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samedi 2 novembre 2024

L’île des cannibales, cet enfer sibérien sous Staline

 

L'île des cannibales, cet enfer sibérien

En 1933, Staline lance un plan brutal pour « purifier » Moscou et Leningrad de leurs « éléments socialement nuisibles ». « L’île aux cannibales » est un documentaire qui dévoile l’histoire méconnue de 6 000 déportés envoyés sur une île isolée au cœur d’un fleuve sibérien. Sans provisions ni outils, ces malheureux ont enduré l’horreur de la famine, ce qui les a conduits à des actes de cannibalisme pour survivre. Ce reportage plonge dans l’un des épisodes les plus sombres de l’ère stalinienne.


https://www.medias-presse.info/lile-des-cannibales-cet-enfer-siberien-sous-staline/196553/

mardi 26 décembre 2023

Amnya, la plus ancienne forteresse du monde

 

Au cœur de la taïga sibérienne, au-delà des montagnes de l’Oural, les archéologues se penchent sur les secrets de la très ancienne forteresse d’Amnya. En effet, les origines de ce site pourraient peut-être changer notre conception et notre vision de la société humaine préhistorique et le modèle du chasseur-cueilleur.

Fouillé depuis 1987, le site d’Amnya est reconnu par les scientifiques comme la forteresse préhistorique la plus septentrionale du continent eurasien découverte à ce jour. Cependant, l’existence d’une telle structure dans cette zone géographique n’est pas inhabituelle. En effet, selon la revue Antiquity, « il existe une longue histoire de fortifications de chasseurs-cueilleurs en Sibérie occidentale, qui s'étend de l'âge de pierre jusqu'à la conquête russe de la région aux XVIe et XVIIe siècles ».

Suites aux études faites sur le site d’Amnya, les archéologues découvrirent de nombreux restes et traces de palissades, de fossés et de maisons pouvant s’étendre sur une longueur de 13 à 41 mètres. Les scientifiques ont aussi retrouvé les restes de 45 poteries, de nombreux ustensiles en silex et en quartz ainsi que des armes et des pointes de flèches faites en ardoise. Ce territoire hostile à l’homme offrait aussi de nombreuses ressources pour les individus vivant ici. Les chercheurs ont pu déterrer ainsi les restes de plusieurs animaux. Parmi ceux-ci, des os de wapitis (cervidé), de rennes et de castors dont on peut penser qu’ils constituaient, avec les poissons pêchés dans une rivière proche, la base de l’alimentation des sociétés préhistoriques de la Sibérie.

Jusqu’ici, tout semble ne soulever ni interrogation ni stupéfaction ni constituer de découverte incroyable pour le monde archéologique. Cependant, jusqu’à de récentes études, le site avait été associé à une période chronologique remontant à quelques millénaires. Néanmoins les nouvelles découvertes archéologiques viennent remettre en cause cette idée. En effet, les fondations les plus anciennes du site révèlent en vérité que ce dernier aurait été habité il y a environ 8.000 ans.

Cet état de fait qualifierait ainsi la forteresse d’Amnya de plus ancien site d’habitation fortifiée au monde et bouleverserait notre conception de la société du chasseurs-cueilleur. En effet, le nomadisme de ces anciennes communautés empêchait les scientifiques d'imaginer l’existence d’un site aussi complexe à une telle datation pour ce type de société. La découverte d’armes s’ajoutant à la présence de palissades et de traces d’incendies sur les restes de bâtiments retrouvés prouve aussi l’existence de conflits entre les communautés résidant autrefois sur ce territoire.

Ce type de forteresse, érigé pour de telles raisons défensives, était souvent associé à l’émergence de l’agriculture au Proche Orient puis en Europe. Cette situation fait alors de la société préhistorique sibérienne un cas unique. Ainsi, selon la revue Antiquity, « Amnya […] témoigne d’un parcours autochtone sans précédent vers une différenciation sociopolitique dans une partie inattendue du monde. […] Amnya marque le début d’un phénomène unique et à long terme de sites défensifs de chasseurs-cueilleurs dans le nord de l’Eurasie, une tradition presque ininterrompue qui s’est poursuivie pendant près de huit millénaires jusqu’au début de la période moderne. » Le monde de la préhistoire semble ne pas avoir encore dévoilé tous ses mystères.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/amnya-la-plus-ancienne-forteresse-du-monde/

dimanche 28 février 2021

Une découverte change le récit de l’humanité

 

En 2012, des chercheurs russes ont découvert un mammouth mort il y a 45 000 ans dans la région centre de la Sibérie arctique. Après analyse du squelette, ils ont constaté que les humains étaient présents dans cet endroit bien plus tôt qu’il ne le pensait.

Le mammouth découvert en 2012.
Le mammouth découvert en 2012.

Suite à la découverte d’un squelette de mammouth dans l’Arctique, des scientifiques russes ont découvert que les humains étaient présents dans cette région il y a 45 000 ans, soit 10 000 ans plus tôt qu’on ne le pensait.

Ils ont pu établir ce constat grâce aux pointes de flèches et autres objets tranchants observés sur la carcasse gelée de l’animal, trouvé en 2012 dans les sédiments gelés d’une falaise sur la côte est de la baie de Yenisei (centre de la Sibérie arctique). Cette découverte, publiée dans la revue scientifique «Science», pourrait ainsi relater le plus ancien exemple de survie dans l’Arctique où les indices paléolithiques humains sont rares.

Le squelette du mammouth montre des signes de blessures inhabituelles sur les côtes, sur la défense droite et les mandibules. Des marques qui résultent très probablement de pointes de lance très aiguisées, ont analysé ces scientifiques. Les ramus mandibulaire, partie montante de l’os de la mandibule qui sont très résistants, sont le plus souvent intacts quand ils sont découverts. Mais dans les restes de mammouths plus récents abattus par des humains les mandibules sont très souvent incomplètes ce qui pourrait avoir résulté d’une extraction de la langue, supputent-ils.

La chasse aux mammouths

Les chasseurs mangeaient souvent la langue des mammouths, une sorte de rituel ou parce que cette partie de l’animal était peut-être considérée comme un met raffiné, indiquent les chercheurs. La seule défense préservée de ce mammouth, celle de droite, montre des traces de travail humain pour en modifier la forme. Ainsi ces marques indiquent une tentative de la séparer du reste du corps.

En revanche l’extrémité extérieure de la défense, normalement peu tranchante, a été travaillée pour en faire un outil, selon des techniques différentes observées plus tardivement dans l’Arctique. Ces hommes faisaient de longs éclats d’ivoire effilés pour couper la viande dans une région où d’autres matériaux lithiques bruts étaient difficiles à trouver.

Des avancées dans les techniques de chasse aux mammouths ont probablement permis à ces groupes de se propager dans la partie la plus au nord de la Sibérie arctique, estiment les auteurs.

Source:Paris Match

https://michelduchaine.com/2016/01/22/une-decouverte-change-le-recit-de-lhumanite/

mardi 1 décembre 2020

Les ours polaires pris dans la 6e extinction ? Alors rien à craindre ! (texte de 2019)

 Comme ces lignes sont écrites les zélateurs de mademoiselle Thumberg sont retournés à leurs smartphones et tablettes. On ne voit donc plus dans les squelettiques manifestations des cancres du vendredi, analphabètes du Climat, les ours polaires grandeur nature en polystyrène de Greenpeace devenus symboles universels de la fonte des glaces arctiques et du réchauffement climatique.

C'est donc « la belle histoire de la matinée » du 22 avril nous conte Bourdin avec le bon gros sourire d'un humanitaire qui, dans les eaux territoriales libyennes, a récupéré un zodiac de Soudanais. Son complice de la séquence écolo quotidienne, un nommé Rouault, vient de passer une vidéo d'un ours « de deux ans, à peine capable de se déplacer », nous explique RMC-Découverte, embarqué sur un bout de banquise et qui a dérivé pendant 700 km à travers la Mer de Bering, seul, jusqu'au village de Tilichiki (2 500 habitants à l'extrémité du Kamchatka). A pieds (sic), affamé, amaigri, épuisé. Il aurait « deux ans et marcherait à peine ». Sauf qu'on a sous les yeux un beau gaillard, plein de vigueur, qui escalade prestement le quai et s'éloigne sans demander son reste. On lui donne un poisson pour lequel il ne montre aucune goinfrerie. Alors on nous explique qu'on s'apprête à le ramener par hélicoptère parmi les siens, après l'avoir endormi. Pour l'heure, nous raconte M. Ruault, « les habitants l'ont accueilli, lui ont donné du poisson, il a repris quelques forces, part même maintenant chasser pendant la journée »... Lui met-on un bracelet ? C'est que tout cela n'est pas innocent. Bourdin et son compère sont là pour nous servir leur salade sur le réchauffement climatique et le terrible sort vécu par les ours polaires.

Il s'agit donc, nous disent-ils, « d'un ours à la recherche de nourriture et qui pour y parvenir va devoir parcourir 700 km sur un bloc de glace. Il est arrivé là, explique le commentateur de RMC, dans un texte qui n'est qu'un tissu d'âneries, pour chercher de la nourriture, à cause du réchauffement climatique les surfaces sur lesquelles les ours polaires peuvent chasser sont de plus en plus réduites. Les plantigrades sont donc obligés de parcourir de longues distances pour se nourrir ». Ici M. Ruault nous rappelle qu'il y a quelque temps il avait évoqué l'installation d'une dizaine d'ours, évidemment affamés du fait du réchauffement climatique faisant fuir les otaries, sur l'île de Beloushaya Gouba le long de l'Océan Arctique. Alors, nous dit-il, une opération d'urgence avait été décrétée.

Tout cela était entièrement bidonné. D'abord les ours étaient une cinquantaine. Ensuite, tous ces individus étaient gros et gras et en pleine santé. À Beloushaya Gouba comme, ailleurs les communautés d'ours polaires ne sont nullement en voie d'extinction. C'est dans la tête de ces écologistes et climatistes malades que l'on est dérangé.

29 000 ours polaires assure Susan Crockford

Il existe en effet deux thèses. La première est celle de la bien-pensance. Victimes du réchauffement climatique, les ours cherchent à se nourrir lorsque les otaries et les poissons, conditionnés par le retrait des glaces de mer leur font défaut. Et se rapprochent des dépotoirs des villages inuits au Canada, russes en Sibérie. Prédateurs redoutables, ils terrorisent les populations. Mais il y a une seconde explication : le baby boom dont ne veulent pas entendre parler leurs adversaires. Et c'est pourtant ce que toutes les statistiques et les communautés inuits confirment : les ours sont bien en pleine expansion démographique.

L'Américaine Susan Crockford est la grande spécialiste des ours polaires. Elle soutient depuis des années qu'ils ne sont nullement en voie de disparition et qu'ils sont mêmes parfaitement capables de s'adapter à n'importe quel changement climatique : que ce soit sur terre, sur mer ou sur la glace, ils n'ont de prédateurs que l'homme. Elle vient de publier un nouveau livre - La catastrophe de l'ours polaire qui n'est jamais arrivée - mais ne répond pas aux média de masse. Selon ses propres comptages, leur nombre se situe entre 26 000 et 58 000 et elle pencherait plutôt vers 39 000. C'est largement le double de ce que les prophètes de malheur annoncent depuis des années.

Soit il n'existe pas de réchauffement climatique. Soit les ours sont parfaitement capables de s'y adapter.

En tout cas, cet incident ne découragea pas un biologiste de l'Université de l'Alberta qui poussa le cynisme jusqu'à déclarer : « Peut-être que les incidents de Beloushaya Gouba n'ont rien à voir avec le réchauffement climatique mais ils sont très cohérents avec les effets prévus du changement climatique ».

Susan Crockford, soit dit en passant, consacre un article à l'ours voyageur qui a fait les choux gras de Bourdin. Comme lui et son acolyte, elle cite ironiquement Greenpeace qui a aussitôt imputé l'incident au réchauffement. Mais elle cite surtout un article technique du Siberian limes avec graphique, photos et vidéos. Il explique en détails qu'il s'agit d'un accident ainsi que cela arrive parfois lorsque « les écoulements glaciaires » du printemps refluent vers le Nord et que des morceaux de glace sont entraînés vers le sud. À cette occasion, un ours peut rester piéger sur un d'entre eux. Ce fut le cas.

Jim REEVES rivarol 2 mai 2019

mardi 16 juillet 2019

Sibérie : des dents vieilles de 31.000 ans révèlent l’existence d’une population humaine inconnue

Au nord-est de la Sibérie, des scientifiques ont mis au jour des dents de lait vieilles de 30.000 ans et appartenant à une population humaine jusqu’ici inconnue. Une découverte qui bouscule les théories sur l’histoire des migrations humaines et les ancêtres des premiers Américains. L’Homme n’a pas toujours évolué sur tous les continents. Il y a bien longtemps, nos ancêtres avaient un territoire bien plus restreint que les populations ont étendu en migrant aux quatre coins de la Terre. Comment ? L’histoire est loin d’être élucidée. C’est ce que confirme une étude publiée cette semaine dans la revue Nature.
Ces travaux reposent sur la découverte de deux dents de lait humaines sur un site archéologique isolé du nord-est de la Sibérie. Nommé Yana Rhinoceros Horn Site (RHS), l’endroit est connu depuis 2001 et de nombreuses trouvailles y ont déjà été révélées. Parmi elles, quelque 2.500 artéfacts fabriqués en os d’animaux, en ivoire ainsi que des outils en pierre.
Ce site a fourni les plus anciennes preuves directes d’occupation humaine dans la région. « Auparavant, les données génétiques suggéraient que le nord-est de la Sibérie n’était occupé que depuis 10.000 ans, mais nous savons [maintenant] que ces populations étaient là depuis bien plus longtemps« , a expliqué au New Scientist, Eske Willerslev de l’Université de Cambridge.
Toutefois, les deux dents humaines découvertes ont à nouveau bousculé les théories. Une analyse génétique a révélé qu’elles sont âgées de 31.000 ans et surtout, qu’elles appartiennent à une population humaine inconnue. Une population génétiquement distincte des Eurasiens occidentaux et des Asiatiques de l’Est que les chercheurs ont nommée « anciens Sibériens du Nord ».
Ce n’est pas tout puisque les analyses génétiques ont révélé un autre résultat crucial : cette population ne serait pas directement liée aux Amérindiens, comme on le supposait. « L’idée commune est que les premiers humains à être arrivés dans cette région étaient les ancêtres des premiers Américains qui ont traversé le détroit de Béring et ont disparu« , a précisé Eske Willerslev. […]
Géo
http://www.fdesouche.com/1219243-siberie-des-dents-vieilles-de-31-000-ans-revelent-lexistence-dune-population-humaine-inconnue

mardi 11 octobre 2011

La tragédie des “Wolfskinder” dans l’Allemagne d’après-guerre


Le terme allemand “Wolfskinder” - littéralement “enfants-loups”- désigne les orphelins de guerre allemands qui, après la capitulation du Troisième Reich, ont été laissés à eux-mêmes et qui, à la recherche de nourriture en dehors des frontières allemandes, ont erré dans des pays étrangers, surtout en Pologne, en Lithuanie et en Union Soviétique (dans la partie de la Prusse Orientale annexée à l’URSS). Leur nombre s’élève à plusieurs milliers d’enfants et leur sort fut bien souvent épouvantable. Beaucoup de “Wolfskinder”, d’“enfants-loups”, sont morts de faim, ont été assassinés, violés, maltraités ou exploités comme esclaves. Quelques centaines d’entre eux ont été recueillis par des familles lithuaniennes (souvent sans enfant), puis adoptés. Ils ont perdu ainsi leur identité allemande. Après la fameuse “Wende”, le “tournant”, c’est-à-dire après la chute du Rideau de Fer et du Mur de Berlin, les autorités allemandes officielles ont montré pour la première fois de l’intérêt pour ces “enfants-loups” qui étaient entretemps devenus des quadragénaires voire des quinquagénaires. Les médiats aussi leur ont consacré de l’attention.
À la demande de la chaine de télévision ZDF, la journaliste Ingeborg Jacobs a réalisé un documentaire en trois volets, intitulé “Kinder der Flucht” (“Enfants de l’Exode”). Ce documentaire a été télédiffusé en 2006 et a suscité énormément d’intérêt. Le sort affreux de ces “enfants-loups” a soulevé une émotion générale dans tout le pays. Dans son documentaire, la journaliste et réalisatrice Ingeborg Jacobs, traite du cas épouvantable de Liesabeth Otto, qui avait sept ans en 1945. Mais Ingeborg Jacobs n’a pas pu exploiter toute la documentation qu’elle avait glanée pour son reportage; elle a alors décidé de publier un livre particulier, consacré uniquement à Liesabeth Otto (“Wolfskind: Die unglaubliche Lebensgeschichte des ostpreussischen Mädchens Liesabeth Otto” – “Enfant-Loup: l’incroyable biographie d’une petite fille de Prusse Orientale, Liesabeth Otto”, Munich, Propyläen, 2010). Avant d’avoir publié l’histoire de Liesabeth Otto, Ingeborg Jacobs avait déjà, en 2008, édité un ouvrage sur les viols en masse des filles et femmes allemandes par les soldats de l’armée soviétique. “Freiwild: Das Schicksal deutscher Frauen 1945” – “Gibier à disposition : le sort des femmes allemandes en 1945”). Mais bornons-nous ici à recenser le calvaire de Liesabeth Otto.
Le père de la petite Liesabeth était un pauvre ouvrier plâtrier, mobilisé par l’armée: il avait été porté disparu dans la tourmente de la guerre. La mère de la fillette meurt de faim et d’épuisement en mai 1945 dans la ville de Dantzig, complètement détruite par les opérations militaires et les bombardements. Avec sa soeur aînée et son frère, Liesabeth essaie de survivre. Les journées se passaient à chercher quelque chose de mangeable. Ils mangeaient de tout : des chats, des moineaux, … Les feuilles de tilleul ou les orties étaient considérées comme des friandises. Pour un misérable quignon de pain, Liesabeth se dispute violemment avec sa soeur aînée et prend la fuite. Sa soeur aurait littéralement crevé de faim en 1947, à l’âge de seize ans. En Prusse Orientale, des centaines de millers d’Allemands sont morts de faim entre 1945 et 1948. Les Soviétiques et les Polonais refusaient d’aider les Allemands enfermés dans des camps. Ils se bornaient à les hisser sur toutes sortes de moyens de transport pour les envoyer vers l’Ouest. L’expulsion de près de cinq millions de personnes constitue la plus grande opération d’épuration ethnique de tous les temps.
Jetée dans les flots de la Memel
Liesabeth s’est alors introduite comme passager clandestin dans un train de marchandises qui roulait en direction de la Lithuanie. Pendant le long voyage, elle a mangé des petites boulettes qui avaient un drôle d’air et un goût bizarre. Sa faim était trop forte. Elle ne le savait pas, ne pouvait le savoir: c’était du crottin séché. A l’arrivée, elle est tombé inconsciente sur le quai. Un homme l’a prise en pitié et l’a amenée chez lui. L’épouse de ce brave homme s’est occupée d’elle, lui a coupé les cheveux qui étaient pleins de poux et a jeté au feu ses vêtements qui sentaient horriblement mauvais. Pendant un certain temps, tout alla bien avec Liesabeth. Jusqu’au jour où des gamins de rue l’ont attrapée et ont joué “P’tit Hitler” avec elle. Les enfants en général sont souvent très cruels avec les plus faibles et les plus jeunes d’entre eux. Cette cruauté a frappé Liesabeth, à l’âge de huit ans. Après que les sauvageons l’aient rouée de coups de poing et de pied, ils l’ont pendue et ils ont pris la fuite. Un passant, qui cheminait là par hasard, l’a sauvée de justesse d’une mort par strangulation. Plus tard, elle a souvent pensé que ce passant n’aurait jamais dû l’apercevoir. Tenaillée par la peur, elle n’a plus osé revenir au foyer de l’homme qui l’avait trouvée dans la gare et de la femme qui l’avait soignée.
Aussi solitaire qu’un loup, elle a erré pendant un certain temps dans la forêt. Un jour, la gamine fut battue presque à mort par un paysan parce qu’elle lui avait volé un poulet. Âgée de huit ans, elle fut violée une première fois puis enfermée dans un sac et jetée dans les flots de la rivière Memel. On la sauva une fois de plus.
Pendant quelques temps, elle a trouvé refuge chez un groupe de “Frères de la Forêt” —les “Frères de la Forêt” lithuaniens menaient une guerre de guérilla contre l’occupant soviétique— pour qui elle servait de courrier. Liesabeth, qui fut alors rebaptisée “Maritje”, fut bien traîtée par les résistants lithuaniens et reçut suffisamment à manger. En 1949, elle a dû abandonner ses protecteurs. La situation devenait trop dangereuse pour les “Frères de la Forêt” Ils ne pouvaient plus s’occuper des “enfants-loups” allemands qui se trouvaient parmi eux. Pendant de nombreuses années, d’anciens soldats allemands luttaient avec les Lithuaniens dans cette guerre de partisans.
Le Goulag
A la fin de 1949, les derniers Allemands de Prusse orientale furent déportés vers l’Ouest. Tous les Allemands devaient se rassembler en des lieux préalablement indiqués. Liesabeth voulait aller en Allemagne de l’Ouest. Des gens, qui lui voulaient du bien, la dissuadèrent d’entreprendre ce voyage. Les trains, disaient-ils, ne prendraient pas la direction de l’Allemagne mais de la Sibérie. Liesabeth, qui vient d’avoir onze ans, les croit et poursuit ses pérégrinations.
Pour avoir à manger, elle travaille dur dans des fermes. Parfois, elle vole. A quinze ans, elle est prise la main dans le sac et livrée à la milice soviétique. Les miliciens communistes ne montrèrent pas la moindre pitié et l’envoyèrent dans une prison pour enfants, à 400 km à l’Est de Moscou. Là-bas règnait la loi du plus fort. Les raclées et les viols étaient le lot quotidien des internés. Les autorités du camp laissaient faire. Liesabeth/Maritje tomba enceinte et donna son bébé à une détenue qui venait d’être libérée. Au bout de quelques jours, l’enfant mourut. Dès qu’elle eut fêté ses dix-huit ans, Liesabeth/Maritje fut expédiée au goulag, dans un camp pour dangereux criminels de droit commun. Elle y fut régulièrement rossée et violée. Elle donna la vie à une deuxième fille mais le bébé était trop faible et décéda dans le camp. Elle ne fut libérée qu’en 1965. Elle avait vingt-sept ans.
Cette femme, durcie par les privations, n’avait toutefois pas d’avenir. Qui irait donc embaucher une femme qui avait fait autant d’années de prison? Finalement, Liesabeth/Maritje trouve du travail au sein d’une “brigade de construction”, qu’on expédie à Bakou dans le Caucase. Les hommes considéraient que toutes les femmes étaient des prostituées. Pour échapper à cette suspicion permanente, elle se marie et donne naissance à une troisième fille, Elena. Mais le mariage ne dure pas longtemps. Liesabeth est souvent battue par son mari, qui, de surcroît, la traite, elle et sa fille, de “sales fascistes allemandes”. Après trois ans de mariage, c’est le divorce.
Epilogue à Widitten
L’heureux dénouement ne vint qu’en 1976. Grâce à une recherche menée par la Croix Rouge allemande, elle a pu reprendre contact avec son père et son frère Manfred. Après 31 ans de séparation, ce fut pour elle une émotion intense de retrouver son père et son frère à Braunschweig. Un interprète était présent. Liesabeth ne prononçait plus que quelques mots d’allemand, avec grande difficulté. Pourtant cette rencontre n’eut pas que des conséquences heureuses. Manfred n’était pas fort content de retrouver sa soeur. Pendant de nombreuses années, il avait vécu en pensant que sa soeur était morte. Or voilà qu’elle réémerge quasiment du néant et qu’il doit partager l’héritage paternel avec elle. Liesabeth ne se sent pas heureuse en Allemagne et repart avec sa fille Elena en Russie, où on l’insulte en permanence, où on la traite de “Boche” et de “fasciste”. En Allemagne, les voisins la désignaient sous le terme “Die Russin”, “la Russe”. Liesabeth/Maritje n’avait plus de nationalité…
Son père veilla toufois à ce qu’elle puisse acheter et meubler une petite maison avec un lopin de terre à Widitten en Prusse Orientale. Au début, elle se heurta à l’hostilité de ses voisins russes. La mère comme la fille étaient saluées chaque jour que Dieu fait par de vibrants “Heil Hitler!”. On maltraitait leurs animaux. Ce n’est qu’après l’implosion de l’URSS que leur situation s’est bien améliorée. En 1994, Liesabeth reçoit pour la première fois la visite d’Ingeborg Jacobs.
Des vois s’élèvent en Allemagne pour donner, au moins à une école, le nom d’un “enfant-loup” oublié, après 65 ans…  Sera-ce fait ? Pieter Aerens  http://www.voxnr.com/ 
notes :
Article paru dans “’t Pallieterke”, Anvers, 5 janvier 2011.

mardi 3 mai 2011

Staline le monstre froid

Le Figaro Magazine - 05/02/2011

Successeur de Lénine, Joseph Staline a régné sans partage sur l'Union soviétique de 1929 à 1953. Bolchevique de la première heure, ce dictateur est responsable d'innombrables crimes contre l'humanité.

S'il n'était pas mort, Georges Frêche aurait-il été jusqu'au bout de son projet ? Aux statues qu'il avait fait installer à Montpellier (Jaurès, de Gaulle, Churchill, Roosevelt et Lénine), il voulait ajouter Staline. L'ancien maire de la ville, capable de toutes les provocations, brandissait un argument : « Sans lui, on n'aurait pas gagné la Seconde Guerre mondiale. » Du vivant du dictateur soviétique, c'est pour cette raison que l'Occident faisait silence sur ses crimes : 7 millions de déportés de 1929 à 1953, 6 millions de morts de famine entre 1931 et 1933 et 1 million en 1947, 1,8 million de morts en camp de 1929 à 1953, et 1 million de fusillés de 1929 à 1953, dont 750 000 en 1937-1938...

Il y a huit ans, Simon Sebag Montefiore, un historien britannique, spécialiste de la Russie, avait publié à Londres une remarquable biographie de Staline. Traduite en 25 langues, parue en français en 2005, cette somme - ouvrage de référence, mais d'une lecture aisée - est désormais disponible au format de poche (1). Edvard Radzinsky, un homme de théâtre et de télévision russe, est aussi l'auteur de best-sellers historiques. On lui doit notamment un Nicolas II (2002) et un Alexandre II (2009) qui ont été publiés en français. A partir de divers fonds d'archives et de témoignages de proches et de survivants, il a écrit un livre qui constitue une introduction à la vie de ce monstre froid que fut Joseph Staline (2).

Né le 6 décembre 1878 (il se rajeunira d'un an dans ses biographies officielles), Joseph Djougachvili, surnommé Sosso par sa mère, est originaire de Gori, en Géorgie. Son père est un cordonnier alcoolique et violent, qui bat sa femme : on murmure qu'elle se console avec le parrain du garçon, qui serait son vrai père. Entré à 16 ans au séminaire de Tiflis, le jeune Joseph se montre d'abord bon élève. Cinq ans plus tard, devenu athée et marxiste, il refuse de passer ses examens. Exclu du séminaire, Joseph Djougachvili ne sera pas prêtre, mais il adorera une divinité : la révolution.

Sous le pseudonyme de Koba, il entame une carrière d'agitateur, organisant des grèves et n'hésitant pas à braquer des banques afin de renflouer les caisses du Parti social-démocrate, auquel il a adhéré dans la fraction bolchevique. En 1905, en Finlande, il fait la connaissance de Lénine. L'année suivante, il est l'instigateur de l'assassinat du gouverneur militaire du Caucase. En 1907, à la suite d'un nouveau hold-up, il est arrêté. Condamné à l'exil intérieur, il s'évade et rejoint sa femme à Bakou. Epousée trois ans plus tôt, elle ne résistera pas à une épidémie de choléra, en 1909, mort qui affectera sincèrement Koba et le poussera un peu plus dans l'engagement radical. Cinq fois arrêté, cinq fois évadé de Sibérie, ce révolutionnaire professionnel, membre du Comité central du parti, adopte un nouveau surnom : Staline, « l'homme de fer ».

De nouveau déporté en 1913, il se trouve en Sibérie quand éclate la révolution de février 1917. Libéré, Staline gagne Saint-Pétersbourg où il se range dans le sillage de Lénine, sans jouer toutefois de rôle important au moment de la révolution d'Octobre. En 1918, chargé de réquisitionner du blé, il fait incendier les villages récalcitrants et fusiller leurs habitants. La même année, la Géorgie et la Transcaucasie ayant pris leur indépendance à la faveur de la révolution, il en assure la reconquête militaire.

En 1922, quand Lénine est frappé d'une attaque cérébrale, Staline se présente comme le dépositaire de sa pensée. Lorsque le fondateur du bolchevisme disparaît, en 1924, une lutte au couteau s'engage pour sa succession. Associé à Kamenev et Zinoviev, Staline évince d'abord Trotski. Un an plus tard, il écarte à leur tour Zinoviev et Kamenev. En 1929, ayant placé ses vassaux au Politburo, il est le maître du Kremlin, tout en devenant le dirigeant du mouvement communiste international. Parfait léniniste, Staline va gouverner selon les principes de son mentor : parti unique, chef unique, liquidation des opposants. A l'occasion de son cinquantième anniversaire, celui qu'on va appeler le « Petit Père des peuples » institue le culte de la personnalité. « Devenu tsar, écrit Edvard Radzinsky, il a décidé d'être en même temps un dieu. Ainsi se crée la Sainte-Trinité bolchevique: Marx, Lénine et lui. Les dieux de la terre. »

La suite, on la connaît : systématisant le caractère totalitaire du parti-Etat communiste, le tyran, dont les historiens soulignent le sadisme personnel, met au point une mécanique politique et policière qui va broyer des millions d'êtres. Répression de masse, dékoulakisation, camps de concentration, travail forcé, purges : l'Union soviétique est une vaste prison où tous ont peur de tous.

Allié à l'Allemagne nazie en 1939, Staline est surpris, en 1941, quand la Wehrmacht attaque. Devant la déroute de l'Armée rouge, il doit faire appel au patriotisme russe, et même sortir quelques popes du goulag, afin de mobiliser son peuple. Après la guerre, la terreur reprend de plus belle, se teintant d'antisémitisme lors du complot des blouses blanches. Il faut lire les pages hallucinantes où Simon Sebag Montefiore décrit la mort du dictateur, en 1953, et les règlements de compte au sein de sa garde rapprochée dont faisait partie Khrouchtchev, qui lui succédera. « Ils avaient tous du sang sur les mains », souligne l'auteur.

Georges Frêche avait raison : c'est avec Staline que l'Ouest a gagné la guerre contre Hitler. Il oubliait cependant de préciser que cette victoire, si nécessaire, avait été remportée, à l'Est, par un autre criminel contre l'humanité. Ce sont les paradoxes de l'Histoire.

Jean Sévillia  http://www.jeansevillia.com

jeudi 23 septembre 2010

La Russie médiévale (2/2) La domination tatare

À partir du XIIIe siècle commence la domination des Tatars. Elle durera jusqu’au XVIe siècle. Ces trois siècles n’ont pas été que négatifs pour la Russie qui a su bénéficier de certains apports de l’envahisseur. Et aujourd’hui, les Tatars sont encore présents sur le sol russe.
La Russie médiévale (2 sur 2)Au XIIIe siècle, s’ouvre une période longue de trois siècles au cours de laquelle la Russie subit le « joug tatar » ou mongol. En fait, les Tatar et les Mongols constituent deux peuples bien différents, notamment par leur langue. Ce sont les sources occidentales et russes qui les désignent, indifféremment, « Tatars » ou « Tartares ». Ces peuples vivaient en Mongolie orientale. En 1206, une assemblée de chefs de clans élit comme chef Gengis Khan, qui signifie « Seigneur Océan ». C’est lui qui, ayant rassemblé derrière lui Tatars et Mongols, conquiert un vaste empire qui s’étend de la Corée à l’Europe de l’est, en passant par la Chine, la Sibérie et l’Iran.

La conquête du pays russe par les Tatars
Les Mongols et les Tatars montent des petits chevaux rapides et endurants, sont capables de tirer à l’arc en restant en selle et se nourrissent de viande séchée, ce qui leur permet de parcourir de grandes distances car les moments d’approvisionnement sont rares. En outre, leur système élaboré de courrier leur fournit des communications rapides et efficaces.
C’est au XIIIe siècle qu’ils s’attaquent à l’Europe. Une première vague d’invasion s’abat sur la Russie en 1223 : le 31 mai, les princes russes sont écrasés. Mais les envahisseurs ne poussent pas plus loin leur avance et font demi-tour.
En 1227, Gengis Khan meurt. Deux ans plus tard, son successeur est élu. Il s’appelle Ogoday. Celui-ci confie à son neveu – qui est aussi le petit-fils de Gengis Khan –, Batu, la tâche de conquérir le pays russe. Il faut dire que ce dernier représente une proie facile pour le chef mongol : divisé par les querelles internes, chaque prince utilise, face aux envahisseurs, sa force armée à sa façon. Les armées russes ne sont donc jamais totalement utilisées contre les « Tatars ».
Batu lance son offensive en 1237 à partir de Riazan, qui tombe le 21 décembre. Vladimir est prise en février 1238 et ses défenseurs sont massacrés. Puis, Batu progresse vers le nord, jusqu’à cent kilomètres de Novgorod. Là, il prend la direction du sud. Un second assaut est lancé en 1239 : Tchernigov tombe le 18 octobre et d’autres villes sont à leur tour pillées et détruites. En 1240, Kiev est attaquée. Elle tombe en décembre. En 1241, toute la Kiévie est passée sous domination tatare, à l’exception de la principauté de Novgorod, qui reste indépendante. Batu continue jusqu’à l’Adriatique avant de retourner s’installer sur le cours inférieur de la Volga où il fonde la ville de Saraï (Saraj). Elle est la capitale de la Horde d’Or. La Horde d’Or désigne la zone de l’empire mongol située dans la steppe et d’où le khan – appelé tsar dans les sources russes – contrôle les principautés russes qui lui sont soumises. L’or rappelle la couleur jaune, couleur impériale du khan. Dans cette zone, les Tatars sont majoritaires. Désormais, les principautés russes sont les vassales de la Horde d’Or.
Cette domination, qui va durer plus de trois siècles, elle s’explique par trois facteurs. Le premier réside, nous l’avons vu, dans la supériorité militaire des Tatars. Il faut ajouter que les frontières orientales et méridionales de la Kiévie ont toujours été très poreuses. Le deuxième facteur est que la supériorité tatare a été acceptée par les princes eux-mêmes comme un éléments pouvant influer dans leurs luttes entre eux. Enfin, la dernière explication tient à la tolérance religieuse dont ont fait preuve les Tatars. Ces derniers, en effet, n’avaient pas de fois homogène : ils étaient chrétiens, musulmans, bouddhistes ou taoïstes. C’est seulement au XIVe siècle qu’ils s’islamisent véritablement.
La domination tatare revêt plusieurs caractères. Les Russes doivent verser un tribut, le vykhod, d’abord en fourrure, ensuite en argent. Ils sont contraints aussi de fournir des troupes auxiliaires et de payer des droits de passage sur les marchandises. Des corvées de transport et au service de poste, dans tout l’empire mongol, sont également exigées. Enfin, et surtout, les princes doivent se rendre périodiquement à Saraï pour chercher le jarlyk : le jarlyk est le privilège que possède le khan tatar de confirmer les princes russes dans leur pouvoir sur leurs terres et de décerner le titre de grand-prince de Vladimir. Ce n’est pas rien car c’est le grand-prince de Vladimir qui est chargé de collecter le tribut du aux Mongols. Il est donc, en quelque sorte, le « fermier général » du khan. Cette domination n’est pas toujours bien acceptée et aux XIIIe et XIVe siècles, plusieurs princes rebelles sont exécutés. À Kiev, à partir de 1249, c’est un gouverneur tatar qui détient l’autorité. Ainsi, l’ancienne principauté de Kiev est devenue en quelques années seulement la marche occidentale de l’immense empire eurasien mongol.

L’affirmation de Moscou
Les rivalités entre les princes, notamment pour obtenir le titre de grand-prince de Vladimir, entraîne donc des conflits entre pro et anti-Tatars. Ainsi, Alexandre Nevski, prince de Novgorod [1], se voit décerner ce titre en 1252 grâce au soutien des troupes tatares qui l’ont aidé à battre son frère. Alexandre s’est voulu réaliste : plutôt que de gaspiller des énergies dans une guerre sans espoir contre les envahisseurs, il a préféré se concilier les Tatars pour mieux défendre les intérêts de la Russie. Sa politique n’est bien sûr pas acceptée par tous les princes et il doit faire face à plusieurs révoltes, comme celles de Novgorod en 1255 et 1257, et celle, généralisée, de 1262. Il meurt le 14 novembre 1263.
Son fils cadet, Daniel, devient prince de Moscou. Il défend et agrandit son territoire face à ses autres frères et cousins. Il décède en 1303 et l’un de ses fils épouse une sœur du khan pour obtenir le titre de grand-prince en 1317. Après près d’un siècle d’affrontements avec leurs rivaux, les princes de Moscou réussissent à transmettre, de manière héréditaire non seulement la principauté de Moscou, mais encore le titre de grand-prince de Vladimir. Par ailleurs, ils exercent une tutelle sur Novgorod. C’est le début de l’affirmation de la maison moscovite. De plus, en 1328, le métropolite (chef de l’Église russe) a quitté Vladimir pour s’installer à Moscou : celle-ci est devenue le centre politique et religieux de la région.
L’un des princes de Moscou, Dmitri Donskoï, remporte une victoire contre les Tatars en 1380 à la bataille de Koulikovo, le « champ des bécasses », sur le Don – d’où le surnom de Dmitri. Cette victoire est, dans l’esprit de beaucoup de Russes, l’un des moments fondateurs de la nation. Or, en réalité, Dmitri a affronté un usurpateur tatar et deux ans plus tard il fuit devant le khan légitime et continue de payer le tribut. En outre, tous les princes russes n’ont pas participé à la bataille de Koulikovo.

Ivan III
C’est au XVe siècle que les princes de Moscou et l’Église russe deviennent ouvertement hostiles aux Tatars. C’est à cette époque que commence à se diffuser des textes évoquant la grande bataille de Koulikovo destiné à glorifier l’héroïsme des Russes contre l’occupant tatar. Le changement survient en 1419, à la mort du khan Edighey. Sa succession posant problème, la Horde d’Or est divisée en trois khanats : ceux de Kazan, d’Astrakhan et de Sibérie. Dès lors, les Russes vont jouer de ces divisions. Basile II, prince de Moscou de 1425 à 1462, voit des princes tatars passer à son service. Par exemple, le khanat de Kasimov, territoire octroyé à l’un d’eux par Basile, est vassal de Moscou.
Le fils de Basile II, Ivan III, qui règne de 1462 à 1505, élargit ses territoires. Il impose son autorité à Novgorod, annexe la plupart des pays russes du nord-est et prend le titre de « prince de toute la Russie ». Par ailleurs, en 1476, il refuse le tribut du aux Tatars et inflige à ceux-ci une lourde défaite en 1480. Ainsi, il affirme l’indépendance du nouvel Etat moscovite. Il pose aussi les fondations d’un Etat centralisé en appliquant le Code administratif et judiciaire en 1497 et en créant un corps de fonctionnaires d’Etat. Son œuvre est poursuivie par son fils Vassili III (1505-1533). C’est Ivan IV, dit Ivan le Terrible, qui met fin à la domination tatare en faisant tomber, en 1552, le dernier bastion mongol, le khanat de Kazan.

Bilan et héritage de la présence tatare
Cette période de trois siècles tatars est l’objet de polémiques concernant l’identité russe. En effet, pour beaucoup d’historiens qui défendent le caractère européen de la Russie, la présence tatare a abouti à la destruction, à la servitude et au retard économique et culturel du pays. En revanche, pour un courant révisionniste qualifié d’eurasien et qui insiste sur les liens des Russes avec l’Asie, la Russie est le fruit d’une synthèse entre les civilisations européenne et asiatique. Qu’en est-il vraiment ?
Il est certain que la conquête tatare a stoppé net le développement des villes en raison des pillages et des destructions. Par ailleurs, le tribut a pesé lourdement sur l’économie et beaucoup d’artistes et d’artisans russes étaient réquisitionnés pour travailler en Mongolie. Donc, un certain retard a été imposé à la Russie.
Mais à partir de la fin du XIVe siècle, un renouveau démographique et économique a lieu, qui s’exprime dans les migrations de paysans, les défrichements, la multiplication de « villes » – en fait de gros bourgs fortifiés par un kreml’ de bois ou de pierre – et l’animation du commerce. Une liste de villes datant de la fin du XIVe siècle en mentionne cent trente. Au XVe siècle, des marchands russes sont présents sur les marchés étrangers. En 1465, le marchand Nikitine voyage jusqu’en Inde.
L’apport des Tatars à la Russie est multiple. C’est d’abord la formation d’un empire multiethnique à partir d’Ivan le Terrible qui intègre, en faisant la conquête des khanats tatars, des populations non orthodoxes et non russes. Cet héritage se poursuivra au XIXe siècle avec la conquête de l’Asie centrale par l’empire russe.
L’influence militaire des Tatars est également certaine. L’armée russe, jusqu’en 1600, est construite sur le modèle tatar en privilégiant la cavalerie. Les cosaques, qui doivent surveiller les frontières ouest et sud de la Russie, mènent des raids rapides et destructeurs avant de se replier grâce à leur cavalerie légère.
Le service de poste est conservé et développé durant tout l’Ancien Régime. Le tribut également, qui est étendu aux populations de Sibérie. Quant à l’apport humain, une partie de l’élite russe des XVI et XVIIe siècles est composée de familles tatares qui se sont converties à l’orthodoxie.
De nos jours, il existe encore des populations tatares au sein de la Fédération de Russie, en Crimée et dans les deux républiques autonomes du Tatarstan et du Bachkortostan. De fortes communautés tatares sont aussi implantées dans les grandes villes comme Moscou et Saint-Pétersbourg. Les Tatars, à majorité musulmans, se rassemblent autour d’une communauté ethnique et linguistique – leur langue appartient à la famille des langues turques. Les Tatars de Crimée, eux, se souviennent en plus des persécutions subies pendant la Seconde Guerre mondiale : ils ont été déportés massivement par Staline qui les avait accusé d’avoir collaboré avec les Allemands. Ils n’ont réussi qu’avec peine et en petit nombre à se réimplanter dans leur région d’origine.
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Aller plus loin :
ARRIGNON, Jean-Pierre, La Russie médiévale, Paris, Belles Lettres, « Guide des civilisations », 2003.
ECK, Alexandre, Le Moyen Âge russe, Paris, Maison du livre étranger, 1933.
FERRO, Marc et MANDRILLON, Marie-Hélène (dir.), Russie, peuples et civilisations, Paris, La Découverte, 2005.
HELLER, Michel, Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Flammarion, 1999.
KLUTCHEVSKI, B., Histoire de Russie, tome I Des origines au XIVe siècle, traduit par Constantin Andronikof, Paris, Gallimard,1956.
KONDRATIEVA, Tamara, La Russie ancienne, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1996.
VODOFF, Vladimir, Princes et principautés russes, Xe-XVIIe siècle, Northampton, Variorum Reprints, 1989.
[1] Alexandre avait déjà affronté d’autres envahisseurs une dizaine d’années auparavant. En 1241, il a défait les Suédois qui, profitant de l’affaiblissement de la Russie, avaient tenté de l’envahir. La bataille eut lieu sur la Neva, d’où le surnom, Nevski, donné au prince. En 1242, il a également remporté une victoire sur les chevaliers de l’ordre teutonique qui tentaient d’imposer aux Russes la foi catholique. Il les força à se battre sur le lac gelé des Tchoudes afin que le poids de leurs chevaux et de leurs armures fasse céder la glace amincie par le redoux du printemps.

mercredi 21 janvier 2009

18 juillet 1918 : le calvaire de la Sainte Russie

A Iekaterinbourg (aujourd'hui Sverdlovsk), dans l'Oural, des coups de feu claquent dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918. Le bruit des détonations arrive étouffé, à l'extérieur car la tuerie qui vient d'avoir lieu s'est produite dans la cave de la maison Ipatiev. C'est là que gisent, dans une mare de sang, les corps martyrisés du tsar Nicolas II, de l'impératrice-Alexandra et de leurs cinq enfants. Les bolcheviks marquent, par cet assassinat collectif, leur volonté d'éradiquer le passé de la Russie. Il s'agit, à l'imitation des révolutionnaires français de 1793 guillotinant le roi et la reine ; d'appliquer le principe proclamé par l'Internationale : « du passé, faisons table rase ». Cette volonté de « table rase », de nier un héritage historique par l'élimination physique ce ceux qui en sont l'incarnation hautement symbolique, est la commune caractéristique de toutes les grandes utopies collectives, de toutes les idéologies messianiques. Il faut « exterminer la race des vipères » selon l'expression imagée utilisée par un pape médiéval à l'encontre de la dynastie honnie des Hohenstaufen. Dès leur arrivée au pouvoir, à l'automne 1917, les bolchéviks n'ont d'ailleurs rien eu de plus pressé que de créer, le 7 décembre, une police politique, la Tchéka, dont le nom seul va très vite devenir synonyme de terreur et de mort pour des millions de personnes.
Victime de la logique exterminationniste des bolcheviks, Nicolas II avait pourtant, au cours de son règne, été poussé, par son tempérament pacifique, à des solutions de conciliation : il avait ainsi espéré faire triompher en Europe l'idée de la paix en prenant l'initiative, en 1899, de la première Conférence internationale de la paix à La Haye. Mais cette bonne volonté ne pouvait rien devant l'implacable enchaînement des événements qui, après avoir plongé dans la guerre, en, 1914, une Russie qui n'y était en rien préparée (et pansait encore les blessures reçues lors de la guerre russo-japonaise de 1905), conduisit à la révolution de 1917.
Désemparé devant la montée des périls, déstabilisé par l'influence néfaste de Raspoutine, personnage extrêmement trouble finalement éliminé par des officiers, Nicolas II se croit contraint, le 15 mars 1917, à l'abdication - souhaitée par la Douma (assemblée nationale) et les chefs militaires - lorsqu'il se retrouve prisonnier de cheminots révolutionnaires, qui ont bloqué le train impérial. D'abord gardé à vue avec sa famille à Tsarkoïe Selo, le tsar est transféré à Tobolsk, en Sibérie, en septembre 1917, car le nouveau pouvoir craint un coup de force d'officiers restés fidèles à la monarchie. Un nouveau transfert conduit, en avril 1918, la famille impériale sur les lieux de son supplice. Lequel est expliqué, voire justifié, par les «historiens» politiquement corrects par l'avancée d'un corps de Russes blancs en direction de l'Oural ...
Aujourd'hui résonne à nouveau, de Moscou à Saint-Pétersbourg, le cri de « Vive la Sainte Russie ! ».
P V National Hebdo du 13 au 19 juillet 1995

samedi 10 janvier 2009

La jeunesse secrète du jeune Staline

Un livre reposant sur des archives inédites raconte jeunesse que Staline a tenté d'occulter. Pour tout dire, on le comprend !
Il est 10h30 précises, en ce mercredi 13 juin 1907, quand, sur la place centrale de Tiflis (actuelle Tbilissi), un important transport de fonds escorté d'une escouade de cosaques arrive devant la Banque d'Etat. Assis en terrasse d'un café, un homme laisse tomber son journal. C'est le signal. Aussitôt, une vingtaine de bandits attaquent le convoi, utilisant bombes, grenades, fusils et revolvers sans se soucier des passants. Le bilan est spectaculaire : une quarantaine de morts, plusieurs dizaines de blessés et un butin colossal.
L'événement dépasse les frontières du Caucase et de la Russie. « Pluie de bombes », titre le quotidien anglais Daily Mirror ! Le Temps, à Paris, annonce : « Catastrophe ! » Le commanditaire de cette attaque est un certain Lénine, qui a besoin d'argent pour financer ses activités politiques clandestines. Le meilleur de ses hommes de main sur place, spécialiste des « expropriations révolutionnaires » - doux euphémisme pour « braquage à main armée » -, est un certain Sasso ou Koba, alias Joseph Djougachvili, plus connu, à partir de 1912, sous le nom de Staline.
Dire qu'il aurait peut-être pu être grand poète ...
Ce dernier, arrivé au pouvoir, a tout fait pour effacer les traces son passé. Mais certains de ses complices rédigèrent leurs mémoires avant l'ère du Petit Père des peuples. Et lorsque dans les années 1930, Staline demanda aux fonctionnaires soviétiques de rechercher les traces de son passé pour les détruire, il n'y eut pas beaucoup de fous pour prétendre avoir mis la main sur ces documents explosifs... Ils savaient ce qui leur en coûterait. C'est en partie grâce à ces dossiers jusqu'alors enfouis que l'historien anglais Simon Sebag Montefiore a pu réaliser Le Jeune Staline.
Avant de prendre le pouvoir en octobre 1917 avec Lénine, Joseph Djougachvili fut un jeune homme de famille modeste. Sa jeunesse se déroule dans une Géorgie pittoresque, où le pouvoir tsariste n'arrive pas à imposer sa loi.
Il vit une enfance chaotique, entre une mère qui l'adore, et un père jaloux de son épouse, qui finit par boire et vagabonder. Adolescent puis jeune adulte, sa vie «sentimentale» est intense. S'il abandonne régulièrement femmes et enfants, c'est que sa personne et la Révolution (qui, pour lui, forment un tout) sont plus importantes que n'importe quel attachement.
Mais avant d'être un révolutionnaire, Staline est un excellent séminariste. Sa mère obtient qu'il fasse de bonnes études, d'abord à l'école paroissiale de sa ville de naissance, Gori, puis au séminaire de Titlis. Il multiplie les lectures et devient poète. Certaines de ses œuvres sont même publiées avec un beau succès. Il est également un remarquable chanteur, assidu à la prière et au chant religieux. Il a 17 ans quand, grand chambardement il se tourne vers les idées révolutionnaires.
En août 1898, Staline adhère au parti marxiste russe et devient un révolutionnaire professionnel, obligé de trouver de l'argent. Ceci suppose une existence clandestine et le jeune Djougachvili change sans cesse de nom, de domicile et d'apparence physique. Il lui faut en permanence identifier et éliminer les traîtres ou supposés tels, dans le parti, dans les organisations alliées, dans les prisons et dans les camps. Le jeune homme est réputé capable d'identifier un traître au premier regard, puis de lui faire subir le sort qu'il «mérite». Mais les archives prouvent qu'il fit aussi tuer, dans les années 1900, plusieurs membres de sa bande parfaitement innocents, alors que les agents infiltrés de l'Okhrana, la police secrète tsariste, passèrent à travers les mailles de son filet ! Il pratique également l'assassinat de policiers, de militaires, d'informateurs de la police et de directeurs d'usine.
Son protégé chassé du Guépéou pour ses méthodes violentes
Si Staline se plaît aux débats d'idées et de tactique politique, il préfère la manipulation des hommes, et surtout l'organisation de grèves ou d'émeutes : plus il y a de morts, plus il exulte, car, grâce au cycle provocation-répression, il radicalise les camps en présence. Mais sa recherche du nerf de la guerre devient obsessionnelle, car il s'agit de financer ses activités et surtout celles de Lénine, auquel Koba fait parvenir les billets dans... des bouteilles de vin géorgien ! Santé, camarade ! Les sommes nécessaires étant colossales, il organise aussi de retentissants braquages. Plus pacifiquement, du moins avec moins de violence, il pratique le racket à grande échelle. Son action à Batoumi, capitale mondiale du pétrole, est digne du Far West : il se fait embaucher par les Rothschild pour incendier leurs installations pétrolières!
Autour de Sasso gravite une galerie de personnages hauts en couleurs; d'abord ses hommes de main: une bande de « droits communs » dont un certain Kamo, son tueur patenté, capable d'infliger et de subir les pires sévices. Arrêté en 1908, Kamo, pour échapper à la peine capitale, simulera pendant quatre ans la folie avant de s'évader et de reprendre du service. Staline racontait que, pour si bien jouer la folie, il fallait, quelque part, être tout de même un peu atteint... Pendant la guerre civile, Kama exécutera un officier communiste prêt à se rendre à l'ennemi, puis lui arrachera le cœur qu'il brandira devant ses soldats. Il se fera chasser du Guépéou, l'ancêtre du KGB, pour ses méthodes un peu trop violentes...
Staline utilise aussi beaucoup de belles jeunes femmes, comme couverture ou pour faire le coup de feu â l'occasion. Il se fait aider par des bourgeois et des aristocrates. Parmi eux, le prince géorgien Koki Dadiani, qui prête à Staline son passeport (et le communiste de se déguiser en prince ... ). D'ailleurs, le grand modèle du Staline d'avant 1917 est aussi un aristocrate : Lénine ! Staline et Lénine partagent la même passion de l'anéantissement de l'adversaire, ce que Lénine appelle « l'extermination sociale ». Les deux hommes se vouent une admiration réciproque. Celle que le futur Petit Père des peuples porte à Lénine est surtout intellectuelle: Staline, avant de le rencontrer, l'a lu et le surnomme « l'aigle des montagnes ». Quant à Lénine, qui a entendu parler des exploits de Sosso avant de le rencontrer, il est fasciné par les deux revolvers que celui-ci porte en permanence : il le qualifie de « merveilleux Géorgien ». Et quand on lui dénonce les violences de Staline, il répond : « C'est exactement l'homme dont j'ai besoin. »
Petit Père des peuples et Darwin des sciences sociales
Pour parvenir à ses fins, Staline est prêt à tout Et d'abord à se donner une stature. Car il sait que la carrière d'un révolutionnaire est incomplète sans un passage par la case prison. Mais les colonies pénitentiaires du tsar, d'un point de vue technique, le déçoivent... Patientez, opposants, une fois au pouvoir, il réorganisera tout cela... Nombreuses sont les anecdotes qui montrent l'extraordinaire désorganisation du pouvoir tsariste, son incapacité à maintenir l'ordre et l'extrême faiblesse de la répression. Les exilés en Sibérie bénéficient d'allocations et logent chez l'habitant Ils fondent et dirigent des débits de boissons et ouvrent même des bureaux d'évasion, au nez et à la barbe des autorités!
Staline multipliera ces bureaux (huit au total) avec une telle aisance (plus de 18000 exilés sur 32000 s'échapperont de Sibérie entre 1906 et 1909) qu'il sera même accusé d'être un agent de la police politique. Mais Montefiore n'en a pas trouvé de preuve. Staline se fera même un serviteur zélé du garde censé le surveiller jour et nuit ! Au point que dans les années 1930. menacé par les purges, le «maton» écrira à son ancien «prisonnier» pour lui demander grâce... Et Staline lui accordera sa protection. au nom du passé commun.
Reste un point obscur et essentiel dans ce portrait du jeune Staline, auquel le livre de Montefiore ne répond pas vraiment : comment et pourquoi un jeune et pieux séminariste devient-il un révolutionnaire usant de tous les moyens, surtout les plus violents, pour faire triompher ses idées ? L'auteur suggère l'importance de certaines lectures (Victor Hugo, Emile Zola, Ernest Renan ou encore le philosophe révolutionnaire Nicolaï Tchernychevski). Mais le livre décisif semble avoir été De l'origine des espèces de Charles Darwin. Un livre que Marx admirait tant qu'il demanda à son auteur une préface pour Le Capital, en prétendant être le Darwin des sciences sociales.
On connaît la postérité tragique d'une lecture très hâtive de ce scientisme racial ou social. Foi dans une race (au nom de la nature) ou une classe (au nom de l'histoire) supérieure qui conduisent à l'extermination sociale ou raciale, et aux dizaines de millions de morts au XXe siècle. Selon Staline, « le prolétariat révolutionnaire seul est destiné par l'histoire à libérer l'humanité et à apporter au monde le bonheur ». Cela implique bien sûr une rupture très violente avec le christianisme, à laquelle Staline procédera manifestement sans états d'âme. On le verra même, converti à la nouvelle religion marxiste, inciter le fils d'un pope à briser une icône et à uriner dessus.
A cette nuance près du défaut d'analyse, Le Jeune Staline est un ouvrage magistral pour qui veut comprendre la genèse d'un système idéologique criminel et la personnalité d'un de ses dirigeants les plus emblématiques.
Dominique Gittome Le Choc du Mois décembre 2008
Le Jeune Staline, de Simon Sebag Montefiore, Calmann-Lévy.