lundi 24 août 2026

Le wargame : quand la guerre peut devenir (aussi) un jeu

 

War game

Avant de faire la guerre, pourquoi ne pas commencer par la jouer ? Né il y a deux siècles en Prusse, le « wargame » connaît un spectaculaire retour en grâce dans les armées occidentales. Cartes, pions, règles et arbitres permettent désormais de simuler aussi bien une bataille que les réactions de Moscou, Pékin ou Téhéran. Devenu outil de formation, d’anticipation et de réflexion stratégique, le « wargame » promet d’éprouver aujourd’hui les guerres de demain. À condition de ne jamais oublier qu’un jeu de simulation n’est pas un champ de bataille. Par Paul Durrand.

À la suite du numéro de Krisis de mars 2026 consacré aux Jeu(x), il paraissait intéressant d’en compléter la lecture par quelques lignes sur une thématique ludique assez peu connue du grand public. Pratiqué à titre de loisir par quelques joueurs de plus en plus grisonnants, souvent anglo-saxons, utilisé comme outil de réflexion et de formation, le jeu de guerre, ou wargame, selon la dénomination la plus courante, est redevenu depuis une grosse décennie un thème à la mode dans les armées.

Le rôle des armées est de faire la guerre, et de préférence de la gagner. Pour ce faire, il leur est nécessaire de se préparer et d’envisager le maximum d’hypothèses de conduite des conflits, ou tout du moins de réfléchir à des actions, éventuellement d’en anticiper les effets et de les corriger, pour être prêt au bon moment.

C’est dans ce cadre que les armées occidentales principalement ont donc repris de manière plus systématique l’usage du wargame (jeu de guerre en anglais) ces vingt dernières années et de manière peu surprenante à l’initiative des Américains. Quelle armée n’a pas encore son wargame pour simuler les conflits ou les interactions entre États ?

De la Prusse aux États-Unis

Les conflits de ces vingt dernières années (Irak, Afghanistan, Syrie, Libye, Sahel, Arménie, Ukraine, Iran…) ont aussi été l’occasion de revoir des certitudes et de réfléchir à de nouveaux modes de préparation, tant lesdites certitudes ont explosé. Et rien de tels que ces nouveaux outils pour se confronter à de nouvelles méthodes de réflexion.

C’est donc dans ce cadre que le wargame et la pratique du wargaming se sont peu à peu imposés dans les armées. Si la littérature en la matière reste encore limitée, elle se développe de manière significative. C’est aussi dans ce contexte que les armées françaises se sont mobilisées pour développer l’usage du wargame, d’abord à la faveur d’initiatives individuelles, avant que la pratique ne s’institutionnalise véritablement (cf. la bibliographie sommaire en langue française en bas de l’article).

Rien que le terme de wargame (ou le wargaming, c’est-à-dire le fait de pratiquer le wargame) rappelle l’importance de la culture anglo-saxonne dans cette pratique pourtant née sur le continent européen il y a maintenant un peu plus de deux cents ans, en Prusse, avec les Reisswitz père et fils1, sous le terme de Kriegspiel, comme le rappelle Antoine Bourguilleau dans son histoire du wargame.

Quand les armées jouent à la guerre

Qu’est-ce que le wargaming ? De manière assez sommaire, on peut indiquer qu’il consiste à confronter différents choix, de nature militaire, dans un cadre ludique, avec un ensemble de règles et souvent en présence d’arbitres pour en faciliter la mise en œuvre, le tout dans un cadre contraint de temps, du moins quand le jeu est utilisé à haut-niveau2. Le résultat obtenu par cette confrontation dépend surtout des attendus initiaux et d’un certain nombre de préalables. La pratique autour d’un espace de jeu physique, avec carte en papier, pions représentant des unités, favorise les échanges et les prises de décisions collectives.

Si la pratique du jeu de guerre dans les armées se développe, notamment à la faveur de l’engagement de l’OTAN dans cette démarche, elle suscite comme toute pratique innovante des interrogations sur son utilité et plus largement sur ses effets sur la connaissance de la chose militaire et de la conduite des opérations. Le fait que les armées françaises se penchent sérieusement sur le sujet témoigne d’une volonté forte de dépasser les cadres traditionnels, qui, parfois, trouvent rapidement leurs limites. La guerre en Ukraine a en effet montré que les évolutions des modes d’engagement sont rapides (même si la guerre des drones connaissait déjà ses prémices lors de la confrontation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en septembre 2020).

Évidemment, le développement de l’usage du wargaming repose sur une large adhésion à la pratique, ou tout au moins de l’ensemble des participants. Or, la « gamification », la pratique du jeu adapté à quasiment tous les usages professionnels, n’est pas nécessairement acceptée partout et par tous. Le cadre militaire, nécessairement soumis à la hiérarchie, réduit les freins individuels sans pour autant les faire disparaître.

Cela étant, comme tout jeu, la pédagogie dans la mise en œuvre est essentielle, quel que soit le niveau des pratiquants. Nombre de militaires ont eu, au cours de leur formation, une pratique minimale du jeu. Ainsi l’utilisation de la « caisse à sable », c’est-à-dire la reproduction d’une action de combat dans le cadre contraint d’une… caisse à sable reproduisant les mouvements de terrain, les arbres, chemins et autres représentations du monde réel, où les joueurs mettent physiquement en pratique leurs actions par le déplacement de figurines, permet de s’initier d’une certaine façon à la pratique du wargame. Le wargame repose sur le même principe, mais sur une carte représentant quelques dizaines, voire quelques centaines de kilomètres, selon l’échelle souhaitée.

La guerre sur un coup de dé

La force du wargame est de pouvoir reproduire l’ensemble des situations pour simuler un conflit, qu’il s’agisse de simples combats, de configurations logistiques, et jusqu’aux relations internationales entre États. Cela suppose néanmoins de disposer des ressources humaines et intellectuelles pour simuler avec le plus de précision possible les différentes hypothèses. Autant dire que se mettre dans la tête de Poutine, de Xi Jinping ou des responsables militaires iraniens n’est pas à la portée du premier venu.

Néanmoins, comme toute simulation, celle-ci comporte de nombreux biais, avec le risque de prendre pour argent comptant les résultats des différents wargames, indépendamment de leur reproductibilité réelle. Comme tout jeu, et d’autant plus lorsqu’il est complexe, chaque variation peut provoquer des résultats non désirés. La pratique du wargaming chez les militaires doit rester un outil au service d’un objectif, d’une réflexion, pas une finalité en soi.

En résumé, le jeu à vocation militaire, vieille pratique européenne plutôt d’outre-Rhin, est redevenue à la mode sous le terme de wargaming à la faveur de son usage et de son développement dans les armées américaines depuis plusieurs décennies, puis, plus largement, dans les armées occidentales. Mais souhaite-t-on vraiment envisager une opération militaire au motif que, lors d’un wargame, la victoire s’est jouée sur un unique coup de dé… ? La question reste posée.

1. Antoine Bourguilleau, Jouer la guerre, Histoire du wargame, Passés/Composés-Ministère des Armées, 2020, pp. 61 et suivantes.

2. Pour une définition rigoureuse et complète, se référer au livre de Thibault Fouillet consacré au wargaming (Wargaming, Un outil de recherche stratégique, L’Harmattan, 2022).

Références pour aller plus loin :

Antoine Bourguilleau, Jouer la guerre, Histoire du wargame, Passés/Composés-Ministère des Armées, 2020.

Thibault Fouillet, Wargaming, Un outil de rechercher stratégique, L’Harmatan, 2022.

Yann Malard, Jeux de guerre. Vers un nouvel essor, Revue de Défense nationale, 2022.

CICDE, Manuel du jeu de guerre, Ministère des Armées, 2023.

Valère Llobet, Théo Claverie, Les Wargames, CF2R, 2023.

IRSEM, Les wargames dans la formation de l’officier, mars 2025.

Revue Stratégique, n° 131-132, « Du wargaming », ISC, 2025.

Inflexions, Jouer, Armée de Terre, 2025.

Patrick Ruestchmann, revue Marché et organisation, « Pratiques ludiques dans les armées françaises à un moment d’évolution de la conflictualité », 2026.

https://www.revue-elements.com/le-wargame-quand-la-guerre-peut-devenir-aussi-un-jeu/

La guerre des ultranationalistes ukrainiens contre l’histoire

 

par Kit Klarenberg

Ces deux dernières décennies, les ultranationalistes ukrainiens les plus radicaux ont mené une guerre de plus en plus intense, tant dans leur pays qu’à l’étranger, avec des conséquences dramatiques qui ont bouleversé le monde.

Dans le pays même, un appareil juridique hautement répressif impose de plus en plus des récits dangereusement biaisés du passé proche et lointain de Kiev, avec des sanctions pénales excessives même pour ceux qui enfreignent la loi par inadvertance. Cette bataille, ouvertement politisée, s’est considérablement intensifiée depuis le déclenchement du conflit par procuration en Ukraine. Malgré une opposition généralisée, l’offensive ultranationaliste agressive de Kiev contre l’histoire ne fait que s’intensifier.

Telles sont les graves conclusions d’un article exceptionnel rédigé par l’universitaire ukrainien Georgiy Kasianov, intitulé «Discipliner et punir : un tournant répressif dans la politique de la mémoire en Ukraine, 2006-2025». Comme le note l’auteur, faire de la loi une arme au service de la politique mémorielle est courant en Europe centrale et orientale. Au moins neuf pays de la région disposent d’une législation interdisant l’affichage public de symboles communistes et nazis, renforçant ainsi les initiatives ultranationalistes locales — soutenues avec enthousiasme par l’UE — pour associer de manière perverse ces deux idéologies en les présentant comme des totalitarismes comparables.

De plus, dans de nombreux cas — notamment dans les pays baltes — ces lois s’inscrivent dans des environnements culturels et juridiques plus vastes qui glorifient les collaborateurs nazis et les auteurs de l’Holocauste en les présentant comme des combattants héroïques pour la liberté, tout en limitant strictement le débat sur la Seconde Guerre mondiale pour dissimuler la responsabilité locale dans ces crimes macabres. Ainsi, écrit Kasianov, le «modèle punitif de la politique mémorielle» de l’Ukraine s’inscrit dans «un schéma post-communiste plus large de récits historiques imposés par l’État». Pourtant, «par ses mesures restrictives, sa sélectivité, son instrumentalisation idéologique et bureaucratique», la guerre menée par Kiev contre l’histoire «constitue un cas particulièrement radical et révélateur».

Des partisans de Bandera défilent à Kiev, en janvier 2015

Aujourd’hui, l’Ukraine «occupe la première place en Europe en termes de nombre de décisions judiciaires concernant des violations de lois pénales spécifiquement conçues pour interdire certains symboles historiques», les sanctions pénales en cas de violation des «lois sur la mémoire» étant les «plus draconiennes» du continent.

Kasianov en situe l’origine au milieu des années 2000, lorsque le gouvernement du président Viktor Iouchtchenko, mis en place par l’Occident, a cherché à mettre en œuvre des lois  «institutionnalisant» la famine de 1930 à 1933 en Union soviétique comme étant un génocide intentionnel des Ukrainiens, spécifiquement orchestré par Joseph Staline. Cet événement est connu en Ukraine, et de plus en plus à l’échelle internationale, sous le nom d’«Holodomor». Si la famine et les morts massives qui en ont résulté ont été provoquées et aggravées par des erreurs humaines catastrophiques combinées à des facteurs naturels défavorables, rares sont les historiens qui considèrent que ces horreurs aient été intentionnelles. Fait marquant, des Kazakhs et des Russes ont également péri en très grand nombre. En novembre 2022, seuls 23 États membres de l’ONU ont reconnu l’Holodomor comme étant un génocide — la plupart étant des alliés proches de Kiev depuis l’après-Maïdan. Néanmoins, des sources occidentales de premier plan affirment catégoriquement que la famine a été infligée délibérément, s’inscrivant dans une volonté plus large et persistante de la Russie et/ou de l’Union soviétique d’effacer l’Ukraine.

Parallèlement, les affirmations ultranationalistes concernant le nombre d’Ukrainiens qui auraient été tués par la famine sont de plus en plus extravagantes, certaines sources avançant un chiffre pouvant atteindre 10 millions. Ce chiffre représente plusieurs fois le nombre de victimes multiethniques généralement admis par les chercheurs, présentant ainsi commodément le soi-disant Holodomor comme un crime contre l’humanité ciblé plus grave encore que l’Holocauste. L’incursion de Iouchtchenko dans la politique de la mémoire a largement contribué à ce climat informationnel contemporain déformé.

Pourtant, la loi de 2006 désignant officiellement l’Holodomor comme un génocide ne prévoyait pas de mesures répressives en cas de négation ou de remise en cause de cette qualification.

Kasianov montre comment, au cours des 14 années suivantes, 13 tentatives distinctes ont été menées pour criminaliser la «négation de l’Holodomor» par des éléments ultranationalistes ukrainiens, tant au sein qu’en dehors du gouvernement et du Parlement. Chacune de ces tentatives a tenté d’imposer «une orthodoxie historique sanctionnée par l’État» autour de l’Holodomor, tout en «[restreignant] le débat scientifique et la liberté d’expression». Aucune n’a reçu l’approbation du «service d’analyse juridique» du Parlement, mais la politique mémorielle ultranationaliste a finalement prévalu sur les plans culturel et politique, tant au niveau local qu’au-delà. Notamment, bon nombre de ces initiatives ont été parrainées par le parti politique ouvertement néonazi Svoboda.

«Répression politique»

Svoboda a joué un rôle substantiel dans le coup d’État de Maïdan, orchestré par l’Occident en 2014, qui, sans surprise, «a créé un environnement propice à la redéfinition de la politique mémorielle en tant qu’instrument de sécurité d’État et de consolidation idéologique».

Le gouvernement de Petro Porochenko a justifié «l’adoption rapide d’un ensemble de lois destiné à condamner [le communisme] et à institutionnaliser un récit historique nationaliste» en la qualifiant de «mesure défensive nécessaire» et de «projet de reconstruction nationale», pour contrer une prétendue «agression extérieure» de la Russie. Ces mesures ont abouti à l’adoption, en avril 2015, d’une législation jusqu’alors impensable.

Des ultranationalistes ukrainiens démolissent la plus grande statue de Lénine d’Ukraine à Kharkiv, en septembre 2014

Ces lois adoptées à la hâte ont assimilé le communisme au nazisme, interdisant l’affichage public de symboles associés à ces deux idéologies. Pourtant, Kasianov note que cette législation «a également accordé une réhabilitation juridique et morale» à des factions nationalistes ukrainiennes affiliées aux nazis, auteurs de massacres et fortement impliquées dans l’Holocauste.

Parmi celles-ci figurent l’Organisation des nationalistes ukrainiens de Stepan Bandera et sa branche armée, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). De plus, malgré la double condamnation formelle du communisme et du nazisme prévue par la loi, Kasianov explique en détail comment «sa mise en œuvre et l’accent mis sur les symboles révèlent une nette disparité».

Environ 90% du texte de la loi «est consacré à la définition et à l’énumération des symboles communistes, tandis que les symboles nazis ne sont abordés que de manière relativement succincte et largement superficielle». Les interdictions liées au nazisme sont «limitées aux insignes les plus universellement reconnus du Troisième Reich, tels que la croix gammée». En revanche, «la loi propose un catalogue exhaustif et détaillé des insignes soviétiques interdits, allant du marteau et de la faucille aux étoiles rouges en passant par les noms de rues de l’époque soviétique».

Cette «asymétrie évidente» va encore plus loin.

Les symboles associés à des groupes néonazis locaux, ou à des unités militaires ukrainiennes collaborationnistes officielles de l’époque de la Seconde Guerre mondiale, telles que la division SS Galicie, échappent totalement à l’interdiction.

«Des experts juridiques et politiques, ainsi que des organisations ukrainiennes et internationales de défense des droits de l’homme» ont tous exprimé leur inquiétude face aux «définitions vagues» de la loi et à son «risque d’utilisation abusive à des fins de répression politique».

Le «service d’expertise» de la Rada ukrainienne a lui-même estimé que cette législation est en contradiction avec la Constitution en vigueur du pays et avec plusieurs lois nationales existantes.

Les sanctions disproportionnées en cas d’infraction, les contrevenants encourant jusqu’à cinq ans de prison ainsi que la confiscation de leurs biens, ont également suscité de vives critiques. Un avocat et maître de conférences à l’Université nationale de Lviv a comparé de manière frappante ces sanctions au «recours à la guillotine pour soigner un mal de tête».

Une lettre ouverte accablante, signée par une multitude d’universitaires et de responsables politiques, a qualifié cette législation d’«instrument de purification idéologique, ciblant de manière sélective les symboles et les récits associés à la gauche politique tout en permettant la valorisation implicite des traditions nationalistes radicales».

Ces accusations dévastatrices ont été rejetées par les défenseurs de la loi comme de la «propagande du Kremlin», voire comme une véritable trahison.

Kasianov révèle que les «principaux architectes» du programme de «décommunisation» de Porochenko appartenaient à une coterie d’«activistes de la mémoire» ultranationalistes, issus du Centre de recherche sur le mouvement de libération, basé à Lviv, et du Congrès nationaliste de la jeunesse. Ces deux organisations entretiennent des «liens idéologiques et organisationnels étroits» avec l’OUN banderiste pour laquelle elles servent de «façades».

Ces deux entités servent depuis longtemps de «vecteurs à la réinterprétation nationaliste de l’histoire ukrainienne du XXe siècle et à des politiques farouchement anticommunistes et anti-russes».

«Régime de la mémoire»

Après Maïdan, «plusieurs figures de proue de cette mouvance ont accédé à des postes influents au sein des institutions de l’État, façonnant ainsi la politique historique».

Cette infiltration a notamment concerné l’Institut ukrainien de la mémoire nationale (UINP), l’organisme public chargé de mettre en œuvre les lois sur la mémoire. Oleksandr Sych, alors vice-premier ministre issu du parti néonazi Svoboda, a nommé des personnalités liées à l’OUN à des postes influents au sein de l’UINP. Ce n’est pas un hasard si Sych a cofondé le Congrès des nationalistes ukrainiens, une organisation fasciste et pro-Maïdan qui sert de «façade politique» à l’OUN-B.

Une fois que la législation anticommuniste tant attendue a été promulguée, sa mise en œuvre s’est poursuivie à un rythme effréné.

De novembre 2015 au printemps 2016, près de 52 000 lieux-dits, 32 villes, 955 villages et localités, ainsi que 25 districts administratifs ont été rebaptisés, tandis que 2389 monuments et plaques commémoratives dédiés à des «dirigeants totalitaires» ont été détruits. Au total, 1 320 d’entre eux étaient des statues de Lénine. Entre 2015 et 2021 également, la police ukrainienne et le bureau du procureur général ont enregistré 334 procédures pénales à l’encontre de citoyens pour exposition de «symboles totalitaires»«dont la grande majorité concernait des images communistes». Ces affaires présentaient presque invariablement une dimension absurde.

En mai 2017, un étudiant a échappé de justesse à la prison pour avoir publié des citations de Lénine sur Facebook. Dans le cadre de son accord avec le procureur, il a exprimé publiquement des «remords sincères», tandis que son exemplaire personnel du Capital de Karl Marx a été détruit. En juin 2019, un chômeur a été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir porté un vieux t-shirt arborant les armoiries soviétiques alors qu’il lavait des vitres. En mars 2021, un habitant de Lviv a été condamné à un an de mise à l’épreuve après avoir été «interpellé par des citoyens locaux politiquement vigilants» pour avoir porté un emblème de l’URSS.

Entre-temps, de nouvelles lois ont été adoptées par Kiev, sacralisant les récits historiques ultranationalistes. L’absence de contestation politique a été en grande partie assurée par l’interdiction du Parti communiste ukrainien en décembre 2015.

Ces mêmes éléments ouvertement fascistes et néonazis, à l’origine de la campagne de «décommunisation» de Porochenko, ont réussi à faire adopter des lois accordant aux génocidaires de l’OUN et de l’UPA le statut officiel de combattants ainsi que les avantages réservés aux anciens combattants. Désormais à l’abri de toute poursuite judiciaire pour les atrocités qu’ils ont commises, les sources officielles ukrainiennes les décrivent unanimement comme des «héros» ayant lutté pour l’«indépendance» ukrainienne.

Des ouvriers s’apprêtent à ôter la faucille et le marteau de la statue de la Mère Ukraine à Kiev, août 2023

Le nombre de procédures engagées en vertu des lois de «décommunisation», ainsi que les peines infligées abusives, ont considérablement augmenté après le déclenchement de la guerre par procuration en Ukraine. Les autorités ont ainsi disposé d’un prétexte idéal pour s’en prendre davantage à l’histoire, tout en menant une guerre contre leurs ennemis intérieurs, sous le couvert de la «dérussification et de la décolonisation».

Conformément à la «quasi-absence de poursuites pour des infractions liées au nazisme» avant le conflit, sur plus de 300 affaires pénales portées devant les tribunaux entre 2022 et 2025, moins de 10 concernaient des symboles nazis. La grande majorité «portait sur la diffusion de symboles [communistes] interdits sur les réseaux sociaux».

Aujourd’hui, le simple fait de liker des publications sur les réseaux sociaux comportant des symboles soviétiques peut valoir à des Ukrainiens de se retrouver au tribunal. Kasianov souligne que les «dossiers judiciaires» ont «révélé l’émergence d’enquêteurs spécialisés… chargés de surveiller les communications numériques et les contenus en ligne», tant au sein de la police que du service de sécurité SBU. Parallèlement, on a assisté à une augmentation significative du nombre de «citoyens vigilants» dénonçant à l’autorité des connaissances, collègues et voisins pour avoir enfreint les lois strictes de Kiev en matière de mémoire. Ce sont «dans leur grande majorité» des personnes «issues des milieux marginalisés et défavorisés de la population» qui ont été prises pour cible.

Depuis Maïdan, le «régime de mémoire punitif» et le «projet d’identité nationaliste» de l’Ukraine ont été adoptés et promus sans réserve par les commanditaires occidentaux de Kiev.

Cela n’a rien d’étonnant : le récit faussé imposé par la loi, selon lequel l’Ukraine mène un combat pour sa survie même et sa libération définitive de l’«impérialisme russe», garantit que la guerre se poursuivra indéfiniment. Depuis le début, cette «politique de la mémoire» déformée ne cesse de s’enraciner et de s’exacerber au plus haut niveau de l’État, laissant la population — et le reste du monde — à la merci d’une clique ultranationaliste dangereuse et dérangée.

source : Internationalist 360° via Spirit of Free Speech

https://reseauinternational.net/la-guerre-des-ultranationalistes-ukrainiens-contre-lhistoire/

Un nouveau numéro de La Nouvelle Revue Universelle

 

par Action française

L’école d’Action française se porte bien, merci ! La preuve par le succès des derniers numéros de sa revue laboratoire d’idées La Nouvelle Revue Universelle. Le prochain, le 85 déjà – du 3etrimestre 2026 –, est parti à l’imprimerie hier. L’idéal est bien entendu de s’abonner, l’autre solution est de la commander sur le site de la Librairie de Flore.

Voici le sommaire de ce nouveau numéro de l’unique revue contre-révolutionnaire de France et nous insistons surl’importance de l’éditorial de Gérard Leclerc, très impliqué dans le combat royaliste pour le néo-maurrassisme :

Éditorial de Gérard Leclerc : Quelle condamnation ?

Colloque : Cent ans après les affaires de l’Action française et des Cristeros

1926 : un tournant pour le monde et l’Église, Dominique TassotOuverture du colloque

1re partieL’Action française : condamnée… et condamnable ? 

Franck BouscauIntroduction : Issues du fort tempérament etde la vision politique personnelle du pape Pie XI, les deux affaires de l’Action française et des Cristeros constituent, en 1926, un véritable tournant dans les rapports entre l’Église et les pouvoirs politiques. Leurs effets demeurent d’actualité.

Philippe Pichot-BravardL’Action française et la crise de 1926 : Le regard d’un historien sur un épisode dramatique de la vie de l’Église de France, dont il dénoue les fils un à un. À l’origine, la volonté du pape Pie XI de reprendre en main une communauté jugée pas assez docile. Et au bout, des conséquences dures, durables et dommageables. 

Philippe Prévost – Aux origines intellectuelles des condamnations de l’Action française et du thomisme : La confusion du spirituel et du temporel a marqué le pontificat de Pie XI, dont la politique, peu favorable à la France, s’accorda avec les idées de Briand. Confusion issue d’une déviation duthomisme, à l’origine de la notion ambiguë de « droits de l’homme ».

Hilaire de Crémiers Le mystère de Maurras en son Chemin de Paradis : Jamais Hilaire de Crémiers n’est allé aussi loin dans sa lecture du Chemin de Paradis. Derrière l’énigme de ces « contes païens », il y a le mystère d’un homme qui, à la veille d’entrer dans le XXe siècle, semble avoir pressenti le destin dramatique menaçant à la fois l’Église et la France.

2e partieLes Cristeros, brigands ou martyrs ? 

Reynald SecherIntroduction : Vendéens et Cristeros : Historiquement et juridiquement, la similitude des mouvements vendéens et cristeros est frappante. Le totalitarisme idéologique conduit à une déshumanisation complète des comportements et des lois elles-mêmes. Une logique qui va jusqu’à la destruction de la mémoire : le « mémoricide ».

Yves Solis et Lucy O’Sullivan Le conflit cristero : la légitimité face à la légalité : Le point culminant de la persécution religieuse au Mexique de 1914 à 1938 fut la guerre de 1926-1928, connue sous le nom de CristiadaChristiade »).Une approche historique globale permet derendre compte des forces en présence et des transformations profondes du Mexique à cette époque.

Abbé Jacques Olivier – Pie XI, les enjeux d’un pontificat contrasté : Le caractère affirmé du pape Pie XI (Achille Ratti) contraste avec les contradictions qu’il a manifestées dans le domaine doctrinal. Si son pragmatisme n’a pas eu les effets positifs escomptés, c’est que lui a manqué une vision politique lucide et profonde. 

Guillaume Bernard – Propos de conclusion : La confrontation avec la modernité fait hésiter l’Église entre l’anathème et le ralliement, tandis que le totalitarisme révolutionnaire est, par nature, amené à imposer la violence. La réponse n’est pas dansla surenchère, mais, selon Soljenitsyne, dans le ré-enracinement culturel et l’élévation spirituelle. 

Annexes

Hilaire de Crémiers – Une clef de l’œuvre de Maurras(entretien avec Yves Morel, en 2017) ; Victor Nguyen – L’Église à l’épreuve de la modernité (extrait d’Études maurrassiennes n°5) ; François Schwerer Leçons à tirer d’une « condamnation »

https://www.actionfrancaise.net/2026/08/24/un-nouveau-numero-de-la-nouvelle-revue-universelle/

dimanche 23 août 2026

Terre & Peuple, l’Europe par les racines

 

Identité

Fondée il y a plus de trente ans par Pierre Vial, ancien pilier de la Nouvelle Droite, « Terre & Peuple » a progressivement tracé son propre chemin : défendre les héritages européens. À l’occasion de la parution de son 108e numéro, retour sur cette aventure.Propos recueillis par François Bousquet

ÉLÉMENTS : Trente ans après la création de Terre & Peuple, quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?

TERRE & PEUPLE. D’abord, nous sommes toujours là. Et notre cap n’a pas varié. D’aucuns sont actifs depuis les origines et des jeunes continuent à nous rejoindre, attirés par notre singularité, tant doctrinale qu’en termes d’actions. Nous avons creusé un sillon unique, avec des activités en régions, dans nos bannières, un site Web alimenté tous les jours, une newsletter, la revue, trimestrielle, et des publications qui traitent des fondamentaux.

ÉLÉMENTS : Quelle est la singularité de Terre & Peuple ? La place accordée aux traditions européennes, au paganisme, à la longue mémoire, à l’écologie enracinée ? Autres ?

TERRE & PEUPLE. Terre & Peuple poursuit l’œuvre entamée par Pierre Vial et ses deux présidents d’honneur, Jean Mabire, puis Jean Haudry, en assumant une démarche identitaire, seule à même pour nous de préserver notre spécificité européenne. Cela passe par une réappropriation de notre héritage, ethnique, culturel et spirituel. Héritage païen, car c’est ainsi que l’Europe s’est construite. Pour autant, nous assumons aussi les deux derniers millénaires, et d’ailleurs nous comptons de nombreux sympathisants catholiques, curieux de la totalité de notre héritage. Le paganisme représente pour nous une approche du monde enracinée, mémorielle et vivante. Pas un folklore qu’il faudrait réinventer.

La structuration du monde indo-européen, mise en évidence par Jean Haudry – immense linguiste qui a consacré sa vie aux études indo-européennes –, relève pour nous du corpus doctrinal, et ce faisant de notre construction intime. Elle porte notre vision du monde européen. Ce n’est pas seulement une approche intellectuelle.

Quant à l’écologie enracinée, bien entendu, oui, c’est pour nous un thème tout naturel, si j’ose dire, et de toute éternité.

ÉLÉMENTS : Votre dernière livraison – et couverture – consacre un important dossier au cheval. Pourquoi ce thème ?

TERRE & PEUPLE. Tout ce qui est européen est nôtre. La première représentation pariétale de l’homme européen est un cheval. Sans le cheval, point d’expansion indo-européenne, point de chevalerie, etc.

Chaque numéro de Terre & Peuple comporte un dossier spécifique. L’affaire Epstein pour le dernier numéro, le 108, avec notamment une analyse chinoise, tout à fait inhabituelle. Et désormais, en plus, un entretien visant à approfondir la relation spécifique qui nous unit à tel ou tel élément structurant de notre identité européenne, en l’éclairant depuis nos origines. Dernièrement : la chasse, le cheval. Avec un regard singulier. Pour le cheval, par exemple, nous n’avons pas interrogé un « simple » sachant, mais un ancien écuyer en chef du Cadre noir. Ce qui nous permet d’avoir une approche non seulement scientifique, mythologique, historique et équestre, mais vécue, à nulle autre pareille. De même, pour un sujet sur le taureau, sous l’angle de la mythologie, jusqu’à son prolongement actuel, à savoir la corrida, nous avons interrogé un matador.

À venir : la musique, le mercenariat, la Beauté, etc. Mais aussi, des périodes de notre histoire à même de nous orienter pour demain. Prochainement : la Reconquista, l’Empire romain. Les sujets ne manquent pas…

ÉLÉMENTS : À qui s’adresse aujourd’hui Terre & Peuple ? À un noyau militant, à des lecteurs en quête de repères, à la nouvelle génération… ?

TERRE & PEUPLE. À vrai dire, aux trois. Un militant sans une solide formation métapolitique risque fort de s’égarer. Certains lecteurs militent, d’autres non. Quant aux jeunes, dès leur plus tendre enfance, l’État profond les biberonne aux contre-vérités et les réseaux sociaux ont vite fait de leur donner le tournis. Nous offrons aux identitaires un corpus culturel et doctrinal, associé à des analyses et des expériences de terrain, synthèse probablement unique. Nous ambitionnons de servir d’éveilleurs et de boussole dans un monde en perte de repères.

ÉLÉMENTS : Quels sont les objectifs de la revue ?

TERRE & PEUPLE. La revue pose les jalons. Et elle demeure. Contrairement aux parutions numériques, aussi vite disparues qu’elles sont apparues.

C’est une revue métapolitique. Elle s’intéresse à certains sujets d’actualité (Ukraine, Iran, etc.), mais en s’appuyant sur la profondeur historique. Elle apporte donc sur ces sujets un recul qui fait cruellement défaut par ailleurs. Chaque numéro comporte un dossier (technologie, la question religieuse, etc.). Également, nous l’avons vu, un entretien sur un thème structurant pour notre conscience identitaire. Nous traitons aussi de l’actualité des publications de notre courant de pensée, et des découvertes scientifiques en linguistique, archéologie et génétique, plus particulièrement.

Nous avons donc vocation à apporter aux identitaires, trop souvent mus par leur instinct, une vision de notre civilisation structurée, profonde et réfléchie, seule garante de notre cohésion et des succès de nos combats. Au-delà, bien entendu, nous nous adressons aussi à l’ensemble de nos peuples, aux individus curieux de leur racines, particulièrement dans l’Europe francophone.

Pour consulter le site de Terre & Peuple :

https://www.terreetpeuple.com

https://www.revue-elements.com/terre-peuple-leurope-par-les-racines/

À Soissons, une nécropole antique livre le secret de ses tombes

 

Capture d'écran RMC Découverte

À Soissons, l’archéologie révèle chaque jour un peu plus les contours d’une cité antique dont l’importance dépasse largement les vestiges encore visibles. Fondée à l’époque augustéenne, la ville, alors appelée Augusta Suessionum, s’étendait, à son apogée, sur environ 120 hectares. À l’écart de l’agglomération, sur la butte Saint-Jean, les habitants avaient alors installé un vaste espace consacré aux morts. De nouvelles fouilles archéologiques, menées en février 2026 par l’INRAP, ont permis d’en explorer la bordure occidentale et, surtout, de continuer à mieux comprendre les pratiques funéraires des premiers habitants de Soissons.

Une nécropole connue depuis le XIXe siècle

La nécropole de la butte Saint-Jean n’est pas une découverte récente. Son existence est attestée par des découvertes réalisées dès le début du XIXe siècle. Les recherches successives ont ensuite permis de comprendre que ces découvertes isolées appartenaient à un vaste ensemble funéraire installé au sud-ouest de la ville romaine. En 2006, un diagnostic archéologique a confirmé la présence de sépultures et de bûchers funéraires. Les archéologues observaient alors une concentration importante des tombes, certaines étant regroupées sur seulement 80 m². Ces découvertes confirmaient définitivement l’existence d’une vaste nécropole antique, dont une grande partie avait malheureusement été détruite par les importants terrassements militaires réalisés aux XVIe, XIXe et XXe siècles. Une fouille menée en 2008 sur environ 1.200 m² avait ensuite permis d’étudier plus précisément une partie de cette nécropole. Elle avait ainsi livré près de 300 structures funéraires, comprenant notamment 148 tombes d’enfants décédés en bas âge. Ces découvertes avaient déjà révélé la diversité des pratiques funéraires employées à Soissons durant l’Antiquité.

Ce que les fouilles de 2026 apportent

L’opération conduite par l’INRAP en février 2026 présentait un intérêt particulier, puisqu’elle avait pour but d’étudier la bordure occidentale de la nécropole et d’en connaître les limites. Six sépultures ont été alors mises au jour : trois appartenaient à des adultes, dont deux femmes, tandis que le sexe du troisième individu n’a pu être déterminé, et trois autres concernaient de très jeunes individus. Parmi eux se trouvaient un nourrisson âgé de moins de six mois, un fœtus âgé de 36 à 40 semaines et un autre individu périnatal.

La présence de très jeunes défunts n’est pas anodine, dans cette nécropole. Elle rappelle la place particulière accordée aux nouveau-nés dans la société antique, mais aussi la diversité des manières dont leurs corps pouvaient être déposés. Les deux premiers enfants ont été inhumés dans des fosses proches l’une de l’autre. Le premier avait été recouvert de fragments d’amphores et accompagné d’une pierre en grès, matériau notamment utilisé pour la fabrication de certains sarcophages. Le second avait été installé entre deux tuiles formant un cercueil, avant d’être lui aussi recouvert de fragments d’amphores brisées.

Ce type d’inhumation, associant des tuiles et des fragments d’amphores pour protéger la dépouille, constitue une découverte particulièrement intéressante. Il n’avait encore jamais été observé dans le nord de la Gaule, même si des pratiques comparables sont connues sur plusieurs sites du centre et du sud de la Gaule. Des datations au carbone 14 ont par ailleurs permis d’attribuer ces différentes sépultures au courant du Ier siècle après Jésus-Christ.

Des traces de crémations

Les inhumations ne constituent toutefois qu’une partie des vestiges découverts lors de cette opération. Un ensemble de quatre fosses contenant des rejets issus de crémations et probablement du curage de bûchers funéraires a également été documenté. Ces structures témoignent d’une autre pratique funéraire largement répandue dans le monde romain : le corps du défunt était brûlé sur un bûcher avant que les restes osseux et les éléments associés à la cérémonie ne soient déplacés ou déposés dans une sépulture. Certaines de ces fosses ont aussi livré des fragments d’amphores ainsi que plusieurs objets métalliques, notamment des fibules et des clous de chaussures. Tout ou une partie de ces objets portent les traces du passage dans le feu.

Ces nouvelles fouilles ne bouleversent alors pas nos connaissances sur ce cimetière ; elles viennent en préciser les usages et la chronologie. L’opération de 2026 apporte ainsi une nouvelle pièce au puzzle funéraire de la nécropole de l’antique Augusta Suessionum.

Eric de Mascureau

Terres de Mission n°474 : Saint Louis, chef d'Etat

 

Terres de Mission n°474 : Saint Louis, chef d'Etat

Eglise universelle : Saint Louis modèle des chefs d'Etat

Il y a tout juste 800 ans, le 29 novembre 1226, Saint Louis était sacré roi de France. A l'occasion de cet anniversaire, François-Régis Legrier publie une nouvelle biographie du saint : "Saint Louis modèle des chefs d'Etat", principalement centrée sur l'action politique du saint roi. Ou comment concilier fidélité à l'Evangile et responsabilités politiques.

Eglise en France : Quelques lectures estivales

Jean-Pierre Maugendre nous propose quelques lectures estivales :

- L'Odyssée - Sur les traces d'Ulysse. Figaro hors-série, 164 pages, 14,9 €


- Les guerriers de l'hiver, Olivier Norek, Michel Lafon, 424 pages, 21,95 €

- A cœur ouvert, Charles d'Azérat, Mareuil Editions, 159 pages, 21 €

- Le retour du roi, David Engels, Verbe haut, 288 pages, 25 €

Eglise en marche : Rénove une statue

Raphael Castex, de l'association Rénove une statue, vient de démarrer un tour de France du patrimoine afin de restaurer 20 statues. Il nous présente son action et ses projets.

https://tvl.fr/terres-de-mission-n0474-saint-louis-chef-d-etat

La bataille de la Marne, 5 au 12 septembre 1914

 

« Les armées allemandes sont entrées en France, de Cambrai aux Vosges, après une série de combats victorieux. L’ennemi, en pleine retraite, n’est plus capable d’offrir une résistance sérieuse. »

(Communiqué allemand du 27 août 1914).

 « On a vu déjà les effets dissolvants de ces marches en retraite répétées, le plus souvent de nuit… Effectifs fondus, traînards tombés aux mains de l’ennemi, bagages perdus, fusils et canons enlevés et, surtout, disparition du moral de la troupe… » (Général Gallieni, début septembre 1914). 

En ce mois de septembre, ayons une pensée pour nos soldats, nos Poilus, tombés durant la bataille (LES batailles) de la Marne, qui n’est finalement connue que pour ses célèbres taxis.

Dès le début de la Grande Guerre, la situation militaire est en faveur des armées allemandes, qui remportent, dans la seconde moitié d’août 1914, une série de victoires : sur le front de l’Ouest en Lorraine (bataille de Morhange, le 20 août 1914), en Belgique (batailles des Ardennes, du 21 au 23 août, de Charleroi, du 21 au 23, et de Mons, le 23), et sur le front de l’Est (bataille de Tannenberg, du 26 au 29 août). Sur le plateau lorrain et dans les Vosges, l’armée française recule.

Le 23 août elle arrive péniblement à tenir ses positions face aux attaques allemandes (bataille de la Trouée de Charmes, du 24 au 26 août), mais toutes les unités – françaises et britanniques – qui s’étaient avancées en Belgique battent en retraite à partir du soir du 23 août.

Une telle situation s’explique, en partie, par la disproportion des forces entre Allemands et Franco-Britanniques : l’état-major allemand a choisi de masser, face à la Belgique et au Luxembourg, la majorité de ses unités, 59 divisions (soit 1 214 160 combattants) regroupées au sein de cinq armées, formant l’aile droite allemande. La défense de l’Alsace-Lorraine était confiée à une aile gauche de 16 divisions (402 000 combattants) regroupées dans deux armées.

Les Français, eux, n’avaient prévu de déployer que 16 divisions (299 350 hommes) face à la Belgique. Elles seront renforcées au moment de la bataille des Frontières, par l’envoi des 3e  et 4e  armées françaises et d’un corps expéditionnaire britannique. Vite dominées, les armées franco-britanniques repassent la frontière franco-belge, puis se replient vers le sud-sud-ouest : cette retraite s’éternise pendant quinze jours, jusqu’au début du mois de septembre, où les troupes, épuisées, arrivent  quasiment aux portes de Paris. Cette débâcle est imputable au commandement.

À cette époque, le fantassin français est totalement inadapté à la guerre moderne : chargé comme un mulet, habillé du fameux « pantalon garance », on lui impose des assauts à la baïonnette contre des mitrailleuses. Ses chefs, pour la plupart, en sont restés aux guerres de l’Empire !

Le commandement est incarné par le généralissime Joseph Joffre. Nommé, en 1911, chef d’état-major des Armées, ce brillant polytechnicien a appris à faire la guerre en… 1870.

Initié à la franc-maçonnerie en 1875 (Loge Alsace-Lorraine), alors qu’il était capitaine, il fait partie des nombreux officiers maçons dont l’avancement sera favorisé par le général André (1), lorsqu’il était ministre de la Guerre (1900-1902), à une époque très anticléricale.

Nos troupes reculent partout. Joffre rejette la responsabilité de la défaite sur ses subalternes auxquels il reproche de ne pas être assez offensifs. Et il limoge ceux qu’il juge incompétents.

Le 25 août, il veut arrêter la retraite derrière la Somme et l’Aisne. Six divisions sont prélevées sur le front d’Alsace-Lorraine et envoyées, à partir du 27 août, autour de Péronne, d’Amiens et de Montdidier. Mais le débarquement de ces troupes est menacé par l’approche des unités de cavalerie allemandes : le projet de bataille sur la ligne Somme-Aisne est annulé le 31 août.

Le 2 septembre, Joffre annonce à ses généraux son projet de rétablissement le long de la Seine et de l’Aube. Il compte s’y fortifier et compléter ses troupes avant de passer à l’offensive.

Tous ces renforts arrivent par voies ferrées, ce qui permet le renforcement de l’aile gauche française : de 45 divisions le 23 août, elle passe à 57 le 6 septembre, puis 70 le 9 septembre.

L’aile droite allemande s’est lancée à la poursuite des Français et des Britanniques, cavalerie en tête. Cette poursuite est menée au pas de charge : les étapes sont de 40 à 45 kilomètres par jour.

Le 27, le chef de l’état-major allemand, le général Von Moltke, envoie à ses généraux une directive fixant les axes de marche vers Paris.  Les forces allemandes engagées sont de 44 divisions d’infanterie et de 7 divisions de cavalerie, soit environ 900 000 hommes (et 2 928 canons).

Le 30 août, la 1re armée allemande marche vers le sud-sud-est au lieu du sud-ouest ; Moltke ordonne d’éviter Paris : la 1re armée avance désormais sur Meaux, la 2e  sur Épernay et la 3e  sur Châlons. Le 3 septembre, des aviateurs français constatent que les colonnes de la 1re armée allemande infléchissent leur marche vers le sud-est et ne vont donc pas sur Paris. Les aviateurs en avertissent aussitôt un officier français (2).

Le 4, le gouverneur de Paris, le général Gallieni, donne ordre à la 6e armée française de se redéployer au nord-est de Paris et de marcher vers l’est entre l’Ourcq et la Marne, prenant ainsi l’initiative d’engager la bataille. Joffre, qui voulait attendre quelques jours de plus, est convaincu par Gallieni et ordonne, le 4 au soir, à toutes les armées françaises de se préparer à faire front :

« Il convient de profiter de la situation aventurée de la 1re armée allemande pour concentrer sur elle nos efforts… Toutes dispositions seront prises en vue de partir à l’attaque le 6 septembre ».

Puis Joffre informe le ministre de la Guerre, Millerand, réfugié à Bordeaux devant la menace pesant sur Paris : « La lutte qui va s’engager peut avoir des résultats décisifs, mais peut aussi avoir pour le pays, en cas d’échec, les conséquences les plus graves. Je suis décidé à engager toutes nos troupes… ».  C’est ainsi que commencent LES batailles de la Marne.

La bataille de l’Ourcq désigne les combats du 5 au 9 septembre sur la rive droite de la Marne, entre Nanteuil-le-Haudouin et Meaux, entre la 6e armée française (du général Maunoury) et l’aile droite de la 1re  armée allemande (du général von Kluck). Notre 6e armée va recevoir des renforts, cinq divisions envoyées par Gallieni. Une brigade de la 7e division d’infanterie est même acheminée de Paris à Nanteuil à bord de taxis réquisitionnés. Ainsi naît l’histoire des « Taxis de la Marne » : leur utilisation est plus anecdotique que décisive dans le sort de la bataille. Dans l’après-midi du 9, les Allemands décrochent et les Français, trop épuisés, ne les poursuivent pas.

La bataille des Deux Morins.  Il s’agit des combats du 6 au 9 septembre en Brie champenoise, d’abord sur le Grand Morin puis sur le Petit Morin, entre le Corps expéditionnaire britannique (du maréchal French) et la 5e armée française (du général Franchet d’Espèrey) et, en face, l’aile gauche de la 1re armée (du général von Kluck) et l’aile droite de la 2e  armée (du général von Bülow).

Les Franco-Britanniques avancent, le 6 et 7 sur le Grand Morin, le 7 et 8 sur le Petit Morin, le 8 sur le Dolloir et la Marne. Le 9 septembre au matin, le général Lauenstein décide de faire battre en retraite son armée, qui est menacée sur sa droite, derrière la Marne. Les divisions britanniques franchissent la Marne à Charly et Nanteuil, tandis que la cavalerie française atteint Château-Thierry.

La bataille des marais de Saint-Gond concerne les combats du 6 au 9 septembre, entre Sézanne et Mailly-le-Camp, entre la 9e armée française (du général Foch) et l’aile gauche de la 2e  armée allemande et l’aile droite de la 3e armée (du général von Hausen).

Dans la nuit du 4 au 5 septembre, Joffre ordonne à Foch d’entreprendre une action offensive sur les troupes allemandes présentes en face de son armée. Le 6, nos troupes font mouvement vers le nord mais sont rapidement bloquées par les Allemands. Foch doit établir des positions défensives et les protéger. Du 6 au 8 septembre, les combats sont de plus en plus intenses. Plusieurs villages sont pris et perdus plusieurs fois. Les troupes présentes au nord des marais de Saint-Gond sont rapidement repoussées mais toutes les tentatives pour franchir les marais sont bloquées.

Dans la nuit du 8 et au 9 septembre, l’aile droite française est enfoncée. Dans la journée du 9 septembre, Foch prend le contrôle du 10e corps d’armée français. Il peut ainsi dégager la 42e division d’infanterie pour se constituer une réserve. L’aile gauche de la 9e armée est fortement attaquée et cède le village et le château de Mondement, un point d’observation qui domine le champ de bataille. Le soir même, le 77e régiment d’infanterie, soutenu par l’artillerie de la 42e  division d’infanterie et par une division marocaine, reprend le château.

Le 10 septembre, devant la pression de la 5e armée française, la 2e armée allemande entame un repli pour éviter l’encerclement.

Ce mouvement entraîne également le repli des troupes de la 3ème Armée allemande. Foch et son armée restent maîtres du champ de bataille et entament la poursuite des Allemands.

La bataille de Vitry est celle des combats du 6 au 10 septembre en Champagne crayeuse, autour de Vitry-le-François, entre l’aile gauche et le centre de la 4e  armée française (du général de Langle de Cary) et l’aile droite de la 4e armée allemande (du duc de Wurtemberg) et l’aile gauche de la 3e armée allemande (du général von Hausen).

La bataille de Revigny désigne les combats du 6 au 12 septembre au sud de l’Argonne, autour de Revigny-sur-Ornain, entre l’aile droite de la 4e armée française, l’aile gauche de la 3e  armée française (du général Sarrail) et l’aile gauche de la 4e armée allemande et de la 5e  armée (du prince héritier de Prusse). Les troupes allemandes tentent de percer les lignes françaises en lançant des combats frontaux très meurtriers. Les Français sont contraints d’adopter une posture défensive, l’arrivée du 15e corps d’armée en provenance de Lorraine permet au général Sarrail de renforcer son aile gauche malmenée par les attaques allemandes et d’empêcher la rupture du front.

Le 10 septembre, la 2e armée allemande, menacée d’encerclement, amorce son repli entraînant avec elle la 3e armée. Le 12 septembre, les Français obligent la 4e armée allemande à rompre le combat et à se replier au-delà de l’Argonne. La 5e armée, également menacée, est contrainte de se replier en passant entre l’Argonne et Verdun.

Bien que, sans carte d’état-major, tout ceci soit assez confus, il faut retenir que la « bataille de la Marne » a comporté, en fait cinq batailles et que les légendaires « taxis de la Marne » ont transporté bien peu de soldats. Mais ils font partie du folklore, de l’imagerie populaire, de notre roman national, donc soyons-en fiers ! Ils incarnent le « système  D » à la française.

Le coup d’arrêt de la Marne marque l’échec de la manœuvre allemande à travers la Belgique et le Nord de la France (Le « plan Schlieffen »). Mais, le général Chambe, alors jeune officier de cavalerie, dira « ce fut une bataille gagnée mais une victoire perdue » : en effet, si les Armées franco-britanniques mirent un terme à l’avancée des armées de Moltke, elles ne purent (ou ne surent ?) exploiter cet avantage en les repoussant hors de nos frontières. Dès le 13 septembre, les Allemands s’installent sur les rives de l’Aisne : nos attaques n’arrivent pas à les déloger et le front se stabilise en s’enterrant dans des tranchées. Mais les Allemands ne sont pas parvenus à prendre Paris et c’est ce que l’histoire retiendra.

Sur le million d’hommes engagés de part et d’autre, les pertes, dans chaque camp, sont de 250 000 tués, blessés et disparus, auxquels s’ajoutent plus de 15 000 prisonniers allemands.

Après la bataille, Joffre renvoie « à Limoges » (3), ou assigne à résidence, cent trente-quatre généraux. Lui, en revanche, ne se remet pas en cause ; il était pourtant leur chef !

La « bataille de la Marne », durant laquelle les fameux taxis ont joué un rôle plus pittoresque que décisif, met un coup d’arrêt provisoire à l’offensive allemande, mais voit s’évanouir l’espoir d’une guerre « fraîche, joyeuse et courte ». Les pertes, extrêmement sévères, sont bien plus importantes que les stratèges ne l’avaient prévu. La Grande Guerre ne fait que commencer.

La France y alignera 8 millions d’hommes, et elle en fera tuer… 1,4 million.

Les monuments aux morts de chaque commune sont là pour nous rappeler leur sacrifice.

Mais cette bataille de la Marne va contribuer à couvrir de gloire le général Joffre. Aux yeux de tous, il devrait être celui qui a laissé les Boches menacer Paris, mais, en France, on aime aduler les vainqueurs. On estime donc qu’il a permis de sauver la capitale, ce qui n’est pas faux.

Dans tout le pays, mais aussi chez nos Alliés, Joffre va jouir d’une grande popularité. Jusqu’à sa mort, en janvier 1931, il fera l’objet d’un véritable culte. De nombreuses images d’Épinal montrent « le vainqueur de la Marne ». Des poèmes, des assiettes, des livres, des statuettes à son effigie mettent en avant sa gloire. Entre 1915 et 1918, cet engouement idiot va jusqu’à prénommer 398 garçons « Joffre » (et 700 filles – les pauvres ! – se prénommeront « Joffrette ».)

Il faudra attendre le 26 décembre 1916, pour que le président du Conseil, Aristide Briand, se décide enfin à le remplacer.  Et, pour que la pilule ne soit pas trop amère,  on en fera un maréchal de France.  Après la Seconde Guerre mondiale, on se chargera d’influencer l’inconscient collectif, pour que « le vainqueur de la Marne » supplante « le vainqueur de Verdun » – Philippe Pétain – dans le cœur des Français. Ainsi s’écrit l’histoire !

Eric de Verdelhan

1)- Cf : le scandale provoqué, en 1904, par « L’affaire des fiches » : le général André, ministre de la Guerre, faisait ficher les officiers catholiques pour freiner leur carrière.

2)- Qui se trouve être Alfred Dreyfus, celui de « l’affaire Dreyfus ».

3)- 134 généraux seront « limogés » (le terme date de cette époque) ; tous n’étaient pas des incapables mais il fallait trouver des responsables.

https://ripostelaique.com/la-bataille-de-la-marne-5-au-12-septembre-1914/

samedi 22 août 2026

"Guerre, trahisons et chaos : La politique dans Warhammer 40K" I Geek et Politique

 


Excellente parfois, destructrice souvent…

 

Un cinquante-deuxième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait d’Honoré de Balzac cette semaine encore.

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À quel fatal instinct les peuples obéissent-ils donc en voulant se gouverner par eux-mêmes ?… Est-ce possible ? (…) 

Jadis, l’élection a été excellente dans l’Église où se retrouve, à une époque très reculée, qui a envahi le monde, et a croulé par la faiblesse de sa base. Rome n’était pas une puissance territoriale, mais l’Église était une masse souverainement intelligente, mue par une même pensée, une masse de bonne foi avec elle-même, sachant bien ce qu’elle voulait, pompant toutes les supériorités, et ne les craignant plus parce qu’elle se les assimilait, enseignement dont les pouvoirs modernes profitent peu.

Retrouverez-vous ces principes générateurs d’une bonne élection dans la masse ignorante que compose une loi d’élection indéfiniment étendue en haine des privilèges et par amour d’une égalité impossible ? La matière électorale actuelle tend toujours, dans ses choix, à se mettre en hostilité ou en contradiction avec le pouvoir. La loi assemble les médiocrités du pays ; elles ne peuvent que produire une parfaite image de leur substance élective, car rien ne les pondère…

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Le ministérialisme constitutionnel ne sortira jamais de ce dilemme, cruel pour les résultats que certains esprits attendent :

ou la nation sera soumise pendant longtemps au despotisme d’un homme de talent et retrouvera la royauté sous une autre forme, sans les avantages de l’hérédité ; ce seront des fortunes inouïes qu’elle payera périodiquement. 
ou la nation changera souvent de ministres. Et alors sa prospérité sera physiquement impossible, parce que rien n’est plus funeste, en administration, que la mutation des systèmes. Or, chaque ministre a le sien, et il est dans la nature que le plus médiocre ait la prétention d’en créer un, bon ou mauvais. Puis, un ministre éphémère ne saurait se livrer tout à la fois et aux intrigues nécessaires à son maintien et aux affaires de l’État. Il arrive au pouvoir en voyageur, se tire de peine par un emprunt, grossit la dette et s’en va souvent au moment où il sait quelque chose de la science gouvernementale.