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dimanche 19 janvier 2014

Raymond Aron, penseur machiavélien (2/2)

Après le rappel du fameux dialogue entre Jean Hyppolite et Julien Freund, que l’on a découvert dans la première partie et qui se conclut par cette phrase de Raymond Aron : « Votre position est dramatique et typique de nombreux professeurs. Vous préférez vous anéantir plutôt que de reconnaître que la politique réelle obéit à des règles qui ne correspondent pas à vos normes idéales. », l’auteur de cet article, Arnaud Imatz, dresse « le catalogue des points qui relient Aron à la tradition machiavélienne. » et ce sera la deuxième partie.
Polémia
Deuxième partie
Aron et les principales idées de la tradition machiavélienne
Sept repères peuvent être indiqués :
1. L’idée de l’existence d’une nature humaine.  L’étude de la politique ne peut pas faire l’économie d’une vision de l’homme. « L’homme est dans l’histoire. L’homme est historique. L’homme est histoire », nous dit Aron. La nature humaine demeure inaltérable dans le temps. Les pulsions humaines expliquent en partie le caractère instable des institutions politiques et le caractère conflictuel de la politique. Il peut y avoir des phases exceptionnelles d’équilibre relativement satisfaisant de l’ordre politique, mais la stabilité définitive, la fin de l’Histoire, relève du rêve, de l’utopie, de la mystification ou de la manipulation idéologique.
2. L’affirmation de l’autonomie du politique voire de la relative suprématie de la politique sur les autres sphères de l’activité humaine (économie, culture, morale, religion). Aron ne prétend pas substituer un déterminisme par un autre, mais reconnaître que la politique est plus importante que les autres activités parce qu’elle affecte directement le sens de l’existence. Elle est la caractéristique fondamentale d’une collectivité, la condition essentielle de la coopération entre les hommes. Aron proclame, en outre, la primauté de  la politique extérieure sur la politique intérieure. Il ne s’agit pas chez lui de préférer le bien commun à la puissance ou la gloire, mais de comprendre que la puissance est la condition du bien commun.
3. Le caractère inévitable de la classe politique, de l’oligarchie et de la division gouvernants-gouvernés.  Aron, comme toute une pléiade d’auteurs aux sensibilités très différentes, tels Carlyle, Ostrogorsky, Spengler, Schmitt, Weber, Madariaga, Vegas Latapie, Evola, Duguit, De Man ou Laski, sait les limites et le caractère nettement oligarchique de la démocratie parlementaire. Pareto, Mosca, Michels ont souligné l’existence d’une véritable loi d’airain de l’oligarchie. De manière tout aussi explicite, le philosophe politique Gonzalo Fernández de la Mora parle de « démocratie résiduelle », se résumant, selon lui, à l’opportunité que les oligarchies partitocratiques offrent aux gouvernés de se prononcer sur une option, généralement limitée, après avoir procédé à une opération d’ « information » de l’opinion publique (5).
5. La reconnaissance de la nature intrinsèquement conflictuelle de la politique. La vie sera toujours le théâtre de conflits et de différences. Les passions, la multiplicité des fins, le choix des moyens disponibles, etc., sont le fondement d’une perpétuelle dialectique universelle. Imaginer un monde politique sans adversaires, sans tensions, sans conflits, c’est comme se représenter une morale sans la présence du mal ou une esthétique sans laideur. La politique au sens traditionnel est la grande « neutralisatrice » des conflits. Voilà pourquoi la résistance systématique à toute forme de pouvoir peut constituer une excellente méthode pour accélérer la corruption du pouvoir et entraîner sa substitution par d’autres formes de pouvoir beaucoup plus problématiques et despotiques. Enfin, ce n’est pas parce qu’un peuple perd la force ou la volonté de survivre ou de s’affirmer dans la sphère politique que la politique va disparaître du monde. Qui peut croire qu’à défaut de la persistance des anciennes nations de nouveaux groupes de peuples ne se formeront pas et ne tendront pas à s’exclure réciproquement ? Le mondialisme, débilité intellectuelle, est le propre des ignorants du passé de l’humanité.  L’histoire n’est pas tendre… malheur au fort qui devient faible !
6. Le rejet de toute interprétation mono-causale de la politique comme partiale et arbitraire. Les explications mono-causales « en dernière instance » par l’économie, par la politique, par la culture, par la morale, etc., n’ont aucun sens. Aron refuse sans la moindre ambiguïté de subordonner la politique à l’économie. Selon lui, la politique n’est jamais réductible à l’économie, bien que la lutte pour la possession du pouvoir soit liée de multiples manières au mode de production et à la répartition des richesses. La surestimation de l’économie est l’erreur radicale, la mystification majeure d’Auguste Comte, de Karl Marx et de tant de philosophes et économistes modernes. Aron nie que les régimes d’économie dirigée soient la cause des tyrannies politiques. La planification et la tyrannie ont souvent une origine commune, mais la semi-planification ou la planification indicative ne conduisent pas nécessairement à la planification totale et à la tyrannie comme le prétendent Hayek et les ultralibéraux de l’Ecole autrichienne. L’expérience de l’histoire (Espagne de Franco, Chili de Pinochet, République populaire de Chine actuelle, etc.) montre qu’il n’existe pas de lien causal nécessaire entre un type d’économie et un régime politique déterminé.
7. Le scepticisme en matière de formes de gouvernement. Aron s’affirme libéral politique, mais il reconnaît la pluralité des régimes politiques, chacun conçu comme une solution contingente et singulière, comme une réponse transitoire à l’éternel problème du politique. Tous les régimes sont par ailleurs également soumis à l’usure du temps et à la corruption. Aron est enfin plutôt indifférent, sinon hostile, au clivage gauche-droite. Dans la Préface à L’Opium des intellectuels, il écrit : « On n’apportera quelque clarté dans la confusion des querelles françaises qu’en rejetant ces concepts équivoques [de droite et de gauche] ». On sait d’ailleurs qu’Aron appréciait La Révolte des masses, de José Ortega y  Gasset, et faisait grand cas de son célèbre aphorisme : « Être de gauche ou être de droite c’est choisir une des innombrables manières qui s’offrent à l’homme d’être un imbécile ; toutes deux, en effet, sont des formes d’hémiplégie morale ».
Arrivé à ce point de la démonstration, il n’est peut être pas inutile d’esquisser une seconde comparaison, un second rapprochement, plus inattendu, mais tout aussi valable, celui du libéral politique Aron et du national-libéral, conservateur résolu, que fut Jules Monnerot. Monnerot, le grand censuré, honni et exclus de l’Université française, l’auteur génial de Sociologie du communisme (1949) et de Sociologie de la Révolution (1969), le résistant, l’activiste de la deuxième guerre mondiale, le premier franc-tireur intellectuel important contre la politique eschatologique, contre les religions totalitaires du salut collectif, Monnerot, l’esprit libre et indépendant, qui fut du petit nombre de ceux qui représentèrent dignement la philosophie et la sociologie politique de langue française dans les années 1945-1960, Monnerot, la bête noire « fasciste » des marxistes, crypto-marxistes et gauchistes, parce qu’il dénonça trop tôt l’essence religieuse du communisme et fut ensuite un précurseur de la dissidence contre « la pensée unique » et le multiculturalisme de la fin du XXe siècle. Comparer Aron et Monnerot, alors que le premier, professeur à la Sorbonne et au Collège de France, s’est toujours gardé de citer le second, conscient qu’il était de n’avoir pas la force de briser le terrible cordon sanitaire dressé autour de son collègue (?), comparer deux figures aussi inégales en réputation académique et médiatique ( ?), voilà de quoi offusquer les mandarins et autres gardiens du temple. Et pourtant, Monnerot, victime de la censure mais bon prince et surtout bien plus tolérant que ses censeurs, ne déclarait-il pas encore quelques années avant de mourir : « La pensée occidentale n’admet pas ce qui doit entraîner la suppression intellectuelle, voire physique, du réfractaire à la vérité… la pensée occidentale admet une sorte de pluralisme et de perspectivisme – c’est d’ailleurs la lignée intellectuelle à laquelle on peut me rattacher (6) » ?
Les atteintes à la liberté d’expression, la censure, sont à l’évidence de tous les lieux et de toutes les époques. Au sein de l’Université française, la fréquentation affichée de certains auteurs a toujours attiré les foudres, le reproche moraliste et finalement l’ostracisme actif du coupable. Mais les universitaires qui avaient vingt ans en 1968 et qui n’étaient pas aveuglés par l’idéologie savent combien les intellectuels non conformistes, ouvertement opposés à la doxa freudo-marxiste, devaient alors savoir faire preuve de détermination et de courage (7).
On comprend d’autant mieux la bienveillance et le respect que professent les esprits indépendants de ma génération pour les maîtres d’hygiène intellectuelle que sont les réalistes politiques (machiavéliens, antimachiavéliques) Raymond Aron, Julien Freund et Jules Monnerot. Aron, pour ne citer ici que lui, nous donna deux dernières leçons de rigueur et de probité à la veille de sa disparition. A l’occasion de la publication de L’Idéologie française, de Bernard-Henri Lévy, il n’hésita pas à écrire que l’auteur « viole toutes les règles de l’interprétation honnête et de la méthode historique » (Express, février 1981). Deux ans plus tard, le 17 octobre 1983, il témoigna en faveur de son ami Bertrand de Jouvenel contre l’historien israélien Zeev Sternhell qui prétendait que l’auteur de Du Pouvoir avait manifesté des sympathies pro-nazies en tant que théoricien majeur du fascisme français. A la barre, il dénonça de sa voix ferme « l’amalgame au nom de la vérité historique ». Puis, sortant du Palais de justice de Paris, il prononça ces derniers mots : « Je crois que je suis arrivé à dire l’essentiel », avant de s’éteindre terrassé par une crise cardiaque. Ces déclarations ne sauraient s’oublier !
Pour Jerónimo Molina Cano, spécialiste du machiavélisme aronien, le réalisme politique du fondateur de la revue Commentaire constitue la voie de connaissance la plus adéquate pour explorer la « verita effetuale della cosa ». Ajoutons, pour notre part, que Raymond Aron, ex-président de l’Académie des sciences morales et politiques de France, n’était pas seulement un brillant intellectuel, mais d’abord et avant tout un homme, tout un Homme, « todo un caballero », comme disent les Espagnols.
Arnaud Imatz’ 13/01/2014
Notes :
5)  Gonzalo Fernández de la Mora, La partitocracia (La particratie), Madrid, Instituto de Estudios Politicos, 1977.
6)  Entretien de Jules Monnerot avec Jean-José Marchand pour Les archives du XXe siècle de la Télévision française, 1988.
7)  Par curiosité, j’ai exhumé les vieilles éditions des manuels d’Histoire des idées politiques de Touchard et de Prélot, que j’utilisais à la veille de ma soutenance de thèse de doctorat d’Etat, en 1975. Il n’y est fait mention ni de Monnerot, ni de Freund !
http://www.polemia.com/raymond-aron-penseur-machiavelien-22/

lundi 2 mai 2011

La Grande Guerre / Libres journaux des tranchées

Chose assez peu connue : pendant toute la durée de la guerre, à compter des tout premiers jours, les poilus ont trouvé le temps et le courage de fabriquer une vraie presse du front, journaux autographiés, tirés, polycopiés ou même imprimés, qui ont été publiés dans les tranchées, entre deux sorties, au milieu des bombardements.
Ces extraordinaires témoignages furent rassemblés dans Tous les Journaux du front et publiés par la librairie Berger-Levrault dans ses ateliers de Nancy, ouverts depuis le début de la guerre et qui ne cessèrent pas de fonctionner malgré les zeppelins, les taubes et le bruit du canon depuis le commencement d’août 1914.
Ce serait d’ailleurs une belle idée de les rééditer.
La couverture du volume, en couleur, reproduisait un très joli dessin : un troupier, sac au dos, prêt à sortir de la tranchée, et qui, la pipe à la bouche, assis sur un sac de sable, écrivait sur ses genoux ses impressions et ses boutades.
Les poilus publièrent ainsi plus de soixante journaux, avec des moyens de fortune, la plupart illustrés par des artistes de talent qui croquaient des types d’après nature, entre deux gardes, entre deux marmites.
Le premier en date fut L’Echo de l’Argonne dont le n° 1 parut le 25 octobre 1914, ce qui en fait le doyen des journaux du front. Il était tapé à la machine à écrire sur du papier à report, transporté sur la pâte à reproduction et reproduit à la diable sur du papier chandelle. On y trouve des expressions amusantes dans le genre des boutades d’Aurélien Scholl : « Le soldat Cavé va au feu… comme la porcelaine ».
Puis L’Echo des Tranchées parut le 30 novembre 1914, fondé par Paul Reboux, auteur des fameux A la manière de…, recueil de pastiches qui, depuis, ont fait école et dont l’un des plus talentueux successeurs fut Michel Perrin.
Les premiers numéros contiennent des lettres d’encouragement de personnalités de l’époque : Poincaré, Henri de Régnier, Edmond Rostand, Théodore Botrel et même Millerand. Avis était donné que le supplément était interdit aux jeunes filles… de moins de quarante ans et l’on y trouvait un remarquable dictionnaire de l’argot des tranchées qui, lui aussi, mériterait une étude. Autre titre en vogue : Le Poilu, rédigé à l’arrière à Châlons-sur-Marne, imprimé et dont le tirage dépassait treize mille exemplaires.
On y trouvait de ces nasardes que les combattants adressent à la camarde qui vient à chaque instant les frôler de son aile.

FABLE EXPRESS
Par un obus brutal, un fantassin novice
Eut la tête emportée à ses débuts au feu.
Renonçant aux galons, il quitta le service.
Morale:
Il faut savoir se contenter de peu.
L’Echo des Guitounes, organe officiel du 144e de ligne, se vantait d’être « le seul possédant un appareil frigorifique spécial lui permettant, en toute saison, de fournir des nouvelles fraîches ». On y lit, sous la rubrique “Dernier communiqué de l’agence Wolff” (agence de presse allemande), cette charge des délires de la propagande :

Un Taube, ce matin, s’élevant plein d’audace,
Est allé survoler Quimper et Tarascon.
En revenant il a crevé le Ballon d’Alsace.
Plus rien à signaler sur le reste du front.
Ainsi, page après page, l’héroïsme côtoyait la fantaisie débridée. Dans Le Poilu enchaîné né quelques jours après que le journal de Clemenceau, L’Homme libre, eut pris le titre de L’Homme enchaîné, on lisait aussi bien ce poème :

La Tranchée ? Un des plus beaux lieux que je connaisse
Pour le fier rendez-vous de toute la jeunesse.
C’est la terre de France avec ses flancs ouverts,
Le creuset où se fonde un nouvel univers,
C’est le sillon profond où couve la Victoire :
Pour les uns le tombeau, pour les autres la gloire !
que ce quatrain humoristique :

A SARAH BERNHARDT
Jalouse d’héroïque gloire,
Quand tous les mutilés sont rois,
Elle veut entrer dans l’Histoire
Avec une jambe en bois.
ou que cette petite annonce parue sous la rubrique “Brevets d’invention“ :
La Poilue, brosse pouvant servir pour la chaussure, les armes, les cheveux et les dents. Dépôts dans toutes les compagnies.

L’extraordinaire est que les hommes aient trouvé l’extraordinaire courage de s’amuser à ces petites blagues alors qu’ils attendaient leur tour de sortir de la tranchée pour bondir à l’attaque des Allemands, en sachant que plusieurs d’entre eux n’allaient pas revenir et que ce sourire était peut-être le dernier qui illuminait le visage de leur voisin.
par Serge de Beketch  Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 108 du 21 octobre 1996

vendredi 22 août 2008

L'année 1917 (1)


Le chemin des Dames
Au cours de la Première Guerre mondiale, 1917 fut l'année de tous les dangers. Elle commença en effet par la célèbre et désastreuse offensive du chemin des Dames, ordonnée par le général Nivelle. On a le cœur serré au spectacle de cette tragédie, désastre humain qui jaillît bien tourner au désastre militaire et politique. Mais qui était responsable ?
Pourquoi le président du Conseil, Briand, et ses ministres avaient-ils nommé Nivelle au détriment de chefs plus chevronnés et plus haut placés, Foch, Pétain ou Castelnau? Ce choix plut à l'état-major de Chantilly, d'autant plus qu'il avait été proposé par Joffre, mais déplut à la plupart des officiers.
Toutefois. en 1916, Nivelle avait contre-attaqué avec brio à Douaumont et multiplié les contre-offensives pour briser l'effort allemand contre Verdun. Or les politiques étaient avides d'une victoire que la plupart des militaires estimaient encore lointaine.
Nivelle, commandant en chef
L'offensive préconisée par Nivelle devait prendre les Allemands en tenaille dans le saillant d'Arras, Noyon et Soissons, et, pensait-on, réduire de beaucoup la durée de la guerre. L'attaque prudente et progressive prévue par Joffre devait se transformer en assaut concentré sur deux jours, destiné à rompre le front.
Par malheur, fin février, les Allemands se replièrent sur la ligne Hindenbourg, échappant à la prise en tenaille, et, début mars, ils s'emparèrent sur un officier tué des plans de l'opération. Tout était donc à refaire. Ou plutôt à ne pas faire, car le repli allemand avait fait perdre toute confiance dans l'attaque aux militaires et aux politiques.
De plus, à l'issue d'un hiver difficile, le moral des troupes était bas. Le nouveau président du Conseil, Ribot, ne se montrait pas enthousiaste, et le ministre de la Guerre, Painlevé, qui avait accepté de revenir après avoir donné sa démission à la nomination de Nivelle, l'était encore moins.
Pétain ne croyait pas à la percée. « Nous ne possédons pas les moyens de la réaliser. Les posséderions-nous qu'il nous faudrait des troupes fraîches pour l'exploitation. Disposez-vous des cinq cent mille hommes qui seraient alors nécessaires ?» Les Britanniques, eux aussi, se montrèrent sceptiques, même s'ils accomplirent avec loyauté leur part de l'effort. Seuls deux hommes gardaient confiance : Nivelle et Poincaré.
La responsabilité de Poincaré
Néanmoins, Nivelle, se trouvant seul contre tous, offrit alors sa démission. Mais l'homme de la situation était là: Poincaré, président de la République et par conséquent chef suprême des armées. Poincaré, qui avait joué un si grand rôle pour rendre la guerre inévitable, et qui par la suite devait contribuer avec ardeur à l' exaspération de l'Allemagne vaincue. Poincaré, donc, loin d'accepter la démission de Nivelle, décida que l'offensive aurait lieu.
La perspective de l'action et les importants mouvements de matériel que sa préparation entraînait fit cependant remonter un peu le moral, et même les Russes (on était à quelques mois de la révolution soviétique) acceptèrent d' y prendre part. Nivelle, qui avait établi son quartier général à Compiègne pour être plus près du front, faisait la tournée des popotes, déclarant: « Fini, cette fois, le barbotage dans la boue des tranchées! Le Boche sera reconduit tambour battant à ses frontières et au-delà. Vous entrerez dans les lignes ennemies comme dans du beurre lorsque notre formidable artillerie aura arrosé leurs tranchées et anéanti leurs défenses ».
À l'arrière, l'optimisme était aussi de mise. Tous discutaient des préparatifs en cours avec beaucoup d'enthousiasme ... mais peu de discrétion. Dans les bureaux, on en vint même à étudier des plans de démobilisation.
Pendant ce temps, les Allemands renforçaient leurs défenses et arrosaient les premières lignes d'un tir in-'cessant et meurtrier; un second coup de chance fit même tomber entre leurs mains, le 4 avril, les plans du dispositif de la cinquième armée et ses objectifs: c'était un simple sergent-major de zouaves qui en était porteur. Ce fait jeta la consternation à l'état-major, mais ne suffit pas à ébranler la confiance de Nivelle et encore moins celle de son chef de cabinet. le colonel Audemard d'Alençon. Ce dernier expliqua le la mai à un général de division ce qui allait se passer dans le secteur du chemin des Dames : « Nous arriverons ici, ici et ici, et ce sera fait ! » Le général murmura : « Nous y arriverons, ou nous n'y arriverons pas ... » En première ligne, Mangin attendait l'offensive avec optimisme, au point que le général Micheler confia à Clemenceau (alors sénateur) qu'il trouvait ses préparatifs "téméraires".
De plus, les premiers essais des chars d'assaut s'étaient révélés décevants. Peu avant, quatre-vingts d'entre eux s'étaient fait détruire en une seule attaque. Le troisième bureau considérait pour sa part que le mauvais temps à lui seul était un obstacle rédhibitoire.
À l'aube du 16 avril
L'offensive eut lieu malgré tout, sous une pluie glaciale qui avait duré toute la nuit, dans une boue que le dégel faisait monter dans les tranchées jusqu'à hauteur des genoux.
Le 16 avril, à six heures du matin, un million de fantassins sortirent des tranchées sur 65 km de front. Ils atteignirent les premières lignes allemandes, les secondes. parfois les troisièmes. Pour se rendre compte avec stupeur que l'artillerie n'avait détruit ni les réseaux de fil de fer barbelé ni les nids de mitrailleuses. Car les tranchées allemandes étaient bétonnées, et des boyaux et des tunnels reliaient les postes entre eux. Les hommes furent fauchés par centaines, sans même se rendre compte d'où venaient les tirs !
Dès sept heures, la bataille de Craonne était perdue. À neuf heures. elle l'était à Laffaux. L'artillerie ayant pris du retard à cause des intempéries. elle déclencha trop tard un tir de barrage qui à plusieurs endroits écrasa ses propres troupes. À midi, le malaise régnait à l'état-major. L'arrivée des premiers trains de blessés répandit l'effroi à Paris. Dès onze heures, les troupes d'exploitation regagnèrent leurs cantonnements sans avoir été engagées. Beaucoup de combattants ne purent regagner les leurs qu'à la faveur de la nuit.
Fatalité ou aveuglement ?
Nivelle avait promis d'arrêter l'offensive si elle ne donnait pas de résultat en deux jours. Il n'en fit rien, et Poincaré refusa de s'en mêler ! Le 4 mai, l'assaut reprit, toujours sous une pluie glacée et sans préparation, faisant des centaines de morts en moins d'une heure à Laffaux. C'est le 15 mai seulement que Nivelle fut relevé de son commandement et remplacé par Pétain. Les combats ne purent cependant cesser tout à fait que vers le 22 mai.
L'afflux des blessés dans toute la France (les hôpitaux du front étaient débordés) sema la consternation. « On nous a assassinés ! » criaient aux passants depuis leurs camions les hommes ramenés au repos. La censure constata que le ton des lettres des soldats rescapés était des plus noir. Les officiers eux-mêmes ne voyaient plus d'issue à la guerre. La responsabilité de Nivelle, qu'il tenta en vain de rejeter sur ses seconds, était lourde.
Toutefois, lorsqu' il passa en conseil de guerre, aucune faute militaire ne fut relevée contre lui. Sans doute cet officier brillant, qui avait su séduire par son allure et son enthousiasme, avait-il été victime de son aveuglement. Mais force est de constater que, mis en présence des faits, Poincaré n'avait pas pris la décision d'empêcher l'offensive, au moment décisif où Nivelle lui-même était prêt à y renoncer.
C'est à Pétain que revint la tâche ingrate et pénible de faire face aux mutineries qui éclatèrent et de remonter le moral de l'armée. Ces mutineries sont la conséquence de l'échec sanglant de l'offensive, mais aussi d'une propagande pacifiste et de trahisons auxquelles l'attitude complaisante du ministère de l'Intérieur avait laissé le champ libre...
Pierre de Laubier. FDA août 2007

L'année 1917 (2)


Subversion et mutineries
Les mutineries de 1917 sont la conséquences de l'effondrement du moral des troupes après l'offensive du chemin des Dames. Mais le ressentiment des soldats après les lourdes pertes que les erreurs de Nivelle avaient entraînées n'explique à lui seul ni la durée ni l'étendue des mutineries. Elles ont aussi été suscitées par une propagande active, couverte de façon étonnante par le ministre de l'Intérieur.
Les mutineries éclatèrent dans une unité qui n'avait pas pris part aux combats d'avril, et se répandirent aux premières lignes, révoltes, refus d'obéissance et désertions prenant peu à peu des proportions effrayantes. Qu'elles aient commencé parmi les troupes de l'arrière n'est pas étonnant : c'est en général après l'action que le moral s'effondre, et plus facilement à l'arrière qu'au front. D'autant plus que l'arrière est plus vulnérable à la propagande.
La propagande à l'œuvre
Beaucoup s'activaient en effet pour jeter de l'huile sur le feu. On était en 1917, et il serait naïf de croire que la révolution ne couvait qu'en Russie (elle devait éclater en Allemagne et en Autriche aussitôt après la guerre). Dans les gares, la propagande faisait rage auprès des permissionnaires, et des officines fournissaient des vêtements civils aux déserteurs, qui furent 21 000 à la fin de l'année.
Les mesures prises pour éviter les fuites et la propagande n'avaient pas été aussi rigoureuses qu'on le croit. Le ministre de l'Intérieur, Louis Malvy, avait omis de faire arrêter les 2 500 agitateurs dont les noms étaient consignés dans le "carnet B". Anarchistes, marxistes, imprimaient leurs tracts en plein Paris, tel Sébastien Faure qui reçut même une subvention pour fonder la feuille séditieuse Ce qu'il faut dire et, arrêté en 1916 pour une affaire de mœurs dans un jardin public, vit l'affaire étouffée ...
Un anarchiste, Mauricius, prêchait impunément le défaitisme dans les usines, ainsi qu'un certain Merrheim, secrétaire de la fédération syndicale des métaux; citons encore Hubert, secrétaire du syndicat des ouvriers du bâtiment, Péricat, Hasfeld, Mecheriakoff, Cahen de Caiffa et un certain Garfunkel, qui dirigeait une agence de désertion. Tous avaient bénéficié de la mansuétude du ministre de l'Intérieur.
Que fait le ministre de l'Intérieur ?
Duval, rédacteur en chef du Bonnet rouge (propriété de Miguel Almereyda), fut trouvé en possession d'un chèque de 150 000 F tiré sur une banque suisse et signé Marx ... Ce banquier de Mannheim était le principal bailleur de fonds des espions allemands à l'étrangers. Mais Duval fut relâché. Malgré huit condamnations dont deux pour incitation à la mutinerie, Almereyda avait joui de la protection de Malvy depuis 1914, avec ses acolytes Goldsky, Landau et Joucla. Malvy ne suspendit ses subventions qu'en 1916 sur ordre de Briand. Le journal fut alors financé par Marx et continua de paraître malgré les protestations de Léon Daudet et Maurice Barrès.
En juin, il y avait 70 000 grévistes dans les usines. Ce qui n'avait qu'un rapport indirect avec les hécatombes du chemin des Dames, car certains griefs des combattants s'adressaient aux ouvriers : « Pourquoi irions-nous nous battre pour quelques sous par jour alors que les ouvriers d'usine, en sécurité, gagnent quinze à vingt francs ? » disaient-ils. Ce qui n'empêchait pas la propagande pacifiste d'être faite par le comité de défense syndicaliste, la fédération des métaux, le syndicat des instituteurs.
Pétain fait face
Le général Pétain envoya à Painlevé, ministre de la Guerre, un long rapport qui détaillait les causes des mutineries. « On trouve, au fond de ces actes d'indiscipline, la question des permissions, l'ivrognerie et - il faut bien l'avouer les erreurs commises par le haut commandement lors des récentes offensives. Il faut aussi mentionner la faiblesse dans la répression des crimes et délits militaires.» Il fait aussi état des ravages de la propagande révolutionnaire « Ces tracts, ce n' est pas un secret, sont imprimés et distribués par la C.G.T »
De même qu'il avait énuméré les nombreuses causes des mutineries, Pétain, dont le caractère prudent et le sens aigu des réalités faisaient l'homme de la situation, prit une longue série de mesures, disant : « Certains faits sont profondément ressentis par les hommes du front, il faut les faire disparaître ... Je me considère comme un médecin chargé de guérir cette maladie de l'armée.» Il réclama la surveillance des gares, la neutralisation des agitateurs et des journaux subversifs. Puis il organisa le système du roulement, qui permettait une relève plus fréquente des unités au front. Cette réorganisation fut lente, et jusqu'à la fin de 1917 l'armée française fut hors d'état de mener une offensive, voire d'y résister. Mais Pétain disait sagement: « J'attends les chars et les Américains. »
Fin mai encore, le nouveau commandant en chef avait pu cacher la nouvelle aux Britanniques (Haig, commandant des troupes britanniques, et le Premier Ministre Lloyd George ignoraient tout), et Poincaré ne l'apprit que le 29. Quant aux Allemands, informés par trois prisonniers évadés, ils n'exploitèrent pas ce renseignement malgré les avertissements du Kronprintz. L'armée britannique montra d'ailleurs une loyauté sans faille. Haig, qui s'abstint de prévenir son gouvernement, mena des opérations de diversion pour dissuader une offensive allemande qui, si elle s'était produite, aurait été fatale, au moment où il n'existait plus que deux divisions sûres entre Soissons et Paris.
C'est à partir de juillet, alors que la discipline avait été restaurée dans la troupe, que des mesures furent enfin prises contre la propagande : Le Bonnet rouge interdit, Duval, Almereyda. Landau, Goldsky furent arrêtés, ainsi que pas moins de 1 700 agitateurs. Malvy devait être condamné à cinq ans de bannissement par la Haute Cour en 1918.
Quant aux mutins eux-mêmes, 412 furent condamnés à mort en cour martiale dont 356 virent leur peine commuée (dont 219 par Pétain lui-même) et trente seulement furent exécutés. Il faut cependant y ajouter les exécutions dont les chefs locaux avaient pris l'initiative sous l'effet de la panique. La suppression des cours martiales, l'année précédente, avait favorisé ces punitions expéditives. Elles furent trop nombreuses, injustes et cruelles, mais leur nombre est inconnu.
Une tragédie humaine ... et politique
Les mutineries de 1917 furent un drame tragique au milieu de cette grande tragédie qu'était la guerre. Bien des mutins avaient été d'abord des combattants courageux. Tous méritent notre compassion et notre compréhension. Mais ceux qui les ont poussés à ces actes d'indiscipline sans en payer eux-mêmes le prix ne méritent ni l'une ni l'autre.
Beaucoup d'idéologies se proclament "humanistes" et se proposent de faire le bonheur de l'"humanité". Il faut se méfier des dérivés du mot "homme", car ceux qui déifient l'humanité sont prêts à sacrifier de nombreuses vies humaines pour parvenir à leurs fins. Et les victimes s'accumulent sans que le bonheur promis soit en vue.
On se sert du nom du général Nivelle pour présenter l'armée, les officiers, l'état-major, comme un ramassis de brutes sanguinaires. Or, c'est contre l'avis de l'armée que Nivelle avait lancé son offensive, avec l'appui décisif de Poincaré. La responsabilité de ce dernier est lourde, comme elle l'avait été dans le déclenchement de la guerre, et comme elle devait l'être dans l'application aveugle et brutale du traité de Versailles.
Le drame de 1917 résume toute la guerre. Il révèle les souffrances des soldats mais aussi leur héroïsme. Il révèle la foi dans la patrie d'une armée dont beaucoup d'officiers avaient pourtant été persécutés par la politique anticléricale. Il révèle enfin les vices d'un régime qui, pourtant, devait durer encore vingt ans, le temps qu'une autre guerre mondiale éclate.
Pierre de Laubier Français d'Abord août 2007

mercredi 20 février 2008

L'affaire Philippe Daudet


L'affaire la plus grave_ dans laquelle furent compromises la police et la classe politique fut à coup sûr celle de Philippe Daudet. Fils du polémiste royaliste Léon Daudet, il n'avait encore que quinze ans le 23 novembre 1923 lorsqu'il fut découvert avec une balle dans la tête chez le libraire anarchiste Le Flaoutter, indicateur de police notoire.
- « Suicide », déclarèrent alors les enquêteurs.
- « Assassinat commis par l'instigation du directeur de la Sûreté Marlier et de Lannes, le beau-frère de Poincaré », répliqua Léon Daudet.
Certains journalistes de gauche comme Séverine furent persuadés que tout n'était pas faux dans les accusations lancées par la presse monarchiste.
Le 28 novembre, derrière le cercueil du jeune Philippe, se retrouvèrent Emile Buré, Eugène Lautier, Paul Bourget, Georges Bernanos, Paul Morand, François Mauriac, Joseph Kessel, Raymond Poincaré, Raoul Péret et Jean Cocteau.
Le 2 décembre, Le Libertaire publia un numéro spécial qui annonçait que Philippe Daudet était devenu anarchiste.
« Nous accusons Léon Daudet, y lisait-on, d'avoir maquillé la mort de son fils. »
L'Action française répondit aussitôt :
« Une vengeance atroce : Philippe Daudet a été assassiné. »
Très vite, les rapports étroits qui existaient entre la police et les milieux anarchistes furent révélés, et le quotidien communiste L 'Humanité ne manqua pas de les mettre en évidence. Daudet dès lors que son fils avait été délibérément assassiné dans le sous-sol de la librairie. Plusieurs de ses amis crurent plus simplement que la police avait abattu un jeune homme que Le Flaoutter avait dénoncé au contrôleur général Lannes comme un terroriste dangereux. Découvrant ensuite qu'il s'agissait du fils de Léon Daudet, elle aurait maquiller le meurtre en suicide.
De toute façon, la thèse de la police boîteuse. Comment Philippe aurait-il pu, comme on le disait, quitter librement une boutique surveillée par douze inspecteurs ? Comment se faisait-il qu'aucune balle n'ait été retrouvée dans le taxi où l'enfant, affirmait-on, s'était suicidé? Comment se faisait-il que le contrôleur généra! Lannes, beau-frère de Raymond Poincaré, ait été un client assidu d'une librairie spécialisée dans la littérature obscène?
C'était l'époque étrange de l'après-guerre. De 1925, qui fut l'année de l'Exposition des arts décoratifs, André Fraigneau devait écrire:
"C'était l'époque nègre, l'époque jazz, celle de la robe-chemise, des nuques tondues, du cubisme apprivoisé, des audaces sexuelles, des actes gratuits et des suicides sans raison. Le veau d'or est toujours debout mais on n'en parle pas. C'est un boeuf qui domine les toits de Paris..."
1925, ce n'était plus l'après-guerre. Ce n'était pas encore l'avant-guerre.
L'affaire Philippe Daudet continuait. Léon Daudet avait porté plainte pour meurtre le 26 janvier 1925 contre les policiers Colombo, Martier, Lannes et Delange. L'enquête allait durer six mois et aboutir à un non-lieu.
En un autre temps, la crédulité des hommes politiques en face des aigrefins de classe avait été illustrée par l'affaire de Thérèse Humbert et du faux héritage des Crawford. Les plus grands s'y laissèrent prendre pendant vingt ans.
A vrai dire, jamais femme ne fut aussi experte dans l'art d'exploiter les gogos. Fille d'une commerçante de Toulouse, Thérèse Daurignac avait épousé en 1878 Frédéric Humbert, le fils d'un éminent professeur de droit qui devait devenir Garde des Sceaux en 1882, dans le cabinet de Freycinet. Elle était fort disgracieuse mais habile calculatrice.
A partir de l'histoire authentique d'un Américain tombé en syncope devant la boutique de sa mère, Thérèse imagina le fabuleux héritage des Crawford dont elle se prétendait la bénéficiaire. Elle engagea même un procès contre tous ceux qui, disait-elle, contestaient le testament, et Waldeck-Rousseau accepta de plaider pour elle. Il devait admettre plus tard qu'il avait été inconsciemment le complice de la plus grande escroquerie du siècle.
On devait découvrir que le beau-père, l'éminent légiste, avait été le conseiller de Thérèse pour cette procédure.
Elle disposa dès lors d'un immense crédit. Elle était à la veille de fonder la Société des rentes viagères lorsque le magistrat Forichon, alerté par les révélations du Matin, ordonna l'ouverture d'une enquête judiciaire. Il ordonna que soit fouillé le coffre dans lequel elle prétendait avoir enfermé la fortune des Crawford. Il était simplement garni de titres de rente périmés .
Elle fut extradée de Madrid avec toute sa famille et fut condamnée à cinq ans de réclusion.
" Dans son coffre-fort, a écrit Bernard Lecache, on trouvait un lapin en guise de fortune, mais, dans son portefeuille, on découvrit le Gotha républicain. "
Du scandale Humbert, l'opposition allait tenter alors de faire une arme redoutable contre le gouvernement Combes, le gouvernement des lois anticléricales. Ce fut sans doute la raison pour laquelle, se sentant menacé, le Garde des Sceaux Vallée fit diligence et fit en sorte que l'année 1902 s'achevât par ce spectacle qui réjouit la droite française de la famille Humbert débarquant à Hendaye, menottes aux mains, pour rendre ses comptes à la justice républicaine.
- « Où est le château de Marcotte ? Où sont les Crawford? Où sont les millions? », interrogeait le président Bonnet.
- «Tout cela existe, répondait l'accusée, je peux le prouver, mais il me faudrait alors faire une révélation si effrayante que je ne m'en sens pas le courage. »
Tout un monde sans morale, descendu avec tous ses vices d'un XIXe siècle impudique, prenait ainsi le visage de cette femme grassouillette et vulgaire qui avait si longtemps tiré les ficelles du Régime. Et toute la comédie s'achevait par les éclats de rire du bon peuple.
Ce fut alors que commença la grande offensive de la gauche.
P.F National Hebdo février 1988