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vendredi 10 juillet 2026

Des loges aux tranchées : comment le Grand Orient de France a sacrifié la compétence militaire sur l’autel de la laïcité

 

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Un index accusateur pointé vers le ciel, des chemises froissées et, soudain, le claquement sec d’une gifle qui résonne dans l’hémicycle. Le 4 novembre 1904, la Chambre des députés bascule dans l'hystérie. Derrière ce geste de fureur, se cache le secret le plus explosif de la IIIe République : la colonisation occulte du ministère de la Guerre par la franc-maçonnerie. À un an de la séparation des Églises et de l’État, le Grand Orient de France a mis sur pied une inquisition clandestine pour briser la carrière des officiers catholiques et imposer ses hommes de paille à la tête des régiments. 

La gifle de l'hémicycle et le grand déballage

L’atmosphère de la Chambre des députés, en cet après-midi d'automne 1904, est électrique, saturée d'une odeur de tabac froid et de fureur contenue. Au perchoir, Guy de Villeneuve, député nationaliste au regard acéré, ne parle pas : il exécute. D’une voix blanche, il égraine des dizaines de noms, brisant le silence de plomb qui enveloppe les travées. Dans ses mains tremblent des liasses de papiers volés, des notes confidentielles rédigées sur le papier à en-tête bleu du Grand Orient de France. À chaque ligne lue, la République vacille. On y découvre l'impensable : la loge de la rue Cadet s'est muée en tribunal occulte. C'est elle qui valide ou brise les carrières des officiers de la nation française selon leur degré de soumission idéologique.

Sur le banc du gouvernement, le général Louis André, ministre de la Guerre, feint l'indifférence, le visage figé sous ses moustaches blanches. Mais la mise à mort politique est trop lente pour l'opposition. Soudain, un homme fend la foule des députés, traverse l'hémicycle d'une foulée rageuse. Gabriel Syveton, député de la Seine, se jette sur le vieux général. Le geste est d'une rapidité foudroyante : deux gifles magistrales s'abattent sur les joues du ministre de la Guerre. Les huissiers hurlent, les députés en viennent aux mains, les pupitres claquent dans un vacarme de fin du monde. La séance est levée dans le sang et les insultes. La France vient de découvrir la face cachée de sa gouvernance : l'affaire des fiches.

Le geste de Syveton, photomontage où figurent le général André, Camille Pelletan et Émile Combes, devant une batterie de casseroles (terme d'argot pour « délateur »).

Le laboratoire de la rue Cadet : l’inquisition en tablier

Pour comprendre la genèse de cette paranoïa, il faut quitter le tumulte du Palais-Bourbon et s'enfoncer dans le silence feutré de la rue Cadet, au siège du Grand Orient de France. Nous sommes au cœur de la bataille finale pour la laïcisation de l'État. Le gouvernement d’Émile Combes prépare activement la séparation des Églises et de l’État. Pour réussir ce séisme politique, les radicaux sont convaincus qu'ils doivent d'abord neutraliser l'armée, qu'ils considèrent comme le dernier bastion du catholicisme et de la réaction. Le général André, anticlérical obsessionnel, reçoit l'ordre de nettoyer les casernes. Mais l'administration militaire classique refuse de collaborer à cette épuration idéologique. C'est alors que le ministère passe un pacte secret avec le Grand Orient.

La franc-maçonnerie possède ce que l'État n'a pas : un réseau d'espionnage invisible et total, fort de milliers de "frères" disséminés dans chaque ville de province. Le secrétaire général de la loge, Narcisse-Achille Vadecard, accepte de transformer les structures maçonniques en un service de renseignement politique clandestin au profit du gouvernement. Les rapports affluent par milliers rue Cadet, où ils sont triés avec une rigueur régulière de fonctionnaire. Les officiers sont classés dans deux fichiers secrets : Corinthe pour les républicains dociles à promouvoir, et Carthage pour les catholiques à détruire. La compétence militaire s’efface définitivement devant l'allégeance aux loges.

La mesquinerie des carnets de "Carthage"

Le contenu de ces fiches, rédigé à la hâte par des notables locaux sous le sceau du secret maçonnique, révèle la mesquinerie absolue du système. On y traque la foi des épouses, les écoles des enfants et la présence aux offices. Les archives du scandale regorgent de ces mentions de conciergerie élevée au rang de raison d'État. Pour le commandant de Maissin, on écrit :

"Va à la messe avec un paroissien à la main. Antirépublicain farouche. À écarter."

Pour un autre, le crime est d'ordre familial :

"Fait élever ses enfants chez les Jésuites. Femme d'une piété agressive qui fréquente le clergé local."

Chaque maçon local — qu'il soit médecin, instituteur ou commerçant — devient le juge d'un colonel ou d'un commandant dont il épie la vie privée.

Les carrières des plus brillants officiers de France se brisent sur ces dénonciations anonymes validées par la rue Cadet. Le général André signe les décrets de promotion les yeux fermés, sur les seules recommandations du Grand Orient. L'ambiance dans les mess de garnison devient délétère : les officiers se regardent en chiens de faïence, sachant qu'un mot de trop devant le médecin major ou le trésorier de la loge locale peut anéantir vingt ans de service. Cette inquisition maçonnique ronge l'outil de défense nationale à l'heure exacte où, de l'autre côté du Rhin, l'Empire allemand modernise son armée à marche forcée.

Le baiser de Judas de Jean-Baptiste Bidegain

Mais toute machine clandestine porte en elle le germe de sa propre destruction. En l'occurrence, le grain de sable s'appelle Jean-Baptiste Bidegain. Adjoint du secrétaire général Vadecard et maçon de haut grade, il commence à ressentir un profond dégoût pour cette dérive policière qui transforme le Grand Orient en annexe occulte du ministère de la Guerre. Surtout, Bidegain a des dettes et un besoin urgent d'argent. Mis en contact par des intermédiaires avec les milieux nationalistes, il comprend la valeur politique des documents qu'il manipule chaque jour. Durant l'été 1904, profitant des bureaux désertés, il glisse sous son veston des centaines de fiches originales.

Bidegain livre son butin à l'opposition contre la somme colossale de 40 000 francs de l'époque. Le piège se referme sur le gouvernement. Lorsque Villeneuve monte à la tribune, le ministre de la Guerre tente de crier au complot et aux faux documents. C'est alors que le député sort les originaux, écrits sur le papier du Grand Orient, portant les annotations de la main même du cabinet du général André. La preuve de la compromission de l'État avec la maçonnerie est irréfutable. Le système s'effondre en direct sous les yeux d'une France stupéfaite de découvrir que ses généraux sont nommés par un pouvoir de l'ombre en pleine bataille constitutionnelle sur la laïcité.

Le prix du sang et les morts suspectes

Les répercussions du séisme politique sont immédiates et sanglantes. Le général André, humilié et giflé à la Chambre, doit démissionner. Quelques semaines plus tard, c'est le chef du gouvernement lui-même, Émile Combes, qui est emporté par le scandale. Le Grand Orient de France, acculé, doit sacrifier ses dirigeants pour sauver son influence politique à la veille du vote crucial de la loi de 1905. Mais l'épilogue de l'affaire se joue dans l'ombre. Le 8 décembre 1904, à la veille de son procès pour l'agression de l'hémicycle, Gabriel Syveton est retrouvé mort dans son cabinet de travail, la tête coincée dans son poêle à gaz. Suicide opportun ou assassinat d'État pour faire taire l'homme qui en savait trop ? Le mystère restera entier.

Le véritable coût de cette trahison se mesurera dix ans plus tard, dans la boue et le sang de l'été 1914. En privilégiant l'alignement maçonnique des officiers au détriment de leurs compétences stratégiques, l'affaire des fiches a placé des hommes médiocres mais « républicainement sûrs » à la tête des régiments. Face à l'invasion allemande, ces généraux de salon s'avèrent tragiquement incompétents. Dès le premier mois des combats, le général Joffre devra limoger en urgence 134 généraux incapables, les envoyant loin du front, à Limoges. La France paiera au prix fort, par des dizaines de milliers de jeunes vies fauchées lors de la bataille des Frontières, la paranoïa politique de la rue Cadet.

Description de cette image, également commentée ci-après

Bibliographie & références

  • Guyot, J., L'Affaire des fiches : un système de délation sous la IIIe République, Éditions Perrin, 2001.
  • Bidegain, J.-B., Le Grand Orient de France : sa doctrine, son action, ses documents, Librairie des Saints-Pères, 1905.
  • Larkin, M., Religion, Politics and Preferment in France since 1890 : La République des Fiches, Cambridge University Press, 1995.
  • Annales de la Chambre des députés, Journal officiel de la République française, Séances des 28 octobre et 4 novembre 1904.

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/des-loges-aux-tranchees-comment-le-270294

jeudi 6 février 2025

La Franc-Maçonnerie, moteur invisible de la Révolution

 

La France travaille pour l’humanité entière et accepte tous les concours dès 1789. Jean-Paul Marat (1743-1793) avoue : « Les vainqueurs de la Bastille sont pour la plupart allemands ».
Mr de Montmorin note : « Presque tous ceux qui ont forcé les portes des Tuileries, le 20 Juin 1792 étaient des étrangers.
Alexandre de Lameth (1760-1829), à la veille du 10 Août 1792, interroge : « Le peuple est-il dans un ramassis d’étrangers sans patrie que depuis six mois on appelle dans Paris ? »
Anacharsis Klotz, prussien président du Club des Jacobins, déguise un jour des vagabonds en Turcs, Indiens et Persans pour les mener à l’Assemblée et demander la « République universelle » ».

La Révolution de 1789 a des ambitions planétaires, mais d’abord européennes. Frère Lanfrey le démontre dans son Essai sur la Révolution française : « Les révolutions qui s’étaient opérées en Autriche sous Joseph II, en Toscane sous Pierre-Léopold, et plus récemment aux Etats-Unis d’Amérique, n’étaient que des aspects divers d’une même pensée, dont la révolution française fut l’expression la plus parfaite ».
Selon Alfred Fierro, historien français, né en 1941, la révolution de France est « associée avec la révolution américaine dans le cadre de ce qu’on a nommé Révolution occidentale ».
Jacques Mallet du Pan, journaliste suisse (1749-1800), remarque l’universalité du dessein révolutionnaire : « Le système révolutionnaire est applicable à toutes les nations ; il a pour bases des maximes philosophiques propres à tous les climats et ennemies de tous les gouvernements… Le fanatisme d’irréligion, d’égalité, de propagandisme, est aussi exalté et mille fois plus atroce dans ses moyens que ne le fut jamais le fanatisme religieux ».

La Maçonnerie est aux premières loges. Jacques Mallet du Pan évoque les connivences : nulle part la révolution « ne rencontre un terrain aussi bien préparé, un gouvernement aussi médiocre, des effusions d’âmes aussi vives, d’aussi puissantes complicités »…
Le Siècle de Lumières, si brillant en France, privilégie l’action des 30 000 maçons que compte les 629 loges de la France de Louis XVI. Et l’Assemblée constituante dénombre 477 députés maçons, soit 82,5 % des effectifs du Tiers Etat.

Un plan d’action en deux temps prévoyait de mettre à bas l’édifice millénaire du trône et de l’autel. Jacques Mallet du Pan précise ce plan : « On exécuta sur le territoire un plan particulièrement hardi. Il se résume en ces mots : ameuter, au nom du roi, les peuples contre les seigneurs ; les seigneurs, une fois renversés, se précipiter sur le trône désormais sans défense et le briser ».
On reconnaît ici le schéma de la lutte des classes. Il oppose la classe la plus nombreuse à la classe la moins nombreuse, qui détient encore une bonne part de l’autorité.

L’ENCYCLOPÉDIE SE RÉVÈLE ETRE UN CHEVAL DE TROIE propre à séduire les profanes. Le projet, diligenté par Diderot (1713-1784), a reçu le soutien de André Michel de Ramsay, chevalier de Ramsay, protestant anglais, « converti » par Fénelon, auteur du Discours à l’origine de l’Ecossisme dans la Franc-Maçonnerie (1686-1743) : « On réunira les lumières de toutes les nations dans un seul ouvrage qui sera comme un magasin général de tout ce qu’il y a de beau, de grand, de lumineux, de solide et d’utile dans toutes les sciences naturelles et dans tous les arts nobles ».
Les philosophes seraient-ils les enfants perdus de la Veuve, envoyés batailler à l’avant-garde ?
Le Rousseau du Contrat social prélude aux théories séductrices de Morelly, philosophe méconnu (1717-1778), de l’abbé Mably (1709-1785), de Gracchus Babeuf (1760-1797).
Rousseau que « Marat lisait et commentait dans les promenades publiques, au milieu des applaudissements des foules ».

La conquête méthodique de la société française de haut en bas passe par le « Comité d’instruction », bureau d’instituteurs fondé par d’Alembert vers 1762, par les théories savantes de la « physiocratie maçonnique » de François Quesnay, Vincent de Gournay, Robert Jacques Turgot.
Elle suppose un long travail de préparation des esprits. Ces esprits, touchés par les catéchismes populaires, accréditent dans les campagnes et les faubourgs des idées connues de Droits de l’Homme, de Contrat social, de Liberté, d’Egalité et de Fraternité.
La noblesse libérale, enrôlée par Ramsay au premier tiers du siècle, est subjuguée par les charlatans de la Cour de Louis XVI. La bourgeoisie se joint à la noblesse libérale.
En 1777, la Maçonnerie adopte la devise du martinisme, le ternaire séché « Liberté, Egalité, Fraternité ». Cette devise préside aux travaux des ateliers florissants, et sera reprise par le club des Cordeliers en 1791.
Dans un rapport lu en 1883, frère Charles Brunelière (1847-1917), affirme le rôle de la franc-maçonnerie au XVIIIe Siècle : « Ce fut de 1772 à 1789 que la franc-maçonnerie élabora la Grande Révolution qui devait changer la face du monde. C’est alors que les francs-maçons vulgarisèrent les idées qu’ils avaient puisées dans les loges ».

Mais des buts de l’illuminisme, retour de l’Age d’Or, rien n’est révélé aux simples initiés des Loges mondaines. Les prêches contre le patriotisme, contre le localisme, contre l’esprit de famille. Les prêches en faveur de l’état de nature, l’état sauvage primitif, où « le monde était une grande famille », et où tous les hommes s’aimaient entre eux d’un amour général. Le cantique d’Adam Weishaupt, théologien allemand, maître des Illuminés de Bavière, (1748-1830) : « Oui, les princes et les nations disparaîtront de dessus la terre ! Oui, il viendra ce temps où les hommes n’auront plus d’autre loi que le livre de la nature ! Oui, cette révolution sera l’ouvrage des sociétés secrètes. Tous les efforts des princes pour empêcher nos projets sont pleinement inutiles. Cette étincelle peut longtemps encore couver sous la cendre, mais le jour de l’incendie arrivera ».
Les simples initiés ne doivent pas avoir connaissance de ce COURANT CACHÉ. Le mouvement de 1789 est la confluence de deux démarches : celle des loges fermées, et celle des salons, démarches distinctes tout au long du siècle.
Voltaire théorise cette pratique de la dissimulation : « Que les philosophes véritables fassent une confrérie comme les francs-maçons… Frappez et cachez votre main ». Il écrit à d’Alembert qu’à Ferney, il « communie » publiquement, et qu’il « rend le pain bénit », pour mieux tromper son monde.
Après 1750, une partie du clergé sait qu’un système idéologique vient de se mettre en place pour faire triompher l’incrédulité. Mais les clercs sont victimes de cette langue de bois. L’abbé Tardif de Laborderie, Vénérable et fondateur de loges avant et après 1789, proclame en terre d’émigration : « Qui dit maçon dit un homme religieux ». Le clergé trompé fournit 27 vénérables sous Louis XVI.

La franc-maçonnerie, déiste dans son principe, présente sa théorie par principes et adopte des formes compatibles avec le christianisme. Selon Octave Aubry, Aucun frère « ne s’avoue athée ; tous se réclament d’un dieu vague et bienveillant, mais sous les coups portés aux rites et aux symboles, ils visent la foi ».
La maçonnerie gouverne INDIFFÉRENTE AUX FORMES DU RÉGIME, À LA NATURE DU RÉGIME. Les initiés veulent faire avancer la révolution, plus qu’ils ne désirent fonder la République. Ils soutiennent d’abord les ambitions du duc d’Orléans. En 1795, on émet l’hypothèse d’un roi protestant, faire couronner Brunswick, le « vaincu » de Valmy.

Les chefs révolutionnaires ont des affiliations maçonniques. Danton, Bailly, Camille Desmoulins, Siéyès, Chénier, Voltaire, Chamfort, Greuze, Houdon, Lacépède, Condorcet, Pétion, Brissot… appartiennent à la loge des 7 sœurs, sous le marteau du vénérable Benjamin Franklin. L’abbé Barruel (1741-1830) énumère les 32 membres de cet atelier. Louis Amiable, dignitaire du Grand Orient (1837-1897), reprend cette allégation dans une monographie de la loge. Louis Blanc, franc-maçon (1811-1882), avoue : « La maçonnerie s’ouvrit jour après jour (à dater de 1772) à la plupart des hommes que nous retrouverons dans la mêlée révolutionnaire. »
Le comte Kurt von Haugwitz, ministre de Prusse, qui dirigea les loges de Prusse, de Pologne et de Russie, révéla au Congrès de Vérone en 1822 : « Tout ce qui arriva en France, à partir de 1788, était décidé et préparé dès 1777 ».

Selon la psychologie des Hauts Initiés, le peuple constitue la masse de manœuvre des révolutionnaires. En Mai 1789, Chamfort avoue à Marmontel : « La nation sait-elle ce qu’elle veut ? On lui fera vouloir et on lui fera dire ce qu’elle n’a jamais pensé… La nation est un grand troupeau qui ne songe qu’à paître, et qu’avec de bons chiens, les bergers mènent à leur gré. Après tout, c’est son bien que l’on veut faire à son insu ; car, mon ami, ni votre vieux régime, ni votre culte, ni vos mœurs, ni vos antiquailles de préjugés ne méritent qu’on les ménage… et pour tracer un nouveau plan, on a toute raison de vouloir faire place nette. Le trône et l’autel tomberont ensemble ; ce sont deux arcs-boutants appuyés l’un sur l’autre ; que l’un des deux soit brisé, l’autre va fléchir ».
Les témoignages sur les distributions d’argent aux émeutiers éclairent d’un jour nouveau le « spontanéisme » des émeutiers.

Premier témoignage. « En faisant viser mon passeport au sortir de Paris, j’ai vu un homme tirer de sa poche deux assignats de cinq livres tenant ensemble. On paraissait étonné de cette richesse d’un malheureux déguenillé.
C’est, répondit-il, ce qu’on a distribué hier aux vainqueurs de la Bastille ».
Deuxième témoignage. À un député modéré qui voulait calmer les émeutiers, l’un d’eux répond en brandissant douze francs : « Ce que vous dites est vrai, mais vos raisons ne valent pas celle-ci ».
Le seul désaccord des témoins concerne les tarifs qui varièrent. La Fayette cite douze francs par jour. Lameth révèle : « Nous payons les habitués des tribunes de l’Assemblée. Nous nous faisons applaudir par une centaine de soldés que nous décorons du nom de « Peuple » ».
Cette tactique préside au progrès des discussions. L’abbé Grégoire et ses amis orientent les débats et obtiennent les votes souhaités. Ils s’arrangent pour que la discussion mûrisse l’opinion publique. On peut parler « D’UN VIOL DES FOULES ». Ce viol des foules est tout à fait actuel.

Dès la prise de la bastille, Jean Sylvain Bailly (1736-1793) écrit : « Il y avait un moteur invisible qui semait à propos les fausses nouvelles pour perpétuer le trouble. Ce moteur a dû avoir un grand nombre d’agents, et pour avoir suivi ce plan abominable, il faut un esprit profond et beaucoup d’argent. Quelque jour, on connaîtra Génie infernal et le bailleur de fonds ».
André Chénier avoue en 1792 : au centralisme des loges, répond celui des « sociétés populaires affiliées au club des Jacobins, qui, se tenant toutes par la main, forment une chaîne électrique autour de la France. Au même instant, elles s’agitent ensemble, poussent les mêmes cris, inspirent les mêmes mouvements qu’elles n’ont certes pas grand-peine à prévoir ».

DE CURIEUSES ANALOGIES, D’INNOMBRABLES RAPPROCHEMENTS APPARENTENT LES VOCABULAIRES RÉVOLUTIONNAIRE ET MAÇONNIQUE.
Maurice Talmeyr, essayiste français (1850-1931), s’efforce de démontrer que la Révolution française n’a pas eu pour origine un mouvement populaire, mais une conspiration maçonnique :
« Les premiers Maçons établis en France, en 1725, étaient des Jacobites, et le grand club directeur de la Révolution est le club des Jacobins. Condorcet, dans la Septième époque des progrès de l’esprit humain, désigne la Franc-Maçonnerie comme une continuation mystérieuse de l’Ordre des Templiers, et Louis XVI a pour prison le Temple, ancien asile de ces mêmes Templiers. La grande assemblée annuelle des francs-maçons s’appelle le Convent, et la plus fameuse assemblée révolutionnaire s’appelle la Convention. La Maçonnerie, quand elle avait à proscrire un adepte, le déclarait suspect, et chacun sait comment, sous la Terreur, on était déclaré suspect… Enfin, l’une des épreuves de la Franc-Maçonnerie, avant la Révolution, consistait à faire opérer au dignitaire maçonnique l’exécution en effigie d’un roi de France sur un mannequin représentant Philippe le Bel, le prince même qui avait exterminé l’Ordre des Templiers ; et l’acte suprême de la Révolution devait être, de même, l’exécution du roi ».

Pierre-Gaspard Chaumette (1763-1794), soumis à l’Assemblée, désirait dépecer le corps de Louis XVI en 83 morceaux destinés aux départements. Ainsi avait été traité le corps d’Osiris, le Père des maçons, mutilé par Typhon, fils de Gaïa et de Tartare, que les Égyptiens identifiaient avec le Dieu de la Bible. Mais Chaumette se garde bien d’indiquer à la tribune l’origine de ce souhait.
Chaumette obtient de l’Assemblée qu’elle incarcère la famille royale au Temple, en souvenir de Jacques de Molay dont les initiés jurent de venger la mort.
François Joseph Bara, jeune soldat républicain de 14 ans, tombe sous les coups des Vendéens, en criant « Vive la République ». Gustave Bord, essayiste français (1852-1934), démonte sa légende. Joseph Agricol Viala, âgé de 15 ans, est tué à Caumont-sur-Durance par les fédéralistes.
Bara et Viala fournirent des arguments à la propagande républicaine.
Dans un discours sur Bara et Viala, à la Convention, le peintre David fait une allusion aux croyances secrètes des initiés : « Les sans-culottes iront verser leur sang, dit-on ; c’est bien là le langage des aristocrates. Est-ce qu’un sans-culotte peut être atteint ? N’est-il pas invulnérable, comme le dieu qu’il remplace sur la terre ? ».

La révolution emprunte constamment au symbolisme maçonnique. Gustave Gautherot, professeur d’histoire (1880-1948), écrit : « Sur les baudriers de l’Ecole de Mars, les mots liberté, égalité, étaient séparés par le niveau égalitaire ; le même symbole était gravé sur leur sabre. Le franc-maçon David l’avait aussi dessiné sur le sabre des Représentants du peuple ; sur la poignée de l’épée des membres du Directoire, il y ajouta le pélican, principal symbole du grade de chevalier Rose-croix. Parmi les insignes officiels, abondent les triangles et l’œil rayonnant. Enfin, il suffit de parcourir l’Histoire numismatique de la Révolution française de M. Michel Hennin pour y remarquer que la médaille gravée en souvenir des Etats généraux porte le compas, l’équerre, les deux colonnes surmontées du soleil et de la lune ; que la médaille de Louis XVI renferme le compas, l’échelle graduée, l’équerre, la poignée de truelle, la lune et le soleil ; que la médaille de la « Fédération nationale des Français » porte le nom hébreu de Jéhovah dans un triangle rayonnant ; que le jeton de présence du club des Cordeliers, le club qui se fit le fourrier de la République, est un écu entouré d’un cordon formant plusieurs lacs et terminé par deux houppes ; que sur la médaille d’huissier de la Convention, un niveau est suspendu par une corde au bonnet de la liberté ».
Ces emprunts au symbolisme maçonnique sont d’autant plus actuels que la Révolution continue et arrive à son aboutissement.

Jean Saunier

https://ripostelaique.com/la-franc-maconnerie-moteur-invisible-de-la-revolution.html

dimanche 8 septembre 2024

Archives – Histoire de la Franc-Maçonnerie (3), par Bernard Faÿ

 

Archives - Histoire de la Franc-Maçonnerie, par Bernard Faÿ

Enregistrement audio du cours donné par Bernard Faÿ (1893-1978) au Séminaire d’Écône.

III –La secte des athées

Né en 1893, Bernard Faÿ est décoré de la Croix de guerre reçue à la bataille de Verdun en 1917. Catholique Royaliste, il fut l’un des plus brillants universitaires de sa génération : Professeur des lettres, des civilisations, Master of Arts Harvard University, Historien, spécialiste des Révolutions et de la Franc-Maçonnerie.

En 1940 il est nommé par son ami le Maréchal Pétain Administrateur Général de la Bibliothèque Nationale, puis chef du Service des Sociétés Secrètes.
Bernard Faÿ est donc chargé sous l’occupation de recueillir, de classer et d’étudier l’ensemble des archives saisies dans les loges maçonniques et autres sociétés secrètes.

Il est arrêté en 1945, condamné aux travaux forcés à perpétuité, mais parvient à s’évader en 1951 pour se réfugier en Suisse, puis fût gracié en 1959. A son rappel à Dieu, la messe de requiem fut célébrée en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet par Mgr Ducaud-Bourget, en présence de Mgr Lefebvre.


https://www.medias-presse.info/archives-histoire-de-la-franc-maconnerie-3-par-bernard-fay/193768/

vendredi 16 août 2024

Histoire de la Franc-Maçonnerie (1), par Bernard Faÿ

 

Archives - Histoire de la Franc-Maçonnerie, par Bernard Faÿ

Enregistrement audio du cours donné par Bernard Faÿ (1893-1978) au Séminaire d’Écône.

I – Histoire de la Franc-Maçonnerie

Né en 1893, Bernard Faÿ est décoré de la Croix de guerre reçue à la bataille de Verdun en 1917. Catholique Royaliste, il fut l’un des plus brillants universitaires de sa génération : Professeur des lettres, des civilisations, Master of Arts Harvard University, Historien, spécialiste des Révolutions et de la Franc-Maçonnerie.

En 1940 il est nommé par son ami le Maréchal Pétain Administrateur Général de la Bibliothèque Nationale, puis chef du Service des Sociétés Secrètes.
Bernard Faÿ est donc chargé sous l’occupation de recueillir, de classer et d’étudier l’ensemble des archives saisies dans les loges maçonniques et autres sociétés secrètes.

Il est arrêté en 1945, condamné aux travaux forcés à perpétuité, mais parvient à s’évader en 1951 pour se réfugier en Suisse, puis fût gracié en 1959. A son rappel à Dieu, la messe de requiem fut célébrée en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet par Mgr Ducaud-Bourget, en présence de Mgr Lefebvre


https://www.medias-presse.info/archives-histoire-de-la-franc-maconnerie-1-par-bernard-fay/191448/

jeudi 8 août 2024

Archives – Histoire de la Franc-Maçonnerie (2), par Bernard Faÿ

 

La Franc-Maçonnerie, arme de guerre du protestantisme

Enregistrement audio du cours donné par Bernard Faÿ (1893-1978) au Séminaire d’Écône.

II –La Franc-Maçonnerie, arme de guerre du protestantisme

Né en 1893, Bernard Faÿ est décoré de la Croix de guerre reçue à la bataille de Verdun en 1917. Catholique Royaliste, il fut l’un des plus brillants universitaires de sa génération : Professeur des lettres, des civilisations, Master of Arts Harvard University, Historien, spécialiste des Révolutions et de la Franc-Maçonnerie.

En 1940 il est nommé par son ami le Maréchal Pétain Administrateur Général de la Bibliothèque Nationale, puis chef du Service des Sociétés Secrètes.
Bernard Faÿ est donc chargé sous l’occupation de recueillir, de classer et d’étudier l’ensemble des archives saisies dans les loges maçonniques et autres sociétés secrètes.

Il est arrêté en 1945, condamné aux travaux forcés à perpétuité, mais parvient à s’évader en 1951 pour se réfugier en Suisse, puis fût gracié en 1959. A son rappel à Dieu, la messe de requiem fut célébrée en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet par Mgr Ducaud-Bourget, en présence de Mgr Lefebvre


https://www.medias-presse.info/archives-histoire-de-la-franc-maconnerie-2-par-bernard-fay/191501/

samedi 6 janvier 2024

L’affaire Henri Rochette

 Commission d'enquête sur l'Affaire Rochette

L’Affaire Henri Rochette est l'un des exemples symptomatiques de la collusion de la finance et du monde politique (Et plus particulièrement des radicaux et radicaux-socialistes) sous la troisième République. Tous les ingrédients y sont : Escroquerie ; corruption ; dévoiement de la Justice ; manipulation de l’opinion à des fins politiques; Acquisition de société de presse par moyens illégaux ; assassinat d’opposant.

Acte 1

L’affaire commence le 23 mars 1908 avec l’arrestation d’Henri Rochette à son domicile. Après diverses perquisitions dans les locaux de ses sociétés faites dans la matinée, l’homme d’affaires sera conduit en début d’après-midi à la prison de la Santé.

C’est maître Fernand Rabier qui défendait ses intérêts, avant de laisser la place à un autre avocat quelques semaines avant le déclenchement de l’Affaire. Détail symptomatique de cette époque : Maître Rabier n’est pas un inconnu ; bien au contraire ! Il est en 1906 député radical-socialiste du Loiret et vice-président de la Chambre des députés. C’est donc un des principaux membres du radicalisme de cette époque d’avant-guerre, proche de Joseph Caillaux.

Le lendemain 8 mars, l’Echo de Paris titre : « L'épargne française vient d'être atteinte par un krach formidable. On parle de cent millions et plus, représentés par des titres et valeurs émis dans ces dernières années, pour la constitution de sociétés industrielles diverses. Le créateur de ces sociétés, M. Henri Rochette a été arrêté sous l'inculpation d'escroqueries, abus de confiance et infractions à la loi sur les sociétés. On assure que plusieurs hommes politiques sont compromis dans ce scandale. »

Quelques lignes plus bas, L’Echo de Paris accuse sans citer de noms : « On assure que plusieurs hommes politiques sont impliqués dans ce scandale. On parle notamment d’un membre influent du « Bloc » (Il s’agit du Bloc des Gauches ») qui touchait des mensualités de 15 000 francs aux guichets de la Banque franco-espagnole ». S’agit-il de Joseph Caillaux alors ministre radical des Finances du gouvernement de Georges Clemenceau qui a tant fait parler de lui avec son projet de loi sur l’impôt général sur le revenu ?

Henri Rochette était administrateur de cette dernière banque et également du Crédit minier. Ces deux établissements d’affaires étaient « spécialisés » dans la création de sociétés ayant des actifs très faibles ou, pire, sans aucun actif. L’escroquerie consistait à vendre des titres de ces sociétés et à financer les dividendes à verser par de nouvelles créations.

Les plaintes déposées par des souscripteurs mécontents ne tardèrent pas. De son côté, le Parquet avait eu son attention attirée à plusieurs reprises par les émissions successives faites par ces deux établissements. Henri Rochette s’était toujours arrangé pour indemniser les plaignants avant que la justice vienne mettre son nez dans ses affaires.

En mai 1907, un ingénieur du nom de Gustave Gadot déposa plainte pour escroquerie contre Henri Rochette. Il lui avait confié l’exploitation de son brevet d’invention d’un compteur d’eau. La société anonyme avait bien été créée, mais le banquier ne tint pas ses engagements.

Bien qu’un juge d’instruction ait été nommé par le Parquet, l’affaire traina en longueur. La justice n’était visiblement pas pressée d’enquêter sur les affaires d’Henri Rochette ! Le plaignant finit par déposer une seconde plainte par voie écrite. La conclusion parut dans le journal L’Echo de Paris : « Je me fais fort, Monsieur le juge, de prouver que M. Rochette a grâce à ses sociétés soustrait plus de 60 millions à l’épargne française. Je me fais fort de vous donner les moyens de constater que ces sociétés n’ont pour actifs que des mines inexploitées ou sans aucune valeur. Je prouverai, en outre, soit par des documents, soit par des témoignages, que M. Rochette a fait de faux bilans, qu’il a constitué des sociétés en fraude des lois françaises ». L’escroquerie consiste à faire des émissions d’actions à jet continu afin de pouvoir payer les dividendes des sociétés créées précédemment et qui ne sont que fictives.

Alors que depuis plusieurs semaines, une vingtaine de plaintes arrivaient sur le bureau des juges, plaintes qui étaient systématiquement classée sans suite grâce aux amitiés dont bénéficiait Henri Rochette en haut lieu, une enquête générale fut décidée au plus haut niveau de l’état à la suite d’une réunion entre Georges Clemenceau (Président du Conseil), Aristide Briand (Ministre de la Justice) et le procureur général. Le Président du Conseil ne voulait pas voir rejouer le scandale de l’Affaire de Panama qui avait été si dommageable au Parti radical (Et dont les conséquences avait été étouffées en haut lieu par la non divulgation de la liste de la centaine d’hommes politiques radicaux corrompus, les fameux « Chéquards »).

Mais ce qui décida de l’arrestation d’Henri Rochette à ce très haut niveau est une toute autre affaire. Selon le même journal, « D’accord avec un homme politique dont on a beaucoup parlé il y a quelque temps, Rochette avait décidé de mettre la main sur un grand journal du matin, dont le directeur actuel est lui-même un homme politique. Le plan était simple : Il s’agissait de s’emparer de la majorité des actions de la société du journal en question. Rochette se procura la liste des actionnaires, et peu après ces actionnaires recevaient une circulaire très alarmante dans laquelle on les engageait à vendre de suite leurs titres. »

Le directeur du journal tant convoité fut avisé et déposa une plainte contre X ; l’enquête remonta par trois intermédiaires successifs à Henri Rochette. Le journal convoité est le « Petit journal », un des trois plus grands tirages de son temps, classé dans la presse populaire et d’orientation de Droite. Le directeur du journal est Charles Prevet, sénateur de Seine-et-Marne inscrit sur les bancs de la Droite libérale et conservatrice, membre du conseil d’administration du Figaro. Ce dernier dut insister lourdement pour qu’une plainte fût engagée contre Henri Rochette ! L’homme politique commanditaire de cette affaire d’escroquerie pourrait être Joseph Caillaux, ministre des Finances en place, qui a fait beaucoup parlé de lui avec son projet très controversé d’Impôt généralisé sur le revenu. La Lumières n’a jamais été faite à ce sujet car masquée par le scandale financier et par l’assassinat du directeur du Figaro !

Henri Rochette sera jugé dans un premier procès en correctionnel durant lequel il mettra en place une défense combative et très habile. Finalement, il sera condamné à deux ans de prison le 27 avril 1911. Il fera appel, ce qui suspend l’exécution de la sentence.

L’affaire est ensuite appelée devant la chambre correctionnelle le 27 avril 1911, mais Henri Rochette obtient un renvoi au premier décembre grâce aux pressions exercées par Joseph Caillaux sur le ministre de la Justice (Ce nouveau scandale fera l’objet d’une commission d’enquête parlementaire dirigée par Jean Jaurès). Il faudra attendre le 26 juillet 1912 pour connaitre le dénouement de ce premier épisode : La cour d’appel de Rouen élève la peine à trois ans ferme. Aussitôt la peine prononcée, Henri Rochette prend la fuite et part vivre dans l’anonymat. Cela ne l’empêchera pas de revenir « exercer » en France après la grande Guerre.

Acte 2

Affaire Rochette : Assassinat du directeur du Figaro

Le second acte de ce scandale politico-financier commence début février 1912 et prend un tournant politique. Suite à la publication par Le Figaro d’une information révélant qu’Henri Rochette n’aurait pu obtenir le report du procès en appel sans l’intervention d’Ernest Monis, Président du Conseil alors qu’il était ministre de la Justice, suite à l’insistance de Joseph Caillaux, alors ministre des Finances et détenteur de ce portefeuille en 1912.

Dans Le Figaro, Gaston Calmette, son directeur, va brandir pendant deux ans la menace de publier la preuve de cette intervention, le « Document Fabre ». Ce dernier consiste en un procès-verbal  dressé en 1911 par le procureur général Victor Fabre dans lequel il accuse Joseph Caillaux et Ernest Monis de l’avoir forcé à solliciter le report du procès.

Début 1914, plusieurs quotidiens de Droite commencent une violente campagne de presse contre Joseph Caillaux. Ministre des Finances depuis décembre 1913, ce dernier est pressenti pour prendre la tête du gouvernement à l’issue des élections législatives du printemps 1914. La Droite lui reproche son pacifisme qui le conduira à être traduit en 1917, à la demande de Georges Clemenceau, devant la Haute Cour pour intelligence avec l’ennemi durant la grande Guerre.

Continuant sa campagne de presse contre Joseph Caillaux, Le Figaro annonce en première page, le 13 mars 1914, qu’il détient « La preuve des machinations secrètes de M. Caillaux ». L’article est assassin : « J’ai depuis longtemps prouvé que M. Caillaux, rétribué par les banques étrangères qu’il préside et au profit desquelles il supprime les prescriptions du Code pénal, avait dirigé tous les efforts de ses puissantes fonctions politiques vers un seul but : La recherche de l’argent. J’ai démontré qu’il allait jusqu’à violer la loi quand il lui plaisait d’arracher à la prison, pour le rendre à ses vols, un ami, comme Rochette, dont les spéculations, ruineuses pour l’épargne publique, étaient utiles à la politique personnelle du ministre ».

Le 16 mars 1914, Gaston Calmette publie une lettre personnelle de Joseph Caillaux adressée à sa maîtresse (Qui deviendra ensuite sa femme) dans laquelle toute l’hypocrisie du ministre des finances au sujet de l’impôt sur le revenu est mise en lumière. En fin de missive, il y écrit à sa maîtresse : « J’ai écrasé l’impôt sur le revenu en ayant l’air de le défendre ». Attitude très ambiguë, sachant que son électorat étant plutôt à gauche ou extrême gauche, il se veut être le promoteur d’une réforme fiscale exigée par les socialistes depuis 1905 ! Très fâcheux pour l’homme et ses amis radicaux à la veille des élections législatives du printemps 1914.

Craignant d’autres publications de lettres intimes dans Le Figaro, la femme du ministre, Henriette Caillaux, se rend le jour même de la publication dans la rédaction du journal vers quinze heures ; attend le retour de Gaston Calmette pendant une heure ; l’assassine de six balles de révolver. Arrêtée, Henriette Caillaux est inculpée de meurtre avec préméditation.

Au terme d’un procès qui fit la une de la presse, elle sera acquittée par le jury d’assise en juillet 1914, les psychiatres évoquant un « Cas typique d’impulsion subconsciente avec dédoublement complet de personnalité survenu sous l’influence d’un état émotionnel et continu ». Face à la Justice de la troisième République, il vaut mieux être puissant que misérable !

Epilogue

Le lendemain du meurtre de Gaston Calmette, 17 mars 1914, Joseph Caillaux démissionne de son poste de ministre des Finances (Sa carrière politique ne s’arrêtera pas là !). A la Chambre, Louis Barthou, ministre de la Justice au moment des faits, lit la note du procureur général Fabre sur l’affaire Rochette ; un débat d’une extrême violence met aux prises l’orateur avec Jean Jaurès et Ernest Monis. La commission d’enquête qui suivra ne permettra pas de faire la lumière sur cette affaire, chacun niant les faits qui leurs sont reprochés. On ne saura jamais si Joseph Caillaux est intervenu afin de faire reporter le procès de son ami Henri Rochette !

Le 13 mars 1924, Henri Rochette et deux autres complices sont arrêtés à Paris. Ils sont accusés d’avoir soutiré 40 millions à des petits porteurs en plaçant des titres sans valeur ou de sociétés inexistantes. Pour cela, ils gonflaient les cours des sociétés placées dans un faux journal économique qu’ils envoyaient à leurs futures victimes. En 1934, alors qu’Henri Rochette est à nouveau jugé lors d’un procès en appel, il se suicide en pleine audience de la cour d’appel pour, selon ses mots, « Hâter sa réhabilitation » ! Dans le livre qu’il rédigea durant ses derniers jours, l’heure de Spartacus, il accuse le politique d’être intervenu dans des affaires judiciaires. Il veut-dit-il, dénoncer les tyranneaux qui tiennent les leviers de commande du pays.

Cette affaire Rochette ne pourrait être qu’un épisode de plus dans la longue listes des affaires politico-financières à mettre à l’actif des radicaux et radicaux-socialistes. Ce qui est triste est que ces gouvernements de gauche qui ont dirigé la France durant les dix ans précédant la grande Guerre ont été avant tout mu par des ambitions personnelles sous tendu par un enrichissement personnel. L’instabilité ministérielle qui en est résulté est la cause directe de l’impréparation de l’Armée française en août 1914 : L’allongement du service militaire à trois ans sera finalement voté au printemps 1914 alors que les gouvernements successifs savaient que l'Armée allemande était largement plus nombreuse depuis plusieurs années (Les français se battront à un contre quatre au début du conflit) ; le canon de plus longue portée que celle du canon de 75mm ne sera jamais fabriqué après dix ans de discussions alors que les gouvernements connaissaient la puissance de l'artillerie allemande depuis dix ans (Les français seront hachés par l’artillerie allemande sans jamais avoir vu l’ennemi même de loin jusque début 1915).

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2017/12/l-affaire-henri-rochette.html

dimanche 26 novembre 2023

Christine Deviers-Joncour : la république franc-maçonne détruit la Chrétienté

 

Christine Deviers-Joncour : la république franc-maçonne détruit la Chrétienté

Pour le magazine Nexus, Christine Deviers-Joncour accorde un entretien qui aborde de nombreux sujets : comment la France décline depuis 1789, la république des francs-maçons, les scandales politiques, les crimes d’Etat, la situation internationale,…

Rappelons que Christine Deviers-Joncour a signé le manifeste contre la dissolution de Civitas, comme déjà plus de deux mille personnes.


lundi 11 septembre 2023

[Livre] Le Grand Orient, sous l’œil critique de Michel Maffesoli

  

À la fin du XVIIIe siècle, dans son opéra La Flûte enchantée, Mozart représentait une apologie de la franc-maçonnerie naissante. Aujourd’hui, deux siècles plus tard, les francs-maçons relèveraient plus de l'opérette. Tamino et Pamina, Sarastro ou Papageno pourraient être députés, maires, présidents d'un conseil départemental, chefs d’entreprise et autres. Leur quête initiatique serait de se servir au lieu de servir et d’élever leurs âmes. Mais lorsque l’arrivisme et la médiocrité du combat politicard remplacent la fraternité dans une quête spirituelle, le but est dévié, l’âme est corrompue, elle se détourne des chemins initiaux.

C’est ce que déplore et dénonce Michel Maffesoli dans son dernier essai et pamphlet Le Grand Orient, les lumières sont éteintes, car cette lumière est devenue trop souvent un pauvre lumignon éclairant la quête illusoire des vanités.

Ce qui plaît, chez Michel Maffesoli, que l'on pourrait volontiers définir comme un penseur impertinent et donc libre, c’est cette acuité du discernement. Elle l’amène, quel que soit le sujet et à travers le dédale étymologique des mots, simples ou complexes, et une foule de références éminemment choisies, à rechercher non pas la Vérité, celle qui fait rêver parce qu’elle nous échappe, mais l’une ou l’autre de ces vérités qui tournent autour. Faire éclater par l’intelligence la gangue du conformisme clos et des discours bien-pensants, pour laisser paraître le vide fondamental et l’imposture qui les fonde, et ce, au terme d’une analyse percutante et irréfutable. Loin de l’abrutissante litanie des analyses médiatiques, pleines des valeurs de la République et d’un modernisme éculé, son écriture pétille joyeusement. Il dénonce en bloc le psittacisme, ou art du perroquet, des journalistes, l’aveuglement d’un progressisme qui tourne en rond, le machiavélisme pathétique de gouvernements à la dérive, maniant les peurs et les hypocondries pour se maintenir, le délabrement d’une époque moderne en état de momification, la secessio plebis, ou fracture entre le peuple et ses pseudo-élites, sujet tabou par excellence. Il annonce les soulèvements en gestation dans un monde où, selon l’expression de Bergson, le clos a remplacé l’ouvert.

Et c’est bien de cela qu’il est question dans son livre. Conçu à l’origine pour le progrès des âmes, le Grand Orient de France s’est enfermé dans les poncifs du monde actuel. Dès lors, la mouvante tolérance a laissé la place au sectarisme le plus rigide.

Voilà une obédience, une communauté d’initiés, c’est-à-dire de gens qui ont choisi d’explorer ensemble, comme dans l’antique Eleusis, les mystères de la vie et de la mort, les liens entre le visible et l’invisible, et de construire, en maçons et en frères, leur destin individuel. Voilà donc cet ordre initiatique accroché à un monde mourant, devenu une sorte de club où l’on vient chercher les instruments d’une carrière. Et d’où s’en vont les initiés authentiques, ceux qui cherchent les lumières, et où reste tout un monde d’arrivistes qui barbotent.

Michel Maffesoli montre brillamment et sans concession comment tout cela s’est fait et perdure. Il n’est qu’à voir les titres des chapitres : « Wokisme maçonnique », « Gouvernement de boutiquiers », « Le poisson pourrit par la tête », « Abâtardissement »…

Comme l’Église catholique qui a troqué le sacré pour l’esprit pratique et un idéal de kermesse, le Grand Orient est aujourd’hui en déshérence. Il s’est coulé dans un monde moderne intolérant et sectaire, il a abandonné le sacré sans voir que ce monde a de plus en plus - c’est le titre d’un autre de ses livres - la nostalgie du sacré. Le livre de Michel Maffesoli est précisément un appel au respect du sacré : la quête initiatique plutôt que la recherche des vanités. Le poisson a pourri par la tête, dit-il ; c’est aussi l’image de la corruption de l’âme.

Jean-Pierre Pélaez

https://www.bvoltaire.fr/__trashed-14/

vendredi 28 juillet 2023

La Franc-Maçonnerie, par le Général Franco

 

C’est sous le pseudonyme de Jakin Boor que le Général Franco (1892-1975) a fait paraître une série d’articles sur la franc-maçonnerie dans le journal Arriba à partir de 1946. Ces articles ont ensuite été rassemblés en un livre paru en 1952, toujours sous le même pseudonyme, alors que le Général France était le chef d’Etat de l’Espagne. Ce livre n’avait jamais connu jusqu’ici de traduction française et il faut féliciter les éditions Saint-Remi et leur traducteur François Thouvenin d’avoir entrepris ce travail.

Le secret est l’un des moyens que privilégie la franc-maçonnerie pour parvenir à ses fins. Il ne fallait pas lui faciliter la tâche alors que l’Europe sortait à peine de la guerre et que les forces occultes se précipitaient immédiatement pour profiter de la mise en place de l’ONU pour tenter d’affaiblir l’Espagne catholique. C’est pourquoi le Général Franco a tenu à consacrer du temps à démasquer la franc-maçonnerie et ses manigances. Le Caudillo a rappelé que c’est la franc-maçonnerie qui obtint l’expulsion des jésuites, l’un des faits ayant nui le plus au continent américain, c’est la franc-maçonnerie qui a apporté la guerre dans les colonies et qui a fait du dix-neuvième siècle un interminable chapelet de révolutions et de conflits civils, c’est la franc-maçonnerie qui fournit à l’Angleterre la possibilité de mettre en œuvre le démembrement de l’empire hispanique lui faisant de l’ombre. L’Espagne a su, à partir de 1936, extirper de son sol le cancer maçonnique dont elle était rongée, mettant en exergue la trahison des loges espagnoles sous les ordres des super-Etats maçonniques. Dès 1946, l’Espagne fut donc en butte aux fureurs de la secte maçonnique dans le cadre de machinations étrangères que raconte Franco.

Ce livre souligne aussi comment la franc-maçonnerie est majoritaire en Angleterre alors qu’elle reste marginale – mais puissante – sur le continent européen. En Angleterre, la franc-maçonnerie recouvre tout l’éventail social, du Roi à l’ouvrier, en passant par les aristocrates, les commerçants et l’intelligentsia, et comme ses membres appartiennent à l’église protestante, elle se présente sous des apparences chrétiennes, utilisant des pasteurs anglicans pour fomenter des complots. Voilà pourquoi, explique Franco, on ne peut juger les loges anglaises selon les mêmes critères que la maçonnerie continentale.

Le Général Franco évoque également les crimes maçonniques restés impunis car bénéficiant du traitement de magistrats francs-maçons, ainsi que l’influence maçonnique dans le secteur des médias. Et le Général insiste sur le fait que l’Eglise catholique, dans son infinie sagesse, condamne la franc-maçonnerie sans distinction de rite et excommunie tous ses adhérents, mettant ainsi en garde contre le risque de se laisser séduire par des apparences extérieures, notamment présentées comme philanthropiques, alors qu’on ne peut être à la fois catholique et franc-maçon. Le Général Franco met en lumière à de multiples reprises la dimension politique éminemment anticatholique de la franc-maçonnerie.

Précisons encore que les éditions Saint-Remi ont apporté à cette publication un grand soin, proposant un ouvrage cartonné et cousu et une impression sur papier ivoire.

La franc-maçonnerie, Général Francisco Franco, éditions Saint-Remi, 303 pages, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/la-franc-maconnerie-par-le-general-franco/171200/

samedi 8 juillet 2023

« 35 % des parlementaires sont francs-maçons, sommes-nous en démocratie ? » (2/2)

 

Dans cette seconde partie d'entretien, Serge Abad-Gallardo, auteur de Franc-maçonnerie et politique (Artège), dévoile les tractations politiques secrètes permettant de choisir un candidat aux élections ou de faire passer des lois inspirées de l'idéologie progressiste maçonnique...

Iris Bridier. Quelles lois peut-on attribuer à l’influence de la franc-maçonnerie ? 

Serge Abad-Gallardo. Toutes les lois dites sociétales, élaborées et votées depuis la Révolution ! De manière non exhaustive : le divorce et ses divers assouplissements, la crémation, l’avortement, le PACS, le mariage pour tous et bientôt, malheureusement, l’euthanasie (ce que j’avais annoncé dans un précédent livre), la PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires…

I. B. Vous expliquez également qu'elle œuvre pour la promotion de la crémation et de l’androgynie. Pourquoi ? 

S. A.-G. Vous évoquez là un exemple parfait d’insertion de la doctrine maçonnique dans les lois de la République. Et cela, de manière totalement subreptice. Je montre dans le livre que la crémation fut présentée, à l’origine, comme un progrès hygiéniste. Or, il n’en n’est rien. Il s’agit, en réalité, d’une conception issue de la doctrine maçonnique qui considère que le feu est purificateur. Ce caractère purificateur est d’ailleurs présent dans le rituel dès la cérémonie d’initiation à la fin du « troisième voyage ». La franc-maçonnerie considère, sur la base de conceptions alchimistes, que le feu permet la « régénération » et le retour au « Grand Tout ». En fait la crémation, prenant exemple sur le symbole du Phénix, permettrait l’accès à l’immortalité. Il faut remarquer que la loi sur la crémation ne fut en rien une demande sociale. Pour preuve, elle fut votée en 1887 et, cent ans plus tard, la crémation ne concernait, en 1980, que 1 % des obsèques.

S’agissant de l’androgynie, je montre dans le livre comment la théorie du genre est liée à la conception maçonnique de la masculinité et de la féminité. Tout d’abord, au travers du rituel qui attribue aux francs-maçons, selon leur niveau initiatique (apprenti, compagnon, maître), respectivement des caractéristiques féminines, masculines, puis féminines et masculines en forme de synthèse. Puis de certaines conceptions théologiquement erronées, travestissant même les textes bibliques, en vertu desquelles Dieu lui-même serait androgyne ! Tout comme, prétendument, Adam et Ève ! La conclusion de ces approches est que l’être parfait serait seul capable de réintégrer sa « nature divine ».

I. B. Vous écrivez que la franc-maçonnerie est à l’origine du Planning familial et de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité afin de diffuser son idéologie. Quels sont ses autres leviers ? 

S. A.-G. Je l’écris, sur la base de mon expérience personnelle, parfaitement confirmée par des écrits maçonniques. Il s’agit, en l’espèce, du livre de Pierre Simon, ex-grand maître de la Grande Loge de France, De la vie avant toute chose, dans lequel il témoigne de la création du Planning familial par la franc-maçonnerie comme instrument de propagande en vue de légaliser l’avortement. Avec comme objectif futur, à l’époque, l’euthanasie. Ce qui rejoint la théorie de l’androgyne citée plus haut, puisque tout récemment, le Planning familial a diffusé des affiches montrant « un homme enceint », exemple parfait de la théorie du genre dissociant le genre de la nature biologique. De même, je montre que l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) fut créée par un franc-maçon célèbre et homme politique (de gauche, évidemment), Henri Caillavet, afin de diffuser dans le public les idéaux maçonnique concernant l’euthanasie. De nombreuses associations nationales et internationales sont, en réalité, ce qu’un ami historien espagnol appelle des « organisations-écrans » de la franc-maçonnerie. Comme la doctrine et les travaux maçonnique se déroulent dans un temple dont l’accès est interdit aux « profanes », le seul moyen pour la franc-maçonnerie de diffuser ses idéaux, en les travestissant, sont la presse et les « associations-écrans ». Parmi celles-ci, la Ligue des droit de l’homme, la LICRA, la Ligue de l’enseignement, le Club Bilderberg, l’ONU…

I. B. Vous insistez sur le rôle de la Fraternelle parlementaire...

S. A.-G. La Fraternelle parlementaire est un groupe de francs-maçons parlementaires agissant secrètement aux fins d’introduire dans le dispositif législatif national l’idéologie maçonnique. Que l’on ne m’accuse pas de complotisme : ce fut son créateur Henri Caillavet, aidé par le président du Conseil de l’époque, Paul Ramadier, franc-maçon également, qui imagina qu’il fallait, « afin de faire passer en lois les idées réformistes, construire un cheval de Troie ». Selon les dires de l’un de ses ex-présidents, le nombre des parlementaires francs-maçons appartenant à la Fraternelle serait d’environ 35 % du nombre d’élus parlementaires. Selon ce même président, s’il arrive à jouer correctement son rôle, « les députés francs-maçons de droite comme de gauche voteront ensemble ». Je considère que la Fraternelle parlementaire est un véritable scandale et porte atteinte à la démocratie dans la mesure où les élus qui en font partie n’ont pas été élus par les citoyens pour « porter auprès des Assemblées les idéaux élaborés dans les loges » (déclaration de Fred Zeller, ex-grand maître du Grand Orient) mais pour représenter la population. Or, les francs-maçons, en France, représentent 0,34 % des électeurs, alors que le nombre des parlementaires francs-maçons s’élève à 35 % des parlementaires ! Sommes-nous vraiment en démocratie ? La seconde conclusion qui s’impose est que si, comme je le démontre, la franc-maçonnerie est une religion à part entière, la loi de 1905 n’est-elle pas ainsi violée ?

I. B. Quel est le lien entre cette Fraternité parlementaire et l’Élysée ou Matignon ?

S. A.-G. Le lien de la Fraternelle, et au sens plus large de la franc-maçonnerie, avec l’Élysée et avec Matignon est direct. En effet, d’une part, chaque année, les loges produisent un rapport synthétisant l’opinion de la franc-maçonnerie sur des sujets sociétaux, c’est-à-dire politiques. Ce rapport est remis par les instances nationales maçonniques au chef de l’État ainsi qu’au chef du gouvernement et à divers ministres ou élus nationaux qui en font la demande. Que dirait-on si l’Église ou les instances religieuses musulmanes agissaient de la sorte ? Une récente et excellente thèse de doctorat, parfaitement documentée, démontre l’influence politique de la franc-maçonnerie : « Le maçon est amené à influer sur l’élaboration de la norme de deux façons : d’abord à l’Assemblée ou au Sénat, il dispose de l’initiative, ensuite, les maçons élus – notamment- se retrouvent au sein de la Fraternelle parlementaire, une structure privilégiée de l’exercice de l’influence. »

I. B. Vous écrivez qu’en 2017, Marine Le Pen a bénéficié « d’un traitement de faveur » avec le front républicain. Qu’entendez-vous par là ? 

S. A.-G. Lors des élections présidentielles de 2017 et 2022, les sept principales obédiences maçonniques, que je cite dans le livre, ont appelé à voter pour Emmanuel Macron afin que Marine Le Pen soit battue. D’ailleurs, une Fraternelle maçonnique, nommée Camille Desmoulins, destinée à appuyer la candidature d’Emmanuel Macron fut créée spécifiquement par nombre de francs-maçons en soutien de l’actuel Président. C’est pourquoi, comme l'écrivait Raphaël Stainville, « de l’aveu d’un fin connaisseur de la Macronie, le chef de l’État dispose désormais de relais dans chaque obédience ».

I. B. Votre ouvrage met en lumière l’influence qui semble sans limite de la franc-maçonnerie, au détriment de la démocratie. Existe-t-il un moyen de la contrer ? 

S. A.-G. Je ne suis pas politologue. Je ne suis qu’un témoin et un lanceur d’alerte. Ce qui est certain, c’est qu’il est anormal que 0,34 % des électeurs influence l’élaboration et le vote de lois concernant 99,66 % des citoyens simples profanes. Tout se passe comme si la franc-maçonnerie entendait détenir les clefs de la vérité et faire le bonheur de l’humanité bien malgré elle ! L’Angleterre décida, en 1998, de contraindre les juges à déclarer leur qualité de franc-maçon. On se souvient du scandale d’un certain juge du TGI de Nice auquel s’attaqua le procureur Montgolfier. Ce dernier fut curieusement sanctionné ensuite. Sanction, d’ailleurs, ensuite annulée comme infondée juridiquement par les tribunaux ! La solution consisterait sans doute à lever le secret d’appartenance maçonnique. La démocratie, c’est le gouvernement du peuple par le peuple, et non le gouvernement du peuple par une faible minorité d’initiés se considérant comme « plus éclairés » que les « profanes » ! Je n’ai aucune animosité contre les francs-maçons en tant que personnes. Mais je conteste qu’une institution, se prétendant porteuse d’une idéologie illuminée, dirige, sur le fondement de sa doctrine ésotérique, une population prétendument « dans les ténèbres ». À remarquer, pour conclure, que la laïcité ne fut pas inventée par les laïcards et politiques francs-maçons du XIXe siècle, mais par le Christ : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » La franc-maçonnerie, si elle voulait être véritablement laïque, serait très inspirée de rendre au Grand Architecte de l’Univers ce qui appartient au Grand Architecte de l’Univers et de ne plus se mêler de politique !

Iris Bridier

« La franc-maçonnerie est orientée vers une action politique secrète » (1/2)

 

Ancien haut fonctionnaire territorial et ancien vénérable maître franc-maçon, Serge Abad-Gallardo révèle, dans son dernier livre Franc-maçonnerie et politique (Artège), l'influence des loges dans les décisions politiques et les lois, au détriment même de la démocratie et du pouvoir du peuple.

Iris Bridier. Récemment, des membres du GODF et du CESE (Conseil économique, social et environnemental) ont déjeuné ensemble. Qu’est-ce que cela vous inspire ? 

Serge Abad-Gallardo. Le CESE est particulièrement infiltré par la franc-maçonnerie. Ce déjeuner ne me surprend nullement. En effet, selon L’Obs« le CESE est sous l’influence des francs-maçons ». D’autant plus que François Hollande y avait nommé deux « personnalités compétentes » : Daniel Keller et Philippe Guglielmi, tous deux anciens grands maîtres du Grand Orient de France. Par ailleurs, un autre hebdomadaire relevait le poids déterminant de la franc-maçonnerie au sein du CESE : « Dans ce lieu où se mêlent partenaires sociaux, associations, environnementalistes, "personnalités qualifiées" nommées par Matignon, les alliances surprennent. Sans compter le poids de la franc-maçonnerie. » Il semble que 2015 ait été l’année d’une véritable prise en main du CESE par la franc-maçonnerie : « Une page s'est tournée, mardi après-midi, au Conseil économique, social et environnemental (CESE)… surtout avec l'entrée en force des francs-maçons dans les instances. » La franc-maçonnerie est coutumière du fait : elle intègre de nombreuses instances consultatives (ou parfois même décisionnaires) afin de peser politiquement dans le sens d’une mise en œuvre de son idéologie. C’est ce qu’avouait Fred Zeller, ancien grand maître du Grand Orient : « L’influence de la franc-maçonnerie est peut-être plus importante encore que sous la IIIe République. Elle se place à un autre niveau… Il n’y a pas, aujourd’hui, d’association, de groupement, de syndicat dans lesquels les francs-maçons ne se trouvent, aux postes de responsabilité les plus éminents. »

I. B. Vous avez fréquenté une loge de gauche et vous êtes pourtant un fervent lecteur de BV ! Est-ce compatible ?

S. A.-G. À l’époque, j’ignorais totalement la dimension politique de la franc-maçonnerie. J'ai intégré une loge en faisant confiance à un ami qui en faisait partie. Je pensais que la franc-maçonnerie était constituée de personnes cherchant des réponses aux questions existentielles de l’humanité. J’explique dans mon livre comment j’ai découvert progressivement que, si cette dimension ésotérique est déterminante, la franc-maçonnerie est, en réalité, bel et bien orientée vers une action politique secrète. Je dois toutefois préciser que j’utilise le terme générique de "franc-maçonnerie" pour la commodité de l’exposé. En effet, il existe de nombreuses obédiences que l’on peut classer en deux catégories : déistes ou laïques d’une part (le « dieu » de la franc-maçonnerie - le grand architecte de l’Univers - n’est en rien le Dieu des catholiques), et politiques ou apolitiques d’autre part. Mais seule la Grande Loge nationale française (scindée, aujourd’hui, en Grande Loge de l’Alliance maçonnique française et Grande Loge nationale française) et la Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra (qui en est une émanation) sont bien moins politisées et se disent spiritualistes. À l’exception de ces trois obédiences, toutes les autres ont investi le champ politique. Toutefois, même les membres des trois obédiences citées sont impliquées dans certaines actions politiques.

I. B. La franc-maçonnerie est-elle de gauche ou de droite ?

S. A.-G. Elle est constituée d’obédiences de gauche et de droite. Je ne considère ici que les obédiences ayant plus de 5.000 membres. Les autres sont plutôt anecdotiques. Par exemple, peuvent être classées à gauche ou au centre gauche le Grand Orient, le Droit humain, la Grande Loge féminine de France. Peuvent être classées à « droite » la Grande Loge de France, la Grande Loge nationale française, la Grande Loge de l’Alliance maçonnique française. Je note « droite » avec des guillemets car, en réalité, qu’elles se placent à gauche ou à « droite », les options politiques de la franc-maçonnerie s’inscrivent dans une conception progressiste, fondamentalement réformiste. En fait, il s’agit d’une « droite » plus proche des idéaux de Valery Giscard d’Estaing ou de Jacques Chirac que d’Éric Zemmour. En quelque sorte, une « droite » qui veut s’affirmer comme telle mais qui agit au centre ou au centre gauche.

I. B. Pourquoi avez-vous quitté votre loge, et est-ce simple d’en sortir ? 

S. A.-G. Il est aisé, d’un point de vue administratif, de quitter la franc-maçonnerie. Une simple lettre de démission suffit, suivie d’une rencontre avec des membres de la loge (éventuellement appartenant aux hauts grades, comme ce fut mon cas, si l’on en fait partie) afin d’évaluer les motivations de la démission. Mais c’est sur le plan pratique que les choses sont plus compliquées. La plupart des francs-maçons et franc-maçonnes, y compris ceux avec qui j’avais des liens d’amitié profonde, ne me saluent plus dans la rue. Comme, durant des décennies, on finit par n’avoir que des amis francs-maçons, on perd quasiment tous ses amis. Par ailleurs, on perd, en cas de démission, toute possibilité d’intervention de « frères » ou « sœurs » dans la gestion de dossiers administratifs. Appartenir à la franc-maçonnerie permet aisément de faire placer un dossier « en haut de la pile » dans une administration où il se trouve toujours un « frère » ou une « sœur » permettant une aide bienveillante, voire un passe-droit. Cela se gâte quand, comme dans mon cas, l’ancien franc-maçon écrit ou donne des conférences et interviews. J’ai souvent reçu des menaces ou des insultes. La franc-maçonnerie n’aime pas que l’on parle d’elle. Sa tolérance est à géométrie variable car elle ne tolère que les idées qui s’expriment en proximité avec sa doxa progressiste. J’ai même été publiquement traité d’intégriste religieux par un franc-maçon narbonnais du Grand Orient qui ne s’apercevait pas de son propre intégrisme ni de son absence de tolérance.

I. B. On imagine la franc-maçonnerie comme une société secrète humaniste. Pourtant, à vous lire, on comprend que son champ d’action dépasse largement celui de la réflexion philosophique pour impacter de manière très concrète la politique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

S. A.-G. En réalité, la franc-maçonnerie est une organisation réellement politique sous couverture ésotérique. Dans mon livre, je démontre comment les idéaux politiques de la franc-maçonnerie sont issus de sa doctrine ésotérique. Ce qui n’est pas surprenant : nous savons depuis Aristote que la philosophie est le substrat de la politique. Autrement dit, que la politique n’est rien d’autre que la mise en œuvre d’idéaux, voire, ce qui est plus pernicieux dans le cas de la franc maçonnerie, d’une idéologie secrète. La franc-maçonnerie est persuadée que ses utopies doivent être réalisées au sein de la société. Je démontre cela dans le livre par divers textes authentiquement maçonniques ou des extraits de convents (assemblée générale nationale annuelle). Ce faisant, la franc-maçonnerie procède par une inversion totale des concepts, partant d’un contresens. Comme la plupart des progrès humains ont constitué des bouleversements, voire des ruptures, la franc-maçonnerie a tendance à considérer que toute rupture avec une situation établie est un progrès. Son erreur est d’autant plus fondamentale que la franc-maçonnerie ne s’appuie sur aucune morale transcendante et estime qu’elle détient seule la clé du bien et du mal, voire, puisqu’elle prône le relativisme, qu’il n’existe ni bien ni mal ! Je montre dans mon livre que le titulaire du 30e degré (tout comme le maître (3e degré) définit ontologiquement le bien et le mal. Cela est d’autant plus dangereux que la franc-maçonnerie est persuadée de faire partie du camp du bien et d'être la seule instance à pouvoir œuvrer au bonheur de l’humanité. Or, on s’aperçoit que ce « bonheur » est toujours fondé sur une transgression.

Suite de cet entretien demain...

Iris Bridier