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vendredi 22 août 2025

Pourquoi la City veut-elle détruire la Russie ?

 

Plusieurs publications récentes éclairent d’un jour nouveau certains éléments restés cachés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 16 août, le site « Réseau international » publiait un article mettant en cause les services secrets britanniques dans l’affaire du « Russia gate ». Deux jours après, une autre publication consacrée à la réunion d’Anchorage révélait que l’Angleterre avait envisagée une « opération impensable ». Ce matin, un article très documenté consacré à l’évolution de la pensée de Mackinder durant la seconde guerre mondiale vient compléter les deux précédents.

La Russie est l’ennemi à abattre

Certains historiens considèrent que Halford J. Mackinder est le véritable père de la géopolitique. Son article « The Geographical Pivot of History »,connu sous le nom de « théorie du heartland » et publié en 1904 s’inscrivait naturellement dans le concept de la « pax britannica »et de l’hégémonie de l’Angleterre sur les reste du monde. Cette position conquérante était due à la puissance maritime de l’Angleterre, inégalée à cette époque.

En 1943, au tournant de la guerre en Europe, il présente son article « The Round World and the Winning of the Peace » dans lequel il désigne l’URSS comme la puissance qui réunissait toutes les conditions pour pouvoir, à terme, menacer les puissances maritimes occidentales.

« Pour bien comprendre la valeur stratégique du Heartland russe, ou plutôt soviétique, Mackinder compare cette région à la France. Selon lui, la France dispose d’un espace suffisant pour assurer sa défense en profondeur et sa retraite stratégique et, à l’exception de ses frontières nord-est, elle est entourée de frontières naturelles : les mers, les Alpes et les Pyrénées. De même, la Russie reproduit le modèle de la France, mais à plus grande échelle : à l’arrière se trouve la vaste plaine du Heartland, utile pour la défense en profondeur et la retraite stratégique ; plus loin, cette plaine s’enfonce vers l’est dans les remparts naturels des côtes inaccessibles de l’Arctique, la région sauvage du Lenaland derrière le Iénisséi et la frange montagneuse qui s’étend de l’Altaï à l’Hindu Kush, adossée aux déserts de Gobi, du Tibet et d’Iran. En effet, ces barrières naturelles, qu’il cite, possèdent une telle ampleur et une telle substance qu’elles dépassent de loin, en valeur défensive, les côtes et les montagnes qui entourent la France. Il est vrai, note Mackinder, qu’aujourd’hui les brise-glaces peuvent transformer la mer Arctique en une voie navigable, mais il est également vrai que, malgré cela, il est peu réaliste d’envisager une invasion terrestre complète à partir de là.

Deux ans avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, Mackinder prédisait que si l’URSS avait conquis l’Allemagne, elle serait devenue la plus grande puissance terrestre du monde, ainsi que la puissance occupant la position défensive la plus forte sur le plan stratégique, en contrôlant entièrement le Heartland, qui est la plus grande forteresse naturelle de la planète, la citadelle de la puissance terrestre sur le plus grand continent du monde, l’Eurasie. Ce que l’auteur avait prévu allait devenir encore plus réaliste après la division de l’Allemagne en deux républiques et la création du système d’alliances du Pacte de Varsovie » (extrait de l’article du réseau international)

Deux observations découlent de ce texte. La première est la profondeur stratégique de l’URSS qui la rend pratiquement invincible à toute tentative d’invasion. La seconde est que si l’URSS réussissait à conquérir l’Allemagne, elle deviendrait la plus grande puissance mondiale.

Je n’irais pas jusqu’à dire que le revirement des alliés pour débarquer en Normandie après avoir longuement tergiversé venait de là, mais la question peut-être posée.

Un encerclement progressif

Après avoir rencontré les premières lignes de l’armée rouge sur les bords de l’Elbe, les troupes américaines avaient, en quelque sorte, officialisées le partage de l’Allemagne. Cette fraternisation au niveau des combattants ne semblait pas s’être étendue au niveau des dirigeants politiques alliés puisque l’idée de continuer sur la lancée jusqu’à Moscou avait été évoquée et fait l’objet de ce qui a été appelé « l’impensable opération » (voir au début)

De fait, la théorie de l’encerclement de la Russie par les puissances maritimes se retrouve dans le livre de Zbignew Brzezinski en 1977 « le grand échiquier ». Que s’est-il passé entre 1943 et 1997 ? Beaucoup de choses :

Hormis l’impensable opération de 1945, les États-Unis sont devenus une hyperpuissance dotée de l’arme nucléaire, ce qui changeait complètement la notion de « profondeur stratégique » et Churchill, dans son très mondialiste « discours sur le rideau de fer » faisait un appel au peuple américain pour que ce dernier prenne conscience du danger que représente l’URSS et que seule l’union de la puissance de États-Unis à celle de l’Empire britannique permettra de le conjurer dans le cadre des Nations Unies.

Puis il y eut la « guerre froide » et ses différents épisodes alternant tension et détente, désarmement et réarmement au gré des situations internationales. Après l’affaire de l’Afghanistan, les jours de l’URSS étaient comptés et celle-ci fut  dissoute en 1991 sans que le moindre coup de feu soit tiré. , De Gaulle avait prédit que « la Russie boira le communisme comme le buvard boit l’encre ». A quelqu’un qui lui faisait remarquer qu’il parlait toujours de la Russie et non de l’URSS,il répliqua que, contrairement à l’URSS, la Russie était éternelle. Négligeant cette parole de pur bon sens ainsi que l’analyse de Mackinder, ceux qui dirigeaient réellement le monde occidental, à savoir la City et sa succursale de Wall Street ont cru à « la fin de l’histoire » et que, dorénavant, le monde entier leur appartenait. Mettant en application la théorie du « containment » définie par Kennan dès 1947, celle fut sortie de la naphtaline et, malgré l’engagement de l’OTAN après la réunification de l’Allemagne, celle-ci se rapprocha de plus en plus des frontières de la Russie. Lorsque Vladimir Poutine, en 2014, rappela cette promesse, les diplomates occidentaux lui répondirent avec une certaine mauvaise foi que cela n’avait jamais écrit. Aujourd’hui la lecture de certains documents déclassifiés donnent raison à Poutine. La guerre en Ukraine semble être une conséquence directe de cette volonté mentionnée dans le livre de Brzezinski et qui reprend les conclusions de Mackinder sur les plaines de l’Europe orientale comme seul accès pour entrer en Russie. Il reste à comprendre pourquoi cette guerre a eu lieu maintenant et quel était son objectif réel.

Un monde en plein bouleversement

L’essor économique de la Chine, né en grande partie de la volonté de la finance internationale qui contrôle le dollar afin d’augmenter ses marges, a eu comme effet la désindustrialisation marquée des pays occidentaux. Tôt ou tard, la Chine et d’autres pays allaient se réveiller et repenser tout le commerce international. Depuis 1971, le dollar y régnait en maître et pouvait être créé à partir de rien sans aucune limite, dès lors que la dette américaine issue de sa création était rachetée par les autres pays. Cette situation ultra-confortable se faisait néanmoins au détriment d’autres pays qui, eux, comme la Chine, engrangeaient de la dette américaine dans des proportions qui pouvaient menacer leur propre monnaie. Le développement des BRICS, notamment, pouvait présenter une menace sérieuse à terme. Il se trouve que la Russie, de par ses richesses naturelles, prenait une importance croissante dans ce développement.

On peut considérer que la période 2014 n’a été que celles de préparatifs à un conflit futur qui, de facto, opposerait le monde monopolaire encore dominé par le dollar et la puissance militaire américaine face à un monde multipolaire en devenir ralliant de plus en plus de gens souhaitant se libérer de la servitude du dollar.

Dans ce contexte, 2019 a été une date « charnière ». Le discours de Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre dans lequel il fait l’état des lieux du dollar au cours de la réunion des banquiers centraux au mois d’août à Jackson Hole (Wyoming) a vraisemblablement été à l’origine d’une montée sans précédent des dettes publiques. Il voulait « tuer » le dollar en poussant le système à ses limites puis le remplacer par une monnaie électronique contrôlée exclusivement par les banques centrales. Et cela devait se faire avant qu’une autre monnaie -chinoise ou autre-supplante le dollar entant que monnaie internationale.

Le Covid, puis les vaccins ont ils été les effets de cette décision ? On peut le penser. La guerre en Ukraine, survenue juste après, a vu un nombre important de sanctions financières frapper la Russie, sans qu’il y ait de résultat probant. Par contre, ces sanctions ont permis de révéler que certains pays européens étaient très dépendants de la Russie, notamment pour l’énergie.  Les progrès réalisés par les BRICS et d’autres associations de pays ont pu alors être mesurés et révélèrent, au travers d’un certain nombre de votes aux Nations Unies, l’apparition d’un « Grand Sud » largement majoritaire dans le monde. Cette guerre à l’apparence d’une guerre régionale. La Russie et l’Ukraine s’affrontent pour des questions de frontières. Un peu court, n’est-ce pas ? N’était-t-elle pas plutôt une sorte de détonateur destiné à précipiter le reste du monde dans un conflit généralisé ?

Et alors, Trump est arrivé

Jusqu’à un passé récent, il y avait un pouvoir d’apparence au États-Unis, mais dans la réalité exercé par ce qu’on peut appeler « l’État profond » lui même constitué par une oligarchie financière contrôlant, outre la monnaie, la quasi-totalité des médias. La réélection de Trump à la Maison-Blanche avec une grande majorité populaire signifie la défaite de cet État profond. Pour autant, cet État profond est loin d’être anéanti car il s’est « supranationalisé » notamment  en Europe où, visiblement, il a conservé certains moyens d’action, notamment au niveau des dirigeants. Donald Trump le sait parfaitement et a entrepris de les « marginaliser » en rétablissant des relations avec la Russie, leur ennemi déclaré. A partir de là, le sort de l’Ukraine était scellé car, même si l’on peut penser que certains dirigeants européens voulaient que la guerre continue, Trump et Poutine semblent s’être mis d’accord sur les conditions de retour à la paix. C’est une défaite pour l’OTAN et l’État profond qui la contrôle.

La seule question qui se pose est de savoir si l’oligarchie financière a encore ou non les moyens de déclencher un conflit mondial…

Jean Goychman

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2025, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

https://www.breizh-info.com/2025/08/22/250263/pourquoi-la-city-veut-elle-detruire-la-russie/

samedi 26 juillet 2025

La Grande-Bretagne est devenue un pays pauvre avec de riches illusions

 

Il fut un temps où Londres ne se contentait pas de marcher droit, elle se pavanait avec l’arrogance sans vergogne d’une ville qui savait qu’elle n’avait pas besoin de s’expliquer. Il y a une génération, elle avait l’air d’une capitale sûre d’elle. L’argent affluait telle une eau de crue, l’énergie était fanfaronnade et excitation, et l’ambiance suggérée par l’histoire se déroulait toujours à l’abri des regards ; dans un sous-sol de club près de Soho, ou dans les vapeurs de whisky d’un bar des Commons.

Au début des années 2000, Londres donnait l’impression d’être incroyablement chère et pourtant toujours disponible, ne serait-ce que pour une nuit volée. C’était un spectacle en perpétuel mouvement. Tu ne faisais pas qu’y vivre, tu essayais de suivre. La ville était pleine d’étrangers mais qui parlaient toujours couramment l’anglais ; le genre que vous trouviez dans le silence de verre fumé des pubs de Bloomsbury, le snobisme impénitent des cafés de Chelsea ou la crasse glorieuse de Camden où rien ne correspondait et rien n’avait d’importance. Londres ne se pavanait pas comme Los Angeles ou n’était pas lisse comme Singapour. Elle ne demandait jamais d’amour. Elle était le but, et l’attraction.

Maintenant, le spectacle continue, mais le théâtre est en train de s’effondrer. J’y suis revenu récemment, et ce qui m’a surpris n’était pas tant le déclin – le déclin est rarement une nouvelle dans la Grande-Bretagne moderne – mais comment tout le monde semblait le porter comme un vieux manteau. Londres se sent aujourd’hui comme les Rolling Stones : toujours en train de facturer des prix élevés, toujours en train de chanter les vieux tubes, mais plus lent sur leurs pieds et hantés dans les yeux. Avant, c’était un Manhattan court sur patte. Maintenant, c’est une Amérique de classe moyenne avec des illusions de grandeur.

La promenade de Soho à Camden, en passant par Warren Street, était autrefois un méandre dans les veines excentriques de l’âme de la ville. Maintenant, cela ouvre les yeux comme le fait une gifle. Le long des trottoirs, des groupes de tentes se blottissent comme à la suite d’une catastrophe silencieuse et non signalée. La permanence tranquille de vies humaines agencées sur du béton – une architecture résignée d’abandon. Personne ne les fait déménager, personne ne les remarque même plus. C’est comme si l’État avait conclu une trêve tacite avec la misère : tu restes là et on détourne le regard.

Les rues portent leur saleté sans gêne. Les trains frissonnent le long des voies comme s’ils avaient perdu toute volonté. Les magasins ont le charme d’un marché de rue qui s’accroche à une vieille parade, et les bureaux de change ont l’air de monuments en déclin ; l’odeur d’un Budapest des années 1990 s’accrochant faiblement dans l’air. Partout, la piqûre de prix gonflés : des pintes de sept livres dans des pubs qui ne prennent même plus la peine de prétendre avoir quelque chose de plus que la moyenne, une friture de base à Camden qui coûte assez pour nourrir deux familles à Lisbonne. Ce sont les prix de Manhattan pour une ville qui n’a plus la faim de Manhattan.

L’argent arrive toujours, oui ; Londres n’en a pas perdu l’appétit. Mais la prospérité, la vraie prospérité, a disparu. La ville, comme le pays qu’elle symbolise, porte le déclin non pas comme une catastrophe mais comme une habitude. C’est dans les choses qui ne crient pas – les bordures ébréchées, la signalisation cassée, le visage fatigué d’une caissière qui a vu son loyer augmenter plus vite que son salaire. Vous le ressentez le plus dans le silence, dans le sens où la décomposition est devenue si routinière, qu’elle n’offense plus.

Ce n’est pas seulement le murmure des désenchantés. L’Institut national de Recherche économique et sociale, qui n’est pas exactement un repaire de dramaturges, l’a dit clairement : par l’arithmétique froide du niveau de vie et des salaires, la Grande-Bretagne ne peut plus se considérer comme un pays riche. La productivité s’est arrêtée comme un boxeur KO accroché aux cordes. Depuis 2007, les salaires réels ont enregistré un maigre gain de 2,2%. Au cours des dix-sept années précédentes, ils avaient augmenté de 42%. Maintenant, le travailleur britannique moyen gagne 4000 £ de moins par an que si le pays avait simplement suivi le rythme des Américains. Ce n’est pas un hoquet, c’est un effondrement silencieux.

Et ça devient plus brutal. Dans certaines parties de Birmingham et du Nord-Est – des endroits avec l’histoire entre les mains et la suie dans les poumons – le ménage moyen est maintenant plus pauvre que son homologue dans les coins les moins riches de Slovénie ou de Malte. Autrefois, les Britanniques considéraient ces endroits comme la cible de moqueries. Maintenant, ces endroits les distancent avec la confiance calme de pays qui croient encore en leur propre progrès.

Le déclin britannique n’est pas instantané et dramatique, mais plutôt une capitulation lente et presque gentleman. Le crash de 2008 a ébranlé le cadre, mais c’est la décennie qui a suivi – définie par l’austérité déguisée en vertu – qui a vidé le système de toute vie. Les services publics ont été vidés, les investissements limités et la fourniture d’infrastructures est devenue un spectacle de merde. Témoin les dizaines de milliards déjà gaspillés pour un chemin de fer à grande vitesse qui ne sera jamais construit. Et ce qui est peut-être le plus irritant, c’est l’air de joie patricienne qui règne à propos de tout cela – comme si David Cameron et George Osborne se considéraient non pas comme des chirurgiens effectuant une opération, mais comme des directeurs d’école punissant un enfant désobéissant. Et maintenant, tout le monde en porte les ecchymoses.

Le pari de Cameron sur le Brexit a été le moment où la Grande-Bretagne a cessé de bluffer sur ses bases. Pas à cause de la théâtralité d’arrière-scène, mais à cause de ce qui s’est infiltré après. Le commerce, autrefois la circulation sanguine de l’île, a commencé à coaguler. L’investissement a dérivé, silencieux comme de la brume. Cette vieille réputation – la Grande-Bretagne, la paire de mains sûre – a commencé à se contracter. L’ère Boris Johnson était moins un gouvernement qu’une farce, un «Punch and Judy show» dirigé par un bouffon menteur. Quant à Liz Truss, moins on en dit sur elle, mieux c’est. Les entreprises étrangères, autrefois attachées à Londres par le prestige et la prévisibilité, ont commencé à lever l’ancre. La capitale a alors perdu quelque chose – non pas sa richesse, mais son courage.

Et que pouvez-vous dire du logement, sinon qu’il a cessé d’être un abri et est devenu une spéculation ? Le pays a cessé de construire des maisons et a commencé à accumuler des actifs. Briques et mortier transformés en jetons de casino. Pour ceux qui n’avaient pas le pouvoir d’achat, le mouvement est devenu un luxe. Des générations entières sont maintenant immobiles, non pas par oisiveté mais par arithmétique. Les plus pauvres, quant à eux, sont laissés à gravir les pentes avec les dos courbés par la mélasse, les perspectives se rétrécissant. La mobilité sociale, autrefois un point de fierté tranquille, se trouve maintenant là où l’épaule dure rencontre le fossé.

Même Chester, ce charmant vieux Chester, porte des marques. Une ville qui porte ses vestiges romains avec une dignité tranquille a maintenant l’impression d’attendre quelque chose qui ne vient pas. La gare, fatiguée et sans joie. Les bâtiments s’effilochent sur les bords comme un pardessus autrefois aimé. L’économie, pas morte, juste assoupie, comme sous sédatifs par des années de négligence gouvernementale. Ce n’est pas un endroit dépassé par le temps. C’est un endroit soigneusement et définitivement abandonné par la politique.

Et pourtant, à travers le brouillard du déclin, les gens endurent. Il reste, d’une manière ou d’une autre, cette décence enracinée ; l’humour piquant, la politesse, l’instinct de faire la queue avant de se plaindre. Mais vous pouvez sentir la tension. Les sourires arrivent toujours, mais le plus souvent maintenant, ils sont portés comme des uniformes – bien entretenus mais un peu effilochés sur les bords. Même le stoïcisme britannique, ce vieux cheval de bataille, commence à boiter.

Ce qui remplit le silence maintenant, c’est le ressentiment – pas le genre à mousser, mais une amertume lentement brassée visant carrément une classe politique qui préfère que ses ennemis soient étrangers et imaginaires. Les ministres frappent le pupitre en criant sur la Russie, la Chine, l’Iran – n’importe quoi pour éloigner la conversation de l’échec de la construction de nouveaux appartements, de l’effondrement des rues principales et des hôpitaux qui fonctionnent à la fumée et à la bonne volonté. Le véritable ennemi, insistent-ils, est quelque part à l’est de Suez – jamais au bout de votre rue.

Donc non, il n’est pas surprenant que Nigel Farage soit à nouveau en marche. Sa réforme n’offre pas de vraies réponses, mais elle nomme au moins la colère que d’autres prétendent ne pas voir. Les conservateurs fonctionnent sur la mémoire musculaire, travaillent sur la prudence et les clichés, et son électorat – battu, surchargé et déçu – est fatigué d’entendre dire que le navire est stable alors qu’ils peuvent sentir le pont incliné sous leurs pieds.

Il y a aussi ce sujet qui parle en silence – la question de l’identité. Il y a vingt ans, Londres portait encore son anglais avec une facilité insouciante, comme un homme en tweed Savile Row qui n’avait pas besoin de se regarder dans le miroir. Aujourd’hui, il porte tout autre chose. Ce n’est pas une complainte née de préjugés – seulement de l’observation. La transformation a été stupéfiante, presque cinématographique dans le rythme. Et bien qu’il y ait de la vigueur dans ce nouveau tempo, il y a aussi de la confusion. Un sentiment d’appartenance non épinglé. D’une ville qui ne sait pas pour qui elle tourne maintenant. Londres, c’est encore beaucoup de choses – mais est-ce toujours la maison ?

Ce qui pique le plus, c’est de savoir que rien de tout cela n’était inévitable. La Grande-Bretagne avait les outils : la langue du commerce, des institutions qui inspiraient autrefois l’envie, des villes imprégnées de la grandeur de l’empire et de l’énergie de la réinvention. Mais l’héritage, comme la réputation, se désintègre facilement. Le capital culturel doit être dépensé judicieusement ou pas du tout. Et la fierté, si elle n’est pas accompagnée d’entretien, se transforme rapidement en nostalgie – le dernier refuge des pays qui comptaient autrefois.

Il est encore temps, peut-être. Mais le temps, comme les trains, ne fonctionne plus comme prévu. Le renversement demandera plus que des slogans et un optimisme feint. Cela exigera quelque chose de rare en Grande-Bretagne maintenant – la franchise sur ce qui est cassé, et le courage d’affronter qui l’a cassé. Sans cela, le déclin ne sera pas qu’un chapitre. Ce sera toute l’histoire.

Ils disaient que le soleil ne se couchait jamais sur l’Empire britannique. Maintenant, il s’élève à peine au-dessus d’Euston. Ce n’est plus la règle Britannia. C’est la cruelle Britannia.

source : Brian McDonald via Le Saker Francophone

https://reseauinternational.net/la-grande-bretagne-est-devenue-un-pays-pauvre-avec-de-riches-illusions/

jeudi 8 mai 2025

Le bellicisme britannique en Ukraine

 

par Simon KORNER

Dès le début de la guerre en Ukraine, la Grande-Bretagne a fortement insisté pour sa poursuite et son escalade. Boris Johnson a saboté les négociations de paix en 2022, et Starmer sabote aujourd’hui celles de Trump en refusant de reconnaître la Crimée comme russe et en insistant sur le fait que l’Ukraine doit décider des termes de tout accord de paix, deux lignes rouges pour la Russie.

Avant le coup d’État ukrainien orchestré par l’Occident en 2014, la Grande-Bretagne se rapprocha de la Russie. Les échanges commerciaux et les investissements entre la Grande-Bretagne et la Russie étaient en croissance. BP détenait une participation de 19,75% dans la compagnie pétrolière Rosneft, la Russie était le principal client des Nissan Qashqai fabriqués à Sunderland, et des liens étroits existaient entre les universités britanniques et russes, proposant des programmes de double diplôme, ainsi qu’une collaboration financière entre la City de Londres et Moscou. L’immigration russe au Royaume-Uni a atteint son apogée au milieu des années 2000, avec notamment l’acquisition de propriétés au «Londonistan» par des oligarques russes.

Soutien tous partis à l’agression britannique et à une augmentation massive des dépenses militaires

La Grande-Bretagne est désormais le principal belliciste occidental contre la Russie, comme le souligne le document stratégique du gouvernement, l’Examen intégré (IR23), qui désigne la Russie comme son principal ennemi.

Depuis mars 2023, la Grande-Bretagne est devenue le plus important donateur d’aide militaire à l’Ukraine, après les États-Unis et l’Allemagne, en fournissant des renseignements militaires et une formation à grande échelle. Ses principaux efforts ont été axés sur l’escalade de la guerre par de dangereuses provocations militaires – comme l’attaque du pont de Kertch en Crimée –, ralliant d’autres pays agresseurs contre la Russie et intervenant diplomatiquement pour empêcher la paix. Elle a fourni des chars à l’Ukraine avant toute autre puissance occidentale – en janvier 2023 – une provocation dangereuse, à laquelle il n’y a eu aucune objection au niveau national, car l’agression britannique bénéficie du soutien de tous les partis. Tous les principaux partis britanniques, y compris les Verts, vilipendent la Russie, à l’exception peut-être du Parti réformiste. Starmer a promis à Trump que la Grande-Bretagne s’engageait à la plus forte augmentation de ses dépenses de défense depuis la fin de la Guerre froide. Elle prévoit d’y consacrer 3 % du PIB lors de la prochaine législature et s’engage actuellement à porter ces dépenses à 2,36 % l’année prochaine. Cela représente 6,4 milliards de livres sterling supplémentaires d’ici 2027. L’accent sera mis sur les sous-marins nucléaires, les navires de guerre, les drones et les technologies basées sur l’IA, le secteur de la défense étant présenté comme un «moteur de croissance» par le Trésor – un argument keynésien militaire qui ignore la réalité : le nombre d’emplois dans l’industrie de la défense est en réalité faible.

Ce passage si rapide d’une coopération étroite à une hostilité peut s’expliquer par les avantages et l’avantage stratégique que la Grande-Bretagne perçoit dans la guerre. Elle a plusieurs raisons de ne pas vouloir la voir se terminer.

Le gouvernement Starmer ne veut pas que la guerre se termine

Premièrement, il souhaite accéder aux précieux minéraux ukrainiens. Environ 5% des «matières premières critiques» mondiales se trouvent en Ukraine. Cela comprend quelque 19 millions de tonnes de graphite, dont l’Ukraine est l’un des cinq premiers fournisseurs mondiaux. Le graphite est utilisé pour fabriquer des batteries pour véhicules électriques. Parmi les autres minéraux essentiels figurent les terres rares, qui jouent un rôle crucial dans les technologies de défense, notamment les systèmes de guidage de missiles et les réseaux radar.

Au total, l’Ukraine possède environ 20 000 gisements minéraux couvrant 116 types de minéraux, dont le béryllium, le manganèse, le gallium, l’uranium, le zirconium, le nickel, le titane et le lithium, pour une valeur estimée à 26 000 milliards de dollars.1

La toute première stratégie britannique sur les minéraux critiques, lancée en 2022 et mise à jour en 2023, a identifié 18 minéraux présentant une «criticité élevée» pour le Royaume-Uni. Un rapport de la commission des affaires étrangères sur les minéraux critiques, publié en décembre de la même année, a conclu que «le Royaume-Uni ne peut se permettre de rester vulnérable sur des chaînes d’approvisionnement d’une telle importance stratégique». Un document d’orientation du ministère de la Défense de 2023, intitulé «Actualisation des minéraux critiques : assurer la résilience dans un environnement mondial en mutation», qualifiait le contrôle exercé par la Chine sur les deux tiers des 18 minéraux critiques – dont 75% de gisements de terres rares – de menace stratégique. Comme l’a clairement indiqué David Lammy dans un discours l’année dernière : «Regardez autour du monde. Les pays se bousculent pour s’assurer l’accès aux minéraux critiques, tout comme les grandes puissances se sont autrefois battues pour le contrôle du pétrole.»

Le «Partenariat de 100 ans» entre le Royaume-Uni et l’Ukraine – la concurrence entre le Grande-Bretagne et les États-Unis

La déclaration de partenariat de 100 ans de Starmer avec l’Ukraine, bien qu’elle soit en partie un coup de communication réitérant les «garanties de sécurité» accordées par le Royaume-Uni à l’Ukraine il y a plus d’un an, en janvier 2024, fait également explicitement référence au contrôle britannique sur les mines de minéraux. La déclaration engage le Royaume-Uni et l’Ukraine à «élaborer une stratégie ukrainienne sur les minéraux critiques et les structures réglementaires nécessaires pour soutenir la maximisation des bénéfices tirés des ressources naturelles ukrainiennes, par la création éventuelle d’un groupe de travail conjoint». L’objectif est de donner au secteur privé britannique le droit de privatiser les actifs miniers appartenant à l’État ukrainien. Le projet qui guide ce projet s’appelle SOERA (Réforme des entreprises publiques en Ukraine), et est financé par l’USAID, le ministère britannique des Affaires étrangères est un partenaire mineur.

Selon le cabinet canadien de conseil en risques géopolitiques SecDev, la Russie fait obstacle à l’accès britannique. Ses territoires récemment conquis en Ukraine abritent la moitié des gisements de terres rares et de manganèse du pays, ainsi que plus de 63 % de ses mines de charbon. Un autre problème urgent pour la Grande-Bretagne réside dans la concurrence qui se cache derrière cette coopération américano-britannique. Les prétentions britanniques à être le «partenaire privilégié» de l’Ukraine pour le développement de sa stratégie en matière de minéraux critiques sont directement contrecarrées par les pressions exercées par Trump sur Zelensky pour qu’il cède les vastes ressources minérales du pays en «compensation» du soutien étasunien à l’Ukraine. Trump exige 500 milliards de dollars d’actifs ukrainiens, selon le New York Times. Comme l’a écrit l’iPaper : «Le partenariat centenaire de la Grande-Bretagne est «menacé par Trump».» Parallèlement, l’UE a également proposé un accord concurrent à l’Ukraine pour sécuriser ses minéraux.2

Face à cette concurrence, la Grande-Bretagne utilise son statut de plus proche allié européen de l’Ukraine comme levier pour prendre le contrôle des mines et des voies de transport nécessaires à l’acheminement des minerais ukrainiens vers les marchés mondiaux, selon Andriy Dovbenko, fondateur de UK-Ukraine TechExchange.3

L’impérialisme britannique, encore

Tout comme l’invasion de l’Irak en 2003 visait en partie le contrôle du pétrole, la campagne de Malaisie dans les années 1950 le caoutchouc et le soutien à l’Afrique du Sud de l’apartheid l’exploitation de l’or et des minéraux, la guerre en Ukraine est en partie une question de profits pour les géants miniers britanniques. Parmi ces entreprises figurent Rio Tinto et Anglo-American, ainsi que Rothschild, qui détient 53 milliards de dollars d’investissements en Ukraine et dont Lord Sedwill, membre du conseil d’administration et ancien ministre du Commerce, est le principal conseiller du ministère ukrainien des Finances depuis 2017.4 L’objectif est de «défendre Londres comme capitale mondiale de la finance responsable pour les minéraux critiques», en utilisant la prééminence de la City comme place financière, spéculant sur les minéraux ainsi que sur la dette publique.5

Le deuxième objectif de la Grande-Bretagne, en encourageant et en prolongeant la guerre, est d’accroître ses exportations mondiales d’armes «testées au combat» et d’étendre son influence militaire sur l’Ukraine. Outre les 14 chars Challenger 2 fournis à l’Ukraine, la Grande-Bretagne a fourni 63 hélicoptères Sea King, 6 véhicules blindés Stormer, 20 véhicules amphibies Viking, 1 800 missiles de défense aérienne, 12 000 armes antichars, 1 000 détecteurs de mines et 4 000 uniformes militaires, ainsi qu’un million de munitions. Les ventes d’armes ont dépassé les 3 milliards de livres sterling, auxquels s’ajoutent 7,8 milliards de livres sterling promis.

Implication ouverte et secrète du Royaume-Uni

Le Royaume-Uni dirige également la formation des troupes ukrainiennes dans le cadre de l’opération Interflex, qui mobilise 1 050 soldats britanniques. En janvier 2025, 51 000 soldats ukrainiens avaient été formés en Grande-Bretagne, qui sert de plateforme aux pays baltes et scandinaves, au Canada, à la Nouvelle-Zélande et aux Pays-Bas pour l’envoi de troupes au Royaume-Uni afin de contribuer au programme de formation. Le MI6 a également été extrêmement actif en Ukraine, comme l’a confirmé son chef, Sir Richard Moore.6 Au début de la guerre, les services de renseignement britanniques ont créé une organisation secrète appelée Projet Alchimie pour tenter de vaincre la Russie.7 Collaborant avec son homologue française, la DGSE, pour obtenir des informations cruciales sur le champ de bataille, les agents du MI6 ont utilisé leur travail pour l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) comme couverture.

«Ce commerce lucratif»

Comme prévu, la valeur boursière de BAE Systems a presque triplé et celle de Rolls Royce, fabricant de moteurs d’avions de chasse et de réacteurs de sous-marins, a connu une hausse encore plus importante. Babcock International et Sheffield Forgemaster en sont également les bénéficiaires. La valeur des entreprises d’armement britanniques et européennes a augmenté bien plus rapidement que celle du complexe militaro-industriel américain, toujours dominant. Les profits colossaux tirés de la guerre créent de fortes pressions pour le maintenir.

Des voix s’élèvent aujourd’hui pour libérer ce secteur lucratif de toute contrainte. Quatre-vingt-seize députés travaillistes et six pairs ont signé une lettre ouverte appelant les entreprises financières à «se débarrasser des règles anti-défense inconsidérées qui font obstacle à l’action juste… Il n’y a pas d’investissement plus éthique que d’apporter au peuple ukrainien tout le soutien possible de ses alliés», indique la lettre. Les banques, les investisseurs et les fonds de pension devraient considérer les fabricants d’armes comme des investissements «éthiques» afin que davantage de fonds soient alloués à l’industrie pour armer l’Ukraine et le Royaume-Uni.

Afin d’accroître encore les bénéfices des entreprises d’armement, 2 milliards de livres sterling seront consacrés à l’augmentation de la capacité de prêt d’UK Export Finance afin de contribuer au financement des achats d’équipements militaires britanniques à l’étranger – une subvention d’État aux fabricants d’armes.

La Grande-Bretagne tente de pousser les États-Unis et d’autres pays occidentaux à poursuivre la guerre

Ces deux raisons expliquent pourquoi la Grande-Bretagne est si activement impliquée sur le terrain en Ukraine. Cela ne se limite pas aux cinquante soldats des forces spéciales britanniques dont la liste des soldats servant en Ukraine figurait dans des documents du Pentagone fuités en 2023 8. Cela va bien plus loin.

La «contre-offensive» de 2023, planifiée en Grande-Bretagne et utilisant pour la première fois des chars Challenger 2, a été suivie par l’invasion de Koursk un an plus tard. Selon le journaliste indépendant Kit Klarenberg, il s’agissait d’un projet britannique, sauf le nom, la Grande-Bretagne fournissant la majeure partie de l’équipement, y compris des Challenger – une première dans l’histoire : des chars britanniques combattaient sur le territoire russe. Jerome Starkey, rédacteur en chef de la rubrique Défense du Sun, l’a saluée, qualifiant Koursk d’»humiliation» pour Poutine, mais elle s’est avérée aussi désastreuse que la contre-offensive, coûtant des milliers de vies.

En se vantant de son rôle dans les médias britanniques complaisants et en utilisant ouvertement du personnel britannique pour conseiller l’armée ukrainienne «à une échelle inégalée», la Grande-Bretagne tente de pousser les autres pays occidentaux, notamment les États-Unis, à poursuivre la guerre, sous sa direction. Elle tente actuellement d’exploiter toute division au sein de l’administration Trump pour renforcer les faucons de son équipe, des Démocrates et de l’État profond étasunien.

«L’échec le plus spectaculaire de la stratégie britannique de l’après-Deuxième Guerre mondiale…»

Cependant, les plans britanniques visant à empêcher Trump de mettre fin à la guerre sont en difficulté. Le plan de «maintien de la paix» de Starmer et Macron, visant à déployer des troupes en Ukraine, a dû être assoupli après que la Russie a averti que tous les soldats britanniques et français seraient considérés comme des combattants et après le refus des États-Unis de fournir un «filet de sécurité». Le Times a rapporté les propos d’un expert en défense : «Si les Britanniques semblent avoir une longueur d’avance sur leurs alliés de l’OTAN, cela pourrait être contre-productif.» Même sous Biden, les États-Unis avaient pris leurs distances avec l’invasion de Koursk, une tentative britannique de prolonger la guerre.

Mais malgré ses échecs, la Grande-Bretagne ne lâchera rien. Une analyse du New York Times suggère que si un rapprochement entre Moscou et Washington réussissait, il représenterait l’échec le plus spectaculaire à ce jour de la stratégie britannique d’après-Seconde Guerre mondiale, consistant à utiliser la puissance militaire et les richesses américaines à ses propres fins, une Pax Americana pilotée par les Britanniques, comme le dit Grayzone. Les enjeux sont considérables pour l’impérialisme britannique. Les gains pourraient consister non seulement à contrôler les minerais de l’Ukraine et à obtenir une part importante du gâteau de la reconstruction d’après-guerre, mais aussi à conserver une influence sur l’armée du pays, un rôle que la Grande-Bretagne joue dans de nombreux autres pays.

C’est donc la guerre à tout prix.

Les traditions impérialistes et les ambitions actuelles de la Grande-Bretagne ne doivent pas être sous-estimées

Les ambitions de la Grande-Bretagne vont au-delà de l’Ukraine pour devenir l’acteur le plus important en Europe centrale et orientale, après avoir déjà dépassé ses rivaux français et allemand dans la région. Les relations britanniques avec la Pologne, par exemple, ont pris une importance croissante, comme en témoigne un nouveau traité militaire entre le Royaume-Uni et la Pologne, qui prévoit la fourniture par la Grande-Bretagne du tout nouveau système de défense aérienne de la Pologne.9 La Grande-Bretagne a également stationné six Eurofighter Typhoons en Pologne afin d’envoyer «un signal clair de l’engagement de la Grande-Bretagne dans la sécurité de la région», selon l’ambassade britannique à Varsovie. La Pologne a commencé à supplanter l’Allemagne en tant que centre militaire le plus important de l’OTAN, avec la plus grande armée de terre d’Europe.

Avant tout, la Grande-Bretagne agit comme un gardien de l’impérialisme dans son ensemble, en s’appuyant sur sa longue expérience militaire, diplomatique et d’espionnage en tant que première puissance impérialiste du monde. Son économie étant dominée par les intérêts parasitaires mondialisés de la City de Londres, la Grande-Bretagne vise à protéger ces actifs par son incessant bellicisme, tout en bénéficiant directement des risques accrus qu’entraîne la guerre. Comme l’a déclaré John Neal, directeur général de Lloyds of London, un an après le début de la guerre en Ukraine : «Je dois le dire avec prudence, mais un monde plus risqué est un monde favorable aux assureurs».10

Tony Blair a déclaré en 1997 : «Siècle après siècle, le destin de la Grande-Bretagne a été de diriger d’autres nations. Ce destin ne devrait pas faire partie de notre histoire. Il devrait faire partie de notre avenir… Nous sommes un leader de nations, ou nous ne sommes rien». La force des traditions impérialistes et des ambitions actuelles de la Grande-Bretagne ne doit pas être sous-estimée.

source : Le Grand Soir

  1. https://www.dentons.com/en/insights/articles/2024/august/20/ukraine-critical-minerals
  2. https://www.politico.eu/article/critical-minerals-rare-earths-deal-eu-not-donald-trump/
  3. https://www.cityam.com/britain-should-offer-ukraine-our-own-minerals-deal/
  4. https://unherd.com/newsroom/can-britain-benefit-from-ukraines-minerals-deal/
  5. https://www.gov.uk/government/publications/uk-critical-mineral-strategy/resilience-for-the-future-the-uks-critical-minerals-strategy
  6. https://aoav.org.uk/2024/mi6-chief-confirms-uk-covert-support-for-ukraine-in-fight-against-russia/
  7. https://thegrayzone.com/2024/11/16/uk-plot-keep-ukraine-fighting/
  8. https://www.theguardian.com/uk-news/2023/apr/11/up-to-50-uk-special-forces-present-in-ukraine-this-year-us-leak-suggests
  9. https://www.gov.uk/government/news/uk-and-poland-to-launch-new-defence-and-security-treaty-in-warsaw
  10. https://news.sky.com/story/lloyds-of-london-results-show-resilience-despite-ukraine-war-and-hurricane-ian-12840740

https://reseauinternational.net/le-bellicisme-britannique-en-ukraine/

lundi 7 avril 2025

Voilà pourquoi le projet de Macron de déployer une force franco-UK en Ukraine est voué à l’échec

 

Le déploiement d’une telle mission est «irréalisable pour des raisons politiques, diplomatiques, stratégiques et pratiques», explique à Sputnik Jacques Hogard, colonel français à la retraite.

Et de décortiquer :

Donald Trump ne soutiendra «probablement pas» le plan, étant donné l’«amélioration significative» de sa relation avec Moscou et le fait que Washington joue le premier rôle dans ses liens avec Londres et Paris.

Le Kremlin n’accepterait pas le déploiement et le «considérerait comme un casus belli».

Les ressources militaires du Royaume-Uni et de la France, tant en effectifs qu’en matériel, sont «totalement insuffisantes pour un déploiement militaire aussi complexe».

Les ambitions du président français sont surtout basées sur son désir de «devenir le patron de l’UE», note le haut gradé.

«Il reste cependant un facteur difficilement prévisible : l’aveuglement et l’entêtement de Macron, dont l’équilibre mental et psychologique me semble très fragile», prévient Hogard.

source : Sputnik Afrique

https://reseauinternational.net/voila-pourquoi-le-projet-de-macron-de-deployer-une-force-franco-uk-en-ukraine-est-voue-a-lechec/

jeudi 26 septembre 2024

US – UK : histoire tourmentée d’une « Relation spéciale »

 

L’ennemi héréditaire de l’Amérique est l’Angleterre, pas la Russie. Historiquement, la Russie a peut-être été le principal allié des États-Unis. L’Angleterre reste le premier ennemi de l’Amérique, comme pendant la Révolution américaine.

Par Eric Zuesse

Le seul ennemi de l’Amérique pendant la guerre révolutionnaire (1775-1783) était l’Angleterre. Depuis qu’elle a été vaincue dans cette guerre, l’Angleterre – contrôlée par l’aristocratie britannique – a tenté de diverses manières de reprendre le contrôle de l’Amérique.

La dernière tentative de l’aristocratie britannique pour reprendre le contrôle de l’Amérique a commencé en 1877 et se poursuit aujourd’hui, par les États profonds des deux pays – comprenant non seulement la CIA menteuse et le MI6 menteur, mais aussi l’ensemble des aristocraties unies de Grande-Bretagne et des États-Unis. Ces deux aristocraties constituent en fait l’État profond et contrôlent les niveaux de direction des deux agences de renseignement et des deux gouvernements, interdisant la démocratie dans les deux pays. L’aristocratie règne sur chacun d’eux. Le plan de 1877 visait à l’unification des deux aristocraties et à ce que la nouvelle puissance mondiale, l’industrie américaine et son gouvernement, alors en pleine expansion, soient contrôlés par les individus les plus riches des deux pays. Franklin Delano Roosevelt avait essayé de briser cette combinaison mondiale-impérialiste, mais il est mort tragiquement avant d’atteindre cet objectif.

La deuxième guerre de l’Amérique contre une puissance étrangère a été la guerre de 1812 (1812-1815), au cours de laquelle les États-Unis, si peu de temps après leur propre révolution victorieuse pour se libérer de la Grande-Bretagne, ont essayé d’aller encore plus loin et d’évincer complètement la Grande-Bretagne de l’Amérique du Nord. Parmi les Américains, certains craignaient toujours que l’Angleterre ne tente de reprendre les États-Unis. L’historien, Don Hickey, a écrit :

«En Amérique du Nord, les États-Unis étaient le seul belligérant à perdre la guerre et à conserver son indépendance. Étant donné que l’indépendance de la Grande-Bretagne était en jeu dans les guerres napoléoniennes, on pourrait soutenir que les États-Unis étaient le seul belligérant de chaque côté de l’Atlantique, pendant la guerre de 1812, qui n’avait rien à craindre pour son indépendance.»

Parce que le roi George III était toujours détesté par de nombreux Américains, les États-Unis voulaient se libérer du contrôle britannique sur ses colonies au nord de la frontière américaine, l’actuel Canada. Mais la plupart des habitants de la région continuaient à se considérer comme des sujets du roi, et les efforts américains échouèrent. De plus, des soldats britanniques, issus de ce qui est maintenant le Canada, ont réussi à mettre en danger l’indépendance de l’Amérique : ils ont incendié Washington. Ce ne sont pas les sujets du roi au nord de la frontière américaine qui ont fait cela ; c’étaient des troupes britanniques. L’armée du roi l’a fait. Les Américains avaient de réelles raisons de craindre le roi George III. L’indépendance de l’Amérique était en effet en jeu dans cette guerre. Ce n’était pas seulement la perception des démocrates-républicains – le parti de Jefferson – c’était une réalité.

Pour revenir au présent, lors d’un appel téléphonique du 25 mai 2018 entre les présidents des États-Unis et du Canada, le président américain inculte, Donald Trump, a partiellement justifié les droits de douane imposés au Canada en disant : «N’avez-vous pas incendié la Maison Blanche ?». En réalité, les troupes du roi George III l’ont fait, le 24 août 1814, en détruisant le Capitole le même jour, et non seulement le Canada n’existait pas à cette époque, mais les troupes du roi l’avaient fait en représailles à une invasion américaine réussie dans le territoire du roi, au nord, territoire qui devait par la suite gagner sa propre indépendance partielle après les rébellions infructueuses des sujets du roi là-bas en 1837-1838.

Bien que les États-Unis aient remporté la guerre de 1812, dans la mesure où ils n’ont pas perdu leur indépendance face à l’Angleterre, ils n’ont pas libéré le Canada. Mais deux ans après la guerre civile américaine (1860-1865), le Canada a finalement obtenu une indépendance partielle confuse en 1867.

La reconstruction de la Maison-Blanche par les États-Unis, détruite par les Britanniques, a été achevée en 1817. Celle du Capitole également détruit par les Britanniques a été achevée en 1826.

La bataille la plus célébrée de la guerre de 1812 a eu lieu à Fort McHenry, à Baltimore, le 13 septembre 1814, où les soldats américains ont hissé le drapeau américain, ce qui a inspiré Francis Scott Key qui écrivit «The Star-Spangled Banner», l’hymne national américain. Cette ode célébrait ce que les Américains considéraient comme la deuxième victoire de leur pays contre la tyrannie impériale britannique.

La prochaine grande tentative de l’Angleterre pour conquérir les États-Unis a eu lieu pendant la guerre civile, lorsque l’Angleterre soutenait le droit des Sudistes de continuer à asservir les Noirs et à se séparer de l’Union fédérale pour perpétuer l’esclavage. Si le Sud avait gagné, cela aurait non seulement considérablement affaibli les États-Unis, mais cela aurait créé au sud de l’Amérique une nouvelle nation, la Confédération du Sud, qui aurait été alliée à l’ennemi des Américains, la Grande-Bretagne.

Cassius Marcellus Clay

À l’opposé du soutien de l’Angleterre à l’esclavage et à l’éclatement des États-Unis, la Russie était l’un des principaux partisans mondiaux des États-Unis et de son mouvement pour abolir l’esclavage. Sous le tsar Alexandre II, le gouvernement russe s’est opposé non seulement à l’esclavage mais aussi au servage, et il a donc été immortalisé parmi les Russes comme «Le grand libérateur», pour la fin du servage chez lui, qui était, pour la Russie, ce que l’esclavage était pour l’Amérique – une relique répudiée de l’ancien monarchisme absolutiste des prédécesseurs d’Alexandre II. Lorsque l’érudite Cynthia Chung titrait le 16 octobre 2019, «La Russie et les États-Unis : l’histoire oubliée d’une fraternité», elle évoquait «Cassius Clay». Ce n’était pas une référence erronée au célèbre boxeur américain Muhammad Ali (1942-2016), mais plutôt, à juste titre, à l’individu qui est beaucoup moins connu aujourd’hui, mais en l’honneur de qui le fameux boxeur avait été nommé à l’origine, Cassius Marcellus Clay. L’homonyme du boxeur a été tout à fait correctement mentionné par Chung comme ayant été «peut-être le plus grand ambassadeur américain en Russie (1861-1862 et 1863-1869)». Ce «Cassius Clay» était, en effet, l’un des héros historiques méconnus de l’Amérique, non seulement parce que cet habitant du Kentucky était un champion extrêmement courageux de l’anti-esclavagisme, mais aussi parce qu’il est devenu un grand atout pour son ami Abraham Lincoln dans sa guerre pour émanciper les esclaves américains. Comme le dit l’article de Wikipedia «Cassius Marcellus Clay (politicien)», lorsqu’il décrit le rôle de Clay dans la «Guerre civile et mission en Russie» :

Le président Lincoln a nommé Clay au poste de ministre auprès du tribunal russe de Saint-Pétersbourg le 28 mars 1861. La guerre civile américaine a commencé avant son départ et, comme il n’y avait pas de troupes fédérales à Washington à l’époque, Clay a organisé un groupe de 300 volontaires pour protéger la Maison Blanche et le US Naval Yard d’une éventuelle attaque confédérée. Ces hommes sont devenus célèbres sous le nom des Washington Guards de Cassius M. Clay. Le président Lincoln a remis à Clay un revolver Colt, lors d’une cérémonie de reconnaissance. Lorsque les troupes fédérales sont arrivées, Clay et sa famille se sont embarqués pour la Russie.

En tant que ministre de la Russie, Clay a été témoin de l’édit d’émancipation du tsar. Rappelé aux États-Unis en 1862 pour accepter une mission de Lincoln en tant que général de division dans l’armée de l’Union, Clay refusa publiquement cette offre à moins que Lincoln n’accepte d’émanciper les esclaves sous contrôle confédéré. Lincoln a envoyé Clay au Kentucky pour évaluer l’ambiance d’émancipation là-bas et dans les autres États frontaliers. Après le retour de Clay à Washington, DC, Lincoln a publié la proclamation à la fin de 1862, pour prendre effet en janvier 1863.

Clay a démissionné de sa fonction en mars 1863, il est retourné en Russie, où il a servi jusqu’en 1869. Il a été influent dans les négociations pour l’achat de l’Alaska.

Ainsi, cet ami du «Grand Libérateur», Alexandre II, et du «Grand Émancipateur», Lincoln , les a aidés tous les deux. Comme l’a bien résumé Blake Stillwell dans son article du 16 octobre 2015 «Comment la Russie a garanti la victoire de l’Union dans la guerre civile», l’ambassadeur Clay connaissait et partageait personnellement les valeurs communes bien ancrées des chefs d’État aux États-Unis et en Russie, et il persuadé ainsi le tsar Alexandre II de s’engager à rejoindre les États-Unis dans une guerre pour conquérir l’Angleterre, si celle-ci rejoignait ouvertement et activement la Confédération du Sud contre le Nord. Le tsar Alexandre II a donc stationné des navires de guerre russes à New York et à San Francisco pendant la guerre civile, afin d’empêcher l’Angleterre de soutenir activement la Confédération du Sud, ce que l’Angleterre avait prévu de faire.

Aucun pays n’a probablement été aussi utile à la cause de l’Union que la Russie, et ce n’était pas seulement à des fins de politique de puissance, mais surtout pour des principes démocratiques et progressistes, à la fois présents chez Lincoln et le Tsar – leurs objectifs communs des Lumières pour l’avenir du monde.

L’ennemi impérialiste de l’Angleterre, la France impérialiste, était également pro-esclavagiste, mais pas une menace aussi grande pour les États-Unis que l’Angleterre. La façon dont Michael O’Neill a formulé cela dans son article du 10 mai 2019 «L’implication de la France dans la guerre civile américaine» était :

«Le gouvernement français avait certainement de la sympathie pour la Confédération parce que les deux régimes étaient aristocratiques, tandis que le Nord avait un régime social et économique plus démocratique qui n’était pas aussi rigoureusement hiérarchique. Les perspectives commerciales de la France ont également été affectées par le blocus imposé par le Nord aux ports du Sud. La France a voulu intervenir pour assurer le commerce du coton, du vin, du brandy et de la soie.»

C’était un exemple où les empires anglais et français étaient du même côté – contre la démocratie et pour l’esclavage. L’aristocratie est toujours motivée par une cupidité illimitée, et cette cupidité a conduit les aristocraties française et anglaise à agir ensemble dans la guerre civile américaine. Le tsar Alexandre II était un aristocrate progressiste rarissime – comme le fut le président américain Franklin Delano Roosevelt par la suite.

Comme l’a également noté l’article de Chung, les relations amicales entre la Russie et les États-Unis avaient commencé au moment de la Révolution américaine, et Benjamin Franklin, qui était alors ambassadeur des États-Unis en France, a joué un rôle clé.

En 1877, le futur magnat du diamant britannique Cecil Rhodes a présenté le plan dont il avait rêvé pendant toute sa vie, unir les aristocraties de la Grande-Bretagne et des États-Unis pour finalement conquérir le monde entier. Son plan devait être activé à sa mort, survenue en 1902, lorsque le Rhodes Trust a commencé en créant le noyau d’un mouvement qui s’est propagé aux plus hauts niveaux de la finance dans les deux pays, y compris le Royal Institute of Foreign Affairs (RIFA) alias Chatham House, à Londres, puis le Council on Foreign Relations de New York, branche américaine du RIFA, deux institutions qui se sont unies aux aristocraties européennes au sein du groupe Bilderberg, qui a été créé en 1954 par Bernhard des Pays-Bas,  l’«ancien» prince nazi, et David Rockefeller des États-Unis. Puis, plus tard, la Commission trilatérale, faisant entrer les aristocrates japonais dans le giron de Cecil Rhodes, en 1973, sous l’égide de l’agent de David Rockefeller et stratège en chef anti-russe, Zbigniew Brzezinski. Le stratège en chef anti-russe de Nelson Rockefeller était Henry Kissinger.

Il existe également d’autres ramifications importantes du Rhodes Trust, qui est le tronc de l’arbre dont Cecil Rhodes avait été la graine.

Puis, pendant la Première Guerre mondiale, les États-Unis et la Russie étaient, encore une fois, des alliés cruciaux, mais cette fois l’Angleterre était avec eux, pas contre les États-Unis, car l’aristocratie britannique rivalisait avec celle de l’Allemagne. La révolution marxiste en Russie, en 1917, a terrifié tous les super-riches du monde, tout comme ils avaient été terrifiés en Angleterre par l’ennemi américain à la fin du XVIIIet au début du XIXe siècle. Historiquement, la Russie a peut-être été le principal allié des États-Unis. L’Angleterre reste leur ennemi suprême, tout comme pendant la Révolution américaine.

Les révolutions ont raté en Europe en 1848, mais celle de Russie, en 1917, prônait une dictature des travailleurs contre la classe moyenne , «la bourgeoisie», et pas seulement contre l’aristocratie. Donc, ce n’était pas un projet des Lumières, et ce n’était certainement pas démocratique. De plus, l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale était encore plus dictatoriale que l’Angleterre. En effet : le Kaiser Wilhelm II a initié la guerre mondiale afin de maintenir et de perpétuer l’ancienne tradition du droit divin des rois – la monarchie héréditaire, la plus rétrograde de toutes les formes de gouvernement, la règle héréditaire. Et l’Allemagne menaçait les navires américains, contrairement à l’Angleterre.

Lors de la conférence de paix de Versailles après la Première Guerre Mondiale, quatre chefs influents de la délégation américaine étaient intensément pro-britanniques : le démocrate pro-aristocratie, extrêmement conservateur, et secrétaire d’État américain Robert Lansing, et ses deux neveux, les aristocrates pro-chrétiens, dévots extrêmement conservateurs et républicains, John Foster Dulles, et son frère Allen Dulles, et le dévot chrétien associé de JP Morgan, Thomas Lamont. Tous les quatre étaient favorables à l’obligation faite aux contribuables allemands de verser des réparations aux contribuables français si importantes qu’elles mettraient en faillite le nouveau gouvernement démocratique allemand de Weimar. Ce dépouillement des Allemands – approuvé par la délégation américaine – a contribué à amener le parti nazi extrémiste conservateur populiste de droite à prendre le pouvoir contre le gouvernement démocratique de Weimar.

Les frères Dulles avaient de nombreux amis parmi les aristocrates d’Angleterre et d’Allemagne et sont devenus deux chefs de file de la guerre pour conquérir la Russie, sous le président américain Dwight Eisenhower. Alors que le président américain Harry S. Truman avait cherché à «contenir» l’Union soviétique, les frères Dulles ont plutôt cherché à la «conquérir». Tous deux avaient une haine viscérale de la Russie – pas seulement du communisme. C’était une haine qui était largement partagée par les aristocraties de tous les empires, en particulier l’Angleterre, les États-Unis, l’Allemagne et le Japon.

Le président américain Franklin Delano Roosevelt (FDR) était une exception à la haine presque universelle de la Russie parmi les aristocraties américaines et alliées : il a reconnu et admis que, même si Joseph Staline était un dictateur barbare, il était un anti-impérialiste profondément engagé, comme FDR lui-même, parce qu’il dirigeait l’aile anti-impérialiste du Parti communiste contre l’aile impérialiste de Trotsky. Staline a défendu avec passion le «communisme dans un seul pays» – la doctrine selon laquelle l’Union soviétique doit d’abord établir clairement une économie florissante dans le pays et servir ainsi de modèle qui inspirerait les masses des nations capitalistes à se soulever contre leurs oppresseurs, et c’est seulement après l’établissement d’un tel modèle de réussite économique que le communisme pourra naturellement se propager à d’autres pays.

FDR était absolument opposé à toute sorte d’impérialisme, et il avait des discussions privées passionnés avec Winston Churchill à ce sujet, car Churchill a déclaré : «Il est impossible d’altérer les accords économiques de l’Empire», en réponse à FDR qui avait dit : «Je ne peux pas croire que nous menons une guerre contre l’esclavage fasciste, et en même temps ne pas travailler pour libérer les gens du monde entier d’une politique coloniale arriérée.» Et, par la suite, FDR a dit en privé à son fils Elliott, en parlant de Churchill sur un ton méprisant : «Un vrai vieux Tory, n’est-ce pas ? Un vrai vieux Tory, de la vieille école.»

La vision d’après-guerre de FDR était celle d’une Organisation des Nations Unies qui disposerait de toutes les armes nucléaires et contrôlerait tous les aspects du droit international, mais n’interviendrait pas dans le droit national, sauf peut-être si le Conseil de sécurité est unanime, et seulement à titre exceptionnel. Chacune des grandes puissances serait autorisée à intervenir dans les affaires domestiques des nations limitrophes, mais uniquement pour empêcher toute puissance majeure hostile de prendre le pouvoir, ceci dans un but purement défensif, rien d’autre. Cela aurait été très différent de ce que l’ONU est devenue.

C’est un domaine dans lequel le crédule Truman – qui ne savait, et ne comprenait rien – a pu être trompé par Churchill, et, plus encore, par le général d’alors, Dwight Eisenhower, parce que tous deux étaient des impérialistes engagés et visaient à conquérir la Russie – et pas seulement pour mettre fin à son communisme.

Cecil Rhodes

La date cruciale a été le 26 juillet 1945, quand Eisenhower a convaincu Truman de déclencher la Guerre froide. Puis, le 24 février 1990, le président américain George Herbert Walker Bush a défini la politique des États-Unis depuis lors : lorsque l’Union Soviétique mettra fin au communisme en 1991, les États-Unis et leurs alliés continueront secrètement la Guerre froide contre la Russie, jusqu’à ce que celle-ci soit conquise pour faire partie de l’empire américain, et ne soit plus une nation indépendante. Ceci est la continuation du plan de Cecil Rhodes : les États-Unis exécutent les ordres de l’aristocratie britannique pour mener la conquête du monde entier.

Le 14 août 1941, au moment où FDR et Churchill élaboraient la Charte de l’Atlantique et prévoyaient une guerre commune contre Hitler, ils ont convenu de former «l’accord UK-USA», un «traité secret» entre les deux pays, qui a été officialisé le 17 mai 1943 sous le nom de «Accord BR-USA», puis officiellement signé le 5 mars 1946 par le président Truman, son contenu est finalement devenu public le 25 juin 2010. Il était, et il est encore maintenant, à la base de ce que l’on appelle plus communément «The Five Eyes», entité dérivée du programme de Cecil Rhodes – bien qu’il ne soit pas mentionné – d’opérations de renseignement étranger, dont le noyau est le renseignement britannique et américain, mais qui inclue également les services de renseignement des autres colonies anglo-saxonnes, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. L’Inde et les autres «races inférieures» des pays anglophones – comme Rhodes et Winston Churchill les considéraient – n’étaient pas incluses.

Par exemple : l’effort conjoint du Royaume-Uni et des États-Unis pour conduire Julian Assange à la mort – abomination qui semble susceptible de réussir bientôt – est devenu une partie de ce travail, tout comme les sanctions contrefaites conjointes du Royaume-Uni et des États-Unis contre la Russie concernant Sergei Magnitski en 2012,  Sergei Skripal, et les accusations du «Russiagate» contre Donald Trump en 2018.

Cette floraison complète du plan initial de Cecil Rhodes est également connue sous le nom de «Relation spéciale» et de «Anglosphère».

Tout ceci est l’œuvre des aristocraties américaines et britanniques, contre leurs propres nations – contre leurs propre peuples – mais pour les opérations impériales essentielles nécessaires aux sociétés internationales américaines et britanniques, que ces milliardaires contrôlent.

C’est pourquoi toutes les sanctions contre la Russie sont basées sur des mensonges. Certes, cela ne se produit pas par accident. À chaque étape, dans pratiquement chaque cas, les aristocraties américaines et britanniques travaillent ensemble sur ces diffamations – contre le principal allié historique étranger des États-Unis, la Russie.

L’aristocratie britannique a toujours été le principal ennemi du public britannique, de la Russie, et du peuple américain. Cela est tout à fait conforme au plan de Rhodes, qui était d’utiliser les États-Unis pour étendre l’Empire britannique. C’est l’histoire de notre temps.

C’est le succès ultime du plan du roi George III, et c’est une profonde trahison des intentions des fondateurs américains, qui étaient des anti-impérialistes passionnés. Tout comme FDR.

Mais juste après la Seconde Guerre Mondiale, les impérialistes, dirigés par les milliardaires américains, ont pris le relais.

Eric Zuesse

Source The Saker Blog

Traduit par jj, relu par Marcel pour le Saker Francophone

via:https://lesakerfrancophone.fr/us-uk-histoire-tourmentee-dune-relation-speciale

https://reseauinternational.net/us-uk-histoire-tourmentee-dune-relation-speciale/