lundi 13 avril 2026

La démocratie-1ère partie : quelques réflexions sur la démocratie…

 

Cette semaine nous vous proposons de parler « démocratie ». Toutefois pour être convenablement traité, le sujet exigerait à l’évidence un long séminaire d’étude, mais pour une présentation succincte plusieurs options paraissent possibles : 1/- Un balayage historique, inévitablement ennuyeux des constitutions françaises depuis que nous sommes censés être en démocratie ; 2/- Une revue philosophico-politique des penseurs considérés comme les pères intellectuels de la démocratie ; 3/- Un exposé « neutre » des caractéristiques du ou des régimes démocratiques.

Il semble toutefois plus vivant et original de dévoiler, au-delà des nombreuses théories de la démocratie, sa réalité, telle que la révèle sa mise en œuvre et surtout ce qu’elle est devenue en se demandant s’il s’agit d’un simple accident ou plus profondément du déploiement logique de son essence.

Pour mieux en comprendre ses pathologies et le désamour dont elle est aujourd’hui victime, il est nécessaire de décrire le fond de tableau post-moderne qui constitue la matrice incontournable de toute réflexion politique.

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Par Antoine de Crémiers

Pour commencer, quelques citations qui esquissent quelques parties de ce tableau.

La première est de Dominique Strauss-Kahn, lors d’un discours qu’il prononça à Bruxelles au mois de mars 1999 : « La croyance dans le progrès s’est peu à peu envolée. Beaucoup perçoivent désormais le progrès technique comme un danger, le progrès économique comme un mensonge, le progrès social comme un mirage et le progrès démocratique comme un leurre ».

La deuxième est de Woody Allen : « Aujourd’hui plus qu’à aucun autre moment de l’histoire, l’humanité se trouve à la croisée des chemins. D’un côté le désespoir et l’impuissance absolue, de l’autre l’extinction totale. Prions Dieu pour que nous ayons la sagesse de faire le bon choix ».

La troisième est de Jean Dutourd : « L’homme est comme de la gélatine, enlevez le bocal et il se répand ».

En préambule, quelques précisions nécessaires

Si mon propos traduit la réalité de notre « Bel aujourd’hui », une évidence apparaît, le mot le plus répandu pour caractériser le présent, c’est la crise, elle est partout, rien n’échappe, tout est en crise ; mais le mot est tout à fait inapproprié, c’est un euphémisme rassurant, car il ne s’agit pas d’une crise ! Mais de bien autre chose. Une crise en effet, est un excès, un paroxysme (Crise de nerfs, crise de larmes) un trouble (crise de conscience) ou un manque comme la crise du logement. Et pour chaque pathologie, il y a un traitement possible, une thérapie. Et cet autre chose, c’est une rupture de civilisation, un effondrement qui nous plonge dans l’inconnu et dont la caractéristique première est d’interdire les replâtrages…

Il faut donc éviter de commettre une erreur de perspective qui refuse de voir la post modernité comme absolue nouveauté. Tous, ou presque communient dans un même anachronisme, victimes d’un postulat continuiste, raisonnant comme si… Nous étions simplement plongés dans une crise, majeure assurément, d’une modernité parvenue à son paroxysme. Balbutiant une déploration conservatrice beaucoup continuent de voir le temps présent dans le droit-fil et le prolongement de ce qui l’a précédé, vision rassurante car la crise, quel que soit son intensité est toujours susceptible d’être surmontée.

Or, ce n’est pas une crise que nous vivons, mais une rupture comme l’histoire n’en a jamais connue.

L’idole démocratique !

Écrivain, journaliste et éditeur, Jean-Claude Guillebaud, après La trahison des LumièresLa tyrannie du plaisirLa refondation du monde, nous livre Le goût de l’avenir. Démarrage sur les chapeaux de roue : « Sans le savoir, nous sommes déjà entrés dans un nouveau monde. Nous avons du mal à penser véritablement la prodigieuse mutation anthropologique et historique dont nous sommes les témoins inquiets. Nous nous sentons de moins en moins capables d’agir sur le cours des choses ».

Panne, crise, déclin… C’est bien autre chose qui se déroule, nous posant là, plongés dans la profondeur vertigineuse de cette rupture historique et anthropologique que nous sommes en train de vivre.

Reprenant une formule d’Illya Prigogine, Guillebaud accélère : « La grande bifurcation qui s’est produite va bien au-delà d’un séisme comparable à celui des Lumières, d’un basculement analogue à la Renaissance, voire d’un engloutissement du monde ancien comme la fin de l’empire romain… La rupture qui est la nôtre est plus radicale, une telle transformation n’est plus réductible aux raisonnements historiques ou anthropologiques habituels, sa description échappe aux anciennes catégories mentales de sorte que la pensée elle-même est confrontée au paradoxe suprême, elle doit découvrir quelque chose qu’elle-même ne peut encore penser ».

KO ? Pas encore… Attendez, notre bouillant essayiste poursuit : « Devant l’énormité de la mutation historique qui nous assaille, la seule question qu’il convient de poser est la suivante : à quoi employais-tu ton énergie, mon frère, lorsque le temps sortait de ses gonds et que vacillait l’histoire du monde ? »

Délire ? Apparemment oui, car la mutation qui s’opère ne s’accompagne pas d’évènements spectaculaires, de combats identifiés entre ennemis irréconciliables comme ce fut le cas entre tradition et modernité. Elle se réalise « mezzo voce » par touches successives, ce qui permet de continuer à danser sur le volcan, à faire « comme si », à refuser de voir, de penser autrement et de braver les convenances intellectuelles.

Rassurons-nous, le délire sera de courte durée, suivi d’un énergique rappel à l’ordre. Debout sur la pédale du frein, le malade revient à lui et prouve aussitôt sa bonne santé : « Notre attachement à l’autonomie démocratique du sujet est irréfragable. S’il est une certitude que nous ne devrions jamais oublier, c’est donc bien celle-ci : notre refus définitif de ce type de cohésion sociale et de lien (des sociétés anciennes). Certes, l’idée de société nous occupe encore et doit nous occuper, mais c’est sous sa forme démocratique, celle qui réunit des individus reconnus comme tels. Nous n’en voulons pas d’autres. Posons délicatement cette première certitude devant nous ».

Et la porte se referme !

Donc, alors que « vacille l’histoire du monde et que nous sommes plongés dans une rupture historique anthropologique vertigineuse » une certitude demeure, il faut sauver la démocratie dont la disparition est proprement impensable, inconcevable.

Modernité (notice nécrologique)

Modernité ! Impossible bien entendu d’en reconstituer ici la genèse. Les avis divergent d’ailleurs sur les dates et les circonstances exactes de sa venue au monde : Renaissance pour certains, où domine le culte de l’homme et de la nature, XIVe siècle pour d’autres, marqué par le nominalisme et la dislocation de la chrétienté, ou, bien plus tôt encore, lorsque Protagoras en résuma l’esprit : « L’homme est la mesure de toutes choses ». En fait, la modernité comme idéologie, comme révolte est de tout temps, c’est une impatience, un refus de notre condition, un oubli et une sortie de l’être, du temps et de l’espace, et surtout du mal insupportable, dont le péché originel interdit de s’abstraire en l’inscrivant au plus profond de notre être. Donc, la modernité est de tout temps, y compris dans les sociétés traditionnelles.

C’est Alcidamas disciple de Gorgias qui évoque le contrat social et cette idée « moderne » suivant laquelle la société résulterait d’un contrat. C’est à la même époque, vers 450 avant Jésus-Christ, que Sophocle fait dire à Antigone s’adressant à Créon « Ne pas enterrer mon frère, c’est ébranler l’ordre du monde » La formule résume à elle seule la caractéristique des sociétés traditionnelles, dont les membres sont liés entre eux par la reconnaissance d’un ordre, naturel ou (et) divin, transcendant et hors de la portée des hommes. Et, c’est encore à la même époque que Protagoras annonce au monde ce qui peut être considéré comme un résumé de la modernité : « L’homme est la mesure de toutes choses ». Pic de la Mirandole en 1487, dans son traité « de la dignité humaine » développera ce qui ressemble fort à la théorie du « gender » en affirmant que l’homme est la seule créature que Dieu a voulu sans nature, sa nature étant précisément de « faire » sa nature. Certaines traductions, plus imagées disent qu’il doit « sculpter sa propre statue ». Que cet existentialisme est moderne !

Autrement dit, la modernité cohabite toujours avec la tradition.

Du passé faisons table rase. Ainsi commence une ère radicalement nouvelle, l’an un du bonheur dans un monde, jusque-là dominé par les prêtres, les rois et les superstitions. Résolument tournés vers l’avenir, sortis d’un passé, lieu de l’infériorité, de l’obscurantisme et de l’esclavage, les hommes vont enfin abandonner un monde subi pour un monde voulu. Suivant Hannah Arendt : « La modernité c’est l’Assomption de la volonté humaine et le primat de cette volonté sur l’ordre naturel et la tradition ; c’est ce volontarisme qui nourrit le contractualisme ».

En fait, l’idéologie de la modernité entend concilier et même confondre dans un même mouvement :

  • Un individu autonome qui se donne à lui-même sa propre loi, enfin dégagé de ses appartenances et de toutes espèces de finalismes religieux et traditionnels.

  • La raison universelle, tout à la fois outil de cette émancipation et principe d’unité hétéronome qui transcende les particularismes.

L’histoire de cette ambition, c’est l’affrontement de deux logiques qui s’achèvera par l’inévitable défaite d’une raison devenue folle, et le triomphe de l’individualisme, agissant comme une centrifugeuse, dont le mouvement ne cessera de s’accélérer

Alain Touraine mentionne que « la conception occidentale la plus forte de la modernité, celle qui a eu les effets les plus profond, a surtout affirmé que la rationalisation imposait la destruction des liens sociaux, des sentiments, des coutumes et des croyances appelées traditionnels, et que l’agent de la modernisation était la raison elle-même et la nécessité historique qui prépare son propre triomphe ». Et plus loin d’ajouter : « L’idéologie de la modernité est peu convaincante quand elle cherche à donner un contenu positif à la modernité, tandis qu’elle est forte quand elle reste critique… Elle anime les luttes contre les sociétés traditionnelles plutôt qu’elle n’éclaire les mécanismes de fonctionnement d’une société nouvelle. Force de dissolution de l’ordre ancien plutôt que de construction d’un ordre nouveau » (Alain Touraine, Critique de la modernité, 1992).

La modernité n’a survécu en fait comme le remarque Tocqueville que tant que les citoyens sont animés de vertus qui ne sont pas d’origine démocratique, et qu’ils ont hérité d’époques plus anciennes que celle-ci. La modernité fonctionne en réalité comme un parasite Dans un livre paru en 1907, Péguy formule très bien cette notion de parasitisme : « En réalité, avec un aplomb imperturbable, le monde moderne vit presque entièrement sur les humanités passées qu’il méprise et feint d’ignorer. La seule fidélité du monde moderne c’est la fidélité du parasitisme, car il ne tire sa force ou son apparence de force que des régimes qu’il combat, des mondes qu’il a entrepris de désintégrer ».

Au terme de deux siècles de mise en œuvre, la modernité échoue, ses promesses n’étaient que du vent. Impossible de tenir en même temps les deux bouts de la chaîne : universel et particulier, autonomie du sujet et ordre collectif, raison objective et raison subjective, normes sociales et liberté de conscience. Dans tous les domaines, les forces de dissolution l’emportent, le périmètre des points communs ne cesse de se rétrécir. Hors les progrès économiques et techniques, toutes les espérances s’étiolent et la volonté défaille.

La force libératrice de la modernité s’épuise à mesure que celle-ci triomphe.

Post-modernité

Rupture dans la modernité ou rupture d’avec la modernité ?

La modernité, c’était un pari fou où le sujet, tout entier conditionné, devenu citoyen, adulte, autonome et souverain, était supposé d’autant plus apte à se lier par contrat volontaire qu’il aurait été préalablement délié de toute hétéronomie, traditions et enracinements.

Pari perdu, il ne pouvait en être autrement. Bref, comme le souligne fort bien Claude Lefort : « La déliaison a été réussie et la liaison ratée… »

La post-modernité, c’est le versant émancipation, autonomie, de a modernité mais sans la raison, sans monde à construire, sans avenir, sans échappatoire, sans finalité et sans espérance.

La modernité, comme religion séculière, était accompagnée du maintien des valeurs autoritaires et d’une hétéronomie héritée du monde de la tradition, qui lui permettait d’affirmer des idéaux collectifs.

La post-modernité les remplace par l’impératif de l’épanouissement et de la réalisation de soi, ce qui suppose, bien entendu, la disparition de toute institution et structure susceptibles d’entraver l’émancipation de l’individu. Enfin libres, débarrassés du besoin d’avoir des principes, vivant sans névrose dans un monde définitivement sans dieux, libres mais seuls, déliés de nos pères, mais appelés à la fraternité universelle, coupés du passé et privés d’avenir, nous sommes contraints, sommés, de créer à chaque instant nos propres valeurs.

La post-modernité fait l’éloge d’une démocratie sans message, et d’une philosophie post métaphysique, préférable à tous les discours qui prétendaient organiser le monde. Cette ère se veut tolérante, compréhensive, ouverte, ultime étape de la sécularisation, dans un au-delà, nettoyé des vieilles lunes, où les questions essentielles, Dieu, l’être, la vérité, n’ont aucun intérêt. Cette tentative de clôture du monde sur lui-même est un nihilisme soft, tranquille, sans pessimisme et sans héroïsme, satisfait et privé de toute tension religieuse. C’est la parfaite expression de la pensée faible, « debolismo » comme disent les Italiens : « Concrètement, penser faiblement, cela signifie ne pas ressentir avec nostalgie l’absence de fondement comme un manque, une faiblesse, mais à le ressentir comme une chance ; et la chance qui s’offre à nous c’est d’échapper à la pensée violente de la métaphysique. Cela signifie également ne pas vouloir substituer à un énoncé qui se révèle faux, un énoncé qui se révèle vrai. C’est savoir qu’il n’y a pas de vérité, mais seulement des interprétations » (Gianni Vattimo. Il pensiero debole).

Post-modernité = triomphe du bourgeois, celui pour lequel seul existe ce qui est utile, ayant définitivement triomphé de ses deux ennemis traditionnels, la transcendance et la révolution. Mais la post-modernité est, elle aussi, atteinte d’un mal incurable. Née de la nécessité de renoncer à toute unité normative, morale et religieuse dans une société, et en même temps confrontée à l’impossibilité pratique de se passer de quelque chose qui ressemble à des échelles de valeurs communes, elle n’a d’autre choix que la sacralisation du pluralisme qui réduit peu à peu le périmètre des points communs et pulvérise le lien social.

La seule valeur doit donc rester le pluralisme des valeurs et tout ce qui pourrait le menacer doit être combattu. Cette nouvelle règle du jeu n’est pas contestable, la refuser, c’est inévitablement être adepte de visions totalitaires du monde.

Nous voilà donc enfin, libérés de toute hétéronomie : Dieu, la Raison, l’Histoire, la République, la Nation, en cet instant inouï ou disparaît le couple tradition/modernité dont nous sommes tous orphelins.

Rien n’échappe, la déconstruction embrasse toutes les modalités de l’existence, liquide tous les référentiels : déconstruction du monde, de l’art, des corps, du langage… L’homme est dévasté. Selon Jean François Mattei : « C’est le grand bal des adieux à tout ce à quoi l’homme s’était identifié dans son histoire, l’adieu à l’âme, l’adieu au corps, l’adieu au sujet, l’adieu à l’œuvre, l’adieu au monde, l’adieu au sens, l’adieu à Dieu enfin qui sonne le glas des meurtriers, l’adieu à la condition humaine ».

Politique adieu !

Mais, le trait marquant de ces 50 dernières années, c’est une mutation décisive et sans doute irréversible dans la nature et l’exercice du pouvoir politique.

En France, c’est sous un gouvernement de gauche, dirigé alors par François Mitterrand que le feu vert à ce recyclage a été donné, (Delors, Bérégovoy, Jospin) et celui-ci s’est opéré d’abord par l’orchestration la plus tapageuse qui ait jamais été imaginée, d’une reddition du politique devant le pouvoir anonyme et sans incarnation de la finance internationale. C’est curieusement à cette gauche que l’on devra l’ingrate besogne qui a consisté à installer plus fermement encore le pouvoir du marché et de la finance. Et ce sont les responsables élus, de droite (que l’on se souvienne de la manière dont Nicolas Sarkozy nous a imposé le traité de Lisbonne, refusé majoritairement par les Français) ou de gauche, qui ont œuvré à la reconnaissance d’un pouvoir, ni élu, ni reconnu, ni même adopté, pouvoir sans partage, sans contrôle, qui se trouve aux commandes de la destinée de tous. Avec le dessaisissement consenti par les élus de la république du pouvoir qui leur était confié par le peuple au profit du pouvoir invisible, immatériel et hors de portée de la finance, c’est le peuple en tant qu’origine et détenteur en droit de ce pouvoir qui s’est trouvée liquidé.

Et la démocratie ?

https://www.actionfrancaise.net/2026/04/13/la-democratie-1ere-partie-quelques-reflexions-sur-la-democratie/

samedi 11 avril 2026

De la prospérité

 

Un trentième-sixième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de Frédéric Le Play tiré de La réforme sociale en France.

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Il faut revenir aux institutions qui donnèrent à nos aïeux la prospérité, tout en adoptant les formes de notre temps, il faut replacer la société sur ses bases éternelles : la vie privée, sur le foyer, l’atelier, la paroisse et la corporation ; le gouvernement local, sur le département rural et la commune urbaine ; le gouvernement central, sur la province et l’État.

Au milieu des diversités qui se rattachent à la nature des lieux, aux traditions de la race, à l’organisation de la vie privée, aux formes du gouvernements, aux vices et aux vertus des hommes, il existe un critérium sûr pour discerner les peuples modèles : c’est le régime de la paix sociale. La dose de bien ou de mal qui existe au sein d’une société est exactement en rapport avec la dose d’harmonie ou de discorde qui se trouve dans les esprits des hommes et dans leurs mutuelles relations. Dès qu’il y a défaillance dans l’un des éléments de la constitution, la discorde apparaît aussitôt. Quand, au contraire, la paix est complète, on peut être assuré que la loi suprême est respectée, que les institutions sont conformes à la nature des lieux et des traditions.

En ce qui touche la prospérité, j’adopte la définition suivante, qui me paraît conforme aux indications de l’histoire et aux sentiments des contemporains satisfaits de leur sort. J’appelle « prospères » les sociétés où la paix règne sans un recours habituel à la force armée ; où la stabilité des foyers domestiques, des ateliers de travail et des voisinages est assurée par la libre entente des pères de famille ; où, enfin, la conservation de l’ordre traditionnel, fondé sur la loi morale, est le vœu commun des populations.

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Partout, la prospérité [trouve] ses principales sources chez le père dévoué à sa famille et chez le patron aimé de ses ouvriers ; elle devient complète quand le magistrat et le prêtre ont au même degré l’esprit de devoir et l’amour du peuple.

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Les idées et les institutions les plus favorables au bien-être temporel d’un peuple sont celles qui attachent le vieillard à la tradition de ses ancêtres et au bonheur de ses descendants. Elles perpétuent pendant de longue années des forces précieuses qui, privées de ce stimulant, deviendraient promptement stériles. Les peuples les plus prospères ont toujours prolongés par le respect et l’obéissance des jeunes générations, la vie active des vieillards.

Chez les peuples prospères, il n’existe entre les divers âges aucune trace d’antagonisme : les jeunes gens comprennent fort bien qu’ils ont tout intérêt à honorer leurs parents et à leur obéir, ne fût-ce que pour éviter plus tard d’être humiliés par leurs propres enfants.

Les sentiments d’affection et de respect sont les plus solides soutiens de la hiérarchie sociale.

La pratique de la coutume et des préceptes du Décalogue, qui en sont le fondement, ne se conservent chez un peuple que si chaque génération a le pouvoir de les inculquer à celle qui suit.

https://www.actionfrancaise.net/2026/04/11/de-la-prosperite/

2027 : la revanche des Bourbons ?

 

Capture d'écran Le Figaro
Capture d'écran Le Figaro
Malgré les guerres, malgré les révolutions, malgré la disparition progressive des monarchies en Europe et malgré les vieilles haines héritées de la lutte des classes, le Vieux Continent et la France conservent dans leur mémoire l’Histoire et une fascination toute particulières envers les anciennes dynasties qui ont façonné, en bien comme en mal, notre civilisation occidentale. Parmi elles se distingue ainsi celle des Bourbons des Deux-Siciles, dont l’histoire attise notre curiosité grâce à la médiatisation de la romance de Jordan Bardella avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Nous sommes fascinés à l’idée de découvrir celle qui pourrait un jour accompagner le futur locataire de l’Élysée et voir, d’une certaine manière, le sang même de Louis XIV revenir symboliquement à la tête de la France.

Les origines d’un royaume

Avant d’être des Bourbons, cette dynastie des Deux-Siciles est avant tout composée de Capétiens, descendants d’Hugues Capet et de Saint Louis. Leur titulature bourbonnaise provient alors de leur ascendance par le petit-fils de Louis XIV, Philippe V, devenu roi d’Espagne en 1700. Son fils cadet, Charles de Bourbon, conquit le royaume de Naples en 1734 puis celui de Sicile en 1735, lors de la guerre de Succession de Pologne. Charles abandonna ensuite cette couronne lorsque vint pour lui l’heure de monter sur le trône d’Espagne en 1759. Il confia alors le royaume napolitain à son second fils, Ferdinand, qui devint ainsi le véritable fondateur de la branche des Bourbons des Deux-Siciles issue du sang du Roi-Soleil. Ce souverain n’avait alors que huit ans lorsqu’il accéda au trône et pour consolider sa position, un mariage politique fut rapidement envisagé avec la prestigieuse maison de Habsbourg. C’est ainsi qu’en 1767, il épousa l’archiduchesse Marie-Caroline, l’une des nombreuses sœurs de notre reine Marie-Antoinette.

Malheureusement, la Révolution puis l’Empire ne furent pas tendre avec les Bourbons des Deux-Siciles. En effet, contraints de se réfugier en Sicile sous la protection de l’amiral britannique Nelson, Ferdinand et Marie-Caroline virent Naples tomber aux mains de partisans républicains puis de Joseph Bonaparte et, enfin, de Joachim Murat. Après la chute de Napoléon, le royaume fut restitué à Ferdinand qui, conscient de l’évolution irréversible de l’Europe, décida en 1816 d’unifier définitivement et de réformer Naples et la Sicile pour former le grand royaume des Deux-Siciles.

Une dynastie, des palais

Parmi les symboles les plus éclatants élevés par cette dynastie, le palais royal de Caserte occupe une place indétrônable. Construit à partir de 1752 sur ordre de Charles de Bourbon et conçu par l’architecte Luigi Vanvitelli, il devint l’un des plus vastes palais d’Europe, avec plus de 1.200 pièces, 1.790 fenêtres et un parc monumental de 120 hectares. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1997, Caserte témoigne de l’esprit de rivalité qui animait les cours européennes, toutes désireuses d’imiter la splendeur et la grandeur de Versailles. D’autres résidences, comme le palais royal de Naples ou le palais de Capodimonte, complètent cet héritage monumental des Deux-Siciles au bord de la merveilleuse méditerranée.

Déclin et exil

Malheureusement, le destin des Bourbons des Deux-Siciles bascula définitivement en 1860 lorsque les troupes nationalistes de Garibaldi envahirent le sud de la péninsule. François II, dernier roi du royaume, tenta alors de résister depuis la forteresse de Gaète, mais dut finalement capituler en février 1861, ouvrant ainsi la voie à l’intégration de son territoire dans la nouvelle Italie unifiée dirigée par Victor-Emmanuel II.

Malgré cette déposition et un exil forcé, la dynastie des Bourbons des Deux-Siciles conserva une reconnaissance internationale et une légitimité historique maintenue avec constance par ses descendants, qui entretiennent encore la revendication de leur ancien trône, dans l’éventualité où l’Histoire permettrait la renaissance de ce royaume disparu. L’actuel chef de la maison est le prince Charles de Bourbon des Deux-Siciles, duc de Castro. Après lui, en vertu d’une réforme successorale adoptée en 2016, instaurant la primogéniture absolue, viennent ses deux filles, Maria Carolina et Maria Chiara. Cette prétention au trône des Deux-Siciles demeure toutefois contestée par la branche dite de Calabre, représentée aujourd’hui par Pierre de Bourbon-Sicile, en raison d’une querelle dynastique lancée en 1960.

C’est dans ce contexte dynastique complexe que s’inscrit la relation entre Jordan Bardella et Maria Carolina, déclenchant un regain d’intérêt pour une maison royale pourtant dépourvue de pouvoir depuis plus d’un siècle et demi. Cependant, il convient de rassurer les républicains d’entre nous : même en cas de mariage entre le président du Rassemblement national et l’héritière des Deux-Siciles, et même en cas de victoire électorale en 2027, Jordan Bardella ne deviendrait pas prince consort et Maria Carolina ne deviendrait pas première dame au sens institutionnel, ces statuts n’ayant aucune existence légale en France ni aucune portée monarchique pour un royaume disparu. Cette union ne produirait donc aucune conséquence politique ou protocolaire, mais elle donnerait naissance à une épopée inattendue, une revanche symbolique pour tout les Bourbons privés de pouvoir, née de la rencontre entre un héritage monarchique et une ambition résolument républicaine.

mercredi 8 avril 2026

La République est une utopie mortifère

 

La République est une utopie mortifère

« Une communauté subsiste tant que parmi ses membres les causes d’amitié et d’union restent supérieures aux causes d’inimitié et de division. Les tribunaux sont établis pour châtier, réprimer et, s’il le faut, exclure ceux de chaque communauté qui montrent envers leurs confrères ce visage de loup qu’ils doivent réserver à l’ennemi commun. De même les honneurs anthumes ou posthumes ont servi de tout temps à récompenser ceux des membres de la communauté qui se sont montrés les plus “loups” envers l’ennemi ou, s’il est permis d’ainsi dire, les plus “dieux” envers leurs amis et compatriotes. Beaucoup de héros ont été déifiés ainsi, à titre militaire ou civil. » (Charles Maurras, Mes idées politiques).

Tous nos compatriotes se lamentent sur la déliquescence de notre nation, sur son archipélisation pour reprendre les mots de Jérôme Fourquet. Il n’y a plus de socle civilisationnel commun, les religions sont nombreuses, les opinions politiques diverses, chaque petit détail de la vie quotidienne renvoyant au gouffre qui ne cesse de se creuser entre les citoyens ; essayez seulement d’organiser des repas dans une cantine scolaire – végétariens, halal, et j’en passe ! A contrario, encore trop peu de Français s’aperçoivent que cette atomisation n’est pas due à un concours de circonstances, ni à de simples mauvaises politiques, mais bien à une matrice politique initiale excessivement délétère qui se nomme République française.

A ce propos, un petit livret vient d’être réédité par les éditions d’Action française : Les idées royalistes (https://www.livresenfamille.fr/actualite-etudes-essais/30330-les-idees-royalistes.html) de Charles Maurras.

« D’abord écartons l’utopie » (Charles Maurras). Toute la sève de ce livret est contenue dans cette formule si simple ! L’utopie, emprunté du latin Utopia, qui signifie proprement « Lieu qui n’existe pas » et qui fut créé par Thomas More à l’aide du grec ou « non, ne pas » et topos « Lieu, endroit » avait pour but de désigner une île imaginaire dotée d’une organisation parfaite. Et quelle île imaginaire gangrène notre pays depuis plus de deux siècles ! Aucune autre que cette nation-contrat des jacobins qui identifie société et Etat en les fondant sur le principe de la volonté générale ! Cette République une et indivisible, c’est-à-dire totale pour ne pas dire totalitaire, qui ne reconnaît aucun intermédiaire entre la nation et les individus isolés les uns des autres. Cette nation qui n’a jamais existé et qui n’existera jamais, mais qui entretiendra l’utopie jusqu’à l’abîme.

A contrario, la conception de la nation chez Charles Maurras est une reconnaissance d’un topos, c’est-à-dire d’une réalité concrète, d’une construction historique donnée et unique. Chez le maître de Martigues la nation ne peut exister sans les corps qui la composent, sans les familles, sans les provinces ou sans les villes ; les hommes y sont liés par des corps intermédiaires, des cercles concentriques nécessaires. Que d’aucuns voient encore en Charles Maurras un nationaliste jacobin est proprement risible ! Précisément, celui-ci revient dans ce texte sur la nécessité d’une conception fédéraliste et décentralisatrice de la nation : « Qui voudra réorganiser notre nation en devra recréer les premiers éléments communaux et provinciaux. Qui veut réaliser le programme nationaliste doit commencer par une ébauche de fédération » (Charles Maurras, L’idée de la décentralisation). Car la nature ayant horreur du vide, si vous supprimez les corps intermédiaires naturels d’autres viendront prendre leur place : partis politiques, coteries, et autres, rarement au service de la nation.

Parce que les corps intermédiaires de solidarités furent détruits et que l’individu isolé a émergé, le terrain fut préparé pour que chaque nouvel élément de division puisse s’affirmer. Religions, idéologies, folies wokistes, etc ; chaque individu se sépare de ses semblables au nom d’un principe et reconstruit un cercle de solidarité au nom de ce même principe parce qu’il ne peut en être autrement – l’homme étant un animal social. Aucune solution viable ne pourra être trouvée à l’archipélisation de notre nation tant que son principe politique pervers demeure. “Ces institutions « meurtrières », comme les a précisément nommées M. Paul Bourget, travaillent depuis cent ans à affaiblir, faute de pouvoir les détruire complètement, la famille, l’association, la commune, la province et, en bref, tout ce qui seconde et fortifie l’individu, tout ce qui n’enferme pas le citoyen dans son maigre statut personnel. Chacune des faiblesses de la France moderne coule de ces institutions comme de sa source première.” (Charles Maurras, Enquête sur la monarchie).

Ce sera la mort de l’utopie ou la nôtre.

Disponible chez Livres en famille : https://www.livresenfamille.fr/ au prix de 5 euros.

Pour d’autres ouvrages du maître de Martigues : https://www.livresenfamille.fr/3861_charles-maurras

Cet article est une tribune libre, non rédigée par la rédaction du Salon beige. Si vous souhaitez, vous aussi, publier une tribune libre, vous pouvez le faire en cliquant sur « Proposer un article » en haut de la page.

https://lesalonbeige.fr/la-republique-est-une-utopie-mortifere/

Géopolitique de la troisième guerre mondiale

 

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Alexandre Douguine

De nombreux analystes avancent actuellement l’hypothèse que la troisième guerre mondiale a déjà commencé et que nous en sommes à sa première phase. Que ce soit vrai ou non, nous le saurons dans un avenir proche, mais supposons pour l’instant que cette hypothèse est fondée et tentons d’en examiner les contours géopolitiques.

La signification de la troisième guerre mondiale réside dans un changement radical de toute l’architecture de la politique mondiale. Les institutions internationales existantes depuis longtemps ne correspondent plus à la réalité. Elles sont toujours structurées selon la logique du système de Westphalie et du monde bipolaire. Le modèle de Westphalie repose sur la reconnaissance de la souveraineté de tous les États reconnus au niveau international. L’ONU est bâtie sur le même principe.

Cependant, dans la pratique, au cours des cent dernières années, le principe de souveraineté est devenu une pure hypocrisie. Dans les années 1930, en Europe, un système s’était formé où seuls trois forces étaient souveraines, et de manière strictement idéologique : 1) l’Occident bourgeois-capitaliste (Grande-Bretagne, États-Unis, France, etc.) ; 2) l’URSS communiste ; 3) les pays de l’Axe, avec une idéologie fasciste.

Une telle situation a perduré après la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais un seul de ces pôles idéologiques — le fasciste — a disparu. Cependant, les deux autres — capitaliste et socialiste — se sont renforcés et étendus. Mais là encore, aucun État-nation en soi n’était souverain. Certains étaient dirigés depuis Moscou, d’autres depuis Washington. Le mouvement de non-alignement oscillait entre ces deux pôles.

L’auto-dissolution du Pacte de Varsovie et l’effondrement de l’URSS ont éliminé le bipolarisme, et à partir de ce moment, seul les États-Unis ont été porteurs de la souveraineté. L’ONU et le modèle de Westphalie sont devenus de simples paravents de l’hégémonie mondiale. Ainsi est apparu un monde unipolaire.

Dès les années 1990, il est devenu évident qu’il fallait revoir le droit international au profit soit d’un gouvernement mondial (version libérale de la fin de l’histoire selon Francis Fukuyama), soit d’une hégémonie occidentale directe (les néoconservateurs américains). Les pays européens ont suivi le scénario du gouvernement mondial, en cédant leur souveraineté en faveur de l’UE, en tant qu’étape préparatoire à celui-ci. À leur tour, il a été suggéré discrètement à tous les autres de se préparer à la même chose.

Cependant, au début des années 2000, une nouvelle tendance a émergé: la volonté de restaurer la souveraineté en Russie et en Chine. Moscou et Pékin ont tendu vers la réalisation de la souveraineté non plus comme une fiction, mais comme une réalité. C’est ainsi que la multipolarité s’est manifestée. Désormais, il était proposé que les porteurs de la souveraineté deviennent des États-civilisations — aussi bien déjà constitués (Russie, Chine, Inde) que potentiels (monde islamique, Afrique, Amérique latine). Et c’est ainsi qu’ils se sont constitués en BRICS.

En conséquence — le projet unipolaire est entré en collision avec le multipolaire. Tant les globalistes que les néoconservateurs s’opposaient au multipolarisme. Le potentiel de conflit était évident, et les anciennes normes et règles, encore issues des périodes géopolitiques précédentes, n’étaient plus applicables.

Il n’importe pas de savoir si la troisième guerre mondiale a déjà commencé ou non, mais sa teneur géopolitique est claire : c’est une guerre entre l’unipolarité et le multipolarisme pour une nouvelle architecture mondiale, pour la répartition des centres de décision souverains — soit uniquement à l’Ouest, soit parmi les États-civilisations en pleine montée en puissance.

Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche pour un second mandat en 2024 avec un programme qui laissait penser qu’il adopterait le multipolarisme : refus des interventions, critique des globalistes, conflit direct avec les libéraux, attaques virulentes contre les néoconservateurs, concentration sur les problèmes intérieurs des États-Unis, appel à revenir aux valeurs traditionnelles — tout cela laissait penser que Trump et son administration prendraient partie pour le multipolarisme, tout en cherchant à assurer aux États-Unis des positions aussi avantageuses que possible dans cette nouvelle configuration.

Cependant, très vite, l’administration américaine a commencé à se rapprocher des néoconservateurs et à s’éloigner de sa position initiale. Par la suite, elle a soutenu le génocide à Gaza, poursuivi l’approvisionnement de Kiev en renseignements, capturé Maduro, préparé une invasion de Cuba, et enfin déclaré la guerre à l’Iran avec l’assassinat des dirigeants politiques de la République islamique d’Iran.

La troisième guerre mondiale a été déclenchée par les États-Unis dans le contexte de la préservation, du renforcement et même de l’affirmation définitive du modèle unipolaire de l’ordre mondial. On propose à tous les autres d’être soit des vassaux obéissants, soit des ennemis. C’est avec ces adversaires du monde unipolaire que Washington mène cette troisième guerre mondiale. En jeu, il y a la souveraineté. Il n’existe pas encore une seule puissance capable de faire face de manière symétrique aux États-Unis, c’est pourquoi ceux-ci déploient des actions militaires sur plusieurs fronts simultanément.

Le premier front de cette guerre du monde unipolaire contre un monde multipolaire est l’Ukraine. Cette guerre a été provoquée par les néocons dès l’époque d’Obama, et ce sont surtout les globalistes qui y ont pris part, voyant en la Russie non seulement un obstacle géopolitique à l’établissement d’un gouvernement mondial, mais aussi une menace idéologique. Trump a hérité cette guerre, et il ne s’en réjouit pas vraiment (la Russie étant une puissance nucléaire avec une idéologie conservatrice, contre laquelle le président américain n’a rien à redire). Mais Moscou n’est manifestement pas prête à reconnaître sa vassalité envers Washington, insistant sur la souveraineté et la multipolarité, ce qui est incompatible avec l’hégémonie unipolaire. Quoi qu’il en soit, Washington continue de soutenir le régime de Kiev, tout en transférant l’initiative aux pays européens de l’OTAN, pour lesquels ce conflit revêt un caractère à la fois essentiel et idéologique. Ce front demeure important, et plus Moscou défend sa souveraineté, plus Washington sera dur avec la Russie.

Le deuxième front des États-Unis concerne l’hémisphère occidental: l’enlèvement de Maduro et la prise de contrôle du Venezuela, la préparation d’une invasion de Cuba, des actions contre les cartels au Mexique, en Colombie, en Équateur, etc. En substance, c’est une guerre contre toute l’Amérique latine dès lors qu’un pays tente de résister au diktat direct des États-Unis.

Le troisième front, actuellement à la phase la plus intense, est l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, qui a enflamé tout le Moyen-Orient. Cela inclut également la poursuite des opérations militaires de Tel-Aviv à Gaza, au Liban, au Yémen, ainsi que la refonte de toute la carte du Moyen-Orient.

En substance, l’Occident mène actuellement une guerre simultanée contre trois pôles du monde multipolaire (Russie, monde islamique, Amérique latine). À l’ordre du jour, l’ouverture d’un quatrième front — dans le Pacifique. Le conflit avec la Chine est inévitable selon la logique globale des changements en cours dans la politique mondiale.

L’Inde — un autre État-civilisation — adopte encore une position fluctuante et, en raison des contradictions avec la Chine et le Pakistan, penche vers les États-Unis et Israël. Mais pour jouer le rôle de vassal docile, l’Inde, avec son potentiel, ne semble guère adaptée, d’autant plus que la multipolarité constitue la ligne officielle de son gouvernement.

Ainsi, la carte de la géopolitique de la troisième guerre mondiale est esquissée dans ses grandes lignes. La faction du monde unipolaire y est représentée par les États-Unis, l’Occident dans son ensemble et leurs vassaux, y compris le Japon et la Corée du Sud en Extrême-Orient. Ils se battent selon deux scénarios qui ne sont pas totalement identiques: le mondialisme (l’UE et le Parti démocrate des États-Unis) et l’hégémonie américaine directe (les néocons).

Par ailleurs, Netanyahu a dans cette configuration ses propres plans autonomes pour la construction d’un grand Israël, ce qui est difficilement conciliable avec le mondialisme libéral, mais tout à fait soutenu par la Maison-Blanche, les néocons et les chrétiens sionistes. Cependant, dans l’ensemble, cette coalition reste relativement solidaire face au monde multipolaire et, à mesure que l’escalade augmente, elle sera contrainte d’agir de plus en plus de manière unie, en laissant les contradictions internes pour plus tard.

Le camp du monde multipolaire est beaucoup plus dispersé. Ses principaux centres sont la Russie et la Chine. La Russie mène déjà sa guerre en Ukraine, tandis que la Chine évite pour l’instant une confrontation directe. Le monde islamique est divisé, une partie des pays musulmans étant sous contrôle total des États-Unis. L’Iran et le monde chiite en général sont les plus radicaux, ils sont en première ligne de la confrontation contre l’Occident, mais les Iraniens ne comprennent pas encore totalement que d’autres fronts de cette guerre, notamment l’Ukraine, les touchent directement.

La direction de la RPDC comprend parfaitement la situation géopolitique globale, étant la plus ouverte à soutenir la Russie dans la confrontation contre l’Occident sur le front ukrainien.

L’Amérique latine est également fragmentée. Le gouvernement de Lula au Brésil penche vers la multipolarité, tandis que le régime de Milei en Argentine soutient, au contraire, l’axe américano-israélien.

En Afrique, la multipolarité est la plus fortement ressentie par les pays de l’Association du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger). La position leur est proche, tout comme celle de l’Afrique du Sud, de la Centrafrique, de l’Éthiopie et de certains autres pays. Mais aucun d’eux ne possède une position consolidée.

L’Inde adopte une position neutre — d’un côté, en tant que membre du bloc multipolaire, et de l’autre, en raison de ses relations étroites avec les États-Unis et Israël.

Globalement, les forces unipolaires, malgré toutes leurs contradictions internes, sont plus consolidées et ont une vision plus claire de contre qui, pour quels intérêts et quelles valeurs elles combattent. La divergence de priorités et même de visions sur le modèle final de l’ordre mondial souhaité par l’Occident — les États-Unis — ne constitue pas un obstacle à leur stratégie commune, à leur coopération étroite dans le domaine du renseignement, à l’échange de technologies militaires, etc.

De leur côté, le camp multipolaire est beaucoup plus dispersé. Même les pays directement attaqués par l’Occident unipolaire ne se précipitent pas pour intégrer leur potentiel ni pour soutenir directement les autres.

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2026/04/06/geopolitique-de-la-troisieme-guerre-mondiale.html

Qu'est-ce que la politeia dans la Grèce antique ?, avec Christel Müller

 


lundi 6 avril 2026

« La résolution de l’ONU omet la traite arabo-musulmane et, plus encore, celle intra-africaine. Bien avant l’arrivée des Européens, l’esclavage interne était une réalité structurelle dans la plupart des sociétés africaines (…) »

 

TRIBUNE – La résolution votée le 25 mars dernier par l’assemblée générale de l’ONU pour qualifier la traite atlantique et l’esclavage des Africains de « plus grave crime contre l’humanité » omet curieusement la traite arabo-musulmane et, plus encore, la traite intra-africaine.

Marie-Claude Mosimann-Barbier est maître de conférences honoraire de l’École normale supérieure de Paris-Saclay, membre du GRER (groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme) de l’université Paris-Cité.

Le 25 mars, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution qualifiant la traite atlantique et l’esclavage des Africains de « plus grave crime contre l’humanité ». L’objectif est clair : cette condamnation doit ouvrir la voie à des réparations financières. Les réactions dans la presse ont été nombreuses : une majorité, faisant fi de l’histoire, s’en félicitait, et quelques-uns soulignaient la coutumière invisibilisation de la traite arabo-musulmane, ce « tabou bien gardé » comme la qualifie l’anthropologue algérien et spécialiste de l’Islam Malek Chebel.

Toutefois, le rôle du Ghana comme initiateur de la résolution n’a fait réagir personne alors qu’il existe un deuxième tabou encore mieux gardé : le rôle actif dans la traite de plusieurs ethnies africaines, dont les Ashantis, dans l’actuel Ghana. En effet, si les acheteurs étaient européens, les vendeurs étaient africains. Les Européens ne s’aventuraient pas à l’intérieur des terres mais achetaient les esclaves à des partenaires africains. D’une part, l’insalubrité des zones intérieures avait découragé les quelques Portugais qui s’y étaient aventurés et, d’autre part, depuis les débuts, au VIIe siècle, de la traite transsaharienne, des Africains vendaient des esclaves aux Arabo-musulmans. Lorsque le commerce triangulaire se mit en place, des vendeurs existaient déjà mais, avec une demande européenne croissante, de nombreuses ethnies africaines s’impliquèrent activement dans la traite atlantique.

Ceci s’inscrit dans une dimension historique peu connue qui est la longue existence de l’esclavage en Afrique. C’est Olivier Pétré-Grenouilleau qui, le premier, le porta à la connaissance du grand public, dans son remarquable livre Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, lequel suscita un torrent d’indignations et d’attaques à sa sortie en 2004. Il expliquait que, bien avant l’arrivée des Européens et le développement de la traite atlantique, l’esclavage interne était une réalité structurelle dans la plupart des sociétés africaines ; c’était une institution intégrée aux structures économiques, sociales et politiques locales.

(…)

Le Figaro

31 mars dernier :

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https://www.fdesouche.com/2026/04/06/la-resolution-de-lonu-omet-la-traite-arabo-musulmane-et-plus-encore-celle-intra-africaine-bien-avant-larrivee-des-europeens-lesclavage-interne-etait-une-realite-structur/

samedi 4 avril 2026

Des gouvernants et des gouvernés

 

Un trentièmecinquième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait de Pierre Boutang tiré de Reprendre le pouvoir, paru en 1978.

*****

Il est de sens commun que n’importe quelle société implique l’existence de « gouvernants » et de « gouvernés » ; mais ce sens commun n’est, le plus souvent, que résignation à l’exercice du pouvoir illégitime et ignorance du phénomène de la souveraineté : ignorance des éléments du pouvoir, ignorance de la dialectique qui les meut. Dénombrer seulement les deux classes – l’une qui participe du gouvernement, l’autre qui en subit les opérations –, c’est assimiler le pouvoir à n’importe quelle contrainte, de violence pure ou de ruse ; c’est supposer le problème résolu de la conscience que les peuples et les Princes prennent de leur relation et de leur histoire. 

Il y a pire toutefois dans cette vue humiliante et rudimentaire : si le pouvoir et son exercice y apparaissent avec la gratuité douloureuse d’une névrose, s’ils se réduisent finalement à l’exclamation imbécile de Charles Bovary « c’est la fatalité », cette fatalité est massivement intemporellement décrite, monstrueuse image sur le mur immobile.

Or, nous savons bien, par expérience enfantine, ou conjugale, ou même de l’enseignement si « magistral », caricaturalement, qu’il se veuille, que cela n’est pas vrai, qu’il n’en est pas ainsi des pouvoirs analogues au pouvoir souverain. 

L’obéissance du fils au père, [d’un individu à un autre] ne sont pas si grossières ; elles ne se fondent pas sur l’axiome qu’il « faudrait bien » des fils et des pères, [etc.] ! Si le latin spécifie une « obedientia ad verba », une obéissance à la lettre, à ce qui se veut le dernier mot, nous éprouvons sans cesse par la condition du langage (où l’autorité n’est justement qu’un élément) des reprises en interrogation nouvelle, en exclamation, des variantes secrètement fondées sur la certitude que nul ne dit exactement ce qu’il croit ; l’enfant a beaucoup de cordes à l’arc de son obéissance, et jusqu’à l’ironie et au soupçon indispensables. Comment serait-il autrement du sujet ? 

Le pouvoir n’est pas dans l’instant, plutôt dans la durée du dialogue, et la politique est une conversation en actes réels, avec des silences qui ne sont pas étrangers à son sens. Ce qu’il importe d’entendre pleinement tient à la nature mixte (du résultat d’un dialogue intérieur sur lequel d’autre se fonde) pour l’État et pour le peuple : actes d’autorité pour le premier, signes de consentement à tous es degrés pour le peuple. Quoi ! Le peuple ne pourrait vouloir au sens plein ? Mirabeau n’a-t-ilrien dit sur cette volonté et sur les baïonnettes ? 

D’abord, si l’on ne sait ce qu’a exactement dit Mirabeau, on a son propre témoignage, le récit de l’événement fameux, la Treizième lettre du comte de Mirabeau à ses « commettants », écrit aussitôt après la séance du 23 juin où l’apostrophe est modestement attribuée à un « député des communes », et édulcorée d’une manière peu probante de sa conviction intime : « Pour éviter toute équivoque et tout délai, je vous déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force, car nous ne quitterons nos places que par la puissance de la baïonnette ». C’est moins beau que ce que l’on apprend à l’école primaire, mais plus intéressant par l’absence de cette volonté. Rousseau lui-même la déclarait non représentable ; et si le consentement s’accommode de diversité, et même d’ambiguïté, la volonté du peuple ne pourrait être que la prétention d’une partie du peuple à être l’Etat, qu’elle n’est point. J’ai noté, de surcroît, que la volonté n’est pas non plus intacte ni sans règle dans l’Etat ; le mode de l’autorité, du résultat de son action, trouve deux fois sa limite, dans la détermination par le bien commun, hors de laquelle l’autorité est introuvable ; puis dans la matière du consentement populaire, en ses signes antérieurs et dans le calcul que l’on peut faire de sa probabilité et de son degré. Vouloir se perd, s’oublie quand un pouvoir invente ses voies, et le mythe de la volonté une du peuple apparaît et s’exploite dès que le consentement foncier, l’habitus normal du sujet ou du citoyen manque, et que le vide, n’importe comment, exige une matière.

Un regard sur le modèle proposé permet d’ailleurs de comprendre comment naît le lâche préjugé commun, qu’il faut toujours des gouvernants et des gouvernés, et qu’à la limite il n’y a qu’une espèce de régime du pouvoir, l’oligarchie ; pour l’Etat, la production terminale, le mixte, où la composition, au moins dialectique, s’abolit, est l’autorité : un sic jubeo.

Il n’y a rien à répondre, sinon les armes à la main et dans la guerre civile manifestée, à la constatation de Joseph de Maistre : « La souveraineté a des formes différentes. Elle ne parle pas à Constantinople comme à Londres ; mais quand elle a parlé de part et d’autre à sa manière, le bill est sans appel comme le fetfa » (tiré de Du pape, paru en 1819). D’autre part, le mixte dans la participation du sujet à la dialectique du pouvoir est le consentement ; l’idée de légitimité qui y a introduit le soupçon, la mise en cause qui distingue les modes d’obéissance des peuples, sont, dès l’abord, parce qu’il faut vivre et que l’histoire laisse peu le temps de respirer, oubliés au fond du consentement.

https://www.actionfrancaise.net/2026/04/04/des-gouvernants-et-des-gouvernes/

jeudi 2 avril 2026

La Commune de Paris : la guerre civile des Français, avec Michel Winock

 


L’énergie solaire était bien responsable du black-out électrique mortel en Espagne

 

@Pexels
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Scandale à Madrid : le Sénat espagnol vient de dévoiler la tentative de dissimulation de la panne électrique géante hispano-portugaise du 28 avril 2025 qui aurait fait 147 morts. Depuis ce tragique accident, la société Red Eléctrica de España (REE), qui gère le réseau de transport de l’électricité en Espagne (équivalent de RTE en France), tentait de masquer les faits afin de dégager sa responsabilité, soutenue ardemment par le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez et son parti le PSOE. Il ne fallait pas que soit mis en cause le rôle joué par l’énergie solaire dans le déclenchement de la panne.

La preuve du scandale

Or, comme l’a révélé la presse hispanique, ces derniers jours, le Sénat espagnol, s’appuyant notamment sur des échanges entre opérateurs du réseau Red Eléctrica, a pu prouver, depuis, que le solaire était bien à l’origine de la panne, mais aussi que cette origine était connue et a été dissimulée.

En effet, l'ENTSO-E (Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d'électricité) est venu à la rescousse de REE, après un premier rapport sur les faits, paru le 3 octobre 2025, et s’est ensuite fendu d’un rapport final de près de 500 pages, paru le 20 mars 2026. « Un modèle d’enfumage, dont l’objectif était de noyer le poisson sous des tonnes d’informations, en se gardant de pointer l'essentiel », a réagi l’expert en énergie Fabien Bouglé, dont la revue Transitions & Énergies évoque l’affaire dans un article, ce 1er avril.

La chaîne du mensonge

Et c’est une véritable chaîne solidaire du mensonge par dissimulation qui s’est en effet mise en place afin de sauver le « soldat énergies renouvelables ». En France, le 25 mars 2026, RTE reprenait complaisamment, sur son sitevia des questions-réponses, les éléments de langage du rapport du ENTSO-E paru 5 jours plus tôt. Le quotidien Le Monde avait fait de même dès le 20 mars.

Très vite après la grande panne, pourtant, de nombreux experts avaient indiqué que sa cause principale était la perturbation due au solaire.

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En juin 2025, Quota Climat, association spécialisée dans la délation auprès de l’Arcom de toute personnalité ou média remettant en cause le dogme écologiste (et notamment sur les énergies renouvelables), passait à l’attaque sur LinkedIn. Sa cible : André Merlin, ancien président fondateur de RTE. Son crime ? Sa « prise de position attribuant la panne électrique espagnole aux énergies renouvelables tourne dans les médias, publics et privés ». Et Quota Climat de faire jusqu’au bout sa besogne de délateur en citant les médias ayant repris les propos de l’ancien patron de RTE qui contredisaient le discours de son successeur.

« J’avais à l’époque relayé les interventions d’André Merlin, que j’estimais être le bon sens même »se rappelle Fabien Bouglé.

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« Quand j’avais appris par les infos le déclenchement de ce black-out en Espagne et au Portugal, explique-t-il, j’avais immédiatement fait une capture d’écran des relevés de production électrique avant et au moment de la panne. On voyait bien que cela coïncidait avec une forte augmentation de production d’origine solaire. »

On voit ici nettement les oscillations de la production solaire (en jaune) qui ont provoqué la panne du 25 avril 2025 (document fourni par Fabien Bouglé).

Une intermittence génératrice d’oscillations

Ce sont ces données qui ont alerté les professionnels dont les échanges figurent au rapport du Sénat espagnol. Elles sont, ajoute Fabien Bouglé, l’exemple type du « danger que constituent les énergies renouvelables pour un réseau d’électricité ». En effet, pour que le réseau fonctionne correctement, « il faut que les niveaux de production et de consommation de l’électricité soient identiques ou approchants ». Or, tributaire de l’ensoleillement, « la production solaire crée des oscillations ». Et le 25 avril 2025, « une très forte oscillation de la production solaire a subitement fait osciller la production totale », bien loin du niveau de consommation du moment. « C’est cela qui a provoqué la panne générale, et les spécialistes sérieux ont vite compris ce qui s’est passé ce jour-là », conclut Fabien Bouglé, qui ajoute que « l’Espagne, ayant fait une croix sur le développement de son nucléaire, était d’autant plus fragile face à ce phénomène d’oscillation. L'inertie des réacteurs nucléaires permet en effet de contrer une hausse de fréquence, donc de limiter le risque de black-out. »

La PPE3, facteur potentiel d’un black-out

Il aura donc fallu la découverte de ces échanges entre opérateurs pour que se dissipe l’écran de fumée mis en place, pour des raisons idéologiques, par les politiques et les opérateurs, sous la pression des idéologues écologistes. Ce qui s’est passé depuis près d’un an en Espagne est évidemment grave pour l’Espagne, mais pas seulement.

Comme l’a fait remarquer François-Xavier Bellamy, sur son compte X« malgré les tentatives de censure du gouvernement socialiste espagnol, l'évidence s'impose enfin. Avec ses conséquences pour la France, qui avec la PPE3 s'enfonce dans la même impasse... » En déséquilibrant notre « mix énergétique » au profit des énergies intermittentes, la PPE3 augmente de facto le risque d’un black-out français. Et pour l’eurodéputé LR, « Les milliards d'euros imposés chaque année aux Français pour raccorder des énergies intermittentes à notre réseau, pourtant le plus décarboné d'Europe, conduiront demain au même effondrement. Personne ne pourra dire qu'il ne savait pas ! »

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Ses collègues députés LR en France sont-ils sur la même ligne que François-Xavier Bellamy ? Leur attitude face au passage en force de Sébastien Lecornu et de ses alliés socialistes et écologistes sur la PPE3 permet d’en douter.

Etienne Lombard

mercredi 1 avril 2026

Les communes et le roi

 

par François Marcilhac

Dans Ouest France du 24 février 2026, en vue du premier tour des élections municipales, le comte de Paris rendait hommage aux élus municipaux en rappelant que « ces artisans du bien commun incarnent à la fois l’âme de notre pacte social et l’expression de notre diversité ». Et d’appeler à élargir leurs compétences. Malheureusement, le pays légal républicain est indifférent à cette dimension essentielle de cette « démocratie de proximité », la seule qui pourrait véritablement refléter le souci politique en dehors de toute autre considération. Parce que le régime des partis politise tout, au mauvais sens du terme, parce qu’il fait de chaque enjeu électoral un enjeu de pouvoir oligarchique, parce qu’il est incapable de s’affranchir de ses propres démons politiciens, il abîme ces élections et le rapport entre le maire et ses « administrés » en y insufflant des préoccupations étrangères aux affaires municipales. C’est ainsi que la seule question que se sont posés politistes, journalistes et politiciens était de savoir si les municipales de 2026 préfigureraient les luttes à venir pour la présidentielle de 2027, alors que, comme le comte de Paris l’écrivait également, « si les Français plébiscitent les communes, cest parce quelles sont naturellement lespace des avancées concrètes et de la solidarité réelle ». 

La République contre les communes

Ce n’est pas la première fois que le comte de Paris alertait ainsi sur la spécificité des communes dont les libertés, anciennes et bien plus étendues avant 1789, ont été voulues et élaborées par nos rois au Moyen Âge. Durant la covid-19, en juillet 2020, il avait déjà publié une tribune sur « nos communes, expression de la France vivante » où il militait pour un renforcement de ces libertés : « Défendre nos communes, cest dabord veiller à leur libre administration. […] Défendre nos communes, cest respecter leur autonomie financière et veiller à ce quelles disposent des justes moyens pour agir. Défendre nos communes, cest veiller à ce quelles conservent une place centrale dans notre organisation territoriale ». Or, qu’a fait le pays légal depuis plusieurs décennies, sinon le contraire, en noyant les compétences des communes au sein de machins intercommunaux inefficaces et, le plus souvent, au seul profit de la commune la plus puissante, tout en les étouffant financièrement, sans oublier une métropolisation qui coupe la France en deux. Chacun a observé la hausse de l’abstention aux dernières municipales, et nos politistes d’en conclure que le désintérêt des Français pour les élections affectait désormais jusqu’à leurs élus préférés. C’est ne pas voir que cette hausse est trompeuse et qu’elle a été largement provoquée, s’agissant surtout des petites communes. Ainsi, au nom d’une conception rigide de la parité, le pays légal, totalement déconnecté du pays réel, a-t-ilsupprimé le panachage dans les communes de moins de 1 000 habitants : jusqu’en 2013, ce droit concernait celles de moins de 3 500 habitants et il a été totalement supprimé en 2025. Or — double conséquence délétère —, le fait que la parité soit devenue obligatoire pour ces communes limite déjà la constitution de listes : souvent une seule peut être constituée. Dans ces conditions, pourquoi aller voter ? 

Une administration étouffante des Français

La République ne cesse ainsi de s’attaquer aux libertés fondamentales des Français. En supprimant leur droit de pouvoir choisir réellement ceux qui administreront leur cité, elle montre avec, de plus, une arrogance idéologique qui frôlerait le ridicule si elle ne traduisait surtout une volonté totalitaire de rationalisation politicienne, que son seul objectif est de vider de son sens le premier échelon, l’échelon communal, là où devrait s’exercer cette « démocratie » réelle permettant aux citoyens de s’organiser comme ils l’entendent. Nous en arrivons au stade ultime de cette dépossession au profit d’une administration toujours plus étouffante. La limitation du nombre des communes, qui s’est accélérée depuis vingt ans, participe de la même démarche de déracinement et privation de nos libertés fondamentales. S’appuyant bien souvent sur des exemples étrangers (Allemagne, Royaume-Uni), faisant fi de notre histoire à la fois locale et nationale parfois bimillénaire, avec une vision strictement quantitative de la politique locale, qui vaut aussi pour la politique de la santé — ainsi de la fermeture des maternités dans les « territoires », mot affreux de hauts fonctionnaires hors sol visant à neutraliser le rapport du citoyen à sa petite patrie —, la République des administrateurs et des oligarques espèrent mettre définitivement la main sur des citoyens dont il faut brider toute initiative et toute velléité d’autonomie. La République, au fond, reste toujours la même : les prétendues lois de décentralisation n’ont fait, depuis 1982, que rendre les Français toujours plus dépendants de l’État et des structures qu’il a inventées — jusqu’à des régions totalement artificielles sous Hollande — pour leur donner l’illusion qu’ils vivaient dans un pays décentralisé (article 1er de la Constitution) tout en les privant de toute initiative, le carcan européen venant renforcer le carcan jacobin. Oui, le Français n’est plus qu’un matricule, ce que Maurras dénonçait déjà avant la Première Guerre mondiale : aucune initiative ne lui est plus laissée dans aucun cadre et les communes ne font pas exception. Elles n’ont quasiment plus aucune marge de manœuvre, non seulement financière mais également juridique. Alors, il est vrai, pourquoi aller voter ? 

Un tableau toutefois contrasté

Toutefois, il serait faux d’en conclure que le Français ne se sent plus concerné par ce que l’on pourrait appeler sa citoyenneté de proximité, celle précisément dont dépend sa vie quotidienne. Si, dans les métropoles à la sociologie mondialisée, l’enjeu est surtout idéologique — on le voit aux résultats de Paris, Marseille, Lyon ou Nantes, qui ne sont décevants que pour ceux qui ont cru à une véritable possibilité d’alternance, quand la différence des listes reposait surtout sur des enjeux de pouvoirs oligarchiques ou d’ambition personnelle —, en revanche, s’agissant de villes petites ou moyennes, on vote encore beaucoup. La participation augmente même lorsque les citoyens veulent confirmer des personnalités qui ont déjà fait leurs preuves ou espèrent un véritable changement. Assurément, cela peut donner le pire comme le meilleur. Là encore, la sociologie a son importance, même s’il ne faut à aucun prix tomber dans un déterminisme paresseux. Mais il n’est pas étonnant que LFI ait, à la fois, perdu en raison de sa gestion calamiteuse, au profit de la droite, les deux seules mairies de plus de 5 000 habitants (une dans le Nord, l’autre dans l’Hérault) qu’elle avait remportées en 2020, et, en revanche, gagné aujourd’hui, en raison de l’évolution de son discours, des villes gangrénées par l’islamo-gauchisme et le narcotrafic. Inversement, le pays réel plébiscite des maires, souvent jeunes, qui refusent le politiquement correct et dont l’action et le discours se répondent : ainsi le maire de Salbris (Loir-et-Cher), Alexandre Avril, vice-président de l’UDR, qui avait pourtant fait l’objet dans les médias de grand chemin de tentatives de déstabilisation, a été reconduit haut la main dès le premier tour. Quant à une volonté de changement, un jeune candidat de vingt-cinq ans, passé des LR aux RN, Romain Lemoigne, a réussi à faire sortir de sa torpeur centriste, plus ou moins teintée de rose selon les saisons, la ville de La Flèche, dans le sud de la Sarthe.

Qu’est-ce à dire, sinon que les Français espèrent encore dans leur petite patrie et souhaiteraient pouvoir renouer avec une véritable vie communale, la municipalité étant le lieu d’une citoyenneté directe et efficace. Seul, là encore, un régime indépendant de partis et des oligarchies pourrait la leur rendre.
Le comte de Paris ne cesse de les y inviter.

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