mercredi 21 octobre 2026

Olivier DARD pour son livre "Histoire de l'extrême droite en France"

 


17 octobre 1961 : un « massacre » imaginaire

 

Entretien-1-Berna.jpg

Au moment où le groupe d'extrême gauche LFI rabâche son sempiternel refrain sur le pseudo massacre du 17 octobre 1961, il nous semble utile de remettre en ligne l'aétude que le professeur Bernard Lugan, l'historien africaniste reconnu pour la qualité de ses travaux qui échappent aux poncifs de la pensée dominante, avait publié sur l'excellent site L'Afrique réelle cliquez ici en octobre 2021.

S  N

Bernard Lugan

Un contexte volontairement passé sous silence 

Le 17 octobre prochain, comme chaque année, les autorités françaises, les islamo-gauchistes et le « Système » algérien vont commémorer un massacre qui n’a pas eu lieu…

Sur ce blog, ayant périodiquement à la même date déconstruit l’histoire officielle de ce prétendu « massacre », je me contenterai de renvoyer au chapitre IX intitulé « 17 octobre 1961, un massacre imaginaire » de mon livre « Algérie l’Histoire à l’endroit » en ajoutant ici quelques éléments essentiels à la compréhension du montage culpabilisateur qui nous est imposé :

1) La guerre d'indépendance algérienne se déroula également en métropole. Pour la période du 1er janvier 1956 au 23 janvier 1962, 10.223 attentats y furent ainsi commis par le FLN. Pour le seul département de la Seine, entre le 1er janvier 1956 et le 31 décembre 1962, 1.433 Algériens opposés au FLN furent tués et 1.726 autres blessés. Au total, de janvier 1955 au 1er juillet 1962, en Métropole, le FLN assassina 6000 Algériens et en blessa 9.000 autres.

2) Face à ces actes de terrorisme visant à prendre le contrôle de la population algérienne vivant en France, le 5 octobre 1961, un couvre-feu fut imposé à cette dernière afin de gêner les communications des réseaux du FLN et l’acheminement des armes vers les dépôts clandestins.

3) En réaction, le 17 octobre 1961, le FLN décida de manifester afin de montrer sa force, et pour tenter d’achever sa prise de contrôle des Algériens vivant en métropole.

4) Assaillis de toutes parts, les 1.658 hommes des forces de l’ordre rassemblés en urgence, et non les 7.000 comme cela est trop souvent écrit, sont, sous la plume de militants auto-baptisés « historiens », accusés d’avoir massacré des centaines de manifestants, d’en avoir jeté des dizaines à la Seine et d’en avoir blessé 2.300.

Une manipulation politique

Or, cette version des évènements du 17 octobre 1961 à Paris relève de la légende et de la propagande. Tout repose en effet sur des chiffres inventés ou manipulés à l’époque par le FLN algérien et par ses alliés communistes. Jouant sur les dates, additionnant les morts antérieurs et postérieurs au 17 octobre, pour eux, tout Nord-Africain mort de mort violente durant le mois d’octobre 1961, est une victime de la « répression policière »… Même les morts par accident de la circulation comme nous le verrons plus loin !!!

Cette manipulation fut réduite à néant en 1998, quand le Premier ministre de l’époque, le socialiste Lionel Jospin, constitua une commission d’enquête. Présidée par le conseiller d’Etat Dieudonné Mandelkern, elle fut chargée de faire la lumière sur ce qui s’était réellement passé le 17 octobre 1961 à Paris. Fondé sur l’ouverture d’archives jusque-là fermées, le rapport remis par cette commission fit litière de la légende du prétendu « massacre » du 17 octobre 1961 [1].

Le paragraphe 2.3.5 du Rapport intitulé Les victimes des manifestations est particulièrement éloquent car il parle de sept morts, tout en précisant qu’il n’y eut qu’un mort dans le périmètre de la manifestation, les six autres victimes n’ayant aucun lien avec cet évènement, ou ayant perdu la vie postérieurement à la dite manifestation dans des circonstances parfaitement détaillées dans le rapport.

La réalité

Quel est donc l’état des connaissances aujourd’hui ?

• Le 17 octobre 1961 à Paris, il n’y eut qu’une seule victime dans le périmètre de la manifestation… et ce ne fut pas un Algérien, mais un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21h devant le cinéma REX, crâne fracassé. Par qui ? L’enquête semble attribuer cette mort à des coups de crosse de mousqueton. 

• Le 17 octobre 1961, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant « massacre » faisant des dizaines, voire des centaines de morts algériens, ni les hôpitaux parisiens, ni l’Institut Médico-Légal (la Morgue), n’enregistrèrent l’entrée de corps de « NA » (Nord-Africain dans la terminologie de l’époque). Ce qui ne veut naturellement pas dire qu’il n’y eut pas de blessés, mais mon analyse ne porte que sur les morts.

• A Puteaux, donc loin du périmètre de la manifestation, deux morts furent néanmoins relevés, or ils étaient étrangers à la manifestation. L’un d’entre eux deux, Abdelkader Déroues avait été tué par balle, quand le second, Lamara Achenoune, avait quant à lui été achevé par balle après avoir été étranglé. 

• Le 18 octobre, à 04 heures du matin, le bilan qui parvint à Maurice Legay le directeur général de la police parisienne était donc de 3 morts, pour rappel, Guy Chevallier, Abdelkader Déroues et Lamara Achenoune. Nous sommes donc loin des dizaines ou des centaines de morts et de « noyés » auxquels la bien-pensance française rend annuellement hommage !!!

Conclusion : le seul mort algérien de la manifestation est donc un Français métropolitain…

Certes, postulent les accusateurs de la France, mais les cadavres des Algériens « massacrés » par la police furent reçus à l’IML, l’Institut Médico-Légal de Paris (la Morgue), les jours suivants.

Cette affirmation est également fausse. En effet, l’Annexe III du « Rapport Mandelkern » donne un décompte détaillé des 41 cadavres de Nord-Africains entrés à l’IML de Paris du 19 octobre au 4 novembre. Pour mémoire, le 17 octobre il n’y eut aucune entrée, et 2 le 18 octobre.

Sur ce nombre de 41 morts, 25, soit 13 corps identifiés et 12 corps non identifiés sont mentionnés sous la rubrique « Dossiers pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre ». Ceci fait que les 16 autres morts n’ont rien à voir avec la manifestation du 17 octobre.

En ce qui concerne les 25 morts restants, notons immédiatement que le sous-titre de l’Annexe III est singulier car la manifestation dont il est question eut lieu le 17 octobre et non les 19 et 20 octobre. De plus, ce titre est trompeur car il laisse sous-entendre que ces 25 décès auraient donc pu être causés par la police française, chiffre d’ailleurs régulièrement et péremptoirement transformé en morts avérés par certains auteurs ou journalistes. Or :

1) Si ces derniers avaient pris la peine de lire le document en question dans son originalité et son intégralité, et non à travers ses recensions, ils auraient vu qu’en face de chaque corps est porté un numéro de dossier de la police judiciaire suivi de la précision suivante : « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire ».

2) Or, grâce à ces « Indications relevées dans le dossier d’enquête de la police judiciaire », il apparait clairement que 17 de ces 25 défunts ont été tués par le FLN, la strangulation-égorgement, l’emploi d’armes blanches etc., n’étant pas d’usage dans la police française… D’autant plus que parmi ces 17 morts, quatre furent assassinés le 19 octobre, soit deux jours après le 17 octobre, à savoir un commerçant qui avait refusé de suivre la grève du 19 octobre décrétée par le FLN et deux autres ligotés et noyés par ce même FLN…

3) Cela interroge donc sur le placement de ces morts dans la rubrique « Dossiers pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre ». 

Voyons le détail de cette liste : 

Corps Identifiés :

- 6 furent tués par le FLN (strangulation, arme blanche, arme à feu)

- 2 décès sur la voie publique (troubles mentaux et alcoolisme)

- 1 décès par crise cardiaque le 21 octobre

- 1 décès par accident de la circulation

- 1 mort à l’hôpital Boucicaut des blessures reçues le 17 octobre.

- 2 morts dont les causes ne sont pas élucidées.

Corps non identifiés

- 7 tués par le FLN (1 arme blanche, 2 noyades, 1 noyade nu, 2 armes à feu, 1 strangulation)

- 1 mort de blessures à la tête. Blessures reçues le 17 octobre ? Nous l’ignorons.

- 1 mort des suites de blessures reçues Place Saint-Michel

- 3 morts dont les causes ne sont pas élucidées. 

Conclusion, sur 25 morts « pour lesquels les informations disponibles sur la date de la mort ou ses circonstances ne permettent pas d’exclure tout rapport avec les manifestations des 17-20 octobre », la Morgue n’en a reçu que deux décédés très probablement des suites de blessures reçues le 17 octobre. Une interrogation demeure pour l’un d’entre eux, mais sans aucune certitude.

Soit 2 ou 3 morts des suites de leurs blessures, aucun n’ayant perdu la vie durant la manifestation[2] laquelle n’a donc comme il a été dit plus haut, connu qu’un seul mort, le Français Guy Chevallier.

Nous voilà donc très loin des 50, 100, 200 ou même 300 morts « victimes de la répression » avancés par certains, et pour lesquels François Hollande a reconnu la responsabilité de la France !!!

Mais, plus encore :

1) Le « Graphique des entrées de corps « N.A » (Nord-africains) par jour. Octobre 1961 », nous apprend que du 1er au 30 octobre 1961, 90 cadavres de « NA », furent reçus à l’Institut Médico-Légal. Or, selon les enquêtes judiciaires, chaque décès étant suivi d’une enquête, la plupart de ces morts étaient des musulmans pro-Français assassinés par le FLN !!! 

2) Pour toute l’année 1961, 308 cadavres de « N.A » entrèrent à l’IML, dont plusieurs dizaines de noyés. Or, toujours après enquête, il fut établi que la quasi-totalité de ces morts étaient des victimes du FLN (Harkis, partisans de la France, individus ayant refusé d’acquitter « l’impôt de guerre », membres du MNA etc.). Or, une des méthodes d’assassinat du FLN était l’étranglement ou l’égorgement suivi de la noyade…

Pour les historiens de métier, les prétendus « massacres » du 17 octobre 1961 constituent donc un exemple extrême de manipulation de l’histoire.

Quand la liberté de penser sera rétablie dans cette Corée du Nord mentale qu’est devenue la pauvre université française, ils feront l’objet de thèses car ils seront alors étudiés comme un cas d’école de fabrication d’un mythe. Comme Katyn, comme les « charniers » de Timosoara en Roumanie, comme les « couveuses » au Koweit ou encore comme les « armes de destruction massive » en Irak.

Mais, dans l’immédiat, sourds, aveugles ou simples agents d’influence, les butors continueront à ânonner la légende culpabilisatrice du « 17 octobre 1961 ». D’autant plus que, dans l’actuel contexte de tension franco-algérienne, Alger va faire donner ses affidés qui seront complaisamment relayés par ses habituels supplétifs de presse.

[1] « Rapport sur les archives de la Préfecture de police relatives à la manifestation organisée par le FLN le 17 octobre 1961 ». Rapport établi à la demande du Premier ministre, M. Lionel Jospin et remis au mois de janvier 1998 par M. Dieudonné Mandelkern président de section au Conseil d’Etat, président ; M. André Wiehn, Inspecteur général de l’administration ; Mme Mireille Jean, Conservateur aux Archives nationales ; M. Werner Gagneron, Inspecteur de l’administration. En ligne. 

[2] Dans une note infrapaginale, Brunet (2011) parle de 13 morts « certains » dont plusieurs blessés décédés ultérieurement. Or, ces morts ne sont pas documentés dans les archives de l’IML. Brunet, J-P., (2011) « Combien y a-t-il eu de morts lors du drame du 17 octobre 1961 ? ». Atlantico, 17 octobre 2011.

Cette étude en PDF : cliquez ici

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2026/10/21/17-octobre-1961-un-massacre-imaginaire-6612571.html

Passé-Présent avec Alexis Neviaski - Le séminaire des prisonniers de guerre allemands

 

Passé-Présent avec Alexis Neviaski - Le séminaire des prisonniers de guerre allemands

En 1945, alors que l’Europe découvre l’ampleur des crimes nazis, des prêtres français entreprennent de former le futur clergé allemand… dans un camp de prisonniers de guerre. Une initiative qui peut sembler inconcevable au lendemain de tant de souffrances.

D’abord installé à Orléans, puis près de Chartres, ce « séminaire des barbelés » accueille plusieurs centaines d’hommes. Derrière les clôtures, malgré la faim, le froid et le manque de moyens, ils reprennent leurs études et se préparent au sacerdoce. À leur tête, Franz Stock, ce prêtre allemand qui, sous l’Occupation, avait accompagné les résistants français jusque devant le peloton d’exécution. Comment cette aventure a-t-elle été possible ? Et quelle place a-t-elle tenue dans les premiers rapprochements entre Français et Allemands ?


Pour en parler, Passé/Présent reçoit Alexis Neviaski, auteur du Séminaire des barbelés, publié aux éditions Artège.

https://tvl.fr/passe-present-avec-alexis-neviaski-le-seminaire-des-prisonniers-de-guerre-allemands

Augmenter les impôts réduit-il le déficit ? L'histoire répond par Charles et Emmanuelle Gave

 


L’universalisme à contre-sens

 

Par Morgan Cordier

Si l’universalisme est une quête humaine pressentant l’absolu, il semble nécessaire toutefois de ne pas se perdre dans un culbutis d’univers et ne pas amalgamer, malgré les analogies, la métaphysique qui cherche à découvrir la vérité, la physique débusquant les lois ultimes de la nature, et la politique qui ne regarde que les rapports de force humains. Ce dernier domaine est le plus communément abordable et diffus dans la société où chacun se permet de rabâcher la communication d’État bien implantée dans les esprits dès notre plus jeune âge. En effet, les fameuses valeurs républicaines, qui ne semblent actuellement n’être plus qu’une expression creuse pour bien-pensants, sont bien identifiables dans l’universalisme révolutionnaire, matrice de la pensée politique moderne, ayant vocation à être adoptées par tous les humains et à s’appliquer uniformément. L’aveuglement français né au cours du XVIIIe siècle se prolonge et se propage indéfiniment dans de multiples incarnations politiques à l’intensité destructrice fluctuante.

Cet universalisme moderne issu des Lumières a comme principe l’égalitarisme. L’idéalisme se confond avec le politique pour le malheur du monde. « Tu dois, tu seras » dit-il, alors qu’il devrait être une libération du génie propre du « je » et du « nous ». L’universalisme ne se commande pas, il enflamme et suscite. L’art français est allé plus d’une fois prendre sa source dans la maestria italienne pour développer son propre goût. Athènes, elle, nous a donné notre grammaire architecturale, et la France fera Versailles. Le génie d’une lointaine terre aride s’est transposé pour s’amplifier dans les riches terres de France. À son tour, l’art typiquement français, dédaigneusement appelé « gothique » par des Italiens jaloux, a pu s’épanouir sur tous les continents jusqu’à sept siècles après son éclosion parisienne en 1140, à l’instar de la cathédrale Saint-Patrick de New York.

L’universalisme naît quelque part et grandit avec les siècles. C’est un mouvement qui jaillit et se répand, comme une source autochtone qui donnera un fleuve auquel iront s’abreuver des populations. Loin d’être un brouillard uniforme, il est un caractère généreux, à la fois sève stimulante des âmes et greffe féconde. Capter l’esprit humain sera la récompense du génie particulier.

À contre-sens, l’universalisme produit par le progressisme n’est qu’un travestissement, une démagogie qui parle des autres en s’effaçant soi-même. C’est gommer toute aspérité pour se mouler dans un pré-formatage que tout le monde devra porter ! Une boîte simple, une couleur unique, un nom basique, un goût artificiel qui pourront convenir à tous. Ils confondent marketing et universalité. Une lâcheté, un manque de richesse, cet universalisme fade est à la fois complaisant pour certains, envahissant pour d’autres, mais finalement taillé pour bien peu de monde. Malheureusement emblématique d’une civilisation décadente, imprégnant les esprits et activant des réflexes d’excuse d’être original, à l’instar des régionalistes français accolant à chaque événement célébrant l’identité provinciale, un sparadrap mondialiste, agglutinant systématiquement les expressions prescrites : « ouverture sur l’autre », « contre le repli sur soi ».

Mistral en écrivant dans sa langue maternelle, régionale, plaçant haut dans le ciel l’étoile du Félibrige, conquit un public mondial, méritant la plus prestigieuse récompense littéraire en ne parlant que d’une jeune Provençale inconnue en dehors des limites de son païs. « Coume èro, Rèn qu’uno chato de la terro, En foro de la Crau se n’es gaire parla »*. La motivation officielle du comité Nobel fut : « En considération de la fraîcheur originale et de la véritable inspiration de sa création poétique, qui reflète fidèlement le paysage naturel et l’esprit natal de son peuple, ainsi qu’en raison de ses travaux importants dans le domaine de la philologie provençale ». Retentissement mondial qui lui valut d’être lu à travers le monde, jusqu’au Japon, et à Mirèio, de ne plus n’être que la petite jeune fille de sa terre. La poétesse chilienne, également prix Nobel de littérature, Lucila de María del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, dite Gabriela Mistral par admiration pour notre auteur provençal, illustre cet universalisme exaltant. Aussi, la peinture provençale et son immense séduction mondiale procède de la même pensée, née de la volonté de représenter la Provence telle qu’elle est dans sa vérité, sa lumière, ses gestes, ses traditions.

Des artistes comme Émile Loubon, Paul Guigou ou Pierre Ambrogiani peignaient la vie du sud : les marchés, les champs, les ports, les oliviers sous le mistral… Et pourtant, cette peinture dite « régionale » a su dépasser ses frontières géographiques parce qu’elle touche à quelque chose d’universel : la relation entre l’homme et sa terre. L’École provençale développe sa propre esthétique tout en nourrissant les grands courants modernes. Elle a franchi les frontières et attiré les peintres parmi les plus illustres, tel Van Gogh. Le terroir provençal est une inspiration internationale. Paul Cézanne, comme Frédéric Mistral ne quitteront pourtant quasiment jamais leur petite patrie.

L’universalisme ne surgirait-il donc pas du local comme la physique subatomique explique le fonctionnement de l’incommensurable univers ? Ne serait-ce pas en extériorisant notre intériorité à la face du monde que nous devenons universels ? L’infiniment grand réside dans l’infiniment petit. L’universalisme est la reconnaissance du génie propre d’une langue, d’une culture, d’institutions… Antoine de Rivarol l’explicitait dans De l’universalité de la langue française, qui lui valut le prix de l’Académie de Berlin en 1784, « cette honorable universalité de la langue française, si bien reconnue et si hautement avouée dans notre Europe, offre pourtant un grand problème : elle tient à des causes si délicates et si puissantes à la fois, que, pour les démêler, il s’agit de démontrer jusqu’à quel point la position de la France, sa constitution politique, l’influence de son climat, le génie de ses écrivains, le caractère de ses habitants et l’opinion qu’elle a su donner d’elle au reste du monde, jusqu’à quel point, dis-je, tant de causes diverses ont pu se combiner et s’unir pour faire à cette langue une fortune si prodigieuse ». L’universalisme est bien plus à rechercher dans l’enracinement que dans l’idéalisme pompeux.

Alors, exhalons tout notre goût, toutes nos envies, plutôt que de chercher dans l’œil de l’autre ce qu’il attend de nous. Soyons authentiques et non flagorneurs. C’est notre rayonnement nourricier qui attirera les regards pleins de révérence plutôt que la soumission des serviles surveillant chez l’autre ce qui pourra le flatter pour susciter quelques complaisances sifflantes, grossières et méprisables, mais toujours bonnes à la jouissance de nos nihilistes.

L’universalisme est une singularité propagée et non une réduction sèche.

* « Comme elle était, rien qu’une fille de la terre, hors de la Crau, on en a peu parlé »

(Illustration : Pollice verso, huile sur toile de Jean-Léon Gérôme, 1872, Phoenix Art Museum (États-Unis) ; qui permet de mettre en évidence la cruauté, la passion, le pouvoir, la fragilité, etc., identiques au fil des siècles)

https://www.actionfrancaise.net/2026/10/21/luniversalisme-a-contre-sens/

mardi 20 octobre 2026

Le nazisme en Ukraine : un conditionnement qui remonte à loin

 

Au 30 juin 1941 notamment ! Soit 8 jours exactement après le déclenchement de l’opération Barbarossa par les nazis contre l’Union soviétique. À mon avis, ce n’est pas le fait du hasard tant l’avancée allemande fut foudroyante. Cette date est celle de la Déclaration de l’indépendance de l’Ukraine qui énonce dans sa 3e clause ce qui suit : « 3/ L’État ukrainien nouvellement formé travaillera en étroite collaboration avec le national-socialisme de la Grande Allemagne, sous la direction de son chef, Adolf Hitler, qui veut créer un nouvel ordre en Europe et dans le monde et aide les Ukrainiens à se libérer de l’occupation soviétique … ».
Donc, il n’y a aucune ambiguïté. Et les méthodes de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et de sa branche armée l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), qui ont toutes deux pour chefs Stepan Bandera et Roman Choukhevytch, sont celles du nazisme : violence, terrorisme et… extermination totale des opposants. Sans oublier les agissements faux-jetons qu’on a tendance à oublier quand on parle du nazisme tant on est sidéré par la barbarie satanique de ce type d’individus. Quand une certaine Lyudmyla Denisova, commissaire aux droits de l’homme – mais oui, ça ne s’invente pas – va brailler au monde que les soldats russes, dans la guerre actuelle, violent des femmes et même des bébés ! cela relève en ligne droite de l’esprit nazi. On se réjouira, il est vrai, que les députés du Parlement ukrainien l’aient virée.
Le fait que le 22 janvier 2010, l’ancien Président ukrainien Viktor Iouchtchenko ait élevé Stepan Bandera et Roman Choukhevytch à la dignité posthume de « Héros d’Ukraine » atteste la permanence de l’incrustation du nazisme dans de très nombreux esprits du pays. Comme en témoignent également des mouvements comme Azov, Svoboda et Secteurs droits avec leur participation à la révolution de Maïdan de février 2014, leurs retraites aux flambeaux et leur adoption à peine déguisée des symboles du nazisme. Aussi, il y a de quoi être franchement dégoûté par le soutien de tous les dirigeants de l’Europe de l’Ouest à l’Ukraine dans la guerre face à la Russie, pays donc encore bien marqué par le nazisme et être dégoûté également par leur enthousiasme partagé à l’accueillir au plus vite parmi eux !!! Ont-ils donc déjà oublié les 60 millions de morts de la Seconde Guerre mondiale, les camps de concentration, les fours crématoires, la destruction totale de milliers de villes et de villages notamment en Biélorussie, les expérience médicales… ? L’Ukraine dans l’Europe ? Mais il y a un boulot fou de dénazification à entreprendre auparavant et Dieu sait si elle durera des années et des années… pour ne pas dire des décennies !!! S’il a voulu se prémunir de l’avancée de l’OTAN menaçant son pays, avancée qui est en fait, « un Cuba à l’envers », Poutine, en lançant son opération, n’a pas eu une lubie soudaine.
Dans son livre « La boue de Khrouchtchev », l’historien et publiciste russe Evgueni Spitsine évoque le décret d’amnistie concernant les citoyens soviétiques ayant collaboré avec les occupants pendant la Grande Guerre patriotique. Il est important de mentionner que ce décret publié le 17 septembre 1955 a été signé par Kliment Vorochilov, président du Presidium du Soviet Suprême de l’URSS et Nicolaï Pego, secrétaire du Presidium du Soviet Suprême de l’URSS. Voilà ce qu’on peut lire dans ce décret : « Vu la fin de la guerre entre l’Union soviétique et l’Allemagne et guidé par le principe d’humanité, le Presidium… a considéré qu’il était possible d’appliquer l’amnistie aux citoyens soviétiques… afin de permettre à ses citoyens de retrouver une vie professionnelle honnête et de devenir des membres utiles de la société socialiste ». On comprend mieux alors pourquoi défilent quelquefois dans les Pays baltes des survivants nazis et que leur sont dédiés des monuments ! J’ai peur que l’Europe se soit élargie un peu vite en 2004, non ? Notons qu’entre 1945 et 1955, les gens ciblés par le décret d’amnistie avaient abattu 25 000 militaires, membres des services de sécurité, de la police et des gardes-frontières. Or, en février 1956, soit 5 mois après la signature du décret précité, se tient le 20e Congrès du Parti au cours duquel Khrouchtchev dénonce le culte de la personnalité de Staline. Bravo ! Mais il y a un résultat malheureux : les gens ciblés par le décret sont considérés… comme victimes de la répression stalinienne. Bref, le monde à l’envers. Sont-il devenus pour autant membres à part entière de la société ?
La réponse d’un certain Vassil Zavtazni est éclairante sur les raisons qui expliquent la pérennité du nazisme jusqu’à aujourd’hui en Ukraine. Il suffit de l’écouter pour en être convaincu : « La période de lutte avec le pistolet et la mitrailleuse est terminée. Une autre période est arrivée, une période de lutte pour la jeunesse, une période où il faut s’acoquiner avec le pouvoir soviétique pour la faire renaître sous des slogans bolcheviques. Notre but est de pénétrer dans toutes sortes de postes, d’être autant que possible à la tête de l’industrie, des transports, de l’éducation, à la tête de la jeunesse, d’inculquer à la jeunesse tout ce qui est national ».
C’est pourquoi, aujourd’hui encore, dans les manuels d’écoles primaires, les Russes sont décrits comme des ennemis, des agresseurs et des occupants et il est écrit à propos des habitants du Donbass qu’ils sont des terroristes qui agissent sous les ordres de manipulateurs russes. Par exemple, dans un manuel pour lycéens, on peut découvrir sur la première de couverture, une photo de l’armée ukrainienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Et nos dirigeants européens, dont la cervelle ne dépasse pas celle des petits de l’école primaire justement, gobent toute cette propagande, héritière en droite ligne du nazisme.
Un dernier mot encore confinant à l’absurdité : depuis 1991, les Américains ont investi plus de 5 milliards de dollars dans l’éducation des enfants en Ukraine par l’intermédiaire d’organisations caritatives. Étrange macédoine que ces démocraties et le nazisme ukrainien ! Allez « les veaux » comme avait dit un jour de Gaulle, précipitez-vous aux urnes dimanche pour donner vos précieuses voix à la Nupes de mes fesses et à Ensemble pour foutre la France et l’Europe en l’air ! Bon sang ! C’est sûr qu’ils vont être contents vos enfants et vos petits-enfants, du monde que vous allez leur léguer ».
Philippe Arnon

Mythes et réalités de la Renaissance, avec Guillaume Frantzwa

 


dimanche 18 octobre 2026

Les Conversations de Paul-Marie Coûteaux avec Jean-Christian Petitfils - Révolution américaine, dettes de Necker : les causes de la Révolution

 

Certains livres sont des événements. Jean-Christian Petitfils, travailleur infatigable qui n’est pas sans raison celui de nos historiens dont les ouvrages connaissent la plus large audience, s’est déjà confié pour TVL, relatant sa vie dans une première Conversation diffusée voici trois ans. Il y revint pour nous sur les titres les plus marquants d'une œuvre foisonnante, notamment une biographie ou une "historiographie" de Jésus et celles des cinq rois bourbons. On attendait le couronnement, si l’on peut dire : une histoire complète de la Révolution française.

La voici, monumentale, l’auteur déployant au long de mille et une pages toutes les qualités qu’on lui connait : un talent de plume devenu rare, le soin de saisir l’événement en le plongeant dans l’époque, alliant l’étude de caractères à la sociologie, l’économie à l’histoire des idées - et le courage de détruire quelques idées reçues, dussent quelques vieilles gloires républicaines sortir du Panthéon… Nous avons dû insérer les aspects de cet événement immense et répartir une suite d’entretiens entre quelques grands sujets. Commençons par les causes principales du processus révolutionnaire, moins "démocratique" qu’il ne fut dictatorial, moins libérateur qu’il ne fut terroriste, et moins mécanique qu'il ne fut le résultat d'une suite de circonstances malheureuses - tout ayant pu, à tout moment être rattrapé.


Il faut dire que, après les énormes dépenses de la guerre d’Amérique, les dettes qu’accrut au-delà de toute raison M. Necker, banquier suisse et protestant, avaient de quoi ébranler un édifice monarchique qui, certes fragile, loin de l’absolutisme qu’on lui prête aujourd’hui, n’en avait pas moins assuré la prééminence mondiale incontestée de la France - au risque de susciter nombre de jalousies qui se révéleront acharnées... 

https://tvl.fr/les-conversations-de-paul-marie-couteaux-avec-jean-christian-petitfils-revolution-americaine-dettes-de-necker-les-causes-de-la-revolution

1949 : entrer en guerre froide, avec Justine Faure

 


Terres de Mission n°482 - Nohad Al Chami, la miraculée de saint Charbel

 

Terres de Mission n°482 - Nohad Al Chami, la miraculée de saint Charbel

Eglise universelle : Nohad Al Chami, la miraculée de Saint Charbel

Décédée en mai 2025, Nohad Al Chami, libanaise et mère de 12 enfants, a été l'heureuse bénéficiaire d'un des miracles les plus extraordinaires de Saint Charbel Makhlouf. Marthe Peres présente ce film émouvant distribué par Saje : "Nohad Al Chami - La miraculée de Saint Charbel". Une vie de souffrances transcendée par la foi. 

Eglise en France : Souffrances et espérance de l'Eglise de France

A l'occasion de la venue du pape Léon XIV en France fin septembre, l'ECLJ (Centre Européen pour le Droit et la Justice) a rendu public un rapport extrêmement précis et fouillé sur la situation de l'Eglise en France : "2026. Souffrances et espérance de l'Eglise en France". Constance Avenel présente ce précieux travail.


Eglise en marche : Pèlerinage Summorum Pontificum et rencontres Pax Liturgica

Président du CISP (Coetus Internationalis Summorum Pontificum), Christian Marquant présente le programme des 11èmes rencontres Pax Liturgica le vendredi 23 octobre et du 15ème pèlerinage Summorum Pontificum à Rome le samedi 24 octobre prochains. Mgr Schneider honorera ces événements de sa présence.

https://tvl.fr/terres-de-mission-n0482-nohad-al-chami-la-miraculee-de-saint-charbel

samedi 17 octobre 2026

Non, 1789 n’est pas la liberté !

 

Un soixantième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de Frédéric Le Play.

*****

On a perverti le sens intellectuel et moral de ce pays en lui faisant croire que la liberté date, chez nous, de 1789. Plus j’observe et plus j’arrive à constater que cette date serait plutôt celle de l’amoindrissement graduel de la liberté. 

Notre [peuple] est, parmi tous les autres, le plus opprimé ; dans la vie privée, par le Code civil et les autres règlements de la Terreur, par les monopoles commerciaux et leurs agents, par les légistes et leurs nombreux auxiliaires ; dans la commune et dans les provinces, par le poids des prescriptions réglementaires et la multiplicité des fonctionnaires publics. C’est aussi parmi nous que le pouvoir pèse le plus lourdement sur la province, le département, l’arrondissement, le canton, la commune, la corporation, l’atelier et le foyer. C’est également la France qui, par ses erreurs et ses folles entreprises, a le plus encouru l’inimitié de ses voisins ; c’est elle, enfin, qui, à raison des charmes de son climat et de la richesse de ses productions, excite le plus leurs convoitises.

***

Les provinces ont été un élément essentiel des anciennes prospérités de la France. Elles sont plus que jamais placées parmi les fondements de la constitution sociale, chez les peuples qui prospèrent encore aujourd’hui. Enfin, elles ont été détruites, sans aucune raison légitime, par des hommes passionnés et ignorants ; jamais, en effet, on n’avait articulé un grief contre les circonscriptions provinciales, au milieu des récriminations contre l’Ancien Régime et des entraînements vers la nouveauté qui précédèrent les violences de la Révolution. Toutes les règles tirées de l’expérience et de la raison se réunissent donc pour enseigner que la réforme de la France doit être intimement liée à la restauration de la vie provinciale.

***

La réforme nécessaire de la France ne saurait être amenée par l’avènement de la démocratie. Les notabilités politiques qui prônent en France la démocratie admettent presque toutes implicitement que cette forme de gouvernement repose sur l’égalité forcée des conditions, c’est-à-dire sur la domination des classes inférieures, avec exclusion de celles qui se distinguent par la richesse, le talent et la vertu. Or, l’histoire du passé et l’observation du  présent enseignent qu’un tel régime n’a pu nulle part constituer un gouvernement régulier.

https://www.actionfrancaise.net/2026/10/17/non-1789-nest-pas-la-liberte/

La faille philosophique du marxisme (Henri de Man)

 


vendredi 16 octobre 2026

Quelle armée pour la France ?

 


Le socialisme n’est pas de gauche !

 

Le socialisme n’est pas de gauche !

On a pris l’habitude d’associer socialisme et gauche. Pourtant, dès son origine, le socialisme s’oppose frontalement au progressisme libéral né de la Révolution française. Là où la gauche célèbre le mouvement, l’individu et la table rase, le socialisme originel défend les communautés, l’enracinement et la décence commune. Une opposition radicale que l’histoire a peu à peu effacée… jusqu’à faire disparaître le socialisme lui-même.

L’opposition entre la gauche et la droite vient de la Révolution française. La droite est alors le parti de la Restauration catholique et monarchiste, la gauche au contraire entend affermir et prolonger la Révolution, elle est républicaine et anticléricale. La droite est conservatrice, la gauche progressiste. La droite est le parti de l’ordre et de l’autorité, le sabre et le goupillon, tandis que la gauche est libérale : libérale politiquement, promouvant les libertés politiques contre l’autorité du roi ; libérale de mœurs contre la morale catholique ; libérale économiquement et favorable aux innovations industrielles et scientifiques.

La vie politique du XIXe siècle ne s’arrête pas à ces deux partis. A la gauche progressiste (les bleus) et à la droite réactionnaire (les blancs) s’ajoutent les socialistes (les rouges). Ce mot de socialisme a été introduit en France en 1834 par Pierre Leroux, ouvrier typographe et fondateur du socialisme français, dans un but précis : « j’inventais le terme de socialisme pour l’opposer au terme d’individualisme ».

Cette origine est décisive. Le socialisme originel est une réaction devant l’atomisation de la société. En effet, les communautés traditionnelles sont morcelées par le capitalisme naissant. L’exigence de mobilité, qui commence avec l’exode rural, rompt la vie commune ; la mise en concurrence des travailleurs déchire le tissu social ; l’innovation permanente détruit les traditions et brise le lien entre les générations. L’individualisme libéral sape les formes élémentaires de réciprocité et d’entraide, toute culture commune, toutes les habitudes de vivre et de travailler ensemble sans lesquelles aucune communauté ne peut se maintenir. Le socialisme, comme son nom l’indique, sera d’abord la lutte pour maintenir vivantes les communautés, contre le libéralisme pour qui « la société n’existe pas » (Thatcher), bien avant d’être une lutte économique contre la misère ouvrière.

Pourquoi défendre les communautés ? Parce que les individus isolés sont faibles, vulnérables et exploitables, à la merci de l’État ou de l’argent. Les socialistes, comme Debord, Orwell ou Simone Weil, ont souligné que l’atomisation des sociétés signifiait la désolation, l’isolement et le déracinement, qui permettent tous les asservissements et tous les totalitarismes. Sans communauté solide, pas d’hommes libres. Voilà pourquoi le socialisme originel s’oppose à tous les progressismes de la science, de l’économie et de la politique qui font table rase du passé, afin défendre tout ce qui est indispensable à la survie des communautés. Le socialisme originel est conservateur, il entend réenraciner les hommes déracinés par la modernité industrielle.

Aimer son pays

Le socialisme est naturellement nationaliste et patriote. On « doit aimer, dans un pays, tout ce qui est condition du développement spirituel des individus : le langage, les cérémonies, les coutumes, toute la poésie qui enveloppe la vie d’un pays. On peut et doit aussi aimer tous les pays, mais on a des obligations particulières envers le sien propre » (S. Weil). Les socialistes s’opposent dès le début à l’immigration, dès 1845 (Engels). Ils fondent la fameuse Internationale notamment pour développer la solidarité entre les travailleurs de tous les pays qui fera que les ouvriers belges ne viendront pas briser une grève française en se faisant embaucher à la place des ouvriers français. Le socialisme est, enfin, moral. Il cultive les vertus indispensables à la vie sociale qui sont rongées par « les eaux glacées du calcul égoïste » : la fidélité à la parole donnée, l’entraide et la générosité, le sens de l’honneur. C’est la common decency d’Orwell.

Bref, la gauche progressiste et le socialisme conservateur s’opposent frontalement. La gauche issue de la Révolution française se fonde sur l’idée de Progrès et la philosophie des Lumières. Son ennemi, c’est le réactionnaire, c’est-à-dire tout ce qui freine le Progrès : l’Eglise, la monarchie, mais aussi les traditions populaires, toujours conçues comme arriérées et nauséabondes. Le socialisme issu de la Révolution industrielle se fonde sur l’expérience concrète de l’atomisation des communautés. Son ennemi, c’est le bourgeois, c’est-à-dire tout ce qui détruit les conditions d’une vie digne.

Alliances temporaires et oppositions radicales

Il y eut parfois des alliances temporaires, lors de l’affaire Dreyfus et du Front Populaire. Mais la plupart du temps, les socialistes et la gauche se sont opposés, parfois violemment. En juin 48, Hugo, alors député se range clairement du côté de l’ordre et de la garde nationale contre les ouvriers, incitant les soldats à prendre d’assaut les barricades ; en 1870 la Commune est écrasée dans le sang par Thiers, alors chef de la gauche ; en 1871 Edouard Vaillant proclamait que « Versaillais de gauche comme Versaillais de droite doivent être égaux devant la haine du peuple ; en 1893 le parti ouvrier français appelle à « chasser du pouvoir les voleurs de droite comme de gauche » ; lors de l’affaire Dreyfus, Rosa Luxembourg désigne Jaurès, Zola et la gauche comme « les ennemis de la classe ouvrière » ; en 1919 les spartakistes sont exécutés par un gouvernement de gauche ; en 1920, la SFIO répète qu’elle est un parti révolutionnaire « opposé aux blocs de gauche »…

Après-guerre, le socialisme originel a disparu, avalé par la gauche sociale-démocrate. Rosa Luxembourg avait pourtant mis en garde : l’assimilation des socialistes à la gauche sera « l’anéantissement de toute l’œuvre accomplie par le socialisme ». Effectivement, la gauche a totalement éradiqué le discours socialiste originel à tel point qu’il n’y a plus à gauche de critique sérieuse du capitalisme – tout au plus la volonté d’en réformer quelques excès. Même l’extrême gauche actuelle n’est pas anticapitaliste ni antilibérale, malgré tous ses discours fracassants, parce que son idéologie libertaire et progressiste permet le déploiement total du capitalisme – ce que les socialistes avaient bien vu.

La droite monarchiste et catholique a elle aussi disparu, remplacée par la droite contemporaine, aussi libérale et progressiste que la gauche, à tel point qu’il n’y a plus à droite de critique sérieuse de la modernité – tout au plus la volonté d’en réformer quelques excès. Même l’extrême droite actuelle n’est pas conservatrice ni patriote, malgré tous ses discours fracassants, parce qu’elle promeut l’économie de marché et l’innovation technologique qui détruisent les frontières et les communautés, les traditions et les valeurs morales – ce que les socialistes avaient bien vu.

C’est le fameux mouvement sinistrogyre. La gauche libérale a triomphé des socialistes et de la droite réactionnaire, elle a imposé à tous ses valeurs fondamentales, le libéralisme et le progressisme. Tous les partis politiques français sont d’une manière ou d’une autre libéraux et progressistes, tous sont les héritiers de la gauche. Tous, malgré leurs beaux discours, œuvrent concrètement à la destruction des communautés. Pour combattre l’atomisation, le déracinement et la désolation de l’homme moderne il n’y a donc qu’un moyen : non pas voter, mais s’enraciner, c’est-à-dire s’engager dans une communauté.

Pour approfondir, on lira avec profit Jean-Claude Michéa, en particulier Notre ennemi, le capital.

https://www.revue-elements.com/le-socialisme-nest-pas-de-gauche/

Le « Manuel du royaliste » de Firmin Bacconnier

 

Nous vous proposons ici la lecture de la préface de la nouvelle édition de l’ouvrage, paru aux éditions de Flore, écrite par Frédéric Rouvillois. Certes, sous forme d’article, elle est un peu longue, mais nos fidèles lecteurs, conquis par le texte, ne manqueront pas d’excuser cette prolixité qui, en fin de compte, n’en est pas une tant le sujet est riche.

*****

par Frédéric Rouvillois

Paru d’abord en feuilleton, du 8 au 12 octobre 1903, dans le quotidien monarchiste la Gazette de France, puis, à partir du 4 novembre, sous la forme d’une brochure vendue dix centimes, le Manuel du royaliste de Firmin Bacconnier est l’un des rares exemples d’un « catéchisme » royaliste, un genre pratiquement réservé à la gauche, républicaine, révolutionnaire ou socialiste. Il ne s’agit pas d’un détail sans importance mais de l’indice tangible d’une mutation majeure, à la fois des responsables monarchistes, qui comprennent qu’il est temps de sortir de leur tour d’Ivoire, et du public potentiel, qui désormais ne se limite plus à une élite d’intellectuels capables de lire des ouvrages longs et complexes, ou à des populations traditionnellement catholiques et monarchistes, qui n’ont nul besoin d’être converties à un royalisme auquel elles adhèrent depuis toujours, et ce, qu’elles appartiennent à l’aristocratie, à la bourgeoisie ou à la paysannerie. Avec ce nouvel outil de propagande, l’objectif est de « royaliser le pays », ou plus exactement, de le « re-royaliser », les monarchistes, légitimistes et orléanistes, n’ayant en effet perdu la majorité à la Chambre des députés, puis au Sénat, qu’une vingtaine d’années auparavant, même s’il est vrai que le nombre de leurs représentants et leur impact politique s’effondre depuis le début des années 1890 et le « Ralliement ».

Comme le fait observer Olivier Dard, cette période est aussi celle de la « mise sur orbite » d’un grand parti catholique, l’Action Libérale Populaire (ALP), fondé par d’anciens royalistes comme Jacques Piou, « l’homme du Ralliement », et le comte Albert de Mun, celui du catholicisme social : un parti dont l’objectif principal est d’intégrer des catholiques, jusque-là attachés à la monarchie, dans une République qui non seulement reste anticléricale, mais qui semble l’être de plus en plus, avec l’idée de la réformer de l’Intérieur. Créé en 1901, ce parti vient de remporter un succès significatif aux élections législatives de 1902, formant un groupe de quatre-vingts députés principalement issus de la mouvance monarchiste ou de l’ancien « groupe antisémite » d’Édouard Drumont. Face à ces conservateurs honteux, à ces royalistes qui n’osent plus dire leur nom ni défendre leurs idées, la mise en place d’une propagande populaire trouve évidemment un sens nouveau : d’où, la rédaction du Manuel, qui sans inutiles attaques ad hominem, n’en conteste pas moins la démarche qui a conduit à la création de l’ALP : « Nous sommes les plus faibles, donc il faut céder, céder d’abord ceci, et puis ceci, et cela, et cela encore ». « Jamais des citoyens dignes de ce nom », rétorque Bacconnier, « ne voudront tenir un pareil langage ni s’y rallier » – le terme n’a pas été employé par hasard. « Sommes-nous les plus nombreux ou les moins nombreux ? Peu importe : nous pouvons être les plus forts ».

À ce propos, on notera aussi, dans la préface, une remarque importante de Maurras et qui vaut pour l’ensemble des « néo-royalistes », autrement dit, pour le Manuel de Firmin Bacconnier comme pour l’Enquête qu’il est en train de mener, et qu’il n’achèvera que six ans plus tard : dans les deux cas, souligne-t-il, l’innovation ne concerne que la méthode, les objectifs et la démarche scientifique, pas le fond ni les conclusions, qui se situent explicitement dans le prolongement de la tradition contre-révolutionnaire : et d’évoquer Bonald, cité par Bacconnier comme il le sera « dans cette Enquête sur la Monarchie, qu’on a accusée, bien à tort, d’originalité comme de nouveauté. L’Enquête », poursuit Maurras, « n’a fait qu’adapter aux nécessités du moment une doctrine aussi ancienne que la France et que la civilisation. Bonald nous en avait donné des formules qui sont peut-être les plus fortes qu’on eût présentées depuis Bossuet. Il suffisait donc de traduire dans la langue moderne ces deux maîtres, auxquels je ne peux m’empêcher d’associer Auguste Comte, (à mon sens, le plus grand des trois), en utilisant les études accumulées par leurs successeurs et par leurs devanciers ».

Pour revenir au petit livre de Bacconnier, on observera attentivement son titre : Manuel du royaliste, et non du royalisme. L’objectif n’est pas d’expliquer la doctrine – comme le fera plus tard le (faussement modeste) Petit Manuel de l’Enquête sur la monarchie, 228 pages en caractères serrés dont l’Avis au lecteur précise qu’il est « destiné à répandre l’idée et la méthode de l’Enquête ». Ce n’est non plus de la synthétiser, ainsi que s’y emploie Maurras avec Dictateur et roi, qu’il présente en cette même année 1903 comme « la préface naturelle » aux réflexions qui « ont pu contribuer à la nouvelle évolution royaliste ». Il s’agit, avec ce Manuel, d’en proposer une version abrégée et « populaire », un « résumé » indispensable au travail de propagande. Le Manuel est donc conçu comme un moyen de répondre brièvement, clairement et simplement aux questions sommaires que pourrait (se) poser le premier venu sur la royauté et sur les raisons apparemment baroques qui justifient sa défense, cent-dix ans après la mort de Louis XVI et trois décennies après le re­noncement du comte de Chambord. Des questions auxquelles tout royaliste a forcément été confronté, qu’il ait milité sous la présidence d’Émile Loubet, comme Firmin Bacconnier, sous celle d’Albert Lebrun, comme Pierre Boutang, ou sous celle d’Emmanuel Macron, questions dont la plus banale est l’inénarrable « Et si le roi était fou ? », et la plus importante : « Ne serait-il pas plus raisonnable de laisser les gens choisir eux-mêmes leur chef ? ». En bref, le Manuel du royaliste ne se veut rien de plus qu’un outil de propagande. C’est en cela qu’André Buffet déclare à la Gazette de France que « le manuel est complet et il n’y a rien à reprendre ». C’est pour cela également que l’éditeur insiste sur l’importance du portrait du Prince, le duc d’Orléans, destiné à manifester l’incarnation de l’idée monarchique dans une personne : « Hier samedi, de nombreuses demandes du Manuel de Firmin Bacconnier nous sont arrivées de tous les points de la France, et nous serions en mesure de livrer les premiers exemplaires sans les retards apportés à la gravure du portrait du Prince. Nous avons pensé, en effet, qu’un Manuel du royaliste serait incomplet sans un beau portrait du Roi ; aux principes de la politique française, doit être associée l’image du Chef de la Maison de France, l’héritier des fondateurs de notre Nation qui, pendant huit cents ans, ont représenté ces principes vitaux ».

Conçu pour un public impatient de bénéficier de ce type d’ouvrage de combat, le Manuel du royaliste va connaître immédiatement un large succès, pour la plus grande irritation des républicains, qui observaient depuis une dizaine d’années le royalisme disparaître peu à peu du paysage politique. C’est ce que raconte Maurras en se tenant les côtes, ravi du bon tour que le Manuel vient de jouer aux ennemis de la royauté : « Aux premiers jours de l’Enquête sur la Monarchie, les républicains écrivaient : — Cela peut être vrai, mais comme c’est abstrait, dur, sec et pénible à s’assimiler ! Passe-temps de docteurs ! Jamais vous ne pourrez gagner ainsi la foule ! Vous êtes bien incapables d’aller au peuple !

Depuis que le Manuel de Bacconnier, vendu en moins d’un mois à 60 000 exemplaires, court les faubourgs des grandes villes et les hameaux de la campagne, les républicains commencent à crier que nous abusons de la simplicité et de l’ignorance.

L’un d’eux, M. Fernand Rabier, député du Loiret et collaborateur de l’Aurore, disait l’autre jour, tout naïvement, la surprise et l’inquiétude que lui causaient les vifs progrès du Manuel du royaliste dans les localités de sa circonscription. Décrivant avec une ignorance primaire les horreurs et les hontes de l’Ancienne France (famine et Parc aux cerfs, comme vous savez !) le bon député-journaliste déplorait les retouches que ce dangereux Manuel ne manquerait point d’apporter à son véridique tableau. M. Fernand Rabier plaignait donc les pauvres d’esprit exposés sans défense aux cyniques mensonges de ce détestable et perfide Bacconnier ; mais en revanche, il se félicitait, lui et quelques autres fortes têtes de ses amis, d’échapper par l’immensité de son savoir, à la peste du Manuel ».

Le 29 janvier 1910, un journaliste de La Savoie républicaine signale qu’avant le banquet organisé à Chambéry pour la fête des Rois, trois Camelots venus exprès de Grenoble, « par leur voix sonore et leur belle attitude, ont fait sensation à la sortie des messes de la Cathédrale et de Notre-Dame, et ce qui est mieux, ont réalisé une vente merveilleuse de numéros de l’Action Française et de brochures Manuel du Royaliste ». Même remarque dans le Journal du Midi du 10 octobre 1910, à propos d’une réunion organisée près de Nîmes, à Saint-Quentin-la-Poterie sous l’éminente présidence de M. de Pougnadoresse : « À la sortie les camelots vendaient l’A-B-C du Royalisme social et le Manuel du Royaliste de Firmin Bacconnier. Les exemplaires s’enlevaient. La propagande est ainsi toujours active ; nos amis ne connaissent pas le découragement. Ils ont la foi qui fait les vainqueurs ».

Maintenant, un siècle et vingt ans après la parution du Manuel, la vraie question est de savoir pourquoi le lire, et d’abord, comment.

Que l’on soit un intellectuel organique, un militant de base ou les deux à la fois, il est bien évident que l’on ne peut aborder un tel ouvrage sans prendre en compte le fait que le monde où nous vivons a quelque peu changé depuis 1903 : le monde, et les problèmes politiques et autres qu’il pose aux royalistes, et au royalisme.

Certains de ces problèmes, jadis essentiels, ont tout bonnement disparu : la question du parlementarisme, par exemple, évidemment majeure durant la première moitié du XXe siècle, a fini par être neutralisée par la mise en place de la Ve République, dont l’un des résultats les plus tangibles fut d’enlever au Parlement sa place dominante et de réaffirmer le rôle déterminant du pouvoir exécutif… D’autres n’ont plus la même actualité (la franc-maçonnerie, même si les lecteurs du Da Vinci code diront le contraire), ou se sont transformés, parfois radicalement : c’est le cas de ce que l’on appelait à l’époque « la question juive ». Le lecteur du Manuel constatera à ce propos que si cette dernière apparaît, elle n’est en réalité qu’assez peu présente, ce qui ne manquera pas de surprendre ceux qui s’obstinent à considérer le royalisme maurrassien comme fondamentalement antisémite. Si tel était le cas, la question reviendrait à chaque page, à chaque ligne, sur un mode obsessionnel, comme c’est le cas dans les articles hallucinés du publiciste Édouard Drumont ou dans les brochures monomaniaques de la Ligue antisémitique, pour qui le Juif est le mal en soi, ou l’unique cause du mal. Dans le Manuel du royaliste et dans la préface de Maurras, il n’apparaît qu’à trois ou quatre reprises, soit en tant qu’allié naturel du régime républicain, soit comme menace contre la nation (ayant d’autres allégeances), soit en tant que (l’un des) bénéficiaire(s) du capitalisme déréglé issu de la Révolution par l’intermédiaire de la loi Le Chapelier. Ce n’est pas contre « le Juif » en tant que tel que l’on en a, mais contre des périls spécifiques (La République, l’internationalisme, le capitalisme anarchique) auxquels on le rattache. Ce qu’il faut en déduire, si l’on procède honnêtement, c’est qu’il existe certes une dose d’antisémitisme dans le néo-royalisme maurrassien, mais que celle-ci n’est nullement dominante : elle est même secondaire, consécutive et largement conjoncturelle, l’introduction de cette thématique très populaire ayant visé pour l’essentiel à mordre sur un public d’ouvriers, d’employés ou de petits commerçants qui y était particulièrement sensible et qui, jusqu’alors, boudait ostensiblement le royalisme en raison de ses accointances supposées avec la haute bourgeoisie juive incarnée par Arthur Meyer, le directeur du grand quotidien conservateur Le Gaulois.

Mais ce que le royaliste de bonne foi est obligé de constater un siècle et vingt ans après, ce n’est pas une disparition, mais bien une inversion du « problème juif » – alors que les positions les plus vigoureusement nationales sont défendues au premier chef par des Juifs (Éric Zemmour, Alain Finkielkraut, Élisabeth Levy), que certains des plus brillants héritiers de Maurras, de Pierre Boutang à Gérard Leclerc, se sont illustrés dans le débat avec les grands penseurs juifs (Daniel Halévy, Martin Buber, Emmanuel Lévinas, Georges Steiner, Jean-Marie Lustiger), et que les thèses antisémites sont revenues à l’extrême gauche, là où elles avaient fleuri à l’origine, tout en se combinant avec un discours violemment antinational, pro-migrant et communautariste.

Enfin, certains autres problèmes sont apparus, inimaginables au début du XXe siècle, qu’il s’agisse de la dissolution de la souveraineté française dans l’ensemble européen, des migrations de masse, de la remise en cause radicale du modèle de la famille et de la paternité, de la mécanisation et de la robotisation du monde, de l’atome, du transhumanisme et maintenant de l’intelligence artificielle : autant de mutations qui, bien entendu, perturbent le catéchisme de Firmin Bacconnier – qui, au fond, s’adressait à un homme qui pour l’essentiel était le même que celui auquel parlaient Aristote, Descartes, Bossuet ou Bonald, un homme identique à lui-même au sein d’un monde à peu près stable, mais qui ne va plus le rester bien longtemps : c’est en 1903, au moment précis où paraît le Manuel, que les frères Wright construisent le premier avion à moteur.

En résumé, à la question du « comment ? » (lire cet ouvrage), la réponse s’impose d’elle-même : avec un regard critique, une distance suffisante et une méfiance à l’égard des anachronismes : pas question de plaquer sur les réalités actuelles l’ensemble des analyses développées il y a douze décennies. S’il faut le lire, c’est de façon pondérée, réfléchie, en se demandant à chaque instant comment l’outil que l’on a en main pourra servir la cause telle qu’elle se présente aujourd’hui.

De là, on passe donc à la question du « pourquoi ? » – pourquoi est-il pertinent de lire aujourd’hui ce petit ouvrage de cent-vingt ans ?

Eh bien, s’il est pertinent et utile de le faire, c’est précisément parce que les nouveaux problèmes – ceux qui échappaient forcément à Bacconnier et dont on pourrait croire qu’ils le rendent obsolète –, accroissent au contraire son intérêt et l’urgence de sa lecture. Ce qui a changé rend en effet plus pressante que jamais la nécessité d’agir afin de conserver ce qui est vraiment précieux ; ce qui fonde la civilisation, et qui paraît, en même temps que celle-ci, infiniment plus fragile qu’il y a cent-vingt ans, où un certain ordre naturel, le respect de certains principes, l’amour de la patrie, semblaient aller de soi à toute personne normalement constituée. À l’époque, seuls les monstres et les fous échappaient à la règle commune, et l’essentiel pouvait paraître hors d’atteinte, ce qui n’est malheureusement plus le cas de nos jours. Sur ce plan, ce que le philosophe anglais sir Roger Scruton, appelait « l’urgence d’être conservateur », et que nous appellerions, nous, « l’urgence d’être monarchistes », est donc plus grande que jamais, même si sa mise en œuvre et sa réalisation n’ont jamais semblé aussi difficiles. D’où l’intérêt de lire, de relire et de faire lire ce précieux petit manuel.

https://www.actionfrancaise.net/2026/10/16/le-manuel-du-royaliste-de-firmin-bacconnier/

mardi 13 octobre 2026

Le Pape, la civilisation et l’Ancienne France

 

Combat royaliste 146

Par Philippe Germain

La République va si mal que certains estiment que le président Macron voudrait entrer en guerre contre la Russie pour reporter les élections et rester au pouvoir. Possible… mais de toute façon un changement de président en 2027 ne réglera rien puisqu’il ne sera pas au service des intérêts de la France mais à celui des affiliés du parti qui le soutient. De plus, une présidente social-populiste sera immobilisée par l’État profond qu’a verrouillé Emmanuel Macron espérant se représenter en 2032.

Les nationalistes intégraux, eux, doivent profiter de la campagne 2027 pour devenir force de proposition, sur les sujets Institutionnels, Industriels et Civilisationnels, négligés par les candidats. D’autant que le changement de cap anti-laïciste de Mélenchon sur le port du voile et la célébration des racines chrétiennes de la France par le pape Léon XIV ont mis en avant le sujet civilisationnel. Au Stade de France, il y a eu ce défilé des saints. Une mise en ordre forte de la société. Avec un roi de France symbole de la justice et Jeanne d’Arc symbole de l’indépendance nationale. Ce défilé a été salué par la Vieille France mais aussi regardé avec inquiétude par lestenants de la Nouvelle France.

Eh oui, nous sommes au seuil d’un changement d’époque, car au-delà de la mondialisation, la modernité est allée au bout de ses échecs. Souvenons-nous que lorsque le pape Jean-Paul II était venu en France à l’occasion de l’anniversaire du baptême de Clovis, il avait décidé de faire un peu profil bas sur la question, même s’il était allé célébrer la messe à Reims. En revanche, le pape Léon XIV, lui, n’a pas hésité à évoquer le baptême de Clovis devant Emmanuel Macron.

Alors oui, il est temps, et d’abord pour le personnel de l’Église, de se poser la question : toutes les civilisations se valent-elles ? Dans un pays où, du fait de l’immigration, la présence des musulmans est de plus en plus importante, la question de l’islam se pose forcément avec de plus en plus d’intensité. Certes, depuis Vatican II, un point de vue de bienveillance s’est imposé, dans la tonalité de la déclaration Nostra ætate « sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes », mais il a été révisé par la déclaration de Ratisbonne du pape Benoît XVI sur l’islam.

Sur la question des migrants, souvent musulmans, Léon XIV exprime sa continuité avec le pape François, mais avec rééquilibrage. Il insiste sur l’accueil, mais avec une nouveauté importante : l’accueil comporte impérativement l’évangélisation. Léon XIV introduit aussi la notion d’identité culturelle du pays d’accueil : « Chers frères migrants, il vous revient une part noble et nécessaire de ce chemin : vous ouvrir avec confiance à la communauté qui vous accueille, apprendre sa langue, respecter ses lois, connaître ses coutumes, participer à la vie commune et offrir avec gratitude vos dons ». Pour Léon XIV, « s’il existe un droit de chercher refuge lorsque la vie est menacée, il existe aussi le droit de ne pas avoir à migrer : le droit de rester chez soi sans faim, sans guerre, sans persécution, sans violence ». Oui, un changement d’époque indiscutable pour les cardinaux et évêques…

Œuvrer à la campagne présidentielle : République 2027 déconstruction ou chaos ?, 2027 heure néomaurrassienne, 2027 ne réglera rien, 2027 deux populismes s’affrontent, 2027 Européanisation et créolisation contre identité française, 2027 civilisationnel industriel institutionnel, 2027, remplacement ou rechristianisation ?

https://www.actionfrancaise.net/2026/10/13/combat-royaliste-146-le-pape-la-civilisation-et-lancienne-france/

Zoom – Jean-Michel Jacquemin-Raffestin : BlackRock tire les ficelles de la transition écologique

 

Zoom - Jean-Michel Jacquemin-Raffestin : BlackRock tire les ficelles de la transition écologique

BlackRock tire-t-il les ficelles de la transition écologique ? Dans "Climarnaque 2", Jean-Michel Jacquemin-Raffestin dénonce les intérêts financiers et politiques qui, selon lui, se cachent derrière la lutte contre le réchauffement climatique.

Du rôle de l’ONU et de l’Agenda 2030 aux politiques énergétiques européennes, il s’interroge sur les objectifs réels de cette transformation et sur ses conséquences pour les populations. Nucléaire, éoliennes, pollution plastique, contrôle par la fiscalité : qui profite de cette nouvelle économie verte ?


Et derrière ces politiques, l’auteur voit se dessiner un projet bien plus radical, qui menacerait jusqu’à la liberté et à l’existence même de l’homme.

Acheter le livre

https://tvl.fr/zoom-jean-michel-jacquemin-raffestin-blackrock-tire-les-ficelles-de-la-transition-ecologique

lundi 12 octobre 2026

Pourquoi il faut banaliser Charles Maurras

 

Le 1er octobre dernier déjà, nous évoquions ce sujet, aujourd’hui François Marcilhac revient sur l’épisode avignonnais concernant Maurras…

*****

par François Marcilhac

Le 2 octobre 2026, à Avignon, la Maison de la culture provençale proposait une conférence sur les textes provençaux d’auteurs qui ont écrit la majeure partie de leur œuvre en français, baptisée « Ils ont aussi écrit en provençal : le saviez-vous ? » Parmi eux figurait Charles Maurras, avant qu’une cabale d’extrême-gauche, pétition à l’appui, n’obtienne la déprogrammation des textes en provençal du maître de l’Action française qui fut aussi Félibre et disciple de Frédéric Mistral.

LFI, LDH, « libre » pensée : ces milices de la bien-pensance

Le directeur des bibliothèques d’Avignon, Jérôme Triaud, avait eu beau répondre que les textes présentés, qui ne sont ni politiques ni idéologiques, étaient en revanche constitutifs de l’histoire du Félibrige, rien n’y a fait. Dans une inversion des principes dont l’extrême-gauche est coutumière, LFI a considéré que programmer Maurras « ce n’est pas faire œuvre de pluralisme, c’est bâillonner l’histoire » (sic). La « Libre » pensée et la Ligue des « droits » de l’homme du Vaucluse ont immédiatement emboîté le pas à la formation néostalienne de Jean-Luc Mélenchon en condamnant, à propos de cette programmation « la banalisation d’une pensée d’extrême-droite ». Et la LDH d’écrire, sans vergogne, dans un communiqué : « Une bibliothèque publique n’est pas un espace neutre lorsqu’elle choisit de mettre à l’honneur des textes et des auteurs. Elle exerce une responsabilité particulière : transmettre les savoirs, éclairer l’histoire et contribuer à la formation de l’esprit critique ». Quant aux signataires de la pétition de s’exclamer : « Charles Maurras n’est pas un félibre parmi d’autres dont on pourrait célébrer les textes “apolitiques” en toute tranquillité, à la faveur d’une simple ‘recontextualisation’ » — « recontextualisation » à laquelle s’étaient tout d’abord résolues bibliothèque et mairie avant de se coucher devant les milices de la bien-pensance d’extrême-gauche : « On préfère avoir une conférence sereine », a indiqué Bernard Deschamps, à l’origine de la Semaine provençale, sous la pression du maire. Une colonne vertébrale ne s’achète pas au magasin des accessoires.

Une extrême-gauche décomplexée

Le climat va devenir de plus en plus lourd non seulement pour la liberté d’expression mais aussi pour la science, des universitaires ou prétendus tels faisant passer leur idéologie mortifère avant la connaissance en allant jusqu’à préconiser avec cynisme l’effacement pur et simple de la littérature et de la mémoire nationales des auteurs qui ne leur plaisent pas, un peu comme Staline faisait retoucher les photographies pour en effacer les visages de ceux qui ne lui plaisaient plus et qu’il avait fait assassiner. Mais le cas de Maurras est encore plus grave : il ne s’est, lui, jamais compromis avec un quelconque totalitarisme. Il a toujours fait droit… aux droits de l’intelligence, sans réserve aucune. Quant au quotidien L’Action française, il était réputé le plus large d’esprit en matière littéraire et artistique. Mais qu’importe à ces miliciens de la pensée (« universitaires » et militants de gauche aussi incultes que malveillants) qui résument Maurras à un racisme qu’il a toujours dénoncé et à des discours de haine qu’ils confondent avec une verve polémique largement partagée à l’époque — ainsi Le Populaire de Blum du 1er novembre 1935 — mais Blum ne signe pas l’article — appelle-t-il à « abatt[re] » Maurras (et Béraud) « comme des chiens » en raison de leur opposition aux sanctions contre l’Italie. Mais le plus grave, c’est qu’après l’annonce du retrait, les auteurs de la pétition ont salué une « victoire », tout en appelant à maintenir la vigilance face à ce qu’ils présentent comme une « influence rampante de l’extrême-droite ». Nous sommes face à une extrême gauche décomplexée qui n’hésite plus à s’attaquer aux écrivains et aux œuvres de l’intelligence pour étendre son influence à la faveur d’une dénonciation pseudo-morale qui vise simplement à interdire tout débat intellectuel, tout enrichissement par la pensée de l’autre, tout discours déviant d’une bien-pensance qui ne peut s’épanouir que sur la négation de toute divergence. Ces acteurs de la cancel culture ne visent rien moins qu’à annuler toute dissidence, voire, s’ils réussissaient, toute interrogation, le fait même de s’interroger devenant un signe d’esprit critique, autant dire de mal-pensance.

Un livre de Maurras en main

C’est pourquoi notre seule réponse ne peut consister que dans un refus clair et dynamique de cette mainmise du totalitarisme d’extrême gauche. Oui, nous ferons tout pour banaliser la pensée de Charles Maurras, c’est-à-dire la faire partager le plus largement possible à nos compatriotes, dans un esprit critique envers nous- mêmes (« la tradition est critique », nous a lui-même enseigné Maurras) : ainsi d’un antisémitisme, part la moins originale et la moins constitutive de la pensée de Maurras, et dont notre tradition nationaliste s’est heureusement débarrassé depuis longtemps — quand LFI en fait aujourd’hui la promotion. Et nous refuserons également qu’au-delà du politique, des écrits de pure littérature et de pure poésie puissent être censurés sous prétexte qu’ils auraient été composés par Charles Maurras. Nous n’accepterons pas que notre jeunesse, déjà en perte de repère, se trouve par là-même privée de la connaissance et de la jouissance intellectuelle d’un des plus grands prosateurs français du XXe siècle et d’un authentique poète. Un livre de Maurras en main, nous nous opposerons à tous ceux qui veulent bâillonner la culture.

P.S. : Nous venons d’apprendre que les Universités du mouvement « Oser la France » de l’ancien député et vice-président de LR Julien Aubert devaient se tenir le samedi 17 octobre à Avignon avec pour invités Sarah Knafo et François Fillon. Et que ces mêmes milices d’extrême-gauche ont fait annuler l’événement. MANIFESTEMENT, L’ORDRE RÈGNE À AVIGNON !

https://www.actionfrancaise.net/2026/10/12/pourquoi-il-faut-banaliser-charles-maurras/