paris, 1973, p. 146). 
(12). The Boke of Noblesse addressed to King Edward the Fourth on his Invasion of France in 1475, éd. J. G. Nichols, Londres, 1860, p. 41. 
(13). Suger, Vie de Louis VI le Gros, éd. et trad. H. Waquet, Paris, 1929, p. 26. 
(14). Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, qu. 40. 
(15). F. H. Russell, The Just War in the Middle Ages, Cambridge, 1975, p. 105. 
(16). Jean Froissart, Chroniques, t. III, éd. S. Luce, Paris, 1862, p. 117. 
(17). Chronique de la Pucelle ou Chronique de Cousinot, éd. Vallet de Viriville, Paris, 1864, p. 136. 
(18). Journal du siège d'Orléans, 1428-1429, éd. P. Charpentier et Ch. Cuissard, Orléans, 1896, p. 64. 
(19). Procès en nullité…, éd. cit., p. 393. Robert Blondel déplore que la prise de Fougères par François de Surienne se soit produite en plein carême la veille de l'Annonciation (De reductione Normanniae, dans J. Stevenson, Narratives of the Expulsion of the English of Normandy, Londres, 1863, p. 5). 
(20). Honoré Bonet, op. cit., p. 144. 
(21). Journal d'un bourgeois de Paris (1405-1449), éd. A. Tuetey, Paris, 1881, p. 246 et 244, n. 1. Interrogée sur ce point, Jeanne, lors du procès de Rouen, répondit qu'elle ne savait pas si l'attaque de Paris un jour de fête constituait un péché mortel et s'en rapportait à Dieu (Procès de Condamnation de Jeanne d'Arc, éd. P. Tisset et Y. Lanhers, t. I, Paris, 1960, p. 152). A propos de l'attaque de Lagny par les troupes anglaises en mars 1431, le Bourgeois note, p. 263 : « En la fin, n'y orent point de honneur car ceste malle œuvre se faisoit la sepmaine peneuse ». 
(22). J. Richard, « Le droit de guerre du noble comtois », Mémoires de la société pour l'histoire du droit et des institutions des anciens pays bourguignons, comtois et romands, XII (1948-1949), p. 107-115. 
(23). Honoré Bonet, op. cit., p. 202. 
(24). Simon Islip, De speculo regis Edwardi III, éd. J. Moisant, Paris, 1891, p. 132. 
(25). Le Livre des faicts du bon messire Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France et gouverneur de Gênes, éd. J. F. Michaud et J. J. F. Poujoulat, Paris, 1836, p. 319. Voir aussi Gutierre Diaz de Gamez, Le Victorial, chronique de don Pedro Ninô, comte de Buelna, trad. A. de Circourt et Puymagre, Paris, 1867, p. 313-314. 
(26). Religieux de Saint-Denys, Chronique, éd. M.-L. Bella guet, t. V, Paris, 1844, p. 758-760. Sur l'identité du Religieux, très probablement Michel Pintoin, voir N. Grévy-Pons et E. Ornato, « Qui est l'auteur de la chronique latine de Charles VI, dite du Religieux de Saint-Denis ? » Bibliothèque de l'École des Chartes, CXXXIV (1976), p. 85-102. 
(27). Chronique du Héraut Berry, dans J. Stevenson, Narratives of the Expulsion…, op. cit., p. 371. Naturellement de tels comportements étaient assez rares. En 1420, le Religieux de Saint-Denys, op. cit., t. VI, p. 154, dénonce comme pillards tous les chefs de guerre, à l'exception de Pons de Châtillon « quia ipsum solum militem inter universos Francigenas comperi voluisse militarem disciplinam in melius reformare ». 
(28). Jean Chartier, Chronique de Charles VII. éd. Vallet de Viriville, t. I, Paris, 1858, p. 152-153. 
(29). Cité par P. S. Lewis, La France à la fin du Moyen Âge, Paris, 1977, p. 79-80. 
30. Honoré Bonet, op. cit., p. 202. 
(31). C. T. Allmand, Society at War. The Experience of England and France during the Hundred Years War, Édimbourg, 1973, p. 35. 
(32). Cité par G. du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. I, Paris, 1881, p. 93. 
(33). M. Keen, England in the Later Middle Ages. A Political History, Londres, 1973, p. 143-144. 
(34). C. T. Allmand, op. cit., p. 38. 
(35). Ps. 59, 3. 
(36). N. Iorga, Philippe de Mézières et la croisade au XIVe siècle, Paris, 1896, p. 65. 
(37). A. Dondaine, « Le témoignage de Jean Dupuy O. P. sur Jeanne d'Arc. Note additionnelle à A.F.P. XII (1942), 167-184 », Archivum Fratrum Praedicalorum, XXXVIII (1968), p. 35. 
(38). Procès en nullité…, éd. cit., t. r, Paris, 1977, p. 139. 
(39). Robert de Balsac, La Nef des princes, Lyon, 1502, f. 55 vo. 
(40). Philippe de Clèves, Instruction de toutes manieres de guerroyer, Paris, 1558, p. 3. 
(41). On notera cependant que Jean de Bueil, plutôt que de guerre juste ou injuste, parle de querelle bonne ou mauvaise (Le Jouvencel, éd. C. Favre et L. Lecestre, Paris, 1887 et 1889, t. I, p. 118 et 187, et t. II, p. 20 et 21). 
(42). Bibl. nat., Paris, fr. 1227, f. 43 r°. 
(43). F. H. Russell, op. cit., p. 303. 
(44). Histoire du gentil seigneur de Bayart composée par le Loyal Serviteur éd. J. Roman, Paris, 1878, p. 427. 
(45). Dans Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire de France, XVe siècle, éd. J. A. C. Buchon, Paris, 1836, p. 787 et 792. On notera l'expression « lict d'honneur » (employée également dans l'épitaphe de Louis de la Trémoille, p. 807), annonçant celle de champ d'honneur, dont on sait la fortune. 
(46). Bibli. nat., Paris, fr. 1957, f. 22 vo. 
(47). Philippe de Mézières, Letter to King Richard II. A Plea made in 1395 for peace between England and France, éd. et trad. angl. G. W. Coopland, Liverpool, 1975, p. 126. 
(48). Francisco de Vitoria, Leçons sur les Indiens et le droit de guerre, introduction, traduction et notes par M. Barbier, Genève, 1966, p. 138 et 140. 
(49). Robert Blondel, Œuvres, éd. A. Héron, t. I, Rouen, 1891, p. 385. 
(50). « Discipline de guerre » cf. Le Livre de la chevalerie de la Passion Jhesu Crist, de Philippe de Mézières (Bodl. Library, Oxford, ms. Ashmolean 813, 1. 6r°). « Discipline de vraie chevalerie » : ibid., f. 8 vo. On trouve l'expression « discipline militaire » dans La Salade d'Antoine de la Sale, composée vers 144 (éd. F. Desonay, Liège et Paris, 1935, p. 241). 
(51). Jean Masselin, Journal des États généraux tenus à Tours en 1484, éd. A. Bernier, Paris, 1835, 193. 
(52). Histoire du gentil seigneur de Bayart…, éd. cit., p. 428. 
(53). « Remota justitia, quid sit regnum quam latrocinium ? », saint Augustin, De civitate Dei, IV, 4. 
(54). The Boke of Noblesse…, éd. cit., p. 7, commente : « (That) is to sey, Let the grettest mainstrie have the feelde ».