Un vingt–neuvième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui,un extrait de De la réforme et de l’organisation normale du suffrage universel d’Henri Lasserre.
*****
Quels seront donc, en très grande partie, d’abord les candidats, et par la suite les représentants de la nation ? Ce seront les ambitieux, c’est-à-dire les hommes les moins propres au gouvernement : car la première condition pour bien gouverner c’est de s’oublier soi-même et les empires seraient paisibles si les ambitieux ne les jetaient pas dans les convulsions. Les gens empressés de se mettre en avant, les vanités bruyantes, vides et sonores comme des tambours, les baudruches gonflées de vent, les convoitises ardentes en quête des jouissances du pouvoir, les orgueils violents et affamés, les passions seules en un mot, entreront, comme en leur domaine naturel, dans cette lice ouverte que les sages déserteront.
L’ambitieux jettera son argent et jouera sa fortune sur le tapis vert du scrutin ; l’ambitieux se présentera à grand orchestre et fera des circulaires à la Fontanarose ; l’ambitieux se fera placarder sur les murs en caractères larges, en caractères bizarres. Il aura des affiches bleues, rouges, jaunes, multicolores comme ses opinions. Il déshonorera les murailles, il y écrira son nom à l’endroit, à l’envers et de travers. Il fera des cabrioles, des culbutes et des volte-face ; il se mettra la tête en bas pour attirer l’attention du public ; il fera écrire en lettres énormes : « Votons tous pour Picrochole ! » Il se fera faire des certificats et des réclames scotchées par des compères et au bas desquelles il mettra gravement : « Vu : Picrochole ». Il ne craindra pas d’imiter les procédés des saltimbanques et des Barnums et couvrira dix mètres carrés de son seul nom répété coup sur coup. Que sais-je encore ? Qui de nous n’a été témoin de ces spectacles bouffons et tristes où les candidats ne craignent pas, pour rechercher les honneurs, d’employer les moyens qui provoquent le mépris.
Ô peuple de France, quand donc verras-tu à quel point ces hommes qui te prodiguent leurs adulations se moquent de toi en réalité, te tournent en dérision, t’insultent en face et te donnent publiquement une preuve de leur dédain. Suppose, ô peuple souverain, suppose que le plus stupide des tyrans eut un jour à choisir ses ministres ou ses intendants : quel est, dis-moi, le personnage, aspirant à ces grands emplois, qui oserait s’aviser de faire ainsi tapisser de son nom les appartements ou les basse-cours du monarque, afin d’attirer et de captiver le royal suffrage ? Ce souverain, ce roi, cet empereur, ce tyran, ce pacha, ce czar, quelque prodigieusement imbécile que tu puisses l’imaginer, ne verrait-il pas un outrage manifeste dans cette façon de faire valoir à ses yeux une candidature aux fonctions politiques : et ne chasserait-il pas avec colère quiconque lui ferait la grossière injure de le croire accessible à de pareils moyens ? Et cependant, c’est ainsi que l’on agit avec toi, ô peuple souverain de notre spirituelle France. Et tu ne te lèves point, indigné !… Nullement. Tu prends ton bulletin, sous la direction de quelque comité, et tu t’en vas voter docilement pour Picrochole, ô électeur de Panurge !
Et notez que ces honteux procédés, que ces charlatanismes électoraux ne sont pas le fait d’un parti, mais de tous.
Hélas, ce sont là les pratiques et les manœuvres de tous. La seule différence, c’est que les uns font cela en suivant la pente de leur nature et que les autres, au contraire, subissent, la rougeur au front, ce qu’ils considèrent comme une déplorable nécessité.
Depuis quatre ans la camarilla mondialiste, États, banksters et médias s’obstine à présenter l’histrion de Kiev comme un héros de roman de gare. Leur convoitise des richesses russes et leur détestation de Poutine les a conduits à faire d’un avorton barbichu un paladin. Inculte mais rompu aux ficelles de la télé-réalité. Intellectuellement déficient mais madré comme un marchand de tapis. Grand stratège qui n’a jamais porté l’uniforme avant de se déguiser en Rambo de mascarade.
« Prenons-y garde, nous aurons peut-être un jour à nous reprocher un peu trop d’indulgence pour les philosophes et pour leurs opinions. La philosophie du siècle a une arrière-pensée. » (Louis XVI, lettre à Malesherbes, 13 décembre 1786)
« Au nom de la très sainte Trinité, du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Aujourd’hui… moi Louis, seizième du nom, Roi de France, étant depuis quatre mois renfermé avec ma famille dans la Tour du Temple, à Paris…, impliqué dans un procès dont il est impossible de prévoir l’issue… n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser, je déclare ici, en sa présence, mes dernières volontés et sentiments… Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis… et je prie Dieu de leur pardonner… Je recommande à Dieu ma femme et mes enfants, ma sœur, mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par quelque autre manière que ce puisse être ; je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur, qui souffrent depuis longtemps avec moi ; de les soutenir par sa grâce, s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable… Je pardonne très volontiers à ceux qui me gardent, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes : que celles-là jouissent dans leur cœur, de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser !… Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi. » (Extraits du testament du Roi Louis XVI, à Noël 1792)
La Révolution, imprégnée de la philosophie maçonnique, a fait du Français un égoïste, un viveur, un jouisseur sans contrainte, qui n’a plus aucun devoir et ne revendique plus que des droits. Adepte, du moins en théorie, du « vivre-ensemble » et du multiculturalisme, il est en réalité devenu hédoniste, égocentrique et narcissique. Il se veut « citoyen » (du monde) et se moque éperdument de la Nation, de sa culture chrétienne et de son histoire.
On aura compris que je ne jette pas l’anathème sur tous les Français, ces Gaulois que le pouvoir actuel déteste. Je vise le « peuple de gauche » ou l’électorat d’Emmanuel Macron, ce pantin du Nouvel Ordre Mondial, qui nous parle si souvent, tel un gourou, des « valeurs républicaines », de l’Europe, mais jamais de la France (si ce n’est le sempiternel « vive la République, vive la France ! » qui clôture ses interminables prêches).
La Révolution a tué « le Trône et l’Autel » et depuis, une majorité de Français ne croit plus à rien sinon au fric roi. Mais le Français – athée ou agnostique – ne renoncerait pour rien au monde aux sacro-saints « jours fériés » attachés aux fêtes et/ou aux traditions chrétiennes. Jours qui, accessoirement, lui permettent de « glander » au lieu d’aller travailler.
Il pense que l’histoire de France commence en 1789, mais il se réjouit des fêtes médiévales ou votives qui tirent sa bourgade ou son patelin de sa morosité habituelle. Elles le distraient un instant du foot, du porno, du loto et de la téléréalité. Il « guinche » au 14 juillet, persuadé qu’on fête la prise de la Bastille. Or le massacre du gouverneur de Launay et de la petite garnison de la Bastille par une populace avinée est un non-évènement. Notre fête nationale a été instituée par la loi du 6 juillet 1880, pour commémorer la « Fête de la Fédération » de 1790 (1). Le Roi Louis XVI vint sur place pour donner un coup de pioche. On a chanté le « Ah ! Ça ira ». Les soldats se mêlaient aux Gardes nationaux et au peuple en liesse.
Et le bon roi, qui avait accepté de coiffer le bonnet phrygien, n’a pas compris que ce jour-là symbolisait la victoire des loges maçonniques sur le pouvoir royal et que son coup de pioche signait, à terme, l’arrêt de mort de la monarchie. Louis XVI était un puritain parfaitement honnête. On ne peut pas en dire autant de certains de ses prédécesseurs sur le Trône. Mais il n’était pourtant pas le personnage falot et faible décrit par les historiens. Il fut, au contraire, un précurseur et un homme de progrès dans bien des domaines. On lui doit, entre autres :
D’être à l’origine d’un hôpital pour enfants: l’« Hôpital des enfants malades », qui existe encore aujourd’hui.
D’avoir aidé et protégé l’abbé de l’Épée dans son œuvre pour l’éducation des « sourds-muets sans fortune ». Le roi lui versa une pension de 6 000 livres sur sa propre cassette (et contre l’avis de l’archevêché qui soupçonnait cet homme de jansénisme).
D’avoir doté l’école de Valentin Hauy pour les aveugles.
Il finança les aménagements de « l’Hôtel-Dieu » pour que chaque malade ait un lit individuel.
Il fit, sur ses deniers personnels, un don de sept millions-or aux victimes du froid excessif de l’hiver 1784.
Il créa les premières pensions de retraite pour ceux qui exerçaient une profession maritime.
Et c’est encore lui qui donna l’ordre aux hôpitaux militaires de traiter les blessés ennemis « comme les propres sujets du Roi » (90 ans avant la première Convention de Genève !).
Louis XVI abolit le servage et la « mainmorte » dans le domaine royal, ainsi que le « droit de suite » permettant au seigneur de faire poursuivre le serf qui quittait son domaine.
Il dispensa le peuple du « droit de joyeux avènement ». Cet impôt inique était perçu à chaque changement de règne.
Il exigea l’établissement annuel de la balance du commerce.
Il créa un « Mont-de-piété » à Paris pour décourager l’usure et venir en aide aux petites gens.
Il abandonna aux équipages de ses vaisseaux le tiers de la valeur des prises (qui lui était réservé en temps de guerre).
C’est encore à Louis XVI qu’on doit l’abolition de la « question » (torture) préparatoire et préalable.
La construction, à ses frais, d’infirmeries « claires et aérées » dans les prisons. Il s’inquiéta du sort réservé aux prisonniers détenus en prison préventive avant le procès.
Par ailleurs, il décida de leur accorder une indemnité ainsi qu’un droit d’annonce dans le cas où leur innocence serait reconnue lors de leur procès.
On lui doit encore l’état-civil aux non catholiques.
Et il exempta les Juifs du péage corporel et autres droits humiliants.
Il permit aux femmes mariées et aux mineurs de toucher eux-mêmes leur pension sans demander l’autorisation de leur mari ou tuteur.
Il accorda le droit de vote aux femmes dans le cadre de l’élection des députés à l’Assemblée des États Généraux.
Il leur permit aussi d’accéder à toutes les maîtrises.
Louis XVI a également été le fondateur de l’école de musique et de danse de l’Opéra de Paris et le musée du Louvre.
On lui doit aussi le « droit de propriété » des auteurs et compositeurs de musique.
Il créa le musée des Sciences et Techniques, futur « Centre National des Arts et Métiers ».
Il dota Paris d’un corps des Sapeurs-Pompiers.
C’est encore lui qui autorisa l’installation de pompes (à feu), pour approvisionner Paris en eau de manière régulière.
Il est le fondateur de l’École des Mines.
Il finança sur ses propres deniers les expériences d’aérostation des frères Montgolfier, aussi que les expériences de Jouffroy pour l’adaptation de la machine à vapeur à la navigation.
Cette liste est loin d’être exhaustive. Ajoutons qu’il fut le premier monarque à employer l’expression « Justice sociale ».
Et pourtant… le 21 janvier 1793, après une courte nuit, Louis XVI est réveillé à 5 heures par Cléry, son valet. Vers 6 heures, l’abbé Henri de Firmont les rejoint et célèbre la dernière messe du roi déchu. Le roi reçoit le viatique (la communion du mourant). À 7 heures, Louis XVI confie ses dernières volontés à l’abbé. Il transmet à Cléry son cachet aux armes de France pour son fils Louis-Charles et son alliance pour son épouse. Il conserve au doigt l’anneau du sacre. Puis il s’entretient une dernière fois avec son confesseur. Vers 8 heures, il est interrompu par Antoine Joseph Santerre qui commande les Gardes Nationaux. Il remet son testament à l’un des officiers municipaux présents.
Ce matin du 21 janvier, il fait 3 °C. Un brouillard épais enveloppe Paris. Louis XVI prend place dans la voiture du maire de Paris, avec l’abbé de Firmont et deux miliciens. La voiture quitte le Temple vers 9 heures au son des tambours. 80 000 hommes en armes (Fédérés, Gardes nationaux, Fusiliers) occupent les carrefours, les places et les avenues. Des canons sont postés à chaque point stratégique. Le convoi est précédé de 200 gendarmes à cheval. Les Parisiens sont venus en nombre assister à l’exécution.
Dans le quartier de Bonne-Nouvelle, aux environs de la rue de Cléry, le baron de Batz, soutien de la famille royale (qui a financé la fuite à Varennes), a convoqué 300 royalistes pour tenter de faire évader le roi. La tentative échoue car, à la suite de dénonciations, seuls quelques aristocrates ont pu venir sur place. Trois d’entre eux seront tués ; le baron de Batz réussit à s’échapper. Le cortège poursuit son trajet. Il débouche vers 10 h 15 sur la place de la Révolution et s’arrête au pied de l’échafaud installé entre les Champs-Élysées et le piédestal de la statue de Louis XV (qui vient d’être déboulonnée). L’échafaud, peint en rouge, est placé au milieu d’un espace encadré de canons et d’une troupe de 20 000 hommes.
Le roi est accueilli par le bourreau Charles-Henri Sanson. Il ôte sa redingote et son foulard-cravate. Voyant qu’on veut lui lier les mains, il refuse. L’abbé de Firmont parvient à le convaincre d’accepter. On lui lie les mains dans le dos ; un assistant de Sanson découpe son col et lui coupe les cheveux. Accompagné par des roulements de tambour, le roi, assisté de l’abbé de Firmont, monte sur l’échafaud. Là il fait signe aux tambours de s’arrêter et déclare : « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France ». Santerre donne l’ordre de faire battre les tambours pour couvrir sa voix. À 10 h 22 le bourreau Sanson actionne le couperet. Gros, un assistant du bourreau, saisit la tête sanguinolente et la présente au peuple. Quelques spectateurs crient « Vive la Nation ! Vive la République ! Vive la liberté ! ». Des salves d’artillerie sont tirées et une partie de la populace danse la Carmagnole.
La France venait de guillotiner son roi, rompant le lien sacré entre le peuple, le Trône et l’Autel. En tentant de détruire « le Divin et le Sacré », les fomenteurs de la Révolution (tous ou presque francs-maçons) voulaient tuer l’« âme française ». La persécution des prêtres, la confiscation des biens du clergé, le culte de la déesse Raison, le « populicide » vendéen (2), les lois de 1901 et 1905, l’excommunication de l’« Action Française » en 1927, la déchristianisation de la France après « Vatican II » et, « comme un clou chasse l’autre », la montée de l’islam conquérant, en sont les conséquences plus ou moins directes. Ce « crime contre la Nation », nous le payons au prix fort ! « Tuez le catholicisme et vous aurez l’islam » disait déjà Chateaubriand. Nous y sommes, enfin presque.
Tous les 21 janvier, ayons une pensée ou mieux, une prière, pour le bon roi Louis le XVIe, victime de la furie révolutionnaire.
Eric de Verdelhan
1)- Le 14 juillet ne commémore pas la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. L’article unique de la loi du 6 juillet 1880 stipule : « La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle ». Le site Internet du gouvernement rajoute : « Si le 14 juillet est généralement associé à la prise de la Bastille en 1789, c’est dans les faits le 14 juillet 1790, la Fête de la Fédération, qui est officiellement commémoré… ». 2)- Le terme est de Gracchus Babeuf. « Génocide » conviendrait mieux.
Le cas du Donbass (régions de Donetsk et Louhansk) met en lumière toutes les tensions du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes face aux principes de souveraineté étatique et d’intégrité territoriale. Analyse des arguments des deux «côtés» (les populations prorusses du Donbass / la Russie d’un côté, l’Ukraine et le droit international de l’autre), en montrant les fondements juridiques et les limites, puis les difficultés concrètes.
Résumé – Le conflit du Donbass (2014-2022) résulte de la collision entre deux principes : l’intégrité territoriale de l’Ukraine, d’une part, et le droit des populations locales à l’autodétermination, d’autre part. Depuis 2014, à la suite du renversement du président Ianoukovitch, les régions de Donetsk et Louhansk ont rejeté le nouveau pouvoir issu du Maïdan et proclamé leur autonomie puis leur indépendance, en invoquant notamment les restrictions linguistiques et les changements politiques imposés depuis Kiev. Les affrontements entre forces ukrainiennes et séparatistes, aggravés par l’intervention de groupes paramilitaires ultranationalistes ukrainiens, ont fait des milliers de morts. Les Accords de Minsk (2014-2015) visaient un règlement négocié mais n’ont jamais été appliqués. Entre influences internationales, accusations mutuelles de violations du droit international et sentiment d’abandon des populations locales, la situation a dégénéré jusqu’à l’invasion russe de février 2022, présentée par Moscou comme une aide aux républiques du Donbass. Le dossier illustre la difficulté à concilier frontières héritées et aspirations locales dans un contexte géopolitique explosif.
Chronologie des événements
Chronologie factuelle 2012 – 2022 autour du Donbass et de la crise ukrainienne
2012
• Viktor Ianoukovytch (provenant du Parti des Régions, très implanté dans le Donbass) est président de l’Ukraine depuis 2010.
• Le pays est marqué par une ligne politique oscillant entre rapprochement avec l’UE et liens économiques/énergétiques forts avec la Russie.
2013
• L’Ukraine négocie un accord d’association avec l’Union européenne.
• Novembre 2013 : Ianoukovytch suspend la signature sous pression économique de Moscou.
• Début des manifestations de Maïdan à Kiev (mouvement Euromaidan).
Soutenu et aidé par partis pro-occidentaux, une partie des ONG, et des diplomates occidentaux (dont Victoria Nuland-USA, John McCain, etc.).
Perçu dans l’est et le sud du pays comme un mouvement hostile à Ianoukovytch et aux régions russophones.
2014
• Février 2014 : affrontements violents à Kiev, effondrement du pouvoir, départ de Ianoukovytch.
Pour les manifestants : révolution populaire.
Pour Moscou et une partie des habitants du Donbass : changement de pouvoir illégitime sous influence occidentale et interventions de services étrangers.
• Mars 2014 : Annexion de la Crimée par la Russie (référendum non reconnu par l’ONU).
• Avril 2014 : Insurrections armées à Donetsk et Louhansk, proclamation des «Républiques populaires».
• Le gouvernement ukrainien de Kiev lance l’opération antiterroriste (OAT) contre les forces séparatistes.
• Mai 2014 : Élection comme président de Petro Porochenko, magnat du chocolat & confiseries, antirusse. Avec 54,7% et une faible participation des électeurs de l’Est.
• Mai-juillet 2014 : Adoption par Kiev de lois sur la langue nationale ; un texte supprimant officiellement le statut du russe comme langue régionale est voté. Loi non promulguée mais qui a été largement exploitée politiquement et qui a profondément choqué l’Est du pays.
• Apparition de bataillons volontaires contre le Donbass (Azov, Aïdar, Donbass), intégrés partiellement ensuite à la Garde nationale. Des exactions ont eu lieu des deux côtés.
• Septembre 2014 : Minsk I – accord de cessez-le-feu (qui échoue rapidement).
Prévoient un cessez-le-feu, un retrait des armes lourdes, des élections locales, et un statut spécial pour certaines zones du Donbass (autonomie locale encadrée).
• Les combats se poursuivent sporadiquement malgré l’accord (Debaltseve notamment).
2016 – 2018
• Poursuite du conflit qui aboutit à 14 000 morts (Chiffres ONU).
• Discussions interminables sur la mise en œuvre de Minsk :
L’Ukraine accuse Moscou d’armer les séparatistes.
Moscou reproche à Kiev de refuser la réforme constitutionnelle prévoyant le statut spécial des régions du Donbass.
• 2018 : Adoption de lois linguistiques en Ukraine renforçant l’usage de l’ukrainien dans l’éducation, les médias et l’administration, perçues dans le Donbass comme discriminatoires.
Sous des promesses de paix et de mise en œuvre de Minsk.
Tentatives initiales de retrait simultané sur la ligne de front.
• Opposition interne forte en Ukraine de l’Ouest à l’idée d’un statut spécial jugé «trop favorable» aux séparatistes et à la Russie.
2020 – 2021
• Les négociations stagnent ; les cessez-le-feu partiels échouent.
• La Russie commence un renforcement militaire massif autour de l’Ukraine (fin 2021).
• Sur le plan diplomatique :
France (Macron) et Allemagne (Merkel jusqu’en 2021) poursuivent la médiation.
Les autorités allemandes et françaises reconnaîtront plus tard (2022-2023) que Minsk avait aussi, dans les faits, servi à «gagner du temps» pour renforcer l’armée ukrainienne.
• ONU :
Comme chaque année, la Russie présente une résolution condamnant la «glorification du nazisme» et l’utilisation de symboles nazis.
Les États-Unis et l’Ukraine votent contre ces résolutions (position constante depuis 2014), au nom de la liberté d’expression et du refus d’une instrumentalisation politique du terme «nazisme».
Discussions russo-ukrainiennes à Istanbul (Turquie).
Visite remarquée de Boris Johnson (GB) à Kiev, qui selon plusieurs sources ukrainiennes aurait incité Zelensky à ne pas accepter de concessions.
• 21 février 2022 :
La Russie reconnaît officiellement les «Républiques» de Donetsk et Louhansk. Environ 150 conseillers militaires US présents en Ukraine ont quitté le pays.
Condamnation immédiate par l’ONU, l’UE, les États-Unis.
Analyse
1. Contexte factuel
Éléments essentiels à rappeler :
1. Début du conflit : Depuis 2014, des groupes séparatistes prorusses se sont emparés de leurs territoires dans les oblasts de Donetsk et Louhansk (est de l’Ukraine), créant des «Républiques populaires» autoproclamées (DPR / LPR).
2. Minsk I & II : Des accords (Minsk 2014 puis Minsk 2015) prévoyaient notamment un «statut spécial» pour certaines zones du Donbass (autonomie locale) et un cadre de décentralisation.
3. Lois ukrainiennes : Après 2018, l’Ukraine adopte des lois limitatives de l’usage du russe (éducation, langue administrative) dans certaines zones. Des critiques soutiennent qu’elles contreviennent aux engagements de Minsk.
4. Reconnaissance par la Russie : En février 2022, la Russie reconnaît l’indépendance des républiques de Donetsk et Louhansk.
5. Référendums d’annexion : La Russie, après reconnaissance, soutient l’organisation de référendums (largement contestés sur la légitimité) pour «intégrer» ces territoires à la Fédération de Russie. L’ONU a dénoncé des «simulacres» illicites.
6. Voix russophones et «peuple» du Donbass : Les séparatistes et la Russie présentent la population comme un «peuple russe» qui subit des discriminations (restriction de langue, exclusion, agressions) – argument de droit à l’auto-détermination.
Les opérations militaires ukrainiennes et les bataillons nationalistes avant 2022
Un élément central du conflit avant l’intervention militaire russe de février 2022 concerne les opérations armées menées par les forces ukrainiennes dans le Donbass dès 2014, dans le cadre de ce que Kiev appelait «l’opération antiterroriste» (OAT). Après la prise de contrôle de villes par les séparatistes prorusses, l’État ukrainien a engagé ses forces régulières, mais aussi des bataillons volontaires nouvellement formés – dont certains, comme Azov, Aïdar, Dnipro-1, Donbass, avaient des compositions et orientations idéologiques hétérogènes, souvent marquées par des éléments nationalistes très radicaux. Des abus et exactions ont été documentés par plusieurs organisations internationales, notamment Amnesty International, Human Rights Watch et l’ONU : détentions arbitraires, mauvais traitements, exécutions extrajudiciaires, tirs d’artillerie indiscriminés dans des zones habitées. Ces violations n’étaient pas systématiques, mais elles ont été suffisamment nombreuses pour être reconnues officiellement dans plusieurs rapports.
Du côté ukrainien, ces bataillons étaient considérés comme des unités «volontaires» suppléant une armée affaiblie, opérant dans un contexte de guerre chaotique contre des milices soutenues par la Russie. Du côté des populations du Donbass, ces groupes ont rapidement été perçus comme des «brigades punitives», expression largement employée dans la région et reprise par Moscou, en raison de leur réputation d’hostilité envers les russophones et de leur engagement sans nuance dans la pacification des zones rebelles. Les combats de 2014-2021 ont causé, selon l’ONU, environ 14 000 morts, dont plusieurs milliers de civils, et ont solidifié l’idée, chez de nombreux habitants du Donbass, qu’ils étaient victimes d’une répression militaire.
Sur le plan du droit international, ces faits ont nourri l’argument séparatiste selon lequel la population du Donbass subissait des «violations graves et continues» de ses droits – argument utilisé pour justifier une revendication d’auto-détermination externe (la «sécession-remède»). Cependant, pour de nombreux juristes internationaux, même ces exactions ne constituent pas automatiquement un fondement juridique suffisant pour reconnaître la légitimité d’une sécession ou d’un rattachement à la Russie. En revanche, ces violences rendent incontestable l’existence d’un conflit interne grave ayant profondément délégitimé, aux yeux d’une partie de la population locale, l’autorité de Kiev – un élément clé pour comprendre pourquoi les demandes d’autonomie, puis de séparation, se sont radicalisées bien avant l’intervention armée russe de 2022.
2. Analyse du point de vue du droit international
2.1 Arguments en faveur (séparatistes / Russie)
• Droit à l’autodétermination : Les partisans du Donbass affirment que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’applique : la population localement majoritairement russophone constituerait un «peuple» distinct, avec le droit de choisir son statut politique (autonomie, indépendance, rattachement). Ce droit découle, selon eux, de traités comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et du principe de la Charte de l’ONU.
• «Sécession réparatrice» (remedial secession) : Certains avancent que la sécession serait un «remède» face à des pratiques discriminatoires de Kiev (langue russe, droits culturels) – c’est une argumentation juridique particulière, proche de la théorie de la «sécession réparatrice» (remedial self-determination).
• Violation du «statut spécial» et des engagements de Minsk : Selon la Russie, l’Ukraine n’a pas pleinement respecté ses engagements (par exemple la langue), ce qui légitimerait une forme d’autodétermination ou au moins la non-application unilatérale des frontières étatiques sans prise en compte du souhait local.
• Justification humanitaire / de protection : De la part de certains juristes et politiciens russes, la «protection» des russophones du Donbass est avancée comme un motif suffisant pour le soutien politique et militaire.
2.2 Les limites et contre-arguments (droit international et Ukraine)
• Intégrité territoriale : Le droit international reconnaît fortement le principe d’intégrité territoriale des États. L’Assemblée générale de l’ONU, par exemple, a dénoncé la reconnaissance par la Russie de ces «républiques» comme une violation de la souveraineté ukrainienne.
• Absence de reconnaissance internationale : Les «Républiques» de Donetsk et Louhansk ont une reconnaissance extrêmement limitée (quelques États, ou pas du tout selon les interprétations).
• Critique de la «sécession réparatrice» : Dans le droit international dominant, la «sécession réparatrice» est très controversée : peu de précédents clairs et peu de tribunaux (ou d’organes internationaux) ne l’ont formellement consacrée.
• Violation des accords de Minsk par la Russie : Certains juristes affirment que la Russie instrumentalise l’auto-détermination pour justifier une ingérence armée, ce qui va à l’encontre du droit international (usage de la force, annexion).
• Résolution de l’ONU : La résolution ES-11/4 de l’Assemblée générale (2022) condamne les référendums d’annexion comme «illicites et nuls» selon le droit international.
• Loi ukrainienne sur la «réintégration» : L’Ukraine a adopté une loi («loi de réintégration du Donbass») qui rejette toute autonomie hors du cadre ukrainien et exclut la mise en œuvre d’une partie des dispositions de Minsk.
• Droit humanitaire : Selon Human Rights Watch (et d’autres), les forces russes dans le Donbass peuvent être considérées comme occupant, ce qui engage les obligations du droit international humanitaire (Convention de Genève, etc.).
3. Problématiques concrètes et tensions
1. Définir «peuple» : Pour que l’auto-détermination externe (sécession) soit légitime, il faut souvent identifier un «peuple» (cultural, linguistique, historique). Le Donbass a un mélange complexe d’identité : russophone, ukrainophone, soviétique, etc.
2. Légitimité des référendums :
Les référendums d’»intégration à la Russie» organisés par la Russie/séparatistes sont largement contestés par la communauté internationale : procédure, observation, contrainte, menaces, coercition sont dénoncés.
L’ONU (Assemblée générale) a explicitement déclaré ces référendums «illicites».
3. Mise en œuvre des engagements de Minsk :
Le «statut spécial» prévu par Minsk n’a jamais été complètement mis en place, selon certaines sources, ou/et a été annulé/rejeté par Kiev selon d’autres.
Les divergences sur l’interprétation du statut (autonomie locale vs sécession) creusent le conflit.
4. Usage de la force et annexion :
Le soutien militaire de la Russie aux séparatistes, et finalement l’annexion revendiquée, soulèvent des problèmes majeurs d’agression, de violation de la Charte des Nations unies, d’occupation illégale.
La justification «protection des russophones» peut être perçue comme un prétexte pour une action expansionniste.
5. Droits linguistiques :
Les accusations de suppression de la langue russe (éducation, administration) sont au cœur de l’argument de discrimination.
Cependant, en droit international, la simple discrimination linguistique ne garantit pas automatiquement un droit à la sécession.
6. Stabilité internationale :
Si on admet que toute minorité linguistique peut se séparer, cela mettrait à mal le principe d’intégrité territoriale et pourrait engendrer de nombreux conflits semblables dans d’autres États.
7. Responsabilité humanitaire :
En cas de conflit prolongé, il y a des violations des droits de l’homme, des civils tués, déplacés – cela compliquent la légitimité des revendications (et la responsabilité des acteurs locaux et extérieurs).
4. Analyse synthétique : Doit-on voir ce cas comme de l’auto-détermination légitime ?
• Il y a des arguments légitimes du côté prorusse / séparatiste : la population russophone du Donbass peut revendiquer des droits culturels, linguistiques, ainsi qu’une forme d’autonomie. Les griefs (suppression de la langue, manque de représentation) ne sont pas nécessairement fictifs.
• Mais l’auto-détermination externe (sécession + rattachement à la Russie) est difficile à justifier pleinement dans le cadre du droit international au regard des principes de l’intégrité territoriale.
• L’annexion par la Russie ou la reconnaissance de «républiques» par la Russie pose un problème massif : cela contrevient largement au droit international si on considère la souveraineté de l’Ukraine, l’usage de la force, et même l’absence d’un large soutien international.
• En outre, la légitimité des référendums organisés sous occupation, ou avec l’appui direct d’un pouvoir extérieur, est contestable.
5. Conclusion
• Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes peut être invoqué dans le cas du Donbass, mais il ne garantit pas automatiquement un droit à l’indépendance ou à l’annexion à la Russie dans les conditions du droit international «classique».
• Les frontières de l’Ukraine sont largement protégées par le droit international : l’intégrité territoriale reste un principe majeur et les efforts d’annexion sont largement condamnés (résolution de l’ONU).
• Une solution plausible du point de vue du droit international (et de la paix potentielle) aurait été (et reste) une autonomie réelle (statut spécial) dans le cadre ukrainien, négociée et protégée par accord international (comme Minsk, mais réellement mis en œuvre), plutôt qu’une sécession pure ou une annexion forcée. Mais cela semble «trop tard» désormais après les implications étrangères fortes, tant de l’Ouest que de la Russie.
• Enfin, la «justification humanitaire» ou de protection («protéger les russophones du Donbass») est un argument utilisé, mais qui reste controversé juridiquement bien qu’il soit réel, surtout dans le contexte d’une intervention militaire et d’une annexion.
Le Donbass constitue ainsi un exemple majeur de conflit où la fragmentation identitaire faisant suite à des décisions de restriction culturelle notamment linguistique, un passé historique récent qui a définit des frontières nouvelles à la fin de l’URSS, ainsi que les rivalités géopolitiques contemporaines puis l’absence de mise en œuvre d’accords politiques ont conduit à la rupture de fait du cadre juridique international.
Michel T.
ANNEXE – Déclaration en 2014 de Petro Poroshenko, 1er président élu après le «Maïdan».
«Nous aurons du travail et eux, non. Nous aurons les retraites et eux, non. Nous aurons des avantages pour les retraités et les enfants et eux, non ! Nos enfants iront à l’école et à la garderie, leurs enfants resteront dans les caves ! Parce qu’ils ne savent rien faire. Et c’est comme ça, précisément comme ça, que nous gagnerons cette guerre !»
C'est l’un des affrontements les plus célèbres de l’Antiquité. On en retient souvent quelques images fortes — Hannibal, les éléphants, les grandes batailles — et l’idée d’un choc inévitable entre deux puissances rivales. La réalité est pourtant plus complexe. Pendant longtemps, Rome et Carthage ne sont pas des ennemies.
Elles signent des traités, définissent des zones d’influence, et cherchent à éviter l’affrontement direct. Ce n’est que progressivement, à partir du IIIᵉ siècle avant notre ère, que la rivalité se transforme en guerre ouverte, jusqu’à la destruction de Carthage en 146 avant J.-C.
Pour comprendre comment on passe de l’alliance à l’affrontement, pourquoi les guerres puniques éclatent, comment Rome finit par l’emporter et ce que cela change durablement en Méditerranée, "Passé-Présent" reçoit Michel Fauquier, auteur de "Rome et Carthage, 509–29 avant J.-C." (Armand Colin, 2020).
Un vingt–huitième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui,un extrait de Frédéric Le Play tiré de La réforme sociale.
La cause de notre impuissance est en nous-mêmes : elle dérive des faux dogmes de 1789 qui, sauf de rares exceptions individuelles, ont pénétré, de haut en bas, jusque dans les classes inférieures de la hiérarchie sociale. Ces faux dogmes ont mis la nation française en dehors des vérités traditionnelles qui conservent la paix et la stabilité chez les races prospères de notre temps.
La voie fausse qui nous conduit à l’abîme est ouverte par le mépris du passé, inoculé à la nation par les hommes de la Terreur. Le remède sera dans la restauration du respect dû au passé. Plaise à Dieu que cette restauration se fasse avant l’arrivée des grandes catastrophes fruits de l’erreur où nous vivons depuis si longtemps !
Les trois dogmes de la Révolution et les violences exercées depuis 1789, par leurs adeptes, ont donné, chez nous, à l’antagonisme social des proportions qui n’existent, à ma connaissance, chez aucun autre peuple. En discréditant la loi morale, ces dogmes ont, en outre, fait naître un désordre peu connu dans l’histoire de l’humanité : l’intolérance du bien. Ces deux maux entraîneront promptement la ruine de notre race si toutes nos forces ne se réunissent pour en opérer la guérison.
L’esprit de la Révolution a privé la France des forces qu’elle trouvait autrefois, aux bonnes comme aux mauvaises époques, dans l’organisation du gouvernement local, dans les habitudes de la vie privée, dans l’obéissance aux coutumes et dans le respect des autorités constituées par Dieu et par les sociétés humaines.
On a souvent affirmé que l’humanité est naturellement portée vers le bien et que le mal provient seulement des institutions sociales. Cette fausse doctrine érige, pour ainsi dire, en dogmes deux sentiments fort dangereux : le mépris de toute autorité et l’amour des révolutions. Depuis 178, la France, plus que toute autre nation, a répandu ces erreurs dans l’Occident.
La Révolution a donné à la vie privée et au gouvernement local une organisation qui viole également les traditions de la vieille France et la pratique actuelle de tous les peuples prospères. Cette organisation est incompatible avec tout ordre social : elle ne saurait donc réussir ni avec le régime de contrainte ni avec le régime de liberté. Nous avons échoué dans toutes nos tentatives de réforme : car, sous la domination abusive des fonctionnaires et des légistes, nous conservons invariablement les seules institutions qu’il faudrait changer.
Un universitaire algérien, Seddik Larkeche, avait écrit à Emmanuel Macron le 4 décembre 2017 et le président de la République française lui a répondu le 22 janvier 2018.
Aujourd’hui, en date du 19 décembre, sur le quotidien « El Watan », et repris par « Valeurs Actuelles », Seddik Larkeche reproduit l’intégralité de cette réponse et affirme, avec sérieux, que la France devrait à l’Algérie une somme qu’il estime à cent milliards d’euros « pour les crimes commis pendant la colonisation ».
Il estime que la France ne pourra pas échapper à son obligation de dédommager l’Algérie puisque Emmanuel Macron, lui-même, avait reconnu ces « crimes commis contre l’humanité et de vraie barbarie » au cours de la colonisation française et qu’il ne peut, dans le même temps, tourner le dos aux réparations des préjudices subies et, pour cela, il la place devant ses obligations vis-à-vis de l’Algérie.
Cet universitaire prend en exemple l’occupation allemande de la France durant les deux guerres mondiales, pour comparer la colonisation française, et les milliards que l’Allemagne a dû verser à la France.
Cette somme, évaluée à cent milliards, pour les crimes commis entre 1830 et 1962, concernant la spoliation de millions d’hectares de terres, l’analphabétisation de la quasi-totalité de la population, les conséquences dramatiques sur les vies humaines et sur la nature, suite aux effets des essais nucléaires et chimiques pratiqués par la France jusqu’en 1978 et le génocide pratiqué sur la population entre 1930 et 1962 : plus de 10 % sauvagement décimée « par des crimes qui furent ceux du nazisme » comme le soulignait la célèbre ethnologue Germaine Tillon. (À noter la présence de moins de deux millions d’Arabes en 1830 et de dix millions lors de l’Indépendance en 1962, comme génocide on peut faire mieux !)
Que Seddik Larkeche permette à un simple journaliste et écrivain de présenter à l’Algérie la facture de ce qu’elle doit à la France colonisatrice.
« J’estime à environ 500 milliards l’ensemble des infrastructures abandonnées par la France en 1962 : 80.000 km de routes, 4 ports internationaux et 10 ports modernes, 12 aéroports importants et 32 aérodromes, 4500 km de voies ferrées, 150 hôpitaux (dont les lits étaient occupés par 9 musulmans pour un Européen et qui sont actuellement les seuls à vous soigner de la covid), plus des milliers de maternités et de dispensaires, 16.000 km de lignes téléphoniques, 31 centrales hydroélectriques ou thermiques, avec une production de 950 millions de kw/heure, des infrastructures pétrolières et gazières qui vous font vivre depuis 1962.
Ajoutons à cette liste les dizaines de villes modernes (immobilier et commerces), à la place des casbahs dans lesquelles vous viviez. Des milliers de bâtiments administratifs, des ponts, des viaducs, des tunnels, des églises (devenues des mosquées), des milliers d’écoles qui apprenaient à vos enfants à devenir des hommes et dans lesquelles vous avez assassiné 91 instituteurs et directeurs.
Une agriculture exportatrice que vous avez entièrement détruite : céréales : 600.000 quintaux de grains et 700.000 de semoule. 200.000 tonnes/an de fruits (orange), 120.000 quintaux de figues, 50.000 quintaux d’olives et 100.000 hectolitres d’huile d’olive et plus d’un million de quintaux de légumes, sans oublier 372.000 hectares de vignoble.
L’industrialisation de la zone de Colomb-Béchar avec ses importants gisements de charbon, de fer, de manganèse et de cuivre et les immenses gisements sahariens (le seul gisement de fer de Tindouf avec plus de dix millions de tonnes annuelles et, enfin, les réserves de pétrole du Sahara, plus importantes que celles du Venezuela, pourtant 5e producteur mondial.
Je ne suis pas un universitaire aussi distingué que vous, Seddik Larkeche, mais je sais faire une soustraction, donc 500 milliards moins 100 milliards, je crois que le résultat est de 400 milliards, que l’Algérie devrait à la France.
Je suis certain que vous n’êtes pas d’accord, n’est-ce pas ?
Un an après le premier décret présidentiel, la Maison-Blanche annonce cette semaine, selon des sources du Wall Street Journal, l’abrogation d’une grande partie de la réglementation sur les gaz à effet de serre. La décision de l’administration Trump supprimera la « conclusion de danger », l’avis scientifique adopté par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) pour justifier toute réglementation sur les gaz à effet de serre. En bref, cette conclusion n’est pas une loi, mais bien plus : elle constitue une sorte de charte environnementale suprême.
Cette « conclusion » remonte à 2009, au début de l’administration Obama, et résultait de la « synthèse de milliers d’études évaluées par des pairs », avec la certitude propre aux sciences du climat : l’activité humaine est responsable du changement climatique, car elle produit des gaz à effet de serre en quantités suffisantes pour provoquer le réchauffement climatique. Intégrer une telle affirmation dans la réglementation d’une agence fédérale implique que cette dernière est alors tenue d’étendre son champ d’action pour surveiller et prévenir non seulement les sources de pollution, mais aussi les sources de gaz à effet de serre (qui ne sont pas des polluants). Or, selon la loi sur la qualité de l’air de 1970 et ses amendements ultérieurs, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) est en réalité chargée de surveiller et de prévenir les sources de pollution, et non le CO2 et les autres gaz à effet de serre qui ne sont pas des polluants. Mais en adoptant officiellement cette déclaration de 2009, Obama a chargé l’EPA d’étendre ses activités de contrôle de la loi sur la qualité de l’air aux émissions de CO2 et aux gaz à effet de serre en général, en ciblant particulièrement les centrales thermiques et les véhicules à moteur à combustion interne.
Comment les gaz à effet de serre peuvent-ils être considérés comme des « polluants » ? Selon le constat de dangerosité, il est certain que : les activités humaines produisent des gaz à effet de serre, lesquels sont responsables du réchauffement climatique, lequel aggrave les effets des allergènes et les maladies qui en résultent, accroît l’impact d’autres gaz polluants, intensifie les phénomènes météorologiques extrêmes avec les dommages qui en découlent pour les populations et leurs infrastructures, et est donc potentiellement aussi nocif pour la santé humaine que les polluants, voire plus. La loi sur la qualité de l’air (Clean Air Act) s’applique également aux facteurs qui nuisent au bien-être humain. Et le consensus scientifique est formel : le réchauffement climatique (causé par les gaz à effet de serre d’origine humaine) pourrait aussi entraîner l’extinction de l’humanité, par la destruction des récoltes et la montée du niveau des mers.
Quels changements cela implique-t-il maintenant que l’administration Trump a abrogé cette déclaration ? Premièrement, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) et d’autres agences cesseront de tenter de quantifier en dollars les dommages potentiels causés par le réchauffement climatique, car ces estimations sont arbitraires et reposent sur un trop grand nombre de « certitudes » scientifiques qui ne sont en réalité pas certaines. Ensuite, pour commencer, la réglementation des moteurs de véhicules prendra fin. Cette mesure supprime les obligations réglementaires de mesurer, de déclarer, de certifier et de respecter les normes fédérales d’émissions de gaz à effet de serre pour les véhicules à moteur, et abroge les programmes de conformité, les dispositions relatives aux crédits et les obligations de déclaration associés pour les industries. Pour l’instant, les mêmes règles concernant les émissions des centrales électriques restent en vigueur. Mais une fois ce précédent établi, la déréglementation du marché de l’énergie ne sera peut-être qu’une question de temps. Les signes sont déjà là : Trump tiendra une réunion à la Maison Blanche, prévue aujourd’hui, en compagnie du directeur de l’EPA, Lee Zeldin, et du secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, pour annoncer un nouveau décret obligeant le ministère de la Guerre à conclure des accords d’achat d’électricité auprès de centrales au charbon. L’administration accordera également des fonds à cinq centrales électriques au charbon situées en Virginie-Occidentale, dans l’Ohio, en Caroline du Nord et au Kentucky pour la remise en service et la modernisation de leurs installations.
D’un point de vue économique, selon Lee Zeldin, directeur de l’EPA, le retrait de cette déclaration permettrait d’économiser plus de 1 000 milliards de dollars en réglementation, soit 2 400 dollars par véhicule. Cependant, les organisations environnementales s’y opposent fermement ; le changement ne fait donc que commencer et le chemin sera semé d’embûches.
Ce qui devrait faire la une, même si cela va de soi, c’est qu’une théorie scientifique, celle du réchauffement climatique anthropique (RCA), aussi largement partagée et solide soit-elle, soit devenue loi. Non seulement elle était considérée comme une certitude, non seulement comme un dogme, mais pendant 17 ans, elle a, de fait, eu force de loi. Et les réglementations environnementales ultérieures, dans la première puissance économique mondiale, ont dû s’y conformer. L’administration Trump tente une fois de plus de dissocier science et politique, mais l’information est présentée comme celle d’un président qui s’oppose à la science, et donc à la raison.
«…il vous suffira de dire, « J’étais à la bataille d’Austerlitz », pour que l’on réponde, « Voilà un brave »… » (Fin du (discours de Napoléon, après la victoire d’Austerlitz)
Voilà un anniversaire que la République devrait fêter : celui de la bataille d’Austerlitz, la « bataille des trois empereurs », le lundi 2 décembre 1805 (11 frimaire an XIV).
Après neuf heures de combats acharnés, la « Grande Armée » de Napoléon, malgré son infériorité numérique, battait une coalition qui réunissait les Austro-russes de l’Empereur François 1er d’Autriche et du Saint-Empire, et les troupes russes de l’Empereur Alexandre 1er.
Un mot du contexte :
Nous sommes fin 1805. Napoléon poursuit l’armée russe de Koutouzov. Au fur et à mesure que celui-ci bat en retraite, la « Grande Armée » ne cesse de se diluer, à 1.000 km de ses bases. Après avoir libéré Munich, la « Grande Armée » descend le Danube pour prendre Vienne et chercher une bataille décisive avec les Russes. Napoléon estime les effectifs de Koutouzov à plus de 100.000 hommes. Or, le Russe ne dispose en fait que de 36.000 soldats fatigués (renforcés par 2. 000 Autrichiens abattus). Napoléon espère livrer bataille à Sankt-Pölten, mais le 11 novembre, Koutouzov, renforcé par 10.000 Autrichiens, fond avec 15.000 hommes sur la division Mortier, dans le défilé de Dürrenstein. Pris de front, de flanc et par l’arrière, les Français résistent et combattent à un contre trois. Ils mettent hors de combat 2.600 Russes.
Le 19 novembre, à Olmütz, Koutouzov opère sa jonction avec la 2ème Armée russe et le Corps d’armée autrichien. L’armée coalisée compte alors 86.000 hommes. Le surlendemain, Napoléon arrive à Austerlitz, à 100 km de Vienne avec 73.000 hommes….
La bataille :
Le champ de bataille d’Austerlitz est un vaste rectangle de huit kilomètres sur douze. Il est délimité au nord par la route Olmütz-Brünn et à l’ouest par la route Vienne-Brünn. Au sud, des étangs gelés ferment le terrain. Le plateau de Pratzen est la pièce maîtresse de la zone. La neige hivernale, encore peu épaisse, masque les dénivellations. Pendant deux jours, Napoléon va étudier scrupuleusement le futur champ de bataille qu’il a choisi. Et il déclare à ses maréchaux :
« Jeunes gens, étudiez bien ce terrain, nous nous y battrons ; vous aurez chacun un rôle à jouer ».
Les Austro-Russes ont une nette supériorité numérique. Napoléon se résout à une bataille défensive. Il va ruser : il fait croire à ses adversaires qu’il refuse le combat en battant en retraite. Il abandonne le plateau de Pratzen, le 28 novembre. Puis, pour les persuader qu’il est à la veille d’une défaite, il envoie Savary, son aide-de-camp, faire des propositions de paix. Le Tsar refuse.
Pour persuader tactiquement les alliés de sa faiblesse, Napoléon place peu de troupes sur son flanc droit. Il prévoit que les Alliés, voyant le point faible du dispositif français, quitteront leur position dominante, le plateau de Pratzen, pour lui couper la route de Vienne.
Napoléon diffuse par écrit le positionnement des différentes unités à tous ses maréchaux.
Bulletin intitulé « Dispositions générales pour la journée du 11 Frimaire an XIV (2 décembre 1805) » : Au centre, Soult, avec ses 20.000 hommes, doit contre-attaquer et couper l’armée ennemie en deux, en attaquant le plateau de Pratzen. Lannes (15.000 fantassins) et Murat (8.000 cavaliers), au nord, doivent défendre leurs positions. Pour renforcer son flanc droit, Napoléon ordonne à Davout de quitter Vienne, lieu de cantonnement de ses troupes, et de le rejoindre à marche forcée.
Les 8.000 soldats de Davout parcourront les 110 km qui les séparent du champ de bataille en 48 heures (36 heures de marche). L’Empereur place la cavalerie de Margaron au château de Sokolnitz et la division Legrand à Sokolnitz. Il ordonne également au 3ème régiment de ligne de Legrand de tenir Telnitz jusqu’à l’arrivée de Davout. Enfin, la Garde impériale (5.000 grenadiers) et le 1er Corps de Bernadotte (12.000 hommes) restent en réserve. L’artillerie française compte 139 canons.
Le 1er décembre, les Alliés réunissent un conseil de guerre pour discuter du plan de bataille pour le lendemain. Koutouzov et Andrault, méfiants, veulent temporiser pour attendre l’archiduc Charles. Parti d’Italie, il est le seul qui puisse se mesurer à Napoléon qu’il a beaucoup rencontré dans le passé. Mais le Tsar choisit von Weyrother, un général autrichien qui a organisé des manœuvres sur ce même emplacement en 1804. Son plan prévoit une attaque de diversion au nord, tandis que la majeure partie de l’armée alliée attaquera, au sud, le flanc droit dégarni des Français.
Avec 40.000 hommes il espère encercler les Français et déclare au Tsar : « J’emploierai demain contre Bonaparte la même manœuvre qui lui avait servi à battre les Autrichiens à Castiglione. La victoire est certaine ».
Le 2 décembre 1805, à 4 heures du matin, quatre colonnes alliées quittent le plateau de Pratzen et marchent sur le flanc droit des Français. À 6 heures, les divisions de Soult (Vandamme et Saint-Hilaire), cachées par le brouillard, franchissent le Goldbach en silence et attendent le signal de l’attaque. À 7 heures, Kienmayer envoie son avant-garde à l’assaut de Telnitz, mais elle est repoussée par le 3ème régiment de ligne de Legrand. Dans la foulée, von Kienmayer lance 3.000 Autrichiens et 600 cavaliers pour prendre la petite bourgade. Ils arrivent à percer la ligne française jusqu’à l’église du village, mais les Français les culbutent dans une violente contre-attaque.
Dès 8 heures, l’état-major allié s’impatiente : von Kienmayer a perdu l’ensemble de ses troupes dans une troisième attaque vaine, et la 2ème colonne du général Langeron a perdu une heure dans l’exécution de sa manœuvre. À 8 heures 30, le général Langeron attaque enfin Sokolnitz.
Après un bombardement intense, Langeron pénètre dans Sokolnitz que les Français ont abandonné. Mais ils se reforment à l’arrière et une poignée d’hommes se réfugie dans le château, résistant aux assauts des Russes. Puis les Français contre-attaquent et repoussent les Russes hors du village. De son côté, Dokhtourov lance plusieurs attaques sur Telnitz, et force les Français à battre en retraite, mais une charge de Dragons oblige les Russes à quitter la bourgade. Telnitz change trois fois de mains en une demi-heure. Finalement à 9 heures, Dokhtourov et Langeron prennent Telnitz et Sokolnitz. Davout se demande combien de temps il pourra empêcher – avec 1.500 hommes – l’avancée des Russes. Mais Napoléon donne l’ordre d’attaquer le plateau de Pratzen.
Chez les Russes, la surprise est totale : les colonnes de Przybyszewski et de Kolowrat sont assaillies de flanc. Les divisions de Saint-Hilaire et de Vandamme s’enfoncent dans les rangs russes à l’arme blanche. Le combat, d’une rare violence, dure à peine quelques minutes. Les Russes de Kolowrat sont culbutés et entraînent les soldats de Przybyszewski dans leur débandade.
À 9 heures, les Français sont maîtres du plateau de Pratzen. Soult y installe ses canons.
Koutouzov panique et prélève des unités au sein des troupes de Langeron et de Dokhtourov dans l’espoir de reprendre Pratzen. Ses ordres provoquent une véritable cohue entre les unités qui descendent du plateau et celles qui montent à l’assaut. L’artillerie de Soult harcèle, en tir tendu, les assaillants du plateau, creusant des saignées dans les rangs russes. Puis les tirs de la mousqueterie de Saint-Hilaire forcent Langeron et ses troupes à abandonner. Pour aider Soult, Napoléon envoie Bernadotte, jusque-là tenu en réserve, au nord du plateau. La Garde impériale est envoyée à Pratzen.
Vers 11 heures, Koutouzov donne ses réserves pour reconquérir le plateau : il envoie 4.000 soldats de la Garde à pied russe. Mais celle-ci, mal commandée, part de trop loin et arrive essoufflée devant le 4ème régiment de ligne français. Commandés par Joseph, le frère aîné de Napoléon, les voltigeurs français prennent rapidement le dessus et poursuivent les Russes.
Koutouzov contre-attaque en envoyant dix escadrons de cavalerie lourde. Le choc est brutal et après une vaine résistance des Français, les cavaliers russes s’emparent de l’aigle du régiment.
Aussitôt, Rapp et Bessières, avec 375 chasseurs à cheval de la Garde, 48 mamelouks et 706 grenadiers à cheval de la Garde chargent les Russes en deux vagues au cri de : « Faisons pleurer lesdames de Saint-Pétersbourg ». À un contre quatre, les Français se battent furieusement.
Avec l’échec de la Garde russe, la bataille est perdue pour les Alliés : l’armée est coupée en deux. Au sud, Andrault et Dokhtourov, isolés, battent en retraite tandis qu’au nord, Bagration résiste aux assauts de Lannes et Murat. Mais après de lourdes pertes, il bat en retraite en bon ordre.
A 14 heures, Napoléon attaque l’aile sud de l’armée austro-russe sans se préoccuper de l’aile nord, provoquant la débandade à travers les étangs gelés de Menitz et Satschan.
Koutouzov étudie seul les voies de retraite ; le Tsar et son état-major ont fui une heure plus tôt. Au centre, Kollowrath, la Garde russe et la cavalerie de Liechtenstein sont en pleine déroute et retraitent vers l’est. Au sud, Napoléon ordonne à Soult de quitter le plateau de Pratzen et de couper la retraite aux colonnes russes, tandis que Davout fait pression à l’ouest et reprend Sokolnitz.
À 15 heures 30, 20.000 Russes, n’écoutant plus leurs officiers, fuient en désordre et espèrent échapper à l’encerclement en traversant les étangs gelés. L’artillerie française tire pour briser la glace, les hommes s’enfoncent dans l’eau et se noient. Paniqués et gelés, 2.000 Russes parviennent à regagner la rive où ils sont immédiatement faits prisonniers. La victoire française est indiscutable.
Les pertes :
Les pertes françaises sont de 1.537 morts, 6.943 blessés et 573 prisonniers. Les Français ont fait 11.073 prisonniers mais ont perdu le drapeau du 4ème de ligne : l’Empereur est particulièrement irrité par la perte de cette aigle impériale.
Les alliés comptent 16.000 morts et blessés, et 11.000 prisonniers. Ils déplorent la perte de 45 drapeaux. Ils iront orner la cathédrale Notre-Dame de Paris, avant de rejoindre l’église Saint-Louis des Invalides. Les 185 canons pris seront utilisés pour fondre une partie de la colonne Vendôme.
Après la bataille, l’Empereur harangue ses troupes :
« …Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France ; là, vous serez l’objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire, « J’étais à la bataille d’Austerlitz », pour que l’on réponde, « Voilà un brave »… ».
Et j’ai bombé le torse car j’y étais.
Mais c’était en… 1961, j’avais 11 ans et j’étais « enfant de troupe » au Prytanée Militaire d’Aix-en-Provence. À l’époque, en 1ère année (la 6ème) nous fêtions la victoire d’Austerlitz. Sans doute était-ce pour inculquer aux futurs officiers, la fierté de leur pays, de sa grandeur et de ses victoires ?
Personnellement, je préfère ça à l’auto-flagellation et à la repentance.
Pour cette commémoration – jouée par des enfants – un seul cheval, celui du « Cyrard » qui tient le rôle de l’Empereur. Je suis en uniforme de grenadier et je dois tomber, mortellement blessé, à la 2ème ou 3ème charge. Je joue le rôle… d’un mort. C’est assez confortable puisque ça consiste à rester allongé pendant que d’autres s’essoufflent en charges et replis successifs.
En fait, j’ai été réellement blessé, certes assez légèrement : je suis allongé sur le dos quand un pétard m’éclate sur le front, au dessus de l’œil gauche. Je garderai longtemps une petite cicatrice qui me permettra souvent de fanfaronner avec humour en affirmant : « J’ai été blessé au combat ». Quand on me demande où ? Je répondrai, tantôt goguenard, tantôt le plus sérieusement du monde : « à la bataille d’Austerlitz ».
Il y a quelques années, j’ai été invité (invité en payant mon repas, ce qui est d’une goujaterie sans nom !) à venir dédicacer mes livres à une réunion des « Gueules cassées ». À table, alors que je m’ennuyais comme un rat mort, mon voisin a voulu savoir si j’étais une « gueule cassée ».
J’ai opiné du chef et il m’a demandé où j’avais été blessé. J’ai répondu, sérieux comme un pape: « À Austerlitz ». Ce brave homme a dû penser que j’avais un sérieux « pète au casque » ou que ma mère m’avait bercé trop près du mur, car il n’a plus pipé mot durant tout le déjeuner…
Cette nuit, j’ai fait un rêve étrange : j’étais en tenue de grenadier. « Nabot-Léon », notre nouvel Empereur, passait ses troupes en revue, moulé dans sa combinaison d’aviateur sur mesure.
Naïf, je pensais qu’il allait me pincer l’oreille et me dire : « Vous étiez à Austerlitz, vous êtes un brave ! ». Que nenni, il s’est planté devant moi et, en me fixant avec son regard froid de gourou, il m’a déclaré : « Vous êtes un double con : CON…tribuble, CON…finé. Vous devriez portez un masque et rester chez vous ». Puis il a demandé à un de ses sbires de me coller 135 euros d’amende.
Je me suis réveillé en sursaut et en nage. Je me suis dit que, depuis la victoire d’Austerlitz, les choses avaient bien changé dans notre pauvre pays. Et pas forcément en bien !