vendredi 5 juin 2026

Sait-on encore d’où vient et ce qu’est le fascisme ?

 

Sait-on encore d’où vient et ce qu’est le fascisme ?

Après ses analyses concernant l’Amérique latine, Charles Granfeu nous propose une réflexion critique sur le fascisme, qu’il rattache à une conception marxiste de l’Histoire en identifiant des points communs entre les deux idéologies.
Polémia

La rhétorique « vertueuse » des marxistes

L’assassinat politique de Quentin Deranque a définitivement confirmé deux choses, la première : LFI et ses suppôts antifascistes sont les dignes héritiers de l’âme criminelle du triumvirat Trotski-Lénine-Staline ; la seconde : l’utilisation du concept de fascisme est un pur élément rhétorique qui, dans le contexte du marxisme révolutionnaire de LFI, n’a qu’un objet, à savoir la transformation de tout adversaire politique en ennemi criminel qu’il devient alors légitime d’éliminer, d’abord politiquement, puis physiquement.

Quentin est mort parce que la rhétorique de ses meurtriers l’a transformé en une figure du « Mal » personnifié : un « fasciste ». C’est terrible et cela peut arriver à n’importe qui !

Il est saisissant de voir combien il est impossible, dans le débat politique contemporain, de définir le « Mal » en politique sans invoquer le fascisme et tout l’appareil conceptuel qui lui est rattaché. Cet état de fait est le résultat d’une construction élaborée par l’intelligentsia marxiste dès la fin des années 1930. Le « Mal » fasciste remplaçait alors le mal « bourgeois » du début des années 1920 qui, après l’échec international de la révolution d’Octobre, commençait à être passablement usé.

La conception fasciste d’une nation prolétaire

Puisque c’est du « Mal » en politique dont il est question, il n’est pas inutile de rappeler quelques notions basiques à propos du « Mal » fasciste, que l’on appliquera par extension au « Mal » nazi et au « Mal » communiste.

Selon l’historien Zeev Sternhell, en tant que discours idéologique, le proto-fascisme apparaît comme un discours contre les Lumières et proche des mouvements romantiques valorisant les identités, les traditions, les langues nationales, etc.

En réalité, qu’est-ce que ce proto-discours idéologique a à voir avec la réalité du régime fasciste ? Presque rien, hormis un détour par la psychologie de l’Histoire ! Car, de fait, le fascisme est une des nombreuses progénitures du mouvement révolutionnaire marxiste…

En effet, on ne le rappelle pas assez, le fascisme est né, en Italie, d’une césure au sein du syndicalisme socialiste. Certains syndicalistes (tout d’abord Alfredo Rocco et Enrico Corradini), constatant l’échec de la révolution internationale qui reposait sur l’hypothèse d’un prolétariat mondial, en vinrent à considérer que le prolétariat ne devait plus s’envisager que sur le plan national. Contre l’internationalisme, ils légitimèrent alors la nécessité de nationaliser la révolution. Selon eux, le véritable agent révolutionnaire n’était pas la classe, mais la nation, et le grand affrontement final qui sonnerait l’avènement de la révolution planétaire aurait lieu entre nations bourgeoises et nations prolétaires.

Contre toute attente, c’est cette nouvelle conception de la révolution planétaire qui, après la Seconde Guerre mondiale, sera à l’origine de ce qui deviendra plus tard le « tiers-mondisme ». De la même façon, c’est cette transposition nationaliste du concept de la lutte des classes qui permettra, via le décolonialisme, de développer la rhétorique justificative du déferlement de l’immigration de masse sur les terres européennes !

On passera ici sur l’ambiguïté existante, tant dans le communisme que dans le fascisme, entre peuple et classe, ambiguïté garantissant à volonté une bien commode plasticité des concepts qui nous garantira d’innombrables ironies du sort…

L’origine socialiste du fascisme

Au chapitre des ironies du sort, il faut également rappeler que le fascisme naissant de Mussolini impressionna positivement les camarades Lénine et Staline, qui le considérèrent initialement comme une nouvelle phase du socialisme !

Après la mort de Lénine en 1924, les staliniens italiens, avec l’aval machiavélique de Moscou, favoriseront systématiquement le fascisme dans son projet d’unification du prolétariat et de la bourgeoisie. Il s’agissait, bien sûr, de vues stratégiques contre le trotskisme et l’impérialisme franco-anglais (voir les écrits des trotskistes Pietro Tresso et d’Angelo Tasca alias Amilcare Rossi). Ce double discours, alors même que Staline scandait que le fascisme constituait un aboutissement du capitalisme, aboutira au traité de non-agression germano-soviétique qu’on aurait mieux nommé « communisto-nazi »…

On le voit, la matrice marxiste n’est pas à une contradiction près et la polymorphie inépuisable de ses recyclages n’a qu’une constante : son immoralité et son inhumanité congénitale.

Contre les invectives mélenchonistes et la racaille antifa, il faut d’abord remarquer que le fascisme naît de la matrice marxiste et que les projets communiste et fasciste comportent énormément de points communs, le premier d’entre eux étant qu’ils sont tous deux de nature révolutionnaire.

Le projet totalitaire d’union des classes

Le fascisme se construit d’abord comme le projet révolutionnaire d’une nation de travailleurs, où prolétariat et bourgeoisie s’unifieront pour créer un État efficace dont le premier acte fondateur sera une grande opération de nationalisations de la propriété privée, de l’industrie, de l’agriculture et de tout ce qu’une nation implique d’activités et de productions.

Au cœur de ce projet, l’éducation « fasciste » assurera le contrôle de la pensée, allant de pair avec un discours soutenant que la nation serait ainsi conduite à la libération ultime de l’oppression bourgeoise, de l’aliénation de la propriété privée et… du joug marxiste ! La belle série de contradictions que voilà !

Ainsi, au lieu d’être le sujet d’un système, l’individu sera (soi-disant) le membre actif d’une organisation politique de travailleurs au service de la nation, contre le paradigme économique internationaliste bourgeois et communiste (autre contradiction). Dans son activité productive et politique, cet individu n’existera plus en tant qu’être autonome et singulier, mais seulement en tant qu’élément de l’organisation étatique dont il fait partie. Il lui devra tout, il ne sera plus un homme, mais l’élément fonctionnel d’une machinerie, un citoyen-travailleur impliqué dans une relation avec l’État qui le transcendera et le gouvernera à la fois.

Des points communs avec le communisme

S’il fallait désigner la véritable différence entre les deux mouvements, on la trouverait dans le fait que, pour le communisme, l’instrument ultime qui permet d’atteindre le « Graal » révolutionnaire est la dictature du prolétariat, quand, pour le fascisme, c’est la nation. Hormis cela, les modalités et ce qu’elles entraînent sont fort semblables.

Ainsi, bien qu’il se positionne comme antagoniste au communisme et aux Lumières, le fascisme a, en pratique, suivi la même stratégie de concentration du pouvoir dans l’administration étatique que son ennemi juré.

À l’instar des Lumières qui consacraient la victoire de la raison et de la science contre l’irrationalité, le fascisme a mis en place une rationalisation de la société humaine par la construction d’un système administratif consacrant la victoire complète de l’État sur l’individu, où ce dernier est sommé de construire sa propre aliénation en se transcendant dans la structure étatique.

Cette relation, où se conjuguent aliénation et transcendance, servitude et mystique matérialiste dans un éternel paradoxe sado-masochiste, est le propre de toutes les relations entre l’individu fonctionnarisé et l’État marxisant.

Voilà donc ce qu’était le déterminisme fasciste qui, paradoxalement, fut aussi celui du communisme ! La politique étatisante et rationalisante est la même dans les deux mouvements, ce qui devrait porter à réflexion sur la frontière qui les sépare (soi-disant) hermétiquement. Le grand socialiste « fabien » Bernard Shaw ne tarissait-il pas d’éloges envers Mussolini ?

En 1925, Henri Béraud, journaliste au Canard enchaîné, écrivait dans son livre, Ce que j’ai vu à Moscou : « Rien, extérieurement, ne ressemble plus à la vie moscovite que la vie romaine : cortèges, emblèmes, crainte, silence… La réaction et la révolution n’ont, après elles, laissé aux hommes déconcertés qu’un être sombre et masqué, le Dictateur inconnu… ».

Au Brésil, le président Lula, et ce n’est pas une coïncidence, a avoué que son modèle de toujours était Getúlio Vargas, le dictateur fascisant des années 1940… CQFD !

Cette curieuse interchangeabilité et la plasticité conceptuelle qui en découle nous rappellent que Lénine, en bon rhétoricien, conseillait à ses troupes de pratiquer constamment l’inversion accusatoire, en accusant ses ennemis d’être ce qu’ils étaient eux-mêmes…

Fascisme et communisme ont également en commun cette même technique constante d’instrumentalisation du langage et des concepts, où toutes les identités et les idéologies deviennent des espèces d’euphémismes chargés de créer un rideau de fumée dans des disputes de sectes, dont l’objet est le renforcement politique par la criminalisation idéologique de l’autre en vue d’aboutir à son élimination physique.

Les idéologies ne sont plus, alors, que des armes de propagande chargées de garantir une pérennité politique grâce à l’existence entretenue d’un ennemi à abattre. Les « bourgeois » de Staline ont la même fonction que les Juifs d’Hitler…

La conception « purificatrice » marxiste

C’est justement à cet endroit que se vérifie la dangerosité de la matrice marxiste. Ce qui la définit, ce sont moins ses idées, qui somme toute sont assez banales, que sa méthode, son processus, sa culture et, puisque le marxisme se prétend scientifique, son épistémologie.

Comme on le sait depuis qu’on l’étudie, le « Mal » en politique est moins dans les idées que dans les modes et processus contenus en filigrane dans les discours idéologiques qui sont chargés de les activer.

Dans la matrice marxiste (et de tout ce qui en découlera : communisme, fascisme, maoïsme, wokisme, etc.), toute la mystique idéologique transcende et active un seul et unique principe : la purification de la société humaine.

Ce principe valide le vieil adage sartrien — « L’enfer, c’est les autres » —, qu’il s’applique au bourgeois, au Juif, au fasciste, au communiste, au réactionnaire, au social-démocrate, au social-traître, au contre-révolutionnaire, au patron, au contremaître, au « jaune », à l’homosexuel, au religieux… la liste est interminable et s’étend à mesure que la matrice marxiste se régénère sur le dos de l’Histoire en la réécrivant.

Le but de la révolution est d’engendrer un peuple de purs, qu’il soit pur de sang, idéologiquement, ou de je ne sais de quel autre référent aux vertus magiques. Les purs, ces saints surgis des ténèbres, dont l’ascèse exige la purification par le sang versé, n’ont ni pardon ni compassion. Leur religion profane, que les moujiks accusaient d’être antéchristique, devra orchestrer la grande inversion universelle sacrificielle. De là découlera toute la perverse mécanique de son mode politique que l’on résumera ainsi : la fin (l’idéologie) justifie les moyens (le meurtre), jusqu’à ce que ladite fin, une fois atteinte, révèle qu’elle n’était elle-même qu’un moyen pour atteindre un autre avatar de cette fin, le pouvoir, et ceci sans fin.

Selon leurs partisans, le fascisme a échoué pour n’avoir pas été suffisamment fasciste et le communisme pour n’avoir pas été assez communiste, mais en réalité, ces systèmes ont failli… Et tout le mal qu’ils ont engendré n’était qu’un effet incontournable du matérialisme historique, cet avatar rationalisant de la volonté de puissance qui justifie tout, puisque lui seul pouvait les conduire vers la totalité révolutionnaire. La fameuse omelette et les œufs qu’on casse. Ah ! La vilaine excuse !

Si tous les régimes issus de la matrice marxiste ont provoqué de telles déflagrations, c’est qu’au centre de leur processus se trouve le meurtre révolutionnaire, qui justifie le meurtre d’État, le crime contre l’humanité revêtu du statut d’une justice déterminée par le sens de l’Histoire.

La volonté de puissance s’avançait sous le masque du matérialisme historique. Combien de théories (intéressantes, certes) pour expliquer la culture de mort du nazisme et du fascisme, quand il suffisait de se souvenir de leur matrice. Les tergiversations pour savoir si le fascisme est de gauche ou de droite sont hors sujet, et fausses, puisqu’on oublie comment il a été engendré.

Au centre de cette mystique de mort, qui en vérité naquit de la Révolution française et fut définitivement conceptualisée par Marx, il y a toujours eu la figure d’un personnage sombre et démiurgique, pour ne pas dire satanique : le psychopathe révolutionnaire. De Robespierre à Mélenchon, en passant par Lénine, Trotski, Staline, Pol Pot, etc., il sème sa pestilence en subjuguant l’humanité par les vertus de la haine de l’homme, qui reste humain, trop humain…

Le philosophe du régime fasciste, Giovanni Gentile et le marxiste Antonio Gramsci ont consacré leurs vies à une rationalisation absolue de la pensée politique, afin d’établir l’impossibilité complète de toute métaphysique. Une fois cette dernière éradiquée, que restait-il ? La rationalisation de l’État socialiste ? Celle de l’État fasciste ? Quelle est la différence entre les deux conceptions ? Libéré de sa condition métaphysique, l’individu n’est plus que le sujet-objet de l’arbitraire paradoxal d’une grande machine rationalisante et délirante à la fois. Confinée à l’horizon de sa matérialité, sa liberté n’est plus vouée qu’à se transcender dans l’État qui le dévore, et sa condition d’être humain n’a de valeur que tant qu’il porte la bonne étiquette. Quand des idéologies, qui ont moins de différences que de caractères communs, servent à déterminer si tel ou tel sujet est bon ou mauvais, c’est qu’en fait d’idéologies, c’est à de la pensée magique qu’on est confronté, et qu’en fait de docteurs du dogme, c’est à des escrocs lanceurs de sorts que l’on a affaire !

Quentin a été assassiné par la vieille machinerie révolutionnaire, et le drame, qui ne cesse de se répéter depuis le surgissement de la modernité, est que la rationalité pointilleuse de cette satanée machine se confond étrangement avec le délire paranoïaque de ses pourvoyeurs… Une belle fabrique de psychopathes !

Charles Granfeu

https://www.polemia.com/sait-on-encore-dou-vient-et-ce-quest-le-fascisme/

De Maurras à Schmitt

 

Par Stéphane Blanchonnet

Nous savons ici à quel point la critique du romantisme est centrale chez Maurras. Cette dernière se déploie dans l’ensemble de son œuvre mais elle est condensée d’une manière presque parfaite dans le petit texte intitulé Trois idées politiques, en particulier dans le chapitre consacré à Chateaubriand. Maurras critique le traditionalisme de l’auteur de René dans son principe.

En effet, Chateaubriand paraît défendre le trône et l’autel, non pour les bienfaits positifs que ces institutions procurent au Bien commun, mais parce qu’elles lui plaisent et, mieux encore, parce qu’il en a la nostalgie.

C’est la formule du romantisme de droite, dont Maurras trouve l’équivalent à gauche chez Jules Michelet. Ce dernier s’enthousiasme pour le peuple, l’avenir, la démocratie, pour des motifs tout aussi romantiques que ceux qui poussaient Chateaubriand à défendre la Tradition.

Mais pourquoi me direz-vous aborder ici ce sujet doctrinal que l’on traite dans les cercles d’études d’Action française de manière habituelle et régulière ? Eh bien, parce que l’excellent Antoine Dresse vient de faire paraître, de préfacer et de traduire chez Krisis, un ouvrage fondamental qui apporte à Maurras un très inattendu soutien germanique.

Il s’agit de l’essai Romantisme politique de Carl Schmitt. Paru pour la première fois en 1919, il est à noter que ce livre sera rapidement traduit, bien que seulement de manière partielle, sous l’égide de Georges Valois, peu de temps après sa rupture avec Maurras. Il est d’ailleurs probable que ce projet d’édition soit né avant la rupture. Les milieux maurrassiens s’intéressaient donc vraisemblablement à cet écho que trouvait leur critique du romantisme chez cet auteur allemand.

De manière symétrique, on découvre à la lecture de ce Romantisme politique que Schmitt lui-même avait lu Maurras. Il reprend même à son compte la fameuse doctrine des trois R : Réforme, Révolution, Romantisme. Plus fondamentalement, Schmitt radicalise et en quelque sorte universalise les reproches faits par Maurras à Chateaubriand en définissant le romantisme comme un « occasionalisme subjectif ».

Les deux auteurs considèrent que le romantique prend prétexte de la défense d’une cause pour exprimer son individualité, pour épancher son Moi, au détriment des réalités politiques. Nous ne suivrons donc pas Alain de Benoist, malgré toute notre admiration pour son érudition, quand il cherche (dans une intervention à un colloque sur Maurras ou dans un récent article d’Éléments) à nuancer la proximité intellectuelle entre Schmitt et Maurras sur cette question. Celle-ci nous paraît au contraire évidente, et d’autant plus intéressante qu’elle révèle une influence directe de Maurras sur Schmitt, ce qui n’est pas rien, quand on considère la place qu’occupe ce dernier dans l’histoire des idées, que ce soit en philosophie politique, en philosophie du droit, ou en géopolitique.

(Illustration : Der Wanderer über dem Nebelmeer, huile sur toile de Caspar David Friedrich, 1818, Kunsthalle de Hambourg).

https://www.actionfrancaise.net/2026/06/05/de-maurras-a-schmitt/

mercredi 3 juin 2026

Visite guidée à deux voix – Château de Vitré et son centre médiéval

 


Dans la tradition bainvillienne

 

Parce qu’il n’est pas forcément clair pour tout le monde que le royalisme est parfaitement d’actualité, nous vous conseillions en mars dernier, pour le mieux connaître, de vous intéresser aux parutions des éditions de Flore et à celles de Midi blanc-éditions. Aujourd’hui, c’est de la Nouvelle Revue Universelle dont nous vous parlons…

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Le prochain numéro de la Nouvelle Revue Universelle, la revue laboratoire du maurrassisme du XXIe siècle, va partir sous presse. Heureusement, grâce à la Librairie de Flore, il vous est possible de vous procurer un exemplaire du n°82-83 que son rédacteur en chef Axel Tisserand présente :

« Extinction des Lumières ». Tel est le titre de l’important dossier que nous consacrons à la crise que l’Occident traverse aujourd’hui, crise venue apparemment des États-Unis – mais le wokisme en est également originaire, agrémentant à la sauce puritano-libertarienne d’une french theory pour laquelle la seule question qui vaille est : pourquoi a-t-elle pris son essor, jusqu’à son nom, de l’autre côté de l’Atlantique, avant de nous retourner en boomerang ?

Un cycle serait-il en train de se clôturer sans toutefois que rien d’autre n’émerge de manière à peu près certaine, un cycle né après la Renaissance et qui, en un aller-retour entre l’Europe et les États-Unis, a également influencé notre vieux continent – par exemple la philosophie de la Déclaration d’indépendance de 1776 et notre propre Déclaration des droits de l’Homme.

Voici le sommaire complet de ce numéro à ne pas manquer :

Éditorial d’Axel Tisserand – Vers un couvre-feu de la raison ? (p. 5).

Extinction des Lumières

  • Alain Vignal – La catholicité et la France à l’épreuve des Lumières (p. 17) : Une claire synthèse montrant comment les Lumières se sont en grande partie instaurées contre le catholicisme, minant le socle traditionnel de la société française.

  • Philippe Ariès – Révolution et Contre-Révolution face à face (p. 31) : Dans deux textes publiés en 1938 dans L’Étudiant français, Philippe Ariès se penche sur l’opposition de fond entre Révolution et Contre-Révolution et analyse en profondeur la « secte jacobine« .

  • Philippe Lallement – Accélération du déclin des Lumières (p. 39) : Une enquête aiguë sur une évolution – qui semble irréversible – vers la fin de la mondialisation, la fin de la modernité, la fin d’un Occident coupé de ses origines.

  • Henri Letigre – Impasses de la pensée économique des Lumières (p. 59) : Le libéralisme économique, issu des Lumières semble avoir fini son cycle historique, faute d’avoir su dépasser ses contradictions.

  • Gérard Leclerc – Un défi ouvertement civilisationnel (p. 69) : Une analyse, bienveillante mais sans concession, de notre crise de civilisation telle que la voit Éric Zemmour dans son dernier livre.

  • Pierre Debray – L’agonie du monde moderne (p. 83) : Une lettre pleine de foi, de courage et de vigueur intellectuelle adressée aux évêques de France. Son actualité est saisissante.

  • Nadège Cordier – Colonisation et « régénération » : l’éternel échec républicain (p. 93) : Où l’histoire prouve que, depuis Jules Ferry, les Lumières ont leur part de responsabilité dans le chaos africain actuel.

  • Maurice Jallut – Pour des institutions postmodernes (p. 103) : Par un des maîtres de l’école d’Action française, une critique radicale de l’anglomanie politique exportée par les Lumières en France.

Fiévreuse planète

  • Gilles Varange – Énigme Poutine ou énigme russe ? (p. 117) : Plus qu’un personnage mystérieux et inquiétant, Poutine n’est-il pas surtout une nouvelle incarnation des constantes de l’histoire russe ?

  • Alexandre Lalanne-Berdouticq – La France prête pour une guerre en Europe ? (p. 127) : Le discours belliciste du gouvernement paraît déconnecté des capacités matérielles et morales du peuple français.

  • Gwendal Keraliès – Quand Donald Trump fait du Maurras (p. 141) : Au-delà de ce titre provocateur, la stratégie internationale de Trump se révèle d’une cohérence et d’une perspicacité inattendues.

  • Dominique Decherf – Réflexions sur le droit international (p. 149) : Depuis 25 ans, le droit international marche sur la tête, mais reste toujours dominé par les États-Unis. De la tornade Trump pourra-t-il sortir un bouleversement positif ?

Déminage du territoire

  • Pierre-André Taguieff – Un débat au sein du nationalisme dans les années 1890 (p. 165) : Dès 1989, dans un entretien, le philosophe discernait ce qui a fait, dès l’origine, la spécificité du nationalisme français, totalement étranger à la notion de race.

  • Christian Tarente – Maurras antiraciste intégral (p. 174) : Dans son livre Maurras, la nation contre le racisme, Axel Tisserand montre, citations à l’appui, que Maurras a toujours été viscéralement hostile au racisme.

Rétrospectives et perspectives

  • Michel Bouvier – « Je peins le passage » ou… retour sur les bancs de l’école (p. 183) : Ou quand on découvre un Montaigne enfin rendu aux siens : les catholiques, qui se voient entraînés ici dans une méditation d’une insondable profondeur.

  • Pascal Cauchy – De l’aveuglement militant à la lucidité obstinée (p. 191) : Un centenaire incontournable, tant l’historienne a su dire la vérité du communisme en analysant ses propres comportements lorsqu’elle était encore une militante fanatique.

  • Arnaud Guyot-Jeannin – Un royaliste traditionaliste s’est éteint (p. 200) : Un hommage à notre ami disparu Michel Michel.

Chroniques et lectures

  • Michel Mourlet – Journal critique (p. 203) : Où nous apprenons que le Journal critique a 72 ans. Et pas une ride ? Ami lecteur, juge par toi-même.

https://www.actionfrancaise.net/2026/06/03/dans-la-tradition-bainvillienne/

L'abolition de l'esclavage : utopie ou réalité ?, avec Vincent Hugeux

 


vendredi 29 mai 2026

« Insultes et menaces quotidiennes pour les scientifiques du climat et les journalistes météo. Mais pourquoi ? » L’édito de Charles SANNAT

 

Mes chères impertinentes, chers impertinents,

Les scientifiques du climat et les journalistes météo subissent menaces et insultes au quotidien et ils se plaignent de l’agressivité et de la violence verbale qu’ils subissent. Comme vous pourrez le voir dans cette vidéo ci-dessous de France Télévision, « ON » accuse les climatosceptiques ce qui ne veut rien de plus que « d’extrême droite » ou de « complotiste ». C’est évidemment le degré 0 de l’analyse et de la compréhension des choses.

La bonne question est pourquoi quand on nous parle de météo ce qui est quand même un sujet qui de tout temps (sans mauvais jeu de mots) anodin, banal et sans enjeu, les gens s’énervent-ils tout d’un coup ?

Est-ce que les gens s’énervent parce qu’ils auraient pris un coup de chaud ?

C’est la manipulation des journalistes et des médias qui déclenche la violence. 

Il nous faut donc ici parler un peu de psychologie. Les mécanismes de manipulation mentale, lorsqu’ils sont conscientisés par la victime ou lorsqu’ils poussent un individu dans ses derniers retranchements, sont de puissants déclencheurs de violence en retour (qu’elle soit verbale, psychologique ou physique). Ce phénomène s’explique par plusieurs processus psychologiques bien documentés.

1. La rupture de la dissonance cognitive. La manipulation (comme le gaslighting ou détournement cognitif) repose souvent sur la distorsion de la réalité de la victime. Pendant un temps, la victime doute d’elle-même. Mais lorsque la manipulation est découverte, la victime subit un choc de lucidité. La colère qui s’en suit, face à la trahison et à la prise de conscience d’avoir été dupée, est souvent proportionnelle à la durée et à l’intensité de la manipulation. Cette charge émotionnelle peut exploser sous forme de violence cathartique (une libération brutale de la tension accumulée).

Ici c’est les discours apocalyptiques qui sont en cause par rapport aux faits observables par les gens et donc des paradoxes qui sautent aux yeux. C’est exactement le cas quand on vous dit quand il fait froid « qu’il ne faut pas confondre météo et climatologie » mais que quand cela les arrangent et que quand il fait froid, car quand il fait chaud vous avez le droit. C’est le cas aussi quand on vous dit que vous devez souffrir de chaud sans climatisation alors qu’en Inde ils installent des millions de clim chaque année! Paradoxes qui posent des questions auxquelles les chiens de garde du climat ne veulent pas apporter (ou ne peuvent pas) de réponses crédibles et convaincantes.

2. Le mécanisme de réactance psychologique. Théorisée par Jack Brehm, la réactance est une réaction de défense biologique et psychologique qui se déclenche lorsqu’un individu sent que sa liberté de choix ou son autonomie est menacée ou supprimée.

La manipulation cherche à contraindre l’autre à son insu.

En réaction, le cerveau de la personne manipulée développe une résistance farouche pour restaurer sa liberté, ce qui se traduit fréquemment par de l’agressivité envers le manipulateur.

Ici c’est le cas quand on vous empêche de questionner, de réfléchir, de penser autrement que sur la ligne officielle du parti, c’est le cas comme lors de la vaccination covid… même le gouvernement disait « on peut parler de tout sauf des chiffres », comme si les chiffres n’étaient manipulables! Ils le sont bien évidemment.

3. Le piège de la « victime acculée ». En poussant une personne dans une impasse psychologique (par exemple, par le biais d’injonctions paradoxales où « quoi qu’elle fasse, elle a tort »), le manipulateur désactive les leviers de négociation rationnels. Ne restant plus aucun espace de dialogue ou de compromis possible, la violence devient parfois, dans la psyché de la victime, la seule issue disponible pour faire cesser l’oppression ou préserver son intégrité psychique.

Ici, les injonctions contradictoires sont évidentes à voir. Il faut sauver la planète mais en signant les accords du Mercosur parce que les avocats du Pérou transportés par avions c’est vachement mieux pour le climat que les tomates du lot et Garonne ou que les carottes de Bretagne. Il faut sauver la planète mais en consommant plus pour sauver le PIB. Il faut sauver la planète en achetant des voitures électriques mais made in China avec un bilan écologique et social dramatique pour les enfants esclaves des mines de lithium et de terres rares qui meurent pour la batterie de mon vélo électrique qui ne sauvera rien.

4. Le concept de « Violence Réactionnelle ». En psychologie clinique et victimologie, on distingue la violence initiale (la manipulation perverse, le contrôle coercitif) de la violence réactionnelle qui est une explosion de colère ou d’agressivité de la part de la victime, souvent instrumentalisée par le manipulateur pour inverser les rôles et dire : « Voyez comme cette personne est instable/violente, c’est moi la victime ».En somme, la manipulation est une agression invisible mais réelle. La violence en retour n’est souvent que la manifestation visible, et parfois désespérée, d’une tentative de défense contre une destruction psychologique souterraine.

Ici, c’est tout simplement l’accumulation des mensonges, des injonctions contradictoires, des paradoxes et des manipulations qui foutent les gens en rogne. Pas tous, mais ceux qui réfléchissent. Ils ne sont pas complotistes, ils ne sont pas d’extrême droite, ils ne sont pas climatosceptiques. Ils se posent des questions, voudraient qu’on leur réponde, que l’on prenne au sérieux leurs questionnement, leurs doutes. Mais ils ne reçoivent aucune autre réponse que celles des insultes et des anathèmes.

Avec la vague de chaleur qui touche la France depuis quelques jours, les scientifiques du climat et les journalistes météo subissent menaces et insultes au quotidien. Serge Zaka, docteur en agroclimatologie et Sébastien Thomas, journaliste météo-climat pour France Télévisions,… pic.twitter.com/HLnpth1iGQ

— franceinfo (@franceinfo) May 27, 2026

C’est ce phénomène qui explique la « violence » dont se croient victime les journalistes et les climatologues qui rendent fous les gens et les provoquent en leur retirant tout espoir pour demain. Ils se vautrent dans une vision apocalyptique à la Greta où nous allons tous mourir dans d’horribles souffrances climatiques sans comprendre ce qu’une absence totale d’espoir peut engendrer.

Vous savez que je suis contre toute violence, que je pense que c’est par les mots que l’on peut décrire nos maux et éviter les excès et les accès de violence, mais si la propagande climatique continue comme cela alors que dans 3 jours il fera moche et froid, un jour viendra où hélas cette violence verbale deviendra je redoute physique.

Toute politique qui ne donne pas à rêver est vouée à l’échec.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

https://legrenierdeleco.com/insultes-et-menaces-quotidiennes-pour-les-scientifiques-du-climat-et-les-journalistes-meteo-mais-pourquoi-ledito-de-charles-sannat/

dimanche 24 mai 2026

L'effondrement qui vient : Gilles de Beaupte décrypte le système technico-capitaliste

 


Non, ce n’est pas le néocolonialisme qui ruine l’Afrique

 

Ce sont les guerres et les coups d’État

Une fois de plus je viens de lire un article sur le développement de l’Afrique, où l’auteur mène une véritable charge contre les Occidentaux, éternels coupables pour avoir colonisé ce continent durant quelques décennies avant de lui rendre sa liberté en 1960.

Plus de 65 ans après son accession à l’indépendance, ce continent reste désespérément sur le quai, incapable de monter dans le train du progrès, alors que toute l’Asie est en passe de dépasser largement les économies occidentales. Le coupable ? L’ex-colonisateur comme toujours.

https://reseauinternational.net/le-siecle-africain-commence-par-lunite-ou-ne-commence-pas-partie-2-monnaie-ou-liberte-la-monnaie-unique-pour-briser-le-dernier-verrou-colonial/

Cet article est parfaitement documenté et l’auteur sait de quoi il parle. Mais il pèche par ses non-dits, lesquels sont pourtant essentiels pour comprendre le naufrage de l’Afrique post-coloniale.

Je ne ferai pas à l’auteur l’injure de lui rappeler ce que nous avons trouvé en arrivant en Afrique. Je lui rappellerai simplement qu’en partant, le continent vivait en paix, sans épidémies ni famines, avec un niveau de vie supérieur à celui de l’Asie hors Japon. Aujourd’hui, la plupart des pays asiatiques ont un niveau de vie 30 fois supérieur à celui de l’Afrique.

Avec son milliard et demi d’habitants, la Chine, qui avait mille ans de retard en 1950, affiche un PIB égal à 20 % du PIB mondial, tandis que l’Afrique, elle aussi avec un milliard et demi d’habitants, produit moins de richesses que la France.

Ce continent recèle pourtant un trésor géologique inestimable, des immensités gorgées de soleil et une démographie dynamique contrairement aux autres continents vieillissants. Mais l’Afrique n’invente rien et ne produit rien en dehors de son sous-sol. Est-ce la faute des Européens ?

Faire le procès du franc CFA est facile.

Mais cette monnaie liée à l’euro et garantie par la France a aussi apporté aux pays africains qui l’ont conservée une stabilité économique non négligeable. Quand Sékou Touré, président de la Guinée Conakry, a voulu tourner le dos à la France dès 1958, il n’a pas rendu service à son pays. Et quand on voit où en est le Zimbabwe, mis en coupe réglée par la politique anti-Blancs de Mugabé, on mesure combien la rupture brutale avec l’ancien colonisateur peut faire des ravages. 700 % d’inflation il y a peu !

https://www.linkedin.com/pulse/quels-sont-les-avantages-et-inconv%C3%A9nients-de-la-monnaie-l%C3%A9ger-djiba-bu9ff/

N’oublions pas les multiples conflits armés qui ravagent l’Afrique

De son côté, l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, le Prio, en compte environ 65 au total dans son dernier rapport Ouverture dans un nouvel onglet sur les conflits dans le monde paru cette année.

Une cinquantaine de conflits en permanence. Selon l’ONG Oxfam, ces guerres coûtent 20 milliards de dollars chaque année à l’Afrique et engloutissent toute l’aide au développement. Entre 1990 et 2005, ce sont 284 milliards qui sont partis en fumée.

Guerres entre États, rivalité tribales, guerres civiles ou mouvements séparatistes, tout est bon pour semer violences et chaos, ennemis de l’économie et du progrès.

Et que dire des multiples coups d’État ? L’Afrique détient le record

Par conséquent, ce n’est pas en faisant le procès de l’ex-colonisateur que l’Afrique décollera. En 1960, elle était plus riche que la Chine ou l’Inde.

Ce sont les Africains qui sont responsables de leur destin, comme les Chinois ou les Indiens. Pas les Européens. Par conséquent, inutile de faire porter le chapeau aux autres, pour s’exonérer de ses propres responsabilités. La colonisation, c’est de l’histoire ancienne, une période que les 3/4 des Africains n’ont pas connue.

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/non-ce-nest-pas-le-neocolonialisme-qui-ruine-lafrique/

samedi 23 mai 2026

Quelques pensées…

 

Un quarante-et-unième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de Saint Thomas d’Aquin tiré de la Somme théologique et du De regimine principum.

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Optima gubernatio est quæ fit per unum.

Ce à quoi tend l’intention de celui qui gouverne la multitude, c’est l’unité ou la paix. Or, ce qui de soi cause l’unité, c’est ce qui est un. Plusieurs, en effet, ne peuvent unir divers éléments et concorder entre eux que si eux-mêmes, d’une certaine manière, s’unissent. Ce qui, par soi-même, est un peut donc être cause d’unité mieux que plusieurs qui ont besoin de s’unir. C’est pourquoi la multitude est mieux gouvernée par un seul que par plusieurs.

Les abeilles n’ont qu’une seule reine…

Là où le gouvernement est juste, ce gouvernement est d’autant plus utile que sa direction a plus d’unité ; ainsi la monarchie est meilleure que l’aristocratie et l’aristocratie que la république.

Les périls extrêmes sortent plus fréquemment du gouvernement de la multitude que de celui d’un seul. C’est chose habituelle, en effet, de voir un des membres du gouvernement collectifs manquer à la recherche du bien commun plus souvent que l’unique gouvernant. Or, celui des membres du gouvernement qui cesse de rechercher le bien commun fait courir à la multitude des sujets le péril de désunion. Car la discorde des chefs est naturellement suivie de celle de la multitude.

D’une façon générale, l’observateur attentif de l’histoire d’hier et de celle d’aujourd’hui reconnaîtra que les tyrans ont sévi plus nombreux dans les pays gouvernés par une collectivité que dans ceux où le pouvoir n’appartenait qu’à un seul. Si donc la royauté, qui est le meilleur gouvernement, semble devoir être évitée, surtout à cause de la tyrannie, celle-ci en revanche se rencontre non pas moins mais plus facilement dans le gouvernement de plusieurs que dans le gouvernement d’un seul : il en résulte tout simplement qu’il est plus avantageux de vivre sous un seul roi que sous un gouvernement collectif.

https://www.actionfrancaise.net/2026/05/23/quelques-pensees/

L’arnaque éolienne se dévoile…

 

Les « études » des futurs parcs éoliens en mer le long des côtes française aboutissent systématiquement à promouvoir leur installation uniquement face aux joyaux touristiques. Les meilleurs vents et les fonds les plus appropriés sont toujours situés exactement face aux endroits où ces parcs vont gêner le plus de gens et les plus belles saisons touristiques. A croire que c’est fait exprès, afin de détruire le patrimoine géographique nationale et de manière plus générale, de détruire tout ce qui peut porter la symbolique de la France grande, prospère et historique. Dans la même fibre l’État met le même malin plaisir à ce que Chambord s’écroule, en « peinant » à trouver quelques dizaines de millions quand il envoie des milliards pour les pays africains et pire, en refusant que des mécènes privés, le Puy-du-Fou, finance les travaux. Le programme de destruction de ce pays est total.

Mais ces parc éoliens off-shore n’ont surtout rien d’écologique. Ce sont des travaux colossaux de défonçage des fonds marins, au mépris des espèces animales et végétales qui y nichent. Puis des centaines de milliers de tonnes de ferraille et de béton qui sont injectés pour l’éternité. Jusqu’à 15 000 tonnes par éolienne, plus généralement entre 2000 et 8000 tonnes. Il ne faut pas imaginer que cela puisse être retiré du fond de la mer un jour, tout au plus retirera-t-on la partie émergée. Mais une fois en fonctionnement, le bilan n’est pas meilleur. En mer du Nord, on constate déjà des effets négatifs des parc éoliens sur les courants marins et une accumulation d’ alluvions. Des millions d’oiseaux sont exterminés chaque année, tués par les pales des hélices. Sur le sous sol marin, les ondes propagées, déstabilisent les organismes des bêtes vivant au contact de ces terrains soumis aux vibrations engendrées par la rotation des pales. Tout cela pour une charge inférieure, le plus souvent à 50 % des capacités sur le papier. Il faut aussi compter avec un vieillissement plus rapide que prévu et une désagrégation de la matière plastique des pales sous forme de micro-déchets qui empoisonnent sols et eaux. Une douzaine d’années au lieu des vingt communément annoncées.

On ajoute une déstabilisation du réseau général due aux variations de puissance qui sont compensées par les centrales nucléaires, obligeant ces dernières à des régimes variables qui les usent plus rapidement. Au final, on a une énergie de mauvaise qualité, chère, intermittente et qui ne saurait exister sans des subventions massives d’argent public. C’est bien là que se situerait le nœud du problème. Ces moulins pourraient être juste un moyen de faire tourner des entreprises de « copains » qui se gaveraient ainsi d’argent public sur la base d’une pseudo-bonne-cause : le carbone. Sauf que le carbone n’est pas un polluant et que l’énergie nucléaire, en plus d’être moins chère, plus fiable est aussi « décarbonée ». Les années passent et ces parcs éoliens en mer ne sont toujours pas rentables. Cela fait aussi penser à ces « entreprises » de véhicules partagés, vélos, trottinettes, voitures, dont aucun n’a jamais été rentable, mais qu’il faut continuer quand même, toujours avec l’argent public. Pour couronner le tout, ces parcs éoliens seraient les plus adaptés dans les pays du nord, plus petits, plus venteux et avec des populations plus concentrées. La France pourrait donc largement se passer de ce gouffre financier et inutile.

Un appel d’offre danois est resté infructueux et Shell a abandonné ses projets au large de l’Ecosse. Le Danemark y croit pourtant. En 25 ans, le pays a fait passer l’énergie éolienne à plus de 58% de son bouquet électrique et la production photovoltaïque à près de 11%. Mais pour un parc éolien de 1GW situé en mer du Nord à environ 95 kilomètres au large, aucun dossier de candidature n’a été déposé, sur fond de forte augmentation des coûtsdes installations à réaliser. Et le gouvernement danois va donc subventionner l’éolien offshore à hauteur de 1milliard d’euros supplémentaire en 2026.

En France, entre projets idéologiques inutiles et tarif européen de l’électricité, on va vers l’appauvrissement des contribuables, des consommateurs et des entreprises, qui sont de plus en plus nombreuses à mettre la clé sous la porte en raison des coûts de l’énergie, alors que nous avions avec EDF national, une électricité bon marché, pilotable avec nos centrales nucléaires, qui sont contrôlées en temps réel, ne dérangent personne, sont entourées de bois et forêts, de fermes où les impacts environnementaux sont extrêmement limités. On en revient au postulat de départ : en France, ces éoliennes en mer ont pour seules « utilités » de donner un motif de saccager des sites emblématiques et de verser de l’argent public à des actionnaires. Il est rigoureusement impossible que tous ces paramètres négatifs n’aient pas été perçus comme tels dès le départ. On est bien face à une gigantesque arnaque.

https://rassemblementdupeuplefrancaiscom.wordpress.com/2026/05/22/larnaque-eolienne-se-devoile/

vendredi 22 mai 2026

La Russie renforce ses capacités de contre-émission de satellites : la vulnérabilité de l’Europe

  


par Paolo Hamidouche

Depuis février 2026, des rumeurs publiées par le Financial Times, citant divers experts et responsables européens, alimentent la polémique. Selon ces informations, les satellites de télécommunications de l’Union européenne seraient, depuis plusieurs années, la cible d’interceptions SIGINT (renseignement d’origine électromagnétique) menées par des satellites russes partageant la même orbite géostationnaire.

Cela s’inscrit dans une préoccupation occidentale plus large concernant le développement, en Russie et en Chine, de satellites combinant des capacités de reconnaissance et des capacités antisatellites potentielles, à peine dissimulées par la classification russe confuse qui qualifie certains de ces engins de «satellites inspecteurs».

Ces satellites ont indéniablement pour point commun leur manœuvrabilité, qui leur permet de modifier leurs paramètres orbitaux afin de s’approcher des engins spatiaux d’autres pays, de mieux détecter leurs émissions électromagnétiques, voire, potentiellement, de mener des actions hostiles.

Si l’utilisation de satellites comme plateformes de renseignement électromagnétique (SIGINT) n’est pas nouvelle, cette information a néanmoins confirmé les faiblesses spécifiques de l’Union européenne en matière de sécurité de ses véhicules orbitaux.

Les Luch nous écoutent

L’article du Financial Times du 4 février 2026, au titre sensationnaliste «Des engins spatiaux espions russes ont intercepté des satellites clés de l’Europe, selon des responsables», a fait grand bruit, même s’il ne constituait pas en soi une avancée majeure.

Le journal britannique a recueilli les témoignages de divers experts militaires et civils, qui ont confirmé l’intense activité de renseignement électromagnétique (SIGINT), c’est-à-dire l’interception et l’analyse des émissions électromagnétiques, menée ces dernières années notamment par deux satellites russes Olympus en orbite géostationnaire, à environ 36 000 km d’altitude, au détriment de satellites européens importants.

Cette situation a suscité l’inquiétude au sein de l’Union européenne pendant plusieurs semaines. Même un mois et demi après la révélation de l’affaire, le 13 mars 2026, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, en visite sur la base norvégienne de Bardufoss pour les exercices de l’OTAN «Cold Response 2026», a déclaré à Jane’s : «Nous sommes préoccupés, mais nous renforçons nos capacités spatiales, notamment en matière de lancement de satellites, et nous appliquons notre souveraineté dans tous les domaines techniques».

Il a jusqu’à présent nié tout «accident avec des satellites russes, du moins à ma connaissance». Quelques heures auparavant, Pistorius avait inspecté le pas de tir inauguré par la société spatiale allemande privée Isar Aerospace en Norvège, sur l’île d’Andøya, où était prévu le lancement de la fusée porteuse Spectrum le 25 mars. Cette fusée à deux étages, haute de 28 mètres, a une capacité d’emport comprise entre 700 et 1000 kg. Ce lancement aurait inauguré le premier cosmodrome européen sur le sol continental, contrairement au pas de tir sud-américain traditionnellement utilisé par l’Agence spatiale européenne, celui de Kourou, en Guyane française.

Le lancement de Spectrum, qui transportait cinq petits «cubesats» (satellites scientifiques modulaires classiques), a été annulé à la dernière minute en raison de problèmes techniques et reporté à une date ultérieure en avril 2026. Il s’agit néanmoins d’un début difficile pour le développement, en Europe et plus particulièrement en Allemagne, de la capacité à placer des satellites en orbite à faible coût depuis un territoire continental. D’autant plus que, il y a un peu plus d’un an, le 30 mars 2025, le tout premier lancement de Spectrum depuis le pas de tir d’Andøya s’est soldé par un désastre : le prototype a dérapé 18 secondes après le décollage, explosé 30 secondes plus tard et s’est abîmé en mer.

Le développement de Spectrum, dont le premier lancement réussi se fait toujours attendre, contribuera assurément à renforcer la capacité de l’Europe à placer de nombreux satellites en orbite à moindre coût.

Il s’inscrit ainsi dans le cadre du plan ambitieux annoncé par Pistorius en novembre 2025, prévoyant un investissement de 35 milliards d’euros d’ici 2030 dans les capacités spatiales allemandes, notamment pour la mise en place d’un réseau résilient d’une centaine de satellites de communications militaires destinés à la Bundeswehr.

Déjà à cette époque, les craintes d’espionnage spatial russe par SIGINT étaient présentes, mais c’est en février 2026 que l’alerte lancée par le quotidien britannique a retenti avec le plus d’impact. Comme l’écrivait le Financial Times : «Les responsables européens de la sécurité estiment que deux engins spatiaux russes ont intercepté les communications d’au moins une douzaine de satellites clés au-dessus du continent.

Ces responsables pensent que ces interceptions probables, qui n’avaient pas été signalées auparavant, risquent non seulement de compromettre des informations sensibles transmises par les satellites, mais pourraient également permettre à Moscou de manipuler leurs trajectoires, voire de les faire s’écraser (l’expression “voire de les faire s’écraser” était suggestive à cet égard). Les engins spatiaux russes surveillent de plus près les satellites européens depuis trois ans, dans un contexte de fortes tensions entre le Kremlin et l’Occident suite à l’invasion de l’Ukraine. Depuis de nombreuses années, les autorités civiles et militaires occidentales suivent les activités de Luch-1 et Luch-2, deux objets russes qui ont effectué à plusieurs reprises des manœuvres suspectes en orbite».

D’après des sources du Financial Times, ces deux satellites – Luch-1, lancé en 2014 et mis hors service il y a quelques mois seulement, et Luch-2, en orbite depuis 2023 – se sont souvent approchés à une distance relativement faible, de l’ordre de quelques dizaines de kilomètres (une distance très courte à l’échelle cosmique), de plusieurs satellites européens, détectant leurs communications radio. Luch-2 aurait ainsi «suivi» pas moins de 17 satellites en moins de trois ans de fonctionnement. Grâce à leur positionnement en orbite géostationnaire, ces satellites ont pu couvrir de manière constante une portion spécifique de la surface terrestre, à savoir la zone délimitée par les méridiens correspondant à l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.

Parmi les plus inquiets, le journal a interviewé directement le général allemand Michael Traut, 61 ans, officier de la Luftwaffe et commandant, depuis le 27 septembre 2021, du Commandement spatial de la Bundeswehr (WRKdoBw), une force spatiale allemande naissante qui a acquis une plus grande autonomie le 1er avril 2023, tout en restant rattachée à la Luftwaffe.

Selon Traut : «Les deux satellites sont soupçonnés d’avoir mené des opérations de renseignement électromagnétique (SIGINT). Le danger réside dans l’interception par les Russes de la liaison de commande, le canal utilisé par les contrôleurs au sol pour envoyer des instructions. L’accès à ces données permettrait à un acteur hostile d’envoyer de fausses commandes, de modifier les orbites ou de désactiver les satellites».

Par ailleurs, un «officier du renseignement européen» anonyme estime que, par leurs manœuvres, «les véhicules Luch ont très probablement cherché à se positionner dans le cône étroit des transmissions de données envoyées aux satellites par les stations de contrôle au sol».

L’officier du renseignement s’est inquiété du fait que les signaux provenant des satellites européens ne soient probablement pas cryptés, d’autant plus que ces satellites ont été lancés il y a plusieurs années et ne disposent pas de systèmes informatiques ni de systèmes de cryptage de transmission sophistiqués et à la pointe de la technologie.

En substance, il ne s’agit pas seulement d’intercepter les communications de toutes sortes, civiles et militaires, et de filtrer celles présentant un intérêt stratégique pour la Russie, mais aussi de cloner les signaux de commande qui régulent le fonctionnement des satellites des pays de l’Union européenne, ce qui offre un large éventail d’options.

Les moins destructrices peuvent consister en un simple brouillage, ou perturbation du système, ni plus ni moins qu’une contre-mesure électronique (CME) classique, la guerre électronique utilisée dans le domaine militaire depuis plus d’un siècle, depuis les débuts de la radio. Mais le clonage des signaux de contrôle permet également d’imiter les commandes d’autrui et d’endommager physiquement le vaisseau spatial ennemi. Concrètement, en cas de guerre, les Russes pourraient ordonner la désorbitation forcée d’un vaisseau spatial ennemi en allumant ses rétrofusées, ralentissant ainsi le satellite à une vitesse inférieure à celle nécessaire au maintien de son orbite. Cette vitesse est appelée «première vitesse cosmique» ou «vitesse de stationnement». Dans le cas de la Terre, elle est d’environ 7 à 8 km par seconde, soit 25 000 à 28 000 km/h, pour les orbites basses, et d’environ 3 km par seconde, soit 11 000 km/h, pour les orbites très hautes comme l’orbite géostationnaire. En contrôlant à distance l’allumage des rétrofusées du satellite, dont le vecteur est opposé à son mouvement, le vaisseau ralentirait jusqu’à sa rentrée dans l’atmosphère terrestre.

Comme les satellites ne sont généralement pas équipés pour la rentrée atmosphérique (à l’exception des capsules spéciales), dépourvus de boucliers thermiques et de parachutes, la désorbitation est synonyme de destruction certaine.

Le danger bien réel, et la position de premier plan de l’Allemagne, sont également mis en évidence par l’accord Berlin-Canberra sur la sécurité spatiale, signé le 26 mars dans la capitale australienne par Pistorius et le ministre australien de la Défense, Richard Marles. Cet accord vise à collaborer à la création d’un réseau mondial de capteurs permettant d’alerter rapidement en cas de sabotage de satellites.

La collaboration militaire entre l’Australie et l’Allemagne, qui inclut déjà l’intérêt de Berlin pour les lasers anti-drones Apollo de la société australienne EOS, s’étend désormais au domaine spatial. EOS propose également le laser terrestre Atlas, réputé capable de suivre, voire d’aveugler et potentiellement de détruire des satellites hostiles.

Le ministre allemand de la Défense a déclaré avec son homologue australien : «Dans l’espace, la Chine et la Russie sont nos voisins directs. Elles ont accru leurs capacités offensives spatiales. Elles peuvent brouiller, aveugler ou détruire des satellites. Nous devons savoir ce qui se passe là-haut. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons protéger nos propres systèmes». Son homologue, Marles, a renchéri : «Il est important pour l’Australie d’approfondir ses relations avec l’Allemagne, un pays qui partage notre attachement à un ordre international fondé sur des règles».

Reconnaissance et «Inspecteurs»

Les analystes militaires européens considèrent que les projets potentiels de guerre antisatellite s’inscrivent dans la «guerre hybride» menée par la Russie, qui recourt au sabotage, à la cyberguerre et aux opérations clandestines. Ce n’est pas nouveau, compte tenu des opérations spéciales que tous les services de renseignement, y compris ceux des pays occidentaux, ont menées par le passé.

Parmi les experts interrogés par le Financial Times, Belinda Marchand, de la société américaine Slingshot Aerospace, qui suit les engins spatiaux grâce à des capteurs au sol et à l’intelligence artificielle, a déclaré : «Les véhicules Luch manœuvrent et se positionnent à proximité de satellites géostationnaires, souvent pendant plusieurs mois d’affilée. Luch-2 se trouve actuellement à proximité d’Intelsat 39, l’un des plus grands satellites assurant les communications entre l’Europe et l’Afrique». Marchand a également commenté le sort de Luch-1, qui ne sera plus opérationnel à l’automne 2025, ayant été placé sur une orbite dite «cimetière», plus élevée que l’orbite géostationnaire, et qui pourrait avoir été détruit. Le 30 janvier 2026, des télescopes terrestres ont observé l’émission d’un jet de gaz, puis, peu après, l’engin est apparu en fragments. L’expert de Slingshot Aerospace estime : «Il semble que tout ait commencé par un problème de propulsion, suivi d’une fragmentation, et le satellite est toujours en chute libre». Norbert Pouzin, de la société française de suivi satellitaire Aldoria, a observé que les «victimes» de Luch étaient récurrentes : «Les satellites russes ont ciblé les mêmes familles, les mêmes opérateurs. On peut donc en déduire qu’ils ont un objectif ou un intérêt précis. Et ce sont tous des opérateurs basés dans des pays de l’OTAN. Même si les Russes ne parviennent pas à décrypter le message, ils peuvent étudier le fonctionnement du satellite et cartographier l’emplacement des stations de contrôle et de gestion au sol».

https://reseauinternational.net/la-russie-renforce-ses-capacites-de-contre-emission-de-satellites-la-vulnerabilite-de-leurope/

Algérie : la rente coloniale et l’oubli des Berbères

 

Algérie : la rente coloniale et l’oubli des Berbères

Il y a des pays qui vivent de pétrole, de gaz, de transferts publics et de souvenirs entretenus. L’Algérie officielle vit aussi d’une rente plus subtile : la rente coloniale. À intervalles réguliers, quand la situation politique se tend, quand la jeunesse rêve d’ailleurs, quand l’économie demeure prisonnière des hydrocarbures, quand les libertés publiques se réduisent, le pouvoir algérien retrouve son grand récit mobilisateur : la France, toujours la France, encore la France.

Disons-le d’emblée, pour éviter toute mauvaise querelle : la France n’aurait jamais dû coloniser l’Algérie. Aucun Français n’avait à installer son armée, son administration, ses intérêts et son drapeau de l’autre côté de la Méditerranée. La colonisation française fut une réalité historique, avec ses violences, ses humiliations, ses injustices et ses drames. Il n’est donc pas question ici de la réhabiliter, ni de jouer au petit jeu sentimental de la nostalgie impériale.

Mais reconnaître une faute historique n’oblige pas à se laisser intimider par son instrumentalisation politique. Car ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est pas seulement la mémoire de la colonisation française ; c’est son usage permanent par un régime qui s’en sert comme d’un écran de fumée.

Chaque crise diplomatique avec Paris devient ainsi l’occasion de raviver l’accusation coloniale. Chaque difficulté intérieure peut être recouverte par le vieux manteau du ressentiment. La France devient l’explication commode, l’ennemi commode, le miroir commode. On ne parle plus de l’état des libertés, de l’absence de vraie alternance, de la dépendance aux hydrocarbures, de l’économie administrée, du chômage des jeunes, de la fuite des talents. On reparle de 1830.

Or ce n’est pas la France de 1830 qui empêche aujourd’hui Alger de libérer sa presse. Ce n’est pas Bugeaud qui ferme l’espace politique algérien. Ce n’est pas la IIIe République qui rend l’économie algérienne dépendante du gaz et du pétrole. Ce n’est pas Jules Ferry qui condamne une jeunesse entière à choisir entre l’attente, la débrouille et l’exil. Ce n’est pas la colonisation française qui oblige un régime indépendant depuis plus de soixante ans à gouverner par la crispation mémorielle.

C’est ici que la visite du pape Léon XIV en Algérie, en avril 2026, prend une portée singulière. Elle ne fut pas seulement un voyage pastoral, ni même seulement une rencontre diplomatique. Elle fut, sous les dehors de la douceur évangélique, une leçon de vérité adressée à un pays prisonnier de ses récits officiels.

Le pape pouvait dire à l’Algérie ce que presque personne ne peut lui dire. Un président français serait immédiatement soupçonné d’arrogance postcoloniale. Un intellectuel européen serait renvoyé à son privilège occidental. Un journaliste serait accusé d’hostilité politique. Mais le pape, lui, venait désarmé. Il ne venait ni réclamer un marché, ni flatter une ambassade, ni négocier un avantage stratégique. Il venait comme pèlerin de paix, mais aussi comme fils spirituel de saint Augustin.

Et précisément, ses paroles furent plus exigeantes qu’il n’y paraît.

Devant les autorités algériennes, Léon XIV a eu cette phrase d’une force considérable : « Les autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et à favoriser son développement. » Il a appelé à promouvoir une société civile « vivante, dynamique et libre », où les jeunes soient reconnus comme capables d’élargir l’horizon d’espérance de tous. Il a aussi évoqué l’hospitalité enracinée dans les communautés arabes et berbères, mettant ainsi dans la même phrase ce que le récit national algérien a souvent hiérarchisé ou refoulé : l’arabité et la berbérité.

Ce n’était pas un discours agressif. C’était plus redoutable : un discours juste. Léon XIV ne venait pas humilier l’Algérie. Il venait lui rappeler qu’un État n’existe pas pour capter la mémoire, contrôler les consciences et administrer la plainte historique, mais pour servir une communauté vivante, plurielle, jeune, blessée, mais capable d’avenir.

Au monument des martyrs, le pape a accompli le geste que les autorités algériennes attendaient sans doute : reconnaître la souffrance, saluer la lutte pour l’indépendance, honorer la dignité d’un peuple. Mais il n’est pas resté enfermé dans la liturgie politique de la blessure. Il a aussitôt ajouté que « la vraie lutte pour la libération » ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura été obtenue. Puis cette phrase, qui devrait être méditée à Alger comme à Paris : « Nous ne pouvons pas ajouter ressentiment sur ressentiment, génération après génération. »

Tout est là. La mémoire est nécessaire. La justice est nécessaire. Mais le ressentiment héréditaire n’est pas la justice. Il est sa contrefaçon. Il donne l’apparence de la dignité, mais il enferme les peuples dans une identité de victime. Il transforme l’histoire en carburant politique. Il rend impossible la vraie liberté, parce qu’il oblige les vivants à rester captifs des morts.

Et c’est précisément le drame algérien. La guerre d’indépendance a fini par devenir moins un événement historique qu’un régime de légitimation. Le pouvoir ne dit pas seulement : souvenez-vous. Il dit : souvenez-vous comme nous vous disons de vous souvenir. Il ne transmet pas seulement une mémoire ; il l’administre. Il ne libère pas le passé ; il le nationalise.

Le paradoxe est là : le pouvoir algérien demande à la France de regarder son histoire en face, mais refuse trop souvent d’accomplir le même geste pour lui-même. Car si l’on veut vraiment parler de colonisation, alors il faut aller jusqu’au bout. Il faut oser poser une question autrement plus dérangeante pour le roman national algérien : qu’est-il arrivé aux Berbères ?

Avant d’être arabe, l’Afrique du Nord fut berbère. Amazighe. Numide. Maurétanienne. Africaine et méditerranéenne. Elle connut les comptoirs phéniciens, Carthage, Rome, saint Augustin, les Vandales, Byzance, les royaumes berbères, les christianismes nord-africains, les judaïsmes anciens, les langues locales, les résistances tribales, les dynasties indigènes. L’Algérie ne commence pas avec l’arabité. Elle ne commence pas avec l’islam. Et elle ne commence évidemment pas avec la France.

C’est précisément ce que le récit arabo-nationaliste a longtemps voulu faire oublier. Il a présenté l’Algérie comme essentiellement arabe et musulmane, comme si la conversion religieuse et l’arabisation culturelle avaient effacé d’un coup les profondeurs berbères du pays. L’histoire réelle est plus complexe. L’islamisation de l’Afrique du Nord commence avec la conquête arabo-musulmane. L’arabisation, elle, est plus lente, plus tardive, notamment renforcée par l’arrivée des tribus hilaliennes à partir du XIe siècle. Mais le résultat politique est clair : la berbérité a été reléguée, minorée, parfois soupçonnée, parfois folklorisée.

On a souvent demandé aux Berbères de n’être pleinement algériens qu’à condition de devenir culturellement arabes. On leur a expliqué que leur langue était secondaire, que leur mémoire était régionale, que leur identité devait s’effacer devant la grande fusion arabo-islamique. Il aura fallu plus d’un demi-siècle d’indépendance pour que le tamazight soit enfin reconnu comme langue nationale puis officielle. Ce simple fait dit tout : le peuple premier du sol nord-africain a dû attendre l’État postcolonial pour obtenir une reconnaissance élémentaire de son existence.

Voilà le grand non-dit : l’Algérie officielle se veut décolonisée parce qu’elle n’est plus française, mais elle reste souvent prisonnière d’un récit qui a lui-même colonisé sa mémoire. Elle accuse Paris d’avoir imposé sa langue, son administration et son imaginaire, mais elle oublie que l’arabisation a elle aussi imposé une langue, une hiérarchie symbolique, une mythologie des origines et une norme religieuse à des peuples qui ne venaient pas d’Arabie.

C’est pourquoi la référence de Léon XIV à saint Augustin est capitale. À la Grande Mosquée d’Alger, le pape a rappelé que l’Algérie est aussi « la terre » de son père spirituel, saint Augustin, et il a résumé l’héritage augustinien par quelques mots décisifs : recherche de la vérité, recherche de Dieu, reconnaissance de la dignité de toute personne humaine, construction de la paix.

Voilà une autre Algérie. Non pas l’Algérie du ressentiment entretenu, mais l’Algérie de la vérité cherchée. Non pas l’Algérie d’une identité officielle assignée d’en haut, mais l’Algérie de l’âme inquiète, de l’intelligence ouverte, de la conscience qui se laisse travailler par Dieu. Non pas l’Algérie réduite à sa guerre contre la France, mais l’Algérie d’Hippone, de Monique, d’Augustin, des martyrs chrétiens d’hier et d’aujourd’hui, des humbles témoins de la charité.

À Notre-Dame d’Afrique, Léon XIV a rappelé aux chrétiens d’Algérie qu’ils sont les héritiers d’une tradition remontant aux premiers siècles du christianisme, lorsque retentissait sur cette terre « la voix ardente d’Augustin d’Hippone », précédée par le témoignage de sainte Monique. Dans la basilique Saint-Augustin d’Annaba, il est allé plus loin encore : les lieux ont changé de nom au fil des siècles, mais les saints demeurent les témoins fidèles d’un lien avec la terre qui vient du ciel.

Cette phrase est magnifique. Elle dit tout ce que le roman national algérien ne sait plus dire. Les noms changent. Les empires passent. Les langues s’imposent puis reculent. Les pouvoirs écrivent leurs manuels. Mais les saints restent. La sainteté traverse les conquêtes. Elle relie une terre à plus grand qu’elle-même. Elle arrache l’histoire aux propagandes.

Saint Augustin est précisément l’homme dont l’Algérie a besoin, non parce qu’il serait un trophée chrétien à opposer à l’islam, mais parce qu’il rend impossible le mensonge identitaire. Augustin est berbère, romain, africain, chrétien, universel. Il échappe à toutes les réductions. Il est né sur cette terre, mais il appartient au monde entier. Il montre que l’Algérie profonde n’est pas enfermée dans une seule couche de son histoire. Elle est faite de strates, de blessures, de conversions, de langues, de conflits et d’espérances.

Surtout, Augustin rappelle que le problème politique est d’abord un problème spirituel. Un peuple peut changer de drapeau, de constitution, de langue officielle et de système économique ; s’il demeure prisonnier de l’orgueil, de la peur, du ressentiment et du mensonge, il n’est pas libre. Léon XIV l’a dit à Annaba avec une netteté saisissante : la situation actuelle du monde, comme une spirale négative, provient au fond de notre orgueil ; seule la miséricorde de Dieu donne au cœur humain la paix et permet de marcher ensemble sur les chemins de la justice, du développement intégral et de la communion.

Cette parole vaut pour l’Algérie. Elle vaut aussi pour la France. Mais elle frappe particulièrement le régime algérien, parce qu’elle démasque la pauvreté spirituelle de la rente mémorielle. L’orgueil national peut prendre les habits de l’anti-colonialisme. Le ressentiment peut se présenter comme fidélité aux martyrs. La fermeture politique peut se déguiser en souveraineté. Mais la vérité finit toujours par demander son dû.

La vraie décolonisation de l’Algérie ne sera donc pas seulement anti-française. Elle sera anti-mensonge. Elle rendra justice à toutes les strates de son histoire : berbère, punique, romaine, chrétienne, juive, arabe, musulmane, ottomane, française, méditerranéenne. Elle cessera de réduire un pays immense à une plainte officielle. Elle reconnaîtra que les Berbères ne sont pas une note de bas de page, que les chrétiens d’Algérie ne sont pas une anomalie étrangère, que saint Augustin n’est pas un souvenir pour touristes cultivés, mais l’un des plus grands fils de cette terre.

Que l’Algérie demande à la France de regarder son histoire en face, soit. Mais qu’elle commence aussi par regarder la sienne. Qu’elle regarde la conquête arabo-musulmane. Qu’elle regarde l’arabisation. Qu’elle regarde la Kabylie. Qu’elle regarde la place réelle du tamazight. Qu’elle regarde ses prisons, ses journalistes, ses opposants, ses jeunes qui partent, ses ressources gaspillées et son économie sous perfusion d’hydrocarbures.

La mémoire est respectable lorsqu’elle libère. Lorsqu’elle sert à gouverner par le ressentiment, elle devient une prison.

Et si l’Algérie peut être sauvée, ce ne sera pas par une nouvelle campagne diplomatique contre Paris, ni par une nouvelle loi mémorielle, ni par une nouvelle mise en scène de souveraineté blessée. Ce sera par un retour à la vérité. Cette vérité a déjà un visage algérien. Elle s’appelle Augustin.

Augustin, l’homme qui a compris que le cœur humain est inquiet tant qu’il ne repose pas en Dieu. Augustin, l’homme qui a cherché la vérité plus que la puissance. Augustin, l’homme qui a découvert que la vraie cité ne se bâtit ni sur l’orgueil, ni sur la domination, ni sur la plainte, mais sur l’amour ordonné à Dieu.

La pensée et la foi de saint Augustin peuvent sauver l’Algérie, parce qu’elles lui rendent ce que tous les régimes lui confisquent : la profondeur de son histoire, la liberté de sa conscience et la paix de son âme.

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