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mercredi 13 juillet 2011

Réhabiliter Louis Renault ? Un procès de l’Épuration

Soixante-six ans après la nationalisation, les héritiers Renault attaquent l'État en justice pour contester la nationalisation-sanction de 1945 de l'entreprise, taxée de collaboration, alors que ses usines, avaient été réquisitionnées par la Wehrmacht. Huit héritiers du constructeur - les petits-enfants de Louis Renault - ont déposé une assignation devant le tribunal de grande Instance de Paris afin de contester l'ordonnance de confiscation du 16 janvier 1945, qui transforme l'entreprise familiale en une Régie nationale, sans que Louis Renault, décédé le 24 octobre 1944 à la prison de Fresnes, n'ait été jugé.
« On a décidé de remettre en cause la nationalisation-sanction, de façon à pouvoir enfin ouvrir le débat et pouvoir rétablir la vérité », déclare clairement Hélène Dingli-Renault.
L'ordonnance de confiscation « est contraire aux principes fondamentaux du droit de la propriété », souligne Me Thierry Lévy, qui a déposé une question prioritaire de constitutionnalité. Et si elle est inconstitutionnelle, le tribunal pourra dire que la nationalisation constituait une « voie de fait »…
Cette assignation est la conséquence du nouveau droit ouvert par l'instauration, en mars 2010, de cette question prioritaire de constitutionnalité, qui permet de contester devant le juge constitutionnel une disposition législative.
Leur plainte le précise, les héritiers de Louis Renault veulent voir « réparer le préjudice ayant résulté de la dépossession de l'ensemble des biens, droits et participations » de leur grand-père.
Cette indemnisation « sera utilisée, ma famille et moi-même sommes tout à fait d'accord, pour créer une fondation Louis-Renault, de façon à ce que ce nom ne soit plus honni comme il l'a été pendant soixante-dix ans », précise Hélène Dingli-Renault.
« Mon mari a eu accès à des archives inédites, le dossier de justice de Louis Renault qui est vide des faits dont on l'accusait. Il a eu accès aux dossiers de la préfecture de police de Paris, il a consulté les archives de l'entreprise, il a consulté les archives du parti communiste, et j'en passe. C'est un travail sérieux qui est inattaquable au niveau de la réalité historique », explique-t-elle, en soulignant que les détracteurs « ne peuvent absolument pas amener la preuve de la culpabilité de Louis Renault ».
En 1959, les héritiers avaient certes été déboutés d'une demande d'indemnisation par le tribunal administratif qui avait estimé que « le transfert de propriété » édicté par l'ordonnance de 1945 « ne permet[tait] pas aux héritiers d'invoquer un droit de propriété mais un simple droit de créances ». Le tribunal avait cependant précisé qu'il ne lui revenait pas d'apprécier « ni la constitutionnalité, ni l'opportunité » de l'ordonnance de 1945.
L'année dernière en revanche, la justice avait condamné le Centre de mémoire d'Oradour-sur-Glane à retirer une photo montrant Louis Renault entouré d'Adolf Hitler et de Hermann Göring au salon de l'auto de Berlin en 1939, avec une légende dénonçant la collaboration de l'entreprise.
La justice leur avait donné raison, d'abord parce que la photo, censée illustrer l'Occupation, avait été prise avant-guerre ; et ensuite parce que la légende imputait à Louis Renault « une inexacte activité de fabrication de chars » pendant la guerre.
Les héritiers soulignent encore que, dans une intervention en date du 19 février 1946, le garde des sceaux Pierre-Henri Teitgen soulignait que « la personnalité des peines, instituée par la Révolution de 1789, s'oppose à des confiscations post mortem ». Autrement dit, en cas de décès de personnes poursuivies à la Libération pour intelligence avec l'ennemi (ce qui reste à démontrer dans le cas de Louis Renault), « aucune mesure de confiscation ne peut, selon la légalité républicaine, leur être appliquée ».
Me Lévy considère ainsi que la confiscation ne pouvait être prononcée qu'après un jugement de condamnation définitif. Et il dénonce une « irrégularité grossière » par laquelle l'État s'est attribué « l'ensemble des droits et des biens ayant un lien avec l'exploitation des usines Renault ».
Certains n'en commencent pas moins à crier au révisionnisme. Il est vrai que les communistes n'ont sans doute aucune envie d'apprendre comment se passaient les interrogatoires que les FTP ont fait subir à Louis Renault dans sa prison.
Il est vrai que si l'on commence à ouvrir les dossiers de la Libération qui sommeillent encore, certains vont trembler dans leurs braies.
En attendant, la dénonciation de l'Épuration de 1945 (au moins en ce qui concerne Louis Renault) au nom des principes de 1789 risque d'être un grand moment. Mon père aurait apprécié…
Olivier Figueras Présent du 5 janvier 2011

mardi 25 novembre 2008

15 octobre 1943 : Les semeurs de haine

Le 15 octobre 1943 un message part d'Alger, où siège le Comité Français de Libération Nationale dirigé par le seul De Gaulle après que celui-ci eut réussi à évincer le général Giraud, censé codiriger, depuis le 3 juin, le CFLN. Ce message, adressé aux organisations de Résistance présentes sur le sol français, leur enjoint de prévoir, le moment venu, « en quelques heures la répression révolutionnaire de la trahison conforme aux légitimes aspirations de représailles des militants de la Résistance ». Ce pathos, directement inspiré du vocabulaire en vigueur lors de la Terreur de 1793, va légitimer la guerre civile et les pires abominations d'une "Epuration" qui, en 1944-1945, visera à l'élimination physique de tous ceux qui auraient pu se dresser contre la prise de pouvoir des communistes. Ceux-ci, convaincus que l'évolution de la Seconde Guerre Mondiale allait leur apporter sur un plateau le déclenchement du «Grand Soir», avaient entrepris - avec succès - de noyauter la Résistance intérieure, grâce aux nombreux sous-marins infiltrés dans les rouages d'organisations que les gaullistes croyaient naïvement contrôler.
Le message du 15 octobre 1943 s'inscrit dans cette perspective. Il émane en effet d'un des personnages qui illustre au mieux le travail d'infiltration communiste. Il s'agit d'Emmanuel d 'Astier de La Vigerie, commissaire à l'Intérieur dans le gouvernement provisoire d'Alger et futur ministre de l'Intérieur du Gouvernement provisoire de septembre 1944, installé à Paris par De Gaulle dans la foulée du départ des Allemands, pour faire pièce aux projets américains de vassalisation de la "France libérée". Autrement dit, Emmanuel d'Astier de La Vigerie était un élément-clef du dispositif gaulliste. Alors même que De Gaulle ne pouvait ignorer qui était, réellement, le personnage.
En l'occurrence, celui-ci revenait de loin et avait beaucoup à se faire pardonner. D'abord ses origines. Descendant du comte de Montalivet, ministre de l'Intérieur de Louis-Philippe, le «baron rouge» appartenait à une famille marquée à droite. Son frère Henri milita très jeune dans les rangs de l'Action Française, fut un de ces monarchistes très engagés dans la Résistance (il fonda le très actif réseau Orion) par germanophobie maurrassienne et participa au débarquement en Provence, puis aux combats en France et en Allemagne jusqu'à la fin de la guerre. Il prit ensuite la défense des pétainistes envoyés devant les tribunaux de l'épuration en raison de leurs convictions... et son fils Jean-Bernard d'Astier devait être jusqu'à sa mort un très fidèle «Ami de RIVAROL». Un autre frère, François, général d'aviation, fut à Londres l'un des proches collaborateurs de De Gaulle, ce qui ne l'empêcha pas, la paix venue, de publier une brochure dénonçant les excès de l'épuration.
Emmanuel eut lui-même un début d'existence assez sulfureux : officier de marine, il se reconvertit, après deux mariages successifs très mondains (avec une actrice américaine, puis la fille d'un ambassadeur soviétique), dans le journalisme. Tendance nationaliste, nuance (fortement) antisémite (entre autres, il dénonçait, le 28 mai 1935, une « juiverie occidentale, assaisonnée du ghetto d'Europe centrale »). Puis la sagesse vint : il se lança dans les affaires immobilières mais aussi dans celles liées au cinéma.
Nouvelle reconversion, pendant la guerre, dans la Résistance. Fondateur cette fois du mouvement Libération Sud, destiné à concurrencer le mouvement Combat de Frénay, jugé (à juste titre) très à droite, il dirigea le journal clandestin Libération qui publia dès janvier 1943 des «listes noires» de pétainistes à assassiner. Qualifiés, par L'Humanité qui publiait le même type de listes, de « monstres à abattre comme des chiens enragés ». De son côté, Maurice Schumann lançait les mêmes appels au meurtre sur les antennes de la BBC.
Emmanuel d'Astier avait gagné Londres en 1942, où le colonel Passy, chef des services secrets de la France libre, disait de lui qu'il faisait partie des « anarchistes en escarpins ». Ce profil faisait de lui un «compagnon de route» idéal pour les communistes. Elu député d'llle-et- Vilaine en 1945, il prit l'étiquette commode de "progressiste". Vice-président du Conseil Mondial de la Paix - l'une des efficaces courroies de transmission du Parti communiste -, il reçut en 1957 le « Prix Lénine pour la consolidation de la Paix ». En rétribution de ses bons et loyaux services.
✍ Pierre VIAL. Rivarol 31 octobre 2008