mercredi 29 juillet 2026

Le péché originel 1re partie – Une curieuse histoire…

 

Cette semaine nous vous proposons de parler du « péché originel ». Toutefois pour être convenablement traité, le sujet doit être détaillé, voilà pourquoi il est proposé ici en plusieurs parties qui vous seront proposées successivement sur trois jours : 1/- Définition de la notion pour une bien curieuse histoire ; 2/- Des pensées divergentes mais un obstacle majeur à l’idéologie du progrès ; 3/- Une marche vers l’abîme et puis…

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Par Antoine de Crémiers

« Il est grand temps aujourd’hui, les promesses n’ayant pas été tenues de poser des questions à propos de la légitimité épistémologique du monde moderne et de ses fondements et en particulier le refus sans preuves d’une chute initiale »,

Augusto Del Noce, L’époque de la sécularisation, 2002

Une affirmation exclusivement biblique, c’est-à-dire non scientifique, et qui, de toute évidence, ne concerne en rien l’ordre politique et se rattache uniquement à une question de croyance… voilà le péché originel. D’ailleurs, ce dogme de la foi catholique disparaît curieusement de l’enseignement catéchétique courant, discrétion qui permet d’esquiver querelles et controverses renvoyées à des joutes savantes plus ou moins ésotériques, offrant l’immense avantage d’un possible concordisme avec la modernité : histoire, raison, autonomie du sujet, progrès, sciences et techniques… jugés autrement sérieux que le récit biblique à la scénographie infantile ; à savoir un couple nu qui batifole dans un jardin extraordinaire, une interdiction, un serpent qui parle, une désobéissance et des anges aux épées de feu qui désormais barrent l’accès au paradis à un homme et une femme vêtus de peaux de bête… Un vrai conte de fées !… Alfred de Musset, dans Sur trois marches de marbre rose, en plaisante : « Depuis qu’Adam, ce cruel homme / A perdu son fameux jardin / Où sa femme, autour d’une pomme / Gambadait sans vertugadin… ».

Mais cantonner la question du péché originel à une simple question de croyance religieuse, c’est vouloir s’aveugler sur les conséquences de sa disparition. En effet, nous touchons là à une question essentielle, point cardinal à partir duquel s’articulent des anthropologies, des métaphysiques, des théologies, mais également des idéologies politiques divergentes souvent inconciliables. Ce n’est donc pas un hasard si Garaudy, qui fut un temps le délégué officiel préposé au dialogue entre chrétiens et marxistes, n’imposait qu’une seule condition préalable aux rencontres : le silence sur le thème du péché et particulièrement du péché originel.

Pourtant, pour Carl Schmitt, le péché originel est bien au contraire le point central de toute anthropologie politique. Pour lui, la foi dans le péché originel ou la négation de celui-ci, la thèse de la méchanceté ou de la bonté originelle de l’homme, constituent une ligne de partage décisive. De son côté, Baudelaire (traducteur des contes d’Edgar Allan Poe) n’a pas de mots assez durs contre la religion du progrès qui relève de la plus énorme des impostures, « idée grotesque, qui a fleuri sur le terrain pourri de la fatuité moderne » car, dit-il, l’homme est toujours le même, c’est-à-dire marqué par le péché originel, et il ajoutera à propos de la vraie civilisation : « Elle n’est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes, elle est dans la diminution des traces du péché originel » (Mon cœur mis à nu et autres fragments posthumes, ouvrage paru en 2016). Pas plus que le marquis de Sade, Edgar Allan Poe ou Joseph de Maistre, il ne croit l’homme bon par nature et s’oppose radicalement à Rousseau. Dans un conte célèbre d’Edgar Poe sur les travaux du « docteur Goudron et du professeur Plume » à l’occasion de la visite d’un hôpital psychiatrique, le narrateur explique qu’un « simple incident est survenu alors qu’une trop grande liberté avait été accordée aux patients. Ils en avaient alors profité pour usurper l’autorité de leurs médecins et de leurs infirmières et les enfermer tels des fous ». Nous y sommes…

La pensée révolutionnaire comme la pensée scientiste refusent l’idée d’une chute initiale, certains affirmant au contraire que ce n’est pas l’homme qui par un libre choix a apporté le désordre dans la situation édénique, mais que c’est l’homme qui est principe d’ordre dans un monde qui en soi n’a aucun sens.

L’idéologie du progrès, « idéologie cruelle sous un nom consolant » d’après Voltaire dans sa Lettre à Élie Bertrand datée du 18 février 1756, nous assure avec force que l’histoire est caractérisée par le développement constant de la liberté et de l’autonomie. Les sombres lumières, dont nous constatons aujourd’hui les limites et les impasses, ont entrepris une guerre sans merci contre le catholicisme considéré comme l’obstacle majeur au développement de la liberté, nous maintenant dans l’enfance. Toutes les composantes du catholicisme sont passées au crible de la raison nouvelle, le péché originel en particulier, obstacle à l’optimisme des Lumières. La raison, le statut moderne de l’homme adulte, émancipé depuis les Lumières des tutelles de sa minorité, enfin affranchi du merveilleux chrétien, et les données de la science (la paléontologie en particulier) consacrent la disparition de toute idée d’une quelconque chute et d’une rupture avec un état paradisiaque qui l’aurait précédé.

Pour Kant, dans La religion dans les limites de la simple raison, « quelle que puisse être l’origine du mal moral en l’homme, il est certain que parmi toutes les manières de se représenter, la diffusion du mal et sa propagation au milieu des membres de notre race, la plus inconvenante manière est celle de nous représenter le mal comme une chose qui nous vient par hérédité de nos premiers parents ». Et Michel Carrouges – nom de plume de Louis-Joseph Couturier ayant signé La mystique du surhomme en 1948 – d’ajouter que « pour Hegel au contraire, la création étant le malheur, le paradis ne peut être qu’une illusion. Que le premier homme se croie heureux en naissant et qu’il reconnaisse un créateur comme son maître, ce ne peut être que la pire déchéance car il rend son malheur irrémédiable. Mais s’il se lève au contraire avec audace, s’il aspire à beaucoup plus que le paradis, s’il veut devenir semblable à Dieu, alors tout sera sauvé »… Ce renversement dans l’interprétation du péché représente l’antithèse la plus radicale du christianisme. Karl Marx, dans la même veine, déclare qu’« un être ne commence à se sentir indépendant que dès lors qu’il est son propre maître, et il n’est son propre maître que lorsqu’il doit son existence à soi-même ». Citons ici en commentaire Carrouges : « Depuis l’origine, il y a des hommes qui conspirent contre l’ordre du monde. Le souvenir des paradis perdus et l’espoir de futurs âges d’or ne les emplit point simplement d’une vague nostalgie, mais d’un désir fanatique ».

Mais, nous voilà jetés dans un monde où tous les modèles intellectuels qui encadraient nos réflexions et notre vision du monde se sont effondrés ou achèvent de s’effondrer : l’idéologie du progrès, la raison, la république, la conception de l’histoire comme réalisation de l’émancipation humaine… Nous voilà avec une gueule de bois sans remède, conséquence d’une orgie d’idéologies diverses dont les promesses, jamais tenues se sont fracassées sur le roc du réel.

C’est curieux quand même…

Les temps modernes s’arrachent au christianisme et définissent même la liberté comme cet arrachement qui va permettre l’instauration de la souveraineté de l’homme. Ce mouvement qui définit ce qu’il est convenu d’appeler la sécularisation connaît toutefois deux versions : la première organise le retrait de la religion comme sphère dominante pour permettre la reconstruction des institutions de la société sur une base rationnelle. Elle peut être qualifiée de sécularisation-rupture ; mais une autre conception, que l’on pourrait appeler sécularisation-transfert, considère, au contraire, que la modernité est caractérisée par un transfert des schèmes et des modèles élaborés dans le champ religieux dans la société. Donc, d’un côté, une rupture, valeur programme de libération des tutelles imposées à l’humanité au cours des âges et qui caractérise les Lumières françaises, pour lesquelles la rationalité va permettre une critique acerbe des messages religieux et la défense de la liberté contre l’asservissement théologique. Et, du côté allemand, où les philosophes sont presque tous pasteurs ou fils de pasteurs, on constate une version de sécularisation-transfert établissant une continuité historique qui interprète, à la suite de Hegel en particulier, les contenus de la culture moderne non plus comme négations mais comme réalisations du christianisme. Une exception notoire, toutefois, à cela : Nietzche, acharné à faire disparaître toutes les ombres de Dieu.

C’est cette interprétation qui va justifier la foi moderne en l’histoire avec l’idée d’une finalité providentielle à l’œuvre dans l’histoire et fonder celle du progrès. L’idée de progrès n’admet que deux interprétations : l’ascension linéaire ou l’ascension en spirale, dont chaque hélice, quoique comportant des phases de recul, se déroule toujours à des niveaux supérieurs.

L’hypothèse d’une histoire dont le déroulement obéit à une logique interne dictée par le progrès impose, arbitrairement et de manière irrationnelle, une dimension téléologique qui tient le but pour déterminant et impose un schéma continuiste. Mais, cette histoire « consolante » repose sur une mosaïque de références anciennes réinterprétées, détournées bien souvent de leur objet initial et réinsérées dans l’histoire pour les besoins de la cause. Tout cela au prix d’incroyables anachronismes, synecdoques ou autres procédés consistant à attribuer des conceptions souvent inexistantes à l’époque considérée.

Bienheureuse sécularisation !!!

La querelle opposant sécularisation-rupture à la française et sécularisation-transfert de l’autre côté du Rhin a fait couler beaucoup d’encre, comme en témoigne le livre remarquable de Jean-Claude Monod, La querelle de la sécularisation de Hegel à Blumenberg paru en 2002, et le chapitre sur la sécularisation du christianisme non moins remarquable des études carmélitaines, sur Satan, datant de 1948.

L’interprétation allemande qui a fait école, y compris dans les milieux ecclésiastiques, détermine une histoire optimiste en raison d’un mouvement général vers le mieux et une foi en l’histoire qui justifie les perspectives d’établir le règne de la justice par des moyens mondains. Un parfait exemple en la matière tient à la dimension messianique du marxisme comme celle du libéralisme. C’est un véritable changement de paradigme où l’on se détourne du monde comme création pour se consacrer au monde à créer. Et revoilà Kant, qui assigne à l’histoire une fin rationnelle : l’avènement d’un ordre cosmopolitique avec union des peuples formant une république mondiale qui sera le fondement d’une paix perpétuelle !!!

Mais quelles conséquences alors ?

Si le mal est extérieur à l’homme, on va pouvoir l’identifier pour mieux lutter contre lui et l’éradiquer dans un combat en face-à-face qui est à la racine de toutes les idéologies totalitaires. C’est la lutte des classes pour les régimes communistes et leurs innombrables variantes, la supériorité de la race aryenne pour les nazis, la société qui pervertit l’homme bon par nature, pour Rousseau. Pour lui, il suffit d’écouter la voix de sa conscience : « instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre, juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu ». Donc, réitération parfaite du péché originel où l’homme se met à la place de Dieu pour décider de manière entièrement subjective du bien et du mal.

Mais si ces figures « classiques » sont reconnues par tous, ou presque, la modernité vient ajouter une nouvelle version, fille des « Lumières ». Faisant la promotion et l’éloge d’un individu enfin adulte, sans attaches, délesté de ses héritages, optimiste, persuadé que l’histoire est une marche vers davantage de liberté et un progrès général de l’humanité, il n’a que mépris pour un passé, lieu de l’infériorité qui doit être dénoncé comme domination du patriarcat, de l’antisémitisme, du mépris des femmes, du racisme, du colonialisme… C’est à la seule condition de rompre avec lui que l’on pourra, enfin, « fabriquer » l’individu autonome, ne devant rien à personne, désireux de sortir de sa mise sous tutelle et d’exercer librement sa raison. Il faut donc combattre ceux qui s’opposent au changement. Emmanuel Macron, homme du passé qui ne comprend rien – dans son Discours au congrès tenu au château de Versailles le 9 juillet 2018 –, considère ceux qui résistent avec le plus grand mépris : « Le pilier premier de la politique sociale auquel je crois est une politique d’émancipation de chacun qui libère et affranchit des statuts. Je crois à cet esprit des Lumières qui fait que notre objectif à la fin est bien l’autonomie de l’homme, libre, conscient et critique »… D’où sa haine démoniaque à l’égard de ceux qui refusent de changer : les Gilets jaunes, les hétérosexuels, les fumeurs de clopes, les paysans, les buveurs de pinard, les chasseurs et autres pêcheurs, ceux qui roulent au diesel… voilà les ennemis à combattre. C’est un programme de guerre civile.

Karl Popper, chantre du libéralisme, est encore plus clair, qui exprime fort bien l’impératif du combat à mener dans « Le paradoxe de la tolérance », tiré de La société ouverte et ses ennemis, ouvrage paru en 1979 : « Une tolérance illimitée a pour conséquence fatale la disparition de la tolérance. Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis et avec eux la tolérance. Je ne veux pas dire par là qu’il faille toujours empêcher l’expression de théories intolérantes. Tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire. Mais il faut revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et ne répondent aux arguments que par la violence. Il faudrait alors considérer que, ce faisant, ils se placent hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre !!! » Faut-il avoir la cruauté d’insister sur la violence du propos de cet apôtre de la démocratie libérale, nouveau Fouquier-Tinville qui avait promis de guillotiner tout Paris. Il faut bien comprendre qu’il ne peut y avoir de liberté pour les ennemis de la liberté.

La civilisation nouvelle, ou plutôt la culture à répandre par tous les moyens, c’est la haine d’un passé jugé criminel qui nous maintenait sous tutelle. Désormais, notre désir infini d’émancipation, nous livre à la démesure, à l’ivresse de notre subjectivité, à la folie. À quoi il faut ajouter la haine pour toute pensée vouée à contrarier l’ordre des choses, ou simplement rétive à la servitude euphorique requise de tous et qui entend s’opposer à l’écrasante normalisation de la pensée.

Et partout renaît l’inquiétude devant nos échecs à vaincre, à éradiquer le mal dont le retour s’annonce à grand fracas, suscitant le plus souvent incompréhensions et lignes de fuite mais aussi les cris d’alarme de quelques sentinelles encore éveillées. L’extinction douce de la modernité – dont les piliers que sont la raison, l’histoire et le progrès se sont les uns après les autres effondrés – nous laisse désemparés devant les retours fracassants de la barbarie. L’évanescente postmodernité, fragile parenthèse suspendue au-dessus du vide, est par essence impuissante, muette devant « l’inondation, les écluses ouvertes du mal, car les étais qui soutenaient l’existence humaine s’effondrent. Fin du spectacle : la modernité et les sociétés démocratiques voulaient résister au mal en s’interdisant de définir le bien et s’étonnent encore de leur faible capacité mobilisatrice, mais comme le rappelait Léo Strauss dans sa conférence de février 1941 sur le nihilisme allemand, « le mal n’est intelligible qu’à la lumière du bien »…

On ne peut s’empêcher d’évoquer ici la pensée de Vladimir Soloviev et son dernier livre dont le but est clairement défini : « Montrer par avance le visage trompeur derrière lequel se cache l’abîme du mal, telle fut mon intention suprême en l’écrivant. Nous sommes les témoins d’une falsification du bien qui est aussi une falsification de la foi chrétienne » (Trois entretiens sur la guerre, la morale et la religion suivis d’un court traité sur l’antéchrist, 2005). À la fin de sa vie, le thème de la fin du monde et de l’antéchrist vient le hanter à nouveau. En 1897, il écrivait à son ami Weliczko : « Quelque chose arrive, quelqu’un va venir. Tu devines que par ce quelqu’un, j’entends l’Antéchrist lui-même. La fin du monde qui arrive me souffle dans le visage avec un souffle clair, bien qu’insaisissable, comme le voyageur s’approchant de la mer sent l’air de la mer avant de voir les flots. Je sens l’approche des temps où les chrétiens devront se réunir pour prier dans les catacombes. Partout, la foi sera persécutée, peut-être moins brutalement que dans les jours de Néron, mais plus finement et cruellement par le mensonge, la tromperie, la falsification. Est-ce que tu ne vois pas qui s’agite ? Moi, je le vois et depuis longtemps ».

Et Satan conduit le bal, lors du vote de l’inscription de l’avortement dans la constitution, écrite en lettres de sang, les députés ont dansé joyeusement sur les cadavres de milliers d’enfants pour célébrer une nouvelle liberté ! Le mal n’est pas seulement un défaut naturel, une imperfection, c’est la puissance du mensonge et de perversion qui prédomine au nom du bien. La question, toujours d’une actualité brûlante, est la suivante : le mal est-il seulement un manque naturel, un inachèvement disparaissant de lui-même avec la croissance du bien ou est-il une force effective qui, en usant de séduction, domine notre monde de telle sorte que pour lutter victorieusement contre elle il faut avoir un point d’appui dans un autre ordre d’existence ? Soloviev décrit dans le texte sus-mentionné l’évolution proprement satanique de l’humanisme moderne, humanitaire, tolérant, bourré de bons sentiments.

Dans un commentaire récent du La Fontaine politique de Boutang, Bérénice Levet livre une réflexion tout à fait éclairante : « En plaçant ainsi son étude sur La Fontaine sous le signe d’Aristote et de Vico, Boutang inscrit La Fontaine dans une famille de pensée, une tradition cachée (dont l’histoire reste à écrire) dont la figure tutélaire est en effet Aristote et se poursuit avec Vico, en passant par Montaigne, Molière, conduisant jusqu’à Albert Camus, Hannah Arendt et qu’il nous appartient de maintenir vivante aujourd’hui. Il y aura toujours deux familles de penseurs, ceux qui consentent à la finitude humaine et ceux qui mènent la rébellion contre cette limitation et s’engagent dans des politiques d’ingénierie sociale, culturelle et anthropologique désastreuses. L’histoire, de la Terreur de 1793 au léninisme et au stalinisme du XXe siècle, est là pour nous instruire du prix humain auquel se paie cette impossible réconciliation avec l’homme ».

Et la conséquence en est… à lire dans Prospérités du désastre de Jean-Paul Curnier, un ouvrage écrit en 2014 : « Les années ont passé et rien ne permet de dire que les choses se soient arrangées, et rien n’est venu entraver sérieusement le délabrement des formes d’existence collective conduit par le cynisme affairiste, l’appétit de l’argent, la bêtise de beaucoup et le renoncement à toute dignité du plus grand nombre ».

(Illustration : Le péché originel, fresque de Raphaël, 1519, au Vatican)

https://www.actionfrancaise.net/2026/07/29/le-peche-originel-1re-partie-une-curieuse-histoire/

Dans l'intimité des maréchaux de France, avec Simon Surreaux

 


Les origines de la division sexuelle du travail au miroir de la science

 

Les origines de la division sexuelle du travail au miroir de la science

Dans un ouvrage fouillé, Pourquoi les amazones n’existent pas — Les sexes, le risque et l’évolution (Éditions Fayard, 400 pages, 23 euros), la docteure en sciences politiques Véra Nikolski et le physicien Nicolas Pichoff cherchent à expliquer « pourquoi, partout autour du globe, et pendant des millénaires, sont-ce essentiellement les hommes qui ont été chargés de la chasse et de la guerre, et les femmes de la gestion du foyer ? » Le scientifique s’est rapproché de l’auteure du livre à succès Féminicène (Éditions Fayard, 2023) après avoir pris connaissance de la thèse « incongrue » d’une anthropologue avançant que les femmes sont généralement plus petites que les hommes parce que ces derniers les auraient privées de protéines durant le Paléolithique. En mai dernier, Polémia a décerné les Bobards d’Or 2026 à Franceinfo pour avoir relayé cette théorie pour le moins surprenante !
Johan Hardoy

Les chasseresses

Tout en rappelant que le dimorphisme sexuel est présent chez la plupart des espèces, notamment chez les mammifères, Nicolas Pichoff observe que la thèse précitée implique « que l’ensemble des hommes ayant vécu durant la très longue période en question et dans des endroits fort éloignés les uns des autres ont pris, sans se concerter et sans autre raison que leur volonté de puissance, la même décision maligne et ont réussi, partout, à l’imposer. » En toute logique, l’impératif de survie des groupes restreints de la préhistoire s’opposait catégoriquement à l’affaiblissement systématique des femmes car celles-ci étaient chargées d’une tâche vitale : la reproduction.

À rebours de cette thèse, des anthropologues féministes dénoncent « le mythe de l’homme chasseur et de la femme cueilleuse », en soutenant que les femmes du Paléolithique étaient également chasseresses.

Selon Nicolas Pichoff et Véra Nikolski, ces assertions idéologiques « participent d’un seul et même imaginaire : celui où la domination masculine n’a pas toujours existé et où l’inégalité est “arrivée” avec, au choix, la sédentarisation et l’agriculture, le christianisme ou le capitalisme, qui viennent plonger dans l’oubli les sociétés égalitaires antérieures ».

Ils s’intéressent quant à eux aux faits historiques et refusent d’admettre comme des réalités les différents mythes du matriarcat originel, dont les récits renvoient d’ailleurs à des mondes dystopiques.

Les guerrières

En accord sur ce point avec l’anthropologue et militante féministe Françoise Héritier, les auteurs constatent que « seule l’urgence, la nécessité de défendre la Cité, autorisent les femmes à combattre à la place des hommes ».

Le cas le plus significatif concerne certaines tribus scythes et sauro-sarmates dans lesquelles certains chercheurs voient le prototype réel des légendaires Amazones. Les fouilles archéologiques révèlent que les dépouilles de femmes enterrées avec des armes et portant, parfois, des traces de blessures concernent 15 à 20 % des tombes féminines de ces tribus, mais il s’agit pour l’essentiel de flèches, rarement d’épées et jamais de haches, ce qui laisse supposer que les intéressées servaient dans des unités défensives.

« Le cas des guerrières vikings est largement fantasmé », si l’on prend en compte ce que les historiens savent de cette société.

« Quant à la participation bien réelle des femmes soviétiques aux unités combattantes durant la Seconde Guerre mondiale […], étant donné la nature de la guerre sur le front de l’Est — une guerre d’extermination —, on peut y voir un cas classique de contribution des femmes à la défense de la cité menacée. »

« Le seul vrai exemple récent de participation longue et régulière des femmes à l’activité militaire est celui du régiment féminin des Agojie au royaume de Dahomey (actuel Bénin), entre la fin du XVIIᵉ et celle du XIXᵉ siècle. L’existence de ce régiment, dont la formation est probablement liée au manque d’hommes résultant d’un état de guerre permanent contre les pays voisins, notamment à la recherche d’esclaves — la traite négrière était une ressource centrale pour Dahomey —, est attestée. »

« On peut donc considérer le débat sur Lady Sapiens comme clos : si des femmes chasseresses ou combattantes ont existé dans la préhistoire, il s’agissait soit d’exceptions individuelles, soit de situations particulières — par exemple lorsque la survie du groupe tout entier était menacée —, soit d’aberrations locales. »

La progéniture

Loin d’être entièrement basée sur la supériorité physiologique masculine en termes de force et d’endurance, « l’universalité de la division sexuelle du travail s’éclaire dès lors qu’on la rapporte aux conditions de vie des sociétés préindustrielles, avec leurs impératifs et leurs contraintes, et aux ressources dont disposaient alors les populations ».

Dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, « l’enfant est en permanence porté par la personne qui le nourrit — dans l’écrasante majorité des cas, sa mère », un fait biologique lourd de conséquences en termes de division sexuée du travail.

« En effet, les périodes de grossesse, mais aussi d’allaitement et de portage, sont difficilement compatibles avec la chasse au gros gibier, qui implique des déplacements longs et rapides loin des campements, et un niveau de danger élevé. […] C’est à elles également que revient la surveillance des enfants plus âgés mais incapables de se débrouiller seuls. »

Ces facteurs n’ont pas disparu avec la sédentarisation et l’adoption de l’agriculture et de l’élevage : « La culture agricole intensive nécessite des travaux physiques lourds tels que le défrichement et le labour, encore plus difficilement accessibles aux femmes que la chasse. » Par ailleurs, ce mode de vie a engendré des maternités plus nombreuses et attaché encore plus les femmes à l’espace domestique.

Les femmes et les enfants d’abord !

« Les hommes et les femmes n’ont pas la même importance pour la démographie. Les femmes n’ont en général qu’un seul enfant à la fois, le portent durant neuf mois et — jusqu’à la mise au point récente d’expédients — l’allaitent durant plusieurs mois, voire plusieurs années. Le nombre d’enfants qu’une femme est capable d’engendrer durant sa période de fécondité est donc strictement limité. L’homme, en revanche, est capable de féconder un grand nombre de femmes et d’avoir, par ce biais, un nombre d’enfants très élevé. »

« Prenons un groupe d’humains formé de 40 individus, 20 hommes et 20 femmes. Si ce groupe a le malheur de perdre 19 hommes, l’homme restant pourra — théoriquement du moins — ensemencer l’ensemble des 20 femmes. » Mais dans le cas où une seule femme survivrait, le nombre de descendants serait très limité et la survie du groupe fortement menacée.

Les hommes face au danger

« Vu que le nombre de filles arrivant à procréer, à chaque génération, est crucial pour le maintien et la croissance de la population, il est clair qu’un groupe dans lequel les hommes exercent majoritairement les activités dangereuses aura plus de chances de survivre sur le long terme qu’un groupe dans lequel ces activités sont exercées par des femmes ».

Les auteurs proposent ainsi des modèles mathématiques de l’évolution numérique d’un groupe de 1 000 personnes sur 100 générations, selon que les activités dangereuses sont confiées aux hommes, à parité ou aux femmes. Dans ce dernier cas, il ne reste finalement que 10 survivants, tandis que la population atteint 100 000 individus si les activités à risque sont confiées aux hommes. « La manière de répartir le risque change donc du tout au tout le destin démographique du groupe. »

« Dit simplement, nous sommes probablement tous les descendants de groupes humains ayant choisi une organisation sociale dans laquelle les activités dangereuses sont l’apanage des hommes. »

Une complémentarité ancestrale

« Au total, selon l’état actuel des savoirs, la division sexuelle des tâches constitue un invariant anthropologique. Le monopole masculin sur le maniement des armes létales et les violences meurtrières — contre les animaux (chasse) ou d’autres humains (guerre) — sont avérés dans quasiment toutes les sociétés historiques et vraisemblables pour la préhistoire. »

« Quels que soient l’époque et l’endroit du globe, les hommes ont toujours assumé les tâches impliquant un risque supplémentaire de mourir ou d’être blessé. »

Le patriarcat tant décrié « est donc ce curieux système de domination dans lequel les dominants subissent davantage de dommages corporels et une plus forte mortalité que les dominés » !

Il faut tout simplement admettre que, « contrairement à ce que peut laisser supposer l’observation du débat public contemporain, les hommes et les femmes ne sont pas deux entités en lutte perpétuelle, mais deux parties inséparables de l’humanité qui, tout au long de leur histoire évolutive, ont toujours collaboré en vue de la protection de leur progéniture ».

Johan Hardoy 29/07/2026

https://www.polemia.com/les-origines-de-la-division-sexuelle-du-travail-au-miroir-de-la-science/

Comment la police parisienne traquait les protestants en 1685 ?, avec Pierre-Benoît Roumagnou

 


Ukraine : «la bataille de Crimée», vue depuis la Crimée. Partie 2

 

La connexion de la Crimée à la Russie continentale

par Oleg Nesterenko

Le grand pont de Crimée

L’histoire récente du Pont de Crimée, ce lien unissant la péninsule à la Russie continentale, est marquée par un attentat terroriste causant la mort de plusieurs civils en octobre 2022, tandis que le régime de Kiev persiste dans ses menaces de réitérer de tels actes, sous le regard émerveillé de la classe politique occidentale, atteinte d’un profond degré de dégénérescence morale.

Actuellement, le pont est exclusivement dédié au trafic civil routier et ferroviaire. Les convois de marchandises par poids lourds ont été redirigés, empruntant désormais la voie terrestre via le nord de la Crimée.

Concernant sa résilience, la sécurisation du site atteint un niveau quasi absolu, rendant sa destruction une entreprise des plus improbables.

Les diverses mesures de défense sous-marines, déployées en plusieurs échelons successifs, constituent une barrière impénétrable face aux menaces de surface comme sous-marines, rendant toute tentative de dommage par voie maritime impossible.

Simultanément, les dispositifs de contrôle des véhicules et des passagers empruntant le pont rendent également impossibles de nouveaux attentats terroristes par la voie terrestre.

La seule voie envisageable pour mettre le pont hors service pour un délai ne serait-ce que de quelques semaines, réside dans une attaque aérienne. Cependant, les drones en contreplaqué d’aviation, malgré leur moindre vulnérabilité face à des systèmes de défense antiaérienne qui sont les plus performants au monde, mais conçus pour l’interception des missiles, ne possèdent pas une charge utile suffisante pour affecter des installations d’une telle envergure.

Seule une salve concertée et massive de missiles de haute précision, visant un point d’impact unique, pourrait potentiellement causer des dommages. Une telle action, purement symbolique et médiatique, n’aurait aucune incidence sur les capacités militaires russes en Crimée. De surcroît, elle demeure irréalisable sans un approvisionnement massif en missiles de la part des pays occidentaux fournissant proxy ukrainien, ainsi que sans une coordination logistique et de guidage via les satellites militaires de l’OTAN.

L’Occident collectif hésite, toutefois, à franchir le pas, conscient que Moscou interpréterait à juste titre une telle initiative comme une agression directe de la part des pays de l’OTAN, ouvrant la voie à des représailles considérables.

La voie par le Nord

La liaison terrestre entre la Crimée et la Russie continentale, par la région de Marioupol, présente aujourd’hui des risques accrus pour la population civile. Des témoignages concordants que j’ai reçus de conducteurs réguliers font état d’attaques récurrentes par drones ukrainiens visant des véhicules civils et des bus de passagers, entraînant des épaves sur le bas-côté.

Néanmoins, ce danger n’est nullement critique pour de très nombreux convois militaires lourdement armés contre la menace aérienne, assurant pleinement l’approvisionnement supplémentaire des bases militaires de la Crimée ainsi que la circulation des contingents militaires.

De même, la destruction régulière de ponts reliant la péninsule à la Russie continentale n’a qu’un impact minime sur la circulation, qu’elle soit militaire ou civile. De nombreux ponts flottants, déployés en moins d’une heure, assurent pleinement la continuité des liaisons.

La population de la Crimée

La propagande ukraino-occidentale s’emploie, avec une assiduité remarquable depuis une décennie, à instiller l’idée qu’à partir de 2014, la Russie aurait activement œuvré à la fois à créer un exode forcé des Ukrainiens ethniques de Crimée vers l’Ukraine et, simultanément, à favoriser l’installation massive de citoyens russes issus de la partie continentale sur la péninsule.

Ce récit désinformateur atteint des sommets d’absurdité, égalés seulement par l’ampleur du mensonge qu’il véhicule.

D’une part, tant avant 2014 qu’aujourd’hui, le rapport des Russes aux Ukrainiens reste identique : les Ukrainiens sont un peuple frère. Ce peuple subit aujourd’hui la tyrannie d’un régime sanguinaire qui condamne des centaines de milliers de civils à une mort certaine en les envoyant de force (!) dans les tranchées et en maintenant dans des cages de prisons des dizaines de milliers de prisonniers politiques. Le peuple subit actuellement une radicalisation profonde orchestrée par un appareil colossal de propagande ultranationaliste, opérant à tous les niveaux sociétaux (même au niveau des crèches), non pas depuis 2022, mais depuis le coup d’État de 2004, ponctué d’une accalmie avant le nouveau coup d’État de 2014. Malgré cela, le peuple ukrainien reste et restera à tout jamais le peuple frère.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, depuis 2022, plus de 3 millions d’Ukrainiens ont cherché refuge non pas dans l’Union européenne, mais en Russie, rejoignant ainsi les millions d’Ukrainiens ethniques vivant dans la Fédération de Russie en tant que citoyens. La grande majorité de ces réfugiés ne manifeste aucune intention de retourner en Ukraine, anticipant un chaos et une misère généralisés à l’issue du conflit. Par ailleurs, une partie non négligeable de ces réfugiés s’est installée en Crimée, où l’ukrainien coexiste en tant que langue officielle au même titre que le russe.

Concernant le narratif fallacieux d’une «colonisation» de la Crimée par des Russes ethniques venus de la Russie continentale depuis 2014, la réalité contredit diamétralement ces allégations.

Les recensements de population en Crimée révèlent qu’en 1991, première année de l’existence de l’Ukraine en tant qu’État pour la première fois dans l’histoire, sa population s’élevait à 2,11 millions d’habitants. Vingt-deux ans plus tard, en 2013, ce chiffre était tombé à 1,95 million. Il est crucial de souligner qu’en raison de la politique désastreuse de Kiev à l’égard de la Crimée, sa population a diminué de 135 000 habitants entre 2001 et 2014, soit une baisse de 6,7%. Ce déclin démographique significatif atteste d’un véritable dépeuplement imputable aux politiques ukrainiennes.

En 2025, la population de la Crimée s’établit à 1,91 million d’habitants, un chiffre pratiquement identique à celui de 2013. Bien qu’il existe des flux migratoires entre la Crimée et la Russie continentale, ces mouvements ne se distinguent en rien des migrations observées entre d’autres régions de la Russie ou entre différentes régions de tout autre pays. Il n’existe strictement aucune politique favorisante l’implantation des russes continentaux sur la péninsule et le maintien du niveau de la population entre 2013 et 2025 est grandement due non pas à la prétendue «colonisation» par les Russes continentaux, mais, justement, à des Ukrainiens qui ont fui vers la Crimée russe la guerre et les exactions du régime ultranationaliste installé à Kiev.

Sous le couvert d’une prétendue «chasse» concernant quelques pourcents de la population de Crimée — des résidents établis depuis plus de dix ans par des flux migratoires naturels, incluant une part significative d’Ukrainiens ethniques ayant fui les zones de conflit —, que Zelensky dépeint de manière profondément mensongère comme une «colonisation russe» massive, soit chiffrée à des dizaines de pourcents de la nouvelle population, le régime de Kiev terrorise près de deux millions d’habitants. La majorité écrasante de ces derniers sont autochtones de la péninsule et sont présentés fallacieusement comme de «chers compatriotes ukrainiens souffrant sous l’occupation».

La nature intrinsèquement criminelle des extrémistes ultranationalistes marginaux au pouvoir en Ukraine depuis 2014 est connue depuis onze ans. Il est attesté qu’en 2014, l’ancien président-oligarque ukrainien P. Porochenko a annoncé officiellement leur stratégie à l’égard des régions du Donbass : «Nous aurons du travail — ils n’en aurons pas. Nous aurons des pensions de retraite — ils n’en auront pas [toutes les pensions des retraités originaires du Donbass, qui ont cotisé durant toute leur vie, ont été stoppées et volées à tout jamais par Kiev]. Nos enfants iront dans les écoles et les crèches — leurs enfants se cacheront [de nos bombardements] dans les caves !».

Ayant une connaissance approfondie de la Crimée, tant sur le plan de sa politique interne que des relations interpersonnelles avec un nombre significatif de ses habitants, issus de diverses origines, confessions et milieux socio-professionnels, je peux affirmer qu’aucune réalité politique sur la population criméenne ne corrobore les allégations propagées par les médias ukrainiens et occidentaux, caractérisées par un mensonge éhonté.

Les objectifs des frappes contre la Crimée

L’objectif de Kiev dans le cadre des frappes massives par drones militaires sur la péninsule de Crimée est triple et s’inscrit dans une stratégie aux multiples facettes.

Premièrement, il est foncièrement terroriste, visant à terroriser la population civile dans le but délibéré et ouvertement assumé de provoquer une catastrophe humanitaire par l’application de procédés clairement qualifiés de crimes de guerre selon la législation internationale en vigueur.

À titre d’illustration, dans la nuit du 18 au 19 juillet, un drone ukrainien a visé une zone résidentielle située à 150-200 mètres de la résidence de l’auteur de ces lignes, ce qui est une action purement terroriste. Non seulement la zone en question, mais l’ensemble du département de la Grande Yalta, qui s’étale sur les 72 km de la côte sud de la Crimée, est totalement dépourvu de toute autre infrastructure significative que celle du tourisme. Les installations militaires, hormis les dispositifs de défense antiaérienne récemment déployés, sont inexistantes dans la zone ciblée, conférant ainsi un caractère intrinsèquement terroriste aux frappes sur ce territoire.

Le 22 juillet, un immeuble résidentiel de grande taille à Yalta a été frappé par un drone ukrainien, causant la destruction de 7 appartements. Parmi les 17 victimes civiles, aucun mort n’est à déplorer, ce qui est un miracle. Le Comité d’enquête du ministère de l’intérieur de Russie a d’ailleurs ouvert une instruction pour acte de terrorisme.

Dans la nuit du 22 au 23 juillet, 2 civils ont été tués et 5 grièvement blessés, dont 2 enfants, suite à des frappes ukrainiennes, une fois de plus, sur des quartiers résidentiels.

Le territoire de la Crimée n’est, de surcroît, qu’un élément au sein d’un projet terroriste plus vaste orchestré par Kiev. Entre le 13 et le 19 juillet 2026, sur l’ensemble du territoire de la Russie, 433 civils ont été victimes de bombardements par des «soldats» ukrainiens : 364 personnes ont été blessées, dont 12 enfants, et 69 ont trouvé la mort, parmi lesquelles 2 enfants. Durant la semaine concernée, l’«armée» ukrainienne aurait tiré au moins 7168 munitions sur des cibles civiles.

Deuxièmement, en l’absence de succès militaires sur les champs de bataille où l’armée russe progresse méthodiquement, en appliquant le procédé du rouleau compresseur vis-à-vis des forces armées en face, le pouvoir de Zelensky ressent un besoin impérieux de fournir à ses soutiens occidentaux une image médiatique exploitable. Cette image vise à façonner les narratifs dans l’imaginaire collectif de leurs électorats respectifs, afin de justifier les répétitions des imputations de fonds considérables dans leurs caisses nationales respectives pour continuer à financer la force proxy ukrainienne. Il s’agit d’une opération spectaculaire pour le public occidental profane, ayant, pourtant, aucun impact militaire sur les capacités des forces armées de la Fédération de Russie.

Enfin, l’objectif ultime de Kiev, et non des moindres, est de détourner l’attention, tant de sa propre population qu’occidentale, des graves problèmes et scandales internes au régime ukrainien, tels que la corruption endémique impliquant Zelensky et l’ensemble de son entourage proche, la mobilisation forcée de dizaines de milliers de civils chaque mois dans les villes et villages d’Ukraine, envoyés de force à la mort sur les champs de batailles, ainsi que la phase finale de la destruction de l’industrie, des infrastructures de transport et énergétiques. Ces destructions, infligées par les forces armées russes en réponse aux attaques ukrainiennes sur les infrastructures civiles en Russie, et de nombreux autres problèmes structurels, submergent le régime de Zelensky et entraîneront l’effondrement politico-économique et sociétal immédiat du pays dès la cessation du soutien financier massif de l’Occident collectif.

La reconnaissance et l’encouragement officiels des crimes de guerre par le groupement de Macron

Un événement majeur, d’une importance stratégique, s’est produit le 22 juin 2026, passant, cependant, largement inaperçu.

Pour la toute première fois depuis le début de la phase active de la confrontation initiée en février 2022 entre la Russie et l’OTAN, via son proxy ukrainien, un représentant officiel de premier rang du pouvoir de Macron a révélé (certainement par manque de compétences personnelles) la nature fondamentale des régimes installés en France depuis 2017 et en Ukraine depuis 2019. Au lieu de continuer à mentir dans le cadre préétabli de la propagande et de la désinformation orchestrée par son gouvernement, il a officiellement divulgué la vérité les concernant, non seulement en reconnaissant la dimension purement terroriste du régime de Kiev, pleinement soutenu par l’Élysée, mais également en exprimant ouvertement sa satisfaction et son encouragement à l’égard des actions qualifiées de crimes de guerre commises par le proxy ukrainien.

Le 22 juin 2026, le haut fonctionnaire de premier rang en activité, qui n’est autre que l’actuel ambassadeur de France en Pologne, ancien ambassadeur en Ukraine au moment du déclenchement de la guerre, le russophobe notoire Étienne de Poncins, s’est exprimé sur la situation en Ukraine sur la chaîne Public Sénat :

«J’ai toujours pensé que l’Ukraine finirait par gagner cette guerre et je crois qu’aujourd’hui elle est sur la bonne voie […] Il faut savoir que la Crimée est en fait une île, il y a très peu d’accès, elle n’a pas d’eau, elle n’a pas d’électricité, elle a peu de ressources», a-t-il affirmé.

Interrogé par la présentatrice sur la possibilité de reprendre la Crimée par Volodymyr Zelensky, il a répondu : «Peut-être pas la reprendre, mais faire en sorte que la vie ne puisse plus se poursuivre, enfin, en tout cas, qu’il y ait d’énormes difficultés pour la population russe qui a été implantée en Crimée et pour Vladimir Poutine, probablement cela signifierait la défaite puisque la Crimée est son principal acquis depuis 2014».

Il est essentiel de souligner que cette déclaration n’émane guère d’un extrémiste déséquilibré quelconque à la retraite, mais bien de Monsieur l’ambassadeur de la République Française en activité, représentant officiel du plus haut niveau de son État auprès d’un pays étranger, haut fonctionnaire de premier rang et l’incarnation du président de la République Française et du gouvernement français à l’étranger.

Ainsi, c’est officiellement au nom de la République française, de son président Emmanuel Macron et de l’ensemble de son gouvernement que ce personnage a reconnu avec une grande satisfaction que l’objectif du régime de Kiev, très largement soutenu et sponsorisé par l’Élysée, est de «faire en sorte que la vie ne puisse plus se poursuivre, qu’il y ait d’énormes difficultés pour la population».

Il a omis de préciser un détail crucial : le fait de «faire en sorte que la vie ne puisse plus se poursuivre, qu’il y ait d’énormes difficultés pour la population» constitue, de manière directe et sans équivoque, un crime de guerre, tant selon la Convention de Genève que selon la Convention de La Haye, toutes deux, pourtant, signées et ratifiées par la France.

Oleg Nesterenko

président du CCIE Spécialiste de la Russie, CEI et de l’Afrique subsaharienne

1ère partie

https://reseauinternational.net/ukraine-la-bataille-de-crimee-vue-depuis-la-crimee-partie-2/

lundi 27 juillet 2026

Et si c’était elle qui sauvait le monde…

 

par Gérard Leclerc

La citation célèbre de Dostoïevski demeure un mystère, qui ouvre sur l’infini… « la beauté sauvera le monde ». 

Dans son roman L’Idiot, l’écrivain russe exprime une certitude intérieure, incompréhensible sans son christianisme, celui qui sera affirmé avec encore plus de force dans Les Frères Karamazov. Beauté « salvatrice », qui n’est pas forcément perçue à l’intérieur de l’art moderne, qui est très souvent tourné vers diverses formes de déréliction. Mais l’écrivain n’ignorait nullement cette déréliction qu’il s’est employée à illustrer dans toute son œuvre.

Quant à cette fameuse formule, il ne lui a pas donné d’explication approfondie. C’est son ami, le philosophe-théologien Vladimir Soloviev, qui lui confèrera un véritable contenu, sur lequel Hans Urs von Balthasar s’est particulièrement intéressé dans La Gloire et la Croix. Et ceci en des termes qui réclameraient de longs développements. On peut simplement en retenir l’idée que la recherche de la beauté ne trouve son véritable accomplissement que dans l’anticipation de la gloire eschatologique de la Révélation. 

Un « choc inaltérable » 

Mais d’une façon plus contemporaine, on peut trouver chez le Père Bernard Bro une explication d’autant plus aboutie de «la beauté sauvera le monde» qu’elle résulte d’une enquête incomparable sur les chefs-d’œuvre de la peinture poursuivie dans tous les grands musées du monde. Notre Dominicain parle du «choc inaltérable» qui fut le sien à la rencontre des plus grands représentants contemporains de la poésie et de la peinture. 

«Qu’était donc ce choc ? Finalement rien d’autre que cette irradiation évoquée par saint Thomas d’Aquin lorsqu’il cherche à définir la beauté, en disant, après Platon, qu’elle est la splendeur du vrai. Le vrai, s’il est vrai, est rayonnement de quelque chose, comme le miroir qui ne peut pas ne pas renvoyer le soleil. On ne peut pas résister à certaines attirances, un visage, un tableau, la nature, un poème, une mélodie. Il semble donc qu’il y ait dans les choses un certain “plus”. Certes tous les humains entendent de quelque manière cette mélodie. Elle est plus redoutable qu’on ne le pense. Elle creuse en nous la soif d’une certaine “présence”.» 

La matière conduit à l’Esprit 

Ainsi le Père Bernard Bro retrouve-t-il la conviction de Vladimir Soloviev, cette conversion eschatologique : « Aux yeux de la chair, l’Infini ne peut pas paraître, et les mains ne Le peuvent pas saisir. Un autre regard est indispensable, un autre toucher : il faut pour trouver le monde, le dépasser. Par la vertu du Christ, la matière conduit à l’Esprit et Le donne. Nos rapports avec le sensible cessent, à ce point, d’être en péril. […] Qui oserait dire qu’à certains soirs, il n’a pas besoin d’un miracle ? Justement, celui de la musique, de la poésie ou de l’art, celui qui ouvre le sillon pour que le germe d’espérance puisse advenir ». 

Dostoïevski avait-il pressenti toute la portée d’une formule qui allait passer à la postérité, suscitant une interrogation sur l’éclat de la présence du monde ?

https://www.actionfrancaise.net/2026/07/26/et-si-cetait-elle-qui-sauvait-le-monde/

vendredi 24 juillet 2026

Conflit en Ukraine : les racines de la russophobie européenne

 

par Daniel Godet

Le conflit actuel en Ukraine a sans doute été la résultante d’une vision stratégique, celle de Brzezinski, conseiller à la sécurité nationale du président Carter (Le grand échiquier, 1997), et d’une décision purement américaine, en 2008 : imposer à l’OTAN l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie.

Mais cette vision hégémonique américaine ne rend pas compte de la russophobie européenne qui irrigue les discours politiques et militaires en Europe et surprend l’économiste Jeffrey Sachs. Cette émotion extrême, quasi-maladive, rend difficile aux dirigeants et aux publics touchés par cette russophobie toute analyse rationnelle du conflit ukrainien : en identifier les racines variées est une des clefs pour comprendre la voie suivie depuis 2022 par les dirigeants européens.

La racine britannique

Une première racine date du XIXe siècle, lorsque le Royaume-Uni, puissance impériale aux Indes, a commencé à ressentir l’expansion de l’empire russe vers le Caucase et l’Asie Centrale comme une menace existentielle pour «ses» Indes. Le livre Le grand jeu de Peter Hopkirk (disponible en français) est à cet égard une lecture passionnante, un vrai roman, permettant de suivre la découverte progressive des confins désertiques et montagneux de l’Asie Centrale et de l’Afghanistan par des représentants aventureux des deux puissances impériales, et la progression de leur concurrence — commerciale comme diplomatique et militaire — pour se rapprocher des «khanats» de cette vaste région (Boukhara, Herat,…). Toujours est-il qu’en milieu de XIXe siècle, les élites gouvernantes (ainsi que la presse) du Royaume-Uni étaient devenues russophobes, et ont saisi l’occasion de la guerre de Crimée (1853-56), menée avec la France et la Turquie, pour porter un coup sévère à l’expansion de l’empire russe. Se situent de nos jours dans cette «veine» tant l’ancien premier ministre Johnson (venu à Kiev en avril 2022 interdire à l’Ukraine de passer un accord de paix avec la Russie), que le roi Charles (qui en 2026 devant le Congrès demande l’aide des USA pour une guerre contre la Russie).

La 2ème racine provient de la révolution bolchevique, et de la sortie du monde russe des schémas politiques européens. Jusqu’à la 1ère guerre mondiale, la Russie faisait pleinement partie du concert des nations en Europe ; elle est membre clef de la coalition qui met fin à l’épopée napoléonienne (les cosaques sont alors vraiment parvenus sur les Champs Élysées !), et du «Congrès de Vienne» réuni pour statuer des possessions napoléoniennes, qui restaure l’ordre monarchique et un équilibre des puissances en Europe. C’est l’empereur russe Nicolas II qui est à l’origine des conférences de La Haye pour la paix de 1899 et 1907, où le français Léon Bourgeois joue un rôle clef, qui sont à l’origine du droit international d’aujourd’hui. Avec la révolution bolchevique, et son ambition annoncée de l’exporter de par le monde, l’URSS devient une menace de proximité pour les États européens ; pour la contenir, la Grande-Bretagne contribue à la venue au pouvoir en Allemagne et au financement (y compris un prêt de 1 milliard £ en 1939) d’un certain Hitler, ainsi qu’à sa prise de contrôle de la Tchécoslovaquie : son industrie militaire et son armée sont en effet jugées alors supérieures à celles de l’Allemagne, et donc indispensables face à la menace soviétique.

Bien sûr, la réalité de l’entreprise hitlérienne de conquête de toute l’Europe et de l’URSS a conduit le Royaume-Uni (et les USA) à une alliance avec l’URSS pour venir à bout du régime hitlérien. C’est d’ailleurs l’URSS qui supporte le poids principal, faisant face aux 2/3 de l’armée allemande qu’elle défait jusqu’à Berlin. Cependant, dès 1944, Churchill demande l’étude d’une attaque militaire de l’URSS à mener dès le 1er juillet 1945 avec les États-Unis, avec l’aide des unités allemandes et polonaises demeurant opérationnelles : l’opération Unthinkable, rendue publique en 1998. Après l’explosion des bombes nucléaires étatsuniennes au Japon, Churchill a proposé d’en lancer une sur le Kremlin pour détruire le régime soviétique.

Le gouvernement étatsunien n’a pas été convaincu, mais l’entreprise antisoviétique s’est poursuivie, avec la mise en place dès 1949 de l’OTAN, sous une forme différente : la guerre «froide». Cette dernière a permis le recyclage de nombre de personnalités du régime hitlérien et de son armée, y compris d’anciens nazis : en témoigne la nomination de généraux allemands tels Speidel et Heudinger à des postes de 1er plan au sein du commandement militaire de l’OTAN, ou celle de Reinhard Gehlen comme fondateur des services secrets allemands. Par ailleurs, l’OTAN a fait reposer sur nombre d’anciens nazis et collaborateurs du régime nazi son dispositif dans les pays de l’est occupés par l’URSS, notamment en Ukraine, ainsi que les structures «stay behind» en Europe occidentale. Ces réseaux nostalgiques voire revanchards ont ainsi pu prospérer, discrètement, en Occident.

La frustration de l’échec du démantèlement de la Russie

La chute du régime soviétique en 1991 a entraîné la dissolution de l’URSS, permettant à l’Occident de traiter avec chacun des 15 nouveaux pays indépendants, un résultat en soi très important. La Russie elle-même, la moitié de la population de l’ex-URSS, a alors connu une décennie de décadence rapide : effondrement de l’État et de l’économie ; baisse accélérée de l’espérance de vie. À la fin du second mandat de Boris Yeltsine, l’Occident pense être près de toucher au but : le démantèlement ou la dislocation de la Fédération de Russie en dizaine(s) d’États croupions, permettant à l’Occident d’exploiter à son profit les richesses naturelles dans chaque État successeur, avec un contrôle de fait de ces richesses naturelles ; un tel contrôle aurait permis que la City de Londres et Wall Street considèrent ces actifs comme des collatéraux de l’endettement occidental, garantissant ainsi la pérennité de la suprématie économique de l’Occident pour de nombreuses décennies. Il est question ici de milliers de milliards, l’unité de compte pertinente pour garantir l’endettement occidental.

Parmi les banquiers de la City, l’un a été particulièrement remonté contre la remise en ordre et le retour à la souveraineté opérés en Russie à partir de 2000 sous le leadership de Vladimir Poutine, le successeur de Ieltsine : Jacob Rothschild. En effet, l’oligarque Khodorkovsky, détenteur d’une participation minoritaire, mais de contrôle, de Yukos, alors second pétrolier russe avec 20% de la production, lui avait transféré sa participation lors de ses ennuis avec le gouvernement russe en 2003, via un tour de passe-passe juridique que la Russie a réduit à néant par des rappels fiscaux de dizaines de milliards mettant en faillite la société.

Les réseaux nazis refont surface dans l’actualité des élites européennes à partir du début du XXIe siècle ; le Forum économique mondial, dont le créateur Klaus Schwab est le fils d’un industriel suisse collaborateur du régime hitlérien, en est un acteur. Comme Schwab s’en est vanté, le Forum a su glisser ses jeunes adeptes (Young Global Leaders) dans la plupart des gouvernements occidentaux, et nombre de jeunes politiciens issus de familles ayant été proches du nazisme ont occupé des rôles de 1er plan : ainsi Christya Freeman, vice-premier ministre du Canada de 2019 à 2024, Annalena Baerbock, leader du parti des «verts» et ministre des affaires étrangères (2021-25) et Friedrich Merz, chancelier actuel d’Allemagne, ou Kaja Kallas, première ministre de l’Estonie de 2021 à 2024 et actuelle haute responsable de l’Union européenne pour les affaires étrangères et de sécurité.

En sus de cette «lignée nazi», la Russophobie est également issue de relations de proximité difficiles : pour les pays baltes, après deux décennies d’indépendance depuis 1920, le retour dans le giron soviétique en 1940 a été difficile ; pour la Finlande, russe pendant un siècle jusqu’à la révolution bolchevique, et alliée de l’Allemagne, y compris pour le siège de Léningrad (2 millions de morts soviétiques), la guerre perdue contre la Russie se solde juste par une neutralité forcée (traité URSS-Finlande de 1948) qui n’empêche pas une économie de type occidental et d’importantes relations économiques avec l’URSS, puis la Russie. Estonie et Finlande ferment leur frontière avec la Russie en 2023, se privant d’un débouché fondamental de leur économie et d’un approvisionnement énergétique avantageux : leur économie périclite (plus de 10% de chômage en Finlande, dont 21% pour les jeunes. Autre pays à relation difficile avec la Russie, la Pologne ; sa particularité est d’ajouter à des relations difficiles avec la Russie des relations devenant brulantes avec l’Ukraine : en cause, le massacre à Volhynie durant la Seconde Guerre mondiale de milliers de polonais par des Ukrainiens aujourd’hui glorifiés par le régime de Kiev, et une forte concurrence agricole !

Quels pays échappent à la Russophobie ? Une bonne part de l’Europe de l’Est (Hongrie, Slovaquie, Bulgarie…), sensible à l’approvisionnement russe en hydrocarbures et de l’Europe du Sud (Espagne, Portugal, Italie). Dans la lignée du gaullisme, et de ses intérêts économiques, la France pourrait bien se garder de la Russophobie ; mais son président préfère sans véritable raison stratégique s’aligner sur l’Allemagne et l’Europe du Nord — Est-ce étonnant de la part d’un Macron qui aspirerait à devenir le leader d’une Europe fédérale ?

Sources :

Jeffrey Sachs, la russophobie : https://consortiumnews.com/2025/12/24/jeffery-sachs-two-centuries-of-russophobia-rejection-of-peace/
Nikko Kreiner, 18 janvier 2026 : https://open.substack.com/pub/alexkrainer/p/appeasement-the-shocking-truth-about analyse en 3 épisodes fondée sur 3 livres : Tragedy & Hope de Carroll Quigley, Conjuring Hitler, How Britain and America made the third Reich de Preparata, Two world wars and Hitler de McGregor et O’Dowd
Opération Unthinkable — Wikipédia
Réseau Voltaire, 20 août 2001, «Stay-behind : les réseaux d’ingérence américains», par Thierry Meyssan
Le Diplomate, 7 avril 2025, «Dislocation de la Russie : vers une nouvelle Europe ?»
Vidéo Khodorkovsky sur son «protecteur» Jacob Rothschild : «Le protecteur, c’était Lord Jacob Rothschild» : I Uncensored FD | VK
Canada – Freeman, 30 septembre 2023, «The Coincidences Behind Canada’s Nazi-Honoring Debacle Are Deeply Unsettling»
29 avril 2026, «Finlande : Comment la russophobie détruit un pays» – Réseau International

source : France Soir

https://marcrousset.over-blog.com/2026/07/conflit-en-ukraine-les-racines-de-la-russophobie-europeenne-parce-que-les-paroles-s-envolent-mais-que-les-analyses-doivent-rester-chers-lecteurs-cheres-lectrices-depuis-des-annees-reseau-international-decrypte-pour-vous-les-enjeux-complexes-de-not

jeudi 23 juillet 2026

L’esclavage dû à l’Occident ?

 

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La récente déclaration votée à l’ONU a repris toutes les thèses des études en victimologie pour accuser les blancs d’avoir perverti les sociétés africaines. Si l’historiographie établit ces conséquences, pouvons-nous en venir à justifier les revendications d’indemnisations ? La question dépasse le simple cas de la traite atlantique, car l’impact d’une demande solvable dévoie d’autres communautés dans le monde.

Alternative économique1 ayant jugé intelligent de s’insurger contre l’abstention sur la résolution 80/250 de l’ONU sur la traite atlantique, l’occasion est bonne de revenir sur le sujet déjà commenté2. Cette critique étant faite, il est temps d’établir les fondements de celle-ci.

La résolution aborde deux aspects : celui des populations ayant souffert l’esclavage avant les abolitions et les États africains fournisseurs de ce que l'on a surnommé le bois d'ébène.

Les dommages sont acquis et reconnus, puisque les territoires africains ont subi une saignée démographique et leurs sociétés sont considérées comme ayant été déformées par l’esclavage. Rappelons que les Africains vendus le furent largement par des groupes avoisinants, que ce soit par l’enlèvement, le pillage de guerre, la dette ou des processus judiciaires dévoyé sans que l’on puisse déterminer la part exacte de chaque source.

Ces procédés violents eurent de lourdes conséquences sur le développement des communautés africaines. Dans un papier de mars 20093, THE SLAVE TRADE AND THE ORIGINS OF MISTRUST IN AFRICA, Nathan Nunn et Leonard Wantchekon expliquent que les sociétés africaines souffrent encore d’une plus faible confiance dans leurs semblables en raison de l’esclavage. Cette conclusion est assez évidente au vu de l’ampleur du commerce triangulaire.

Ils localisent cette perte de confiance dans le dévoiement des structures sociales. Au fil du temps, les institutions se pervertissent pour fournir davantage de condamnés. Au début, l’enlèvement joue un rôle important, même si, sur la base des législations locales, il reste un crime il brise les liens sociaux et la confiance. Plus tard, on assistera donc à un glissement vers des "guerres" conçues en réalité comme un prétexte pour faire des prisonniers, "légitimement" transformés en esclaves, puisque le captif se voit épargner son existence biologique contre l’acceptation de son asservissement.

De même, les systèmes d’endettement furent avivés et les institutions judiciaires perverties pour produire davantage de captifs. Ainsi, la légitimité des institutions fut consommée pour nourrir la traite au prix d’un affaiblissement des structures étatiques et sociales en Afrique. La colonisation, la corruption et l’affaiblissement sociétal actuel auraient au moins une source dans ces faits dramatiques.

L’offre de biens européens pour payer les esclaves est jugée responsable de ces évolutions destructrices pour les peuples africains, elle fonde donc la réclamation d’une justice réparatrice.

Tous ces torts sont bels et bons, mais oserons-nous le rappeler : l’esclavage existait déjà en Afrique4. L’Occident se greffe sur des systèmes déjà en place auxquels il donne une ampleur nouvelle en raison de sa demande. Chose étrange, cet aspect demeure rarement pris en compte dans les analyses. Or, il joue un rôle, car, face aux pays occidentaux, bien des sociétés ont opté pour des politiques différentes.

Ainsi, la Chine, le Japon ferment leurs ports aux Occidentaux. Par racisme, peut-être, mais surtout, car leurs dirigeants perçoivent le potentiel déstabilisateur de l’arrivée des marchands occidentaux. Ceux-ci sont suivis de missionnaires, d’armes qui changent les rapports de force. Exactement comme en Afrique !

Certes, ces blocus seront brisés par l’intervention des marines occidentale. Les canons du commodore Perry forcent le Japon à s'ouvrir, tandis que la Grande-Bretagne, aidée de la France, impose l’ouverture du marché chinois lors des guerres de l’opium.

Ce précédent invite à réviser l’analyse de l’innocence africaine ! Loin de fermer leurs ports, les chefs africains accordent des comptoirs, des privilèges commerciaux. Ils désignent des hommes pour négocier avec les marchands européens et capter ainsi les profits de la traite.

Certes, un navire occidental armé représente une menace, mais l’histoire militaire montre les limites de portée des pièces de cette époque. À peine quelques centaines de mètres. Autrement dit, les Occidentaux ne pouvaient pas dépasser le littoral sauf à accepter d’engager de lourdes campagnes sur des territoires hostiles au sens naturel.

Non pas l’hostilité des populations, mais celle du milieu5. Terre de maladie endémique, l’Afrique ne saurait être conquise de manière pérenne. L’Afrique est d’ailleurs considérée du temps de Louis XIV comme la tombe de l’homme blanc. Aucun hasard d’ailleurs, si la colonisation est contemporaine de l’invention de la quinine6 en 1820.

Avant, entrer en Afrique suppose d’accepter une insoutenable attrition. Ce facteur géographique confère à l’Afrique un redoutable avantage défensif.

Sur cette base, la menace militaire peut être exclue. La question se pose alors : qu’offraient les Européens de si irrésistible pour justifier la vente de ses voisins ?

L’histoire mentionne essentiellement les biens suivants : des armes, du fer, de l’alcool et des tissus. Donc des produits qui exigent un investissement assez lourd pour établir des fonderies, des distilleries ou des manufactures. La Chine, le Japon qui disposaient de secteurs artisanaux développés et connaissaient la poudre pouvaient plus facilement s’en passer.

Cependant, notons que les royaumes africains n’ont jamais fait d’efforts pour substituer leurs propres fabrications à celles des Européens. Pire, une large partie de la demande est menée par les entreprises d’augmentation de l’exploitation d’esclaves. Les armes donnent de la puissance aux armées pour piller les royaumes voisins. Le fer fourni les outils pour étendre les champs, mais, et la précision compte : souvent pour cultiver du maïs ou du manioc, des plantes obtenues d’Amérique du Sud. Elles permettent la réduction en farine qui nourrit les armées en campagne et les colonnes d’esclaves. En clair, une partie de la demande sert l’investissement initial pour augmenter les prises.

Les royaumes africains auraient pu tenter d’établir des accords de protection mutuelle, pour diminuer la menace ; ils ont préféré se battre, piller les voisins (donc développer l’insécurité) au lieu de faire bloc pour défendre les leurs !

En moins bonne position économique que l’Asie aujourd’hui7, l’Afrique collabore davantage sur le lobbying et les bons sentiments. Seulement, ses plaintes d’aujourd’hui doivent aussi être pesées à la hauteur des options non exercées par ses dirigeants qui ont, systématiquement, opté en faveur des commerçants européens !

En ce sens, le cas africain est pertinent pour fournir un outil d’analyse. De nos jours encore, beaucoup accusent les Blancs de favoriser la prostitution en Asie du Sud-Est. Le même débat dans les mêmes termes : cette prostitution existait avant l’arrivée de nos touristes et les États concernés pourraient prendre des mesures pour la restreindre. Si des responsabilités peuvent être imputées à certains Occidentaux8, nous n’avons pas à porter celle de la faiblesse des vendeurs !

La victimisation est certes un art qui exige un méchant coupable de tout ; la réalité demeure pourtant nettement plus complexe et bien moins agréable pour les plaignants.

7L’Afrique fut longtemps pénalisée par une transition démographique plus tardive qu’en Asie. Celle-ci a dilué la croissance de la richesse par tête. Toutefois, forte de ses richesses, avec une transition démographique désormais avancée, l’Afrique a probablement des perspectives plus radieuses que l’Asie d’ici un siècle.

8Ce qui n’empêche pas de leur offrir un séjour carcéral chez nous pour prolonger leurs vacances.

 Jules Seyes (son site)

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-esclavage-du-a-l-occident-270698