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mardi 18 août 2020

« Les habits élimés du post-colonialisme » par Jean-Gérard Lapacherie

 

Article postcolonialisme

Le post-colonialisme est ce moment qui « vient après le colonialisme », de la même manière que le postcommunisme est ce qui suit la disparition du communisme comme mode d’organisation de pays. Pourtant, la seule « postériorité » n’épuise pas le sens. Le postmoderne ne désigne pas seulement ce qui vient après le moderne, lequel n’a pas disparu, puisque de nombreux artistes, architectes, écrivains, critiques, hommes politiques, etc. s’en réclament toujours. Ce n’est pas non plus de l’antimoderne ; c’est plutôt un abandon de la téléologie qui sous-tend le grand « récit » de l’art moderne. A Montpellier, l’architecte du quartier Antigone a emprunté des éléments décoratifs à l’architecture classique et néoclassique, laquelle est tenue depuis près d’un siècle pour close ou « ringarde » et inadaptée au monde « moderne ». De la même manière, le post-colonialisme est aussi une négation de l’aire de civilisation ou culturelle d’où le colonialisme a ou aurait émergé, à savoir ce que l’on nomme l’Occident. Au XVIIIe siècle, on aurait dit du mot post-colonialisme qu’il est propre au vocabulaire de l’école. Or le post-colonialisme, ce sont aussi des romans ou des récits, de l’art, de la peinture, de la musique, de la poésie, des écrivains et des écrivaines, Ananda Devi, Nurudin Farah, Edouard Glissant, Chantal Spitz, pour ne citer que ceux-là, en un mot : des « écritures » (1).

Pour analyser ce qu’est le post-colonialisme, on ne peut s’en tenir aux déclarations de ceux qui diffusent ces théories, idées, thèses ou en étudient les « écritures », un abîme pouvant séparer les intentions affichées des réalités théoriques ou créatrices. Dans le cas du post-colonialisme, le dévoilement critique est facilité par l’existence dans les années 1960-1970 d’une première mouture, assez proche de l’avatar qui fait l’objet de cet article. En effet, rien de ce que le post-colonialisme met en branle, pensée critique, idées et idéologie, textes et commentaires, œuvres, poèmes, romans, tableaux, etc. n’est inédit. Il avait une réalité, il y a un demi-siècle environ, chez des intellectuels et écrivains dits afro-asiatiques, dont la tribune a été pendant une dizaine d’années, de la fin des années 1960 à 1975, la revue Lotus, qui a publié chaque trimestre une livraison dans trois langues, anglais, arabe, français, chaque texte ou article ayant été traduit au moins deux fois, de l’arabe en anglais et en français ou vice-versa (2). Non seulement cette revue vient après le colonialisme, mais elle en est la négation militante, non pas la négation de la réalité historique du colonialisme, ce qui ruinerait sa raison d’être, toute post qu’elle est, mais une négation des valeurs dont le colonialisme est affublé. Ainsi, les objectifs sont « libérer la culture afro-asiatique des entraves du colonialisme et du néo-colonialisme », « contribuer à éclairer le chemin de la lutte menée par les peuples afro-asiatiques pour la liberté, le progrès et la paix », « combattre les diverses formes des activités culturelles impérialistes, réactionnaires et racistes qui compromettent les valeurs humaines de la culture » (3). Le champ des actuelles postcolonial studies recouvre à peu près celui de l’ancien afro-asiatisme, Afrique, Australie, Bangladesh, Canada, Caraïbes, Inde, Malaisie, Malte, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Singapour, îles du Sud Pacifique, Sri Lanka, pays ou continents dont « les formes de vie culturelle » ont été « perturbées, infléchies, modifiées » par « la domination du Centre, quand (celui-ci) ne les pas éradiquées », si bien que « les littératures, nées de ces transformations (pour certaines d’ailleurs bien avant la décolonisation proprement dite), constituent un idéal laboratoire d’observation de ce devenir postcolonial dans la mesure où elles mettent généralement en cause l’impérialisme même qui les a suscitées » (4). Le Centre, à la fois dominant et dominateur, correspond aux anciennes puissances coloniales et la périphérie, évidemment dominée, correspond, à une ou deux exceptions près, aux pays afro-asiatiques de la revue Lotus.

L’ancien afro-asiatisme annonce le moderne post-colonialisme. Le n° 23, publié en janvier 1975, de Lotus comprend une « note de l’éditeur », un éditorial signé Youssef el Sebai, rédacteur en chef, des études portant sur « la littérature africaine sous l’apartheid » (La Guma), sur « l’immortalité de Ch’u Yuan » (Fedorenko, URSS), sur « l’humanisme de Nehru » (Mulk Raj Anand, Inde), sur « les traits de l’Algérie dans la poésie révolutionnaire » (Docteur Saleh Kharfi, Algérie), sur « la verrerie d’Orient », des analyses « des problèmes de l’expression et de la communication poétique dans la société arabe » (Adonis, poète libanais), cinq nouvelles, dont les auteurs sont du Nigéria, d’Afrique du Sud, de Turquie, de Palestine, d’Egypte, huit poèmes écrits par des citoyens d’Angola, d’Inde, des Philippines, de Syrie, d’Egypte, une pièce de théâtre en un acte d’un auteur de Gambie, des commentaires d’un Japonais sur les études publiées dans Lotus (n° 11 à 14) et d’un Indien sur les poèmes publiés dans les mêmes livraisons de Lotus (5). En 1973, Lotus publie, sous le titre Nouvelles Afro-asiatiques, une anthologie en deux tomes, de 345 et 500 pages, de nouvelles inédites, publiée au Caire en anglais, arabe et français. Les objectifs répètent ceux de la revue (6) : « promouvoir les forces créatrices littéraires et critiques en Asie et en Afrique et publier les créations littéraires dans ce domaine sur la plus vaste échelle possible ; et participer au mouvement de libération des peuples afro-asiatiques sur les plans culturel, politique, social et de la civilisation » (7), « affirmer, et à juste titre, que la littérature afro-asiatique est devenue une réalité tangible, ayant une entité et des caractères spécifiques au milieu des forces, des courants et tendances de l’étape contemporaine dans l’histoire de la littérature mondiale » (8). Les œuvres sont conformes au projet initial, exposé lors de la Conférence de Tachkent en 1958 : « Le caractère essentiel de la littérature afro-asiatique – dans sa diversité et sa multiplicité – est sa qualité de littérature militante. C’est une littérature conditionnée par la lutte des peuples de nos deux grands Continents, l’Afrique et l’Asie. Cette littérature est influencée par la lutte, d’une part, et influe sur la lutte, de l’autre. Elle porte dans ses plis les traces profondes d’un patrimoine afro-asiatique riche et généreux » (9). Les germes du post-colonialisme sont dans l’afro-asiatisme. Celui-là reprend, dans un vocabulaire tantôt semblable, tantôt différent, les principales propositions théoriques de celui-ci.

Afro-asiatisme et post-colonialisme présentent de nombreuses ressemblances, en dépit des trois ou quatre décennies qui les séparent. Il est trop tôt pour porter un jugement équilibré sur les écritures postcoloniales. En revanche, pour ce qui est de la littérature afro-asiatique, le temps a fait son œuvre. Les œuvres publiées dans la revue Lotus ou dans les deux tomes de l’anthologie relèvent de la littérature alignée ou de la pensée grise, celle des organes dépendants d’une superpuissance ou des institutions placées sous la coupe d’une idéologie. Dans le n° 20 d’avril 1974, la revue Lotus rend à l’écrivain égyptien Taha Hussein un hommage, justifié non pas par ses engagements politiques ou idéologiques, Taha Hussein étant un écrivain de l’ancien régime d’Egypte, auquel a mis fin le coup d’Etat de juillet 1952, mais par la carrière exceptionnelle de cet enfant aveugle condamné par son handicap à réciter le Coran et qui échappe à ce destin en quittant Al Azhar pour s’inscrire à l’Université Fouad du Caire, qui venait d’être créée sur le modèle des universités d’Europe et où il apprend les langues anciennes, le positivisme critique, l’histoire, la langue et la littérature française. L’hommage est intitulé « Dr Taha Hussein (10) d’Egypte et la lutte pour la libération », la « lutte pour la libération » qui justifie ce titre étant la guerre d’octobre 1973, grâce à laquelle l’Egypte a recouvré sa souveraineté sur le Sinaï. Le voici : « Dans cette atmosphère d’orage, alors que nous tournons nos cœurs, nos esprits, nos âmes vers nos bienveillants héros sur le Front, qui écrivent avec leur sang un chapitre nouveau et honorable de notre glorieuse histoire arabe…, mourut notre maître, le Dr Taha Hussein, au matin du dimanche 28 octobre 1973 » (11). Dans ce cadre, (Taha Hussein) « était – que Dieu (comprendre Allah) ait son âme – l’une des sommités de la pensée humaine. Une personnalité supérieure dans le domaine de la littérature et de l’art. Et l’un des miracles du génie humain » (12). Les superlatifs transforment cet hommage ridicule en un enterrement de première classe.

Une des nouvelles du tome II de l’anthologie, intitulée Leilet el Qadr, a pour auteur Nicolas Tikhonov (1896-1973), « un des fondateurs de la littérature soviétique, ancien soldat de deux grandes guerres et de la guerre civile, il a obtenu la plus haute décoration de son pays : Héros du Travail Socialiste et deux prix lui ont été décernés : le Prix International Lénine pour la Paix et un prix Lénine pour son livre Six colonnes » (13). Dans les années 1930, à Beyrouth, un professeur, membre d’une délégation soviétique, donne une conférence en arabe : « Le public apprenait avec plaisir que l’étude l’arabe était très répandue en URSS et que des spécialistes y avaient même réuni des documents ignorés des chercheurs arabes (…) La plupart des choses qu’exposait le professeur étaient nouvelles pour son auditoire… La majorité des spécialistes (…) admirent qu’ils n’avaient aucune idée du travail considérable accompli dans le domaine des études arabes par les orientalistes soviétiques (…) Le grand savant parlait à ses auditeurs arabes dans leur propre langue et leur disait des choses concernant leur propre histoire, leur monde spirituel, et qu’ils ignoraient jusque là (…) Ils furent heureux d’apprendre que les poètes en URSS étaient libres d’évoquer l’amour, la beauté ou n’importe quoi, dans le style de leur choix, ou de décrire en vers les paysages les plus fantastiques, les plus compliqués ou les plus classiques »… Alors, Tikhonov, qui faisait partie de cette délégation, récite en russe un poème qu’il a intitulé « Leilet el Qadr » (14). Le professeur traduit ce poème en arabe et chacun des auditeurs est persuadé qu’il a été écrit par un Arabe. Tikhonov s’explique en ces termes : « Je voulais simplement dire que les Arabes devaient prendre les armes et lutter pour leur libération. Toutes les nations doivent fraterniser et se montrer égales dans la grandeur de leurs réalisations ». Cette « littérature » est de la pure propagande. L’orientalisme russe s’est développé sous l’empire (colonial) tsariste. L’URSS qui continue l’empire tsariste a constitué un immense glacis à ses frontières méridionales, dans ces « républiques » où, justement, ont eu lieu les Conférences des écrivains afro-asiatiques, Tachkent et Alma-Ata, sans que cet impérialisme-là suscite la moindre réprobation de la part des écrivains afro-asiatiques, alors que, pour Sultan Galiev, un intellectuel tatar, l’URSS, à peine fondée, ne connaît pas de lutte des classes, mais une lutte des nations : « la différence fondamentale et irréductible est entre un Occident, où les opprimés constituent une classe, le prolétariat, et un Orient où les opprimés sont des nations, tout entières prolétaires, puisque subissant l’oppression » (15).

L’afro-asiatisme est sans doute anti- et même postcolonial, mais il n’a aucune autonomie, que ce soit dans la pensée ou dans les actions, car il est d’abord une fiction ou un leurre. Pendant près de dix ans, jusqu’au milieu des années 1970, Lotus a publié dans 23 numéros (au moins) des œuvres courtes (poèmes, nouvelles, études, pièces de théâtre en un acte, contes) illustrées de dessins ou de photos, dont quelques-unes en couleurs, et signées de plusieurs centaines d’écrivains et intellectuels originaires d’Afrique et d’Asie, mais tout afro-asiatique qu’elle ait été, elle n’a été fabriquée ni en Asie, ni en Afrique, mais à Berlin, au cœur même de l’Europe honnie, en Allemagne, mais « de l’Est », feue la RDA, par DEWAG Verlag « avec l’autorisation du Comité de solidarité de la RDA » et « au nom de l’Association des écrivains afro-asiatiques ». C’était le lieu idoine pour fabriquer à intervalles réguliers quatre numéros par an (en fait douze, si l’on tient compte des trois éditions dans les langues des écrivains afro-asiatiques) d’assez bonne qualité pour ce qui est de l’impression (typographie lisible et sans coquilles, couverture en couleurs développant un thème culturel : pagode, dragon, verre de lampe de mosquée couvert d’inscriptions islamiques, coupe en verre poli, sac de cuir orné) et à un prix relativement bas (abonnement annuel : 8 $, y compris les frais de port), et d’en assurer la diffusion dans le monde. Ces avantages ont été payés « idéologiquement » par un alignement de la revue sur la politique étrangère de l’URSS. Le Bureau permanent est le « corps exécutif des conférences de l’Association des écrivains afro-asiatiques », qui s’inscrivent dans la ligne tracée à Bandung (Indonésie), où, en 1955, s’est tenue une Conférence réunissant 29 pays afro-asiatiques, dont l’Egypte, l’Inde et l’Indonésie, et dans celle de l’OSPAA ou Organisation de Solidarité des Peuples Afro-Asiatiques, créée en 1957 au Caire, à l’initiative de Nasser, après l’expédition de Suez. Cette association d’écrivains est l’organe idéologique d’un ensemble géopolitique.

Assez vite, les intérêts du bloc géopolitique auquel l’afro-asiatisme s’est agrégé priment sur l’afro-asiatisme lui-même, comme le montre la volonté d’inclure dans le mouvement des écrivains et idéologues qui ne sont ni d’Afrique, ni d’Asie. En 1973, ont participé aux travaux de la Ve conférence, à Alma Ata , capitale de la République Socialiste Soviétique du Kazakhstan (URSS), plus de 500 écrivains et intellectuels, dont certains étaient « originaires » de « l’Europe Socialiste, de l’Europe occidentale, d’Amérique latine et des Etats-Unis d’Amérique ». Cette volonté d’élargir l’afro-asiatisme s’exprime dans le n° 20 de Lotus (avril-juin 1974) où est publiée une « nouvelle de l’Australie », de trois pages environ, signée d’un conteur dénommé Vallon, au sujet duquel il est précisé dans une courte notice que « ses ouvrages reflètent son amour de la nature et se caractérisent par leur originalité et leur nouveauté de style » (16). C’est un effet de la concurrence féroce qui a opposé, dans les années 1970, les Soviétiques et les Chinois. Dans le n° 23, l’étude d’un orientaliste soviétique, Nicolai Fedorenko, « membre correspondant de l’Académie des Sciences de l’URSS », traite de « l’immortalité de Ch’u Yuan » (17), poète ayant vécu au troisième siècle avant l’ère chrétienne et qui a été une des cibles de la Révolution culturelle. Par ce biais, les Soviétiques cherchent à discréditer l’ennemi chinois auprès des intellectuels du « tiers monde », qui, eux, cherchent dans leurs traditions des raisons de lutter contre le colonialisme.

La lutte contre l’Occident n’a pas empêché l’afro-asiatisme de se contempler, pour s’y définir, dans le miroir de l’Occident, le « Bureau permanent » n’hésitant pas à reprendre à son compte les fantasmes de la supériorité intrinsèque de telle ou telle culture sur telle ou telle autre : « ces peuples (…) ont été les premiers à apprendre à l’humanité entière l’abc de la civilisation, peuples qui se sont élancés, avec l’humanité, vers les plus hauts sommets de la culture, puis ont subi pendant de longues périodes l’oppression coloniale et se sont arriérés. Mais enfin ces peuples opprimés ont entrepris une révolution profonde qui les a entraînés vers l’ère de l’essor et de la liberté. Elle (la révolution sans doute) a remis entre leurs mains leurs propres destinées et a puisé dans leur riche patrimoine culturel sa foi profonde en les valeurs humaines, et les principes de la liberté, de la justice, de la fraternité et de la paix » (18). Cette supériorité fantasmée est justement celle dont l’Occident est accusé de se prévaloir, comme si, pour exister, les écrivains afro-asiatiques avaient besoin de se déguiser avec les oripeaux dont ils revêtent l’épouvantail occidental. De ce point de vue, le post-colonialisme actuel n’est pas tout à fait le clone de l’afro-asiatisme des années 1960-70. L’afro-asiatisme est le fait d’écrivains qui ont subi la domination coloniale et qui, après s’en être libérés, sont demeurés en Afrique et en Asie, parmi leurs peuples respectifs, dont ils se sentent, non sans fierté, l’élite ou l’avant-garde. A l’opposé, le post-colonialisme est le fait de ressortissants de pays qui furent, il y a un demi-siècle ou plus, des colonies de pays européens. Pour la plupart d’entre eux, ils sont trop jeunes pour avoir connu l’humiliation coloniale. De plus, ils ne vivent plus parmi les leurs, mais ils se sont établis aux Etats-Unis ou dans divers pays d’Europe, exerçant dans les universités les plus prestigieuses, où ils font ou ont fait de belles carrières. Ce sont, pour les plus connus, Edward Saïd, Gayatri Chakravorty Spivak, Homi Bhabba.

L’afro-asiatisme est marxiste-léniniste : « La littérature afro-asiatique qui se signale par des caractéristiques particulières dues aux conditions de notre époque, et à celles de l’histoire, d’une civilisation et d’une société dont l’expérience a été vécue par les peuples afro-asiatiques d’une manière presque identique, et dont les luttes ont été communes » (19). Les « conditions de (cette) époque(-là) », l’universalité des luttes, les conditions matérielles, l’ancrage dans une « civilisation » et une « société », tout cela fleure bon les références obligées à la dogmatique marxiste-léniniste, dogmatique qui semble être de surface ou de façade, puisque le matérialisme affiché se dilue très rapidement dans un salmigondis vaguement religieux (la « communion des hommes ») : « Dans sa diversité et sa complexité, la littérature afro-asiatique tend vers la communion des hommes dans son sens le plus profond » (20).

La pensée postcoloniale ne sourd pas du marxisme, sinon dans les marges, mais de Derrida, sinon de son œuvre, du moins des lectures qui en ont été faites dans les universités d’Outre-Atlantique dans les années 1980. Le post-colonialisme applique aux réalités dites colonialistes, c’est-à-dire, ne nous leurrons pas, occidentales, les méthodes, le raisonnement, les concepts, etc. grâce auxquels Derrida a déconstruit dans un premier temps le phonocentrisme (la voix, l’oral, les sons sont consubstantiels à la langue), supposé propre aux sciences du langage en Occident ; puis, dans un deuxième temps, le logocentrisme (le logos, le discours, le verbe créateur sont à l’origine de tout savoir), supposé propre à la philosophie et à la métaphysique occidentale ; enfin, dans un troisième temps, la littérature, les arts, la pensée, la symbolique, les grandes constructions politiques (le droit, la loi, l’Etat), supposés propres à l’Occident. Le post-colonialisme a remplacé les révérences obligées à l’URSS par des références incessantes à Derrida. Cette fidélité présente, entre autres avantages, celui-ci : jamais Derrida n’a exercé sa fureur de déconstruction sur la grande tradition métaphysique dans laquelle il s’origine. Il aurait pu le faire : c’eût été se détacher de soi, devenir autre, se déterritorialiser, se déraciner, s’extraire de sa lignée, se libérer de ses derniers oripeaux d’homme à préjugés. Il n’a déconstruit que la pensée, le savoir, la science, la connaissance de l’Autre, à savoir, pour lui qui se disait oriental ou même « maghrébin », l’Occident. Pour les militants du post-colonialisme, la déconstruction derridienne, est, objectivement, du pain béni. Elle les dispense de douter, de porter sur eux-mêmes un regard critique ou distancié, de s’interroger sur leurs traditions, de se remettre en question. Il leur suffit de montrer du doigt le coupable pour le clouer au pilori : c’est l’Occident qui, de tous les ensembles politiques sur la terre, serait d’après eux, mais en contradiction avec tous les faits, le seul à avoir colonisé, contre leur gré, en usant de la violence des armes et de la violence symbolique, des peuples innocents, éternelles victimes du Mal. Derrida faisant porter les impasses, les apories, les erreurs, etc. de la pensée, du savoir, de la politique, de l’histoire, etc. sur l’Occident, les tenants du post-colonialisme ont suivi la voie qu’il avait tracée. A l’instar de leur maître à penser, ils font dans la déconstruction, non pas de leur culture ou de leur culture d’origine ou de celle de leurs parents, mais de la culture du pays où ils ont trouvé refuge. Un des introducteurs en France des études postcoloniales, M. Sultan, docteur de l’université de Lille III, expose ainsi son objet d’étude : « étudier le lien (symbolique ou matériel et non fantasmé) qu’entretiennent les ex-colonisés avec leur passé traumatique, vécu comme histoire et/ou mémoire » (21). Le colonialisme qu’ils combattent est mort depuis longtemps et jamais il ne ressuscitera. Quant au colonialisme bien vivant et sans doute dangereux, celui de la Chine, de l’islam, de l’Indonésie, etc. il est exonéré de toute faute. Les tenants du post-colonialisme s’acharnent sur une histoire close. Là, ils ne risquent rien et ils peuvent, en toute bonne conscience, reverser sur les Européens actuels des crimes anciens, dont les Européens actuels sont innocents. Il n’est pas un seul peuple au monde qui, depuis deux millénaires, n’en ait pas colonisé d’autres et il n’est pas une seule zone du monde qui ait échappé au processus de colonisation. Les Etats-Unis d’Amérique sont nés d’une grande lutte contre les colons anglais. Il en va de même de l’Egypte, de l’Algérie, colonisées x fois, ou à l’inverse du Mali qui, avant de devenir une colonie, a été une grande puissance coloniale. L’Indonésie, comme le Mali autrefois, est depuis les années 1960 une puissance coloniale qui s’est emparée de la moitié du territoire des Papous. L’URSS a été jusqu’en 1991 le plus grand empire colonial de toute l’histoire de l’humanité. Le territoire de la Chine actuelle est, pour près de la moitié de la superficie, celui d’un empire de type colonial. Or, ces colonialismes-là, qui sont pourtant bien vivants, ne suscitent aucune protestation de la part des post-colonialistes, comme ils ont laissé de marbre l’afro-asiatisme militant. Il est même des pays colonisés, comme le Tibet, le Turkestan chinois, l’Irian Jaya, qui, en dépit de leur statut de colonies, n’apparaissent pas dans le champ des postcolonial studies. La raison en est claire : pour leur malheur, ces pays n’ont pas été des colonies de l’Occident. S’ils l’avaient été, ils entreraient dans le champ postcolonial.

Jacques Derrida

La rupture après 1973 entre l’Egypte et l’URSS, le basculement antisoviétique de son régime devenu pro-américain, le voyage de Sadate en Israël, la paix entre Israël et l’Egypte, l’assassinat de Youssef El Sebai par un commando palestinien, tout cela a mis fin à l’entreprise de Lotus, du moins dans sa dimension éditoriale et dans l’orientation idéologique qui était la sienne, à savoir prosoviétique. Ce qu’apprend Lotus, c’est que l’URSS a pu faire servir la littérature à l’accroissement de son glacis géopolitique ou à la préservation de ses intérêts immédiats. Rarement au cours de l’histoire, une superpuissance n’a traité avec autant de cynisme, sous des dehors patelins bien sûr, des pays pauvres, d’Afrique, d’Asie et du tiers monde, les enrôlant, sans qu’ils en aient conscience, dans une seule cause : la sienne et la sienne seule. Bien sûr, les conditions historiques ont changé. L’URSS a disparu. Mais le ressentiment qu’elle a attisé pendant des décennies dans le « tiers-monde » est d’autant plus vivace que le carburant marxiste-léniniste qui l’alimentait a disparu. Naguère la haine de l’Occident avait pour objectif de faire revivre des pays qui s’étaient libérés de son emprise ; aujourd’hui, elle est à elle-même son propre carburant.

Notes

(1) Sur la question, cf. Homi Bhabha, The Location of Culture, Routledge, 1994 (en français, Les Lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, Payot, 2007) ; Neil Lazarus (ed), The Cambridge Companion of Postcolonial Literary Studies, Cambridge University Press, 2004 ; J-M Moura, Littératures francophones et théorie postcoloniale, Columbia University Press, 2003 ; Gayatri Spivak, Death of a Discipline, Columbia University Press, 2003. Lire une analyse critique dans J-L Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les post-colonialismes, Stock, 2008.

(2) Lotus, Œuvres afro-asiatiques, Revue du Bureau Permanent des Ecrivains Afro-asiatiques, 104 r Kasr el Aïni, Le Caire ; revue trimestrielle publiée en trois langues par l’Association des Ecrivains Afro-asiatiques, Le Caire.

(3) Cf. Ces objectifs sont rappelés dans les pages 2 et 3 de la couverture de chaque numéro.

(4) Patrick Sultan, « Atelier de théorie littéraire : questionnements postcoloniaux », in Fabula La Recherche en littérature, www.fabula.org.

(5) Lotus, op. cit., n° 23 – 1/75, janvier-mars 1975, Le Caire.

(6) Nouvelles Afro-asiatiques, « série de littérature afro-asiatique » publiée par le Bureau Permanent des Ecrivains Afro-asiatiques, Le Caire, tome I et tome II, août 1973.

(7) Ibid., « note de l’éditeur », tome I, p 5.

(8) Ibid., « note de l’éditeur », tome II, p 5.

(9) Ibid.

(10) Taha Hussein était docteur-ès-lettres de La Sorbonne.

(11) Lotus, op. cit., n° 20, pp 147-48.

(12) Ibid.

(13) Nouvelles Afro-asiatiques, op. cit., tome II, p 497.

(14) « La nuit de la destinée », Coran, sourate 97 : « 1. Nous l’avons certes fait descendre (le Coran) pendant la nuit d’Al-Qadr. 2. Et qui te dira ce qu’est la nuit d’Al-Qadr ? 3. La nuit d’Al-Qadr est meilleure que mille mois. 4. Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l’Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre. 5. Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube ».

(15) Cité par Hélène Carrère d’Encausse, Lénine, Plon, 1998.

(16) Lotus, n° 20, op. cit., p 194.

(17) Lotus, n° 23, op. cit., pp 27 à 33.

(18) Nouvelles afro-asiatiques, tome II, 1973, op. cit., p 5.

(19) Ibid., p 6.

(20) Ibid.

(21) In « Atelier de théorie littéraire », Fabula, op. cit.

https://cerclearistote.com/2014/01/les-habits-elimes-du-post-colonialisme-par-jean-gerard-lapacherie/

jeudi 13 février 2020

Quand les libéraux étaient coloniaux

Peguy sur le pieds de guerre.jpegQuand le président algérien réclame à la France dès excuses pour son passé colonial, les libéraux au pouvoir à Paris ne se sentent pas concernés. Ils renvoient cette page de notre histoire à la droite, au prétexte que l'invasion de l'Algérie eut lieu sous le règne du très réactionnaire Charles X. Ils ont bien tort.
Le superbe travail de Jennifer Pitts, à l'érudition parfaite et au style limpide, ne justifie pas pleinement son titre, The Rise of Impérial Liberalism in Britain and France, car elle concentre les deux tiers de son étude à une poignée d'intellectuels anglais et survole le cas français en s'attardant sur Tocqueville, probablement parce qu'il est le Français de cette époque le mieux connu aux Etats-Unis. Le lecteur français aurait aimé un traitement plus équilibré entre les deux nations et une analyse synthétique plus développée. Il n'empêche que Jennifer Pitts, qui enseigne l'histoire des idées politiques à l'université Princeton, dans le New Jersey, démontre bien que la mise sous tutelle par notre continent d'une grande partie du monde non européen n'aurait probablement pas eu lieu si les intellectuels libéraux du début du XIXe siècle ne l'avaient pas appelée de leurs vœux.
Une sorte de « devoir d’ingérence » avant l’heure
Pourtant, au siècle précédent, Edmund Burke, un de leurs maîtres à penser, combattait les idéaux universalistes de la Révolution française et critiquait la prétention de ses compatriotes à croire la civilisation européenne supérieure aux autres.
Burke l'Irlandais, comme Adam Smith l'Ecossais, démontraient sans peine que le gouvernement par Londres, Paris ou Madrid de sociétés étrangères ne pouvait que générer l'injustice et l'oppression des populations locales, qu'elles soient irlandaises, africaines ou indiennes.
Quelques années plus tard, Benjamin Constant fustigera à son tour la tentation impérialiste des grandes puissances car elle conduisait à la négation des droits individuels des populations colonisées : justifier l'oppression au nom de la propagation nécessaire de valeurs universelles n'était à ses yeux que pure hypocrisie. C'est la génération suivante d'intellectuels libéraux qui abandonnera ces positions et défendra l'impérialisme au nom de la mission civilisatrice des nations européennes. Leur argumentation ne sera pas très différente de celle des néoconservateurs américains qui ont planifié l'invasion de l'Irak pour propager la démocratie.
Plusieurs facteurs ont contribué à leur revirement. A commencer par l'évolution technique des sociétés européennes, qui les a distinguées en peu de temps du reste du monde, Quand Marco Polo découvre la Chine au XIIIe siècle, il est émerveillé par ce qu'il voit. L'Empire du Milieu lui apparaît comme infiniment supérieur à l'Europe. Cinq siècles plus tard, quand l'ambassadeur lord McCartney arrive en Chine en 1793, il trouve une société au niveau de développement scientifique et social comparable à la sienne.
Vingt ans plus tard, l'Européen arrivant à Pékin est porteur d'une civilisation inédite, celle des machines, et il propage une religion nouvelle, celle du progrès. L'admiration des premiers voyageurs européens pour les sociétés qu'ils rencontraient a fait place à l'arrogance et au mépris.
Le rôle majeur do John Stuart Millet de Tocqueville
Ces sentiments nouveaux expliquent en partie l'évolution d'hommes comme John Stuart Mill et Alexis de Tocqueville qui vont jouer un rôle majeur dans le revirement des intellectuels et de l'opinion publique au sujet de la colonisation des peuples non européens.
Le premier plaide en faveur du droit légitime du « monde civilisé » à décider du sort des sociétés dites arriérées. Le second se fait un ardent avocat des thèses impérialistes, notamment en soutenant l'invasion et l'occupation de l'Algérie pour renforcer la cohésion sociale de la métropole et pour consolider le rang international de la France, même au prix d'une politique brutale et injuste à l'égard des Algériens.
Le blanc-seing des intellectuels libéraux à l'impérialisme sera décisif car il fournira les arguments dont avaient besoin les gouvernements européens pour leur politique impérialiste. Le ralliement ultérieur de la gauche au colonialisme ne fera qu'accélérer un processus déjà mis en route.
Tomas Moberg Le Choc du Mois Décembre 2006
- A Turn to Empire. The Rise of Impérial Liberalism in Britain and France, par Jennifer Pitts, University Press, 2006,400 pages.

En juin 2006 s'est tenu un colloque à Paris sur le thème « Aux origines de la puissance européenne » auquel était invitée Jennifer Pitts. Les interventions et les débats sont téléchargeables sur le site www.monde-diplomatique.fr/car-net/2006-06-22-Colloque-Bayly-II.

jeudi 6 février 2020

Vérités sur les esclavagismes et les colonialisme

Vérités sur les esclavagismes et les colonialismes.jpegRéplique à Houria Bouteldja par Bernard Antony
L’AGRIF a fait mettre en examen madame Houria Bouteldja pour ses propos d’incitation à la haine raciste contre les « blancs » qu’elle appelle « souchiens », et des soutiens qui doivent accepter d’être « rééduquer »… « avant qu’il ne soit trop tard »… « S’ils veulent sauver leur peau ».
Houria Bouteldja alimente assurément la fureur de ces jeunes sauvages hurlant « mort aux blancs ! » dans les scènes de lynchage que l’on sait, comme place des invalides, au Mans ou à Perpignan.
Elle impute aux Français, aux  « blancs », tous les méfaits du colonialisme et de l’esclavage n’hésitant pas, quoique vivant en France et payée par la France, à se dire française de « papiers », à exalter son nationalisme algérien, et sa « race arabe » (qu’entend-elle par là ?) dans le plus parfait mépris du fait qu’elle est de race blanche et que, pour ce qui est des odieux système de traite de traite négrière hors de l’Afrique, celui de la traite orientale, Garbo-musulmane, l’emporte par la durée et le nombre sur celui de la traite occidentale.
Dans sa dialectique aussi sommaire que cynique, elle s’efforce ainsi, au mépris le plus total de la vérité, de rallier les noirs à sa cause de la reconquête arabe-islamique, tablant au fond, selon une sorte de racisme, non moins odieux car implicite, sur leur crédulité, ce qui révolte la plupart de ceux qui, connaissent l’histoire, refusent avec indignation leur instrumentalisation.
Nous ne répondant pas à la haine d’Houria Bouteldja par la haine. Car l’histoire est riche d’exemples, depuis saint Paul, de ceux qui à la lumière de la vérité, ont trouvé le chemin de l’amour.
C’est tout ce que nous souhaitons à Houria Bouteldja en rappelant dans ce petit livre et en puisant largement dans les meilleurs ouvrages, des vérités qu’elle semble totalement ignorer sur le colonialisme et l’esclavage, qui ne fut pas le monopole d’une seule race ou d’un seul peuple mais dont sa culture devrait tout de même faire repentance.
 À commander à Reconquête-Diffusion, 70, boulevard Saint-Germain, 75005

Reconquête septembre 2010

mercredi 22 janvier 2020

Quand Arte apporte sa pierre à l’escroquerie historique de la « légende noire » de la colonisation

jpg.jpgLa chaîne Arte vient de se surpasser dans le commerce de l’insupportable escroquerie historique qu’est la « légende noire » de la colonisation. Or, le bilan colonial ne pourra jamais être fait avec des invectives, des raccourcis, des manipulations et des mensonges.
Regardons la réalité bien en face : la colonisation ne fut qu’une brève parenthèse dans la longue histoire de l’Afrique. Jusque dans les années 1880, et cela à l’exception de l’Algérie, du Cap de Bonne Espérance et de quelques comptoirs littoraux, les Européens s’étaient en effet tenus à l’écart du continent africain. Le mouvement des indépendances ayant débuté durant la décennie 1950, le XXe siècle a donc connu à la fois la colonisation et la décolonisation.
Quel bilan honnête est-il possible de faire de cette brève période qui ne fut qu’un éclair dans la longue histoire de l’Afrique ? Mes arguments sont connus car je les expose depuis plusieurs décennies dans mes livres, notamment dans Osons dire la vérité à l’Afrique. J’en résume une partie dans ce communiqué.
1) Les aspects positifs de la colonisation pour les Africains
La colonisation apporta la paix
Durant un demi-siècle, les Africains apprirent à ne plus avoir peur du village voisin ou des razzias esclavagistes. Pour les peuples dominés ou menacés, ce fut une véritable libération.
Dans toute l’Afrique australe, les peuples furent libérés de l’expansionnisme des Zulu, dans tout le Sahel, les sédentaires furent libérés de la tenaille prédatrice Touareg-Peul, dans la région tchadienne, les sédentaires furent débarrassés des razzias arabo-musulmanes, dans l’immense Nigeria, la prédation nordiste ne s’exerça plus aux dépens des Ibo et des Yoruba, cependant que dans l’actuelle Centrafrique, les raids à esclaves venus du Soudan cessèrent etc.
A l’évidence, et à moins d’être d’une totale mauvaise foi, les malheureuses populations de ces régions furent clairement plus en sécurité à l’époque coloniale qu’aujourd’hui…
La colonisation n’a pas pillé l’Afrique
Durant ses quelques décennies d’existence la colonisation n’a pas pillé l’Afrique. La France s’y est même épuisée en y construisant 50.000 km de routes bitumées, 215.000 km de pistes toutes saisons, 18.000 km de voies ferrées, 63 ports équipés, 196 aérodromes, 2000 dispensaires équipés, 600 maternités, 220 hôpitaux dans lesquels les soins et les médicaments étaient gratuits. En 1960, 3,8 millions d’enfants étaient scolarisés et dans la seule Afrique noire, 16.000 écoles primaires et 350 écoles secondaires collèges ou lycées fonctionnaient. En 1960 toujours 28.000 enseignants français, soit le huitième de tout le corps enseignant français exerçaient sur le continent africain.
Pour la seule décennie 1946 à 1956, la France a, en dépenses d’infrastructures, dépensé dans son Empire, donc en pure perte pour elle, 1400 milliards de l’époque. Cette somme considérable n’aurait-elle pas été plus utile si elle avait été investie en métropole ? En 1956, l’éditorialiste Raymond Cartier avait d’ailleurs écrit à ce sujet : 
« La Hollande a perdu ses Indes orientales dans les pires conditions et il a suffi de quelques années pour qu'elle connaisse plus d'activité et de bien-être qu’autrefois. Elle ne serait peut-être pas dans la même situation si, au lieu d’assécher son Zuyderzee et de moderniser ses usines, elle avait dû construire des chemins de fer à Java, couvrir Sumatra de barrages, subventionner les clous de girofle des Moluques et payer des allocations familiales aux polygames de Bornéo. »
Et Raymond Cartier de se demander s’il n’aurait pas mieux valu « construire à Nevers l’hôpital de Lomé et à Tarbes le lycée de Bobo-Dioulasso ».
Jacques Marseille[1] a quant à lui définitivement démontré quant à lui que l’Empire fut une ruine pour la France. L’Etat français dût en effet se substituer au capitalisme qui s’en était détourné et s’épuisa à y construire ponts, routes, ports, écoles, hôpitaux et à y subventionner des cultures dont les productions lui étaient vendues en moyenne 25% au-dessus des cours mondiaux. Ainsi, entre 1954 et 1956, sur un total de 360 milliards de ff d’importations coloniales, le surcoût pour la France fut de plus de 50 milliards.
Plus encore, à l’exception des phosphates du Maroc, des charbonnages du Tonkin et de quelques productions sectorielles, l’Empire ne fournissait rien de rare à la France. C’est ainsi qu’en 1958, 22% de toutes les importations coloniales françaises étaient constituées par le vin algérien qui était d’ailleurs payé 35 ff le litre alors qu’à qualité égale le vin espagnol ou portugais était à19 ff.
Quant au seul soutien des cours des productions coloniales, il coûta à la France 60 milliards par an de 1956 à 1960.
Durant la période coloniale, les Africains vivaient en paix
Dans la décennie 1950, à la veille des indépendances, à l’exception de quelques foyers localisés (Madagascar, Mau-Mau, Cameroun) l’Afrique sud-saharienne était un havre de paix.
Le monde en perdition était alors l’Asie qui paraissait condamnée par de terrifiantes famines et de sanglants conflits : guerre civile chinoise, guerres de Corée, guerres d’Indochine et guerres indo-pakistanaises.
En comparaison, durant la décennie 1950-1960, les habitants de l'Afrique mangeaient à leur faim, étaient gratuitement soignés et pouvaient se déplacer le long de routes ou de pistes entretenues sans risquer de se faire attaquer et rançonner.
Soixante-dix ans plus tard, le contraste est saisissant: du nord au sud et de l'est à l'ouest, le continent africain est meurtri :
- Dans le cône austral, ce qui fut la puissante Afrique du Sud sombre lentement dans un chaos social duquel émergent encore quelques secteurs ultra-performants cependant que la criminalité réduit peu à peu à néant la fiction du "vivre ensemble".
- De l'atlantique à l'océan indien, toute la bande sahélienne est enflammée par un mouvement à la fois fondamentaliste et mafieux dont les ancrages se situent au Mali, dans le nord du Nigeria et en Somalie.
- Plus au sud, la Centrafrique a explosé cependant que l'immense RDC voit ses provinces orientales mises en coupe réglée par les supplétifs de Kigali ou de Kampala.
Si nous évacuons les clichés véhiculés par les butors de la sous-culture journalistique, la réalité est que l’Afrique n’a fait que renouer avec sa longue durée historique précoloniale. En effet, au XIX° siècle, avant la colonisation, le continent était déjà confronté à des guerres d’extermination à l’est, au sud, au centre, à l’ouest. Et, redisons-le en dépit des anathèmes, ce fut la colonisation qui y mit un terme.
Aujourd’hui, humainement, le désastre est total avec des dizaines de milliers de boat people qui se livrent au bon vouloir de gangs qui les lancent dans de mortelles traversées en direction de la "terre promise" européenne. Les crises alimentaires sont permanentes, les infrastructures de santé ont disparu comme l'a montré la tragédie d'Ebola en Afrique de l'Ouest ou la flambée de peste à Madagascar, l'insécurité est généralisée et la pauvreté atteint des niveaux sidérants.
Economiquement, et à l’exception d’enclaves dévolues à l’exportation de ressources minières confiées à des sociétés transnationales sans lien avec l’économie locale, l’Afrique est aujourd’hui largement en dehors du commerce, donc de l’économie mondiale, à telle enseigne que sur 52 pays africains, 40 ne vivent aujourd’hui que de la charité internationale
2) Les conséquences négatives de la colonisation
La colonisation a déstabilisé les équilibres démographiques africains
La colonisation a mis un terme aux famines et aux grandes endémies. Résultat du dévouement de la médecine coloniale, la population africaine a été multipliée par 8, une catastrophe dont l’Afrique aura du mal à se relever.
En effet, le continent africain qui était un monde de basses pressions démographiques n’a pas su « digérer » la nouveauté historique qu’est la surpopulation avec toutes ses conséquences : destruction du milieu donc changements climatiques, accentuation des oppositions entre pasteurs et sédentaires, exode rural et développement de villes aussi artificielles que tentaculaires, etc.La colonisation a donné le pouvoir aux vaincus de l’histoire africaine
En sauvant les dominés et en abaissant les dominants, la colonisation a bouleversé les rapports ethno-politiques africains. Pour établir la paix, il lui a en effet fallu casser les résistances des peuples moteurs ou acteurs de l’histoire africaine.
Ce faisant, la colonisation s’est essentiellement faite au profit des vaincus de la « longue durée » africaine venus aux colonisateurs, trop heureux d’échapper à leurs maîtres noirs. Ils furent soignés, nourris, éduqués et évangélisés. Mais, pour les sauver, la colonisation bouleversa les équilibres séculaires africains car il lui fallut casser des empires et des royaumes qui étaient peut-être des « Prusse potentielles ».
La décolonisation s’est faite trop vite
Ne craignons pas de le dire, la décolonisation qui fut imposée par le tandem Etats-Unis-Union Soviétique, s’est faite dans la précipitation et alors que les puissances coloniales n'avaient pas achevé leur entreprise de « modernisation ».
Résultat, des Etats artificiels et sans tradition politique ont été offerts à des « nomenklatura » prédatrices qui ont détourné avec régularité tant les ressources nationales que les aides internationale. Appuyées sur l’ethno-mathématique électorale qui donne automatiquement le pouvoir aux peuples dont les femmes ont eu les ventres les plus féconds, elles ont succédé aux colonisateurs, mais sans le philanthropisme de ces derniers…
Les vraies victimes de la colonisation sont les Européens
Les anciens colonisateurs n’en finissent plus de devenir « la colonie de leurs colonies » comme le disait si justement Edouard Herriot. L’Europe qui a eu une remarquable stabilité ethnique depuis plus de 20.000 ans est en effet actuellement confrontée à une exceptionnelle migration qui y a déjà changé la nature de tous les problèmes politiques, sociaux et religieux qui s’y posaient traditionnellement.
Or, l’actuelle politique de repeuplement de l’Europe est justifiée par ses concepteurs sur le mythe historique de la culpabilité coloniale. A cet égard, la chaîne Arte vient donc d’apporter sa pierre à cette gigantesque entreprise de destruction des racines ethniques de l’Europe qui porte en elle des événements qui seront telluriques.
[1] Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, histoire d’un divorce. Paris, 1984. Dans ce livre Marseille évalue le vrai coût de l’Empire pour la France.

samedi 28 décembre 2019

Le colonialisme, une « faute de la République » ?

3) Dans la réflexion de la gauche républicaine, la dimension idéologique et morale de la colonisation a tenu une part considérable et même fondatrice. L’on trouve ainsi chez Jules Ferry la notion de « colonisation émancipatrice », idée qui fut parfaitement résumée en 1931 lors du congrès de la Ligue des droits de l’Homme qui se tint à Vichy, quand Albert Bayet, son président, déclara que la colonisation française était légitime puisqu’elle était porteuse du message des « grands ancêtres de 1789 ». Dans ces conditions ajouta-t-il, en colonisant, c’est-à-dire en faisant :
« (…) connaître aux peuples les droits de l’homme, ce n’est pas une besogne d’impérialisme, c’est une tâche de fraternité »
4) La gauche républicaine coloniale utilisa à l’époque des arguments qui, aujourd’hui, conduiraient directement leurs auteurs devant les tribunaux. Dans son célèbre discours du 28 juillet 1885, Jules Ferry déclara ainsi :
« Il faut dire ouvertement qu’en effet, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ; mais parce qu’il y a aussi un devoir. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures »
Le 9 juillet 1925, l’icône socialiste Léon Blum affirma devant les députés :
« Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de les appeler aux progrès réalisés grâce aux efforts de la science et de l’industrie. »
Les bonnes consciences humanistes peuvent cependant être rassurées puisque Jules Ferry avait pris le soin de préciser que :
« La race supérieure ne conquiert pas pour le plaisir, dans le dessein d’exploiter le faible, mais bien de le civiliser et de l’élever jusqu’à elle ».
5) La maçonnerie à laquelle appartenaient la plupart des dirigeants républicains voyait dans la colonisation le moyen de mondialiser les idées de 1789. En 1931, toujours à Vichy, lors du congrès annuel de la Ligue des droits de l’homme dont j’ai parlé plus haut et dont le thème était la question coloniale, Albert Bayet déclara :
« La colonisation est légitime quand le peuple qui colonise apporte avec lui un trésor d’idées et de sentiments qui enrichira d’autres peuples (…) la France moderne, héritière du XVIIIe siècle et de la Révolution, représente dans le monde un idéal qui a sa valeur propre et qu’elle peut et doit répandre dans l’univers (…)Le pays qui a proclamé les droits de l’homme (…) qui a fait l’enseignement laïque, le pays qui, devant les nations, est le grand champion de la liberté a (…) la mission de répandre où il peut les idées qui ont fait sa propre grandeur ».
6) Alors que toute la philosophie qui animait ses membres reposait sur le contrat social, la colonisation républicaine s’ancra sur une sorte de racisme philanthropique établissant une hiérarchie entre les « races » et les civilisations. Au nom de sa supériorité philosophique postulée, la république française avait en effet un devoir, celui d’un aîné devant guider, grâce à la colonisation, ses cadets ultra-marins non encore parvenus à « l’éclairage des Lumières ».
7) Pour ces hommes de gauche, la conquête coloniale n’était brutale qu’en apparence puisqu’il s’agissait in fine d’une « mission civilisatrice ». D’ailleurs, la république égalisatrice n’avait-t-elle pas fait de même en transformant les Bretons, les Occitans, les Corses et les Basques en Français, c’est-à-dire en porteurs du message émancipateur universaliste? La gauche républicaine coloniale se devait donc de combattre tous les particularismes et tous les enracinements car il s’agissait d’autant de freins à l’universalisme. Coloniser était donc un devoir révolutionnaire et républicain. D’autant que la colonisation allait permettre de briser les chaînes des peuples tenus en sujétion par les « tyrans » qui les gouvernaient. La colonisation républicaine fut donc d’abord le moyen d’exporter la révolution de 1789 à travers le monde.
Jusque dans les années 1890, la position de  la droite monarchiste, nationaliste et identitaire fut claire : l’expansion coloniale était une  chimère  détournant les Français de la « ligne bleue des Vosges » et les aventures coloniales étaient donc considérées à la fois comme une trahison et un ralliement aux idées républicaines. Le 11 décembre 1884, devant le Sénat, le duc de Broglie, sénateur monarchiste, déclara ainsi :
« (…) Les colonies affaiblissent la patrie qui les fonde. Bien loin de la fortifier, elles lui soutirent son sang et ses forces. »
Cet anticolonialisme de droite fut bien représenté par Paul Déroulède et par Maurice Barrès. Pour Déroulède, le mirage colonial était un piège dangereux tendu par les ennemis de la France. Dans une formule particulièrement parlante, il opposa ainsi la chimère de « la plus grande France », c’est-à-dire l’Empire colonial, qui menaçait de faire oublier aux Français le « relèvement de la vraie France ».
En dehors des milieux d’affaires « orléanistes » qui, à travers les Loges, avaient adhéré à la pensée de Jules Ferry, la « droite » fut anticoloniale quand la « gauche », à l’exception notable des radicaux de Clemenceau, soutenait massivement l’expansion ultramarine.
Et pourtant, quelques années plus tard, à quelques très rares exceptions, monarchistes, nationalistes et catholiques se rallièrent à la vision coloniale définie par la gauche républicaine, donc aux principes philosophiques qu’ils combattaient depuis 1789… La fusion fut effective en 1890 quand, par le «  toast d’Alger », le cardinal Lavigerie demanda le ralliement des catholiques à la République. La boucle révolutionnaire fut alors bouclée. Les Lumières l’avaient emporté sur la Tradition.
Par « devoir patriotique », la droite militaire et missionnaire partit alors conquérir les « terres de soleil et de sommeil ». Elle s’y fit tuer avec courage et abnégation, en ne voyant pas que son sang versé permettait la réalisation des idéaux philosophiques de ses ennemis de toujours… Ces derniers demeurèrent quant à eux confortablement en France, attendant de chevaucher ultérieurement les chimères idéologiques de l’anticolonialisme au nom duquel ils dénonceront et combattront férocement et implacablement une droite suiviste devenue coloniale quand eux ne l’étaient plus…
En parlant de « faute de la République » et non de faute de la France, le président Macron a donc (involontairement ?), mis la gauche républicaine face à ses responsabilités historiques. Car, et nous venons de le voir, ce furent des républicains, des hommes de gauche, des laïcs et des maçons, qui lancèrent la France dans l’entreprise coloniale qui l’épuisa, la ruina et la divisa.
Leurs héritiers qui dirigent aujourd’hui la France politique, judiciaire, médiatique et « morale » ont curieusement oublié cette filiation. Plus encore, ayant adhéré à une nouvelle idéologie universaliste, celle du « village-terre » et de l’antiracisme, ils font réciter ad nauseam aux Français le credo de l’accueil de « l’autre » afin d’achever de diluer les derniers enracinements dans l’universel. Et ils le font au prétexte de la réparation de la « faute » coloniale commise hier par leurs maîtres à penser …
[1] Je développe cette idée dans mon livre « Mythes et manipulations de l’histoire africaine »

jeudi 26 décembre 2019

Colonisation : l’épopée européenne qui a changé le monde

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Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère ♦ Ainsi, pour le président Macron, la colonisation est une erreur doublée d’une faute. On le savait déjà. Après son infamante sortie algérienne sur les « crimes contre l’humanité » prétendument commis par la France outre Méditerranée, il a cru bon d’en remettre une couche à Abidjan le 21 décembre.
La colonisation est une mondialisation
Juger moralement un mouvement historique inévitable, et sur lequel il est impossible de revenir, est stupide. Le monde a été colonisé par les Européens tout simplement parce qu’il ne pouvait pas ne pas l’être. L’énergie de la « race blanche » dans sa volonté de découverte et d’expansion a changé le monde pour toujours et à jamais, comme celle de la Horde d’or mongole avait changé la Russie. Il n’y a eu en fait dans l’histoire qu’une seule véritable mondialisation : la colonisation. Parfois, il est vrai, cruelle et prédatrice. Mais aussi porteuse de progrès et de santé pour les populations soumises, en même temps qu’elle faisait reculer l’esclavage, le cannibalisme et la sauvagerie. Son histoire, notamment pour la France, a révélé des hommes d’un courage exceptionnel mais également d’une grande humanité, et donné lieu à des épopées qui participent à la fierté de notre histoire.
Des générations de petits Français ont été élevées dans la gloire de l’empire, ils voyageaient devant les cartes de territoires immenses et éloignés réunis dans un rêve civilisateur et même multiracial. La repentance obligatoire fait partie de la perte de notre conscience nationale qui est à la base de notre déclin.
On rendra justice à l’homme qui renonce à son régime spécial de retraite d’avoir souligne que c’était une erreur de la République : « Trop souvent aujourd’hui la France est perçue avec un regard d’hégémonie où les oripeaux d’un colonialisme qui a été et qui fut une erreur profonde, une faute de la République…»
Le paradoxe de l’ex-colonisé
Macron croit à nouveau (adieu de Villiers !) que tout commence avec la République. C’est son droit mais c’est une ânerie incontestable. On retiendra donc que c’est plus l’erreur d’un système politique trahissant ses valeurs que d’un pays assumant son histoire. L ‘« erreur » de la République est souvent une page de gloire de la France. D’ailleurs c’est la République universelle qui a transformé la colonisation en un nivellement idéologique ; la France n’en demandait pas tant.
Que pense le président de notre premier empire, du Canada à l’Inde en passant par les Antilles et puis le Sénégal et l’Algérie ? La France a été, derrière son ennemi héréditaire l’Angleterre qui gouvernait les mers, la deuxième puissance coloniale du monde. Il lui reste la francophonie et un empire maritime gigantesque et prometteur autour d’archipels oubliés. Il est une génération de Français qui par la lâcheté de nos dirigeants, sont nés dans un empire et se préparent à mourir dans un hexagone. Un hexagone qui vit une ancienne fierté comme une honte.
Il est vrai que cette République ressemble peu à la France impériale de Faidherbe et Gallieni. Quand on voit les conséquences démographiques et humaines de la colonisation, on peut comme Macron penser que c’était une erreur — qui pourrait nous être fatale. S’il y a grand remplacement, c’est la fille bigarrée de la colonisation et de l’échec des colonisés à vivre mieux chez eux sans nous. Fuir son pays pour se réfugier chez l’oppresseur dont on se vante de s’être débarrassé, quel paradoxe !
Mais cette erreur était malgré tout inévitable. Pourquoi Colomb a-t-il découvert Amérique ? Parce qu’il en avait les moyens techniques et surtout le courage humain. La colonisation est la conséquence d’une supériorité matérielle, mais aussi d’un sentiment naïf d’apporter le progrès — une nouvelle « pax romana ». La colonisation est une conquête et toute conquête est une brutalité comme l’auraient dit les Gaulois acceptant cependant le terme de civilisation gallo-romaine. Une colonisation subie puis acceptée dans ses conséquences irréversibles. Voilà, avec l’acquisition de la langue française, le chemin de la vraie indépendance des colonisés qui ne seront plus jamais ce qu’ils ont été. L’Amérique latine ne retournera jamais à l’époque des Aztèques et des Incas, n’en déplaise aux indiens, et le Maroc n’effacera jamais Lyautey et Casablanca. Les pourfendeurs de la colonisation sont souvent des obscurantistes qui confondent régression et authenticité et qui ont trouvé le moyen de justifier leurs échecs pitoyables depuis 70 ans.
Pour eux comme pour nous, il n’y a finalement qu’une chose pire que la colonisation et c’est la décolonisation. Car la première était peut être une erreur, toutefois inscrite inévitablement dans la marche du monde, mais la seconde a multiplié les fautes évitables. Le « temps béni des colonies » est peut être un fantasme mais le temps maudit des décolonisations est, pour certains pays, une indiscutable réalité.
Pierre Boisguilbert 24/12/2019
Crédit photo : Domaine public

mercredi 1 mai 2019

La Petite Histoire : La France a-t-elle pillé ses colonies ?

Parmi la multitude d’idées reçues qui viennent aujourd’hui entacher, souvent volontairement, l’histoire de France, il y en a une qui a particulièrement la vie dure : la France aurait pillé économiquement ses colonies. On nous présente donc une Afrique saignée à blanc par l’ogre français ; une Afrique qui aurait ainsi vu, par la même occasion, son développement retardé. Une thèse aussi grotesque que malhonnête, d’autant que la vérité historique nous montre… tout le contraire !

mercredi 6 mars 2019

« Décoloniser » l’Education nationale ?

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Scandale inouï ! Des élèves de CM2 (soit âgés d’une dizaine d’années) ont été obligés de réaliser un exercice portant sur « le colonialisme, une œuvre civilisatrice ». Aussitôt le Conseil (soi-disant) représentatif des associations noires de France (sic), est monté au créneau pour que cesse cette « propagande coloniale ».
« Sans pour autant oublier les aspects négatifs de la colonisation, il ne faut pas oublier les bienfaits que cela a eu pour les populations colonisées », indiquait l’exercice, un texte à trous qui précisait que les colons « ont apporté l’instruction et une langue commune à des peuples qui vivaient sur le même territoire », « les soins médicaux, et ont limité les morts d’enfants et d’adultes », « développé des trains et des routes, facilitant le transport des hommes et des marchandises ».
Les membres du CRAN ont d’abord cru que « c’était une blague » car chacun sait bien que la colonisation n’a apporté ni une langue commune, ni l’instruction, ni la santé, qu’il n’y a pas eu de construction d’écoles, d’hôpitaux, de routes. Que les Pères blancs ne sont jamais venus en Afrique, ni Albert Schweitzer, ni Lyautey, ni Raoul Follereau Quant aux trains, ceux qui existaient avant la colonisation étaient certainement plus performants !
Trêve de plaisanterie : la désinformation est allée tellement loin dans ce domaine que les ignares du CRAN (à la représentativité non démontrée) contestent purement et simplement ce qu’il ne viendrait à l’idée de personne de contester dans les pays concernés.
Sacrifices humains et esclavage de fait
« L’époque coloniale a été marquée par l’esclavage », a soutenu le CRAN. Ce qui est un incroyable anachronisme puisque l’épopée coloniale, l’âge d’or de la colonisation, le temps béni des colonies se sont situés bien postérieurement à l’abolition de l’esclavage. En revanche, dans bien des cas, c’est la colonisation qui a mis fin à l’esclavage. De même la colonisation a mis fin aux sacrifices humains, bien que, périodiquement, des informations nous parviennent d’Afrique sur la persistance, dans certaines régions, de telles pratiques ou encore d’un esclavage de fait.
A peine l’information était-elle connue sur ce programme scolaire que l’inspecteur d’académie dépêchait dans l’école en cause un inspecteur et un conseiller d’éducation. Une cellule de soutien psychologique était constituée pour prendre en charge les enfants, sans doute pris de vomissements. Des séances de lavage de cerveau vont être pratiquées, même si les enseignants ont expliqué qu’il y avait déjà eu des cours « insistant sur les aspects négatifs autour de la domination, de la privation de libertés, de l’emprise territoriale ». On n’en fait jamais assez dans ce domaine. Il ne manque que la désinfection des salles de cours ! Un rapport a été commandé. Nul doute que des têtes tomberont.
Ce qui fait aussi scandale, pour les amis progressistes du CRAN, ce sont des affirmations comme celle-ci, que l’on trouve encore dans des manuels d’histoire : la question coloniale « s’est forgée autour de l’idéal républicain d’une grande nation civilisatrice ». Tout cela est évidemment faux, et Jules Ferry n’a jamais existé !
Nous sommes en fait dans le terrorisme intellectuel à l’état pur, et dans une hideuse réécriture de l’histoire, à l’initiative d’une poignée d’idéologues. Mais l’autoflagellation, la perpétuelle contrition, semblent avoir encore de beaux jours devant elles. Tandis que des dizaines de milliers d’hommes et de femmes venus d’Afrique risquent chaque année leur vie pour rejoindre la France… le pays de leurs bourreaux, si on comprend bien.
Francis Bergeron
Article paru dans Présent daté du 4 mars 2019

vendredi 12 octobre 2018

AU FORUM des rapatriés #8 : La vraie histoire des colonies

Les Français rapatriés d’Afrique du Nord et d’Outre-mer attendent toujours une réponse du Chef de l’Etat, Emmanuel Macron, à son affirmation accusatrice « la colonisation est un crime contre l’humanité. Une vraie barbarie » tenue en Algérie en février 2017 lors de la campagne électorale présidentielle. Dans ce nouveau Au Forum des Rapatriés, Martial Bild et Bernard Coll accueillent Arnaud Folch, rédacteur en Chef du hors-série de Valeurs Actuelles : « La vraie histoire des colonies » qui présente, par des faits concrets, le bilan réel de la colonisation française. A cette réalité coloniale s’ajoute une autre réalité de l’histoire de France, celle du drame de l’exode des Français d’Algérie et notamment des Harkis et de leurs familles. Un problème auquel le Président de la République, fidèle aux principes qu’il a présenté le 3 juillet 2017 au Parlement réuni à Versailles, semble vouloir apporter une réponse concrète. Bernard Coll présente, dans le contexte favorable d’une récente décision du Conseil Constitutionnelle et de l’indemnisation de nos compatriotes juifs d’Algérie par l’Allemagne, ce que pourrait être la nouvelle loi de reconnaissance et de réparation que prépare le préfet Dominique Ceaux et son Groupe de travail, L’évocation des dates dramatiques des 19 mars et 26 mars 1962 invitent les Français à se souvenir de l’origine et des drames qui ont marqué le retour du général De Gaulle au pouvoir en juin 1958. Une Histoire que doit assumer la France d’aujourd’hui en cette année qui marquera, le 4 octobre, 60e anniversaire de la Constitution de la Ve République.

mercredi 30 mars 2016

La colonisation a-t-elle été un drame pour l'Afrique ?


Si l'on écoute les médias, les hommes politiques et les associations communautaires, la colonisation fut un drame pour l'Afrique.
Et pourtant, de nombreux témoignages s'opposent à cette vision des choses.
Par exemple, ces propos de Kofi Yamgnane

Ou ceux de ce congolais qui déclare à un journaliste du Time : "[Les blancs] ont pris ce pays par la force, s'ils revenaient, cette fois-ci, nous le leur offririons."  
Est-il possible que la colonisation n'ait pas été un drame pour l'Afrique ? 
Voici une donnée qui donne une idée de l'état de l'Afrique avant la colonisation : la roue était inconnue en Afrique subsaharienne avant son apport par les Européens. (Source :https://fr.wikipedia.org/wiki/Roue#Origines_de_la_roue)
Dans le texte qui suit, rédigé pour l'ouvrage du Carrefour De l'Horloge L'Occident sans complexesBernard Lugan, spécialiste du continent africain, nous délivre son diagnostic sur l'apport de la colonisation européenne.

Le vrai bilan de la colonisation en Afrique
(Chapitre 7 de l’ouvrage du Carrefour De l'Horloge : L’Occident sans complexes)
Lorsque, à la fin du XIXe siècle, l’Europe entreprend la colonisation de l’Afrique noire, la situation de ce continent est catastrophique. En effet, à côté de quelques rares ensembles politiques préservés, la dominante est partout aux Afrique repliées, cloisonnés, isolées, dévastées et souvent condamnées.
Or, en quelques années, administrateurs, officiers et missionnaires apportent aux Africains la notion jusque-là inconnue de sécurité quotidienne. Médecins et infirmiers font reculer le paludisme, la tuberculose, la bilharziose, la maladie du sommeil, le trachome et les diverses parasitoses qui achevaient de tuer des millions de malheureux sous-alimentés. Outre les soins, les Africains mangent alors partout à leur faim et l’essor démographique devient considérable.