jeudi 27 août 2026

L’autre christianisation de l’Europe : des moines celtiques à l’amnésie romaine

 

Christianisme

Entre le Ve et le VIIIe siècles, l’Occident fut rechristianisé moins depuis Rome que depuis les monastères irlandais et brittoniques. Colomba, Aidan, Colomban et leurs disciples implantèrent un christianisme monastique, territorial et culturellement enraciné. Cette pluralité fut ensuite progressivement absorbée par une Église diocésaine, juridique et gréco-latine. Aujourd’hui, tandis que Rome encourage l’inculturation des peuples extra-européens, l’Europe occidentale a largement perdu la mémoire de ses propres formes chrétiennes vernaculaires.

L’histoire religieuse de l’Europe occidentale est souvent racontée comme une progression naturelle de Rome vers les peuples du Nord. Ce récit oublie pourtant une autre matrice. Entre les Ve et VIIIe siècles, l’Irlande, l’Écosse, le pays de Galles, la Bretagne, les Gaules rurales, l’Italie du Nord et les régions germaniques sont profondément marqués par des missions issues du monde irlandais et brittonique. Le moine Colomba (521-597) fonde Iona, un monastère sur une petite île des Hébrides, en 563. Aidan (vers 590-651) établit Lindisfarne, sur une autre île mais située en Angleterre. Colomban (543-615) quitte l’Irlande vers 590, fonde Luxeuil dans les Vosges, puis Bobbio, dans la péninsule italienne, et participe à la rechristianisation de l’Occident continental.

Il n’existait pas une « Église celtique » unifiée et schismatique. L’historiographie parle plutôt de chrétientés insulaires. Leur originalité était surtout institutionnelle et culturelle. Dans des sociétés peu urbanisées, l’abbé, le monastère, le saint fondateur et son territoire pouvaient compter davantage que la cité épiscopale. Le christianisme avait pris la forme des sociétés qu’il rencontrait. Il pratiquait déjà ce que Rome appelle aujourd’hui l’inculturation.

Le problème est que cette pluralité fut progressivement absorbée par une Église de plus en plus diocésaine, juridique, romaine et intellectuellement gréco-latine. Il y eut une succession de normalisations, parfois choisies localement, parfois imposées, parfois accompagnées de violence et de réécriture de la mémoire. Le paradoxe contemporain est plus rude encore. L’Église encourage aujourd’hui l’inculturation des peuples extra-européens alors que l’Europe occidentale a largement perdu ses anciennes formes chrétiennes vernaculaires.

Une christianisation enracinée, puis les premières résistances

L’Irlande n’avait jamais appartenu à l’Empire romain. Son Église ne pouvait donc pas simplement reproduire le modèle cité, évêque, diocèse. Les évêques existaient, mais de grands réseaux monastiques pouvaient être gouvernés par un abbé. Cette organisation s’insérait dans une société rurale et lignagère. Elle produisait un christianisme territorial : îles, sources, vallées, chemins, ermitages et saints locaux formaient une géographie sacrée. La Bretagne en garde encore des traces dans ses pardons, ses fontaines et ses chapelles.

Cette première christianisation ne fonctionnait d’ailleurs pas toujours par table rase. En 601, le pape Grégoire le Grand recommande aux missionnaires envoyés chez les Anglo-Saxons de purifier certains anciens sanctuaires plutôt que de les détruire et de transformer des fêtes existantes. Le principe est clair : convertir une culture ne signifie pas nécessairement l’abolir. L’ancien monde peut être baptisé, réinterprété et transmis.

Colomban incarne cette catholicité souple. Il reconnaît le prestige de Rome, mais ne confond pas communion et uniformité administrative. Il défend ses usages et critique librement des évêques continentaux. Cette autonomie rencontre cependant une logique politique inverse. Les Brittons, les habitants celtiques de Grande-Bretagne, voient parfois d’un mauvais œil la mission d’Augustin de Cantorbéry dans le cadre de la conquête anglo-saxonne. Vers 616, selon Bède, quelque 1 200 moines de Bangor sont massacrés par le roi païen Aethelfrith près de Chester. Rome n’ordonne pas le massacre, mais Bède, le père l’histoire anglaise, le relie symboliquement au refus antérieur des Brittons de coopérer avec Augustin : la violence politique est ainsi relue comme une leçon ecclésiale.

Le concile de Whitby, en 664, est moins violent mais plus durable. Le roi Oswiu choisit le comput pascal romain, qui offre une norme commune et une meilleure insertion dans les réseaux continentaux. Iona ne s’aligne qu’en 716. Le roi picte Nechtan expulse également des communautés colombaniennes refusant certains nouveaux usages. Le schéma est déjà visible : Rome fournit la norme prestigieuse et le pouvoir politique local dispose des moyens de l’imposer.

De l’absorption autoritaire à la romanisation ultramontaine

Avec les Carolingiens, l’uniformisation change d’échelle. Pépin puis Charlemagne favorisent les usages romains pour donner une cohérence religieuse à leur espace politique. Le résultat n’est pas purement italien : la liturgie romaine absorbe des éléments francs et gallicans. Mais la direction est nette. La pluralité occidentale est désormais filtrée par une norme centrale plus facilement administrable.

La réforme grégorienne des XIe et XIIe siècles constitue un tournant plus profond. Elle veut libérer l’Église de la simonie, des nominations laïques et de la tutelle des seigneurs. Pour y parvenir, elle renforce le pape, le droit canonique, l’évêque territorial et les appels à Rome. Le projet répond à des abus réels, mais son effet est centralisateur : pour libérer les communautés des pouvoirs locaux, on les rattache davantage au centre romain.

L’Irlande est alors restructurée par le synode de Ráith Bressail en 1111, puis par celui de Kells en 1152. Les Irlandais participent eux-mêmes à cette réforme, notamment autour de saint Malachie. Il ne s’agit donc pas d’une simple colonisation ecclésiastique. Le résultat reste pourtant une rupture : le vieux monde du saint fondateur, de l’abbé et des réseaux monastiques recule devant la chaîne paroisse, évêque, archevêque et Église universelle.

La « crise de Mellifont » montre que cette normalisation pouvait devenir coercitive. Le monastère cistercien, fondé en 1142 avec un appui irlandais, s’inculture rapidement sous la pression du chapitre général de l’ordre cistercien. Les communautés locales résistent ensuite aux inspections de Cîteaux. Entre 1216 et 1228, les visiteurs rencontrent portes fermées et troubles. Des abbés sont déposés, des filiations sont réorganisées et Mellifont perd une partie de son réseau. Dans le contexte de la conquête anglo-normande commencée en 1169, réforme religieuse, contrôle politique et fracture culturelle finissent par se renforcer. Il n’y a pas d’extermination cistercienne des Celtes, mais il existe bien une coercition institutionnelle et un effacement des autonomies.

Le quatrième concile du Latran (Latran IV), en 1215, consacre le système victorieux : le fidèle est davantage inscrit dans la paroisse, sous son prêtre et son évêque, au sein d’un droit commun. Le concile de Trente, de 1545 à 1563, donne ensuite à cette convergence une puissance nouvelle. Face à la Réforme, Rome renforce la formation des prêtres, les séminaires, la discipline épiscopale, le catéchisme et l’unité doctrinale. Le Missel de Pie V de 1570 n’abolit pas tous les rites anciens. Mais il fait du rite romain la seule référence dominante de l’Occident catholique. Trente ne crée pas la romanisation : il lui donne son armature uniformatrice, disciplinaire et liturgique durable.

À cette normalisation, s’ajoute un effacement intellectuel plus discret. Le catholicisme fait de la Bible, d’Augustin, du droit romain, de Platon et d’Aristote sa haute langue culturelle. Le paganisme grec est désethnicisé et devient philosophie universelle. Les héritages celtiques ou germaniques deviennent mythologie, littérature, folklore ou piété populaire. Ils ne sont pas interdits. Ils sont déclassés ! Le XIXe siècle achève ensuite la romanisation française. Sous l’influence ultramontaine de Dom Prosper Guéranger, les anciennes liturgies diocésaines disparaissent presque toutes entre 1840 et 1875 malgré les résistances de Paris, Lyon ou Besançon. Au nom de la Tradition, on efface des traditions.

Vatican II : l’inculturation pour les autres, l’amnésie pour l’Europe ?

Vatican II semble pourtant renverser cette logique. Sacrosanctum Concilium refuse l’idée d’une « uniformité rigide » lorsque la foi n’est pas en cause et reconnaît la valeur des traditions des peuples. Mais le texte pense particulièrement aux terres de mission. Jean-Paul II ira beaucoup plus loin en Afrique, où Ecclesia in Africa, exhortation apostolique, demande d’étudier la vénération des ancêtres, le monde des esprits, la liturgie et même les structures de l’Église. Dans Querida Amazonia (« Amazonie bien-aimée), autre exhortation, le pape François invite à accueillir des chants, gestes, symboles et rapports traditionnels à la nature.

Appliqué à un Gaël du VIe siècle ou à un Breton, ce programme ressemble exactement à la première christianisation. Pourtant, le traitement reste asymétrique. Les ancêtres africains deviennent un objet d’inculturation ; une fontaine bretonne reste facilement du folklore. La relation amazonienne à la nature peut nourrir une liturgie ; les anciennes cosmologies celtiques ou germaniques suscitent vite le soupçon de néopaganisme ou d’identitarisme. Cette prudence a des raisons historiques, notamment les récupérations nationalistes modernes, mais elle finit souvent par confondre enracinement et fermeture ethnique.

Le privilège du vernis gréco-romain accentue cette contradiction. En 1998, l’encyclique Fides et ratio (« Foi et raison ») de Jean-Paul II présente l’inculturation gréco-latine comme un acquis que l’Église ne peut abandonner. Rien d’équivalent n’est accordé à Iona, aux traditions brittoniques ou au monde germanique christianisé. Platon est devenu universel. Les autres paganismes ouest-européens restent particuliers et suspects. La culture romaine n’apparaît même plus comme une culture. Elle se présente comme la forme neutre du christianisme et son vecteur universel à l’instar du Grec ancien, en occultant Byzance.

Cette histoire ne suffit évidemment pas à expliquer la sécularisation moderne. Mais elle éclaire une perte de résilience. En France métropolitaine, 51 % des 18-59 ans déclaraient n’avoir aucune religion en 2019-2020, contre 29 % se disant catholiques ; en Écosse, 51,1 % de la population était sans religion en 2022 et, au pays de Galles, 46,5 % contre 43,6 % de chrétiens en 2021. Le cas irlandais est plus spectaculaire encore par sa vitesse : la part catholique est passée de 79 % en 2016 à 69 % en 2022. Chez les 25-29 ans, elle n’est plus que de 53 %, tandis que 26 % déclarent n’avoir aucune religion ; entre 2016 et 2022, le nombre de catholiques de 25 à 44 ans a reculé de 17 %. L’identité irlandaise ne disparaît donc pas avec le catholicisme : elle se découple de lui. La langue, les paysages, les cycles mythologiques et l’héritage celtique deviennent des références culturelles disponibles sans passer par l’Église, même si le néopaganisme religieux proprement dit reste très minoritaire.

Le vide n’est pas massivement rempli par le néopaganisme, qui reste encore minoritaire, mais le mouvement existe et progresse rapidement : le recensement de 2021 en Angleterre et au pays de Galles comptait environ 74 000 personnes se déclarant païennes, 13 000 Wiccan1 et 8 000 relevant du chamanisme, tandis que les nomenclatures distinguent désormais Druid, Heathen, Pagan, Wicca et même Celtic Christian.

À ce retour religieux, s’ajoute un écho culturel incomparablement plus large. Tolkien, catholique convaincu, a pourtant construit une mythologie dont les formes visibles viennent largement des traditions nordiques, celtiques et finnoises. Il reconnaissait lui-même que le Kalevala, vaste geste épique des peuples finnois, avait déclenché son travail mythologique. Or, c’est cette surface préchrétienne – elfes, runes, anneaux, forêts, royaumes, sagas et paysages enchantés – que l’Europe occidentale reçoit massivement par les livres, les films, les séries, les jeux vidéo et jusqu’aux gammes LEGO. Le christianisme demeure profond dans la morale de Tolkien, mais dans la culture populaire son imaginaire est beaucoup plus immédiatement perçu comme celto-germanique et nordique que comme catholique.

Une ressource non mobilisée, mais mobilisable

Le contraste est sévère. Rome encourage aujourd’hui les peuples extra-européens à préserver ancêtres, symboles et rapports à la nature alors qu’elle a longtemps folklorisé ou marginalisé les couches comparables de l’Europe occidentale. Son recul s’inscrit certes dans une désaffiliation plus générale aux institutions de masse, mais le besoin d’identité demeure. L’Irlande l’illustre : le catholicisme est passé de 79 % en 2016 à 69 % en 2022, tandis que langue, paysages, Imbolc, Brigitte et mémoire celtique peuvent désormais porter l’identité sans passer par l’Église.

La Pologne montre que même les bastions catholiques ne sont pas à l’abri : les catholiques déclarés sont passés de 87,6 % en 2011 à 71,3 % en 2021, tandis que des religions natives slaves, encore minuscules, réapparaissent. Il ne s’agit pas d’une paganisation massive, mais d’un déplacement : lorsque le catholicisme cesse de porter l’identité, des références plus anciennes redeviennent disponibles. L’ironie est forte : Benoît XVI reconnaissait en 2008 Colomban comme « réellement un des Pères de l’Europe », alors que Rome avait largement marginalisé l’humus chrétien qui l’avait produit.

1. La wicca, ou le wiccanisme, est un mouvement religieux néopaïen fondé au XXe siècle au Royaume-Uni, comprenant des éléments de croyance tels que le chamanisme, le druidisme et les mythologies gréco-romaine, slave, celtique et nordique.

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Les crimes du communisme

 

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Une opinion communénment admise après 1992 considère que les crimes du nazisme et ceux du communisme sont de même nature : des atrocités commises par deux totalitarismes emportés par leur nature criminelle et leur soif de pouvoir absolu.1

Et pourtant, peut-on tracer de telles égalités ? Les mobiles du nazisme sont-ils ceux du communisme ? Plus essentiel : à force de s’obnubiler sur les crimes nazis et communistes, n’oublions-nous pas le sort de millions d’êtres broyés par le système libéral, sans jamais porter ces victimes invisibilisées dans ce bilan macabre ?

Parfois, les paranoïaques ont de véritables ennemis

Car bilan macabre, il y a. Dans sa chanson Le Bilan, Jean Ferrat2 parlait, avec sa sensibilité coutumière, d’un siècle de tragédies.

Pour des raisons de commodité, nous examinerons les crimes nazis, puis ceux imputés aux communistes, avant de nous autoriser un petit retour historique pour examiner ceux commis au nom du profit et de la défense sociale.

Le nazisme est le plus facile à disqualifier. Ses crimes naissent du texte qui lui sert de document fondateur : Mein Kampf, ouvrage dont la scientificité se réduit à un mélange sans talent de théories raciales inventées au XIXe siècle pour fournir une justification à la colonisation du monde, et d’un darwinisme mal compris3. À partir de là, le texte hiérarchise les races selon leur plus ou moins grande pureté et délivre des permis de tuer dont les nazis useront durant la Seconde Guerre mondiale.

Au plan conceptuel, le nazisme ignore que la mission d’un État est de protéger ses populations comme l’explique la théorie développée par Vattel, toujours valide aujourd’hui encore4. Les lois de Nuremberg se heurtèrent donc bien vite à la question des Mischlinge, ces enfants ou descendants de couples mixtes, ainsi qu’à celle des juifs anciens combattants décorés de la Première Guerre mondiale5. Ces chicaneries, qui nous semblent ridicules aujourd’hui, témoignent de l’intégration profonde des populations : en attaquant une partie, le nazisme attaquait le tout.

Sans la chance d’attaquer une France assez sotte pour confier son armée à un vieillard paresseux et égocentrique (cf. Pétain), avant de laisser des affairistes fragiliser son système d’alliances à l’est — la cession des usines Škoda par le groupe Schneider, à la faveur des accords de Munich puis de l’occupation allemande de la Tchécoslovaquie6 —, le régime nazi n’aurait pas disposé du prestige nécessaire pour mener à bien son programme criminel.

Hélas pour les nazis, il ne suffit pas d’écrire de grandes théories : elles doivent aussi passer l’épreuve du réel. Or le « sous-homme » slave ne se décida pas à mourir, et il opposa à l’est une résistance farouche. Certes au prix de millions de morts — mais n’est-ce pas aussi une preuve de grandeur que de se sacrifier pour le groupe ? Avec un peu moins d’idéologie, peut-être, le conquérant allemand aurait pu diviser la population soviétique, tirer parti des multiples fractures du pays, et gagner. Convaincu que la clémence est une faiblesse, le « surhomme » aryen offrit ainsi à son adversaire toutes les armes dont il avait besoin.

Le résultat vint bien vite : dans ses villes détruites, le nazisme fut jugé et condamné. Ses grands chefs furent jugés et, pour la plupart, pendus7 : le nazisme avait vécu, comme idéologie.

Dans le cadre d’une guerre idéologique avec le communisme, la tentation serait grande d’établir une égalité entre un nazisme profondément discrédité et un communisme qui prospérait sur les multiples inégalités et blocages sociaux d’un libéralisme désireux de s’imposer comme la seule idéologie respectable. Celui-ci évitait ainsi le match libéralisme-communisme et se positionnait hors du ring, l’idéal pour garder les mains propres — quitte à s’ériger, du même geste, en juge des deux camps qu’il prétendait départager.

L’exigence scientifique impose pourtant de refuser cette facilité. Certes, certains auteurs8 additionnent les morts pour parvenir à un chiffre de cent millions, avec une règle de trois censée emporter la conviction : douze ans de nazisme, avec entre douze et quinze millions de morts idéologiques9, vaudraient cent millions de morts sur soixante-dix ans. Sous-entendu : le communisme serait aussi meurtrier que le nazisme, et devrait donc être condamné de la même manière.

Certes, mais — le fameux mais. Peut-on additionner les victimes de la guerre civile, celles des famines de la collectivisation, de la Seconde Guerre mondiale, de la conquête du pouvoir par Mao, avant d’y jeter le génocide khmer rouge10 ?

Le procédé manque d’élégance, non ? Le juif raflé par la Gestapo et envoyé en camp de concentration, à l’image d’Anne Frank, n’avait rien fait. Les soldats de Denikine, ou de tel autre général blanc, peuvent-ils prétendre au même statut ? Le fait de combattre pour le tsar leur retire-t-il leurs armes, du seul fait qu’ils étaient en guerre contre les bolcheviks ? Le drapeau blanc rend-il à ses défenseurs l’innocence de l’enfance ? Oserait-on conclure que non ?

Le bolchevisme fut attaqué dès sa prise de pouvoir, par les armées étrangères et par les généraux blancs, pas plus tolérants ni moins sanguinaires que les bolcheviks. Ou bien un généreux auteur aura-t-il l’outrecuidance d’affirmer que les bolcheviks auraient bénéficié de mesures de clémence en cas de victoire blanche ?

On fait la révolution, ou on ne la fait pas, déclare Trotsky dans son Histoire de la révolution russe. On pourrait oser la même formule pour la contre-révolution : on la fait, ou on ne la fait pas. Dans les deux cas, on lutte pour ou contre une idée, et, qu’on se trouve en Vendée face aux chouans ou en Russie après Octobre rouge, les hommes portent des idées, et le seul moyen de les faire disparaître est de tuer ceux qui les portent. La Tcheka s’y employa avec la même ardeur que les troupes des généraux blancs.

Certes, objectera-t-on, mais les koulaks, les famines ? Voilà bien la preuve de la nature criminelle du régime soviétique ! Entre 1922 et 1930, il dirige le pays sans contestation, et pourtant des gens continuent de mourir.

C’est oublier un peu vite le grand paradoxe de la révolution de 1917. Dans ses thèses d’Avril, Lénine exige la confiscation des terres des grands propriétaires pour les confier à des soviets d’ouvriers et de paysans. La paysannerie y voit l’accès à la terre ; les bolcheviks, un pur mandat de gestion. L’après-guerre rompt l’illusion, et la paysannerie se défend. S’il y a peu de soulèvements massifs — les marins de Kronstadt, le soulèvement de Tambov et ses dizaines de milliers de combattants, réprimé notamment par l’usage de gaz de combat contre les zones boisées où se retranchaient les insurgés11 —, il existe des milliers d’actes de sabotage. La collectivisation est synonyme d’abattages massifs et de destructions qui désorganisent une agriculture déjà traumatisée par la guerre civile. Bien loin de l’innocence d’Anne Frank, il s’agit donc d’acteurs engagés dans la défense de leurs intérêts, et d’une forme de guerre de classe dont les règles ne sont jamais douces.

Tel est bien le problème du bolchevisme depuis sa prise de pouvoir en 1917. Certes, il y eut des membres de l’ancienne classe dirigeante qui se rallièrent — mais était-il possible de leur accorder confiance ? La paranoïa, les purges, sont décrites par les opposants comme le fruit d’un système malade. Certes, Staline fit le choix d’une violence qui correspondait à sa personnalité, et le système soviétique ne disposait pas des procédures pour gérer ses dissensions internes, qui ne seront développées qu’après l’époque de Khrouchtchev.

Pourtant, si certains voient les purges comme la preuve de la nature criminelle du régime, ils oublient certaines vérités. Avec le traité de Rapallo12, Soviétiques et Allemands, les deux réprouvés de l’Europe, unissent leurs forces : les chefs militaires apprennent à se connaître, à s’apprécier. Dès lors se pose une question à laquelle l’histoire ne répondra jamais : si Staline n’avait pas choisi la loyauté, mais conservé son état-major professionnel, n’y aurait-il pas eu des Vlassov13 puissance dix pour passer aux Allemands avec armes et bagages ? Personne ne pourra y répondre — mais la pertinence des purges s’apprécie aussi à l’aune de cette question.

Que l’on le veuille ou non, un paranoïaque peut avoir des ennemis, et Staline en avait de fort nombreux. Vingt-sept millions de morts14 témoignent de la gravité de la menace. Là encore, les intégrer au décompte, alors que l’agression fut allemande, relève du pur procès à charge, non de l’étude nuancée qu’on attend de la science.

On pourrait poursuivre avec Mao ou le Viêt-Minh, mais ce serait retrouver le débat de la guerre civile : les abus des régimes antérieurs nourrissaient une volonté de changement, mais les classes dirigeantes s’y sont accrochées au-delà du raisonnable. Est-ce la faute des seuls communistes ? On constatera seulement qu’en 2026, le peuple chinois ne s’est toujours pas soulevé pour exiger le retour du Guomindang.

Reste, en réalité, le point véritablement criminel : celui des Khmers rouges. Il s’inscrit toutefois dans le cadre d’un billard entre États-Unis, Chine et URSS, joué par procuration, une configuration qui favorise le recours à des supplétifs parfois pas totalement sains d’esprit. Surtout, les Américains avaient jugé bon de soutenir, dès 1970, le coup d’État qui porta Lon Nol au pouvoir et fragilisa le pays15 — un cas où, selon la formule qui lui est attribuée, l’unique erreur aurait été de croire les Américains. La bienveillance américaine voulait protéger le Cambodge, ne pouvait-elle imaginer qu’elle le fragiliserait ? Nous sommes là loin du communisme, même si les Khmers allaient plonger le pays dans une mare de sang.

Toujours est-il que leur vision agraire du monde jure, à un point qui peut interroger, avec les canons de la théorie communiste. Passons : les Khmers rouges se réclamaient du communisme, et pour des raisons internes au bloc communiste, l’intervention vietnamienne vint trop tard16.

Il y aurait une raison plus grave d’attaquer le communisme. Non pas qu’il s’en prenne à des populations innocentes — c’est assez rarement le cas, même si, en guerre sociale, le terme d’innocence est à relativiser. Un enfant de koulak est-il un futur koulak, ou d’abord un enfant ? Le libéral répond la seconde option — mais alors il devra répondre de tous les cas où les enfants de pauvres ont été livrés à leur sort, et cette simple constatation ne devrait-elle pas l’inciter à une infinie prudence ? Il reste néanmoins que les koulaks se sont, comme groupe, opposés à l’État soviétique.

Et cette question est plus grave qu’il n’y paraît : fallait-il lancer la révolution d’Octobre ? Trotsky, Lénine, croyaient-ils réellement dans la solution bolchevique, dans le socialisme censé mener au communisme et à la société sans classes ?

L’immense travail marxiste sur la lutte des classes au cours de l’histoire de l’humanité confère au marxisme une incontestable autorité scientifique. Mais, si l’oeuvre de l’historien offre une base solide, il en va tout autrement des prévisions et les chefs bolcheviques se doutaient bien de l’ampleur des oppositions que déclencherait leur programme. Ils ont pourtant déclenché la révolution avant d’appliquer un programme marxiste de socialisation intensive, sinon intégrale, des moyens de production.

Or, dès la parution du Capital, les critiques n’ont pas manqué. En écartant les théoriciens de l’ordre bourgeois, dont la majorité des objections n’étaient que des habillages maladroits de la défense des fortunes, pour regarder plutôt du côté de la parenté idéologique : les anarchistes visent exactement la même société sans classes, mais critiquent le socialisme, car, selon leur doctrine, la dictature du prolétariat transformera les prolétaires appelés à diriger en tyrans égaux au tsar17. Staline fut vu avec la précision d’une voyante, par la seule puissance du raisonnement intellectuel.

Là est la plus cinglante des critiques, celle qui pose la véritable question : fallait-il, ou non, déclencher la révolution ? Surtout, des dirigeants conscients des limites de leur outil théorique n’auraient-ils pas dû engager l’effort intellectuel nécessaire avant de mettre fin à la NEP ? Cette question dépasse la psychologie de Staline et constitue la principale faiblesse de sa défense, et celle des dirigeants bolcheviques. Constatons qu’en Chine, le choix fut différent, et que le parti communiste y est toujours au pouvoir.

Cela doit-il pourtant sonner comme une condamnation définitive ? La difficulté est de concéder une telle victoire au libéralisme — au parti des grandes fortunes et de l’asservissement de la puissance étatique à leurs intérêts.

Ici, il ne suffit pas de rappeler la différence entre les crimes du nazisme, qui frappaient un individu sur le seul fondement de sa généalogie, et ceux du communisme, qui, s’ils frappaient fort, le faisaient dans le cadre d’une guerre sociale ouverte ou semi ouverte.

Ce serait concéder une bien trop belle victoire au dernier camp, qui, depuis l’extérieur du ring, laisse oublier l’immense trace de sang qu’il a lui-même laissée dans l’histoire. Car le prix à payer pour siéger comme arbitre plutôt que comme partie n’est pas l’innocence : c’est seulement de n’avoir jamais soumis son propre bilan au même calcul.

On peut parler de la guerre civile de 1917 — mais qu’en est-il des morts de la Première Guerre mondiale, née d’une course aux armements mal maîtrisée par des chefs militaires plus soucieux de la révolte ouvrière que d’éviter un conflit dévastateur ? Dix-sept à vingt millions de morts18, militaires et civils confondus : ces morts-là ne comptent-ils pas ?

On peut reprocher les famines en Union soviétique — mais qu’en est-il, par exemple, des famines en Inde et dans d’autres régions du monde, imposées pour faire accepter les règles de la domination impériale, ou causées par la substitution de cultures d’exportation aux agricultures vivrières, sacrifiées au dieu marché ? Trente à soixante millions de morts, selon l’historien Mike Davis19, pour les seules famines liées à El Niño entre 1876 et 1902. Qui comptera ces morts ?

On peut reprocher les purges — mais devons-nous alors ignorer les condamnés du coup d’État du 2 décembre 1851, ou ceux de la Commune ? Tous ces criminels coupables de mal penser. Vingt-sept mille arrestations, plus de neuf mille cinq cents déportations, essentiellement vers l’Algérie, et plusieurs centaines de morts pour le seul coup d’État de 185120 ; entre six mille et trente mille morts, selon les estimations, pour la seule Semaine sanglante de mai 187121. Les États libéraux avaient-ils l’excuse d’une menace extérieure ? Ah non — pour la Commune, ils ont préféré pactiser avec Bismarck pour obtenir l’armée nécessaire à leur répression22 ! Faut-il alors s’indigner des charniers, du mur des fusillés ou de Versailles ?

Devons-nous ignorer les morts causés en Indonésie par la répression anticommuniste — entre cinq cent mille et deux ou trois millions de victimes selon les estimations, avec un soutien logistique documenté des services américains23 ? Ou ceux du Nicaragua, coupable d’avoir porté des socialistes au pouvoir, où les Contras attaquèrent écoles, hôpitaux et autres cibles dites molles selon la nomenclature de l’École des Amériques — environ trente mille morts24 ? Ces morts sont sous quel tapis ?

Le même sort, sans doute, que les victimes de l’opération Condor, menée en Amérique du Sud pour liquider syndicalistes et membres des partis de gauche — au moins soixante mille morts25. Là encore, avec quelle justification ? La défense des grandes fortunes et des contrats des sociétés américaines ?

Additionnés, ne serait-ce que sur ces sept épisodes — la Première Guerre mondiale, les famines impériales, 1851, la Commune, l’Indonésie, le Nicaragua et le Condor —, on obtient, selon les fourchettes basses et hautes retenues ci-dessus, entre quarante-huit et quatre-vingt-trois millions de morts26 : un ordre de grandeur qui n’a rien à envier à la fourchette de soixante-cinq à quatre-vingt-treize millions que les propres contributeurs du Livre noir opposent à Stéphane Courtois pour le communisme. Il ne s’agit pas de dresser un match retour où l’on compterait les points : ce serait retomber dans l’erreur dénoncée plus haut, celle qui mêle des causalités sans rapport entre elles sous une seule colonne comptable. Il s’agit seulement de vérifier si celui qui se permet de se positionner hors du ring pour juger les deux autres camps possède réellement la légitimité nécessaire pour s’en abstraire une fois son propre bilan soumis au même calcul.

Beaucoup arguent d’une forme d’immoralité chez les défenseurs du bilan du communisme. Il y en a une autre, plus grave encore, à attaquer le communisme en prenant la pureté morale pour base, quand cette pureté ne résiste pas à l’examen imposé à l’accusé. Le libéralisme mondial a ses morts, sa prostitution de masse, ses crimes, tout aussi impardonnables — et, au vu de son propre bilan, une partie aussi coupable devrait avoir la décence d’éviter de s’ériger en juge.

1Cette thèse de l’équivalence, esquissée par François Furet dans Le Passé d’une illusion (1995), trouve sa formulation la plus systématique dans Le Livre noir du communisme, dirigé par Stéphane Courtois (1997), avant d’être consacrée institutionnellement par la Déclaration de Prague sur la conscience européenne et le communisme (2008), signée notamment par Václav Havel, puis par la résolution du Parlement européen instituant le 23 août — anniversaire du pacte germano-soviétique — comme Journée européenne du souvenir des victimes du stalinisme et du nazisme (2009).

2Jean Ferrat, Le Bilan, 1980.

3Sans s’arrêter par exemple au menu détail que si les juifs sont des sous hommes, ils devraient naturellement disparaître face à l’übermensch sans avoir besoin d’agir. Ce simple fait aurait dû disqualifier le livre s’il avait été soumis à une critique sérieuse !

4Emer de Vattel, Le Droit des gens, ou principes de la loi naturelle appliqués à la conduite et aux affaires des nations et des souverains, 1758, livre I.

5Les décrets d’application des lois de Nuremberg (1935) créent la catégorie intermédiaire des Mischlinge (un ou deux grands-parents juifs), dont le statut reste juridiquement instable jusqu’à la fin du régime. Les anciens combattants juifs de 1914-1918 bénéficiaient depuis la loi du 7 avril 1933 d’une clause d’exemption (le Frontkämpferprivileg), progressivement supprimée à partir de novembre 1935.

6Schneider et Cie détenait depuis la Première Guerre mondiale une participation majoritaire dans les usines Škoda ; ce contrôle bascule vers l’Allemagne entre les accords de Munich (septembre 1938) et l’occupation des pays tchèques (mars 1939), et Škoda devient l’un des piliers de l’industrie d’armement du Reich.

7Sur les douze condamnations à mort prononcées au procès de Nuremberg, dix furent exécutées par pendaison ; Göring se suicida la veille de son exécution, Bormann fut jugé par contumace.

8Le Livre noir du communisme (1997), dirigé par Stéphane Courtois, avance en effet un total « approchant les cent millions de morts », même si certains des auteurs se sont désolidarisés du texte après sa parution — notamment Nicolas Werth, Jean-Louis Margolin et Karel Bartošek, qui proposèrent une fourchette de 65 à 93 millions.

9En comptant en gros les victimes de la Shoah, le T4, les Roms, les homosexuels, les prisonniers soviétiques inutilement morts dans les camps, les civils des pays occupés exécutés. Pas les morts militaires, ni les morts civiles causées par les opérations militaires. Le calcul est grossier, mais représente un ordre de grandeur suffisant pour analyser la thèse.

10L’article ne prétend pas à l’originalité dans ce domaine : l’historien américain J. Arch Getty a formulé la critique méthodologique la plus nette — on ne peut mettre sur le même plan, par une simple arithmétique, les victimes de famines et les victimes d’un gazage délibéré.

11L’ordre n° 0116 du 12 juin 1921, signé Toukhatchevski, autorise l’usage de gaz toxiques contre les forêts abritant les insurgés.

12Traité signé le 16 avril 1922, qui organise une coopération diplomatique puis militaire secrète entre l’Allemagne et l’URSS (formation d’officiers, essais d’armements prohibés par le traité de Versailles), maintenue jusqu’en 1933.

13Le général soviétique Andreï Vlassov, capturé en 1942, forma une Armée russe de libération (ROA) combattant aux côtés de l’Allemagne.

14Les estimations contemporaines des pertes soviétiques de la Seconde Guerre mondiale, réévaluées après la fin de l’URSS, oscillent entre 25,3 et 27 millions de morts.

15Le coup d’État de mars 1970 contre Sihanouk fut mené par des acteurs cambodgiens (Lon Nol, Sirik Matak) ; l’implication américaine directe dans sa préparation n’est pas établie par les archives déclassifiées, mais Washington reconnut aussitôt le nouveau régime et le soutint militairement sans délai.

16L’invasion vietnamienne, lancée fin décembre 1978, aboutit à la chute du régime khmer rouge le 7 janvier 1979 — après l’essentiel des 1,5 à 2 millions de morts qu’on attribue au génocide cambodgien de 1975-1979.

17Mikhaïl Bakounine, Étatisme et anarchie, 1873.

18Environ neuf à dix millions de morts militaires, et un nombre comparable de victimes civiles (famines, épidémies, opérations militaires) — un total encore alourdi si l’on y adjoint le génocide arménien de 1915-1916, généralement comptabilisé à part.

19Mike Davis, Génocides tropicaux. Catastrophes naturelles et famines coloniales, 1870-1900 (éd. orig. Late Victorian Holocausts, 2001). Amartya Sen, tout en validant le diagnostic d’ensemble — la conjonction d’une inégalité économique féroce et d’un déséquilibre radical du pouvoir politique —, met en garde contre certaines formulations qu’il juge excessives.

20Estimations généralement retenues pour la répression consécutive au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.

21Les estimations basses, fondées sur les inhumations documentées (Robert Tombs), avancent six à dix mille morts ; les estimations traditionnelles, remontant aux témoins contemporains, vingt à trente mille. S’y ajoutent plusieurs milliers de déportations vers le bagne de Nouvelle-Calédonie.

22Adolphe Thiers négocia avec Bismarck la libération anticipée de prisonniers de guerre français afin de disposer des effectifs nécessaires à la répression de la Commune.

23Robert Cribb retient cinq cent mille comme le chiffre le plus fiable ; des documents américains déclassifiés en 2017 confirment que l’administration Johnson connaissait l’ampleur des massacres et y apporta un soutien logistique.

24La Cour internationale de justice jugea en 1986, dans l’affaire Nicaragua c. États-Unis, que le soutien américain aux Contras violait le droit international.

25Dont environ trente mille pour la seule Argentine ; soutien documenté des services américains (centre de communications, assistance du FBI aux interrogatoires, assurances privées de Kissinger à Pinochet).

26Addition des bas de fourchette (17 + 30 + 0,0005 + 0,006 + 0,5 + 0,03 + 0,06 ≈ 47,6 millions) et des hauts de fourchette (20 + 60 + 0,001 + 0,03 + 3 + 0,03 + 0,06 ≈ 83,1 millions) retenus ci-dessus. Un chiffre grossier, au même titre que celui de la note 2, mais suffisant pour situer l’ordre de grandeur.

 Jules Seyes (son site)

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-crimes-du-communisme-271567

mercredi 26 août 2026

Combien de crédules croient encore au réchauffement climatique ?

 

Les rentiers de la peur affirment que la tempête hivernale de 2026 aux États-Unis avec des températures basses pas vues depuis un siècle n’invaliderait en rien le fait que la planète se réchauffe. Le même discours délirant a été tenu à propos des températures polaires observées en Russie et en Europe de l’Est début 2026. Inédites depuis 203 ans. Plusieurs mètres de neige persistante à Moscou avec des températures stables de – 45°C.

Des congères impressionnantes, des immeubles engloutis, des villes, transports et usines paralysés. État d’urgence dans une région pourtant habituée aux grands froids. Quant à la péninsule du Kamtchatka, elle était recouverte de cinq mètres de glace nouvelle. De leur côté l’Allemagne et la Pologne étaient également ensevelies sous la neige.

À la même époque, une tempête historique a balayé les USA, apportant neige, verglas et températures glaciales sur les deux tiers du pays. Le Midwest et le Nord-Est furent particulièrement touchés, ce n’est pas inhabituel, mais rarement de façon aussi sévère. Des chutes de neige record ont été observées. Plus de 50 cm à Pittsburgh et près de 40 à New York et en Caroline du Nord. Des températures de – 22°C dans le Midwest et – 10°C au Texas. Même le Sud, en particulier la Floride et le Nouveau Mexique ont été impactés, bien que de façon moins spectaculaire.

La tempête a perturbé les transports et provoqué environ 400 000 pannes d’électricité qui ont mis plusieurs jours à être réparées, désorganisant l’économie et bousculant la vie des personnes les plus vulnérables. On dénombrait fin janvier plus d’une centaine de morts liées au froid. Pas seulement des sans-abris, mais des personnes seules, âgées ou handicapées, en hypothermie à leur domicile.

L’état d’urgence a été déclaré dans une vingtaine d’États. Des tempêtes à répétition ont provoqué plusieurs vagues de froid. Semblables à celles de 1899 et de 1936 quand le GIEC n’était pas là pour terroriser les gens et récolter de juteuses subventions pour sauver la planète… Quoi qu’il en soit, les escrolos du climat clament pour leur public de crédules que ces températures négatives ne prouvent rien et ne remettent pas en cause le réchauffement climatique.

Le vortex polaire est en partie responsable de cette vague de froid, mais c’est un phénomène récurrent multimillénaire

Des explications rationnelles impliquent l’oscillation nord-atlantique qui fait descendre l’air froid de l’Arctique vers la majeure partie de l’Amérique du Nord, associée au vortex polaire une zone de basses pressions hivernales avec des vents tourbillonnants qui affectent aussi la Sibérie. Des analyses défendables pour des phénomènes aussi cycliques que les vagues de chaleur, et qui ne présentent pas un caractère exceptionnel à l’échelle des siècles.

En hiver, la diminution puis l’absence de rayonnement solaire favorise au pôle Nord la formation d’un vortex stratosphérique entre 20 et 40 km d’altitude. Une structure composée de vents très rapides qui tournent en continu et isolent les masses d’air autour du pôle. Plutôt statique ou peu mobile au départ, le vortex peut devenir dynamique et imprévisible comme un cyclone.

Ils ont beau ânonner que la météo et le climat sont différents, les deux sont intimement liés et interagissent ensemble.

L’oscillation et les vortex sont des phénomènes cycliques qui existent depuis la nuit des temps. Les isotopes d’oxygène retenus dans les glaciers et la cyclo-stratigraphie des sédiments marins carbonés en témoignent. Mais pour les professeurs Tournesol du GIEC, ce froid extrême confirme que le réchauffement climatique progresse ! Tandis que dans l’hémisphère austral où la calotte polaire de l’Antarctique se développe à nouveau, des otaries du Pôle Sud portées par des courants glaciaux viennent visiter les lagons polynésiens depuis la décennie 2010.

« Est-ce que les mabouls réchauffistes pourraient m’expliquer où est passé leur réchauffement climatique ? ». Cette saillie intolérable pour les petites têtes saturées du jus des télés menteurs est de Donald Trump. Le fait de se référer à une réalité que tout un chacun peut constater prouverait son « mépris pour la science ». Comprendre la fausse science des imposteurs affamés de prébendes. Ces vautours se défoulent en traitant le POTUS de tous les noms d’oiseaux pour avoir acté dès janvier 2026 le retrait des USA de l’arnaque de Paris sur le climat, comme il l’avait déjà fait en 2017, et surtout fermé le robinet des subventions à 66 organisations parasites dont l’inutile GIEC.

Les réchauffards découvrent un nouveau coupable, le jet-stream rabâché par des journaleux aussi complaisants qu’ignares.

Enserré dans l’étau des réalités indéniables, un responsable du GIEC dégoise en bafouillant : « On peut avoir des périodes de froid intense alors que le climat global se réchauffe ». C’est aussi l’opinion d’un certain général Rivière, climatologue binoclard à l’air constipé, destiné peut-être à remplacer le déclinant Jean Jouzel au hit parade des fans de Greta.

Pour Rivière, chercheur mais pas trouveur, le responsable de tout ce micmac serait le jet-stream, un vent d’altitude très puissant, semblable à un long ruban invisible, qui souffle d’Ouest en Est autour de la Terre. Avec des vents de 300 km/h à des altitudes de 7 à 16.000 mètres. Leurs fluctuations imprévisibles influencent le temps qu’il fait à la surface. Rien de nouveau sous le soleil depuis le temps des dinosaures.

Actuellement, ce jet-stream est orienté depuis l’Alaska vers le golfe du Mexique et favoriserait le transfert de masses d’air polaire vers des latitudes plus basses. Tandis qu’un autre courant d’air alimente le vortex positionné sur le Nord-Est de l’Asie. Nul n’en disconvient. Mais ça n’explique pas pourquoi ces vortex se renforcent simultanément pour propager le froid partout quand la terre est supposée se réchauffer.

Les astrologues du climat prédisent une dérive du Gulf Stream

Leurs modèles prévoient un affaiblissement tragique du Gulf Stream au XXIe siècle et son déplacement vers l’Est. Avec des variantes selon les paramètres arbitraires intégrés dans la machine. Mais presque tous les cuistres sont d’accord sur les conséquences dramatiques, puisque c’était décidé d’avance : refroidissement régional de l’Europe du Nord jusqu’à l’Espagne, modifications des précipitations, montée du niveau de la mer le long de la côte est des États-Unis, et élargissement de la zone critique de formation des cyclones vers le centre de l’Atlantique Nord.

D’autres simulations sont encore plus fantaisistes dans l’enfumage. Jusqu’à donner des dates que nous ne serons plus là pour vérifier. Cette fois, une déviation du Gulf Stream vers le Nord-Est ferait de la Scandinavie un paradis tropical. Dans 424 ans, pas un de plus ni un de moins, des cocotiers et des manguiers décoreront les plages de la mer du Nord et de l’océan Arctique, et des crocodiles batifoleront dans les fjords. Encore mieux que lors de l’optimum climatique de l’holocène il y a 9000 ans quand il faisait en moyenne 4 à 5°C de plus qu’aujourd’hui.

Évidemment, comme rien n’est parfait, on se gèlera en Europe du Sud… Nos pythonisses, qui ne sont plus à ça près, ont oublié que si le moteur du Gulf Stream fonctionne grâce à la circulation thermohaline, l’état de la route dépend des variations des marées barométriques et lunaires ainsi que des vents et des vagues qu’elles génèrent, orientées par la rotation de la terre. Et de ce côté-là, si des modifications notables des courants doivent advenir, l’échelle ne sera plus le siècle mais les dizaines de millénaires.

Christian Navis

Extrait de mes Archives climato-sceptiques

https://climato-sceptique.blogspot.com/

https://ripostelaique.com/combien-de-credules-croient-encore-au-rechauffement-climatique/

Green Deal : l’Union Européenne fait marche arrière

 

Le Green Deal européen
Le Green Deal européen

La crise économique ramène au réel même les pires idéologues. L’Union Européenne fait marche arrière sur leurs réglementations environnementales : le Green Deal a du plomb dans l’aile.

Le pacte vert, ou Green Deal, pour l’Europe revu à la baisse

Lorsque le président Donald Trump a démantelé la politique climatique américaine l’an dernier, une grande partie du monde occidental l’a critiqué pour son inaction face à ce que l’on appelle communément le changement climatique. Aujourd’hui, l’Europe, le Royaume-Uni et le Canada font marche arrière sur leurs réglementations environnementales.

L’Union Européenne passe de l’illusion au réel : longtemps à l’avant-garde dans l’imposition de règlementations environnementales extrêmement contraignantes et asphyxiantes pour les entreprises et les particuliers, elle doit revoir à la baisse ses plans ambitieux de transition énergétique visant à abandonner les combustibles fossiles. Ses politiques soi-disant vertes dictées par les khmers verts allemands suscitent, sur fond de crise économique sans précédent, des inquiétudes car elles étouffent rapidement l’industrie et font grimper les prix de l’énergie.

Le Pacte vert était un point central pour les technocrates de l’Europe, mais désormais, l’accent est clairement mis sur la sécurité et la compétitivité économique. Le mois dernier, l’UE a donc proposé d’assouplir son système historique de tarification du carbone en maintenant davantage de quotas d’émission sur le marché pendant les 15 prochaines années afin d’atténuer l’impact sur l’industrie. Elle envisage également d’autoriser les constructeurs automobiles à vendre des voitures à essence pendant une période plus longue.

Les entreprises énergétiques se concentrent à nouveau sur le pétrole et le gaz.

Le changement de cap de l’UE paraît timide comparé au recul drastique des politiques environnementales américaines opéré par l’administration Trump, mais il démontre que les objectifs ambitieux du continent ont mis à l’épreuve les limites du possible sur le plan économique.

A la base de ces changements de direction, la réticence, comme cela est visible en Italie, des pays développés à assumer le coût des mesures visant à réduire l’utilisation des combustibles fossiles.

Le Royaume-Uni semble prêt à autoriser de nouvelles productions pétrolières en mer du Nord, après avoir interdit les forages exploratoires l’an dernier, et revoit ses objectifs de vente de véhicules électriques. Même outre-Atlantique, le Canada, pendant idéologue de l’UE, a aboli une taxe carbone impopulaire et soutient le développement de nouvelles infrastructures pétrolières et gazières.

Les compagnies pétrolières européennes qui promouvaient autrefois des objectifs en matière d’énergies renouvelables, notamment Shell, British Petroleum et le norvégien Equinor, ont ainsi revu leurs programmes, se concentrant désormais sur le pétrole et le gaz, plus rentables.

Le dogme vert, réglementaire et rigide, de l’UE s’effondre

L’Allemagne, première économie européenne, a vu sa croissance stagner, tandis que les ménages et les entreprises font face à des factures d’électricité parmi les plus élevées au monde. Face à un mécontentement croissant, les autorités ont réduit les taxes et les redevances servant à subventionner les énergies renouvelables. Les législateurs ont également abrogé une disposition controversée qui aurait obligé la plupart des Allemands à installer des systèmes de chauffage coûteux à énergie renouvelable, préférant leur permettre de continuer à brûler du fioul et du gaz.

La hausse des coûts des politiques vertes de l’UE a porté un coup dur. Auparavant, ces mesures étaient présentées comme une nouvelle stratégie de croissance susceptible de stimuler l’innovation et de créer de nouvelles entreprises et de nouveaux marchés. Or, leurs effets néfastes sont désormais manifestes.

La transition écologique imprimée par Bruxelles entrainait une transition économique suicidaire pour les industries et le tissu productif. Le dogme vert, réglementaire et rigide, craque face au réel !

Francesca de Villasmundo

https://www.medias-presse.info/green-deal-ue-lunion-europeenne-fait-marche-arriere/248991/

La Révolution commence-t-elle en 1786 ?, avec Jean-Christian Petitfils

 


mardi 25 août 2026

La France se réchauffe plus vite que le reste de la planète ! Vous y croyez ?

 

Lors de l’épisode caniculaire de juin 2026, ceux qui regardent encore la télé ont pu constater que la France était une fournaise à plus de 40°C, au milieu d’un océan de fraîcheur relative, autour de 30°C et moins dans les pays limitrophes. Les calories surnuméraires accablant l’hexagone s’arrêtent à la frontière comme les radiations de Tchernobyl !

Les pyromanes peuvent dire « merci Macron ! »

Omerta sur l’aveuglement du pouvoir lors des méga-incendies de l’été 2026. Des écolos avaient échangé des voix, des places et des alliances avec la droite honteuse et la gauche crapuleuse afin de faire promulguer un code de l’environnement irresponsable, paralysant le travail des pompiers.

Quand le Code forestier préconise le broyage de la végétation basse, le Code de l’environnement interdit de détruire ou de perturber l’habitat des animaux sauvages. Quand la loi exige un débroussaillement avant l’été, les écolos interdisent les coupes et élagages de printemps créant des zones pare-feu.

Quand le Code forestier exige un espacement minimum des arbres, leur élagage bas et l’élimination du bois mort très combustible, le code de l’environnement les contraint à n’en rien faire. Et quand le Code forestier dispose que l’obligation légale de débroussaillement est prioritaire et dispense le propriétaire des forêts d’un permis de coupe, le Code de l’environnement impose une autorisation préalable, soumise à une évaluation du milieu naturel. Et l’État, malgré des alertes, a laissé s’installer une réglementation surréaliste donnant la priorité au Code de l’environnement sur le Code forestier.

Une ministre qui prédit l’avenir

Avec une prescience remarquable, la ministresse de l’écologie Pannier-Runacher affirmait déjà après l’été 2025 : « Il faut s’adapter au réchauffement climatique. Un enfant qui naît aujourd’hui en France, dans un pays qui se réchauffe plus vite que le reste de la planète, n’a pas de chance, c’est géographique, il vivra dans un monde à + 4 degrés quand il aura 75 ans, en 2100. »

Personne n’avait expliqué à cette brillante énarque qu’un dôme de chaleur est un phénomène contingent qui disparaît en même temps que s’effondre l’anticyclone qui l’a provoqué. Toutes les zones de la terre peuvent être touchées. Et l’ont été à diverses époques. L’analyse des isotopes d’oxygène retenus dans les glaciers, la cyclo-stratigraphie des sédiments marins carbonés et la dendrochronologie (cernes des arbres même fossiles) le confirment. Les écarts extrêmes de plus ou moins longue durée laissent des traces lisibles.

Selon sa bio, Pannier-Runacher aurait aussi le niveau d’ingénieur, mais elle a oublié les lois de la thermodynamique.

Pensez à vos cours de physique de seconde, avec le grand principe trouvé par Sadi Carnot en 1824 : Tout est affaire d’échanges. La chaleur va réchauffer le froid, le froid va refroidir le chaud. Les jet-streams en altitude et les courants marins jouent le rôle de thermostat planétaire.

La ministre a adopté sans réfléchir les extravagances des écolo-réchauffistes-catastrophistes. Qu’on ne peut plus qualifier de mensonges climatiques, tellement elle sont hénaurmes ! On peut voir dans leur répétition des crises d’agitation avec logorrhée agressive, et des troubles paniques avec perte de contrôle et comportements délirants. Des pathologies qui relèvent de la psychiatrie. D’ailleurs y a-t-il encore beaucoup d’écolos herbivores qui n’aient pas le cerveau endommagé à force de fumer de l’herbe ? Sans parler de la snifette commune chez ceux issus de la bonne bourgeoisie progressiste ?

Il y a une canicule en ce moment en France ? Comme il y en a toujours eu en été. Qu’à cela ne tienne, c’est parce que la France se réchauffe plus vite que le reste du globe !

Avec ses 550.000 km2 de superficie, contre 510 millions pour l’ensemble de notre sphère vagabonde, terres et mers inclus, soit un ratio de l’ordre de 1 ‰ (un pour mille) la France ne caracole pas en tête des zones sinistrées. La planète a moins perdu la boule que nos dirigeants.

Sentant leurs égéries en difficulté sur les réseaux sociaux où des malotrus sans pitié raillent leurs élucubrations, les petits soldats du GIEC ont rappliqué. Universitaires moisis dans des placards dorés, chercheurs qui n’ont jamais rien trouvé d’autre que des planques et des subventions, perroquets bafouilleurs des médias, doctorants à vie et parasites professionnels à la ramasse. Dans ce monde-là, on a toujours une promotion en attente, une mutation espérée, une affectation convoitée, quelques subsides attendus. Et même si on n’escompte rien de précis, on fayote. Ça peut toujours servir.

En 2025, un certain Aurélien Ribes, employé à Météo France présenté par des médias audiovisuels comme un savant éminent, tenait des propos dignes d’un comique du one man show qui aurait abusé du carafon ou du pétard : « Le réchauffement plus rapide de la France tient au fait qu’elle n’est pas un océan mais un continent (à elle toute seule ? Et pourquoi pas aussi une lune de Saturne ?) et que les continents chauffent plus vite que les océans. »

Une généralisation abusive. Tout dépend de l’hémisphère, de la saison et des adaptations atmosphériques à la latitude et l’altitude (au Kilimandjaro il y a des neiges sous l’équateur), des perturbations cosmiques liées aux flux solaires… Ainsi que de l’honnêteté des gens qui font les relevés pour le compte du GIEC ou des services météo du gouvernement.

Les sottises de la ministre ont attiré l’attention sur sa modeste personne, et comme chez la plupart des macronards, sa vie édifiante mériterait un tome de Balzac s’il vivait encore.

A priori, elle fait bonne impression. Elle a l’air pimpante, propre de sa personne. Ses tenues sont soignées. Son parler châtié, bien qu’approximatif, ne se confond pas avec des gargouillis de pipelette. Son haleine n’est pas parfumée à l’ail, au roquefort et au Ricard espagnol (dixit Manu depuis qu’il est allé s’encanailler dans un troquet de routiers velus).

Ses compétences sont multiples et variées. Passer de l’agriculture aux finances, puis de l’énergie à l’écologie, avec un détour par le réchauffisme alors qu’elle bossait avant pour le gros pollueur Engie, fallait oser. Mais ces gens-là ne doutent de rien. Leurs vestes ont des doublures superposées, toutes retournables.

Personne ne lui demandera les résultats qu’elle a obtenus dans ses missions de « reconquête industrielle » et de « lutte contre les conflits d’intérêts », tâches dont elle avait été chargée. Les médias appliquent l’omerta. Et les râleurs font vite connaissance avec les LBD et les matraques des mercenaires du système avant de goûter aux marteaux des juges.

On notera qu’il n’y avait jamais eu avant Macron autant de ministres hauts fonctionnaires pantoufleurs, émanations de la grande bourgeoisie et de la haute finance, propulsés sur le devant de la scène politique sans avoir jamais été élus auparavant. Avec des doublures issues de cabinets lobbyistes, experts en conseils dispendieux qui n’engagent à rien. Des contrefaçons de démocratie fabriquées en série. Sans structure. Sans culture. Sans envergure.

Christian Navis

Extrait de mes Archives climato-sceptiques

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Kaliningrad, l’exclave de tous les dangers

 

Kaliningrad, l’exclave de tous les dangers

D’Antoine de Lacoste dans la Nouvelle Revue d’Histoire :

Le 17 juillet 2025, le général américain Chris Donahue a remis l’exclave de Kaliningrad au goût du jour. Au cours d’une conférence sur la stratégie terrestre européenne qui se tenait à Wiesbaden, en Allemagne, il a déclaré : « Avec les moyens avancés de l’OTAN, nous pouvons détruire cette région depuis le sol, plus vite que jamais. » Les Russes ont évidemment réagi et rappelé que Kaliningrad, c’est la Russie et que toute attaque contre cette région serait considérée comme une agression directe contre la Russie elle-même.

Cette menace américaine n’est pas brandie par n’importe qui : Chris Donahue commande les forces américaines en Europe et il est également commandant des forces terrestres de l’OTAN. L’avertissement est donc à prendre au sérieux, et a d’ailleurs été plusieurs fois renouvelé depuis, par différentes voix otanesques.

Cette tension autour de l’exclave de Kaliningrad, n’est pas nouvelle. Elle est en réalité inhérente à son existence même.

Kaliningrad est l’ancien Königsberg, un territoire de la Prusse-Orientale du nord. C’est à la Conférence de Postdam (17 juillet-2 août 1945) que les alliés ont réglé le partage de la Prusse-Orientale : le nord fut attribué à l’URSS et le sud à la Pologne. Staline tenait beaucoup à Königsberg, seul port situé sur la Mer Baltique libre de glace toute l’année. Sa prise par l’Armée rouge avait d’ailleurs donné lieu à de furieux combats qui avaient duré plus de trois mois.

Königsberg était une vieille ville allemande fondée par les chevaliers teutoniques en 1255 au moment des croisades contre les Prussiens et les Baltes païens. Son nom signifie « Montagne du Roi » en Allemand afin de rendre hommage à Ottokar II de Bohême qui avait combattu aux côtés des Teutoniques.

Elle fut très belle, abritait des universités de haut niveau et Kant en fut un des habitants emblématiques. Il ne reste plus grand-chose de son patrimoine historique en raison des bombardements de la seconde guerre mondiale. Ce ne sont d’ailleurs pas les Soviétiques qui en furent les responsables mais les Anglais qui détruisirent à peu près tous les quartiers médiévaux au cours d’un bombardement aveugle et inutile en août 1944. Une bonne vieille marque de fabrique anglo-saxonne.

Quand les Soviétiques s’installèrent, ils chassèrent brutalement les 300 000 Allemands qui s’y trouvaient depuis des siècles. Staline en fit une grande base militaire et la baptisa (si l’on ose dire) Kaliningrad, en hommage à Mikhaïl Kalinine, chef du Soviet suprême qui venait de décéder. Dès lors, l’exclave fut un endroit secret, interdit aux étrangers. Le port était stratégique et c’est là que l’URSS puis la Russie concentrèrent la partie la plus moderne de leur flotte.

Lors de la chute du communisme en 1991, Kaliningrad fit comme le reste de la Russie : elle s’effondra. Pauvreté, corruption, chômage, rien ne manqua. Même la flotte n’était plus entretenue. Boris Eltsine décida d’en faire une zone franche afin d’attirer des investissements étrangers. Les Allemands, on s’en doute, furent intéressés. On vit même d’anciens habitants expulsés, ou leurs enfants, revenir voir leurs maisons familiales ou leurs châteaux en ruine pour les descendants de hobereaux prussiens.

L’Allemagne tenta alors d’aller plus loin et favorisa, dans l’anarchie de l’époque, l’installation des fameux Allemands de la Volga que Catherine II avait fait venir et que Staline déporta en Asie centrale, notamment au Kazakhstan. Après l’indépendance des pays d’Asie centrale, ils y furent maltraités et durent partir. Pourquoi pas à Kaliningrad afin de préparer une future autonomie favorisée par une présence allemande importante ?

L’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine mit fin à cette tentative de recolonisation. Depuis, l’exclave de 15 000 km2 et un million d’habitants dont 80% de Russes est redevenue stratégique. Coincée entre la Lituanie, dont la frontière est l’emblématique fleuve Niemen (non loin de Tilsit, Eylau et Friedland), et la Pologne au sud, Kaliningrad est régulièrement menacée. La Russie ne la lâchera jamais : il y a la flotte, 30 000 soldats et des ogives nucléaires.

Le général Donahue le sait bien mais menacer la Russie tout en l’accusant d’être une menace est une stratégie de communication qui fonctionne très bien en Europe.

https://lesalonbeige.fr/kaliningrad-lexclave-de-tous-les-dangers/

lundi 24 août 2026

Le wargame : quand la guerre peut devenir (aussi) un jeu

 

War game

Avant de faire la guerre, pourquoi ne pas commencer par la jouer ? Né il y a deux siècles en Prusse, le « wargame » connaît un spectaculaire retour en grâce dans les armées occidentales. Cartes, pions, règles et arbitres permettent désormais de simuler aussi bien une bataille que les réactions de Moscou, Pékin ou Téhéran. Devenu outil de formation, d’anticipation et de réflexion stratégique, le « wargame » promet d’éprouver aujourd’hui les guerres de demain. À condition de ne jamais oublier qu’un jeu de simulation n’est pas un champ de bataille. Par Paul Durrand.

À la suite du numéro de Krisis de mars 2026 consacré aux Jeu(x), il paraissait intéressant d’en compléter la lecture par quelques lignes sur une thématique ludique assez peu connue du grand public. Pratiqué à titre de loisir par quelques joueurs de plus en plus grisonnants, souvent anglo-saxons, utilisé comme outil de réflexion et de formation, le jeu de guerre, ou wargame, selon la dénomination la plus courante, est redevenu depuis une grosse décennie un thème à la mode dans les armées.

Le rôle des armées est de faire la guerre, et de préférence de la gagner. Pour ce faire, il leur est nécessaire de se préparer et d’envisager le maximum d’hypothèses de conduite des conflits, ou tout du moins de réfléchir à des actions, éventuellement d’en anticiper les effets et de les corriger, pour être prêt au bon moment.

C’est dans ce cadre que les armées occidentales principalement ont donc repris de manière plus systématique l’usage du wargame (jeu de guerre en anglais) ces vingt dernières années et de manière peu surprenante à l’initiative des Américains. Quelle armée n’a pas encore son wargame pour simuler les conflits ou les interactions entre États ?

De la Prusse aux États-Unis

Les conflits de ces vingt dernières années (Irak, Afghanistan, Syrie, Libye, Sahel, Arménie, Ukraine, Iran…) ont aussi été l’occasion de revoir des certitudes et de réfléchir à de nouveaux modes de préparation, tant lesdites certitudes ont explosé. Et rien de tels que ces nouveaux outils pour se confronter à de nouvelles méthodes de réflexion.

C’est donc dans ce cadre que le wargame et la pratique du wargaming se sont peu à peu imposés dans les armées. Si la littérature en la matière reste encore limitée, elle se développe de manière significative. C’est aussi dans ce contexte que les armées françaises se sont mobilisées pour développer l’usage du wargame, d’abord à la faveur d’initiatives individuelles, avant que la pratique ne s’institutionnalise véritablement (cf. la bibliographie sommaire en langue française en bas de l’article).

Rien que le terme de wargame (ou le wargaming, c’est-à-dire le fait de pratiquer le wargame) rappelle l’importance de la culture anglo-saxonne dans cette pratique pourtant née sur le continent européen il y a maintenant un peu plus de deux cents ans, en Prusse, avec les Reisswitz père et fils1, sous le terme de Kriegspiel, comme le rappelle Antoine Bourguilleau dans son histoire du wargame.

Quand les armées jouent à la guerre

Qu’est-ce que le wargaming ? De manière assez sommaire, on peut indiquer qu’il consiste à confronter différents choix, de nature militaire, dans un cadre ludique, avec un ensemble de règles et souvent en présence d’arbitres pour en faciliter la mise en œuvre, le tout dans un cadre contraint de temps, du moins quand le jeu est utilisé à haut-niveau2. Le résultat obtenu par cette confrontation dépend surtout des attendus initiaux et d’un certain nombre de préalables. La pratique autour d’un espace de jeu physique, avec carte en papier, pions représentant des unités, favorise les échanges et les prises de décisions collectives.

Si la pratique du jeu de guerre dans les armées se développe, notamment à la faveur de l’engagement de l’OTAN dans cette démarche, elle suscite comme toute pratique innovante des interrogations sur son utilité et plus largement sur ses effets sur la connaissance de la chose militaire et de la conduite des opérations. Le fait que les armées françaises se penchent sérieusement sur le sujet témoigne d’une volonté forte de dépasser les cadres traditionnels, qui, parfois, trouvent rapidement leurs limites. La guerre en Ukraine a en effet montré que les évolutions des modes d’engagement sont rapides (même si la guerre des drones connaissait déjà ses prémices lors de la confrontation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan en septembre 2020).

Évidemment, le développement de l’usage du wargaming repose sur une large adhésion à la pratique, ou tout au moins de l’ensemble des participants. Or, la « gamification », la pratique du jeu adapté à quasiment tous les usages professionnels, n’est pas nécessairement acceptée partout et par tous. Le cadre militaire, nécessairement soumis à la hiérarchie, réduit les freins individuels sans pour autant les faire disparaître.

Cela étant, comme tout jeu, la pédagogie dans la mise en œuvre est essentielle, quel que soit le niveau des pratiquants. Nombre de militaires ont eu, au cours de leur formation, une pratique minimale du jeu. Ainsi l’utilisation de la « caisse à sable », c’est-à-dire la reproduction d’une action de combat dans le cadre contraint d’une… caisse à sable reproduisant les mouvements de terrain, les arbres, chemins et autres représentations du monde réel, où les joueurs mettent physiquement en pratique leurs actions par le déplacement de figurines, permet de s’initier d’une certaine façon à la pratique du wargame. Le wargame repose sur le même principe, mais sur une carte représentant quelques dizaines, voire quelques centaines de kilomètres, selon l’échelle souhaitée.

La guerre sur un coup de dé

La force du wargame est de pouvoir reproduire l’ensemble des situations pour simuler un conflit, qu’il s’agisse de simples combats, de configurations logistiques, et jusqu’aux relations internationales entre États. Cela suppose néanmoins de disposer des ressources humaines et intellectuelles pour simuler avec le plus de précision possible les différentes hypothèses. Autant dire que se mettre dans la tête de Poutine, de Xi Jinping ou des responsables militaires iraniens n’est pas à la portée du premier venu.

Néanmoins, comme toute simulation, celle-ci comporte de nombreux biais, avec le risque de prendre pour argent comptant les résultats des différents wargames, indépendamment de leur reproductibilité réelle. Comme tout jeu, et d’autant plus lorsqu’il est complexe, chaque variation peut provoquer des résultats non désirés. La pratique du wargaming chez les militaires doit rester un outil au service d’un objectif, d’une réflexion, pas une finalité en soi.

En résumé, le jeu à vocation militaire, vieille pratique européenne plutôt d’outre-Rhin, est redevenue à la mode sous le terme de wargaming à la faveur de son usage et de son développement dans les armées américaines depuis plusieurs décennies, puis, plus largement, dans les armées occidentales. Mais souhaite-t-on vraiment envisager une opération militaire au motif que, lors d’un wargame, la victoire s’est jouée sur un unique coup de dé… ? La question reste posée.

1. Antoine Bourguilleau, Jouer la guerre, Histoire du wargame, Passés/Composés-Ministère des Armées, 2020, pp. 61 et suivantes.

2. Pour une définition rigoureuse et complète, se référer au livre de Thibault Fouillet consacré au wargaming (Wargaming, Un outil de recherche stratégique, L’Harmattan, 2022).

Références pour aller plus loin :

Antoine Bourguilleau, Jouer la guerre, Histoire du wargame, Passés/Composés-Ministère des Armées, 2020.

Thibault Fouillet, Wargaming, Un outil de rechercher stratégique, L’Harmatan, 2022.

Yann Malard, Jeux de guerre. Vers un nouvel essor, Revue de Défense nationale, 2022.

CICDE, Manuel du jeu de guerre, Ministère des Armées, 2023.

Valère Llobet, Théo Claverie, Les Wargames, CF2R, 2023.

IRSEM, Les wargames dans la formation de l’officier, mars 2025.

Revue Stratégique, n° 131-132, « Du wargaming », ISC, 2025.

Inflexions, Jouer, Armée de Terre, 2025.

Patrick Ruestchmann, revue Marché et organisation, « Pratiques ludiques dans les armées françaises à un moment d’évolution de la conflictualité », 2026.

https://www.revue-elements.com/le-wargame-quand-la-guerre-peut-devenir-aussi-un-jeu/