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jeudi 31 octobre 2024

Encore une hérésie historique de plus proférée par Macron, le mythe de El Andalus

 

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Michel Festivi 

Décidemment, Macron persiste et signe dans les ignominies historiques les plus infâmes à l’encontre de la France. De plus, cette manière de dénigrer l’Histoire de France ou de l’Europe depuis l’étranger est insupportable et même proprement inacceptable. J’avais écrit un jour que Macron était un ignare absolu, qui ne connaissait l’Histoire qu’aux travers des annales de Science po et de l’ENA, dont on sait que depuis des années, elles sont construites à partir des articles du Monde et de Libération. La preuve flagrante vient une nouvelle fois de nous en être donné sur ses stupidités proférées à propos d’une soi-disant civilisation de Al Andalus.

Mais avant de déblatérer des sornettes, que Macron se renseigne, qu’il lise les bons auteurs, qu’il se cultive un tant soit peu, bref qu’il prenne le temps de la réflexion, sa fonction le lui commande. Le très grand historien Serafin Fanjul, universitaire Espagnol, islamologue et arabisant, spécialiste de philologie sémitique, ancien directeur du Centre culturel hispanique du Caire et membre de l’académie royale d’histoire, a fait litière de ces âneries débitées à longueur de temps par des incultes et reprises à satiété par des journalistes qui ne se sont renseignés sur rien.

L’un de ses ouvrages, Al Andalus, l’invention d’un mythe : la réalité historique de l’Espagne des trois cultures a été publié en France aux éditions de l’Artilleur en 2017. Ce pavé de 715 pages est une somme historique de premier ordre. Fanjul dénonce ce mythe au travers d’une analyse critique implacable. Cette pensée arabisante s’est développée au XIXe siècle, par le biais du romantisme littéraire, dont Washington Irving (1783-1859) fut l’un des parangons. Cela reprend les discours biaisés du « bon sauvage » ou du « paradis perdu », c’est-à-dire d’arabes raffinés, supérieurs, cultivés succombant aux chrétiens barbares, ignorants et maladroits, l’orientalisme dévoyé par haine de l’occident.

Pour Fanjul, cette vision idéalisée d’une Espagne multiculturelle, terre de tolérance et de vie en commun entre trois cultures et trois religions monothéistes, est historiquement erronée. Il a notamment défini le Royaume de Grenade musulman (1238-1492) comme « une société monoculturelle, avec une seule langue, une seule religion. Une société terriblement intolérante, par instinct de survie, puisqu’elle était acculée à la mer. ». Il a énoncé aussi, que pendant les huit siècles d’occupation islamiste de l’Espagne « plus le pourcentage des musulmans étaient importants, moins la société était tolérante. ». Dans la Nouvelle Revue d’Histoire (numéro 62 de septembre-octobre 2012), Serafin Fanjul précisera « Les pouvoirs religieux d’Al-Andalus cherchèrent toujours l’islamisation totale et il y eut des exodes massifs de chrétiens vers le nord, jusqu’au XIIe siècle... ». C’est d’ailleurs ces exodes qui permirent la Reconquista.

Bien sûr Fanjul fut terriblement attaqué par toute la clique gauchiste et islamogauchiste d’Espagne et d’Europe, sans que personne ne puisse apporter des arguments sérieux contraires, sauf l’insulte. Mais Fanjul n’est pas le seul universitaire à fustiger le mythe de la tolérance islamiste. Dans mon livre sur la biographie du général Miguel Primo de Riveraun dictateur éclairé pour régénérer l’Espagne 1923-1930, publié chez Dualpha en 2023 cliquez ici, j’évoque cet épisode de l’Histoire de L’Espagne que fut la conquête du Maroc.

Lorsque les militaires espagnols reprirent pied au Maroc dans les années 1860, ils furent scandalisés par la vision des juifs séfarades qui avaient des patronymes espagnols, qui parlaient un vieil espagnol et qui étaient martyrisés par les musulmans. S’en suivi tout un courant philosémite espagnol qui culminera en 1924 lorsque Miguel Primo de Rivera prendra un décret accordant la nationalité espagnole aux juifs séfarades, et Franco et ses diplomates utiliseront ce décret pour sauver des milliers de juifs pendant la seconde guerre mondiale, j’ai tout un chapitre à ce propos.

Mais d’autres universitaires comme Rafael Sànchez Saus, professeur d’histoire médiévale à l’université de Cadix, dans son livre paru en 2019 aux édictions Le Rocher, Les chrétiens dans Al-Andalus, de la soumission à l’anéantissement, démontre que pendant des siècles, la majeure partie de la population chrétienne et la minorité juive ont été soumises à un régime de très forte discrimination. C’est aussi le cas pour Dario Fernàndez-Morera, docteur de l’université d’Harvard, professeur à l’université de Nortwestern en Illinois, qui dans son ouvrage, Chrétiens, juifs et musulmans dans Al-Andalus, mythes et réalités de l’Espagne islamique, publié chez Jean Cyrille Godefroy, assure que « loin d’être un espace de tolérance « l’Espagne musulmane » fut le lieu d’une régression culturelle dans tous les domaines de la vie. Chrétiens et juifs y furent marginalisés et opprimés par des autocrates religieux. Considérés comme subalternes dans une société hiérarchisée, ils furent réduits au rang de dhimmis et eurent le choix que les gangsters donnent à leurs victimes : payer pour être protégés ou disparaître. »

Un autre historien français nous a produit des arguments convaincants pour démontrer l’intolérance de l’islam vis-à-vis des chrétiens et des juifs. C’est Philippe Conrad qui avait publié un opuscule brillant, Al-Andalus : l’imposture du mythe du « paradis multiculturel » (La Nouvelle Librairie, en 2020). Il y détaille les actions des musulmans pour humilier les juifs et les chrétiens. Des impôts spécifiques que seuls les non-musulmans devaient payer. Ces derniers devaient porter des vêtements simples ; ne jamais monter à cheval mais se contenter d’un âne ; ne pas porter l’épée. Être contraints d’héberger à leurs frais les troupes musulmanes ; ne pouvoir jamais épouser une musulmane sous peine de mort ; ne posséder que la jouissance précaire de terres, dont la propriété était toujours affectée à un musulman. Aucun juif ou chrétien ne pouvait témoigner contre un musulman ; le meurtre d’un musulman par un chrétien ou un juif emportait systématiquement la peine de mort mais jamais l’inverse. L’interdiction faite à un juif ou un chrétien d’avoir un serviteur musulman ; devant un tribunal l’évaluation pécuniaire de la vie d’un musulman était obligatoirement du double de celle d’un juif ou d’un chrétien etc...

Philippe Conrad cite le Calife Omar II qui avait dit à ses gouverneurs, les Wadi : « La suppression des juifs et des chrétiens est pour nous un devoir aussi bien que l’anéantissement de leur foi ; faites-les descendre à la place d’opprobre et d’avilissement que Dieu leur a assigné ». On retrouvera cette même dhimmitude dans les Balkans pendant les cinq siècles d’occupation ottomane, avec un impôt spécial pour les non musulmans et le rapt des garçons pour en faire des Janissaires, sauf s’il y avait conversion à l’islam.

Autre chose Monsieur Macron à vous signaler, pendant des siècles, les côtes méditerranéennes françaises, espagnoles, italiennes eurent droit à des attaques sporadiques de barbaresques musulmans, qui venaient avec des embarcations très rapides, faire leur marché en emportant dans des rezzous, des femmes, des hommes, des enfants pour en faire des esclaves. L’esclavagisme musulman dura treize siècles, il faut aller visiter le marché des esclaves à Zanzibar, ou des millions d’esclaves transitèrent, venant essentiellement d’Afrique. Les hommes étaient transformés en eunuques, la mortalité y était énorme, seule 10 à 15% des opérés survivaient. Bernard Lugan, dans son livre : Esclavage, l’histoire à l’endroit, en parle savamment « les seuls qui ont aboli l’esclavage ce sont les blancs » Sud Radio, entretien avec André Bercoff, 7 octobre 2020.

Autre chose à vous signaler Monsieur Macron, lorsque la France et l’Espagne se virent octroyer le protectorat marocain, par le traité de Fez en 1912, avec l’accord de la communauté internationale, les sultans et élites marocains reçurent des sommes considérables en échange. Ils n’avaient pas hésité à vendre leur pays au plus offrant, faisant monter les enchères, notamment avec l’Allemagne qui lorgnait sur le Maroc, comme l’ont démontré les crises diplomatiques de 1905 et de 1909. Les populations rifaines notamment, en furent outrées et l’un de leur chef Abdel Krim mènera la vie très dure aux Espagnols et au Français. Bernard Lugan, dans son histoire du Maroc l’évoque aussi.

On vient d’apprendre que la côte de popularité de Macron est en chute libre et atteint les 17%, quasiment comme celle de François Hollande en décembre 2016 (16%). Interrogé sur la présence d’un condamné par la justice dans la délégation française au Maroc, Macron a botté en touche, indiquant qu’il ne s’occupait pas d’anecdotes. Effectivement Monsieur Macron œuvre pour l’anéantissement de la France, de sa culture, de son histoire. Il insulte les français, c’est tout ce qu’il sait faire.

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2024/10/30/encore-une-heresie-historique-de-plus-proferee-par-macron-le-6521059.html

lundi 2 septembre 2024

José Antonio et la Phalange espagnole, par d’Herbé

 

José Antonio, fondateur mouvement nationaliste d’esprit chevaleresque, la PHALANGE ESPAGNOLE

On sait que l’arrivée au pouvoir du Frente Popular (« Frente Crapular » comme disent les vrais Espagnols non reniés) et de sa République vomit l’Enfer sur les terres catholiques de la sainte Thérèse la Grande. Pour garder l’espérance au cœur des catholiques espagnols, il fallut José-Antonio et sa Phalange d’abord, Francisco Franco et sa Croisade ensuite. Ces deux grands hommes ont d’ailleurs tous deux été rappelés à Dieu un 20 novembre.

Fierté du Catholicisme d’esprit thomiste d’abord, orgueil du Nationalisme ensuite, JOSÉ ANTONIO (24 avril 1903 – 20 novembre 1936) n’entra en politique que pour défendre la mémoire de son père, le dictateur Miguel Primo de Rivera. La réflexion ensuite, par le rejet de la doctrine mortifère du philosophe français Rousseau, le poussera à vouloir retrouver, pour sa nation, la grandeur de l’Espagne d’Isabelle la Catholique et de Charles Quint, en fondant un mouvement nationaliste d’esprit chevaleresque, la PHALANGE ESPAGNOLE. Capturé à son domicile par les rouges, José Antonio sera hélas condamné à mort et fusillé au petit matin du 20 novembre1936.

Chaque 20 novembre, entre 2004 et 2013, Monsieur l’abbé Xavier Beauvais prononça de vibrantes homélies aux glorieuses et chrétiennes mémoires du Caudillo et du fondateur de la Phalange, en l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris. Le Cercle Franco-Hispanique eut donc la bonne idée d’éditer ces textes.

La Croisade du Caudillo ne s’est pas levée pour le simple choix de faire un putsch militaire et la Phalange espagnole n’a pas été fondée pour faire le coup de poing contre les masses ouvrières marxistes les jours de grève… Ces deux mouvements apparurent pour redonner à l’Espagne son véritable sens : « (…) être autre dans l’Universel (…) accomplir un destin qui n’est pas celui des autres nations » (José Antonio), bref il s’agissait de retrouver la grandeur des beaux jours de l’Empire de Charles Quint.

Pour cela, il fallait au préalable pratiquer « la dialectique des poings et des pistolets » contre le péril marxiste… Un prélat espagnol, ami de la cause phalangiste comme la plupart des prêtres espagnols en 1936, donnait cette belle explication de la nécessité de la Phalange et de la Croisade : « Quand la substance de la légalité est l’injustice, il reste à la conscience et à l’action, comme unique recours de chercher la justice dans la légitime illégalité. » La France aujourd’hui, comme l’Espagne de 1934 date de fondation de la Phalange, répond OUI.

Lors de son procès, José Antonio se plaignit que ses accusateurs ne cherchèrent même pas à comprendre son mouvement. C’est justement pour comprendre ce nationalisme espagnol, à la fois doctrinaire et poétique, que fut le rêve de José Antonio, que notre ami Herbé présentait ce topo devant une section du mouvement français Les Nationalistes.

Parmi les ouvrages que consulta Herbé pour ce topo, il faut relever la plaquette éditée en 2014 par le Cercle Franco-Hispanique : « José Antonio Primo de Rivera, Francisco Franco, PRESENTE ! »

Ce document est la retranscription en images de son discours du 2 juin 2024. 

Chapitres de la vidéo :


 José Antonio, Franco et Bucard
 Le contexte : les crimes des rouges en Espagne à compter de 1936
 José Antonio, Franco, Bucard et Sidos
 Histoire de la création d’un chant : « Cara al Sol »
 José Antonio avant 1933
 Fondation de la Phalange : le discours du Chef (29 octobre 1933)
 Définition phalangiste de la nation
 La Phalange : refus de l’idéologie libérale rousseauiste
 Chant « En Pie Camaradas ! »
 José Antonio et la révolution
 Ramiro Ledesma Ramos : « le national-bolchevique »
 Le testament de José Antonio
 Conclusion : et maintenant ?

La vidéo : 

Nous vous en souhaitons une bonne écoute.

La chaîne des Chevaliers de Notre-Dame : https://odysee.com/@lanouvellechevalerie:c

Fabien LAURENT

https://www.medias-presse.info/jose-antonio-et-la-phalange-espagnole-par-dherbe/191879/

jeudi 29 août 2024

Un livre démontre que l’Islam éclairé de l’Andalousie médiévale est une légende

 

Dans son essai Al Andalus, l’invention d’un mythe, Serafin Fanjul déconstruit le mythe romantique d’un islam éclairé dans l’Espagne médiévale.

Nous avons tous entendu parler d’al-Andalus, mais qui sait précisément ce que recouvrent ces deux mots magiques? Un paradis perdu au cœur d’un Moyen Âge obscur où musulmans, juifs et chrétiens devisaient à l’ombre de la grande mosquée de Cordoue. Une sorte d’anti-Daech en somme… Mais les historiens sont méchants. Voilà que le rêve se dissipe et qu’une autre réalité apparaît. Avec Al Andalus, l’invention d’un mythe, Serafin Fanjul ne va pas se faire que des amis, en Espagne évidemment mais aussi en France. «Les hommes croient ce qu’ils désirent», disait Jules César. Le mythe d’al-Andalus est calqué sur le désir que naisse ou renaisse ce fameux «islam des Lumières» que tant d’esprits appellent de leurs vœux. N’a-t-il pas existé dans une Hispanie conquise au VIIIe siècle par quelques dizaines de milliers de guerriers arabes et berbères venus d’Afrique du Nord qui créèrent une civilisation inédite à laquelle coopérèrent les trois religions du Livre?

À travers 700 pages d’une terrible précision, Fanjul, docteur en philologie sémitique, professeur de littérature arabe et ancien directeur du Centre culturel hispanique du Caire, broie la légende d’un multiculturalisme précoce et éclairé. Il défait un mythe qui doit beaucoup au romantisme et à son exotisme de pacotille. Antifranquiste, Serafin Fanjul n’est pas précisément un militant de l’Espagne catholique. Armé d’une immense érudition, il s’est intéressé de près à ce que disent les chroniques de l’époque et les a confrontées aux clichés ambiants. Le résultat est à la fois comique et salutaire. Car on rit dans ce livre qui n’est …

(…)

Le Figaro

https://www.fdesouche.com/2017/10/26/livre-demontre-lislam-eclaire-de-landalousie-medievale-legende/

mardi 5 mars 2024

La bataille de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212)

 Au XIe siècle, en Espagne, le califat omeyyade entre dans une phase de “décomposition”. En 1031, il n’y a plus de calife, et al-Andalus éclate en une multitude de petits États appelés taifas, sur des bases ethniques. La reconquête s’accélère pour les États chrétiens du Nord. En 1086, l’année qui suit la prise de Tolède, les rois des taifas appellent à l’aide les Berbères almoravides qui venaient de fonder un empire en Afrique du Nord. L’émir Yûsuf ibn Tashfin stoppe alors la reconquête en écrasant l’armée chrétienne à Sagrajas (1086) avant de rembarquer pour le Maroc.

Les chrétiens parviennent néanmoins à rétablir la situation et l’expansion chrétienne reprend. En Afrique du Nord, la puissance almoravide s’effondre, remplacée par les Almohades. Ceux-ci débarquent en Espagne et s’opposent aux chrétiens, avec sur le plan militaire des hauts et des bas. En 1195 survient le désastre d’Alarcos pour les chrétiens, un traumatisme en Occident car survenant peu après la reprise de Jérusalem par les musulmans en Orient (1187). Les chrétiens sont repoussés jusqu’au Tage.
En 1199, le nouveau calife almohade, Muhammad an-Nasîr, souhaite en découdre avec les États chrétiens du Nord de la péninsule. Le calife est appelé chez les chrétiens le « Miramamolin » (déformation du titre al-Amîr al-Mu’Minin, « émir des croyants »). La puissance militaire de l’empire almohade est alors à son sommet et l’effroi se fait sentir jusque dans le Midi de la France : « à nous sont la Provence et le Toulousain, / jusqu’au Puy tout ce qui est au milieu ! » diraient les Sarrasins selon le troubadour Gévaudan. La trêve entre les Almohades et le royaume de Castille est rompue au milieu de l’année 1210.
I. Vers la bataille
Au milieu de l’année de l’année 1210, an-Nâsir décide de lancer une grande offensive contre la Castille pour abattre son plus redoutable ennemi. An-Nâsir proclame le djihad, traverse le détroit de Gibraltar avec une grande armée puis assiège la forteresse de Salvatierra. Mais les défenseurs de Salvatierra se défendent bien, au moment où Alphonse VIII de Castille ne peut pas riposter.
Lorsque Salvatierra chute, Alphonse VIII décide de rassembler l’ensemble de ses forces pour livrer une bataille rangée. Il envoie également des émissaires auprès des rois espagnols, du roi de France et du pape. Quelques troubadours deviennent les propagandistes de la cause castillane. Innocent III déclare la croisade et des prières pour la victoire s’organisent en France et à Rome. Un peu partout on s’enrôle pour partir combattre les Almohades.
Les croisés se regroupent à Tolède fin mai 1212. Parmi ces troupes, on retrouve le chef spirituel de la croisade contre les Albigeois, l’archevêque Arnaud Amaury de Narbonne. Les sources donnent un chiffre de 40.000 fantassins et 10.000 cavaliers. Le roi d’Aragon est venu accompagné de ses chevaliers, les rois du Léon et du Portugal ont envoyé des contingents. L’armée almohade se concentre à Séville. Elle se compose de Berbères, d’Arabes, de Turcs, de Noirs et d’un certain nombre de volontaires.
L’armée croisée progresse à la vitesse moyenne de 15 kilomètres par jour. Une chaleur étouffante accable les hommes et de ce fait un certain nombre de croisés désertent. Deux forteresses musulmanes sont prises : Malagon et Calatrava. De son côté, le calife avance jusqu’à la Sierra Morena et adopte une stratégie défensive. Les chrétiens avancent vers l’armée musulmane, tandis que le roi de Navarre Sanche VII arrive au dernier moment avec 200 chevaliers.
Le 14 juillet, les croisés établissent leur camp sur un haut plateau du versant sud de la sierra. An-Nâsir, qui ne les attendait pas là, essaie de les y expulser en provoquant immédiatement la bataille.
II. La bataille de Las Navas de Tolosa

Le lundi 16 juillet, l’armée croisée se range en ordre de bataille. « Jamais tant et telles armes de fer n’avaient été vues en Espagne » rapporte la Chronique latine des rois de Castille. Les chrétiens sont 10.000 à 14.000. Les Castillonais sont placés au centre, les Catalans et Aragonais à droite, les Navarrais à droite. Les autres croisés se sont placés dans les rangs castillans.
Face à eux, An-Nâsir aligne 20.000 à 25.000 hommes. Dans l’avant-garde et sur les flancs, des cavaliers turcs, berbères et arabes ; derrière la foule des volontaires pauvrement armée ; au centre et à l’arrière Almohades et Andalous avec une cavalerie lourde. Derrière l’armée musulmane, une enceinte fortifiée sur une colline.
La bataille débute par l’attaque des avant-gardes chrétiennes contre les cavaliers musulmans ; ceux-ci ripostent par une attaque rapide et un volte-face. Les croisés chargent alors les volontaires et les massacrent. Ils poursuivent l’effort mais se heurtent au centre de l’armée almohade. C’est à ce moment qu’arrivent les deuxièmes corps chrétiens. Les Almohades tentent sans succès d’attaquer les flancs des croisés pour les encercler.
An-Nâsir ordonne alors à son arrière-garde de partir au combat. Les croisés, exténués et ayant subi des pertes, supportent mal ce nouvel assaut. Les pertes sont nombreuses chez les chrétiens ; parmi les morts, le maître du Temple, le maître de Saint-Jacques et l’évêque de Burgos. Voyant le moment décisif arriver, les rois chrétiens chargent alors avec leurs troupes encore intactes. Les rangs musulmans s’effondrent. C’est une débandade.
Les chevaliers avancent vers la forteresse sur la colline. Les défenseurs luttent courageusement tandis que le calife abandonne le camp et part en direction de Séville. Finalement, les croisés pénètrent l’enceinte fortifiée du fort par plusieurs côtés. La bataille est terminée. Les musulmans continuent à fuir jusqu’à la nuit.
Les pertes sont mal connues : probablement quelques milliers de combattants pour les croisés, au moins 10.000 pour l’armée almohade.
III. Le début de la fin de la Reconquista
L’armée croisée mène dans les jours qui suivent des opérations militaires dans la région (prise des forteresses de Ferras, Navas de Tolosa, Vilches, Banos de la Encina ; capture de la ville abandonnée de Baeza ; capture de la ville d’Ubeda). Touchée par la dysenterie, l’armée chrétienne se retire fin juillet. A Calatrava, les rois rencontrent le duc Léopold VI d’Autriche, arrivé trop tard pour la bataille ! Les vainqueurs parviennent à Tolède où est organisée une grande cérémonie religieuse et populaire.
La bataille a un grand retentissement. « En Espagne, jamais il n’y eut une bataille comme celle-là » écrit l’évêque Luc de Tuy. Le 11 août 1212, l’archevêque de Narbonne Arnaud Amaury déclare au chapitre de l’ordre de Cîteaux : « Nous vous annonçons une nouvelle de grande joie, parce que Miramamolin, roi de Maroc, qui, selon ce que nous avons entendu de beaucoup, avait déclaré la guerre à tous ceux qui adoraient la Croix, a été vaincu et mis en fuite en bataille rangée par les adorateurs de la Croix. »
Sur le long terme, la bataille prépara la reconquête de l’Andalousie avec le passage de la Sierra Morena sous contrôle chrétien. Les Almohades se virent largement affaiblis militairement. La défaite atterra les musulmans tandis que les chrétiens virent dans leur victoire le « jugement de Dieu ».
Sources :
ALBANEL Laurent, GOUZY, Nicolas (dir.), Les grandes batailles méridionales (1209-1271), Toulouse, Privat, 2005.
MENJOT Denis, Les Espagnes médiévales. 409-1474, Paris, Hachette, 1996.

https://www.fdesouche.com/2012/07/16/la-bataille-de-las-navas-de-tolosa-16-juillet-1212/

lundi 29 janvier 2024

Islam. Dario Fernandez-Morero dénonce le mensonge d’al-Andalus

 

Le mensonge d’al-Andalus

Al-Andalus est généralement présenté comme un paradis perdu, une société multiculturelle idéale, empreinte de raffinement et de tolérance dont l’éclat contrastait avec les supposés « âges sombres européens », marqués par la barbarie et l’obscurantisme médiéval. Cette vision toute manichéenne, érigée en dogme par « l’Histoire officielle », est peu à peu remise en cause par des historiens courageux.

Après le livre de Sérafin Fanjul Al-Andalus, l’invention d’un mythe (Editions du Toucan), la récente publication du livre de Dario Fernandez-Morero, professeur au département d’espagnol et de portugais de l’Université Nortwestern (Illinois), Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, mythes et réalités (éditions Jean-Cyrille Godefroy) remet lui aussi l’histoire à l’endroit en dénonçant la falsification d’al-Andalus. Clair et passionnant, largement accessible aux non-spécialistes, cet ouvrage a l’immense mérite de replacer l’occupation musulmane de l’Espagne dans le long conflit civilisationnel opposant l’islam à l’Europe.

Une terrible régression culturelle

L’Espagne à la veille de l’invasion musulmane de 711 était une terre de haute et ancienne culture. Province romaine depuis les Guerres puniques, elle a fourni nombre d’écrivains latins et d’empereurs romains. Les Wisigoths, latinisés, installés depuis trois siècles, se considéraient comme les héritiers de plein droit de Rome. Pour Dario Fernandez-Morero, « la culture hispano-wisigothique existait déjà en Espagne lorsque l’islam naquit en Arabie parmi les tentes, les moutons et les chameaux bédouins ». De fait, au VIIIe siècle, le niveau de civilisation était bien plus élevé que celui des envahisseurs musulmans. Les chroniques musulmanes décriront d’ailleurs l’Espagne comme « un pays rempli de trésors de toute sorte » qui stupéfia les bédouins arabo-berbères incultes.

L’Hispanie wisigothique bénéficiait également de l’influence culturelle directe de l’Empire chrétien gréco-romain, que l’expansion musulmane interrompit brutalement. Reprenant la thèse d’Henri Pirenne, Dario Fernandez-Morero considère en effet qu’en s’interposant à travers la Méditerranée, l’islam aurait ralenti la transmission culturelle entre les Grecs et l’Occident. Il fait d’ailleurs sienne la thèse de Sylvain Gouguenhein qui dénonçait la fable d’une prétendue transmission du savoir antique à l’Occident par les Arabes (Aristote au Mont Saint-Michel, Seuil, 2008). Selon l’auteur, les musulmans n’ont jamais assimilé les civilisations précédentes : ils ont su en tirer profit et procéder à leur remplacement. Ainsi l’éclat du califat de Cordoue, si souvent vanté, se nourrissait de la romanitas et de l’islamisation d’une partie des élites wisigothiques, réemployant les techniques romaines, comme l’arc outrepassé ou l’alternance de brique et pierre. La musique, qui représentait une science quasi-inconnue des Arabes avant leurs conquêtes, fut proscrite de « l’éclairée al-Andalus ». « S’il n’y avait pas eu de bataille de Poitiers, pas de Reconquista, et pas de bataille de las Navas de Tolosa, (…) il n’y aurait peut-être pas eu de chants grégoriens, pas de polyphonie, pas d’orgues, pas de messes chantées ou instrumentales, pas de Bach, Mozart ou Beethoven. Les symphonies, les opéras, les grands compositeurs et le jazz n’auraient jamais existé », estime ainsi Dario Fernandez-Morero.

L’horizon des femmes d’al-Andalus : voilées ou esclaves sexuelles

La place de la femme dans la société cristallise la différence entre l’islam et l’Europe. Le livre de Dario Fernandez-Morero consacre d’importants développements à ce sujet. Le sort des femmes d’al-Andalus ne fut pas différent des autres pays musulmans : l’excision était généralisée et la lapidation pour adultère de règle. L’horizon des femmes musulmanes se limitait à la sphère domestique et nulle place ne leur était accordée dans la vie publique. Situation peu enviable au regard du statut accordé aux femmes dès l’époque wisigothique dans l’Europe chrétienne, grecque ou romaine, avec les exemples d’Anna Comnène à Constantinople, Christine de Pisan ou Marie de France en Europe occidentale. Quant aux poétesses d’al-Andalus, présentées comme une preuve d’émancipation féminine, elles ne pouvaient pratiquer leur art que dans le confinement, éloignées du regard des hommes. De surcroît, l’abondante poésie amoureuse d’al-Andalus évoquait des concubines, c’est-à-dire des esclaves sexuelles, jamais des femmes musulmanes.

La question de l’esclavage représente un aspect central d’al-Andalus, important centre de commerce d’esclaves alimentant ses trafics tant en Afrique qu’en Europe. Dario Fernandez-Morero souligne que les musulmans ont été les pionniers de la mise en esclavage des Noirs africains, considérés comme des êtres inférieurs, mais aussi des Européens, dont on estime que plus d’un million furent réduits en esclavage au profit du monde musulman à l’époque moderne (alors qu’al-Andalus n’existait plus). Les princes musulmans disposaient d’immenses harems motivant un très important esclavage sexuel, de femmes et d’enfants de race blanche, les femmes blondes ou rousses étant les plus recherchées. Sur cet aspect, Dario Fernandez-Morero nous enseigne que de nombreuses mères de dirigeants omeyyades étaient des esclaves sexuelles de souche franque ou galicienne, donnant une ascendance et un type physique caucasien à de nombreux princes musulmans espagnols.

D’al-Andalus à l’Etat islamique, une même terreur…

Loin d’une installation pacifique, l’invasion du royaume wisigoth a été conduite au nom du jihad, qui s’inscrivait dans le cadre historique de la grande poussée musulmane contre l’Europe, stoppée à Poitiers quelques années plus tard. C’est par la guerre et la terreur que l’islam s’imposera en Espagne. Bibliothèques livrées aux flammes des autodafés, destructions de monuments et d’églises (Dario Fernandez-Morero souligne qu’il n’existe plus aucune église antérieure à la Reconquista en Espagne), villes passées au fil de l’épée, mise en esclavage, arabisation systématique des noms de lieux… La conquête de l’Espagne procédera ainsi à l’anéantissement complet de la prometteuse civilisation hispano-wisigothique.

Sitôt les conquérants installés, la sharia devient la loi commune dans l’Hispanie occupée et sera rigoureusement appliquée par les ulémas, juges religieux disposant des pouvoirs politiques, juridiques et administratifs, légiférant sur les aspects les plus insignifiants de la vie humaine.

Contrairement à la légende de la « conviviencia », symbole d’une cohabitation heureuse, Dario Fernandez-Morero considère plutôt que les non-musulmans subirent une « coexistence précaire ». Soumis à la dhimma, ils n’avaient d’autre choix que d’acheter leur protection par un impôt spécial (que l’auteur assimile à un véritable racket), toute présence visible leur étant interdite dans l’espace public, chacun étant confiné dans un strict apartheid ethnico-religieux établi par une société très hiérarchisée dominée par les élites arabes, puis les masses berbères. Les mulédas (convertis) se retrouvaient au bas de l’échelle sociale, juste au-dessus des dhimmis. La pseudo-tolérance d’al-Andalus fonctionne tellement bien qu’au XIIe siècle, il n’existe plus de communautés chrétiennes dans l’Espagne musulmane…

La dynastie des Omeyyades, souvent présentée par les historiens occidentaux comme un exemple de convivienca et de tolérance, fait l’objet d’un chapitre édifiant, qui rappelle que les persécutions politiques et religieuses se multiplièrent avec force empalements, crucifixions, décapitations.

D’après Dario Fernandez-Morero, le caractère multiculturel d’al-Andalus motivait cette politique de terreur, seule capable de maintenir une société menacée en permanence de désintégration.

***

Des destructions d’édifices pré-islamiques à l’esclavage sexuel, de l’établissement de la sharia aux décapitations, al-Andalus n’est pas sans rappeler les exactions de l’Etat islamique en Irak et au Levant.

Et pourtant le califat islamique espagnol continue à nous être présenté comme un modèle d’islam éclairé. Comme l’écrit Rémi Brague dans sa préface, « l’évocation d’al-Andalus doit démontrer la possibilité d’une renaissance dans le futur de ce qui est censé avoir eu lieu dans le passé ». Autrement dit, cette falsification historique est une arme idéologique que nous vendent des universitaires complices ou complaisants, afin d’inciter les Européens à accepter l’immigration et l’islamisation, mais aussi pour les culpabiliser d’avoir brisé un modèle de civilisation multiculturelle qui était censé leur être supérieur.

Dario Fernandez-Morero cite dans son épilogue l’historien médiéviste Enrique Ruiz-Doménec, qui écrivait que « selon certains spécialistes, la frontière entre l’Espagne et le Maroc est la frontière dans le monde où existe la différence la plus visible entre deux mondes. » Cette citation édifiante n’est pas sans rappeler la formule de René Marchand, reprise par Dominique Venner, qui considérait que « les grandes civilisations ne sont pas des régions différentes sur une même planète, ce sont des planètes différentes ». Au-delà de la dénonciation du mythe d’al-Andalus, ce livre nous permet de juger de l’importance des frontières civilisationnelles entre l’islam et l’Europe. Et, au-delà, entre Nous et les Autres.

BCT Via Iliade

Dario Fernandez-Morero, Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, mythes et réalités (éditions Jean-Cyrille Godefroy)

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[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2018/10/20/104358/islam-dario-fernandez-morero-denonce-le-mensonge-dal-andalus/

lundi 1 janvier 2024

Le régime de Miguel Primo de Rivera en Espagne : une dictature « éclairée » très particulière

 

Entretien avec Michel Festivi ; propos de l’auteur recueillis par Fabrice Dutilleul, publiés sur le site de réinformation Eurolibertés.

Michel Festivi.

Michel Festivi vient de faire paraître aux éditions Dualpha Miguel Primo de Rivera : Un dictateur éclairé pour régénérer l’Espagne 1923-1930, préface d’Arnaud Imatz, après l’Espagne ensanglantée : Anarchistes, milices socialistes, communistes et révolutionnaires, 1880-1939, et Les trahisons des gauches espagnoles, du républicanisme au totalitarisme, 1930-1936, parus chez le même éditeur dans la même collection « Vérités pour l’Histoire » respectivement en 2022 et 2021.

« Le Régime politique de Miguel Primo de Rivera a duré du 15 septembre 1923 au 28 janvier 1930 ; il est singulièrement méconnu en France. Et pourtant, ce fut une expérience politique des plus originales qui permit à l’Espagne de redresser la barre après des années de fiascos politiques, économiques, extérieurs et des désordres grandissants »

Pourquoi ce livre sur le Régime politique de Miguel Primo de Rivera ?

Parce que ce régime est quasiment inconnu en France, et que ces sept années furent pour l’Espagne sept années de croissance économique sans précédent, des années de prospérité après les violences révolutionnaires et la perte de l’Empire, des années où l’Espagne retrouva un rôle important dans le concert des nations et brilla de mille feux de par ses poètes, peintres, musiciens et écrivains. Avec ce livre, je complète ma trilogie sur cette période après le fiasco de la IIe République (Les trahisons des gauches espagnoleset les violences politiques anarchistes et révolutionnaires (L’Espagne ensanglantée). Je crois pouvoir dire que rien de sérieux n’a été écrit sur ce Régime en France, à part quelques lignes éparses ici et là.

Quelles furent les grandes réformes économiques que mit en place Miguel Primo de Rivera ?

Il prit plusieurs dossiers à bras-le-corps : création d’un réseau de communications modernes avec des travaux routiers d’importance ; l’irrigation et l’électricité par l’édification de barrages hydrauliques ; le développement d’une économie efficiente : l’industrie automobile, la téléphonie, l’aviation, les compagnies pétrolières, etc. et ce grâce à des hommes très compétents, souvent issus de la société civile. Il parvint à organiser deux très grandes expositions internationales, celles de Barcelone et de Séville, et accrut dans des proportions inégalées le tourisme et la rénovation des monuments historiques (création des Paradors notamment) ce qui favorisa le développement du pays.

Et du point de vue social ?

Ce fut là aussi une très grande réussite avec de multiples lois sociales sur la durée du travail, les congés maternité, la création de caisses de retraite, de chômage, des maisons bon marché, des procédures de conciliation, et bien d’autres, et ce avec l’aide d’un ministre du travail remarquable, Eduardo Aunos, dans le cadre d’un système corporatiste mixte (philosophie du catholicisme social), système corporatiste qui reçut l’aval du PSOE et de l’UGT avec à sa tête Largo Caballero qui devint conseiller d’État. La condition ouvrière s’améliora notablement. Les grèves s’estompèrent, la violence anarchiste de la CNT fut réduite, ce qui plut beaucoup aux socialistes.

Dans quels autres domaines peut-on dire que le Régime fut régénérateur ?

Miguel Primo de Rivera accorda aux juifs séfarades éparpillés en Afrique du nord, dans les Balkans, Turquie et Grèce, dont les ascendants avaient été expulsés d’Espagne en 1492, la nationalité espagnole et un statut de « protégés », ce qui permit ensuite dans les années 1940-1945 le sauvetage par le régime franquiste, qui poursuivit cette politique, de milliers de juifs, j’y consacre tout un chapitre. C’est totalement passé sous silence par l’historiographie officielle. Le régime fit également de nombreuses réformes militaires et scolaires, sur lesquelles je reviens. Il accorda aussi aux femmes la possibilité d’être électrices et élues ce qui était quasiment une première mondiale, dans le cadre d’une nouvelle Assemblée nationale corporatiste. De plus, ces années furent d’un point de vue culturel et artistique flamboyantes, tout un chapitre y est dédié.

Et le protectorat espagnol au Maroc ?

Je procède à de nombreux développements, car c’est Miguel Primo de Rivera qui parvint à pacifier définitivement cette région du Rif concédée par la France à l’Espagne alors que tous les autres dirigeants espagnols s’y étaient « cassés les dents ». Les guerres du Protectorat permettront au Régime de Miguel Primo de Rivera de réformer le système militaire espagnol et de créer une académie générale qui fit l’émerveillement notamment des militaires français.

Comment qualifier ce Régime Politique ?

Je procède à une analyse précise de ce Régime très particulier, qui ne fut ni un pronunciamiento de plus, ni un fascisme, comme je le démontre à l’aide de multiples exemples historiques. Pendant ces sept années, aucune exécution politique n’eut lieu. En parallèle et en comparaison, je reviens sur la gouvernance calamiteuse d’un Manuel Azaña sous la IIe République, sur le coup d’État d’octobre 1934 organisé par les gauches, sur la mainmise totale de Staline et du NKVD sur la zone révolutionnaire en 1936-1939, et sur les désinformations proférées par bien des tenants de l’orthodoxie universitaire française sur toute cette période, dont la fraude constitutionnelle et électorale qui permit l’accession du front populaire en février 1936, ce qui aboutit à une anarchie généralisée. Enfin, je tiens à remercier le grand historien français de l’Histoire de l’Espagne, Arnaud Imatz d’avoir accepté de préfacer mon livre, lui qui fut le maître d’œuvre de la guerre d’Espagne revisitée aux éditions Economica et d’une biographie définitive de José Antonio Primo de Rivera aux éditions Godefroy de Bouillon.

Miguel Primo de Rivera. Un dictateur éclairé pour régénérer l’Espagne 1923-1930, Michel Festivi, Éditions Dualpha, préface d’Arnaud Imatz, 344 pages, 35 euros. Pour commander ce livre, cliquez ici.

Miguel Primo de Rivera. Un dictateur éclairé pour régénérer l’Espagne 1923-1930, Michel Festivi, Éditions Dualpha, préface d’Arnaud Imatz, 344 pages, 35 euros.

Michel Festivi avocat honoraire, ancien bâtonnier de l’Ordre (1995-1996), ancien membre du Conseil de l’Ordre, a été associé jusqu’au 31 décembre 2018. Il est été correspondant permanent en Espagne pour les sites EuroLibertés et du Nouveau Présent, ainsi que pour la revue Synthèse nationale.
Du même auteur chez le même éditeur

Les trahisons des gauches espagnoles
L’Espagne ensanglantée
Miguel Primo de Rivera

https://eurolibertes.com/histoire/le-regime-de-miguel-primo-de-rivera-en-espagne-une-dictature-eclairee-tres-particuliere/

jeudi 28 décembre 2023

Une guerre communautaire dans l’Espagne du XVIe siècle

 


Article de notre lecteur Montecristo (légèrement abrégé)
La Guerre des Alpujarras, une guerre communautaire dans l’Espagne du XVIe siècle

A l’aube du XVIe siècle, les combats des croisés de la Reconquista sont clos. L’ensemble de la péninsule ibérique a été reconquise par les armées chrétiennes d’Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon. (…) La royauté d’Espagne doit cependant composer avec la présence sur son sol d’une importante minorité ethnique musulmane, les Mudejares.
Au départ la volonté est à l’intégration et les objectifs des souverains sont de les considérer comme des sujets à part entière au même titre que les chrétiens. Des opérations de conversion de grande envergure sont organisées mais les résultats sont médiocres.

Il s’avère en réalité que les convertis ne le sont que de façade et continuent à être musulmans. (…) Plus que cela, la minorité musulmane semble représenter une menace interne puisqu’elle est accusée à juste titre d’aider les pirates barbaresques (maghrébins) à faire des razzias sur les côtes espagnoles.
Razzias qui ont entre autre comme objectif de s’approvisionner en filles chrétiennes blanches afin de les revendre en tant qu’esclaves sexuelles dans les harems du monde musulman. Le soutien quasiment ouvert des morisques envers les Turcs est considéré comme une trahison alors que ceux-ci sont sur le point d’envahir l’Europe chrétienne.
Des émeutes ethniques et musulmanes se déclenchent épisodiquement dans le pays de 1501 à 1502. La tension monte entre les deux communautés et les échauffourées isolées se multiplient. L’empereur espagnol Charles Quint déclare alors des lois anti-islam sur la terre d’Espagne, il ordonne la conversion généralisée des musulmans et fait brûler le Coran et les livres musulmans.(…)
La tension est palpable entre les deux communautés, la Couronne d’Espagne ne parvient plus à maintenir la cohésion entre ses sujets et cela représente une véritable menace pour l’unité du pays. Cette situation pourrit peu à peu et explose la veille de Noël en 1568. Des musulmans, qui préparaient de longue date en secret l’insurrection, élisent Roi un certain Aben Humeya.
Aussitôt, les insurgés musulmans soulèvent les habitants du massif montagneux des Alpujarras. Les morisques convertis abjurent le christianisme, prône le Djihad et brûlent les monastères, pillent les églises tout en tuant clercs et prêtres.

La riposte de la Couronne d’Espagne est immédiate et sans concession. 

C’est dans une symbolique de Croisade que les armées espagnoles partent affronter ce soulèvement musulman. Les armées sont menées par l’Infant d’Espagne Don Juan d’Autriche. Celui-ci va s’illustrer lors de cette guerre nommée la guerre des Alpujarras.
Les musulmans de Grenade sont déplacés en Castille tandis qu’un décret royal de 1569 déclare « la guerre à feu et à sang » contre l’Islam. Les montagnes ne sont plus qu’une trainée de flammes et les Morisques brandissent l’étendard du Jihad.
Don Juan et les croisés espagnols vont alors procéder méthodiquement à une véritable purge, toute ville islamique est réduite. En 1570 les Espagnols prennent la place forte de Galera, les 4000 habitants musulmans sont passés au fil de l’épée. Aucun prisonnier n’est fait, aucun n’en échappe. Femmes et enfants ne sont pas épargnés.
Lorsque le dernier musulman est mort, la ville est rasée jusqu’à ses fondations. Ensuite des moines viennent recouvrir les ruines de sel afin de sanctifier les lieux et un prêtre y exerce une messe auprès des croisés qui sont en prière à genoux. Ce procédé sera réitéré dans chaque fief islamique, les survivants cachés dans des cavernes sont traqués et tués à bout portant par les armées espagnoles.
Les musulmans qui le peuvent finissent par fuir en Afrique du Nord tandis que les survivants seront plus tard transportés également au Maghreb par les Espagnols en 1610 où ils seront mal accueillis. 300 000 musulmans seront ainsi expédiés en Afrique du Nord de 1609 à 1614.
Cet acte ultime recevra dans la société espagnole une approbation unanime. Il sera même célébré par Lope de Vega comme l’accomplissement ultime de l’unité nationale.

Sources :

  • BENNASSAR Bartolomé, L’Histoire des Espagnols.
  • BONNET Christian, Les affrontements religieux en Europe.
  • CONTRERAS Jaime, Pouvoir et Inquisition dans l’Espagne du XVIe siècle.

Iconographie : lDon Juan d’Autriche

 

vendredi 22 décembre 2023

Al Andalus, la déconstruction d’un mythe, par Seraphin Fanjul

 

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02/12/2017 – 09h45 Paris (Breizh-info.com) – Les éditions du Toucan (l’Artilleur), habituées à sortir des livres qui empêchent de tourner en rond, ont publié il y a quelques semaines « Al Andalus, la déconstruction d’un mythe », de l’historien espagnol Seraphin Fanjul.

Nous vous proposons ci-dessous la présentation de l’éditeur, ainsi que la chronique qu’en a faite Philippe Conrad, directeur de la Nouvelle Revue d’Histoire.

Présentation de l’éditeur :

Dans l’Europe actuelle confrontée à une immigration musulmane continue, on aime bien se référer au modèle de cohabitation pacifique des trois cultures d’Al-Andalus.

L’histoire de l’Hispanie musulmane ou d’Al-Andalus est ainsi un enjeu archétypique. Au Moyen Âge, la Péninsule ibérique aurait connu une remarquable et inhabituelle cohabitation pacifique entre juifs, chrétiens et musulmans. Une admirable symbiose culturelle qui aurait duré vaille que vaille du VIIIe siècle jusqu’à l’expulsion des juifs en 1492, voire, jusqu’à l’expulsion des morisques en 1609.

Serafín Fanjul, affirme qu’il s’agissait, dans la réalité des FAITS, d’« un régime très semblable à l’apartheid sud-africain » et d’une époque globalement « terrifiante ». Soulignant que les motifs et les facteurs de luttes et d’affrontements entre l’Espagne musulmane et l’Espagne chrétienne ont été prédominants pendant toute la période concernée, il montre qu’Al-Andalus a été tout sauf un modèle de tolérance.

Il ne s’agit pas pour lui de nier qu’il y a eu des éléments de communication culturelle (surtout d’origine hellénistique) jusqu’au XIIe siècle. Mais il s’agit de montrer qu’il n’y a jamais eu un merveilleux système mixte sur lequel aurait reposé la cohabitation pacifique ; qu’il n’y a jamais eu un mode de vie partagé par tous, une même perception du monde valable pour tous.

La Chronique de Philippe Conrad :

C’est un ouvrage majeur que nous propose Serafin Fanjul, docteur en philologie sémitique, professeur de littérature arabe à l’Université Complutense de Madrid, ancien directeur du centre culturel hispanique du Caire.

Autant dire que l’auteur s’appuie sur une érudition à toute épreuve pour aborder la question, ô combien débattue, de l’interprétation de la séquence historique qui a correspondu à la présence, sept siècles durant, d’une société musulmane dans la péninsule ibérique. Il sait comment, au prix de grossiers anachronismes, les tenants de l’immigration de masse et de l’avènement sur le sol européen d’une société multiculturelle chantent les louanges du « paradis perdu » qu’aurait été l’Espagne musulmane à l’époque médiévale. En prenant pour cela quelques libertés avec l’histoire…

Notre auteur déconstruit méthodiquement le mythe de « l’Espagne des trois religions », lieu d’une coexistence pacifique et mutuellement profitable. Il n’a guère de mal à montrer que l’époque était celle d’un apartheid qui valait aux dhimmis chrétiens et juifs un statut d’infériorité jamais remis en cause jusqu’au XVème siècle qui vit la fin du royaume nasride de Grenade.

L’ouvrage de Serafin Fanjul apparaît donc, dans la bataille engagée pour la préservation de la mémoire et de l’identité européennes comme une arme précieuse pour en finir avec les mensonges de « l’historiquement correct ». À noter également l’excellente préface d’Arnaud Imatz, qui revient sur les procédés de la manipulation du passé appliquée de manière plus générale à l’histoire de l’Espagne, longtemps victime de la « légende noire » diffusée par ses adversaires.

Philippe Conrad

 Serafin Fanjul, Al Andalus, l’invention d’un mythe. La réalité historique de l’Espagne des trois cultures, L’Artilleur 720 p. 28 €
Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

lundi 20 novembre 2023

Le Pape Paul III interdit l’esclavage des indiens dans le Nouveau Monde

 

Paul III & l'interdiction de l'esclavage des indiens

Alors que l’esclavage et le trafic humain reprend avec force en Libye avec la bienveillance de certains chrétiens européens, il est bon de se souvenir de l’action du pape Paul III qui interdit l’esclavagisme naissant dans le nouveau Monde suivant ainsi les pas d’Isabelle la Catholique.

Face à l’opinion de certains colonisateurs du Nouveau Monde, selon laquelle il est juste de réduire les Indiens en esclavage sous prétexte de l’incapacité de leur nature, le pape Paul III comprend qu’il est temps de confirmer avec force les positions prises par Isabelle la Catholique et la couronne espagnole. Dès 1492, cinq juifs convertis au Catholicisme (Luis de Torres, Marco Bernai, Alonso de la Calle et Gabriel Sanchez) avaient convaincu Christophe Colomb de capturer cinq cents Indiens et de les vendre comme esclaves à Séville. Isabelle la Catholique avait alors condamné fermement cette pratique, punit ces agissements et interdit l’esclavage des indiens. Comme le soulignera Jean-Paul II en 1992 : « La reine Isabelle avait désiré sincèrement que ses fils, les Indiens – comme elle les appelait- soient reconnus et traités comme des êtres humains avec la dignité d’enfants de Dieu, et comme des hommes libres, à l’égal des autres citoyens de ses royaumes. »

En 1530, renouvelant l’interdiction d’Isabelle la Catholique (Décédée en 1504), Charles Quint promulgue un édit interdisant de réduire les Indiens en esclavage et de les priver de leurs biens.

Le 29 mai 1537, le pape Paul III adresse au cardinal Jean de Tavera, archevêque de Tolède, la lettre Pastorale officium, qui approuve l’édit espagnol et va même, au nom de l’Église, beaucoup plus loin puisqu’elle menace d’excommunication les contrevenants. Peine conséquente à l’époque qui interdisait à tout chrétien de fréquenter une personne excommuniée. C’était la mort sociale temporaire !

Entre temps, Charles Quint abroge partiellement, en 1534, son édit de 1530… Le mécontentement du gouvernement espagnol, et les pressions qu’il exerce conduise le pape Paul III à retirer par une nouvelle lettre, le 19 juin 1538, sa menace d’excommunication envers les esclavagistes.

L’excommunication est levée mais pas l’interdiction de l’esclavage des indiens. Deux textes vont alors préciser la pensée du Pape et de l’Eglise :

  • Une nouvelle lettre à l’archevêque de Tolède, le 2 Juin 1537, qui, cette fois, est adressée à tous les chrétiens, Veritas ipsa ;
  • Le 9 juin 1537, la bulle Sublimis Deus

La bulle Sublimis Deus est restée célèbre pour l’engagement de l’Eglise catholique contre l’esclavagisme. Paul III use d’un langage très direct : c’est « l’Ennemi de la race humaine » qui a inspiré à « ses satellites » l’idée que « Les Indiens de l’ouest et du sud et tous les autres peuples dont Nous avons eu connaissance récente devraient être traités comme des brutes imbéciles, créées pour notre service, prétendant d’autre part qu’ils sont incapables de recevoir la foi catholique ».

Conforté dans la foi et l’espérance par les témoignages venus à lui du Nouveau Monde, le pape l’affirme sans ambages : « Les Indiens sont de vrais hommes et […] et ils sont non seulement capables de comprendre la foi catholique, mais aussi, d’après nos informations, désireux de la recevoir. »

« Quoi qu'il puisse avoir été dit ou être dit de contraire, les dits Indiens et tous les autres peuples qui peuvent être plus tard découverts par les Chrétiens, ne peuvent en aucun cas être privés de leur liberté ou de la possession de leurs biens, même s'ils demeurent en dehors de la foi de Jésus-Christ ; et qu'ils peuvent et devraient, librement et légitimement, jouir de la liberté et de la possession de leurs biens, et qu'ils ne devraient en aucun cas être réduits en esclavage ; si cela arrivait malgré tout, cet esclavage serait considéré nul et non avenu. »

II fallait cette singulière audace de la foi pour soutenir un tel texte, alors même que certains catholiques s’autorisaient à soumettre, sans trop d’états d’âme et d’ailleurs souvent de bonne foi, les populations du Nouveau Monde…

Cette bulle pontificale pèsera lourdement dans la controverse de Valladolid, grand colloque fait à la demande de Charles Quint afin qu’  « il se traite et parle de la manière dont devaient se faire les conquêtes dans le Nouveau Monde, suspendues par lui, pour qu'elles se fassent avec justice et en sécurité de conscience ». On officialisera, entre autre, que les Amérindiens ont un statut égal à celui des Blancs malgré la pratique institutionnelle du sacrifice humain.

Membre d’une famille ambitieuse et puissante, fort libertin de mœurs durant la première partie de sa vie, amateur d’art et de luxe et pratiquant sans vergogne un népotisme prononcé, Alexandre Farnèse en devenant Paul III n’oublie certes pas son amour de la Renaissance italienne. Mais ses actes sont désormais, et d’abord, ceux du gardien de l’essentiel : avant la confirmation de la Compagnie de Jésus en 1540 et la convocation du concile de Trente en 1545, c’est la bulle Sublimis Deus qui ouvre les grands actes de son pontificat. C’est-à-dire la confirmation de l’éminente dignité de tous les humbles, au-delà comme en deçà des mers.

Louis XIV suivra son chemin en interdisant l’esclavage en Nouvelle France et en Louisiane. Toutefois, il aura un moment de faiblesse en donnant en 1712 l’autorisation au financier Antoine Crozat « d’importer un bateau d’esclaves par an ». C’est dur de résister à ceux à qui on doit de l’argent !

Lire le texte de la bulle Sublimis Deus

http://histoirerevisitee.over-blog.com/2018/10/le-pape-paul-iii-interdit-l-esclavage-des-indiens-dans-le-nouveau-monde.html

mercredi 8 novembre 2023

Al-Andalus : Une terrible régression culturelle

 

Al-Andalus est généralement présenté comme un paradis perdu, une société multiculturelle idéale, empreinte de raffinement et de tolérance dont l’éclat contrastait avec les supposés « âges sombres européens », marqués par la barbarie et l’obscurantisme médiéval. Cette vision toute manichéenne, érigée en dogme par « l’Histoire officielle », est peu à peu remise en cause par des historiens courageux.

Après le livre de Sérafin Fanjul Al-Andalus, l’invention d’un mythe (Editions du Toucan), la récente publication du livre de Dario Fernandez-Morero, professeur au département d’espagnol et de portugais de l’Université Nortwestern (Illinois), Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, mythes et réalités (éditions Jean-Cyrille Godefroy) remet lui aussi l’histoire à l’endroit en dénonçant la falsification d’al-Andalus. Clair et passionnant, largement accessible aux non-spécialistes, cet ouvrage a l’immense mérite de replacer l’occupation musulmane de l’Espagne dans le long conflit civilisationnel opposant l’islam à l’Europe.

L’Espagne à la veille de l’invasion musulmane de 711 était une terre de haute et ancienne culture. Province romaine depuis les Guerres puniques, elle a fourni nombre d’écrivains latins et d’empereurs romains. Les Wisigoths, latinisés, installés depuis trois siècles, se considéraient comme les héritiers de plein droit de Rome. Pour Dario Fernandez-Morero, « la culture hispano-wisigothique existait déjà en Espagne lorsque l’islam naquit en Arabie parmi les tentes, les moutons et les chameaux bédouins ». De fait, au VIIIe siècle, le niveau de civilisation était bien plus élevé que celui des envahisseurs musulmans. Les chroniques musulmanes décriront d’ailleurs l’Espagne comme « un pays rempli de trésors de toute sorte » qui stupéfia les bédouins arabo-berbères incultes.

L’Hispanie wisigothique bénéficiait également de l’influence culturelle directe de l’Empire chrétien gréco-romain, que l’expansion musulmane interrompit brutalement. Reprenant la thèse d’Henri Pirenne, Dario Fernandez-Morero considère en effet qu’en s’interposant à travers la Méditerranée, l’islam aurait ralenti la transmission culturelle entre les Grecs et l’Occident. Il fait d’ailleurs sienne la thèse de Sylvain Gouguenhein qui dénonçait la fable d’une prétendue transmission du savoir antique à l’Occident par les Arabes (Aristote au Mont Saint-Michel, Seuil, 2008). Selon l’auteur, les musulmans n’ont jamais assimilé les civilisations précédentes : ils ont su en tirer profit et procéder à leur remplacement. Ainsi l’éclat du califat de Cordoue, si souvent vanté, se nourrissait de la romanitas et de l’islamisation d’une partie des élites wisigothiques, réemployant les techniques romaines, comme l’arc outrepassé ou l’alternance de brique et pierre. La musique, qui représentait une science quasi-inconnue des Arabes avant leurs conquêtes, fut proscrite de « l’éclairée al-Andalus ». « S’il n’y avait pas eu de bataille de Poitiers, pas de Reconquista, et pas de bataille de las Navas de Tolosa, (…) il n’y aurait peut-être pas eu de chants grégoriens, pas de polyphonie, pas d’orgues, pas de messes chantées ou instrumentales, pas de Bach, Mozart ou Beethoven. Les symphonies, les opéras, les grands compositeurs et le jazz n’auraient jamais existé  », estime ainsi Dario Fernandez-Morero.

Quant aux poétesses d’al-Andalus, présentées comme une preuve d’émancipation féminine, elles ne pouvaient pratiquer leur art que dans le confinement, éloignées du regard des hommes. De surcroît, l’abondante poésie amoureuse d’al-Andalus évoquait des concubines, c’est-à-dire des esclaves sexuelles, jamais des femmes musulmanes. Le sort des femmes d’al-Andalus ne fut pas différent des autres pays musulmans : l’excision était généralisée et la lapidation pour adultère de règle. L’horizon des femmes musulmanes se limitait à la sphère domestique et nulle place ne leur était accordée dans la vie publique.

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mercredi 23 août 2023

Une « Histoire de la guerre d’Espagne »… pour mieux comprendre la guerre d’Ukraine

 

Une « Histoire de la guerre d’Espagne »… pour mieux comprendre la guerre d’Ukraine

Et si s’intéresser à un conflit passé pouvait nous aider à mieux comprendre un conflit présent ? C’est l’avis de Camille Galic dans le texte ci-dessous.
Polémia

Le 23 juillet dernier en Espagne, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez provoquait des législatives anticipées dans l’espoir de rebondir après un scrutin régional désastreux pour son parti mais perdait son pari : le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) était en effet devancé par le Parti Populaire (PP), lequel n’avait toutefois pas obtenu la majorité absolue espérée avec son allié Vox, réputé par les médias d’ultra droite et auquel des sondages sans doute truqués promettaient un score mirifique, ce qui a effrayé beaucoup d’électeurs. Toujours en fonction car la situation ne s’est toujours pas décantée, Pedro Sanchez a pris sa revanche le 17 août avec l’élection de sa candidate, la socialiste Francina Armengol, à la présidence du Congrès des députés grâce aux voix des sept députés de Junts per Catalunya (JxCat, Ensemble pour la Catalogne), parti représentant le courant le plus dur du nationalisme catalan et dirigé de Bruxelles où il vit exilé depuis 2017, après l’échec d’une tentative de sécession de la Catalogne, par le leader indépendantiste Carles Puigdemont.

Le 22 août, le roi Felipe VI a désigné le chef de la droite Alberto Nuñez Feijoo pour tenter d’être investi Premier ministre mais l’accord ayant permis l’élection d’Armengol comme patronne du Congrès risque fort d’être reconduit, permettant ainsi le maintien de Sanchez à la tête du gouvernement de Madrid. En échange de quelles concessions funestes pour l’avenir de l’Espagne « une, grande, libre » ? Et, pour nos voisins, car l’histoire repasse souvent les plats, même s’il lui arrive selon Céline de bégayer, ne risque-t-il pas de déboucher sur une réédition des heures les plus sombres de leur passé pourtant mouvementé quand s’installa la IIème République espagnole, déjà au mépris du verdict des urnes, et que le pouvoir échut en 1936 au Frente Popular   ?

José Antonio et Robert Brasillach, une communauté de destins

Sous l’égide des « Sept Couleurs » (1), la maison d’édition fondée en 1948 par Maurice Bardèche, la vénérable mais plus que jamais dynamique Association des Amis de Robert Brasillach vient de rééditer Histoire de la guerre d’Espagne (2), livre passionnant et plein d’enseignements cosigné par Robert Brasillach (qui en écrivit la majeure partie) et son beau-frère Bardèche et publié en juillet 1939, alors que le conflit s’était achevé le 31 avril 39 sur la défaite des Rouges. Une prouesse éditoriale.

Certes, les deux hommes connaissaient bien l’Espagne pour y avoir fait de nombreux voyages avec leur camarade Pierre-Antoine Cousteau, mais on reste pantois devant la somme de travail — rédaction et surtout recherches dans toutes les sources d’information disponibles — accomplie alors que Brasillach était en outre très pris par ses fonctions de rédacteur en chef de l’hebdomadaire Je suis partout. Un travail de grand universitaire, servi par le talent de l’écrivain. Mais il est vrai, comme le souligne Cécile Degas dans sa remarquable préface, que « parmi tous les pays européens où le fascisme l’a emporté dans l’entre-deux-guerres, l’Espagne a été le seul, en tout temps, cher à Robert Brasillach » qui avait traduit en français le Cara al sol, hymne dû au fondateur de la Phalange, l’aristocratique mais très social José Antonio Primo de Rivera (fils du général Miguel Primo de Rivera, chef du gouvernement et président de Directoire sous le règne d’Alphonse XIII), dont il pressentait « avoir le même destin ». Ce qui était hélas bien vu : l’Espagnol finit fusillé par ses compatriotes le 20 novembre 1936, à l’âge de 33 ans (ses restes reposèrent longtemps dans la basilique Sainte-Croix de la Valle de los Caidos avant d’en être chassés en avril dernier par le gouvernement socialiste qui ne supportait plus le culte que lui rendaient ses fidèles), et le Français le 6 février 1945, à l’âge de 34 ans.

Les ravages de la propagande

L’exécution de José Antonio fut suivie de bien d’autres dans la sanglante et interminable guerre civile espagnole, l’une des plus atroces qu’ait connue l’Europe contemporaine car l’enjeu idéologique était capital : l’extension (qui avait échoué en Allemagne grâce aux Corps-Francs) de la révolution bolchevique qui mobilisa dans tout l’Occident, Etats-Unis compris, ses « compagnons de route » avoués ou non. Ainsi furent innombrables les livraisons dans les ports catalans d’armes camouflées, précise Brasillach, en « vivres pour les orphelins », et même d’avions, notamment français, par le gouvernement de Front populaire de Léon Blum, le ministre de l’Air qui organisa ces transferts clandestins étant alors le communisant Pierre Cot — dont le chef de cabinet était Jean Moulin. Ces appareils devaient cruellement nous manquer quand la France déclara la guerre à l’Allemagne.

Dans un article récent, Johan Hardoy nous parlait ici de l’Austro-Judéo-Américain Edward Bernays qui, après avoir, à la demande du président Wilson, œuvré en 1917 pour rendre populaire l’entrée en guerre des États-Unis puis, stipendié de Philip Morris et autres mammouths de l’herbe à Nicot, à la généralisation du tabagisme féminin, publia en 1928 son ouvrage majeur, Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie où il insiste sur le rôle de la radio, de la presse écrite et du cinéma naissant pour « uniformiser les pensées et les habitudes » de toute nation.

La guerre d’Espagne fut à cet égard un inestimable terrain d’expérimentation, les nationalistes étant presque unanimement présentés comme les féroces molosses de la Réaction politico-cléricale contre les aspirations légitimes du peuple, et la gauche — socialiste, trotskiste ou stalinienne — comme les paladins du Progrès et du Bien. Non seulement quand elle faisait massacrer les prêtres jugés irrécupérables (les chiffres fournis dans le livre sont effarants) et livrait les religieuses à ses soudards, mais aussi quand elle persécutait, affamait systématiquement et même bombardait les populations rétives.

Ces bombardements, dont Brasillach qui fustige « l’extraordinaire déchainement de fausses nouvelles » visant à diaboliser les uns et à angéliser les autres, donne plusieurs exemples précis, étaient souvent passés sous silence par la presse étrangère, intarissable en revanche sur celui de Guernica (128 morts le 26 avril 1937) érigé en crime contre l’humanité qu’illustre la monumentale et si fameuse toile de Pablo Picasso, d’ailleurs bidonnée : pressé par le gouvernement républicain de donner « une représentation dramatique » du bombardement pour le pavillon espagnol de l’exposition universelle de Paris organisée quelques mois plus tard, l’Andalou fit quelques retouches (les flammes causées par les bombes furent ainsi ajoutées, ainsi que d’autres éléments actualisant le triptyque) à ce qui n’avait été qu’une ébauche sans lien aucun avec l’événement.

Les auteurs de l’Histoire de la guerre d’Espagne voient dans ce conflit le combat entre « le fascisme et l’antifascisme » (le premier est mort depuis 1945 sauf à le faire désormais incarner par l’ancien kagébiste Poutine alors que le second, même faute d’adversaires, se porte toujours très bien) mais on est frappé, à lire leur description si détaillée et si documentée des combats, par l’équanimité avec laquelle ces deux hommes engagés traitent les antagonistes. Ils n’hésitent pas à saluer le courage des communistes ou des anarchistes du POUM lors de certains combats ou à critiquer des choix et initiatives malvenus de la Droite, ou ses querelles internes. Longtemps décrié comme outrageusement partisan, leur travail mérite d’être salué pour son sérieux et son objectivité. Des historiens actuels tels Arnaud Imatz, le Madrilène Ricardo de La Cierva,  le Galicien Luis Pío Moa Rodríguez et bien d’autres tels Bartolomeo Benassar et l’ancien avocat Michel Festivi auquel on doit Les trahisons des gauches espagnoles et L’Espagne ensanglantée (éd. Dualpha), arrivent du reste aux mêmes conclusions.

« Confrontations par procuration, débats sur la nécessité d’intervenir (ouvertement ou non), prises de position polémiques des intellectuels, “brigades internationale”, populations civiles bombardées, propagandes et multiplication des fausses nouvelles… » Pour l’Europe, les parallèles sont frappants avec la guerre d’Ukraine sévissant depuis 2014. Aussi cette Histoire de la guerre d’Espagne devrait-elle figurer dans la bibliothèque de tous les amoureux tout à la fois de Clio et de l’Espagne, d’autant que c’est aussi un superbe objet : à un index et à un appareil de notes très complet s’ajoute l’iconographie exceptionnelle (plus de 300 photos) réunie par David Gattegno. Connaitre le passé pour mieux comprendre et affronter le présent n’est-il pas indispensable dans les temps ô combien agités et incertains que nous vivons ?

Camille Galic 23/08/2023

(1) Titre du roman publié par Brasillach en 1939 et qui fut sélectionné pour le prix Goncourt (finalement attribué à Philippe Hériat pour Les Enfants gâtés.
(2) 560 pages, 35 € ou 43 € port compris. A commander à A.R.B. (ou M. Delcroix), Boite postale 19, F-60240 Chaumont-en-Vexin. Courriel : arbfrance@orange.fr

https://www.polemia.com/une-histoire-de-la-guerre-despagne-pour-mieux-comprendre-la-guerre-dukraine/