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mercredi 17 juillet 2024

20 juin 451 : la bataille des champs Catalauniques ou le crépuscule d’un empire

 

©National Library of the Netherlands
©National Library of the Netherlands
Le 20 juin 451, sur les plaines de la Marne, s’est joué le destin de la Gaule. Au crépuscule du règne de l'Empire romain d’Occident, les peuples se sont unis afin de lutter contre un adversaire commun dont le nom était synonyme de terreur : Attila, fléau de Dieu.

Un monde romain fragilisé et menacé

Au milieu du Ve siècle après Jésus-Christ, l’Empire romain d’Occident est encore en place. Cependant, pendant les dernières décennies, il dut subir les nombreuses invasions des peuples barbares le long de ses frontières. Si certaines furent repoussées, d’autres furent négociées et acceptées en échange d’une participation militaire des envahisseurs à la défense du territoire romain. Ce procédé fut officialisé par la signature de plusieurs fœdus, désignant des traités d’alliances entre Rome et des peuples alliés. Parmi ces derniers, on compte principalement, au Ve siècle, les Vandales, les Wisigoths ou encore les Francs Saliens. Tous ont fui, des décennies plus tôt, vers l’ouest afin d’échapper à une nouvelle puissance émergente à l’est qui les menaçait : les Huns.

Ces nomades venus d’Asie ont réussi à imposer leur domination de la Germanie à la mer Caspienne et menacent désormais les empires romains. Celui d’Orient se voit même obligé de verser, chaque année, un tribut afin de ne pas être envahi, voire détruit. Enhardis par leurs nombreuses conquêtes, en 451, le regard des Huns et de leur chef Attila se porte désormais sur la Gaule.

« Là où il passait, l’herbe ne repoussait pas »

Fort d’une puissante armée de cavaliers et soutenu par les guerriers des peuples soumis comme les Ostrogoths ou les Gépides, dont le nombre total varie entre 30.000 et 100.000 hommes, Attila franchit le Rhin au printemps 451. Ne rencontrant pas de véritable opposition organisée, le chef des Huns décide de diviser son armée. Son aile gauche se dirigera vers la Moselle, son centre vers Paris et Orléans et son aile droite vers Arras. S’ensuivent ainsi pillages et carnages après le passage d’Attila dont le chroniqueur médiéval Grégoire de Tours disait que « là où il passait, l’herbe ne repoussait pas ».

Cependant, au mois de mai, il fait sonner la retraite et la fin des sièges entamés notamment à Orléans. Toutes les armées ont pour ordre immédiat de se retirer en Gaule Belgique, non loin de Châlons-sur-Marne, afin de se rassembler. En effet, Rome arrive avec ses troupes dirigées par le général Flavius Aetius. Ce dernier a réussi à fédérer les peuples Wisigoths, Alains, Francs et Burgondes à sa cause, et celle de l’Empire romain d’Occident. Avec ses 50.000 soldats, le commandant romain a bien pour objectif d’en finir avec son vieil ennemi qu’il connaît depuis l’enfance.

Vaincre ou périr

Le 20 juin, les deux armées se regroupent sur les champs Catalauniques afin de mieux se détruire. Attila se place au centre de son armée tandis qu’il confie son aile gauche à Ardaric, chef des Gépides, et son aile droite à Valamir, roi des Ostrogoths. Face à eux, Aetius décide de se placer à son aile droite avec les Francs et les Burgondes, tandis que les Wisigoths, menés par leur roi Théodoric, se placent à gauche. Le centre est laissé aux Alains et leur roi Sagiban.

Les hostilités commencent par un affrontement entre les deux peuples Goths qui se disputent les hauteurs. Attila détache quelques contingents de son aile droite pour soutenir son « allié », mais en profite aussi pour attaquer les Alains face à lui qui réussissent malgré tout à résister efficacement. Aetius profite que son adversaire soit retenu pour enfoncer son aile droite affaiblie, puis de tenter d’encercler Attila avec l’aide de Théodoric. Le chef des Huns, voyant le piège qui se referme sur lui, ordonne la retraite immédiate de ses troupes. Aetius refuse de le poursuivre en raison des nombreuses divisions et querelles qui menacent la cohésion de son propre camp. Il laisse ainsi son ennemi mortel repartir vers ses contrées orientales où il décédera en 453, sans jamais tenter à nouveau d’envahir l’Occident.

Au terme de cette bataille, la Gaule est sauvée. Cependant, l’Empire romain d’Occident sort affaibli de cette guerre qui entérine le fait que Rome n’est plus capable d’assurer à elle seule la sécurité et la défense de son territoire. Ainsi dans son livre Les 100 plus grandes batailles de l’Histoire (Place des victoires), Paolo Cau, spécialiste de l'Histoire militaire, note que dans « ce qui est peut-être la première grande bataille européenne post-romaine […] la légion de la tradition militaire romaine n'est plus qu'un souvenir ». Cependant, de cet événement émerge, en 457, du peuple des Francs une nouvelle dynastie par l’avènement d’un nouveau roi : Childéric Ier, père de Clovis et enfant supposé de Mérovée. De ce sang mérovingien seront ainsi érigées les fondations de notre pays qui porte à jamais le nom du peuple franc.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/20-juin-451-la-bataille-des-champs-catalauniques-ou-le-crepuscule-dun-empire/

vendredi 1 mars 2024

La bataille des champs Catalauniques (20 juin 451)

 Auteur : Aetius

Au cours de l’été 451 apr. J.-C. s’opposent aux champs Catalauniques deux coalitions hétéroclites, l’une emmenée par le patrice Aetius, l’autre par Attila roi des Huns. La date de la bataille est incertaine (peut-être septembre), le lieu l’est également.

Les Huns sont un peuple originaire d’Asie, proto-turc avec des composantes de type mongol (un quart selon l’historien Walter Pohl), qui fait son apparition en Europe orientale au IIIe siècle. En 375, les Huns traversent le Don, détruisent l’empire alain des rives de la Caspienne et repoussent vers l’Ouest tous leurs ennemis par la terreur qu’ils inspirent. Attila naît en 395 et est élevé à la cour de Constantinople. Adulte, il retourne dans la vallée du Danube où il gouverne son royaume avec son frère Bléda de 434 (mort de son oncle Ruga) à 445 (assassinat de Bléda). En 446, toutes les tribus des Huns sont rassemblées sous son commandement.

I. Les raids sur l’Empire romain (441-451)

Attiré par les richesses de l’Empire romain d’Orient qu’il connaît bien, Attila l’attaque à deux reprises (441-443 et 447-449) jusqu’à mettre le siège devant Constantinople. L’empereur d’Orient Théodose II achète la paix en lui versant d’énormes tributs. Le roi des Huns se tourne alors vers l’Occident et demande la main d’Honoria, sœur de l’empereur d’Occident Valentinien III, prétexte pour attaquer l’Empire (réclamation d’une dot). Il espère s’y approprier de larges territoires dont l’Aquitaine wisigothique. Il peut compter sur quelques alliés, dont les Vandales.

Attila passe le Rhin début avril 451 avec une armée d’environ 200.000 hommes (de toutes origines). Il parvient sans difficulté jusqu’à Metz qu’il assiège et détruit la veille de Pâques (7 avril), massacrant tous ses habitants. Parcourant la Champagne, il s’en prend à Reims, Saint-Quentin et Laon. Les Gallo-Romains pensent que le chef des Huns va se diriger vers Lutèce, riche ville de 2000 habitants, mais, apprenant qu’elle est bien défendue (les Lutéciens sont galvanisés par Geneviève qui les exhorte à ne pas quitter la ville mais au contraire à s’armer et la fortifier), il s’en détourne pour Orléans, point de passage obligé pour traverser la Loire.

L’évêque d’Orléans, Aignan, ancien militaire, quitte la ville avant le siège pour implorer l’aide du généralissime romain Aetius à Arles. Consul en 432 et patrice (titre honorifique) en 433, Aetius dispose d’un pouvoir important à Ravenne auprès de l’empereur d’Occident et il connaît bien les Huns pour avoir été dans sa jeunesse otage à la cour du roi hun. Devenu officier romain, il en a recruté à plusieurs reprises dans son armée pour leur courage. Celui-ci demande à Aignan de pratiquer une résistance à outrance jusqu’à son arrivée fixée au 14 juin 451. De retour dans sa cité, l’évêque galvanise ses habitants, leur fait chanter des psaumes et organise la défense. Les Huns, qui possèdent des machines de siège (capturées aux Romains ou construites à l’aide de transfuges romains), lancent plusieurs assauts et finissent par crever la muraille.

Alors que la ville s’apprête à tomber, les habitants voient au loin arriver l’armée de secours commandée par Aetius englobant entres autres les Wisigoths de Théodoric Ier, les Alains de Sangiban, les Burgondes de Gondioc et les Francs saliens de Mérovée (incertain), des Armoricains et des Bretons. En apprenant l’arrivée de l’armée de secours, l’évêque dit « C’est le secours du Seigneur » (Grégoire de Tours, II, 7). Les Huns sont contraints de lever le siège et de se replier. Cette délivrance qui paraît miraculeuse en rappelle une autre, celle de Jeanne d’Arc en 1429. A la mi-juin, les Huns installés au Campus Mauriacus, près de Troyes, sont rattrapés par les troupes d’Aetius.

II. La bataille des champs Catalauniques

Le déroulement de la bataille nous est connu par l’historien goth Jordanès (de langue latine), qui écrit un siècle après les faits mais qui semble avoir eu à sa disposition des documents fiables. La plaine où s’est déroulée le combat fut appelée « champs Catalauniques », nom qui vient probablement de catalauni (« chefs de guerre ») du gaulois catu, « combat », et de uellaunos, « chef ».

Attila, tout comme Aetius, commande une vaste coalition de Germaniques (il est entouré d’une « tourbe de rois » selon l’expression de Jordanès), où les Ostrogoths de Valamir sont les plus nombreux. Sont présents les Gépides d’Ardaric, les Hérules, les Alamans, les Suèves, les Skires, les Ruges, les Bructères, les Francs ripuaires et les Thuringiens. Les Romains et les Huns sont minoritaires au sein des deux coalitions.

Le nombre de combattants n’est pas connu. Jordanès en attribue 500.000 à Attila, ce qui est invraisemblable compte tenu des moyens logistiques. Les historiens militaires s’accordent autour de 25.000 à 50.000 hommes pour chacune des deux armées, ce qui reste énorme pour l’époque. Selon Jordanès, Attila inquiet consulte ses chamans avant la bataille, lesquels lui annoncent sa propre défaite mais aussi la mort du chef ennemi. Néanmoins, « Attila estima que la mort d’Aetius était souhaitable même au prix de sa défaite. » (Getica, XXXVII, 134-196).

Le matin du 20 juin, Attila décide de se mettre au centre du dispositif. A sa droite sont placés les Ostrogoths et à sa gauche les Gépides et les autres peuples germaniques. De l’autre côté, Aetius met au centre les Alains de Sangiban dont il se méfie, à droite les Wisigoths et les Francs saliens. Le général romain se place à gauche. Son plan consiste à tourner l’ennemi par son aile droite (les Wisigoths).

La nuit même avant la bataille, les Francs rencontrent une armée gépide fidèle à Attila ; l’affrontement qui s’en suit (dans l’obscurité) met hors de combat plusieurs milliers d’hommes de chaque côté.

Le 20 juin en début d’après-midi débute la véritable bataille. Les Wisigoths affrontent et taillent en pièces les Ostrogoths, mais leur roi Théodoric est tué au cours du combat, soit en tombant de cheval, soit en recevant un javelot lancé par Andag, chef ostrogoth. Les Romains et les Francs saliens d’Aetius attaquent les Francs ripuaires, les Thuringiens, les Suèves et quelques Burgondes ralliés à Attila. Les Huns, au centre de la bataille, lancent une violente charge de cavalerie mais se heurtent aux cavaliers alains qui leur tiennent tête. Habitués aux attaques fulgurantes, les cavaliers huns sont peu habitués à soutenir une pression continue de la part de l’ennemi. Les Wisigoths se portant vers les Huns (conformément au plan d’Aetius) forcent Attila à reculer jusque dans son camp circulaire de chariots, alors que la nuit tombe. La prédiction des chamans d’Attila se révèle juste, mais c’est Théodoric qui a perdu la vie, et non Aetius comme le pensait le chef hun.

Le lendemain, les Huns dans leur camp se tiennent prêts à se battre, se préparant à subir un siège. Attila aurait fait élever un bûcher composé de selles de chevaux dans lequel il se tenait prêt à se jeter en cas de défaite. Les Wisigoths cherchent le corps de leur roi. « Ils le trouvent au milieu de très nombreux cadavres, et, l’ayant honoré par des chants, ils l’enlèvent sous les yeux de l’ennemi. Vous eussiez vu des troupes de Goths dans le fracas de leurs voix discordantes qui, alors que la guerre faisait toujours rage, étaient venus rendre les honneurs funèbres » (XLI, 214). Après avoir entrechoqué leurs armes, ils proclament Thorismond, frère de Théodoric, roi.

Aetius et Thorismond décident de ne pas pousser plus loin leur avantage pour des raisons stratégiques. Aetius pense que si les Huns sont éliminés, l’Empire romain d’Occident va passer sous la coupe des Wisigoths (il voit dans les Huns un contrepoids aux Wisigoths). Au contraire, Thorismond se dit que si les Huns sont écrasés, l’Empire va se retrouver fortifié par l’afflux d’un grand nombre de mercenaires Huns. Aucun des deux hommes ne voyant son intérêt dans l’anéantissement des Huns, et le mythe de l’invincibilité d’Attila ayant volé en éclats, l’alliance de circonstance entre Romains, Wisigoths et Alains se brise et Thorismond part pour Toulouse (l’année suivante, les Wisigoths de Thorismond écrasent leurs anciens frères d’armes, les Alains de Sangiban !). Attila peut battre en retraite tranquillement ; il passe le Rhin avec le prestigieux évêque Loup comme otage, pour ne pas être attaqué.

III. Les derniers feux d’Attila (452-453)

Attila ne revient plus en Gaule, mais ses forces restent suffisamment importantes pour attaquer l’Italie. Après avoir réorganisé ses forces, il descend la péninsule italienne en 452, rase Aquilée (une partie de ses habitants iront se réfugier sur des îlots au Sud, formant l’embryon de la future Venise), pille Milan, Padoue, Vérone et Pavie. Aetius laisse à leur sort les villes du Nord et se réfugie à Rome avec l’empereur ; son projet était de quitter l’Italie avec Valentinien III mais le Sénat s’y est opposé. L’empereur d’Orient Marcien, successeur de Théodose II, apporte son aide en attaquant les Huns du Danube, ouvrant en cela un deuxième front, et en envoyant des auxiliaires en Italie.

L’armée des Huns est affaiblie par la chaleur, les exhalaisons et moustiques des marais d’Aquilée, le manque de vivres (famine de 451), la dysenterie. Alors qu’il marche sur Rome, ville très bien fortifiée, le pape Léon le Grand, ami d’Aetius, se porte à sa rencontre. Au cours d’une entrevue dont le contenu est resté secret, le pape parvient à convaincre le chef hun de se détourner de l’Italie pour retourner en Pannonie.

Le « fléau de Dieu » décède en 453, le soir de ses noces avec une princesse burgonde, des suites d’une hémorragie selon Jordanès. La coalition disparaît avec son chef, ses composantes ne parvenant pas à s’entendre et s’entre-déchirant. Une partie des Huns se dirige vers l’Est, dans la région de la Volga. Ils ne représenteront plus de menace sérieuse. Quant à Aetius, il ne survit qu’un an à son ancien ennemi, l’empereur Valentinien III, ayant peur pour son trône et jaloux de sa gloire, le faisant assassiner en 454.

Sources :
CHAUTARD, Sophie. Les grandes batailles de l’Histoire. Studyrama, 2010.
ROUCHE, Michel. Attila, la violence nomade. Fayard, 2009.

https://www.fdesouche.com/2011/10/16/desouche-histoire-la-bataille-des-champs-catalauniques-20-juin-451/

dimanche 4 avril 2021

Aetius et la bataille des Champs catalauniques (20 septembre 451)

  

Aetius et la bataille des Champs catalauniques (20 septembre 451)

En 451, Gallo-Romains, Wisigoths, Armoricains, Burgondes et Germains s’unissent sous la direction du consul Aetius pour défaire les Huns aux Champs catalauniques. Cette histoire, présente dans la mémoire germanique avec la légende des Nibelungen, a inspiré Wagner pour sa Tétralogie. Côté français, nous avons la belle figure de Sainte Geneviève, réincarnation chrétienne de la déesse guerrière Athéna, figure tutélaire de Paris, dont la statue s’élève encore à la pointe de l’Île de la Cité.

Le contexte

Nous sommes au début de la seconde moitié du Ve siècle de notre ère. L’autorité de l’Empire romain en Occident est de plus en plus contestée. Le territoire des Gaules en particulier n’est plus défendu exclusivement par des Gallo–Romains mais bien plutôt par leurs alliés, les peuples « barbares », essentiellement des peuples germains venus de l’est de l’Europe, dont les incursions sur le territoire impérial remontent au IIIe siècle de notre ère et déboucheront sur de véritables invasions aux IVe et Ve siècles. Mais les Romains ont trouvé le moyen de profiter de ces nouveaux arrivants qui représentent un formidable potentiel militaire, en leur offrant le statut de fédérés (du latin foedus qui veut dire alliance ou pacte). Ceci consiste à offrir à ces peuples une terre où s’installer en échange de la responsabilité de l’administrer et de la protéger au nom de l’Empire. C’est ainsi que se sont installés les Wisigoths dont le royaume couvre le quart sud-ouest de l’actuel territoire français, les Burgondes autour de la région de l’actuelle ville de Lyon ou encore les Francs saliens qui, par le biais de plusieurs petits royaumes fédérés, contrôlent les provinces rhénanes et belges. Ces peuples ont en commun de demeurer globalement fidèles à l’Empire, nombre de rois fédérés ayant souvent mené une carrière d’officier dans l’armée impériale.

Mais d’autres peuples sont attirés par l’Europe occidentale et ses richesses. Ainsi, les Huns, nomades surgissant des steppes d’Asie centrale, chassent devant eux les peuples germaniques qui sont donc incités à leur tour à trouver leur salut plus à l’ouest. Sous la direction d’Attila, le plus puissant de leur roi, les Huns franchissent le Rhin au printemps de l’an 451, ravagent la Gaule du nord-est et pénètrent jusqu’à Orléans. Mais le général romain Aetius rassemble une armée pour se porter au secours de la cité assiégée et rattrape l’armée d’Attila en un point qui correspondrait au site de l’actuelle ville de Troyes.

Aetius a rassemblé une coalition assez disparate puisqu’elle réunit essentiellement, outre des troupes gallo-romaines, un contingent wisigoth sous le commandement de leur roi Théodoric, un autre de Burgondes avec leur roi Gondioc et d’autres contingents parmi lesquels des Francs saliens, des Alains (Sangiban, leur roi, a été contraint par Aetius d’honorer son traité d’alliance avec Rome), des Armoricains, des Saxons et des Sarmates.

Un général qui n’a pas grand-chose de romain…

Le Ve siècle consacre, dans l’Histoire, le passage de la Gaule romaine à la Gaule franque de Clovis. Cette évolution se caractérise par un affaiblissement constant de l’autorité impériale en Occident (certaines provinces comme la Bretagne sont purement et simplement abandonnées à leur sort) mais aussi, et a contrario, par une survivance de l’idée de romanitas, c’est-à-dire de l’ensemble des valeurs (virtus, dignitas, pietas), concepts politiques (l’État doit être dirigé par les plus méritants et non seulement par leurs héritiers) et modes de vie (usage du latin notamment), qui fondent la citoyenneté romaine.

Ceci aboutit à ce que, dans l’Empire romain d’Occident du Ve siècle, le représentant du pouvoir impérial, le préfet du prétoire et son prolongement militaire, le magister militum per Gallias sont bien souvent d’ex-barbares romanisés qui bénéficient néanmoins du soutien de la noblesse sénatoriale gallo-romaine, y compris parfois contre le pouvoir central de l’empereur. Finalement, ces Gallo-Romains germanisés s’appuyant sur des troupes majoritairement germaniques défendent mieux l’héritage de Rome que les habitants de l’Urbs eux-mêmes, trop inféodés au véritable culte personnel que se vouent les empereurs romains à partir du IVe siècle.

Ainsi en est-il d’Aetius qui a été magister militum de 426 à 429 ap. JC puis consul en 432 et patrice (titres essentiellement honorifiques) en 433. On sait qu’Aetius dispose d’une influence importante à Ravenne auprès de l’empereur d’Occident et qu’il connaît bien les Huns pour avoir été dans sa jeunesse otage à la cour de leur roi. Devenu officier romain, il en a même recruté à plusieurs reprises dans son armée. Mais à l’été 451, Aetius va devoir affronter ses anciens alliés.

La bataille

Le déroulement de la bataille nous est connu par l’historien goth Jordanès, dont le récit date d’un siècle après les faits.

Les deux armées qui se font face sont essentiellement composées de Germains.

D’un côté, on trouve Attila qui commande une coalition où les Ostrogoths de Valamir sont les plus nombreux, mais où sont aussi présents les Gépides d’Ardaric, les Hérules, les Alamans, les Suèves, les Skires, les Ruges, les Bructères, les Francs ripuaires et les Thuringiens.

De l’autre, on trouve Aetius et ses alliés wisigoths, burgondes et francs essentiellement.

On estime que les deux armées regroupent aux alentours de 50 000 hommes chacune mais les historiens s’accordent pour reconnaître que la supériorité numérique était du côté de l’armée des Huns.

Au matin du 20 juin, Attila décide de se mettre au centre, entouré sur sa droite des Ostrogoths et sur sa gauche des Gépides et des autres peuples germaniques. Face à lui, Aetius commande l’aile gauche tandis qu’il a confié son aile droite aux Wisigoths et laissé les Alains à la fidélité douteuse au centre de son dispositif.

La nuit même avant la bataille, la tension est déjà montée d’un cran puisque les Francs d’Aetius ont rencontré et défait une armée gépide fidèle à Attila non loin du champ de bataille.

En début d’après-midi débute véritablement la bataille. Comme prévu, la cavalerie hunnique charge et met en déroute la cavalerie burgonde tandis que, sur le flanc droit, les Wisigoths mettent à mal les rangs de leurs cousins ostrogoths, perdant néanmoins leur roi Théodoric dans le combat. C’est le sang-froid et la patience d’Aetius, ainsi que la discipline de ses troupes, qui vont finalement faire la différence. En effet, Aetius sait pouvoir compter sur son infanterie, mieux et plus lourdement équipée, pour supporter le poids des redoutables charges de cavalerie ennemie. Lentement, l’infanterie romaine et franque, flanquée de la cavalerie wisigothe, fait reculer les Huns vers le camp qu’Attila a fait constituer en disposant ses chariots en cercle, selon la tradition des steppes.

Le lendemain, Aetius ne tente pas de forcer le camp retranché car ni lui, ni ses alliés de circonstance wisigoths n’ont réellement intérêt à voir la menace hunnique définitivement éradiquée. Attila profite de ces atermoiements pour faire retraite et emporter au-delà du Rhin le butin amassé au cours de son raid.

Ce qu’il faut retenir

Cette bataille aura un retentissement qui dépasse de loin sa faible portée stratégique.

Le mythe de l’invincibilité de l’armée d’Attila a vécu sans que cela dissuade toutefois ces barbares de s’attaquer à l’Empire. Dès l’année suivante, c’est en Italie du Nord qu’Attila mène sa horde avec succès.

Mais les peuples germains installés en Gaule ont démontré qu’ils étaient le seul rempart sérieux face aux menaces qui pèsent sur l’Empire romain d’Occident.

Enfin, Aetius s’est acquis un grand prestige par sa capacité à unir les forces de différents peuples et à les diriger pour vaincre un ennemi supérieur en nombre. Cette renommée aura cependant de funestes conséquences puisqu’elle lui vaudra d’être assassiné de la main même de l’empereur Valentinien en septembre 454.

Nicolas L. — Promotion Marc Aurèle

https://institut-iliade.com/aetius-attila-champs-catalauniques-451/

mercredi 24 février 2021

La Petite Histoire : Geneviève, la sainte qui a sauvé Paris des Huns

 En 451, alors que les Huns menés par le terrible Attila ravagent la Gaule, les Parisiens n’ont qu’une idée en tête : fuir leur cité au plus vite. Mais parmi eux, une voix s’élève, celle de sainte Geneviève, qui les exhorte à ne pas abandonner la ville aux barbares. Pendant des jours, elle s’adonne au jeûne et à la prière afin d’enjoindre le seigneur à sauver Paris. À la stupéfaction générale, les Huns détourneront leur route et se dirigeront vers la Loire, épargnant ainsi la future capitale. Un miracle, diront certains, qui vaudra entre bien d’autres faits à Geneviève de devenir la sainte protectrice de Paris.

jeudi 26 novembre 2020

ATTILA, UN BARBARE CIVILISÉ

 Nul n’a engendré autant de clichés que le roi des Huns. Une historienne montre aujourd’hui que le chef nomade, tout en combattant l’Empire romain d’Orient ou celui d’Occident, devait beaucoup à Constantinople et à Rome.

     Attila ? Le sauvage venu des confins du monde, l’envahisseur sanguinaire dont le passage du cheval empêche l’herbe de repousser. Jusqu’aux années 1960, les manuels scolaires unanimes reprennent l’image d’Epinal, lointain héritage de la chevauchée guerrière qui, au milieu du Ve siècle, mena « le fléau de Dieu » jusqu’à la Loire. C’est d’ailleurs au haut Moyen Age que « la hantise de l’Autre, barbare et cruel, s’est cristallisée autour de la figure du roi des Huns », explique Edina Bozoky *. Maître de conférences en histoire médiévale à l’université de Poitiers, cette chercheuse est d’origine hongroise. Or, dans le pays de ses aïeux, Attila est un héros national dont le nom, aujourd’hui encore, est un prénom populaire.

     Cet hiatus entre la vision du personnage en France et en Hongrie a incité l’historienne à écrire un livre passionnant. S’appuyant sur une lecture nouvelle des sources et sur l’examen des restes archéologiques, l’auteur donne de la figure d’Attila et de la culture des Huns une interprétation qui bouscule les clichés.

     Vers l’an 370 de notre ère, les Huns franchissent la Volga, à l’est de laquelle ils vivaient jusque-là, occupent le territoire des Alains, puis s’attaquent aux Goths, entre le Don et le Danube. Si les Ostrogoths se soumettent, les Wisigoths fuient, tout comme les Vandales, les Suèves, les Burgondes ou les Alamans. C’est donc sous la pression des Huns que les peuples barbares se mettent en branle, au début du Ve siècle, déferlant sur l’Empire romain. Un empire qui, au gré des circonstances, les repousse ou leur fait place. Or, ce que montre l’ouvrage d’Edina Bozoky, c’est que les Huns n’étaient pas pires que les autres.

     Avant Attila, l’empire hunnique recouvre un immense domaine aux frontières variables, où les peuples dominés sont plus ou moins autonomes. Entre Huns et Romains, entre 400 et 450, les rapports peuvent être cordiaux, les Romains utilisant parfois les Huns comme mercenaires contre les Germains. Eleveurs de bovins et de chevaux, artisans habiles, ces pasteurs-guerriers, nomades à l’origine, sont en voie de sédentarisation. Ils restent cependant des cavaliers exceptionnels et des combattants redoutables, forts de leur maîtrise de la combinaison entre l’arc, la selle et l’étrier.

Des compagnons d’origine grecque ou romaine

Né vers 395, Attila est un neveu du roi Ruga. En 434, à la mort de celui-ci, le pouvoir passe à Bleda, le frère d’Attila, qui est associé au gouvernement. Avec l’Empire romain d’Orient, les deux frères négocient d’importants traités. Une politique que poursuit Attila après qu’il a éliminé son frère, vers 444 ou 445.

Grâce au témoignage de Priscos, un ambassadeur de Constantinople, venu rendre visite au nouveau roi, en 449, nous possédons son portrait : petit, vigoureux, Attila est de type mongol. L’ambassadeur a aussi laissé une description de la cour des Huns, établie quelque part au-delà du Danube. Certaines de ses caractéristiques ont émerveillé l’envoyé de Constantinople, observe Edina Bozoky, car elles rapprochaient le monde hunnique de la civilisation romaine. Attila parlait le hunnique, apparenté aux langues turques, mais aussi la langue des Goths, le grec et le latin. Il possédait par ailleurs de nombreux compagnons d’origine grecque ou romaine.

     Attila règne alors sur un territoire qui s’étend de la Pannonie, l’ouest de l’actuelle Hongrie, à la mer Caspienne. Par deux fois (441-443 et 447-449), il envahit l’empire d’Orient auquel il impose des tributs considérables. En 450, après la mort de Théodose II, le nouvel empereur, Marcien, ne veut plus s’en acquitter. Le roi des Huns se tourne par conséquent vers l’Empire romain d’Occident. Honoria, la soeur de l’empereur Valentinien III, écartée du pouvoir, cherche d’ailleurs son appui, au point de lui envoyer un anneau de fiançailles. Mais l’entourage de la princesse s’oppose à ce projet. Attila en tire prétexte, en 451, pour lancer une expédition punitive contre l’empire d’Occident.

     C’est cette campagne qui a marqué l’imaginaire occidental, installant durablement la légende d’Attila, le féroce barbare. Cologne, Metz (ville incendiée le 7 avril), Reims, Paris (qui résiste sous l’impulsion de sainte Geneviève), Orléans : pendant quelques semaines, Attila et ses troupes sèment la désolation. C’est seulement fin juin, alors que les Huns sont sur le chemin du retour, que l’armée romaine, dirigée par Aetius et alliée aux Wisigoths, aux Burgondes et aux Francs, contre-attaque. Au cours de l’été ou de l’automne 451, la célèbre bataille des champs Catalauniques, qui s’est probablement déroulée à quelques kilomètres de Troyes, est un échec pour Attila. Mais si ce dernier poursuit son repli, il n’a pas perdu le gros de ses forces. L’année suivante, le roi des Huns mène donc une nouvelle campagne en Italie où, arrêté par une ambassade du pape, il épargne Rome.

Chaque époque possède son Attila

Encore l’année suivante (453), il prépare une nouvelle expédition, contre l’empire d’Orient, cette fois. Au cours de sa nuit de noces avec une des multiples épouses qu’il aura eues, Attila trouve cependant une mort sans gloire, étouffé par une hémorragie nasale.
     De ce guerrier qui n’était au fond pas plus barbare que d’autres, et peut-être moins, la légende fera le monstre que l’on sait. La littérature (du Chant des Nibelungen à la tragédie de Corneille), la peinture (de Raphaël à Delacroix), la musique (l’opéra de Verdi) ou le cinéma (Anthony Quinn, 1954) prolongeront le mythe. « Chaque époque, chaque pays se fabrique un Attila à son image », souligne Edina Bozoky. Et pour nous, aujourd’hui, qui est donc Attila ?

Jean Sévillia

Attila et les Huns. Vérités et légendes, d’Edina Bozoky, Perrin.

https://www.jeansevillia.com/2015/04/11/attila-un-barbare-civilise/

mardi 13 octobre 2020

Attila ou le complexe de supériorité

 

Attila ou le complexe de supériorité.jpegDans une biographie de haute volée, Michel Rouche nous fait revivre l'affrontement entre deux civilisations un empire romain décadent et un peuple nomade dirigé par un certain Attila.

Attila ? Le nom fait frémir et nous renvoie aux incursions barbares décrites dans les manuels scolaires de la Troisième République, qui sacrifia au romantisme et, tout particulièrement, à celui de la défaite. La Petite Histoire de France de Bainville n'est d'ailleurs pas exempte des clichés du temps : « Ce fut une époque sombre et désolée où personne n’était sûr de retrouver sa maison ni de garder la vie sauve. De ces invasions, la plus terrible fut celle des Huns (…) Avec leur peau noire et leurs grandes oreilles, ils ressemblaient à des diables ou à des ogres. Ils ne faisaient même pas cuire leur viande et la mangeaient crue après l'avoir écrasée sous leur selle. On appelait Attila, leur roi, le « fléau de Dieu ». Et l'on disait que l'herbe ne poussait plus où il avait passé. »

Michel Rouche, l'un de nos plus grands médiévistes, s'emploie à revoir ces vieux poncifs dans une biographie remarquable consacrée à la violence nomade, dont la figure la plus marquante fut sans conteste celle d'Attila. De prime abord, il est assez surprenant de découvrir l'abondance des sources sur le sujet. Certes, les textes d'époque proviennent exclusivement de l'autre camp, celui des Romains, mais l’archéologie offre aussi de belles surprises. Elle comble les lacunes des interprétations et renvoie à des réalités plus prosaïques sûrement, complexes sans aucun doute. Il ne s'agit cependant en aucun cas de réhabiliter une civilisation qui sacrifiait les hommes aux divinités, pratiquait le cannibalisme, buvait dans le crâne de l'ennemi le sang de ce dernier, ou se mutilait le visage à la mort de son chef. Rouche nous invite simplement à éviter les anachronismes : « L'histoire est fille du présent, disait Lucien Febvre, et par conséquent, l'anachronisme grossier menace la connaissance du passé. »

De fait, le médiéviste offre à ses lecteurs un travail admirablement juste, dans lequel chaque affirmation est pesée. Son style, tout en finesse, est propre à ces auteurs qui scrutent la période dite de la fin de l'Antiquité et du haut Moyen-Âge, évoluant parfois dans des zones d'incertitude, où néanmoins la logique éclaire de manière incontestable la connaissance des peuples et des hommes.

L'épouvantail des Romains

Michel Rouche décrit tout d'abord ces peuples, nomades et barbares, longtemps amalgamés les uns aux autres : « Il y a finalement un peuple nomade qui évolue, peut se passer de roi, se déplace, avec ses troupeaux, fait la guerre avec ses chefs de clan, disparaît, réapparaît sous un autre nom, progresse grâce aux nouveaux venus qui fusionnent avec lui. » Ce monde est en opposition avec le monde sédentaire romain qui, par sa « richesse et son mode de vie […] ne peut qu'attirer le cultivateur semi-itinérant dont la terre est épuisée au bout de cinq ans et le nomade dont le cheptel devient étique ou épuisé. » Les Huns ont une richesse mobilière, quand les Romains s'attachent, eux, à la propriété foncière. L'étonnant reste toutefois la perméabilité des deux mondes. Les Romains savent franchir le Rubicon et s'intégrer dans le monde hunnique, tout comme certains Huns ou barbares n’ont aucun scrupule à opter pour un mode de vie sédentaire. Aetius, le « dernier des Romains », constitue l'archétype du transfuge. Fils d'un barbare à la solde de l'Empire, il est envoyé à la cour d'Alaric, roi des Wisigoths, puis à celle de Ruga, roi des Huns, où il fera la connaissance d'Attila. Mais il n'est pas le seul. Certains Romains n'hésitent pas à fuir une justice impériale au sein de laquelle règnent les delatores et autres « sycophantes », tandis que d'autres tentent simplement de se soustraire à l'impôt. Aujourd'hui, nous appelons cela de l'évasion fiscale…

La compréhension de l'empire d'Attila est indissociable de l'appréciation des bouleversements internes qui touchèrent la société occidentale romaine et, dans une moindre mesure, l'Orient. Aussi, accuser Attila d'être à l'origine de la chute de l'Empire semble abusif : « Attila, explique Rouche, n'a pas fait tomber Rome, mais la peur de l'avenir, peur de voir l'homme libre disparaître aux mains des barbares, a été renforcée par son unique succès, la terreur. […] Attila n'est pas le tombeur de Rome, mais son semeur de panique, son épouvantail permanent. » Reste la question des motivations du chef hun. Souhaitait-il prendre la place de l'empereur en s'incarnant dans la réalité politique impériale, coquille vide qu'il eût été facile d'occuper ? Souhaitait-il, en conséquence, maintenir l'Empire et perpétuer une civilisation ? Rien n'est moins sûr. Attila, certes politique et stratège, bien loin des images caricaturales, semble avoir toutefois cultivé un complexe de supériorité, négligeant l'édifice culturel, politique et religieux d'un empire pluri-centenaire.

Michel Rouche. Attila, la violence nomade Fayard. 510 pages. 26€

Christophe Mahieu monde&vie 21 septembre 2009 n°8l6

vendredi 20 septembre 2019

C’était un 20 septembre : la bataille des champs catalauniques

the_huns.jpgEn l’an 451, les Huns connurent une défaite lourde de conséquences.
Cette confédération de barbares européens et asiatiques menée par Attila, dont le gigantesque empire était basé en Pannonie (Hongrie), entendait conquérir la Gaule.
Après avoir franchi le Rhin, les Huns détruisirent Metz. Mais ils se détournèrent de Paris suite à l’opposition menée par Sainte Geneviève, avant de se casser le nez sur la résistance d’Orléans. Quinze jours après, près de Chalons-en-Champagne se déroula la bataille des Champs catalauniques où les Huns furent battus par une coalition.
Celle-ci, dirigée par le général romain Aetius, regroupait – outre les troupes romaines – des Francs (menés par Mérovée), des Gaulois, des Alains, des Burgondes, des Sarmates, des Wisigoths et d’autres peuples.
Attila et ses troupes pouvaient de leur côté compter notamment sur l’appui des Ostrogoths et des Alamans.
Après cette défaite les Huns ne revinrent jamais plus vers la Gaule.
Ils s’en prirent alors à l’Italie.
La bataille des Champs Catalauniques fut importante car elle amena un changement fondamental dans les rapports des peuples soumis vis-à-vis de Rome. En paiement de ses loyaux services, Mérovée, roitelet des Francs saliens, fut reconnu par Rome comme roi de la Gaule belgique. A partir de cet instant, les Francs imposèrent graduellement leur domination sur toute la Gaule gallo-romaine pour les trois siècles à venir. Gondioc, chef des Burgondes dont le royaume outre-Rhin avait été ruiné 20 ans plus tôt par les Romains avec l’aide des Huns, se tailla le royaume de Bourgogne. Il ne resta bientôt plus qu’un seul patrice romain en Gaule, Syagrius, îlot dans un océan de rois « barbares ».

lundi 22 septembre 2014

C’était un 20 septembre : la bataille des champs catalauniques

En l’an 451, les Huns connurent une défaite lourde de conséquences.
Cette confédération de barbares européens et asiatiques menée par Attila, dont le gigantesque empire était basé en Pannonie (Hongrie), entendait conquérir la Gaule.
Après avoir franchi le Rhin, les Huns détruisirent Metz. Mais ils se détournèrent de Paris suite à l’opposition menée par Sainte Geneviève, avant de se casser le nez sur la résistance d’Orléans. Quinze jours après, près de Chalons-en-Champagne se déroulala bataille des Champs catalauniques où les Huns furent battus par une coalition.
Celle-ci, dirigée par le général romain Aetius, regroupait – outre les troupes romaines – des Francs (menés par Mérovée), des Gaulois, des Alains, des Burgondes, des Sarmates, des Wisigoths et d’autres peuples.
Attila et ses troupes pouvaient de leur côté compter notamment sur l’appui des Ostrogoths et des Alamans.
Après cette défaite les Huns ne revinrent jamais plus vers la Gaule.
Ils s’en prirent à l’Italie.
La bataille des champs Catalauniques fut importante car elle amena un changement fondamental dans les rapports des peuples soumis vis-à-vis de Rome. En paiement de ses loyaux services, Mérovée, roitelet des Francs saliens, fut reconnu par Rome comme roi de la Gaule belgique. A partir de cet instant, les Francs imposèrent graduellement leur domination sur toute la Gaule gallo-romaine pour les trois siècles à venir. Gondioc, chef des Burgondes dont le royaume outre-Rhin avait été ruiné 20 ans plus tôt par les Romains avec l’aide des Huns, se tailla le royaume de Bourgogne. Il ne resta bientôt plus qu’un seul patrice romain en Gaule, Syagrius, îlot dans un océan de rois « barbares ».

samedi 25 mai 2013

Archéologie de Haithabu, port viking

Haithabu, c'est un ancien port du Schleswig-Holstein qui fut un grand centre commercial à l'époque des Vikings. C'est aujourd'hui un site archéologique de première importance pour comprendre le fonctionnement global du commerce en Europe au cours du premier millénaire de notre ère. Haithabu, écrit Herbert Jankuhn, s'est constitué par le hasard de l'histoire, quand les relations commerciales en Europe du Nord et de l'Ouest se sont progressivement modifiées au contact d'un empire franc dont le poids venait de basculer vers l'Austrasie, autrement dit sa partie septentrionale largement germanisée.
Avec les Mérovingiens et les Carolingiens, le poids politique de l'ensemble franc se focalise donc sur la côte septentrionale de la Méditerrannée et l'arrière-pays provençal et rhodanien en bénéficie. Les côtes de la Mer du Nord, avoisinant, en Zélande, le delta des fleuves (Rhin, Meuse, Escaut), acquièrent une importance stratégique et économique qu'elles ne perdront plus. Dès la fin du VIème siècle, ce glissement vers le Nord finit par englober la Scandinavie. La presqu'île "cimbrique", c'est-à-dire le Jutland et le Slesvig, bénéficiera de cette évolution, en marche depuis les Romains. Les découvertes archéologiques démontrent que les Germains des côtes frisonnes (néerlandaise et allemande) ainsi que leurs congénères de l'arrière-pays entretenaient des relations commerciales suivies avec l'Empire romain. Les voies de pénétration de ces échanges sont 1) la mer et 2) les grands fleuves (Rhin, Weser, Elbe, Oder, Vistule).
En traversant l'isthme du Slesvig, le commerce germano-romain touche le bassin occidental de la Baltique. Par l'Oder et la Vistule, il accède au bassin oriental. Entre le cours inférieur de la Vistule et la côte septentrionale de la Mer Noire, les Germains commercent avec les établissements coloniaux grecs. Depuis la préhistoire et depuis les premiers mouvements des peuples indo-européens, ces axes fluviaux existent: avec l'Empire romain, le trafic s'y fait simplement plus intense. Les invasions hunniques, qui réduisent à néant le pouvoir conquis des Goths, établis entre la Baltique et la Mer Noire, éliminent toutes les possibilités d'échanges portées par cet axe fluvial oriental. Plus tard, l'axe central de l'Oder cessera, lui aussi, de fonctionner à cause des Huns. L'axe occidental, celui du cabotage le long des côtes de la Mer du Nord, sera le dernier à s'effondrer. A Vème siècle, le commerce avec la Scandinavie diminue pour connaître son intensité minimale à la fin du VIème siècle. Mais, à la même époque, avec Théodoric le Grand, Roi des Ostrogoths fixés en Italie, l'axe central reprend vigueur, tandis que la littérature épique germanique prend son envol.
Les produits échangés le long de ces axes fluviaux et maritimes sont essentiellement l'ambre et les fourrures. L'irruption des Avars dans l'espace danubien, vers 565, ruine une seconde fois ce réseau d'échange italo-baltique. Après les Avars, les tribus slaves s'emparent de l'Europe centrale, isolant la zone baltique et coupant les voies d'échange qui, depuis des siècles, voire un ou deux millénaires, reliaient la Baltique à la Méditerranée. Ce blocage par les Avars et les Slaves redonne vigueur à la région flamande-frisone centrée autour du delta des grands fleuves: l'Ile de Walcheren en Zélande (avec le port de Domburg) et Dorestad, au sud-ouest d'Utrecht, prennent, à cette occasion, une dimension nouvelle.
Ce va-et-vient continuel entre l'Est et l'Ouest, Herbert Jankuhn, auteur d'un ouvrage remarquable sur le site de Haithabu, révèle, finalement, l'importance des grands fleuves (Rhin, Meuse, Escaut) pour l'échange des marchandises entre le Nord scandinave et le Sud gaulois et méditerranéen.
Et Haithabu, port ouest-baltique, comment acquiert-il son importance? Quand l'ère viking s'amorce officiellement avec le pillage, le 8 juin 793, du monastère anglais de Lindisfarne, la Scandinavie a déjà, pourtant, un passé pluriséculaire, marqué de mouvements migratoires vers le midi. Le territoire de la Scandinavie ne peut accepter une démographie trop dense. Les côtes norvégiennes, ouvertes sur l'Atlantique, ne sont guère propres à l'agriculture intensifiée. La Suède, à l'époque couverte d'épaisses forêts, permet certes une colonisation intérieure, mais clairsemée. Le Danemark possède des terres fertiles à l'Est mais chiches à l'Ouest, où la côte ne permet, de surcroît, la construction d'aucune installation portuaire digne de ce nom.
Avant César, dès la tragique aventure des Cimbres et des Teutons, ce sont des raisons identiques, d'ordre géographique et démographique, qui ont poussé les Scandinaves à émigrer vers le Sud. Aux VIIème et VIIIème siècles, une nouvelle émigration massive commence: d'abord vers les îles de la Mer du Nord, les Shetlands, les Orkneys et les Hébrides. Elles porteront les Scandinaves partout en Grande-Bretagne, en Irlande, en Normandie, en Sicile et dans les plaines russes.
C'est donc dans la foulée de ce mouvement migratoire, parfois violent, que Haithabu connaîtra son apogée. La localité est située au fond d'un "fjord" de plaine, sans falaises, situé sur la côte baltique du Slesvig. Le fond de cette baie, la Schlei, devenue navigable à partir du VIème siècle, constitue le prolongement le plus profond de la Baltique en direction de la Mer du Nord. D'Haithabu à celle-ci, la distance est la plus courte qui soit entre les deux mers nordiques sur l'ensemble territorial de la presqu'île du Jutland-Slesvig. Danois, Frisons, Saxons et Wendes/Obotrites (tribus slaves) se juxtaposent dans la région.
Stratégiquement, la région, depuis l'Eider, petite presqu'île s'élançant dans la Mer du Nord, en face d'Héligoland, en passant par le tracé de la rivière Treene, constituait, sans doute depuis, plusieurs siècles, la zone idéale pour transborder des marchandises et pour couper par voie terrestre, en évitant de contourner le Jutland sans port  -ce qui constitue un risque majeur en cas de tempête-  sur une mer qui, de surcroît, est dominée par de violents vents d'Ouest, provoquant énormément de nauvrages de voiliers.
Haithabu doit donc son existence au commerce entre la Rhénanie et le Delta friso-flamand et le Gotland suédois. Les Suédois, entretemps, ont pris pied en Finlande, dans les Pays Baltes et dans plusieurs territoires slaves. Des Suédois se fixent au Sud du Lac Ladoga, fondent Novgorod, puis Kiev, et ouvrent les voies du Dnieper et de la Volga, restaurant l'axe gothique perdu lors de l'invasion des Huns et contournant le verrou avar qui bloquait l'espace danubien. Par la maîtrise de ces fleuves, les Scandinaves entrent en contact avec Byzance et l'Islam. Le commerce nord-occidental en direction de ces régions passera dès lors par Haithabu. Du Danemark à Bagdad, s'inaugure une voie commerciale, aussi importante géopolitiquement, sans nul doute, que celle que voulut recréer Guillaume II, Empereur d'Allemagne, en construisant le chemin de fer Berlin-Bagdad. Le souvenir de la gloire d'Haithabu doit nous laisser entrevoir les potentialités d'une connexion du port de Hambourg, héritier d'Haithabu, avec le nouveau Transsibérien soviétique (Cf. VOULOIR no. 31).
Les sources arabes (Ibn Faldan) nous renseignent sur les modalités de transaction dans l'espace aujourd'hui russe, dominé jadis par les Varègues suédois. Les Scandinaves rencontrent les marchands arabes à Bolgar sur la Volga, capitale du Royaume des Bulgares, et leur fournissent notamment des fourrures qui seront ensuite transportées vers la Mésopotamie par les caravanes de chameaux organisées par les Khazars. A Bolgar aboutit également la route de la soie qui mène en Chine. Les pièces de soie retrouvées en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas et datant de cette époque, proviennent de Chine, via Haithabu et Bolgar. L'âge d'or, pour Haithabu, sera le Xème siècle, celui de la domination varègue en Russie qui permit un intense commerce avec le Sud-Est islamique.
A partir de l'an 1000, où saute le verrou avar, le déclin commence pour Haithabu. La région perd son intérêt stratégique. De plus les tribus slaves du Holstein oriental s'emparent du site, le pillent et l'incendient. Puis, petit à petit, le nom d'Haithabu disparaît des chroniques. Le livre de Herbert Jankuhn retrace, avec minutie, cette évolution économique et politique, mais, bien sûr, cette relation captivante n'est pas le seul intérêt de son magnifique ouvrage. Il y décrit les fouilles en détail, y compris celles qui ont mis à jour les reliefs du "Danewerk", ce mur défensif érigé par le Roi des Danois entre Haithabu et le cours de la Treene, pour arrêter les poussées slaves. On acquiert, grâce au travail systématique de Jankuhn, une vue d'ensemble sur les types d'échanges commerciaux, le type d'habitation et d'entrepôts d'un port scandinave du Xème siècle, sur les monnaies, les habitants, etc.
Herbert JANKUHN, Haithabu, Ein Handelsplatz der Wikingerzeit, Wachholtz Verlag, Neumünster, 1986, 260 S. (Format 21 x 25 cm), DM 48.
(texte paru sous le pseudonyme de "Serge Herremans", Vouloir, 1986). http://robertsteuckers.blogspot.fr

dimanche 2 septembre 2012

SAINTE GENEVIÈVE Aux origines de la France

Voilà bientôt 1 500 ans que s'éteignit sainte Geneviève, patronne de Paris et des gendarmes, instigatrice de la victoire contre les Huns et protectrice de Clovis.
Le 3 janvier prochain marquera le mille cinq centième anniversaire de la mort de sainte Geneviève, patronne de Paris. Pour tous les Parisiens, le nom de la sainte est associé à la Montagne où elle fut inhumée et où s'accrocha au long des siècles le rayonnant foyer de l'intelligence française. Le roi Louis XV venait de faire élever sur le sommet par Jacques-Germain Soufflot une basilique magnifique dédiée à sainte Geneviève quand la Révolution de 1789 profana l'édifice pour en faire le Panthéon et y loger ses encombrants "grands hommes"... Mais passons.
Gauloise et franque
Cette sainte gallo-romaine, gauloise par sa mère et franque par son père, naquit à Nanterre entre 420 et 423. Encore enfant, vers 429, elle fut remarquée, pour sa grâce et sa beauté toute céleste, par saint Germain, évêque d'Auxerre, passant, accompagné de saint Loup, évêque de Troyes, par Nanterre pour aller combattre en Bretagne l'hérésie pélagienne. Le prélat lui suspendit alors au cou une monnaie marquée d'une croix, signe de sa promesse de consécration virginale.
Peu après, la mort de ses parents l'obligea à quitter Nanterre pour s'installer à Lutèce, d'abord chez sa marraine, ensuite à la tête d'une communauté. Répartissant en aumônes l'argent des vastes domaines hérités de ses parents, se nourrissant elle-même de fèves et de pains d'orge, accomplissant des miracles extraordinaires, notamment des guérisons d'aveugles et de paralytiques, elle ne s'attira pas que des louanges de la part de la population : pour comprendre cette mystique plaçant toute son espérance en Dieu seul, les païens étaient trop matérialistes et les chrétiens trop découragés par la situation de leur ville dans une Gaule livrée aux invasions wisigothes...
Le sort de Lutèce était en effet précaire au sein de la dernière enclave restée romaine et dirigée par le patrice Ætius, chef de la milice romaine. Et voilà qu'on apprit en 451 que le terrible Attila, roi des Huns, dit le "fléau de Dieu", apparaissait en Gaule à la tête de 500 000 féroces guerriers. Le 7 avril, il avait passé la population de Metz au fil de l'épée. À Lutèce les hommes parlaient de fuir ; seule Geneviève, vingt-huit ans, affirmait qu'il fallait résister. Elle parvint à convaincre quelques femmes qui acceptèrent de prier, de jeûner et de se refuser à leurs couards de maris s'ils ne résistaient pas. Ce que femme veut...
Attila ne passera pas
Toujours est-il qu'Attila, n'ayant pu prendre Troyes fermement défendue par son évêque saint Loup, fonça non sur Lutèce mais sur Orléans où il se heurta à la résistance de saint Aignan, autre prélat intrépide. Il faut dire qu'Ætius, ancien otage d'honneur chez les Huns, avait été élevé avec Attila et connaissait à fond les pratiques des enfants des steppes ; Attila, quant à lui, se croyant destiné à s'emparer de l'empire romain, n'ignorait rien de l'éducation gréco-latine. L'affrontement revêtait dès lors une valeur symbolique. Il eut lieu quinze jours plus tard, près de Troyes aux champs Catalauniques ; Attila fut vaincu mais non écrasé.
Geneviève avait contribué à la victoire des champs Catalauniques en forçant le peuple gaulois à déjouer la panique. La paix restait quand même bien aléatoire. Dès 476, le fantoche empereur Romulus Augustule allait être déposé par Odoacre, roi des Hérules, allié aux Huns, qui renverrait les insignes impériaux à Zénon, empereur romain d'Orient. Un barbare entrant dans Rome ! Tout un monde s'effondrait...
Geneviève ne perdit pas pour autant l'espérance : Rome devait revivre sous le signe de la Croix ! Les évêques de Gaule, ne pouvant plus compter sur l'ordre romain pour sauver la civilisation, commençaient à fonder quelques espoirs sur les rois des Francs, descendants de Mérovée : certes encore païens et quelque peu cruels, au moins ne s'étaient-ils pas laissés gagner comme les autres envahisseurs, Wisigoths et Burgondes, par cette religion au rabais qu'était l'arianisme. Si Childéric, grand admirateur de la civilisation romaine, ou son fils Clovis né en 466, parvenaient, comme ils en étaient de taille, à réunifier la Gaule en s'appuyant sur son principal élément d'unité depuis saint Martin, le christianisme, pourrait alors naître un royaume chrétien prenant le relais de l'empire romain d'Occident ! Geneviève allait participer à la réalisation de ce grand dessein.
Patronne de Paris
Elle jouissait de l'immense estime de Childéric. À la mort de celui-ci, en 481 elle reporta son affection sur le jeune Clovis âgé de quinze ans qui n'allait pas tarder à occire Syagrius, lointain successeur d'Ætius, devenu une ombre gênante. Il s'apprêtait alors à entrer dans Lutèce dont il rêvait de faire sa capitale, mais Geneviève lui interdit la ville : il devait d'abord recevoir le baptême ! On sait la suite jusqu'au jour où la reine Clotilde devenue son amie et Remi, évêque de Reims, eurent emporté la décision du jeune roi de se faire baptiser à Reims, à Noël 496. Malgré son grand âge - elle allait mourir à plus de quatre-vingt-dix ans - Geneviève demeura la confidente du couple royal et la personnalité la plus vénérée de Lutèce, que l'on commençait à appeler Paris. Clovis venait d'entreprendre la construction sur la Montagne de la basilique des Saints-Apôtres, où il fut lui-même inhumé en novembre 511. Geneviève le rejoignit le 3 janvier 512. La reine Clotilde devait les rejoindre beaucoup plus tard, en 544. Mais Geneviève, sainte patronne de Paris, continue, de sa« "montagne", de protéger la capitale contre tous les modernes« "fléaux de Dieu" ; on ne saurait trop l'invoquer.
Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 15 décembre 2011 au 4 janvier 2012

mercredi 22 août 2012

Attila, un barbare civilisé

Le Figaro Magazine - 18/05/2012
Nul n'a engendré autant de clichés que le roi des Huns. Une historienne montre aujourd'hui que le chef nomade, tout en combattant l'Empire romain d'Orient ou celui d'Occident, devait beaucoup à Constantinople et à Rome.
     Attila ? Le sauvage venu des confins du monde, l'envahisseur sanguinaire dont le passage du cheval empêche l'herbe de repousser. Jusqu'aux années 1960, les manuels scolaires unanimes reprennent l'image d'Epinal, lointain héritage de la chevauchée guerrière qui, au milieu du Ve siècle, mena « le fléau de Dieu » jusqu'à la Loire. C'est d'ailleurs au haut Moyen-Âge que « la hantise de l'Autre, barbare et cruel, s'est cristallisée autour de la figure du roi des Huns », explique Edina Bozoky *. Maître de conférences en histoire médiévale à l'université de Poitiers, cette chercheuse est d'origine hongroise. Or, dans le pays de ses aïeux, Attila est un héros national dont le nom, aujourd'hui encore, est un prénom populaire.
     Cet hiatus entre la vision du personnage en France et en Hongrie a incité l'historienne à écrire un livre passionnant. S'appuyant sur une lecture nouvelle des sources et sur l'examen des restes archéologiques, l'auteur donne de la figure d'Attila et de la culture des Huns une interprétation qui bouscule les clichés.
     Vers l'an 370 de notre ère, les Huns franchissent la Volga, à l'est de laquelle ils vivaient jusque-là, occupent le territoire des Alains, puis s'attaquent aux Goths, entre le Don et le Danube. Si les Ostrogoths se soumettent, les Wisigoths fuient, tout comme les Vandales, les Suèves, les Burgondes ou les Alamans. C'est donc sous la pression des Huns que les peuples barbares se mettent en branle, au début du Ve siècle, déferlant sur l'Empire romain. Un empire qui, au gré des circonstances, les repousse ou leur fait place. Or, ce que montre l'ouvrage d'Edina Bozoky, c'est que les Huns n'étaient pas pires que les autres.
     Avant Attila, l'empire hunnique recouvre un immense domaine aux frontières variables, où les peuples dominés sont plus ou moins autonomes. Entre Huns et Romains, entre 400 et 450, les rapports peuvent être cordiaux, les Romains utilisant parfois les Huns comme mercenaires contre les Germains. Eleveurs de bovins et de chevaux, artisans habiles, ces pasteurs-guerriers, nomades à l'origine, sont en voie de sédentarisation. Ils restent cependant des cavaliers exceptionnels et des combattants redoutables, forts de leur maîtrise de la combinaison entre l'arc, la selle et l'étrier.
Des compagnons d'origine grecque ou romaine
Né vers 395, Attila est un neveu du roi Ruga. En 434, à la mort de celui-ci, le pouvoir passe à Bleda, le frère d'Attila, qui est associé au gouvernement. Avec l'Empire romain d'Orient, les deux frères négocient d'importants traités. Une politique que poursuit Attila après qu'il a éliminé son frère, vers 444 ou 445.
Grâce au témoignage de Priscos, un ambassadeur de Constantinople, venu rendre visite au nouveau roi, en 449, nous possédons son portrait : petit, vigoureux, Attila est de type mongol. L'ambassadeur a aussi laissé une description de la cour des Huns, établie quelque part au-delà du Danube. Certaines de ses caractéristiques ont émerveillé l'envoyé de Constantinople, observe Edina Bozoky, car elles rapprochaient le monde hunnique de la civilisation romaine. Attila parlait le hunnique, apparenté aux langues turques, mais aussi la langue des Goths, le grec et le latin. Il possédait par ailleurs de nombreux compagnons d'origine grecque ou romaine.
     Attila règne alors sur un territoire qui s'étend de la Pannonie, l'ouest de l'actuelle Hongrie, à la mer Caspienne. Par deux fois (441-443 et 447-449), il envahit l'empire d'Orient auquel il impose des tributs considérables. En 450, après la mort de Théodose II, le nouvel empereur, Marcien, ne veut plus s'en acquitter. Le roi des Huns se tourne par conséquent vers l'Empire romain d'Occident. Honoria, la soeur de l'empereur Valentinien III, écartée du pouvoir, cherche d'ailleurs son appui, au point de lui envoyer un anneau de fiançailles. Mais l'entourage de la princesse s'oppose à ce projet. Attila en tire prétexte, en 451, pour lancer une expédition punitive contre l'empire d'Occident.
     C'est cette campagne qui a marqué l'imaginaire occidental, installant durablement la légende d'Attila, le féroce barbare. Cologne, Metz (ville incendiée le 7 avril), Reims, Paris (qui résiste sous l'impulsion de sainte Geneviève), Orléans : pendant quelques semaines, Attila et ses troupes sèment la désolation. C'est seulement fin juin, alors que les Huns sont sur le chemin du retour, que l'armée romaine, dirigée par Aetius et alliée aux Wisigoths, aux Burgondes et aux Francs, contre-attaque. Au cours de l'été ou de l'automne 451, la célèbre bataille des champs Catalauniques, qui s'est probablement déroulée à quelques kilomètres de Troyes, est un échec pour Attila. Mais si ce dernier poursuit son repli, il n'a pas perdu le gros de ses forces. L'année suivante, le roi des Huns mène donc une nouvelle campagne en Italie où, arrêté par une ambassade du pape, il épargne Rome.
Chaque époque possède son Attila
Encore l'année suivante (453), il prépare une nouvelle expédition, contre l'empire d'Orient, cette fois. Au cours de sa nuit de noces avec une des multiples épouses qu'il aura eues, Attila trouve cependant une mort sans gloire, étouffé par une hémorragie nasale.
     De ce guerrier qui n'était au fond pas plus barbare que d'autres, et peut-être moins, la légende fera le monstre que l'on sait. La littérature (du Chant des Nibelungen à la tragédie de Corneille), la peinture (de Raphaël à Delacroix), la musique (l'opéra de Verdi) ou le cinéma (Anthony Quinn, 1954) prolongeront le mythe. « Chaque époque, chaque pays se fabrique un Attila à son image », souligne Edina Bozoky. Et pour nous, aujourd'hui, qui est donc Attila ?
Jean Sévillia http://www.jeansevillia.com
* Attila et les Huns. Vérités et légendes, d'Edina Bozoky, Perrin.

mardi 20 décembre 2011

31 décembre 406 : Les Barbares en armes franchissent le Rhin


Le 31 décembre 406, de nombreuses bandes de barbares franchissent le Rhin. Ils profitent de ce que le fleuve, cet hiver-là, est gelé pour le traverser à pied. C'est la plus importante vague d'immigration qu'ait connue l'empire romain depuis ses origines.
Une intégration difficile

Jusqu'à cette date, la pénétration des barbares dans le vieil empire romain s'est faite de façon surtout pacifique, des immigrants se faisant embaucher comme légionnaires ou comme travailleurs agricoles pour combler les vides causés par la diminution des naissances.
Des incursions armées se produisent en Gaule à différentes périodes, notamment dans les années 250-260 et 271, pendant que Rome est paralysée par une crise dynastique.
Sur ordre de l'empereur Aurélien, les Romains évacuent en 275 les champs Décumates, la région d'entre le Rhin et le Danube, pour raccourcir leurs lignes de défense. La Dacie (la Roumanie actuelle) est abandonnée aux Goths.
En 376, la situation s'aggrave. Les Wisigoths, poussés par les Huns qui arrivent des steppes de l'Asie, franchissent le Danube et demandent à l'empereur Valens le droit de s'installer dans l'empire comme «fédérés» (en quelque sorte alliés). L'empereur ne peut faire autrement que d'accepter. Il leur offre la Mésie (la Serbie actuelle) et, lui-même étant arien, les encourage à se convertir à cette forme de christianisme. Mauvaise idée : cela va rendre plus difficile le ralliement des Barbares à l'empire, majoritairement catholique.
De toute façon, les Barbares s'étant soulevés pour protester contre les exactions des fonctionnaires romains, Valens est tué en les affrontant à Andrinople le 9 août 378.
Une invasion en masse

En 406, lorsque les Germains franchissent le Rhin et pénètrent en armes dans l'empire romain, ils ne rencontrent plus guère de résistance.
L'empire a été divisé dix ans plus tôt entre les deux fils de Théodose 1er. Sur l'Occident (capitale : Ravenne) règne Honorius et sur l'Orient (capitale : Constantinople) Arcadius. Avant de mourir, Théodose a confié la tutelle des jeunes empereurs au général Stilicon, fils d'un officier vandale rallié à Rome ! Celui-ci maintient tant bien que mal l'ordre dans l'empire mais il sera assassiné sur ordre d'Honorius le 23 août 408...
Les provinces, au nombre d'une centaine, échappent peu ou prou à l'autorité centrale. Le pouvoir est partagé au niveau local entre les généraux (chefs militaires), les vicaires (représentants de l'empereur) et les évêques (chefs religieux).
Les nouveaux-venus vont s'installer là où ils peuvent et feront souche. On évalue leur nombre à 400.000 environ, dont 100.000 guerriers. Parmi eux un quart de Francs Ripuaires, presque autant de Vandales et de Burgondes, des Alains etc.
L'empire romain d'Occident dans lequel ils pénètrent compte pas moins de 25 millions d'âmes mais il n'est défendu que par une poignée de soldats professionnels guère motivés : 136.000 limitanei ou soldats des frontières, en grande majorité des Germains mal dégrossis, et 113.000 comitatenses ou soldats de l'intérieur, encore moins combatifs que les précédents.
Malgré la disproportion des effectifs, les envahisseurs n'ont donc pas de peine à s'enfoncer jusqu'aux extrémités de l'empire et à s'y établir des principautés. De la Gaule, une partie d'entre eux, les Vandales, passent en Espagne et atteignent même le territoire de l'actuelle Tunisie.
Les invasions barbares au Ve siècle après JC
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Dès le IIIe siècle après JC, les Romains se montrent impuissants à contenir l'invasion des Germains. Ces derniers sont eux-mêmes poussés en avant par les Huns. Mais ces derniers ne font qu'une apparition dans l'empire romain à l'agonie, tandis que s'y installent définitivement les envahisseurs germains, donnant souvent le nom de leur tribu à un pays ou une province : Alamans (Allemagne), Burgondes (Bourgogne), Francs (France), Lombards (Lombardie), Vandales (Andalousie)...
Jean-François Zilbermann. http://www.herodote.net/

mardi 15 novembre 2011

La fin de l’empire romain en Gaule


Au III ème siècle, l'empire romain était en crise et la Gaule en pleine incertitude. Les causes en sont multiples. L'empereur Gallien avait bien tenté d'arrêter sur le Rhin les incursions des Germains qui semaient la désolation sur le territoire mais c'est l'empereur gaulois Posthumus qui avait finalement ramené l'ordre et la sécurité. Soutenu par le pays éduen, c'est ensuite Constance-Chlore puis Constantin qui, depuis la Gaule, avaient rétabli la grandeur de l'empire.
Constantin le Grand a-t-il trompé et trahi les Gaulois en transférant son siège d'Augustodunum/Bibracte/Mt-St-Vincent (1) à Constantinople ? Oui, si l'on en juge en constatant la suite de l'Histoire.
Un Occident en difficulté, menacé sur ses frontières.

Lorsque le grand Constantin eut pris possession du royaume du ciel, l'empire qu'il avait possédé sur la terre fut partagé entre ses trois fils (2). Or, à Augustodunum, Constant s'entourait d'étrangers ce qui provoqua une révolte de son entourage éduen, sa fuite puis sa mise à mort (3).
Maître d' Augustodunum, Marcellinus essaie de reprendre la main. Il s'assure du concours des Lètes récemment immigrés en élevant sur le pavois l'un d'entre eux, Magnence. Ces Lètes avaient prouvé leur attachement à leur nouvelle patrie en 359, à Amida, où les deux légions de Magnence y avaient trouvé une mort glorieuse face aux Perses (4).
En 361, Marcellinus et Magnence conduisent leur armée contre l'empereur d'Orient, Constance, dernier fils de Constantin et héritier pourtant légitime. Tragique expédition qui se termine par leur défaite, à Mursa. Les Gaulois sont écrasés après la défection des Francs qui les accompagnaient. Véritable carnage, ce n'était plus un combat mais un règlement de compte entre les Illyriens et les Celtes (5). Les événements qui suivent confirment les craintes de Marcellinus et lui donnent raison à postériori. Entouré d'une cour d'officiers alamans, l'empereur Constance, tout à ses intrigues, a laissé, voire encouragé, les Alamans à envahir la Gaule (6).
Véritable sursaut contre la politique laxiste ou hostile de l'empereur d'Orient, les Gaulois applaudissent Julien César quand celui-ci part en campagne contre les bandes infiltrées qui errent dans le pays. Parvenu au sommet de la renommée pour avoir rétabli la frontière du Rhin, ils l'élèvent sur le pavois et font de lui, leur empereur. Puis ils portent un fer victorieux jusqu'en Orient. Pendant que Julien tente d'y rétablir l'unité de l'empire, ils festoient dans les temples (7). Leur défaite contre la puissance montante sassanide des Perses met fin à leur entreprise. Julien meurt en combattant. Nous sommes en l'an 363.
La tournant de la fin du IV ème siècle se joue à Rome.
Dès le III ème siècle, Rome avait étendu la citoyenneté romaine à tous les sujets de l'empire, y compris aux barbares issus du butin de guerre, ou ralliés, ou fédérés, ou mercenaires (a).
(a) Pour tout Romain, le Barbare n'était pas un être sauvage et assoiffé de sang mais un homme qui parlait un langage qui lui était incompréhensible et dont la civilisation lui apparaissait primitive (linternaute, histoire).
Un siècle a suffi pour que les descendants de ces barbares romanisés se multiplient jusqu'à concurrencer les Romains d'origine que cela soit dans les fonctions militaires ou civiles. Zozime et Julien vont même jusqu'à reprocher à Constantin d'avoir fait preuve d'une partialité scandaleuse en faveur des étrangers (8). Rome n'était plus dans Rome et la ville n'avait plus d'intérêt et de gloire que d'être encore le siège officiel de l'empereur en titre, même fantoche. Certes, il n'est pas dit que ces barbares romanisés aient manqué à leurs devoirs civiques mais avec toutefois quelques nuances annonciatrices de désirs hégémoniques et de futures rivalités.
Alors que les dissensions n'avaient pas encore éclaté au grand jour, on adoptait les usages des nouveaux venus, leurs costumes, leurs armes et même leurs chants de guerre. Il y eut un tel engouement qu'à Rome, en souvenir de l'ancienne dignité romaine, les autorités durent interdire la mode barbare des hautes chausses, des pantalons, des longs cheveux et des fourrures (8).
En 406, sous la forte pression des barbares extérieurs à l'empire, la frontière du Rhin cède.
Rome n'est plus dans Rome. Les redoutables légions romaines de Pompée et de César ne sont plus que des souvenirs. Menacée en Italie par les troupes wisigothes d'Alaric, Rome n'a plus les moyens de tenir la frontière du Rhin. Profitant d'un hiver particulièrement rigoureux où le fleuve est gelé, Vandales, Suèves et Alains le franchissent. Ils traversent la Gaule en contournant le pays éduen par le nord et l'ouest et se fixent en Espagne tandis que les Burgondes et les Francs qui les suivent restent sur les territoires frontaliers.
En 410, Rome est prise et pillée par les Wisigoths d'Alaric. C'est le premier sac de Rome qui a un énorme retentissement. La Ville compose avec ses nouveaux protecteurs désormais installés en Narbonnaise puis en Aquitaine où ils fondent un royaume.
En Gaule, rien de tel ! Au nord, on intègre dans le dispositif défensif la tribu des Francs saliens pour qu'ils s'opposent désormais aux tentatives de franchissement de leurs cousins, autres Francs. Plus au sud, les Eduens invitent les Burgondes (9) à s'installer chez eux en leur donnant des terres et les installent en dispositif défensif avant, d'Orléans à l'aile gauche à Genève à l'aile droite, poste de commandement au castrum de Chalon-sur-Saône/Taisey (ma thèse), Lyon en base arrière.
La bataille des champs catalauniques a donné un coup d'arrêt aux grandes invasions mais a ouvert une période de conflits entre les Francs et les Goths.
Renforcés par des peuplades germaniques, les Huns d'Attila franchissent le Rhin et dévastent la Gaule du nord. Ils brûlent les villes, entassent le butin, échouent devant Paris, assiègent Orléans qui résiste. En 451, aux champs catalauniques, ils sont battus par le romain Aetius que seconde l'arverne Avitus. Les fédérés, Burgondes, Francs, Alains, auxquels se sont joints les Wisigoths, sortent victorieux de ce gigantesque combat tout en s'imposant dorénavant comme les protecteurs désormais incontournables des cités gauloises.
En contraste avec la Gaule du nord, aucun texte ne dit en revanche qu'une invasion ait emprunté le couloir Saône/Rhône. Le chemin des invasions contourne le pays éduen. C'est un point très important à souligner. Car si les textes relatent les terribles ravages subis par les Gaulois sur le chemin des invasions, on peut très bien supposer qu'ailleurs, la civilisation a continué à prospérer tout en devenant chrétienne ; accidents climatiques et famines épisodiques étant toujours possibles.
En Burgundie, Chalon-sur-Saône nous révèle une situation trés étonnante. Alors que les habitants de la ville vivent très chrétiennement leurs habitudes au pied de leur magnifique basilique, le roi Gontran vit dans la rusticité de son ancien castrum tout en se contentant d'une modeste église de village (10). http://www.agoravox.fr/tribune-libr… et http://www.agoravox.fr/tribune-libr….
Gontran est un roi franc fils de mère burgonde. Ses ancêtres rois burgondes ont été supplantés par les Francs après qu'ils aient été délogés de la forteresse d'Augustodunum, toujours existante mais un peu perdue au fond des bois (11). Dans l'histoire des évêques de Chalon, cette anecdote ne semble pas avoir troublé outre mesure nos saints directeurs de conscience, tellement ils étaient persuadés de la futilité de leurs protecteurs sans éducation.
Les écrits de Sidoïne Apolinaire sont des témoignages extrêmement précieux pour cette période charnière. Ils nous révèlent la tentative arverne d'Avitus, malheureusement sans lendemain, d'aider Rome à se relever, une solidarité avec les Eduens qui détachèrent auprès du comte/poète un détachement de Burgondes, mais sutout une communion de pensée entre évêques de haute culture, imbus de poésies et d'éloquence, qui ne pouvaient pas s'imaginer que leur monde d'innocence touchait à sa fin (a).
La duplicité du romain Séronat qui remplissait les prisons de citoyens arvernes, qui peuplait le pays d'étrangers (12), le coup de main du roi goth Euric sur le sanctuaire d'Augnemetum (13), l'arrivée des Francs, l'exil, il a fallu tout cela pour que Sidoïne Apollinaire et ses amis évêques se rendent compte enfin que le monde avait changé.
(a) - Innocence, cela signifie que conformément aux prédications de saint Martin, Christi ego miles sum ; pugnare mihi non licet (14). Je suis un soldat du Christ ; combattre ne m'est pas permis. Cela signifie que seules les grandes processions religieuses pouvaient conjurer le mauvais sort et qu'à défaut, mieux valait laisser aux barbares le soin de régler les viles affaires, damnés qu'ils étaient déjà.
Il apparait clairement que le pays éduen a échappé aux tribulations de cette période troublée.
Cela signifie qu'il n'y a aucune raison d'invoquer des invasions barbares qui auraient détruit en Bourgogne d'anciens monuments existants. Cela signifie que lorsque le site internet de Chalon-sur-Saône prétend que la ville a été détruite par les invasions germaniques, c'est tout simplement faux.
Cela signifie que, chronologiquement, il est tout à fait logique de voir s'élever à Mont-Saint-Vincent/Bibracte le premier temple et le premier oppidum des Celtes, le castrum de Cabillodunum sur la colline de Taisey, puis la basilique/cathédrale/le plus beau temple de l'univers à Cabillo/ville de Chalon, puis l'église/cathédrale Saint-Etienne/Saint-Jean à Lyon, puis la petite église franco-burgonde du roi Gontran à Sevrey. Et cet exemple devrait amener les historiens des autres provinces à se remettre, eux aussi, en question. Relisez mes articles et essayez de comprendre leur cohérence et l'incohérence de ceux qui les critiquent sans avancer d'arguments sérieux.
Pourquoi inventer en Bourgogne, des villes en feu, des monuments qui s'écroulent, des territoires dévastés alors qu'aucun texte ne l'indique. Les seules dévastations dûement prouvées sont celles qu'autorisa Louis VII, en 1166, lorsqu'il livra la vallée de la Saône aux exactions de la soldatesque ainsi que les mutilations de nos bâtiments religieux par les révolutionnaires.
Cela signifie que c'est une absurdité totale d'appliquer à la Bourgogne des textes qui relatent des destructions qui se sont faites ailleurs, d'imaginer une parenthèse d'évolution et une quasi-renaissance vers le XIème siècle. Cela signifie que si, au Vème siècle, les greniers à blé y sont pleins (15), si l'évêque de Lyon peut secourir une bonne partie de la Gaule victime des tribulations de cette époque, c'est que la Burgundie était exempte de ces maux grâce à son système de défense.


Renvois :
1. Augustodunum. Il s'agit de Mont-Saint-Vincent, en Bourgogne du sud, l'antique Bibracte. Voyez tous les articles que j'ai publiés à ce sujet. Autun, bien que portant le même nom latin, n'est encore, à cette époque, que la ville de Mt-St-Vincent/Augustodunum/le sanctuaire. Le mont Beuvray est l'oppidum boïen de Gorgobina que cite César dans ses Commentaires.
2. Zonare : Annales.
3. Zozime : Histoire romaine.
4. Ammien Marcellin, Histoire, tome II, livre XIX.
5. Julien : Eloge de Constance, 29. Constance ou de la royauté, 8.
6. Ammien Marcellin ou Julien ?
7. Ammien Marcellin, livre XXII, chap XII, 6
8. Eugène Léotard, Essai sur la condition des Barbares, http://www.mediterranee-antique.inf…
9. Chronique de Frédégaire.
11. Il s'agit de la forteresse de Mont-Saint-Vincent et non d'Autun. Grégoire de Tours, Histoire des Francs.
12. Sid. Apol. , lettres, livre II, 1.
13. Augnemetum, il s'agit de l'antique Gergovie sur l'éperon du Crest. http://www.agoravox.fr/culture-lois…
14. Saint Martin, 316 - 397. Vita Beati Martini, chap. IV, fol. 162D.
15. Sidoïne Apollinaire, Lettres VI, 12.