vendredi 10 juillet 2026

De Gaulle intime, avec Mathieu Geagea

 


Sabotage du Nord Stream : l’Allemagne accuse l’Ukraine

 

Et si c’étaient les Ukrainiens derrière le sabotage du Nord Stream ?
Et si c’étaient les Ukrainiens derrière le sabotage du Nord Stream ?

Le sabotage du Nord Stream revient sur le devant de la scène : un procureur allemand accuse les autorités ukrainiennes de crimes de guerre. Des preuves accablantes pointent vers l’Ukraine.

Il y a de l’eau dans le gaz entre l’Allemagne et l’Ukraine

Il y a de l’eau dans le gaz, c’est le cas de le dire, entre l’Allemagne et l’Ukraine. Un procureur allemand désigne l’Ukraine comme responsable de la destruction du gazoduc Nord Stream en septembre 2022 ayant conduit depuis à un gaz hors de prix et au marasme de l’économie allemande. Pour rappel, le 26 septembre 2022, des engins explosifs à retardement ont explosé et détruit trois des quatre chaînes des pipelines Nord Stream 1 et Nord Stream 2. Les oléoducs, en grande partie parallèles, s’étendent de la ville russe de Wyborg à la ville allemande de Lubmin, près de Greifswald. Ils fournissaient l’Allemagne en gaz russe peu cher.

Depuis, les industries se trouvent dans l’obligations de délocaliser vers des contrées où l’énergie est moins chère, ou de fermer tout simplement faute d’une énergie bon marché rendant leurs produits compétitifs face à ceux de Chine et des pays émergents.

Les journaux allemands relatent, en résumé, que le procureur général fédéral allemand a porté plainte contre l’Ukrainien en détention à Hambourg Serhii Kuznietsov, appartenant à une unité de forces spéciales militaires, dans l’affaire des gazoducs Nord Stream détruits. Kuznietsov est considéré comme l’un des principaux instigateurs présumés des attaques.

Un crime de guerre commis par l’Ukraine

Le bureau du procureur général fédéral a durci les accusations : de « sabotage contre l’ordre constitutionnel » à crimes de guerre. Cette information a été relayée, entre autres, par Spiegel et ARD, citant des sources internes. Selon les conclusions de l’équipe d’enquête, citées par les mêmes médias, Kuznietsov dirigeait le commando de sabotage et commandait également le voilier « Andromeda », à bord duquel, avec un groupe d’autres personnes, ils ont rejoint les lieux où devaient être perpétrées les attaques contre le gazoduc.

D’après les informations des deux journaux allemands, le procureur général fédéral considère désormais qu’il s’agissait d’une attaque contre une infrastructure civile. Au regard du droit pénal international, cela pourrait constituer un crime de guerre. C’est la première inculpation dans l’affaire Nord Stream.

Un mandat d’arrêt européen a conduit à l’arrestation de Kuznietsov à Rimini en août 2025, comme l’a rapporté Euronews. À l’époque, il était en vacances avec sa famille sur la côte adriatique et a toujours clamé son innocence.

En novembre 2025, la Cour de cassation italienne a approuvé son extradition sur la base d’un mandat d’arrêt allemand.

Les preuves contre l’Ukrainien Kuznietsov, chef du complot, seraient accablantes

Selon des informations obtenues par les quotidiens ARD, SZ et Die Zeit, les preuves contre Kuznietsov seraient accablantes : notamment le ressortissant ukrainien aurait parlé des attaques par téléphone à des proches et des connaissances depuis sa garde à vue.

Les enquêteurs auraient également trouvé sur son téléphone portable des éléments indiquant son implication dans l’attaque, selon des sources sécuritaires.
Selon la Cour fédérale de justice allemande (BGH), Kuznietsov était au moment des faits « membre d’une unité de forces spéciales militaires des forces armées ukrainiennes, au rang d’officier – c’est-à-dire avec des responsabilités de commandement ».

L’acte de sabotage a très probablement été commis « au nom d’un État étranger »

L’arrêt de la Cour fédérale de justice (BGH) indique également que l’acte a très probablement été commis « au nom d’un État étranger » dans le cadre d’une opération de renseignement. Selon l’arrêt, les autorités étatiques de Kyiv en portaient la responsabilité.

Le cerveau de l’attaque serait l’ancien officier du renseignement ukrainien Roman Chervinsky qui dément les accusations.

L’équipage ukrainien composé de plusieurs plongeurs civils aurait placé des bombes artisanales sur le fond marin de la mer Baltique il y a près de quatre ans.

Il aura fallu quatre ans pour que l’hypothèse de certains analystes hors du système consistant à regarder du côté de l’Ukraine et de ses alliés et non du côté de la Russie accusée dès le début d’avoir commandité l’explosion de ses propres oléoducs soit prise au sérieux. Les « complotistes » avaient donc encore raison !

Voir le tweet

Francesca de Villasmundo

https://www.medias-presse.info/sabotage-du-nord-stream-allemagne-accuse-ukraine/246298/

De l’humanité…

 

Par Gérard Leclerc

C’est dans la continuité du magistère exercé par les successeurs de Pierre depuis les origines chrétiennes que s’inscrit la première encyclique de Léon XIV. Celle-ci est forcément liée aux conjonctures des différentes époques traversées. L’époque dite moderne a suscité tout un enseignement sur la question sociale, liée à l’industrialisation de l’économie. Léon XIV n’a jamais fait mystère de sa relation étroite avec son prédécesseur Léon XIII, auquel on doit l’encyclique Rerum novarum à la fin du XIXe siècle.

C’est dans son sillage qu’il entend exercer son discernement sur cette autre question nouvelle que constitue l’avènement d’une civilisation aux prises avec le développement de l’intelligence artificielle. Civilisation dont le Pape ne cache pas qu’elle suscite de redoutables défis : « Sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. Là où l’humanité court le danger de perdre son visage, nous, chrétiens, nous levons les yeux vers le Dieu qui s’est fait chair, sachant que “le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné” » (Gaudium et Spes).

Les dangers de l’IA

Ces deux seules phrases de l’introduction indiquent l’importance du sujet et comment le défi imposé exige le recours à la Révélation pour mettre en lumière ce qu’est cette « magnifique humanité », créée à l’image de Dieu et vouée aux périls de l’Histoire. Les progrès de la technologie n’entraînent pas forcément un surcroît d’humanité, ils peuvent même provoquer des difficultés propres à engendrer une forme de déshumanisation. Pour saisir le phénomène, le Pape n’hésite pas à entrer dans la technicité des problèmes posés, tout en prenant la distance nécessaire pour évaluer les risques moraux et spirituels des pratiques imposées par le fonctionnement de l’IA, dont la puissance est exclusivement liée au traitement des données : « Ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’il faut éviter l’erreur consistant à assimiler cette intelligence à l’intelligence humaine » (cf. page 11).

Cette nature très particulière du fonctionnement de l’activité exige plus que de la prudence : « Il ne suffit pas d’invoquer de façon générale l’éthique : il faut des cadres juridiques adéquats, une surveillance indépendante, l’éducation des utilisateurs, une politique qui n’abdique pas son devoir. Autrement le changement ne sera régi que par des logiques technocratiques et présentées comme nécessaires et inévitables, finissant par imposer des règles dictées par ceux qui possèdent les données, les infrastructures et les capacités de calcul. »

En d’autres termes, la révolution technologique en cours exige un approfondissement anthropologique radical, qui mobilise toutes les ressources de la culture chrétienne, notamment l’enseignement de la doctrine sociale de l’Église.

En dernier ressort, la réponse au péril de déshumanisation, explique Léon XIV, c’est la contemplation du Christ dans son incarnation, le don de sa chair dans l’Eucharistie qui restaurent notre magnifique humanité dans sa vocation divine. 

https://www.actionfrancaise.net/2026/07/05/de-lhumanite/

Des loges aux tranchées : comment le Grand Orient de France a sacrifié la compétence militaire sur l’autel de la laïcité

 

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Un index accusateur pointé vers le ciel, des chemises froissées et, soudain, le claquement sec d’une gifle qui résonne dans l’hémicycle. Le 4 novembre 1904, la Chambre des députés bascule dans l'hystérie. Derrière ce geste de fureur, se cache le secret le plus explosif de la IIIe République : la colonisation occulte du ministère de la Guerre par la franc-maçonnerie. À un an de la séparation des Églises et de l’État, le Grand Orient de France a mis sur pied une inquisition clandestine pour briser la carrière des officiers catholiques et imposer ses hommes de paille à la tête des régiments. 

La gifle de l'hémicycle et le grand déballage

L’atmosphère de la Chambre des députés, en cet après-midi d'automne 1904, est électrique, saturée d'une odeur de tabac froid et de fureur contenue. Au perchoir, Guy de Villeneuve, député nationaliste au regard acéré, ne parle pas : il exécute. D’une voix blanche, il égraine des dizaines de noms, brisant le silence de plomb qui enveloppe les travées. Dans ses mains tremblent des liasses de papiers volés, des notes confidentielles rédigées sur le papier à en-tête bleu du Grand Orient de France. À chaque ligne lue, la République vacille. On y découvre l'impensable : la loge de la rue Cadet s'est muée en tribunal occulte. C'est elle qui valide ou brise les carrières des officiers de la nation française selon leur degré de soumission idéologique.

Sur le banc du gouvernement, le général Louis André, ministre de la Guerre, feint l'indifférence, le visage figé sous ses moustaches blanches. Mais la mise à mort politique est trop lente pour l'opposition. Soudain, un homme fend la foule des députés, traverse l'hémicycle d'une foulée rageuse. Gabriel Syveton, député de la Seine, se jette sur le vieux général. Le geste est d'une rapidité foudroyante : deux gifles magistrales s'abattent sur les joues du ministre de la Guerre. Les huissiers hurlent, les députés en viennent aux mains, les pupitres claquent dans un vacarme de fin du monde. La séance est levée dans le sang et les insultes. La France vient de découvrir la face cachée de sa gouvernance : l'affaire des fiches.

Le geste de Syveton, photomontage où figurent le général André, Camille Pelletan et Émile Combes, devant une batterie de casseroles (terme d'argot pour « délateur »).

Le laboratoire de la rue Cadet : l’inquisition en tablier

Pour comprendre la genèse de cette paranoïa, il faut quitter le tumulte du Palais-Bourbon et s'enfoncer dans le silence feutré de la rue Cadet, au siège du Grand Orient de France. Nous sommes au cœur de la bataille finale pour la laïcisation de l'État. Le gouvernement d’Émile Combes prépare activement la séparation des Églises et de l’État. Pour réussir ce séisme politique, les radicaux sont convaincus qu'ils doivent d'abord neutraliser l'armée, qu'ils considèrent comme le dernier bastion du catholicisme et de la réaction. Le général André, anticlérical obsessionnel, reçoit l'ordre de nettoyer les casernes. Mais l'administration militaire classique refuse de collaborer à cette épuration idéologique. C'est alors que le ministère passe un pacte secret avec le Grand Orient.

La franc-maçonnerie possède ce que l'État n'a pas : un réseau d'espionnage invisible et total, fort de milliers de "frères" disséminés dans chaque ville de province. Le secrétaire général de la loge, Narcisse-Achille Vadecard, accepte de transformer les structures maçonniques en un service de renseignement politique clandestin au profit du gouvernement. Les rapports affluent par milliers rue Cadet, où ils sont triés avec une rigueur régulière de fonctionnaire. Les officiers sont classés dans deux fichiers secrets : Corinthe pour les républicains dociles à promouvoir, et Carthage pour les catholiques à détruire. La compétence militaire s’efface définitivement devant l'allégeance aux loges.

La mesquinerie des carnets de "Carthage"

Le contenu de ces fiches, rédigé à la hâte par des notables locaux sous le sceau du secret maçonnique, révèle la mesquinerie absolue du système. On y traque la foi des épouses, les écoles des enfants et la présence aux offices. Les archives du scandale regorgent de ces mentions de conciergerie élevée au rang de raison d'État. Pour le commandant de Maissin, on écrit :

"Va à la messe avec un paroissien à la main. Antirépublicain farouche. À écarter."

Pour un autre, le crime est d'ordre familial :

"Fait élever ses enfants chez les Jésuites. Femme d'une piété agressive qui fréquente le clergé local."

Chaque maçon local — qu'il soit médecin, instituteur ou commerçant — devient le juge d'un colonel ou d'un commandant dont il épie la vie privée.

Les carrières des plus brillants officiers de France se brisent sur ces dénonciations anonymes validées par la rue Cadet. Le général André signe les décrets de promotion les yeux fermés, sur les seules recommandations du Grand Orient. L'ambiance dans les mess de garnison devient délétère : les officiers se regardent en chiens de faïence, sachant qu'un mot de trop devant le médecin major ou le trésorier de la loge locale peut anéantir vingt ans de service. Cette inquisition maçonnique ronge l'outil de défense nationale à l'heure exacte où, de l'autre côté du Rhin, l'Empire allemand modernise son armée à marche forcée.

Le baiser de Judas de Jean-Baptiste Bidegain

Mais toute machine clandestine porte en elle le germe de sa propre destruction. En l'occurrence, le grain de sable s'appelle Jean-Baptiste Bidegain. Adjoint du secrétaire général Vadecard et maçon de haut grade, il commence à ressentir un profond dégoût pour cette dérive policière qui transforme le Grand Orient en annexe occulte du ministère de la Guerre. Surtout, Bidegain a des dettes et un besoin urgent d'argent. Mis en contact par des intermédiaires avec les milieux nationalistes, il comprend la valeur politique des documents qu'il manipule chaque jour. Durant l'été 1904, profitant des bureaux désertés, il glisse sous son veston des centaines de fiches originales.

Bidegain livre son butin à l'opposition contre la somme colossale de 40 000 francs de l'époque. Le piège se referme sur le gouvernement. Lorsque Villeneuve monte à la tribune, le ministre de la Guerre tente de crier au complot et aux faux documents. C'est alors que le député sort les originaux, écrits sur le papier du Grand Orient, portant les annotations de la main même du cabinet du général André. La preuve de la compromission de l'État avec la maçonnerie est irréfutable. Le système s'effondre en direct sous les yeux d'une France stupéfaite de découvrir que ses généraux sont nommés par un pouvoir de l'ombre en pleine bataille constitutionnelle sur la laïcité.

Le prix du sang et les morts suspectes

Les répercussions du séisme politique sont immédiates et sanglantes. Le général André, humilié et giflé à la Chambre, doit démissionner. Quelques semaines plus tard, c'est le chef du gouvernement lui-même, Émile Combes, qui est emporté par le scandale. Le Grand Orient de France, acculé, doit sacrifier ses dirigeants pour sauver son influence politique à la veille du vote crucial de la loi de 1905. Mais l'épilogue de l'affaire se joue dans l'ombre. Le 8 décembre 1904, à la veille de son procès pour l'agression de l'hémicycle, Gabriel Syveton est retrouvé mort dans son cabinet de travail, la tête coincée dans son poêle à gaz. Suicide opportun ou assassinat d'État pour faire taire l'homme qui en savait trop ? Le mystère restera entier.

Le véritable coût de cette trahison se mesurera dix ans plus tard, dans la boue et le sang de l'été 1914. En privilégiant l'alignement maçonnique des officiers au détriment de leurs compétences stratégiques, l'affaire des fiches a placé des hommes médiocres mais « républicainement sûrs » à la tête des régiments. Face à l'invasion allemande, ces généraux de salon s'avèrent tragiquement incompétents. Dès le premier mois des combats, le général Joffre devra limoger en urgence 134 généraux incapables, les envoyant loin du front, à Limoges. La France paiera au prix fort, par des dizaines de milliers de jeunes vies fauchées lors de la bataille des Frontières, la paranoïa politique de la rue Cadet.

Description de cette image, également commentée ci-après

Bibliographie & références

  • Guyot, J., L'Affaire des fiches : un système de délation sous la IIIe République, Éditions Perrin, 2001.
  • Bidegain, J.-B., Le Grand Orient de France : sa doctrine, son action, ses documents, Librairie des Saints-Pères, 1905.
  • Larkin, M., Religion, Politics and Preferment in France since 1890 : La République des Fiches, Cambridge University Press, 1995.
  • Annales de la Chambre des députés, Journal officiel de la République française, Séances des 28 octobre et 4 novembre 1904.

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/des-loges-aux-tranchees-comment-le-270294

jeudi 9 juillet 2026

Ukraine : une armée camp de concentration (2)

 

Ukraine : une armée camp de concentration

Voici la suite du reportage de Peter Korotaev traduit en français par Thierry Marignac pour Médias Presse Info. Âmes sensibles s’abstenir ! Cet article décrit les sévices que l’armée ukrainienne inflige à certaines de ses propres recrues. L’armée ukrainienne a de plus en plus de mal à renouveler ses rangs. Elle n’hésite donc pas à constituer des unités combattantes à « usage unique », à partir de toxicomanes et d’handicapés mentaux auxquels on a enfilé un uniforme. Ce récit glaçant doit nous rappeler que de telles horreurs ne sont possibles que parce que l’Union européenne continue de financer le régime ukrainien corrompu.

Pierre-Alain Depauw 

Les sacrifiables

Pour tenir compagnie aux toxicomanes et aux objecteurs de conscience, il y avait aussi des hommes présentant des troubles psychiatriques. Incapables de comprendre les ordres, ils étaient constamment battus à coups de pieds, à coups de poing, à coups de crosse par les gardiens.
J’ai évoqué des affaires où des schizophrènes étaient mobilisés, mais en l’occurrence, il semble que ce soit des hommes atteints d’autisme. Babel a retrouvé la famille d’un mobilisé au 425e. L’homme présente clairement des signes de trouble mental, incapable de parler correctement. Il a été jugé bon pour le service et tabassé autant que les autres pendant l’entraînement au 425e.

Babel a aussi enregistré des cas d’hommes séropositifs, tuberculeux ou atteints d’hépatite C. Comme d’habitude dans cette unité, ils étaient privés des médicaments ou des soins nécessaires.

Comme on l’imagine, les soldats produits par cette machine n’ont pas un moral très élevé. L’objectif semble être de produire des instruments forcés d’avancer, sachant que battre en retraite ou déserter est aussi mortel que faire face à l’ennemi.

C’est ce que des témoins mobilisés ont raconté à Babel. L’un d’entre eux a entendu une conversation des chefs du camp d’entraînement du 425e sur le déploiement au front des nouvelles recrues :

« Bonne chance, soyez prêts, il y aura mille ‘200’ aujourd’hui. »

Un « 200 », c’est le terme militaire post-soviet pour : tué au combat.

Zhykine se souvient aussi d’un commandant venu dans sa tente, faisant cette remarque :

« Qui est là ? Ah, la troisième compagnie. Les « À usage unique ».

C’est apparemment un terme fréquemment utilisé par le commandement pour désigner les soldats du 425e. Un matériel sacrifiable, fauché par les premières opérations d’assaut. Les analystes militaires ne se plaignent pas des opérations suicidaires du 425e et autres unités d’assaut pour rien. Le but est d’impressionner les médias occidentaux avec la nouvelle de x kilomètre carrés « libérés » dans les zones grises et voilà tout.

Et c’est ainsi que le 425e et autres unités d’assaut jouissent d’une priorité absolue dans l’affectation des nouvelles recrues. Ils en ont besoin. Ce qui les encourage à ne rien changer à leurs pratiques. Ils font exactement ce que souhaitent la direction politique du pays. C’est-à-dire ce que veut L’OTAN, projeter la perception que l’Ukraine gagne, en particulier à destination de Mr Trump.

Ces super-soldats semblent à peine capables de tenir une arme, sans parler de conduire une attaque. Babel rapporte les histoires d’un soldat encore en service au 425e qui décrit une « apocalypse zombie » pendant l’entraînement, avec des toxicomanes tuméfiés se chiant dessus. Ce soldat ajoute cependant qu’en dépit de son dégoût de telles méthodes, il a vu des toxicomanes transformés en « hommes normaux, tigres vraiment motivés ». Bien entendu, tout le monde ne survit pas à ce voyage jusqu’à l’œil du tigre, mais qu’est-ce que ça peut faire.

D’après Oleg Dymarytsky, le chef de l’Association Ukrainienne de Gens Souffrant de Toxicomanie, les gens enregistrés auprès d’un médecin toxicologue ne peuvent rejoindre l’armée que sur la base du volontariat. Qu’il veuille dire que c’est illégal, ou simplement une mauvaise idée, n’est pas clair dans sa déclaration. Dymarytsky dit qu’il y a beaucoup de soldats en thérapie de maintenance, sous les ordres d’officiers qui les autorisent à prendre de la méthadone et mener des opérations de combat. Dymarytsky dit qu’il connaît 26 personnes en thérapie de maintenance qui sont morts au combat. Néanmoins, il appelle à ne pas les mobiliser de force.

Gladiateurs, chiens, suicides

Oleksandr Semenov a essayé d’entrer dans l’armée deux fois, en 2022 et 2024. En dépit de sa toxicomanie, ce fan d’automobile était apparemment désireux de participer à l’évacuation des blessés. On a refusé de l’admettre parce qu’il était en thérapie de méthadone.

Tout a changé en 2026 et sa troisième visite volontaire au centre de recrutement territorial l’a vu pris dans l’armée et emmené directement au 425e. C’était le 10 janvier. Semenov est parvenu à s’échapper du 425e pendant un transport vers une autre base avec d’autres troupes. Le 23 janvier, il s’est présenté à l’hôpital de sa ville natale de Kropivnistky, ensanglanté, tuméfié. C’est là qu’il a dit les choses suivantes aux médecins qui le filmait :

« Ils vous tabassent, vous attachent à un dragster et vous traînent par terre jusqu’à ce que vous soyez complètement écorché, la peau arrachée. »

La vidéo montre que Semenov a des blessures profondes à la tête, bras et jambes sales et tuméfiées, des coupures sur les paumes et dans le dos. Tetyana Gurenko, directrice du service de thérapie de substitution pour les drogues, a dit à Babel qu’elle l’avait filmé elle-même — avant de partir dans son bureau, pour pleurer. Elle a dit que 160 personnes sous sa responsabilité avaient été mobilisés pour le 425e cet hiver — souvent cueillis directement à l’hôpital.
Semenov a témoigné devant Gurenko sur tous les gens dont il se souvenait qui s’étaient suicidés au 425e :

« Skipa Maksym — il s’est pendu à son gilet pare-balles. Puis — je lui ai fourni la corde moi-même — un garçon a grimpé sur le réservoir des toilettes et s’est étranglé. Puis deux personnes, la première fois sur le champ de tir, elles ont chacune pris une balle et se sont tiré dans la tête. Bref, en quatre jours, neuf personnes se sont suicidées. »

Il a aussi décrit les mauvais traitements dont il était victime :

Semenov : Ils traînent ivres au centre de recrutement. Ils disent : « Qu’est-ce que tu regardes ? » Puis l’un deux m’a donné un coup de pied au visage avec sa botte. Toute ma figure était ensanglantée.
Ce salaud a pris mon calot et hurlé « Essuie le sang de ton visage, pédé ! »
Médecin : Comment êtes-vous arrivé ici aujourd’hui ? Montrez-moi vos mains.
Semenov : Ils m’ont emmené là-bas. Ils disaient qu’ils m’emmenaient à l’unité médicale.
Médecin : Pourquoi à l’unité médicale ?
Semenov : Ils disaient que c’était pour un traitement par perfusion, pour m’aider à récupérer. Ils disaient que sans perfusion, c’était impossible. Ils m’ont emmené à l’unité médicale. Le jour où je suis sorti, ils ont commencé à tirer des coups de kalachnikov par terre. Ils m’ont sorti, ligoté avec des cordes et ont commencé à me traîner derrière un dragster.

Babel a découvert un autre suicide au 425e. Qui a eu lieu sur la base où sont déployées les troupes, pas au camp d’entraînement. L’enquête officielle a déterminé que le soldat s’était tué avec une kalachnikov.

Les médecins qui ont parlé à Semenov ont rapporté d’autres choses qu’il a dites. Par exemple : « Je n’ai jamais pensé que je pourrais me chier dessus jusqu’à ce qu’ils me tabassent ». Les médecins ont aussi vu que ses doigts étaient brisés et qu’il portait des traces de menottes aux poignets.

Semenov a fini par mourir à l’hôpital le 27 février. La cause officielle du décès était une pneumonie. Peut-être que son organisme déjà affaibli s’est effondré après tous les coups subis. Pour une raison ou une autre, la police n’a pas enquêté sur ce qui s’était réellement passé.

Lorsque Babel a interrogé le 425e sur les suicides dont se souvenait Semenov, on a répondu aux journalistes d’une façon intéressante. On confirmait les suicides, mais on prétendait que Semenov n’y avait pas assisté parce qu’ils étaient survenus dans différentes unités, sur un période de six mois. Ils pensaient que Semenov en avait eu connaissance par des rumeurs. Ceux qui s’étaient suicidés étaient, semblait-il, surtout des instructeurs, des gardiens et des soldats expérimentés. Babel se demandait comment un soldat maintenu à l’isolement au 425e pendant deux semaines — qui se souvenait comment les toxicomanes en manque étaient parqués — avait pu en apprendre aussi long sur la glorieuse histoire de cette unité.

Maxime Skipa, déclarait le 425e, se plaignait de symptômes de sevrage de drogue avant son suicide. Un homme mobilisé en même temps que Skipa a donné une autre version. Il se souvient que Maxime était constamment battu par les officiers du 425e et déjà au centre de recrutement qui est en principe distinct de l’armée.

« Ils lui tapaient dans les côtes. Son visage était bleu, pourpre. Il se moquaient de lui l’appelant ‘yeux bleus’. ‘Oh, rampe, il ne peut pas marcher, yeux bleus ».

Skipa a connu un tel sort parce qu’on avait trouvé de la méthadone dissimulée sur lui pendant une fouille nocturne.

Curieusement, il semble que les hommes du 425e accompagnent les recruteurs et la police pour capturer de la chair à canon fraîche dans la rue. Ça ne fait certainement pas partie du protocole de mobilisation, mais ça illustre les privilèges politiques dont jouit le 425e dans l’acquisition de personnel.

Lorsqu’ils n’enlevaient pas les hommes dans la rue, les officiers du 425e se saoulaient au cognac dans les bâtiments des recruteurs. Naturellement, ça leur donnait l’énergie de tabasser les nouvelles recrues. Ils ordonnaient aussi aux hommes capturés de se battre avec d’autres hommes déjà sévèrement battus. L’interlocuteur de Babel a été forcé de participer à ça :

« Je faisais semblant de taper sans y parvenir. J’ai fini par balancer un crochet et toucher légèrement. »

Le même soldat a dit que Skipa était humilié sans arrêt.

« Il pouvait à peine marcher. On l’aidait à mettre et à retirer sa vareuse, parce que s’il ne la mettait pas, ils lui tapaient dessus. »

Un matin, on a retrouvé Maxime pendu dans sa cellule.

Au 425e, on a des tas de raisons de tabasser les effectifs. Un ancien instructeur a dit à Babel qu’il connaissait des affaires où le personnel administratif s’était fait casser les côtes devant tout le monde à une réunion. Les disfonctionnements de Starlink et les erreurs dans la paperasse constituaient leurs crimes.

Un autre soldat a vu des chiens lâchés sur les mobilisés. Il se souvient que des instructeurs ou des gardiens de camps d’entraînement ont subi des punitions brutales.

« Ils (les recrues) sont comme des Zek (argot soviétique désignant les prisonniers). Ils sortent à 6 heures du matin, à dix-huit heures ils rentrent dans leurs retranchements. L’instructeur entre, et vous vous faites, excusez l’expression, baiser. »

Naturellement, quand des officiels ou des journalistes viennent inspecter les bases du 425e, les recrues indisciplinées et fréquemment passées à tabac sont emmenées hors de la base pour plusieurs jours. Puis on présente aux visiteurs un bon petit village Potemkine, ont confié des survivants du 425e à Babel.
Babel a pu confirmer 26 décès parmi les recrues du 425e entre la fin de l’automne 2025 et le printemps 2026. La plupart des morts étaient de jeunes gens en bonne santé, ni toxicos, ni gravement malades. À chaque fois, la cause officielle du décès était la pneumonie. Presque toutes les familles se sont plaintes aux médias qu’on avait privé les morts de tout soin médical.

Tuer les pères

L’un des morts, Vitaly Saltan, 34 ans, est mort moins d’un mois après sa mobilisation le 26 janvier. Les documents médicaux indiquent qu’il a été transporté à l’hôpital avec un taux de saturation sanguine critique. Moins de 75%. Il est mort une semaine plus tard.
Malgré une température de 40° Celsius, on lui a refusé tout traitement médical au 425e. Il avait aussi dit à ses parents qu’il n’avait jamais songé à s’évader. C’est ce que Anastasia Poleva, la fiancée de Saltan a raconté à Babel.

« Il m’a dit que les évadés étaient flagellés, battus, mutilés. Il a dit que c’était comme si on les avait attachés à une voiture et traîné derrière. »

Saltan et Poleva prévoyaient de se marier cet été.

Dmytro Koval un quinquagénaire de la région occidentale de Volhynie, a rejoint le 425e le 6 mars. Il est mort le 21, officiellement d’une « cardiomyopathie » non spécifiée. En d’autres termes, son cœur a lâché.
Lilya, sa femme a vu Dmytro à la morgue. Elle a eu du mal à le reconnaître, ne réussissant à l’identifier que grâce à ses grains de beauté sur le visage.

« Il avait le visage épuisé, je dirais, torturé. Ses mains étaient tuméfiées, il y avait des hématomes sur son cou. Presque tout le côté droit de son visage était bleui, comme si tête avait été cognée sur quelque chose. Sur son dos, un creux inexplicable, une sorte de gros trou. »

Dmytro était baptiste. Les premières nouvelles de sa mort sont apparues sur un forum de discussion religieuse. Trois personnes servant avec lui au 425e ont donné plus de détails sur son décès à Babel. Comme Dmytro, ils étaient objecteurs de conscience.

Ils ont dit que Dmytro restait silencieux et qu’il était effrayé à la base d’entraînement. Il priait six ou sept heures par jour et refusait de se nourrir. Certains pensent qu’il faisait la grève de la faim.

« Je lui ai dit : Frère, tu ne pourras rien leur prouver ici. »

Dmytro a commis l’erreur de parler des droits de l’homme à ses ravisseurs. Ce qui lui a valu d’être battu. Des témoins oculaires se souviennent des scènes suivantes :

« Il criait ‘ Pourquoi est-ce que vous me tapez dessus ?’ J’ai regardé son visage : il ne comprenait pas ce qui se passait. »

Épuisé, affamé, Dmytro était constamment transi de froid. Il essayait de trouver un peu de chaleur en dormant près des autres mobilisés.
Le 425e n’était pas prêt à supporter ses grèves de la faim. Ils l’ont raccordé de force à une transfusion, censée le bourrer de vitamines. D’autres recrues le maintenaient pour l’empêcher de se libérer durant les séances d’alimentation forcée.
Mais Dmytro continuait d’exiger sa libération. Ce qui lui valait des passages à tabac quotidiens.
Les pires sont survenus quand il a promis à ses gardiens de manger, avant de s’y refuser en entrant dans la cantine. Une autre recrue se souvient des scènes suivantes :

« Ils lui tapaient beaucoup dans la tête. Ils l’attrapaient par le cou et le jetaient au sol avant de le relever et de recommencer. Ils lui expédiaient des coups de poing et de pieds. »

Peut-être que c’est ce qui a noirci la moitié du visage de ce père de famille de 50 ans.

D’autres recrues disent que Dmytro a été maltraité par deux infirmiers du 425e.
Les représentants du 425e nient ces allégations. D’après eux, il ne faut pas prendre au sérieux les déclarations des déserteurs, source de presque toutes les informations de Babel. La situation est aggravée par le fait que les déserteurs ne peuvent donner de témoignages à la police.

Lilya Koval n’a jamais pu joindre son mari au 425e. Elle n’a eu qu’un message audio :

« S’il te plait, prie très fort pour moi, et parles-en à tout le monde. À la police, si possible. »

Les autres recrues ont vu Dmytro pour la dernière fois le 14 mars, puis il a été séparé des autres. Une semaine plus tard, il est mort dans une voiture de l’unité en route pour une destination indéterminée. L’examen médical préliminaire concluait à des problèmes cardiaques et prétendait que les hématomes sur sa poitrine, son dos, ses côtes, ses aisselles, ses jambes et à l’aine étaient de « légères blessures » n’indiquant pas une mort violente.
Dmytro avait rencontré sa femme il y a quelques années à un service religieux. Leur Fille Nelya était née en 2025.

Tomber des arbres

Volodymir Tsoukanov venait de la région de Nikolaev dans le sud-est de l’Ukraine, il avait 32 ans. Mobilisé au 425e le 15 janvier, il est mort le 11 février à l’hôpital. Le diagnostic officiel était une défaillance cardiaque. L’examen médico-légal montrait aussi de multiples fractures aux côtes et un trauma à la poitrine suite à un choc brutal.
Tsoukanov n’est resté que 5 jours au 425e, du 15 au 20 janvier. Le 21, lui et 40 autres recrues ont été envoyés au 1er régiment d’assaut, commandé lui aussi par des néo-nazis psychotiques. Les enquêteurs de la police pensent qu’il est décédé d’une sévère correction lui ayant été infligée au matin du 21 janvier, juste avant son transfert.

Des poursuites ont été entamées contre un sous-officier du 425e, Anatoly Kuchner. Il a reconnu sa culpabilité au tribunal et dit qu’il a battu Tsoukanov parce qu’il l’a vu consommer des drogues. Kuchner s’est repenti, prétendant n’avoir pas mesuré sa force et a demandé à pouvoir continuer son service.

L’enquête a déterminé que Kuchner a donné trois coups de pied à la poitrine de Tsoukanov. Il a récidivé sur le torse de celui-ci à terre, lui cassant neuf côtes. Cette blessure à la poitrine a provoqué une pneumonie bilatérale purulente. Il n’a été envoyé à l’hôpital qu’une fois aux urgences du 1er régiment d’assaut.

Kuchner, par la bouche de son avocat a raconté à Babel une histoire différente. Il a dit qu’il n’avait pas battu la recrue, qu’il l’avait simplement neutralisée quand Tsoukanov s’est emparé de son arme.

Les représentants du 425e ont tout d’abord nié que Tsoukanov vienne de leur régiment. Plus tard le 425e a admis auprès de Babel qu’il avait servi chez eux et ont commencé à raconter qu’il avait été surpris avec des drogues. Babel souligne l’improbabilité de ce scénario, sachant que les recrues sont déshabillées et fouillées en entrant au 425e.

Tsoukanov était effectivement toxicomane. Un fait régulièrement utilisé par les représentants du 425e à la télévision pour discréditer les témoignages, ou simplement justifier les tabassages.
En dépit de sa toxicomanie Tsoukanov s’était occupé de sa mère paralysée ces dernières années. Celle-ci est morte l’année dernière ainsi que son père. La plus proche parente de Tsoukanov, sa sœur Aliona, vit loin. Elle a dit qu’après la mort de ses parents, son frère a essayé de se désintoxiquer des drogues une nouvelle fois. Elle avait été initialement heureuse qu’il soit mobilisé, espérant que ça aiderait. À présent, elle veut que les meurtriers de son frère soient punis.

Aliona a parlé à son frère deux fois en vidéo pendant qu’il était au 425e. la première fois il lui a dit qu’on l’avait battu :

« Il a dit qu’il s’était retrouvé avec de gros salauds qui l’avaient tabassé gravement, traité comme un chien « Et maintenant je suis avec des types bien, ça va, ne t’inquiète pas »

La seconde fois, il a dit qu’il avait des côtes cassées. C’était la dernière fois où Aliona a pu entrer en contact avec lui.

La dernière histoire fournie par Babel est celle de Vitaly Karat, 38 ans. Il était originaire de la région occidentale de Ivano-Frankivsk. Mobilisé le 25 février, mort à l’hôpital le 14 mars. Défaillance d’organes.

« Vitaly Karat a tenté de se suicider pendant le service. Les recherches ont permis de le retrouver au sommet d’un sapin. Après une petite discussion, il a décidé de redescendre, mais il est tombé. »

L’examen post-mortem a déterminé que Karat avait des côtes cassées et une blessure à la poitrine. Le 425e prétend qu’on l’a tout de suite emmené à l’hôpital et qu’ils ont même demandé aux médecins de lui faire une radio au cas où il aurait pneumonie. Un représentant du 425e a nié que Karat ait eu une hémorragie interne ou un trauma causé par un coup violent au sternum quand on l’a déposé à l’hôpital. Il dit qu’il ne sait pas pourquoi Karat a terminé à la morgue avec 10 côtes cassées, des hémorragies internes et un trauma au sternum. Selon lui, le 425e n’a identifié qu’une seule côte cassée. Dans une autre déclaration, le 425e avançait que Karat avait deux côtes cassées.
La sœur de Karat, Olga Piskounova a déclaré à Babel que son frère lui avait raconté avant sa mort qu’il était constamment battu. Il n’a été envoyé à l’hôpital que dans un état déjà irréversible.

« Ils l’ont tué. Ils maltraitent tout le monde. Le 425e, c’est la mort. »

La solution finale ?

Alors, à quelles point les pratiques du 425e sont-elles répandues dans l’armée ukrainienne ? Et est-il équitable de comparer les unités d’assaut ukrainiennes et la SMP russe Wagner ?
Parmi tous les glorieux succès au front, les majorettes de l’Ukraine en mentionnent parfois un, ces derniers temps, la baisse supposée des désertions depuis 2025. On relie souvent ce phénomène au règne tout aussi glorieux de Mikhaïl Fedorov, devenu ministre de la Défense au début 2026.
En fait, les statistiques sur la désertion ont simplement été classifiées depuis décembre 2025. On n’a aucun moyen de savoir si elles ont diminué. Les seules statistiques disponibles indiquent que rien n’a changé. Le porte-parole de l’armée a dit en avril aux journalistes que le taux de désertion reste inchangé depuis 2025, environ 20 000 par mois.

Après tout Fedorov, est connu pour avoir un excellent service de relations publiques et une approche sans pitié des informations jugées non nécessaires. La presse ukrainienne financée par l’Occident adore Fedorov et il est possible qu’ils aient simplement cessé de rapporter les désertions après sa nomination au ministère de la Défense.

Cependant, il est possible aussi que la vague de désertions ait décru. Mais seulement au prix de l’augmentation des unités d’assaut et de l’universalisation de leurs pratiques au sein de l’armée.

Notre bien-aimé 425e régiment, par exemple, a augmenté de dix fois son effectif dans l’année passée. Ce « régiment » compte maintenant 13 000 soldats, ce qui en fait une division. Le commandant-en-chef Syrskiy adore les unités d’assaut et elles sont uniques au sens où elles sont subordonnées directement à Syrsky lui-même, au lieu de faire partie d’un corps d’armée comme d’autres unités. De la même manière, le symbole des forces d’assaut est le léopard des neiges, le Bars, nom de guerre de Syrsky.

Bien sûr, les unités d’assaut n’ont pas inventé les pratiques de torture de leurs troupes. La violence dans l’armée ukrainienne a toujours été systémique, comme je l’avais déjà évoqué en 2024. Mais la brutalité dont je parlais alors, quoiqu’également liée à des mesures disciplinaires contre des alcooliques et des toxicomanes, semblait surtout être une forme d’extorsion. On conseillait aux parents d’envoyer de l’argent pour sauver le membre de leur famille de la torture, ou bien le commandant se contentait de toucher sa solde.

Avec les unités d’assaut, la violence semble avoir un but différent. Au cours de l’année passée, les unités d’assaut ont connu une forte croissance avec l’intensification de la mobilisation. De plus en plus fréquemment, les toxicomanes, les sans-abris, les handicapés mentaux sont traînés à l’armée. Il faut les soumettre par la force. Leur destin est de devenir « à usage unique » comme les appellent leurs chefs. Planter un drapeau dans un champ et mourir.
Mais ça fait bien dans la presse. Zelenski a besoin de toutes les victoires possibles s’il veut que les gens oublient les incessantes allégations de corruption et convaincre Trump de continuer, voire d’augmenter l’aide militaire.

En bref, les forces d’assaut neutralisent la désertion.
Quand on parle des forces d’assaut, il est important de noter que d’autres unités sont aussi sous leur contrôle. Il est symptomatique que le 425e soit chargé de l’entraînement des troupes de la 155e brigade. Parce que celle-ci a fait les gros titres après la désertion de 200 de leurs soldats entraînés en France aux frais de l’Occident.

Il n’est donc pas surprenant que le porte-parole militaire ai dit à Babel que ces pratiques ne sont pas limitées aux unités d’assaut. On reçoit beaucoup de plaintes venues d’autres unités. Le 425e caracole en tête des plaintes pour mauvais traitements avec 5,1% du total de plus de 9000 plaintes. En seconde place on trouve le 225e avec 3,1%. Cependant, le porte-parole remarque que la proportion est peut-être plus élevée encore, parce que les unités d’assaut confisquent les téléphones des mobilisés ce qui rend les plaintes plus difficiles.

En bref, il semble que Syrsky né et éduqué en Russie, ait décidé de cesser d’apprendre des Occidentaux ramollis et se soit décidé à mettre en œuvre la pensée de Prigojine.

Mais pour rendre justice à Prigojine, Wagner paraissait posséder une éthique et une histoire source d’inspiration. Ils ont aussi eu de réels succès sur le champ de bataille, comme la prise de Bakhmut. Les forces d’assaut ukrainiennes ne peuvent s’enorgueillir de tels succès — leur plus grandes victoires ont été d’avancer de quelques kilomètres dans les zones grises agricoles du sud de l’Ukraine au prix de pertes innombrables.

Et, plus important encore, Wagner était une armée de contractants. Les sujets soumis à la discipline la plus dure étaient ceux recrutés en prison. Ils avaient choisi de rejoindre Wagner pour avoir une chance de regagner leur liberté, une chance de se réhabiliter. Prigojine était plus qu’explicite avec eux sur le fait que les prisonniers servant chez Wagner étaient soumis à des punitions aussi dures qu’en prison.
Les unités d’assaut ukrainiennes étaient également largement composées de prisonniers à l’origine, mais ce n’est plus le cas. Elles sont maintenant principalement composées de civils mobilisés de force.

On s’empare par la force de pères de famille de 50 ans qu’on torture à mort parce qu’ils ne veulent pas faire un assaut banzaï.

Peter Korotaev traduit par Thierry Marignac

https://www.medias-presse.info/ukraine-une-armee-camp-de-concentration-2/246264/

La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation

 

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Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

La seule manière pour les États-Unis de rester aux commandes des affaires mondiales est une guerre mondiale, c’est-à-dire un conflit à grande échelle dans lequel les États-Unis endossent le rôle d’arbitre et non de participant direct.

L’imagination des stratèges américains n’est pas très riche, c’est pourquoi on répète des schémas datant d’il y a un siècle – par exemple, le réarmement de l’Allemagne et sa préparation au combat contre l’URSS.

Aujourd’hui, l’ennemi désigné, à première vue, c’est la Russie, car la Russie est en action, mais la vraie cible est surtout la Chine, le grand rival stratégique de l’Amérique.

Un point doit être souligné : pour les Américains, peu importe qui remportera le combat.

Le réarmement de l’Europe, conçu soi-disant pour sa défense contre Poutine, peut très bien mener à la ruine de l’Europe. Tant mieux ! Ce qui importe, c’est la guerre et l’arbitre (les États-Unis) dans l’ombre, non son résultat.

De même, le réarmement du Japon, qui ne peut se faire qu’en opposition à la Chine, ne signifie pas que les Américains souhaitent vraiment – ou espèrent – que le Japon l’emporte (tout comme ils n’espèrent pas que l’Ukraine l’emporte sur la Russie). La stratégie est plus cynique : l’important est de provoquer la guerre.

Et les États qui produisent ou achètent des armes (le fameux 5 % du PIB), une fois saturés de technologie militaire, peuvent facilement être dressés les uns contre les autres.

Le cas ukrainien est exemplaire. Une Ukraine bien armée sera toujours une cible pour la Russie. Mais il en va de même pour la Pologne ou un État balte. La tension monte, l’histoire européenne, avec toutes ses tragédies passées, attend cela : la course à l’armement entre voisins. Les motifs de guerre ne manquent jamais !

547x840.jpgVoici ce qu’écrit le PDG de Palantir dans un livre d’une franchise typiquement américaine sur la politique d’armement des alliés des États-Unis :

1. Allemagne

« Une résistance face à de nouveaux investissements militaires a, bien sûr, été particulièrement répandue en Allemagne. Günter Grass, romancier et auteur du “Tambour”, s’est célèbrement opposé à la réunification de l’Allemagne de l’Est avec l’Allemagne de l’Ouest, arguant qu’un État allemand unifié pourrait ouvrir la possibilité d’un nouvel Auschwitz. En 1991, il écrivait : “Rien – ni le sentiment d’appartenance nationale, aussi idyllique soit-il dépeint, ni la certitude de la bonne volonté des générations nées après la guerre – ne peut modifier ou effacer l’expérience que nous, criminels, avec nos victimes, avons vécue en tant qu’Allemagne unie.”

Pourtant, la neutralisation de facto du pays au cours des cinquante dernières années a eu des conséquences. Le retrait d’une Allemagne forte et affirmée a sans doute contribué à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Vladimir Poutine a correctement calculé qu’il ne paierait pas un prix significatif pour cette action. Après des décennies d’autoflagellation, l’armée allemande en était venue à ressembler davantage à une caricature de force armée authentique. »

2. Japon

« Il en va en grande partie de même pour le Japon. La démocratie la plus riche de la région aurait aujourd’hui encore besoin du soutien des États-Unis pour repousser – et a fortiori survivre à – une invasion à grande échelle (...)

La faute n’a pas été de dissoudre l’armée impériale japonaise et d’adopter des garanties juridiques destinées à empêcher sa reconstitution dans l’immédiat après-guerre. L’erreur a été de maintenir cette politique pendant trois quarts de siècle, malgré la transformation de l’ordre mondial, y compris l’ascension d’une Chine de plus en plus puissante et affirmée, ainsi que d’une Russie redevenue ambitieuse.

Le désarmement et la privation de l’Allemagne d’une capacité militaire significative ont constitué une réaction excessive, pour laquelle l’Europe paie désormais un lourd tribut. Un engagement similaire, largement théâtral, envers le pacifisme japonais menace, s’il est maintenu, de modifier également l’équilibre des forces en Asie. »

La conclusion est simple, à l’image de l’histoire récente !

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2026/07/06/la-troisieme-guerre-mondiale-est-encore-en-preparation.html

Ukraine : une armée camp de concentration (1)

 

Ukraine : une armée camp de concentration

Voici un nouveau reportage de Peter Korotaev traduit en français par Thierry Marignac pour Médias Presse Info. Âmes sensibles s’abstenir ! Cet article décrit les sévices que l’armée ukrainienne inflige à certaines de ses propres recrues. L’armée ukrainienne a de plus en plus de mal à renouveler ses rangs. Elle n’hésite donc pas à constituer des unités combattantes à « usage unique », à partir de toxicomanes et d’handicapés mentaux auxquels on a enfilé un uniforme. Ce récit glaçant doit nous rappeler que de telles horreurs ne sont possibles que parce que l’Union européenne continue à financer le régime ukrainien corrompu.

Pierre-Alain Depauw 

Mobiliser et battre à mort les toxicomanes, les handicapés mentaux et les objecteurs de conscience

L’armée ukrainienne a développé une technique ingénieuse pour endiguer la vague de désertions qui a déferlé en 2025. Les hommes mobilisés qui tentent de s’enfuir sont tués.
Des toxicomanes mobilisés pendant leur traitement à la méthadone. Des malades atteints de troubles psychiatriques mobilisés et battus pour maintenir la discipline. Des hommes ordinaires recrutés soumis aux lois du système carcéral post-soviétique. Des toxicomanes traversant un sevrage torturant et hallucinant dans les mêmes culs-de-basse-fosse que des objecteurs de conscience.
Toutes les troupes vont aux toilettes sous la menace d’une arme. Souvent, ils ne disposent que d’une bouteille dans leur tente. Ligotés au chatterton et jetés sur un sol de béton après une tentative de fuite, chiant sur le sol sous leur corps immobilisé.
Pour prévenir les évasions, les bases d’entraînement sont entourées de champs de mines. Les hommes essaient encore de s’enfuir, ou peut-être qu’ils préfèrent sauter sur une mine que d’endurer quotidiennement les coups et la torture pour les briser.
Un homme a assisté à neuf suicides en quatre jours au camp d’entraînement. Les officiers jouent avec leurs recrues, les forçant à se taper dessus entre eux dans de pseudo combats de gladiateurs. Un homme frappé si violemment que son visage est bleu, les chefs rient parce qu’il ne peut plus que ramper et l’appellent « bleuet ».
Cette année des dizaines d’hommes sont morts de « pneumonie ». Un objecteur de conscience baptiste de 50 ans, nourri par perfusion quand il a commencé une grève de la faim, battu quotidiennement par un infirmier surnommé « Satan ». Sa femme dit que son corps brisé portait une « bosse » inexplicable dans le dos. Problèmes cardiaques ont conclu les médecins. Aucune trace de mort violente.
Un soldat souffrant du sevrage de méthadone traîné sur la base par dragster. Lui et d’autres photographiés, la peau arrachée sur de grandes parties du corps. Il s’est plaint qu’il avait été battu si sévèrement qu’il se chiait dessus. Il s’évade vers un hôpital et raconte ses épreuves aux médecins. Mort quelques jours plus tard.
Les chiens s’attaquent à ceux qui essaient de fuir les camps. Les camps d’entraînement. Les chiens sont lâchés sur quiconque manque à la discipline. Si on dérange la paperasse dans les réunions, on vous casse les côtes.

« Usages uniques »

Les officiers les appellent « usages uniques ». Voilà à quoi un soldat est bon — une opération d’assaut. Au moins dans le Maryland ou à Londres quelqu’un aura le grand frisson en entendant parler des contre-offensives menées par les audacieux Ukrainiens démocratiques.
L’Occident finance une armée camp de concentration. Selon les paroles de soldats ukrainiens, cités par les plus libéraux des médias ukrainiens financés par l’Ouest. Bien sûr, cette dernière enquête sur la brutalité obscène régnant dans l’armée ne sera pas traduite en anglais de sitôt. Heureusement, nous allons l’examiner ensemble.
Mais commençons par une affaire moins nauséabonde, quoique tout aussi désolante.

Vague de « pneumonie »

Voilà, c’était Denchik.
Son véritable nom était Denis Opara. On m’a dit un jour que naître en Ukraine était châtiment du karma pour des péchés antérieurs, et la vie antérieure d’Opara a dû être particulièrement vicieuse — il est né noir en Ukraine avec des troubles mentaux. Cruellement brimé à l’école, il a été condamné à trois ans de prison pour avoir volé une paire de baskets.
Constamment battu en prison, il a perdu toutes ses dents. En sortant, il s’est promis de ne plus dévier du droit chemin.
Alors c’est devenu « Denchik » un bateleur de rue parmi les gitans et les singes traînant des chariots sur l’avenue Khreshatik au centre de Kiev. Plus d’un million de personnes se sont inscrites sur son Tik Tok. Il était ravi de faire rire ou sourire quelqu’un.
Malgré sa popularité la vie de Denchik est restée brutale. Il continuait à subir tabassages et humiliations. En 2021, il a été tabassé par des nationalistes pour avoir chanté des chansons populaires en Russie.
Il a sombré dans l’alcool et les drogues. Il composait des tik tok sur n’importe quoi. Ceux qui l’appelaient un blogueur trash n’avaient probablement pas tort. Il a passé une partie de l’année 2025 en institution psychiatrique.
Au début 2026, Denchik a été mobilisé dans les forces armées d’Ukraine en allant à une boîte de nuit. Il a sorti des vidéos en uniforme, déclarant avoir fait le serment de défendre le peuple d’Ukraine. Il a aussi publié un « grand merci à Volodymir Zelenski ! ». Bizarrement ces déclarations étaient faites d’une voix au bord des larmes.
Le 21 juin, Denchik est mort. Il n’a jamais rejoint le front. La cause officielle de sa mort : une pneumonie.
La pneumonie fait des ravages dans l’armée ukrainienne. Surtout ces derniers temps.
Mais Denchik, comme beaucoup d’autres morts de la même façon, était un jeune homme en bonne forme physique. Il est aussi mort pendant un mois de juin étouffant, en principe peu favorable à la pneumonie.
Et il a sorti une vidéo 6 jours avant sa mort.

Il est peu étonnant que beaucoup de commentaires émettent des doutes sur le fait que Denchik soit mort de pneumonie.
En fait, en se fondant sur de très nombreux reportages sur des morts telles que celles de Denchik, on peut faire des hypothèses sur ce qui s’est vraiment passé.
Admettons que Denchik soit réellement mort de pneumonie. Ça peut arriver pour tout un tas de raisons.
Tout d’abord, on parque les récemment mobilisés tous ensemble dans des casemates humides et mal ventilées. Pour les empêcher de s’enfuir et pour que le pouvoir total de leurs nouveaux suzerains militaires leur rentre dans le crâne. Bien que Denchik ait été mobilisé il y a plusieurs mois, il a pu être infecté par de nouvelles recrues.
Il est aussi assez probable que Denchik n’ait pas été très apprécié par ses nouveaux chefs. Comme on le verra plus loin, les toxicomanes sont battus régulièrement ou empêchés d’avoir accès au traitement méthadone prescrit par l’État. Les chefs de Denchik n’étaient sans doute pas ravis d’avoir hérité d’un tiktoker mentalement instable et il n’est pas inconcevable qu’il n’ait pu satisfaire leurs exigences, en termes de discipline et de capacités physiques. Peut-être ont-ils trouvé des drogues sur lui, ce que certains officiers estiment digne de la peine de mort.
Peut-être que Denchik ne voulait pas tuer, tout simplement. Il n’a pas vraiment l’air d’un tueur. Malheureusement pour lui, dans l’armée ukrainienne, il faut tuer ou être tué. Après tout, l’Europe ne se défend pas elle-même.
Alors peut-être que Denchik a été puni. Battu, pas pour la première fois de sa vie. Peut-être qu’on l’a jeté dans un trou le temps qu’il décroche. Être allongé dans une fosse humide pendant des jours est une façon d’attraper la pneumonie, en particulier si l’on souffre en plus de fractures.
D’un autre côté, il est aussi possible que Denchik ait été battu à mort. Comme on le verra, coller un certificat de décès par pneumonie sur un sac d’os brisés est très commun dans les forces armées ukrainiennes.

Ukraine : armée camp de concentration

De nombreux Denchik

Les unités d’assaut ukrainiennes, la partie de l’armée croissant au rythme le plus rapide et la favorite des politiciens, semble avoir fait de la mobilisation de toxicomanes comme Denchik sa spécialité. Ou plutôt, leur approche des toxico-dépendants est devenue très connue.
Le 23 juin, un nouvel article remarquable est paru sur les pratiques régnant dans le 425e régiment d’assaut. Il a été publié par Babel, l’une des plate-forme ukrainienne principales de journalisme d’investigation, financée par l’Occident.
Le 425e est le plus gros régiment d’Ukraine, dont l’effectif a augmenté de plus de dix fois au cours de l’année passée, comptant à présent plus de 13000 soldats. Il jouit d’une priorité absolue dans l’envoi de nouvelles recrues, recevant 20 fois plus de troupes que les autres brigades. Les dirigeants politiques et militaires ont besoin du 425e pour leurs opérations de communication du front, et celui-ci a besoin d’une chair à canon totalement soumise pour ces opérations.

Ukraine : armée camp de concentration

PHOTO : L’insigne du 425e régiment d’assaut.

Pour commencer, les drogues. D’après Olga Reshetilova, porte-parole de l’armée ukrainienne le 425e compte 2000 soldats dépendants de la méthadone. L’Ukraine, j’en ai parlé récemment, a des cliniques de traitement à la méthadone financées par l’État pour sevrer les toxicomanes des amphétamines de rue.
Maintenant, le problème est que les chefs du 425e semblent croire qu’ils connaissent la meilleure manière de traiter la toxicomanie.

D’après Babel, la démarche du 425e est la suivante :

Tout d’abord, des officiers du 425e se pointent dans les cliniques étatiques de distribution de méthadone avec les bandes de recruteurs. 26000 personnes sont inscrites à ce programme à travers le pays, des hommes pour la plupart, une excellente ressource pour la mobilisation. Les médecins de la clinique méthadone de Kropivnitski ont dit à Babel qu’il y avait 160 patients mobilisés ces derniers mois. Les officiers du 425e se sont contentés de rentrer et de les emmener.

Puis, les mobilisés sont emmenés au dépôt du 425e. Il porte le nom évocateur de « poulailler ». Ce long bâtiment, situé aux environs d’un village, ressemble apparemment à un site agricole abandonné. Le 425e s’en sert comme une sorte de caserne, les six sections divisées par des panneaux en fibre de verre. Dans la grande tradition des fermes industrielles, il n’y a pas de fenêtres.

Des témoins oculaires ont dit à Babel que le poulailler retient 1000 à 1200 hommes à n’importe quel moment. Beaucoup souffrent du manque. Leurs téléphones sont confisqués bien avant qu’ils n’atteignent le poulailler.

Oleksandr Zhykine, un homme envoyé au 425e malgré sa dépendance à la méthadone, a raconté à Babel les conditions pénitentiaires régnant au poulailler :

« Ils nous ont emmené là-bas, nous ont sortis comme d’un transport de prisonniers — nous ont déshabillés, fouillés, obligés à enlever nos sous-vêtements et à nous accroupir. »

Zhykine avait en réalité rejoint l’armée volontairement en 2023. Étant donné sa dépendance à la méthadone, il ne pouvait servir sur le front, et a dit qu’il était assez content de travailler comme infirmier et employé administratif dans son ancienne unité non-combattante. Tout a changé en février 2026 quand un nouveau commandant est entré en fonction.

Ukraine : armée camp de concentration

PHOTO : Zhykine en 2023

Le nouveau commandant a confisqué la méthadone de Zhykine. Celui-ci a porté plainte parce qu’il ne pouvait vivre sans drogue. Plainte rejetée, on l’a envoyé dans un bataillon de réserve. Il a eu le même problème. Quand il a quitté l’unité pour récupérer sa méthadone, on l’a officiellement déclaré manquant.
Comme châtiment pour sa désertion, on l’a envoyé au 425e. Il a finalement été affecté au 3e bataillon d’infanterie du 425e, bien qu’une commission médicale militaire ait conclu qu’il n’était pas valide pour mener un assaut.
Zhykine se souvient que les nouvelles recrues passaient apparemment plusieurs jours au poulailler. Ils sont pris par des officiers en visite, venus des nombreux bataillons du 425e. Leurs nouveaux propriétaires portent le nom évocateur, « d’acheteurs internes ».
« Je suis resté là-bas deux jours. Mais il y avait des gens qui y étaient depuis deux mois. J’en ai même vu qui y restait pour y travailler. »
Une fois qu’elle a été sélectionnée par les « acheteurs internes », la chair à canon est expédiée sur les bases d’entraînement du 425e. Ce sont des endroits beaucoup plus dangereux que le poulailler.
Le régiment est imbibé de l’argot et des pratiques des prisons post-soviétiques. Des groupes spéciaux d’hommes armés accompagnent les mobilisés de fraîche date aux bases d’entraînement. Ces hommes armés sont appelés « vertoukhaï », qui signifie « geôliers » dans l’argot de taulard. Ci-dessous une description artistique d’un vertoukhai.

Zhykine s’est souvenu pour Babel de la cérémonie de bienvenue donnée par les geôliers :

« Une première expérience inestimable pour aller aux toilettes : en groupes, sous le canon de fusils d’assaut, accompagné par des insultes « raffinées » et coups de pieds pour ne pas être en rangs comme il faut ou jeter un regard de travers. D’interminables flexions sur les jambes, et la position un et demi. »

« Un et demi » selon le soldat, ressemble à la position assise contre un mur : les cuisses parallèles au sol, les bras tendus en avant.

« De façon à ce qu’on pige où on est arrivé, qu’on ne perde pas son temps, et qu’on soit prêt à la future « mission ». Aux toilettes, au réfectoire, on va partout sous escorte armée. Comme des prisonniers de guerre. »

D’après un autre soldat interrogé, les nouvelles recrues sont triées à l’arrivée, façon Auschwitz :

« Les toxicomanes vont dans un sens parce qu’ils ont une conduite incohérente, certains d’entre eux sont déjà malades. S’ils se comportent mal, ils sont sévèrement battus. Les plus calmes attendent leur tour. »

Naturellement, les crises de manque commencent au poulailler. Insomnie, douleur omniprésente, nausée, diarrhée, fantasme de suicide. On isole ceux qui ont des hallucinations.
Un soldat mobilisé qui a parlé à Babel, sous couvert d’anonymat, se souvient d’avoir été au cachot avec quatre personnes qui voyaient des éléphants roses. Pire, il ne pouvait pas se joindre à eux. Il n’était pas en manque, il était juste puni pour avoir refusé les flexions de jambes — deux jours dans un cachot recouvert d’un double matelas. À un moment, celui-ci était occupé par six ou sept personnes, quatre d’entre elles en manque de méthadone.

« Chacun d’entre eux était perdu dans son monde fantasmé et parlait à des absents. Les toxicomanes ont tenté de forcer la porte. Les gardiens les ont calmés avec du gaz lacrymogène que nous avons tous dû respirer. »

Le soldat se souvient aussi qu’on lui a refusé l’autorisation d’aller aux toilettes. Il n’y avait qu’une bouteille pour pisser dans la cellule. À un moment ses compagnons de cellule en pleine hallucination se sont déshabillés et se sont mis à sauter en l’air en s’arrosant d’eau. Quand l’eau a été épuisée, ils se sont tournés vers l’urine. La minorité de prisonniers non dépendants des drogues ont réussi à les maîtriser.

« L’un d’entre eux a commencé à geler plus tard, mais il refusait de se rhabiller et de manger. Je me souviens qu’il a rampé sous une couverture, et, en-dessous, il déféquait sur lui-même. »

Après cette épreuve, on a rassemblé ces soldats et d’autres pour l’entraînement. Pendant le transport, plusieurs soldats dans un minibus à proximité ont brisé une vitre et tenté de s’évader. Ils ont été ensuite battus par leurs chefs devant toutes les autres recrues.

Babel a pu identifier au moins quatre bases distinctes utilisées par le 425e. On en construit de nouvelles. Les soldats qui les ont traversées se souviennent que les règles et les conditions sont à peu près semblables partout, sinon qu’il y en a où les recrues vivent sous la tente et d’autres dans des abris creusés.

Babel parle d’une base dans une forêt de pins. Les tentes sont situées à plusieurs kilomètres du polygone d’entraînement. Dans chaque tente, 30 à 40 hommes dorment dans des lits de camp.
Une des premières règles qu’ils apprennent, c’est que les nouvelles recrues ne sont pas autorisées à se déplacer dans la base sans permission. Une recrue qui avait réussi à s’échapper de ce camp de concentration a raconté à Babel les choses suivantes :

« Même pour aller aux toilettes, on n’y est autorisé que lorsque suffisamment de gens se sont rassemblés — au moins cinq — et seulement escortés par un gardien avec un fusil d’assaut. »

J’ajouterai que ces affaires ne viennent pas de sortir — j’ai rapporté des histoires semblables il y a quelques mois.

Babel poursuit, écrivant que deux gardes sont affectés à chaque tente. Un gardien accompagne les troupes qui vont aux toilettes, l’autre reste.
Lorsque les recrues quittent la tente, ils doivent marcher en rangs. Tout manquement à cette règle provoque une rafale à balles réelles au sol ou en l’air. Un soldat anonyme qui s’est échappé a confié à Babel :

« Comme ils le soulignent constamment, leurs armes sont chargées de balles réelles. Ils peuvent facilement tirer dans la jambe d’un mobilisé sans qu’il ne leur arrive rien. Après avoir vu ça, certains ont même oublié qu’ils voulaient aller aux toilettes — ou bien se sont soulagés avant d’y parvenir. »

Déflagrations dans la nuit

Le 425e dispose de beaucoup de méthodes ingénieuses pour réduire le nombre de désertions. Par exemple, les mines.
De nombreux mobilisés ont dit à Babel que tous les camps d’entraînement du 425e sont entourés de champs de mines. C’est constamment rappelé aux recrues par de grande pancartes d’avertissement sur les barrières autour du camp.
Les avertissements n’arrêtent pas tout le monde. Un mobilisé a dit à Babel qu’il y avait des explosions toutes les nuits. Ce sont parfois des animaux sauvages, mais pas toujours.
Une recrue de 40 ans semblait particulièrement insatisfaite de son sort, restant en retrait des autres recrues. Un témoin se souvient d’une forte explosion dans la nuit du 26 février, quand tout le monde dormait. Un cri a suivi, puis une nouvelle explosion. Les gardiens sont entrés dans la tente et ont ordonné à tous de sortir pour l’appel. C’est là qu’ils ont découvert qu’il manquait un homme.
Le chef de la sécurité est arrivé environ dix minutes plus tard pour restaurer la discipline. Son nom de guerre était « Finn ». Il conduisait un dragster.
L’homme manquant de Kharkov était assis derrière lui. Il s’était sans doute échappé de la tente en rampant sous une ouverture. L’un de ses yeux était bandé. Sous son pantalon déchiré, on distinguait une chair criblée d’éclats. Un gardien a soulevé sa chemise et dévoilé un hématome à l’abdomen.
Finn s’est servi de l’occasion pour éduquer les nouvelles recrues, montrant qu’une tentative d’évasion pouvait coûter un œil.
Puis il a ordonné à l’évadé de s’agenouiller par terre. Celui-ci n’a pas réagi. Puis il s’est effondré quand Finn l’a frappé. Finn a sorti son pistolet et tiré dans la direction de l’homme à genoux.
Ceux du premier rang ont vu la balle pénétrer le sol. Ceux des deuxièmes et troisièmes rangs en étaient moins sûrs. Un témoin s’est souvenu qu’en voyant ça, ses jambes se dérobaient sous lui. Les chefs ont dit à la troupe qu’il était inutile de chercher à s’évader, puis on a autorisé les hommes à retourner dormir.
On n’a plus jamais revu l’évadé malchanceux, nommé Oleksandr Issaev selon Babel. D’après les documents officiels, il est mort le 15 mars de « Défaillance cardiaque et pulmonaire ».

Voici le compte-rendu officiel du 425e concernant l’explosion d’Issaev sur une mine :

« Pendant l’entraînement le 26-02, il a dévié de la route prévue et sauté sur un engin indéterminé. »

Babel a trouvé un autre soldat du 425e blessé par une mine. Un de ses parents en a parlé à Babel sous couvert d’anonymat et en fournissant des documents. Apparemment, il avait séjourné au camp moins d’un mois. Un jour il a appelé sa famille en lui disant : « Je me suis fait sauter ». Il avait été libéré de ses obligations militaires et on lui avait dit de joindre sa famille pour être ramené chez lui.
Ses parents pensent qu’il s’agissait d’une tentative de suicide.
« Je ne crois pas qu’il voulait s’évader. Tout le monde sait qu’il y a des mines. Et s’ils distinguent des mouvements rapides, les gardiens tirent dans le dos. »
Quand sa famille est venue le chercher quelques jours après l’incident, il saignait encore. Comme d’habitude au 425e, il n’avait pas été autorisé à aller à l’hôpital pour se faire soigner. Ses parents ont compté 50 éclats autour de la partie inférieure de son corps, ce qu’a confirmé Babel après avoir consulté les documents médicaux. Ses parties génitales étaient les plus touchées, et des opérations semblent n’avoir rien amélioré. Il est maintenant en pleine dépression.
Le 425e a tout de même décidé qu’il était temps de récupérer sa propriété et a débarqué chez lui pour le réintégrer dans une unité « médicale ». À présent, cet homme se cache.
Questionné sur les champs de mine, le porte-parole du 425e Andriy Suray a répondu :

« Quand on voit ‘mines’ inscrit sur des pancartes, ça ne vaut pas le coup de vérifier avec ses jambes. »

Évasion et chatterton

Oleksandr Zhykine, mentionné plus haut a tenté de s’échapper, à son premier jour dans la forêt. Heureusement, il était dans un camp dont les alentours n’avaient pas été minés. Il a détalé avec un autre soldat, chacun partant dans une direction différente, pendant un instant de distraction du gardien. Celui-ci leur a tiré dans les jambes à balles réelles, mais ils ont été sauvés par un rideau d’arbres. Ils étaient aussi suivis par des drones.
Cependant, ils ont été pris. On a cassé les dents, les côtes de Zhykine.

« C’était l’enfer. Et le gardien à qui on avait faussé compagnie, m’a dit ‘petite salope, tu veux que j’aille au front à ta place ?’ »

Comme d’habitude en Ukraine, que ce soit dans les unités d’assaut ou de recruteurs, la discipline est maintenue par la menace constante d’être envoyé au front. Si on ne remplit pas son quota de mobilisation ou qu’on égare sa chair à canon, on devient soi-même celle-ci.
Le 425e a officiellement nié avoir tabassé Zhykine.
Après son passage à tabac, Zhykine dit que lui et son compagnon d’évasion ont été recouvert de chatterton et jetés sur un sol en béton. Ils ont passé une semaine dans la « grange », ou des gardiens leur rendaient parfois visite pour les dérouiller à nouveau, parfois à coups de crosse, parfois à coups de pieds. Zhykine ne mangeait ni ne buvait beaucoup parce qu’il avait peur d’aller aux toilettes.
Trois jours après avoir quitté la grange, Zhykine s’est à nouveau enfui. Avec deux autres soldats, un seul d’entre eux parvenant à s’échapper. Zhykine et l’autre ont été rattrapés, battus, jetés dans la grange et sortis de là un jour plus tard. Menottés l’un à l’autre, ils ont été transportés sur le champ de manœuvres. Ils y ont passés une semaine, menottés comme ça.
Une semaine plus tard, on leur a donné des pelles et ordonné de creuser des toilettes et des trous en restant menottés. Zhykine a finalement réussi à être transféré dans une autre unité après avoir rédigé une plainte officielle.

Crucifié sur une croix de bois dans une tranchée

Babel écrit que tous les hommes interviewés se souviennent avoir été ligotés au chatterton. Il y avait aussi un secteur distinct dans les tranchées de chaque centre d’entraînement destinés à ceux qui refusaient de servir pour des raisons religieuses. Les toxicomanes en manque y étaient aussi envoyés.
Trois témoins se souviennent que les éléments indisciplinés étaient aussi passés au chatterton. Ils se souviennent aussi avoir été « attachés à un poteau dans la tranchée qui nous était affectée ». Le poteau était en bois comme les contreforts de la tranchée. Ce n’est sûrement pas une pratique inventée par le 425e. Fin 2024 les médias ukrainiens ont publié l’image d’un homme torturé et crucifié sur une croix de bois dans une tranchée.

La famille de Zhykine l’a recherché pendant qu’il était au 425e. Lorsqu’on a fini par lui accorder un téléphone portable, il a écrit un message à sa famille avant de l’effacer : « Appelez la ligne d’urgence tous les jours. Au moins ils cesseront de me tabasser. Je suis en enfer. »

Il s’est passé un long moment avant qu’on ne l’autorise à passer un coup de fil, et alors, sous surveillance. Heureusement, son gardien troglodyte n’a pas soupçonné que Zhykine, sur la couchette supérieure, pouvait mettre la vidéo. Il a dit à sa famille « Je suis vivant, en bonne santé, tout va bien », tout en exhibant son visage ensanglanté, tuméfié.

Le père de Zhykine a écrit une plainte officielle à la justice militaire. Évidemment, le 425e en a eu vent très vite. L’officier de sa compagnie a rendu visite à Zhykine sous la tente : « Qu’est-ce que tu fous, tu veux tous nous… ? Tu as passé un coup de fil en vidéo ? » Zhykine s’est dit qu’on allait le tuer et il a nié la vidéo. L’officier de la compagnie a dit qu’ils avaient une photo le prouvant. Les tabassages ont ensuite cessé, bien qu’on l’oblige à enregistrer un message prouvant qu’il allait bien.
Zhykine n’a réussi à s’échapper du 425e que pendant un transfert vers un autre endroit, aidé par la proximité de sa ville natale.

Peter Korotaev traduit en français par Thierry Marignac pour Médias Presse Info

https://www.medias-presse.info/ukraine-une-armee-camp-de-concentration-1/246190/