Mythes et antimythes
Culture et histoire
vendredi 16 octobre 2026
Le socialisme n’est pas de gauche !

On a pris l’habitude d’associer socialisme et gauche. Pourtant, dès son origine, le socialisme s’oppose frontalement au progressisme libéral né de la Révolution française. Là où la gauche célèbre le mouvement, l’individu et la table rase, le socialisme originel défend les communautés, l’enracinement et la décence commune. Une opposition radicale que l’histoire a peu à peu effacée… jusqu’à faire disparaître le socialisme lui-même.
L’opposition entre la gauche et la droite vient de la Révolution française. La droite est alors le parti de la Restauration catholique et monarchiste, la gauche au contraire entend affermir et prolonger la Révolution, elle est républicaine et anticléricale. La droite est conservatrice, la gauche progressiste. La droite est le parti de l’ordre et de l’autorité, le sabre et le goupillon, tandis que la gauche est libérale : libérale politiquement, promouvant les libertés politiques contre l’autorité du roi ; libérale de mœurs contre la morale catholique ; libérale économiquement et favorable aux innovations industrielles et scientifiques.
La vie politique du XIXe siècle ne s’arrête pas à ces deux partis. A la gauche progressiste (les bleus) et à la droite réactionnaire (les blancs) s’ajoutent les socialistes (les rouges). Ce mot de socialisme a été introduit en France en 1834 par Pierre Leroux, ouvrier typographe et fondateur du socialisme français, dans un but précis : « j’inventais le terme de socialisme pour l’opposer au terme d’individualisme ».
Cette origine est décisive. Le socialisme originel est une réaction devant l’atomisation de la société. En effet, les communautés traditionnelles sont morcelées par le capitalisme naissant. L’exigence de mobilité, qui commence avec l’exode rural, rompt la vie commune ; la mise en concurrence des travailleurs déchire le tissu social ; l’innovation permanente détruit les traditions et brise le lien entre les générations. L’individualisme libéral sape les formes élémentaires de réciprocité et d’entraide, toute culture commune, toutes les habitudes de vivre et de travailler ensemble sans lesquelles aucune communauté ne peut se maintenir. Le socialisme, comme son nom l’indique, sera d’abord la lutte pour maintenir vivantes les communautés, contre le libéralisme pour qui « la société n’existe pas » (Thatcher), bien avant d’être une lutte économique contre la misère ouvrière.
Pourquoi défendre les communautés ? Parce que les individus isolés sont faibles, vulnérables et exploitables, à la merci de l’État ou de l’argent. Les socialistes, comme Debord, Orwell ou Simone Weil, ont souligné que l’atomisation des sociétés signifiait la désolation, l’isolement et le déracinement, qui permettent tous les asservissements et tous les totalitarismes. Sans communauté solide, pas d’hommes libres. Voilà pourquoi le socialisme originel s’oppose à tous les progressismes de la science, de l’économie et de la politique qui font table rase du passé, afin défendre tout ce qui est indispensable à la survie des communautés. Le socialisme originel est conservateur, il entend réenraciner les hommes déracinés par la modernité industrielle.
Aimer son pays
Le socialisme est naturellement nationaliste et patriote. On « doit aimer, dans un pays, tout ce qui est condition du développement spirituel des individus : le langage, les cérémonies, les coutumes, toute la poésie qui enveloppe la vie d’un pays. On peut et doit aussi aimer tous les pays, mais on a des obligations particulières envers le sien propre » (S. Weil). Les socialistes s’opposent dès le début à l’immigration, dès 1845 (Engels). Ils fondent la fameuse Internationale notamment pour développer la solidarité entre les travailleurs de tous les pays qui fera que les ouvriers belges ne viendront pas briser une grève française en se faisant embaucher à la place des ouvriers français. Le socialisme est, enfin, moral. Il cultive les vertus indispensables à la vie sociale qui sont rongées par « les eaux glacées du calcul égoïste » : la fidélité à la parole donnée, l’entraide et la générosité, le sens de l’honneur. C’est la common decency d’Orwell.
Bref, la gauche progressiste et le socialisme conservateur s’opposent frontalement. La gauche issue de la Révolution française se fonde sur l’idée de Progrès et la philosophie des Lumières. Son ennemi, c’est le réactionnaire, c’est-à-dire tout ce qui freine le Progrès : l’Eglise, la monarchie, mais aussi les traditions populaires, toujours conçues comme arriérées et nauséabondes. Le socialisme issu de la Révolution industrielle se fonde sur l’expérience concrète de l’atomisation des communautés. Son ennemi, c’est le bourgeois, c’est-à-dire tout ce qui détruit les conditions d’une vie digne.
Alliances temporaires et oppositions radicales
Il y eut parfois des alliances temporaires, lors de l’affaire Dreyfus et du Front Populaire. Mais la plupart du temps, les socialistes et la gauche se sont opposés, parfois violemment. En juin 48, Hugo, alors député se range clairement du côté de l’ordre et de la garde nationale contre les ouvriers, incitant les soldats à prendre d’assaut les barricades ; en 1870 la Commune est écrasée dans le sang par Thiers, alors chef de la gauche ; en 1871 Edouard Vaillant proclamait que « Versaillais de gauche comme Versaillais de droite doivent être égaux devant la haine du peuple ; en 1893 le parti ouvrier français appelle à « chasser du pouvoir les voleurs de droite comme de gauche » ; lors de l’affaire Dreyfus, Rosa Luxembourg désigne Jaurès, Zola et la gauche comme « les ennemis de la classe ouvrière » ; en 1919 les spartakistes sont exécutés par un gouvernement de gauche ; en 1920, la SFIO répète qu’elle est un parti révolutionnaire « opposé aux blocs de gauche »…
Après-guerre, le socialisme originel a disparu, avalé par la gauche sociale-démocrate. Rosa Luxembourg avait pourtant mis en garde : l’assimilation des socialistes à la gauche sera « l’anéantissement de toute l’œuvre accomplie par le socialisme ». Effectivement, la gauche a totalement éradiqué le discours socialiste originel à tel point qu’il n’y a plus à gauche de critique sérieuse du capitalisme – tout au plus la volonté d’en réformer quelques excès. Même l’extrême gauche actuelle n’est pas anticapitaliste ni antilibérale, malgré tous ses discours fracassants, parce que son idéologie libertaire et progressiste permet le déploiement total du capitalisme – ce que les socialistes avaient bien vu.
La droite monarchiste et catholique a elle aussi disparu, remplacée par la droite contemporaine, aussi libérale et progressiste que la gauche, à tel point qu’il n’y a plus à droite de critique sérieuse de la modernité – tout au plus la volonté d’en réformer quelques excès. Même l’extrême droite actuelle n’est pas conservatrice ni patriote, malgré tous ses discours fracassants, parce qu’elle promeut l’économie de marché et l’innovation technologique qui détruisent les frontières et les communautés, les traditions et les valeurs morales – ce que les socialistes avaient bien vu.
C’est le fameux mouvement sinistrogyre. La gauche libérale a triomphé des socialistes et de la droite réactionnaire, elle a imposé à tous ses valeurs fondamentales, le libéralisme et le progressisme. Tous les partis politiques français sont d’une manière ou d’une autre libéraux et progressistes, tous sont les héritiers de la gauche. Tous, malgré leurs beaux discours, œuvrent concrètement à la destruction des communautés. Pour combattre l’atomisation, le déracinement et la désolation de l’homme moderne il n’y a donc qu’un moyen : non pas voter, mais s’enraciner, c’est-à-dire s’engager dans une communauté.
Pour approfondir, on lira avec profit Jean-Claude Michéa, en particulier Notre ennemi, le capital.
https://www.revue-elements.com/le-socialisme-nest-pas-de-gauche/
Le « Manuel du royaliste » de Firmin Bacconnier

Nous vous proposons ici la lecture de la préface de la nouvelle édition de l’ouvrage, paru aux éditions de Flore, écrite par Frédéric Rouvillois. Certes, sous forme d’article, elle est un peu longue, mais nos fidèles lecteurs, conquis par le texte, ne manqueront pas d’excuser cette prolixité qui, en fin de compte, n’en est pas une tant le sujet est riche.
*****
par Frédéric Rouvillois
Paru d’abord en feuilleton, du 8 au 12 octobre 1903, dans le quotidien monarchiste la Gazette de France, puis, à partir du 4 novembre, sous la forme d’une brochure vendue dix centimes, le Manuel du royaliste de Firmin Bacconnier est l’un des rares exemples d’un « catéchisme » royaliste, un genre pratiquement réservé à la gauche, républicaine, révolutionnaire ou socialiste. Il ne s’agit pas d’un détail sans importance mais de l’indice tangible d’une mutation majeure, à la fois des responsables monarchistes, qui comprennent qu’il est temps de sortir de leur tour d’Ivoire, et du public potentiel, qui désormais ne se limite plus à une élite d’intellectuels capables de lire des ouvrages longs et complexes, ou à des populations traditionnellement catholiques et monarchistes, qui n’ont nul besoin d’être converties à un royalisme auquel elles adhèrent depuis toujours, et ce, qu’elles appartiennent à l’aristocratie, à la bourgeoisie ou à la paysannerie. Avec ce nouvel outil de propagande, l’objectif est de « royaliser le pays », ou plus exactement, de le « re-royaliser », les monarchistes, légitimistes et orléanistes, n’ayant en effet perdu la majorité à la Chambre des députés, puis au Sénat, qu’une vingtaine d’années auparavant, même s’il est vrai que le nombre de leurs représentants et leur impact politique s’effondre depuis le début des années 1890 et le « Ralliement ».
Comme le fait observer Olivier Dard, cette période est aussi celle de la « mise sur orbite » d’un grand parti catholique, l’Action Libérale Populaire (ALP), fondé par d’anciens royalistes comme Jacques Piou, « l’homme du Ralliement », et le comte Albert de Mun, celui du catholicisme social : un parti dont l’objectif principal est d’intégrer des catholiques, jusque-là attachés à la monarchie, dans une République qui non seulement reste anticléricale, mais qui semble l’être de plus en plus, avec l’idée de la réformer de l’Intérieur. Créé en 1901, ce parti vient de remporter un succès significatif aux élections législatives de 1902, formant un groupe de quatre-vingts députés principalement issus de la mouvance monarchiste ou de l’ancien « groupe antisémite » d’Édouard Drumont. Face à ces conservateurs honteux, à ces royalistes qui n’osent plus dire leur nom ni défendre leurs idées, la mise en place d’une propagande populaire trouve évidemment un sens nouveau : d’où, la rédaction du Manuel, qui sans inutiles attaques ad hominem, n’en conteste pas moins la démarche qui a conduit à la création de l’ALP : « Nous sommes les plus faibles, donc il faut céder, céder d’abord ceci, et puis ceci, et cela, et cela encore ». « Jamais des citoyens dignes de ce nom », rétorque Bacconnier, « ne voudront tenir un pareil langage ni s’y rallier » – le terme n’a pas été employé par hasard. « Sommes-nous les plus nombreux ou les moins nombreux ? Peu importe : nous pouvons être les plus forts ».
À ce propos, on notera aussi, dans la préface, une remarque importante de Maurras et qui vaut pour l’ensemble des « néo-royalistes », autrement dit, pour le Manuel de Firmin Bacconnier comme pour l’Enquête qu’il est en train de mener, et qu’il n’achèvera que six ans plus tard : dans les deux cas, souligne-t-il, l’innovation ne concerne que la méthode, les objectifs et la démarche scientifique, pas le fond ni les conclusions, qui se situent explicitement dans le prolongement de la tradition contre-révolutionnaire : et d’évoquer Bonald, cité par Bacconnier comme il le sera « dans cette Enquête sur la Monarchie, qu’on a accusée, bien à tort, d’originalité comme de nouveauté. L’Enquête », poursuit Maurras, « n’a fait qu’adapter aux nécessités du moment une doctrine aussi ancienne que la France et que la civilisation. Bonald nous en avait donné des formules qui sont peut-être les plus fortes qu’on eût présentées depuis Bossuet. Il suffisait donc de traduire dans la langue moderne ces deux maîtres, auxquels je ne peux m’empêcher d’associer Auguste Comte, (à mon sens, le plus grand des trois), en utilisant les études accumulées par leurs successeurs et par leurs devanciers ».
Pour revenir au petit livre de Bacconnier, on observera attentivement son titre : Manuel du royaliste, et non du royalisme. L’objectif n’est pas d’expliquer la doctrine – comme le fera plus tard le (faussement modeste) Petit Manuel de l’Enquête sur la monarchie, 228 pages en caractères serrés dont l’Avis au lecteur précise qu’il est « destiné à répandre l’idée et la méthode de l’Enquête ». Ce n’est non plus de la synthétiser, ainsi que s’y emploie Maurras avec Dictateur et roi, qu’il présente en cette même année 1903 comme « la préface naturelle » aux réflexions qui « ont pu contribuer à la nouvelle évolution royaliste ». Il s’agit, avec ce Manuel, d’en proposer une version abrégée et « populaire », un « résumé » indispensable au travail de propagande. Le Manuel est donc conçu comme un moyen de répondre brièvement, clairement et simplement aux questions sommaires que pourrait (se) poser le premier venu sur la royauté et sur les raisons apparemment baroques qui justifient sa défense, cent-dix ans après la mort de Louis XVI et trois décennies après le renoncement du comte de Chambord. Des questions auxquelles tout royaliste a forcément été confronté, qu’il ait milité sous la présidence d’Émile Loubet, comme Firmin Bacconnier, sous celle d’Albert Lebrun, comme Pierre Boutang, ou sous celle d’Emmanuel Macron, questions dont la plus banale est l’inénarrable « Et si le roi était fou ? », et la plus importante : « Ne serait-il pas plus raisonnable de laisser les gens choisir eux-mêmes leur chef ? ». En bref, le Manuel du royaliste ne se veut rien de plus qu’un outil de propagande. C’est en cela qu’André Buffet déclare à la Gazette de France que « le manuel est complet et il n’y a rien à reprendre ». C’est pour cela également que l’éditeur insiste sur l’importance du portrait du Prince, le duc d’Orléans, destiné à manifester l’incarnation de l’idée monarchique dans une personne : « Hier samedi, de nombreuses demandes du Manuel de Firmin Bacconnier nous sont arrivées de tous les points de la France, et nous serions en mesure de livrer les premiers exemplaires sans les retards apportés à la gravure du portrait du Prince. Nous avons pensé, en effet, qu’un Manuel du royaliste serait incomplet sans un beau portrait du Roi ; aux principes de la politique française, doit être associée l’image du Chef de la Maison de France, l’héritier des fondateurs de notre Nation qui, pendant huit cents ans, ont représenté ces principes vitaux ».
Conçu pour un public impatient de bénéficier de ce type d’ouvrage de combat, le Manuel du royaliste va connaître immédiatement un large succès, pour la plus grande irritation des républicains, qui observaient depuis une dizaine d’années le royalisme disparaître peu à peu du paysage politique. C’est ce que raconte Maurras en se tenant les côtes, ravi du bon tour que le Manuel vient de jouer aux ennemis de la royauté : « Aux premiers jours de l’Enquête sur la Monarchie, les républicains écrivaient : — Cela peut être vrai, mais comme c’est abstrait, dur, sec et pénible à s’assimiler ! Passe-temps de docteurs ! Jamais vous ne pourrez gagner ainsi la foule ! Vous êtes bien incapables d’aller au peuple !
Depuis que le Manuel de Bacconnier, vendu en moins d’un mois à 60 000 exemplaires, court les faubourgs des grandes villes et les hameaux de la campagne, les républicains commencent à crier que nous abusons de la simplicité et de l’ignorance.
L’un d’eux, M. Fernand Rabier, député du Loiret et collaborateur de l’Aurore, disait l’autre jour, tout naïvement, la surprise et l’inquiétude que lui causaient les vifs progrès du Manuel du royaliste dans les localités de sa circonscription. Décrivant avec une ignorance primaire les horreurs et les hontes de l’Ancienne France (famine et Parc aux cerfs, comme vous savez !) le bon député-journaliste déplorait les retouches que ce dangereux Manuel ne manquerait point d’apporter à son véridique tableau. M. Fernand Rabier plaignait donc les pauvres d’esprit exposés sans défense aux cyniques mensonges de ce détestable et perfide Bacconnier ; mais en revanche, il se félicitait, lui et quelques autres fortes têtes de ses amis, d’échapper par l’immensité de son savoir, à la peste du Manuel ».
Le 29 janvier 1910, un journaliste de La Savoie républicaine signale qu’avant le banquet organisé à Chambéry pour la fête des Rois, trois Camelots venus exprès de Grenoble, « par leur voix sonore et leur belle attitude, ont fait sensation à la sortie des messes de la Cathédrale et de Notre-Dame, et ce qui est mieux, ont réalisé une vente merveilleuse de numéros de l’Action Française et de brochures Manuel du Royaliste ». Même remarque dans le Journal du Midi du 10 octobre 1910, à propos d’une réunion organisée près de Nîmes, à Saint-Quentin-la-Poterie sous l’éminente présidence de M. de Pougnadoresse : « À la sortie les camelots vendaient l’A-B-C du Royalisme social et le Manuel du Royaliste de Firmin Bacconnier. Les exemplaires s’enlevaient. La propagande est ainsi toujours active ; nos amis ne connaissent pas le découragement. Ils ont la foi qui fait les vainqueurs ».
Maintenant, un siècle et vingt ans après la parution du Manuel, la vraie question est de savoir pourquoi le lire, et d’abord, comment.
Que l’on soit un intellectuel organique, un militant de base ou les deux à la fois, il est bien évident que l’on ne peut aborder un tel ouvrage sans prendre en compte le fait que le monde où nous vivons a quelque peu changé depuis 1903 : le monde, et les problèmes politiques et autres qu’il pose aux royalistes, et au royalisme.
Certains de ces problèmes, jadis essentiels, ont tout bonnement disparu : la question du parlementarisme, par exemple, évidemment majeure durant la première moitié du XXe siècle, a fini par être neutralisée par la mise en place de la Ve République, dont l’un des résultats les plus tangibles fut d’enlever au Parlement sa place dominante et de réaffirmer le rôle déterminant du pouvoir exécutif… D’autres n’ont plus la même actualité (la franc-maçonnerie, même si les lecteurs du Da Vinci code diront le contraire), ou se sont transformés, parfois radicalement : c’est le cas de ce que l’on appelait à l’époque « la question juive ». Le lecteur du Manuel constatera à ce propos que si cette dernière apparaît, elle n’est en réalité qu’assez peu présente, ce qui ne manquera pas de surprendre ceux qui s’obstinent à considérer le royalisme maurrassien comme fondamentalement antisémite. Si tel était le cas, la question reviendrait à chaque page, à chaque ligne, sur un mode obsessionnel, comme c’est le cas dans les articles hallucinés du publiciste Édouard Drumont ou dans les brochures monomaniaques de la Ligue antisémitique, pour qui le Juif est le mal en soi, ou l’unique cause du mal. Dans le Manuel du royaliste et dans la préface de Maurras, il n’apparaît qu’à trois ou quatre reprises, soit en tant qu’allié naturel du régime républicain, soit comme menace contre la nation (ayant d’autres allégeances), soit en tant que (l’un des) bénéficiaire(s) du capitalisme déréglé issu de la Révolution par l’intermédiaire de la loi Le Chapelier. Ce n’est pas contre « le Juif » en tant que tel que l’on en a, mais contre des périls spécifiques (La République, l’internationalisme, le capitalisme anarchique) auxquels on le rattache. Ce qu’il faut en déduire, si l’on procède honnêtement, c’est qu’il existe certes une dose d’antisémitisme dans le néo-royalisme maurrassien, mais que celle-ci n’est nullement dominante : elle est même secondaire, consécutive et largement conjoncturelle, l’introduction de cette thématique très populaire ayant visé pour l’essentiel à mordre sur un public d’ouvriers, d’employés ou de petits commerçants qui y était particulièrement sensible et qui, jusqu’alors, boudait ostensiblement le royalisme en raison de ses accointances supposées avec la haute bourgeoisie juive incarnée par Arthur Meyer, le directeur du grand quotidien conservateur Le Gaulois.
Mais ce que le royaliste de bonne foi est obligé de constater un siècle et vingt ans après, ce n’est pas une disparition, mais bien une inversion du « problème juif » – alors que les positions les plus vigoureusement nationales sont défendues au premier chef par des Juifs (Éric Zemmour, Alain Finkielkraut, Élisabeth Levy), que certains des plus brillants héritiers de Maurras, de Pierre Boutang à Gérard Leclerc, se sont illustrés dans le débat avec les grands penseurs juifs (Daniel Halévy, Martin Buber, Emmanuel Lévinas, Georges Steiner, Jean-Marie Lustiger), et que les thèses antisémites sont revenues à l’extrême gauche, là où elles avaient fleuri à l’origine, tout en se combinant avec un discours violemment antinational, pro-migrant et communautariste.
Enfin, certains autres problèmes sont apparus, inimaginables au début du XXe siècle, qu’il s’agisse de la dissolution de la souveraineté française dans l’ensemble européen, des migrations de masse, de la remise en cause radicale du modèle de la famille et de la paternité, de la mécanisation et de la robotisation du monde, de l’atome, du transhumanisme et maintenant de l’intelligence artificielle : autant de mutations qui, bien entendu, perturbent le catéchisme de Firmin Bacconnier – qui, au fond, s’adressait à un homme qui pour l’essentiel était le même que celui auquel parlaient Aristote, Descartes, Bossuet ou Bonald, un homme identique à lui-même au sein d’un monde à peu près stable, mais qui ne va plus le rester bien longtemps : c’est en 1903, au moment précis où paraît le Manuel, que les frères Wright construisent le premier avion à moteur.
En résumé, à la question du « comment ? » (lire cet ouvrage), la réponse s’impose d’elle-même : avec un regard critique, une distance suffisante et une méfiance à l’égard des anachronismes : pas question de plaquer sur les réalités actuelles l’ensemble des analyses développées il y a douze décennies. S’il faut le lire, c’est de façon pondérée, réfléchie, en se demandant à chaque instant comment l’outil que l’on a en main pourra servir la cause telle qu’elle se présente aujourd’hui.
De là, on passe donc à la question du « pourquoi ? » – pourquoi est-il pertinent de lire aujourd’hui ce petit ouvrage de cent-vingt ans ?
Eh bien, s’il est pertinent et utile de le faire, c’est précisément parce que les nouveaux problèmes – ceux qui échappaient forcément à Bacconnier et dont on pourrait croire qu’ils le rendent obsolète –, accroissent au contraire son intérêt et l’urgence de sa lecture. Ce qui a changé rend en effet plus pressante que jamais la nécessité d’agir afin de conserver ce qui est vraiment précieux ; ce qui fonde la civilisation, et qui paraît, en même temps que celle-ci, infiniment plus fragile qu’il y a cent-vingt ans, où un certain ordre naturel, le respect de certains principes, l’amour de la patrie, semblaient aller de soi à toute personne normalement constituée. À l’époque, seuls les monstres et les fous échappaient à la règle commune, et l’essentiel pouvait paraître hors d’atteinte, ce qui n’est malheureusement plus le cas de nos jours. Sur ce plan, ce que le philosophe anglais sir Roger Scruton, appelait « l’urgence d’être conservateur », et que nous appellerions, nous, « l’urgence d’être monarchistes », est donc plus grande que jamais, même si sa mise en œuvre et sa réalisation n’ont jamais semblé aussi difficiles. D’où l’intérêt de lire, de relire et de faire lire ce précieux petit manuel.
https://www.actionfrancaise.net/2026/10/16/le-manuel-du-royaliste-de-firmin-bacconnier/
mardi 13 octobre 2026
Le Pape, la civilisation et l’Ancienne France

Combat royaliste 146
Par Philippe Germain
La République va si mal que certains estiment que le président Macron voudrait entrer en guerre contre la Russie pour reporter les élections et rester au pouvoir. Possible… mais de toute façon un changement de président en 2027 ne réglera rien puisqu’il ne sera pas au service des intérêts de la France mais à celui des affiliés du parti qui le soutient. De plus, une présidente social-populiste sera immobilisée par l’État profond qu’a verrouillé Emmanuel Macron espérant se représenter en 2032.
Les nationalistes intégraux, eux, doivent profiter de la campagne 2027 pour devenir force de proposition, sur les sujets Institutionnels, Industriels et Civilisationnels, négligés par les candidats. D’autant que le changement de cap anti-laïciste de Mélenchon sur le port du voile et la célébration des racines chrétiennes de la France par le pape Léon XIV ont mis en avant le sujet civilisationnel. Au Stade de France, il y a eu ce défilé des saints. Une mise en ordre forte de la société. Avec un roi de France symbole de la justice et Jeanne d’Arc symbole de l’indépendance nationale. Ce défilé a été salué par la Vieille France mais aussi regardé avec inquiétude par lestenants de la Nouvelle France.
Eh oui, nous sommes au seuil d’un changement d’époque, car au-delà de la mondialisation, la modernité est allée au bout de ses échecs. Souvenons-nous que lorsque le pape Jean-Paul II était venu en France à l’occasion de l’anniversaire du baptême de Clovis, il avait décidé de faire un peu profil bas sur la question, même s’il était allé célébrer la messe à Reims. En revanche, le pape Léon XIV, lui, n’a pas hésité à évoquer le baptême de Clovis devant Emmanuel Macron.
Alors oui, il est temps, et d’abord pour le personnel de l’Église, de se poser la question : toutes les civilisations se valent-elles ? Dans un pays où, du fait de l’immigration, la présence des musulmans est de plus en plus importante, la question de l’islam se pose forcément avec de plus en plus d’intensité. Certes, depuis Vatican II, un point de vue de bienveillance s’est imposé, dans la tonalité de la déclaration Nostra ætate « sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes », mais il a été révisé par la déclaration de Ratisbonne du pape Benoît XVI sur l’islam.
Sur la question des migrants, souvent musulmans, Léon XIV exprime sa continuité avec le pape François, mais avec rééquilibrage. Il insiste sur l’accueil, mais avec une nouveauté importante : l’accueil comporte impérativement l’évangélisation. Léon XIV introduit aussi la notion d’identité culturelle du pays d’accueil : « Chers frères migrants, il vous revient une part noble et nécessaire de ce chemin : vous ouvrir avec confiance à la communauté qui vous accueille, apprendre sa langue, respecter ses lois, connaître ses coutumes, participer à la vie commune et offrir avec gratitude vos dons ». Pour Léon XIV, « s’il existe un droit de chercher refuge lorsque la vie est menacée, il existe aussi le droit de ne pas avoir à migrer : le droit de rester chez soi sans faim, sans guerre, sans persécution, sans violence ». Oui, un changement d’époque indiscutable pour les cardinaux et évêques…
Œuvrer à la campagne présidentielle : République 2027 déconstruction ou chaos ?, 2027 heure néomaurrassienne, 2027 ne réglera rien, 2027 deux populismes s’affrontent, 2027 Européanisation et créolisation contre identité française, 2027 civilisationnel industriel institutionnel, 2027, remplacement ou rechristianisation ?
Zoom – Jean-Michel Jacquemin-Raffestin : BlackRock tire les ficelles de la transition écologique
![]()
BlackRock tire-t-il les ficelles de la transition écologique ? Dans "Climarnaque 2", Jean-Michel Jacquemin-Raffestin dénonce les intérêts financiers et politiques qui, selon lui, se cachent derrière la lutte contre le réchauffement climatique.
Du rôle de l’ONU et de l’Agenda 2030 aux politiques énergétiques européennes, il s’interroge sur les objectifs réels de cette transformation et sur ses conséquences pour les populations. Nucléaire, éoliennes, pollution plastique, contrôle par la fiscalité : qui profite de cette nouvelle économie verte ?
Et derrière ces politiques, l’auteur voit se dessiner un projet bien plus radical, qui menacerait jusqu’à la liberté et à l’existence même de l’homme.
![]()
lundi 12 octobre 2026
Pourquoi il faut banaliser Charles Maurras

Le 1er octobre dernier déjà, nous évoquions ce sujet, aujourd’hui François Marcilhac revient sur l’épisode avignonnais concernant Maurras…
*****
par François Marcilhac
Le 2 octobre 2026, à Avignon, la Maison de la culture provençale proposait une conférence sur les textes provençaux d’auteurs qui ont écrit la majeure partie de leur œuvre en français, baptisée « Ils ont aussi écrit en provençal : le saviez-vous ? » Parmi eux figurait Charles Maurras, avant qu’une cabale d’extrême-gauche, pétition à l’appui, n’obtienne la déprogrammation des textes en provençal du maître de l’Action française qui fut aussi Félibre et disciple de Frédéric Mistral.
LFI, LDH, « libre » pensée : ces milices de la bien-pensance
Le directeur des bibliothèques d’Avignon, Jérôme Triaud, avait eu beau répondre que les textes présentés, qui ne sont ni politiques ni idéologiques, étaient en revanche constitutifs de l’histoire du Félibrige, rien n’y a fait. Dans une inversion des principes dont l’extrême-gauche est coutumière, LFI a considéré que programmer Maurras « ce n’est pas faire œuvre de pluralisme, c’est bâillonner l’histoire » (sic). La « Libre » pensée et la Ligue des « droits » de l’homme du Vaucluse ont immédiatement emboîté le pas à la formation néostalienne de Jean-Luc Mélenchon en condamnant, à propos de cette programmation « la banalisation d’une pensée d’extrême-droite ». Et la LDH d’écrire, sans vergogne, dans un communiqué : « Une bibliothèque publique n’est pas un espace neutre lorsqu’elle choisit de mettre à l’honneur des textes et des auteurs. Elle exerce une responsabilité particulière : transmettre les savoirs, éclairer l’histoire et contribuer à la formation de l’esprit critique ». Quant aux signataires de la pétition de s’exclamer : « Charles Maurras n’est pas un félibre parmi d’autres dont on pourrait célébrer les textes “apolitiques” en toute tranquillité, à la faveur d’une simple ‘recontextualisation’ » — « recontextualisation » à laquelle s’étaient tout d’abord résolues bibliothèque et mairie avant de se coucher devant les milices de la bien-pensance d’extrême-gauche : « On préfère avoir une conférence sereine », a indiqué Bernard Deschamps, à l’origine de la Semaine provençale, sous la pression du maire. Une colonne vertébrale ne s’achète pas au magasin des accessoires.
Une extrême-gauche décomplexée
Le climat va devenir de plus en plus lourd non seulement pour la liberté d’expression mais aussi pour la science, des universitaires ou prétendus tels faisant passer leur idéologie mortifère avant la connaissance en allant jusqu’à préconiser avec cynisme l’effacement pur et simple de la littérature et de la mémoire nationales des auteurs qui ne leur plaisent pas, un peu comme Staline faisait retoucher les photographies pour en effacer les visages de ceux qui ne lui plaisaient plus et qu’il avait fait assassiner. Mais le cas de Maurras est encore plus grave : il ne s’est, lui, jamais compromis avec un quelconque totalitarisme. Il a toujours fait droit… aux droits de l’intelligence, sans réserve aucune. Quant au quotidien L’Action française, il était réputé le plus large d’esprit en matière littéraire et artistique. Mais qu’importe à ces miliciens de la pensée (« universitaires » et militants de gauche aussi incultes que malveillants) qui résument Maurras à un racisme qu’il a toujours dénoncé et à des discours de haine qu’ils confondent avec une verve polémique largement partagée à l’époque — ainsi Le Populaire de Blum du 1er novembre 1935 — mais Blum ne signe pas l’article — appelle-t-il à « abatt[re] » Maurras (et Béraud) « comme des chiens » en raison de leur opposition aux sanctions contre l’Italie. Mais le plus grave, c’est qu’après l’annonce du retrait, les auteurs de la pétition ont salué une « victoire », tout en appelant à maintenir la vigilance face à ce qu’ils présentent comme une « influence rampante de l’extrême-droite ». Nous sommes face à une extrême gauche décomplexée qui n’hésite plus à s’attaquer aux écrivains et aux œuvres de l’intelligence pour étendre son influence à la faveur d’une dénonciation pseudo-morale qui vise simplement à interdire tout débat intellectuel, tout enrichissement par la pensée de l’autre, tout discours déviant d’une bien-pensance qui ne peut s’épanouir que sur la négation de toute divergence. Ces acteurs de la cancel culture ne visent rien moins qu’à annuler toute dissidence, voire, s’ils réussissaient, toute interrogation, le fait même de s’interroger devenant un signe d’esprit critique, autant dire de mal-pensance.
Un livre de Maurras en main
C’est pourquoi notre seule réponse ne peut consister que dans un refus clair et dynamique de cette mainmise du totalitarisme d’extrême gauche. Oui, nous ferons tout pour banaliser la pensée de Charles Maurras, c’est-à-dire la faire partager le plus largement possible à nos compatriotes, dans un esprit critique envers nous- mêmes (« la tradition est critique », nous a lui-même enseigné Maurras) : ainsi d’un antisémitisme, part la moins originale et la moins constitutive de la pensée de Maurras, et dont notre tradition nationaliste s’est heureusement débarrassé depuis longtemps — quand LFI en fait aujourd’hui la promotion. Et nous refuserons également qu’au-delà du politique, des écrits de pure littérature et de pure poésie puissent être censurés sous prétexte qu’ils auraient été composés par Charles Maurras. Nous n’accepterons pas que notre jeunesse, déjà en perte de repère, se trouve par là-même privée de la connaissance et de la jouissance intellectuelle d’un des plus grands prosateurs français du XXe siècle et d’un authentique poète. Un livre de Maurras en main, nous nous opposerons à tous ceux qui veulent bâillonner la culture.
P.S. : Nous venons d’apprendre que les Universités du mouvement « Oser la France » de l’ancien député et vice-président de LR Julien Aubert devaient se tenir le samedi 17 octobre à Avignon avec pour invités Sarah Knafo et François Fillon. Et que ces mêmes milices d’extrême-gauche ont fait annuler l’événement. MANIFESTEMENT, L’ORDRE RÈGNE À AVIGNON !
https://www.actionfrancaise.net/2026/10/12/pourquoi-il-faut-banaliser-charles-maurras/
Il y a 40 ans : disparition de Georges Dumézil
Alain de Benoist : à la recherche du berceau des Indo-Européens

Depuis deux siècles, linguistes et archéologues, bien aidés désormais par la génétique, remontent la piste des Indo-Européens. Dans son nouveau livre, « Indo-européens. À la recherche du foyer d’origine » (Krisis/La Nouvelle Librairie), Alain de Benoist retrace cette formidable enquête scientifique. Une plongée dans cinq millénaires d’histoire européenne.
ÉLÉMENTS : Qu’est-ce que la connaissance des Indo-Européens peut faire pour nous aider à traverser notre crise de civilisation ?
ALAIN DE BENOIST. Je ne suis pas sûr de pouvoir bien répondre à votre question, car ce n’est sans doute pas avec des connaissances, quelles qu’elles soient, que l’on parviendra à surmonter la crise généralisée à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. Néanmoins, on peut rappeler que l’avenir se nourrit toujours du passé : ceux qui ne savent pas (ou ne veulent pas savoir) d’où ils viennent sont incapables de comprendre où ils vont. L’étude des Indo-Européens nous montre que notre civilisation existe depuis au moins 5 000 ans, dont 3 000 ans correspondent à la proto-histoire et à l’Antiquité. La prise en compte du fait indo-européen installe donc d’emblée notre civilisation dans la longue durée, une durée beaucoup plus longue que ne se l’imaginent ceux qui la font commencer avec le christianisme, l’apparition de l’État-nation ou la révolution des droits de l’homme ! Si nous devons rechercher les « racines » de la civilisation européenne, c’est vers les Indo-Européens – les Grecs et les Romains, les Celtes et les Germains, les Baltes et les Slaves, les Indo-Iraniens et les Indo-Aryens, pour ne citer qu’eux – que l’on doit se tourner.
ÉLÉMENTS : Vous retracez la quête du foyer indo-européen. Est-il désormais identifié ? Vous évoquez la question hyperboréenne : a-t-elle été totalement discréditée ?
Mon livre n’est pas un ouvrage de plus sur les Indo-Européens. C’est un ouvrage qui retrace, chronologiquement parlant, l’histoire des études indo-européennes qui, depuis au moins deux siècles, ont d’abord démontré la parenté et l’origine commune des langues indo-européennes, avant de s’interroger sur le foyer où se serait déroulée l’ethnogenèse des Indo-Européens à partir d’un substrat proto-indo-européen (PIE). Les hypothèses n’ont pas manqué, mais avec le temps les plus improbables (ou les plus extravagantes) ont été éliminées. À la fin du siècle dernier, le débat s’est circonscrit entre deux théories : d’une part, la théorie anatolienne, qui identifiait les premiers Indo-Européens avec les agriculteurs du néolithique, et celle qui plaçait leur dernier foyer commun dans les steppes pontiques proches de la mer Noire, au sud de l’Ukraine et de la Russie actuelles, plus précisément dans la culture des kourganes créée par des peuples que l’on appelle aujourd’hui Yamnaya ou Yamna, qui semble apparaître vers 3300 avant notre ère. La théorie anatolienne n’a pas résisté aux critiques de toutes sortes qui lui ont été opposées, ce dont leur principal exposant, Colin Renfrew, a fini lui-même par convenir. Reste donc, pour l’essentiel, la culture Yamna. Mais bien sûr, ce noyau de certitude n’a fait que renouveler les discussions portant, par exemple, sur la date à laquelle les différentes langues se sont différenciées de la langue commune, sur les relations entre leurs différents locuteurs, sur les différents « foyers communs » qui ont pu précéder la culture des kourganes, et bien d’autres choses encore qui restent à découvrir.
Il n’y a jamais eu à proprement parler d’hypothèse « hyperboréenne ». Les Hyperboréens sont un peuple mythique de l’Antiquité dont on trouve la première mention au VIIIe siècle avant notre ère, dans Les Épigones (une épopée perdue rattachée au Cycle thébain) et chez Hésiode. Il est plus que probable que ces Hyperboréens, dont le nom signifie qu’ils habitaient aux confins septentrionaux du monde habité (« par-delà Borée », le vent du nord), aient été des Indo-Européens, mais les éléments dont on dispose ne permettent guère de les localiser. On notera que, dans la religion grecque, le dieu Apollon fut transporté par des cygnes de l’île de Délos, son lieu de naissance, jusque « chez les Hyperboréens ».
On a en revanche quelques raisons de penser qu’une partie au moins des premiers Indo-Européens ont vécu quelque temps dans des régions circumpolaires, proches de la Baltique, qu’ils durent abandonner suite à une catastrophe « cosmique » de grande ampleur (dont le récit germanique du Ragnarök conserve peut-être le souvenir). En témoignent, dans les strates les plus archaïques de la mythologie indo-européenne, diverses considérations relatives au « symbolisme cosmique » que l’on retrouve dans le monde celtique, ainsi qu’en Inde et en Iran.
ÉLÉMENTS : Quels sont les fondamentaux anthropologiques des Indo-Européens qui semblent définitivement acceptés par la recherche ?
C’est un domaine sur lequel, jusqu’à ces dernières décennies, on ne disposait guère que des témoignages des auteurs anciens et des descriptions figurant dans des textes écrits eux-mêmes à des dates très anciennes, comme l’Iliade et l’Odyssée. Depuis dix ans, l’essor rapide de la paléogénétique a complètement modifié la situation. Il n’y a pas de « race indo-européenne », contrairement à ce que l’on a pu croire autrefois, mais les Indo-Européens avaient bien sûr des caractéristiques ethniques, comme en ont tous les peuples de la Terre. Ils étaient de race blanche, tout comme le sont aussi les rares peuples européens qui ne parlent pas une langue indo-européenne (Basques, Hongrois, Finlandais et certains habitants du Caucase). Mélangé à d’autres apports, le type nordique semble avoir été prédominant, au moins chez certains d’entre eux.
ÉLÉMENTS : Qu’est-ce que la mythologie comparée ou la linguistique peuvent nous dire sur la recherche du foyer commun ?
La linguistique a joué le rôle essentiel : il ne faut jamais oublier que le fait indo-européen est avant tout un fait linguistique, et que la majorité des indo-européanisants sont aujourd’hui des linguistes. C’est elle qui a permis d’établir que la plupart des langues aujourd’hui parlées en Europe et au-delà, de l’Islande au subcontinent indien, dérivent d’une proto-langue commune, dont la comparaison systématique a permis de restituer le vocabulaire, la phonologie, la morphologie, la syntaxe, ainsi que la phylogénie. Le principe de base en est que tout fait linguistique commun à plusieurs langues indo-européennes qui ne peut être identifié à un emprunt peut légitimement être tenu pour hérité de l’indo-européen commun.
La mythologie comparée, quant à elle, a permis d’établir la parenté fonctionnelle des principaux dieux des panthéons indo-européens, mais aussi l’origine commune de quantité de cultes et de rituels, d’éléments du formulaire poétique, de motifs essentiels des grandes épopées, etc. Tout cela représente une littérature considérable, dont rendent compte régulièrement les revues spécialisées et dont je présente les principaux acquis dans mon livre.
ÉLÉMENTS : Peut-on dire que la « Weltanschauung » de la Nouvelle Droite a été influencée par les études indo-européennes ?
Influencer serait beaucoup dire, mais dans la mesure où la Nouvelle Droite a toujours porté un vif intérêt à l’histoire des origines des différentes cultures européennes, les acquis des études indo-européennes y ont tout naturellement trouvé leur place. C’est ce qui explique que nous ayons aussi souvent attiré l’attention sur les travaux des grands indo-européanisants, à commencer par Émile Benveniste (sur le vocabulaire des Indo-Européens), Georges Dumézil (sur la tripartition fonctionnelle) ou Jean Haudry (sur la « religion cosmique » des Indo-Européens).
ÉLÉMENTS : Quelles pistes de recherche aimeriez-vous voir explorées dans l’avenir concernant les Indo-Européens ?
Parmi les innombrables questions qui se posent, celle des origines exactes de la culture de la céramique cordée (Schnurkeramik, Corded Ware), qui apparaît au IIIe millénaire avant notre ère, reste à éclaircir. Là encore, deux thèses sont en présence : l’une fait de cette culture une « descendante » de la culture steppique Yamna, qui serait remontée vers le nord après s’en être détachée, l’autre allègue plutôt un développement parallèle des deux cultures à partir d’un foyer commun antérieur à la culture des kourganes, foyer qui pourrait se situer lui aussi aux alentours de la Baltique. Le fait que l’haplotype R1a, caractéristique des Cordés, soit antérieur à l’haplotype R1b, dominant chez les Yamna, semble plaider en faveur de la seconde hypothèse, mais l’échantillonnage des sépultures, c’est-à-dire le nombre de restes humains provenant de la culture cordée dont on a pu déchiffrer l’ADN, est encore trop faible pour qu’on puisse conclure définitivement.
Propos recueillis par Gabriel Pinès
https://www.revue-elements.com/alain-de-benoist-a-la-recherche-du-berceau-des-indo-europeens/
Lourdes, toujours…

Par Gérard Leclerc
On connaît la célèbre introduction du roman de Maurice Barrès, La Colline inspirée : « Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l’émotion religieuse. » Et l’écrivain d’évoquer en premier lieu « l’étroite prairie de Lourdes, entre un rocher et son Gave rapide ». Sans doute la sensibilité barrésienne ne saurait rendre compte de la totale nature du mystère religieux évoqué. Elle a au moins le mérite de prédisposer à « nous épanouir à plus de lumière » : « Une émotion nous soulève ; notre énergie se déploie toute, et sur deux ailes de prière et de poésie s’élèvent les grandes affirmations. »
Pour confirmer une telle impression et l’approfondir, c’est à l’aide du théologien et du vrai mystique qu’il convient de recourir. Mais en bon témoin de son temps, Barrès ne pouvait que s’attarder sur cet étonnant phénomène que constituent les apparitions de Lourdes en plein XIXe siècle. Face à une culture rationaliste, c’est comme si le surnaturel revendiquait ses droits, en provoquant l’athéisme en vogue. Face au seul témoignage de la petite Bernadette Soubirous se dressent les réactions du milieu intellectuel et littéraire. À Huysmans, célèbre converti, s’oppose Zola l’irréductible « naturaliste ». Ce dernier est néanmoins touché par la vue « d’une humanité souffrante assoiffée de miracle ». En vis-à-vis, Huysmans dépasse l’émotion immédiate pour rejoindre le mystère chrétien dans toute son ampleur.
Le monde a bien changé depuis, mais Lourdes demeure comme le cœur mystique de la France, qui n’est pas seulement accessible aux esprits les plus aigus, mais aux foules qui comprennent un langage qui leur est directement accessible. On se demande où est passé le peuple chrétien depuis les années 1960. Il est toujours présent à Lourdes et il ne demande qu’à s’accroître à la mesure d’une humanité en recherche du Salut.
C’est pourquoi on ne peut s’étonner de la venue de Léon XIV au grand sanctuaire marial, à la suite de ses deux prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoît XVI. Naturellement, il va directement à ce cœur mystique de la France, où non seulement, selon Barrès, souffle l’esprit, mais se confirme l’Alliance biblique de Dieu avec l’humanité, qui passe par l’Incarnation et la maternité de la Vierge Marie.
Un mystère qui parle aux petits
Lourdes est la confirmation de la parole évangélique : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt, 11, 25). Les foules de Lourdes continuent à entendre ce message : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme » (Mt 11,28-29).
Lourdes se trouve ainsi au carrefour de la piété la plus populaire et de l’éclairage ecclésial le plus sûr. Ce n’est pas pour rien que la Mère de Dieu a confié à Bernadette son identité : « Que soy era Immaculada Councepciou », « Je suis l’Immaculée conception », une formule que l’adolescente répète tout au long du chemin pour ne pas l’oublier et la transmettre à l’abbé Peyramale. C’est une confirmation céleste du dogme proclamé par Pie IX quatre ans auparavant.
Les successeurs de Pie IX ont repris la route vers la grotte de Massabielle car ils savent l’authenticité d’une visite céleste qui continue à parler aux foules et touche les cœurs.
https://www.actionfrancaise.net/2026/10/11/lourdes-toujours/
samedi 10 octobre 2026
Ne pas se leurrer !… certains mots ne renvoient qu’à l’ordure

Un cinquante-neuvième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait d’Ernest Renan, tiré de son ouvrage Sur la Révolution.
vendredi 9 octobre 2026
Souverainisation et institutions communes
Danielius Edvardas Karkozas
Le sommet 2026 des BRICS, réunissant la majorité mondiale dans la capitale indienne, s’est achevé. Fait surprenant, les évolutions les plus importantes et les plus lourdes de conséquences se sont produites cette fois-ci bien avant même le début du sommet. Le sommet lui-même a débouché sur un constat simple: une part croissante des participants commence à ressentir toujours plus fortement les turbulences et les coûts qui les accompagnent, induits par leur attachement à la multipolarité et à la transformation de l’ordre économique et politique mondial. Il est néanmoins réjouissant que la pression attendue de l’Occident n’ait pas ébranlé leur détermination. Lentement, péniblement, mais résolument, ils continuent d’avancer vers un système de relations internationales radicalement nouveau, équitable et plus inclusif. Mais qu’a-t-on réellement accompli cette année, et que devons-nous finalement obtenir à l’avenir?
Principaux résultats de l’année
Sans l’ombre d’un doute et de manière incontestable, la principale réussite actuelle de la majorité mondiale, de ses amis et de ses alliés réside dans l’éviction méthodique et résolue de la domination économique et militaire occidentale du détroit d’Ormuz et du détroit de Bab-el-Mandeb. La guerre du printemps, déclenchée par Israël et les États-Unis, a constitué, depuis le lancement par la Russie de son opération militaire spéciale en Ukraine en 2022, l’épreuve morale et physique la plus lourde et la plus manifeste pour les participants des BRICS+ comme pour ceux de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai). Une conséquence moins évidente de la guerre toujours en cours autour de ces deux artères vitales du commerce maritime a été de prouver l’attachement indéfectible des principaux pays du Moyen-Orient à une politique de coexistence pacifique dans la région. Le point le plus déterminant est que ces pays ont refusé de participer à la guerre contre l’Iran, alors même que celui-ci avait frappé des cibles militaires américaines et occidentales sur leur territoire. Bien plus encore: un mois avant le sommet des BRICS, le pacte de La Mecque a été établi et signé sous l’égide de l’Arabie saoudite, formant avec la Turquie et le Pakistan une alliance militaire destinée à assurer une défense collective sur le modèle de l’article 5 de l’OTAN. Le point essentiel à souligner ici est que l’Iran a lui aussi été invité à adhérer à ce pacte.
Il est évident que l’écrasante majorité de nos amis du Moyen-Orient possède à la fois le désir et une détermination croissante à devenir véritablement indépendante et à assumer la responsabilité de son propre avenir. Il ne faut toutefois pas oublier que les États qui sont parties au pacte de La Mecque restent, tant dans le domaine civil que militaire, dépendants de manière inacceptable des technologies occidentales.
À l’heure actuelle, leurs infrastructures numériques sont également loin d’être «BRICS»; un changement immédiat de mentalité et de système revêt donc une importance vitale. Les domaines numérique, économique, culturel, humanitaire et militaire — autrement dit leur souverainisation et leur affranchissement des outils, plateformes, conceptions de la vie et discours occidentaux sur le développement humain et étatique, certes pratiques, mais stratégiquement destructeurs — détermineront si un monde multipolaire prendra véritablement corps ou s’il restera au stade des simples déclarations.
Nous avons déjà vu au Venezuela où mènent l’ajournement et l’absence de telles décisions: un pays souverain, riche de ses ressources naturelles et, par conséquent, humaines, a été perdu sans même livrer une seule bataille et est passé entièrement sous le contrôle du principal hégémon occidental.
Une autre évolution importante et décisive tient aux accords conclus en vue de l’achat, par des compagnies aériennes indiennes, du tout dernier avion régional russe, l’Il-114-300: les commandes portent au total sur une centaine d’appareils. Plus important encore, il ne s’agit pas d’un simple achat, mais de l’expression d’une hausse extrêmement significative de la confiance placée dans la Russie et de la réputation de celle-ci en tant que pays capable de concevoir, de fabriquer et de livrer des produits de haute technologie, même sous la forte pression de l’Occident.
L’Inde et l’Iran envisagent en outre d’accroître leurs commandes d’autres nouveaux avions de ligne russes, tels que le SJ-100 (photo) et le MC-21. Si le processus est correctement conduit, il pourrait s’agir de la plus importante commande étrangère d’avions civils de fabrication nationale de toute l’histoire de l’aviation russe et soviétique. Mais l’essentiel réside dans la confiance croissante et dans le prestige considérablement renforcé de la Russie en tant que chef de file de la majorité mondiale. C’est toujours là le point crucial dans tout ce que nous faisons, et il est désormais temps que nous l’admettions tous.
Les prochaines étapes vers l’avenir
Comme l’a proposé Narendra Modi, il convient de cybernétiser — de numériser — l’ensemble des initiatives, des décisions et des étapes de mise en œuvre. Il s’agit d’une excellente mesure, quelque peu tardive, mais absolument indispensable. Elle vise à réduire radicalement le nombre d’actes de sabotage interne perpétrés par des agents pro-occidentaux au sein des bureaucraties des États membres des BRICS. On pourrait soutenir que cette décision aurait pu être prise il y a environ sept ans, mais, dans la pratique, cela était presque impossible en raison du manque de détermination et des priorités différentes qui étaient alors celles du Sud global et de la Russie.
La cybernétisation des décisions et des décrets relatifs à la mise en œuvre de projets et d’initiatives spécifiques doit également être indissociablement liée à la création progressive, mais rapide et compétente, d’institutions destinées à assurer le fonctionnement, le développement et la protection harmonieux et dynamiques des États membres. Des organismes de régulation doivent également impérativement être créés.
Puisqu’il est question d’une institutionnalisation conçue pour faciliter un passage concret à la souveraineté, tant pour l’union que pour chacun de ses membres, voici les principaux domaines sur lesquels il convient de se concentrer:
Domaine financier: des compagnies d’assurance nationales et, surtout, des systèmes de paiement et de compensation. Des instruments tels que Mir, le SBP (Système de paiements rapides) et UnionPay doivent devenir les principaux moyens utilisés dans tous les pays des BRICS, des BRICS+ et de l’OCS.
Domaine numérique: il s’agit peut-être du secteur le plus sensible, car la plupart des pays du monde — et, dans une certaine mesure, les BRICS eux-mêmes — dépendent actuellement beaucoup plus des outils occidentaux que des outils et plateformes « BRICS » dans des domaines comme l’économie, le secteur civil et la cybersécurité. Dans ce domaine, le comportement des géants technologiques occidentaux est, comme on pouvait s’y attendre, agressif: ils recourent dans une large mesure à une stratégie de prix cassés et financent littéralement de leur propre poche des coopérations à long terme, car, à leurs yeux, la fin justifie les moyens. Nous devons toujours garder cette approche à l’esprit.
Transports: une organisation comparable ou identique à l’OACI occidentale doit être créée dans les plus brefs délais. Son objectif devra être d’élaborer et de fixer ses propres normes pour la certification et l’exploitation de tous les types d’aéronefs. La situation actuelle est absolument inacceptable, puisque les règles et les normes dans ce domaine sont dictées par l’Occident. De telles organisations et normes doivent bien entendu être créées et développées non seulement dans l’aviation, mais aussi, par exemple, dans les transports terrestres.
Domaine humanitaire: nous devons commencer à nous parler entre nous, ainsi qu’au reste du monde, dans le langage des images. Nous devons montrer et mettre en avant notre rêve commun, assurer la continuité des idées et développer des mécanismes de défense psychologique. La garantie de la sécurité mentale deviendra le facteur le plus déterminant de la réussite dans tous les autres domaines de coopération mutuelle. Ne parler que le langage des chiffres, des statistiques et des déclarations revient à adopter un mode d’existence passif, réactif et, en définitive, mortel. Nous n’en avons pas encore pris toute la mesure.
Domaines militaire et paramilitaire: ils constituent le fondement de la sécurité physique, de la résilience et d’un développement durable garanti. Il faut des forces armées communes pour assurer la défense des États membres et des sociétés militaires privées pour garantir la sécurité et la protection des investissements. Les exemples de la République centrafricaine et du Niger sont à cet égard presque parfaits: la Russie aide ses alliés à dissuader l’agression occidentale tout en garantissant la sécurité des projets d’investissement dans le pays contre les attaques hybrides. Il s’agit d’un bénéfice mutuel et d’un parfait alignement des intérêts des deux parties.
Pour poursuivre le développement, le plus important est de reconnaître une réalité qu’il n’est désormais plus possible d’ignorer: un nombre croissant d’acteurs de la majorité mondiale expriment ouvertement et courageusement leur volonté d’investir dans l’édification de la multipolarité. Ils se préparent véritablement et consciemment à accepter des privations temporaires dans la lutte pour la liberté, le développement et une plus grande justice — et, de fait, ils les acceptent déjà.
jeudi 8 octobre 2026
Le réchauffisme gonfle les bourses
Présenté comme une urgence planétaire absolue, le réchauffisme est une belle opportunité pour les entreprises et les pays qui savent se positionner au bon endroit au bon moment. En d’autres temps, ils auraient vendu des indulgences pour le Paradis, des grigris pour améliorer la virilité, ou des abris anti-atomiques. La peur, la sottise et le panurgisme sont les meilleurs alliés de ces mercantis… À défaut, on créera un délit d’opinion de climatoscepticisme. La prétendue urgence climatique est le nouveau lyssenkisme. Une pseudo-science mise au service de l’idéologie politique d’un régime totalitaire.
Le premier profiteur du réchauffisme a été le lobby nucléaire. Les radiations atomiques n’émettent pas de CO2. La théorie réchauffiste fut inventée par un groupe d’ingénieurs atomistes anglais sur l’instigation de Margaret Thatcher, co-fondatrice du GIEC, qui voulait mater les syndicats de mineurs. En France, les réchauffards viennent aussi de l’industrie nucléaire. Jean Jouzel, ancien directeur de recherches au CEA (commissariat à l’énergie atomique) s’est soudain converti à la climatologie.
Priorité aux requins gloutons, mais les rémoras qui ramassent les miettes pullulent. Vendeurs de clim « promo canicule mondiale », spécialistes en isolation thermique et chauffage solaire « agréés » (par qui ?) ou tueurs d’oiseaux avec leurs éoliennes. Le scénario est toujours le même avec ces opportunistes : harcèlement téléphonique, promesses fallacieuses, labels bidon, devis non tenus, malfaçons, SAV inexistant… C’est lamentable mais ce n’est rien en comparaison de la malfaisance des financiers qui tirent les ficelles des marionnettes qui croient diriger les États.
On l’a dit et redit, ça ne chauffe pas partout pareil, il y a même des coins où la température baisse comme au pôle Sud et dans certaines îles du Pacifique. Mais ces variations sont imprévisibles. L’important serait de savoir à l’avance où, comment et de combien, sans se fier aux prédictions des devins du GIEC.
Les progrès de l’informatique et de l’astronomie, grâce aux télescopes spatiaux, permettent de modéliser les cycles de Milankovitch avec une finesse nouvelle : l’excentricité, l’obliquité, la précession ne sont plus des données déduites de courbes reconstituées, mais des data en rafales et en temps réel, à plusieurs chiffres après la virgule, ce qui change tout au niveau de la précision. Et des chronologies… L’outil doit être encore perfectionné. Mais déjà, il ne faut plus 150 000 ans pour voir où on va. De quoi refroidir les réchauffards.
Les Anglais
Ils ont déjà les îles Scilly qui, grâce au Gulf Stream, ont un climat quasi méditerranéen. Ils rêvent de voir des orangers et des citronniers égayant les mornes campagnes des Midlands et du Yorkshire. Et des cocotiers, des manguiers, des goyaviers et des papayers pousser jusqu’à Londres, ça leur rappellerait les colonies perdues… Plus tard, quand il fera vraiment chaud, les ananas et les bananes mûriront en Écosse.
Dans cette hypothèse, le sud de la France ressemblerait au Sahara et le Sahara à la planète Mars. Mais pas avant 300 ans… Sauf si un léger ralentissement des éruptions solaires et un infime redressement de la Terre sur son axe venaient compromettre les remontées du Stock Exchange.
En attendant l’optimum britannique, des complexes touristiques de luxe et des business centers haut de gamme poussent comme des champignons. Climatisés et recyclant leurs investissements, anticipant le cataclysme prophétisé. Les levées de fonds montent plus vite que le thermomètre. La City est en surchauffe.
Mieux vaut pomper au risque qu’il ne se passe rien plutôt que de risquer qu’il se passe quelque chose si on ne pompait pas. Votez Shadok !
Le Grand Nord
Canadiens, Alaskiens et Russes sont bien placés pour maintenir une voie maritime dite « passage du Nord Ouest » aux mois les plus favorables de l’année. Il se trouve que la banquise, contrairement à ce que racontent les réchauffistes, ne fond pas partout pareil. Il y a des endroits où elle progresse, d’autres où elle régresse. Par chance, elle régresse là où des tankers et des porte-containers peuvent passer, réduisant de 4000 km la distance par rapport au transit par Panama. Donc avec moins de temps, de carburant, de salaires et de pollution.
En réponse à l’embargo de l’OTAN et de l’UE sur leurs hydrocrabures, les Russes ont été les premiers à former des convois de méthaniers aux coques renforcées pouvant se dispenser des brise-glaces d’accompagnement. Et les ours blancs éberlués regardent passer les navires.
Pour les Étasuniens, les canaux entre les îles sont des détroits internationaux de libre circulation. Pour les Canadiens, ce sont leurs eaux territoriales. Ils espèrent en tirer une taxe de péage. Les Russes se rangeront du côté des Américains. À moins que les Canadiens ne signent avec eux des joint-ventures pour la prospection pétrolière et minière autour de leurs îles et sur leur plateau continental. Les enchères sont ouvertes… Le FMI, qui a flairé l’argent facile, est entré dans la danse, c’est un signe.
Pour l’anecdote, la marine russe a découvert 5 nouvelles petites îles autrefois sous la glace. Vladimir Poutine qui ne croit guère aux lubies et lobbys du réchauffisme, déclarait, sarcastique, qu’une augmentation de quelques degrés serait une chance pour la Russie. On pourrait enfin cultiver des tomates et des fraises en Sibérie. Quand les Américains feront pousser des cocotiers en Alaska.
La péninsule Arabique
Depuis que les usines de dessalement de l’eau de mer sont bonnes à mettre à la casse du fait de la corrosion galvanique, on envisageait avant la guerre contre l’Iran de remorquer des icebergs jusqu’au golfe arabo-persique. En les traitant correctement (on sait faire) on récupérerait de l’eau douce et l’évaporation modifierait légèrement le climat local. La principale difficulté est leur transport car ils fondent en chemin. C’est un peu ennuyeux ça, mais des solutions théoriques sont à l’étude. Bâches et aspersions de produits chimiques.
L’hémisphère Sud se refroidit. C’est une conséquence du réchauffement parce que « plus il va faire chaud, plus il fait froid pour commencer ». Les astrologues du GIEC sont aussi des humoristes. Les rois ont toujours eu leurs bouffons.
Si ce phénomène se confirme, on aurait une zone d’extraction assez près du continent antarctique où des glaciers volumineux se fracassent dans la mer, et un océan moins chaud pour les remorquer. On se prépare donc à accueillir les méga-glaçons quand la situation politique sera moins tendue. Mais pour ça, il faut des chambres froides géantes. Et des complexes industriels pour recycler l’eau. Un marché autrement plus fabuleux que celui des stades climatisés. C’est irréaliste ? Et alors, point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer !
Bien organisé, le commerce d’icebergs pourrait être rentable. Ils finissent par se décrocher tout seuls par la gravité, se brisant sous leur poids tandis que l’hémisphère Sud se refroidit. On n’a jamais vendu autant de couvertures polaires à Tahiti depuis 2015. Et les doudounes matelassées arrivent. En même temps que des otaries du Pôle Sud. Des animaux dont la présence récente est inédite car ils ne sont pas représentés parmi les pétroglyphes où les anciens Ma’ohis dessinaient leur environnement marin. Tortues, requins, baleines et dauphins, mais pas d’otaries.
La glace permet de blanchir l’argent sale
Modus operandi : un narco qui a un milliard de dollars dans ses lessiveuses voudrait les en sortir sous le nez de la DEA. Pour ce faire, il peut passer par un trustee dans un paradis fiscal, qui achètera des vieux cargos destinés à tracter les icebergs. Sous pavillon de complaisance, cela va sans dire. Se positionner comme prestataire de services permet d’éviter les contraintes des usines à terre. Parce que les immobilisations sont moins souples que les capitaux flottants (!).
Au bout d’un an, avec un bon bilan truqué, il revendra ses parts à des gogos, perdant au passage quelques millions de bakchichs. Pas grave, tous frais déduits, il lui en restera environ 900 sur le compte d’une société écran domiciliée dans une banque du Golfe. Il pourra alors placer ses fonds en Europe ou en Amérique dans l’économie licite. Associé à un cheikh bien approvisionné, il cotera même à Wall Street et deviendra intouchable.
L’empire du Milieu ne fait pas les choses à moitié
La Chine voit son sud tropical peu impacté par d’imperceptibles variations du climat et apprécierait pour son agriculture si d’aventure il faisait un peu plus chaud au centre et au nord du pays, ce qui n’est pas le cas.
En attendant, l’ex-pays le plus pollué du monde perd sa mauvaise réputation. La politique centralisée nuit certes aux libertés individuelles, mais elle permet de mener des actions collectives cohérentes avec des investissements massifs dans des « villes intelligentes » (en chinois smart cities) s’appuyant sur un écosystème interactif utilisant des transports propres et de la technologie verte. Pour Xi Jinping : « Le but est de devenir la référence mondiale et le modèle à suivre ». La Chine ne copie plus, elle innove. Passez à la caisse si vous voulez que les Chinois vous vendent les technologies idoines.
Personne chez Monsieur Xi n’aura l’audace de faire remarquer que la Chine a entrepris un grand nettoyage en délocalisant à son tour, chez plus pauvre qu’elle, les activités polluantes et salissantes. Qui finalement ne rapportaient pas grand chose. Avec un temps de retard, l’Inde suit le même chemin.
Mais alors où iront les poubelles du monde ? Réponse : chez ceux à qui on ne laissera pas le choix !
L’ingérence climatique, le nouveau colonialisme
Et si c’était ça, le but ultime de l’alarmisme climatique ? Forcer les politiques régionales à s’adapter à la globalisation ? Se donner le droit d’aller chez ceux qui n’obéissent pas assez vite aux injonctions de la mondocrature pour les contraindre à faire ce qu’on exige d’eux ? Dans leur intérêt. Bien évidemment. Le club Bilderberg, la commission Trilatérale, les forums de Davos et la fondation des Young Leaders sont prêts à faire profiter de leurs lumières tous les égarés. Pour « sauver la planète ».
Parmi leurs idiots utiles, les faux savants du GIEC avec un budget de « recherche » de 6 millions d’euros en 2018. Pour des séances de brain storming ? Car ceci n’incluait pas les salaires, primes, frais d’hébergement, de déplacement et de banquets, versés aux « chercheurs » par les 159 États membres. Les USA ayant cessé de raquer, la France a spontanément ajouté un million d’euros de sa poche. Enfin, je veux dire piqués dans les vôtres… Mais en 2020, les réchauffards ont vu le risque d’être démasqués. Depuis, ils ventilent différemment les comptes de façon opaque afin d’empêcher des recoupements.
À côté les 100 000 euros annuels défalqués à Ségolène Royal (qui nie) ex-ambassadrice des Pôles, étaient une aumône… Elle ne s’est jamais rendue au Conseil de l’Arctique entre sa nomination en 2017 et son exfiltration en 2020. Tandis que ses collaborateurs, payés par le Quai d’Orsay, auraient participé à la promotion de son dernier livre et à la gestion des activités de sa fondation. Pas manchots ces pingouins réchauffards !
L’urgence climatique sert aussi à imposer des déplacements de populations là où les Maîtres de la Finance ont besoin de renouveler leur cheptel d’esclaves.
Comme tout le monde ne peut pas se prétendre persécuté politique, les faiseurs d’opinion consolident un nouveau concept : celui de « réfugié climatique ». Qu’on ne peut pas refuser d’accueillir. À moins d’être des monstres conspués par la vertueuse communauté internationale. Et d’en subir les représailles diplomatiques et financières.
On nous a fait le coup avec le Sahel. Comme on a réussi à déporter en Nouvelle-Zélande des habitants des Kiribati qui n’avaient rien demandé, en prévision de l’engloutissement de leurs îles en 2020. Parole de GIEC. Vivant heureux chez eux dans une société océanienne traditionnelle, ces gens sont aujourd’hui parqués dans des suburbs où règnent la violence, la drogue, le suicide et le racisme. Pas vraiment ce qu’on leur avait promis en les faisant déménager pour échapper à la fin du monde.
Combattre le prétendu réchauffement climatique est une façon de légitimer l’ingérence des grandes nations dans les affaires intérieures des pays considérés comme faibles. On l’a vu lors des récents feux de forêts en Amazonie en 2020, où Macron qui n’a jamais protesté quand les Russes organisaient la déforestation sauvage du Kamtchatka, proposait de créer une task force pour mettre Bolsonaro sous tutelle. Talonné par des banksters impatients qui ne supportent pas que les richesses du Brésil puissent leur échapper au profit d’entrepreneurs locaux.
Après avoir tenté d’assassiner Bolsonaro, des magnats de trusts mondiaux symboles du capitalisme débridé ont conclu une alliance stupéfiante avec l’ultra-gauche communarde pour sortir le Président du circuit. Au Brésil comme en France, le clivage nationalistes vs mondialistes a rendu obsolète la traditionnelle opposition libéraux/partageux.
Ainsi la menace d’ingérence climatique devient un argument de choc dans les négociations internationales pour faire basculer les rapports de force par le chantage, l’intimidation ou la corruption. Et obtenir des avantages substantiels par le biais d’un discours moralisateur sur le climat, élevé au niveau de justification ultime, comme l’était le « devoir moral de civiliser les sauvages » il y a 300 ans.
Christian Navis
Extrait de Climats sous influences
https://climatorealist.blogspot.com/
https://ripostelaique.com/le-rechauffisme-gonfle-les-bourses/