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samedi 11 juillet 2020

L’armistice de 1940 : des conditions inespérées malgré sa dureté

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André Posokhow

Les orientations stratégiques et politiques des belligérants après la chute de Paris.

Du côté des Allemands, le choix d’un armistice acceptable.

En juin 40, Hitler qui, vraisemblablement souhaitait traiter avec les Britanniques, préféra, pour obtenir un règlement politique, une autre solution que l’écrasement définitif de notre pays. Pour cela, soucieux d’éviter une résistance des colonies françaises et un ralliement de notre flotte à l’Angleterre, il préféra neutraliser la France et choisit la solution d’un armistice acceptable qu’il imposa à Benito Mussolini..

Chez les Britanniques, Churchill imposa la lutte contre l’Allemagne.

Fin mai, Churchill, partisan de la résistance à l’Allemagne, imposa, non sans difficultés, la poursuite de la guerre à son gouvernement.

Retirant ses dernières troupes hors de France, replié sur son ile, il s’employa à contraindre le gouvernement français à aller jusqu’au bout d’un combat désespéré en invoquant la duperie de l’accord franco-anglais du 28 mars 1940. Sa grande préoccupation était le sort de la flotte française.

Un président du conseil qui n’a pas été à la hauteur des évènements.

Si ses responsabilités ministérielles passées ne confèrent pas à Paul Raynaud une responsabilité directe dans la défaite de la France, l’opinion générale est qu’il ne s’est pas montré à la hauteur des évènements en mai-juin 1940. Il est vrai que sa tâche était accablante.

Epuisé nerveusement, harcelé par une maitresse hystérique qui le ridiculisait, il n’a pu maitriser un ministère divisé.

Il n’a pas su s’imposer à des Anglais qui avaient lâché le combat en pleine bataille ni parler ferme à son vieux comparse Churchill, pourtant prêt à réduire Paris en cendres pour donner du temps à l’Angleterre. Il a toléré que Edward Spears, l’émissaire particulièrement malveillant du premier ministre, assiste à des réunions intérieures des autorités françaises alors que la réciproque ne pouvait même pas être imaginée.

Il ne s’est donné le choix qu’entre une poursuite du combat en AFN ou en Grande-Bretagne et d’autre part une capitulation aux conséquences terribles pour la France mais qui aurait eu l’avantage de refiler l’ardoise des fautes des politiciens à l’Armée.

 

Le choix de la lucidité du Maréchal Pétain et de Maxime Weygand.

Le premier de ces choix fut, alors qu’il était évident que la bataille était perdue en métropole, le refus opposé à Raynaud par le général Weygand d’une capitulation interdite par le Code de justice militaire.

Aussi bien Pétain que Weygand ont affirmé leur détermination à ne pas quitter le sol de la métropole.

Les souvenirs atroces des souffrances qu’a infligées l’occupation allemande aux départements du  Nord en 1914-18, hantaient leur mémoire. Le sort de la Pologne martyre à partir de 1939 n’a fait que renforcer cette hantise. A leurs yeux, seul un armistice permettrait d’éviter une administration directe par le Reich et la « polonisation »  de la France.

Le gouvernement du Maréchal Pétain savait que des contacts en vue de la paix avaient lieu entre l’Allemagne et le Royaume uni. La poursuite de la guerre par notre allié apparaissait loin d’être certaine.

Weygand avait la certitude que l’AFN n’avait pas les moyens d’une résistance dans le cas parfaitement envisageable, où l’armée allemande qui en avait les possibilités, aurait entrepris d’occuper ces territoires. La réalisation de ce risque aurait fait perdre non une bataille mais tout simplement la guerre au camp allié.

Une signature de l’armistice humiliante mais jugée non déshonorante.

Les prémices.

Le 17 juin, le Maréchal Pétain a adressé au peuple français une allocution dans laquelle il a déclaré « il faut cesser le combat ». Cette phrase maladroite et le  fait que l’armistice n’a été définitivement conclu qu’une semaine plus tard alors que les opérations se poursuivaient, ont permis aux Allemands de faire de  très nombreux prisonniers.

Plus habile a été la demande faite à l’Espagne de s’entremettre pour permettre d’ouvrir les négociations.  En effet le Maréchal était convaincu que le général Franco le presserait de conclure un armistice pour ne pas être contraint de laisser le passage aux troupes allemandes et ainsi rentrer en guerre et  l’aiderait dans ce sens.

Accepter l’inacceptable ?

Dans le documentaire sur les secrets de l’armistice du 31/5/2020 sur TV cinq il est loisible d’entendre un, journaliste, accuser les plénipotentiaires français de partir à Rethondes où eut lieu la signature de l’armistice, pour «  accepter l’inacceptable ». Ce n’est pas exact.

Le général Huntziger qui conduisait la délégation française avait reçu du Maréchal Pétain une directive impérative sur trois points, sous peine, en cas de refus, de continuer la lutte. Il a martelé énergiquement ces trois points, comme on l’entend dans le documentaire, en dépit de la situation stratégique calamiteuse que n’ont pas manqué de lui rappeler les Allemands.

-Non occupation de la totalité du territoire français. Les Français eurent satisfaction car non seulement les Allemands évacuèrent des villes qu’ils avaient occupées comme Lyon, mais ils laissèrent au gouvernement Pétain une zone dite libre, en principe souveraine, dotée d’une armée de 100 000 hommes : armée croupion, mais armée quand même.

-Non occupation et non livraison d’un territoire de l’Empire, ce qui fut le cas.

-Non livraison de tout ou partie de la flotte. Les Allemands en convinrent sous condition d’un désarmement dans les ports d’attache du temps de paix. Les Français demandèrent que ce désarmement ait lieu dans les ports d’AFN pour des raisons évidentes. Les Allemands acceptèrent mais refusèrent que ce soit inclus dans la convention écrite. Il est très regrettable que les plénipotentiaires français n’aient pas plus insisté pour avoir satisfaction.

Les Allemands acceptèrent  de surcroit que le matériel d’aviation ne soit pas livré mais stocké en zone non occupée ce qui était appréciable. En fait une grande partie de l’aviation traversa la Méditerranée.

En revanche ils opposèrent un refus sec à l’infléchissement de la ligne de démarcation vers le nord et à l’abandon de l’article 19 qui prévoyait la livraison de réfugiés politiques allemands.

Il semble que cette clause qui peut être ressentie comme une tache pour la France n’ait pas eu, selon l’amiral Auphan de conséquences graves, beaucoup d’entre eux ayant eu le temps de s’échapper.  

L’armistice fut signé le 22 juin avec le Reich. Un deuxième armistice fut signé avec les Italiens le 25 juin sans conséquences néfastes significatives, le Duce ayant été calmé par Hitler.

Un armistice dur et imprécis que les Allemands violèrent dès 1940

Cet armistice qui s’inscrivait dans un contexte de défaite totale était très dur. Les armées françaises étaient désarmées, démobilisés et leur matériel remis à l’armée allemande. Le trafic maritime colonial  était subordonné à l’autorisation préalable des autorités allemandes. La convention d’armistice était valable jusqu’à la conclusion du traité de paix, c’est-à-dire sine die. Enfin l’objet du traité de paix à venir était « la réparation des torts causés par la force au Reich allemand ». Lesquels ?

Rédigé de manière ambigüe il permettait une extension et un alourdissement des charges et des contraintes imposées à la France. L’Allemagne exerçait les droits de la puissance occupante avec le concours de l’administration française, sans que ces droits fussent définis. Ce fut le cas des frais d’entretien des troupes allemandes sur le territoire français dont le montant fut fixé après le 22 juin à un montant colossal de 400 millions de francs/jour. Certaines dispositions étaient autant de chausse-trappes et permettaient d’exercer une pression constante sur le gouvernement français. La convention pouvait être dénoncée à tout moment par le gouvernement allemand. Les prisonniers de guerre qui furent la hantise quotidienne du Maréchal, demeureraient prisonniers jusqu’à la paix et leur sort dépendait du bon vouloir allemand. Le franchissement de la ligne de démarcation pouvait être restreint à tout moment et l’occupant ne s’en priva pas. C’était « le mors dans la bouche du cheval ». Enfin les clauses concernant l’administration française servirent aux Allemands pour traquer les Juifs.

N’arrivant pas à s’entendre avec la Grande-Bretagne et déterminé à traiter la France d’une main de fer, Hitler viola les bornes imprécises  de l’armistice pour appliquer la loi du plus fort. Ce fut le début d’un pillage extravagant d’une France désormais affamée. La France  divisée par les Allemands en six zones, dont l’Alsace Lorraine purement et simplement annexée. Cette annexion constituait le prélude de celle de la zone interdite de l’Est de la France, vieux rêve pangermaniste, dont beaucoup de réfugiés se virent interdire de rentrer chez eux.
Les Allemands chassèrent également les personnes jugées indésirables, notamment les juifs, d’Alsace Lorraine.

Hitler laissait ainsi présager le contenu du traité de paix  drastique qu’il comptait imposer à la France et qui comporterait un vaste plan de démembrement.

Mais des conditions favorables inespérées.

Compte-tenu de la débâcle alliée, les conditions de l’armistice de 1940 se sont cependant avérées favorables d’une manière inespérée.

Elles permettaient à une France écrasée et accablée de reprendre pied et de sauvegarder l’impératif stratégique de l’espace et du temps.

Ce fut tout d’abord l’espace de la zone non occupée dans laquelle le gouvernement, alors légitime, de la France pouvait exercer sa  souveraineté. Souveraineté fragile, dépendante, menacée mais souveraineté quand même, qui fit l’objet de négociations permanentes au travers de la commission d’armistice. Cette zone, dite libre a permis de préserver la liberté de persécutés comme les Juifs qui y étaient réfugiés. Les grands mouvements et réseaux de résistance y sont nés et développés.

Ce fut aussi l’espace de l’Empire, de l’Afrique noire et surtout de l’Afrique du Nord. L’historien Delpla soutient, au cours du documentaire, qu’avec l’armistice, Hitler entendait piéger les Français en  leur laissant l’AFN intacte hors de portée des Britanniques. Ceux-ci auraient pourtant été bien incapables de la défendre. En réalité l’armistice a bien  neutralisé l’AFN  mais au profit des Alliés qui ont pu y débarquer en 1942 et l’utiliser comme base d’attaque de l’Europe occupée. Le Führer s’est piégé lui-même.

Celui-ci l’a compris rapidement de sorte  que, le 15 juillet, le Maréchal Pétain reçut une mise en demeure de mettre l’AFN à la disposition de la Wehrmacht : 8 bases aériennes au Maroc, la mise à disposition du chemin de fer Tunis-Rabat, l’utilisation des ports français d’AFN, la réquisition des navires de commerce français. C’était annuler l’armistice et accepter une alliance stratégique de fait de la France au côté de l’Allemagne. Pétain a refusé et les Allemands n’ont pas insisté. C’est un épisode sur lequel les historiens corrects sont assez discrets.

Enfin l’armistice a donné le temps à la France de se refaire militairement.

En métropole, les services spéciaux et l’armée d’armistice en camouflant du matériel, ont été les premiers résistants.

En AFN, le général Weygand a été celui qui, sur les débris de l’armée d’Afrique, a su recréer une force militaire cohérente , ferment d’une nouvelle armée française : celle de la Tunisie, du Garigliano et de l’Alsace.

En Conclusion.

Pour conclure, le plus simple est de citer le livre de Dominique Venner, histoire de la collaboration : « Avec ou sans armistice, les combats se seraient arrêtés du côté français, faute de combattants. L’armistice a eu pour effet de limiter l’ampleur du désastre. La catastrophe, ce n’est pas l’armistice, simple conséquence, mais la défaite ».

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2020/07/10/l-armistice-de-1940-des-conditions-inesperees-malgre-sa-dure-6250913.html

mercredi 18 septembre 2013

L’Histoire falsifiée, mais libérée

Le Musée de l’’Ordre de la Libération vient enfin, suite à nos pressantes interventions (1), de déposer l’’important placard gravé du faux appel du 18 juin qui était apposé depuis des années à l’’entrée de ses locaux, dans l’’enceinte des Invalides. Il reconnaît ainsi, de facto, une falsification que Charles De Gaulle avait lui-même dénoncée quand il écrivait, le 23 juillet 1955, à Olivier Guichard : « Si l’on donne pour l’’appel du 18 juin une allocution postérieure, je ne l’’admets pas d’avantage » (2). L’’affaire justifie que l’’on en fasse un bref historique.
Sous deux drapeaux tricolores entrecroisés, le titre A TOUS LES FRANÇAIS précède les mots connus : « La France a perdu une bataille ! Mais la France n’’a pas perdu la guerre ! ». Le texte qui suit porte la date du 18 juin 1940 et la signature du général De Gaulle à son Quartier général, 4 Carlton Gardens, London, S.W.1.
Ces mentions, date et adresse, contrefont l’’Histoire. En effet,
–- s’’agissant de l’’adresse, Charles De Gaulle, arrivé à Londres le 17 juin 1940, n’’était pas installé le lendemain à Carlton Gardens. Il le note dans ses Mémoires de guerre : « Nous travaillions, mes collaborateurs et moi, à St Stephens House, sur l’’embankment de la Tamise, dans un appartement meublé de quelques tables et chaises. Par la suite, l’’administration anglaise mit à notre disposition, à Carlton Gardens, un immeuble plus commode où s’’installa notre siège principal ».
Philippe De Gaulle confirme que cette installation eut lieu le 24 juillet 1940 (in De Gaulle, mon Père, Plon, tome 1, p. 103).
-– s’’agissant de la date, la mention 18 juin 1940 trompe le lecteur, en lui faisant croire que le texte placardé est celui de l’’appel authentique. Et ce, d’’autant que celui-ci ne faisait l’’objet d’’aucune affiche murale, bien que, dans le premier tome de ses Mémoires, Charles De Gaulle le cite à la première page des documents en annexe, sans faire la moindre allusion au texte du placard incriminé dont il dénoncera – dans sa lettre à Olivier Guichard – le caractère apocryphe. Car ce texte est celui de l’’affiche qui fut placardée en Angleterre, au cours du week-end du 3 août 1940 (3). Le premier numéro du Bulletin officiel des Forces Françaises Libres, daté du 15 août 1940, le reproduit aux côtés du texte de l’’authentique appel du 18 juin (4).
Ce qu’’écrivait le colonel Rémy
Ces faits sont connus. Le colonel Rémy – qui fut membre du Comité directeur de l’’Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain (A.D.M.P.) (5) –évoquait à leur sujet « une équivoque dont on pourrait croire qu’’elle est soigneusement entretenue, tant on la voit se répéter d’’une année sur l’’autre, à l’occasion de l’’anniversaire du 18 juin [...] Comment ne pas croire à une falsification délibérée » (6).
Il ne s’agit pas là d’une interrogation, mais d’’une affirmation. Car, au cours de son second règne, de 1958 à 1969, Charles De Gaulle avait la possibilité, voire le devoir, d’’interdire que le faux appel soit substitué au vrai, et soit reproduit, sous la forme de centaines d’affiches et de placards émaillés qui, aujourd’’hui fleurissent sur les murs de nombre de nos villes, villages et bâtiments publics. Et ce, aux frais de la princesse.
Il est donc peu discutable que le silence gaullien, sur ladite falsification et sa diffusion, présente un caractère de complicité. Ce qui surprendra peut-être le lecteur de la lettre précitée, adressée en 1955 à Olivier Guichard. Mais qui étonnera moins ceux qui n’’ont pas oublié le jugement porté sur Charles De Gaulle par :
-– Jacques Soustelle : « Il a tout dit et le contraire de tout »
–- Georges Pompidou : « Il a tout dit et le reste » (7)
–- Philippe De Gaulle : « Il lui arrivait de mentir par omission. Il expliquait : “Il y a des moments où il faut savoir se taire “» (8).
Un combat légitime
Mais, au-delà de l’’intérêt qui s’’attache à mesurer la part éventuellement prise par Charles De Gaulle et ses fidèles dans l’’invention et la diffusion du faux, l’’attention qui doit être portée à cette affaire réside dans les conséquences de la reconnaissance par le Musée de l’’Ordre de la Libération de la falsification et de sa décision de l’’éliminer de ses propres murs.
Cette décision n’’est, en effet, qu’’un épisode du combat légitime contre un faux qui demeure placardé en moult lieux de France et de Navarre. Sous l’’exergue d’’une Croix de Lorraine, il est même apposé à Londres sur la façade du 4 Carlton Gardens. C’’est au pied de ce faux que, le 18 juin 2006, dix officiers élèves de Saint-Cyr et un détachement de leurs camarades britanniques de Sandhurst, ont reçu pour mission de commémorer le 18 juin. Ainsi, Français et étrangers apprennent que l’’armée française aurait honteusement capitulé, alors qu’’en dépit de pertes qui, en cinq semaines, avaient été supérieures à celles subies à Verdun durant une période équivalente, nous avons combattu –comme l’’attestent nos morts, nos blessés et nos citations (9) -– jusqu’à la première heure du 25 juin 1940, date d’’entrée en vigueur d’’un armistice et non d’’une capitulation. Un armistice que juge Henri Amouroux : « Le gaullisme a imposé l’’idée qu’’il ne fallait pas signer cet armistice et que Vichy était illégitime. C’est fabuleux ! Mais ce n’’est pas sérieux ! » (10).
Éliminer tous les faux
Suite à l’’exemple du Musée de l’’Ordre de la Libération, tous les faux figurant ici et là doivent être éliminés. Cette mesure de salubrité implique l’’intervention
–- des instances gaullistes, notamment pour déposer le faux du 4 Carlton Gardens ;
-– du ministère de la Défense auquel il appartient d’une part d’’interdire l’’affichage du faux dans les casernes, sur les navires de guerre et sur les bases de l’’armée de l’’Air, d’’autre part de ne pas renouveler la manifestation du 18 juin 2006 à Londres ;
-– du ministère des Anciens combattants, responsable de la défense de la mémoire combattante ;
-– du ministère de l’’Éducation nationale qui ne peut ignorer et accepter des ouvrages scolaires qui enseignent le faux ;
-– des directions de musées à vocation historique ;
–- des maires pour l’’élimination des faux éventuellement placardés dans les communes. Mais la responsabilité du combat principal contre la falsification de l’’Histoire incombe, vu leur position dominante, aux familiers des médias et notamment aux historiens et journalistes professionnels qui demeurent trop souvent prisonniers de la pensée unique, au point que rares sont ceux qui, depuis un demi-siècle, ont eu le courage de dénoncer les faux mettant en cause la France et ses armées au profit de l’’idéologie de puissants lobbies.
Le courage intellectuel est, on le sait plus rare que le courage physique (11). La survie possible du faux risque, dans l’’avenir proche ou lointain, de le confirmer. L’’affaire est donc à suivre sans le moindre relâchement.
Jacques Le Groignec (général de corps aérien (CR)) L’’Action Française 2000 du 5 au 18 octobre 2006
(1) Ces interventions sont évoquées dans mon ouvrage Réplique aux diffamateurs de la France (Nouvelles Éditions Latines, p.198).
(2) Charles De Gaulle : Lettres, notes et carnets, 1955, p. 240.
(3) cf. l’’article du Times du 5 août 1940 dont un fac-similé figure à la page 202 de mon ouvrage précité.
(4) cf. mon ouvrage précité, p. 201.
(5) A.D.M.P., 5 rue Larribe, 75008 Paris, 01 43 87 58 48 www.marechal-petain.com, et www.admp.org.
(6) Colonel Rémy : Lettre du 26 décembre 1970 adressée au directeur du Figaro.
(7) Georges Pompidou : Pour rétablir une vérité, Flammarion, p.119.
(8) Philippe De Gaulle : De Gaulle, mon père, Plon, tome 1, p. 228.
(9) Malgré ma répugnance à parler à la première personne pour évoquer de brefs instants d’’un conflit qui dura cinq ans et tua cinquante millions d’’êtres humains, je tiens à souligner, à titre d’’exemples, que le dernier de nos pilotes de chasse morts au champ d’’honneur tomba dans la soirée du 24 juin 1940, et que je fus moi-même -– pardonnez-moi– - cité pour fait d’’armes le 18 juin 1940
(10) Henri Amouroux : Interview dans “Valeurs actuelles”, 13 décembre 1993.
(11) Extrait de l’hommage au général Gouraud rendu le 15 novembre

lundi 26 décembre 2011

Histoire à l'endroit : La 11e heure du 11e jour du 11e mois de l'an 1918

Le 11 novembre 1918, à 11 heures, clairons sonnent le Cessez-le-feu. Ainsi s'achève la Grande Guerre.
« 10 h 45. Une salve de 150 s'abat sur Dom-le-Mesnil. 10 h 57. Les mitrailleuses tirent des deux côtés. 11 heures. Là-bas, au bout de la passerelle, un clairon invisible a sonné. Cessez le feu !
Levez-vous ! Au drapeau ! Et, soudain, de la terre de France, des corps invisibles qui se sont blottis dans son sein pour échapper à la mort, monte une vibrante Marseillaise, saluée en face par les cris des Allemands qui sortent de leurs abris et agitent leurs armes. C'était la fin. »  
Cette évocation des derniers combats livrés le 11 novembre 1918, devant Dom-le-Mesnil, par les poilus des 415e et 142e régiments d'infanterie contre les Maikâfer de la Garde prussienne, est extraite d'un livre(1) publié en 1932 par le général Maxime Weygand, l'un des négociateurs de l'armistice.  
Cet armistice, les Allemands l'ont demandé, dès le 6 octobre, au Président américain Woodrow wilson, ouvrant des négociations au bout lesquelles les plénipotentiaires allemands - le sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Mathias Erzberger, le comte Oberndorff, le général von Winterfeldt et le capitaine de vaisseau Vanselow - se présentent, le 7 novembre, par la route de Haudroy, aux avant-postes français.
Ils y arrivent à 20h20, avec plusieurs heures de retard sur l'horaire prévu, en raison du mauvais état des routes, encombrées par les troupes qui refluent et coupées par des centaines d'arbres que leurs propres troupes ont abattus pour couvrir leur retraite.
À Spa, les voitures officielles ont même été accidentées : la voiture de tête est rentrée dans un mur et la suivante l'a percutée, sans toutefois faire de blessés.
Un clairon français sonnant le Cessez-le-feu, debout sur le marchepied de la voiture de tête, un officier français, le capitaine Lhuillier, accompagne les parlementaires allemands jusqu'à La Capelle, où les attend le commandant de Bourbon-Busset, chef du 2e bureau de la 1ere Armée, qui les conduira jusqu'au maréchal Foch, commandant en chef des armées alliées.
Dans la nuit du 7 au 8 novembre, ils gagnent en voiture, puis en train, une clairière des bois de Rethondes, près de Compiègne (ils ne connaîtront pas leur destination). C'est là qu'à neuf heures du matin, ils rencontrent, dans un autre train, le maréchal Foch, le général Weygand et, du côté britannique, l'amiral Sir Rosslyn Wemyss et le contre-amiral Hope. Les plénipotentiaires des deux camps s'installent dans « un wagon-restaurant dont les deux salles ont été réunies en une seule, une large table en occupe le centre », où l'État-Major à coutume de travailler, relate Weygand.
Foch est confiant. « Les clauses militaires de la convention qu'il a mission d'imposer ont été, dans l'ensemble, établies par lui. Il sait que, si l'ennemi les accepte, leur application donnera aux Gouvernements alliés le pouvoir de conclure la paix qu'ils voudront, ou de reprendre, en cas de nécessité, les hostilités dans des conditions, militaires extraordinairement améliorées par la possession de têtes de ponts sur le Rhin. Si l'ennemi refuse de signer, dans six jours une puissante offensive sera déchaînée sur le front de Lorraine où il n'est plus en état d'amener des forces à la rescousse ; une nouvelle et importante victoire est certaine. »
Le plus haut degré de pathétique
L'Allemagne, en effet, est à bout : les mutineries, commencées au port de Kiel, s'étendent, des troubles ont lieu à Berlin, des Conseils d'ouvriers et de soldats se forment dans l'armée, on réclame l'abdication du Kaiser Guillaume II. Sur le front, les régiments poursuivent la lutte avec des effectifs dérisoires.
Les clauses principales de l'armistice sont lues aux Allemands. Le capitaine von Helldoff, qui accompagne leur délégation comme secrétaire, pleure. Le visage du général von Winterfeldt, « très pâle, est empreint d'une douloureuse expression ».« La scène atteint dans sa simplicité le plus haut degré de pathétique ; le moment est poignant. », écrit Weygand.
Les parlementaires allemands, qui disposent de 72 heures pour accepter ou refuser ces conditions, demandent vainement une suspension immédiate et provisoire des hostilités. Au cours des trois jours suivants, ils tentent sans grand succès d'obtenir des adoucissements des conditions, en faisant valoir notamment la gravité des troubles intérieurs en Allemagne et la menace d'une révolution bolchevique, qui pourrait toucher les alliés par contagion et empêcher l'Allemagne de leur fournir les réparations qu'ils réclameront.
Cependant, le 9 novembre, les événements se précipitent : le chancelier Max von Baden prononce l'abdication de l'Empereur Guillaume II, et tandis que le président du parti majoritaire, Friedrich Ebert, devient chancelier, la République allemande est proclamée au Reichstag.
Le 11 novembre, à Rethondes, les dernières discussions s'ouvrent à 2h 15. À 5 h 10, l'armistice est signé : il prendra effet à 11 heures.
Dans la matinée, partout sur le front, les agents de liaison courent prévenir les chefs d'unité - certains d'entre eux compteront parmi les derniers tués de la Grande Guerre. Devant Dom-le-Mesnil, la fusillade et le marmitage continuent à faire rage. Envoyé cherché par le capitaine Lebreton, le soldat Delaluque, du 415e RI, se prépare, comme d'autres clairons tout au long du front, à sonner le Cessez-le-feu.
« L'officier lève lentement la main, raconte Patrick de Gmeline dans son livre Le 11 novembre 1918 (2). Delaluque assure l'instrument dans sa main et se prépare. Il appréhende de se lever, de sortir au milieu de cette mitraille. Que va-t-il se passer lorsqu'il va émerger de son trou ?
11 heures, allez-y !
Alors Delaluque sort, se rétablit, se dresse, lentement, face aux lignes allemandes. Il embouche son clairon, aspire, emplit ses poumons, gonfle les joues et lance les notes du Cessez-le-feu. Il lui semble qu'elles couvrent toutes les explosions, les claquements, les détonations, qu'elles les éteignent. Tout autour de lui, des silhouettes se dressent, émergent de la terre dévastée. »
À la même heure, à Paris, les cloches de toutes les églises se sont mises à sonner, à toute volée.
Hervé Bizien monde & vie. 19 novembre 2011
1. Général Weygand, Le 11 novembre, Flammarion, 1932
2. Patrick de Gmeline, Le 11 novembre 1918, Presses de la Cité, 1998

vendredi 23 décembre 2011

L’Armistice de 1940, une faute tragique Projet de préface

Au moment où en Vème République déliquescente  les Français sont, à nouveau, plongés dans le malheur, il est utile de leur rappeler la part qu’ils prirent en IIIème République défaillante, à compromettre eux-mêmes, leur destin.
A cet égard, fort opportunément, Jacques Bourdu pose une question qui s’avère décisive par les réponses qu’elle suscite  car celles-ci  évoquent les conditions  de la survie nationale. Pour l’auteur de ce texte passionnant l’armistice de 1940 a bien été une faute tragique puisqu’il a renoncé à la forme interrogative. Au débat, il apporte une solide argumentation qui devrait dissiper toute perplexité. Mais on ne saura jamais ce qui se serait passé si, dès juin 40, les Français avaient « pris le maquis ».
Le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain accueille Hitler pour l’entrevue de Montoire
Aujourd’hui, rongés par le virus Jean Monnet et l’utopie européenne, leur identité séculaire  bousculée par les vagues d’arrivants aux mœurs différentes, reniant leur passé, s’accommodant  d’un avenir de précarité et de vassalité auquel les conduit la pratique de désastreuses  Institutions, les Français se laissent évincer du cours de l’Histoire.
Hier, en fin de IIIème République, ils avaient souscrit aux carences  du pouvoir politique qu’ils s’étaient donné comme aux faiblesses d’un haut Commandement, excipant de la légitimité républicaine et du respect du pouvoir civil pour justifier sa passivité  et ses erreurs de jugement.
Carences du pouvoir politique ? Elles sont nombreuses et particulièrement affligeantes lorsque l’on considère les fleuves de larmes et les torrents de sang, qu’en définitive, elles ont – indirectement certes – provoqués.
Au cours des années 30, et en France par faiblesse et imbécile dogmatisme, furent réunies les conditions de la terrible décennie 40, la plus meurtrière qu’ait connue l’humanité.
Été 1936, sur une plage de Normandie: 1er prix d'un concours de châteaux de sable.
En 1929, les illusions qu’avaient fait naître les rencontres Briand-Stresemann, les « finasseries » du second abusant de la crédibilité démagogique du premier, étaient en voie d’être dissipées.
Briand et Stresemann
Quatre ans plus tôt, Hilter avait rédigé « Mein Kampf » et ses menaces commençaient à être prises au sérieux. (l’ouvrage sera traduit en français et publié en 1934 par les Nouvelles Editions Latines).
En première page figurait l’avertissement du maréchal Lyautey : « Tout Français doit lire ce livre ».
De 1932 à 1934, les premiers ministres successifs  de la IIIème République, Herriot, Paul-Boncour, Daladier, Sarraut, Chautemps, Bouisson, Léon Blum, radicaux socialistes  ou socialistes, rivalisèrent en matière de démagogie  en feignant d’ignorer « Mein Kampf » et le péril allemand. La gauche française et ses dirigeants politiques réclamaient la réduction des dépenses militaires et de la durée du service national, la fin de l’instruction des réserves, la limitation des fabrications d’armement et du commerce des armes.
Bien qu’en 1930 Hitler eut déjà obtenu les suffrages de près de 15 millions de ses concitoyens, après avoir écrit dans « Mein Kampf » que la … « France était le principal obstacle à l’obtention des résultats (de son programme) et que ces résultats ne seront atteints ni par les prières au Seigneur, ni par des discours, ni par des négociations à Genève. Ils doivent  l’être par une guerre sanglante », à Paris un irresponsable pacifisme était entretenu. Le 3 juillet 1932 à la Tribune de l’Assemblée nationale Thorez déclarait encore : … « Nous sommes contre la défense nationale. Nous sommes les partisans de Lénine et du défaitisme révolutionnaire ».
Au début du mois de janvier 1936, le programme du « rassemblement populaire, le « Front populaire » sera rendu public.
Victoire du "Front Populaire" en 1936. De gauche à droite: Mme  Blum, Léon Blum (SFIO), Maurice Thorez (PCF), Roger Salengro (SFIO ministre de l’intérieur). Deuxième rang derrière Blum et Thorez, (roulant une cigarette) Edouard Dalladier (Parti Radical , ministre de la Défense).
Aussi, deux mois plus tard, les troupes allemandes réoccupaient la Rhénanie. Les Français ne s’en émurent pas davantage puisqu’en avril 1936 aux législatives, ils donnèrent la victoire au Front populaire. Bien qu’il ait affirmé « qu’il ne laisserait pas Strasbourg sous la menace des canons allemands », A. Sarraut, Premier ministre, s’était incliné. Il est vrai, qu’en France, commençait l’agitation sociale, avec 2 millions de travailleurs en grève, la dévaluation du franc, les occupations des usines, et le recours à Léon Blum dès le début de juin 1936.
Celui-ci s’empressa avec Thorez et Daladier de célébrer le 14 juillet 1936 sous une large banderole avec l’inscription suivante : « Pour le désarmement…. Vive Jaurès ». La signification  des événements survenus en Allemagne lui ayant complètement échappé, 3 ans  après l’accession de Hiltler au pouvoir, Léon Blum était monté à la tribune de l’Assemblée  nationale  pour déclarer : « Contre ce danger (le nazisme), je défie quelqu’un d’entre vous de trouver d’autre parade sûre, d’autre moyen de garantie possible  que le désarmement  de l’Allemagne, accepté volontairement par elle ou qui lui serait imposé par l’accord unanime de toutes  les autres puissances ».
14 juillet 1936
Difficile de faire preuve de plus de naïveté, d’ignorance, voire de sottise et de mieux encourager Hitler à réaliser son programme. Triste bilan du Front populaire : baisse de 5 % de la production française, celle de l’Allemagne augmentant de 17,3 %, le nombre des chômeurs passe, en France, de 400.000 à 850.000, l’industrie en général, et celle d’armement en particulier, est désorganisée, les accords de Matignon établissent la semaine de 40 heures
(60 heures outre-Rhin) et les congés payés, incontestables avantages sociaux dont il faudra que les Français paient le prix par la défaite et l’occupation. Ils n’allaient pas être les seuls à souffrir des ambitions allemandes. Le 14 mars 1938 Léon Blum, à nouveau Premier ministre, assurait l’ambassadeur de Tchécoslovaquie à Paris, solennellement, que la France remplirait ses  engagements  envers son pays. (Selon la Convention signée en 1937 prévoyant l’envoi d’une force aérienne «s’il était porté atteinte à l’ordre établi par les traités »).
En février 1939 Hitler occupera la Tchécoslovaquie. La France s’en tiendra au constat, reniant ses engagements. Entre temps avaient été signés les  accords de Munich (fin septembre 1938) si bien que Daladier avait pu regagner Paris en déclarant : « Je reviens de Munich avec la conviction profonde que cet accord est indispensable à la paix en Europe ». Et la population française  d’applaudir. De souscrire  à la démagogie  des dirigeants  qu’elle s’était donnés, et qui, pour lui plaire, affirmaient n’importe quoi.
De gauche à droite: Chamberlain, Mussolini, un interprète, Hitler et Daladier .
Une explication ? Meurtri au plus profond de lui-même par la « Grande Guerre », le pays tout entier n’aspirait qu’à garder le sol national à l’abri d’une nouvelle invasion. Derrière la ligne Maginot – tenue pour infranchissable – protégée par les Ardennes dont le maréchal Pétain déclarait qu’elles étaient impénétrables, par la Belgique et la Suisse, dont les Allemands n’oseraient violer la neutralité, la France n’avait qu’à se tenir sur la défensive. Le pacifisme à la Briand imposait même, le mot bombardement étant proscrit, de désigner « l’aviation de bombardement » par « aviation lourde ». Et  puis, pensait-on en dernier recours, il y aurait la levée en masse, comme en 1793 et aussi les forces morales et populaires à la Jaurès. Ce climat explique, pour une part, l’étrange passivité du haut commandement avant les hostilités et ses erreurs de jugement soucieux qu’il était d’être – déjà – « politiquement conforme ». Dans une telle
ambiance on conçoit qu’en juin 1940 le compromis ait pu l’emporter sur la poursuite de la guerre.
Les carences du haut commandement allaient amplifier les conséquences de l’incapacité gouvernementale. En ce qui concerne, en France le pouvoir politique, l’Histoire en fournit les principales causes. Le 18 brumaire, le coup d’Etat du 2 décembre 1851, plus tard, les ambitions – bien que romanesques – du général Boulanger, ont jeté la suspicion sur le haut commandement. Lorsque, en octobre 1936, le lieutenant-colonel De Gaulle réussit à avoir un entretien avec M. Léon Blum, alors président du Conseil des Ministres, non seulement celui-ci renvoya son visiteur à Daladier et à Gamelin mais déclara, en substance qu’il s’opposait à la mise sur pied des formations blindées celles-ci pouvant être les instruments d’un coup d’Etat.
En revanche, au cours de la guerre de 1914-1918, les exigences de la lutte avaient imposé au pouvoir politique de s’incliner devant la technicité de l’état-major. La France terminait victorieusement les hostilités avec une armée puissante et une doctrine d’emploi efficace. C’est ainsi qu’elle avait réussi à aligner 3000 chars d’assaut Renault et Schneider, les généraux Estienne et Buat déclarant déjà que … « le tank était, incontestablement, l’arme la plus puissante de la surprise, donc de la victoire ».
Char Renault FT17
Ils plaçaient déjà les chars d’assaut en réserve générale du commandant en chef en faisant d’eux les armes d’un corps motorisé spécial « possédant un formidable avantage sur les lourdes unités du passé ».
Mais les leçons de la dernière année du conflit furent oubliées au profit de l’enseignement des trois années précédentes, la stratégie défensive du front continu et la guerre d’usure – relativement – lente des belligérants l’emporta.
Entre 1927 et 1930, le maréchal Pétain et le général Debeney récusèrent la mécanisation souhaitée par De Gaulle. En 1932 le général Dufieux s’éleva contre le concept d’une formation blindée, intervenant directement et décisivement dans la bataille si bien qu’à la suite d’une manoeuvre expérimentale peu concluante, au camp de Mailly, le général Weygand mit un terme à ces exercices. En 1934, lorsque De Gaulle eut publié « Vers l’armée de métier » et argumenté en faveur de la mise sur pied d’une force blindée professionnelle, le général Colson, à l’époque chef d’état-major de l’armée de terre, interdira la diffusion de l’ouvrage.
Le Général Gamelin
Le 6 mars 1936, le premier ministre Albert Sarraut convoqua le général Gamelin : … « Que faire devant l’envoi par Hitler de troupes en zone démilitarisée du Rhin ?
A cette question Gamelin ne fut en mesure que de répondre : …  « envoyer rapidement un corps expéditionnaire français, même plus ou moins symbolique, serait chimérique ».
Et en avril 1938, lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie, l’état-major français découvrit qu’il ne pouvait apporter à ce malheureux pays aucun des secours que le gouvernement s’était engagé à lui fournir, y compris même ceux promis un mois plut tôt par Léon Blum.
Ainsi, au cours de cette triste décennie 30, non seulement la France a été le théâtre d’une profonde discorde socio-économique (événements de 1934 et de 1936-1937) mais la discorde était également chez les militaires divisés par une nouvelle querelle des « Anciens »  - les plus nombreux et  les plus haut placés - et les « Modernes », très minoritaires. La discorde n’était pas chez l’ennemi mais bien en France.
La politique et le haut commandement qui eurent à gérer la défaite, responsables  de l’état des affaires du pays, étaient imprégnés à la fois de
leurs échecs  et de la faiblesse morale et matérielle de la France qui en résultait. Profond était le désarroi général. Une réflexion  d’un officier supérieur rencontré à Alger au retour d’une mission en France en témoigne cruellement : « Vous revenez de la métropole…. Vous avez constaté la pagaille… Nous avons reçu une belle raclée… Mais, vous verrez, les Allemands nous remettrons d’aplomb ».
En 1939, affecté au 4ème Bureau (matériel) de l’état-major  du Commandement supérieur de l’air en Afrique du nord le rédacteur de ces lignes a été en bonne position pour juger des armements aériens dont disposaient les trois Commandements de l’Air, au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Ils n’étaient pas mieux dotés que ne l’était la métropole, sinon en avions anciens, aux biens modestes  performances. Les appareils américains assemblés  par l’Atelier  Industriel de l’Air de Casablanca étaient envoyés en France, théâtre des opérations, les maigres ressources  de l’AFN étant dirigées vers la métropole. Lorsque l’Italie entra en guerre contre la France une formation d’avions italiens survola Alger sans que la défense aérienne  française intervienne. Le Commandement de l’Air fit enquêter. « Comment pouvais-je intervenir, déclara le chef de l’escadrille de la Maison Blanche, voici plus de cinq mois que je réclame  des pneus pour mes avions Loire qui en sont dépourvus ! ».
Alignement des « Dewatine D.520 » de la 5ème escadrille du GC III/6 à Alger - Maison Blanche, fin juillet 1940. Au premier plan, le n°277 de Le Gloan, sur lequel il a peint la "bande des as". Lieutenant Pierre Le Gloan mort le 11 septembre 1943.
Le 19 juin 1940, deux jours après la demande d’armistice du maréchal Pétain, le général commandant l’aviation d’Afrique du nord envoya une petite mission – trois officiers de son état-major ─ en métropole afin d’y organiser l’envoi des matériels indispensables  à la poursuite des hostilités : pièces de rechanges, équipements divers, matières premières et outillages destinés à l’entretien technique des avions d’AFN afin qu’ils deviennent, ou demeurent opérationnels.  C’est ainsi, par exemple, que l’Afrique du Nord 
n’avait aucun stock de maillechort, alliage de cuivre et zinc utilisé pour la fabrication des maillons  de mitrailleuse. Et pas davantage d’outillage pour produire ces maillons.
Au sud de la France, dans les dépôts de Marseille, Tarbes, Montpellier, la panique était telle que la mission échoua. Mais, à Alger, il y avait eu l’espoir de poursuivre la lutte grâce aux ressources humaines  et matérielles de l’empire. Espoir vite déçu.
Au cours des deux dernières semaines de juin 1940, plusieurs centaines  d’avions de combat franchirent la Méditerranée pour échapper à l’Allemand. Ils atterrirent sur les bases  aériennes d’Afrique du Nord, de Rabat à Tunis. L’état-major d’Alger fit dresser leur inventaire par deux officiers, un mécanicien, le capitaine  Crosnier et un navigant, le signataire de cette préface. La plupart de ces avions n’étaient pas réellement « bons de guerre ». Leur équipement, leur armement étaient défaillants  pour la majorité. Chaque appareil avait été inspecté et environ dix pour cent  d’entre eux déclarés  opérationnels. Lorsque, après Mers el Kebir, Alger voulut exercer des représailles en bombardant Gibraltar, le rassemblement  de quelques dizaines d’avions militairement utilisables  se révéla laborieux.
Peu avant le début des hostilités, comme le Commandement de l’Air en Afrique du nord réclamait de Paris que soient renforcées  les forces aériennes  d’au-delà de la Méditerranée, la Direction du matériel aérien répondait négativement  en usant d’arguments  fallacieux. C’est ainsi, par exemple, qu’à l’évocation des médiocres  performances des avions Potez 25 TOE formant l’essentiel  de la flotte aérienne d’AFN, il fut répondu que la faible vitesse du Potez était un avantage face aux chasseurs italiens  trois fois plus rapides car en virage serré ceux-ci ne pouvaient suivre les évolutions de notre vieux matériel.
Potez 25 TOE
Ou encore, la médiocrité de nos propulseurs  étant soulignée, Paris affirmait que l’armée de l’Air n’avait pas besoin de moteurs de plus de 800 chevaux, alors qu’Américains, Britanniques et Allemands se dotaient de moteurs deux fois plus puissants.
Non seulement  l’extension éventuelle du futur et inévitable conflit n’avait pas été envisagée, mais l’Afrique française avait été tenue pour un théâtre d’opérations secondaires  fournissant, en personnel, un appoint aux forces métropolitaines  mais qu’il n’avait pas lieu de préparer à d’éventuels combats. Cette situation n’était pas ignorée à Paris, ou plutôt à Bordeaux, où le gouvernement s’était réfugié.
A la fois responsables du désastre et chargés de gérer la défaite, les Politiques français étaient bien conscients  de l’état moral et matériel du pays. Les Français traumatisés  par un si rapide échec de leurs armées ne souhaitaient plus guère que la préservation de leur existence  fût-ce dans la précarité, l’Allemagne pillant leurs ressources. Même au prix d’une « soumission  déshonorante » selon l’expression de M. J. Bourdu. Mise à part la Serbie et, dans une certaine mesure l’Espagne refusant à Hitler le passage de ses troupes, les pays de l’ouest européen, s’accommodèrent – provisoirement - de la poigne d’acier du IIIème Reich.
23 octobre 1940 : Franco et Hitler se rencontrent à Hendaye.
Sauf les Serbes. Lorsque le gouvernement de Belgrade fut amené à signer un accord  avec celui de Berlin, à la différence des Croates qui acceptèrent d’en devenir les satellites, les Serbes se soulevèrent et prirent le maquis. Pierre II démissionna  et se réfugia en Grande-Bretagne, la Luftwaffe bombarda Belgrade (6 avril 1941) renforçant la résistance, d’abord dirigée par le général Draja Mihailovic, puis par Tito après que l’Allemagne  eut attaqué l’URSS. Les Serbes mobilisèrent ainsi, contre eux, des divisions allemandes  et aussi italiennes  qui eussent été bien utiles face aux Soviétiques.
Le général Draja Mihailovic 1893–1946. Abandonné par les Anglais…
Si, en juin 1940 la France avait encore les atouts  d’une puissante flotte de guerre, une vaste portion d’Afrique où flottait le drapeau français et aussi si elle occupait une position stratégique  éminente dans l’opposition au IIIème Reich, en revanche, les résistants serbes n’avaient pour eux que le courage des Tchetniks et un territoire au relief favorable à la guérilla. Ils n’avaient pas, non plus, souffert des divisions qui affaiblirent la France et ils menaient une vie assez spartiate pour la sacrifier à l’indépendance  nationale. Ils n’étaient pas malades  politiquement  et socialement  alors que les Français souffraient des maux qu’ils avaient eux-mêmes créés. Comment expliquer autrement la médiocrité des dirigeants politiques  et militaires ?
J. Bourdu met en évidence celle du haut Commandement : Pétain, Weygand, Darlan, Gamelin acceptant un armistice humiliant et même déshonorant, quoiqu’en ait dit le maréchal, tous persuadés que l’Allemagne  avait gagné la guerre et que, longtemps elle règnerait en Europe, l’Angleterre capitulant avant peu. Aucun de  ces « grands chefs » ne tenait compte de la réalité internationale et de son évolution :
- Insulaire, la Grande-Bretagne  est protégée par un vaste fossé anti char, un débarquement étant hasardeux  et exigeant des moyens dont l’Allemagne ne disposait pas.
- Puissance  continentale, le IIIème Reich avait forgé son appareil de combat en donnant la priorité au combat aéro-terrestre, l’aviation appuyant l’action des Panzers.
Progression de Panzers 38(t), après le franchissement de la Meuse.
13-14 mai 1940.
Guderian observant l’action de « Stukas ». 13 mai 1940
Aussi la Luftwaffe était-elle dépourvue de l’aviation stratégique nécessaire  pour détruire l’appareil de production et l’industrie d’armement britannique  ainsi que, dès 1941 Londres se révéla capable de le faire au détriment de l’Allemagne.
-La future rivalité des deux dictateurs, Hitler et Staline n’avait pas non plus été envisagée.
-Pas davantage la mise en route de la formidable machine à produire des armements d’outre-atlantique et l’engagement  militaire qui en résulterait.
Seuls, au sommet, De Gaulle, Dautry, Mandel et quelques autres refusent de s’incliner. En revanche, Pétain et Weygand font la loi : accepter l’armistice  et en appliquer les clauses.
En juin 1940, l’Allemagne triomphait. Depuis Sedan elle a continuellement œuvré, sinon pour rayer la France de la carte, du moins pour l’affaiblir, la vassaliser. Bismarck, Guillaume II, Hitler, Schmitt, Kohl ont pratiqué, à leur manière, cette politique. Le virus Jean Monnet et la « construction européenne destructrice  des Etats-nations  lui permettent d’atteindre cet objectif sans avoir à user de la force des armes.
De gauche à droite : Jean Monnet, John Foster Dulles, Dirk Spierenburg, Dwight D. Eisenhower, David Bruce, Franz Etzel, William Rand. A Washington, 3 au 7 juin 1953. © United Press Associations, New York
 Et comme en 1940, nombreux sont les partisans de « l’accommodement »  et de la supranationalité  d’une Europe dont elle deviendrait une division administrative. C’est bien ce que  recherchait Hitler.
Gravement malade était la France, en 1940. Poursuivre le combat exigeait  des efforts qu’elle ne pouvait plus fournir. A cet égard lumineuse  est l’analyse  de Jacques Bourdu. Elle témoigne d’un triste passé… et hélas, explique l’état présent  de la nation.
Général Pierre-Marie Gallois, Mars 2007
L'armistice de 1940. Histoire d'une faute tragique
Auteur : Jacques Bourdu
Paru le : 06/12/2007
Editeur : GUIBERT (FRANCOIS-XAVIER DE)
Isbn     : 978-2-86839-843-7 / Ean 13 : 9782868398437
Jacques BOURDU, ancien élève de l'École Polytechnique, après une longue expérience acquise dans des fonctions de responsabilité et de direction d'entreprises, a, depuis quelques années, publié divers ouvrages sur les nécessaires réformes économiques fondées sur l'observation des réalités d'un monde en évolution.
En complément, quelques lectures…
Pourquoi l’échec de l’aéronautique française des années 30 ?
Je me pose cette question en lisant l’article du Fana de l’aviation consacré à l’Aviation Populaire, lancée par le Front du même nom.
Cet échec tient en deux chiffres :
- Caudron 714 : 500 ch,
- Messerschmitt Me-109 Fighter : 1100 ch.
Or, jusqu’en 1934-1935, l’aviation française tenait son rang. Déjà, il y avait quelques signes avant-coureurs, dont je vous ai déjà parlés, du déclin en germe : des Caudron pathologiquement fins pour compenser des moteurs Renault inférieurs au Rolls-Royce, Daimler-Benz, BMW et Wasp.
Puis, alors que les autres puissances (USA, UK, Allemagne) passaient la surmultipliée avec deux innovations majeures :
des moteurs fiables et puissants
des avions conçus dès la table à dessin pour la production de masse
La France restait scotchée, malgré une forte mobilisation. Pourquoi ?
Il convient tout de suite d’écarter les réponses politiques simplistes : on ne sait pas si la droite aurait fait mieux que le Front Populaire. Je ne me pâme pas devant ce dernier, dont le bilan économique est mauvais, mais il se trouve, par exemple, que l’Aviation Populaire était à l’origine une idée de Mermoz, qui était très à droite.
Il y a une réponse, mais elle est trop globale pour être utile. Il s’agit de regarder ce qui a fait la réussite de l’aviation française des années 50 : ouverture (”importation” d’ingénieurs allemands pour l’ATAR, alors que Renault dans les années 30 n’était jamais arrivé à copier un moteur américain), service des programmes fort (les services étatiques de l’aviation d’après-guerre contrastent avec le foutoir d’avant-guerre), industriels, privés ou publics, structurés, recherche organisée et généreusement pourvue et très forte volonté collective.
Tout a été fait à l’inverse de l’avant-guerre, et souvent par les mêmes hommes. Je pense notamment à Marcel Bloch, devenu entre-temps Marcel Dassault.
Ca ne fait donc que déplacer la question : pourquoi pas plus tôt ? Pour l’instant, je ne sais pas.
Le Maréchal Lyautey ne fut pas le seul à savoir lire entre les lignes…
« Nous sommes en 1933, son premier reportage, publié en août, porte un titre éloquent : « A l’ombre de la croix gammée », texte conclu en ces termes :
« Si vous voulez traiter avec l’Allemagne – et surtout avec le IIIe Reich qui dépassera bientôt en puissance tout ce qu’on pourra imaginer-, soyez militairement plus forts que votre partenaire. Ne désarmez sous aucun prétexte… Sinon faites la guerre, faites-là vite ou nous périrons tous. »
L’auteur de ces lignes prémonitoires ?
Xavier de Hautecloque…
« Xavier de Hautecloque est le fils cadet du colonel Wallerand de Hautecloque – Oncle du futur maréchal Leclerc, Philippe de Hautecloque-, tué par les Allemands le 22 août 1914 à la tête du 14e Hussards. Xavier a suivi les pas de son père en s’engageant à 17 ans dans le même régiment. Blessé, il est cité à l’ordre de l’armée. Il finit la guerre de 14-18 comme officier. »
Xavier de Hautecloque entrera plus tard en « plume », avec la même passion et le même goût de comprendre. Il écrira dans « Gringoire ».
Annonçant sa mort le 5 avril 1935, Garbuccia, député de Corse et directeur de Gringoire, pouvait dire :
« Il a partagé, au péril de sa vie, l’existence des baleiniers norvégiens en océan Articque. Il a traversé le Sahara tunisien et le pays des Touaregs Azdjers, afin d’observer la guerre des Italiens contre les Sénoussites. Enfin, en 1932, il commença outre-Rhin cette sensationnelle et dangereuse série de reportages qui lui valut d’obtenir le prix « Gringoire » et aussi de réunir sur l’Allemagne la documentation la plus précise, la plus rigoureusement exacte ! »
Et l’année 1933, Xavier de Hautecloque ne ménage pas sa peine : Il revient sur le sujet : l’Allemagne !
Et que nous dit notre ami François-Marin Fleutot, auteur du livre auquel nous nous référons – Des royalistes dans la Résistance- :
« En 1934, il repart pour l’Allemagne et rédige une nouvelle série de reportages encore plus éloquents que ceux de l’année précédente. Sous le titre « Nuit sur l’Allemagne », il publie ses reportages, toujours dans Gringoire, chaque semaine du 23 février au 16 avril 1934. Les lire aujourd’hui fait froid dans le dos. Nous qui connaissons la suite des événements avons du mal à saisir comment nos anciens ont pu ainsi se laisser entraîner dans l’horreur.
Que raconte Xavier de Hautecloque aux six cent mille lecteurs de Gringoire ? Simplement ce qu’il a constaté, un an, juste un an, après la prise du pouvoir par Adolf Hitler :
« S’il suffit à un jeune hitlérien de contempler la silhouette d’un Français, assis pacifiquement à la même table, pour voir rouge, que se passerait-il en cas de conflit, si le choc avait lieu, non pas au café Sturm de Berlin, mais dans les rues d’un de nos villages envahis une fois de plus ? Est-ce que l’immonde menace du S.S. ne deviendrait pas une réalité sanglante ? Quand Monsieur Hitler entraîne militairement, quand il prépare au combat, quand il décide d’armer un million de ses jeunes SA et SS dont nous venons de voir un échantillon, que vaut le pacifisme de Monsieur Hitler ? »
Et Xavier de Hautecloque de dénoncer pêle-mêle le camp de Dachau, le 30 mars 1934, un camp de concentration réservé aux prêtres catholiques réfractaires au nouveau régime, les débuts de la « chasse aux juifs », etc.
Le 6 avril 1934, il conclut cette nouvelle série d’articles par une mise en demeure aux gouvernements des Etats démocratiques :
« Groupant nos alliés actuels, nous sommes les plus forts jusqu’à nouvel ordre. Parlons donc le langage des forts à ceux qui ne respectent que la force. »…
1934…
Et son dernier article, paru après sa mort, lançait aux Français et aux royalistes, cette belle apostrophe :
« Si le roi soleil voyait ce  que devient son enclos de France, durement bâti, farouchement défendu, quelles éclipses, quels coups de tonnerre ! »
Le 11 avril 1935, à 11h30, en l’église Saint-Ferdinand-des-Ternes, lors du service funèbre pour Xavier de Hautecloque, mort à 37 ans, « …pas moins qu’un Maréchal de France, Franchet d’Esperey ; un généralissime de l’Armée française, Weygand… des amiraux et de nombreux généraux… » Et nous tairons tous les vieux noms de France et d’autres encore… tenant à rappeler que le Maréchal Louis Franchet d’Esperey ne cessait de vilipender les défaitistes et qu’il exprimera de son vivant son refus de recevoir des funérailles nationales, s’indignant à l’idée qu’un soldat allemand nazi puisse lui rendre les honneurs posthumes. ( Il décède le 8 juillet 1942).
Maréchal Louis Franchet d’Esperey
1935…

Lire :
« Des royalistes dans la Résistance », de François-Marin Fleutot . Flammarion.



Illustrations  Les Manants du Roi »

mardi 13 juillet 2010

L'armistice et le 18 juin, entre mythe et réalité

Entre réforme des retraites et coupe du monde de football, le 70e anniversaire du 18 juin a fait lui aussi les gros titres de la presse. Retour sur l'un des événements fondateurs de notre modernité.
Quoi de neuf ? La Deuxième Guerre mondiale. 70 ans après l'événement, la France continue d'en vivre : si la Révolution est - paraît-il - la période fondatrice de notre histoire, à la Libération correspond la refondation de la République, qui accouche de notre modernité. Et le 18 juin 1940 en est en quelque sorte la conception. Dans un pays qui aime autant les anniversaires, on conçoit qu'à chaque décennie, celui-là se célèbre avec faste.
Cette année, le président de la République a choisi de le fêter en Angleterre, sur le lieu même de cette conception. Nicolas Sarkozy a prononcé son discours encadré par les deux portraits géants de Winston Churchill et de Charles De Gaulle. « Alors que dans la France submergée par l'ennemi, profitant du malheur, les chefs trahissaient en demandant l'armistice au mépris de la parole donnée et en s'engageant dans une collaboration qui les conduira à couvrir les crimes les plus atroces, à Londres, le 18 juin, le général de Gaulle répondait à Winston Churchill qui avait juré le 4 juin « Nous ne nous rendrons jamais » : « La flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et elle ne s'éteindra pas. » » a proclamé Nicolas Sarkozy, fidèle à la légende dorée du gaullisme. Voilà 65 ans que cette légende, portant l'estampille officielle de la République française, prévaut sur l'histoire véritable, qui éclaire l'armistice et le discours du 18 juin d'une tout autre manière.
L'armistice serait en effet le péché originel de la France de Vichy, réputée par la même légende mensongère correspondre à la droite traditionnelle, tandis que la gauche incarnerait l'esprit de la Résistance... À l'opposé, le discours du 18 juin - le refus héroïque de « l'homme qui a dit non » - légitimerait à la fois l'action du général De Gaulle et la présence de la France à la table des vainqueurs en 1945, comme l'a encore dit Nicolas Sarkozy dans son discours londonien.
La première question à se poser concerne donc l'armistice : était-il évitable ? Le général Le Groignec a résumé, dans son livre Le maréchal et la France(1),la situation du pays à la date du 16 juin 1940, veille de la demande d'armistice adressée par le maréchal Pétain aux Allemands par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Espagne : « L'armée française est réduite à une quarantaine de divisions dont une vingtaine ne disposent que de 50 %, voire de 25 % de leurs effectifs qui fondent d'heure en heure. La progression de la Wehrmacht, forte de 130 divisions appuyées par une aviation maîtresse du ciel, se poursuit irrésistiblement vers le Sud, bousculant un flot de six à huit millions de réfugiés. »
Un pays qui se désentripaille
Ces chiffres ne donnent pourtant qu'une idée imparfaite de la réalité. Dans son livre Pilote de guerre(2), récit d'une mission de reconnaissance aérienne au-dessus d'Arras, Antoine de Saint-Exupéry a peint le tableau de cette France défaite, jetée sur les routes de l'exode : « Comment ravitailler les millions d'émigrants perdus le long des routes où l'on circule à l'allure de cinq à vingt kilomètres par jour ? Si le ravitaillement existait, il serait impossible de l'acheminer ! (...) Pas un mot sur la défaite. Cela est évident. Vous n'éprouvez pas le besoin de commenter ce qui constitue votre substance même. Ils "sont" la défaite. » Un mari cherche un médecin pour sa femme sur le point d'accoucher ; mais il n'y a plus de médecin... Une mère cherche du lait pour son bébé affamé ; mais il n'y a plus de lait... Un officier qui tente de mettre en batterie un canon avec une douzaine d'hommes est pris à partie par des mères : les Allemands en ripostant tuent leurs enfants. Le lieutenant renonce... « Il faut, certes, que les petits ne soient pas massacrés sur la route. Or chaque soldat qui tire doit tirer dans le dos d'un enfant », écrit Saint-Exupéry.
Au gouvernement, Paul Reynaud, De Gaulle, se prononcent contre l'armistice(3), Pétain, Weygand - qui a remplacé, trop tard hélas, l'incapable Gamelin au commandement en chef -, sachant la situation perdue, l'appellent de leurs vœux pour sauver ce qui peut l'être. Sur le terrain, Saint-Exupéry a une autre vue de la situation : « Que peuvent-ils, ceux qui nous gouvernent, connaître de la guerre ? Il nous faudrait à nous, dès à présent, huit jours. tant les liaisons sont impossibles, pour déclencher une mission de bombardement sur une division blindée trouvée par nous. Quel bruit un gouvernant peut-il recevoir de ce pays qui se désentripaille ? »
L'autre réalité de la défaite, c'est celle d'une armée qui, à l'inverse de ce que prétend la légende, se bat, à l'image du groupe de reconnaissance aérienne auquel appartient Saint-Exupéry et qui a perdu, en trois semaines, dix-sept équipages sur vingt-trois. Au cours des six semaines de la bataille de France, 125 000 soldats français sont tués : « six semaines plus sanglantes que toute période équivalente des combats acharnés pour Verdun », remarque le général Le Groignec ; Churchill saluera d'ailleurs cette « résistance héroïque » qui allait donner le temps aux Britanniques de replier en Angleterre 80 % de leurs forces.
Outre ces 125 000 morts, l'armée française a perdu 1 800 000 prisonniers.
Faut-il quitter le sol français ?
Reynaud et De Gaulle évoquent la possibilité de se retrancher dans le « réduit breton », en attendant peut-être une évacuation vers la Grande-Bretagne. Mais il n'existe aucun moyen de mettre en œuvre cette solution utopique. Rejoindre l'Empire pour y continuer la lutte n'apparaît pas plus réaliste : le général Noguès, commandant en chef en Afrique du Nord, a fait savoir à Weygand qu'il n'a pas les moyens de défendre le territoire en cas d'attaque italo-allemande : il manque à la fois d'hommes, d'approvisionnement et de matériel. Par ailleurs, comment y convoyer des troupes, depuis la métropole, quand l'armée est complètement désorganisée et que les Allemands sont déjà dans la vallée du Rhône ?
Un ordre de De Gaulle montre que l'homme du 18 juin n'a pas pris, ou ne veut pas prendre, la mesure de la situation : le 12 juin, en pleine débâcle, il ordonne en effet à la marine d'étudier un plan de transport de 900 000 hommes et de 100 000 tonnes de matériel à effectuer vers l'Afrique du nord dans un délai de 45 jours ! « L'armistice n'eût pas été signé que les Allemands eussent été à Bordeaux le 25 juin ». observe le colonel Argoud dans son livre La Décadence, l'imposture, la tragédie(4).
En fin de compte, deux attitudes s'opposent : d'une part, celle de Pétain, pour lequel il n'est pas question de quitter le sol français, comme il le déclare le 13 juin en Conseil des ministres : « Le devoir du Gouvernement est, quoi qu'il arrive, de rester dans le pays sous peine de n'être plus reconnu pour tel. Priver la France de ses défenseurs naturels dans une période de désarroi général, c'est la livrer à l'ennemi. C'est tuer l'âme de la France, c'est par conséquent rendre impossible sa renaissance. (...) Ainsi la question qui se pose en ce moment n'est pas de savoir si le Gouvernement demande l'armistice, mais s'il accepte de quitter le sol métropolitain. »
À cette question, De Gaulle, au contraire de Pétain, répond par l'affirmative : « Cette guerre est une guerre mondiale », dit-il. Elle doit donc être poursuivie, s'il le faut, depuis un sol étranger. Avec Pétain et avec De Gaulle, la France a deux cordes à son arc. C'est la thèse du glaive et du bouclier, que le second expliquera lui-même, plus tard, au colonel Rémy, résistant de la première heure. Malheureusement, dès juin 1940, le glaive commence à frapper le bouclier. Le 26, De Gaulle déclare depuis Londres : « Cet armistice est déshonorant. Les deux tiers du territoire livrés à l'occupation de l'ennemi, et de quel ennemi ! Notre armée tout entière démobilisée. Nos officiers et nos soldats prisonniers, maintenus en captivité. Notre flotte, nos avions, nos chars, nos armes, à livrer intacts, pour que l'adversaire puisse s'en servir contre nos propres alliés. La Patrie, le gouvernement, vous-même, réduits à la servitude. »
Une interprétation manichéenne
Ces reproches ne sont pas fondés : l'aviation et la flotte ne seront pas livrées, ce qui respecte le vœu de Churchill(5) ; une armée de 100 000 hommes est maintenue en métropole ; l'Empire n'est pas occupé, et Weygand reconstituera en AFN, sous l'autorité de Pétain, l'armée d'Afrique, qui fournira plus tard le gros des forces de la France libre ; la France conservera une zone libre jusqu'en 1942 et sera administrée par un gouvernement qui fera tampon entre les Français et l'envahisseur, au lieu d'être administrée par un gauleiter.
Avec le recul, l'armistice apparaît comme une énorme erreur commise par Hitler, erreur qui ne s'explique que par la conviction du chancelier allemand que l'Angleterre déposerait les armes. La conclusion appartient à Raymond Aron : « L'interprétation manichéenne de l'armistice, affirmée dès les premiers jours et maintenue contre vents et marées, relève de la légende ou de la chanson de geste. Ni les magistrats, à la Libération, ni la masse des Français n'ont souscrit à cette vision épique. L'appel du 18 juin conserve sa signification morale et politique, mais les discours qui suivirent immédiatement l'appel relevaient déjà d'un chef de parti, et non d'un porte-parole du pays bâillonné. »(6)
Jean-Pierre Nomen monde et vie. 26 juin 2010
1. Général Le Groignec, Le Maréchal et la France, nouvelles éditions latines, 1994.
2. Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre, Gallimard, 1942.
3. Paul Reynaud sera cependant le premier à prononcer le mot d'armistice ...
4. Cité in Antoine Argoud, La Décadence, l'imposture et la tragédie, Fayard, 1974.
5. « On se souviendra que nous avons déclaré au Gouvernement français que nous ne lui adresserions aucun reproche, s'il venait à négocier une paix séparée dans les tristes circonstances de juin 1940, à condition qu'il mette sa flotte hors d'atteinte des Allemands. » (discours aux Communes, 28 septembre 1944). En dépit de l'agression de Mers-el-Kébir, les Français respecteront cette condition en sabordant la flotte à Toulon en 1942.
6. Raymond Aron, Mémoires, cité in Jacques Le Groignec, Le Maréchal et la France.