samedi 7 mars 2026

L’inhumanité

 

L’inhumanité

La une de l’Huma le 6 mars 1953, il y a 73 ans.

Avant d’avoir idolâtré le dictateur communiste (responsable de la mort de 10 à 20 millions de personnes selon les historiens), on doit au journal l’Humanité le talent d’avoir été interdit à la diffusion en France après la signature du pacte germano-soviétique de 1939.

Dès le 17 juin 1940 (soit le jour même où Pétain appelle à l’armistice) les dirigeants du PCF se précipitent dans les bureaux parisiens des Nazis pour demander l’autorisation de faire republier L’Humanité.

Pour donner des gages aux Nazis, la Une de l’Huma du 17 juin 1940 est titrée : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Proletarier aller länder, vereinigt euch ! » En français et en allemand, la langue du nouveau maître.

La requête de publication légale de l’Huma sera néanmoins rejetée par Otto Abetz, l’ambassadeur d’Adolf Hitler à Paris depuis le 14 juin.

Le journal sera malgré tout imprimé clandestinement, tout en adoptant (avant le retournement de juin 1941) une attitude de servilité vis-à-vis des Nazis.

https://lesalonbeige.fr/linhumanite-2/

Les barbares de la démocratie

 

Un trentième-et-unième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait De la réforme et de l’organisation normale du suffrage universel d’Henri Lasserre.

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Qu’est-ce qui pourrait les arrêter ? Rien.

Seraient-ce les considérations intellectuelles du passé, les leçons de l’histoire ? – Nequaquam, comme disaient les Latins. Pas le moins du monde. Ces gouvernants seraient ou des ignorants ou des dévoyés des classes supérieures tombés assez bas pour accepter le mandat impératif des incapables et pour se faire les flatteurs de la populace et les laquais de la plèbe.

Serait-ce de la conscience ? – Nous admettons volontiers et sans hésiter, nous admettons qu’il y aura là très évidemment des hommes sincères, des gens de bien, parfaitement intentionnés ; mais sur toutes les questions politiques et sociales, la conscience populaire n’a-t-elle pas été faussée par les sophismes que les publicistes colportent dans toutes les intelligences, voilà déjà plus d’un siècle ?

On a dit : « La loi n’est autre chose que l’expression de la volonté du plus grand nombre » ; et il y a là quelque chose de vrai, mêlé à quelque chose de faux. On a dit : « La loi doit être faite dans l’intérêt du plus grand nombre » ; et il y a là encore quelque chose de vrai mêlé à quelque chose de faux.

Mais le vulgaire, devenu tout puissant, ne distinguera pas les nuances. Il dira : « Je suis le Grand Nombre. Donc, ma volonté, c’est la Loi. Tout ce que je veux est légitime, par cela seul que je le veux et que je suis le Grand Nombre. Je fais la loi dans mon intérêt, et j’ai raison de la faire ainsi, puisque je suis le Grand Nombre. Je réalise par là l’idéal des plus purs philosophes. Mon égoïsme, qui serait un crime si j’étais le petit nombre, devient la suprême sagesse puisque je suis le Grand Nombre. Sacrifier le Grand Nombre au plus petit, ce fut le forfait de mes prédécesseurs au gouvernement ; mais sacrifier le plus petit au plus grand, c’est la justice parfaite. Ils étaient la majorité factice : je suis la majorité réelle, incontestable comme l’Océan ; je suis l’innumérable multitude ».

À ces ondes humaines, qui résistera ?

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L’ignorance et la déraison, excitée par la fièvre révolutionnaire – et aussi par la misère, toujours croissante en pareil temps – auront en main l’autorité régulière. Ce qui est légitime sera légal. Ce qui est antisocial sera à la tête de la société. Les ennemis de l’ordre public commanderont la force publique. Les brigands occuperont le ministère de la Justice et nommeront la Magistrature. Les voleurs auront à leurs ordres la Gendarmerie. Hier, une poignée d’hommes, agissant en petit et illégalement, s’appelait « la Commune », et donnait un échantillon de ce que l’on fera, en grand et légalement, en s’appelant « la Nation ».

Qu’ils forment une Convention ou qu’ils s’incarnent dans quelque dictateur, ainsi raisonneront, ainsi agiront les barbares qui sont maintenant à nos portes, et qui occuperont demain, si l’on n’avise aujourd’hui, tous les postes de la cité.

https://www.actionfrancaise.net/2026/03/07/les-barbares-de-la-democratie/

jeudi 5 mars 2026

Tribune : La gauche n’a pas le monopole de la Résistance !

 

par Bernard Bonnaves, Olivier Dejouy, François Bel-Ker

Nous sommes des enfants et des petits-enfants de personnes qui ont résisté à l’occupation allemande et combattu le nazisme. La gauche n’a pas le monopole du patriotisme. Nous sommes des militants et des cadres royalistes dont les familles ont payé le tribut du sang. La gauche n’a pas le monopole de la Résistance. Nous commémorons chaque année la Résistance française, notamment le 11 novembre 1940. La gauche n’a pas le monopole de la mémoire.

Si l’histoire de l’Action française a connu des vicissitudes, nous pourrions également rappeler les propos publiés dans L’Humanité le 4 juillet 1940 : « Il est particulièrement réconfortant en ces temps de malheur de voir de nombreux travailleurs parisiens s’entretenir avec les soldats allemands, soit dans la rue, soit au bistrot du coin. Bravo camarades, continuez même si cela ne plaît pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants ! La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante ».L’Action française, elle, ne fraternisa jamais avec l’Allemand. Notre définition de l’amitié des peuples — de France — s’arrêtait à la frontière du Rhin.

Oui, une partie de l’Action française a été antisémite, notamment Charles Maurras. Comme Voltaire, Marx, Proudhon, Blanqui, Clemenceau. Oui, d’anciens militants de l’AF ont déshonoré le patriotisme. Comme Déat, Marquet, Belin ou Doriot. Mais l’Action française, à la suite de Pierre Boutang, a engagé son examen de conscience et a définitivement condamné toute forme d’antisémitisme. Jamais nous n’accepterons de réduire un de nos compatriotes à ses origines ou à sa religion. Jacques Bainville écrivait : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation ».

Nous sommes la France des terroirs, des provinces et du monde paysan.

Nous sommes la France d’Henri IV et de Richelieu.

Nous sommes la France des cathédrales et des bâtisseurs.

Nous sommes aussi la France des Vendéens et des Chouans qui se battirent — déjà —- contre l’extermination d’un peuple. Nous sommes la France de Verdun et la France de la Résistance. La Résistance, c’est aussi ce « paradoxe français » évoqué par l’historien Simon Epstein, montrant la diversité politique de ceux qui s’engagèrent contre l’occupant et le nombre très important de royalistes dans la résistance.

Notre panthéon c’est Henri d’Astier de la Vigerie, résistant et journaliste ayant appartenu à l’Action française, fondateur du réseau de résistance Orion, créateur des Commandos de France ; Jean-Baptiste Biaggi, militant à l’Action française, avocat, arrêté par la Gestapo, torturé qui s’évade en mars 1944 pour participer à la libération de Paris et à la campagne d’Allemagne ; Michel de Camaret, camelot du roi, diplomate, résistant dès 1940, intègre un commando parachutiste SAS des Forces françaises libres (FFL) ; Daniel Cordier, responsable du Cercle Charles Maurras de Bordeaux, un des premiers à rejoindre Londres, devient le secrétaire de Jean Moulin, se présente à lui en témoignant de son admiration pour Charles Maurras ; Jacques Debû-Bridel, écrivain, proche de Charles Maurras, militant antinazi dès 1935, il entre en résistance dès octobre 1940 à l’Organisation civile et militaire et au Super Nap (noyautage de l’administration publique) ; Paul Dungler, industriel du textile, responsable de l’Action française en Alsace, héros de la résistance, co-fondateur de la Septième Colonne d’Alsace alias Réseau Martial, initiateur de l’Organisation de la Résistance armée et à l’origine des Groupes mobiles d’Alsace ; Jean Ebstein-Langevin, militant de l’Alliance royaliste d’Alsace, vice-président de la Corpo de droit qui a appelé à manifester le 11 novembre 1940. Il passe en zone libre en 1941, officier de renseignement, incorporé dans la 1re armée ; Honoré d’Estiennes d’Orves, royaliste, martyr de la Résistance, exécuté le 29 août 1941 au MontValérien ; Raoul Girardet, camelot du roi, résistant, arrêté par la Gestapo ; Général Pierre Guillain de Bénouville, camelot du roi (17e équipe), résistant, fondateur de Radio-Patrie, membre du Comité Directeur du Mouvements unis de la Résistance (MUR) ; Yves de Kermoal, auteur du chant des Commandos de France ; Hubert de Lagarde, écrivain, journaliste, très proche de l’Action française, fondateur du réseau de résistance Éleuthère, membre du Comité d’action militaire, prend la tête du service de renseignement de Libération Nord, puis de l’étatmajor FFI, arrêté par la Gestapo, torturé, déporté à Buchenwald puis à Dora, meurt en déportation ; Général Philippe Leclerc de Hautecloque, maréchal de France, adhérent et abonné à l’Action française, royaliste de conviction, qui a redoré le drapeau français du Sahara aux flèches de la cathédrale de Strasbourg, et a libéré Paris à la tête de la 2e DB ; Maréchal Jean de Lattre de Tassigny, monarchiste, sympathisant de l’Action française ; Pierre Messmer, camelot du roi, il rejoint les FFL dès 1940 ; Edmond Michelet, militant de l’Action française, chef du mouvement de Résistance Combat en Limousin, arrêté, mis au secret et déporté à Dachau ; Jacques Perret, écrivain, prisonnier dès 1940 : il s’évade rapidement et rejoint les maquis de la Résistance ; André Pertuzio, ancien président de la Corpo de droit et co-organisateur de la manifestation du 11 novembre : il fut parmi les étudiants royalistes qui défièrent les autorités allemandes ; le Colonel Rémy, abonné à L’Actionfrançaise, résistant, compagnon de la libération ; Jacques Renouvin, étudiant en droit, avocat, ancien camelot du Roi, résistant, arrêté en 1943, torturé pendant des mois, mort d’épuisement à Mauthausen en janvier 1944, il avait inscrit dès 1940 sous la statue de Louis XIV à Montpellier : « Lui, n’aurait pas collaboré ! » ; Colonel Henri Romans-Petit, chef du maquis de l’Ain dont les troupes défilent dans Oyonnax, le 11 novembre 1943, pour déposer devant le monument aux morts une gerbe sur laquelle on peut lire : « Les vainqueurs de demain à ceux de 1914-1918 » ; Edwige de Saint-Wexel, lycéenne d’Action française : le 11 novembre 1940, elle se trouve place de l’Étoile, où elle est arrêtée avant d’être torturée et incarcérée ; et tant d’autres.

La gauche n’a pas le monopole du Bien. La gauche n’a pas le monopole du Beau.

Aujourd’hui, ne pas être capable de dénoncer clairement le pacte germano-soviétique, c’est faire injure à la Résistance. Aujourd’hui, ne pas dire qu’entre 2022 et 2024, l’agence Europol dénombre 7 attentats liés à l’extrême droite et 71 liés à l’extrême gauche c’est se laisser guider par ses œillères. Aujourd’hui, à l’heure ou l’antisémitisme s’exprime librement à gauche, prendre en otages les résistants, les déportés, les victimes de la Shoah à des fins partisanes, c’est trahir l’esprit même de la Résistance.

« Nous ne pouvons plus nous taire.

Ce serait insulter nos ancêtres et leurs sacrifices»

Bernard Bonnaves, président de La Restauration nationale.

Fils d’un déporté de camp de concentration, détenteur de la médaille des évadés, combattant dans la Première Armée française dirigée par le général de Lattre de Tassigny, fils d’une « Malgré-nous », résistante dans les Postes et Téléphone à Colmar.

Olivier Dejouy, Secrétaire général de l’AF, de 2009 à 2013 et de 2022 à 2024.

Fils et petit-fils de maquisard, fils d’un ancien de la 2e DB qui a participé à la libération de Paris, grièvement blessé devant Strasbourg, chevalier de la légion d’honneur, décoré de la Médaille militaire, de la Croix de guerre 39-45 et de la Croix du combattant volontaire.

François Bel-Ker, Secrétaire général de l’AF, de 2013 à 2022.

Petit-fils d’un pupille de la nation, instructeur au sein del’École militaire FFI et officier des palmes académiques, commandant de la base militaire d’Aulnat, petit-fils d’une volontaire féminine FFI, et petit-neveu d’un combattant volontaire de la résistance, FFI.

https://www.actionfrancaise.net/2026/03/05/tribune-la-gauche-na-pas-le-monopole-de-la-resistance/

Archéologie de la guerre des Gaules, avec Michel Reddé

 


lundi 2 mars 2026

Quand des Africains colonisaient d’autres Africains

 

Quand des Africains colonisaient d’autres Africains

Bernard Lugan dirige la revue numérique L’Afrique réelle et est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages de référence consacrés à l’histoire et aux réalités africaines. Son dernier livre, Quand les Africains colonisaient l’Afrique (Éditions du Rocher, 236 pages, 19,90 euros), traite de façon magistrale un fait historique trop souvent méconnu qu’il convient de rappeler à tous ceux qui alimentent la culpabilisation de « l’homme blanc ».
Johan Hardoy

Une colonisation européenne récente

« À l’exception du comptoir du Cap (XVIIe siècle), et de l’Algérie (à partir de 1830), la colonisation du continent africain par sept nations européennes (France, Grande-Bretagne, Portugal, Belgique, Espagne, Italie et Allemagne), ne se fit qu’à partir de la dernière décennie du XIXe siècle. » Les divers établissements danois, hollandais, hanséatiques et autres du siècle précédent n’étaient que des comptoirs commerciaux.

« Au sud du Sahara, la réalité — totalement occultée aujourd’hui par la chape de plomb de “l’historiquement correct” — est que la colonisation européenne libéra les populations africaines alors colonisées par d’autres Africains. Pour les peuples dominés, l’arrivée des Européens ne fut donc pas ressentie comme une conquête, mais tout au contraire comme une libération. Une libération des raids esclavagistes, de la mise en servitude, des diverses formes d’oppression et de massacres. »

Le mouvement de décolonisation débuta quant à lui dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale avant de s’achever dans les années 1960.

Des colonisations interafricaines depuis le fond des âges

Les colonisations internes à l’Afrique eurent deux grandes caractéristiques fondamentalement différentes de la parenthèse coloniale européenne :

1/ Elles furent anciennes car elles débutèrent avec le Néolithique ;

2/ Elles aboutirent à de multiples « grands remplacements », les primo-occupants africains étant soit éliminés, assujettis, réduits en esclavage ou chassés par ceux des Africains qui s’emparaient de leurs terres.

« Partout, les peuples les plus forts colonisaient, soumettaient ou détruisaient les plus faibles. »

« De l’actuel État du Sénégal jusqu’au sud du golfe de Guinée, tout l’ouest africain a, et cela depuis plus d’un millénaire, connu de multiples épisodes de colonisation suivis de grands remplacements de populations. »

Le grand remplacement des Sahariens noirs

Pendant une période qui s’étend d’environ 5 000/4 500 av. J.-C. à environ 2 500 av. J.-C., les protos-Berbères colonisèrent progressivement le Sahara central qui était peuplé par les ancêtres des Peul [l’auteur n’ajoute pas de « s » au pluriel].

Cette confrontation tourna à l’avantage des premiers durant les cinq siècles suivants. En se repliant, les seconds entamèrent à leur tour « leur essaimage colonial vers le Sahel ».

La colonisation du Sahel par les Peul

« Siècle après siècle, les pasteurs peul, dont les ancêtres avaient vécu dans le Sahara, suivaient le recul des pâturages provoqué par les changements climatiques. »

Après avoir commencé par se soumettre pour se faire accepter par les sédentaires, ils finirent par s’imposer en maîtres à des populations qui les avaient initialement méprisés.

De nos jours, les Dogon considèrent les Peul comme les descendants de ceux qui leur ont pris leurs terres et qui ont vendu leurs ancêtres sur les marchés aux esclaves, tout en les accusant de soutenir les jihadistes.

Au Nigéria, l’expansion coloniale des Peul, interrompue par la colonisation européenne, a repris : « Nous sommes clairement en présence de la résurgence d’un phénomène colonial africain séculaire mis entre parenthèses par la brève colonisation britannique. La question religieuse est, quant à elle, une donnée récente et aggravante, mais en aucun cas le déclencheur de ce phénomène de longue durée. »

La colonisation des Berbères par les Arabes

« Les Berbères ou Imazighen (Amazigh au pluriel) constituent le fonds ancien de la population d’une vaste partie de l’Afrique, depuis le delta du Nil jusqu’à l’Atlantique — îles Canaries comprises —, et de la Méditerranée jusqu’au Sahel. »

Les héritiers doctrinaux des conquérants arabes du VIIe siècle considèrent que l’islamisation aurait marqué la fin de l’histoire des Berbères en les inscrivant dans l’aire culturelle de l’arabité.

Les bantuphones à la conquête de l’Afrique

En Afrique sud-saharienne, durant le premier millénaire avant notre ère, un vaste mouvement de colonisation est parti de la région des hauts plateaux des actuels Nigeria-Cameroun pour se répandre vers toute l’Afrique à l’ouest et à l’est de la cuvette du Congo, dans des régions qui n’étaient pas vides d’habitants.

« Le mode de colonisation ne prit pas la forme d’une déferlante car il fut lent, progressif, par vagues majeures ou mineures successives et probablement par petits groupes, à partir du foyer d’origine et à partir des divers centres d’expansion secondaires. »

Aujourd’hui, la quasi-totalité des populations de l’Afrique centrale parlent des langues bantoues.

En Afrique australe, les vastes espaces occupés par les KhoïSan (Khoï et San) ont été colonisés par les Nguni et les Sotho, avant l’arrivée des colons hollandais au cap de Bonne-Espérance. « Les Khoï ont disparu en tant que peuple. Quant aux San, en voie de disparition, ils ne vivent plus que dans quelques régions reculées de Namibie, du Botswana et d’Angola. »

D’anciens esclaves devenus colonisateurs

Des esclaves noirs américains affranchis colonisèrent également le Libéria et la Sierra Leone : « Jusque dans les années 1980, le Libéria fut une véritable société d’apartheid profondément inégalitaire dans laquelle une minorité composée de 2,5 % de la population, les descendants d’esclaves affranchis, les Américano-Libériens, détenaient tous les pouvoirs et pratiquaient le travail forcé sur les plantations de caoutchouc. »

***

La colonisation européenne a mis fin aux multiples colonisations interafricaines, en favorisant les « vaincus de la longue durée continentale » dont certains se sont engagés dans les armées des colonisateurs pour se venger de leurs anciens oppresseurs.

De fait, les équilibres séculaires africains s’en sont trouvés bouleversés, d’autant que les frontières tracées par les Européens ont perturbé l’équilibre interne des grandes zones d’élevage tout en séparant artificiellement des peuples.

Après les indépendances, l’Afrique a renoué avec sa « longue histoire » mise entre parenthèses durant la période coloniale européenne.

À l’intérieur de frontières qui interdisent toute expansion territoriale, les différents peuples réactualisent les vieux contentieux entre « prédateurs » et « victimes », ce qui devrait les amener tôt ou tard, selon Bernard Lugan, à remettre en question ces lignes de partage artificielles.

Johan Hardoy 27/02/2026

https://www.polemia.com/quand-des-africains-colonisaient-dautres-africains/

L'OTAN face à sont destin: la chronique d'un mort vivant avec le Col. Duglas McGregor

 


Égalité et inégalité

 

Un trentième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de Frédéric Le Play.

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Il est de l’égalité d’une part et de l’inégalité ou de la hiérarchie de l’autre, comme de la liberté ou de la contrainte, comme du progrès et de la décadence. Ce ne sont point des principes absolus : ce sont des faits essentiels à toute société.

Dans l’ordre naturel, l’inégalité se montre partout. Elle caractérise en quelque sorte les principaux éléments de la vie physique. Elle apparaît avec évidence dans les trois termes de l’union sociale, le père, la mère et l’enfant. Elle se révèle, en outre, dans les familles fécondes par l’extrême diversité d’aptitudes qui règne entre les enfants issus des mêmes parents. Les régions habitables, avec leurs variétés infinies, modifient d’ailleurs profondément la constitution physique de l’homme, et créent à la longue entre tous des inégalités considérables.

On se met en contradiction avec l’expérience et la pratique quand on présente aux peuples l’égalité et la liberté comme des principes absolus, dont il faudrait poursuivre à tout prix la réalisation pratique. L’égalité et la liberté ne sauraient prétendre à être élevées, comme la religion, la propriété et la famille au rang des principes primordiaux. Ce sont des préceptes d’ordre secondaire, dont l’application, variant partout avec la nature des hommes et des choses, doit être tempérée et souvent interdite par les préceptes d’ordre supérieur qui recommandent au respect des peuples l’autorité et la hiérarchie.

L’inégalité est un trait nécessaire du corps social.

Les inégalités sociales dérivent de la nature humaine, de même que les météores proviennent de la constitution de l’atmosphère. Comme la pluie qui ravage ou féconde nos champs, comme le vent qui détruit ou anime nos vaisseaux, l’inégalité, considérée en elle-même, ne doit point être signalée comme un mal absolu. Loin de là, elle est une force précieuse pour les nations qui savent en conjurer les inconvénients et en conquérir les bienfaits.

L’égalité est journellement vantée par nos écrivains et nos créateurs comme le plus sacré des principes sociaux, mais tous nos parvenus la repoussent même dans ce qui est légitime, avec un entraînement qui ne se manifeste chez aucune autre nation européenne. De cette contradiction entre la doctrine et la pratique naît un état de malaise qui affecte la société entière et qui pèse principalement sur les classes inférieures. Celles-ci, voulant atteindre le but chimérique qu’on leur montre, et se sentant incapables d’égaler les supériorités créées par l’intelligence et le travail, s’irritent contre l’ordre établi. Elles sont peu portées à demander à leurs chefs la direction sans laquelle elles ne sauraient s’élever ; tandis que ces derniers s’épargnent volontiers les soucis qu’elle impose. Lorsque la hiérarchie sociale est régulièrement fondée sur la vertu, le talent et la richesse, ou sur le souvenir des services rendus, les classes dirigeantes ont intérêt à la fortifier par l’affection et les succès de leurs subordonnés. Lorsque, au contraire, elle est sans cesse contestée par la haine et l’esprit de nivellement, les chefs de la société sont disposés à étouffer tous les mérites naissants qui pourraient dans l’avenir leur faire concurrence. C’est ainsi que les sociétés s’élèvent et prospèrent à la faveur d’une hiérarchie légitime ; tandis qu’elles s’abaissent et souffrent par l’exagération du principe d’égalité.

https://www.actionfrancaise.net/2026/02/28/egalite-et-inegalite/

6 février 1934 : une pensée pour le colonel François de la Rocque

 


Une occasion manquée.
« La France était à deux doigts de l’émeute : j’ai refusé de lancer mes amis dans des mouvements de rues, ils auraient déterminé la guerre civile… »
(Édito du colonel de La Rocque dans « Le Petit Journal » le 14 juillet 1937).

Le 6 février est un anniversaire : celui d’une occasion manquée, le 6 février 1934.
Cette manifestation, dans son organisation, puis dans son échec, fut l’œuvre des « Croix de feu » du colonel de La Rocque. L’échec volontaire d’un homme hissé en politique par le poids de ses deux millions d’adhérents, le parti le plus nombreux qu’ait jamais compté notre pays !

Aujourd’hui, pourtant, j’ai envie de rendre hommage à cet officier supérieur trop méconnu et injustement critiqué ; un patriote courageux et intransigeant comme il en existait encore à l’époque.
Je viens de terminer le livre de Michel Vial consacré au colonel Pierre Château-Jobert (1), que j’ai eu le privilège de connaître. Et, quand je vois la servilité reptilienne de la majorité des présidents d’associations patriotiques et/ou militaires devant le pouvoir (le « Rapport Stora » en étant l’une des illustrations récentes), je me dis que cette race d’hommes est moribonde, voire carrément morte.
Ces messieurs sont (presque) tous officiers généraux (2). On a vraiment l’impression que l’armée française se prend pour l’hôtellerie de luxe : elle se persuade qu’elle monte en gamme en multipliant le nombre d’étoiles, ce en quoi elle se trompe. Mais venons-en au colonel de La Rocque.

François est le troisième fils du général Raymond de La Rocque (1841-1926), polytechnicien, artilleur de marine (3). Le frère aîné de François, Raymond (1875-1915), chef de bataillon, a été tué pendant la Grande Guerre. François de La Rocque, saint-cyrien, se marie en 1912 avec Édith Allotte de La Fuÿe, fille de général, avec laquelle il a quatre fils et deux filles. Deux de ses fils, Jean-François et Jacques, aviateurs, sont morts pour la France, le troisième, Gilles, chasseur alpin, a été blessé au combat en juin 1940. L’aîné, Hugues, est décédé à l’âge de 14 ans des suites d’une maladie, en 1927 : une épreuve qui pèsera dans la décision de François de la Rocque de démissionner de l’armée. Il perd également sa fille Nadine à l’âge de 20 ans en 1934. Édith, la dernière, était religieuse.

Sorti de Saint-Cyr en 1905, il sert sous Lyautey dans les confins algéro-marocains (1910-1911) et dans l’Atlas marocain avant d’aller combattre en France durant la Grande Guerre. Capitaine, grièvement blessé au combat, il est déclaré « inapte à faire campagne ». À sa demande, il est cependant affecté au 135e régiment d’infanterie et participe à la bataille de la Somme. En 1918, à 33 ans, il est le plus jeune chef de bataillon de l’armée française.

Il est décoré de la Croix de Guerre avec neuf citations et officier de la Légion d’honneur.
De 1919 à 1925, il sert à l’état-major du maréchal Foch. Cette période le verra à Varsovie, en Pologne, où il occupera divers postes. En 1925, à sa demande, il est envoyé au Maroc durant la dernière phase de la guerre du Rif. Il contribue à la reddition d’Abdelkrim.

Il quitte l’armée en 1928 avec neuf citations (dont six à l’ordre de l’armée) et le grade de lieutenant-colonel. Puis il prend la tête de l’association des « Croix de Feu » qui regroupe les seuls anciens combattants décorés au combat. C’est alors le temps des ligues d’extrême-droite dont certaines regardent d’un bon œil le fascisme italien. Mais La Rocque ne saurait être fasciste puisqu’il est catholique convaincu. L’antisémitisme ne le gêne pas mais il n’est en rien virulent sur le sujet. Il est, en revanche, totalement antiparlementaire et anticommuniste.

La crise économique de 1929, puis les scandales financiers du début des années 30, gonflent les effectifs des « Croix de Feu », qui s’adjoignent les « Fils de Croix de Feu », puis les « Volontaires Nationaux », trop jeunes pour avoir combattu (et dont le plus célèbre sera l’aviateur Jean Mermoz).
Le 6 février 1934, dans l’émeute provoquée par le pseudo-suicide de l’escroc Stavisky, les colonnes du colonel de La Rocque, disciplinées, prennent à revers la Chambre des députés que la grosse masse des manifestants attaque par la Concorde.

Elles bousculent les barrages et ont le Palais Bourbon à portée de la main quand un ordre de La Rocque, en personne, les détourne et les envoie déambuler, inoffensives, du côté des Invalides ; tandis que les salves des gardes mobiles continuent de coucher sur le pavé parisien des centaines de manifestants. Le colonel de La Rocque pensait, et il avait raison, que la prise d’un édifice public ne signifiait pas la prise du pouvoir. Mais il réussit, ce jour-là, à s’attirer la haine de l’extrême-droite, pour n’en avoir pas fait assez, ainsi que celle de l’extrême-gauche pour cette tentative avortée de coup d’État. Cette conjonction apaisante, qui plaît tant aux bourgeois et aux partisans de l’ordre, lui vaut 10 000 adhésions par jour.

Les « Croix de Feu » dissoutes, il crée aussitôt le « Parti Social Français » et adopte une devise qui fera son chemin: « Travail, Famille, Patrie » appuyée sur un programme simple, voire simpliste et quelques formules qui font mouche : « Ni blanc, ni rouge mais bleu-blanc-rouge. ».
Le mouvement a un épouvantail : le Bolchevique, le « Moscoutaire », le Rouge.
Le brave colonel est à son affaire dans les grands rassemblements : défilés martiaux, grands meetings, immenses « grand-messes » ; il faut, avant tout, intimider les Rouges.
Le chef-d’œuvre de ce Kriegspiel eut lieu au printemps 1935 : les adhérents, convoqués aux portes de Paris, y trouvent des centaines de cars et de voitures dont chaque conducteur ouvre au dernier moment une enveloppe contenant des instructions précises et un itinéraire.
« Par des chemins différents, sans embouteillage, guidées par des agents de liaison aux carrefours, les colonnes s’égrènent vers l’ouest. Peu avant la nuit apparaît la flèche de Chartres. C’est presque la route de Peguy … » dira un témoin. Belle démonstration de force, totalement inutile !

Il n’empêche que 25 000 hommes ont été transportés sans heurt à 100 kilomètres de Paris.
Le colonel va les haranguer, dans une prairie, perché sur une charrette. Une fois de plus, ses militants les plus virulents se retireront avec le sentiment d’avoir été menés au bord du Rubicon pour… y pêcher à la ligne. C’est l’époque où un chansonnier ironisait en disant : « l’immobilisme est en marche et, désormais, rien ne l’arrêtera ». La droite nationale, qui n’a pas oublié le demi-tour gauche des « Croix de Feu » le 6 février 1934, ne les appelle plus que les « froides queues ». Dans la presse d’Action Française, le colonel de La Rocque devient « Ronronnel de La Coque ».

La Rocque était en fait un Boulanger mâtiné de Pierre Poujade : il drainait les déçus, les râleurs et les mécontents. Il ne savait pas ce qu’il voulait, mais il l’a dit avec sonorité. Il n’est pas sans rappeler certains présidents d’associations actuels qui prétendent fédérer les patriotes et défendre la civilisation française tout en restant… apolitiques : comme si une telle équation était possible !
Mais, qui se souvient encore, dans ce pays sans mémoire, que le colonel de La Rocque fut aussi un authentique résistant et qu’il est mort des suites de sa longue captivité ?

Pourtant, dès le 16 juin 1940, donc avant le discours du maréchal Pétain du 17 juin, François de La Rocque signait un éditorial intitulé « Résistance », dans le quotidien du PSF :
« Après avoir adressé aux Parisiens nos exhortations de courage et de fermeté, nous voulons maintenant crier à tous les Français le mot d’ordre de résistance. Le gouvernement au pouvoir a été désigné, soutenu à cause de son programme essentiel : tenir, ne jamais faiblir. Ce gouvernement ne saurait capituler sans se renier lui-même. Il ne saurait mettre bas les armes par une simple décision. Sa décision ne saurait sortir de la ligne choisie, convenue, adoptée, sans que le pays soit d’abord, consulté, prévenu. Ou bien ce serait une escroquerie morale dont aucun Français n’a le droit d’accuser un autre Français, ce dernier fût-il son pire adversaire politique. Tous les citoyens doivent donc être prêts à la résistance totale, et jusqu’au bout. La famille PSF au seul service de la nation entière doit donner l’exemple… Une seule consigne, quoi qu’il arrive : résistance ! ».

Le colonel de La Rocque est arrêté par Hugo Geissler, chef de la Gestapo de l’Auvergne, le 9 mars 1943, ainsi que 152 dirigeants du PSF. Il est interné successivement, durant les six premiers mois, dans les cellules de la prison de Moulins, de Fresnes puis du Cherche-Midi.
Il est transféré le 31 août 1943 et déporté en Tchécoslovaquie au camp de concentration de Flossenbürg ; puis, en raison de son état de santé, en Autriche au château d’Itter, où il a la surprise de retrouver Édouard Daladier, Paul Reynaud, Jean Borotra, Léon Jouhaux.

« La Rocque est en piètre état. La détention fut pour lui particulièrement rude, d’autant qu’il souffrait des suites d’une blessure reçue lors de la Grande Guerre. C’est dans un état de cachexie, avec un œdème des deux jambes, qu’il arrive le 10 janvier 1944 à Itter, où il est examiné et soigné par un médecin de Dachau » dira Paul Reynaud. Après une opération chirurgicale, La Rocque entre en contact avec des parachutistes américains. C’est la 103e Division américaine qui le libère, ainsi que les personnalités détenues à Itter, le 7 mai 1945.

La Rocque revient en France le 9 mai 1945 et se voit immédiatement placé… en internement administratif jusqu’au 31 décembre 1945 afin de l’éloigner des affaires politiques, notamment des négociations du Conseil national de la Résistance. La commission de vérification des internements administratifs réclame sa libération, mais le gouvernement ne tient pas compte de cet avis.
À sa sortie d’internement, il est assigné à résidence et décède quelques mois plus tard, le 28 avril 1946, des suites de ses longs mois de détention.

Le colonel François de La Rocque, héros de la Grande Guerre, du Rif et de la Résistance, sera décoré à titre posthume, en… 1961, de la « Médaille de la Déportation et de l’Internement pour faits de Résistance » ; et se voit attribuer la carte de déporté-résistant, qui lui avait été refusée de son vivant. Et de Gaulle rend enfin hommage, en tant que chef de l’État, « à la mémoire du colonel de La Rocque, à qui l’ennemi fit subir une cruelle déportation pour faits de Résistance et dont, je le sais, les épreuves et le sacrifice furent offerts au service de la France ». Puis le gouvernement de Michel Debré présenta « les excuses du gouvernement pour une injustice dont il mesure la profondeur.»

C’est son fils Gilles, chasseur alpin blessé au combat en juin 1940, qui a effectué la demande de reconnaissance du titre de déporté-résistant, refusé à son père de son vivant.
Le colonel de La Rocque est enterré à Saint-Clément (Cantal) avec trois de ses fils : Jean-François et Jacques, les deux aviateurs morts pour la France, et, à leurs côtés depuis novembre 2001, Gilles, chasseur alpin, blessé de guerre.
Pourquoi l’histoire officielle ne raconte-t-elle pas aux enfants, qu’il y eut, dans notre pays, des familles capables de donner plusieurs de leurs fils à la mère-patrie ? Pourquoi leur faire croire que le patriotisme est dépassé, que le nationalisme est une tare ? Pourquoi leur apprendre la honte de notre histoire et la repentance ?

Le colonel de La Rocque était sans doute un idéaliste et un naïf, mais c’était d’abord, c’était surtout, un grand Français. L’un des rares hommages qui lui a été rendu l’a été, tardivement, par François Mitterrand qui déclarait à Pierre Péan (4) :
« J’ai trouvé que ce personnage était injustement traité. Ses propos tranchaient avec la réputation qui lui était faite. Il n’était ni fasciste, ni antisémite… Il m’avait séduit… »

Il me paraît un peu ridicule de commémorer le 6 février 1934, qui fut un putsch avorté, une belle occasion manquée. En revanche, ce jour-là, on peut avoir une pensée, mieux une prière, pour le colonel François de La Rocque, un héros maltraité par l’histoire d’un pays qui n’aime plus les héros.

Éric de Verdelhan

1)- « Conan. Pierre Château-Jobert (1912-2005) » de Michel Vial ; Indo-éditions ; 2020.
2)- Nous avons 450 généraux en activité et… 5000 en « 2e section ». C’est l’armée mexicaine avec les effectifs de généraux de l’ex-Armée Rouge.
3)- Directeur de l’artillerie au ministère de la Marine, démissionnaire en 1899, puis président du Comité Justice-Égalité (groupement catholique et nationaliste).
4)- « Une jeunesse française » de Pierre Péan ; Fayard ; 1994.

https://ripostelaique.com/6-fevrier-1934-une-pensee-pour-le-colonel-francois-de-la-rocque/

vendredi 27 février 2026

9 ERREURS HISTORIQUES dans le manuel LAVISSE

 


Le Je et le Nous

 

En cette époque d’individualisme exacerbé et de progressisme triomphant sur un mode pathologique, il est de bon augure que la question du bien commun réapparaisse dans le champ intellectuel et politique.

Par Axel Tisserand

Ainsi, Bernard Bourdin a-t-il récemment édité un ouvrage collectif qui rassemble les textes issus du colloque qui s’est tenu, sur le sujet, à l’Institut catholique de Paris, en partenariat avec le Centre du Saulchoir et la Chaire ICP-ESSEC Entreprises et Bien commun, les 5 et 6 octobre 2023. L’objectif ? Se demander non seulement dans quelle mesure l’idée de bien commun a été et est toujours capable d’orienter et d’animer une communauté sociale, politique ou économique, mais surtout si son acception théologique la rend opérante au sein d’un État libéral et d’une économie de marché. Une réflexion approfondie.

L’ouvrage ambitieux auquel s’est attelé François Huguenin vise, au fond, la même interrogation. Cette Histoire de la pensée politique des origines à nos jours intitulée Le Je & le Nous a pour fil rouge cette relation entre … l’individu et l’État ? l’individu et la société ? la personne et le souverain ? la personne et la cité ? Soi… et soi ? car il y a du « nous » dans chaque « je » plus encore qu’un « je » quelconque ait chance d’avoir une influence sur le « nous », à moins qu’une pensée forte, ayant trouvé un écho dans la société, n’influe celle-ci, voire la cité elle-même. C’est le cas évidemment des grands penseurs politiques qui ont rencontré, comme on dit, leur époque.

Ce livre, qui ne se veut surtout pas un manuel, peut toutefois être utilisé comme tel par de jeunes intelligences, qui, préparant par exemple le bac philo, voudraient connaître l’essentiel d’un auteur sur le sujet. Jadis, on étudiait la pratique et les fins. Aujourd’hui, on se penche plus volontiers sur la morale et la politique : cela revient au même. La politique, et le fil rouge choisi, rejoignent vite la question fondamentale du bien commun. Et cette question ne quittera pas le livre. Partant de l’Antiquité grecque et latine, évoquant la « reformulation chrétienne », il s’attaque ensuite, après le Moyen Âge, à la naissance et au développement d’une modernité dont le traitement fait l’essentiel de l’ouvrage. Tous les grands penseurs sont abordés, sous l’angle, parfois artificiel, de ce fil rouge, même si la relation de l’individu ou du moi à la cité, qui mériterait d’être élargie à la société naturelle (la famille) que définit l’Église, est primordiale. Et Jean-Paul II en rappelant que la nation ou la patrie sont elles-mêmes des sociétés naturelles, compte tenu de la dimension sociale de l’homme, montre par ce fait même, qu’il n’y a pas de solution de continuité du Je au Nous – ce qui ne signifie pas que toute organisation de la cité soit conforme à ce bien commun qui, avec le christianisme, dépasse la seule cité terrestre et doit respecter la liberté foncière propre à tout homme de réaliser son salut.

L’intérêt premier du livre est évidemment d’interroger la relation possible, ou non, entre la conception individualiste de la liberté détachée de toute référence à un bien transcendant avec la notion de bien commun. La liberté « négative » des modernes, et de ce fait indéfinie, qui sacre l’individu, est difficilement conciliable avec la reconnaissance d’un Nous qui peut exiger de sacrifier la seule légitimité reconnue : celle des intérêts privés, l’intérêt général étant lui-même considéré à l’aune des premiers. Au fond, la « liberté politique » moderne devient vite une aporie ou un trou noir : François Huguenin le mon­tre, peut-être à son corps défendant, en développant les conséquences de la « posture libérale », de Benjamin Constant à Hayek. Le désir, assurément sincère, de certains libéraux, de sauver un quelconque « bien commun » (Constant, Aron, voire Berlin) aboutit dès lors le plus souvent à une cotte mal taillée, ces penseurs libéraux n’assumant pas toutes les conséquences de leur parti-pris philosophique.

Quant à la pensée du totalitarisme, engendrée par la Révolution française, qui noie le Je dans un Nous idéologique et meurtrier, il permet à François Huguenin d’écrire de belles pages sur Hannah Arendt ou Leo Strauss. On regrettera le peu de place laissé à Boutang et la quasi absence de Maurras, qui a pourtant longuement réfléchi sur la relation du nous au moi et s’inscrit dans la tradition aristotélo-thomiste. C’est avec raison qu’Huguenin part d’Antigone : nul mythe n’a suscité autant de contre-sens et de bavardage, lors même qu’il pose la relation fondamentale du Je au Nous non seulement dans la cité, mais aussi face au pouvoir. L’époque moderne y a vu ce qu’elle pouvait : la rébellion d’une conscience individuelle contre les lois de la cité. Contre-sens majeur, « éloge empoisonné », dit Maurras. Si l’oppression est là, en revanche, comment ne pas voir que la conscience individuelle d’Antigone est de part en part pénétrée par le Nous de la cité, ce qui faisait dire à Maurras que c’était Créon l’anarchiste, et Antigone la petite légitimiste. Les piques qu’Huguenin se croit obligé d’adresser à Maurras n’y font rien : loin que cette interprétation soit un « hapax » (sic) « contre-di[sant] les outrances coutumières du martégal — et particulièrement ses saillies contre la résistance durant la guerre » — coup de pied de l’âne -, c’est dès sa jeunesse que Maurras se fit cette conception d’Antigone, reprise par Boutang (notamment dans le beau dialogue avec Steiner sur Antigone et sur Abraham) : en 1905, dans une lettre à Barrès, Maurras emploie déjà la formule « l’anarchiste, c’est Créon ». Et cette certitude, de la légitimité politique d’Antigone et de la tyrannie d’un Créon abusant de son pouvoir et, de ce fait, annihilant sa légitimité, éclaire au contraire toute sa philosophique politique. Comme tous ceux qui en veulent à Maurras de leur propre évolution, Huguenin se croit obligé d’opposer le disciple au maître, Boutang au Martégal. Ainsi, après une présentation honnête de la dialectique du pouvoir chez Boutang, entre autorité, consentement et légitimité, pourquoi prétendre que Boutang, en réintroduisant le consentement du peuple, « à côté de la nécessité du bien commun » – auquel serait seulement attaché Maurras ? – « pulvéris[e] de fait le monisme de la conception du pouvoir monarchique de son maître Maurras ». Malheureusement pour Huguenin, ce « monisme » n’existe que dans son imagination. Le fait que Maurras n’ait pas présenté le pouvoir de manière dialectique, et ait insisté sur le bien commun plutôt que sur le consentement, n’est pas signe d’un quelconque monisme, mais de la nécessité de critiquer avant tout les excès d’une IIIe République livrée aux partis et à des oligarchies insoucieuses du bien commun et qui usur­paient le consentement populaire. Chez Maurras, le souci est constant de rendre au pays réel des libertés politiques concrètes, qui lui appartiennent en propre : cette large décentralisation et sa critique du César-Bureau (faisant du Je un simple matricule) sont même au fondement de sa démarche politique. Comme il l’écrit dans Mes Idées politiques : « D’après une vénérable maxime, la loi se fait par l’opération du souverain (constitutione regis), par l’acceptation du sujet (consensu populi). […] la loi doit être faite pour être obéie facilement. Une loi doit être acceptable. La loi n’est pas la loi lorsque son énoncé suffit pour provoquer les gens à l’enfreindre. Elle veut un assentiment, naturel et prompt ». Cela passe-t-il nécessairement par un décompte des voix ? Maurras va directement à la réalité concrète de la démocratie : c’est le gouvernement d’une addition majoritaire d’individus (pays légal). Comme le souligne encore Boutang, avec le pays réel, il s’agit « d’un consentement populaire organisé et non d’un consentement populaire atomisé. C’est seulement quand on n’a pas d’autre moyen d’exprimer le peuple que l’on compte les individus par le biais du suffrage universel ».

Cette anecdote permet d’illustrer la posture générale de François Huguenin, qui cherche à concilier en lui un « Je » qui reste profondément contre-révolutionnaire, ce qui transparaît dans sa critique aussi lucide que radicale de la Révolution et de ses avatars totalitaires au XXe siècle – il évoque le « monstre de la souveraineté populaire » –, avec un « Nous » mondain et médiatique qui a rejoint la modernité, notamment sa conception de la liberté, et lui fait regarder avec horreur tout ce qui peut ressembler à la « réaction », comme s’il avait peur qu’on lui attribue une ombre qui ne soit plus la sienne. Ainsi, du « monstre » d’allure « théocratique » et doté du « concept moderne de souveraineté » qu’il attribue à Bossuet, alors même qu’« une théologie du pouvoir, note Boutang dans Reprendre le Pouvoir, n’est pas une théorie théologique du pouvoir, pas plus que la théologie de l’histoire n’est une idée de l’histoire » – Bossuet a du reste écrit La Politique tirée, et non déduite, des propres paroles de l’Écriture sainte… De même, c’est de manière moniste et profondément malveillante – il l’avait déjà fait dans Le Conservatisme impossible – qu’il présente « la posture réactionnaire » à travers Joseph de Maistre et Louis de Bonald, comme un « rousseauisme inversé », allant, s’agissant du premier, jusqu’à reprendre un contresens sur sa fameuse saillie sur le fait qu’il n’a jamais rencontré l’homme mais seulement des Français, des Italiens, des Russes, voire, grâce à Montesquieu, des Persans. Loin de nier une quelconque universalité de l’homme, Maistre ne fait que critiquer le caractère abstrait de la constitution de 1795 et de « ses aînées ». Montesquieu ne faisait-il pas de même en affirmant que « les lois doivent être tellement propres au peuple pour lesquelles elles sont faites que c’est un très grand hasard si celles d’une nation peuvent convenir à une autre » ? Il n’était pas si loin de Bonald, pour lequel « la constitution d’un peuple est son histoire mise en action ». Une constitution ne saurait donc se fabriquer. Elle est organique : elle est la charpente de la Nation. Et pourquoi Huguenin blâme-t-il chez Maistre ce qu’il loue chez Arendt, lorsqu’elle constate que « ce sont des hommes et non pas l’homme qui vivent sur terre et habitent le monde » : « la pluralité est spécifiquement la condition » de toute vie politique ?

Pour sortir de l’impasse progressiste, qu’il dénonce à raison et dans laquelle la modernité nous a fait entrer, sans bien sûr adopter une posture réactionnaire, François Huguenin suggère de « retrouver le bien commun du “Nous” pour garantir la liberté du “Je” » en nous penchant sur la pensée politique du catholicisme contemporain. On sait que, pour lui, l’Église du XXe siècle s’est « convertie » – le mot est fort, voire provocateur – à la liberté (des modernes, s’entend) : c’est l’objet de son précédent livre. Son espoir : concilier au sein de la pensée catholique conceptions classique et moderne de la liberté, en vue de redonner toute sa place à la notion de bien commun dans une relation du Je au Nous revisitée à la lumière, notamment, de la doctrine sociale de l’Église. Bene ! Optime ! Toutefois, Huguenin, dans sa crainte d’être considéré comme le suppôt d’une conception théocratique de la cité, fuit comme la peste tout terme un peu fort et tente de neutraliser la puissance des beaux textes qu’il donne, no­tamment de Jean-Paul II ou de Benoît XVI sur le sujet. Il veut une Église modeste, quitte à manquer de modestie lui-même. Ainsi, en dépit des onze papes qui ont succédé à Léon XIII, préfère-t-il parler de « pensée » sociale de l’Église plutôt que de « doctrine » – diable ! –, trop prescriptif, sans doute, pas assez levain dans la pâte. De même le caractère « non négociable » de certains principes éthiques évoqué par le futur Benoît XVI le gêne manifestement : aussi de nous rassurer immédiatement en rappelant que ces principes « par définition {sic], sont soumis à interprétation et à débat pour les conditions de leur mise en application ». Ouf ! nous l’avons échappé bel ! Il n’en reste pas moins que ces textes forts réfèrent toute conception de la liberté à la vérité, une vérité à laquelle l’individualisme libéral est par définition indifférent. Tout en prenant acte de la modernité, ces textes, qui s’y adaptent dans la formulation, ne visent-ils pas surtout, comme des vaccins, à en immuniser la société ? Notre modernité peut-elle en effet entendre que c’est la vérité qui rend libre ? Poser la question, c’est y répondre.

https://www.actionfrancaise.net/2026/02/27/le-je-et-le-nous/

Sous les masques d’Halloween, les racines celtiques de la Samain

 

Sous les masques d’Halloween, les racines celtiques de la Samain

Importée par les émigrés irlandais en Amérique, puis revenue en Europe sous une forme dénaturée, cette célébration n’a rien de démoniaque. Elle fut, pour les peuples celtiques, le moment sacré où s’achevait l’année ancienne et où s’ouvrait la nouvelle, lorsque, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, le monde des vivants et celui des morts se rejoignaient un instant dans le même souffle cosmique de mort et de renaissance.

La Samain est ainsi une fête du passage :

  • temporelle, car elle ouvre un nouveau cycle annuel ;
  • saisonnière, car elle célèbre le retour de la nuit et le repos de la nature ;
  • mystique, enfin, car elle révèle l’unité profonde des mondes visibles et invisibles.

Loin d’être une survivance folklorique, la Samain demeure une clé de la vision européenne du monde : un moment pour honorer la mort, afin de mieux célébrer la vie.

La fête du passage

Parmi les grandes fêtes du monde celte – ImbolcBeltaineLugnasad et Samain -, la Samain occupe une place singulière. Elle n’appartient ni à l’année qui s’achève, ni à celle qui commence : elle se tient « hors du temps ». Célébrée dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, elle marque le passage de la saison claire à la saison sombre, la fin du cycle pastoral et guerrier, l’entrée dans la période d’intériorité et de gestation.

Les Celtes voyaient en cette date un moment de dissolution et de renouveau. Le feu du foyer s’éteignait, avant d’être rallumé à partir de celui des druides : image de la mort nécessaire avant toute renaissance. Comme le rappelle Alain de Benoist, « la Samain n’est pas une fête de la mort, mais une célébration du recommencement ».

Les fruits de la Samain : pommes et noix

À la Samain, la terre offre ses derniers fruits : pommes, noix, noisettes et châtaignes. Ils sont à la fois provisions pour l’hiver et offrandes aux ancêtres, signes d’abondance avant le repos de la nature.

La pomme, fruit de l’immortalité dans les traditions celtiques, symbolise l’Autre Monde et la renaissance. Jetée sur l’eau ou partagée au feu, elle relie les vivants aux disparus. Les fruits à coque, eux, évoquent la sagesse cachée sous la coque : la vie contenue dans le germe, prête à renaître au printemps.

Le temps suspendu, entre deux mondes

À la Samain, selon la tradition, le voile entre les vivants et les morts s’amincit. Les trépassés reviennent visiter leurs descendants, tandis que les esprits errants et les créatures fantastiques se manifestent. Dans cette nuit de l’entre-deux, le monde visible et l’Autre Monde communiquent, et les frontières habituelles s’effacent.

Quoique un peu redoutée, cette présence des morts est honorée. Les ancêtres ne sont pas des spectres : ils demeurent dans la mémoire, dans le sang, dans la continuité de la lignée. La mort, ici, ne marque pas la rupture, mais le lien. Les anciens savaient que « le mort craint l’oubli de ses descendants » ; aussi veillait-on à lui rendre hommage pour que le pont demeure entre les générations.

Cette conception de la continuité est au cœur de l’esprit européen. Elle s’oppose radicalement à l’oubli moderne, qui isole l’individu de sa filiation. Célébrer la Samain, c’est donc résister à l’amnésie et renouer le fil rompu de la transmission.

Les grands feux

Dans la tradition celtique, à l’approche du changement d’année, le bois est rassemblé pour une grande fête communautaire. Sur les hauteurs, on allume alors de vastes brasiers, destinés à chasser les ténèbres et les êtres qui les peuplent. Ces feux de colline sont à la fois un rite de purification et un appel à la lumière : ils symbolisent la renaissance du monde au cœur même de la nuit. Autour d’eux, la communauté se rassemble, partage la chaleur, les chants et la mémoire, affirmant, face à la mort de la nature, la vitalité du feu humain.

L’exemple de la citrouille

Les légendes irlandaises évoquent ces nuits où les esprits traversent les mondes. La plus célèbre est celle de Jack à la lanterne (Jack-o’-Lantern) : un cordonnier rusé ayant trompé le Diable et condamné à errer entre les mondes, portant pour seule lumière une braise enfermée dans un navet creusé. Devenu plus tard citrouille sculptée, ce symbole orne les maisons pour désorienter l’âme errante et tenir à distance les esprits égarés.

Derrière la caricature commerciale d’Halloween se cache ainsi une intuition sacrée : celle d’un monde poreux, où le visible et l’invisible se frôlent dans la nuit du passage, rappelant à l’homme qu’il participe à un ordre plus vaste que lui, fait de cycles, de morts et de renaissances.

Honorer les ancêtres : le rite domestique

La Samain n’est pas seulement une cérémonie publique, c’est aussi et surtout une fête du foyer et de la lignée. On emmène les enfants sur les tombes familiales : on y dépose des fleurs, on allume une flamme. Dans les foyers on dresse un « autel des ancêtres », ce geste simple permet de rendre visible la continuité de la lignée : les enfants reçoivent parfois leur premier arbre généalogique, ou un autre symbole de passage.

C’est une date idéale pour procéder au premier rite de passage avec ses enfants qui ont passé leur septième année. Le père emmènera son fils ou sa fille, qui aura atteint cet « âge de raison », pour une sortie en forêt ou dans la campagne environnante du foyer. Une balade adaptée à l’enfant qui pourra se terminer par un bivouac, une première nuit dehors pour l’enfant auprès du feu avec son père. Durant la pérégrination, le père aura pris soin d’évoquer les ancêtres de la famille, les grands-parents et arrière-grands-parents, la mémoire des disparus, les origines géographiques des deux branches de la famille. Au réveil, avant le retour à la maison, l’enfant recevra donc son premier arbre généalogique (une version simplifiée et décorée à deux ou trois générations) et son premier couteau.

La Toussaint, héritière de la Samain

La chrétienté, loin de faire table rase, a intégré une part de cet héritage. Au VIIᵉ siècle, la fête de la Toussaint était célébrée le dimanche suivant celui de la Pentecôte, avant d’être déplacée au 1er novembre par le pape. Ce choix n’est pas anodin : il reprend la date et le symbolisme de la Samain. La fête des morts du 2 novembre, instituée plus tard, parachève cette adaptation.

Ainsi, sous le vernis chrétien, persiste un fond païen ancien : l’honneur rendu aux morts, la mémoire des lignées et la confiance dans la renaissance du monde. La flamme du souvenir, passée des druides aux cierges des autels, continue d’éclairer depuis la nuit des temps.

Mourir et renaitre

La Samain n’est pas un folklore à reconstituer : c’est une pédagogie du cycle, une manière d’habiter le monde en conscience. Dans chaque flamme allumée, dans chaque nom d’aïeul prononcé, se rejoue l’alliance du visible et de l’invisible.

Fêter la Samain, c’est honorer le passé pour mieux fonder l’avenir. C’est apprendre à mourir un peu pour renaître chaque année. Et dans cette fidélité à la Terre et aux morts, l’homme européen retrouve la sagesse des saisons, qui sait que toute obscurité prépare une aurore.

Sources

Photo : De Bons Païens

https://institut-iliade.com/sous-les-masques-dhalloween-les-racines-celtiques-de-la-samain/

jeudi 26 février 2026

Découverte d’une nécropole à Fosses, ancienne cité potière

 

© X Inrap Centre et Île-de-France
© X Inrap Centre et Île-de-France
En Île-de-France, au nord de Paris, la commune de Fosses (Val-d'Oise) est riche d’une Histoire ancienne liée essentiellement à l’argile et à la poterie. Ces derniers jours, l’Institut national de recherches archéologiques préventives a confirmé et enrichi ce chapitre de l’Histoire locale en publiant le contenu de ses travaux concernant la découverte des vestiges de quelques habitations ainsi qu’une vaste nécropole comprenant de nombreuses sépultures de l’époque carolingienne.

Fosses, un citée potière

Il est attesté par les historiens que l’extraction de l’argile et la production de poterie à Fosses débutent dès l’époque gallo-romaine, vers le IVe siècle après J.-C. Pendant l’Antiquité, la cité se développe alors à proximité de grandes voies romaines parcourant toute la région, favorisant ainsi le commerce et l’exportation des productions locales. Au Moyen Âge, cette activité se développe au point que les créations réalisées à Fosses sont vendues dans une grande partie de la région. On trouve ainsi de nombreuses poteries, dans les châteaux et les monastères des environs, issues d’au moins une dizaine d’ateliers fonctionnant simultanément à Fosses, faisant de la cité, au Moyen Âge, l’un des principaux centres potiers du nord de l’Île-de-France.

Cependant, au fil des siècles, les filons d’argile finissent par s’épuiser. Cette situation oblige alors progressivement les artisans et les ouvriers à quitter Fosses pour exercer leur artisanat ailleurs. À la fin de l’Ancien Régime, en 1770, la commune ne compte plus qu’environ 125 habitants, vivant essentiellement du travail agricole.

Des fours et encore des fours…

Conscients de cette histoire artisanale, les archéologues ont ainsi récemment mis au jour, sur un terrain de près de 1.600 m2, plusieurs fours creusés en sape dans le sol. L’étude de leurs vestiges a alors permis aux scientifiques de déterminer qu’ils n’étaient pas tous destinés à la production de céramiques. En effet, plusieurs structures, de formes et de tailles différentes, correspondent plutôt à des fours domestiques utilisés pour la cuisson du pain, probablement partagés par plusieurs familles de potiers installées à proximité. Un grand four de potier a également été dégagé. Si certaines céramiques présentaient des défauts, ils étaient alors jetés dans une fosse voisine, une véritable tessonnière, également mise au jour lors des fouilles. Les archéologues ont aussi identifié d’autres fosses, dont l’une servait de zone de stockage pour l’argile.

Afin de préciser la temporalité de ces installations, les chercheurs auront recours à l’archéomagnétisme. En effet, certaines structures chauffées à haute température enregistrent, au moment de leur dernière utilisation, l’orientation et l’intensité du champ magnétique terrestre, grâce aux oxydes de fer contenus dans l’argile. La comparaison de ces données permettra ainsi de dater avec précision l’ultime utilisation de ces fours.

Une nécropole carolingienne

En parallèle de ces découvertes, les archéologues ont mis au jour une vaste nécropole médiévale comptant au moins 80 sépultures, dont les plus anciennes sont attribuées à la période carolingienne, entre le IXe et le Xe siècle. Les tombes sont organisées en rangées régulières et parfois en petits groupes. Plusieurs fosses présentent des aménagements particuliers, notamment des fosses étroites munies d’une loge céphalique, c’est-à-dire un petit espace réservé à la tête du défunt, soigneusement aménagé dans la terre. Les individus retrouvés sont inhumés avec une absence totale de mobilier funéraire observée par les archéologues.

À terme, l’étude des squelettes permettra de documenter l’âge, le sexe, l’état et les conditions de vie de ces individus, offrant un nouvel éclairage sur la vie de ces personnes qui ont travaillé et habité ce village de potiers au début du Moyen Âge.

Voir le tweet

Eric de Mascureau