vendredi 22 mai 2026

La Russie renforce ses capacités de contre-émission de satellites : la vulnérabilité de l’Europe

  


par Paolo Hamidouche

Depuis février 2026, des rumeurs publiées par le Financial Times, citant divers experts et responsables européens, alimentent la polémique. Selon ces informations, les satellites de télécommunications de l’Union européenne seraient, depuis plusieurs années, la cible d’interceptions SIGINT (renseignement d’origine électromagnétique) menées par des satellites russes partageant la même orbite géostationnaire.

Cela s’inscrit dans une préoccupation occidentale plus large concernant le développement, en Russie et en Chine, de satellites combinant des capacités de reconnaissance et des capacités antisatellites potentielles, à peine dissimulées par la classification russe confuse qui qualifie certains de ces engins de «satellites inspecteurs».

Ces satellites ont indéniablement pour point commun leur manœuvrabilité, qui leur permet de modifier leurs paramètres orbitaux afin de s’approcher des engins spatiaux d’autres pays, de mieux détecter leurs émissions électromagnétiques, voire, potentiellement, de mener des actions hostiles.

Si l’utilisation de satellites comme plateformes de renseignement électromagnétique (SIGINT) n’est pas nouvelle, cette information a néanmoins confirmé les faiblesses spécifiques de l’Union européenne en matière de sécurité de ses véhicules orbitaux.

Les Luch nous écoutent

L’article du Financial Times du 4 février 2026, au titre sensationnaliste «Des engins spatiaux espions russes ont intercepté des satellites clés de l’Europe, selon des responsables», a fait grand bruit, même s’il ne constituait pas en soi une avancée majeure.

Le journal britannique a recueilli les témoignages de divers experts militaires et civils, qui ont confirmé l’intense activité de renseignement électromagnétique (SIGINT), c’est-à-dire l’interception et l’analyse des émissions électromagnétiques, menée ces dernières années notamment par deux satellites russes Olympus en orbite géostationnaire, à environ 36 000 km d’altitude, au détriment de satellites européens importants.

Cette situation a suscité l’inquiétude au sein de l’Union européenne pendant plusieurs semaines. Même un mois et demi après la révélation de l’affaire, le 13 mars 2026, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, en visite sur la base norvégienne de Bardufoss pour les exercices de l’OTAN «Cold Response 2026», a déclaré à Jane’s : «Nous sommes préoccupés, mais nous renforçons nos capacités spatiales, notamment en matière de lancement de satellites, et nous appliquons notre souveraineté dans tous les domaines techniques».

Il a jusqu’à présent nié tout «accident avec des satellites russes, du moins à ma connaissance». Quelques heures auparavant, Pistorius avait inspecté le pas de tir inauguré par la société spatiale allemande privée Isar Aerospace en Norvège, sur l’île d’Andøya, où était prévu le lancement de la fusée porteuse Spectrum le 25 mars. Cette fusée à deux étages, haute de 28 mètres, a une capacité d’emport comprise entre 700 et 1000 kg. Ce lancement aurait inauguré le premier cosmodrome européen sur le sol continental, contrairement au pas de tir sud-américain traditionnellement utilisé par l’Agence spatiale européenne, celui de Kourou, en Guyane française.

Le lancement de Spectrum, qui transportait cinq petits «cubesats» (satellites scientifiques modulaires classiques), a été annulé à la dernière minute en raison de problèmes techniques et reporté à une date ultérieure en avril 2026. Il s’agit néanmoins d’un début difficile pour le développement, en Europe et plus particulièrement en Allemagne, de la capacité à placer des satellites en orbite à faible coût depuis un territoire continental. D’autant plus que, il y a un peu plus d’un an, le 30 mars 2025, le tout premier lancement de Spectrum depuis le pas de tir d’Andøya s’est soldé par un désastre : le prototype a dérapé 18 secondes après le décollage, explosé 30 secondes plus tard et s’est abîmé en mer.

Le développement de Spectrum, dont le premier lancement réussi se fait toujours attendre, contribuera assurément à renforcer la capacité de l’Europe à placer de nombreux satellites en orbite à moindre coût.

Il s’inscrit ainsi dans le cadre du plan ambitieux annoncé par Pistorius en novembre 2025, prévoyant un investissement de 35 milliards d’euros d’ici 2030 dans les capacités spatiales allemandes, notamment pour la mise en place d’un réseau résilient d’une centaine de satellites de communications militaires destinés à la Bundeswehr.

Déjà à cette époque, les craintes d’espionnage spatial russe par SIGINT étaient présentes, mais c’est en février 2026 que l’alerte lancée par le quotidien britannique a retenti avec le plus d’impact. Comme l’écrivait le Financial Times : «Les responsables européens de la sécurité estiment que deux engins spatiaux russes ont intercepté les communications d’au moins une douzaine de satellites clés au-dessus du continent.

Ces responsables pensent que ces interceptions probables, qui n’avaient pas été signalées auparavant, risquent non seulement de compromettre des informations sensibles transmises par les satellites, mais pourraient également permettre à Moscou de manipuler leurs trajectoires, voire de les faire s’écraser (l’expression “voire de les faire s’écraser” était suggestive à cet égard). Les engins spatiaux russes surveillent de plus près les satellites européens depuis trois ans, dans un contexte de fortes tensions entre le Kremlin et l’Occident suite à l’invasion de l’Ukraine. Depuis de nombreuses années, les autorités civiles et militaires occidentales suivent les activités de Luch-1 et Luch-2, deux objets russes qui ont effectué à plusieurs reprises des manœuvres suspectes en orbite».

D’après des sources du Financial Times, ces deux satellites – Luch-1, lancé en 2014 et mis hors service il y a quelques mois seulement, et Luch-2, en orbite depuis 2023 – se sont souvent approchés à une distance relativement faible, de l’ordre de quelques dizaines de kilomètres (une distance très courte à l’échelle cosmique), de plusieurs satellites européens, détectant leurs communications radio. Luch-2 aurait ainsi «suivi» pas moins de 17 satellites en moins de trois ans de fonctionnement. Grâce à leur positionnement en orbite géostationnaire, ces satellites ont pu couvrir de manière constante une portion spécifique de la surface terrestre, à savoir la zone délimitée par les méridiens correspondant à l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.

Parmi les plus inquiets, le journal a interviewé directement le général allemand Michael Traut, 61 ans, officier de la Luftwaffe et commandant, depuis le 27 septembre 2021, du Commandement spatial de la Bundeswehr (WRKdoBw), une force spatiale allemande naissante qui a acquis une plus grande autonomie le 1er avril 2023, tout en restant rattachée à la Luftwaffe.

Selon Traut : «Les deux satellites sont soupçonnés d’avoir mené des opérations de renseignement électromagnétique (SIGINT). Le danger réside dans l’interception par les Russes de la liaison de commande, le canal utilisé par les contrôleurs au sol pour envoyer des instructions. L’accès à ces données permettrait à un acteur hostile d’envoyer de fausses commandes, de modifier les orbites ou de désactiver les satellites».

Par ailleurs, un «officier du renseignement européen» anonyme estime que, par leurs manœuvres, «les véhicules Luch ont très probablement cherché à se positionner dans le cône étroit des transmissions de données envoyées aux satellites par les stations de contrôle au sol».

L’officier du renseignement s’est inquiété du fait que les signaux provenant des satellites européens ne soient probablement pas cryptés, d’autant plus que ces satellites ont été lancés il y a plusieurs années et ne disposent pas de systèmes informatiques ni de systèmes de cryptage de transmission sophistiqués et à la pointe de la technologie.

En substance, il ne s’agit pas seulement d’intercepter les communications de toutes sortes, civiles et militaires, et de filtrer celles présentant un intérêt stratégique pour la Russie, mais aussi de cloner les signaux de commande qui régulent le fonctionnement des satellites des pays de l’Union européenne, ce qui offre un large éventail d’options.

Les moins destructrices peuvent consister en un simple brouillage, ou perturbation du système, ni plus ni moins qu’une contre-mesure électronique (CME) classique, la guerre électronique utilisée dans le domaine militaire depuis plus d’un siècle, depuis les débuts de la radio. Mais le clonage des signaux de contrôle permet également d’imiter les commandes d’autrui et d’endommager physiquement le vaisseau spatial ennemi. Concrètement, en cas de guerre, les Russes pourraient ordonner la désorbitation forcée d’un vaisseau spatial ennemi en allumant ses rétrofusées, ralentissant ainsi le satellite à une vitesse inférieure à celle nécessaire au maintien de son orbite. Cette vitesse est appelée «première vitesse cosmique» ou «vitesse de stationnement». Dans le cas de la Terre, elle est d’environ 7 à 8 km par seconde, soit 25 000 à 28 000 km/h, pour les orbites basses, et d’environ 3 km par seconde, soit 11 000 km/h, pour les orbites très hautes comme l’orbite géostationnaire. En contrôlant à distance l’allumage des rétrofusées du satellite, dont le vecteur est opposé à son mouvement, le vaisseau ralentirait jusqu’à sa rentrée dans l’atmosphère terrestre.

Comme les satellites ne sont généralement pas équipés pour la rentrée atmosphérique (à l’exception des capsules spéciales), dépourvus de boucliers thermiques et de parachutes, la désorbitation est synonyme de destruction certaine.

Le danger bien réel, et la position de premier plan de l’Allemagne, sont également mis en évidence par l’accord Berlin-Canberra sur la sécurité spatiale, signé le 26 mars dans la capitale australienne par Pistorius et le ministre australien de la Défense, Richard Marles. Cet accord vise à collaborer à la création d’un réseau mondial de capteurs permettant d’alerter rapidement en cas de sabotage de satellites.

La collaboration militaire entre l’Australie et l’Allemagne, qui inclut déjà l’intérêt de Berlin pour les lasers anti-drones Apollo de la société australienne EOS, s’étend désormais au domaine spatial. EOS propose également le laser terrestre Atlas, réputé capable de suivre, voire d’aveugler et potentiellement de détruire des satellites hostiles.

Le ministre allemand de la Défense a déclaré avec son homologue australien : «Dans l’espace, la Chine et la Russie sont nos voisins directs. Elles ont accru leurs capacités offensives spatiales. Elles peuvent brouiller, aveugler ou détruire des satellites. Nous devons savoir ce qui se passe là-haut. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons protéger nos propres systèmes». Son homologue, Marles, a renchéri : «Il est important pour l’Australie d’approfondir ses relations avec l’Allemagne, un pays qui partage notre attachement à un ordre international fondé sur des règles».

Reconnaissance et «Inspecteurs»

Les analystes militaires européens considèrent que les projets potentiels de guerre antisatellite s’inscrivent dans la «guerre hybride» menée par la Russie, qui recourt au sabotage, à la cyberguerre et aux opérations clandestines. Ce n’est pas nouveau, compte tenu des opérations spéciales que tous les services de renseignement, y compris ceux des pays occidentaux, ont menées par le passé.

Parmi les experts interrogés par le Financial Times, Belinda Marchand, de la société américaine Slingshot Aerospace, qui suit les engins spatiaux grâce à des capteurs au sol et à l’intelligence artificielle, a déclaré : «Les véhicules Luch manœuvrent et se positionnent à proximité de satellites géostationnaires, souvent pendant plusieurs mois d’affilée. Luch-2 se trouve actuellement à proximité d’Intelsat 39, l’un des plus grands satellites assurant les communications entre l’Europe et l’Afrique». Marchand a également commenté le sort de Luch-1, qui ne sera plus opérationnel à l’automne 2025, ayant été placé sur une orbite dite «cimetière», plus élevée que l’orbite géostationnaire, et qui pourrait avoir été détruit. Le 30 janvier 2026, des télescopes terrestres ont observé l’émission d’un jet de gaz, puis, peu après, l’engin est apparu en fragments. L’expert de Slingshot Aerospace estime : «Il semble que tout ait commencé par un problème de propulsion, suivi d’une fragmentation, et le satellite est toujours en chute libre». Norbert Pouzin, de la société française de suivi satellitaire Aldoria, a observé que les «victimes» de Luch étaient récurrentes : «Les satellites russes ont ciblé les mêmes familles, les mêmes opérateurs. On peut donc en déduire qu’ils ont un objectif ou un intérêt précis. Et ce sont tous des opérateurs basés dans des pays de l’OTAN. Même si les Russes ne parviennent pas à décrypter le message, ils peuvent étudier le fonctionnement du satellite et cartographier l’emplacement des stations de contrôle et de gestion au sol».

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Algérie : la rente coloniale et l’oubli des Berbères

 

Algérie : la rente coloniale et l’oubli des Berbères

Il y a des pays qui vivent de pétrole, de gaz, de transferts publics et de souvenirs entretenus. L’Algérie officielle vit aussi d’une rente plus subtile : la rente coloniale. À intervalles réguliers, quand la situation politique se tend, quand la jeunesse rêve d’ailleurs, quand l’économie demeure prisonnière des hydrocarbures, quand les libertés publiques se réduisent, le pouvoir algérien retrouve son grand récit mobilisateur : la France, toujours la France, encore la France.

Disons-le d’emblée, pour éviter toute mauvaise querelle : la France n’aurait jamais dû coloniser l’Algérie. Aucun Français n’avait à installer son armée, son administration, ses intérêts et son drapeau de l’autre côté de la Méditerranée. La colonisation française fut une réalité historique, avec ses violences, ses humiliations, ses injustices et ses drames. Il n’est donc pas question ici de la réhabiliter, ni de jouer au petit jeu sentimental de la nostalgie impériale.

Mais reconnaître une faute historique n’oblige pas à se laisser intimider par son instrumentalisation politique. Car ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est pas seulement la mémoire de la colonisation française ; c’est son usage permanent par un régime qui s’en sert comme d’un écran de fumée.

Chaque crise diplomatique avec Paris devient ainsi l’occasion de raviver l’accusation coloniale. Chaque difficulté intérieure peut être recouverte par le vieux manteau du ressentiment. La France devient l’explication commode, l’ennemi commode, le miroir commode. On ne parle plus de l’état des libertés, de l’absence de vraie alternance, de la dépendance aux hydrocarbures, de l’économie administrée, du chômage des jeunes, de la fuite des talents. On reparle de 1830.

Or ce n’est pas la France de 1830 qui empêche aujourd’hui Alger de libérer sa presse. Ce n’est pas Bugeaud qui ferme l’espace politique algérien. Ce n’est pas la IIIe République qui rend l’économie algérienne dépendante du gaz et du pétrole. Ce n’est pas Jules Ferry qui condamne une jeunesse entière à choisir entre l’attente, la débrouille et l’exil. Ce n’est pas la colonisation française qui oblige un régime indépendant depuis plus de soixante ans à gouverner par la crispation mémorielle.

C’est ici que la visite du pape Léon XIV en Algérie, en avril 2026, prend une portée singulière. Elle ne fut pas seulement un voyage pastoral, ni même seulement une rencontre diplomatique. Elle fut, sous les dehors de la douceur évangélique, une leçon de vérité adressée à un pays prisonnier de ses récits officiels.

Le pape pouvait dire à l’Algérie ce que presque personne ne peut lui dire. Un président français serait immédiatement soupçonné d’arrogance postcoloniale. Un intellectuel européen serait renvoyé à son privilège occidental. Un journaliste serait accusé d’hostilité politique. Mais le pape, lui, venait désarmé. Il ne venait ni réclamer un marché, ni flatter une ambassade, ni négocier un avantage stratégique. Il venait comme pèlerin de paix, mais aussi comme fils spirituel de saint Augustin.

Et précisément, ses paroles furent plus exigeantes qu’il n’y paraît.

Devant les autorités algériennes, Léon XIV a eu cette phrase d’une force considérable : « Les autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et à favoriser son développement. » Il a appelé à promouvoir une société civile « vivante, dynamique et libre », où les jeunes soient reconnus comme capables d’élargir l’horizon d’espérance de tous. Il a aussi évoqué l’hospitalité enracinée dans les communautés arabes et berbères, mettant ainsi dans la même phrase ce que le récit national algérien a souvent hiérarchisé ou refoulé : l’arabité et la berbérité.

Ce n’était pas un discours agressif. C’était plus redoutable : un discours juste. Léon XIV ne venait pas humilier l’Algérie. Il venait lui rappeler qu’un État n’existe pas pour capter la mémoire, contrôler les consciences et administrer la plainte historique, mais pour servir une communauté vivante, plurielle, jeune, blessée, mais capable d’avenir.

Au monument des martyrs, le pape a accompli le geste que les autorités algériennes attendaient sans doute : reconnaître la souffrance, saluer la lutte pour l’indépendance, honorer la dignité d’un peuple. Mais il n’est pas resté enfermé dans la liturgie politique de la blessure. Il a aussitôt ajouté que « la vraie lutte pour la libération » ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura été obtenue. Puis cette phrase, qui devrait être méditée à Alger comme à Paris : « Nous ne pouvons pas ajouter ressentiment sur ressentiment, génération après génération. »

Tout est là. La mémoire est nécessaire. La justice est nécessaire. Mais le ressentiment héréditaire n’est pas la justice. Il est sa contrefaçon. Il donne l’apparence de la dignité, mais il enferme les peuples dans une identité de victime. Il transforme l’histoire en carburant politique. Il rend impossible la vraie liberté, parce qu’il oblige les vivants à rester captifs des morts.

Et c’est précisément le drame algérien. La guerre d’indépendance a fini par devenir moins un événement historique qu’un régime de légitimation. Le pouvoir ne dit pas seulement : souvenez-vous. Il dit : souvenez-vous comme nous vous disons de vous souvenir. Il ne transmet pas seulement une mémoire ; il l’administre. Il ne libère pas le passé ; il le nationalise.

Le paradoxe est là : le pouvoir algérien demande à la France de regarder son histoire en face, mais refuse trop souvent d’accomplir le même geste pour lui-même. Car si l’on veut vraiment parler de colonisation, alors il faut aller jusqu’au bout. Il faut oser poser une question autrement plus dérangeante pour le roman national algérien : qu’est-il arrivé aux Berbères ?

Avant d’être arabe, l’Afrique du Nord fut berbère. Amazighe. Numide. Maurétanienne. Africaine et méditerranéenne. Elle connut les comptoirs phéniciens, Carthage, Rome, saint Augustin, les Vandales, Byzance, les royaumes berbères, les christianismes nord-africains, les judaïsmes anciens, les langues locales, les résistances tribales, les dynasties indigènes. L’Algérie ne commence pas avec l’arabité. Elle ne commence pas avec l’islam. Et elle ne commence évidemment pas avec la France.

C’est précisément ce que le récit arabo-nationaliste a longtemps voulu faire oublier. Il a présenté l’Algérie comme essentiellement arabe et musulmane, comme si la conversion religieuse et l’arabisation culturelle avaient effacé d’un coup les profondeurs berbères du pays. L’histoire réelle est plus complexe. L’islamisation de l’Afrique du Nord commence avec la conquête arabo-musulmane. L’arabisation, elle, est plus lente, plus tardive, notamment renforcée par l’arrivée des tribus hilaliennes à partir du XIe siècle. Mais le résultat politique est clair : la berbérité a été reléguée, minorée, parfois soupçonnée, parfois folklorisée.

On a souvent demandé aux Berbères de n’être pleinement algériens qu’à condition de devenir culturellement arabes. On leur a expliqué que leur langue était secondaire, que leur mémoire était régionale, que leur identité devait s’effacer devant la grande fusion arabo-islamique. Il aura fallu plus d’un demi-siècle d’indépendance pour que le tamazight soit enfin reconnu comme langue nationale puis officielle. Ce simple fait dit tout : le peuple premier du sol nord-africain a dû attendre l’État postcolonial pour obtenir une reconnaissance élémentaire de son existence.

Voilà le grand non-dit : l’Algérie officielle se veut décolonisée parce qu’elle n’est plus française, mais elle reste souvent prisonnière d’un récit qui a lui-même colonisé sa mémoire. Elle accuse Paris d’avoir imposé sa langue, son administration et son imaginaire, mais elle oublie que l’arabisation a elle aussi imposé une langue, une hiérarchie symbolique, une mythologie des origines et une norme religieuse à des peuples qui ne venaient pas d’Arabie.

C’est pourquoi la référence de Léon XIV à saint Augustin est capitale. À la Grande Mosquée d’Alger, le pape a rappelé que l’Algérie est aussi « la terre » de son père spirituel, saint Augustin, et il a résumé l’héritage augustinien par quelques mots décisifs : recherche de la vérité, recherche de Dieu, reconnaissance de la dignité de toute personne humaine, construction de la paix.

Voilà une autre Algérie. Non pas l’Algérie du ressentiment entretenu, mais l’Algérie de la vérité cherchée. Non pas l’Algérie d’une identité officielle assignée d’en haut, mais l’Algérie de l’âme inquiète, de l’intelligence ouverte, de la conscience qui se laisse travailler par Dieu. Non pas l’Algérie réduite à sa guerre contre la France, mais l’Algérie d’Hippone, de Monique, d’Augustin, des martyrs chrétiens d’hier et d’aujourd’hui, des humbles témoins de la charité.

À Notre-Dame d’Afrique, Léon XIV a rappelé aux chrétiens d’Algérie qu’ils sont les héritiers d’une tradition remontant aux premiers siècles du christianisme, lorsque retentissait sur cette terre « la voix ardente d’Augustin d’Hippone », précédée par le témoignage de sainte Monique. Dans la basilique Saint-Augustin d’Annaba, il est allé plus loin encore : les lieux ont changé de nom au fil des siècles, mais les saints demeurent les témoins fidèles d’un lien avec la terre qui vient du ciel.

Cette phrase est magnifique. Elle dit tout ce que le roman national algérien ne sait plus dire. Les noms changent. Les empires passent. Les langues s’imposent puis reculent. Les pouvoirs écrivent leurs manuels. Mais les saints restent. La sainteté traverse les conquêtes. Elle relie une terre à plus grand qu’elle-même. Elle arrache l’histoire aux propagandes.

Saint Augustin est précisément l’homme dont l’Algérie a besoin, non parce qu’il serait un trophée chrétien à opposer à l’islam, mais parce qu’il rend impossible le mensonge identitaire. Augustin est berbère, romain, africain, chrétien, universel. Il échappe à toutes les réductions. Il est né sur cette terre, mais il appartient au monde entier. Il montre que l’Algérie profonde n’est pas enfermée dans une seule couche de son histoire. Elle est faite de strates, de blessures, de conversions, de langues, de conflits et d’espérances.

Surtout, Augustin rappelle que le problème politique est d’abord un problème spirituel. Un peuple peut changer de drapeau, de constitution, de langue officielle et de système économique ; s’il demeure prisonnier de l’orgueil, de la peur, du ressentiment et du mensonge, il n’est pas libre. Léon XIV l’a dit à Annaba avec une netteté saisissante : la situation actuelle du monde, comme une spirale négative, provient au fond de notre orgueil ; seule la miséricorde de Dieu donne au cœur humain la paix et permet de marcher ensemble sur les chemins de la justice, du développement intégral et de la communion.

Cette parole vaut pour l’Algérie. Elle vaut aussi pour la France. Mais elle frappe particulièrement le régime algérien, parce qu’elle démasque la pauvreté spirituelle de la rente mémorielle. L’orgueil national peut prendre les habits de l’anti-colonialisme. Le ressentiment peut se présenter comme fidélité aux martyrs. La fermeture politique peut se déguiser en souveraineté. Mais la vérité finit toujours par demander son dû.

La vraie décolonisation de l’Algérie ne sera donc pas seulement anti-française. Elle sera anti-mensonge. Elle rendra justice à toutes les strates de son histoire : berbère, punique, romaine, chrétienne, juive, arabe, musulmane, ottomane, française, méditerranéenne. Elle cessera de réduire un pays immense à une plainte officielle. Elle reconnaîtra que les Berbères ne sont pas une note de bas de page, que les chrétiens d’Algérie ne sont pas une anomalie étrangère, que saint Augustin n’est pas un souvenir pour touristes cultivés, mais l’un des plus grands fils de cette terre.

Que l’Algérie demande à la France de regarder son histoire en face, soit. Mais qu’elle commence aussi par regarder la sienne. Qu’elle regarde la conquête arabo-musulmane. Qu’elle regarde l’arabisation. Qu’elle regarde la Kabylie. Qu’elle regarde la place réelle du tamazight. Qu’elle regarde ses prisons, ses journalistes, ses opposants, ses jeunes qui partent, ses ressources gaspillées et son économie sous perfusion d’hydrocarbures.

La mémoire est respectable lorsqu’elle libère. Lorsqu’elle sert à gouverner par le ressentiment, elle devient une prison.

Et si l’Algérie peut être sauvée, ce ne sera pas par une nouvelle campagne diplomatique contre Paris, ni par une nouvelle loi mémorielle, ni par une nouvelle mise en scène de souveraineté blessée. Ce sera par un retour à la vérité. Cette vérité a déjà un visage algérien. Elle s’appelle Augustin.

Augustin, l’homme qui a compris que le cœur humain est inquiet tant qu’il ne repose pas en Dieu. Augustin, l’homme qui a cherché la vérité plus que la puissance. Augustin, l’homme qui a découvert que la vraie cité ne se bâtit ni sur l’orgueil, ni sur la domination, ni sur la plainte, mais sur l’amour ordonné à Dieu.

La pensée et la foi de saint Augustin peuvent sauver l’Algérie, parce qu’elles lui rendent ce que tous les régimes lui confisquent : la profondeur de son histoire, la liberté de sa conscience et la paix de son âme.

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

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jeudi 21 mai 2026

Climat. Les scénarios catastrophes du GIEC enterrés ? Un revirement majeur passé sous silence dans la presse française

 

Il s’agit pourtant d’un événement majeur dans la science climatique des trente dernières années. Le 7 avril 2026, la revue scientifique Geoscientific Model Development, l’une des références mondiales en matière de modélisation climatique, publiait un article cosigné par une centaine de chercheurs sous la direction du climatologue néerlandais Detlef van Vuuren (Université d’Utrecht). Cet article, intitulé « The Scenario Model Intercomparison Project for CMIP7 (ScenarioMIP-CMIP7) » (vol. 19, p. 2627-2656), redéfinit l’ensemble des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre qui serviront de base au futur 7ᵉ rapport d’évaluation du GIEC (AR7), prévu pour la fin de la décennie.

Le papier est accessible librement à cette adresse : https://gmd.copernicus.org/articles/19/2627/2026/

L’information principale tient en quelques lignes : les scénarios climatiques les plus alarmistes utilisés depuis quinze ans — notamment le célèbre RCP8.5 et son successeur SSP5-8.5, qui ont nourri l’essentiel des projections catastrophistes relayées par la presse et les institutions internationales — sont désormais qualifiés d’« implausibles » par la communauté scientifique elle-même. En clair : ces scénarios qui prédisaient une hausse moyenne des températures de l’ordre de 4,4 °C d’ici 2100 ne sont plus considérés comme une trajectoire crédible du futur climatique de la planète.

En France, l’information est passée pratiquement inaperçue dans la grande presse. Le silence des grandes rédactions hexagonales — Le Monde, Libération, France Info, France Inter, Le Figaro, Les Échos — sur ce revirement scientifique majeur contraste singulièrement avec la couverture médiatique exhaustive dont avaient bénéficié les scénarios catastrophes lors de leur publication. Une asymétrie qui mérite qu’on s’y arrête.

Comprendre ce qui s’est joué : la fin officielle du « RCP8.5 »

Pour comprendre la portée de l’événement, il faut revenir sur la mécanique des scénarios climatiques. Le GIEC, contrairement à une idée largement répandue, ne produit pas lui-même ces scénarios. Il s’appuie sur le travail d’un consortium scientifique international appelé CMIP (Coupled Model Intercomparison Project), affilié au Programme mondial de recherche sur le climat de l’OMM. Au sein de CMIP, un groupe spécifique, ScenarioMIP, est chargé d’élaborer les trajectoires d’émissions sur lesquelles les modèles climatiques tournent ensuite. Le GIEC, ensuite, synthétise et évalue.

Les scénarios dits RCP (Representative Concentration Pathways) ont été conçus au début des années 2010, avec quatre trajectoires de référence : RCP2.6, RCP4.5, RCP6.0 et RCP8.5. Le chiffre désigne le « forçage radiatif » atteint en 2100, c’est-à-dire le surplus d’énergie piégée dans le système terrestre, exprimé en watts par mètre carré. Le RCP8.5 représentait la trajectoire la plus extrême — un monde sans politique climatique, avec une multiplication par cinq de la consommation de charbon d’ici 2100, une démographie galopante et un échec total des énergies renouvelables.

Dès l’origine, RCP8.5 n’était pas présenté par ses concepteurs comme le scénario « business as usual » qu’il est devenu sous la plume des médias et des institutions. Detlef van Vuuren, l’auteur principal du papier d’avril 2026, l’a redit explicitement à Carbon Brief : RCP8.5 était « un scénario à faible probabilité, à risque élevé, et c’était toujours son objet ». Il ajoute : « Ce n’est pas un résultat probable. Cela n’a jamais été un résultat probable. »

Pourtant, dans la pratique, RCP8.5 a servi de base à la majorité des projections les plus médiatisées : montée des eaux, vagues de chaleur, effondrements écosystémiques, projections de mortalité, stress tests bancaires, modèles assurantiels, évaluations nationales du changement climatique. The Guardian, le New York Times, la BBC, et en France Le Monde comme France Inter, ont publié pendant plus d’une décennie des dossiers entiers fondés sur cette trajectoire.

Pourquoi RCP8.5 a-t-il déraillé du réel ?

L’écart entre RCP8.5 et la réalité observée n’a fait que croître. Comme le montrent les données compilées par les climatologues Glen Peters et Robbie Andrew, les émissions mondiales de CO₂ ont suivi RCP8.5 jusqu’au début des années 2010, mais s’en sont nettement écartées depuis. Sur les dix dernières années, les émissions globales ont plus exactement suivi la trajectoire RCP4.5, soit un scénario de stabilisation modérée — pas une trajectoire d’effondrement.

Plusieurs facteurs expliquent cette divergence : l’effondrement spectaculaire du coût du solaire et de l’éolien, le ralentissement de la consommation de charbon dans les pays développés (notamment le tournant énergétique allemand et la sortie britannique du charbon), l’émergence de politiques climatiques significatives malgré leurs limites, et enfin une croissance démographique mondiale qui s’est révélée nettement inférieure aux projections retenues par RCP8.5 (qui supposait une population mondiale de près de 13 milliards d’habitants en 2100, alors que les projections actuelles tablent plutôt sur 9 à 10 milliards).

Dès 2017, plusieurs chercheurs — Justin Ritchie, Hadi Dowlatabadi, Roger Pielke Jr., Matthew Burgess — avaient publié des analyses montrant l’invraisemblance croissante du scénario. En 2020, deux climatologues, Zeke Hausfather et Glen Peters, signaient dans Nature une tribune au titre sans équivoque : « Emissions — the ‘business as usual’ story is misleading ». La communauté scientifique mettait peu à peu en garde, mais le GIEC, par souci de « continuité », conservait le scénario dans ses rapports.

Le papier d’avril 2026 met officiellement un terme à cette ambiguïté. Les auteurs y écrivent : « Pour le XXIᵉ siècle, cette fourchette sera plus étroite qu’évaluée précédemment : à la limite haute, les niveaux d’émissions élevés du CMIP6 (quantifiés par SSP5-8.5) sont devenus implausibles, en raison des tendances dans les coûts des renouvelables, de l’émergence de politiques climatiques et des tendances récentes d’émissions. »

Sept nouveaux scénarios, fourchette réduite

Le nouveau cadre CMIP7 propose désormais sept scénarios, allant d’un futur « VERY LOW » (très faibles émissions) à un futur « HIGH » (émissions élevées), en passant par cinq niveaux intermédiaires. Le nouveau scénario « HIGH », même dans l’hypothèse d’un échec total des politiques climatiques, plafonne à un forçage radiatif d’environ 6-7 W/m² — bien en deçà des 8,5 W/m² du défunt RCP8.5.

Selon les calculs publiés par Roger Pielke Jr. à partir de l’émulateur FaIR, le nouveau « HIGH » de CMIP7 est 0,9 °C plus froid que SSP5-8.5 dans son ancienne version, et 1,4 °C plus froid que la projection 2100 retenue dans le 6ᵉ rapport du GIEC (AR6). Concrètement, là où le précédent scénario haut prévoyait une hausse de 4,4 °C en 2100, le nouveau projette une trajectoire de 3,2 °C environ (fourchette de 2,5 °C à 4,3 °C).

À noter pour la rigueur intellectuelle : ce n’est pas une remise en cause du réchauffement climatique en soi. Chris Smith, co-auteur du papier et chercheur à l’International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA), résume la nouvelle situation en ces termes : « On a éliminé les futurs à l’extrémité haute. On a aussi éliminé les futurs à l’extrémité basse — il n’est donc plus possible de limiter le réchauffement à 1,5 °C, du moins à court et moyen terme. » La fourchette s’est resserrée des deux côtés : moins de chance d’apocalypse climatique, mais plus aucune chance non plus de tenir l’objectif de 1,5 °C de l’Accord de Paris sans « dépassement significatif ».

Detlef van Vuuren, l’auteur principal, est tout aussi clair : « Nous sommes désormais sur une trajectoire de 2,5 à 3 °C de réchauffement. Nous n’avons plus aucun scénario qui puisse atteindre 1,5 °C avec un dépassement limité. »

Des conséquences qui dépassent la seule modélisation

Les implications sont considérables. Pendant plus d’une décennie, l’essentiel des politiques publiques climatiques, des analyses économiques et des évaluations de risques s’est appuyé sur des scénarios désormais reconnus comme irréalistes. Roger Pielke Jr. l’a résumé sans ménagement dans une analyse publiée par l’American Enterprise Institute le 5 avril dernier : « Des dizaines de milliers d’articles scientifiques ont été publiés en utilisant ces scénarios, et un nombre similaire de gros titres médiatiques ont amplifié leurs conclusions, et les gouvernements ainsi que les organisations internationales ont intégré ces scénarios implausibles dans leurs politiques et réglementations. Nous savons maintenant que tout cela a été construit sur des fondations de sable. »

Cela concerne notamment :

  • Les évaluations économiques du coût du changement climatique, dont une part importante (notamment celles du Network for Greening the Financial System, qui guide les banques centrales) repose explicitement sur RCP8.5 ;
  • Les stress tests financiers menés par la BCE, la Fed et la Banque d’Angleterre, qui ont utilisé des scénarios désormais déclarés invalides ;
  • Les évaluations nationales du changement climatique, dont le National Climate Assessment américain et de nombreux documents équivalents en Europe ;
  • Les projections de mortalité, de migration et d’effondrement écosystémique qui ont nourri la communication politique sur l’urgence climatique depuis quinze ans.

Aucune de ces évaluations n’est pour autant « fausse » au sens absolu — elles modélisaient des conséquences possibles d’une trajectoire désormais reconnue comme improbable. Mais leur valeur prédictive doit désormais être substantiellement révisée.

Le silence assourdissant de la presse française

L’aspect le plus frappant de cette affaire reste sans doute le silence quasi total des grands médias français. Tandis que la nouvelle a été massivement reprise dans la presse anglo-saxonne — The Times (groupe Murdoch), The Australian, Fox News, New York Post, Daily Caller, American Enterprise Institute, mais aussi des sites scientifiques de référence comme Carbon Brief — les rédactions parisiennes sont restées silencieuses. Une recherche sur les sites du Monde, de Libération, du Figaro ou de France Info ne renvoie, à la date d’aujourd’hui, aucun article consacré à la publication du papier Van Vuuren et à ses implications.

L’écart est d’autant plus saisissant que ces mêmes rédactions ont, ces dernières années, consacré des dossiers entiers, des « unes » et des séries éditoriales à des projections qui s’appuyaient précisément sur RCP8.5. La logique journalistique élémentaire voudrait que la rétractation d’un cadre conceptuel sur lequel on a bâti sa couverture mérite, au minimum, un signalement.

Il faut toutefois nuancer le tableau, comme l’a fait Carbon Brief dans un factcheck publié le 19 mai. Premièrement, ce n’est pas le GIEC stricto sensu qui « admet » s’être trompé : c’est ScenarioMIP, le consortium technique qui élabore les scénarios. Deuxièmement, les nouveaux scénarios confirment néanmoins une trajectoire de réchauffement de 2,5 à 3 °C, qui reste qualifiée de « catastrophique » par le Programme des Nations unies pour l’environnement. Troisièmement, un embargo court jusqu’au 1ᵉʳ septembre 2026 sur l’exploitation académique des données produites par les nouveaux modèles intégrés (IAM), ce qui retardera mécaniquement la publication d’études détaillées.

Reste que ces nuances n’expliquent pas le silence quasi total. Un revirement d’une telle ampleur dans le cadre conceptuel utilisé par le GIEC mérite à tout le moins un traitement informatif honnête, même critique, même nuancé. Le ne-rien-dire, lui, interroge sur la capacité de la grande presse française à informer ses lecteurs lorsque les évolutions de la science contrarient un récit éditorial bien établi.

Que retenir, concrètement ?

Pour le citoyen français qui cherche à se faire une opinion claire, voici ce que dit — et ne dit pas — le revirement d’avril 2026 :

Ce que cela signifie :

  • Le scénario RCP8.5, longtemps présenté implicitement comme le « business as usual » de la planète, est officiellement reconnu comme implausible.
  • La fourchette des trajectoires probables s’est resserrée : entre 2,5 °C et 3,2 °C de réchauffement en 2100, contre une fourchette antérieure de 1,5 à 4,4 °C.
  • Une partie importante du discours catastrophiste relayé depuis quinze ans reposait sur des hypothèses désormais désavouées par la communauté scientifique elle-même.

Ce que cela ne signifie pas :

  • Le réchauffement climatique d’origine humaine n’est pas remis en cause par cette étude.
  • Une trajectoire à 2,5-3 °C reste considérée comme problématique pour les écosystèmes et les sociétés humaines.
  • L’objectif de 1,5 °C de l’Accord de Paris est désormais hors de portée selon les nouveaux scénarios — ce qui est, en soi, un constat préoccupant.

Ce que cela révèle sur le débat public :

  • La science climatique fonctionne, dans son ensemble, comme une discipline auto-corrective.
  • La diffusion publique de cette science, en revanche, souffre depuis des années d’un biais de sélection en faveur des scénarios les plus alarmants — au détriment de la nuance et parfois de la rigueur méthodologique.
  • L’écart de couverture entre la presse anglo-saxonne et la presse française sur ce sujet est, en soi, un objet d’analyse pour qui s’intéresse à l’écologie des médias.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

https://www.breizh-info.com/2026/05/21/260342/climat-les-scenarios-catastrophes-du-giec-enterres-un-revirement-majeur-passe-sous-silence-dans-la-presse-francaise/

mardi 19 mai 2026

Une histoire raisonnée de l'esclavage ?, avec Vincent Hugeux

 


Qui sont les chrétiens d'Orient ?, avec Joseph Yacoub

 


Le GIEC déjuge… le GIEC : fin des scénarios climatiques apocalyptiques

 

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC)
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)

C’est une grande victoire pour les climato-sceptiques et les soi-disant complotistes. Leurs analyses s’avèrent plus fiables que celles des fameux experts du GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Fin des prévisions climatiques apocalyptique. Trump exulte.

Les modélisations des hausses de température et leur corollaire : un système mondial de coercition

Depuis des décennies, des politiciens comme Al Gore, Clinton, Obama, les Verts partout sur la terre, le Vatican avec François, les financiers comme Soros ou Bill Gates, prédisaient des scénarios apocalyptiques dus à un réchauffement climatique anthropique sur toute la planète. Les modélisations de ces hausses de température indiquaient un possible anéantissement de la vie humaine, animale, végétale, avec un corolaire pratique : tout un système mondial de coercition des agriculteurs, des citoyens, de leur déplacements, de leur vache et de leurs pets, de leur habitations, de la transition énergétique lourde fiscalement sur les nations et rentables pour les financiers, s’est instauré au fur et à mesure des Green Deal votés et des Sommets de la Terre collectionnés, des injonctions de Davos et des sanctions mondiales.

Mais voilà, la terre est toujours là, les océans n’ont pas débordé, la température est toujours supportable, l’humanité ni les espèces ne sont éteintes comme c’était prophétisé par tous ces oiseaux de malheur depuis les années 70’.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), mandaté par les Nations Unies, a ainsi discrètement ajusté le mois dernier son cadre de modélisation prévoyant un réchauffement de 4 à 5 °C d’ici 2100. Ce cadre avait servi de base à une multitude d’autres analyses prédisant des conséquences terrifiantes pour les émissions de gaz à effet de serre. Le cadre du GIEC en question a été utilisé pour prévoir une hausse spectaculaire du niveau de la mer, des pertes de récoltes mondiales, une fonte rapide des glaciers, et bien plus encore, ce qui a inquiété certains militants écologistes radicaux quant à une future extinction.

Le GIEC dément ses prédictions les plus apocalyptiques

Mais finalement, les scientifiques ont cité des données et ont abandonné leur scénario catastrophe le plus pessimiste concernant les conséquences du changement climatique au profit de sept autres scénarios possibles. Dans la revue Geoscientific Model Development, ils ont plaidé pour l’utilisation d’un éventail plus large de modèles afin d’évaluer le changement climatique. « Pour le XXIe siècle, cette fourchette sera plus petite que ce qui avait été estimé auparavant », ont écrit les scientifiques, notant que les prévisions les plus pessimistes « sont devenues invraisemblables, compte tenu de l’évolution des coûts des énergies renouvelables, de l’émergence de politiques climatiques et des tendances récentes en matière d’émissions ».

Les critiques ont longtemps dénoncé des prédictions extravagantes, comme celle selon laquelle le parc national des Glaciers, dans le Montana, aurait fondu d’ici 2020. En 2020, les autorités ont dû retirer les panneaux signalant ces sombres prédictions, car les glaciers n’avaient pas tous fondu.

D’un autre côté, des scientifiques ont fait valoir que, même si certaines des prédictions les plus alarmistes concernant le changement climatique ne se sont pas réalisées, il existe néanmoins de nombreuses preuves du réchauffement de la Terre et de la fonte des calottes glaciaires, bien qu’à un rythme plus lent que certaines des prévisions les plus tristement célèbres. Un changement du climat sur le long terme comme il en a existé tout au long de l’histoire du climat qui a oscillé entre périodes glaciaires et périodes plus chaudes.

Donald Trump savoure sa victoire sur les khmers verts du Green Deal

Le président des Etats-Unis a donc savouré sa victoire samedi sur Truth Social:

« BON DÉBARRAS ! Après 15 ans de promesses des Démocrates selon lesquelles le « changement climatique » allait détruire la planète, le Comité des Nations Unies sur le climat vient d’admettre que ses propres projections (RCP8.5) étaient FAUSSES ! FAUSSES ! FAUSSES ! »

Trump, fervent défenseur d’une politique énergétique axée sur le forage intensif, a longtemps été sceptique quant aux affirmations scientifiques concernant le changement climatique d’origine humaine. L’année dernière, par exemple, lors de son discours aux Nations Unies, il a qualifié le changement climatique de « supercherie ». « Depuis bien trop longtemps, l’activisme climatique est utilisé par les démocrates pour effrayer les Américains, imposer des politiques énergétiques désastreuses et financer des milliards de dollars dans leurs programmes de recherche bidon », a ajouté le président sur Truth Social.

« Contrairement aux Démocrates, qui utilisent des absurdités alarmistes sur le climat pour promouvoir leur arnaque verte, mon administration sera toujours fondée sur la vérité, la science et les faits ! »

Donald Trump a également annulé une série de politiques climatiques mises en place sous les administrations Biden et Obama

Donald Trump a également annulé une série de politiques climatiques mises en place sous les administrations Biden et Obama. En février, par exemple, Lee Zeldin, administrateur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), a annoncé l’abrogation d’une politique de réduction des gaz à effet de serre datant de l’ère Obama.

Depuis, des figures clés du mouvement anti-changement climatique ont modéré eux-aussi leurs propos, Bill Gates, par exemple, concédant que le réchauffement climatique n’entraînera pas la « disparition » de l’humanité.

Les ‘complotistes’ qui faisaient le lien entre ce catastrophisme et une surveillance de masse de l’humanité vis les restrictions de libertés et le contrôle des ‘émissions’ des hommes dans le monde entier avaient encore raison.

Francesca de Villasmundo

https://www.medias-presse.info/le-giec-dejuge-le-giec-fin-des-scenarios-climatiques-apocalyptiques/222523/

lundi 18 mai 2026

Une résolution pour réparer l’esclavage ?

 

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Le 25 mars 2026, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution historique (la résolution 80/250) concernant la traite transatlantique. 126 Pays ont voté pour, les européens se sont abstenus tandis qu’USA et israel votaient contre.

On pourrait donc croire à un événement majeur dans une évolution harmonieuse vers un progrès humain doux et réparateur.

La lecture fine du texte apporte une toute autre vision. Celle-ci en tête, nous devrons examiner les acteurs et enfin, les raisons ayant conduit nos états à s’abstenir.

Lecture commentée du texte.

https://docs.un.org/fr/A/RES/80/250

Réaffirmant la Déclaration et le Programme d’action de Durban, dans lesquels il est reconnu que l’esclavage et la traite des esclaves, en particulier la traite transatlantique, ont été des tragédies effroyables de l’histoire de l’humanité,

Consciente que la traite transatlantique des esclaves, qui a duré 400 ans, et ses conséquences durables, qui se font ressentir dans le monde entier, sont très mal connues.
Vraiment ? Si nous faisions un sondage, quel événement serait le plus connu : La traite transatlantique ou le million de Gaulois réduit en esclavage pendant la conquête de la Gaule sur une période bien plus courte. (Je vous passe le million de morts qui l’a accompagné sur une population d’environ dix millions d’habitants)

Prenant note également des initiatives que les organismes et organes compétents des Nations Unies et les mécanismes des droits humains luttant contre le racisme prennent pour demander des recours effectifs et une justice réparatrice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine,

La justice réparatrice revient à demander de l’argent ! Comme c’est commode. Au moins, c’est écrit. Les descendants des esclaves habitent dans les caraïbes ou aux USA, pourquoi devrait-il y avoir une réparation pour les africains qui, s’ils sont encore en Afrique, n’ont pas été réduits en esclavage. Cette résolution transfère la qualité de victime des descendants réels, qui vivent à Kingston, à Salvador ou à Atlanta, vers des États dont les frontières actuelles englobent autant les anciens vendeurs que les anciennes zones de capture.

Fondamentalement, avec une telle technique, tout le monde peut fouiller son arbre généalogique pour trouver une injustice passée qu’il pourra convertir en rente à vie. Dans un tel cadre, le nombre de demandeurs sera illimité !

Réitérant l’appel lancé par l’Agenda 2063 de l’Union africaine pour que la place de l’Afrique dans l’histoire soit rétablie et qu’elle puisse refermer ses blessures, notamment celles infligées par l’esclavage
Qui a réduit les africains en esclavage ? L’immense majorité des esclaves l’était déjà en atteignant les comptoirs. Ils avaient été victimes de Razzia, de condamnations ou de dettes.

la tenue de la première vente aux enchères de masse connue organisée par l’État d’Africains capturés à Nar, Tider et dans la baie d’Arguin,

Attention, grand moment de glissement sémantique. En effet, un raid portugais capture des africains dans des zones côtières et ils seront vendus.

Deux objections : Un, dans ce cas, quid des raids barbaresques sur les côtes de Provence ? Ah non, ca n’était pas des africains.

Surtout, cette opération est un des rares cas d’esclaves saisis par des occidentaux. En pratique : Les bases de données historiques mondiales (comme la Trans-Atlantic Slave Trade Database) estiment qu'entre le XVIe et le XIXe siècle, environ 12,5 millions d'Africains ont été embarqués dans les navires européens (et environ 10,7 millions ont survécu à la traversée pour arriver aux Amériques). Sauf que l’opération indiquée dans la résolution concerne 235 personnes. On est loin du fonctionnement normal où l’immense majorité des captifs fut asservis par des africains. Le glissement sémantique permet de rendre les occidentaux totalement coupables et d’exonérer les royaumes africains comme le Dahomey.

constituant ainsi la plus grande migration forcée de l’histoire et l’un des systèmes organisés d’exploitation humaine de masse les plus durables de l’histoire,

Que ces gens sont généreux. Oserais-je ?
Les invasions et migrations nomades d'Asie centrale (du IVe au XIIIe siècle) : Les mouvements des Huns, des Avars, des Magyars, puis l'expansion phénoménale des Mongols de Gengis Khan ont jeté sur les routes des populations entières. Les massacres et les déplacements forcés liés aux conquêtes mongoles au XIIIe siècle ont concerné des dizaines de millions de personnes (la Chine seule a perdu des dizaines de millions d'habitants dans ses recensements de l'époque, par fuite ou massacre).
Le cas moderne de 1947 (La Partition de l'Inde) : En l'espace de quelques mois seulement, le découpage des frontières entre l'Inde et le Pakistan a provoqué le déplacement forcé et chaotique de 14 à 15 millions de personnes. En termes de concentration, c'est la plus grande migration forcée simultanée de l'histoire humaine.

La Seconde Guerre mondiale en Europe : Entre 1939 et 1948, les déplacements forcés de populations (déportations nazies, transferts de populations allemandes après-guerre des pays de l'Est, déplacements soviétiques) ont concerné plus de 30 millions de personnes.

Avant d’écrire des résolutions, ces gens devraient apprendre l’histoire.

Quand à d’exploitation humaine de masse les plus durables de l’histoire.

Oserions-nous évoquer l’esclavage romain ? Des dizaines de millions de personnes pendant plus de 1000 ans ?

Ou bien le système des caste en inde sur plus de 3000 ans ?

Le servage en Europe aboli à la fin du XIXè siècle en Russie, pays peu peuplé comme chacun le sait !

Enfin, le système des convicts en Chine qui mobilisait des millions de personnes pour exécuter les grands travaux d’état.

saluant en particulier la jurisprudence africaine, telle que le Kouroukan Fouga (Charte du Mandén) de 1235, qui a établi, en son article 5, que toute personne a droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique, et a consacré la primauté de la vie sur la propriété,
Une période, un royaume, l’exception qui justifie la règle. On parle de l’abolition du servage en France ? C’était en 1315.

Affirmant que, depuis toujours, les Africains et les personnes d’ascendance africaine n’ont eu de cesse de résister aux crimes de l’esclavage et de la traite négrière,

C’est beau c’est noble. Quand Voltaire écrit celui qui vend son frère mérite d’être esclave, il devait être mal informé. La résistance du Dahomey1, dont les rois tiraient l'essentiel de leurs ressources de la vente d’esclaves, semble pourtant échapper aux historiens.

Rappelant également l’acte final du Congrès de Vienne, l’Acte no XV intitulé « Déclaration des Puissances sur l’abolition de la Traite des Nègres (8 février 1815) », dans lequel les plénipotentiaires ont déclaré que la traite des esclaves répugnait aux principes d’humanité et de morale universelle et proclamé au nom de leurs souverains le vœu de mettre un terme à un fléau qui a si longtemps désolé l’Afrique, dégradé l’Europe et affligé l’humanité,

Enfin une vérité historique. En revanche, la présence des états africains au congrès de vienne semble difficile à attester. Si ce congrès a pris cette décision, c’était une décision occidentale, et non africaine. À quoi a servi la résistance des africains ? A rien, le west Atlantic Squadron fut mis en place par la marine britannique. Curieusement la résolution n’y rend pas justice.

Notant que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples réaffirme, en son article 5, que « tout individu a droit au respect de la dignité inhérente à la personne humaine et à la reconnaissance de sa personnalité juridique » et que « toutes formes d’exploitation et d’avilissement de l’homme notamment l’esclavage, la traite des personnes, la torture physique ou morale, et les peines ou les traitements cruels inhumains ou dégradants sont interdites »,

Un texte intéressant : Adopté en 1981 à Nairobi, donc, plus d’un siècle après l’abolition de l’esclavage par les USA (La France et la Grande Bretagne l’avaient déjà fait !)

Considérant que l’émergence de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé a bouleversé et redéfini le monde, marquant le début du système capitaliste racial, ces nouveaux systèmes racialisés de travail et de propriété transformant le destin de tous les peuples à travers le monde,

Les auteurs auraient-ils l’amabilité de nous expliquer ce qu’est le capitalisme racial ? Le capital connaît-il les couleurs de peau ? Laquelle exempte de l’extraction de la plus-value ? Apposer des mots sonne certes grandiloquent, mais ça ne suffit pas à créer un concept solide. Les canuts, les enfants des ouvriers de Liverpool avaient-ils quelque chose à envier aux esclaves des Antilles ? Non, le capitalisme exploite la main d’œuvre qu’il trouve sur son lieu de production dans les conditions légales existantes et personne ne fut exempté.

Conscient que la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains constituent un crime dont les logiques morales, juridiques, sociales et économiques continuent d’alimenter le racisme structurel, les inégalités raciales, le sous-développement, la marginalisation et les disparités socioéconomiques qui touchent de manière disproportionnée les Africains et les personnes d’ascendance africaine partout dans le monde,

Là, nous entrons dans le dur et un certain travail sera nécessaire. Oui, l’Afrique souffre d’un retard de développement en comparaison avec l’Europe et nombre de pays d’Asie en pleine accélération de leur croissance (Cf la Chine).

Certes, mais l’esclavage serait-il a l’origine du retard de développement ? Prenons un instant le cas de la Chine : Ruinée, misérable en 1949, ce pays était dans une situation bien plus catastrophique que bien des états africains au moment de leur décolonisation.

Seulement, le parti communiste allait, malgré ses errements investir massivement. D’abord dans l’éducation pour alphabétiser son peuple. On peut critiquer les méthodes, mais la Chine est aujourd’hui le pays au monde qui forme le plus d’ingénieurs. La Russie forme aussi massivement.

Devons-nous rappeler que Pékin a aussi mutilé sa consommation pour investir massivement ? Shenzen, les autoroutes, les lignes à grandes vitesses ne sont pas nées d’un don divin, mais d’un choix conscient et orienté, payé par la population.

L’occident fit-il autre chose ? Les hussards noirs de la république démontrent que le choix d’une alphabétisation massive fut aussi faite. Quant aux investissements, s’ils se répartissent sur une période plus longue, ils restent tout aussi massifs. La misère ouvrière au XIXè, les longues heures de travail des peuples occidentaux montrent qui paya le prix de la sous consommation.
Certes, on nous parle des profits des plantations, mais évacuons l’objection : Comment l’Allemagne s’industrialise-t-elle, alors ? Pas par ses plantations. Comment le fait la Russie ? Ses esclaves travaillant dans les îles au cours des années trente échappent aux historiens classiques. L’influence des plans staliniens est, en revanche, attestée.

Chine, France, Allemagne, Russie, quatre exemples et toujours la même recette. L’esclavage rend-il impossible le développement par ces voies ? Poser la question, revient à y répondre !

Ce passage pose un second terme important : continuent  ! Là est le point clé : les populations de descendants d’esclaves sont encore visibles dans les caraïbes et aux États-unis. Elles sont sur représentées dans les populations pauvres. Exact, dans tous les pays, les bourgeoisies défendent l’accès à leur caste, mais ces populations ont eu plus d’un siècle et demi pour compenser. Aux États-Unis, les législations racistes post abolition n’ont rien à voir avec l’esclavage, mais avec les décisions de l’État américain. La California Reparations Task Force (rapport 2023) a précisément chiffré les réparations sur la base des dommages post-1865 (redlining, ségrégation scolaire, brutalités policières documentées), pas sur la traite. Cela relève de leur problème politique interne. Il en va de même pour le Brésil qui organisa l’éviction des noirs de la propriété fonciére, allant jusqu’à faire venir des immigrants européens pour "blanchir" sa population. Seulement, là, nous changeons de sujet : La coexistence de phénotypes différents sur un même territoire2. La résolution amalgame.

Constatant avec inquiétude l’application de principes juridiques tels que le « partus sequitur ventrem », qui ont systématiquement porté atteinte aux droits reproductifs et maternels des femmes et des filles africaines et les ont contraintes à procréer pour alimenter la main-d’œuvre esclave,

Et voici le moment d’humour de la résolution. Les Romains, visaient l’aliénation des africains ? Non, le droit esclavagiste vient en effet de Rome qui ignorait l’Afrique subsaharienne. Les légistes chargés d’établir les différents codes de la traite se sont largement contentés de reprendre les législations romaines, ils n’en ont pas fait une pour porter atteinte aux droits reproductifs des femmes et filles africaines. En revanche, les romains nourrissaient et traitaient si mal une large partie de leurs esclaves que la reproduction restait déficitaire. Au contraire, la prohibition de la traite a conduit, à développer un véritable élevage d’esclaves, en particulier dans certains états du sud des États-unis. La mesure relève de l’adaptation ponctuelle, d’un certain progrès agronomique3, pas du racisme.

Ensuite, les demandes : Essentiellement réparation, mais la meilleure est :
Invite les États Membres, individuellement et collectivement, à engager un dialogue inclusif et de bonne foi sur la justice réparatrice, et d’envisager, notamment, des excuses officielles et sans réserve, des mesures de restitution, d’indemnisation, de réadaptation et de satisfaction, des garanties de non-répétition ainsi que des modifications des lois, des programmes et des services visant à lutter contre le racisme et la discrimination systémique ;

Dans ce vaste paragraphe dont nous avons traité l’essentiel auparavant, mais la question clé porte sur la non répétitivité. Juste une question : Quel état mondial est en train d’armer des négriers ? Selon un certain consensus entre historiens, l’esclavage fut largement aboli au XIXè et XXè siècles. Au XXIè siècle, il y eut deux lois criminalisant l’esclavage : 2003 au Niger et 2007 en Mauritanie.

Donc pourquoi cette résolution réclame-t-elle une non répétitivité ?

Déclarant que l’apparition de l’esclavage fondé sur la racialisation et reposant sur la propriété de la personne a été, dans sa conception juridique et structurelle, sans précédent historique, étant le premier système au monde à codifier les êtres humains et leurs descendants en tant que biens héritables, aliénables et perpétuels, à transformer la reproduction humaine en un mécanisme d’accumulation de capital et à institutionnaliser la hiérarchie raciale en tant que principe directeur de l’ordre politique et économique international

Premier système l’esclavage fondé sur la racialisation ? Ah bon, avant l’esclavage n’existait pas ? Donc, l’enfant d’esclave romain naissait libre ? Personne à Rome, ne s’intéressait à la couleur de peau des vernae4, mais les enfants d’une mère esclave l’étaient ! (Sauf si le maître choisissait l’affranchissement, mais la levée de l’option dépendait de son choix !)

Demande la restitution rapide et sans entrave, à titre gracieux, des biens culturels, objets d’art, monuments, pièces de musée, artefacts, manuscrits et documents ainsi que des archives nationales qui revêtent une valeur spirituelle, historique, culturelle ou autre pour les pays d’origine, et demande vivement le renforcement de la coopération internationale en matière de réparation des dommages causés, déclarant que cela contribue à la promotion de la culture nationale et à la jouissance des droits culturels par les générations actuelles et futures ;

Rien à voir avec l’esclavage, puisque ces biens furent récupérés dans le cadre de la colonisation, mais quitte à tendre la sébile, autant le faire bien.

Prie le Secrétaire général, en coordination avec le système des Nations Unies, notamment l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, de renforcer la coordination des activités de commémoration et d’éducation, des travaux de recherche et des initiatives de renforcement des capacités concernant la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains ainsi que ses conséquences ;

Si le but est de combattre l’esclavage, pourquoi ne pas le faire sur la révolte de Spartacus ? Car la Thrace n’a pas demandé de réparations ? On peine à tracer la ligne entre l’étude historique légitime qui est déjà bien faite par de nombreux travaux et la propagande. Encore insister revient à rentrer dans un régime de matraquage médiatique et éducationnel.

Au vu du nombre d’imprécisions historiques, sommes-nous dans un document solide ou une réécriture politique digne de 1984 ? On peut se poser la question.

Pire, les fondements juridiques interrogent :

Réaffirmant la Déclaration universelle des droits de l’homme

Soulignant que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques

Réaffirmant la Déclaration et le Programme d’action de Durban

Bien, mais ce texte était-il disponible au moment de la traite ? De facto ces textes lui sont largement postérieurs. Peut-on juger l’histoire à l’aune de notre droit ?

Dans ce cas, pourquoi ne pas faire une résolution sur les conquêtes romaines, celles d’Alexandre (Par exemple le massacre de Tyr ? La réduction de Corinthe en esclavage par Philippe de Macédoine ?) ou bien, les conquêtes arabes, celles de Ghengis Khan ? Où commence, où finit le besoin ?

l’esclavage et la traite des esclaves constituent un crime contre l’humanité et qu’il aurait toujours dû en être ainsi, en particulier la traite transatlantique

Premier enjeu : Seul le crime contre l’humanité est imprescriptible. Toute demande de réparation exige de conserver l’affaire ouverte et seul le recours au crime contre l’humanité le permet. Mais alors, si l’esclavage est un crime contre l’humanité, tout territoire ayant possédé des esclaves est débiteur. Ce critère risque de rendre difficile d’isoler un seul centimètre carré de la Terre n’ayant pas connu l’institution particulière. D’où le : en particulier la traite transatlantique. qui revient à isoler celui qui arrange les demandeurs.

Second thème : la notion de crime contre l’humanité naît lors du procès de Nuremberg pour juger les crimes nazis. Comment un planteur ou un capitaine de négrier du XVIIIè siècle aurait-il pu imaginer le futur à ce point ?

Là encore, réécrire l’histoire revient à tout réviser. Qui y est prêt ?

En réalité, la résolution est un dispositif juridique de création de créance perpétuelle, déguisé en geste mémoriel.

Personne de sérieux, les états africains survivraient-ils si leurs frontières tracées durant la colonisation étaient soudains annulées ? Non, donc, ils ne le demandent pas. La dissonance conduit donc à s’interroger sur les motivations des acteurs.

Le Ghana qui mène la résolution, les états africains ont un double intérêt : faire oublier le rôle des africains fournisseurs de la traite, le passage sur la vente le démontre. Ensuite, obtenir des transferts de fonds plus importants. D’où les multiples demandes de réparations. Il est plus simple de demander des fonds que de lancer un plan quinquennal comme la Chine ou la Russie stalinienne l’ont fait.

Les pays d’Amérique du sud et des caraïbes sont dans la position de demander aussi des fonds. Eux, ont l’avantage de ne pas avoir vendu. En revanche, cela évite de demander des comptes à ceux qui chez eux sont les héritiers des planteurs, mais on peut comprendre leur position, vu la place de la traite dans leur histoire.

En revanche, que dire des pays musulmans. Certes, ils n’ont pas contribué à la traite et peuvent donc s’en laver les mains. Mais, et tout est dans le mais, ces pays n’ont-ils pas une histoire particulière avec l’esclavage ? La traite pendant des siècles à travers le Sahara, les raids pirates en méditerranée ? Pour les armées, les harems, les eunuques. (on se rappellera le passage : Considérant le caractère genré exceptionnel de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé, qui soumettaient systématiquement les femmes et les filles africaines à des violences sexuelles, à la procréation forcée, à la servitude domestique et à des formes d’exploitation fondées sur le genre, les rendait particulièrement vulnérables à des formes multiples et aggravées de domination raciale, sexuelle et économique, tout en reconnaissant également leur rôle central dans le maintien des familles, des cultures, des mouvements de résistance et des luttes abolitionnistes dans des conditions de coercition extrême. Ca ne s’appliquait pas dans les pays musulmans ? À la prostitution romaine5 ?)

Autre exemple : L'Indonésie moderne est le produit de la fusion de multiples royaumes et sultanats (Sultanat de Mataram, de Ternate, de Tidore, d'Aceh, etc.) où l'esclavage était une institution massive et structurelle. Elle a pourtant voté contre. Les esclaves étaient-ils mieux traités dans ces sultanats ?

Faut-il en rajouter ? L’institution particulière a massivement accompagné l’humanité et aucun territoire ne peut s’en laver les mains. (Mars, peut-être, mais elle reste à coloniser et nous risquons d’être surpris par la créativité humaine, tant l’esclavage est un moyen pratique de déplacer des populations.)

Ce bref rappel historique pose alors une question : Comment nos diplomaties ont-elles pu s’abstenir face à un texte qui cloue nos pays au pilori ? On peut invoquer la traditionnelle faiblesse des diplomates, leur goût pour l’eau tiède, mais cela semble réduit.

Autre explication : la volonté d’éviter de se fâcher avec les pays du Sud à un moment où l’Occident est en difficulté avec eux. Certes, constatons que cette crainte de nous fâcher pèse moins au moment d’envoyer des ambassadeurs pro LGBT prosélytes dans ces mêmes pays. Gageons que si les peuples occidentaux étaient consultés, ils préféreraient la position inverse : opposer un ferme veto idéologique aux manipulations historiques dont ce texte est empli et moins de propagande irrespectueuse de la liberté des peuples du Sud.

Seulement, là est notre grand problème le Sud Global se contente de s'engouffrer dans une brèche monumentale ouverte par l'Occident a lui-même. Cette résolution couronne une capitulation de l'intérieur. Qui a ouvert le dossier ? Le musée de Nantes sur la mémoire de la traite a-t-il attendu la résolution ? Non, juste Jean-Marc Ayrault s’achetait une vertu sur un sujet non opérationnel. (Cette grande cause compensait peut-être sa gestion désastreuse de Notre Dame des Landes.).

Pour une grande partie de nos élites culturelles et politiques, la lucidité historique est perçue comme du nationalisme ou du racisme. Dans leur logiciel idéologique, l'Occident, étant historiquement dominant, doit être le seul à porter le fardeau de la faute. Une posture commode pour se hausser du col, mais vous remarquerez que ces gens n’ont pas été proposer d’aliéner leur patrimoine pour compenser les souffrances. Le peuple paiera, comme il paie trop souvent leurs salaires et donc, ils peuvent laisser passer un tel brûlot.

Car, ne l’oublions pas : Ces diplomates, ces universitaires qui théorisent cette culpabilité, ces hauts fonctionnaires qui rédigent les notes d'abstention au Quai d'Orsay, tous sont payés par les impôts du contribuable français et occidental. Ils tirent leur légitimité, leur statut et leurs revenus de l'État-nation qu'ils refusent pourtant de défendre sur le plan idéologique.

Cette résolution, aussi cynique soit-elle doit constituer un avertissement : Si nous laissons nos dirigeants continuer à vivre dans leur bulle technocratique et à estimer qu'ils sont investis d’une mission "morale" supérieure qui les autorise à ignorer la volonté populaire. Certes, seulement la résolution n’est qu’une étape, des groupes calculent déjà le montant à exiger6 et la prochaine demande sera plus rude !

1Le royaume du Dahomey a été un acteur majeur de la traite atlantique du XVIIe au XIXe siècle, les rois Agaja, Tegbessou, Ghezo en ont tiré l'essentiel de leurs ressources, et la "fin" de la traite y a été imposée militairement par les Britanniques et les Français, non choisie. Robin Law a documenté tout cela (The Slave Coast of West Africa, 1550-1750, Ouidah : The Social History of a West African Slaving Port).

2Vaste question de la xénophobie phénotypique, et pas forcément du racisme (Mais là aussi, on aime à mélanger les concepts).

3À Rome, la ration servile typique est documentée par Caton dans le De Agri Cultura (chapitre 56) : quatre à cinq modii de blé par mois pour un esclave aux champs, complétés par du vin coupé, des olives de rebut, du sel. Ramené en calories, on est autour de 3000 kcal/jour, ce qui suffit théoriquement à un homme adulte au travail mais ne laisse aucune marge pour la grossesse, l'allaitement, la croissance d'un enfant. Walter Scheidel a fait les comptes (Human Mobility in Roman Italy, et plus largement ses travaux sur la démographie servile) : le déficit reproductif est structurel. Les esclaves romains ne se reproduisent pas en termes nets parce que les femmes en âge de procréer sont sous-alimentées, surchargées de travail, et que les enfants ne sont pas viables en nombre suffisant.

Aux États-Unis du Sud, la ration documentée (Robert Fogel et Stanley Engerman, Time on the Cross, 1974, qui ont quantifié à partir des registres de plantation) est d'environ 4000 à 4500 kcal/jour en moyenne, avec viande de porc régulière, maïs en quantité, accès aux jardins potagers. Les analyses ostéologiques sur les cimetières d'esclaves (notamment l'étude du African Burial Ground à New York, et les travaux de Ted Rathbun sur le Sud) confirment des stigmates de malnutrition réels mais bien moindres que ceux des squelettes serviles romains. La capacité reproductive suit : la population servile états-unienne croît de 700 000 en 1790 à près de 4 millions en 1860, par croissance naturelle quasi-exclusive après 1808.

4Terme pour les enfants esclaves élevés dans les domus à Rome.

5Sur la réalité historique de la prostitution servile à Rome, voir mon roman "Aurélia, la perle d'Épire" sur une esclave prostituée à Rome : https://www.atramenta.net/lire/aurelia-la-perle-depire/101022

6Le mouvement CARICOM, présidé depuis 2013 par Hilary Beckles, a effectivement publié un plan de réparations en dix points chiffré, et le Royaume-Uni fait l'objet de demandes répétées (le rapport Brattle de 2023 chiffre la dette britannique à 18 800 milliards de livres, celle des Pays-Bas à 4 860 milliards, celle de la France à environ 4 200 milliards).
Réparation du colonialisme - Newsletter 01/24 - L'Afrique et les Caraïbes demandent des réparations