Mythes et antimythes
Culture et histoire
dimanche 30 août 2026
Il y a 85 ans, un vrai résistant de la première heure tombait sous les balles allemandes
Michel Festivi
Dès le début, la résistance fut à droite, et même souvent à l’extrême droite. C’est ce qu’a magistralement établi Alain Griotteray, dans un livre qui fit sensation à sa sortie en 1985 : « 1940 : La droite était au rendez-vous ». Alors que les communistes « français », appelaient à pactiser avec le soldat allemand au nom de l’amitié entre Hitler et Staline, des hommes de l’autre camp, se levèrent et luttèrent dès juillet-août 1940 contre l’occupant.
J’ai démontré dans mon livre sur La désinformation autour du Parti communiste « français » cliquez ici, que le jeune Guy Mocquet, membre des Jeunesses communistes, avait été arrêté en octobre 1940, par la police française, pour avoir distribué gare de l’Est, des tracts à la gloire de l’Union soviétique, et jusqu’au bout, jusqu’à son exécution comme otage, un an plus tard, il appelait la France et les Français à adopter le régime communiste qui prévalait dans la patrie « des travailleurs ». On retrouvera dans la poche de son pantalon, un poème à la gloire du stalinisme.
En revanche, le 29 août 1941, Honoré d’Estienne d’Orves, officier de marine, père de cinq enfants, sera passé par les armes, pour fait de résistance. Né en 1901, après de brillantes études qui le mèneront du lycée Louis le Grand à Polytechnique, il choisit à sa sortie de l’X en 1923, une carrière militaire dans la Marine nationale. Dès juillet 1940 il entend rejoindre Londres, ce qu’il arrivera à faire, avec une rare détermination, après tout un périple très aventureux, en septembre de cette même année. Les gaullistes et les français libres étaient alors injuriés toutes les semaines dans L’humanité clandestine, comme des suppôts du capitalisme et de la City. D’août 1939 à Juin 1941, L’Humanité clandestine n’attaquera jamais les allemands ni le régime hitlérien, décochant toutes ses flèches contre Vichy, et ceux qui résistaient depuis l’Angleterre.
Honoré d’Estienne d’Orves est alors chargé de monter un réseau de résistance en France occupée et de mettre sur pied des opérateurs radios, pour que Londres puisse recevoir des renseignements sur la circulation des troupes et les emplacements des soldats allemands tout le long des côtes françaises. Fin décembre 1940, il parvient en Bretagne, avec un opérateur radio. Depuis Nantes, il créera la première liaison entre la France Libre et la France occupée. Puis il se rend à Paris et établit une organisation, dénommée Nemrod. À son retour en Bretagne, il est arrêté avec plusieurs camarades, l’opérateur radio alsacien ayant trahi.
Au mois de mai 1941, il est condamné à mort par un tribunal militaire allemand. Devant son courage exceptionnel lors des débats, le Président du tribunal au prononcé de la sentence, lui fera le salut militaire. Transféré à Fresnes, il y écrira des textes sublimes sur l’engagement, le don de soi et l’amour de la Patrie. Ernst Jünger, qui en prendra connaissance, notera « ces écrits de haute valeur », dans son journal. Le 22 août 1941, les troupes de la Wehrmacht, dans le cadre du plan Barbarosa, envahissent l’URSS. Un communiste dénommé Pierre Georges, qui jusque-là n’avait fait essentiellement que distribuer des tracts pour manifester son soutien au Pacte germano-soviétique, et claironner la gloire de la, patrie des prolétaires, abat à la station de métro Barbès, un aspirant allemand, en lui tirant courageusement deux balles dans le dos.
C’était l’occasion qu’attendaient les occupants pour fusiller des otages. Honoré d’Estienne d’Orves est tiré de sa cellule et est exécuté au Mont Valérien, malgré diverses interventions, dont celles de l’Amiral Darlan. C’était un catholique enthousiaste, un aristocrate, un royaliste de cœur, et un mari et père de famille fervent. En 1944, il sera fait Compagnon de la Libération. J’ai détaillé son portrait dans mon livre précité, pour établir une comparaison entre une Résistance authentique, sincère, animée du seul amour de la France, par rapport à des agissements communistes, qui d’août 1939 à juin 1941, trahirent la France, politiquement, moralement et même militairement, par le sabotage des armements pendant la drôle de guerre. En 1946, sous les huées des députés communistes qui demandaient son invalidation, Édouard Daladier leur dira leurs quatre vérités, et leur rappellera leurs perfidies. Un autre député MRP, Pierre de Chevigné, résistant de la première heure, sera dans les mêmes circonstances, outragé et invectivé par les communistes en décembre 1947, pour avoir brandi le PV d’interrogatoire de Denise Ginollin, communiste, qui reconnaissait en juin 1940, avoir participé à des réunions avec des Hauts gradés allemands pour faire reparaître l’Humanité et l’on retrouvera, bien plus tard, dans les archives de la ville de Paris, un mémorandum communiste, destiné aux Allemands, dénonçant « le juif Mandel ».
Nos hommes politiques, qui ne connaissent pas leur histoire de France, les Philippe, Attal, Bertrand, De Courson et autres, préfèrent aujourd’hui voter ou désigner des communistes plutôt que des patriotes. C’est pourquoi, cette histoire n’est pas que de l’histoire, mais résonne encore dans notre vie politique actuelle.
Sur Honoré d'Estienne d'Orves : lire le Cahier d'Histoire du nationalisme (n°18), de Didier Lecerf, publié par Synthèse nationale cliquez là
Sur cette période, lire aussi : cliquez ici
20-21 novembre 1953, opération Castor : une victoire à Diên-Biên-Phu…

« …. A la guerre, c’est une faute grave de sous-estimer son adversaire… mais il serait ridicule de le surestimer… Le bilan nous est favorable, logiquement la victoire est certaine. Mais la victoire est une femme qui ne se donne qu’à ceux qui savent la prendre. On ne peut vaincre qu’en attaquant … »
(Lettre du général Navarre publiée dans le journal « Caravelle » (1))
Diên-Biên-Phu, de sinistre mémoire, sera, dans un premier temps, le théâtre d’une éclatante victoire française, à mettre au crédit des qualités offensives des parachutistes du général Gilles et plus particulièrement ceux du fameux « bataillon Bigeard ».
Un procès verbal de réunion du commandement des forces terrestres du Nord Vietnam, du 17 novembre 1953, indique ceci : « Le général Navarre demanda aux généraux Masson, Dechaux et Gilles s’ils avaient des objections à présenter à l’exécution de l’opération aéroportée sur Diên-Biên-Phu, baptisée « Castor ». Tous furent unanimes pour déconseiller cette opération… Le général Dechaux fit remarquer que l’entretien de cette nouvelle base allait grever lourdement le potentiel de l’aviation de transport et que la météo étant souvent différente sur le delta et au-dessus de Diên-Biên-Phu, on aurait des difficultés certaines pour assurer correctement le ravitaillement de cette base… Le général Navarre maintient néanmoins sa décision d’exécuter l’opération « Castor » en donnant des arguments : – d’ordre stratégique : couverture du Laos ; – d’ordre économique : mainmise sur les stocks de riz notamment dans la cuvette de Diên-Biên-Phu … ».
Pour Navarre, Diên-Biên-Phu est une position stratégiquement importante puisqu’elle se situe au carrefour des routes venant du nord et convergeant vers le Laos. Un verrou qui interdira le passage des divisions du général Giap si elles avaient l’intention de déferler vers la vallée du Mékong.
Le 20 novembre 1953, à 4h30 du matin précisément, un « Privateer » de l’Aéronavale qui va sonder la météo décolle en même temps qu’un « Dakota » muni de postes radios pour assurer toutes les liaisons de commandement. Il a, à son bord, un chargement de généraux à qui il appartient de déclencher ou d’annuler la plus grande opération aéroportée de la guerre d’Indochine.
Lorsque, vers 5h45, le jour se lève, le général Bodet et le général Dechaux s’approche du général Gilles, le patron des paras, qui fouille le paysage de son œil unique. « … ça va se lever ? » demande Gilles devant l’épaisseur de la brume. Les généraux se regardent et secouent la tête
Gilles est maussade : un an plus tôt il était enfermé dans le camp retranché de Na-San. Il s’en est tiré et y a gagné ses étoiles de général de brigade. On est revenu le chercher pour diriger l’opération « Castor ». Refaire Na-San mais, cette fois, à une distance deux fois plus grande des bases arrière. A l’échelon de Gilles, on se borne à servir et à exécuter. Il jettera son groupement aéroporté, l’accrochera au sol, puis passera la main car sa santé commence à donner des signes d’inquiétude(2).
A 7h20, le signal de départ est donné. Les chefs de bataillons ne connaissent leur destination que depuis l’avant-veille. C’est sous les ailes des avions que les exécutants apprennent où ils vont, comment se déroulera la manœuvre, et reçoivent l’ordre d’embarquer.
A 8h15, le décollage de l’armada commence. Une soixantaine de « Dakota » prennent l’air et se rassemblent par cellules de trois, leur nez peint en bleu, jaune ou orange, en une longue colonne qui s’étire sur plus de 10 kilomètres. Dans chaque appareil, 24 parachutistes, engoncés dans leur équipement, fument ou chantonnent pour tuer le temps. « L’idée de quitter un avion au bout d’une ficelle n’a jamais laissé indifférents que ceux qui ne sautent pas » a dit un jour un officier d’aviation. Pour avoir souvent sauté « au bout d’une ficelle » puis, sans ficelle du tout, je confirme ses dires !
Dans la cuvette de Diên-Biên-Phu, la brume se lève et le petit peuple de la plaine vaque à ses occupations sans se douter que le ciel va lui tomber sur la tête.
Entre 10h30 et 10h45, les premiers avions larguent 2000 parachutes sur les deux zones désignées. L’une, au nord-ouest du village de Diên-Biên-Phu et baptisée « Natacha », où saute, avec une compagnie du génie, le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux, commandé par Bigeard.
L’autre au sud, sur la zone baptisée « Simone », pour le 2/1er RCP(3) de Bréchignac.
Sur la zone « Simone », le bataillon Bréchignac s’étale sur une zone déserte, à 5 kilomètres de « Natacha ». Le saut a été effectué trop au sud et aucune résistance ne se manifeste.
Sur « Natacha », au contraire, les Viets pullulent et se battent durement. Les compagnies du 6ème BPC, prises sous le feu avant même d’atterrir, sont clouées au sol. Un parachute est tombé en torche; 10 hommes sont tués dont 2 en l’air, 10 gravement blessés, 21 légèrement, 11 en sautant.
Les rafales claquent, les hommes s’appellent, se regroupent comme ils peuvent, tentent de courir à travers les rizières qu’on n’a pas encore moissonnées. Bigeard écrira (4): « Ce jour-là, la surprise était des deux côtés… ». Mais déjà, à Hanoï, on refait le plein des avions pour une nouvelle noria.
A 14h le largage du 1er BPC a lieu sur « Natacha » où Bigeard commence à peine à y voir clair. Vers 16h les Viets s’échappent vers le sud. Le lieutenant Allaire, fidèle bras droit de Bigeard, écrira quelques années plus tard(5): « Le chef de bataillon vietminh stationné à DBP avait probablement décidé d’envoyer deux compagnies à l’exercice sur la portion de terrain qui, pour nous, représentait la D.Z. « Natacha ». Et si nous pensions trouver quelques rebelles dans cette histoire, nous ne pensions pas les trouver si vite…. La dispersion a joué en notre faveur. Car, pour trouver une troupe, encore faut-il qu’elle ait un axe. Or chaque compagnie du bataillon ayant un point de regroupement particulier à l’arrivée au sol, l’éclatement ajoutait à la dispersion. Les équipes qui partaient en tous sens, ou les combattants isolés, contribuaient à décontenancer l’adversaire, toujours préoccupé de chercher notre axe d’effort principal… ». En clair, la surprise, la pagaille et la fougue des paras ont permis d’emporter le morceau. La chance aussi car le sort des armes aurait pu être différent. Pour l’anecdote il faut savoir que le lieutenant Allaire, plutôt que de porter plusieurs pulls (ou un survêtement), sous son treillis pour se protéger du froid, avait gardé…son pyjama.
A 17h30, à la nuit tombante, Bigeard a gagné; il est maître du terrain et l’ennemi est en fuite, abandonnant ses morts sur place. Il établit son P.C. à Diên-Biên-Phu dont il tient les accès avec ses quatre compagnies. Le bataillon Bréchignac s’installe sur les premières collines de l’est.
Le 1er BPC, deux batteries d’artillerie de 75 sans recul, une compagnie de mortiers de 120 et une antenne chirurgicale, largués dans l’après-midi, restent sur « Natacha ». Un médecin-capitaine, qui sautait pour la première fois, a été tué. Les Viets ont laissé plus de 100 cadavres et quelques blessés sur le terrain. Le soir même le général Navarre envoie un câble chiffré « secret » à Paris:
« L’opération a débuté ce matin par largage, à 10h30, d’une première vague de deux bataillons parachutistes. Une deuxième vague, composée d’un bataillon renforcé par des éléments d’un groupe de canons de 75 SR a sauté à 15h. Un accrochage dans le centre-ville a été signalé en début d’après-midi et s’est terminé à notre avantage. L’opération aéroportée doit se poursuivre demain par le parachutage de trois nouveaux bataillons… »
Le moins que l’on puisse dire c’est que le général n’est pas trop ému par les pertes humaines subies par nos troupes mais qu’il a, ce jour-là, le triomphe modeste.
Le 21 novembre, le général Gilles saute à son tour sur « Natacha », en même temps que le lieutenant-colonel Langlais. Bigeard, par radio, dirige les « B26 » vers les Viets. L’opération « Castor » ressemble maintenant à un entraînement de routine. Pierre Langlais écrira :
« Le 21 novembre 1953, vers 8 heures, je regardais, suspendu à mon parachute, monter vers moi le vallée de Diên-Biên-Phu. Cette vallée était l’objectif de l’opération «Castor» déclenchée la veille et mettant en œuvre, aux ordres du général Gilles, 6 bataillons paras articulés en 2 groupements. Je commandais l’un de ces groupements…Le sol, une rizière dure et sèche, approchait rapidement. Je larguai mon sac, pris des tractions et, en me relevant, après un atterrissage assez rude, je constatais que ma cheville gauche refusait tout service. Le lendemain j’étais évacué et, en maudissant ma malchance, je dis à Diên–Biên-Phu un adieu que je croyais bien définitif… ».
48 heures plus tard, les services de transmissions français qui écoutent et décryptent les émissions radios du Vietminh signalent que la division 308 a reçu l’ordre de se porter à marche forcée sur Tuan Giao, bientôt suivie par la 312 et par la division « lourde » 351.
Pour le général Navarre, cela signifie que les Viets se sont détournés de leur projet d’attaque du delta et qu’ils ont décidé d’engager le combat à Diên-Biên-Phu.
« Castor » n’avait été conçue que comme une opération secondaire. Or, de toute évidence, la plus importante partie du corps de bataille vietminh se préparait à livrer bataille à Diên-Biên-Phu.
Si Navarre accepte le combat, l’enjeu de Diên-Biên-Phu deviendra essentiel. S’il le refuse, il prendra un avantage – certes provisoire mais certain – sur son adversaire, empêtré avec ses divisions sur les mauvaises pistes de la Haute Région. Mais, dans ce cas, le Laos, le seul des états de l’« Union Indochinoise » à avoir accepté d’entrer dans l’Union Française, subira le déferlement communiste.
Navarre s’interroge longtemps. Hésitation de Normand sans doute (6) ! Quelques jours avant Noël, il aurait même été tenté d’ordonner le repli de la garnison et de faire cesser les travaux d’aménagement du futur camp retranché. Le général Cogny, responsable du Tonkin, l’en aurait dissuadé, même si, plus tard, il soutiendra le contraire (7). Navarre accepte finalement l’idée de mener bataille jusqu’au bout…
Erwan Bergot (8), qui a participé à la bataille, donne un bilan précis de l’opération « Castor » des 20 et 21 novembre 1953 : « La prise de Diên-Biên-Phu a coûté 15 tués aux paras (dont 11 pour le seul 6èmeBPC de Bigeard) et 45 blessés » (9). Parmi les morts, le médecin-capitaine Raymond du GAP 1, frappé au bout de son parachute. Coté Vietminh, les pertes (identifiées) se montent à 115 tués, ce qui témoigne de l’acharnement du combat.
Après « Castor » les paras ne perdent pas de temps puisque, en quatre jours, ils remettent en service la piste d’aviation. Désormais Diên-Biên-Phu est relié au reste du monde par une noria aérienne qui fonctionne sans arrêt, apportant des renforts de troupes, un important matériel, et embarquant les blessés et les malades.
Le GAP 2, constitué du 8ème Choc du capitaine Tourret, le 1er BEP (10) du commandant Guiraud et du 5ème BPVN(11), des commandants Leclerc et Bouvery, est venu renforcer les trois premiers bataillons de l’opération « Castor». Dès le 23 novembre, 4560 parachutistes sont regroupés dans la vallée et ces troupes s’activent comme des fourmis.
Le 1er janvier 1954, un capitaine parachutiste arrive à Diên-Biên-Phu, affecté au GAP 2 du lieutenant-colonel Pierre Langlais. Il sera fait prisonnier le 7 mai et connaîtra la longue marche vers les camps-mouroirs du Vietminh. Il en reviendra pesant… 39 kilos. A Diên-Biên-Phu, il aura glané la Légion d’Honneur, la TOE (12) avec palmes, et des ennuis de santé que le suivront toute sa vie.
Ce capitaine, c’était mon père. Je lui ai rendu hommage dans mon premier livre (13).
A travers lui, mon hommage va à tous les combattants de cette bataille de titans, à tous ces soldats qui se sont battus pour l’honneur, et qui ont été sacrifiés pour que la France puisse hâter la signature des accords de Genève et abandonner lâchement aux communistes des populations amies qui lui faisaient confiance…
Eric de Verdelhan
1)- « Caravelle » était le journal du Corps Expéditionnaire français d’Indochine.
2)- Le général Gilles termine son temps en Indochine et souffre de gros problèmes cardiaques.
3)-2ème Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes.
4)- « Pour une parcelle de gloire » de Bigeard; Plon; 1975.
5)- Faits relatés dans la revue « Béret rouge », en 1963.
6)-Bien que lui soit natif de Villefranche-de-Rouergue, les Navarre sont d’origine normande.
7)- Après la chute de DBP, Navarre et Cogny n’ont eu de cesse que de s’accuser de ce désastre.
8)- Rien que sur Diên-Biên-Phu, Erwan Bergot est l’auteur de six livres.
9)- « Bigeard » d’Erwan Bergot; Perrin; 1988. Sur le bilan de l’opération « Castor », aucun auteur n’arrive aux mêmes chiffres: Jules Roy parle de 90 Viets tués, Roger Delpey de 11 tués Français …
10)- Bataillon Etranger de Parachutistes.
11)-5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens. Surnommé le « Bawouan ».
12)- Croix de guerre des Théâtres d’Opérations Extérieures.
13)- « Au capitaine de Diên-Biên-Phu » ; SRE-éditions ; 2011.
Après le petit réchauffement, le grand refroidissement ?
La nouvelle a claqué comme un fouet sur les fesses des charlatans du GIEC. Il a fait plus froid en Floride qu’en Islande ! Ces imposteurs accusent le vortex polaire de descendre sous les tropiques. En fait, ils sèchent depuis mi-janvier 2025 où l’on a vu des tempêtes de neige et des baisses de température inédites depuis 200 ans, affecter les USA et la Russie. Donald et Vladimir sont climato-sceptiques. Devinez pourquoi.
En Europe aussi on se gèle avec des icebergs de 10 m de haut en Allemagne. Mais on s’en tient au dogme du réchauffement. L’équilibre politique avec les Verts en dépend. Les décideurs nient que les fluctuations climatiques de la Terre sont liées à l’évolution de ses paramètres orbitaux et aux variations d’activité solaire. Or après une stase amorcée en 1998, marquant la fin d’un léger réchauffement de 140 ans, nous pourrions être à l’aube d’un nouveau minimum glaciaire.
Le soleil et Milankovitch font la pluie et le beau temps
La forme de l’orbite et donc la distance de notre planète par rapport au Soleil, ainsi que l’obliquité de l’axe de rotation influencent la quantité d’ensoleillement reçue à la surface de la terre et impulsent l’établissement de cycles glaciaires et de schémas climatiques répétitifs. Comme les hivers polaires oubliés de 1907 et 1963 pas plus exceptionnels que les canicules de 1911, 1947, 1976, 2003 et 2026. Dans la continuité d’événements comparables répertoriés depuis l’Antiquité.
Sur le long terme, les changements climatiques dépendent des cycles de Milankovitch. Sur des périodes plus courtes, on observe des phases interglaciaires entrecoupées par des « petits âges » avec des optimums ainsi appelés parce qu’on a observé que ces périodes plus chaudes sont favorables à l’agriculture, aux échanges commerciaux et culturels et à l’évolution des civilisations. On réfléchit mieux au soleil, le ventre plein, que transi, affamé et stressé.
Le soleil a rendez-vous avec la lune mais pas que…
L’observation des exoplanètes nous a aidés à affiner notre compréhension des interactions entre les différents corps célestes dans un même système. Sur le climat terrestre, on observe une influence des grandes planètes, mais aussi des petites.
Comme tout objet céleste, la Terre est influencée par les forces gravitationnelles de ses voisines. Des corrélations entre la position des différentes planètes du Système solaire et celle de la Terre ont mis en évidence l’influence de Vénus et de Jupiter sur les cycles de Milankovitch de 430.000 ans. Durant cette période, l’orbite terrestre s’allonge graduellement pour devenir très elliptique avant de revenir à une forme presque circulaire, sous l’effet de l’attraction des deux planètes.
Mais la sœur desséchée de la terre et sa frangine obèse ne sont pas les seules à influencer le climat terrestre. Une équipe d’astronomes et d’astrophysiciens a effectué des calculs complexes afin d’évaluer et de comprendre l’action de Mars. A priori, cette petite boule qui ne fait que le dixième de la masse terrestre n’était pas soupçonnée d’avoir un impact significatif sur la trajectoire de la terre dans l’espace.
Mars a plus d’influence sur le climat terrestre que les flatulences des vaches folles
Plusieurs études sédimentaires ont mis sur la voie, invitant à mieux analyser les corrélations entre le climat terrestre et la position de Mars dans le Système solaire.
« Je savais que Mars avait un effet sur la Terre, mais je pensais qu’il était minime, explique le planétologue Stephen Kane. Je pensais que son influence gravitationnelle était trop petite pour être observée dans l’histoire géologique de la Terre. J’ai donc voulu vérifier mes propres hypothèses. »
L’astrophysicien de l’Université de Californie a entrepris alors de développer des simulations du Système solaire afin d’observer les variations de l’orbite terrestre et les variations climatiques associées sur des dizaines et des centaines de milliers, voire des millions d’années. En supprimant virtuellement Mars du Système solaire, Kane a remarqué que des cycles climatiques majeurs disparaissaient, dont celui de 100.000 ans et celui de 2,3 millions d’années, révélant le rôle de la Planète rouge sur leur cours. Difficile d’intégrer ces paramètres dans la version ultra simplifiée destinée à terroriser les moutons téléphages.
Les résultats de Kane publiés dans la revue Astronomical Society of the Pacific pourraient avoir des implications pour l’étude d’autres systèmes planétaires, en révélant l’influence que peuvent avoir les planètes extérieures, même petites, sur une exoplanète située dans la zone habitable.
Changements climatiques rapides du passé confirmés par la science expérimentale
La supercherie consistant à présenter le léger réchauffement climatique du XXe siècle comme un fait unique est d’autant plus patente que des études démontrent qu’il y a environ 15.000 ans des changements climatiques brutaux, probablement liés à des modifications de la circulation atmosphérique, se sont produits à deux reprises dans l’hémisphère Nord selon une étude publiée dans la revue Science.
Le climat a basculé il y a 14.700 ans avec une augmentation des températures de plus de 10 degrés Celsius, en seulement 3 ans ! Puis, après un nouveau coup de froid, une hausse équivalente s’est produite en 60 ans il y a 11.400 ans, à la fin de la dernière grande période glaciaire. Ce moment correspond à la transition néolithique avec la sédentarisation des chasseurs cueilleurs, l’apparition de l’agriculture et de l’élevage et les premiers habitats fixes groupés, noyaux des futures villes puis nations.
« Des analyses des isotopes d’oxygène emprisonnées dans des carottes de glace du Groenland ont montré que ces renversements climatiques se sont produits aussi abruptement que si quelqu’un avait appuyé sur un bouton », souligne Dorthe Dahl-Jensen, de l’université de Copenhague, associée à des chercheurs japonais et français du CEA et du CNRS.
N’en déplaise aux réchauffards qui nient l’influence des variations solaires sur le climat, les glaces ont conservé des marqueurs isotopiques des éruptions et super-éruptions du soleil, correspondant à des bouleversements climatiques rapides. La dernière période glaciaire s’est achevée de manière très brutale, avec deux épisodes de réchauffement intense interrompus par une brève période intermédiaire froide. Le tout en l’absence de tout dégagement de gaz à effet de serre (CO2, méthane…) d’origine humaine.
La cyclo-stratigraphie entérine la théorie astronomique des climats, par l’analyse des cycles sédimentaires qui sont autant d’indicateurs dans les dépôts stratifiés, tout particulièrement ceux des sédiments marins carbonés, révélateurs de l’influence de la précession, de l’obliquité et de l’excentricité sur les climats mais aussi sur l’évolution des espèces.
Quant à la dendrochronologie (étude des cernes des arbres y compris ceux pétrifiés) considérée comme une des meilleures méthodes de datation utilisées en archéologie pour les périodes remontant jusqu’au Mésolithique (env. 9000 ans B.P) elle enregistre des changements extrêmement brutaux et rapides, en plus chaud, plus froid, plus humide, plus sec… Sans aucune action humaine évidemment.*
L’obsession du CO2 assénée pour abrutir, diriger et dépouiller les béotiens n’est qu’une sinistre farce !
Dans les modèles du GIEC où l’on dose vicieusement les paramètres, le CO2 vire à la monomanie quand, dans l’atmosphère, il est mélangé à la vapeur d’eau qui possède de larges bandes d’absorption qui recouvrent en intensité et fréquences celles du CO2 avec un ratio de 50 pour 1.
C’est la vapeur d’eau qui absorbe par saturation la quasi-totalité de la chaleur, soit 90 % des infrarouges, le reste étant imputable à d’autres gaz comme l’ozone ou le méthane. Mais la chaleur ne s’accumule pas par additions successives ! Le principal gaz à effet de serre est la vapeur d’eau aux effets bien plus significatifs. Puisque H2O représente 2 % de l’atmosphère soit 50 fois plus que le CO2 (0,04 %)
Les « savants » du GIEC ont une curieuse façon de calculer l’effet de serre, en oubliant le gradient thermique vertical : l’air chaud monte et perd 2°C/1000 pieds. Quand il fait 25°C au sol, il ne fait plus que 12°C à 2000 mètres d’altitude.
Enfin le GIEC ne tient pas compte de l’accélération du cycle de l’eau par l’évaporation, qui se traduit avec la chaleur par un épaississement des couches nuageuses, avec pour effet d’accroître l’albédo de la terre et donc de renvoyer davantage de rayons solaires vers l’espace, diminuant ainsi l’effet de serre et le réchauffement tant redoutés.
Christian Navis
Extrait de mes Archives climato-sceptiques
https://climato-sceptique.blogspot.com/
https://ripostelaique.com/apres-le-petit-rechauffement-le-grand-refroidissement-2/
Se fourvoyer longtemps et puis… s’autocritiquer pour finir

Par Gérard Leclerc
Le parcours d’Edgar Morin, parti en mai dernier, fut celui de nombreux intellectuels français : ils se sont fourvoyés dans le marxisme mais ont finalement su reconnaître leurs erreurs…
Le décès d’Edgar Morin, qui a marqué intellectuellement plusieurs générations, a ranimé la mémoire d’une œuvre foisonnante qui exigerait a posteriori tout un travail d’élucidation. Pour l’avoir un peu connu moi-même, j’ai pu apprécier son ouverture intellectuelle, qui l’avait entraîné dans la recherche de la complexité nécessaire à une pensée exigeante. Mais je ne puis oublier la forte impression que me fit ce que je considère toujours comme un grand livre, Autocritique, paru en 1959. Il s’agissait pour l’auteur de comprendre ce qui avait bien pu le conduire à adhérer de tout son être à « la grande religion terrestre du XXe siècle », c’est-à-dire le marxisme, ou encore le communisme stalinien.
Les ravages du marxisme
À quelques décennies de distance, il est difficile de faire comprendre aux nouvelles générations comment ce que Raymond Aron a appelé « l’opium des intellectuels » avait pu exercer autant de ravages dans des esprits qui se réclamaient pourtant de la raison critique. Est-il nécessaire de rappeler également que cette tentation avait attiré aussi une partie de l’intelligentsia catholique ? J’ai retrouvé, par hasard, cette déclaration d’un prêtre, ardent partisan de l’engagement des chrétiens au sein du parti communiste de Maurice Thorez : « Donner une âme au marxisme, c’est pour le christianisme le problème et le programme de son avenir. Au milieu et au sein même de cette immanence totale et matérielle, ainsi que se définit le marxisme, faire pressentir et puis rendre manifeste la présence d’une transcendance déjà miséricordieuse et bientôt adorable » (Abbé Boulier, 1950).
On retrouve chez l’Edgar Morin d’Autocritique ce même idéalisme qui suppose adhésion à une vue « magique » de l’histoire. Ce n’est pas que la magie ne jouera plus aucun rôle dans la tête de celui qui est sorti de sa psychose stalinienne. C’est qu’elle apparaît pour ce qu’elle est réellement dans la réalité : « Ce qui me fait horreur, c’est la sorcellerie et la religion masquée en rationalisme et en esprit révolutionnaire. »
Sans doute, Edgar Morin s’est-il trouvé aussi pris dans le flux des événements, singulièrement ceux de la Seconde Guerre mondiale où il s’est retrouvé lié au Parti communiste retourné contre Hitler après l’invasion nazie de l’Union soviétique. « J’avais été emporté par une marée. D’une certaine façon, j’y consentais d’avance. Je n’étais pas bien dans ma peau, je voulais échapper à moi-même, nager dans les grands océans. L’Histoire et la politique mêlées ont été le grand océan. Le vent s’est levé et j’ai tenté de vivre. »
Plus prosaïquement, il fallut le fameux discours de Khrouchtchev après la mort de Staline pour révéler à la face du monde l’horreur de ce que plus tard Soljenitsyne allait appeler « l’archipel du goulag ». Il fallait bien alors que les yeux s’ouvrent enfin et que l’on prenne conscience de ce qu’on avait refusé de voir.
Une très longue vie
La vie s’est poursuivie pour l’auteur d’Autocritique d’une façon exceptionnellement longue : 104 ans ! Elle a connu bien des méandres, sans doute d’autres errances, sur lesquelles il conviendrait de s’interroger. Où est le rêve de la Californie des années 1960-1970 sur lequel Edgar Morin enquêta et dans lequel il voyait « la tête chercheuse du vaisseau spatial terre » (dans Journal de Californie) ? Du moins, pouvons-nous retenir ce qu’a eu d’exceptionnel ce témoin, ce sociologue, toujours aux aguets des nouveaux aspects d’une civilisation en marche, mais pas forcément orientée vers l’accomplissement désiré. « Magnifique humanité », nous dit le Pape, mais humanité en marche souvent chaotique.
https://www.actionfrancaise.net/2026/08/30/se-fourvoyer-longtemps-et-puis-sautocritiquer-pour-finir/
samedi 29 août 2026
De l’égalitarisme sot…

Un cinquante-troisième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de Pierre Lasserre.
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Plutôt prétendre tous les citoyens aptes de naissance à tailler dans le marbre un bel Apollon que de les faire indistinctement libres juges du juste et de l’injuste, du bien et du mal, du fondement des mœurs, des origines de l’autorité et de la mission de la patrie.
Souveraines questions réservées à moins de personnes encore que la sculpture et la musique, objet d’une plus précieuse espèce de compétence !
Un État où il n’y aurait que des premiers ministres serait moins exposé à la dissolution et à l’anarchie qu’un État dont tous les membres seraient augures ou pythonisses, interprètes des dieux. Car les dieux ont toujours ressemblé singulièrement aux âmes qui parlent sous leur inspiration. Et il n’est pas vrai que toutes les âmes soient égales…
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Mais l’existence d’une hiérarchie sociale ne se justifie pas seulement par l’intérêt politique et l’intérêt matériel de la nation considérée comme un tout. Elle est nécessaire à la santé et à la beauté de l’espèce humaine. Elle profite de la dignité des individus de tout rang, je dis : du peuple non moins que de l’aristocratie. Le régime de la distinction et de la dignité des classes peut seul faire atteindre à la généralité des citoyens leur maximum de valeur et d’intelligence. Celui de l’égalité universelle les mène au dévergondage. En obligeant toujours le premier venu à manifester des opinions sur les intérêts les plus généraux de la civilisation et de l’État, il lui fait une loi de la sottise. Quoi de plus ruineux pour nous-mêmes que des devoirs ou des prétentions supérieurs à la sphère de compétence visiblement circonscrite par notre naturel ? Cette immodestie nous rend nuisibles à l’ordre public, comme sont tous les mal assurés, tous les agités. Mais, surtout, elle nous défigure ; elle dépense en creuses paroles, en gestes impuissants et mal ordonnés une activité qui, concentrée sur des objets adéquats, eût enfanté quelque chose. Troubler tous les hommes avec des soucis qui ne laissent de sang-froid que des têtes exceptionnellement averties ! Le dogme fondamental de l’égalitarisme, c’est que si tous n’ont pas la science, tous ont l’inspiration… Ôtez au peuple les clartés sûres et apaisantes que les traditions, l’antique religion du pays lui fournissent sur l’ordre social et ses fondements, et persuadez-le que l’esprit de vérité souffle en lui comme le vent des forêts vierges, vous le vouez aux visions, au délire. Quels seront alors ses maîtres ? Ceux qui lui offriront son image enorgueillie ; des âmes sans mesure qui, sentant comme ces masses égarées, mais avec une impudeur et une fièvre extraordinaires, avec une horrible naïveté, moralement débraillées jusqu’à l’innocence et jusqu’au génie, lui parleront de la voix de Dieu. Ainsi libéré, le peuple s’appelle la plèbe.
https://www.actionfrancaise.net/2026/08/29/de-legalitarisme-sot/
vendredi 28 août 2026
L’été 2026 a prouvé que les écolos ont tout faux

Il faut toujours faire attention à l’environnement : on ne sait jamais d’où il va attaquer. Son ironie mordante a même poussé certains à mourir de chaud dans des appartements superbement isolés pour l’hiver…
Le 25 juin dernier, la France enregistrait une canicule historique. Dans la foulée, Santé publique France comptabilisait 5.764 décès en excès entre le 17 juin et le 2 juillet, soit +36 %, concernant très majoritairement les plus de 65 ans. Dans cette période, les décès à domicile ont grimpé d’environ 40 %.
La presse a été fort discrète sur le fait que beaucoup de ces morts à domicile l’ont été dans des logements que le DPE avait très soigneusement notés pour l’hiver : on estime pourtant qu’environ un tiers des logements classés A au DPE (et jusqu’à 37 % de ceux classés « Bon » en confort d’été) se transforment en véritable bouilloires thermiques dès que le mercure grimpe, comme le montre cette analyse de l’ADEME.
Les autorités sont prises par surprise : il apparaît que l’isolation, conçue pour garder la chaleur, la garde aussi l’été !
Malgré ce constat, la machine bureaucratique lancée à pleine vitesse depuis des années sur l’isolation à tout prix et une protection coûte que coûte de l’environnement continue donc avec un discours de plus en plus décalé avec la moite réalité : surtout, les enfants, ne versez pas dans la facilité de la climatisation ! Elle constituerait à l’évidence une « maladaptation » ! Les écologistes et une partie de la gauche insistent : surtout pas de généralisation, cette climatisation « augmenterait les dégâts » !
Moyennant quoi, les EHPAD restent largement dépourvus de chambres climatisées avec comme résultat, une moisson de vieux morts chez eux ou à l’hôpital, pendant que l’on débat savamment de sobriété énergétique.
Cette lamentable histoire de climatisation n’est d’ailleurs qu’un des fruits de la saison ; dans les champs, la même logique a déjà fait son œuvre.
Rebaptisées « mégabassines » par des opposants jamais en mal d’utilisation de préfixes comme « turbo », « méga » ou « ultra » en lieu et place d’arguments solides, les retenues d’irrigations agricoles ont été consciencieusement bloquées pendant des années par des recours et des décisions de justices de plus en plus ridicules, laissant l’agriculture française sans réserve d’eau quand la sécheresse a frappé.
Cette année, 40 à 50 % du maïs potentiellement produit est d’ores et déjà perdu selon la FNSEA ; le ministère de l’Agriculture chiffre de son côté une baisse de 35 % de la récolte, au plus bas depuis 1980. Les laitues, les jeunes pousses et certains légumes ont commencé à disparaître des étals, avec des hausses de prix parfois spectaculaires.
La raison est simplissime : là où l’Espagne dispose de près de 22 milliards de m³ de stockages déployés en 25 ans, la France n’a fait sur la même période qu’un effort microscopique (moins de 10 millions de m³) ce qui explique les atermoiements actuels. On stocke trop peu d’eau en France, et ce n’est pas faute d’avoir été prévenus.
Chaque projet de retenue se heurte à la même litanie : gnagna privatisation de la ressource, gnigni atteinte aux zones humides, « accaparement » et « vilain capitalisme » d’une (méga)agriculture industrielle forcément intensive.
Bilan : aujourd’hui, les nappes sont basses, les cultures grillées, et les prix alimentaires montent. On a tellement bien « protégé » l’eau que c’est à présent la sécheresse agricole. Charmante réussite.
Ce serait suffisant pour s’arrêter et réfléchir, mais la (turbo ?)écologie de combat ne s’arrête pas là : il y a aussi les forêts.
Des obligations légales de débroussaillement existent, mais se heurtent régulièrement à la protection des espèces. Le Conseil d’État a rappelé en février 2026 qu’aucune présomption générale ne dispensait d’une dérogation dès qu’un risque caractérisé pesait sur des espèces protégées (tortue d’Hermann, pie-grièche et consorts, comme l’a salué la LPO).
Comme pour les bassines, les travaux indispensables sont retardés, compliqués, parfois rendus impossibles dans les périodes critiques.
On se souvient encore du massif des Maures en 2021, où l’impossibilité de débroussailler mécaniquement pour ne pas déranger les tortues s’était soldée par plus d’une centaine d’entre elles carbonisées dans l’incendie, un épisode pas suffisamment rappelé dans le débat actuel.
On a protégé les nichées au point de laisser le combustible s’accumuler, et les nichées ont fini grillées, ainsi que le reste de la faune et même des habitations : 90 % des constructions détruites lors des feux de forêt se trouvaient sur des terrains non ou mal débroussaillés, selon les campagnes officielles du ministère.
Là encore, c’est une franche réussite de l’écologie appliquée.
Ce schéma se répète, avidement.
L’éolien, présenté comme la solution décarbonée par excellence, se heurte à son intermittence structurelle : quand le vent tombe, des moyens pilotables prennent le relai, ce qui revient à solliciter des centrales à gaz, exactement le type de production que l’on prétendait remplacer. Le réseau doit en permanence compenser des variations de plusieurs gigawatts en quelques heures, ce qui complique l’équilibre et renchérit le système. Pendant ce temps, la « filière hydrogène » continue de brûler des centaines de millions d’euros publics dans des projets dont la viabilité économique et technique reste, pour l’instant, purement théorique.
On pourrait multiplier les exemples, et à chaque fois retomber sur le même schéma : une mesure présentée comme protectrice, une réglementation minutieuse, des recours, des principes, et au bout du compte l’effet exactement inverse de celui affiché.
On isole pour l’hiver et l’on crée des fours. On refuse la climatisation et l’on laisse mourir les personnes âgées. On empêche de stocker l’eau et l’on assèche les cultures. On protège les nids et l’on carbonise les animaux. On installe des éoliennes intermittentes et l’on se retrouve à cramer du gaz.
Le dogmatisme écologique n’est pas seulement inefficace mais il est véritablement destructeur : confronté à la réalité, cet écologisme de combat s’est fait démonter, éparpiller façon puzzle, montrant sa complète inanité et sa véritable toxicité.
Mais pendant que les prix des légumes s’envolent, que les statistiques de mortalité s’alourdissent et que les massifs partent en fumée, on continue d’entendre parler de « transition », de « sobriété » et de « respect du vivant ». Ces mots ont désormais le même goût que les laitues de plus en plus rares des étals : amers et coûteux.
Les Français qui ont cautionné ces choix stupides en subissent maintenant les conséquences. Espérons (naïvement ?) que ces expériences lamentables leur cuisent suffisamment le cul pour les sortir de leur transe suicidaire.
Il est plus que temps.
https://h16free.com/2026/08/28/85057-lete-2026-a-prouve-que-les-ecolos-ont-tout-faux
jeudi 27 août 2026
L’autre christianisation de l’Europe : des moines celtiques à l’amnésie romaine

Entre le Ve et le VIIIe siècles, l’Occident fut rechristianisé moins depuis Rome que depuis les monastères irlandais et brittoniques. Colomba, Aidan, Colomban et leurs disciples implantèrent un christianisme monastique, territorial et culturellement enraciné. Cette pluralité fut ensuite progressivement absorbée par une Église diocésaine, juridique et gréco-latine. Aujourd’hui, tandis que Rome encourage l’inculturation des peuples extra-européens, l’Europe occidentale a largement perdu la mémoire de ses propres formes chrétiennes vernaculaires.
L’histoire religieuse de l’Europe occidentale est souvent racontée comme une progression naturelle de Rome vers les peuples du Nord. Ce récit oublie pourtant une autre matrice. Entre les Ve et VIIIe siècles, l’Irlande, l’Écosse, le pays de Galles, la Bretagne, les Gaules rurales, l’Italie du Nord et les régions germaniques sont profondément marqués par des missions issues du monde irlandais et brittonique. Le moine Colomba (521-597) fonde Iona, un monastère sur une petite île des Hébrides, en 563. Aidan (vers 590-651) établit Lindisfarne, sur une autre île mais située en Angleterre. Colomban (543-615) quitte l’Irlande vers 590, fonde Luxeuil dans les Vosges, puis Bobbio, dans la péninsule italienne, et participe à la rechristianisation de l’Occident continental.
Il n’existait pas une « Église celtique » unifiée et schismatique. L’historiographie parle plutôt de chrétientés insulaires. Leur originalité était surtout institutionnelle et culturelle. Dans des sociétés peu urbanisées, l’abbé, le monastère, le saint fondateur et son territoire pouvaient compter davantage que la cité épiscopale. Le christianisme avait pris la forme des sociétés qu’il rencontrait. Il pratiquait déjà ce que Rome appelle aujourd’hui l’inculturation.
Le problème est que cette pluralité fut progressivement absorbée par une Église de plus en plus diocésaine, juridique, romaine et intellectuellement gréco-latine. Il y eut une succession de normalisations, parfois choisies localement, parfois imposées, parfois accompagnées de violence et de réécriture de la mémoire. Le paradoxe contemporain est plus rude encore. L’Église encourage aujourd’hui l’inculturation des peuples extra-européens alors que l’Europe occidentale a largement perdu ses anciennes formes chrétiennes vernaculaires.
Une christianisation enracinée, puis les premières résistances
L’Irlande n’avait jamais appartenu à l’Empire romain. Son Église ne pouvait donc pas simplement reproduire le modèle cité, évêque, diocèse. Les évêques existaient, mais de grands réseaux monastiques pouvaient être gouvernés par un abbé. Cette organisation s’insérait dans une société rurale et lignagère. Elle produisait un christianisme territorial : îles, sources, vallées, chemins, ermitages et saints locaux formaient une géographie sacrée. La Bretagne en garde encore des traces dans ses pardons, ses fontaines et ses chapelles.
Cette première christianisation ne fonctionnait d’ailleurs pas toujours par table rase. En 601, le pape Grégoire le Grand recommande aux missionnaires envoyés chez les Anglo-Saxons de purifier certains anciens sanctuaires plutôt que de les détruire et de transformer des fêtes existantes. Le principe est clair : convertir une culture ne signifie pas nécessairement l’abolir. L’ancien monde peut être baptisé, réinterprété et transmis.
Colomban incarne cette catholicité souple. Il reconnaît le prestige de Rome, mais ne confond pas communion et uniformité administrative. Il défend ses usages et critique librement des évêques continentaux. Cette autonomie rencontre cependant une logique politique inverse. Les Brittons, les habitants celtiques de Grande-Bretagne, voient parfois d’un mauvais œil la mission d’Augustin de Cantorbéry dans le cadre de la conquête anglo-saxonne. Vers 616, selon Bède, quelque 1 200 moines de Bangor sont massacrés par le roi païen Aethelfrith près de Chester. Rome n’ordonne pas le massacre, mais Bède, le père l’histoire anglaise, le relie symboliquement au refus antérieur des Brittons de coopérer avec Augustin : la violence politique est ainsi relue comme une leçon ecclésiale.
Le concile de Whitby, en 664, est moins violent mais plus durable. Le roi Oswiu choisit le comput pascal romain, qui offre une norme commune et une meilleure insertion dans les réseaux continentaux. Iona ne s’aligne qu’en 716. Le roi picte Nechtan expulse également des communautés colombaniennes refusant certains nouveaux usages. Le schéma est déjà visible : Rome fournit la norme prestigieuse et le pouvoir politique local dispose des moyens de l’imposer.
De l’absorption autoritaire à la romanisation ultramontaine
Avec les Carolingiens, l’uniformisation change d’échelle. Pépin puis Charlemagne favorisent les usages romains pour donner une cohérence religieuse à leur espace politique. Le résultat n’est pas purement italien : la liturgie romaine absorbe des éléments francs et gallicans. Mais la direction est nette. La pluralité occidentale est désormais filtrée par une norme centrale plus facilement administrable.
La réforme grégorienne des XIe et XIIe siècles constitue un tournant plus profond. Elle veut libérer l’Église de la simonie, des nominations laïques et de la tutelle des seigneurs. Pour y parvenir, elle renforce le pape, le droit canonique, l’évêque territorial et les appels à Rome. Le projet répond à des abus réels, mais son effet est centralisateur : pour libérer les communautés des pouvoirs locaux, on les rattache davantage au centre romain.
L’Irlande est alors restructurée par le synode de Ráith Bressail en 1111, puis par celui de Kells en 1152. Les Irlandais participent eux-mêmes à cette réforme, notamment autour de saint Malachie. Il ne s’agit donc pas d’une simple colonisation ecclésiastique. Le résultat reste pourtant une rupture : le vieux monde du saint fondateur, de l’abbé et des réseaux monastiques recule devant la chaîne paroisse, évêque, archevêque et Église universelle.
La « crise de Mellifont » montre que cette normalisation pouvait devenir coercitive. Le monastère cistercien, fondé en 1142 avec un appui irlandais, s’inculture rapidement sous la pression du chapitre général de l’ordre cistercien. Les communautés locales résistent ensuite aux inspections de Cîteaux. Entre 1216 et 1228, les visiteurs rencontrent portes fermées et troubles. Des abbés sont déposés, des filiations sont réorganisées et Mellifont perd une partie de son réseau. Dans le contexte de la conquête anglo-normande commencée en 1169, réforme religieuse, contrôle politique et fracture culturelle finissent par se renforcer. Il n’y a pas d’extermination cistercienne des Celtes, mais il existe bien une coercition institutionnelle et un effacement des autonomies.
Le quatrième concile du Latran (Latran IV), en 1215, consacre le système victorieux : le fidèle est davantage inscrit dans la paroisse, sous son prêtre et son évêque, au sein d’un droit commun. Le concile de Trente, de 1545 à 1563, donne ensuite à cette convergence une puissance nouvelle. Face à la Réforme, Rome renforce la formation des prêtres, les séminaires, la discipline épiscopale, le catéchisme et l’unité doctrinale. Le Missel de Pie V de 1570 n’abolit pas tous les rites anciens. Mais il fait du rite romain la seule référence dominante de l’Occident catholique. Trente ne crée pas la romanisation : il lui donne son armature uniformatrice, disciplinaire et liturgique durable.
À cette normalisation, s’ajoute un effacement intellectuel plus discret. Le catholicisme fait de la Bible, d’Augustin, du droit romain, de Platon et d’Aristote sa haute langue culturelle. Le paganisme grec est désethnicisé et devient philosophie universelle. Les héritages celtiques ou germaniques deviennent mythologie, littérature, folklore ou piété populaire. Ils ne sont pas interdits. Ils sont déclassés ! Le XIXe siècle achève ensuite la romanisation française. Sous l’influence ultramontaine de Dom Prosper Guéranger, les anciennes liturgies diocésaines disparaissent presque toutes entre 1840 et 1875 malgré les résistances de Paris, Lyon ou Besançon. Au nom de la Tradition, on efface des traditions.
Vatican II : l’inculturation pour les autres, l’amnésie pour l’Europe ?
Vatican II semble pourtant renverser cette logique. Sacrosanctum Concilium refuse l’idée d’une « uniformité rigide » lorsque la foi n’est pas en cause et reconnaît la valeur des traditions des peuples. Mais le texte pense particulièrement aux terres de mission. Jean-Paul II ira beaucoup plus loin en Afrique, où Ecclesia in Africa, exhortation apostolique, demande d’étudier la vénération des ancêtres, le monde des esprits, la liturgie et même les structures de l’Église. Dans Querida Amazonia (« Amazonie bien-aimée), autre exhortation, le pape François invite à accueillir des chants, gestes, symboles et rapports traditionnels à la nature.
Appliqué à un Gaël du VIe siècle ou à un Breton, ce programme ressemble exactement à la première christianisation. Pourtant, le traitement reste asymétrique. Les ancêtres africains deviennent un objet d’inculturation ; une fontaine bretonne reste facilement du folklore. La relation amazonienne à la nature peut nourrir une liturgie ; les anciennes cosmologies celtiques ou germaniques suscitent vite le soupçon de néopaganisme ou d’identitarisme. Cette prudence a des raisons historiques, notamment les récupérations nationalistes modernes, mais elle finit souvent par confondre enracinement et fermeture ethnique.
Le privilège du vernis gréco-romain accentue cette contradiction. En 1998, l’encyclique Fides et ratio (« Foi et raison ») de Jean-Paul II présente l’inculturation gréco-latine comme un acquis que l’Église ne peut abandonner. Rien d’équivalent n’est accordé à Iona, aux traditions brittoniques ou au monde germanique christianisé. Platon est devenu universel. Les autres paganismes ouest-européens restent particuliers et suspects. La culture romaine n’apparaît même plus comme une culture. Elle se présente comme la forme neutre du christianisme et son vecteur universel à l’instar du Grec ancien, en occultant Byzance.
Cette histoire ne suffit évidemment pas à expliquer la sécularisation moderne. Mais elle éclaire une perte de résilience. En France métropolitaine, 51 % des 18-59 ans déclaraient n’avoir aucune religion en 2019-2020, contre 29 % se disant catholiques ; en Écosse, 51,1 % de la population était sans religion en 2022 et, au pays de Galles, 46,5 % contre 43,6 % de chrétiens en 2021. Le cas irlandais est plus spectaculaire encore par sa vitesse : la part catholique est passée de 79 % en 2016 à 69 % en 2022. Chez les 25-29 ans, elle n’est plus que de 53 %, tandis que 26 % déclarent n’avoir aucune religion ; entre 2016 et 2022, le nombre de catholiques de 25 à 44 ans a reculé de 17 %. L’identité irlandaise ne disparaît donc pas avec le catholicisme : elle se découple de lui. La langue, les paysages, les cycles mythologiques et l’héritage celtique deviennent des références culturelles disponibles sans passer par l’Église, même si le néopaganisme religieux proprement dit reste très minoritaire.
Le vide n’est pas massivement rempli par le néopaganisme, qui reste encore minoritaire, mais le mouvement existe et progresse rapidement : le recensement de 2021 en Angleterre et au pays de Galles comptait environ 74 000 personnes se déclarant païennes, 13 000 Wiccan1 et 8 000 relevant du chamanisme, tandis que les nomenclatures distinguent désormais Druid, Heathen, Pagan, Wicca et même Celtic Christian.
À ce retour religieux, s’ajoute un écho culturel incomparablement plus large. Tolkien, catholique convaincu, a pourtant construit une mythologie dont les formes visibles viennent largement des traditions nordiques, celtiques et finnoises. Il reconnaissait lui-même que le Kalevala, vaste geste épique des peuples finnois, avait déclenché son travail mythologique. Or, c’est cette surface préchrétienne – elfes, runes, anneaux, forêts, royaumes, sagas et paysages enchantés – que l’Europe occidentale reçoit massivement par les livres, les films, les séries, les jeux vidéo et jusqu’aux gammes LEGO. Le christianisme demeure profond dans la morale de Tolkien, mais dans la culture populaire son imaginaire est beaucoup plus immédiatement perçu comme celto-germanique et nordique que comme catholique.
Une ressource non mobilisée, mais mobilisable
Le contraste est sévère. Rome encourage aujourd’hui les peuples extra-européens à préserver ancêtres, symboles et rapports à la nature alors qu’elle a longtemps folklorisé ou marginalisé les couches comparables de l’Europe occidentale. Son recul s’inscrit certes dans une désaffiliation plus générale aux institutions de masse, mais le besoin d’identité demeure. L’Irlande l’illustre : le catholicisme est passé de 79 % en 2016 à 69 % en 2022, tandis que langue, paysages, Imbolc, Brigitte et mémoire celtique peuvent désormais porter l’identité sans passer par l’Église.
La Pologne montre que même les bastions catholiques ne sont pas à l’abri : les catholiques déclarés sont passés de 87,6 % en 2011 à 71,3 % en 2021, tandis que des religions natives slaves, encore minuscules, réapparaissent. Il ne s’agit pas d’une paganisation massive, mais d’un déplacement : lorsque le catholicisme cesse de porter l’identité, des références plus anciennes redeviennent disponibles. L’ironie est forte : Benoît XVI reconnaissait en 2008 Colomban comme « réellement un des Pères de l’Europe », alors que Rome avait largement marginalisé l’humus chrétien qui l’avait produit.
1. La wicca, ou le wiccanisme, est un mouvement religieux néopaïen fondé au XXe siècle au Royaume-Uni, comprenant des éléments de croyance tels que le chamanisme, le druidisme et les mythologies gréco-romaine, slave, celtique et nordique.
Les crimes du communisme
Une opinion communénment admise après 1992 considère que les crimes du nazisme et ceux du communisme sont de même nature : des atrocités commises par deux totalitarismes emportés par leur nature criminelle et leur soif de pouvoir absolu.1
Et pourtant, peut-on tracer de telles égalités ? Les mobiles du nazisme sont-ils ceux du communisme ? Plus essentiel : à force de s’obnubiler sur les crimes nazis et communistes, n’oublions-nous pas le sort de millions d’êtres broyés par le système libéral, sans jamais porter ces victimes invisibilisées dans ce bilan macabre ?
Parfois, les paranoïaques ont de véritables ennemis
Car bilan macabre, il y a. Dans sa chanson Le Bilan, Jean Ferrat2 parlait, avec sa sensibilité coutumière, d’un siècle de tragédies.
Pour des raisons de commodité, nous examinerons les crimes nazis, puis ceux imputés aux communistes, avant de nous autoriser un petit retour historique pour examiner ceux commis au nom du profit et de la défense sociale.
Le nazisme est le plus facile à disqualifier. Ses crimes naissent du texte qui lui sert de document fondateur : Mein Kampf, ouvrage dont la scientificité se réduit à un mélange sans talent de théories raciales inventées au XIXe siècle pour fournir une justification à la colonisation du monde, et d’un darwinisme mal compris3. À partir de là, le texte hiérarchise les races selon leur plus ou moins grande pureté et délivre des permis de tuer dont les nazis useront durant la Seconde Guerre mondiale.
Au plan conceptuel, le nazisme ignore que la mission d’un État est de protéger ses populations comme l’explique la théorie développée par Vattel, toujours valide aujourd’hui encore4. Les lois de Nuremberg se heurtèrent donc bien vite à la question des Mischlinge, ces enfants ou descendants de couples mixtes, ainsi qu’à celle des juifs anciens combattants décorés de la Première Guerre mondiale5. Ces chicaneries, qui nous semblent ridicules aujourd’hui, témoignent de l’intégration profonde des populations : en attaquant une partie, le nazisme attaquait le tout.
Sans la chance d’attaquer une France assez sotte pour confier son armée à un vieillard paresseux et égocentrique (cf. Pétain), avant de laisser des affairistes fragiliser son système d’alliances à l’est — la cession des usines Škoda par le groupe Schneider, à la faveur des accords de Munich puis de l’occupation allemande de la Tchécoslovaquie6 —, le régime nazi n’aurait pas disposé du prestige nécessaire pour mener à bien son programme criminel.
Hélas pour les nazis, il ne suffit pas d’écrire de grandes théories : elles doivent aussi passer l’épreuve du réel. Or le « sous-homme » slave ne se décida pas à mourir, et il opposa à l’est une résistance farouche. Certes au prix de millions de morts — mais n’est-ce pas aussi une preuve de grandeur que de se sacrifier pour le groupe ? Avec un peu moins d’idéologie, peut-être, le conquérant allemand aurait pu diviser la population soviétique, tirer parti des multiples fractures du pays, et gagner. Convaincu que la clémence est une faiblesse, le « surhomme » aryen offrit ainsi à son adversaire toutes les armes dont il avait besoin.
Le résultat vint bien vite : dans ses villes détruites, le nazisme fut jugé et condamné. Ses grands chefs furent jugés et, pour la plupart, pendus7 : le nazisme avait vécu, comme idéologie.
Dans le cadre d’une guerre idéologique avec le communisme, la tentation serait grande d’établir une égalité entre un nazisme profondément discrédité et un communisme qui prospérait sur les multiples inégalités et blocages sociaux d’un libéralisme désireux de s’imposer comme la seule idéologie respectable. Celui-ci évitait ainsi le match libéralisme-communisme et se positionnait hors du ring, l’idéal pour garder les mains propres — quitte à s’ériger, du même geste, en juge des deux camps qu’il prétendait départager.
L’exigence scientifique impose pourtant de refuser cette facilité. Certes, certains auteurs8 additionnent les morts pour parvenir à un chiffre de cent millions, avec une règle de trois censée emporter la conviction : douze ans de nazisme, avec entre douze et quinze millions de morts idéologiques9, vaudraient cent millions de morts sur soixante-dix ans. Sous-entendu : le communisme serait aussi meurtrier que le nazisme, et devrait donc être condamné de la même manière.
Certes, mais — le fameux mais. Peut-on additionner les victimes de la guerre civile, celles des famines de la collectivisation, de la Seconde Guerre mondiale, de la conquête du pouvoir par Mao, avant d’y jeter le génocide khmer rouge10 ?
Le procédé manque d’élégance, non ? Le juif raflé par la Gestapo et envoyé en camp de concentration, à l’image d’Anne Frank, n’avait rien fait. Les soldats de Denikine, ou de tel autre général blanc, peuvent-ils prétendre au même statut ? Le fait de combattre pour le tsar leur retire-t-il leurs armes, du seul fait qu’ils étaient en guerre contre les bolcheviks ? Le drapeau blanc rend-il à ses défenseurs l’innocence de l’enfance ? Oserait-on conclure que non ?
Le bolchevisme fut attaqué dès sa prise de pouvoir, par les armées étrangères et par les généraux blancs, pas plus tolérants ni moins sanguinaires que les bolcheviks. Ou bien un généreux auteur aura-t-il l’outrecuidance d’affirmer que les bolcheviks auraient bénéficié de mesures de clémence en cas de victoire blanche ?
On fait la révolution, ou on ne la fait pas, déclare Trotsky dans son Histoire de la révolution russe. On pourrait oser la même formule pour la contre-révolution : on la fait, ou on ne la fait pas. Dans les deux cas, on lutte pour ou contre une idée, et, qu’on se trouve en Vendée face aux chouans ou en Russie après Octobre rouge, les hommes portent des idées, et le seul moyen de les faire disparaître est de tuer ceux qui les portent. La Tcheka s’y employa avec la même ardeur que les troupes des généraux blancs.
Certes, objectera-t-on, mais les koulaks, les famines ? Voilà bien la preuve de la nature criminelle du régime soviétique ! Entre 1922 et 1930, il dirige le pays sans contestation, et pourtant des gens continuent de mourir.
C’est oublier un peu vite le grand paradoxe de la révolution de 1917. Dans ses thèses d’Avril, Lénine exige la confiscation des terres des grands propriétaires pour les confier à des soviets d’ouvriers et de paysans. La paysannerie y voit l’accès à la terre ; les bolcheviks, un pur mandat de gestion. L’après-guerre rompt l’illusion, et la paysannerie se défend. S’il y a peu de soulèvements massifs — les marins de Kronstadt, le soulèvement de Tambov et ses dizaines de milliers de combattants, réprimé notamment par l’usage de gaz de combat contre les zones boisées où se retranchaient les insurgés11 —, il existe des milliers d’actes de sabotage. La collectivisation est synonyme d’abattages massifs et de destructions qui désorganisent une agriculture déjà traumatisée par la guerre civile. Bien loin de l’innocence d’Anne Frank, il s’agit donc d’acteurs engagés dans la défense de leurs intérêts, et d’une forme de guerre de classe dont les règles ne sont jamais douces.
Tel est bien le problème du bolchevisme depuis sa prise de pouvoir en 1917. Certes, il y eut des membres de l’ancienne classe dirigeante qui se rallièrent — mais était-il possible de leur accorder confiance ? La paranoïa, les purges, sont décrites par les opposants comme le fruit d’un système malade. Certes, Staline fit le choix d’une violence qui correspondait à sa personnalité, et le système soviétique ne disposait pas des procédures pour gérer ses dissensions internes, qui ne seront développées qu’après l’époque de Khrouchtchev.
Pourtant, si certains voient les purges comme la preuve de la nature criminelle du régime, ils oublient certaines vérités. Avec le traité de Rapallo12, Soviétiques et Allemands, les deux réprouvés de l’Europe, unissent leurs forces : les chefs militaires apprennent à se connaître, à s’apprécier. Dès lors se pose une question à laquelle l’histoire ne répondra jamais : si Staline n’avait pas choisi la loyauté, mais conservé son état-major professionnel, n’y aurait-il pas eu des Vlassov13 puissance dix pour passer aux Allemands avec armes et bagages ? Personne ne pourra y répondre — mais la pertinence des purges s’apprécie aussi à l’aune de cette question.
Que l’on le veuille ou non, un paranoïaque peut avoir des ennemis, et Staline en avait de fort nombreux. Vingt-sept millions de morts14 témoignent de la gravité de la menace. Là encore, les intégrer au décompte, alors que l’agression fut allemande, relève du pur procès à charge, non de l’étude nuancée qu’on attend de la science.
On pourrait poursuivre avec Mao ou le Viêt-Minh, mais ce serait retrouver le débat de la guerre civile : les abus des régimes antérieurs nourrissaient une volonté de changement, mais les classes dirigeantes s’y sont accrochées au-delà du raisonnable. Est-ce la faute des seuls communistes ? On constatera seulement qu’en 2026, le peuple chinois ne s’est toujours pas soulevé pour exiger le retour du Guomindang.
Reste, en réalité, le point véritablement criminel : celui des Khmers rouges. Il s’inscrit toutefois dans le cadre d’un billard entre États-Unis, Chine et URSS, joué par procuration, une configuration qui favorise le recours à des supplétifs parfois pas totalement sains d’esprit. Surtout, les Américains avaient jugé bon de soutenir, dès 1970, le coup d’État qui porta Lon Nol au pouvoir et fragilisa le pays15 — un cas où, selon la formule qui lui est attribuée, l’unique erreur aurait été de croire les Américains. La bienveillance américaine voulait protéger le Cambodge, ne pouvait-elle imaginer qu’elle le fragiliserait ? Nous sommes là loin du communisme, même si les Khmers allaient plonger le pays dans une mare de sang.
Toujours est-il que leur vision agraire du monde jure, à un point qui peut interroger, avec les canons de la théorie communiste. Passons : les Khmers rouges se réclamaient du communisme, et pour des raisons internes au bloc communiste, l’intervention vietnamienne vint trop tard16.
Il y aurait une raison plus grave d’attaquer le communisme. Non pas qu’il s’en prenne à des populations innocentes — c’est assez rarement le cas, même si, en guerre sociale, le terme d’innocence est à relativiser. Un enfant de koulak est-il un futur koulak, ou d’abord un enfant ? Le libéral répond la seconde option — mais alors il devra répondre de tous les cas où les enfants de pauvres ont été livrés à leur sort, et cette simple constatation ne devrait-elle pas l’inciter à une infinie prudence ? Il reste néanmoins que les koulaks se sont, comme groupe, opposés à l’État soviétique.
Et cette question est plus grave qu’il n’y paraît : fallait-il lancer la révolution d’Octobre ? Trotsky, Lénine, croyaient-ils réellement dans la solution bolchevique, dans le socialisme censé mener au communisme et à la société sans classes ?
L’immense travail marxiste sur la lutte des classes au cours de l’histoire de l’humanité confère au marxisme une incontestable autorité scientifique. Mais, si l’oeuvre de l’historien offre une base solide, il en va tout autrement des prévisions et les chefs bolcheviques se doutaient bien de l’ampleur des oppositions que déclencherait leur programme. Ils ont pourtant déclenché la révolution avant d’appliquer un programme marxiste de socialisation intensive, sinon intégrale, des moyens de production.
Or, dès la parution du Capital, les critiques n’ont pas manqué. En écartant les théoriciens de l’ordre bourgeois, dont la majorité des objections n’étaient que des habillages maladroits de la défense des fortunes, pour regarder plutôt du côté de la parenté idéologique : les anarchistes visent exactement la même société sans classes, mais critiquent le socialisme, car, selon leur doctrine, la dictature du prolétariat transformera les prolétaires appelés à diriger en tyrans égaux au tsar17. Staline fut vu avec la précision d’une voyante, par la seule puissance du raisonnement intellectuel.
Là est la plus cinglante des critiques, celle qui pose la véritable question : fallait-il, ou non, déclencher la révolution ? Surtout, des dirigeants conscients des limites de leur outil théorique n’auraient-ils pas dû engager l’effort intellectuel nécessaire avant de mettre fin à la NEP ? Cette question dépasse la psychologie de Staline et constitue la principale faiblesse de sa défense, et celle des dirigeants bolcheviques. Constatons qu’en Chine, le choix fut différent, et que le parti communiste y est toujours au pouvoir.
Cela doit-il pourtant sonner comme une condamnation définitive ? La difficulté est de concéder une telle victoire au libéralisme — au parti des grandes fortunes et de l’asservissement de la puissance étatique à leurs intérêts.
Ici, il ne suffit pas de rappeler la différence entre les crimes du nazisme, qui frappaient un individu sur le seul fondement de sa généalogie, et ceux du communisme, qui, s’ils frappaient fort, le faisaient dans le cadre d’une guerre sociale ouverte ou semi ouverte.
Ce serait concéder une bien trop belle victoire au dernier camp, qui, depuis l’extérieur du ring, laisse oublier l’immense trace de sang qu’il a lui-même laissée dans l’histoire. Car le prix à payer pour siéger comme arbitre plutôt que comme partie n’est pas l’innocence : c’est seulement de n’avoir jamais soumis son propre bilan au même calcul.
On peut parler de la guerre civile de 1917 — mais qu’en est-il des morts de la Première Guerre mondiale, née d’une course aux armements mal maîtrisée par des chefs militaires plus soucieux de la révolte ouvrière que d’éviter un conflit dévastateur ? Dix-sept à vingt millions de morts18, militaires et civils confondus : ces morts-là ne comptent-ils pas ?
On peut reprocher les famines en Union soviétique — mais qu’en est-il, par exemple, des famines en Inde et dans d’autres régions du monde, imposées pour faire accepter les règles de la domination impériale, ou causées par la substitution de cultures d’exportation aux agricultures vivrières, sacrifiées au dieu marché ? Trente à soixante millions de morts, selon l’historien Mike Davis19, pour les seules famines liées à El Niño entre 1876 et 1902. Qui comptera ces morts ?
On peut reprocher les purges — mais devons-nous alors ignorer les condamnés du coup d’État du 2 décembre 1851, ou ceux de la Commune ? Tous ces criminels coupables de mal penser. Vingt-sept mille arrestations, plus de neuf mille cinq cents déportations, essentiellement vers l’Algérie, et plusieurs centaines de morts pour le seul coup d’État de 185120 ; entre six mille et trente mille morts, selon les estimations, pour la seule Semaine sanglante de mai 187121. Les États libéraux avaient-ils l’excuse d’une menace extérieure ? Ah non — pour la Commune, ils ont préféré pactiser avec Bismarck pour obtenir l’armée nécessaire à leur répression22 ! Faut-il alors s’indigner des charniers, du mur des fusillés ou de Versailles ?
Devons-nous ignorer les morts causés en Indonésie par la répression anticommuniste — entre cinq cent mille et deux ou trois millions de victimes selon les estimations, avec un soutien logistique documenté des services américains23 ? Ou ceux du Nicaragua, coupable d’avoir porté des socialistes au pouvoir, où les Contras attaquèrent écoles, hôpitaux et autres cibles dites molles selon la nomenclature de l’École des Amériques — environ trente mille morts24 ? Ces morts sont sous quel tapis ?
Le même sort, sans doute, que les victimes de l’opération Condor, menée en Amérique du Sud pour liquider syndicalistes et membres des partis de gauche — au moins soixante mille morts25. Là encore, avec quelle justification ? La défense des grandes fortunes et des contrats des sociétés américaines ?
Additionnés, ne serait-ce que sur ces sept épisodes — la Première Guerre mondiale, les famines impériales, 1851, la Commune, l’Indonésie, le Nicaragua et le Condor —, on obtient, selon les fourchettes basses et hautes retenues ci-dessus, entre quarante-huit et quatre-vingt-trois millions de morts26 : un ordre de grandeur qui n’a rien à envier à la fourchette de soixante-cinq à quatre-vingt-treize millions que les propres contributeurs du Livre noir opposent à Stéphane Courtois pour le communisme. Il ne s’agit pas de dresser un match retour où l’on compterait les points : ce serait retomber dans l’erreur dénoncée plus haut, celle qui mêle des causalités sans rapport entre elles sous une seule colonne comptable. Il s’agit seulement de vérifier si celui qui se permet de se positionner hors du ring pour juger les deux autres camps possède réellement la légitimité nécessaire pour s’en abstraire une fois son propre bilan soumis au même calcul.
Beaucoup arguent d’une forme d’immoralité chez les défenseurs du bilan du communisme. Il y en a une autre, plus grave encore, à attaquer le communisme en prenant la pureté morale pour base, quand cette pureté ne résiste pas à l’examen imposé à l’accusé. Le libéralisme mondial a ses morts, sa prostitution de masse, ses crimes, tout aussi impardonnables — et, au vu de son propre bilan, une partie aussi coupable devrait avoir la décence d’éviter de s’ériger en juge.
1Cette thèse de l’équivalence, esquissée par François Furet dans Le Passé d’une illusion (1995), trouve sa formulation la plus systématique dans Le Livre noir du communisme, dirigé par Stéphane Courtois (1997), avant d’être consacrée institutionnellement par la Déclaration de Prague sur la conscience européenne et le communisme (2008), signée notamment par Václav Havel, puis par la résolution du Parlement européen instituant le 23 août — anniversaire du pacte germano-soviétique — comme Journée européenne du souvenir des victimes du stalinisme et du nazisme (2009).
2Jean Ferrat, Le Bilan, 1980.
3Sans s’arrêter par exemple au menu détail que si les juifs sont des sous hommes, ils devraient naturellement disparaître face à l’übermensch sans avoir besoin d’agir. Ce simple fait aurait dû disqualifier le livre s’il avait été soumis à une critique sérieuse !
4Emer de Vattel, Le Droit des gens, ou principes de la loi naturelle appliqués à la conduite et aux affaires des nations et des souverains, 1758, livre I.
5Les décrets d’application des lois de Nuremberg (1935) créent la catégorie intermédiaire des Mischlinge (un ou deux grands-parents juifs), dont le statut reste juridiquement instable jusqu’à la fin du régime. Les anciens combattants juifs de 1914-1918 bénéficiaient depuis la loi du 7 avril 1933 d’une clause d’exemption (le Frontkämpferprivileg), progressivement supprimée à partir de novembre 1935.
6Schneider et Cie détenait depuis la Première Guerre mondiale une participation majoritaire dans les usines Škoda ; ce contrôle bascule vers l’Allemagne entre les accords de Munich (septembre 1938) et l’occupation des pays tchèques (mars 1939), et Škoda devient l’un des piliers de l’industrie d’armement du Reich.
7Sur les douze condamnations à mort prononcées au procès de Nuremberg, dix furent exécutées par pendaison ; Göring se suicida la veille de son exécution, Bormann fut jugé par contumace.
8Le Livre noir du communisme (1997), dirigé par Stéphane Courtois, avance en effet un total « approchant les cent millions de morts », même si certains des auteurs se sont désolidarisés du texte après sa parution — notamment Nicolas Werth, Jean-Louis Margolin et Karel Bartošek, qui proposèrent une fourchette de 65 à 93 millions.
9En comptant en gros les victimes de la Shoah, le T4, les Roms, les homosexuels, les prisonniers soviétiques inutilement morts dans les camps, les civils des pays occupés exécutés. Pas les morts militaires, ni les morts civiles causées par les opérations militaires. Le calcul est grossier, mais représente un ordre de grandeur suffisant pour analyser la thèse.
10L’article ne prétend pas à l’originalité dans ce domaine : l’historien américain J. Arch Getty a formulé la critique méthodologique la plus nette — on ne peut mettre sur le même plan, par une simple arithmétique, les victimes de famines et les victimes d’un gazage délibéré.
11L’ordre n° 0116 du 12 juin 1921, signé Toukhatchevski, autorise l’usage de gaz toxiques contre les forêts abritant les insurgés.
12Traité signé le 16 avril 1922, qui organise une coopération diplomatique puis militaire secrète entre l’Allemagne et l’URSS (formation d’officiers, essais d’armements prohibés par le traité de Versailles), maintenue jusqu’en 1933.
13Le général soviétique Andreï Vlassov, capturé en 1942, forma une Armée russe de libération (ROA) combattant aux côtés de l’Allemagne.
14Les estimations contemporaines des pertes soviétiques de la Seconde Guerre mondiale, réévaluées après la fin de l’URSS, oscillent entre 25,3 et 27 millions de morts.
15Le coup d’État de mars 1970 contre Sihanouk fut mené par des acteurs cambodgiens (Lon Nol, Sirik Matak) ; l’implication américaine directe dans sa préparation n’est pas établie par les archives déclassifiées, mais Washington reconnut aussitôt le nouveau régime et le soutint militairement sans délai.
16L’invasion vietnamienne, lancée fin décembre 1978, aboutit à la chute du régime khmer rouge le 7 janvier 1979 — après l’essentiel des 1,5 à 2 millions de morts qu’on attribue au génocide cambodgien de 1975-1979.
17Mikhaïl Bakounine, Étatisme et anarchie, 1873.
18Environ neuf à dix millions de morts militaires, et un nombre comparable de victimes civiles (famines, épidémies, opérations militaires) — un total encore alourdi si l’on y adjoint le génocide arménien de 1915-1916, généralement comptabilisé à part.
19Mike Davis, Génocides tropicaux. Catastrophes naturelles et famines coloniales, 1870-1900 (éd. orig. Late Victorian Holocausts, 2001). Amartya Sen, tout en validant le diagnostic d’ensemble — la conjonction d’une inégalité économique féroce et d’un déséquilibre radical du pouvoir politique —, met en garde contre certaines formulations qu’il juge excessives.
20Estimations généralement retenues pour la répression consécutive au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.
21Les estimations basses, fondées sur les inhumations documentées (Robert Tombs), avancent six à dix mille morts ; les estimations traditionnelles, remontant aux témoins contemporains, vingt à trente mille. S’y ajoutent plusieurs milliers de déportations vers le bagne de Nouvelle-Calédonie.
22Adolphe Thiers négocia avec Bismarck la libération anticipée de prisonniers de guerre français afin de disposer des effectifs nécessaires à la répression de la Commune.
23Robert Cribb retient cinq cent mille comme le chiffre le plus fiable ; des documents américains déclassifiés en 2017 confirment que l’administration Johnson connaissait l’ampleur des massacres et y apporta un soutien logistique.
24La Cour internationale de justice jugea en 1986, dans l’affaire Nicaragua c. États-Unis, que le soutien américain aux Contras violait le droit international.
25Dont environ trente mille pour la seule Argentine ; soutien documenté des services américains (centre de communications, assistance du FBI aux interrogatoires, assurances privées de Kissinger à Pinochet).
26Addition des bas de fourchette (17 + 30 + 0,0005 + 0,006 + 0,5 + 0,03 + 0,06 ≈ 47,6 millions) et des hauts de fourchette (20 + 60 + 0,001 + 0,03 + 3 + 0,03 + 0,06 ≈ 83,1 millions) retenus ci-dessus. Un chiffre grossier, au même titre que celui de la note 2, mais suffisant pour situer l’ordre de grandeur.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-crimes-du-communisme-271567
