Affichage des articles dont le libellé est Valmy. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Valmy. Afficher tous les articles

mercredi 25 août 2021

Poitiers et Valmy, la guerre des mémoires

  

La destruction de l’histoire de France, prélude nécessaire pour la Matrice au grand remplacement et à l’extermination des autochtones, se poursuite inexorablement.

Dernière campagne en date : la réécriture de l’un des éléments fondateurs de l’histoire de France : la bataille de Poitiers de 732. L’offensive avait déjà commencé dans le quotidien officiel Le Monde où le 5 juin 2015, une tribune aux relents négationnistes a été accordée à un obscur écrivaillon algérien, Salah Guemriche, qui bien sûr veux imposer la version algérienne de l’histoire, comme une sorte d’appropriation culturelle.

La nouvelle offensive est lancée par la télévision d’Etat France 3 sur son site le 28 octobre :

« « 732 : Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers”, cette phrase apprise par des générations d’écoliers cache des faits historiques bien mal connus. La date et les effectifs engagés dans la bataille restent incertains ainsi que le lieu exact, même si un site est installé à Moussais près de Châtellerault, au nord de Poitiers. Et surtout le caractère religieux donné à cette bataille est loin d’être établi. Avec cette victoire, Charles Martel, le maire du palais à la tête de l’armée du royaume franc aurait mis fin à un raid des troupes musulmanes voulant piller le trésor de l’abbaye de Tours et non pas un terme à l’occupation omeyyade, la dynastie basée en Espagne, au nord des Pyrénées. Pourtant, très rapidement, le mythe de la victoire de la chrétienté et du héros chrétien de Charles Martel est né. Il va se transmettre au cours des siècles et être récupéré aujourd’hui par l’extrême droite. En effet, c’est le nom de Charles Martel que les militants de Génération Identitaire scandent quand ils envahissent  le chantier de la mosquée de Poitiers en octobre 2012. C’est aussi le symbole de cette bataille qu’utilisent à leur tour les catholiques intégristes de Civitas, réunis à Bonneuil-Matours.”Poitiers est un symbole de la réconquête. Poitiers, c’est Charles Martel qui a stoppé une invasion musulmane bien connue” nous affirme Alain Escada, président de Civitas. Cette interprétation et son instrumentalisation ne sont pas récentes. Elle est même apparue très peu de temps après la victoire de Charles Martel, aïeul et héros de la dynastie des Carolingiens. “Cette récupération n’est pas nouvelle” explique Martin Aurell, directeur du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de Poitiers, “Elle est liée à cette image qui est très ancienne et qui est née juste une dizaine, une vingtaine d’années après la bataille de Poitiers, de ce héros chrétien qui arrête l’invasion musulmane. Il y a une grande fascination pour cette bataille” ajoute le médiéviste. »

Parlons un peu du mythe fondateur de la République, la prétendue bataille de Valmy en 1792. Cette bataille n’a existé que pour les besoins de la propagande. En fait, après une canonnade symbolique, le retrait des Prussiens décimés par la maladie a été négociée fraternellement par le général Charles-François du Perrier du Mouriez dit « Dumouriez », qui a donné les bijoux de la couronne de France volés dans le Garde-meuble de la Couronne (aujourd’hui ministère de la Marine) dans la nuit du 16 au 17 septembre 1792 à son frère d’en face, le général-duc Karl Wilhelm Ferdinand von Braunschweig-Wolfenbüttel. Rétablir la vérité historique, c’est saper les fondements de la République, nécessaire au redressement de la France. Pour que la France vive, il faut que la Gueuse meure.

Hristo XIEP

https://www.medias-presse.info/poitiers-et-valmy-la-guerre-des-memoires/100269/

jeudi 27 mai 2021

Perles de Culture n°298 – Valmy : la fin de la vieille France

 Anne Brassié reçoit Jean-Luc Ancely pour son ouvrage « Valmy – La fin de la vieille France » publié aux éditions Mols. Une description étonnante des années révolutionnaires closes par Valmy, victoire piteuse dont l’auteur nous révèle les dessous et les conséquences.


https://www.tvlibertes.com/perles-de-culture-n298-valmy-la-fin-de-la-vieille-france

dimanche 1 novembre 2020

La guerre des peuples, invention meurtrière de la Révolution

 En inventant l'armée de conscription, mise au service de l'idéologie, la Révolution a préparé les tueries massives des siècles suivant.

Deux dates se rencontrent au mois de septembre celles du 20 septembre 1792, bataille de Valmy, et du 5 septembre 1798 (19 fructidor an VI de la République) : ce jour-là, la loi Jourdan établit le service militaire obligatoire pour tous les jeunes Français âgés de 20 à 25 ans.

Il est vrai que cette loi ne faisait que régulariser une situation dictée, à l'origine par l'événement le décret du 24 février 1793 avait déjà ordonné une levée de 300 000 hommes, et celui du 23 août suivant organisé la levée en masse du peuple français, qui devait, précisait le texte, « se lever tout entier pour la défense de sa liberté, de sa Constitution et pour délivrer enfin son territoire de ses ennemis. » L'aventure devait se terminer 22 ans plus tard, à Waterloo.

Avant d'aborder les origines de l'armée de conscription, il n'est pas sans intérêt d'évoquer l'armée d'Ancien Régime, qui passait avant la Révolution pour la meilleure du monde, avec 110 000 fantassins répartis entre 102 régiments, 32 000 cavaliers (24 régiments de dragons et 6 de hussards), et une artillerie réformée par Gribeauval dont l'excellence allait se vérifier sur les champs de bataille de la Révolution et de l'Empire - à commencer par celui de Valmy.

Une réforme qui ferme l'accès a la noblesse par le champ de bataille

Pourtant la chute de la royauté s'explique en grande partie par la défection de cette armée, conséquence funeste de l'adoption par Louis XVI, en mai 1781, d'un « règlement sur les grades de l'armée » préparé par Ségur, ministre de la guerre : désormais quatre quartiers de noblesse seraient nécessaires pour devenir officier.

Cette décision royale répondait à une logique : le métier des armes est l'un des seuls que les nobles peuvent pratiquer sans déroger, tandis que les roturiers peuvent exercer d'autres professions.

Mais cette réforme ferme l'accès à la noblesse par le champ de bataille et bloque l'avancement des roturiers, qui devront se contenter de terminer leur carrière comme bas-officiers.

En pratique, la réforme fut appliquée avec souplesse; mais la théorie produisit des effets catastrophiques en ébranlant la fidélité des soldats envers le trône.

Parallèlement, la loyauté des officiers souffre de la guerre d'indépendance américaine, les jeunes nobles qui en reviennent, entichés d'idées nouvelles, admirent la Déclaration des droits américaine, ont adhéré aux loges maçonniques outre-Atlantique et entrent en relation avec les loges françaises et les sociétés de pensée. Pas sans conséquences le Code national élaboré par l'avocat maçon Bosquillon (de la loge « Réunion des Américains »), portant sur les bornes de l'obéissance due par les militaires, désapprouve par exemple la répression des mouvements populaires…

Lorsqu'en juin 1789 des régiments viennent camper autour de Paris sur l'ordre du roi, on craint déjà qu'ils ne subissent la contagion des idées révolutionnaires. Et les 3 600 Gardes françaises cantonnées à Paris sont clairement acquises à l'émeute : mutinées dès le 30 juin, elles participent à la prise de la Bastille le 14 juillet. Leurs soldats figurent aussi parmi les émeutiers qui vont chercher la famille royale à Versailles les 5 et 6 octobre 1789. Et cet exemple s'étend. « Les casernes deviennent des foyers d'agitation révolutionnaire où trônent des comités de soldats qui s'arrogent le droit de vérifier les comptes d'administration et de dénoncer à l'Assemblée et au ministère les faits et gestes de leurs colonels ou de leurs capitaines », écrit Pierre Gaxotte dans La Révolution française.

En 1790, 20 corps de troupe se sont insurgés. Fin 1791, 6000 officiers ont démissionné et émigré.

Ceux qui restent voient leur autorité contestée, bafouée par les représentants en mission qui entendent leur dicter leur conduite et leurs plans. Les régiments fidèles - gardes du corps à Versailles, Suisses aux Tuileries - subissent un triste sort. Désobéissante, désorganisée, l'armée française ne paraît pas capable de pouvoir résister à une offensive. Au printemps 1792, les premières défaites face aux Autrichiens semblent le confirmer.

On est déjà entré dans la logique du peuple en armes : la loi du 14 octobre 1791 oblige tous les citoyens actifs âgés de plus de 18 ans à faire partie de la Garde nationale, parmi laquelle la Révolution lève des volontaires pour défendre les frontières. Insuffisamment, en février 1793, la Convention décrète la levée en masse, et le décret du 23 août de la même année, cité plus haut, prétend mobiliser tous les hommes : pour se battre, ceux de 18 à 25 ans célibataires ou veufs sans enfant; ceux de 25 à 30 ans, en réserve. Même les vieillards doivent se rendre sur les places publiques « pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l'amour de la République. »

Quitte à se battre, autant se battre chez soi contre les oppresseurs

Mais déjà excédés par le traitement infligé aux « bon prêtres »; les paysans vendéens se soulèvent, quitte à se battre, autant se battre chez soi contre les oppresseurs... Des troubles éclatent ailleurs. En réaction, la Convention nationale crée, le 5 septembre 1793, une quarantaine d'« armées révolutionnaires » chargées de « comprimer la Contre-Révolution », ramassis de pillards qui joueront un rôle très actif dans la persécution anti-catholique, avant d'être licenciées pendant l'hiver 1793-1794.

Dans l'armée proprement dite, on enregistre des désertions massives : 25 000 dans l'armée de Dumouriez; 31 000 sur 77 680 conscrits en l'an VII (1799), sous le Directoire, selon René Sédillot.

Néanmoins la conscription s'est mise en place quand les armées de l'Ancien Régime ne disposaient que de 295 000 hommes en temps de guerre, la République en lève 1 200 000 et invente la guerre des peuples, inexpiable puisque idéologique : l'adversaire qui s'oppose au triomphe de la Révolution doit être détruit sans pitié. C'est l'origine du génocide vendéen.

René Sédillot parle avec raison de « la promotion démocratique de l'holocauste ». Les soldats de l'An II emportent avec eux les principes meurtriers d'où sortiront les grandes boucheries des siècles suivants. Valmy annonce Verdun.

Eric Letty monde&vie 17 septembre 2011 n°848

dimanche 16 février 2020

Histoire : Valmy, morne colline...

Il ne s'est rien passé à Valmy.jpeg
Morne colline Il ne s'est rien passé à Valmy
Il s'agit bien d'un mythe, mais dans son sens trivial : celui d'une grande fumisterie, qui a de plus semé les germes de la destruction de l'Europe.
« De ce lieu et de ce jour, date une nouvelle époque de l'histoire du monde, et vous pourrez dire : j'y étais ». Depuis bientôt deux siècles, la célèbre exclamation de Goethe est invoquée pour qualifier l'épisode de Valmy. Rapportée dans sa Campagne de France (1822), publiée trente ans après l'événement, elle aurait été, à en croire le poète, réellement prononcée par lui au soir de la « bataille », à laquelle il assista comme attaché à l'état-major de l'armée prussienne. Depuis bientôt deux siècles, cette phrase sert à accréditer le symbole qui s'attache, en France, à Valmy : celui d'une armée improvisée de fiers « volontaires », d'ardents « patriotes », d'un « peuple en armes » faisant barrage, grâce à sa bravoure et à sa foi en la Liberté, à l'invasion du territoire national par les armées du « despotisme » et de la « tyrannie », dont celle du roi de Prusse, la mieux entraînée d'Europe. Un symbole lui-même indissociable d'une scène maintes fois décrite et représentée : celle du général Kellermann en train de galvaniser ses troupes en agitant son chapeau placé au bout de son épée et criant : Vive la Nation ! sur fond de « ça ira ». Le lyrisme de Michelet a largement contribué à la populariser, en en rajoutant : « À l'exemple de Kellermann, tous les Français, ayant leurs chapeaux à la pointe des sabres, des épées, des baïonnettes, avaient poussé un grand cri… Ce cri de trente mille hommes remplissait toute la vallée : c'était comme un cri de joie, mais étonnamment prolongé ; il ne dura guère moins d'un quart d'heure fini ; il recommençait toujours, avec plus de force : la terre en tremblait… C'était : « Vive la Nation ! » (Histoire de la Révolution française).
Un symbole synthétisé par cet autre passage de Michelet : « Il [Kellermann] fut un héros, ce jour-là, et à la hauteur du peuple ; car c'était le peuple, vraiment, à Valmy, bien plus que l'armée. » Un symbole, enfin, qui, non seulement, a pris place, dans la mémoire collective, parmi les épisodes glorieux de notre histoire nationale, mais encore est devenu l'un des principaux mythes fondateurs de la République.
Plus personne ne croit aux bobards de Michelet
En effet, toujours selon Michelet - dont l'influence, comme l'on sait, devait être durablement déterminante sur l'historiographie républicaine -, la République a été « fondée à Valmy par la victoire », autrement dit vingt-quatre heures avant qu'elle soit « décrétée » par la Convention nationale. Le fait que cette dernière, nouvellement élue (et qui succédait à l'Assemblée législative), ait tenu sa séance inaugurale le jour même où tonnaient les canons de Valmy, le 20 septembre 1792, a donné corps au mythe. Mais au prix d'un léger amalgame car, en réalité, la République n'a jamais été officiellement « décrétée », ni même proclamée par la Convention : le 21 septembre, lendemain de Valmy, elle votait l'abolition de la royauté et, le 22, décrétait que « désormais les actes officiels seront datés de l'an I de la République ».
Le mythe de Valmy pose deux questions : celle de la réalité factuelle de la « bataille » ; celle de ses implications quant à la formation de l'idéologie nationale moderne. Sur le moment, l'événement n'eut pas le retentissement qu'on lui donnera par la suite. Connu à Paris le lendemain, il n'y suscita pas d'enthousiasme particulier. Ni dans les clubs, pourtant surchauffés depuis plusieurs mois, ni à la Convention. Le ministre de la Guerre, Joseph Servan, n'en fait même pas mention dans son rapport du 25 septembre. Personne, ou presque, n'évoque alors une « victoire ». Le commandant en chef des troupes françaises, le général Dumouriez, a envoyé à Servan un compte-rendu sobre et réservé de la journée du 20 septembre. Seul son second et rival, Kellermann, soucieux de se démarquer de son supérieur et de tirer la couverture à lui, a expédié au ministre un bulletin victorieux. Il faudra attendre le 3 octobre et le début de la retraite générale des Austro-Prussiens pour que le conventionnel Jean-Louis Carra, l'un des membres les plus excités du comité insurrectionnel ayant préparé l'assaut du 10 août contre les Tuileries, s'écrie : « La République est sauvée ! Nos ennemis sont couverts de honte et d'opprobre ! »
Carra ignorait que les deux semaines qui séparent le 20 septembre du 3 octobre ont été le théâtre d'intenses négociations entre Dumouriez et son homologue prussien, le duc de Brunswick. Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II, présent à la tête de son armée, y a été directement associé. En revanche, à Paris, très peu de monde semble y avoir été mêlé. En tout cas, apparemment, aucun ministre.
Mais l'interlocuteur direct de Dumouriez était un des principaux « poids lourds » de la Révolution, à savoir Danton (qui venait de démissionner de son poste de ministre de la Justice, après avoir encouragé les massacres de septembre), par l'intermédiaire de Westermann, qui n'a cessé de faire la navette entre la capitale et Sainte-Menehould.
Aux yeux des protagonistes, ces deux semaines paraissent avoir davantage compté que la journée de Valmy proprement dite. Le problème est qu'on ignore la teneur exacte des pourparlers qu'ils ont engagés à cette occasion. Ceux-ci sont entourés d'un brouillard aussi épais que celui qui s'accrochait au massif de l'Argonne depuis la mi-septembre et qui enveloppait déjà le secteur de Valmy lors de la fameuse « bataille ».
La version lyrique de Michelet sur Valmy, qui s'est imposée à l'imaginaire français à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, est remise en cause - ou, au moins, fortement nuancée - par les historiens depuis plusieurs décennies. Même le grand historien marxiste Albert Soboul (proche du Parti communiste), qui dirigea l'Institut d'histoire de la Révolution à la Sorbonne de 1967 à 1982, a pu écrire : « Il est bien certain que Valmy n'est pas une véritable bataille, ni une grande victoire. » Tous s'accordent, désormais, pour évoquer une « simple canonnade ».
Pour les Girondins, la guerre « est un bienfait national » !
Pourquoi et comment Valmy ? Remontons cinq mois en arrière. Le 20 avril 1792, sur proposition de Louis XVI (qui ne dispose plus d'aucune marge de manœuvre), l'Assemblée législative déclare la guerre au roi de Bohême et de Hongrie, qui est également l'empereur François II (neveu de la reine Marie-Antoinette), allié du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II. Cette guerre ne prendra fin que vingt-trois ans plus tard, le 18 juin 1815, à Waterloo, après avoir mis le feu à toute l'Europe. Elle a été voulue par l'aile gauche de l'Assemblée, représentée alors essentiellement par les Brissotins (du nom d'un de leurs principaux chefs de file, Jacques-Pierre Brissot) - appelés plus communément Girondins, du fait de la forte proportion d'élus du département de la Gironde au sein du noyau initial de leur groupe -, afin de relancer une Révolution en train de s'essouffler depuis l'automne 1791.
« On a beaucoup parlé, beaucoup crié, agité les chapeaux [...]  sans bouger »
Vaniteux, verbeux, brouillons, illuminés, messianiques et cyniques tout à la fois, ils voulaient exporter la Révolution à l'extérieur, mais aussi créer une psychose de la trahison à l'intérieur, propre à réactiver la logique révolutionnaire. Pendant des mois, ils ont martelé comme des furieux en faveur de la guerre : « La guerre est un bienfait national et la seule calamité à redouter, c'est de n'avoir pas la guerre », dit Brissot. « Je n'ai qu'une crainte, c'est que nous ne soyons pas trahis. Nous avons besoin de grandes trahisons : notre salut est là ; car il existe encore de fortes doses de poison dans le sein de la France et il faut de fortes explosions pour l'expulser », précise t-il.
Le résultat sera à la hauteur de leurs espérances. D'autant que l'armée est totalement désorganisée par trois années d'indiscipline, de mutineries et de désertions. Quant aux cent mille hommes prélevés en 1791 dans la Garde nationale, ils constituent une mêlée confuse dénuée de toute expérience militaire. Au premier contact avec les Autrichiens, le 29 avril, à la frontière des Pays-Bas, c'est la débandade : le général Dillon, qui tente de retenir les fuyards, est massacré, dépecé et pendu. On crie évidemment à la trahison des « aristocrates ».
La psychose tant souhaitée s'installe. La Patrie est proclamée « en danger » le 11 juillet. Relancée, la Révolution s'accélère enfin, pour bientôt s'emballer et devenir ce Moloch assoiffé de toujours plus de sang. L'arrivée à Paris, le 1er août, du manifeste rédigé quelques jours plus tôt par un émigré, Limon, mais signé par le généralissime prussien Brunswick, et menaçant les Parisiens des pires représailles au cas où il serait porté atteinte à la famille royale, jette de l'huile sur le feu. Il ne fait que précipiter le dernier assaut contre la monarchie, préparé bien avant. Le 10 août, c'est le sabbat sanglant des Tuileries, la suspension du roi et son incarcération au Temple avec la famille royale.
À cette nouvelle, l'armée prussienne, établie à Trêves, se met en branle et franchit la frontière, le 19 août, près de Redange. Le 23 août, Longwy tombe ; le 2 septembre, Verdun capitule le 5 septembre, Brunswick franchit la Meuse et, le 12, l'Autrichien Clerfayt force l'Argonne. À Paris, où l'on vient de massacrer dans les prisons entre 1 200 et 1 400 détenus politiques, c'est la panique. Dumouriez imagine alors de laisser les coalisés s'avancer, de se placer derrière eux afin de les couper de leurs lignes de communication et d'approvisionnement, les obligeant ainsi, soit à se replier au-delà de la Marne, soit à se battre dans des conditions défavorables. En effet, Dumouriez sait que, mal reliés à leurs arrières, Prussiens et Autrichiens sont mal ravitaillés, mal nourris et, au surplus, épuisés par une épouvantable épidémie de dysenterie qui ralentit d'autant leur avance sur un terrain rendu boueux par une pluie froide et persistante, et à travers le brouillard épais et pénétrant qui recouvre la région.
Le 18 septembre, Kellermann, arrivé de Metz, fait sa jonction avec Dumouriez, qui a établi son camp à Sainte-Menehould. Brunswick, qui comprend la manoeuvre de son adversaire, est partisan de se replier, mais le roi Frédéric-Guillaume ordonne d'attaquer. Il attaquera donc. Toujours dans le brouillard.
Le jeudi 20 septembre, à sept heures du matin, sur une route longeant l'Argonne, entre Grandpré et Châlons-sur-Marne, Pavant-garde prussienne surgit du brouillard à quelques dizaines de mètres de la batterie française du général Deprez de Crassier, qui ouvre le feu, couvrant ainsi le gros des troupes de Kellermann qui se massent sur un tertre surmonté d'un moulin, non loin du village de Valmy. Derrière Valmy, l'armée de Dumouriez interdit toute retraite aux Prussiens, qui sont ainsi pris au piège. Ainsi débute la « bataille » de Valmy. Elle durera jusqu'au soir.
D'un côté, 36 000 Français de l'autre, 34 000 Prussiens. Durant les six premières heures, il ne se passe rien. Les deux armées, dissimulées par le brouillard, prennent position sans se voir. Puis, à une heure de l'après-midi, commence une longue canonnade de part et d'autre (qui, du reste, provoque un début d'affolement dans les rangs français), entrecoupée d'un début de mouvement de l'infanterie prussienne (c'est à ce moment qu'intervient l'épisode de Kellermann agitant son chapeau et criant « Vive la Nation ! »), vite interrompu par Brunswick. Le jour tombé, chacun reste sur ses positions. La rencontre a fait 185 morts chez les Prussiens, 300 chez les Français. Le commandant Henry Lachouque a parfaitement résumé Valmy : « Chez eux, on a beaucoup manœuvré et contre manœuvré, longtemps hésité, attendu, tergiversé et l’on n'a rien fait… Chez nous, on a beaucoup parlé, beaucoup crié, agité les chapeaux au bout des baïonnettes, sans bouger. »
Le duc de Brunswick en receleur des bijoux de la Couronne
Y a-t-il eu arrangement entre Dumouriez et Brunswick, comme l'affirmeront certains en s'appuyant, notamment, sur le fait que tous deux appartenaient à la franc-maçonnerie ? Il n'existe aucune preuve à ce sujet. Il est certain, cependant, que ni l'un ni l'autre n'étaient chauds pour un affrontement décisif. Mais chacun pour des raisons différentes et apparemment étrangères au fait qu'ils étaient francs-maçons. Brunswick, en effet, était conscient qu'il ne pouvait s'avancer plus avant en France avec des troupes décimées par la dysenterie et, de ce fait, démoralisées. En outre, son attention était alors beaucoup plus tournée vers la Pologne, dont la Russie préparait un second partage, que vers la France. Quant à Dumouriez, sa grande idée, depuis le début de la guerre, a toujours été de détacher la Prusse de l'alliance autrichienne.
Est-ce sur ce sujet que portèrent les négociations du 21 septembre au 3 octobre ? Sans rien dévoiler de leur nu, Dumouriez n'a guère cherché à dissimuler ses intentions : laisser retraiter sans encombre l'armée prussienne jusqu'à la frontière, en échange de la rupture de l'alliance entre Potsdam et l'empereur. Quitte à acheter cette rupture. Dans un courrier adressé au général d'Harville, daté du 30 septembre, il écrit : « Si les Prussiens veulent se séparer [des Autrichiens], je leur ferai un pont d'or ». Comment ?
Quelques semaines auparavant, entre le 11 et le 17 septembre, les joyaux de la Couronne, conservés au Garde-Meuble, place de la Révolution (ex-place Louis XV), avaient disparu à la faveur de quatre mystérieux cambriolages. La plupart des cambrioleurs et receleurs finiront par être arrêtés. Certains seront guillotinés, d'autres acquittés, d'autres, enfin, renvoyés devant un tribunal de province et condamnés à des peines symboliques. Une grande partie des joyaux sera également retrouvée, à l'exception de quelques grosses pièces, tel que le Diamant bleu. Or, fait troublant, à la mort du duc de Brunswick, en 1806, cette merveille de cent quinze carats sera retrouvée dans la collection personnelle de ce dernier. Comment se l'était-il procurée ?
Brunswick a-t-il été acheté ? On l'ignore. En revanche, ce que l'on sait, c'est que les Prussiens ont disparu dans les brumes de la Meuse le 7 octobre mais que le renversement d'alliance tant souhaité par Dumouriez ne se produira pas. Au même moment, celui-ci se fondait également dans le brouillard, prenant la direction de la Belgique, où, le 6 novembre, il battra les Autrichiens à Jemmapes.
Non-victoire militaire, Valmy a néanmoins sauvé la Révolution d'un désastre militaire et politique. D'où le mythe auquel la « bataille » a donné lieu. Le paradoxe est que ce sauvetage ait été obtenu - sans même retenir l'hypothèse de l'achat du retrait de Brunswick par Dumouriez - par une manoeuvre du plus pur style d'Ancien Régime, et qu'il va permettre à la Convention de lancer ses guerres d'agression idéologiques qui, tournant le dos aux « guerres des rois » au profit de celles « des peuples », sèmeront les germes de la haine nationalitaire et de la destruction de l'Europe. C'est ce que voudra signifier Goethe lorsqu'il écrira que, de Valmy, « date une nouvelle époque de l'histoire du monde ».

Christian Helset Le Choc du Mois Septembre 2006

mercredi 18 mars 2009

6 novembre 1792 : les fausses gloires

Sur l'Arc de triomphe figure le nom de Dumouriez. Bel exemple d'une gloire usurpée.
Le personnage fut en effet un triste sire. Né Charles-François du Périer, à Cambrai, en 1739, celui qui se faisait appeler Dumouriez s'engagea comme volontaire à dix-huit ans. Réformé en 1763 avec le grade de capitaine et la croix de Saint-Louis, il décide de se vendre au plus offrant, en proposant ses services à la République de Gênes puis à ses sujets corses en révolte contre elle. Ni les uns ni les autres ne veulent du personnage et il doit faire appel à la protection de la famille Du Barry, bien en cours comme l'on sait, pour obtenir une mission auprès des cours de Madrid et de Lisbonne. L'homme a le goût de l'intrigue et les missions diplomatiques qu'il effectue ensuite en Pologne et en Suède sont celles d'un agent secret. Pour ce travail, il reçoit des fonds importants, dont il détourne une bonne partie pour son usage personnel. Ce qui lui vaut de se retrouver à la Bastille. Libéré grâce à l'avènement de Louis XVI, son entregent et ses utiles relations (il est franc-maçon) lui permettent de se retrouver maréchal de camp, chargé des travaux du port de Cherbourg. Poste offrant de juteuses opérations, grâce auxquelles Dumouriez peut satisfaire sa passion du jeu dans les tripots.
Quand arrive la Révolution Dumouriez y voit l'occasion de nouveaux profits et il se lance à corps perdu dans la politique, en essayant de se faire élire aux Etats généraux. En vain. Mais cela permet de nouer d'utiles relations : La Fayette, Mirabeau et Armand Gensonné, l'un des futurs chefs des Girondins. Dumouriez se montre au club des Jacobins. Tout cela aboutit : promu lieutenant générai en février 1792 il devient dès le 15 mars suivant ministre des Affaires étrangères à la place de son ancien condisciple de Lessart qui lui avait pourtant payé ses dettes de jeu et dont il a dénoncé les manœuvres diplomatiques suspectes auprès de Brissot, farouche partisan de la guerre.
Cette guerre, Dumouriez la déclare à l'Autriche et prend le commandement en chef des armées du Nord et des Ardennes. La 20 septembre 1792, c'est la bataille de Valmy. Cette bataille est essentiellement un échange de canonnade, qui ne fait qu'environ trois cents morts chez les Prussiens et deux cents chez les Français, à l'issue de laquelle les forces prussiennes, dont la réputation n'est pourtant plus à faire, se retirent en bon ordre. La commune appartenance à la franc-maçonnerie du chef prussien Brunswick et des chefs français Dumouriez et Kellermann explique peut-être beaucoup de choses.
Le 6 novembre Dumouriez est à nouveau vainqueur à Jemmapes. Non sans mal, malgré son énorme supériorité numérique (40 000 Français contre 14 000 Autrichiens) et après de grosses fautes stratégiques et tactiques. Défait par les Autrichiens en 1793 à Neerwinden, devenu suspect à la Convention, Dumouriez passe à l'ennemi en livrant aux Autrichiens le ministre de la Guerre Beurnonville et quatre représentants en mission venus lui demander des comptes. Ses troupes, qu'il a voulu entraîner dans sa désertion, ont refusé de le suivre.
Chassé de partout, errant à travers l'Europe, Dumouriez voit le tsar refuser les offres de service qu'il lui a faites. Finalement il obtient une bourse de l'Angleterre, s'y fixe et conseille Wellington contre la France. Les Bourbons lui ayant refusé, en 1815, l'autorisation de revenir en France, il meut oublié, en Angleterre le 14 mars 1823.
P V National Hebdo du 6 au 12 novembre 1997

dimanche 21 octobre 2007

La véritable histoire de la bataille de Valmy

DANS la mémoire collective - et dans les bouquins d'histoire façon Mallet-Isaac - la bataille de Valmy (20 septembre 1792) nous est donnée comme une grande victoire républicaine, l'effet de la furia francese de quelques sans-culottes qui ont su balayer les armées professionnelles des Prussiens et des Autrichiens.

Si il y eut, à Valmy, une histoire de sans-culottes, c'est pour les raisons que nous allons dire et non pour celles que les historiographes de la chose révolutionnaire ont martelé dans les crânes des petits Français.

Valmy est un lieu-dit - un moulin en marque l'emplacement - situé entre Champagne pouilleuse et Champagne humide. En ce jour de septembre 1792, deux armées se font face. L'armée des Rois, composée d'une coalition d'Autrichiens (emmenés par le général Clerfayt), de Prussiens (drivés par le duc de Brunswick) et d'émigrés royalistes parmi lesquels on reconnaît au passage les comtes de Provence et d'Artois. L'armée républicaine est commandée par Dumouriez et Kellermann. Le duc de Chartres, futur Louis-Philippe, Orléans oblige, a choisi le camp où sa famille s'est toujours complue.

L'enjeu de cette rencontre est simple. Il s'agit de couper la route aux Impériaux, en marche sur Paris. L'engagement commence le 20 septembre, vers 7 heures du matin, de façon classique : artillerie contre artillerie. Un peu avant midi, le roi de Prusse, Frédéric -Guillaume, commande l'assaut. En quelques minutes, les Impériaux arrivent à hauteur du moulin où se tient Kellermann. Qui ordonne la contre-attaque. D'attaques en contre-attaques - le tout sous le feu roulant des batteries - on arrive, vers les 16 heures, à une sorte de match nul. A la nuit tombée, on décide, d'un commun accord, de prendre un repos bien mérité.

Le 21 au matin, même jeu, même donne. Avec, en milieu de matinée, un léger avantage aux Républicains qui, ayant mené une charge d'intimidation, vont avoir la surprise de voir les Prussiens décrocher en courant et ne plus s'arrêter de courir jusqu'à la frontière ... La bataille de Valmy venait d'avoir lieu. Il y avait, d'un côté, 40 000 Républicains. De l'autre, 35 000 Impériaux. Les Républicains auront 250 morts, les Prussiens, 164 ...

Cette « bataille » avait été si discrète que le ministre français de la guerre ne la mentionna même pas dans le rapport qu'il fit, plusieurs jours après la rencontre, à la Convention. Et Kellermann, dans ses Mémoires, en rend compte distraitement sous le nom d'« affaire de Valmy».

Si l'on veut bien évacuer les accusations portées contre Brunswick - il aurait passé accord avec Dumouriez qui, comme lui, était franc-maçon on s'arrêtera un moment aux causes réelles de ce qu'il faut bien appeler la «courante» prussienne (ou, comme on l'écrivit à l'époque, « la courrée prussienne» ).

Septembre 1792 avait été un mois pourri. Jour après jour, la pluie va tomber sur les troupes austro-prussiennes qui, l'intendance ayant du mal à suivre sur les routes transformées en torrents de boue, resteront près d'une semaine sans couchage et sans ravitaillement.

Les soldats, crottés, épuisés, affamés, vont ainsi se rabattre sur ce qu'ils peuvent trouver. Quelques pommes de terre. Un peu de farine. Des fruits de bord de chemin. Et surtout, des raisins. Des raisins verts ... D'où, très vite, d'épouvantables coliques qui transformeront les soldats austro-prussiens en ... sans-culottes. Une gravure de 1792 montre le duc de Brunswick, culotte baissée. Le texte dit :
« La foire est un fléau à nul autre pareille/On a beau se traiter/La vilaine qu'elle est nous fait la sourde oreille/Et nous laisse chier./Le Piéton dans son sac pressé/Par la colique/Eprouve ses douleurs/Elle soumet de même à sa fureur/chyrique/les Rois, les Empereurs. »

Après Valmy, quand les Français réoccuperont un des camps ennemis - le camp de la Lune, cela ne s'invente pas ... ils découvriront des fosses d'aisance pleines d'excréments sanglants. Quelques jours plus tard, Dumouriez est obligé de contourner Grand Pré, village «plein d'exhalaisons pestilentielles ».

Marat notera dans son Journal: « Nos succès à l'égard des Prussiens ne paraissent plus douteux. Ils sont moins dus aux avances de nos armées qu'aux pertes qu'ont fait leurs troupes par le flux de sang. »

Les médecins, qui ont étudié cette « courée prussienne », ont nommé cette dysenterie: il s'agissait d'une shigellose (dysenterie bacillaire de Shiga) particulièrement épidémique.

Michelet s'est fait l'écho de cette dysenterie ravageuse qui fut prétexte, parfois, à une fraternisation entre les deux camps : « Quand ils virent passer par charrettes les Prussiens malades, pâles de faim et de fièvre, brisés par la dysenterie, ils s'arrêtèrent court, les laissèrent passer. Ceux qu'ils prirent, ce fut pour les soigner dans les hôpitaux français. A Strasbourg, soldats et bourgeois traitèrent les prisonniers comme des frères; on partagea avec eux le pain, la viande, la soupe ... la dépense n'était pas petite, ils étaient trois mille. »

On est loin, on le voit, des images d'Epinal qui exhaltent « l'armée de vagabonds, de tailleurs et de savetiers», qui aurait défait celle de vaniteux aristocrates... Loin, aussi, des pompiérismes de Goethe qui, présent sur ce jour-là, écrira, sans crainte du ridicule: «De ce jour et de ce lieu date une nouvelle époque de l'Histoire du monde et vous pourrez dire: j'y étais. »

Voulant raison garder, le professeur Destaing préfère rappeler que si 164 Prussiens moururent à Valmy, 20000 d'entre eux, 30 000 peut-être, « avaient déjà été frappés au ventre» :

- Une pudeur pudibonde a permis de passer trop longtemps sous silence ce providentiel appui apporté à l'armée française. Les sectaires peuvent toujours s'insurger et les prudes s'offusquer, les chiffres parlent d'eux-mêmes. A Valmy, les raisins verts furent la cause première de la débâcle ennemie, de la victoire des Sans-Culottes et de la Révolution sur ... les sans-culottes du Roi de Prusse.
Alain Sanders National Hebdo du29 sept au 5 oct 1988