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samedi 15 septembre 2012

23 septembre 1862 Bismarck chancelier du royaume de Prusse

Le 23 septembre 1862, le roi de Prusse Guillaume 1er, confronté à une grave crise politique, nomme à la Chancellerie un homme à poigne, le comte Otto von Bismarck
Les journaux libéraux de Berlin ne lui donnent que quelques mois. Dans les faits, il va gouverner le pays puis l'ensemble de l'Allemagne pendant vingt-huit ans et bouleverser les rapports de force sur la scène européenne.
Alban Dignat

Une ambition pour la Prusse

Guillaume 1er a succédé à son frère le 2 janvier 1861 sur le trône de Prusse, principal État d'Allemagne du Nord. Cet homme profondément pieux de 64 ans est d'emblée troublé par le régime de délation qu'a instauré le gouvernement réactionnaire du défunt roi (la Camarilla).
Il est aussi irrité par la virulence de l'opposition libérale à l'assemblée du Landtag, qui s'oppose au vote de crédits militaires en vue de renforcer l'armée. Lors des crises européennes des années 1848, 1852 et 1859, il a pu mesurer la médiocrité de l'armée prussienne et de son commandement. 
Une fois sur le trône, dans le souci de ramener la Prusse au-devant de la scène européenne, il a préparé avec le chef d'état-major von Moltke et le ministre de la Guerre Albert von Roon une nouvelle loi militaire, avec l'ambition de pouvoir mobiliser jusqu'à 500.000 honmmes en cas de guerre. Mais les députés dénoncent le coût du projet (quatre millions de thaler supplémentaires par an) et le risque qu'il nuise au développement économique et prive l'industrie d'une précieuse main-d'oeuvre.

L'ultime carte du roi

Découragé, le roi envisage d'abord d'abdiquer puis se ravise et se dit qu'il pourrait tenter un nouveau départ avec Otto von Bismarck. Il a remarqué son tempérament ardent et ses convictions rigides comme député au Landtag puis ambassadeur à la Diète de Francfort (1851-1859), ambassadeur à Saint-Pétersbourg (1859-1862) et depuis mai 1862, ambassadeur à Paris.
Bismarck lui-même attend son heure. Plusieurs fois dans les années et les mois précédents, il a cru pouvoir accéder au gouvernement comme ministre des Affaires étrangères, voire comme chef du gouvernement, avec le soutien de son ami von Roon. Mais à chaque fois, le roi Guillaume 1er avait repoussé l'idée, par incompatibilité de caractère avec le fougueux géant. Le Kronprinz (le prince héritier) soupçonnait quant à lui le comte d'être vendu à Napoléon III et aux Français !
Cette fois,  sera la bonne...
Le 16 septembre 1862, à Paris, Bismarck, qui rentre tout juste de ses vacances dans le sud de la France, reçoit de son ministre Bernstorff un télégramme chiffré l'informant que le roi l'attend d'urgence à Berlin. Le matin du 22 septembre, un officier introduit l'ambassadeur auprès du roi au château de Babelsberg, près de Potsdam. 
D'après le récit qu'a fait plus tard Bismarck de la rencontre, le roi lui montre son acte d'abdication, sur une table, et lui dit : «Je ne veux plus régner si je ne puis le faire en assumant la responsabilité devant Dieu, selon ma conscience, devant mes sujets. Je ne trouve plus de ministre qui soit disposé à diriger mon gouvernement. C'est pourquoi j'ai résolu d'abdiquer». 
À quoi Bismarck répond : «Je suis prêt depuis le mois de mai - Votre Majesté le sait - à assumer la responsabilité du pouvoir». 
-- Seriez-vous prêt à soutenir les projets militaires sans les modifier?
-- Oui, Sire,
-- À quelles conditions?
-- Sans aucune condition...
-- Il est donc de mon devoir de tenter de poursuivre la lutte avec vous... Je n'abdique pas.
C'est ainsi que le comte Otto von Bismarck (47 ans) est nommé ministre d'État et ministre-président, autrement dit chef du gouvernement.
Jusqu'à sa mort, en 1888, le roi Guillaume 1er va lui conserver sa confiance malgré leur incompatibilité de caractère et de très violents heurts entre les deux hommes ! Bismarck lui-même ne quittera le pouvoir contraint et forcé que deux ans plus tard, après vingt-huit à la tête du gouvernement. La Prusse, l'Allemagne et l'Europe en sortiront profondément transformées.

Un incident révélateur

Dès le 30 septembre 1862, soit une semaine après la nomination de Bismarck, un incident va donner le ton du changement et révéler la ferme volonté de Bismarck de réaliser enfin l'unité de l'Allemagne autour de la Prusse, fut-ce au prix de la guerre... Le nouveau ministre-président assiste à une séance de la commission parlementaire du budget. Il est avec quelques ministres et une vingtaine de députés, majoritairement hostiles. 
Il prend la parole et devise sur un ton courtois puis laisse échapper : «L'Allemagne ne s'intéresse pas au libéralisme de la Prusse mais à sa force (...). La Prusse doit rassembler ses forces et les tenir en réserve pour un moment favorable qu'on a déjà laissé passer plusieurs fois. Depuis les traités de Vienne, nos frontières ne sont pas favorables au développement de notre État. Ce n'est pas par des discours et des votes de majorité que les grandes questions de notre époque seront résolues, comme on l'a cru en 1848, mais par le fer et par le sang».
Les députés présents vont s'empresser de répercuter ces paroles et en particulier les derniers mots qui laissent augurer le basculement du pays vers la militarisation et la guerre. Le scandale est immense et le roi lui-même s'en trouve bouleversé. 
Bismarck comprend qu'il a été un peu loin et, montant à la hâte dans un train, se rend à la rencontre du roi. Il le rejoint dans la petite gare de Juterborg. Guillaume 1er lui réserve un accueil glacial. Mais après une chaude discussion, la première d'une longue série, il se laisse convaincre par les arguments de son ministre. Celui-ci aura carte blanche pour mener à bien ses projets : réforme militaire, guerre contre l'Autriche puis contre la France, avec au final l'accomplissement de son rêve : l'unification de l'Allemagne autour de la monarchie prussienne.

mardi 31 août 2010

2 septembre 1870 : Napoléon III est fait prisonnier à Sedan

Le 2 septembre 1870, les Prussiens reçoivent la capitulation d'une armée française enfermée à Sedan, dans les Ardennes. Ils font 83.000 prisonniers y compris l'empereur des Français. Napoléon III envoie un simple télégramme à l'impératrice Eugénie : «L'armée est vaincue et captive, moi-même suis prisonnier».

C'est la quatrième fois dans l'Histoire de France qu'un souverain est capturé sur un champ de bataille. Ce désastre signe l'échec de la guerre engagée à la légère par les Français six semaines plus tôt.

Joseph Savès

Une guerre mal engagée

Napoléon III a déclaré la guerre à la Confédération d'Allemagne du Nord le 19 juillet 1870 d'une façon pour le moins maladroite et précipitée, sans prendre la peine de s'assurer le soutien des grands États européens ni de vérifier les dispositions de l'armée.

La France n'est en mesure de mobiliser que 265.000 hommes, sur un front de 250 kilomètres, de Thionville à Bâle. De leur côté, la Prusse et ses alliés d'Allemagne du Sud en alignent immédiatement 600.000 grâce à une organisation bien rodée et à un réseau ferroviaire très dense.

Les armées françaises sont très vite bousculées par la coalition allemande. Les Français subissent plusieurs défaites non dépourvues de panache comme à Wissembourg, le 4 août 1870, et surtout à Froeschwiller-Woerth, le 6 août. Ce jour-là, à deux reprises, près du village de Reichshoffen, les cuirassiers à cheval chargent sabre au clair dans les houblonnières. Empêtrés dans les piquets et les fils, hommes et chevaux se font absurdement massacrer.

À la suite de ces défaites, qui entraînent l'évacuation de l'Alsace et de la Lorraine, le commandement en chef passe au maréchal Bazaine. Brave mais indécis, celui-ci tente de replier ses armées de l'Est sur Verdun mais se voit barrer la route par l'ennemi. Plutôt que de forcer le passage, il se laisse enfermer dans la place forte de Metz.

Le piège de Sedan

Un mois après la déclaration de guerre, il ne reste à la France que 130.000 hommes de la première armée, regroupés au camp de Châlons sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon. L'empereur l'accompagne mais, très malade en raison d'un caillou dans la vessie et pouvant à peine circuler en voiture, il se garde de diriger les opérations.

L'armée manoeuvre en vue de secourir le maréchal Bazaine assiégé à Metz. Celui-ci, qui songe déjà à se rendre, reste étrangement inactif. C'est ainsi que Mac-Mahon est battu le 30 août à Beaumont et, faute de mieux, se replie sur la place forte de Sedan. Le 1er septembre au matin débute la bataille décisive. Blessé, le maréchal de Mac-Mahon laisse le commandement au général Ducrot et celui-ci au général Wimpffen, «le plus ancien dans le grade le plus élevé».

Écrasés par l'artillerie allemande, les Français sont impuissants à desserrer l'étau. L'empereur souffre le martyre et se désespère de laisser tant d'hommes aller à une mort inutile. Lui-même, malgré sa maladie, monte à cheval et va au-devant de la mitraille. Mais la mort se refuse à lui. Le lendemain, soucieux d'éviter un massacre inutile, il donne l'ordre de se rendre et se rend auprès de l'état-major allemand. Il est reçu dans une modeste maison non par le roi Guillaume 1er mais par le chancelier Bismarck.

L'acte de capitulation est signé au château de Bellevue, sur une hauteur à quelques kilomètres de Sedan. À Lyon, Marseille et Paris, sitôt connu le désastre, l'empereur est déchu et la République proclamée.

Le gouvernement provisoire poursuit la guerre cependant que les Prussiens se dirigent à marches forcées vers Paris. La capitale va subir un siège éprouvant jusqu'à l'armistice de janvier 1871.

De son côté, l'ex-empereur quittera sa prison de Wilhelmshösse, dans la Hesse, et rejoindra sa femme, l'ex-impératrice Eugénie, à Londres. C'est là qu'il mourra le 9 janvier 1873, en se faisant opérer de la maladie de la pierre. Son fils unique, le prince Eugène, sera tué en combattant les Zoulous d'Afrique du Sud au service de l'armée anglaise, en 1879. La mort tragique du Prince impérial laissera orphelins les derniers bonapartistes. -

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