jeudi 5 novembre 2026

Le néolibéralisme: ce qu’il est et comment fonctionne le système qui enrichit quelques-uns et appauvrit le plus grand nombre

 

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Giovanni Balducci

Source: https://geopoliticaesistemi.com/il-neoliberismo-cose-e-co...

Depuis des décennies, on nous raconte que privatiser, libéraliser, réduire l’intervention de l’État et rendre le travail toujours plus flexible apporteront richesse et prospérité à tous. Mais la réalité que des millions de citoyens vivent au quotidien est bien différente: les grandes fortunes peuvent continuer à croître tandis que les salaires, les pensions de retraite et le pouvoir d’achat deviennent insuffisants pour garantir une vie digne. Nous sommes face à un système dans lequel travailler ne signifie pas nécessairement sortir de la pauvreté et où la richesse produite collectivement risque de se concentrer entre les mains d’une minorité.

Mais comment fonctionne concrètement le néolibéralisme? Son principe fondamental est que le marché doit jouer un rôle dominant dans l’économie et que l’État doit réduire sa présence dans de nombreux secteurs. Cette orientation s’est imposée surtout à partir des années 1980, avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan, à travers des politiques de privatisation, de déréglementation, de réduction de certains impôts sur les capitaux, de maîtrise des dépenses publiques et de flexibilisation accrue du travail. Selon ses partisans, ces mesures favorisent l’investissement, la concurrence et la croissance économique. Mais le problème fondamental est que l’accroissement de la richesse ne garantit nullement sa répartition équitable. Un pays peut s’enrichir sur le plan économique tandis qu’une part importante de sa population s’appauvrit en termes relatifs.

Le premier mécanisme d’appauvrissement concerne le travail. Pour augmenter leurs marges bénéficiaires et rester compétitives sur les marchés, de nombreuses entreprises cherchent à contenir leurs coûts de personnel. Lorsque les politiques publiques affaiblissent les protections et le pouvoir de négociation des travailleurs, cette pression peut se traduire par des salaires insuffisants, de la précarité, des contrats temporaires et des externalisations. Le travailleur est de plus en plus considéré comme un coût à réduire plutôt que comme une personne à laquelle il faut garantir sécurité et dignité. On aboutit ainsi à l’absurdité d’une société dans laquelle on peut travailler à temps plein et rester pauvre. Si les salaires n’augmentent pas proportionnellement au coût de la vie, tandis que les bénéfices et les rentes continuent de croître, une part grandissante de la richesse peut finir entre les mains de ceux qui possèdent le capital plutôt que de ceux qui contribuent à la produire.

Le deuxième mécanisme est la transformation progressive des droits en marchandises. La santé, l’éducation, les transports, l’énergie et d’autres services essentiels sont de plus en plus souvent soumis à la logique de rentabilité. Les privatisations peuvent, dans certaines conditions, améliorer l’efficacité, mais lorsque le profit devient le critère dominant, le risque est que l’accès aux services dépende des moyens financiers. Ceux qui ont de l’argent peuvent s’offrir de meilleures prestations, tandis que ceux qui n’en ont pas risquent de devoir renoncer à satisfaire même leurs besoins fondamentaux. Ainsi, les familles ne sont pas seulement appauvries par les bas salaires, mais aussi par l’augmentation des dépenses nécessaires pour vivre. S’il faut consacrer une part toujours plus importante de ses revenus à se soigner, étudier, se loger et se déplacer, il en résulte une érosion progressive du bien-être.

Le troisième mécanisme est la concentration de la richesse. Ceux qui possèdent des biens immobiliers, des actions, de vastes patrimoines et des capitaux financiers disposent de possibilités de gains souvent inaccessibles à ceux qui vivent exclusivement de leur salaire. Ceux qui ont déjà beaucoup d’argent peuvent l’investir et en accumuler davantage; ceux qui peinent à boucler leurs fins de mois ne parviennent même pas à épargner. Lorsque le système fiscal favorise excessivement les patrimoines, lorsque la négociation salariale s’affaiblit et lorsque le pouvoir économique se concentre, l’écart entre ceux qui détiennent la richesse et ceux qui vivent de leur travail tend à se creuser. C’est le mécanisme par lequel l’argent peut produire davantage d’argent, tandis que le travail ne garantit pas nécessairement une amélioration des conditions de vie. Et lorsque le pouvoir économique devient trop concentré, il peut également se transformer en pouvoir politique, en influençant des décisions qui devraient être prises dans l’intérêt général.

Le quatrième mécanisme est l’austérité, c’est-à-dire la réduction des dépenses publiques présentée comme une nécessité inévitable. On nous répète qu’il faut réduire les dépenses, économiser et contenir les coûts. Mais lorsque les coupes touchent la santé, l’éducation, l’aide sociale et les services de proximité, ce sont inévitablement les citoyens qui en paient le prix. Moins de services publics signifie souvent davantage de dépenses privées, davantage d’inégalités et moins de possibilités pour ceux qui partent d’une situation défavorisée. Bien entendu, les finances publiques doivent être soutenables et les gaspillages doivent être combattus, mais on ne peut pas transformer la soutenabilité financière en une justification permanente du sacrifice des droits sociaux. Un État qui cesse d’investir dans les personnes risque également de compromettre la croissance économique future.

Le cinquième mécanisme est l’endettement des ménages. Lorsque les salaires ne suffisent pas et que le coût de la vie augmente, de nombreuses personnes sont poussées à recourir à des prêts et à des crédits. Le crédit peut être utile, mais lorsqu’il sert à couvrir les besoins quotidiens, il devient une source de vulnérabilité. Une part croissante des revenus est absorbée par les échéances et les intérêts, ce qui réduit encore la liberté économique des ménages. Un cercle vicieux se crée ainsi: salaires insuffisants, hausse des dépenses, recours à l’endettement et perte progressive d’autonomie. Une personne économiquement fragile est aussi moins libre de refuser des conditions de travail injustes ou de faire face à des périodes difficiles.

Mais le chef-d’œuvre idéologique du néolibéralisme consiste à convaincre les personnes que leur pauvreté est exclusivement de leur faute. Si tu n’arrives pas à boucler tes fins de mois, on te dit que tu dois faire davantage d’efforts. Si tu ne trouves pas de travail digne, tu dois te réinventer. Si tu n’as pas les moyens de te loger, tu dois revoir tes attentes à la baisse. Si ton salaire ne suffit pas, tu dois devenir plus productif. Dans ce récit disparaissent les responsabilités politiques, les inégalités de départ, les rapports de force entre les entreprises et les travailleurs, ainsi que la répartition profondément déséquilibrée des possibilités offertes à chacun. La pauvreté, de problème social, est transformée en un prétendu échec individuel. C’est une opération idéologique extrêmement efficace, car elle pousse les personnes à avoir honte de leurs difficultés plutôt qu’à s’interroger sur les causes économiques et politiques qui les produisent.

En Italie, ces mécanismes se conjuguent à des problèmes structurels particulièrement graves. La faible progression des salaires réels sur le long terme, la précarité, les inégalités territoriales, les difficultés des jeunes et l’augmentation de certains coûts essentiels contribuent à rendre toujours plus compliquée la construction d’une vie autonome.

Tous ces problèmes ne découlent pas exclusivement du néolibéralisme: la stagnation de la productivité, la fraude fiscale, les retards d’investissement et les faiblesses du système productif pèsent également. Mais il est légitime de dénoncer une orientation politique qui a souvent considéré la modération salariale, la flexibilité et la maîtrise des dépenses publiques comme des solutions prioritaires, sans garantir une amélioration correspondante du bien-être collectif. Quel sens cela a-t-il de parler de croissance économique si des millions de personnes ne parviennent pas à en percevoir les bénéfices? Quelle valeur a la compétitivité si elle se construit en comprimant les salaires et en augmentant l’insécurité?

Le néolibéralisme risque également d’affaiblir la démocratie. Lorsque d’immenses ressources économiques se concentrent entre les mains d’un petit nombre d’acteurs, leur capacité à influencer la politique, l’information et les décisions publiques augmente elle aussi. Formellement, tous les citoyens ont le même droit de vote, mais, dans les faits, tous ne disposent pas des mêmes moyens pour peser sur les choix collectifs. Une démocratie ne peut être considérée comme pleinement saine lorsque le pouvoir économique devient si concentré qu’il remet en cause l’égalité politique effective des citoyens. La liberté économique est importante, mais elle ne peut devenir le prétexte permettant à une minorité d’exercer une influence disproportionnée sur le destin de la majorité.

Il est nécessaire de changer radicalement de cap. Il faut revaloriser les salaires, protéger le travail, lutter contre la précarité, investir dans la santé et l’éducation publiques, garantir une fiscalité réellement progressive et combattre les rentes improductives ainsi que les positions monopolistiques. Il faut soutenir les entreprises qui innovent et créent des emplois dignes, mais empêcher que la compétitivité repose exclusivement sur la réduction des droits. Il faut surtout retrouver un principe fondamental: l’économie doit être au service de l’être humain, et non l’être humain au service de l’économie.

Le plus grand danger est que la pauvreté devienne une condition normale et socialement acceptée. Qu’il devienne normal de travailler sans parvenir à épargner, de renoncer à se soigner — aux États-Unis, pour être clair, c’est déjà le cas —, de vivre dans l’incertitude, de ne pas avoir les moyens de se loger ou de voir ses enfants contraints de chercher un avenir ailleurs. Qu’il devienne normal de demander des sacrifices continuels aux travailleurs tandis que la concentration de la richesse est présentée comme un phénomène inévitable. Nous ne pouvons accepter une société dans laquelle le progrès économique coexiste avec la régression sociale.

Le néolibéralisme n’est pas une loi de la nature et ne représente pas le seul modèle économique possible. Il est le résultat de choix politiques et, à ce titre, peut être débattu, contesté et modifié. Toute économie de marché ne produit pas nécessairement de l’appauvrissement, mais un système qui sacrifie les salaires, les services publics et la justice sociale sur l’autel du profit risque de construire une société toujours plus inégalitaire et fragile.

Le moment est venu de dire: assez. Nous ne sommes pas nés pour servir les marchés: ce sont les marchés qui doivent servir les personnes. La richesse d’une nation ne devrait pas être mesurée uniquement à l’aune des bénéfices des grandes entreprises ou de l’évolution des Bourses, mais aussi de la qualité de vie des citoyens, de la dignité du travail et de la possibilité de construire un avenir sans vivre constamment dans la peur de la précarité.

Car une société qui enrichit toujours davantage quelques privilégiés tandis que des millions de personnes peinent à vivre dignement ne peut être considérée comme un modèle de réussite. C’est un modèle qui doit être profondément transformé

.http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2026/11/04/le-neoliberalisme-ce-qu-il-est-et-comment-fonctionne-le-systeme-qui-enrichi.html

Saint Louis et notre temps

 

Par Henri VI, comte de Paris

ll n’est pas deux époques plus différentes, apparemment, que celle de Saint-Louis et la nôtre. Notre monde, gouverné par la science et les techniques, qui se veut matérialiste, où l’on ne connaît ni bien ni mal, ne peut que difficilement comprendre un siècle qui fut peut-être celui de la plus haute spiritualité, où le péché était en abomination, et qui reconnut pour héros celui dont tous les actes de la vie et jusqu’à l’holocauste final, n’eurent d’autre principe que la foi : la foi la plus ardente, la plus généreuse et la plus agissante qui s’empara jamais de l’esprit et du cœur d’un homme. La gratuité des dernières croisades, inspirées par le seul amour du Christ, apparaît comme aberrante à notre temps où il arrive qu’on en prêche de nouvelles, pour la défense d’une certaine forme de civilisation, sans doute, mais aussi pour sauvegarder le culte sourcilleux d’un tout autre dieu.

Notre société, décomposée, où triomphe l’individualisme absolu, avec ses apparences égalitaires, son refus du sacré et son pouvoir banalisé, est certes à l’opposé de la société féodale du milieu du XIIIe siècle, rigoureusement organisée et hiérarchisée, mais couronnée par une autorité légitime, sacralisée, aux vertus évangéliques. Point n’est donc surprenant que ce règne, glorieux entre tous, qui malgré les vicissitudes de l’histoire, demeura si longtemps populaire et ne suscita qu’admiration et respect, soit aujourd’hui tenu pour négligeable, voire dénigré et contesté.

Certaines circonstances du temps de Saint Louis ne sont pas pour autant si éloignées du nôtre. Au jeu des comparaisons, il serait facile d’y trouver des similitudes étonnantes pour ceux qui douteraient de la constance de la nature humaine et du renouvellement des situations qu’elle explique : révolte de puissants mal contents ; violences estudiantines ; ébranlement des maîtres, université en péril ; poussées anarchiques au mysticisme déclamatoire ; prétentions abusives et virulentes de groupes sociaux jaloux de leurs privilèges. Mais ce n’est pas à ces péripéties qu.il faut s’arrêter pour nous sentir plus proches du roi à la conscience héroïque ; mieux vaut rechercher dans l’exemple qu’il nous a laissé, dans les enseignements qu.il nous a légués ce qui doit être utile au pays dans le présent, ce qui peut contribuer à assurer son avenir. Cela est bien, je crois, la meilleure manière d’honorer sa mémoire.

D’abord, il faut constater que tous les principes par lesquels s’est constituée notre vie nationale se manifestent déjà ou sont en germination dans le règne de Saint Louis, « printemps de la France ». Avec Louis IX apparaît vraiment la notion de légitimité fondée sur le respect du peuple et du pouvoir qui le représente, le guide et le sert. C’est de lui que la monarchie capétienne tient son caractère spirituel qui donne à son œuvre de justice, d’unité et d’émancipation sa valeur profonde, et je pense que la France elle-même n’en fut jamais complètement dépouillée car les révolutions héritent et continuent plus encore qu’elles ne détruisent et innovent.

Dans la démocratie formelle, l’accession à la charge suprême est le fait de la compétition dans le style individualiste du siècle dernier ; toutefois, il est permis d’espérer qu’un jour, pour en finir avec l’escalade permanente du pouvoir, le moyen sera trouvé d’instituer dans la République une autorité qui ne soit pas seulement légale mais légitime : ce peut être l’exigence naturelle de la société véritablement organique qui doit naître des réalités de ce temps. Pour y parvenir, il n’est d’autre formule que l’enracinement des institutions dans la masse populaire et la participation active des citoyens aux affaires publiques. C’est ainsi qu’un gouvernement trouve ses assises légitimes et par là son indépendance et son autorité. Tiens le peuple « en faveur et amour », c’est le dernier conseil de Saint Louis à son fils, pour que « tes ennemis et adversaires, spécialement tes pareils et tes barons, redoutent de t’assaillir et de méfaire envers toi ».

Saint Louis « ne s’occupait que de justice », c’était là toute sa politique et la raison de la révolution pacifique qu.il accomplit. Les « groupes de pression » de son époque, rebelles à l’unité et à l’intérêt commun, avaient leur propre justice et le roi justicier s’attacha à combattre fermement ce privilège. Les féodaux de notre temps ont retrouvé l’habitude de défier l’État, de se faire justice eux-mêmes, de prélever à leur bénéfice la meilleure part des richesses produites par le travail de tous. C’est la tâche des gouvernements modernes d’assurer, avec la « sévère équité » de Saint Louis, une juste répartition des ressources nationales et ensuite de faire respecter par tous l’ordre et les lois. Les mesures sociales, si nombreuses, hardies et ingénieuses soient-elles, ne sont que des palliatifs. La politique à faire est une politique de justice, celle que les papes qualifient de socialiste, celle qui doit mettre le monde du travail à l’abri des caprices de « la fortune anonyme et vagabonde ». Les manœuvres occultes de l’argent roi, telles qu’elles s’exercent de nos jours, ne sont plus acceptables. Il faut en finir avec les féodalités nouvelles dont le règne est fondé sur la peur qu’elles inoculent au peuple pour le faire douter de son droit et de son destin, pour lui faire accroire que ses intérêts sont liés à leur puissance et qu’il lui faut devenir conservateur pour garantir les meilleures conditions de vie acquises par les luttes d’autrefois.

En finissant de souder les provinces du Midi à celles du Nord, Saint Louis a créé l’unité territoriale de la France : en posant les premiers jalons de l’œuvre capétienne qui devait, avec les siècles, amener la ruine des féodaux, il a été l’initiateur de l’unité politique de la nation. Après bientôt deux siècles de divisions institutionnalisées, dont nous savons les résultats, voici qu’on attend merveille du dualisme politique : mais cette nouvelle imitation des autres restera longtemps, semble-t-il, du domaine des songes : il n’est pas venu le temps où l’alternance à l’américaine deviendra, chez nous, une réalité de gouvernement. Jusqu’à présent, le « fait majoritaire », dont on fait grand cas, a eu surtout pour effet la transmutation du gaullisme en un parti conservateur, ce qui est loin de correspondre à ce qu’on a appelé ironiquement les « rêves unanimistes du général De Gaulle ». Pour ma part, je reste convaincu que la recherche de l’unité est bien la conception la plus réaliste, la plus généreuse et la plus nécessaire de notre temps. Saint Louis ne divisait pas pour régner, il régnait pour unir.

Aussi bien, renoncer à nos divisions serait en vérité renoncer à peu de chose, car à quoi d’essentiel tiennent-elles ? L’intelligentsia politique française fleurit sans cesse de plans, de programmes, d’idées nouvelles qui ne portent, hélas ! jamais fruit. Jadis, il m’est arrivé de tomber dans ce travers : aujourd’hui, je suis convaincu que le but de la politique et le seul moyen de gouverner, c’est d’accorder les hommes en les prenant tels qu’ils sont. C’est là la tâche qu’affectionnait Saint Louis, qui bénissait les « apaiseurs » : ce fut aussi celle d’Henri IV, qui n’était guère mystique

Au moment où il faut réaliser la plus grande et la plus rapide mutation de notre histoire qui bouleversera, qu’on le veuille ou non, nos structures sociales et modifiera radicalement les conditions de vie de chacun, tous les Français doivent être conviés à réaliser en commun cette immense entreprise, comme naguère le Général De Gaulle sut le faire lorsqu’il s’agit de sauver le pays. Je crois que l’effort gigantesque qu’il va falloir accomplir dans la paix requiert la même unité dans l’action que l’effort de libération exigea dans la guerre. Si les mots ont un sens, la politique d’ouverture et de contrats de progrès ne saurait avoir de meilleure application ; il est même évident qu’elle ne pourrait avoir que celle-là : elle ne peut consister, en tout cas, à exclure de l’effort national près d’un quart des Français sous le couvert de l’anticommunisme : il n’est pas possible que l’anticommunisme soit l’alpha et l’oméga de la politique intérieure de la France.

Sans doute sommes-nous fort éloignés de cette unité si nécessaire : trop d’intérêts abusifs, d’idées reçues, concourent à rendre cette politique irréalisable avant longtemps. Pourtant, si nous avions le courage de l’accomplir, par le renouvellement moral, intellectuel, sociologique et politique qu’elle entraînerait, le rayonnement de la France dans le monde serait immense : nous ouvririons ainsi une voie nouvelle qui serait pour beaucoup d’hommes et de peuples celle de l’espoir et du salut.

Souvenons-nous que c’est la main d’ivoire du roi à « âme sans détour » qui fit de lui l’arbitre de son temps, le pacificateur de la chrétienté qu’il voulut unir en même temps qu’il fixait les règles de l’indépendance nationale. « C’est quelque chose de touchant et de sublime, écrit un historien de gauche, que le contraste de cette âme si pure, si sereine, si exclusivement dévouée à la religion du devoir, avec les passions égoïstes et forcenées qui se débattaient autour d’elle sans pouvoir la souiller ni la troubler. » Voilà comment et pourquoi le meilleur des Français est celui qui a le plus contribué à la grandeur et au prestige de la France. S’il en est un qui domine notre histoire, c’est lui.

Bien sûr, « de son temps même il ne manquait pas de gens pour le trouver un peu exalté ». Les hommes de bon sens ne savent pas toujours percer les secrets de la sagesse. Cependant, la France « croissait de jour en jour en puissance » sous la conduite de ce prince « qui était le moins ambitieux des hommes », et Joinville nous dit que « finalement, par laps de temps, le royaume de France se multiplia et amenda tellement, pour la bonne justice et droiture qui y régnait, que le domaine, censifs, rentes et revenus du royaume croissaient d’an en an de moitié ». Comme quoi, loin d’être incompatible avec l’enrichissement d’un pays et l’accroissement du bien-être d’un peuple, la poursuite d’un idéal en est au contraire la condition et le ferment. Je crois qu’il y a là une idée qui mérite réflexion. Déjà, en 1966, je m’inquiétais des excès d’un pragmatisme desséchant. « Il était bon, disais-je, de chasser les fumées de l’idéologie, mais un pouvoir qui voudrait être sans signification morale et politique ne mènerait ni très haut ni très loin : l’homme ne vit pas seulement de pain. »

Nous sommes tous les fils de Saint Louis : quelles que soient les apparences présentes, les Français resteront les pèlerins de l’idéal, la seule recherche de biens matériels ne suffira pas à les satisfaire et n’apaisera pas leur soif de justice.

https://www.actionfrancaise.net/2026/11/05/saint-louis-et-notre-temps/

mercredi 4 novembre 2026

Pourquoi la démocratie gouverne-t-elle si mal ? – Conférence sur Charles Maurras ‪@ActionFrançaise‬

 


L’amour de la patrie plutôt que le culte de l’identité

 

Combat des idées 5

Par Antoine Clapas

Maurras tenait passionnément à la précision du langage. S’il a peu utilisé la notion d’identité, c’est d’abord parce qu’elle était moins couramment établie qu’aujourd’hui. Mais il voyait certainement les inconvénients sémantiques d’un pareil terme. Le mot est issu du latin médiéval « identitas », lui-même formé sur « idem », le même : Voltaire parlait quant à lui de « mêmeté ». On voit ce qu’un tel concept a de faux et de dangereux en ce qui concerne un pays comme la France. En effet, la France n’a jamais été un pays où le « même » aurait été défini une fois pour toutes en traversant tous les siècles. La France n’était pas la même en Bretagne, en Provence, en Alsace, ni en Auvergne. L’axoa basque n’est pas la garbure béarnaise, la choucroute n’est pas la bouillabaisse. Le français n’a jamais été la langue exclusive de la France ; Henri IV savait parler le béarnais, Montaigne a failli écrire ses Essais en gascon. Et pourtant, nous savons bien que la France a émergé avec Clovis et ses successeurs, et qu’elle reste une nation, quoique affaiblie.

Pour emprunter à David Hume, on peut dire que l’idéologie identitaire substitue des objets reliés au principe d’identité. Principe abstrait s’il en est, il s’oppose au réalisme, à l’empirisme organisateur et à l’approche historique de la nation que Maurras légua à De Gaulle. Tandis qu’Aristote utilisait ce principe dans le cadre de la logique formelle, son application dans le domaine de la connaissance et de l’expérience s’avère périlleuse. Le principe d’identité considère les choses comme fixes, alors que le réel est formé de continuité et de changement, et qu’il est sujet de l’Histoire. La Seine demeure, mais ses eaux vont. Il s’agit aussi d’un principe tautologique : A = A. Il est opposé au politique : la politique repose sur des relations à la fois intérieures et extérieures, elle implique une hiérarchie et elle vise à l’équilibre ou à l’harmonie, non pas à l’entité atomique et abstruse. Enfin, ce principe est proprement inhumain : regardez votre corps vieillir et souffrir, vous verrez comment se modifie votre « identité personnelle ».

Notion abstraite, l’identité d’un pays ne peut être définie que par un contenu arbitraire. Dérivant de l’anglais psychologique « identity » et apparue dans les années 1970, l’expression « identité nationale » est une dénomination problématique puisque, fondamentalement abstraite, elle appelle mécaniquement un programme sémantique compensatoire ; celui-ci s’avère déterminant et discriminant (au sens d’une opération intellectuelle), pour n’offrir en fin de compte qu’un contenu voué à la discussion et à la contestation. En effet, dans cette identité, certains placent la religion civile républicaine, d’autres la définissent par l’instinct de liberté annoncé par le mot « franc » ; d’autres la mettent dans la « diversité », d’autres encore dans la pensée des Lumières, dans le catholicisme romain, etc. De fait, l’identité d’un pays ne prend de consistance qu’à travers un capital culturel, historique, coutumier dont la marque évidente est la prolifération, l’instabilité et la diversité. Des identitaires nippons militent en ce moment contre le lait et la farine parce que ces produits sont d’origine occidentale ; allons-nous chasser le couscous, que l’on commença à cuisiner sous Louis XIV ? Le vin fait partie de l’identité de la France, mais nous n’apprécierions peut-être pas le vin servi à Dagobert. L’identité de la France au XVIe siècle n’est pas la même qu’au XIXe siècle, et elle n’est pas identique à celle du XIIe siècle. Sur le plan culturel et religieux, le christianisme fait partie de l’identité de la France, mais il n’en est pas une singularité : autour d’elle, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne sont aussi des pays chrétiens. Le pays, dit-on, est marqué par l’héritage « judéo-chrétien » ou « gréco-chrétien », quand il est en réalité défini par la romanité, assimilatrice d’Athènes et de Jérusalem. Mais un tel héritage est aussi celui de l’Angleterre et plus encore de l’Italie. On comprend que le fameux colloque organisé par Sarkozy sur l’identité de la France (2010) ait abouti à une magistrale impasse. Tout le monde sait que la France s’est construite non pas sur une « race » ou sur un ensemble ethnique relativement homogène (comme le Japon), mais autour d’un État suffisamment fort, qu’elle procède d’une politique monarchique, dont la République jalouse secrètement l’efficacité motrice.

Cela ne signifie pas que le débordement migratoire serait un mythe, ni que l’immigration massive depuis Sarkozy, et surtout Macron, ne pose pas les problèmes que l’on sait : sécessionnismes, enclaves quasi étrangères, difficulté de l’intégration, pourcentage élevé de la criminalité, frèrisme, etc. L’immigration massive encouragée par l’Union européenne pour assurer une main d’œuvre à bas coût ne laisse pas d’inquiéter la plus grande partie des Français, y compris ceux qu’elle a adoptés depuis des décennies. La raison de ce désordre tient à la faiblesse de l’État, qui renonce à ses fonctions régaliennes et protectrices, à sa soumission volontaire aux instances européennes. Mais l’incurie se renforce de la négligence de l’État à traiter le problème démographique, corrélatif au problème migratoire. Se pose aussi la question de la compatibilité de l’Islam avec la France : il faut en tout cas faire la part entre les Musulmans (majoritairement pacifiques) et l’Islam, religion souffrant de déséquilibres intrinsèques impossibles à traiter ici. À cause de ces manquements, de l’incompétence des gouvernements et de trop nombreux parlementaires, typiques de ce que Maurras appelait « le char mérovingien de la démocratie », un nationalisme identitaire, à tendance raciste, est apparu, comme s’il y avait là une solution. Plutôt qu’un corps de doctrines solidement étayées, il s’agit de slogans et de polémiques militantes, qui assurent qu.il faut être blanc pour être français. Cela paraît historiquement très ironique lorsque l’on pense aux peuples colonisés que nous appelions français, aux Dom-Tom (que nos ethnicistes voudraient sans doute céder à l’Angleterre ou à M. Trump), ou bien à la Légion étrangère, où se trouvent quelques-uns de nos meilleurs soldats. Si Maurras s’inventait des ancêtres Maures, Pierre Boutang était le petit-fils d’un galochier piémontais. Lorsque nous avons des voisins, voire des parents d’origine africaine ou asiatique, nés en France, où leurs parents et leurs grands-parents sont nés, qui n’ont pas connu d’autre pays que celui de Jeanne d’Arc, comment pourrait-on les traiter comme des non-Français ou des sous-Français ? C’est manquer à la politique capétienne, qui est un principe de rassemblement et d’unité, que de tomber dans l’ornière ethniciste, dont on peut dire, quant à elle, qu’elle n’est assurément pas française.

On ne peut parler d’identité nationale ou d’identité française que d’un point de vue conventionnel et relatif, en sachant qu’il ne s’agit pas de substances fixes, et que ces dénominations sont incertaines. Le plus souvent, le combat identitaire exprime mal ce que traduisent plus exactement les expressions « besoin de tradition » et « reconnaissance des personnes enracinées ou patriotes ». Ce combat reflète le malaise d’une grande partie des Français dits de « souche », vilipendés par LFI, et négligés par ceux qu’obsède le multiculturalisme : malaise réel et compréhensible. Simone Weil n’était pas maurrassienne, mais c’est elle qui affirmait que l’enracinement était « le besoin les plus important de l’âme humaine ». Enracinement dans le réel et le vivant, et non pas adoration d’une image fixe, comme le réclame le mirage identitaire. Ce qui est souhaité, c’est une continuité historique de la France, qui relie le passé, le présent et le futur. Et cela est beaucoup plus exact et respectable. Pour cela, la France dispose d’une culture et d’une sensibilité qui restent débitrices du christianisme, y compris chez les athées (les non-Européens ne s’y trompent pas), de valeurs fondées par Rome, puis par l’Humanisme classique, qui agissent encore sous la pensée des Lumières, qui est leur héritière infidèle. La « Mère des Armes, des Arts et des Lois », à qui Du Bellay rendait hommage, offre un beau programme pour un millénaire, si l’on veut. La France est peut-être la francité, telle que la chantent Francis Ponge et Richard Millet en s’appuyant sur l’exemple de Malherbe. Une langue, avec son trésor littéraire, ses noms de lieux et sa longue mémoire. Tout cela peut être reconnu et compris par des Français non chrétiens et des Français par adoption, dans la mesure où ils comprennent eux-mêmes la réalité dans laquelle ils vivent. Encore faut-il que la France soit aimée, que l’on donne sa plus haute culture en partage, et que l’on cesse d’incriminer systématiquement son histoire.

Si, pour l’équilibre historique de la France, il convient de lutter contre le multiculturalisme à tout crin des Mélenchonistes, et de freiner au mieux l’immigration massive, il faut reconnaître aussi que la véritable clé de voûte, la plus juste, la moins partisane et la plus pacifique, ne peut être que le Roi. En attendant qu’une instauration se fasse, nous avons un pays, une nation et le patriotisme ; nous échoit l’idée d’une aventure commune qui doit rassembler les Français dits de « souche » et les descendants de ceux qui les ont rejoints loyalement, tous enfants d’une même mère. L’amour du pays, ou la bienveillance à l’égard de la France, doivent inspirer le sentiment commun des Français tels qu’ils sont aujourd’hui. Je ne pense ici ni au chauvinisme, ni à un patriotisme qui se paie de fanfaronnades : le véritable patriotisme, dont les poètes de la Pléiade indiquèrent la voie, consiste à agir hic et nunc pour le bien du pays, et pour le bien de nos concitoyens. Que puis-je faire pour la France ? Telle est la question politique à laquelle chacun se doit de répondre.

https://www.actionfrancaise.net/2026/11/04/combat-des-idees-5-lamour-de-la-patrie-plutot-que-le-culte-de-lidentite/

mardi 3 novembre 2026

Keith Woods : « La modernité n’a pas créé le nationalisme, elle l’a libéré »

 

Jeudi soir, le KVHV-Gand, l’association des étudiants catholiques flamands de Gand, a reçu dans les murs de l’université de Gand l’essayiste irlandais Keith Woods. Woods est l’une des voix les plus suivies de la jeune droite nationaliste irlandaise. Il s’est fait connaître par ses vidéos, ses émissions en direct et ses textes sur Substack, et il est l’auteur de Nationalism: The Politics of Identity. Devant les étudiants flamands, il s’est attaqué à une idée devenue dogme dans les facultés de sciences humaines : la nation serait une construction artificielle, née au XIXe siècle. Ignorer la force de l’identité nationale a causé, selon lui, « beaucoup de morts et de souffrances inutiles ».

Une orthodoxie universitaire

Keith Woods raconte avoir découvert la thèse dite « moderniste » sur les bancs d’un département de sociologie en Irlande, et l’avoir aussitôt trouvée contre-intuitive. Selon cette école, le nationalisme serait un phénomène récent, artificiel et illusoire, apparu avec la Révolution française ou la révolution industrielle. Formulée dans les années 1920 et 1930, cette idée s’est imposée dans les années 1980 et domine toujours la sociologie et une partie de l’histoire. Elle s’est diffusée bien au-delà des campus : les militants de gauche la reprennent sur les réseaux sociaux pour demander comment on peut être nationaliste alors que la nation aurait été inventée il y a 200 ans. Pour Woods, il est difficile de la contester à l’université, tant les chercheurs craignent d’être soupçonnés de défendre des idées nationalistes.

Au début du XXe siècle, libéraux et marxistes annonçaient la fin des nations. L’industrialisation avait effacé les identités locales et religieuses, et la nation devait connaître le même sort. Marx écrivait que le capitalisme dissout dans l’air tout ce qui est solide, et la mondialisation devait achever le processus. Keith Woods cite Hans Kohn, qui a forgé la distinction entre nationalisme « civique », jugé respectable, et nationalisme « ethnique », jugé tribal, et qui voyait dans l’indépendance nationale un « mythe du XIXe siècle ». Il cite aussi H. G. Wells et Bertrand Russell, partisans d’un gouvernement mondial.

La réalité a donné tort à ces prédictions. L’ONU comptait 51 membres fondateurs, elle en compte aujourd’hui 193, et un tiers de ces États portent le nom de leur peuple fondateur. Les guerres entre États ont reculé, mais les conflits ethniques sont plus nombreux qu’il y a 60 ou 70 ans : Arménie, Israël et la Palestine, Russes de l’est de l’Ukraine, guerres de Yougoslavie, et l’Irlande du Nord, la région la plus militarisée d’Europe depuis 1945. De nouveaux États apparaissent, comme le Soudan du Sud, et d’autres sont réclamés, comme le Somaliland.

Des théoriciens marqués par l’exil

Woods s’intéresse à la biographie des pères de la thèse moderniste, qui étaient presque tous des exilés ayant fui l’autoritarisme. Hans Kohn, né à Prague, passe par la Palestine sioniste avant de gagner les États-Unis. Ernest Gellner, le sociologue le plus influent sur la question, quitte Prague au moment de l’annexion nazie. Eric Hobsbawm, né à Alexandrie, fuit Vienne après l’Anschluss et devient en Grande-Bretagne l’un des grands historiens marxistes du siècle. Elie Kedourie, issu de la minorité juive de Bagdad, accuse la Grande-Bretagne d’avoir fabriqué le nationalisme arabe contre l’Empire ottoman, et d’avoir ainsi détruit l’Irak tolérant de son enfance.

Woods précise que leur parcours ne réfute pas leurs idées, mais qu’il les éclaire. Il reproche surtout à leur théorie son fond marxiste : la culture y serait toujours imposée d’en haut par les élites économiques, et les paysans comme les ouvriers n’auraient aucune autonomie culturelle. Hobsbawm admet ainsi l’existence d’un sentiment national anglais chez Shakespeare, mais le réserve aux élites lettrées, comme si le peuple ne pouvait pas le partager.

Des nations dès l’Antiquité

Pour Keith Woods, le débat est en grande partie une affaire de définition. Si l’on définit le nationalisme comme l’attachement d’un peuple qui se sent une ascendance commune à un territoire, avec l’idée que le pouvoir politique et le peuple doivent coïncider, alors il traverse toute l’histoire. Il explique cette constante par la nature humaine. L’ethnie est pour lui une parenté élargie, et la culture le moyen de la rendre visible au-delà du cercle familial. Il reproche aux sciences sociales du XXe siècle d’avoir écarté la biologie et d’avoir vu l’homme comme une page blanche.

Il en donne plusieurs exemples. L’Égypte ancienne n’a jamais considéré la Nubie ou le Levant conquis comme égyptiens, et sous la domination des Hyksôs, des princes égyptiens jugeaient indigne d’être gouvernés par des étrangers. La Perse peuplait de colons perses les territoires conquis, et l’inscription funéraire de Darius proclame qu’il est « un Perse, fils de Perse ». Hérodote parle d’une communauté hellénique de sang, de langue et de temples, et Isocrate fait de l’Hellade la patrie commune des Grecs. Malgré leurs divisions, les cités grecques s’unissaient face aux Perses et se retrouvaient aux Jeux olympiques. Woods cite aussi La Cité antique de Fustel de Coulanges. L’Israël antique, avec ses frontières définies dans le Lévitique et ses lois sur la filiation, réunit selon lui tous les critères de la nation.

Rome, souvent présentée comme le modèle de l’empire multiculturel, a longtemps gardé un noyau italien distinct des provinces. Woods cite Edward Gibbon, selon qui les peuples d’Italie avaient fusionné en une seule nation. La deuxième guerre punique en apporte la preuve à ses yeux. Hannibal appelait les peuples soumis à se libérer de Rome : les Celtes l’ont rejoint, mais les Latins et les Italiens sont restés fidèles, même après le désastre de Cannes. Au Moyen Âge, l’historienne Susan Reynolds montre qu’un royaume correspondait toujours à un peuple. Dans le Saint-Empire, émietté en centaines d’États, l’identité allemande s’est imposée au point que l’Empire s’est appelé « Saint-Empire romain de la nation allemande ». Dès le XVIIe siècle, des juristes comme Samuel von Pufendorf débattaient de l’unification de l’Allemagne.

La modernité a libéré la nation

Woods reconnaît aux modernistes une part de vérité. L’alphabétisation de masse, la presse, l’urbanisation et surtout la diffusion de la souveraineté populaire ont changé la forme du sentiment national. Mais ce sentiment existait avant de trouver une expression politique. Il souligne que les traditions nationales étaient souvent plus fortes à la campagne qu’en ville, et que bien des mouvements d’indépendance ont été menés par des ruraux. Sa formule résume la conférence : la modernisation « n’a pas créé le nationalisme. Elle l’a libéré et renforcé ».

La Première Guerre mondiale l’a démontré. Les marxistes prédisaient que les ouvriers refuseraient de mourir pour des élites capitalistes. Ils se sont au contraire mobilisés en masse pour leur nation.

L’Ulster, une leçon pour l’Europe

L’Irlandais a ensuite tiré les conséquences politiques de son analyse. Selon lui, les sociétés multiculturelles qui ignorent la question ethnique voient la vie politique se structurer en blocs, d’abord implicitement, puis ouvertement. Il cite le chercheur David Betz, spécialiste des guerres civiles au King’s College de Londres. Ces conflits ne connaissent que 3 issues : l’élimination d’une communauté, comme pour les Rohingyas, la séparation, comme dans l’ex-Yougoslavie, ou « l’ulstérisation ».

L’Irlande du Nord sert d’exemple. La partition y avait été conçue pour garantir une majorité unioniste, issue des colons principalement écossais, au détriment des nationalistes irlandais : exclusion de certains emplois publics, découpage électoral orienté. La répression du mouvement des droits civiques à la fin des années 1960 a radicalisé les 2 camps. Les nationalistes se sont tournés vers l’IRA et le Sinn Féin, les unionistes vers le Democratic Unionist Party de Ian Paisley et les paramilitaires. Ni la fermeté de Margaret Thatcher et d’Enoch Powell, ni la démocratie majoritaire n’ont réglé le conflit. C’est l’accord du Vendredi saint de 1998 qui y est parvenu, en reconnaissant 2 identités légitimes, un droit de veto pour chacune et un partage permanent du pouvoir. Le même principe a mis fin à la guerre de Bosnie, avec la Republika Srpska. En Irak, les Américains ont ignoré les fractures entre sunnites, chiites et Kurdes, et le conflit qui a suivi dure encore.

Indépendances et sécessions

Lors des questions, Keith Woods s’est montré pessimiste sur l’avenir des sociétés européennes multiculturelles. Il juge le vote par blocs ethniques désormais difficilement réversible et prévoit une forme de conflit civil lent, avec des séparations de fait à l’intérieur des États. Il voit dans les smartphones, l’intelligence artificielle et la crise de l’État-providence des forces de décentralisation. Il n’exclut pas de voir de son vivant l’indépendance de l’Écosse ou du pays de Galles, voire de la Catalogne, du Pays basque ou de la Flandre, une perspective qui n’a pas dû laisser son public gantois indifférent. Il rappelle qu’une fois acquise, l’idée de souveraineté populaire ne recule plus : il n’existe aucun nationalisme austro-hongrois, mais les nationalismes croate, serbe et bosniaque restent bien vivants.

Il a enfin évoqué la professionnalisation récente de la droite nationaliste en Europe : vidéos, maisons d’édition, coopération entre pays. Interrogé sur le modèle américain d’identité multiculturelle, qu’un Premier ministre belge a présenté en exemple dans un livre, il a répondu en demandant simplement si les États-Unis se portent mieux aujourd’hui qu’à l’époque de leur fondement anglo-américain.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Les marchands florentins de la Renaissance, avec Ilaria Taddei

 


L'Europe moderne des XVe-XVIIe siècle : un nouveau christianisme ? avec Benjamin Deruelle

 


lundi 2 novembre 2026

Le Paradis païen n'a jamais existé - Entretien avec Jean-Pierre Maugendre

 


[TÉMOIN BV] « Le but du FLN était de créer des murs de sang entre les communautés »

 

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Né en 1950 en Algérie, Jean-Félix Vallat a vécu l'horreur absolue : lorsqu'il est âgé de quatre ans, son père, maire de son village, et sa mère, institutrice, sont sauvagement assassinés sous ses yeux par des terroristes du FLN. Il sera lui-même blessé lors de cet attentat. Il vivra toute la guerre d'Algérie, de sa petite enfance à son adolescence, avant d'être rapatrié en France en 1962 avec ses grands-parents.

En ce jour anniversaire de la sanglante Toussaint rouge, BV a recueilli en exclusivité son témoignage poignant.

Aujourd’hui, Jean-Félix Vallat demande au gouvernement français de se préoccuper du sort des cimetières des Français d’Algérie, dont certains ont été profanés dans l’indifférence du régime algérien.

À ce sujet, on relira l'article de Gabrielle Cluzel, publié en 2023, « Algérie : pas de visa pour réhabiliter des cimetières français ».

Jean-Félix Vallat est président de la Maison des agriculteurs et des Français d’Afrique du Nord (MAFA) et membre du comité de soutien du Groupe de recherche des Français disparus en Algérie (GRFDA).

La tombe des parents de Jean-Félix Vallat profanée en Algérie - crédit Famille Vallat

Jean Bexon

dimanche 1 novembre 2026

Ces mensonges qui salissent l’œuvre civilisatrice de la colonisation française

 

Ces outrances qui salissent odieusement l’œuvre civilisatrice de la France

La colonisation, si controversée, restera à jamais une des plus belles pages de notre fabuleux roman national. Les mensonges des mondialistes et du lobby immigrationniste, qui réécrivent l’histoire sans comprendre qu’ils distillent la haine de la France dans le cœur de nos immigrés, ne changeront rien à cette réalité.

La France a rayonné sur un territoire immense, grand comme vingt fois la métropole, et a propulsé des millions d’hommes et de femmes vers la modernité. C’est ce que retiendra l’Histoire dans mille ans, les empires coloniaux ayant alors rejoint ceux de l’Antiquité, bien loin des calculs politiciens d’aujourd’hui.

Quand notre Président ignare a voulu donner des gages au gouvernement algérien, en déclarant que la colonisation était un crime contre l’humanité, il a non seulement menti, mais il a sali la France et craché sur la magnifique œuvre civilisatrice de cette fabuleuse épopée, au cours de laquelle explorateurs, militaires, administrateurs, médecins, colons, enseignants, missionnaires, bâtisseurs et aventuriers intrépides ont transformé des terres vierges, hostiles et sauvages, en pays modernes et pacifiés. C’était au temps où la France, riche et puissante, n’avait peur de rien.

De ces contrées lointaines et inhospitalières sont sortis des villes, des routes, des voies ferrées, des ports, des aéroports, des écoles, des universités, des hôpitaux, des usines, des élevages, des cultures et des vergers. La tâche accomplie est titanesque.

La langue française et la transmission de nos savoirs et de nos valeurs humanistes ont propulsé tout un continent  vers la modernité, lui faisant faire un bond en avant de 1000 ans.

Nul ne peut contester qu’en quelques décennies de présence française, la paix, la santé, la scolarisation et la démographie ont progressé dans tout l’Empire. À l’heure de l’indépendance, en 1960 pour la plupart de nos colonies, tous les pays d’Afrique étaient viables et possédaient un niveau de vie très supérieur à celui de l’Asie, hors Japon.

La Chine de Mao était encore bien plus pauvre que l’Afrique et ne fabriquait que des lampions et des cerfs-volants, avant de devenir un colosse économique qui fait trembler le monde.

Avec la même population que la Chine, 1,4 milliard d’habitants, les 54 pays d’Afrique produisent moins de richesses que la France avec ses 67 millions d’habitants. C’est le seul continent où la pauvreté ne régresse pas, bien qu’il monopolise l’essentiel de l’aide internationale.

Voici donc la réponse aux six affirmations mensongères que les détracteurs de la colonisation assènent depuis des lustres, pour culpabiliser les Européens, réclamer repentance à tout propos et surtout pour masquer l’échec cuisant de l’indépendance, qui laisse l’Afrique sur le quai, alors que l’Asie a désormais dépassé l’Europe dans tous les domaines. 

Il est vrai que le confucianisme, prônant le goût de l’effort et le mérite, fait des miracles en Asie.

1) La conquête de l’Afrique a-t-elle été meurtrière ?

Certes, la conquête ne s’est pas toujours déroulée la fleur au fusil et reconnaissons qu’il y eut davantage de victimes chez les Africains que chez nos soldats. Mais bon nombre de territoires se sont rendus sans combattre et des centaines de traités furent signés sans faire couler le sang.

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Du côté français et de nos troupes indigènes, les maladies et épidémies ont fait bien plus de ravages dans les rangs que les combats. La conquête de Madagascar en est le meilleur exemple. Si le tiers du corps expéditionnaire de 18 000 hommes y laissa la vie, 99 % des victimes ont succombé aux maladies. Ce fut une hécatombe.

Du côté de la résistance africaine, il est clair que le combat était inégal et que le nombre de tués était souvent 10 à 20 fois supérieur chez les indigènes que chez nos soldats.

Mais aucune archive ne permet de chiffrer précisément le nombre de victimes chez les peuples conquis. Comment pourrait-on évaluer l’impact des combats sur la démographie, alors que le continent africain, mosaïque de plusieurs dizaines de milliers d’ethnies, était en proie à des guerres tribales incessantes, des épidémies et des famines à répétition ? Autant de fléaux que la colonisation a éradiqués.

Et si la conquête a été meurtrière, l’admirable travail de nos médecins a fait reculer la mortalité infantile dans des proportions gigantesques, tandis que nos soldats pacifiaient ces contrées et mettaient fin aux guerres ancestrales meurtrières. C’est donc un bilan global positif, systématiquement nié par le discours bien-pensant.

2) La colonisation a-t-elle reposé sur l’exploitation des indigènes ?

La colonisation a été évidemment une grosse consommatrice de main-d’œuvre indigène, pour mettre en valeur un continent en friches. Porteurs utilisés par milliers pour se déplacer dans des pays sans voies de communications, ouvriers pour construire des routes et des voies ferrées inexistantes. Ce qui ne veut pas dire esclavage et travail gratuit.

C’est le volontariat qui a prévalu. Et si le recours au travail forcé a bien existé sur les chantiers de voies ferrées, il est à mettre en parallèle avec l’abolition de l’esclavage qui sévissait entre tribus, frappant les ethnies « inférieures », esclaves de père en fils.

3) La France a-t-elle apporté la civilisation ?

Avec un Président assez stupide pour affirmer en Algérie que la colonisation fut une barbarie, il convient d’en revenir aux faits incontestables et de dénoncer ce mensonge éhonté.

Personnellement, je ne sais pas si la France a apporté la civilisation en Afrique, mais ce que je sais, c’est ce que nous avons trouvé en arrivant sur ce continent :

Esclavage, guerres tribales, famines, épidémies, cannibalisme et sacrifices humains.

En 1960, tous ces fléaux qui ravageaient l’Afrique depuis des siècles avaient disparu et ce continent devenu indépendant pouvait regarder l’avenir avec confiance.

Si ce n’est pas là un gigantesque bond en avant vers la civilisation, qu’est-ce que c’est ?

Au XIXe siècle, la France voulait faire triompher les idéaux de 1789 et cette mission civilisatrice a guidé Jules Ferry et Jean Jaurès, bien au-delà des intérêts mercantiles de l’entreprise coloniale.

Après les violences de la traite négrière, la colonisation du continent africain, à partir de 1850, fut un outil de libération. « Libérer, soigner, éduquer » furent les piliers de cette mission.

Rappelons, en passant, que si la traite atlantique a fait 14 millions de victimes, la traite interafricaine et la traite arabo-islamique en ont chacune fait tout autant. Mais il y a des victimes davantage politiquement correctes que d’autres…

Abolition de l’esclavage en 1848, développement de la médecine tropicale, lutte contre le paludisme, la fièvre jaune et la maladie du sommeil, généralisation des écoles et apprentissage du français. En 1944 à Brazzaville, de Gaulle exaltera cette mission civilisatrice, que les tenants de la repentance éternelle veulent faire oublier.

« La médecine coloniale avec ses médecins militaires, fut le fer de lance de l’action civilisatrice et humanitaire de la France », dira André Audoynaud, auteur spécialiste de l’Afrique.

4) Les soldats africains ont-ils servi de chair à canon ?                .

Le discours ambiant veut que les troupes indigènes aient été engagées « comme du bétail », sans le moindre souci des pertes subies. Une légende qui a la vie dure.

Car, sur l’ensemble de la guerre 14-18, la plus meurtrière, il s’avère que les pertes de « tirailleurs sénégalais » et autres troupes indigènes, sont proportionnellement équivalentes à celles des soldats métropolitains. 22,4 % contre 22,9 %.

En 1943 sont mobilisés 233 000 soldats maghrébins, 100 000 tirailleurs africains et 170 000 « pieds-noirs », pour combattre aux côtés des Alliés.

De 1943 à mai 1945, les pertes sont les suivantes :

6 % pour les soldats métropolitains, 6 % pour les troupes maghrébines, 5 % pour les tirailleurs africains et 8 % pour les soldats « pieds-noirs ».

Par conséquent, si les troupes indigènes se sont battues avec courage au cours des deux conflits mondiaux, prétendre qu’elles ont été utilisées comme chair à canon est un mensonge.

Quant à la légitimité d’engager des hommes dans une guerre qui ne les concernait pas directement, c’est un autre débat. Nos colonies étaient une partie de la France. Il me paraît donc naturel que les ressortissants de ces pays aient été engagés aux côtés de nos soldats.

5) La France a-t-elle pillé ses colonies ?

La France a retiré de ses colonies des matières premières et inversement, elle a bénéficié de nouveaux débouchés pour son commerce et son industrie. C’est un fait.

Mais comment peut-on parler de « pillage » alors que la majorité des transferts de capitaux s’est faite vers les colonies ? Non seulement les salaires des fonctionnaires, la construction des villes et des infrastructures ont été financés par la métropole, mais la plupart des denrées importées des colonies l’ont été à un prix supérieur au cours mondial, parfois jusqu’à 30 % plus cher.

Grâce aux financements publics, les PIB de l’AOF et de l’AEF ont augmenté respectivement de 8,5 % et 10 % par an entre 1947 et 1956. Le PIB par habitant a augmenté de 20 % entre 1950 et 1960.

En 1960, le PIB/hab de nos colonies est le double de celui de la Chine. Où est le pillage ?

6) Les colonies ont-elles été le moteur de la croissance française ?

La réponse est NON !

De la fin du XIXe siècle à l’indépendance, les balances commerciales de l’AOF et de l’AEF ont été très largement déficitaires. L’Afrique a donc vécu à découvert grâce au contribuable métropolitain, malgré la charge de la guerre et de la reconstruction.

Ces transferts ont été un gouffre pour la France et un frein pour la modernisation du pays.

Et si certaines entreprises privées ont pu tirer profit de la colonisation, la construction de pays entiers durant plus d’un siècle s’est faite au détriment des infrastructures et du développement de la Métropole.

Car la France n’a jamais possédé de colonies riches en matières premières et ce n’est que sur le tard que pétrole, gaz et uranium ont été  découverts.

Jacques Marseille avait conclu sur ce sujet que l’entreprise coloniale avait finalement nui au développement économique de la France.

Conclusion

Il est plus que temps d’en finir avec la repentance coloniale, les mensonges d’Emmanuel Macron et le discours antirépublicain des indigénistes. Le bilan de la colonisation de l’Afrique est largement positif, alors que celui de l’indépendance est dramatiquement négatif, comparé à celui de l’Asie. 

Voilà 60 ans que l’Afrique est indépendante, donc maitresse de son destin. Mais elle n’a toujours pas décollé, tandis que l’Asie a dépassé l’Europe et talonne les États-Unis.

Entre 1960 et 2022, la population du continent africain est passée de 300 millions à 1,4 milliard d’habitants. Mais 600 millions d’Africains n’ont toujours pas d’électricité. Est-ce encore notre faute ?

En attendant, nos pourfendeurs de la colonisation peuvent bien cracher leur venin en diabolisant ce salaud de Blanc, ce colonisateur raciste et esclavagiste, mais c’est pourtant en France que toute la jeunesse africaine rêve d’aller, c’est en France que les élites africaines envoient leurs enfants étudier, c’est  en France que les mêmes élites demandent la double nationalité, c’est en France qu’elles viennent se faire soigner, c’est en France qu’elles placent leur argent. La France est l’éternelle vache à lait.

Mais quand on leur demande de reprendre un de leur ressortissant délinquant, c’est « non ». Et Macron se couche !

(source : un article paru dans le Figaro Histoire,  2013) 

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/ces-mensonges-qui-salissent-loeuvre-civilisatrice-de-la-colonisation-francaise/

L’art est devenu laid, et ce n’est pas un hasard - Entretien avec Romaric Sangars

 


De l’ordre nécessaire…

 

Un soixante-deuxième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait d’Auguste Comte.

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Après avoir vu la philosophie métaphysique nier systématiquement, à la stupide satisfaction de tous les beaux esprits contemporains, l’utilité fondamentale de la société elle-même, ce qui, sans doute, doit implicitement comprendre toutes les aberrations possibles, pourrait-on s’étonner réellement de la production d’aucun sophisme partiel, quelque important qu’en soit l’objet et quelque absurde qu’en soit la pensée ?

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Une vaine métaphysique, se sentant incapable d’aborder sérieusement l’immense question de l’ordre, avait même tenté de l’interdire, en imposant matériellement un respect légal pour les dogmes révolutionnaires que toute doctrine vraiment organique doit préalablement exclure.

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Chacun des dogmes de la doctrine critique, quand il est pris dans un sens organique, revient exactement à poser en principe, sous le rapport correspondant, que la société ne doit pas être organisée.

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La démolition graduelle de toutes les maximes sociales et, en même temps, l’amoindrissement continu de l’action politique, tendent nécessairement de plus en plus, chez les divers partis actuels, à écarter d’une telle carrière les âmes élevées et les intelligences supérieures pour livrer surtout le monde politique à la domination spontanée du charlatanisme et de la médiocrité.

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L’absence totale de convictions fixes et communes ne permet maintenant qu’une politique purement provisoire, essentiellement bornée à l’ordre matériel.

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Aucune institution finale ne saurait surgir tant que subsistera l’anarchie actuelle des opinions et des mœurs. Jusqu’à ce que de fortes convictions et des habitudes systématiques aient librement prévalu envers tous les cas essentiels de la vie sociale, il n’y aura de véritable avenir que pour les diverses mesures propres à faciliter cette reconstitution fondamentale.

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Le patriotisme proprement dit, réduit même au simple civisme, ne cessera jamais de constituer le degré le plus usuel du vrai sentiment social.

https://www.actionfrancaise.net/2026/10/31/de-lordre-necessaire/

samedi 31 octobre 2026

Ukraine : la bataille pour l’eau dans le Donbass

 

Derrière les combats pour le Donbass se joue une bataille moins visible : celle de l’eau.

Pauvre en ressources naturelles, la région dépendait depuis 1958 du canal Siversky Donets–Donbass, qui alimentait des millions d’habitants, les mines et l’industrie. La guerre l’a largement mis hors service.

Pour compenser, la Russie a construit un réseau alternatif de quelque 200 kilomètres, pour plus de deux milliards d’euros. Selon Le Monde, il ne couvrait même pas 30% des besoins en août 2025.

C’est aussi ce qui fait de Sloviansk, proche des principales installations du canal, une cible stratégique. Moscou présente sa conquête comme une condition au rétablissement de l’eau à Donetsk.

Ressource vitale, l’eau pourrait peser sur l’avenir du Donbass comme sur les négociations entre Moscou et Kiev.

Explications de Martin Bernard.

source : Antithèse

https://reseauinternational.net/ukraine-la-bataille-pour-leau-dans-le-donbass/

vendredi 30 octobre 2026

Les 5 plus grands héros des croisades que vous devez connaître

 


Quand les services américains lançaient des programmes de contrôle du climat

 

Parmi les théories du complot, il en tombe parfois du ciel. Certains observateurs peuvent poétiquement s’inspirer d’un nuage pour écrire un sonnet ; d’autres y trouveront un fascinant sujet d’observation météorologique. Et d’autres encore, s’appuyant sur certaines informations déclassifiées, considéreront le ciel comme un terrain de guerre météorologique.

En avril 2025, lors d’un Town hall animé par l’ancien psychologue et animateur de télé, Dr Phil McGraw, le ministre américain de la Santé, Robert F. Kennedy Jr, s’empare du sujet. En évoquant publiquement l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense (DARPA), agence de recherche et de développement du ministère américain de la Défense, le ministre désigne cette dernière comme responsable de la dispersion de produits chimiques dans l’atmosphère, les fameux « chemtrails » : « Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour y mettre un terme. Je vais découvrir qui est responsable et les obliger à rendre des comptes. »

Pour rappel, ces « chemtrails » sont ces lignes blanches et persistantes que vous pouvez voir parfois au-dessus de vos têtes.

« Ces substances sont ajoutées au kérosène », ajoute RFK Jr. « Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour y mettre un terme. Je vais découvrir qui est responsable et les obliger à rendre des comptes. »

A ces tonitruantes déclarations, un rapport de la CIA, autrefois classé « top secret », est venu dévoiler en détail les plans des États-Unis, et ce dès les années 1960, visant à manipuler le climat. Certains « conspis », très au fait de ce genre de rumeurs sur internet, se frottent, un peu rapidement, les mains.

Une guerre du climat ?

Ces documents, déclassifiés en 2003, abordent le sujet controversé de la modification du climat. Une tactique consistant à lancer des fusées ou à utiliser des avions pour déverser dans l’atmosphère des produits chimiques destinés à modifier le climat et les systèmes orageux locaux. Bien que ces documents, datés de 1965, mis au jour récemment, ne mentionnent pas les produits chimiques spécifiques utilisés lors des expériences, ils stipulent la nécessité d’augmenter le financement des projets de modification du climat, qui allaient bientôt être utilisés comme arme de guerre.

En effet, ces notes indiquent que le financement fédéral de ce programme secret devait être multiplié par quatre en 1967 – l’année même où les États-Unis commencent à pulvériser des substances toxiques au-dessus du Vietnam afin de provoquer des inondations et des glissements de terrain. Un programme météorologique connu sous le nom Projet Popeye. Dans un mémorandum daté du 13 janvier 1967, cette arme météorologique est très explicitement décrite : « ensemencer » les nuages afin d’augmenter les précipitations au-dessus de certaines zones du Vietnam du Nord et surtout du Laos, dans le but de rendre les pistes et routes du réseau de la piste Hô Chi Minh impraticables.

Ce rapport de 18 pages a récemment été relayé par des adeptes de la théorie du complot, plusieurs années après avoir été discrètement versé aux archives publiques de la CIA ; il comprend notamment une lettre du président américain Lyndon B. Johnson saluant cette opération classée secret d’État. Le soutien apporté par le président américain de l’époque au projet de modification climatique de la CIA intervient trois ans à peine après un discours de celui-ci sur l’avenir des États-Unis et sur les travaux visant à créer des « satellites météorologiques » capables d’intensifier les tempêtes.

Lors de son discours de remise des diplômes à la Southwest Texas State University en mai 1962, Johnson, alors vice-président, annonçait : « Celui qui contrôlera le climat contrôlera le monde. » À peine 18 mois après avoir prononcé ce discours appelant les États-Unis à contrôler le climat, LBJ est devenu le 36e président et a supervisé deux projets tristement célèbres destinés à manipuler le climat : le projet Stormfury et le projet Popeye.

À la suite de ce discours, les archives ont révélé que de véritables programmes gouvernementaux étaient déjà en cours dès 1965, tels que le projet « Stormfury », qui consistait à envoyer des avions au cœur des ouragans pour y disperser un agent réfrigérant appelé iodure d’argent, dans le but d’affaiblir les tempêtes en perturbant leur structure interne. La lettre de Johnson, figurant dans le rapport de la CIA, objet de toutes les attentions, datant de septembre de cette année-là, mentionne spécifiquement l’ouragan Betsy, qui avait touché terre en Louisiane en tant que tempête majeure de catégorie 4. Cette lettre du président américain fait suite à un rapport du secrétaire au Commerce de l’époque, John T. Connor, sur les services météorologiques, préconisant notamment de développer la recherche sur le climat. Le rapport de Connor évoque explicitement la possibilité future de modifier les conditions météorologiques, y compris d’atténuer les ouragans.

Recherches qui aboutiront au fameux projet Popeye, utilisé contre les lignes de ravitaillement ennemies pendant la guerre du Vietnam afin de prolonger artificiellement la saison de la mousson dans ce pays. Le secrétaire à la défense de l’époque, Robert McNamara, décrit le projet comme une expérience opérationnelle clandestine et, bien sûr, top secrète.

Les responsables des services de renseignement ont également souligné qu’ils bénéficiaient du soutien total de Johnson, qui était déterminé à contrecarrer les efforts de l’Union soviétique visant à contrôler le climat alors que les tensions mondiales s’intensifiaient. Prudent, le gouvernement américain a toujours affirmé que la « modification du climat » n’avait été utilisée que pour atténuer la violence des tempêtes et provoquer des précipitations dans les régions touchées par la sécheresse.

De simples lignes blanches dans le ciel ?

Cependant, les adeptes des théories du complot qui partagent ces documents ont accusé la CIA d’utiliser ces projets pour maintenir le monde sous la dépendance des gouvernements, transformant les tempêtes en armes de guerre, en bloquant la lumière du soleil et en empoisonnant les réserves alimentaires afin de rendre délibérément les gens malades. Ces allégations portent principalement sur les fameux « chemtrails », ces traînées blanches que l’on voit s’échapper des avions volant à haute altitude par temps clair, et qui semblent s’étaler et se dissiper très lentement.

Avec ces révélations des initiatives gouvernementales en matière de modification climatique, les adeptes des théories du complot clament haut et fort que ces traînées contiennent bien une multitude de produits chimiques dangereux pulvérisés par des avions militaires et des avions de ligne au-dessus des villes densément peuplées.

C’est la thèse soutenue par Dane Wigington, chercheur indépendant sur la géo-ingénierie et les modifications du climat, mais aussi vigoureux militant, soutenant mordicus que les traînées persistantes laissées par certains avions sont le signe de dispersions intentionnelles d’aérosols destinées à modifier le climat. Wigington, soutient que la théorie du complot concernant les « chemtrails » était non seulement vraie, mais qu’elle avait en réalité compromis la capacité de la Terre à surmonter naturellement la pollution causée par l’homme. De plus en plus d’Américains, et ce depuis plusieurs années, estiment par ailleurs que la sécheresse en Californie est un « complot » du gouvernement.

Dane Wigington a récemment réaffirmé sa thèse, lors de son passage dans le podcast de la star conservatrice d’internet, Tucker Carlson, dont le portrait est à retrouver sur le site de l’OJIM.

La grande majorité des scientifiques réfutent depuis longtemps cette théorie. Selon l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), la NASA, et les autorités météorologiques, les traînées de condensation ordinaires se forment lorsque la vapeur d’eau issue des moteurs d’avion se condense puis gèle au contact de l’air froid en altitude. Leur persistance dépend notamment de l’humidité atmosphérique : certaines disparaissent rapidement, tandis que d’autres s’étendent et peuvent former des nuages de type cirrus.

De cette théorie fumeuse des vapeurs toxiques, une question demeure néanmoins : si un gouvernement américain est en mesure de mettre au point une arme de guerre météorologique durant la guerre du Vietnam, est-il en mesure de modifier le climat aujourd’hui ?

https://www.revue-elements.com/quand-les-services-americains-lancaient-des-programmes-de-controle-du-climat/