mercredi 25 mars 2026

Le 21 avril 1961, un putsch avorté : dommage !

 

« Ils pleureront des larmes de sang, plus tard, lorsqu’ils comprendront ! Au moment où les Français ne sauront plus comment caser leurs enfants ni leur assurer des situations et leur ouvrir des débouchés, ils ferment devant eux, de leurs propres mains, ce champ d’action formidable et ce vaste morceau de notre France qu’était l’Algérie ! L’industrialisation de l’Algérie, à elle seule, aurait eu de quoi  occuper trois  générations, c’est perdu ! Oui, j’attends les Français  avec leurs milliers de jeunes réclamants des emplois ! Et le Sahara, avoir abandonné le Sahara avec ses richesses inouïes, ses richesses morales surtout ; c’était là-bas que se forgeaient les hommes et les âmes, quelle faute ! Les Français comprendront plus tard, et ce plus tard sera bientôt ! »  (Maréchal Alphonse Juin (1))

 Le texte ci-dessus date de 1962, mais il n’a pas pris une ride. Plus d’un demi-siècle après son indépendance, l’Algérie a gâché le bel héritage laissé par les colons français. Quant à la France,  elle a  renoncé à son autosuffisance énergétique en bradant le Sahara.  Trois ans après les funestes accords d’Évian, nous abandonnions Mers-El-Kebir, trois autres années encore et nous laissions le Sahara et ses immenses gisements de gaz et de pétrole. La  France, réduite à un hexagone, tirait un trait sur ses matières premières. Le premier choc pétrolier, en 1974, s’est chargé de le rappeler à un peuple trop stupide pour comprendre que l’héritage gaulliste, c’est aussi cela, c’est surtout cela.

La fin de l’Algérie française aura été, en fin de compte, un match nul, perdant-perdant.

Grâce aux opérations du « Plan Challe » nous avions gagné ce conflit militairement.

Le FLN (2), avec la complicité du gouvernement français, l’a gagné politiquement. En effet, il faut arrêter d’entretenir le mythe du peuple algérien se levant d’un bloc contre le colonisateur honni. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1958, quand l’ermite de Colombey revenait aux affaires, l’ALN disposait de 20 000 combattants et autant d’auxiliaires, soit 40 000 hommes plus ou moins bien armés. Lors des accords d’Evian (18 mars 1962),  elle avait  moins de 4 000 combattants réguliers et 10 000 moussebilines. Et dans le même temps, les effectifs  des  musulmans algériens servant  dans (ou aux côtés de) l’armée française passeront de 30 000 à… 260 000 hommes.  Certes, certains se sont engagés moins par conviction politique que par refus des méthodes et des principes du FLN mais, qu’on le veuille ou non, ils avaient choisi de servir la France. Beaucoup sont morts pour elle.

« On ne s’est pas enlacés pendant 130 ans, écrira le sociologue Jacques Berque, sans que cela descende très profondément dans les âmes et dans les corps… ».

De nos jours, les dirigeants algériens – au pouvoir sans discontinuer depuis presque 60 ans – tentent de faire oublier leur incompétence crasse  et la corruption endémique qui gangrène leur pays en chargeant la France de tous les maux. La moitié du peuple algérien – soit plus de 20 millions de personnes – a moins 25 ans, et elle apprend dès son plus jeune âge que tous ses malheurs viennent de nous. Les déclarations irresponsables d’Emmanuel Macron, le scandaleux  « rapport Stora » et notre mea-culpa perpétuel  viennent – chaque jour un peu plus – mettre de l’huile sur le feu.

Il ne sert à rien de réécrire l’histoire, car, comme dit l’adage populaire : « si ma tante en avait, on l’appellerait mon oncle » or, dans notre époque qui perd tous ses repères, l’oncle peut « en avoir » et … être une tante. Pourtant, quand arrive le 21 avril, je me dis que la réussite du putsch d’Alger aurait été assurément une bénédiction, tant pour les Français que pour les Algériens.

Hélas, ce pronunciamiento, comme tant d’autres, a fait un flop. Dès le 26 avril 1961, Maurice Challe, l’un des putschistes du « quarteron de généraux à la retraite » fustigé par de Gaulle dans une allocution télévisée, se rendait aux autorités,  et avec lui, le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, dont le régiment – le glorieux 1er REP (3)- avait été le fer de lance du soulèvement.

Ainsi s’achevait, tristement, le dernier sursaut de l’Algérie française.

Toute cette affaire, qui se terminait mal, avait commencé quelques jours plus tôt.      

Le 21 avril 1961, l’armée – une partie – entrait en dissidence : les généraux Challe, Zeller, Jouhaud, puis, dès le lendemain, « le Mandarin »  Raoul Salan, prenaient le pouvoir à Alger.

Des généraux, des colonels, des capitaines  les avaient suivis avec leur régiment, ou, plus modestement leur section. Le 1er REP, les Commandos de l’air, des régiments paras accompagnaient cette rébellion. Les civils, « pieds-noirs » ou musulmans, avaient été tenus à l’écart (à l’exception de membres du groupe « France-résurrection » chargés de guider les troupes). L’armée voulait un coup d’état militaire. On peut penser, après coup, que le putsch était jouable en y associant les « pieds-noirs » et les musulmans pro-français. Charles Maurras a dit : « Un peuple qui néglige son armée est un peuple malade. Un peuple qui se sépare moralement de son armée est un peuple perdu… ».

Lors de la « semaine des barricades » de janvier 1960 à Alger, les civils ont agi seuls ; en avril 1961, les militaires ont voulu agir seuls ; bilan de ce sectarisme réciproque : deux échecs !  

Les services secrets français annonçaient depuis longtemps que le malaise de l’armée pouvait dégénérer en coup de force mais de Gaulle n’y croyait pas. Ce « militaire de plume » ne comprenait rien à l’armée d’après-guerre. Cette armée qu’il avait lui-même désorganisée à la Libération et qui présentait un arc-en-ciel d’idéaux très disparates.

Quant aux militaires qui avaient cru en de Gaulle le 13 mai 1958, ils tombèrent de haut, en septembre 1959, quand ce dernier inventa « l’autodétermination ». De Gaulle ne cachait pas son dédain, voire son mépris, pour les militaires. Lui, l’intellectuel, le littéraire, supportait mal leur lenteur d’esprit. Mégalomane et orgueilleux, il se jugeait au-dessus de la mêlée. Pour lui plaire, un général devait être : «… un homme d’État, un visionnaire, un réformateur et un poète. Ramsès II, Mahomet, Saint Louis  et Pierre le Grand avaient toute son admiration, mais les hommes d’une pareille envergure sont rares dans l’armée… » (4). Durant ses 12 années d’exil, sa longue traversée du désert à Colombey, il avait perdu le contact avec la nouvelle armée.

Or cette armée, humiliée en Indochine, trouvait en Algérie une raison d’espérer. Il attribua le malaise des militaires  à un manque de discipline et aux faiblesses de la IVe République. Cynique, il ironisait en public sur ces soldats « qui ne voient pas plus loin que le bout de leur djebel… ».

Le 21 avril donc, la « grande muette » sort de sa réserve et… de ses casernements ; le putsch démarre ! Ceux qui l’ont organisé ne veulent pas mettre à mal la République, ils veulent sauver l’Algérie française. Ce n’est pourtant pas ce que l’histoire « officielle » retiendra !

La Maison de la Radio fut enlevée sans coup férir par les légionnaires-paras du 1er REP, aux ordres, par intérim, du commandant Denoix de Saint Marc.

Avant de partir en permission, son colonel lui avait déclaré: « Je vous confie le régiment. Nous vivons une époque tragique où il n’est pas facile pour un soldat de savoir où est le droit chemin… » À 18 ans, Saint-Marc  a été déporté à Buchenwald. Il a eu une conduite  héroïque en Indochine comme en Algérie. C’est un homme de devoir et d’honneur. Le général Challe est, pour lui,  celui qui «  a commandé les troupes françaises et les a menées à la victoire ». Il éprouve pour lui « admiration, respect et amitié » (5). Quand Challe, en civil, en simple blouson d’aviateur, sans écusson ni grade, le convoque, il lui déclare sans ambages : « Je suis un démocrate, Saint-Marc, ni raciste, ni fasciste, mais il s’agit bien d’un coup d’État… ». Et Hélie de Saint Marc, n’écoutant que sa conscience, a lancé ses légionnaires-parachutistes à l’assaut des points stratégiques d’Alger.

La réputation, la qualité et la discipline des troupes putschistes évita un bain de sang. Un adjudant du REP fit une victime – la seule – en ripostant contre un tir des gardiens du poste relais d’Ouled Fayet. Le lieutenant Durand-Ruel, du REP, tira lui aussi un seul coup de feu… dans le pneu de la jeep du général Gambiez  qui « gesticulait comme un diable »  pour arrêter, à lui seul, un convoi de légionnaires-paras. Le lieutenant Godot avait désarmé sans difficulté le général Vézinet. Ce dernier, indigné, déclarait : « De mon temps, les lieutenants n’arrêtaient pas les généraux ».

Et Godot avait  répondu sèchement: « De votre temps, les généraux ne trahissaient pas ! »

Les unités se rallient comme prévu : après le 1er  REP, les 18e et 14RCP puis le 1er REC avec ses harkis. On annonce l’adhésion du 27e Dragons du colonel Puga, du 7e RTA, ce régiment qui fut glorieux à Diên-Biên-Phu, du 1er RIMA  du commandant Loustau. Les putschistes se prennent à rêver : c’est la victoire !  Oui mais, comme l’écrit Pierre Montagnon : « Alger n’est pas l’Algérie ».

À Constantine, le général Gouraud joue la valse-hésitation. À Batna, le général  Ducourneau choisit la fuite, c’est-à-dire d’attendre le vent. À Bône, le général Ailleret… attend de voir. À Oran, les troupes ne suivent pas le général Gardy. Dans l’armée d’active, chez les « Centurions », c’est une explosion de joie et d’espoir. Pourtant, les plus lucides  comprennent vite que c’est fichu : on attendait Massu ou Bigeard. Ils ont tous deux choisi leur carrière.

On espérait un soulèvement des « pieds-noirs » et des ex « Unités Territoriales » ; Challe n’a pas voulu mêler les civils à son coup de force. Le 22 avril cependant, on veut y croire encore : Argoud est arrivé à Oran avec deux régiments paras. Le 2REP, aux ordres de ses capitaines, part pour Alger. Le colonel Ceccaldi  – pourtant Compagnon de la Libération – entraîne avec lui  les 6e et 2RPIMa  et le 9e RCP.  Pratiquement, à un régiment près  – le 3RPC, l’ancien régiment de Bigeard – les deux divisions parachutistes ont basculé dans la rébellion.

Le 23 avril va être la journée de l’enlisement. À quoi faut-il attribuer l’échec du putsch ?

Les causes sont multiples mais les historiens sont assez unanimes sur certaines d’entre elles :

– La volte-face de plusieurs généraux qui, au dernier moment, se sont défaussés

– Ce drame ne concernait que les « pieds-noirs », que Challe a refusé d’embrigader, et l’armée d’active  (en dehors des régiments parachutistes qui étaient majoritairement composés d’appelés). Le contingent n’avait qu’une hâte et une envie : rentrer en métropole.

– Mais la principale raison de l’échec du putsch fut l’utilisation, savamment orchestrée, de la télévision par de Gaulle. Le 23 avril en soirée, il prononça une allocution qui fit date. Personne n’a oublié ce « quarteron de généraux à la retraite… qui a pris le pouvoir en Algérie… ».  Et de Gaulle de rajouter, en martelant bien les mots : « J’interdis à tout soldat d’exécuter aucun de leurs ordres… ».

Le peuple français est peureux ET légaliste (ou légaliste parce que peureux ?). Il attendait que le guide le ramène dans le droit chemin ; celui de la tranquillité, de la soumission moutonnière.

L’homme, que personne  n’avait entendu le 18 juin 1940, fut écouté par des millions de Français le 23 avril 1961. Une fois de plus, le grand homme allait sauver la France !

Dès le lundi 24 avril, la situation se dégrade et le 25, le navire prend l’eau de toutes parts.

Le général Challe décide d’arrêter et de se constituer prisonnier.

Certains voudraient continuer le combat mais à quoi cela mènerait-il ?  Dans le ciel d’Alger on voit passer les « Noratlas » qui regagnent la France. En fin d’après-midi, les régiments parachutistes et ceux de la Légion regagnent presque tous le Constantinois, d’où ils sont venus. Quand la nuit tombe, le 1er REP quitte le Gouvernement Général et embarque dans ses camions. Des accents gutturaux – des légionnaires d’origine allemande – entonnent « Je ne regrette rien », cette chanson d’Édith Piaf en vogue à l’époque. Challe, Jouhaud et Salan se mêlent aux légionnaires.

Zeller s’est éclipsé dans la foule. Des colonels font de même ainsi que quelques officiers.

Le putsch est terminé ! Les lendemains seront amers pour les vaincus : Challe, puis Zeller occupent les cellules désertées par Ben Bella et ses complices. D’autres généraux les rejoignent : Bigot, Gouraud, Petit. Ainsi que les chefs de corps les plus compromis : La Chapelle, Masselot, Robin, Saint Marc, Lecomte, Cabiro, Bréchignac… Plusieurs sont des héros de Diên-Biên-Phu.

La colère gaullienne frappe aussi les régiments : le 1er  REP, les 14e  et 18e RCP(6), les Commandos de l’air, sont dissous. Les deux divisions parachutistes – la 10e et la 25e  – dont les chefs ont été soit rebelles soit attentistes, sont dissoutes et refondues en 11e DLI (7). Cette division sera retirée du champ de bataille et rapatriée, dès l’été 1961,  vers les brumes lorraines.

À la suite du putsch d’Alger, le pouvoir annonça que 1 100 à 1 200 officiers et sous-officiers étaient « écartés » de l’armée. De Gaulle réglait ses comptes !

Au moment du putsch, j’ai 11 ans et je suis « enfant de troupe » au Prytanée militaire d’Aix-en-Provence. Dans ma section, nous sommes deux fils d’officiers supérieurs, tous deux parachutistes.

Allez comprendre pourquoi la chanson « je ne regrette rien » me donne la chair de poule  chaque fois que je l’entends, plus d’un demi-siècle après le putsch des généraux ?

Je n’ai rien oublié…  Semper Fidelis.   

Eric de Verdelhan                                                                                                                                                   

P.S : Ce texte est tiré, du moins en grande partie, de mon livre « Hommage à notre Algérie française » (Éditions Dualpha ; 2019).

1)  Qui fut condisciple de Charles de Gaulle à Saint-Cyr, et notre dernier maréchal de France.

2) FLN = Front de Libération National algérien. ALN = Armée de Libération Nationale, armée du FLN.

3) Régiment Etranger de Parachutistes.

4) « Les combattants du crépuscule » de l’américain Paul Henissart ; Grasset; 1970.

5) Témoignage d’Hélie Denoix de Saint-Marc  dans ses « mémoires » et dans le « livre blanc de l’armée française en Algérie ».

6) Régiment de Chasseurs Parachutistes.

7) 11e Division Légère d’Intervention.

https://ripostelaique.com/le-21-avril-1961-un-putsch-avorte-dommage/

lundi 23 mars 2026

Panne géante en Espagne, c’était bien la faute aux énergies renouvelables !

 

C’est un article de France Info (source ici) qui revient discrètement sur les résultats de l’enquête concernant les causes de la panne géante d’électricité en Espagne.

« C’était il y a un peu moins d’un an. Une panne d’électricité massive avait bouleversé l’Espagne et le Portugal pendant plusieurs heures, le 28 avril 2025. Les réseaux mobiles avaient été coupés, les transports s’étaient figés et les systèmes bancaires mis à l’arrêt. Près d’un an plus tard, le 20 mars, un rapport du Réseau européen des gestionnaires de réseau d’électricité, rédigé par 49 experts, pointe une surtension incontrôlée dans le réseau espagnol, au cœur d’un « cocktail parfait » de défaillances. »

« Les experts pointent une incapacité du système à réguler la tension en temps réel, entraînant des « déconnexions généralisées » de centrales électriques, notamment celles qui produisent des énergies renouvelables. Ces installations, mal adaptées pour ajuster rapidement la tension, n’ont pas pu stabiliser le réseau. »

Le problème avec les énergies renouvelables c’est qu’elles entraînent une instabilité du réseau par des importantes variations notamment liées au… prix. Quand les prix deviennent négatifs parce que tout le monde produit trop par très beau temps avec les panneaux solaires, il est logique que tout le monde se débranche pour ne pas perdre d’argent. Vous vous retrouvez avec un réseau qui à 13h produit tellement que les prix deviennent négatifs. A 13h01 tout le monde recevant l’information de prix négatifs tout le monde se débranche… résultat vous passez d’un réseau en excédent à un réseau en manque en une minute… Ce sont ces instabilités qui expliquent l’instabilité du réseau espagnol et la panne géante.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Ceci est un article ‘presslib’, c’est-à-dire libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Insolentiae.com est le site sur lequel Charles Sannat s’exprime quotidiennement et livre un décryptage impertinent et sans concession de l’actualité économique. Merci de visiter mon site. Vous pouvez vous abonner gratuitement à la lettre d’information quotidienne sur www.insolentiae.com. »

https://legrenierdeleco.com/panne-geante-en-espagne-cetait-bien-la-faute-aux-energies-renouvelables/

samedi 21 mars 2026

Epstein et son réseau de scientifiques renommés

 

Epstein et son réseau de scientifiques

En mars 2006, grâce à Jeffrey Epstein, le célèbre physicien et cosmologue Stephen Hawking (décédé en 2018) fit un voyage à bord d’un sous-marin dans les îles Vierges américaines. Une photo montre l’astrophysicien, accompagné d’une de ses infirmières, regardant sous la surface de l’océan par le hublot circulaire du sous-marin.

Six prix Nobel

La balade en sous-marin a couronné un séjour de près d’une semaine financé par Epstein. Et Stephen Hawking n’était pas le seul invité.  Epstein accueillait ces jours-là une vingtaine des plus importants physiciens au monde, dont trois lauréats du prix Nobel et trois autres qui recevront ensuite ce prestigieux prix.

Ce séjour se présentait officiellement sous la forme d’un séminaire sur le thème « Confronter la gravité » au cours duquel les participants pouvaient « se rencontrer, discuter, se détendre sur la plage et faire un voyage au centre privé de retraite du philanthrope scientifique Jeffrey Epstein sur une île voisine ».

« Inconduite sexuelle »

Le physicien théoricien Lawrence Krauss, alors à la Case Western Reserve University, était l’organisateur scientifique de cette rencontre. Krauss avait écrit à différents scientifiques qu’il s’agissait d’« un petit atelier plutôt exclusif » avec tous les frais couverts par la Fondation d’Epstein. Il a entretenu une amitié de près de 15 ans avec Epstein et a ensuite pris sa retraite de l’Arizona State University en 2019 au milieu de multiples allégations d’inconduite sexuelle contre lui. À l’ASU, il dirigeait le projet Origins, partiellement financé par Epstein. « Jeffrey s’intéressait à des gens intéressants », a simplement déclaré Krauss. Lawrence Krauss entretenait une relation étroite avec Epstein, qui a fait don de 250 000 $ à son projet Origins à Arizona State. Lorsque des allégations de mauvaise conduite ont surgi contre Krauss à l’ASU, le physicien a échangé des dizaines de messages et avec Epstein pour demander des conseils sur la manière de gérer ces accusations. « C’est ta vie et ton avenir. Je ne serais pas négligent comme tu l’écris », a répondu Epstein dans un texto à Krauss. À la fin d’une conversation, Krauss a dit : « Merci pour tout, Jeffrey. »

Outre l’amusement dans un sous-marin, les scientifiques ont fait une balade en bateau qui les a conduits-sur l’île privée d’Epstein.

Des scientifiques qui se disent incapables de distinguer des filles de 15 ans de femmes de 30 ans

Alan Guth, physicien du Massachusetts Institute of Technology (MIT), a assisté à l’événement. Tout comme David Gross et Frank Wilczek — qui partageaient le prix Nobel de physique en 2004. Et comme Gerard ‘t Hooft, lauréat du prix Nobel en 1999, et Kip Thorne, qui a remporter le prix en 2017, et Jim Peebles de l’université de Princeton, lauréat du prix Nobel de physique en 2019. Et comme Richard Axel, biologiste moléculaire lauréat du prix Nobel, qui a quitté son poste de codirecteur de l’Institut Zuckerman Mind Brain Behavior de l’université Columbia en raison de ses liens avec Epstein. Ainsi que David Gelernter, professeur d’informatique à Yale, qui est suspendu de ses cours pendant que l’université examine sa conduite.

Alan Guth a confirmé qu’Epstein était toujours accompagné de plusieurs femmes. « Quand nous l’avons rencontré, il était assurément riche et puissant. Et les riches et puissants ne se font pas arrêter très souvent. », a-t-il ajouté. Jim Peebles a dit se souvenir de « plusieurs jeunes femmes, peut-être cinq, peut-être dix ». « Je ne peux que vous dire qu’elles étaient plus jeunes que les plus jeunes femmes de notre réunion », a-t-il déclaré. « Avaient-elles 15 ou 30 ans ? Je n’en ai aucune idée. », a-t-il encore ajouté sans rire. Visiblement, certains prix Nobel avaient besoin de nouvelles lunettes.

Nous avons déjà montré dans de précédents articles qu’à l’université HarvardGeorge Church, pionnier de la recherche génomique humaine ; Lisa Randall, physicienne ; et Martin Nowak, professeur de mathématiques et de biologie, ont aussi entretenu des relations étroites avec Epstein. Dans un courriel datant de 2012, Epstein écrivait : « Je finance pas mal de recherches sur le cerveau et j’ai créé un institut de dynamique évolutive à Harvard. »

Peter Woit, maître de conférences au département de mathématiques de l’Université Columbia, n’a pas assisté à la conférence de 2006. Mais son nom apparaît deux fois dans les dossiers Epstein, dans des courriels incluant une liste générale de scientifiques.

Dans un article sur son blog, Peter Woit a écrit : « Epstein a utilisé sa richesse mystérieusement acquise pour poursuivre ses deux grands centres d’intérêt : l’exploitation sexuelle des jeunes femmes et le temps fréquenté avec des scientifiques célèbres. »

Peter Woit a déclaré à la presse qu’en tant que scientifique, avant de recevoir un important don, « vous allez faire des recherches de base » et « vous allez rapidement découvrir que ce type est un pédophile condamné et un criminel. … Ils savaient à qui ils avaient affaire. »

Epstein continua de financer des scientifiques

Fin 2010, par exemple, Krauss organisa un autre événement avec des scientifiques de renom dans les îles Vierges. Des documents mis en ligne par le ministère de la Justice des Etats-Unis montrent que plusieurs personnes, dont Alan Guth et Neil Shubin, paléontologue de l’Université de Chicago, devaient assister à une réunion du conseil d’administration du projet Origins, qui a été brusquement annulée pour des raisons inconnues après qu’Epstein a exprimé sa déception quant à la manière dont il était organisé.

Neil Shubin — qui a récemment été élu prochain président de l’Académie nationale des sciences — a été membre du conseil d’administration d’Origins.

Les documents mis en ligne par la justice américaine indiquent qu’Epstein a également financé en 2011 une conférence scientifique organisée par Marvin Minsky, un mathématicien considéré comme un des pères fondateurs de l’intelligence artificielle. Cette conférence avait pour sujet « les catastrophes futures qui pourraient survenir face à la croissance des populations, aux nouvelles technologies et aux nouveaux systèmes de réseaux sociaux. » Dans une chaîne de messages texte avec un destinataire inconnu en 2017, Epstein a déclaré : « J’ai financé le père de l’IA, Marvin Minsky, pendant 20 ans. Je connais bien le sujet ». Virginia Giuffre, l’une des victimes d’Epstein qui a été « suicidée », avait déclaré qu’elle avait été contrainte d’avoir des relations sexuelles avec Marvin Minsky (décédé en 2016).

Fondation Edge financée par Epstein

Il faut également noter le rôle de la Fondation Edge et du site web Edge.org, auxquels ont contribué plusieurs scientifiques et qui étaient financés par Epstein.

Le rédacteur en chef du site web de la Fondation Edge était John Brockman, un agent littéraire doté d’un don pour la vulgarisation scientifique. Ses auteurs scientifiques étaient invités à des fêtes avec Jeffrey Epstein.

Pierre-Alain Depauw

https://www.medias-presse.info/epstein-et-son-reseau-de-scientifiques-renommes/218100/

La régression démocratique

 

Un trentièmetroisième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extraitde Bonald tiré de Considération sur l’aristocratie et la noblesse.

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Au premier âge des sociétés, et encore de nos jours, dans les lieux et chez les hommes qui s’en rapprochent le plus, comme dans les montagnes de la Corse et à plusieurs égards dans les nôtres, l’homme fait lui-même et tout seul tout ce que demandent ses besoins. Il est laboureur, maçon, charpentier, charron, tisserand, etc. Bientôt, il s’aperçoit qu’en s’adonnant exclusivement à un de ces métiers, il fait son ouvrage mieux et plus vite, avec plus de profit pour lui-même et pour ceux qui emploieront son industrie, et qui y trouvent une grande économie de temps et des ouvrages d’un meilleur service. Les travaux se divisent donc, les différents métiers se distinguent les uns des autres ; et l’enfant, élevé sous les yeux de son père et dans son atelier, prend le goût et l’habitude des travaux qu’il voit exécuter, auxquels il aide suivant ses forces.

Transposons ces mêmes idées dans la société politique.

Elle n’a qu’un besoin : sa conservation et, pour l’assurer, elle n’a que deux moyens : la justice contre l’ennemi intérieur ou le méchant, les armes contre l’ennemi extérieur ou l’étranger.

Mais, dans les premiers temps, les crimes étaient simples comme les hommes ; tout de violence et de premier mouvement. La guerre était une irruption soudaine. Tous étaient et pouvaient être juges et guerriers ; et, dans les sociétés sans philosophes, sans partis, sans intrigues et sans diplomates, s’il fallait des ministres, ils étaient bientôt trouvés.

Mais avec le temps, l’accroissement de la population et le progrès de l’esprit, progrès dont le vice profite malheureusement plutôt que la vertu, le crime est devenu un art, la guerre une science ; et il a fallu des hommes spéciaux, des études et des connaissances spéciales, de longues habitudes de juger et de combattre, et ce n’a pas été trop de la vie entière des hommes qui s’y sont livrés pour acquérir la science du magistrat et celle du guerrier. Le jugement et le combat, qui n’étaient que des accidents, sont devenus des besoins permanents ; ce qui n’était qu’un devoir transitoire est devenu un métier de toute une vie ; et dans ces nobles professions comme dans les métiers mécaniques, les exemples et les leçons des pères ont été la première et la plus puissante éducation de l’enfance.

Alors, et par cette succession héréditaire et jamais interrompue, d’exemples, de leçons et d’habitudes, la société a été garantie contre le méchant et contre l’étranger, et le citoyen, tranquille sur son avenir, a pu se livrer à ses occupations et au soin de sa fortune et de sa famille.

Mais vous qui parlez sans cesse des progrès de la société, remarquez-vous que nous retournons à l’enfance et que vous voulez nous ramener à la société primitive et aux éléments de la politique ?

La justice criminelle retombe dans le peuple sans études et sans connaissances par l’institution du jury ! L’armée retombe dans le peuple, sans habitudes de discipline militaire et distrait par le soin de gagner sa vie. Rome naissante prenait à la charrue ses dictateurs et ses consuls ; nous, au dernier âge de la société, nous prenons à la charrue, au comptoir, à l’atelier, à la boutique même nos députés, nos administrateurs, même nos pairs : institutions des premiers temps, institutions imparfaites, qui ne peuvent pas plus rassurer la société au-dedans que la défendre au dehors ; institutions que nous devons aux avocats législateurs ; car si le peuple souverain est tout le monde, le peuple-pouvoir, le peuple-législateur, le peuple-gouvernement, sont les avocats qui laissent au peuple la théorie de la souveraineté qu’il ne comprend pas, et dont il n’a que faire, et qui gardent pour eux l’effectif et le positif du pouvoir qu’ils exploitent avec le plus grand succès.

https://www.actionfrancaise.net/2026/03/21/la-regression-democratique/

181 - Marcel Gauchet pour son livre "Comment pensent les démocraties"

 


vendredi 20 mars 2026

Des éditions nouvelles pour toujours mieux connaître le néo-royalisme

 

Le 8 mars dernier, nous disions qu’il n’est pas forcément clair pour tout le monde que le royalisme est parfaitement d’actualité, vous conseillant alors pour le mieux connaître de vous intéresser aux parutions des éditions de Flore. Aujourd’hui, c’est vers d’autres éditions que nous vous renvoyons pour en apprendre toujours plus.

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Alors que les Editions de Flore rééditent les textes classiques de la doctrine « néo-royaliste » et se proposent d’en montrer la fécondité en poursuivant la réflexion à travers des d’essais et des études savantes, l’objectif de Midi blanc-éditions est autre.

Son fondateur, Morgan Cordier, précise qu’elles œuvrent à la diffusion de la pensée royaliste non par des livres mais par de petites brochures de propagande en collaboration, pour certaines, avec la Nouvelle revue universelle. Elles publient aussi les actes des colloques qu’elle organise en Provence. Par leur prix modique, de 2 à 5 euros, ces brochures sont particulièrement adaptées aux nouveaux militants. Elles sont disponibles sur le site de la Librairie de Flore ou directement à l’adresse midiblancprovence@gmail.com.

Après Regard de royalistes sur l’économie et La noblesse française, un héritage actuel, la brochure qui fut éditée ensuite, dans la collection « tiré-à-part », est Maurras : poétique d’abord ? d’Olivier de Lérins, collaborateur des mensuels Le Bien Commun et Politique Magazine.

Olivier de Lérins, doctorant en philosophie à l’Institut catholique de Paris, est une des principales signatures du Le Bien Commun, où il assure notamment les grands entretiens. Il est par ailleurs responsable et animateur des conférences du Cercle de Flore.

Dans cette brochure, Olivier de Lérins nous rappelle que l’éminente place de la poésie dans la vie de Maurras est une réalité bien connue. Quand, au petit matin, il quittait l’imprimerie de l’Action française, il retournait chez lui en traversant la Cour carrée du Louvre et le pont des Arts, puis longeait la Seine en se récitant les milliers de vers retenus par sa stupéfiante mémoire. Et c’était aussi le moment où il composait ses propres poèmes, les polissant sans cesse et les repolissant, en leur confiant ses pensées intimes, ses tendresses, ses angoisses nées de la perte des êtres chers, son inquiétude devant la précarité des choses et l’incertitude de nos destinées, et surtout les vulnérabilités de sa « déesse » la France. C’est par là que l’on peut très naturellement rejoindre la démarche d’Olivier de Lérins. Depuis la parution en 1925 de la Musique intérieure et sa célèbre préface, la question de la relation entre poétique et politique chez Maurras a agité les meilleurs esprits. C’est dans une tradition illustrée notamment par Pierre Boutang qu’Olivier de Lérins s’inscrit ici, une tradition qu’il contribue à garder vivante en la formulant à l’intention des jeunes générations. C’est à de jeunes Périgourdins – partagés entre baudelairiens et bainvilliens – que s’adressait Maurras quand il écrivit un petit texte particulièrement pénétrant intitulé « Entre Bainville et Baudelaire » (dans Critique et Poésie) : « Ô jeunes gens et jeunes filles, leur disait Maurras, il y a deux chemins, celui qui pend et mène aux lieux inférieurs (…) et celui qui monte, celui des hommes, des citoyens, des pères et des mères de la patrie, tous et toutes de fort bons lettrés, mais non décadents : renaissants ». Sa critique, toute en nuance mais sévère, du « mauvais enchanteur » Baudelaire ne l’empêchait pas de rappeler que le poète des Fleurs du mal avait fait sienne la critique de la démocratie du poète américain Edgar Poe, dont il fut le grand traducteur. Mais, tout en respectant le choix de ses jeunes interlocuteurs, Maurras les incite à prendre une autre voie, en suivant le haut exemple de recherche de la perfection de Bainville, qui mêlant, lui aussi, poétique et politique, acheva sur ces mots son discours de réception à l’Académie française, en 1935 : « Pour les renaissances, il est encore de la foi ».

Des mots que le regard d’Olivier de Lérins ne peut qu’inciter à méditer.

https://www.actionfrancaise.net/2026/03/19/des-editions-nouvelles-pour-toujours-mieux-connaitre-le-neo-royalisme/

Letizia Bonaparte : la mère derrière Napoléon, avec Laëtitia de Witt

 


Les origines préhistoriques de la domination masculine, avec Anne Augereau

 


jeudi 19 mars 2026

Quand Napoléon rêvait d’envahir l’Angleterre

 

La plus grande charge de cavalerie de l

Ce sont des  milliers d’ouvrages qui retracent régulièrement l’épopée napoléonienne et nous font revivre le fabuleux roman d’aventures de la Grande Armée, qui fit trembler les rois d’Europe jusqu’à Moscou.

Chasseurs, grenadiers, dragons, hussards, cuirassiers ou simples grognards, commandés par de prestigieux maréchaux, ont formé l’invincible instrument qui a accompagné Napoléon jusqu’en 1815, du Camp de Boulogne  à Waterloo, en écrivant les plus fabuleuses pages de l’Histoire de France.

Les hauts faits d’armes s’écrivent en lettre d’or sur les drapeaux de tous ces régiments de l’Empire.

Évidemment, les grincheux ne retiennent de cette glorieuse épopée que le boucher sanguinaire qui a saigné la France, oubliant que Napoléon dut faire face à sept coalitions ourdies par nos ennemis de toujours, les Anglais. À Waterloo, c’est une coalition de dix nations qui affrontait la France.

Mais les grincheux ne comprennent rien et n’intéressent qu’eux-mêmes.

D’ailleurs, l’Histoire ne s’écrit pas avec ces pisse-froid. Ils relisent l’histoire avec leurs lunettes du XXIe siècle, incapables de remonter le temps.

Que peut comprendre un grincheux à la plus grande charge de cavalerie de l’histoire, menée par l’illustre Murat à la tête de 80 escadrons, plus de 8 000 cavaliers, contre les troupes russo-prussiennes, au cours de la bataille d’Eylau en 1807 ?

Imaginez la terre qui gronde sous 32 000 sabots ! Imaginez l’effet sur l’adversaire attendant le choc frontal !

Courage impétueux, honneur et panache, sont la marque de ces héros, toujours prêts à mourir pour l’Empereur et pour la gloire.

Et qui, mieux que Georges Blond, a su nous dépeindre au quotidien ces soldats de l’Empire, à la fois héros et martyrs, pillards ou déserteurs, mais infatigables conquérants pleins de courage, formant l’armée la plus efficace au monde ?

La Grande Armée est née au camp de Boulogne, avec la volonté de Napoléon d’envahir l’Angleterre.

Cette armée d’invasion, c’est l’Armée d’Angleterre, qui deviendra plus tard la Grande Armée, quand elle marchera sur l’Europe, pour se couvrir de gloire à Austerlitz.

Nous sommes en 1805. Voilà des mois que Napoléon a préparé son plan d’invasion de l’Angleterre. Cap sur Deal, à 13 km de Douvres.

140 000 hommes sont stationnés à Boulogne. 80 000 embarqueront le même jour, avec 16 000 chevaux.

Les maréchaux Lannes, Davout, Murat, Soult et Ney sont de la fête.

Et si Napoléon reste persuadé d’écraser l’armée anglaise, simple formalité, il semblerait qu’il ait sous-estimé le risque naval, avec un plan plus qu’audacieux.

Les escadres françaises de Toulon, de Rochefort et de Brest doivent accaparer suffisamment les forces navales anglaises au large, afin de permettre à la flottille de bateaux transportant l’Armée d’Angleterre, de traverser la Manche de nuit sans dommage. Huit heures de mer.

On ne saura jamais comment aurait tourné l’aventure, car avec un rusé renard comme l’amiral Horatio Nelson, la Manche aurait pu se transformer en cercueil pour toute l’Armée d’Angleterre, piégée sur des bateaux sans défense.

En revanche, un anéantissement de l’armée anglaise aurait changé le cours de l’Histoire.

En attendant, au soir du 20 août 1805, Napoléon lance l’ordre d’invasion de la perfide Albion.

Il est temps d’en finir avec cette nation, qui « depuis 10 siècles, opprime la France ».

C’est la joie au sein des régiments. 100 000 hommes trépignent pour embarquer. Avec les 16 000 chevaux ! Napoléon n’a peur de rien.

« Cette fois, ça y est. Pas trop tôt. On s’est assez emmerdé ici. Vivement qu’on voie les habits rouges ! »

« Et  ces putes d’Anglaises ! »

À Montreuil, le maréchal Ney donne un bal, quand un messager transmet l’ordre de l’Empereur.

Aussitôt, les jeunes officiers plaquent leurs cavalières et sautent sur leur cheval pour regagner Boulogne. Pas question de manquer la gloire !

Hélas, le contrordre arrive. L’amiral Villeneuve a fait faux bond. Et plus question d’attendre.

La guerre se déplace à l’Est. Le 26 août, maréchaux et généraux lisent à leurs troupes l’ordre du jour devenu fameux :

« Braves soldats du camp de Boulogne ! Vous n’irez point en Angleterre. L’or des Anglais a séduit l’empereur d’Autriche, qui vient de déclarer la guerre à la France. Son armée a rompu la ligne qu’elle devait garder, la Bavière est envahie. Soldats, de nouveaux lauriers vous attendent au-delà du Rhin. Courons vaincre ces ennemis que nous avons déjà vaincus ! »

Ce sont 200 000 hommes qui se mettent en marche, prenant le nom de Grande Armée, dont les exploits et les souffrances couvriront les pages de 80 000 ouvrages à travers le monde.

Et le 2 décembre 1805, cette Grande Armée entre à jamais dans la légende, avec l’éclatante victoire Austerlitz.

Une victoire que nos poules mouillées au pouvoir n’osent plus célébrer, pour ne pas froisser les minorités ! C’est dire le naufrage moral de ce pays !

Russes et Autrichiens sont laminés. De cette bataille mémorable, étudiée dans bien des académies militaires du monde, retenons deux discours de Napoléon.

L’un très célèbre, à la gloire des grognards. L’autre moins connu, réprimandant un régiment qui a perdu son aigle.

« Soldats ! Je suis content de vous »… »Mon peuple vous reverra avec joie et il vous suffira de dire : « J’étais à la bataille d’Austerlitz », pour qu’on vous réponde : « Voilà un brave ».

 Mais face au régiment qui s’était laissé déposséder de son aigle par la Garde russe, Napoléon pouvait être intraitable.

« Où est votre aigle ? Vous êtes le seul régiment de l’armée française à qui je peux faire cette question ! J’aimerais mieux avoir perdu mon bras gauche que d’avoir perdu une aigle ! Elle va être portée en triomphe à Pétersbourg et, dans cent ans, les Russes la montreront avec orgueil. »

« Que ferez-vous pour réparer cette honte ? »

« Il faut qu’à la première occasion votre régiment m’apporte au moins quatre drapeaux ennemis, et alors je verrai si je dois lui rendre son aigle. »

Nul doute que ce régiment ait fait merveille sur les champs de bataille pour laver l’affront et récupérer son aigle.

De 1805 à 1815 la Grande Armée laissera 1 million de morts sur les champs de bataille.

Morts pour rien diront certains. Non, morts en écrivant de belles pages d’histoire, à une époque où la guerre était la norme en Europe.

Une époque où les mots patrie, courage et honneur avaient encore un sens.

Jacques Guillemain

https://ripostelaique.com/quand-napoleon-revait-denvahir-langleterre/

1962 : le massacre des harkis par le FLN

 

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Sylvain Roussillon cliquez ici

Article publié dans la Revue d'Histoire européenne

La signature des Accords d’Evian, le 18 mars 1962 (pour une entrée en vigueur le 19), signe la fin officielle de la Guerre d’Algérie. Mais elle ne signifie pas, loin de là, que les violences cessent. Malgré les engagements et les promesses solennelles, les mois qui suivent le cessez-le-feu vont être marqués par d’importants massacres, notamment contre les anciens supplétifs arabes des autorités françaises, désignés sous le terme générique de harkis et, plus largement, contre tous les Algériens soupçonnés de liens avec la France.

Durant les pourparlers, le FLN a adopté une attitude assez évasive concernant le devenir de ces populations, ses délégués déclarant que le « sort des harkis [serait] décidé par le peuple et devant Dieu » et que seuls les « auteurs d’exactions » seraient inquiétés. Les Accords d’Evian eux-mêmes, paraphés par les deux partis, établissent le principe de non-représailles : « Nul ne pourra faire l’objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d’une discrimination quelconque ». La réalité sera toute autre.

Les harkis : de qui parle t-on ?

En réalité, même si le terme va finalement amalgamer l’ensemble des supplétifs algériens liés à la France, il est loin de recouvrir l’ensemble des formations militaires et paramilitaires regroupant les « Français de souche nord-africaine » (FSNA).

Cinq catégories de formations combattantes ont ainsi été progressivement constituées pour contribuer au « maintien de l’ordre », durant ce que l’on a pudiquement nommé « les événements » : les goumiers (membres d’un goum, une unité militaire de 200 à 400 hommes), des Groupes mobiles de police rurale (GMPR) qui deviendront ensuite les Groupes mobiles de sécurité (GMS), les mokhaznis (du terme maghzen, groupe d’une trentaine de combattants) chargés de la protection dans les Sections Administratives Spécialisés (SAS) et des Sections Administratives Urbaines (SAU), les ‘assas (gardiens) des Unités territoriales (UT), les groupes d’autodéfense (GAD), et enfin, les plus connus, les harkis, composant les harkas (signifiant « mouvement »). Ces derniers sont embauchés localement, à proximité de leur douar (groupement d’habitations). Considérés et payés comme simples travailleurs journaliers, ils sont essentiellement utilisés, au départ, comme guides, éclaireurs ou agents de renseignement. Initialement peu armés, ils sont progressivement équipés d’armes de guerre, au fur et à mesure de leur engagement dans des missions de combat aux côtés de l’armée française.

A ces groupes et unités militaires ou paramilitaires, il faut ajouter les FSNA fonctionnaires, élus ou auxiliaires divers (bachaga, agha, caïd) qui constituent l’armature politique indigène du « parti français » (hezb franca).

Au sein de cette masse de 260 000 hommes environ, les harkis, au sens strict du terme, ne sont que 60 000, les autres (UT et GAD) environ 90 000 (dont 3 000 transfuges du FLN et de l’ALN), les militaires (les goumiers et mokhaznis) sont près de 60 000 auxquels il faut ajouter quelque 50 000 civils francophiles. En tenant compte des familles, c’est environ un million d’Algériens, sur 8 millions, qui sont alors concernés par de potentielles représailles. Il n’est pas inutile de rappeler que le nombre d’Algériens musulmans engagés au service de la France est supérieur, au moment du cessez-le-feu, à celui des combattants au service du FLN et de l’ALN.

Concernant les civils, il faut là encore rétablir une vérité trop souvent occultée. Les FSNA sont importants dans la vie politique et l’administration : un ministre, 46 députés sur un total de 67 pour l’Algérie, 350 conseillers généraux sur un total de 452, 11 550 conseillers municipaux sur un total de 14 000 et 20 000 fonctionnaires dont un préfet et plusieurs sous-préfets.

Un cessez-le-feu qui donne le coup d’envoi de la terreur

Les violences, d’abord circonscrites, commencent dès la fin du mois de mars 1962. Parmi les premières victimes, on compte les membres du Commando Georges, fort de 300 hommes et mis sur pied en 1959. L’originalité de cette unité d’élite, qui a porté des coups importants aux maquis algériens, est d’être uniquement composé d’anciens membres du FLN et de sa branche armée, l’ALN. Près d’une quarantaine de ses hommes sont enlevés dans les semaines qui suivent le cessez-le-feu. Nul ne sait ce qu’il est advenu d’eux, de même que des 500 autres FSNA disparus durant cette période. Au total, seule une quarantaine de membres du commando Georges survivront à la guerre. Tous les autres trouveront la mort dans des conditions atroces, comme ce sergent, ébouillanté vif dans un chaudron.

Quant à l’armée française, encore sur place, elle a reçu l’ordre de ne pas intervenir et même de refouler les harkis et leurs familles qui se pressent à l’entrée des casernes pour échapper aux tueurs du FLN.

Un monde de barbarie

C’est surtout à partir du 1er juillet 1962, date du référendum sur l’indépendance de l’Algérie (organisé en Algérie seulement, selon une des clauses des Accords d’Evian), que les massacres prennent un caractère systématique. Si, durant les trois mois précédents, la violence revêt un incontestable caractère spontané et incontrôlé, elle entre, durant l’été, dans une phase nouvelle. De mars à juillet 1962, le FLN n’est pas resté inactif concernant les représailles à venir. Ces quelques semaines ont en effet été mises à profit pour recenser les adversaires réels ou supposés, pour établir des listes de suspects, pour collecter les adresses. A la violence révolutionnaire du printemps, succède donc une violence d’état parfaitement encadrée, cette fois, par les instances du FLN, mais toute aussi barbare, sinon plus. En témoigne ce récit de M. Robert, sous-préfet de l’arrondissement d’Akbou, dans le département de Sétif, encore présent en Algérie pour assurer la passation du pouvoir.

« Soudain du 27 juillet au 15 septembre 1962 environ, la répression s’abattait sans aucune cause locale particulière. […] Une cinquantaine d’ex-supplétifs ou de civils furent tués par l’ALN (…) et 750 personnes environ furent arrêtées et groupées dans trois “centres interrogatoires”. […] Dans ces centres où l’on entendait, loin à la ronde, les hurlements des torturés, près de la moitié des détenus, furent exécutés, à raison de cinq à dix chaque jour. […] L’autre moitié fut relâchée entre la fin août et le 15 septembre, date à laquelle les centres furent supprimés. Ces centres contenaient environ deux tiers d’ex-supplétifs et un tiers de civils. »

Car, si le sort réservé aux anciens supplétifs militaires est terrible, celui subi par les civils l’est tout autant. Et le sous-préfet d’Akbou d’ajouter :

« […] un conseiller général, dont le président du comité FLN m’avait dit à plusieurs reprises qu’il avait toujours eu l’estime de la population, même s’il avait, par conviction, toujours pris position pour la France, a été arrêté le 1er août — après avoir assuré les fonctions de maire jusqu’à cette date à la demande de l’ALN — et enterré vivant le 7 août, la tête dépassant et recouverte de miel, en compagnie de plusieurs autres détenus, dans le camp d’Aïn-Soltan, près de Bordj-Bou-Arreridj, devant ses 350 codétenus. Son agonie, le visage mangé par les abeilles et les mouches, dura cinq heures […]. »

Les témoignages d’atrocités sont par ailleurs trop nombreux pour que l’on puisse parler d’évènements isolés. Et ils touchent l’ensemble des populations liées aux harkis au sens large. Ainsi, selon des témoignages rapportés par Camille Brière, « certains harkis furent crucifiés sur des portes, les yeux crevés, le nez et les oreilles coupés, la langue arrachée, systématiquement émasculés… D’autres furent dépecés vivants à la tenaille, leur chair palpitante jetée aux chiens… Quant aux familles, voici ce qui les attendait : des vieillards et des infirmes étaient égorgés, des femmes violées puis éventrées, des nourrissons, des jeunes enfants avaient la tête écrasée contre les murs sous les yeux de leur mère… ».

Ce récit est corroboré par de nombreux autres, comme celui de ce sous-officier français, resté anonyme, dans une lettre à sa famille, datée du 10 août 1962. Il est d’autant plus intéressant qu’il évoque le cas d’Européens, encore présents en Algérie à l’époque, et abandonnés à leur sort :

« Je commandais en second un commando de chasse dans l’Algérois. Mes quarante musulmans ont été pris par les rebelles, dans les premiers jours de juillet. Ils n’ont pas été tués tout de suite. Je crois savoir que certains sont encore vivants. Ils sont au camp de Taourtatsine, dans l’Atlas blidéen. A notre connaissance, c’est le camp le plus important de la région. Il y a peut-être plusieurs centaines de prisonniers. Parmi eux, des Européens, femmes et enfants. Les rebelles les torturent peu à peu : on coupe un bras, le nez, on fait des plaies qu’on sale, etc. On s’en sert aussi, comme ils disent, de ‘‘filles de joie‘‘, notamment les Européens. Quand leur état est trop lamentable et qu’ils ne peuvent plus servir à rien, on les tue. »

Ce témoignage met aussi en évidence, il n’est pas le seul dans son cas, l’instrumentalisation de la violence sexuelle dans la répression des harkis et des pieds-noirs.

Un épouvantable bilan

Les massacres, interrompus à la mi-septembre 1962, reprennent durant l’hiver, menés cette fois exclusivement par la nouvelle armée algérienne qui prend la suite de l’ALN. Ils continuent par vagues, en s’atténuant, jusqu’en 1965 au moins. A cette date, on trouve encore 13 500 harkis officiellement détenus dans les camps algériens. Certains seront employés à des taches dangereuses, telles que le déminage, à mains nues, avec une jambe mutilée préventivement pour éviter les évasions.

Le nombre des victimes fait, comme souvent en pareil cas, l’objet d’une comptabilité macabre contestée. Certains « historiens » proches de la gauche ou du pouvoir algérien allant même jusqu’à évoquer, contre toute vraisemblance, moins de 10 000 morts. Le sous-préfet Jean-Marie Robert, parlant de son arrondissement, évoque 1 000 à 2 000 morts de mars à septembre 1962, tout en soulignant que, « les supplices [dans son secteur] n’atteignirent pas la cruauté de ceux d’un arrondissement voisin […] ». L’Algérie comptant à l’époque 72 arrondissements, la fourchette du nombre des victimes s’établirait donc entre 72 000 et 144 000, sans tenir compte, bien entendu, des flots de violences ultérieurs à l’automne 1962…

Le chiffre assez communément retenu aujourd’hui, que ce soit par le colonel et historien Abd-El-Azziz Meliani, par le président d’AJIR pour les Harkis (Association Justice Information Réparation), Mohand Hamoumou ou le service historique des armées, dans une note officielle en 1974, est de 150 000 harkis disparus ou assassinés. Cette donnée sera reprise, et complétée, par André Santini, Secrétaire d’Etat aux Rapatriés en 1986-1988 qui, pour les harkis et les pieds-noirs massacrés ou disparus au moment de l’indépendance de l’Algérie, donne les chiffres respectifs de 150 000 et 10 000.

En 2017, lorsque le Président Macron qualifie l’œuvre française en Algérie de « crime contre l’humanité », il est fort probable qu’il n’a pas à l’esprit les mots du contrôleur général Christian de Saint-Salvy. Celui-ci, dans un rapport officiel de 1962, écrivait : « Les crimes de guerre commis en Algérie depuis le 19 mars 1962 sont sans précédent depuis la dernière guerre mondiale, dépassant tout ce qui avait pu être constaté en Asie ou en Afrique noire ».

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2026/03/19/1962-le-massacre-des-harkis-par-le-fln-6588403.html

mercredi 18 mars 2026

Soros, l’étendue d’un empire

 

Soros, l’étendue d’un empire

D’Antoine de Lacoste dans Fideliter :

George Soros naquit à Budapest le 12 août 1930 sous le nom de Gyorgy Schwartz. Son père, Tivadar Schwartz, était un mondialiste avant la lettre. Utopiste invétéré, il fut un adepte de l’esperanto, cette langue universelle inventée par le docteur Zamenhof à la fin du XIXe siècle. Sensé être un lien pacifiste entre les hommes, l’esperanto fut également le moyen pour les communautés juives d’Europe centrale, aux langues maternelles très différentes, de communiquer entre elles.

C’est en 1936 que Tivadar décida, face à la montée du nazisme, de changer de nom. Il choisit Soros, verbe tiré directement de l’esperanto et qui signifie « il s’élèvera ». Avec la guerre, la famille survécut comme elle put et, grâce à l’habileté de Tivadar, parvint à éviter le pire. Paul, l’aîné, fut déporté en camp de travail d’où il fut libéré en 1945 et partit après la guerre aux Etats-Unis où il mena une carrière d’ingénieur.

En 1944, Tivadar décida de placer George, qui avait alors 14 ans, chez un fonctionnaire qui travaillait pour les Allemands, ce dernier n’ayant sans doute pas le choix. C’était une façon de protéger l’adolescent. On peut donc supposer que cet homme était lié aux Soros et de toute confiance, mais les sources manquent à ce sujet.

Un épisode célèbre se passa alors, qui fit couler beaucoup d’encre. Le dit-fonctionnaire dut se rendre dans l’appartement d’une famille juive en fuite pour recenser ses biens en vue d’une future confiscation. George participa à cette visite malgré son âge et l’on ne sait pas pourquoi. Certains ont ensuite affirmé, à partir de cet unique fait, que Soros avait collaboré avec les Allemands et spolié des biens juifs. Il nous semble impossible de souscrire à cette thèse, compte tenu de son âge et de sa position d’enfant placé chez un adulte.

En 1947, George choisit de quitter la Hongrie pour l’Angleterre. Il n’avait pas de goût pour le régime communiste mis en place par les Soviétiques, système qu’il qualifia ensuite de société fermée, par opposition à la société ouverte. Ce concept lui fut inspiré par le philosophe Karl Popper dont Soros avait lu le livre phare : The Open Society and Its Enemies. Car ce n’est pas la finance, grâce à laquelle il fit ensuite fortune, qui fut son premier centre d’intérêt, mais la philosophie.

Karl Popper a tellement marqué Soros qu’il appela Open Society la fondation qu’il fonda et qui devint célèbre dans le monde entier. Certains spécialistes de Popper affirment que Soros a détourné le concept de société ouverte et falsifié le message du philosophe.

Des décennies plus tard, Soros confia qu’il aurait aimé poursuivre dans cette voie philosophique mais il se rendit vite compte qu’il n’en avait pas les capacités, selon ses propres dires, et se tourna vers la finance.

En arrivant à Londres, il s’inscrivit à la London School of Economics. C’est là qu’il écouta les cours de Karl Popper. Il exerça des petits métiers pour financer sa scolarité qui dura quatre ans. Sorti en 1951, il dut patienter avant d’entrer dans la finance. Il continua à gagner sa vie comme il put jusqu’en 1954 où il fut enfin recruté par la banque Singer & Friedlander où il apprit les rudiments du métier. En 1955, il entra dans une autre banque d’investissement, F.M.Mayer & Co, où il devint « trader », c’est-à-dire opérateur de marchés financiers. Cette fois, il était au cœur du système, en tant qu’acteur de ces fameux marchés où il excella. Mais c’était encore un poste modeste de simple opérateur anonyme avec, toutefois, une spécialité bien précise : les marchés de devises. C’est là qu’il apprit les techniques de ce marché hautement spéculatif grâce auquel il bâtit plus tard sa fortune.

Mais Londres, encore en pleine reconstruction, était une ville un peu étroite pour ses ambitions. Il rêvait de New York et parvint à s’y faire muter par Mayer, son employeur, en 1956. Il y resta trois ans, approfondit ses connaissance des marchés financiers, toujours dans les devises, puis rejoint Wertheim & CO.

Parallèlement, il poursuivit ses lectures philosophiques et réfléchit à la théorie de la réflexivité chère à Karl Popper, qu’il transposa vers son métier : ce sont les acteurs qui influencent et font les marchés et non l’inverse. Cela lui donna sa méthode pour spéculer, prendre les marchés, de devises ou autres, à revers, afin de pouvoir « dénouer » ses positions lorsque le marché change d’orientation et rejoint celle des spéculateurs. La méthode est presque infaillible mais elle nécessite de très gros moyens pour avoir le pouvoir de peser sur l’orientation des marchés.

Chez Wertheim, Soros changea de dimension. Il n’était plus simple et habile exécutant, mais proposait des stratégies et commença à envisager son avenir vers une indépendance totale.

En 1963, il rejoignit la banque Arnold & Bleichroeder puis créa son premier fonds d’investissement, Double Eagle, en 1969.Il n’avait pas encore fait fortune et s’appuya sur son réseau européen qui lui fournit les capitaux nécessaires. Aujourd’hui encore, les noms de ces investisseurs ne sont pas connus. Mais bien évidemment, ils étaient majoritairement Londoniens.

On peut souligner à ce stade que Double Eagle fut un fonds « offshore », c’est-à-dire situé en dehors des Etats-Unis. Soros se méfiait des contrôles des autorités de marché américaines, beaucoup plus strictes qu’en Europe. Il installa son fonds à Curaçao, dans les Antilles néerlandaises. Durant toute sa vie financière, Soros garda ses distances avec les Etats-Unis.

Double eagle dura quelques temps et, en 1973, il créa Quantum fund, le fonds qui fit basculer Soros dans le monde des grands. Parallèlement, le Soros fund vit le jour à la même époque : Soros avait maintenant un nom dans la finance américaine.

A partir de ces année soixante-dix, il concrétisa son vieux rêve idéologique. Il n’était pas encore richissime mais avait suffisamment d’argent pour en consacrer une partie à la création, en 1979, de l’Open Society Foundation. Le but est clair : promouvoir la société ouverte en valorisant les libertés individuelles dans tous les domaines. Pour cela , il faut lutter contre tout ce qui peut constituer une société fermée : la nation, la religion, la famille, c’est-à-dire toute société ou système qui peut donner un cadre contraignant à l’individu et freiner ainsi son épanouissement individuel.

Contrairement à ce que l’on croit parfois, le catholicisme n’est donc pas la seule religion ennemie, l’islam l’est tout autant. Les systèmes politiques autoritaires sont bien sûrs fermés et ennemis : le communisme, le fascisme et, plus largement, tout gouvernement qui met en avant les valeurs morales ou patriotiques. Ainsi, Viktor Orban, Vladimir Poutine sont des cibles permanentes et anciennes de l’Open Society. Donald Trump en est une nouvelle et plus tard tout mouvement « populiste » qui pourrait gagné les élections. La démocratie est d’ailleurs reléguée au second plan ; elle est une valeur si les résultats sont favorables mais devient une gêne si le peuple vote mal. D’où la célèbre phrase d’un document de l’Open society en 1979 : « La démocratie et la société ouverte ne peuvent être imposées que de l’extérieur parce que le principe de souveraineté fait obstacle à l’ingérence extérieure. » C’est en se basant sur ce type de principe que Soros a financé de nombreuses révolutions de couleur en Serbie, en Ukraine, en Géorgie, en Asie centrale, parfois avec succès, parfois non.

L’Open society a bien grandi depuis sa création. Elle est aujourd’hui présente dans 120 pays, subventionne des milliers d’associations (15600 subventions citées dans un des derniers rapports), aide 20 000 boursiers par an et dispose de 32 milliards de dollars de réserves.

Bien évidemment, la montée en puissance prit du temps mais dès le début de son existence, l’Open society (OS) s’intéressa à l’Europe de l’Est. En 1984, elle eut l’autorisation de s’installer à Budapest. C’était le pays d’origine de Soros, bien sûr, mais c’était aussi le régime communiste le plus débonnaire d’Europe de l’Est. C’est d’ailleurs de Hongrie que partiront les premiers craquements qui entraîneront la chute du Mur de Berlin. Progressivement, l’OS s’installa en Pologne puis en URSS même. Les initiatives furent alors officiellement philanthropiques, pour reprendre l’expression consacrée que les médias complaisants attribuent aux réseaux Soros. Il s’agissait d’aider matériellement des étudiants, des associations, des opposants tolérés pour s’implanter petit à petit.

La chute de l’Union soviétique et de ses satellites en 1991 servit d’accélérateur. La même année, l’OS créa à Budapest l’Université d’Europe centrale. Elle fut la pionnière de l’infiltration des idées nouvelles qui devaient permettre l’ouverture des populations brimées d’Europe de l’Est vers les valeurs de l’occident. Les cours étaient en langue anglaise, les boursiers nombreux (Viktor Orban, ironie de l’histoire, fut l’un d’eux) et les programmes très progressistes.

Pour les mêmes raisons, Soros investit beaucoup en Russie. Boris Eltsine avait pris la suite de Gorbatchev, dernier dirigeant communiste, qu’il avait évincé, et s’était entiché d’économistes et de conseillers américains qui gravitaient autour de lui. L’OS put s’implanter, Soros avait les faveurs d’Eltsine ainsi qu’un célèbre économiste, Jeffrey Sachs. Le parcours de ce dernier, alors très lié à Soros, ne manque pas de sel puisqu’il est actuellement un pourfendeur acharné des néoconservateurs américains qu’il accuse d’avoir sciemment provoqué la guerre en Ukraine.

Soros et Sachs sont aujourd’hui dans deux camps différents après avoir œuvré ensemble à la destruction de la Russie dans les années 90. Car ce fut un désastre. Le libéralisme débridé prôné par ces économistes américains ruina le pays qui s’enfonça dans une crise sans fin. C’est cela qui provoqua l’élection de Vladimir Poutine : le peuple russe ne voulait plus entendre parler de libéralisme et attendait un homme qui lui redonnât la fierté d’être Russe. Poutine fit fermer les bureaux de l’Open Society en 2003, avant de l’interdire définitivement en 2015.

Ces années 90 furent prolifiques pour Soros. Il gagna beaucoup d’argent à ruiner la Russie, et réussit son coup de maître financier en attaquant la devise britannique, la livre sterling. Il vendit massivement à découvert la livre, aidé en cela par Bank of América et JP Morgan notamment. La banque d’Angleterre dépensa des milliards à tenter de soutenir sa monnaie, en vain. Lorsque le cours s’effondra, Soros et ses complices rachetèrent à bas prix leur découvert, empochant des bénéfices considérables. Soros lui-même, gagna 1,1 milliard de dollars dans l’opération. Il devint riche et célèbre : l’homme qui a fait sauter la banque d’Angleterre.

Il renouvela l’opération ailleurs, à plusieurs reprises : contre d’autres devises, des places boursières ou d’autres indices. Des milliers d’épargnants furent ainsi ruinés. Ce ne sont que des dégâts collatéraux, n’intéressant guère le « philanthrope » spéculateur.

L’Open Society put ainsi se développer. L’Europe occidentale, déjà très avancée sur la voie de la décomposition, n’était pas le premier objectif mais des bureaux furent tout de même créés un peu partout. Le responsable était un Espagnol, Jordi Vaquer, désigné par Soros. Il résuma un jour une partie de sa méthode : « Les thèmes identitaires sont sujets à la controverse. Quand on est une organisation globale, on fait des choix qui ne sont pas toujours dans la tradition culturelle et politique locales. » Intéressant éclairage, qui nous explique pourquoi tant de fêtes traditionnelles, même non catholiques, sont systématiquement attaquées. Il faut déraciner les populations afin de faire avancer la cause mondialiste, ultime étage de la société ouverte.

Jordi Vaquer exerça ensuite ses talents chez Metropolis, organisation qui regroupe des villes du monde entier. Il leur apprend notamment à « introduire l’intégration du genre dans le débat international ».

Metropolis est un exemple type, mais il y en a bien d’autres, d’organisation non créée par Soros mais activement infiltrée et soutenue par l’Open Society.

Parmi les sujets marquants auquel le »philanthrope » s’est intéressé, il faut citer le projet d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. De vieilles photos sont toujours visibles sur internet où l’on voit Soros et Erdogan discutant aimablement autour d’une table. Parmi les autres personnes présentes, la princesse hollandaise Mabel van Oranje, belle-fille de la reine Beatrix, qui fut un cadre important des réseaux Soros.

En rencontrant Erdogan à plusieurs reprises, sous couvert de réflexions sur des investissements potentiels en Turquie, Soros voulait surtout favoriser l’intégration de la Turquie dans l’Union européenne. Il déploya une énergie considérable à ce projet au début des années 2000. Nul ne sait s’il joua un rôle dans la conversion de Jacques Chirac et de toute une partie de la classe politique française à cette adhésion, mais le fait est que le président français changea totalement d’opinion à ce sujet. Les négociations n’aboutirent pas mais du fait de la Turquie et non des Européens. Nul doute que le sujet reviendra sur la table quand Erdogan ne sera plus là.

Mabel van Orange, pour revenir à elle, travailla beaucoup pour Soros. Elle s’activa notamment en Afrique du Sud, auprès de Nelson Mandela, se lia avec Kofi Anan, futur secrétaire général de l’ONU, et joua un rôle important à l’International Crisis Group. Cette ONG est typique de la nébuleuses sorosienne : elle n’a pas été créé par lui, mais poursuit les mêmes buts. Officiellement, elle œuvre pour la paix, la démocratie, etc. Dans la pratique, elle participe à la diffusion de la subversion et envoie sur le terrain des militants pour faire avancer ses idées progressistes. Elle participa ainsi aux évènements de Maïdan à Kiev en 2014 qui aboutit au renversement du président « pro-russe » Ianoukovitch. Soros y joua également un rôle financier important et il fut ensuite décoré par le nouveau président pro-occidental Porochenko. La CIA, quant  à elle, était à la manœuvre pour la partie « coup d’Etat ». Il est intéressant d’observer que la CIA et le Pentagone d’un côté, Soros et de nombreuses autres ONG progressistes de l’autre, ont agi de concert en Ukraine pour l’arracher à la Russie. Les uns pour des raisons géopolitiques, les autres pour l’occidentaliser et y permettre la diffusion des idées progressistes.

A Maïdan, il y avait également John Mc Cain. Ce politicien américain fut un tenant fanatique de l’interventionnisme américain dans le monde entier. Après sa mort en 2018, ses amis créèrent le Mc Cain Institute. Il faut s’y arrêter car c’est un exemple emblématique du fonctionnement des réseaux Soros en symbiose avec de multiples autres réseaux progressistes. Cet Institut a pour but, entre autres, de former des éléments d’avenir venant du monde entier. C’est un des nombreux programmes « young leaders » que les Américains affectionnent. Parmi les anciens élèves, on trouve des Géorgiens, des Ukrainiens, des Africains, c’est, comme toujours, assez varié. C’est la liste des financeurs qui est intéressante. Tout le monde est là : Open society, Bill and Melinda Gates Foundation, Bloomberg Philantropies, Microsoft, Carnegie Corporation, Ford Foundation, Rotschild Foundation, JP Morgan Foundation, la liste est encore longue.

Cet exemple aide à bien comprendre que les réseaux Soros, s’ils sont parmi les plus puissants et les plus pernicieux (en matière de mœurs notamment) ne sont qu’une nébuleuse parmi tant d’autres. Tous ne vont pas s’occuper de théories du genre ou de militants LGBT, mais tous vont s’intéresser à au moins une cause progressiste. Ils se croisent souvent mais pas toujours, se complètent sans pour autant se concerter, même s’ils se rencontrent à Davos. Il n’y a pas une autorité unique au-dessus de la nébuleuse, chacun tient son rôle de façon indépendante, et tous vont dans le même sens sans même avoir besoin de l’expliciter. L’empire du mal est multiforme. Il faut ouvrir beaucoup de poupées russes pour les observer. De Human Rights Watch à Reporters sans frontières en passant par Transparency international, ils sont très nombreux ceux qui bénéficient de subventions ou sont infiltrés par l’Open society. La Cour Européenne des Droits de l’Homme est un exemple type fameux.

L’immigration vers l’Europe est naturellement encouragée par Soros. L’ennemi avançant toujours masqué, c’est sous couvert d’humanitarisme que le soutien financier, moral ou médiatique s’organise. Lorsque la chancelière allemande Angela Merkel lança son fameux « Wir schaffen das » (nous y arriverons), pour ouvrir les bras aux Syriens fuyant la guerre,ils vinrent à pied, par millions, et ne furent évidemment pas que Syriens. Leur point commun, l’islam. Soros, nous l’avons dit, considère cette religion comme fermée, mais le but, chacun l’a compris, n’est pas d’ouvrir ce qui est soi-disant fermé, mais de détruire les fondements de la société occidentale bâtie sur le christianisme. L’Open society versa 500 millions de dollars à de nombreuses associations d’aide aux immigrés.

Il ne faut cependant pas croire que les réalisations sorosiennes soient toujours couronnées de succès. Viktor Orban incarne une grande défaite du « philanthrope » spéculateur : la fermeture de l’université de Budapest en 2019. Ce fut un combat homérique. Orban, ancien boursier de l’Université d’Europe Centrale, avait beaucoup évolué intellectuellement et religieusement. Il avait pris conscience de la dangerosité de cet enseignement sur la jeunesse hongroise et fit fermer l’université malgré une pression médiatique mondiale.

Le piratage de la messagerie de l’Open society en 2011 fut également un accroc douloureux. Les milliers de messages rendus publics (ce fut la fameuse affaire Wikileaks) révélèrent une connivence troublante entre Soros et la famille Clinton. Un exemple parmi d’autres : « Chère Hillary, l’Albanie est en proie à une situation sérieuse qui requiert une attention urgente des niveaux les plus élevés du gouvernement américain. » Hillary Clinton était alors secrétaire d’Etat de Barack Obama, c’est-à-dire la numéro un du gouvernement. L’inquiétude de Soros pour l’Albanie ne doit pas surprendre. Les Balkans, comme l’Europe centrale, ont toujours été dans les priorités de l’Open society.

Ce ne fut pas toujours le cas des Etats-Unis sous l’ère des Clinton et d’Obama, car, au fond, c’est un peu la famille de Soros. Mais les meilleures choses ont une fin et l’élection de Donald Trump fut considérée comme une catastrophe par les réseaux progressistes. Personne ne l’avait vue venir et l’Amérique devint alors une priorité. Des associations furent créées, comme Amerique vote, afin d’inciter les minorités des quartiers pauvres à voter ou à bloquer toute réforme demandant par exemple des pièces d’identité pour voter, permettant ainsi des votes de substitution d’immigrés. Beaucoup d’argent fut ainsi dépensé. Ce ne fut pas en vain et le progressiste Joe Biden gagna de justesse, dans des conditions douteuses.

George Soros commença à s’affaiblir et mit en scène son fils Alexander afin de préparer sa succession. On le vit beaucoup, avec les Clinton, Joe Biden, Kamela Harris, Emmanuel Macron, et, finalement, l’ensemble du gotha mondialiste. Soros lança ses derniers feux, contre la Chine, l’Inde, et son ennemi mortel, Vladimir Poutine. Il rappela son attachement à l’Europe pour des raisons bien précises : « Le concept de l’Union européenne me passionne. Là, toutes les nations sont minoritaires, et c’est la raison pour laquelle ce projet me tient à cœur. »

Hélas pour l’Open Society, Donald Trump fut élu en 2024 malgré les investissements considérables engagés contre lui. La société fermée l’a emporté, et pas n’importe laquelle. Sous la houlette d’Elon Musk, l’USAID fut rapidement démantelée. Ce n’était pas l’OS mais son clone.

Aujourd’hui, Alexander Soros est très riche et idéologiquement dans la lignée de son père, mais il n’est pas certain qu’il ait son talent. Et puis la roue a tourné, les nationalistes, ennemis absolus, ont le vent en poupe en Europe et aux Etats-Unis. Plus personne ne croit au mensonge de la mondialisation heureuse.

George Soros a cependant provoqué des dégâts considérables. L’avenir nous dira si l’Open Society saura poursuivre l’œuvre funeste de son fondateur.

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