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mardi 30 juillet 2024

L’inquisition, la vraie histoire à découvrir à travers un récent ouvrage

 

L'inquisition ses origines - sa procédure, de Mgr Douais
L’inquisition ses origines – sa procédure, de Mgr Douais

Un récent ouvrage fait tomber quelques idées reçues sur l’Inquisition, à laquelle s’attache une légende noire depuis le XIXe siècle.

L’inquisition : le mot fait peur aux esprits contemporains

L’inquisition : le mot fait peur aux esprits contemporains. Relevant seulement du pape, l’inquisition fut fondée au XIIIe siècle et avait pour objectif de protéger l’orthodoxie catholique en réduisant les hérésies et d’éviter les excès de l’arbitraire de la justice seigneuriale ou épiscopale.

Tirant son nom du mot latin inquisitio qui signifie “enquête”, l’inquisition médiévale met en place une procédure d’enquête méthodique, nouveauté pour l’époque, et s’appuie sur des témoignages vérifiés. Sans vouloir nier les excès qu’elle pût commettre, une légende noire lui est cependant attachée depuis le XIXe siècle, qui en déforme la réalité.

Une procédure qui, et ce fut une innovation, rendait la défense plus facile et fournissait à l’accusé de plus fortes garanties

Aussi, si vous souhaitez mieux appréhender les raisons et le fonctionnement de ce tribunal pontifical ecclésiastique, les éditions Vox Gallia ont eu la bonne idée de publier récemment, L’inquisition ses origines – sa procédure, de Mgr Douais.

En quelques 200 pages, tomberont bien des idées reçues. En s’appuyant sur des documents d’époque, ce qui donne une ample valeur à son étude, Mgr Douais s’est tout spécialement attaché à expliquer aux hommes modernes quelle fut la principale raison de ce tribunal ecclésiastique, l’hérésie, le temps historique, le Moyen-Age, et sa procédure qui, et ce fut une innovation, rendait la défense plus facile et fournissait à l’accusé de plus fortes garanties.

L’Inquisition, la vraie histoire !

Francesca de Villasmundo

L’inquisition ses origines – sa procédure, de Mgr Douais, éditions Vox Gallia, 203 pages, 18€.

A commander en ligne chez Médias Culture et patrimoine

https://www.medias-presse.info/linquisition-la-vraie-histoire/188483/

samedi 9 décembre 2023

Darío Madrid : « Il est important de replacer l’Inquisition espagnole dans son contexte » [Interview]

 

Darío Madrid est le pseudonyme Internet de Gonzalo Fernández, chercheur en histoire et avocat. Spécialisé en droit pénal et en droit du travail, il a écrit de nombreux articles sur la légende noire, l’Inquisition et la conquête de l’Amérique, et a été invité comme orateur à diverses conférences et réunions sur l’histoire. Il a reçu la médaille Universitas Summa Cum Laude du GEES Espagne pour son travail de diffusion de l’histoire espagnole.

Notre confrère Álvaro Peñas l’a interviewé pour Deliberatio (nous avons traduit cette interview en français) au sujet de son premier livre, “La Inquisición española. Realidad y procedimiento del Santo Oficio” (L’Inquisition espagnole. Réalité et procédure du Saint-Office), un ouvrage qui décrit clairement les procédures devant les tribunaux de l’Inquisition.

Álvaro Peñas : Pourquoi un livre sur l’Inquisition espagnole ?

Darío Madrid : C’est un sujet qui a toujours attiré mon attention. En fait, j’ai acheté mon premier livre sur l’Inquisition en 1984. J’aime l’histoire et celle de l’Inquisition espagnole est très intéressante, surtout lorsqu’on découvre qu’elle n’utilisait pas les instruments de torture que l’on voit dans les films, les musées et les expositions, comme la dame de fer, le berceau de Judas ou l’arrache-seins. Ce dernier est un bon exemple de ce dont je parle. Le journaliste Antonio Maestre a pris une peinture du martyre de Sainte Agathe, dans laquelle les Romains lui arrachent les seins, et l’a décrite comme une torture de l’Inquisition. Torture, oui, mais pas avec ces inventions de la terreur.

Et puis je suis aussi très frappée par la procédure, parce que je suis avocate. Elle était très stricte et absolument tout était écrit, même les exclamations de douleur des torturés. Il y a quatre ans, j’ai donc commencé à faire des recherches sur cette question et j’ai finalement écrit ce livre.

Le fait que tout était consigné car écrit est le grand démystificateur de l’inquisition.

Darío Madrid : C’est tout à fait exact. Si les dossiers complets n’existent pas, il y a le résumé ou la sentence. C’est pourquoi on sait que, pour la période allant de 1540 à 1700, les exécutés représentent 3 % des personnes poursuivies, soit environ 3 000. On est loin du chiffre de plus de trente mille de Juan Antonio Llorente, le premier à avoir écrit un livre sur l’Inquisition.

Ce chiffre est très bas par rapport à ce qui s’est passé à l’époque avec les guerres de religion et la montée du protestantisme.

Darío Madrid : Oui, si l’on prend en compte, par exemple, ce qui s’est passé en France lors de la nuit de la Saint-Barthélemy, cinq jours au cours desquels 15 000 huguenots ont été assassinés. Ou en Angleterre, où les chiffres ne sont pas très clairs, mais nous savons qu’Henri VIII a persécuté les catholiques, que sa fille Marie, qui était catholique, a persécuté les anglicans, et qu’Élisabeth a de nouveau persécuté les catholiques. Il n’y avait pas de tolérance religieuse à l’époque. L’Inquisition espagnole a duré plus longtemps que d’autres institutions religieuses, bien que sa fonction ait finalement été de veiller aux bonnes mœurs.

Contrairement aux tribunaux civils, dans les procès de l’Inquisition, il y avait un avocat de la défense.

Darío Madrid : Il y avait un avocat de la défense, mais il était nommé par le tribunal et était un fonctionnaire du tribunal. Sa tâche consistait à défendre l’accusé et à signaler toute irrégularité dans la procédure, ce qui n’était pas courant car les inquisiteurs étaient très méticuleux. Ils jouissaient d’ailleurs d’un grand prestige et étaient très appréciés à l’époque.

L’Inquisition protégeait-elle davantage les accusés qu’un tribunal civil ?

Darío Madrid : Sur la question de la torture, oui. La torture était appliquée partout, mais l’Inquisition était très stricte. Dans un tribunal civil, c’était à la discrétion du juge, alors que les inquisiteurs devaient suivre des règles. De plus, dans l’Inquisition, la torture était appliquée à la fin de la procédure, lorsque l’enquête avait déjà été menée, alors que dans les tribunaux civils, elle était généralement appliquée au début. Les inquisiteurs étaient beaucoup plus disciplinés.

L’Inquisition ne cherchait pas vraiment à condamner le pécheur, ce qu’elle cherchait, c’était le repentir. Par conséquent, ceux qui se repentaient étaient sauvés et seuls ceux qui ne se repentaient pas ou se repentaient trop tard étaient condamnés au bûcher ou aux galères, selon le crime. En fait, pour l’époque, les peines n’étaient pas si sévères, car c’est le repentir qui était recherché. Même les condamnations à perpétuité prenaient souvent fin au bout de quelques années et il y avait la possibilité de purger la peine à domicile. Le pire était au début de la procédure, lorsque le suspect entrait dans la prison secrète et pouvait y passer des années. Par exemple, Fray Luis de León a passé quatre ans en prison avant d’être jugé.

Cependant, l’image perverse de l’inquisiteur est devenue populaire. Cette image est née d’une attaque de propagande contre l’Espagne parce qu’elle était à l’époque “l’épée de l’Église”, mais, en général, ne pensez-vous pas qu’il y a une tentative de diabolisation de l’inquisition catholique mais pas de l’inquisition protestante ?

Darío Madrid : Le fait est que toutes ces attaques ont été lancées par des protestants néerlandais qui, tout comme ils ont utilisé la conquête de l’Amérique comme propagande contre l’Espagne, ont également utilisé l’Inquisition comme un bélier et l’ont largement exagérée. Par exemple, le livre “Artes de la Inquisición Española”, publié en 1567 par Reinaldo González Montano, pseudonyme d’un protestant espagnol supposé s’être enfui de Valladolid, est un catalogue de barbaries qui constitue la base de la légende noire de l’Inquisition. Mais les persécutions menées par les protestants sont énormes. Les calvinistes ont exécuté 500 personnes dans une ville de 3 000 habitants. Ou encore le célèbre cas de Miguel Servet, condamné par Calvin, mais que beaucoup imputent à l’inquisition espagnole, de même que beaucoup croient à tort que Galilée a été brûlé par l’Église.

L’inquisition est-elle aujourd’hui une arme pour attaquer l’Eglise ?

Darío Madrid : Oui, pour la gauche, qui utilise l’inquisition dans son attaque permanente contre l’Église.

Le problème est que cette propagande est devenue une culture populaire. Dans les films hollywoodiens sortis cette année, l’Inquisition espagnole est présentée comme “la période la plus sombre de l’Église”.

Ce que l’on oublie, c’est qu’à l’époque, tous les pays persécutaient l’hérésie. Et l’hérésie était alors le pire des crimes, mais cela se passait partout. C’est pourquoi Calvin, qui a échappé à l’Inquisition française, brûle Servet pour avoir écrit un livre hérétique.

Le mythe n’est pas seulement présent à Hollywood, mais aussi en Espagne.

Darío Madrid : Oui, l’image d’une Espagne et d’une église sombres, où les inquisiteurs sont des personnages sinistres, est très vendue, mais cela ne signifie pas que nous devons défendre une légende rose de l’inquisition, nous devons simplement la replacer dans son contexte. Par exemple, il existe des cas de personnes qui ont été dénoncées à l’inquisition pour blasphème et qui ont été emmenées dans la prison secrète, où elles sont restées enfermées pendant un an jusqu’à ce que la peine soit décidée, qui dans certains cas consistait à prier le Notre Père plusieurs fois, mais elles ont bien sûr passé une année entière en prison. Le fait est que cela s’est également produit dans d’autres pays et que l’exemple le plus brutal est celui des sorcières.

En Espagne, il n’y a pas eu de chasse aux sorcières comme en Allemagne, en France ou en Suisse.

Darío Madrid : Eh bien, grâce à l’Inquisition. Le premier règlement qui apparaît en Espagne date de 1525 et stipule qu’il ne faut pas croire ces histoires, que les sorcières n’existent pas et qu’il peut s’agir de femmes malades, folles ou menteuses. Après le tristement célèbre “auto da fe” (procès inquisitorial) de Logroño, celui des sorcières de Zugarramundi, au cours duquel six personnes ont été brûlées et cinq sont mortes pendant la procédure, le célèbre inquisiteur Alonso de Salazar a insisté pour que cela ne se reproduise plus. C’est pourquoi le nombre de sorcières brûlées en Espagne se compte par dizaines, alors qu’en Europe, où de nombreux lettrés croyaient que les sorcières avaient des relations avec le diable et volaient sur des balais, elles se comptent par dizaines de milliers.

Cependant, il y a encore beaucoup de personnes en Espagne qui croient qu’elles sont les petites-filles des sorcières qui n’ont pas pu être brûlées…

Darío Madrid : Bien sûr, mais ce n’est pas vrai. C’est comme les musées de l’Inquisition, qui sont complètement faux. Aucune des pièces exposées n’a été utilisée par les inquisiteurs, pas même le fameux chevalet. En Espagne, il existe deux musées de la torture, à Santillana del Mar et à Tolède, où sont exposés ces engins, et à Grenade, on l’appelle directement le musée de l’Inquisition. Dans ce dernier, on peut voir la dame de fer et toutes sortes d’instruments de torture, comme la chaise inquisitoriale, une chaise dont le dossier et le siège sont remplis de clous et sur laquelle le prisonnier s’assoit pour le faire avouer, mais qui n’a pas été utilisée par l’Inquisition.

Un autre mythe répandu est celui de la persécution des Indiens par l’Inquisition en Amérique espagnole.

Darío Madrid : L’Inquisition n’était guère active en Amérique espagnole. Il y avait trois tribunaux : Nouveau-Mexique, Lima et Carthagène des Indes (qui a commencé en 1700). Les Indiens n’étaient pas persécutés parce qu’ils étaient considérés comme des néophytes ; il y a eu un cas de cacique brûlé, mais c’était le seul. L’Inquisition s’occupait des personnes nées dans la péninsule, de leurs enfants et des descendants d’Espagnols. Seules 60 personnes ont été exécutées.

Les dernières années de l’Inquisition sont souvent utilisées pour prouver que l’Espagne était un pays arriéré. À quoi ressemblait l’Inquisition à cette époque ?

Darío Madrid : Il y a un détail très curieux lorsque les troupes françaises sont entrées à Madrid en 1808. La première chose qu’elles ont faite a été d’aller voir les prisons de l’Inquisition, qui se trouvaient sur la Plaza de Santo Domingo, pensant y trouver toutes sortes de barbaries, mais elles ont été plutôt déçues. La vérité est qu’à partir de Philippe V, l’Inquisition a été utilisée comme un outil politique au service des rois, pour maintenir les bonnes coutumes, et qu’elle a perdu sa fonction originelle.

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2023, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2023/12/09/227561/dario-madrid-il-est-important-de-replacer-linquisition-espagnole-dans-son-contexte-interview/

vendredi 29 septembre 2023

Sur l’Inquisition et la chasse aux sorcières

 

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Ciril Valant, un journaliste slovène qui travaille pour une chaîne catholique, m’a demandé de participer à rétablir certaines vérités historiques. Je me suis prêtée au jeu de ses questions avec plaisir, la vérité semblant aussi difficile à faire connaître de ce côté de l’Europe que chez nous.
La partie en français commence à 1’38’’.
J’y parle de la révolution, de la chasse aux sorcières et de divers mensonges que j’ai rencontrés et que je m’efforce de dénoncer.

2’48 : ce qu’est la République.
8’12 : l’Inquisition et la chasse aux sorcières, guerres de religion, Norman Cohn, Lamothe-Langon, Tortures de l’Inquisition. Diffamation de l’Église, Wikipédia et la censure.
18’09 l’Église et la torture. Perte de la foi et peur du diable. René Girard et le bouc émissaire. Les sorciers sont jugés par des laïcs et pas par l’Église. Ni chasse ni sorcières. Plus de sorciers que de sorcières. Prêtre brûlé à Loudun.
30’ : psychose collective qui fait brûler des villages entiers. Louis XIV et Colbert. Interdiction en France de la chasse aux sorcières. Chiffres mirobolants et fous.
33’ Sorcellerie et Nouveau monde. Naissance de l’humanisme chrétien. Las Casas. Jésuites et Guaranis. Mensonges contre les jésuites.
36’ : génocide et extermination de femmes savantes, encore un mensonge. Inventions féministes. L’Église s’est mal défendue. Le roi absolu interdit les procès absolument.


http://marionsigaut.com/2020/10/01/sur-linquisition-et-la-chasse-aux-sorcieres/

samedi 19 février 2022

Sur l’Inquisition et la chasse aux sorcières

 Ce qu’on dit de la chasse aux sorcières, – ce qu’on croit en savoir -, peut tenir en une phrase : au Moyen âge l’Inquisition a brulé un million de sorcières.

Les contrevérités contenues dans cette assertion sont quatre :

– la chasse aux sorcières n’a pas eu lieu au Moyen âge mais pendant la période qui suit et qu’on dit « moderne ».

– L’Inquisition, tribunal ecclésiastique, n’a rien à voir avec les procès en sorcellerie qui furent le fait de juridictions locales entièrement laïques. On en a d’ailleurs une illustration évidente dans le fait que les pays protestants, non soumis à l’autorité de l’Église donc exempts de tribunaux ecclésiastiques, ont également brulé des sorcières à la même époque.

– Un million est un chiffre fantasmatique. Pourquoi pas dix ou cent ? Quelques dizaines de milliers, à l’échelle d’un continent et sur une durée d’un siècle, c’est déjà un nombre effroyable qu’il n’est pas utile de gonfler, sauf à vouloir tromper le monde.

– Parler uniquement de sorcières sans évoquer les sorciers n’est pas neutre. Bien sûr une majorité de femmes furent victimes des procès en sorcellerie. Mais des hommes le furent également, et le dire bat en brèche une théorie mensongère consistant à valider une vision anticatholique de l’Histoire telle qu’elle fut réinventée par la Britannique Margaret Murray ou le délirant Jules Michelet.


C’est le Britannique Norman Cohn qui  a rétabli la vérité dans un livre, assez difficilement trouvable, intitulé « Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen âge » publié chez Payot en 1982.

Pour raconter ce que j’ai découvert sur le sujet j’ai fait plusieurs vidéos.

Le 4 avril 2013 à Toulouse, à l’invitation d’Egalité et Réconciliation :

Et le 2 mars 2015, en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonet à Paris :

Conférence du 2 mars 2015 à St-Nicolas-du-Chardonnet

http://re-histoire-pourtous.com/sur-linquisition-et-la-chasse-aux-sorcieres/

samedi 29 janvier 2022

dimanche 29 novembre 2020

Inquisition : l’histoire contre la légende

 « Inquisitio », thriller diffusé sur France 2 au mois de juillet, réunit tous les clichés imaginables sur l’Inquisition. Il faut lire en contrepoint le livre de l’historien Didier Le Fur, qui remet la réalité en perspective.

     Du sang, du sexe et de la mort, des bourreaux et des comploteurs, des méchants très méchants et des gentils très gentils : excellents ingrédients pour un thriller. Nicolas Cuche y a recouru sans compter dans Inquisitio, téléfilm dont il est à la fois le concepteur, le réalisateur et le scénariste. L’oeuvre, présentée comme « la saga de l’été », sera diffusée par France 2 lors des quatre mercredis du mois de juillet. Le problème , c’est que ce thriller se déroule au XIVe siècle et que l’auteur, au nom de la « liberté romanesque », mêle sans vergogne l’histoire et la fiction. Pour un historien, l’exercice serait déjà à haut risque. Mais de la part d’un non-historien, il relève de la tromperie quand sont travestis des faits et des personnages qui ont réellement existé et sur lesquels les archives nous renseignent parfaitement. Ce qui est le cas ici. « Inquisitio n’est pas une leçon d’histoire homologuée par une batterie d’experts », reconnaît Nicolas Cuche. Mais l’avouer ne constitue pas une excuse, car le téléspectateur non averti avalera comme authentiques toutes les erreurs et les invraisemblances d’une série qui semble relever du grand Guignol, et non de l’histoire.

     Nous sommes en 1370. Le Grand Schisme divise l’Occident : un pape règne en Avignon, l’autre à Rome. A Carpentras, la peste décime la population. Persuadé qu’il s’agit d’un fléau envoyé par Dieu pour punir les hommes de leurs errements et qu’il n’y a rien d’autre à faire que de traquer le péché et l’hérésie, le grand inquisiteur nommé par le pape d’Avignon s’oppose à un médecin juif, esprit éclairé, qui veut éradiquer la maladie. Mais tous deux sont pris dans les péripéties d’un complot fomenté par le pape de Rome, qui veut éliminer son rival d’Avignon.

Un mythe forgé au XIXe siècle

Entre quelques scènes de torture ou de viol, le film donne à voir Clément VII (le pape d’Avignon) dans son bain en compagnie de jeunes personnes dévêtues, des fidèles d’Urbain VI (le pape de Rome) inoculant la peste dans le Comtat Venaissin sur ordre de Catherine de Sienne – la sainte mystique étant réduite à une névrosée aux pulsions meurtrières.
      « Inquisitio raconte l’échec et les ravages du fanatisme religieux et de l’intolérance », assure le producteur de la série télévisée. « L’Inquisition, constate en écho l’historien Didier Le Fur, reste dans l’imaginaire collectif un temps de violence et d’abus, le temps d’une justice arbitraire conduite par des religieux. Un temps d’obscurantisme et d’intolérance, un temps de nuit, d’ignorance, où régnait, victorieuse, la superstition » *. Mais le chercheur d’ajouter aussitôt : « La légende fut bien construite. »
     Spécialiste du Moyen Age tardif et de la Renaissance, Le Fur publie un livre particulièrement précieux pour ceux qui voudront comprendre quelque chose à l’Inquisition en évitant les divagations d’un feuilleton télévisé. L’origine, les buts, les méthodes et les effets de cette institution médiévale, si contraire à la mentalité contemporaine, y sont exposés en s’appuyant sur les travaux universitaires qui, depuis une trentaine d’années, ont abouti à la déconstruction d’un véritable mythe dont on sait qu’il a été largement instrumentalisé par les anticléricaux. En 1829, sous la Restauration, Etienne-Léon de Lamothe-Langon publiait ainsi une Histoire de l’Inquisition en France dans laquelle, affirmant avoir travaillé à partir de documents inédits tirés des archives ecclésiastiques de Toulouse, il décrivait avec force détails les crimes imputables aux tribunaux inquisitoriaux, alignant noms de victimes, dates et lieux. Dans les années 1970, deux historiens britanniques, Norman Cohn et Richard Kieckhefer, voulurent examiner la thèse de Lamothe-Langon à partir de ses sources originales : quelle ne fut pas leur surprise de constater que les archives en question n’avaient jamais existé ! « Le texte de Lamothe-Langon, raconte Didier Le Fur, est aujourd’hui considéré comme une des plus grandes falsifications de l’histoire. »

Combattre l’hérésie cathare

L’Inquisition médiévale, fondée au XIIIe siècle, possède une légende noire qui doit beaucoup à la confusion avec les excès de l’Inquisition espagnole, organisation politico-religieuse née au XVe siècle et destinée à assurer la cohésion sociale du nouveau royaume de Castille et d’Aragon sur la base de l’unité de foi. En Provence et dans le Languedoc, les tribunaux ecclésiastiques institués dans les années 1230 avaient pour but, eux, de réduire les hérésies, notamment celle des cathares. Refusant l’arbitraire, ils procédaient de façon formaliste et même paperassière (inquisition vient du latin inquisitio qui signifie « enquête »), interrogeaient des accusés qui avaient le droit de produire des témoins à décharge et de récuser leurs juges. En un temps où la justice civile utilisait la torture, ces tribunaux n’y recouraient que dans des situations codifiées, prononçaient parfois des acquittements, le plus souvent des sentences religieuses (réciter des prières, faire des pèlerinages), les condamnations à mort étant rares, et jamais exécutées par l’Eglise. Ajoutons que les Juifs ne tombaient pas sous le coup de ce système, fondé pour réprimer l’hétérodoxie chrétienne.
     A l’origine, écrit Didier Le Fur, le motif de l’Inquisition « était tout à fait honorable : sauver les âmes et conserver la chrétienté ». Son déclin s’esquissera dès les années 1270, les hérésies vaincues, les inquisiteurs ne poursuivant plus que sorciers et magiciens, avant d’être supplantés, au XIVsiècle, par les magistrats laïcs du pouvoir royal.

     Aux hommes d’aujourd’hui, y compris aux chrétiens, le contrôle social des consciences et des comportements religieux paraît inconcevable, ce qui rend l’Inquisition incompréhensible et injustifiable. Mais il n’en était pas de même au Moyen Age, Didier Le Fur explique pourquoi. L’historien n’a pas à juger le passé : son devoir est de l’expliquer. 

Jean Sévillia

* L’Inquisition. Enquête historique, France, XIIIe-XVe siècle, de Didier Le Fur, Tallandier.

https://www.jeansevillia.com/2015/04/11/inquisition-lhistoire-contre-la-legende/

mardi 8 septembre 2020

Sur l’Inquisition et la chasse aux sorcières

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Sur l’Inquisition et la chasse aux sorcières

Ce qu’on dit de la chasse aux sorcières, – ce qu’on croit en savoir -, peut tenir en une phrase : au Moyen âge l’Inquisition a brulé un million de sorcières.

Les contrevérités contenues dans cette assertion sont quatre :

– la chasse aux sorcières n’a pas eu lieu au Moyen âge mais pendant la période qui suit et qu’on dit « moderne ».

– L’Inquisition, tribunal ecclésiastique, n’a rien à voir avec les procès en sorcellerie qui furent le fait de juridictions locales entièrement laïques. On en a d’ailleurs une illustration évidente dans le fait que les pays protestants, non soumis à l’autorité de l’Église donc exempts de tribunaux ecclésiastiques, ont également brulé des sorcières à la même époque.

– Un million est un chiffre fantasmatique. Pourquoi pas dix ou cent ? Quelques dizaines de milliers, à l’échelle d’un continent et sur une durée d’un siècle, c’est déjà un nombre effroyable qu’il n’est pas utile de gonfler, sauf à vouloir tromper le monde.

– Parler uniquement de sorcières sans évoquer les sorciers n’est pas neutre. Bien sûr une majorité de femmes furent victimes des procès en sorcellerie. Mais des hommes le furent également, et le dire bat en brèche une théorie mensongère consistant à valider une vision anticatholique de l’Histoire telle qu’elle fut réinventée par la Britannique Margaret Murray ou le délirant Jules Michelet.

D%C3%A9monol%C3%A2trie-e1486139412458-188x300.jpgC’est le Britannique Norman Cohn qui  a rétabli la vérité dans un livre, assez difficilement trouvable, intitulé « Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen âge » publié chez Payot en 1982.

Pour raconter ce que j’ai découvert sur le sujet j’ai fait plusieurs vidéos.

Le 4 avril 2013 à Toulouse, à l’invitation d’Egalité et Réconciliation :

Et le 2 mars 2015, en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonet à Paris :


Conférence du 2 mars 2015 à St-Nicolas-du-Chardonnet

http://re-histoire-pourtous.com/sur-linquisition-et-la-chasse-aux-sorcieres/

vendredi 20 avril 2018

Idées reçues sur l'Inquisition

6a00d83451619c69e201bb0a057a71970d-250wi.jpgLe Figaro publie un article intéressant pour rétablir quelques réalités sur l'Inquisition, créée le 20 avril 1233 par le pape Grégoire IX.
Idée reçue n°1: l'Inquisition médiévale est le signe d'un temps d'intolérance et de fanatisme
Ce tribunal pontifical médiéval est institué par la papauté pour protéger l'orthodoxie catholique: il est créé pour lutter contre les dissidences religieuses. En contestant l'organisation de l'Église romaine et certains de ses dogmes elles menacent son unité. Ces membres sont considérés comme des hérétiques. Aussi l'objectif du tribunal est avant tout de sauver les âmes égarées, de les ramener dans le giron de l'Église romaine.
Il s'agit davantage d'un outil de persuasion que de répression. L'Inquisition est créée pour préserver la chrétienté et ne juge que les chrétiens. Les tribunaux inquisitoriaux sont introduits en 1233 dans le royaume de France pour lutter contre les Cathares, installés dans le Midi de la France. Les inquisiteurs, nommés par le pape, s'appuient dans leur mission sur les pouvoirs laïcs. En replaçant cette organisation ecclésiastique, dans le contexte culturel et historique du Moyen Âge, on ne peut parler de fanatisme ou d'intolérance.
Idée reçue n°2: Les juges inquisitoriaux rendent une justice arbitraire
L'Inquisition est souvent présentée comme une justice arbitraire et archaïque, alors qu'elle apparaît plutôt moderne: elle met en place une procédure d'enquête. Le but est de ramener la personne suspectée d'hérésie dans le droit chemin, de permettre la conversion. Ainsi l'instruction est méthodique, elle ne peut débuter que sur la base de témoignages vérifiés. Il faut des preuves concrètes et des témoignages probants avant de pouvoir faire procéder à l'arrestation d'une personne par les pouvoirs civils. La justice s'appuie sur l'aveu -s'il est obtenu par la torture, il doit être réitéré «sans aucune pression de force ou de contrainte», hors de la chambre de torture pour être recevable. Le faux témoignage est par ailleurs poursuivi et condamné.
L'historien Didier Le Fur précise dans son livre sur l'Inquisition que la sentence du tribunal est prise sur l'avis du conseil -qui comprend des membres du clergé régulier ou séculier et des laïcs désignés expressément et chacun fait serment de donner les bons conseils. On ne communique pas forcément le nom du prévenu. Enfin Il faut soulever que l'Inquisition ne condamne pas systématiquement les personnes suspectées. Il ne s'agit pas d'une justice aveugle, comme peut l'être la justice seigneuriale, souvent arbitraire et expéditive.
Idée reçue n°3: l'Inquisition est un tribunal qui envoie des milliers de personnes au bûcher
La légende noire de l'Inquisition, présentant les inquisiteurs comme des juges cruels, responsables d'immenses bûchers est un héritage de la littérature et de l'iconographie du XIXe siècle. Or les recherches récentes ont permis de réévaluer largement à la baisse le nombre d'occis. Ainsi selon les chiffres des sentences de Bernard Gui, inquisiteur à Toulouse pendant 15 ans, de 1308 à 1323, sur 633 sentences, seules 40 personnes sont remises au bras séculier, donc au bûcher (l'Inquisition qui ne peut en théorie pratiquer la peine de mort envoie le condamné à la justice laïque). Dès la fin du XIIIe siècle le bûcher est de plus en plus exceptionnel; il est aussi le signe de l'échec de l'Église, incapable de ramener les âmes perdues.
Il est certain qu'au cours de son histoire l'Inquisition a pu se montrer féroce, mais il faut aussi mentionner que les abus de certains juges sont aussi punis. Ainsi Robert le Bourge -ancien hérétique converti- inquisiteur en Champagne qui envoie des dizaines de condamnés au bûcher (bûcher du Mont-Aimé) est suspendu temporairement en 1233. Lorsqu'il reprend sa mission, ses excès sont tels qu'il est révoqué et condamné à la prison à perpétuité en 1247. Mais ces dérives ne sont pas une généralité:les tribunaux inquisitoriaux sont davantage modérés dans leurs sentences que les tribunaux laïcs. Et la grande majorité des peines consiste en un temps d'emprisonnement.
Les images de violences proviennent surtout de l'amalgame qui est fait avec l'Inquisition espagnole -fondée en Espagne, en 1479, par les rois catholiques Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. Indépendante de Rome, elle est un temps sous l'autorité du tristement célèbre grand inquisiteur Thomas de Torquemada. Elle est instaurée pour sévir contre toutes les déviances, c'est-à-dire contre tous ceux qui ne sont pas catholiques. Il s'agit d'un phénomène politico-religieux. Abolie une première fois en 1808, elle l'est définitivement en 1834.
Idée reçue n°4: l'Inquisition en France est une organisation pontificale puissante pendant des siècles
L'Inquisition médiévale dans le royaume de France perd de son importance avec le déclin des hérésies cathare et vaudoise à la fin du XIVe siècle. Ainsi un siècle après sa création elle est affaiblie notamment par la royauté qui souhaite affermir son autorité et conteste celle de l'Église. Aussi dans certaines affaires -comme celle des Templiers avec Philippe le Bel- il est difficile de définir la frontière entre le domaine politique et religieux.
La perte de l'influence du tribunal pontifical est flagrante au moment de la réforme protestante puisque ce n'est pas lui qui est au premier plan dans la lutte. En effet, les protestants sont considérés comme une menace pour la paix dans le royaume, par leur rébellion. Ce sont des criminels qui désobéissent au roi et dépendent donc de la justice laïque. Alors qu'en tant qu'hérétiques ils devraient relever du tribunal ecclésiastique, mais seuls les cas d'hérésie simple sont jugés par lui. L'inquisition reprend une certaine importance à la fin du XVIe siècle lorsqu'elle s'engage dans la chasse aux sorcières (magiciens, devins, sorciers). Les tribunaux inquisitoriaux disparaissent du royaume de France à la fin du XVIIe siècle."

jeudi 5 avril 2018

Augustin, prêtre martyr de la Révolution française

6a00d83451619c69e201bb0a010827970d-250wi.jpgExtrait de l'analyse de Franck Abed sur l'ouvrage écrit par Marieke Aucante :
"Comme elle l’écrit dans l’avant-propos, tout commence en septembre 2010 à bord d’un bateau pour « faire le tour de Fort Boyard ». Une fois le pied posé sur la terre ferme et « inconnue  », son regard se pose sur une chapelle. Elle nous raconte dans le détail cette rencontre : « Par une chaude lumière d'automne, j'avise une chapelle. La porte est ouverte. J'entre. Devant l'autel, je suis saisie de frissons. Sur le sol, je lis l'inscription : ossements des prêtres martyrs. Ce sont ceux des 829 prêtres réfractaires, déportés pendant la Terreur. Ils ont croupi dans des bateaux transformés en prisons flottantes en rade de Rochefort ». Frappée d’émotion et de sentiments puissants, elle reste « plus d’une heure seule dans cet espace de silence  ». Elle découvre que ces prêtres « venaient de toutes les régions de France  ». Elle n’ignore pas le sort que réservait la révolution à ceux qui entendaient rester fidèles à Jésus et à Rome. Elle dit encore : « Ils (les prêtres) ont vécu l'enfer. Beaucoup n'ont pas survécu et reposent sous mes pieds ». Pendant qu’elle projette des images des pontons dans le tréfonds de son âme, elle ressent « alors un appel intérieur : l'un des prêtres prisonniers me supplie de raconter leur tragédie. Celui qui me tient la main pendant l'écriture s'appelle Augustin. Il est jeune et vient du Limousin. Il me fait partager son existence, ravagée par l'intolérance et le fanatisme ». Commence alors un véritable et sincère témoignage qui mêle espérance, charité, amitié et pardon.
Le pardon est au coeur de la doctrine catholique et de la vie des chrétiens. En effet, dans le Notre Père nous lisons : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Est-il possible de pardonner à ceux qui tuent vos parents, vos frères, vos soeurs, vos amis ? Peut-on aimer les gens qui détruisent les autels et saccagent les lieux sacrés ? Comment garder l’espoir quand tout s’effondre autour de nous ? Ce livre répond à ces questions et bien plus…
Le récit s’ouvre par un jeu d’enfants entre Augustin et son ami Nicolas - fils du seigneur local - dans le Pays d’Yriex. Dans cette contrée, ils courent, s’amusent et découvrent les joies de la nature créées par Dieu. Pour les deux amis, tout ce qui les entoure est source d’émerveillement. La suite du roman nous raconte les évènements sombres et souvent méconnus de la Terreur, ou pire passés sous silence, de manière originale. En effet, elle ne se place pas du point de vue des révolutionnaires ou des contre-révolutionnaires, pas plus que des grands personnages de l’époque tels, Danton, Robespierre, Cathelineau ou Charette. Non, elle se glisse littéralement dans la peau de l’humble paysan Augustin, qui dès sa plus tendre enfance entend l’appel de Dieu pour le servir. Celui-ci devient prêtre, puis un réfractaire déporté à Rochefort, parce qu’il refuse de signer la Constitution Civile du Clergé. Celle-ci visait à laïciser la religion catholique et à transformer les clercs en fonctionnaires républicains. Augustin n’entend pas se soumettre au despotisme révolutionnaire, même si cet acte peut lui coûter la vie. La mère d’Augustin, qui ne croit pas en Dieu, dit au cours du récit : « Je sais que mon fils ne renoncera ni à écouter le Pape, ni à suivre la liturgie séculaire  ».
Comme le disait Pierre Chaunu, le grand historien de confession protestante : « La Révolution française a fait plus de morts en un mois au nom de l’athéisme que l’Inquisition au nom de Dieu pendant tout le Moyen-Âge et dans toute l’Europe ». Ainsi nous lisons tout au long du roman, les actions de haines menées par les révolutionnaires et les sévices subis par des populations qui voulaient en fin de compte vivre comme leurs ancêtres. La tornade révolutionnaire s’abat sur les catholiques : églises pillées, monastères détruits, assassinats de religieuses de prêtres de moines, profanation des reliques et autres objets sacrés. Marieke Aucante décrit avec force les ravages du fanatisme révolutionnaire et utilise des images percutantes pour montrer la folie des sans-culottes. Les révolutionnaires voulaient par tous les moyens détruire l’héritage chrétien de la France. Certains s’y sont opposés par le combat, d’autres pacifiquement. [...]"

vendredi 31 mars 2017

Une universitaire démonte la Légende noire de l'Inquisition en Espagne

Maria Elvira Roca Barea, issue d’une famille républicaine et franc-maçonne, s’affirme non croyante. Cette universitaire a travaillé depuis de longues années sur toutes les accusations lancées contre l’Eglise catholique, sur son rôle en Espagne, et sur l’Inquisition. Elle vient de publier un livre sous le titre Imperiofobia y leyenda negra, « Empirophobie et légende noire ».
6a00d83451619c69e201b8d270c1f8970c-250wi.jpgPremière légende : l’idée que la Réforme aurait fait de la religion une affaire privée en même temps que la Contre-Réforme aurait permis à la religion de conserver son rôle social.
« Il n’y a rien de plus faux que cette affirmation. C’est précisément l’inverse. Quel est le pays d’Europe occidentale qui a aujourd’hui comme chef d’Etat le chef de l’Eglise ? La Grande-Bretagne. Dans quel pays a-t-il été impossible jusqu’à il y a peu d’occuper une charge publique sans appartenir à la religion nationale ? En Grande-Bretagne et dans d’autres pays protestants. Cela veut dire que le protestantisme s’est constitué en Eglises nationales et que de ce fait la dissidence religieuse s’est transformée, non en délit religieux mais en délit contre la nation, contre l’Etat. Il en a été ainsi au Danemark et dans les Etats luthériens du Saint Empire germanique. (…) C’est précisément dans le monde catholique que le délit religieux continue d’être religieux et n’est pas considéré comme portante atteinte à l’Etat ».
C’est ce qui a notamment justifié le maintien d’une loi contre le « blasphème » au Royaume-Uni jusqu’en 1976. 
« L’Inquisition a existé, évidemment qu’elle a existé, mais c’était une institution de petite envergure, qui n’a jamais eu les moyens d’influencer de manière décisive la vie des pays catholiques ».
Elle donne l’exemple du roman Lazarillo de Tormes, condamné par l’Inquisition mais qu’on pouvait acheter partout et qui 20 ans après sa parution, était étudié dans toutes les universités espagnoles.
« L’Inquisition était une institution très bien organisée, bien mieux réglementée que n’importe quel autre institution de son temps, et où la religion continuait d’être affaire de religion et non de l’Etat. On s’occupait des délits qui sont au encore aujourd’hui des délits, tels les délits contre l’honnêteté : le proxénétisme, la pédérastie, la traite des Blanches, le faux-monnayage, la falsification de documents… elle avait un champ d’action très large. Le fait de se constituer de manière très organisée, réglementée et stable sur le plan judiciaire pour traiter des dissidences religieuses, a évité les massacres que celles-ci ont provoqués du côté protestant. Nous connaissons toutes et chacune des sentences de mort qui y furent prononcées. Elles sont très bien documentées dans une étude du Pr Contreras et du Danois Henningsen. L’Inquisition a jugé 44.000 causes au total depuis 1562 jusqu’à 1700, avec au final 1.340 morts environ. Et voilà toute l’histoire. Calvin a envoyé au bûcher 500 personnes en vingt ans seulement, pour hérésie. Quand on s’intéresse aux faits barbares qui se sont produits côté protestant, il n’y a pas de comparaison, entre autres choses parce que le calcul des morts qu’a pu provoquer l’intolérance protestante ne peut se faire que de manière approximative, puisque dans la plupart des cas, il n’y eut ni jugement, ni avocat, ni droit de la défense : ce fut par le procédé barbare du lynchage, rien de plus. Cela ne s’est jamais produit dans les zones catholiques, jamais ».
« Ce qu’il faut voir, c’est comment été gérée cette intolérance religieuse dans les différents endroits. Elle fut beaucoup plus civilisée est beaucoup plus compréhensive dans la partie catholique, et donc en Espagne. En Angleterre, ainsi que dans les principautés luthériennes protestantes au nord de l’Europe, les persécutions à l’encontre de la population furent atroces. Il y eut aussi tout le phénomène de la chasse aux sorcières, absolument démentiel, qui a provoqué des milliers de morts. Cela ne s’est pas produit dans le monde catholique et cela ne s’est pas produit en Espagne parce qu’il y avait d’Inquisition qui a évité cette barbarie ».
« Il nous est resté cette idée que Martin Luther n’avait pas d’autre choix que de rompre avec l’Eglise parce que l’Eglise était intolérante. Non, c’étaient eux, les intolérants. Les princes protestants ont imposé des conversions forcées. S’ils ne te tuaient pas, ils te confisquaient tes biens. Si tu ne partais pas, tu devais te convertir. Les catholiques ne toléraient-ils pas les protestants ? Sans doute, mais les protestants toléraient encore moins les catholiques ».

dimanche 1 juin 2014

Pour en finir avec l’Inquisition


Fanatiques torturant et immolant des innocents rendus coupables d’hérésie, l’Inquisition et ses serviteurs comptabilisent à eux seuls de nombreux préjugés erronés, issus pour la plupart de la pensée des Lumières si prompte à critiquer l’Église, mais également par les historiens républicains du XIXe et jusque dans les années 1950-60, toujours dans une optique anticléricale, reprise de nos jours par la sphère bien pensante du milieu politique et journalistique pour dénoncer un événement « arbitraire », démontrant une fois de plus son ignorance et son hypocrisie totale quant à la lutte face aux préjugés. Nous avons décidé de faire la lumière sur cette justice extraordinaire que fut l’Inquisition. Par commodité, nous ne traiterons que l’origine et l’application de l’Inquisition dans le royaume de France entre le XIe et la fin du XIIIe siècle.
Introduction
Avant de parler de l’Inquisition, nous aimerions mettre les choses au clair et apporter au lecteur une méthode de compréhension de l’événement historique sujet à caution. L’Histoire n’est pas manichéenne, elle n’est pas le récit de la lutte entre les bons et les mauvais, entre les justes et les injustes, entre le Bien et le Mal, pas plus qu’elle n’est le produit de la lutte des classes. Pour comprendre un événement ou une période historique, comme par exemple le Moyen Âge, il faut se replacer dans le contexte de l’époque et « dans la tête » d’un contemporain. Juger l’Inquisition et la lutte contre l’hérésie avec notre œil d’homme du XXIe siècle conduit forcément à une erreur d’interprétation, où l’on verrait un combat entre une Église tyrannique et intolérante combattant contre la liberté de culte et d’expression, deux notions qui, soit dit en passant, sont totalement inconnues à l’époque. De même que juger le christianisme et le dogme de l’Église au travers de la pensée païenne de la Grèce ou de la Rome antique conduit forcément à une mauvaise compréhension des faits, voire à une partialité réductrice digne des Lumières envers l’Église, faisant passer les cultes païens germaniques pour de joyeuses fêtes folkloriques, l’hérésie cathare pour un courant écologiste progressiste et non violent en plein Moyen Âge, alors que le catholicisme serait considéré comme une régression intellectuelle et un frein à une conception moderne de la liberté, inconnue au Moyen Âge.
L’hérésie, un péril où chacun est concerné
Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’hérésie au Moyen Âge est une déviance, due à une remise ne cause de la Trinité et du dogme de l’Église, sans lequel le salut ne peut s’excercer. Or, l’Église est universelle et son objectif ultime est d’assurer le salut des âmes des « gens des Nations » par l’unité de la foi sur Terre. Prenons comme exemple un corps humain représentant la chrétienté, dont la tête serait le Christ. Chaque partie du corps humain représente chaque chrétien. L’unité de la foi assure la bonne santé dudit corps, au nom du Christ, la tête, sans qui le Salut est impossible. Si l’une des parties du corps est malade, deux solutions sont possibles pour éviter la propagation à l’ensemble de l’organisme : 1) la guérison de l’hérésie par tous les moyens dont dispose l’Église : prédication, évangélisation, excommunication, interdit ; 2) l’ablation du membre si aucun remède ne fonctionne, autrement dit, appel au bras séculier, seul capable de mettre en œuvre la torture et la répression violente, sans quoi l’intégralité du corps sera parasité et le salut de tous sera compromis. En cela, tous les chrétiens sont acteurs de cette universalité de la foi en Christ. Ainsi, on le verra, l’Inquisition ne choquait personne et était approuvée par une large majorité de la population, car créait un sentiment d’appartenance à une même communauté, l’adversité renforçant les liens entre les membres identifiés d’une même communauté.
L’hérésie languedocienne, définition et condamnation
Le catharisme se développa dans le Sud-Ouest de la France, où l’Église carolingienne s’était moins bien développée que dans le reste du royaume, c’est-à-dire au Nord de la Loire (lire notre article sur le Catharisme). Comme le note Jean Chélini, les déviances religieuses s’appuyaient généralement sur des sentiments régionalistes. L’hérésie languedocienne, comme les autres déviances de cette époque, sont paradoxalement dues entre autre chose à la volonté de réforme profonde de l’Église, initiée dès le XIe siècle et connue sous le nom de « réforme grégorienne ». Cette réforme avait encouragé l’instruction des laïcs en matière religieuse et avait entrainé chez certains une curiosité spirituelle qui les a conduit à rechercher d’autres moyens d’assurer leur salut dans des formes hétérodoxes.
L’hérésie languedocienne est une des formes les plus virulentes et les plus dangereuses de ces déviances apparues au cours du siècle. Ses fondements remontent probablement aux premiers balbutiements du christianisme en Orient et reposent sur un manichéisme simple : selon la doctrine, l’univers serait en proie à la lutte permanente entre le Bien et le Mal, le Bien ayant créé l’Esprit, le Mal la matière, ce qui revient à dire que l’Univers a été créé non pas par Dieu, mais par Satan.
Aux yeux de cette secte, Jésus n’est pas le fils de Dieu, mais un ange dont la vie terrestre n’était qu’une illusion. Autrement dit, les cathares ne voient en la Passion qu’une illusion, car Jésus étant un ange ; il ne peut pas mourir et ne peut donc, logiquement, ressusciter le troisième jour. De même, Marie n’était qu’une illusion également, un pur esprit. Pour les cathares, lorsque le corps meurt, il reste dans le royaume terrestre du Démon, alors que l’âme rejoint le monde des esprits.
Les cathares se fondent sur une morale à deux étages : la majorité, appelée « croyants », n’est soumise à aucune contrainte morale ou de vie. À l’inverse, les élites de la société cathare, appelées « parfaits », forment le noyau de cette secte. Ayant rompu tout lien avec leur famille, ils vivent en communauté et s’astreignent à une vie très rude : jeûne permanent entraînant parfois des morts par inanition, interdiction de tout rapport sexuel, obligeant les « parfaits » à quitter leur conjoint et à vivre une vie de célibat. Mais, et c’est là que l’on voit que le catharisme est plus une secte qu’une Église de par la non-unité du dogme, certains parfaits ne sont pas opposés aux rapports charnels, mais critiquent l’intrusion du mariage. En somme, ils prônent la liberté sexuelle[1]. De ce fait, le catharisme, plus qu’une hérésie, est une parfaite remise en cause de l’Église et de la société féodale telle qu’elle existe à l’époque. Cette secte se développa très vite dans la région, touchant nombre de membres de la cour comtale de Toulouse.
L’Église ne tarde pas à réagir : le concile de Latran IV de 1215 condamne l’hérésie cathare dans le canon I et réaffirme ensuite avec vigueur tous les points de la doctrine catholique contestés pas les hérétiques :
Dieu est le seul créateur de toutes choses,
Seul le prêtre peut donner les sacrements, alors que les « parfaits » se considéraient capables de transmettre une sorte de sacrement tout-puissant[2] par l’apposition des mains (consolamentum),
Le pain et le vin sont nécessaires lors de la célébration du sacrifice, où se produit la transsubstantiation du pain et du vin, qui deviennent alors la chair et le sang du Christ (Matthieu XXVI, 26-30),
Le mariage des laïcs est bon et n’empêche nullement d’atteindre le salut de l’âme.
Le canon III, le plus important pour notre sujet, met en place les moyens de la répression que l’on appellera Inquisition par la suite : les hérétiques reconnus coupables devaient être livrés au bras séculier (la justice laïque), leurs biens devaient être confisqués. Les receleurs d’hérétiques devaient être excommuniés et bannis de toute fonction publique ; les évêques ayant au sein de leurs diocèses des hérétiques devaient mener une enquête et faire appliquer les sanctions canoniques prévues, les évêques négligents seraient déposés, on ne pouvait prêcher qu’avec l’accord écrit du pape ou de l’évêque ordinaire. Lorsque la croisade fut déclarée, les croisés recevaient les mêmes privilèges spirituels que lors des croisades en Terre Sainte. Le concile de Latran IV dépouilla officiellement Raymond IV du comtat de Toulouse ainsi qu’à toute sa famille.
La répression de l’hérésie par l’Inquisition
L’Inquisition est officiellement créée en 1231 par le pape Grégoire IX au travers de la bulle Excommunicatus. Cependant, l’Église n’a pas attendu cette date pour lutter contre l’hérésie. On l’a vu, le rôle de combattre les hérétiques échoit aux évêques, qui depuis les premiers siècles du christianisme ont cette mission. Nous allons ici pouvoir casser la légende noire de l’Inquisition : il n’a jamais été dans les habitudes de l’Église de rafler les hérétiques de manière arbitraire et de tous les livrer au bûcher. En réalité, le meilleur moyen pour lutter contre les hérésies et contre le paganisme en son temps, fut, comme le disait saint Bernard de Cîteaux, par les arguments et non par la violence. Ainsi, la prédication, le débat public pour confronter les hérétiques à leurs erreurs fut la première arme de l’Église contre les cathares. Si les légats pontificaux envoyés par Innocent III dès 1198 dans le Midi échouèrent, ce fut moins le cas de Dominique de Guzman, jeune chanoine castillan qui traversa le Languedoc où il constata les ravages que provoquait le catharisme. Avec l’accord de son évêque, Diègue d’Ozma, Dominique parcourut la région pendant dix ans afin de prêcher la vraie foi parmi les hérétiques, afin de les ramener dans le droit chemin. C’est là qu’il fonda l’ordre des dominicains, qui regroupait d’anciens cathares ayant abjuré.
Si, comme on l’a vu, l’Inquisition nait officiellement en 1231, ce n’est en réalité que l’aboutissement d’un processus que certains font remonter au traité de Paris, mais qui, selon Jean Chélini, remonte au concile de Vérone de 1184, où le pape Lucius III condamne pour la première fois l’hérésie néo-manichéiste (les cathares) ainsi que d’autre courants hérétiques. Il est décrété que le pouvoir civil doit assistance pleine et entière aux évêques pour lutter contre l’hérésie (ce qui n’est qu’un rappel de la tradition de l’appui du bras séculier) sous peine d’excommunication. De même, les populations civiles sont invitées à dénoncer les hérétiques aux évêques.
Le concile d’Avignon de 1209 décrète que chaque paroisse comportera désormais un tribunal composé d’un laïc et d’un religieux chargé de démasquer les hérétiques et leurs complices, disposition confirmée par le canon III du concile de Latran IV de 1215. Les ordres mendiants vont être chargés de traquer l’hérésie et de l’éradiquer, ils formeront le fer de lance de l’Inquisition.
L’Inquisition à sa création sous le pontificat de Grégoire IX (1227-1241) possède un caractère indépendant. Reflet des ambitions théocratiques de Grégoire, l’Inquisition se place directement sous la juridiction du pape, et ne dépend d’aucune juridiction civile ou ecclésiastique autre. L’Inquisition est une justice extraordinaire, qui supplante toute forme de droit ou de coutume. Elle est « la manifestation et l’instrument du pouvoir pontifical »[3]. C’est une justice rationnelle, qui élabore des manuels, précis et pratiques. L’Inquisition tient des registres de toutes les personnes accusées d’hérésie. Elle repose sur la procédure d’enquête (inquisitio en latin). Le but est de recueillir l’aveu de l’accusé, car cet aveu permet le pardon et la repentance. Le recours à la torture, uniquement utilisée lorsque les accusés refusaient d’avouer malgré les preuves, car les preuves étaient nécessaires, était utilisé, même s’il restait exceptionnel. En réalité, les peines et les moyens utilisés par l’Inquisition étaient loin de ce que l’on veut nous faire croire aujourd’hui : l’inquisiteur, arrivé sur place, décrète deux édits, l’un ordonnant la dénonciation des hérétiques par la population, si celle-ci est ostentatoire[4] sous peine d’excommunication, l’autre ordonnant aux hérétiques d’abjurer sous un délai de 15 à 30 jours pour être pardonné. En cas de refus, les récalcitrants font l’objet de poursuites.
Jean Sévillia nous explique dans Historiquement correct, que l’Inquisition était une justice tempérée et paperassière. Nous pouvons aller en ce sens, mais émettre quand même une critique : contrairement à Sévillia, Jean-Louis Biget, spécialiste reconnu de l’Inquisition et de l’hérésie cathare, affirme que l’accusé n’avait aucun recours en appel ni la possibilité de produire de témoins ou d’avoir un défenseur. Cependant, les faux témoignages étaient également poursuivis, ceci étant un péché mortel (Exode XX 16).
Cependant, tous deux vont dans le même sens en ce qui concerne les peines : alors que les manuels scolaires dépeignent des hérétiques persécutés voués aux pires châtiments, la réalité est encore une fois dépassée par le mythe. Les chiffres montrent que sur les 930 sentences que prononce par exemple l’inquisiteur Bernard Gui à Albi entre 1308 et 1323 on compte : 139 acquittements, 286 pénitences religieuses (imposition de croix, pèlerinage ou service militaire en terre Sainte), 307 incarcérations, 156 sentences diverses (allant de l’exposition au pilori à la destruction de maison ou à l’exil) et seulement 42 condamnations au bûcher. À noter qu’en ce qui concerne la torture et la mise à mort, seul le pouvoir civil possédait cette capacité jusqu’en 1252, où Innocent IV l’autorise pour les tribunaux ecclésiastiques à condition que le prisonnier ne soit ni mutilé, ni que son sang ne coule. De même, la papauté veille au grain : les abus des inquisiteurs sont réprimandés.
Conclusion
Certes, l’Inquisition ne fut pas toujours tendre envers les hérétiques, mais il faut se replacer dans le contexte de l’époque pour concevoir le fait que ce tribunal n’était en rien un instrument de tyrannie, mais bien un outil pour rétablir la paix et l’unité de la chrétienté. L’hérésie cathare disparut presque totalement du Sud-Ouest dans les années 1320, ses adeptes revenus dans la foi catholique ou bien exterminés (au sens latin du terme : ex terminis : « hors des frontières », c’est à dire contraints à l’exil en Allemagne ou en Italie). Il n’y a en effet jamais eu de massacres de cathares : la célèbre phrase attribuée au légat Amaury en 1209 : « tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », a en réalité été écrite cinquante ans après le sac de Béziers où fut théoriquement prononcée cette fameuse harangue, par un moine allemand, Césaire de Heisterbach, dans son œuvre Le livre des miracles.
Bibliographie
GAUVARD Claude (dir.), Dictionnaire de la France médiévale, paris PUF, 2011
CHELINI Jean, Histoire religieuse de la France médiévale, Paris, Pluriel, 2010, 663 p.
SEVILLIA Jean, Historiquement correct, Paris, Tempus, 2003 (rééd. 2013), 510p.

mardi 21 mai 2013

La chasse aux sorcières et l’Inquisition

Suite à la conférence de Marion Sigaut sur "La chasse aux sorcières et l’Inquisition" tenue à Toulouse le jeudi 4 avril 2013, nous sommes heureux de vous présenter la vidéo tournée lors de cet événement.
Vous pourrez vous rendre compte du franc succès que cette conférence a rencontré. Sans trop de surprise pour nous sachant que nous avions dû afficher complet très rapidement.
Merci à l’équipe de tournage pour ce très bon travail de réalisation mais surtout à Marion sans qui rien n’était possible.
La conférence :
NB : À 18min30, il faut entendre « la guerre menée contre l’hérésie » et non « la guerre menée contre l’inquisition ».
Questions du public :

mercredi 22 août 2012

Inquisition : l'histoire contre la légende

Le Figaro Magazine - 29/06/2012
« Inquisitio », thriller diffusé sur France 2 au mois de juillet, réunit tous les clichés imaginables sur l'Inquisition. Il faut lire en contrepoint le livre de l'historien Didier Le Fur, qui remet la réalité en perspective.

     Du sang, du sexe et de la mort, des bourreaux et des comploteurs, des méchants très méchants et des gentils très gentils : excellents ingrédients pour un thriller. Nicolas Cuche y a recouru sans compter dans Inquisitio, téléfilm dont il est à la fois le concepteur, le réalisateur et le scénariste. L'oeuvre, présentée comme « la saga de l'été », sera diffusée par France 2 lors des quatre mercredis du mois de juillet. Le problème , c'est que ce thriller se déroule au XIVe siècle et que l'auteur, au nom de la « liberté romanesque », mêle sans vergogne l'histoire et la fiction. Pour un historien, l'exercice serait déjà à haut risque. Mais de la part d'un non-historien, il relève de la tromperie quand sont travestis des faits et des personnages qui ont réellement existé et sur lesquels les archives nous renseignent parfaitement. Ce qui est le cas ici. « Inquisitio n'est pas une leçon d'histoire homologuée par une batterie d'experts », reconnaît Nicolas Cuche. Mais l'avouer ne constitue pas une excuse, car le téléspectateur non averti avalera comme authentiques toutes les erreurs et les invraisemblances d'une série qui semble relever du grand Guignol, et non de l'histoire.
     Nous sommes en 1370. Le Grand Schisme divise l'Occident : un pape règne en Avignon, l'autre à Rome. A Carpentras, la peste décime la population. Persuadé qu'il s'agit d'un fléau envoyé par Dieu pour punir les hommes de leurs errements et qu'il n'y a rien d'autre à faire que de traquer le péché et l'hérésie, le grand inquisiteur nommé par le pape d'Avignon s'oppose à un médecin juif, esprit éclairé, qui veut éradiquer la maladie. Mais tous deux sont pris dans les péripéties d'un complot fomenté par le pape de Rome, qui veut éliminer son rival d'Avignon.
Un mythe forgé au XIXe siècle
Entre quelques scènes de torture ou de viol, le film donne à voir Clément VII (le pape d'Avignon) dans son bain en compagnie de jeunes personnes dévêtues, des fidèles d'Urbain VI (le pape de Rome) inoculant la peste dans le Comtat Venaissin sur ordre de Catherine de Sienne - la sainte mystique étant réduite à une névrosée aux pulsions meurtrières.
 « Inquisitio raconte l'échec et les ravages du fanatisme religieux et de l'intolérance », assure le producteur de la série télévisée. « L'Inquisition, constate en écho l'historien Didier Le Fur, reste dans l'imaginaire collectif un temps de violence et d'abus, le temps d'une justice arbitraire conduite par des religieux. Un temps d'obscurantisme et d'intolérance, un temps de nuit, d'ignorance, où régnait, victorieuse, la superstition » *. Mais le chercheur d'ajouter aussitôt : « La légende fut bien construite. »
     Spécialiste du Moyen Age tardif et de la Renaissance, Le Fur publie un livre particulièrement précieux pour ceux qui voudront comprendre quelque chose à l'Inquisition en évitant les divagations d'un feuilleton télévisé. L'origine, les buts, les méthodes et les effets de cette institution médiévale, si contraire à la mentalité contemporaine, y sont exposés en s'appuyant sur les travaux universitaires qui, depuis une trentaine d'années, ont abouti à la déconstruction d'un véritable mythe dont on sait qu'il a été largement instrumentalisé par les anticléricaux. En 1829, sous la Restauration, Etienne-Léon de Lamothe-Langon publiait ainsi une Histoire de l'Inquisition en France dans laquelle, affirmant avoir travaillé à partir de documents inédits tirés des archives ecclésiastiques de Toulouse, il décrivait avec force détails les crimes imputables aux tribunaux inquisitoriaux, alignant noms de victimes, dates et lieux. Dans les années 1970, deux historiens britanniques, Norman Cohn et Richard Kieckhefer, voulurent examiner la thèse de Lamothe-Langon à partir de ses sources originales : quelle ne fut pas leur surprise de constater que les archives en question n'avaient jamais existé ! « Le texte de Lamothe-Langon, raconte Didier Le Fur, est aujourd'hui considéré comme une des plus grandes falsifications de l'histoire. »
Combattre l'hérésie cathare
L'Inquisition médiévale, fondée au XIIIe siècle, possède une légende noire qui doit beaucoup à la confusion avec les excès de l'Inquisition espagnole, organisation politico-religieuse née au XVe siècle et destinée à assurer la cohésion sociale du nouveau royaume de Castille et d'Aragon sur la base de l'unité de foi. En Provence et dans le Languedoc, les tribunaux ecclésiastiques institués dans les années 1230 avaient pour but, eux, de réduire les hérésies, notamment celle des cathares. Refusant l'arbitraire, ils procédaient de façon formaliste et même paperassière (inquisition vient du latin inquisitio qui signifie « enquête »), interrogeaient des accusés qui avaient le droit de produire des témoins à décharge et de récuser leurs juges. En un temps où la justice civile utilisait la torture, ces tribunaux n'y recouraient que dans des situations codifiées, prononçaient parfois des acquittements, le plus souvent des sentences religieuses (réciter des prières, faire des pèlerinages), les condamnations à mort étant rares, et jamais exécutées par l'Eglise. Ajoutons que les Juifs ne tombaient pas sous le coup de ce système, fondé pour réprimer l'hétérodoxie chrétienne.
     A l'origine, écrit Didier Le Fur, le motif de l'Inquisition « était tout à fait honorable : sauver les âmes et conserver la chrétienté ». Son déclin s'esquissera dès les années 1270, les hérésies vaincues, les inquisiteurs ne poursuivant plus que sorciers et magiciens, avant d'être supplantés, au XIVe siècle, par les magistrats laïcs du pouvoir royal.
     Aux hommes d'aujourd'hui, y compris aux chrétiens, le contrôle social des consciences et des comportements religieux paraît inconcevable, ce qui rend l'Inquisition incompréhensible et injustifiable. Mais il n'en était pas de même au Moyen Age, Didier Le Fur explique pourquoi. L'historien n'a pas à juger le passé : son devoir est de l'expliquer.
* L'Inquisition. Enquête historique, France, XIIIe-XVe siècle, de Didier Le Fur, Tallandier.