vendredi 17 juillet 2026

Rénovation ou électrification : un think tank remet en cause vingt ans de politique climatique du bâtiment

 

Alors que la consultation publique sur la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3) s’est achevée début juillet, l’Institut TerraWater publie deux travaux qui viennent questionner vingt ans de politique publique en matière de décarbonation des bâtiments. Une note d’analyse, intitulée « La rénovation énergétique, priorité pour le climat ? », et un rapport de fond, « Accélérer l’électrification des bâtiments », défendent une thèse commune : la rénovation thermique n’aurait jamais dû constituer le premier acte de la décarbonation du secteur, ce rôle revenant selon l’institut à l’électrification des usages, notamment via les pompes à chaleur.

Un rapport bâti sur six mois de croisement de données

Le rapport de l’Institut TerraWater ne prétend pas produire de données inédites, mais rassembler et croiser des informations aujourd’hui dispersées entre administrations, énergéticiens et filières industrielles. Fruit de près de six mois de travaux menés entre le printemps 2025 et le printemps 2026, il mobilise les sources de 25 organismes — SDES, CITEPA, CEREN, RTE, ADEME, ANAH, CSTB, INSEE, Cour des comptes, GRDF, Enedis, entre autres.

« La question prioritaire aurait toujours dû être : comment le bâtiment doit-il sortir des énergies fossiles, à quelle vitesse, et quel ordre de priorité donner aux différentes stratégies possibles », explique Myrto Tripathi, directrice générale de l’Institut TerraWater, citée dans le communiqué de présentation.

Le bâtiment, un poids sous-estimé dans les émissions françaises

Selon la méthodologie retenue par TerraWater, le bâtiment représenterait 24 % des émissions territoriales françaises, contre 19 % dans les approches traditionnelles — le seul chauffage, hors autres usages, en devenant ainsi le deuxième poste d’émissions de CO2 en France après les transports. Le rapport évalue à environ 13 millions le nombre de chaudières fossiles encore en service dans le pays, dont 10 millions seraient toujours en fonctionnement en 2050 en l’absence d’action supplémentaire.

L’institut avance que le chauffage représente 55 % de la consommation française de gaz naturel et 77 % de celle du bois, contre 8 % seulement pour les produits pétroliers. Le secteur du bâtiment capte par ailleurs déjà 70 % de la production électrique française.

Un différentiel de coût mis en avant entre rénovation et électrification

L’argument économique occupe une place centrale dans les deux publications. TerraWater chiffre le coût d’abattement carbone de la rénovation énergétique, lorsqu’elle n’est pas couplée à l’électrification, à plus de 500 euros par tonne de CO2 évitée — un montant qui grimperait jusqu’à 2 500 euros dans certains cas, comme celui d’un immeuble collectif dont les chaudières gaz individuelles sont conservées. À l’inverse, le coût d’abattement de l’électrification sans rénovation serait compris entre 250 et 400 euros par tonne, l’institut évoquant même des coûts plus bas encore en maison individuelle avec des systèmes air-air non subventionnés.

Sur le plan macroéconomique, le rapport souligne que le soutien public cumulé à la rénovation énergétique dépasserait 15 milliards d’euros depuis 2022, pour un coût total estimé entre 500 et 1 000 milliards d’euros à terme — un montant que le document compare à celui de la reconstruction du système électrique français, évalué à 900 milliards d’euros sur trente ans selon RTE.

Le rapport formule vingt recommandations organisées autour de quatre axes : mobiliser les gisements d’électrification rapide, évaluer la rénovation énergétique à partir de son coût réel par tonne de CO2 évitée, susciter un choc d’offre sur les pompes à chaleur, et responsabiliser propriétaires et collectivités. Pour TerraWater, l’enjeu n’est pas de mobiliser davantage d’argent public, mais de réorienter les moyens déjà engagés.

Un débat qui n’est pas tranché

Cette lecture n’est toutefois pas consensuelle. Le Haut Conseil pour le Climat a, à l’inverse, recommandé début 2026 d’augmenter le soutien public global aux rénovations énergétiques globales, quand la Cour des comptes a préconisé de son côté la suppression des Certificats d’économie d’énergie, dont les gains seraient, selon elle, surestimés. Le sujet est également investi politiquement : lors des législatives de 2024, le Nouveau Front populaire avait inscrit dans son programme l’objectif de 100 % de rénovation énergétique du parc bâti.

Le calendrier institutionnel donne un relief particulier à la publication de TerraWater : la consultation publique sur la SNBC 3, qui fixe la trajectoire française de neutralité carbone jusqu’en 2050, s’est achevée le 5 juillet. Le texte, dans sa version soumise à consultation, intègre déjà davantage la place de l’électrification, en écho au plan national présenté au printemps 2026, et prévoit un calendrier de sortie des énergies fossiles allant de 2030 pour le charbon à 2050 pour le gaz. Son adoption par décret est annoncée « le plus tôt possible » cet été.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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jeudi 16 juillet 2026

Le 18 juillet 1936 recommença la guerre civile espagnole

 

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Michel Festivi

Je tiens de mon ami Pío Moa, le grand historien espagnol qui a complètement revisité cette période, grâce essentiellement à des documents de premières mains, venant du PSOE, cet article sur les causes de la reprise des combats fratricides, le 18 juillet 1936. Pío Moa tient un blog d’une rare qualité historique et documentaire : Más españa y más democracia, très facilement accessible. Ceux qui lisent l’Espagnol peuvent le consulter.

A) Les 17 et 18 juillet 1936, ne commença pas la guerre civile. Elle se réactiva. Son point de départ fut l’insurrection du PSOE, des gauches espagnoles, des séparatistes catalans, des anarchistes en octobre 1934. Ce fut selon Pío Moa « la première bataille de la guerre civile ». Dans tous ses ouvrages Pío Moa le démontre implacablement, et plusieurs historiens depuis lors, reprennent cette analyse (1). Le républicain Salvador de Madariaga, qui fut député, diplomate et ministre républicain écrira en exil : « le soulèvement de 1934 fut impardonnable... Avec la révolte de 1934, la gauche espagnole perdait jusqu’à l’ombre d’une autorité morale, pour condamner le soulèvement de 1936 ».

B) L’insurrection qui a sauvé l’Espagne du communisme, et qui la sauvera entre 1940 et 1945 du nazisme, aurait dû échouer, mais heureusement, il n’en fut pas ainsi. Les gauches avaient orchestré, grâce à la IIIe internationale et à ses relais, une propagande massive pour « sauver la république », alors qu’en réalité, les archives moscovites prouveront que le but était de faire de l’Espagne une colonie soviétique, un premier essai de « démocratie populaire», comme l’avait prédit l’un des chefs du POUM Julían Gorkin. Un ouvrage qui vient d’être juste publié en Espagne le démontre (2). Un communiste espagnol, Fernando Claudín écrira, bien plus tard : « les services secrets staliniens, agirent en Espagne comme ils auraient pu le faire dans la République populaire de Mongolie ».

C) Si octobre 1934 fut le premier coup d’État des gauches espagnoles, le second furent les fraudes, manipulations, violences, lors des élections de février 1936, qui amenèrent les partis du Front populaire au pouvoir. Ces violences et fraudes ont été aujourd’hui totalement démontrées et attestées (3), et de nombreux historiens comme Stanley Payne les avalisent. Ces fraudes ont amené à la destitution illégale du président de la république, Alcalá-Zamora, le 7 avril 1936.

D) Ce double coup d’État n’a été rendu possible que grâce aux inconséquences et aux incompétences des hommes politiques républicains modérés, qui ont cru pouvoir s’allier avec les pires extrémistes, pour s’en repentir ensuite, tel Manuel Azaña. Une situation qui se retrouve, peu ou prou, dans bien des circonstances, dans de nombreux pays, en France comme en Espagne et ailleurs, hier et aujourd’hui.

E) Le Front populaire fut une alliance, comme le décrit Pío Moa, entre partis soviétisant et séparatistes, nullement démocratiques bien au contraire, les anarchistes de la CNT et la FAI, très puissants alors, contribuèrent fortement aussi aux crimes, incendies et destructions. Le PSOE, le plus grand parti politique de masse, était totalement bolchévisé depuis 1933, sous la houlette de son chef, Largo Caballero dit « le Lénine espagnol ». D’ailleurs au printemps 1936, les jeunesses socialistes et communistes fusionneront dans la JSU, comme les syndicats socialistes et communistes, l’UGT et la CGTU. Les partis socialistes et communistes catalans aussi dans le PSUC. Le PSOE et le PCE devaient se fondre dans un parti unique du prolétariat, sans l’arrivée de la guerre civile, les archives du Kominterm démontrent que cette politique était téléguidée par Moscou, ses agents et ses financements, sous la direction de Georgi Dimitrov, le secrétaire général du Kominterm, qui mettra en place la politique dite des Fronts populaires. (4)

F) Si le front populaire espagnol perdit la guerre civile, la cause en fut essentiellement les discordes majeures entre les communistes qui entendaient militariser les troupes et cacher la révolution, alors que les anarchistes et les antistaliniens voulaient supprimer la discipline, les grades, les ordres et qu’ils proclamaient la fin d’un système libéral au grand jour. Ces deux fractions se firent la guerre en mai 1937, puis encore en mars 1939. Le camp national avait fait son unité, en octobre 1936, sous la houlette du général Franco, qui devint généralissime des armées nationale et chef de l’État à Burgos. (5)

G) Staline entendait mettre définitivement le pied en Espagne ou dans une partie de l’Espagne, et pour cela, faire croire aux Français et aux Anglais, grâce aux Brigades internationales, qu’il luttait pour défendre une « république démocratique », summum de la propagande soviétique. Il avait aussi pour but d’éloigner tout conflit des frontières de l’URSS, en faisant s’affronter sur le sol espagnol, Allemands, Italiens et « républicains », par le biais des brigadistes internationaux (60.000 environ), et par les armes, avions, tanks, matériels et approvisionnements divers qu’il fournissait aux forces de gauche qu’il choisissait, grâce à l’or de la Banque d’Espagne, qui était arrivée à Odessa, dans la plus grande discrétion, en octobre 1936, et qui en fit le maître de la zone révolutionnaire. Ce fut pour l’URSS une très bonne affaire, s’accaparer l’or de l’Espagne, et envoyer comme soldats la plupart des communistes du monde entier, sauf des Russes, qui étaient essentiellement des conseillers techniques, « des diplomates », des policiers, des agents de propagande. Avec l’argent espagnol Staline se battait en Espagne, par procuration.

H) Enfin de très nombreux républicains de la première heure durent s’exiler dès l’automne 1936, pour ne pas être assassinés par les hordes miliciennes, comme le docteur et député Gregorio Marañón, la députée Clara Campoamor, l’ex ministre de l’Intérieur Miguel Maura, le rédacteur en chef de la Vanguardia de Barcelona, Augustí Calvet dit Gaziel, le député et philosophe, José Ortega y Gasset, les écrivains comme Azorín et Rámon Pérez de Ayala, et des milliers d’autres. Clara Campoamor et le docteur Marañón ont attesté, qu’il y avait eu à Madrid près de 36.000 exécutions entre février et septembre 1936, et que près de 40.000 intellectuels, hommes de sciences durent fuir dès l’automne 1936. Les premiers qui furent passés par les armes des révolutionnaires, furent bien souvent d’ardents républicains qui eurent des fonctions imminentes, mais qui s’étaient opposés au Front populaire, comme Melquiades Álvarez, Manuel Rico Avello, Ramón Álvarez ou Rafael Salazar Alonso.

C’est ainsi, que la militante républicaine et députée aux Cortès constituantes (1931-1933), Clara Campoamor a pu écrire, après son exil, à une amie, la médecin Paulina Luisi : « Je souhaite ardemment le triomphe de Franco sur les forces gouvernementales, pour empêcher l’effondrement de l’Espagne. Mais à quel prix ! ». (6) 

Notes

(1) Pío Moa, Les mythes de la guerre d’Espagne, L’artilleur, 2022

(2) Gustavo Martín Asensio, Marea Roja, La estrategia soviética en la España de la Segunda República, Espasa, 2026

(3) Manuel Álvarez Tardio y Roberto Villa García, 1936 : Fraude y violencia en las elecciones del frente popular, Espasa, 2017

(4) Michel Festivi, Les griffes de Staline sur la république espagnole, 19326-1939, préface de Pío Moa, Dualpha, 2025

(5) Michel Festivi, Francisco Franco, un caudillo pour l’Espagne, Bio-collection, Déterna et Synthèse nationale, 2025

(6) Letra de Mujer, prológo de Beatriz Ledesma, Espuela de Plata, 2026

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2026/07/16/le-18-juillet-1936-recommenca-la-guerre-civile-espagnole-6601924.html

mercredi 15 juillet 2026

La frontière qui a défié la France pendant 1200 ans

 


Qui se souvient du 14 juillet 1789 ?

 

Comme chaque année, des « débordements » –intolérables comme le disent les gouvernants, qui précisent par ailleurs être intraitables pour l’occasion… ah si seulement…– ont eu lieu dans nombre de villes françaises hier pour « la fête » nationale. Mais combien de « citoyens » savent encore ce qu’est cette « fête » ?

*****

Par Jean-Philippe Chauvin

La question peut paraître incongrue ou provocatrice alors que, chaque année, cette date du 14 juillet signifie un jour férié et des festivités autant militaires que populaires, et que, bien que cela soit officiellement la commémoration de la Fête de la Fédération tenue l’an 1790 autour du roi Louis XVI et du général La Fayette, c’est à 1789 que tous les commentateurs du jour font référence, sinon allégeance. Mais qui sait vraiment ce qui s’est exactement passé à Paris en cette date devenue symbolique, cachant ainsi la vérité des faits pour imposer le discours de l’idéologie ? En fait, peu de gens s’intéressent au déroulement (tragique et confus) de la journée : le 14 juillet 1789 est devenu un mythe anhistorique, d’une certaine manière. Or, pourtant, les faits ne sont pas totalement anecdotiques, même s’ils ne parviendront sans doute jamais complètement à défaire le mythe que la République, pourtant absente des esprits et des cœurs ce jour-là, a réussi à faire triompher, y compris au-delà de notre pays(1). D’une émeute désordonnée et sanglante suivie du sinistre dépeçage de quelques défenseurs de la vieille forteresse médiévale, la Bourgeoisie parisienne fera l’occasion de sa victoire sur l’État politique versaillais, et l’annonce de son triomphe idéologico-social… qui dure toujours, comme le faisait ironiquement remarquer l’humoriste Pierre Desproges dans les années 1980.

Et pourtant ! Étant jeune écolier dans les années 1960-1970, je ne manquais aucun des défilés du 14 juillet, installé devant la télévision familiale et applaudissant au passage des aéronefs et des blindés, comme si j’étais présent sur les Champs-Élysées, eux-mêmes bordés d’une foule alors nombreuse et respectueuse autant que fervente (ce qui manque cruellement aujourd’hui, les spectateurs étant désormais en nombre restreint et soumis à une inscription nominative, en plus d’être sévèrement encadrés). C’était, avant toute autre chose, la fête de l’armée, et il importait de lui rendre hommage(2) : son défilé était la démonstration de la force française, de sa puissance protectrice face aux dangers de cette époque de guerre froide entre les deux grands blocs. Il me semble que cela mérite de rester ainsi, et que le 14 juillet, au-delà de sa symbolique historique, est ce moment privilégié durant lequel la France valorise ses moyens militaires d’indépendance nationale aux yeux de ses citoyens comme à ceux des autres États du monde : le fait que le président Donald Trump, maître de l’hubris états-unienne, veuille imiter le défilé français du 14 juillet pour le compte de son propre prestige (et de sa mythomanie ?), en dit long sur l’importance du cortège traditionnel parisien. Qu’il soit aujourd’hui « récupéré » pour les intentions européistes de l’actuel locataire de Madame de Pompadour, est condamnable, mais cela ne doit pas nous empêcher d’applaudir aux troupes et aux matériels français qui garantissent notre liberté nationale. Ce 14 juillet militaire n’appartient pas à la République mais bien plutôt à la France tout entière, et il s’agit de le rappeler haut et fort. D’ailleurs, les soldats qui défilent ce jour-là ne le font pas « pour » la République en tant que telle (ce ne sont pas des troupes de choc d’une idéologie comme cela a pu être à d’autres époques et en d’autres lieux d’Europe…), mais bien pour la France, au-delà de son régime du moment : avoir longuement discuté ces jours derniers avec les militaires présents sur la place du marché et dans les restaurants d’icelle, me confirme dans cette forte impression qui n’est rien d’autre qu’une (heureuse) constatation… Au moment où les périls géopolitiques se font plus pressants et le bruit des missiles plus proches, le 14 juillet doit retrouver, au-delà de la République désormais plus rituelle que véritablement efficace, son rôle de fédérateur des forces plurielles de la nation française : en somme, une nouvelle Fête de la Fédération, qui ne sera véritablement elle-même que lorsque celui qui a présidé la première(3), celle de 1790, reprendra sa place institutionnelle, en héritier historique et symbolique de Louis XVI…

Notes : (1) : Ceux qui voudront en savoir plus sur cette journée si particulière et dont nous sommes, d’une certaine manière, à la fois les héritiers et les contempteurs, se reporteront utilement au livre de l’historien Jean-Christian Petitfils, « La Bastille. Mystères et secrets d’une prison d’État », en son chapitre XIV, « À l’assaut de la Bastille », très complet et d’autant plus instructif.

(2) : Cette reconnaissance du 14 juillet comme « fête militaire d’abord » était mise en avant par le philosophe royaliste Pierre Boutang à la fin des années 1940 dans les colonnes du journal maurrassien « Aspects de la France », ce qu’il complétait en affirmant que, sur ce plan-là (et seulement sur ce plan-là…), les royalistes d’Action n’avaient plus de querelle avec le 14 juillet…

(3) : Dans notre propos, il s’agit bien évidemment du magistrat suprême royal…

(Illustration : Fédération générale des Français au Champ de Mars le 14 juillet 1790, eau-forte d’Antoine-Jean Duclos d’après un dessin de Charles Monet, gravure d’Isidore Stanislas Helman de l’Académie des Arts de Lille)

https://www.actionfrancaise.net/2026/07/15/qui-se-souvient-du-14-juillet-1789/

mardi 14 juillet 2026

Qu’est-ce donc que le GIEC ?

 

Qu’est-ce donc que le GIEC ?

À chaque fois que la météo s’emballe, on reparle du GIEC. Mais ce machin est assez nébuleux. Qu’est-ce que c’est que le GIEC ? Comment fonctionne-t-il ? Qu’est-ce qu’il dit du climat ? Fait-il l’unanimité chez les scientifiques ? On essaiera ici de répondre, objectivement et impartialement à ces questions, en laissant chacun conclure pour ou contre ce GIEC qui suscite tant de passions.

D’où vient le GIEC ?

L’effet de serre a été découvert par Joseph Fourier en 1824 : certains gaz atmosphériques empêchent la chaleur du sol de s’évacuer dans l’espace. Des études scientifiques vont alors se multiplier pour examiner si la combustion d’hydrocarbures de la révolution industrielle (charbon, gaz et pétrole) augmente les quantités de CO2 de l’atmosphère, et si cela pourrait perturber significativement le climat. Les États, inquiets des possibles conséquences économiques, s’en mêlent et créent en 1972 le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE) pour accélérer la recherche scientifique sur le climat.

Quelques années plus tard, en 1988, le GIEC est créé par le G7, sous la houlette de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Pourquoi ? Parce que le PNUE, résolument écologique, devenait de plus en plus anticapitaliste. Le GIEC a donc à l’origine une double mission : étudier le changement climatique et ses impacts socio-économiques ; mais aussi assurer une mainmise de la politique et de l’économie sur cette expertise. Les dirigeants du GIEC sont nommés par les politiques et les rapports essentiels, les « résumés pour les décideurs », doivent être approuvés ligne par ligne par une assemblée où chaque pays dispose de ses émissaires.

Pour une fois, les scientifiques ont réussi à museler les politiques. En effet, si les États peuvent intervenir dans les résumés pour décideurs, ceux-ci ne peuvent rien contenir qui ne soit déjà dans les rapports complets originels. Ces rapports complets sont élaborés uniquement par des scientifiques, et publiés avant l’élaboration des résumés pour décideurs. Si un État voulait modifier les conclusions scientifiques, cela se verrait donc immédiatement – et de fait, jamais un État n’a osé voter contre la moindre ligne proposée par les scientifiques du GIEC, pas même Bush.

Comment fonctionne-t-il ?

Contrairement à une idée reçue, le GIEC ne produit pas d’études ni de théories, pas plus qu’il ne fait de préconisations ni ne donne de directives. Il prétend uniquement faire la synthèse des études scientifiques consacrées au climat. Comme de nouvelles études paraissent souvent, le GIEC publie tous les 10 ans environ un nouveau rapport, qui se veut l’état des lieux actualisé de la recherche sur le climat.

Le dernier rapport du GIEC (2023) a ainsi fait la synthèse de 66 000 études. 782 scientifiques ont été mobilisés pour cela. Cette première synthèse a ensuite été soumise à la relecture critique d’une armée de spécialistes qui ont émis pas moins de 200 000 commentaires qui ont dû être pris en compte, puis on a publié le rapport complet définitif (total : 10 838 pages), avant d’élaborer les indispensables résumés.

Qu’est-ce qu’il dit ?

Le rapport du GIEC se compose de trois volets différents : 1/ l’état des lieux physique du climat, 2/ les impacts actuels et prévisibles du réchauffement climatique, 3/ les stratégies d’atténuation.

Le premier groupe parvient à deux conclusions essentielles. D’une part, il y a une hausse brutale et inédite du CO2 dans l’atmosphère. D’autre part, cette hausse est « sans équivoque », sans aucun doute, liée à l’activité humaine, d’abord et avant tout la combustion des énergies fossiles caractéristiques de la révolution industrielle.

La conclusion centrale du deuxième groupe, qui se penche sur les impacts, est simple : ça va faire mal. Le GIEC établit différents scénarios servant à évaluer ce qu’il se passerait si on suivait telle ou telle trajectoire : quel réchauffement si l’on avait telles émissions de CO2. C’est pour cela qu’il y a plusieurs scénarios : cela permet de couvrir l’ensemble des possibles. Le scénario qui correspond à notre situation actuelle, où les émissions mondiales de CO2 ne baissent pas, est le scénario SSP5-8.5 : + 4,4 degrés en moyenne seront atteints entre 2080 et 2100. Personne n’a envie de vivre dans un tel monde. Les températures et les événements climatiques extrêmes vont augmenter au-delà de ce que les corps, les sociétés et l’environnement – donc l’agriculture – peuvent supporter. Les canicules ou les inondations que nous avons connues cette année, alors que le réchauffement n’est encore « que » de +1,4° environ, sont insignifiantes par rapport à ce qu’anticipe le GIEC à +4,4°.

Les conclusions du troisième groupe, qui se penche sur les atténuations possibles, ne sont guère réjouissantes. Les techniques pour capter et enfouir les gaz à effet de serre n’existent pas encore et rien n’indique qu’elles seront mises au point et mises en place à temps. Quoi qu’il en soit, toutes les innovations et toutes les transitions seront insuffisantes sans un changement radical de notre manière de vivre et de produire, ce qui n’est pas en vue.

Le GIEC fait-il l’unanimité chez les scientifiques ?

            Bref, le dernier rapport du GIEC confirme les précédents : le réchauffement climatique est d’origine humaine ; et il ajoute que c’est plus rapide et plus brutal que prévu. L’objectif des +1,5° des accord de Paris en 2015 est désormais totalement illusoire, alors qu’il est déjà certain que les canicules vont bientôt dépasser 50° à Paris. Les rapports du GIEC sont donc globalement inquiétants, alarmistes, pessimistes.

On peut même se demander si ce n’est pas exagérément pessimiste. Il convient d’envisager d’un œil critique cet organisme qui dès sa création est mêlé à la politique et à l’économie. En effet, le réchauffement climatique est une affaire juteuse, et d’autant plus juteuse que les rapports sont alarmants. Il est ainsi bien des États, en particulier du Sud, qui en profitent pour réclamer des indemnités astronomiques aux pays du Nord, davantage responsables des émissions de CO2. Le réchauffement climatique est également instrumentalisé pour mettre en place de nouvelles normes, de nouvelles taxes, de nouveaux contrôles, de nouvelles migrations. Enfin, le réchauffement rend possible les formidables profits de l’économie verte, de la transition énergétique et de l’argent public qui s’y déverse.

            Il est donc possible de se demander s’il n’y aurait pas une corruption plus ou moins généralisée au sein du GIEC, ou du moins un lobbying puissant. Le scandale du Climate Gate – la divulgation en 2009 de courriels de responsables du GIEC – a semble-t-il accouché d’une souris : ces mails ne contenaient rien de répréhensible. Mais il est possible que, compte-tenu des enjeux, certains dirigeants ou experts du GIEC soient corrompus.

            Faut-il en déduire que les rapports du GIEC sont suspects ? La défense du GIEC a toujours été la même : les analyses sont fiables parce qu’elles sont validées par l’ensemble de la communauté scientifique mondiale. Est-ce réellement le cas ?

La recherche moderne, très coûteuse en matériel, s’effectue toujours dans des laboratoires et des instituts de recherche, privés ou publics, comme le CNRS, l’INRAE, l’IRD… Tous les laboratoires, tous les instituts, et toutes les revues scientifiques valident les analyses du GIEC. Pourtant, il y a des scientifiques qui ne les acceptent pas. En 2022 un manifeste climatosceptique fut signé par 1200 scientifiques et professionnels, emmenés par Ivar Giaever, prix Nobel de physique en 1973. Parmi les signataires du monde entier on trouvait de tout, dont un marin-pêcheur et un cardiologue, mais aussi plusieurs authentiques scientifiques et même un climatologue – difficile de savoir exactement combien de chercheurs, sans doute plusieurs centaines. Ces scientifiques climatosceptiques restent très minoritaires, comparés aux 330 000 chercheurs français ou aux 9 millions de chercheurs dans le monde. De même, il y avait un seul prix Nobel, sur les centaines encore vivants.

Des études ont été réalisées pour quantifier ce phénomène. En 2016, une étude de John Cook (University of Queensland, Australia) a montré que 97 % des études scientifiques validaient les analyses du GIEC. En 2021, une étude similaire menée par Krishna Ramanujan (Cornell University, USA) a porté ce chiffre à 99,9 %, après un passage en revue de 88 125 études sur les évolutions du climat. Il y a donc un consensus très large et croissant, la quasi-totalité de la communauté scientifique actuelle valide les analyses du GIEC.

Le GIEC, malgré ses liens troubles avec la politique et l’économie, est effectivement la voix de la science sur le climat, validée et confirmée par tous les instituts et toutes les revues de recherche ainsi que par tous les chercheurs, à quelques rarissimes exceptions près. Pour rejeter les analyses du GIEC, il faut donc soutenir que la quasi-totalité de la communauté scientifique se trompe ou nous trompe depuis 40 ans.

https://www.revue-elements.com/quest-ce-donc-que-le-giec/

Agatha Christie, indubitablement réactionnaire

 

Agatha Christie, indubitablement réactionnaire

En 2013, Polémia avait proposé une recension d’une biographie d’Agatha Christie (1890-1976) publiée aux Éditions Pardès et écrite par la journaliste Camille Galic. À l’occasion de la sortie d’une nouvelle édition de ce livre, Agatha Christie — Une amie pour la vie, publiée chez Synthèse nationale (168 pages, 20 euros) dans la Bio Collection dirigée par Francis Bergeron et David Gattegno, il nous a paru intéressant de mieux connaître l’« indétronable impératrice du crime » en relevant quelques aspects politiques et culturels exprimés dans son œuvre. Pour le reste, nous renvoyons les lecteurs aux excellentes pages de la recension de Jean Ansar, qui avait décelé une parenté d’esprit entre Dame Agatha et sa biographe, en les imaginant volontiers déguster un thé tout en devisant dans un lodge en Rhodésie.
Johan Hardoy

Un auteur que les moins de vingt ans…

Les jeunes lecteurs ne connaissent peut-être pas Dix petits nègres, le roman policier « le plus vendu de tous les temps ». Au nom du politiquement correct, ce livre a été retitré And then there were none (S’il n’en restait qu’un) aux États-Unis et Ils étaient dix en France, où le mot « nègre » a été remplacé par « soldat » à 74 reprises…

Agatha Christie est souvent présentée comme l’auteur de fiction le plus lu au monde avec « quatre milliards de volumes vendus selon certaines sources » ! Ses personnages célèbres, Hercule Poirot et Miss Marple, sont des figures emblématiques de « l’âge d’or du roman policier anglais », d’autant que le cinéma, la télévision, le théâtre et la bande dessinée contribuent également à cette notoriété.

Plusieurs membres de la famille royale britannique, dont Mary de Teck (Queen Mary), Elizabeth Bowes-Lyon (épouse de George VI) et Elizabeth II, ont déclaré à plusieurs reprises leur admiration pour la romancière. En 1956, Agatha Christie a été nommée Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique, avant d’être élevée quinze ans plus tard à la dignité de Dame Commander par Elizabeth II.

Agatha et la France

Ses premiers souvenirs d’enfance remontent à des vacances à Dinard où elle apprend à nager. Quelques années plus tard, lors d’un séjour de six mois dans les Pyrénées avec sa famille, la jeune fille se lie d’amitié avec la gouvernante, une apprentie couturière dont le père est un bistrotier palois, ce qui lui vaut d’apprendre notre langue avec l’accent béarnais ! Dans le même temps, elle dévore les œuvres de Jules Verne, Maurice Leblanc (Arsène Lupin !) et Gaston Leroux (Rouletabille !).

Deux romans d’Agatha Christie se situent en France : Le Train bleu, dont l’intrigue se déroule sur la Côte d’Azur, et Le Crime du golf, qui se passe en Normandie.

Le « progressisme » n’est point du tout son fait

Durant ses vieux jours, Dame Agatha confie qu’elle ne s’est « jamais intéressée le moins du monde à la politique », mais ses livres témoignent d’un attachement à des valeurs « réactionnaires » dont certaines « feraient hurler » aujourd’hui.

Camille Galic relève ainsi « des idées très arrêtées sur l’éducation des enfants qui doivent se tenir à leur place, sans vacarme ni insolence », de même qu’une « horreur du divorce » non dissimulée.

« L’omniprésence du sexe dans la presse et la littérature ou à l’écran et l’apparence négligée des adolescentes et des jeunes femmes la perturbent particulièrement. » En outre, elle juge les femmes en short inesthétiques : « Si elles savaient à quoi elles ressemblent de derrière ! »

Bien que ses romans fassent apparaître de multiples « personnages de jeunes femmes résolues, délurées, volontaires, exerçant un métier et ayant parfois parcouru le monde », le féminisme, surtout dans le domaine politique, ne lui convient guère. Dans une pique visant Mrs Thatcher, la femme de lettres reproche aux Conservateurs de compter « trop de femmes arrivistes ».

La romancière estime par ailleurs que « ceux qui tuent sont néfastes pour la communauté ». Selon elle, la peine la plus appropriée pour un criminel consiste à lui donner le choix « entre la coupe de ciguë et la possibilité de s’offrir comme cobaye dans la recherche expérimentale, par exemple ».

En 1971, son attachement aux rites religieux traditionalistes anglicans ne l’empêche pas de cosigner une pétition adressée au pape pour demander le maintien de la messe tridentine dans les églises catholiques britanniques. Paul VI répond favorablement à cette requête, connue depuis lors outre-Manche sous le nom d’« Indult Agatha Christie » !

L’homo britannicus au-dessus de tout

À l’époque d’Agatha Christie, les propos sur l’inégalité des races et l’« essentialisation » des cultures nationales ne choquent pas particulièrement ses lecteurs.

Dans Poirot quitte la scène, elle présente l’un des protagonistes comme un exemple de l’Anglais idéal, formé par « la vieille école, aventureux et allant droit son chemin, le type d’homme, aussi, capable de commander », tout en déplorant que cette force de caractère soit « en voie de disparition à notre époque dégénérée ».

En revanche, les Américains « manquent par trop de civilité », parlent avec un accent déplorable et sont de plus métissés. Les personnages scandinaves « fournissent un contingent non négligeable de coupables » et les Irlandais, dont elle souligne la beauté et le charme, peuvent dissimuler les plus noirs desseins. Les Français sont quant à eux mieux traités parce qu’ils sont « respectables et positifs ».

Les femmes slaves, malgré une grande classe ou des traits sympathiques, se révèlent souvent être des « croqueuses de diamants » fantasques et portées au drame, tandis que les latines sont volages et intrigantes.

Les Balkaniques et les Levantins sont décrits de manière péjorative et, plus encore, les indigènes du Commonwealth. Ces derniers sont représentés comme des proxénètes, des adeptes clandestins de cultes magiques à base de fétiches et d’amulettes, des révolutionnaires anticolonialistes, voire des communistes et des racistes anti-Blancs ! Une figure positive apparaît cependant avec une mulâtresse adoptée qui épouse son frère, un ancien délinquant anglais né d’une mère prostituée lui aussi adopté, mais la morale est sauve car le couple part se faire « oublier au Koweït ».

Les Arabes sont le plus souvent des domestiques ou des interprètes, mais un prince raffiné peut soudain exprimer un rictus contenant « toute la ruse et toute la cruauté raciales qui avaient permis à une longue lignée d’ancêtres de survivre ».

Les Juifs, dont elle dépeint « les traits raciaux, physiques et moraux », ne fournissent aucun coupable de crime de sang mais se caractérisent par « l’amour exagéré de l’argent ».

Les Allemands sont « d’autant plus haïs qu’ils sont admirés ». La romancière loue ainsi leur sens de la discipline, leur courage, leur puissance de travail et leur honnêteté. Dans Passager pour Francfort, publié l’année de ses quatre-vingts ans, une richissime comtesse est entourée de « jeunes Aryens blonds “extraordinairement beaux”, athlétiques, dotés d’une voix superbe et, à l’évidence, “passionnément” sincères dans leur culte de l’Ordre nouveau ».

Pourquoi (re)lire Agatha Christie ?

La réponse de Camille Galic est simple : pour retrouver « un parfum d’ancien monde » !

« Car, répétons-le, plus qu’aux intrigues, si ingénieuses soient-elles, et à l’art de la conteuse, c’est à son univers que des milliards de lecteurs sont attachés, parce qu’il reste pour eux un cocon dans un monde de bruit, de fureur et d’incertitude croissante. »

Johan Hardoy 11/07/2025

https://www.polemia.com/agatha-christie-indubitablement-reactionnaire/

dimanche 12 juillet 2026

Quand Léon Daudet annonce une « guerre d’extermination » dès 1933

 

par Jean-Philippe Chauvin

Régulièrement, lors de débats politiques ou historiques, est évoqué le rôle de l’Action française durant les sombres années de l’Occupation, en soulignant les aspects les moins glorieux d’une stratégie de la « ligne de crête »(1), incompréhensible pour nombre de nos compatriotes, hier comme aujourd’hui : lors de cette sinistre époque, les militants et sympathisants d’AF étaient eux-mêmes très divisés, et cela se retrouvera à la Libération, parfois de façon particulièrement tragique. Mais, il paraît bien nécessaire d’étudier quelques éléments qui permettent de comprendre certains propos et attitudes de Maurras et des rédacteurs de l’Action française et de rappeler que, comme l’expliquait jadis un ancien résistant issu des rangs des Camelots du Roi, « pour ne pas avoir Pétain au pouvoir en juillet 1940, encore faut-il éviter Mai 1940 », ce qui est d’une imparable logique… 

Or, justement, s’il y a bien un journal et un mouvement qui ne cessent d’alerter sur le danger allemand et particulièrement le péril hitlérien, et cela dès les premières agitations bavaroises du caporal autrichien pour ce qui est du totalitarisme nazi mais aussi dès les lendemains du 11 novembre 1918(2), c’est l’Action française ! Il suffit de feuilleter les collections du quotidien royaliste de 1918 à 1940(3) pour le constater à chaque édition du journal : l’Allemagne, weimarienne ou nationale-socialiste ensuite, reste la grande préoccupation des rédacteurs de l’AF, la grande inquiétude même ! Sur ce point-là, l’histoire, éminemment cruelle, donnera totalement (et totalitairement) raison à Maurras et à ses compagnons… D’autant plus que, dans le même temps, certains bons républicains minimiseront le danger quand d’autres croiront y voir un exemple, voire un modèle, face au péril communiste ou russe : dans les deux cas, voici là une fatale erreur qui deviendra beaucoup plus que cela, une faute puis un crime. 

Quand, le 30 janvier 1933, Adolf Hitler devient (par le jeu parlementaire) chancelier d’Allemagne, le quotidien royaliste y consacre plusieurs articles sous les signatures de Léon Daudet, Charles Maurras, Jacques Bainville et quelques autres : quand une partie de la presse française n’y voit qu’une péripétie de la politique allemande, l’AF y voit un événement majeur qui annonce bien des périls et des malheurs, et toute son édition du mercredi 1er février 1933 retentit des alarmes monarchistes. « Voici Hitler dans le fauteuil de Bismarck », s’emporte Daudet dans son éditorial qui avertit des suites logiques de cette arrivée toute démocratique au pouvoir. Selon l’ancien député royaliste de Paris, Hitler « est aujourd’hui, avec son programme guerrier, le maître absolu, en l’absence du kronprinz(4), d’un pays de soixante-dix millions d’habitants, qui ne rêve que plaie et bosse ». Mais Daudet va plus loin et annonce, terriblement, le pire, à peine quinze ans après la fin de cette Grande guerre que les Français, comme la plupart des vainqueurs de l’époque, voulaient et espéraient plus encore comme « la der des ders », comme la disparition de la guerre elle-même : « Les bonnes gens de chez nous ne se doutent pas qu’ils ne sont plus séparés d’une guerre d’extermination que par une feuille de papier à cigarette », écrit-il dès le premier paragraphe de son papier du jour. Je rappelle que Léon Daudet écrit cela pour l’édition du 1er février 1933, plus de six ans avant la conflagration de 1939 : et pourtant, dans les manuels scolaires, il est encore écrit que personne n’avait pressenti avant 1936 le risque d’une nouvelle guerre… Or, Daudet, durant toutes les années 1930, ne cessera de crier, d’alerter, de s’agiter pour que les Français et leurs élites prennent conscience du péril : en vain ! 1940 sera le triste résultat de la surdité voulue, assumée même, de la classe politique plus soucieuse de remporter les élections que de préparer le pays à un possible choc avec son encombrant voisin. Et pourtant, quand l’écrivain et polémiste d’Action française annonce la « guerre d’extermination » en toutes lettres, il a, malheureusement pourrait-on dire, juste raison et il aurait été de bon aloi que l’État en prenne alors conscience et agisse en conséquence : la République, oublieuse des leçons du passé et imprévoyante, ne fera rien quand, en 1936 et avant que Léon Blum ne se rende compte (trop tard, et trop peu…) de l’orage d’acier qui se prépare, la Gauche fera même campagne sur la paix et le désarmement, y compris face à l’Allemagne nazie. Pour désagréable qu’elle soit pour les bonnes consciences contemporaines, la vérité se doit d’être rappelée : c’est bien l’Action française qui la portait, en ce mercredi 1er février 1933… 

Notes : (1) : Cette ligne de crête se résumait en une formule « ni clan des ja, ni clan des yes », mais était-elle tenable ? L’intention de Maurras était de maintenir coûte que coûte l’unité française menacée par l’Occupation comme par ce que le gouvernement sous Pétain nommait « la dissidence », mais il se trompait sans doute sur les réalités du moment, croyant trouver en ce vieux maréchal issu de la Grande guerre un nouveau Clemenceau de 1917 et, en son régime de Vichy, une « monarchie de guerre » telle que celle établie, durement, par le vieux républicain de la IIIe République : mais, quand Clemenceau avait agi en tant que Chef d’un gouvernement d’une France encore indépendante, Pétain était, en 1940, en position de faiblesse, pas encore de soumission (jusqu’en novembre 1942), en tant que Chef d’un État militairement et géopolitiquement défait, et la différence était de taille… 

(2) : Dans son article de l’Action française du 14 novembre 1918 (!), Jacques Bainville, en historien et politique lucide (« Cassandre », disaient certains en haussant les épaules, bien à tort d’ailleurs…), alertait sur les risques d’une Allemagne durcie par la défaite et dangereuse pour la victoire alliée acquise si douloureusement au terme de quatre années d’une guerre horrible. Il répétera ses préventions et ses mises en garde dans l’ouvrage « Les conséquences politiques de la paix », publié en 1920 et annonçant, de façon terriblement prophétique, la guerre suivante… 

(3) : Les collections de l’AF quotidienne sont accessibles en ligne en passant par le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France. 

(4) : Le kronprinz est l’héritier putatif du trône impérial allemand, fils de l’ancien kaiser (empereur) Guillaume II qui a abdiqué le 9 novembre 1918 pour permettre aux plénipotentiaires allemands de signer l’armistice du 11.

https://www.actionfrancaise.net/2026/07/10/quand-leon-daudet-annonce-une-guerre-dextermination-des-1933/

samedi 11 juillet 2026

OTAN : l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington

 

par Raphaël Besliu

Dans le sillage du sommet de l’OTAN à Ankara, une question que beaucoup préféraient encore taire il y a deux ans s’est invitée sans détour dans les couloirs des chancelleries européennes : que faire si les États-Unis partent ? Les responsables de l’Alliance et les dirigeants politiques européens ont commencé, selon le Financial Times, à penser à «l’impensable», une OTAN sans Washington, ou du moins une OTAN radicalement moins américaine. Ce moment de lucidité forcée mériterait d’être salué, si l’on ne mesurait pas à quel point il révèle, derrière l’apparent volontarisme, des décennies d’irresponsabilité stratégique collective.

Un représentant français a résumé avec une franchise inhabituelle la séquence ouverte autour du sommet d’Ankara : «Le Groenland a placé l’européanisation de l’OTAN au centre de son agenda. L’Iran a relégué l’européanisation au second plan. Mais de plus en plus, cela devient le seul moyen de sauver l’OTAN». Ce glissement de curseur au gré des crises dit beaucoup. L’européanisation de la défense n’est pas le fruit d’une volonté politique construite, d’une doctrine réfléchie, d’un projet stratégique assumé. C’est une réaction, tardive et contrainte, à la pression américaine. On ne bâtit pas une défense crédible sous la menace d’un abandon.

Une dépendance choisie, une facture présentée

Un représentant français a résumé avec une franchise inhabituelle la séquence ouverte autour du sommet d’Ankara : «Le Groenland a placé l’européanisation de l’OTAN au centre de son agenda. L’Iran a relégué l’européanisation au second plan. Mais de plus en plus, cela devient le seul moyen de sauver l’OTAN». Ce glissement de curseur au gré des crises dit beaucoup. L’européanisation de la défense n’est pas le fruit d’une volonté politique construite, d’une doctrine réfléchie, d’un projet stratégique assumé. C’est une réaction, tardive et contrainte, à la pression américaine. On ne bâtit pas une défense crédible sous la menace d’un abandon.

Le président américain a qualifié l’Alliance de «tigre de papier» sans les États-Unis et a explicitement lié la menace d’un retrait américain au refus de certains alliés d’atteindre 5% du PIB en dépenses militaires, ainsi qu’à leur refus de soutenir la campagne américaine contre l’Iran. On peut contester la méthode, juger le chantage grossier. Mais le diagnostic de fond est difficile à réfuter. Une alliance où un seul membre assure l’essentiel de la dissuasion, du renseignement, de la logistique et du commandement n’est pas une alliance : c’est un protectorat.

Le commandant suprême adjoint des forces alliées de l’OTAN en Europe, Johnny Stringer, l’a lui-même reconnu sans ambages : la doctrine de l’Alliance «s’est arrêtée aux alentours de 1991» et n’a pratiquement pas évolué depuis la première guerre du Golfe. Trente-cinq ans de stagnation doctrinale dans un environnement stratégique bouleversé à plusieurs reprises. Voilà le bilan réel de la tutelle américaine acceptée sans conditions : une Europe stratégiquement atrophiée, incapable de penser sa propre défense parce qu’elle n’avait jamais eu à le faire.

Un haut responsable britannique a averti que la volonté de l’administration Trump de retirer rapidement ses troupes créait un «moment extraordinairement dangereux». Le danger est réel. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire d’où il vient : non pas du retrait américain en lui-même, mais du vide capacitaire que ce retrait révèle. Un continent de 450 millions d’habitants, l’un des premiers pôles économiques mondiaux, qui tremble à l’idée de devoir assurer seul sa propre sécurité, c’est cela, le scandale.

L’argent ne fait pas la stratégie

Les chiffres du réarmement sont présentés comme une preuve de sérieux retrouvé. Les membres non américains de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses militaires de 20% l’année dernière, pour atteindre 574 milliards de dollars. L’Allemagne aurait bondi de 24%, à 114 milliards, avec des projections qui la porteraient vers 180 milliards d’ici 2029. Ces montants sont considérables. Ils ne règlent pas la question essentielle.

Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, l’a lui-même concédé : «Nous atteignons pratiquement la limite d’absorption des fonds alloués». Les industries de défense européennes, comme américaines, sont saturées. Les carnets de commandes débordent. Mais au-delà des capacités industrielles, c’est la question doctrinale qui reste entière. Le responsable britannique cité par le Financial Times le formule nettement : la manière américaine de faire la guerre reposait sur l’emploi d’une force écrasante. Les Européens devront agir autrement, en créant des dilemmes pour l’adversaire, en construisant une «défense en porc-épic». C’est une vision cohérente. Mais elle suppose une pensée stratégique autonome que l’Europe a précisément renoncé à entretenir pendant trente ans.

Dépenser davantage dans le cadre d’une doctrine que l’on n’a pas écrite, avec des équipements dont les standards ont été définis à Washington, en maintenant des structures de commandement intégrées pensées pour la subordination, ce n’est pas de l’autonomie stratégique. C’est du réarmement sous franchise. L’Europe peut doubler ses budgets militaires sans gagner un gramme de souveraineté réelle si elle ne tranche pas les questions politiques fondamentales : qui commande, selon quelle doctrine, pour défendre quels intérêts, définis par qui ?

Ce sont précisément ces questions que les responsables européens, à en croire les échanges rapportés autour du sommet d’Ankara, commencent à peine à formuler. Formuler, pas résoudre. Le représentant français le dit d’ailleurs avec lucidité : «Moins d’Amérique, ce n’est pas simplement moins de troupes ou de chars venant à notre secours : c’est une question de savoir comment nous combattrons si nous n’avons pas besoin de combattre comme les Américains». C’est la bonne question. Elle aurait mérité d’être posée en 2002, en 2008, en 2014. Elle l’est en 2026, sous la pression d’une administration américaine qui menace de claquer la porte. L’urgence est mauvaise conseillère en matière de doctrine militaire.

Ce que révèle ce moment, au fond, c’est moins la brutalité de Trump que la fragilité d’une construction sécuritaire européenne bâtie sur le confort d’une garantie extérieure plutôt que sur l’exigence d’une autonomie assumée. Les États-Unis ont intérêt à maintenir leur présence en Europe, c’est un levier de puissance considérable. Mais ils ont aussi la capacité de s’en passer stratégiquement. L’Europe, elle, n’a toujours pas démontré qu’elle pouvait exister sans eux sur le plan militaire. C’est cette asymétrie fondamentale, et non les déclarations de Trump, qui constitue le véritable problème.

source : Géopolitique Profonde

https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-quelle-na-jamais-ete-protegee-mais-tenue-en-laisse-par-washington/

vendredi 10 juillet 2026

De Gaulle intime, avec Mathieu Geagea

 


Sabotage du Nord Stream : l’Allemagne accuse l’Ukraine

 

Et si c’étaient les Ukrainiens derrière le sabotage du Nord Stream ?
Et si c’étaient les Ukrainiens derrière le sabotage du Nord Stream ?

Le sabotage du Nord Stream revient sur le devant de la scène : un procureur allemand accuse les autorités ukrainiennes de crimes de guerre. Des preuves accablantes pointent vers l’Ukraine.

Il y a de l’eau dans le gaz entre l’Allemagne et l’Ukraine

Il y a de l’eau dans le gaz, c’est le cas de le dire, entre l’Allemagne et l’Ukraine. Un procureur allemand désigne l’Ukraine comme responsable de la destruction du gazoduc Nord Stream en septembre 2022 ayant conduit depuis à un gaz hors de prix et au marasme de l’économie allemande. Pour rappel, le 26 septembre 2022, des engins explosifs à retardement ont explosé et détruit trois des quatre chaînes des pipelines Nord Stream 1 et Nord Stream 2. Les oléoducs, en grande partie parallèles, s’étendent de la ville russe de Wyborg à la ville allemande de Lubmin, près de Greifswald. Ils fournissaient l’Allemagne en gaz russe peu cher.

Depuis, les industries se trouvent dans l’obligations de délocaliser vers des contrées où l’énergie est moins chère, ou de fermer tout simplement faute d’une énergie bon marché rendant leurs produits compétitifs face à ceux de Chine et des pays émergents.

Les journaux allemands relatent, en résumé, que le procureur général fédéral allemand a porté plainte contre l’Ukrainien en détention à Hambourg Serhii Kuznietsov, appartenant à une unité de forces spéciales militaires, dans l’affaire des gazoducs Nord Stream détruits. Kuznietsov est considéré comme l’un des principaux instigateurs présumés des attaques.

Un crime de guerre commis par l’Ukraine

Le bureau du procureur général fédéral a durci les accusations : de « sabotage contre l’ordre constitutionnel » à crimes de guerre. Cette information a été relayée, entre autres, par Spiegel et ARD, citant des sources internes. Selon les conclusions de l’équipe d’enquête, citées par les mêmes médias, Kuznietsov dirigeait le commando de sabotage et commandait également le voilier « Andromeda », à bord duquel, avec un groupe d’autres personnes, ils ont rejoint les lieux où devaient être perpétrées les attaques contre le gazoduc.

D’après les informations des deux journaux allemands, le procureur général fédéral considère désormais qu’il s’agissait d’une attaque contre une infrastructure civile. Au regard du droit pénal international, cela pourrait constituer un crime de guerre. C’est la première inculpation dans l’affaire Nord Stream.

Un mandat d’arrêt européen a conduit à l’arrestation de Kuznietsov à Rimini en août 2025, comme l’a rapporté Euronews. À l’époque, il était en vacances avec sa famille sur la côte adriatique et a toujours clamé son innocence.

En novembre 2025, la Cour de cassation italienne a approuvé son extradition sur la base d’un mandat d’arrêt allemand.

Les preuves contre l’Ukrainien Kuznietsov, chef du complot, seraient accablantes

Selon des informations obtenues par les quotidiens ARD, SZ et Die Zeit, les preuves contre Kuznietsov seraient accablantes : notamment le ressortissant ukrainien aurait parlé des attaques par téléphone à des proches et des connaissances depuis sa garde à vue.

Les enquêteurs auraient également trouvé sur son téléphone portable des éléments indiquant son implication dans l’attaque, selon des sources sécuritaires.
Selon la Cour fédérale de justice allemande (BGH), Kuznietsov était au moment des faits « membre d’une unité de forces spéciales militaires des forces armées ukrainiennes, au rang d’officier – c’est-à-dire avec des responsabilités de commandement ».

L’acte de sabotage a très probablement été commis « au nom d’un État étranger »

L’arrêt de la Cour fédérale de justice (BGH) indique également que l’acte a très probablement été commis « au nom d’un État étranger » dans le cadre d’une opération de renseignement. Selon l’arrêt, les autorités étatiques de Kyiv en portaient la responsabilité.

Le cerveau de l’attaque serait l’ancien officier du renseignement ukrainien Roman Chervinsky qui dément les accusations.

L’équipage ukrainien composé de plusieurs plongeurs civils aurait placé des bombes artisanales sur le fond marin de la mer Baltique il y a près de quatre ans.

Il aura fallu quatre ans pour que l’hypothèse de certains analystes hors du système consistant à regarder du côté de l’Ukraine et de ses alliés et non du côté de la Russie accusée dès le début d’avoir commandité l’explosion de ses propres oléoducs soit prise au sérieux. Les « complotistes » avaient donc encore raison !

Voir le tweet

Francesca de Villasmundo

https://www.medias-presse.info/sabotage-du-nord-stream-allemagne-accuse-ukraine/246298/

De l’humanité…

 

Par Gérard Leclerc

C’est dans la continuité du magistère exercé par les successeurs de Pierre depuis les origines chrétiennes que s’inscrit la première encyclique de Léon XIV. Celle-ci est forcément liée aux conjonctures des différentes époques traversées. L’époque dite moderne a suscité tout un enseignement sur la question sociale, liée à l’industrialisation de l’économie. Léon XIV n’a jamais fait mystère de sa relation étroite avec son prédécesseur Léon XIII, auquel on doit l’encyclique Rerum novarum à la fin du XIXe siècle.

C’est dans son sillage qu’il entend exercer son discernement sur cette autre question nouvelle que constitue l’avènement d’une civilisation aux prises avec le développement de l’intelligence artificielle. Civilisation dont le Pape ne cache pas qu’elle suscite de redoutables défis : « Sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. Là où l’humanité court le danger de perdre son visage, nous, chrétiens, nous levons les yeux vers le Dieu qui s’est fait chair, sachant que “le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné” » (Gaudium et Spes).

Les dangers de l’IA

Ces deux seules phrases de l’introduction indiquent l’importance du sujet et comment le défi imposé exige le recours à la Révélation pour mettre en lumière ce qu’est cette « magnifique humanité », créée à l’image de Dieu et vouée aux périls de l’Histoire. Les progrès de la technologie n’entraînent pas forcément un surcroît d’humanité, ils peuvent même provoquer des difficultés propres à engendrer une forme de déshumanisation. Pour saisir le phénomène, le Pape n’hésite pas à entrer dans la technicité des problèmes posés, tout en prenant la distance nécessaire pour évaluer les risques moraux et spirituels des pratiques imposées par le fonctionnement de l’IA, dont la puissance est exclusivement liée au traitement des données : « Ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’il faut éviter l’erreur consistant à assimiler cette intelligence à l’intelligence humaine » (cf. page 11).

Cette nature très particulière du fonctionnement de l’activité exige plus que de la prudence : « Il ne suffit pas d’invoquer de façon générale l’éthique : il faut des cadres juridiques adéquats, une surveillance indépendante, l’éducation des utilisateurs, une politique qui n’abdique pas son devoir. Autrement le changement ne sera régi que par des logiques technocratiques et présentées comme nécessaires et inévitables, finissant par imposer des règles dictées par ceux qui possèdent les données, les infrastructures et les capacités de calcul. »

En d’autres termes, la révolution technologique en cours exige un approfondissement anthropologique radical, qui mobilise toutes les ressources de la culture chrétienne, notamment l’enseignement de la doctrine sociale de l’Église.

En dernier ressort, la réponse au péril de déshumanisation, explique Léon XIV, c’est la contemplation du Christ dans son incarnation, le don de sa chair dans l’Eucharistie qui restaurent notre magnifique humanité dans sa vocation divine. 

https://www.actionfrancaise.net/2026/07/05/de-lhumanite/

Des loges aux tranchées : comment le Grand Orient de France a sacrifié la compétence militaire sur l’autel de la laïcité

 

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Un index accusateur pointé vers le ciel, des chemises froissées et, soudain, le claquement sec d’une gifle qui résonne dans l’hémicycle. Le 4 novembre 1904, la Chambre des députés bascule dans l'hystérie. Derrière ce geste de fureur, se cache le secret le plus explosif de la IIIe République : la colonisation occulte du ministère de la Guerre par la franc-maçonnerie. À un an de la séparation des Églises et de l’État, le Grand Orient de France a mis sur pied une inquisition clandestine pour briser la carrière des officiers catholiques et imposer ses hommes de paille à la tête des régiments. 

La gifle de l'hémicycle et le grand déballage

L’atmosphère de la Chambre des députés, en cet après-midi d'automne 1904, est électrique, saturée d'une odeur de tabac froid et de fureur contenue. Au perchoir, Guy de Villeneuve, député nationaliste au regard acéré, ne parle pas : il exécute. D’une voix blanche, il égraine des dizaines de noms, brisant le silence de plomb qui enveloppe les travées. Dans ses mains tremblent des liasses de papiers volés, des notes confidentielles rédigées sur le papier à en-tête bleu du Grand Orient de France. À chaque ligne lue, la République vacille. On y découvre l'impensable : la loge de la rue Cadet s'est muée en tribunal occulte. C'est elle qui valide ou brise les carrières des officiers de la nation française selon leur degré de soumission idéologique.

Sur le banc du gouvernement, le général Louis André, ministre de la Guerre, feint l'indifférence, le visage figé sous ses moustaches blanches. Mais la mise à mort politique est trop lente pour l'opposition. Soudain, un homme fend la foule des députés, traverse l'hémicycle d'une foulée rageuse. Gabriel Syveton, député de la Seine, se jette sur le vieux général. Le geste est d'une rapidité foudroyante : deux gifles magistrales s'abattent sur les joues du ministre de la Guerre. Les huissiers hurlent, les députés en viennent aux mains, les pupitres claquent dans un vacarme de fin du monde. La séance est levée dans le sang et les insultes. La France vient de découvrir la face cachée de sa gouvernance : l'affaire des fiches.

Le geste de Syveton, photomontage où figurent le général André, Camille Pelletan et Émile Combes, devant une batterie de casseroles (terme d'argot pour « délateur »).

Le laboratoire de la rue Cadet : l’inquisition en tablier

Pour comprendre la genèse de cette paranoïa, il faut quitter le tumulte du Palais-Bourbon et s'enfoncer dans le silence feutré de la rue Cadet, au siège du Grand Orient de France. Nous sommes au cœur de la bataille finale pour la laïcisation de l'État. Le gouvernement d’Émile Combes prépare activement la séparation des Églises et de l’État. Pour réussir ce séisme politique, les radicaux sont convaincus qu'ils doivent d'abord neutraliser l'armée, qu'ils considèrent comme le dernier bastion du catholicisme et de la réaction. Le général André, anticlérical obsessionnel, reçoit l'ordre de nettoyer les casernes. Mais l'administration militaire classique refuse de collaborer à cette épuration idéologique. C'est alors que le ministère passe un pacte secret avec le Grand Orient.

La franc-maçonnerie possède ce que l'État n'a pas : un réseau d'espionnage invisible et total, fort de milliers de "frères" disséminés dans chaque ville de province. Le secrétaire général de la loge, Narcisse-Achille Vadecard, accepte de transformer les structures maçonniques en un service de renseignement politique clandestin au profit du gouvernement. Les rapports affluent par milliers rue Cadet, où ils sont triés avec une rigueur régulière de fonctionnaire. Les officiers sont classés dans deux fichiers secrets : Corinthe pour les républicains dociles à promouvoir, et Carthage pour les catholiques à détruire. La compétence militaire s’efface définitivement devant l'allégeance aux loges.

La mesquinerie des carnets de "Carthage"

Le contenu de ces fiches, rédigé à la hâte par des notables locaux sous le sceau du secret maçonnique, révèle la mesquinerie absolue du système. On y traque la foi des épouses, les écoles des enfants et la présence aux offices. Les archives du scandale regorgent de ces mentions de conciergerie élevée au rang de raison d'État. Pour le commandant de Maissin, on écrit :

"Va à la messe avec un paroissien à la main. Antirépublicain farouche. À écarter."

Pour un autre, le crime est d'ordre familial :

"Fait élever ses enfants chez les Jésuites. Femme d'une piété agressive qui fréquente le clergé local."

Chaque maçon local — qu'il soit médecin, instituteur ou commerçant — devient le juge d'un colonel ou d'un commandant dont il épie la vie privée.

Les carrières des plus brillants officiers de France se brisent sur ces dénonciations anonymes validées par la rue Cadet. Le général André signe les décrets de promotion les yeux fermés, sur les seules recommandations du Grand Orient. L'ambiance dans les mess de garnison devient délétère : les officiers se regardent en chiens de faïence, sachant qu'un mot de trop devant le médecin major ou le trésorier de la loge locale peut anéantir vingt ans de service. Cette inquisition maçonnique ronge l'outil de défense nationale à l'heure exacte où, de l'autre côté du Rhin, l'Empire allemand modernise son armée à marche forcée.

Le baiser de Judas de Jean-Baptiste Bidegain

Mais toute machine clandestine porte en elle le germe de sa propre destruction. En l'occurrence, le grain de sable s'appelle Jean-Baptiste Bidegain. Adjoint du secrétaire général Vadecard et maçon de haut grade, il commence à ressentir un profond dégoût pour cette dérive policière qui transforme le Grand Orient en annexe occulte du ministère de la Guerre. Surtout, Bidegain a des dettes et un besoin urgent d'argent. Mis en contact par des intermédiaires avec les milieux nationalistes, il comprend la valeur politique des documents qu'il manipule chaque jour. Durant l'été 1904, profitant des bureaux désertés, il glisse sous son veston des centaines de fiches originales.

Bidegain livre son butin à l'opposition contre la somme colossale de 40 000 francs de l'époque. Le piège se referme sur le gouvernement. Lorsque Villeneuve monte à la tribune, le ministre de la Guerre tente de crier au complot et aux faux documents. C'est alors que le député sort les originaux, écrits sur le papier du Grand Orient, portant les annotations de la main même du cabinet du général André. La preuve de la compromission de l'État avec la maçonnerie est irréfutable. Le système s'effondre en direct sous les yeux d'une France stupéfaite de découvrir que ses généraux sont nommés par un pouvoir de l'ombre en pleine bataille constitutionnelle sur la laïcité.

Le prix du sang et les morts suspectes

Les répercussions du séisme politique sont immédiates et sanglantes. Le général André, humilié et giflé à la Chambre, doit démissionner. Quelques semaines plus tard, c'est le chef du gouvernement lui-même, Émile Combes, qui est emporté par le scandale. Le Grand Orient de France, acculé, doit sacrifier ses dirigeants pour sauver son influence politique à la veille du vote crucial de la loi de 1905. Mais l'épilogue de l'affaire se joue dans l'ombre. Le 8 décembre 1904, à la veille de son procès pour l'agression de l'hémicycle, Gabriel Syveton est retrouvé mort dans son cabinet de travail, la tête coincée dans son poêle à gaz. Suicide opportun ou assassinat d'État pour faire taire l'homme qui en savait trop ? Le mystère restera entier.

Le véritable coût de cette trahison se mesurera dix ans plus tard, dans la boue et le sang de l'été 1914. En privilégiant l'alignement maçonnique des officiers au détriment de leurs compétences stratégiques, l'affaire des fiches a placé des hommes médiocres mais « républicainement sûrs » à la tête des régiments. Face à l'invasion allemande, ces généraux de salon s'avèrent tragiquement incompétents. Dès le premier mois des combats, le général Joffre devra limoger en urgence 134 généraux incapables, les envoyant loin du front, à Limoges. La France paiera au prix fort, par des dizaines de milliers de jeunes vies fauchées lors de la bataille des Frontières, la paranoïa politique de la rue Cadet.

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Bibliographie & références

  • Guyot, J., L'Affaire des fiches : un système de délation sous la IIIe République, Éditions Perrin, 2001.
  • Bidegain, J.-B., Le Grand Orient de France : sa doctrine, son action, ses documents, Librairie des Saints-Pères, 1905.
  • Larkin, M., Religion, Politics and Preferment in France since 1890 : La République des Fiches, Cambridge University Press, 1995.
  • Annales de la Chambre des députés, Journal officiel de la République française, Séances des 28 octobre et 4 novembre 1904.

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