mercredi 18 mai 2022

Entretien avec Gustave Thibon

  

Gustave Thibon a accordé à notre collaborateur occasionnel Xavier Cheneseau, sans nul doute l'un de ses tous derniers entretiens. Son décès le rend d'autant plus émouvant.

• Vous avez écrit un jour : “Le vrai traditionaliste n'est pas conservateur”. Pouvez-vous expliquer ces propos. Est-ce à dire qu'un traditionaliste est révolutionnaire ?

Le vrai traditionaliste n'est pas conservateur dans ce sens qu'il sait dans la tradition distinguer les éléments caducs des éléments essentiels, qu'il veille sans cesse à ne pas sacrifier l'esprit à la lettre et qu'il s'adapte à son époque, non pour s'y soumettre servilement mais pour en adopter les bienfaits en luttant contre ses déviations et ses abus. Telle fut l'œuvre de la monarchie française au long des siècles. Tout tient dans cette formule de Simone Weil : “La vraie révolution consiste dans le retour à un ordre éternel momentanément perturbé”.

• Ne pensez-vous pas que la tradition exclut la liberté créatrice ?

La réponse est la même que la précédente. La tradition favorise la liberté créatrice et ne s'oppose qu'à la liberté destructrice. Traditionalisme ne signifie pas fixisme mais orientation du changement. Ainsi, un corps vivant renouvelle indéfiniment ses cellules, mais reste identique à lui-même à travers ces mutations. Le cancer, au contraire, se caractérise par la libération anarchique des cellules.

• Pour vous, la démocratie, le socialisme, le libéralisme sont-ils des systèmes anti-traditionnels ?

Il faudrait préciser le sens qu'on donne à ces mots. La démocratie s'oppose à la tradition dans la mesure où elle s'appuie uniquement sur la loi abstraite du nombre et des fluctuations de l'opinion. De même, au socialisme en tant que mainmise du pouvoir central sur la liberté des individus, de même, au libéralisme “sauvage”, dans la mesure où il ne souffre aucun correctif à la loi de l'offre et de la demande.

• Est-il possible d'affirmer aujourd'hui la primauté de l'esprit sur le monde matérialiste ?

Il faudrait d'abord s'entendre sur le sens qu'on donne aux mots esprit et matière. De toute façon, il y a primauté de l'esprit sur la matière même chez les matérialistes, dans ce sens que c'est l'esprit “lumière” qui modifie la matière et l'aménage en fonction de sa puissance et de ses désirs. Mais, si l'on entend par matérialisme cet usage de l'esprit qui privilégie les conquêtes et les jouissances matérielles au détriment des choses proprement spirituelles (art, philosophie, religion, etc.), il est bien certain que notre époque se fige dans un matérialisme destructeur.

• Que signifie pour vous la notion de “culture populaire” ? N'y a-t-il pas une opposition entre ces deux termes ?

Il n'y a aucune opposition entre ces deux termes. La vraie culture n'est pas l'apanage des “intellectuels”. Dans toute civilisation digne de ce nom, elle imprègne toutes les couches de la population par les traditions, les arts, les coutumes, la religion. Et c'est un signe grave de décadence que la disjonction entre l'instruction livresque et la culture populaire.

• La notion d'ordre ne s'oppose-t-elle pas à une grande idée de l'homme ?

Là aussi, tout dépend de ce qu'on appelle l'ordre. Il y a l'ordre social, l'ordre moral, l'ordre divin, etc. Et il arrive souvent que ces ordres entrent en conflit dans les faits. Exemple : Antigone représente le désordre par rapport à Créon, ignorant de la loi des Dieux, le Christ devant les Pharisiens attachés à la lettre de la loi. Et la toute première idée de l'homme, sans rien négliger des formes inférieures de l'ordre, s'attache avant tout à l'ordre suprême où comme dit l'Apôtre : “On obéit à Dieu plutôt qu'aux hommes”.

Propos recueillis par Xavier Cheneseau, Nouvelles de Synergies Européennes n°51, 2001.

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/17

L’Histoire politisée ? Réformes et conséquences (Vincent Badré)

 Vincent Badré est professeur d’histoire-géographie à Paris. Il est aussi l’auteur du livre L’Histoire fabriquée: ce qu’on ne vous dit pas à l’école.

Au commencement était la volonté de Najat Vallaud-Belkacem. Quand on veut parler de réformes scolaires, on commence par les intentions et les décisions du pouvoir politique.

Les manuels d’Enseignement moral et civique ont suivi les déclarations de Najat Vallaut-Belkacem. Il s’agit de fabriquer un citoyen sensible et engagé. Car cultiver la sensibilité et fabriquer des « bisounours » va permettre au pouvoir, devenu maître dans la manipulation des émotions, de jouer sur celles-ci pour conduire à l’engagement politique souhaité : mobilisations contre le prétendu racisme ou la soi-disant homophobie.

Ce livre est une mine d’exemples de ce qui est fait pour déformer l’esprit de nos enfants. Si les cours d’Histoire accordent encore un peu de place à Louis XIV, ils veillent à répandre des descriptions de violences de notre passé, en particulier colonial, à inculquer un esprit de repentance. Les nouveaux programmes scolaires s’efforcent aussi de ne plus faire de référence à la famille, de privilégier l’individu. L’éducation civique oublie presque totalement de parler de la vie professionnelle pour ne retenir que l’esprit de revendication. Le métier n’est abordé que pour encourager à lutter contre les « atteintes à la personne d’autrui (racisme, xénophobie, sexisme, harcèlement) » et marteler au cours d’une réflexion sur le genre qu’il ne doit plus y avoir de métiers féminins ou masculins. Les manuels scolaires utilisent tous la théorie du genre en 6e et en 5e de façon systématique et répétitive. La notion d’identité nationale est bannie au profit d’une identité collective basée sur la laïcité.

Parents, il faut que vous sachiez !

L’Histoire politisée ?Vincent Badré, éditions du Rocher, 338 pages, 19,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/lhistoire-politisee-reformes-et-consequences-vincent-badre/64378/

mardi 17 mai 2022

ATELIER d'ENLUMINURE + SCÈNES MÉDIÉVALES [Livres pour enfants]

Qu'est-ce que l’identité ? Pour en finir avec les sophismes 2/2

  

Disant cela, Descombes n'écarte pas objection héraclitéenne à l’intangibilité de P'identité. Rien n'est fixe, rien n'est immuable, tout est flux. C'est ce que proclament les philosophies de la différence. Ainsi il ne pourrait y avoir de l’identité que dans le monde idéal et idéaliste des Idées platoniciennes, pas dans le monde réel. Voila I'argument physique contre l’identité. Mais il y a aussi un argument logique, formulé par Wittgenstein (quand bien même, on le verra, les choses sont chez lui aussi complexes ironiques que chez Epicharme) : « Identité : soit dit en passant, dire de deux choses qu'elles sont identiques est un non-sens, et dire d'une chose qu'elle est identique à elle-même, c'est ne rien dire du tout. »

Attention cependant : ce que récuse Wittgenstein, ce n'est pas l’identité, c'est la réponse que lui donnée l’histoire de la philosophie. Logicien redoutable, le philosophe de Cambridge postule au contraire qu'un objet ne peut avoir qu'un nom propre. Autrement dit, ce qui fonde l'identité des objets, c'est l'identité du signe. Le nom propre, c'est donc le premier des critères d'identité ; c'est un critère grammatical d'identité. En tant que tel, il est singulier.

Problème : on a pris I'habitude de considérer que l'identité est plurielle. C'est le mot de Marc Aurele : « Ma cité et ma patrie, en tant qu'Antonin, c'est Rome ; en tant qu'homme, c'est le monde. » Mais comment le « moi » pourrait-il ainsi se démultiplier ? On ne peut demander à un cercle d’être carré, pas plus qu'on ne peut exiger du singulier d’être pluriel. C'est philosophiquement intenable. C'est bien pourtant ce que I'on demande de nos jours à l’identité. Plurielle, elle est censée nous prédisposer à faire bon accueil à I'Autre. Une identité, c'est raciste ; plusieurs, c'est antiraciste.

Les peuples comme personnalités morales

Les historiens, grands déconstructeurs de l’identité, procèdent ainsi. Ne passent-ils pas leur temps a affirmer que telle ou telle tradition, que l’on croit vieille comme le monde, est de création récente ? Oui-da. Mais certaines de ces traditions remontent à la nuit des temps. Qu'est-ce qui fonde alors l’identité ? Plus encore que son antériorité, son indivisibilité. La règle d'or de Willard Van Orman Quine, logicien américain, le dit à sa manière : « No entity without identity. » Pas d'entité sans identité. C’est parce qu'il y a identité qu'il y a peuple. Sans cela, il n'y a qu'une collection d'individus pris nominalement. Or, comme le souligne Descombes, un groupe nominal, considéré d'un seul point de vue taxinomique, n'a pas d'histoire collective.

Mais cela ne suffit pas aux historiens, qui parlent encore de roman national. On nage ainsi en pleine fiction. Si l‘identité est narrative, comme le voulait Paul Ricoeur, auteur de Soi-même comme un autre (1990), alors on peut (se) raconter n'importe quoi. Autant écrire des romans, fussent-ils historiques. À raisonner ainsi, les historiens montrent qu'ils ne connaissent pas la logique la plus élémentaire et en ignorent les puissantes vertus clarificatrices. Car à refuser de parler d'identité collective, cela revient tout simplement à s'interdire de faire de I'histoire. Si l’histoire est toujours changeante, comment pourrais je faire de l’histoire, puisque son sujet est insaisissable? Poussé jusqu'au bout, ce raisonnement sophistique conduit à nier l’histoire d'un peuple, la France par exemple, parce que la France n'est plus que le nom du changement permanent d'un peuple nominalement français. Non seulement la France cesserait d’être la France, mais elle ne pourrait faire l’objet d'aucun travail de recherche historique. Il faut au contraire postuler l'inverse, comme pour le fleuve héraclitéen : c'est parce que les générations se renouvellent qu'il y a peuple, sinon le peuple cesserait d'exister.

Pour résoudre les « embarras de l’identité », Descombes avance une piste : pourquoi ne pas voir les peuples comme des personnalités morales? Pour cela, il n'est pas inutile de s'appuyer sur I’œuvre du grand historien des idées, Ernst Kantorowicz. Avant d'en arriver à sa célèbre distinction sur « les deux corps du roi », il a dressé la généalogie du concept de personne morale a partir de l'Église médiévale. Si l'Église n'est pas mortelle, c'est qu'elle est un corps mystique ; les croyants peuvent être un corps naturel, mais ce qui assure la perpétuité de ce corps naturel, c'est le corps mystique. Ainsi la pensée médiévale pourrait-elle nous aider, en postulant que, si la matière du peuple change, sa forme, elle, demeure. De la sorte, nous pouvons renaitre changés à l'identique, comme le voulait le mathématicien Jacques Bernoulli. Ce qui pourrait constituer une définition de l’identité des identitaires, même si elle est « impossible et inutile ».

Vincent Descombes, Les embarras de I'identité, Gallimard, 304 p., 22 €.

photo : Le film 300 a beaucoup fait gloser, trop de stéroïdes et trop d'anabolisants. Certes. Mais du moins a-t-il eu le mérite de porter à la connaissance d'une jeunesse déracinée un épisode fondateur de l'épopée européenne : la bataille des Thermopyles, il y a tout juste 2500 ans.

Francois Bousquet éléments N°190 juin-juillet 2021

Qu'est-ce que l’identité ? Pour en finir avec les sophismes 1/2

  

La plupart des philosophes et historiens se font une conception molle de l'identité, la seule légitime : elle serait plurielle, fluctuante, liquide, négociée. Raisonner ainsi, c’est s'interdire de poser la question du « Qui sommes-nous ? » - la seule qui se pose dramatiquement à nous en cet âge qui se voudrait post-identitaire. Alors, qu'est-ce qu'une identité collective ?

L’identité, c'est comme le temps selon saint Augustin. Rien de plus difficile à saisir. « Quand on ne me demande pas de définir ce qu'est le temps, disait l’évêque d'Hippone, je sais parfaitement ce que c'est. Mais si l’on me demande de le définir, je ne le sais plus. » Ainsi de l’identité. Elle fait partie de ce que Pascal appelait les mots primitifs « qu'il est impossible et inutile de définir ».

Pourquoi inutile ? Parce qu'aucune définition ne peut les rendre plus clairs que ce qu'ils disent en soi. Et ce que dit l’identité en soi, c'est qu'elle ne peut pas être relative ; c'est qu'elle est indivisible. Ce que tout un chacun perçoit confusément, mais que la plupart des philosophes démontent avec des sophismes polis comme de l’orfèvrerie. Ces numéros d'illusionniste durent depuis au moins le siècle de Périclès.

C’est l’exemple fameux du bateau de Thésée que Plutarque a longtemps porté à la connaissance du public cultivé. Ce bateau fait I'objet de quantité de spéculations. Pieusement conservé à quai, il a vu toutes ses parties, les unes après les autres, remplacées. Vient un jour où il ne contient plus aucune pièce d'origine. Est-il le même ou un autre bateau ? Un autre, répondent en majorité les philosophes, qui chérissent les paradoxes comme d'autres les trompe l’oeil ; le même, disent les gens ordinaires. En quoi ils ont raison : le vaisseau de Thésée n'est pas une essence, mais une histoire.

On se baigne toujours dans le même fleuve

Ce paradoxe ne fait qu'illustrer un dilemme philosophique qui lui est antérieur et que les penseurs qui récusent le concept d'identité appellent l’ « argument de la croissance », auquel le nom d'Epicharme, poète narquois et philosophe présocratique (VIe et Ve siècles avant notre ère), est attaché. Epicharme faisait remarquer que si l'on ajoute ou retranche une longueur à une mesure, cette mesure n'est plus la même que celle de son état antérieur. Ainsi de l’homme qui ne serait plus ce qu'il était hier, ni encore ce qu'il sera demain. Imparable ? Pas dit ! Epicharme était aussi un pince-sans-rire qui savait se moquer de ses sophismes. On lui doit une fable impayable sur le dilemme de l'identité. Imaginons deux personnages : l’un, débiteur, a emprunté de l'argent à l’une de ses connaissances, devenue son créancier. Or, le premier n'a jamais remboursé le second. Un jour, les deux hommes se croisent dans les rues d'Athènes. Au créancier qui l’interpelle, le débiteur lui rétorque qu'il ne lui doit rien, car il n'est plus le même homme que celui qui lui a emprunté de l’argent. C’est en effet, selon l’argument de la croissance, un autre homme. Furieux, le créancier moleste son débiteur, qui porte l’affaire devant les tribunaux. Que fait le créancier ? Eh bien il réplique aux magistrats qu'il n'est plus l’homme qui a frappé son débiteur, mais un autre. L'arroseur arrosé en somme.

Cet exemple est tiré d'un livre limpide dont on n'a jamais eu l’occasion de parler dans les colonnes d'Eléments : Les embarras de l'identité (2013), œuvre d'un de nos plus solides philosophes, Vincent Descombes, qui, depuis Le Même et I'Autre (1979), aura contribué comme nul autre a clarifier les enjeux de la pensée contemporaine. L'identité était un mot fait sur-mesure pour lui.

Définie a minima, l’identité, c'est « une chose qui possède la vertu d’être elle-même », Il y a une identité de l’identique (c'est le sujet de la philosophie) et une identité de l’identitaire (c'est notre sujet). Cette chose qui possède la vertu d’être elle-même est-elle en mesure de résister à l’argument de la croissance (ou de la décroissance - c'est le même)? Autrement dit : si je change, suis-je le même homme ? Oui, affirme Descombes. Je change surement dans ma composition, mais je reste moi-même. N'est-il pas dans la nature de l’homme de changer de composition ? N'est-ce pas cela qui fonde son identité ? On n'est homme que parce qu’on nait, grandit et meurt. Faute de quoi, on serait autre chose : des dieux immortels par exemple.

Autre topos : le fleuve héraclitéen dans lequel on est censé ne jamais se baigner deux fois. À la vérité, le fleuve ne perd nullement son identité parce que des eaux nouvelles s'y écoulent. Au contraire, il n'est jamais autant lui-même que lorsque les eaux s'y écoulent. C'est seulement lorsque les eaux ne s'écoulent plus qu'il cesse d’être lui-même : par exemple un lac ou un fleuve asséché.

À suivre

Nouvelle histoire de la Légion étrangère (Patrick de Gmeline)

 Patrick de Gmeline, auteur d’une quarantaine de livres couronnés par une dizaine de prix littéraires, est considéré comme l’un des meilleurs historiens militaires français.

Encore un livre sur la Légion ! La Légion est un thème d’intérêt, d’admiration et d’attraction pour beaucoup d’entre nous. Si bon nombre d’ouvrages sont l’œuvre d’acteurs ou de témoins parlant d’un combat, d’une bataille, d’une époque de la Légion, d’une unité, de son histoire, de son action, il existe peu de livres retraçant l’histoire globale de la Légion étrangère, de sa création à aujourd’hui. Ce livre est le seul qui couvre l’entièreté de cette histoire, y compris les vingt dernières années.

Créée sous la monarchie des Orléans, poursuivie sous le Second Empire, la IIIe puis la IVe République, l’Etat Français et la France libre, maintenant plus que vivante et active sous la Ve République, la Légion étrangère sert avant tout la France, quel que soit le régime politique en place. Ses combattants, d’autant plus anonymes qu’ils servent sous un nom d’emprunt, ses cadres et ses chefs ont le sentiment d’appartenir à un monde à part, tant sur le plan militaire que sur le plan humain. Et ils ont raison.

On leur doit, depuis 1831, des actions d’éclat, où le combat armé est de plus en plus indissociable des opérations de sauvetage. Les civils de Kolwezi n’oublieront jamais que ceux qui les ont délivrés étaient des légionnaires.

Sous la plume de Patrick de Gmeline, c’est leur épopée, faite d’innombrables moments de gloire et de sacrifice sur les différents continents, qui prend vie et rappelle au lecteur cet idéal qui tient en deux mots : Honneur et Fidélité.

Un ouvrage qui fera référence.

Nouvelle histoire de la Légion étrangère, Patrick de Gmeline, éditions Perrin, 652 pages, 26 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/nouvelle-histoire-de-la-legion-etrangere-patrick-de-gmeline/64463/

lundi 16 mai 2022

Gustave Thibon entre christianisme et paganisme

 Décédé le 19 janvier dernier dans son village natal de Saint-Marcel-d'Ar­dèche, à l'âge de 97 ans, Gustave Thi­bon, sage-paysan, poète et philosophe, ne se laissait pourtant pas facilement étiqueter. Parlant par citations et écrivant par apho­rismes, il ne se voulait pas un penseur à sys­tème, mais un homme libre toujours à la quête de l'inaccessible pureté : « Je n'aime pas l'esprit de système. Je me sens très “anarchiste-conservateur”, mot que j'ai emprunté à Gobineau : anarchiste par rapport aux modes, conservateur par rapport à la tradition éternelle ». Sa quête l'a conduit à trouver la présence de Dieu à travers son absence. La nuit obscure, celle de saint Jean de la Croix — « le plus extrémiste de tous les saints » —, exemplifie à merveille ce moment anticipa­teur du petit matin lumineux. Dans L'igno­rance étoilée (1974), Gustave Thibon écrit à propos de « la présence absente » : « La meilleure preuve de l'existence de Dieu, ce n'est pas l'ordre du monde […] c'est le senti­ment de notre exil dans ce monde — c'est même la tentation que nous avons de nier Dieu car, pour le nier, il faut le concevoir revêtu d'une perfection que tout contredit ici-bas, et cette conception ne peut venir que de lui ».

Lecteur passionné de saint Thomas, que Jacques Maritain lui avait fait lire très jeune, de saint Jean de la Croix, des deux saintes Thèrèse, des Pères de l’Église, mais aussi de Pascal, Nietzsche, à qui il consacra un livre à la fois critique et empreint d'une réelle admiration, Nietzsche ou le déclin de l'esprit (1948), Platon, Marc-Aurèle, Dante, Hugo, Maurras, qu'il fréquenta assidûment, Céline même dont il récitait par cœur des passages entiers du Voyage au bout de la nuit — « Ferdinand ! mais c'est un Père de l'Église ! » iro­nisait-il —, Gustave Thibon fut surtout marqué par sa rencontre en 1941 avec un jeune professeur de philosophie exclue de l'Université de par le statut des Juifs, Simone Weil, qui voulait exercer le travail de la terre pour lequel elle n'était visiblement pas faite. Grande mystique convertie au christianisme, Simone Weil sera découverte en 1946 grâce à la vigilance de Gustave Thibon, qui s'emploiera à faire publier son œuvre posthume, préfaçant même son premier ouvrage, La pesanteur et la grâce [1]. Un an auparavant, Thibon avait échappé à une peine d'emprisonnement parce que les autorités épuratrices de l'époque lui reprochaient d'avoir été trop bienveillant à l'égard du régime de Pétain. L’intervention de Gabriel Marcel, préfacier de son remarquable deuxième ouvrage, Dia­gnostics, essai de physiologie sociale (1940), lui permit poursuivre sa vie sans heurt. Dans cet essai, l'on découvre un Gustave Thibon vigoureux, qui a le souci du bien commun, c'est-à-dire de la place de l'homme dans la communauté face aux ravages de l'égalitarisme marxiste et de l'individualisme libéral.

Son premier livre, La science du caractère (1933) [2], Gustave Thibon l'avait consacré à l'œuvre de Ludwig Klages, auteur allemand demeuré à peu près inconnu en France, à l'hostilité affichée envers le christianisme et en qui le chrétien Thibon voyait cependant un « observateur vraiment génial, le plus étonnant visionnaire des profondeurs concrètes de l'âme qui ait paru depuis Nietzsche ». Alors, qu'en était-il du christianisme de Thi­bon ? L'aphorisme suivant est à cet égard éclairant : « Tout se purifie en passant par Dieu. Mais tout se corrompt sous l'étiquette divine que tant de “croyants” collent sur leurs passions terrestres. Dieu, s'il n'est pas la lumière qui transfigure, devient le masque qui déguise… ». En réalité, Gustave Thibon était un païen au christianisme solidement enra­ciné dans une vision cosmique du monde : « Je me sens profondément païen, j'ai de la vénération pour les forces cosmiques dans la mesure où elles sont les instruments de Dieu. Et d'ailleurs le polythéisme tend vers le monothéisme. L’homme a besoin d'une unité dont témoigne le cosmos. Il faut bien une âme qui comprenne toutes les âmes, un Dieu qui résume et dépasse tous les dieux », concluait-il dans un entretien livré en 1995 à Danièle Masson. Au moment de sa mort, il disait retourner à l'Unité.

Arnaud Guyot-Jeannin, éléments n°101, 2001.

• notes en sus :

1) Rappelons que G. Thibon en a été non seulement “l’éditeur” mais aussi “l’auteur”, les chapitres de l'ouvrage étant le fruit de ses propres choix dans la masse des Cahiers laissés par S. Weil. C'est pourquoi ce titre (choisi par Thibon) ne figure pas dans les Œuvres complètes publiées par Gallimard. Fait surprenant, les rééditions de ce texte en format poche (10/18, 1962 puis Agora Pocket, 1988) ont daigné reprendre l'introduction de février 1947 expliquant les raisons de cette publication. Le Dossier H consacré à Thibon offre à lecture dans sa section "documents" cette préface : on en retient surtout un témoignage d'amitié même si Thibon ramène l'apport weilien à une critique purificatrice du religieux. Il faudra la publication ultérieure d'autres écrits pour permettre à la réception de ne pas en rester à cette image de quêteuse d'absolu et de se confronter aux aspects politiques ou philosophiques de son œuvre.

2) — Dédiée à Prinzhorn, cette monographie de la collection des “Questions disputées” dirigée par Ch. Journet et J. Maritain, et rédigée par un thomiste, est consacrée essentiellement à l'œuvre de L. Klages : une première partie traite de la caractérologie envisagée du point de vue psychologique, tandis que la deuxième partie concerne surtout l'aspect métaphysique de l'œuvre. Enfin une dernière partie traite des applications pratiques envisagées par un disciple de Klages qui est mort prématurément l'an dernier, Hans Prinzhorn. Le caractère, pour Klages, constitue, dit Thibon, « une sorte de noyau fondamental présidant à l'évolution psychologique de l'indi­vidu comme le noyau d'une cellule commande les mouvements des cytoplasmes », centre immuable reliant la vitalité à l'esprit. Le point de vue psychologique se sépare donc bien difficilement de la métaphysique, puisque les différences individuelles que doit chercher à déterminer la caractérologie sont, pour Klages, d'ordre métaphysique. Mais l'auteur reproche à cette métaphysique d'être elle-même trop prisonnière de l'observation psychologique ; il lui est indulgent toutefois car, dit-il, « Klages a une âme, une âme lourde d'amour, ouverte à toutes les profondeurs cosmiques et que travaillent peut­ être la soif et l'appel d'autres abîmes. Et c'est pour cela qu'il nous est cher ». Quant à Prinzhorn, il vivifie l'œuvre de Klages : « un puissant réalisme de l'effusion vitale compense chez lui les faiblesses d'une raison mordue jusqu'à la substance par l'auto-critique anti-intellec­tualiste, et les grandes vagues de la connaturalité (sic) affective conduisent souvent jusqu'au port une pensée déshabituée des grands périples autonomes ». L'exposé des critiques et des efforts de réalisation positive dans le domaine pratique de Prinzhorn est poursuivi avec un souci de confron­tation avec le thomisme et d'adaptation correctrice. Il ne faut donc pas rechercher dans ce livre une mise au point objective. (HP, L'année psychologique n°34, 1933)  

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/17

L'Empire romain expliqué par le sesterce

Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat Islamique (Lina Murr Nehmé)

 

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Le Professeur Lina Murr Nehmé, d’origine franco-libanaise, est historienne, politologue et islamologue.

Vers le début du XXe siècle, le chauffage au fuel, l’invention de l’automobile et de la locomotive à essence, le développement de nouveaux navires, ont décuplé l’intérêt des grandes puissances pour les réserves pétrolières du Moyen-Orient. 

L’Angleterre parvint à mettre la main sur une concession pour l’exploitation du sous-sol perse (iranien). Durant les années suivantes, l’Angleterre se mêla des affaires de la Perse, et aussi de celles des pays voisins, notamment ceux du Golfe.

Les Libanais, les Mésopotamiens, les Syriens et les Palestiniens vivaient sur la route du pétrole, des Indes et du canal de Suez. Une grande partie d’entre eux réclamaient leur indépendance. S’ils l’obtenaient, cela risquait de mettre en péril la main-mise de l’Angleterre sur le pétrole.

Inversement, si les Libanais, les Mésopotamiens, les Syriens, les Palestiniens et les Arabes du Golfe et de la Péninsule étaient soumis à un seul Etat islamique (califat) fabriqué par les Anglais, ils seraient régentés par une dictature fondée sur la charia, qui barrerait la route à la France, l’Autriche, la Russie et la Prusse. Tandis que l’Angleterre contrôlerait le calife à l’aide des officiers et des agents dont elle l’aurait entouré, et de l’or qu’elle lui verserait en abondance.

Ce n’était pas la première fois que l’Angleterre appliquait cette stratégie. En 1840, pour protéger la route des Indes, elle avait fomenté au Liban une guerre civile pour élargir l’aire de domination de l’Etat islamique ottoman, auquel elle livra le Liban, la Syrie et la Palestine.

En 1908, voyant que l’Etat islamique se rapprochait de la Prusse, l’Angleterre renversa le calife au bénéfice d’un parti laïque, les Jeunes Turcs. Ces derniers n’ayant pas abandonné la Prusse, l’Angleterre décida de les renverser en 1914 en créant un nouveau califat, qui serait arabe, et auquel elle reconnut le droit d’envahir les mêmes pays que l’Etat islamique du VIIe siècle, sauf les pays colonisés par l’Angleterre ou la France (Perse, Aden et Afrique du Nord). Pour permettre à cet Etat islamique d’envahir les pays qu’elle lui avait promis, l’Angleterre déclara que les peuples de la région étaient arabes et rêvaient de se soumettre à La Mecque, sans que les peuples concernés n’aient eu leur avis à donner en la matière. En donnant une identité unique à tous ces peuples, l’Angleterre  justifiait aussi son rapt de la Palestine et du Liban-Sud qui, selon les mots du ministre anglais Balfour, constituaient une « petite encoche « .

Les Anglais ne se doutaient pas qu’ils seraient ensuite chassés de Palestine, d’Irak et même d’Iran.

Mais le monstre réactivé par l’Angleterre vit toujours. On l’appelle aujourd’hui Daech, Al-Qaïda ou Al-Nosra.

C’est en rappelant la douleur et les larmes des victimes méconnues de l’Histoire que Lina Murr Nehmé tente de dévoiler les racines des malheurs d’aujourd’hui.

Quand les Anglais livraient le Levant à l’Etat Islamique, Lina Murr Nehmé, éditions Salvator, 254 pages, 22 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

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Littérature - "Guerre", l'inédit de Louis-Ferdinand Céline - Lu en une j...

dimanche 15 mai 2022

Il y a 13 siècles, le premier épisode de la Reconquista ibérique

 
Il y a 13 siècles, le premier épisode de la Reconquista ibérique

Vu sur Iliade

Magnifié par la tradition catholique – qui rend grâce à la Vierge de la victoire chrétienne – ou contesté par certains historiens critiques demeurés réticents à admettre le « récit national » fondé sur la lutte contre l’envahisseur musulman, le combat de Covadonga demeure l’événement fondateur d’une reconquête qui ne se conclura que près de huit siècles plus tard avec la prise de Grenade.

Les informations fournies par les chroniques du IXème siècle permettent de reconstituer les circonstances de l’affrontement et d’évaluer son importance. Noble wisigoth, Pelayo s’est replié dans les zones montagneuses du nord après la défaite du roi Roderic, tué en 711 lors de la bataille du Guadalete. Quand un gouverneur musulman du nom de Munuza s’est installé à Gijon, il a été envoyé comme otage à Cordoue pour garantir la tranquillité de la région. La tradition veut également que Munuza ait voulu épouser la sœur de Pelayo, hostile à cette union. Durant l’été 717, ce dernier parvient à s’enfuir de Cordoue et s’impose à la fin de l’année suivante comme chef de la résistance asturienne… On a longtemps cru qu’il s’était mis à la tête du parti goth réfugié dans les Asturies mais le grand médiéviste Claudio Sanchez Albornoz a montré qu’il s’est surtout appuyé sur les populations autochtones, rebelles à l’autorité des nouveaux maîtres de l’Espagne.

L’existence de cette dissidence locale conduit le gouverneur Anbasa à envoyer vers les Asturies une expédition commandée par Alqama et accompagnée par l’archevêque de Tolède Oppas, rallié à un clan wisigoth prêt à composer avec l’envahisseur et chargé de prêcher la soumission aux rebelles. L’offensive musulmane semble victorieuse mais, le 28 mai 722, Alqama tombe dans une embuscade meurtrière à Covadonga, dans le réduit montagneux des Picos de Europa. Un glissement de terrain survenu peu après pour compléter la défaite musulmane aurait donné une dimension miraculeuse à l’événement dont l’importance stratégique apparaît bien faible mais qui représente en revanche sur le plan moral, un tournant décisif. Alqama est tué, Oppas est fait prisonnier et Munuza est contraint d’évacuer la région, non sans subir une nouvelle attaque au cours de sa retraite.

Pelayo quitte dès lors son refuge montagnard pour s’installer à Cangas de Onis, la première « capitale » du futur royaume asturien, et fait alliance avec Pedro, le duc wisigoth de Cantabrie. Quand il meurt en 737, c’est son fils Fafila qui lui succède mais il est tué deux ans plus tard lors d’une chasse à l’ours. C’est alors qu’Alphonse, fils du duc Pedro et gendre de Pelayo, le remplace et repousse en 740 une nouvelle expédition musulmane. Il ne s’agit encore que d’une dissidence montagnarde localisée qui ne retient guère l’attention des maîtres de  Cordoue, mais la victoire de Covadonga va prendre au fil du temps, dans la mémoire asturo-léonaise puis castillane, la dimension d’un mythe fondateur de la future Reconquête…

Philippe Conrad

 

Esclavage : 12 choses méconnues. Attention au choc !

 

En cette journée de commémoration de l’esclavage (10 mai), nous repassons cet explosif article de l’excellente revue d’études et de formation politique L’Héritage.

On parle beaucoup de l’esclavage, dans les médias, à l’école, dans les cénacles politiciens, dans des manifestations même.

Mais a-t-on une vision complète et réaliste de ce terrible phénomène ?

Voici 12 réalités qui sont ignorées par la plupart des gens, même ceux qui parlent le plus d’esclavage.
Ces vérités dérangeraient-elles une idéologie en particulier ou un agenda politique ?

1) L’esclavage a été pratiqué très longtemps et presque partout ; mais son abolition est apparue dans le monde européen, sous la pression de l’Eglise catholique particulièrement.

2) L’esclavage a constitué un progrès chez de nombreux peuples primitifs, dans la mesure où, en cas de conflit, il sauvait la vie des hommes vaincus, qui, sinon, étaient massacrés (les femmes étant « mariées » de force).

3) Aux Etats-Unis, au moment de la Guerre de Sécession, seuls 2% des Blancs possédaient des esclaves (4,8% dans les Etats esclavagistes).

4) Le général Lee, commandant des armées sudistes, était hostile à l’esclavage.

5) De nombreux Blancs furent esclaves aux Etats-Unis et dans les îles. En 1640, dans les plantations de canne à sucre des Iles de La Barbade, 21 700 blancs sont recensés sur 25 000 esclaves. De 1609 à 1800, près des deux tiers des Blancs arrivent en Amérique comme esclaves.
Au XVIIe siècle, il y eut davantage de Blancs déportés aux Amériques que de Noirs.

6) Des Afro-américains possédaient eux aussi des esclaves. L’un des premiers propriétaires d’esclaves aux Etats-Unis fut un Noir (Anthony Johnson), qui avait d’ailleurs des serviteurs blancs.

7) Le mot « esclave » vient du nom « Slave », car les peuples slaves (d’Europe centrale et de l’Est) ont été victimes de la traite à très grande échelle (plusieurs millions) pendant des siècles, notamment par l’Empire ottoman.

8) Du IXe au XIXe siècles, environ 2 millions d’Européens de l’Ouest – hommes, femmes et enfants – sont capturés par les musulmans et réduits en esclavage.
Pendant des siècles, de nombreux hommes capturés sont – comme dans le cas des Slaves – castrés, opération qui entraîne la mort d’une grande partie d’entre eux. Quant aux femmes, elles sont souvent destinées à l’esclavage sexuel et livrées à la perversité de leurs « propriétaires », ce qui est parfois aussi le cas des enfants.
Pour donner une idée de l’ampleur de ces razzias, une lettre du 3 février 1442 adressée par un religieux qui résidait à Constantinople au prieur de Saint-Jean-de-Jérusalem (de l’ordre des hospitaliers) mentionne l’enlèvement par les Turcs de 400 000 chrétiens en seulement 6 ans.

9) Pendant des siècles, les Barbaresques (occupant le Maghreb) terroriseront la Méditerranée et ses rivages où ils capturent des Européens, mais ils séviront aussi en Atlantique, jusqu’aux côtes anglaises. La France a conquis Alger, en 1830, pour mettre fin à ce fléau.

10) • La traite arabo-musulmane a concerné environ 17 millions de personnes.
• La traite interne à l’Afrique (entre Noirs) a concerné environ 14 millions de personnes.
• Enfin, en dernière position, la traite vers l’Amérique et les îles a concerné de 9 à 11 millions de personnes (noires et blanches).
• La plupart des Noirs déportés vers les Amériques avaient été réduits en esclavage par d’autres Noirs puis revendus.

11) Pour la traite transatlantique, une très grande partie des navires négriers appartenaient à des familles juives, et des historiens juifs écriront même que « ce commerce était principalement une entreprise juive » IAu milieu du XIXe siècle, aux Etats-Unis, 40% des Juifs possédaient des esclaves (contre 2% des Blancs).
Dès le IXe siècle, en France, les Juifs étaient communément montrés comme les maîtres de ce « malheureux trafic ».

12) L’esclavage existe encore dans certaines parties du monde arabo-musulman (des images de marchés aux esclaves ont été prises en Libye en 2017) ainsi qu’en Afrique : on estime que près de 40 millions de personnes dans le monde vivent encore en esclavage…
Mais il existe aussi en Europe : aux Pays-bas, chaque année, plus d’un millier de jeunes filles sont victimes d’exploitation sexuelle par des jeunes proxénètes issus de l’immigration ; en Angleterre, dans la seule ville de Rotherham, entre 1997 et 2013, 1400 mineures ont été victimes de viols par des gangs pakistanais, des centaines de jeunes filles réduites à l’esclavage sexuel et à la prostitution.

Henri Ménestrel

Bonus :
Christiane Taubira, montrant que les élites savent certaines choses mais veulent les cacher par idéologie, explique qu’il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabe-musulmane pour que les « jeunes Arabes » « ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes » (L’Express, 4 mai 2006).

Sources :
La désinformation autour de l’esclavage, Arnaud Raffard de Brienne, Atelier Fol’Fer.
Le Génocide voilé, Tidiane N’Diaye, Gallimard.
La désinformation autour de la Guerre de Sécession, Alain Sanders, Atelier Fol’Fer.
Traites négrières, Olivier Pétré-Grenouilleau, Folio.
(I) New world Jewry, Seymour B. Liebman (American jewish historical society), 1982.
(II) Les Négriers en terre d’islam, Jacques Heers, Perrin.
Jews and judaism in the United States, Marc Lee Raphael (American jewish historical society).
They Were White and They were Slaves, Michael A. Hoffman

https://www.contre-info.com/esclavage-12-choses-meconnues-attention-au-choc

Germanicus (Yann Rivière)

 

germanicus

Yann Rivière, ancien directeur des études sur l’Antiquité de l’Ecole française de Rome, aujourd’hui directeur d’études à l’EHESS, est un spécialiste de l’histoire politique et juridique de la Rome antique.

C’est en l’honneur de son père Drusus, mort en 9 av. J.-C. dans un camp militaire entre la Saale et le Rhin, qu’un enfant de sept ans – il se nommait alors Nero Claudius Drusus – a reçu le surnom de Germanicus sous lequel il est connu de la postérité.

Ce Prince romain, petit-fils de Marc Antoine, époux d’Agrippine et père de Caligula, meurt à 34 ans le 10 octobre de l’an 19 apr. J.-C., persuadé d’avoir été empoisonné. Mais que sait-on vraiment de celui qui fut considéré comme un héros dont Rome a longtemps après sa mort célébré le souvenir de ses exploits et de ses qualités exceptionnelles ?

Germanicus s’est illustré au combat, d’abord au cours de la guerre de Dalmatie contre les Pannoniens. Tibère et Germanicus s’emparent en l’an 9 des forteresses dalmates et obtiennent la fin de la rébellion. C’est à l’issue de cette victoire militaire que commence véritablement l’ascension du prince Germanicus. Envoyé sur le Rhin, il obtient son premier consulat.

En l’an 14, après la mort d’Auguste, une double sédition éclata, dans l’Illyricum et en Germanie. Les troupes de Germanie refusaient de reconnaître un empereur non désigné par elles et pressaient leur général Germanicus de prendre en main le pouvoir. Mais Germanicus, bien que conscient du prestige dont il jouissait, a toujours préféré témoigner de ses qualités et accomplir les devoirs qui lui étaient assignés au service de l’Empire plutôt que de devenir empereur lui-même.

La suite de ses expéditions militaires ont accentué son triomphe. Au point de le missionner en Orient. Il visita l’Egée et l’Asie mineure. Au retour de son voyage en Egypte, il retrouve sa résidence de Daphné dans le faubourg d’Antioche où il devient gravement malade et trouve la mort.

Cette biographie très documentée nous permet de découvrir un personnage hors du commun. 

Germanicus, Yann Rivière, éditions Perrin, 576 pages, 29 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/germanicus-yann-riviere/64708/

samedi 14 mai 2022

Athéna, déesse de la sagesse - Mythologie Grecque

Le suprême risque et la suprême chance, de Gustave THIBON

  

Voici le texte intégral du discours prononcé par Gustave Thibon lors du Rassemblement royaliste des Baux de Provence de 1986.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs et pour la plupart - et même pour la totalité d'entre vous, mes chers amis - car nous sommes dans un climat tout à fait familial ici, je ne déplore qu'une seule chose : le temps ; ce qui me remémore les vers d'un poète argotique, qui fut célèbre à mon époque, qui s'appelait Jehan Rictus et qui, un jour de mauvais temps, un jour pluvieux comme le nôtre, écrivait : "Tout est tellement malpropre, obscur et délétère. C'est à croire que les éléments sont en régime parlementaire".

Nous n'en sommes pas tellement loin. Nous assistons à une sorte de ressac, à un retour de l'idéologie démocratique, associé aux nuages.

On nous a parlé, très éloquemment, de façon très vivante, de l'impasse de la politique actuelle. La critique est d'ailleurs extrêmement facile, étant donné la nature des événements et leur succession. La démocratie a fait ses preuves négatives, et bien au-delà de ce qu'en pouvaient rêver ses pires adversaires, non pas tellement par la faute des hommes de ce nouveau gouvernement qui ne fait pas mieux que le précédent - il y a pourtant quelques personnalités qui me paressent valables - mais la faute principale retombe sur l'institution, sur le système. Sur le système reposant sur la loi du nombre et sur les fluctuations d'une opinion outrageusement manipulée. C'est 'extrêmement amusant. d'ailleurs, quand nous voyons la cohabitation dont on nous a parlé plusieurs fois aujourd'hui : vous savez que Maurras appelait la République "la femme sans tête". Hé bien, maintenant, c'est beaucoup mieux, c'est la femme à deux têtes.

Donc, nous avions un monstre acéphale autrefois, maintenant nous avons un monstre bicéphale. L'un ne vaut pas mieux que l'autre et le second est sûrement pire que le premier attendu que les deux têtes ne sont pas d'accord. Deux têtes qui se font des croc-en-jambe, cela ne va absolument pas.

D'autant plus qu'à supposer qu'on prenne d'heureuses réformes, et l'on a prouvé qu'on en fait fort peu, à supposer donc qu'on en fasse, étant donné le système et les fluctuations de l'opinion, que fait-on aujourd'hui? On défait ce qui a été fait hier et on défera demain ce qui a été fait aujourd'hui. Cela ne peut durer indéfiniment;

Un changement de politique est nécessaire, grâce à un retour à la monarchie. Pierre Pujo nous l'a bien redit : unité de direction, arbitrage indépendant, continuité et adaptation souveraine aux changements. Il suffit de relire Charles Maurras pour être persuadé de cela. Mais Pierre Chauvet m'a prié de parler d'autre chose.

Je voudrais insister, aujour­d'hui, sur un point essentiel : la Grande Politique embrasse la totalité de l'homme et l'histoire n'a jamais cessé de prouver que la grande politique ne va pas sans un fondement religieux, sans une référence au sacré. Mon compatriote le Cardinal de Bernis, - il est né dans le même village que moi - écrit quelque part dans un ouvrage "De la religion vengée", qui n'est pas un ouvrage de première valeur, un vers qui reste très actuel : "Où Dieu n'a plus d'autels, les rois n'ont plus de trônes". Jeanne d'Arc représente, entre autres, l'exemple suprême de l'engagement politique qui se situe aux confluents de l'humanité et du divin, de la cité des hommes et de la cité de Dieu : Le sacré dans la politique. Péguy faisait dire à Jeanne d'Arc, quand elle veut restaurer la France, lui rendre son unité, lui rendre la vie, parlant de la Maison de France :

"La maison souveraine, ainsi
qu'aux temps jadis,
De Monsieur Charlemagne et de
Monsieur Saint-Louis
Quand le Comte Roland mourait
face à l'Espagne
Et face aux Sarrasins qui l'avaient
ébloui
Quand le Comte Roland mourait
pour Charlemagne".

Voyez cette familiarité, cette convivialité entre le Prince et ses sujets : "Quand le Comte Roland mourait pour Charlemagne !"

Qui a envie de mourir pour Monsieur Mitterrand ou pour Monsieur Chirac ? Qu'est devenu ce caractère sacré dans le monde moderne ? Je crois que le retour à la Monarchie ne doit pas être conçu comme un talisman, comme une recette magique qui supprimerait tous les problèmes, mais comme un sceau, comme l'incarnation d'un retour à l'ordre éternel : Pas de salut hors de l'esprit.

Je vous citais le Cardinal de Bernis mais je peux vous citer aussi un incroyant, un autre de mes compatriotes, Rivarol, qui a été dégrisé de certaines idées rationalistes par le spectacle de la révolution française. Rivarol, voltairien, impie, est obligé d'avouer que "les nations sont des navires mystérieux qui ont leurs ancres dans le ciel".

C'est cela le problème qui se pose dans la carence actuelle de la religion, dans l'effacement graduel de Dieu sur tous les horizons de la vie terrestre car nous vivons une mutation, jusqu'ici inconnue dans l'histoire, qui est celle qui a procédé de la révolution scientifique et technique laquelle a changé la face du monde. En quelques décennies, dans ce siècle, cela est allé s'accélérant prodigieusement : il s'agit d'un accroissement démesuré des pouvoirs de l'homme sur la nature et sur lui-même.

Quand je pense à mon enfance. à ce que pouvait être un village provençal avant la guerre de 1914 où nous vivions dans une communauté, presque comme des paysans grecs d'il y a 2000 ans ! Nous allions chercher l'eau dans un puits qui était à trente mètres, il n'y avait pas de sanitaire, pas de chauffage central. On vivait presque en autarcie. On donnait du blé au boulanger et le boulanger nous donnait du pain en échange et ainsi de suite. Les moyens de communication étaient le cheval et la charrette, on n'allait pas très loin. Les moyens d'information se réduisaient à l'achat du journal, le dimanche, et encore on n'en était pas sûr.

Voyez les modifications de maintenant, tout a été bouleversé, changé. Je ne dis pas que tout a changé négativement, mais je dis que cela appelle des réformes profondes à l'intérieur de l'homme. Le mal du siècle, c'est le déséquilibre entre le progrès matériel qui est immense et le progrès moral qui est nul, ce qui pose le problème religieux : c'est la crise religieuse. Car, enfin, si nous regardons autour de nous et en nous-mêmes, au fond, nous avons de moins en moins besoin de Dieu, besoin de prier dans l'ordre matériel. Nos aïeux étaient cernés par les difficultés de la vie, par les rigueurs d'une nature dont on ignorait en grande partie les mécanismes, les hommes s'adressaient aux dieux, s'ils étaient païens ou à Dieu, s'ils étaient chrétiens, dans toutes les circonstances de la vie : famines, maladies, sécheresse... Je me rappelle dans mon enfance avoir entendu des prières pour qu'il pleuve.

L'homme de plus en plus attend tout de l'homme et attend de moins en moins de Dieu. Et la crainte de Dieu qui, paraît-il, était le commencement de la sagesse, est en train de s'évaporer car nous vivons dans une société de plus en plus sécurisée devant tout sauf devant la mort. La mort qu'on escamote de plus en plus car c'est un des signes de notre siècle que cette disparition de l'idée de la mort dont on ne parle pas. Il m'arrive très souvent d'évoquer ma fin prochaine - ce qui à l'âge que j'ai, me paraît très normal. Même si je vis encore quelques années, elle n'est pas lointaine. Mais quand je parle de cela, on se demande si je ne suis pas un peu neurasthénique, si ce ne sont pas des idées noires !

Ce sont des idées très claires au contraire, c'est même la seule chose claire dont on soit certain. Mais cela paraît presque impudique ou tout au moins un signe de dépression marquée. Quelquefois, cependant, la crainte revient dans les pires circonstances : je connais un personnage qui m'a dit : "Quand j'ai la trouille, je redeviens catholique". J'avoue que cela me paraît un genre de conversion peu souhaitable ! Bossuet le disait déjà en parlant de certains incroyants qui, attachés au monde, se rattachent à Dieu quand le monde leur manque : "ô pénitences impénitentes ! ô pénitences toutes criminelles et toutes infestées de l'amour du monde !" Quand Dieu reste le dernier recours, on y va. Cela ne va pas très loin mais me fait penser au mot de Talleyrand, Talleyrand, évêque apostat. Comme il était près de la mort, sa nièce essaya de lui parler humblement de Dieu, car on ne savait pas trop ce qu'il pensait. Il lui répondit : "Soyez tranquille, ma nièce, j'ai toujours été du côté du plus fort".

Si on prend Dieu uniquement comme puissant, cette adoration me paraît extrêmement impure.

"On se passe de plus en plus de Dieu...

Et cela me fait souvenir de la prophétie de Mistral, puisque nous sommes aux Baux. Parlant de l'humanité future, il y a 120 ans, il écrivait :

          "Canton l'umanita futuro / Que mestresejo la naturo, / E davans l'ome soubeiran / Dieu a siau pas se retiran...

Je traduis deux vers avant :

          "Ils chantent les peuples sevrés / Que l'on entend hurler au loin, / Ils chantent l'humanité future / Qui maîtrise à son gré le monde naturel /  Et, devant l'homme souverain, /  Dieu pas à pas se retirant."

Il se passe - je le dis sans faire d'hérésie mais psychologiquement c'est ainsi - comme si Dieu avait délégué une partie de son pouvoir aux hommes, une partie de sa toute puissance. Seulement, ce qu'il n'a pas délégué, c'est sa pureté, sa perfection, son amour. En apparence, nous sommes puissants mais dans l'ordre de la perfection, dans l'ordre de la pureté, dans l'ordre de l'amour, nous sommes aussi impotents que nos aïeux car l'époque des guerres apocalyptiques, des camps de concentration, des révolutions qui aggravent les maux qu'elles prétendent guérir, tout cela montre qu'en fait de misère et d'horreurs, nous sommes très près des pires périodes de l'histoire. Et dans l'ordre moral précisément et spirituel, le recours à Dieu est plus nécessaire que jamais, ne serait-ce que pour ne pas être les victimes de nos propres conquêtes. On en revient au mot célèbre de Rabelais qui prend une extraordinaire actualité : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme.'' La science s'est développée niais non pas la conscience, d'où le déséquilibre. Et l'on arrive à ceci : un retour à l'esprit ou la mort. "Changez d'âme, dit l'Évangéliste, changez d'esprit ou vous mourrez". Il s'agit d'élargir la conscience à la mesure des pouvoirs de l'homme.                     

Je dois conclure. Je n'ai jamais caché mon angoisse devant la crise du monde actuel, devant tout ce qui nous menace. Mais angoisse ne veut pas dire désespoir. C'est dans le suprême risque que naît, que s'affermit la suprême espérance.

Simone Veil, que j'ai eu l'honneur d'abriter et de connaître pendant la guerre, a un mot magnifique à ce sujet "Que pourrais-je souhaiter de meilleur que de vivre à une époque où l'on a tout perdu !" Certainement, on n'a pas tout perdu dans notre époque mais nous sommes vraiment menacés de tout perdre. Et, c'est dans une pareille époque que l'on peut tout retrouver, à condition de dominer son siècle de toute la hauteur de l'éternité, de toute la hauteur de l'esprit ; ce qui me rappelle un proverbe hindou "Le parfum des fleurs va avec le vent, le parfum de la vertu va contre le vent". Maintenant, nous sommes bien obligés d'aller contre le vent ; et jamais, je crois, dans l'histoire, le choix entre l'erreur et la vérité, entre la vie et la mort ne s'est posé d'une manière aussi abrupte, aussi absolue. Et, en disant cela, je pense aux jeunes en particulier. Ces valeurs humaines et divines, autrefois étaient impliquées dans l'éducation de tous les jours, dans la famille. Elles s'imposaient par la pression sociale, par les mœurs. Ces valeurs ne s'imposent plus de la même manière, aujourd'hui. Il appartient aux jeunes de les retrouver, maintenant, librement, de les reconstruire contre les influx de la mode, de l'opinion ambiante, contre tout le courant du siècle. Nous n'avons plus de cocon protecteur. Les jeunes sont confrontés à des opinions, à des mœurs très différentes de celles de la famille, du milieu naturel, même ceux qui sont élevés dans les meilleurs milieux. Ils devront choisir, s'opposer, recréer les valeurs. Il y faudra beaucoup de courage. Il y a une devise d'une famille française - je crois qu'il s'agit des Clermont-Tonnerre "Si omnes, ego non" - "Si tous, moi pas". C'est une très belle devise. Savoir dire non à la foule, c'est le premier et c'est le suprême degré de la sagesse.

Il s'agit de réagir, à la fois, contre le goulag violent de l'Orient et le goulag insidieux de l'Occident. Il n'y a plus tellement de cocons, il n'y a plus tellement de nids. Nous avons besoin, je le répète, d'hommes de plein vent et d'hommes qui luttent contre le vent. Ce sera là ma conclusion. Ce qui est capital et qui va tout à fait avec notre foi monarchique, c'est de veiller sur son âme. Les biens invisibles, les biens intérieurs, ne l'oublions pas, se perdent de façon indolore ; c'est pourquoi, il faut veiller sur eux. Perdre de l'argent, perdre la santé touche notre conscience, mais nous pouvons perdre certains biens de notre âme, une certaine qualité de l'esprit, une certaine profondeur, une certaine qualité de l'amour, sans nous en apercevoir, et même dans une certaine euphorie tant qu'on a de l'argent, un minimum de santé et que les choses vont à peu près bien. Simone Veil allait même jusqu'à écrire que "l'enfer, c'est de se croire au Paradis par erreur". Mais le Paradis n'existe pas sur terre puisqu'il est au ciel.

Demain, tout peut arriver, le meilleur comme le pire. Nous pouvons être des robots téléguidés ou des hommes plus libres que jamais qui arriveront à affirmer leur liberté personnellement ou par petits groupes vivants et, par là, la suprême crainte, le suprême danger coïncident avec la suprême chance que nous devons courir à travers le suprême risque.

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2008/08/13/gustave-thibon-le-supreme-risque-et-la-supreme-chance.html#more

SPQR -Histoire de l’Ancienne Rome (Mary Beard)

 

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Mary Beard, professeur à Cambridge et conseillère de la BBC pour ses émissions historiques, est l’auteur de nombreux livres consacrés à l’Antiquité.

Aujourd’hui encore, après deux mille ans, la Rome antique continue d’influencer la culture et la politique occidentales. L’assassinat de Jules César a fourni le modèle de tous les tyrannicides. L’organisation du territoire impérial romain est sous-jacente de la géographie politique de l’Europe. C’est principalement parce que les Romains firent de Londres la capitale de leur province de Bretagne qu’elle est aujourd’hui celle du Royaume-Uni.

Rome nous a légué certaines conceptions de la liberté et de la citoyenneté, mais aussi une idée de ce qu’est l’impérialisme. Nous avons également reçu d’elle une partie de notre vocabulaire, puisque nous parlons toujours de sénateurs et de dictateurs. Nous lui devons des adages comme Là où il y a de la vie, il y a de l’espoir. Les gladiateurs ne faisaient pas moins d’entrées dans l’arène, qu’aujourd’hui au cinéma.

Convaincue que l’histoire romaine continue de nous être utile, Mary Beard tente d’expliquer comment un petit village parfaitement ordinaire du centre de l’Italie a pu devenir une puissance à ce point dominante, exerçant son autorité sur un vaste territoire déployé à travers trois continents.

Beaucoup a déjà été écrit à ce sujet mais ce livre tient compte de la succession extraordinaire de découvertes – sous terre, sous l’eau, et même dans les bibliothèques –  faites au cours des dernières décennies pour dresser un tableau complet de cette ancienne Rome, toujours fascinante.

SPQR – Histoire de l’Ancienne Rome, Mary Beard, éditions Perrin, 592 pages, 26 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/spqr-histoire-de-lancienne-rome-mary-beard/64740/