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samedi 4 mars 2023

Un livre remarquable : la clefs des écritures ou comment comprendre les Saintes Écritures au delà des mots

 

La clef des écritures

Beaucoup dénoncent ou remettent en cause l’ancien testament sous prétexte qu’on y trouverait la justification du sionisme et de la volonté de domination du peuple juif. Vouloir se servir de l’ancien testament pour attaquer les évangiles, comme le fait le musulman Youssef Hindi, relève au minimum d’une imposture que les catholiques se doivent de ne pas accepter et de combattre.
C’est faire preuve d’aveuglement et c’est bien méconnaitre l’ancien testament.

Traité contre les juifs et les gentils qui rejettent, pour des motifs opposés mais en raison d’une même lecture charnelle, l’admirable harmonie de l’Ancien et du Nouveau Testament, de la lettre et de l’esprit, l’Ancien étant la prophétie du Nouveau et le Nouveau la réalisation de l’Ancien, et ce par une méconnaissance du Christ, l’unique clef des Saintes Écritures, qui seul donne la parfaite intelligence de l’histoire du salut de l’humanité.

Dans l’antiquité, ils s’appelaient Marcion, Celse, Manès, Fauste… De nos jours, ils se nomment Soral, Timmerman, Guyénot, Hindi, Soler, Römer, Finkelstein… Tous, pour diverses raisons, sont des détracteurs de l’Ancien Testament et rejettent son origine divine. La lecture partiale, grossière et charnelle qu’ils en font, même quand c’est pour la condamner, correspond en fait à la lecture pharisaïque codifiée par les talmudistes et assumée de manière mythique par les sionistes.

Malgré la différence de leurs principes, le sophisme philosophique et la superstition juive aboutissent aux mêmes conséquences : la négation de l’unité du plan divin. Les juifs soutiennent que le Christ n’a pas pu être annoncé par les prophètes de l’Ancienne Alliance au prétexte que l’Évangile qu’il a prêché contredisait leur Loi qui les obligeait de se séparer des non juifs. Et les hérétiques, eux, soutiennent que l’Évangile, la Bonne Nouvelle du salut pour tous les peuples sans distinction, ne peut avoir aucun rapport avec l’Ancienne Alliance puisqu’il a justement aboli le mur de séparation qu’était la loi juive.

https://www.medias-presse.info/un-livre-remarquable-la-clefs-des-ecritures-ou-comment-comprendre-les-saintes-ecritures-au-dela-des-mots/153861/

samedi 23 avril 2022

Le Nouveau Testament

 

Les éditions Kontre Kulture ont fait un très beau travail en rééditant de façon très soignée Le Nouveau Testament, en veillant à choisir la traduction de l’abbé Augustin Crampon et en proposant cet ouvrage indispensable à tout chrétien pour le montant imbattable de vingt-cinq euros.

Le choix de la traduction était essentiel car il circule quantité de mauvaises traductions, par maladresse ou par volonté, dont celles de sectes qui trompent leurs fidèles. La traduction de l’abbé Augustin Crampon est communément admise par les théologiens catholiques comme la meilleure et la plus exacte qui soit, une exactitude savante et minutieuse qui reproduit jusqu’aux moindres nuances. L’abbé Augustin Crampon (1826-1894) est un théologien et exégète qui enseigna au séminaire de Saint-Riquier dans le diocèse d’Amiens. Connaisseur de l’hébreu, de l’araméen et du grec, il entreprit une traduction des Evangiles à partir des textes anciens qu’il accompagna d’abondantes notes historiques, géographiques, théologiques ou simplement morales, mettant le sens profond de ces textes sacrés à la portée des profanes.

Cette édition du Nouveau Testament reprend la première publication (1864) de la traduction des Evangiles de l’abbé Crampon et les livres qui les complètent (Actes des Apôtres, Epîtres et Apocalypse revus en 1904 par des pères de la Compagnie de Jésus et des professeurs de Saint-Sulpice).

Ce texte sacré, c’est le Sauveur du monde agissant et parlant comme ses disciples l’ont vu parler et agir; c’est l’Evangile avec ses miracles et ses dogmes, sa morale pure et ses immortelles espérances, le même Evangile qui offre le remède, l’apaisement des esprits, la consolation des âmes croyantes, l’affermissement dans la foi des âmes ébranlées par le doute, et peut-être le retour de celles qui ne croient plus. Ce livre ne s’adresse donc pas seulement aux catholiques les plus pieux. L’Evangile convient à tous : d’une simplicité et d’une profondeur sans égale, il est accessible à un enfant et fait l’étonnement des sages. Les pensées, les expressions ont le rayonnement tranquille et pénétrant de la vérité. Quiconque ouvrira à cette lumière un œil pur, à ces accents une oreille sincère et recueillie, sentira quelque chose de divin descendre dans les profondeurs de son être. 

Le Nouveau Testament, traduction de l’abbé Augustin Crampon, éditions Kontre Kulture, 870 pages, couverture cartonnée, édition cousue, 25 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/le-nouveau-testament/66976/

mardi 19 avril 2022

La science du XXe siècle – Mythologies ou Bible du Démon (Pierre Dequènes)

 

Pierre Dequènes, ingénieur en Génie atomique, a fait sa carrière dans de grandes sociétés d’ingénierie nucléaire. Il s’est ensuite consacré à la critique scientifique.

Cet ouvrage est paru pour la première fois en 1996. Laurent Glauzy, qui a choisi de le rééditer en y ajoutant une préface et un cahier photos, nous explique que c’est le regretté Serge de Beketch qui lui avait fait découvrir ce livre. Pierre Dequènes, lui-même scientifique, rappelle qu’en matière de préhistoire et d’évolution, des « spécialistes » ont souvent extrapolé les découvertes de rares ossements pour en tirer des reconstitutions absurdes ou même falsifiées.

Ainsi, en 1912, dans le sud de l’Angleterre, un crâne est découvert, qui sera exposé pendant 40 ans au British Museum jusqu’à ce qu’on découvre qu’il s’agissait d’une supercherie : un vulgaire montage d’une mâchoire teintée, au condyle brisé d’orang-outang, dans laquelle ont été fixées des dents limées pour faire croire à une mâchoire d’homme préhistorique, ensuite adapté à un crâne d’homme. Il fallut attendre le 21 novembre 1953 pour que le Musée d’Histoire naturelle de Grande

-Bretagne avoue dans son bulletin que « l’homme de Piltdown » est une imposture. Le jésuite dévoyé Pierre Teilhard de Chardin fut accusé par le paléontologue américain Stephen Jay Gould d’avoir contribué à cette mascarade scientifique.

Or, c’est ce même British Museum qui, en 1986, prétendra que le Linceul de Turin est un faux, sans pour autant pouvoir révéler la technique utilisée par le prétendu faussaire.

Ce livre nous montre par différents exemples comment la science moderne, téléguidée par des francs-maçons, tente de séparer l’homme de son Créateur. Le biologiste et généticien antidarwiniste Jean-François Moreel souligne à ce sujet que « la nouvelle logique scientifique provoque une rupture entre science et réalité » car dans ce nouvel empirisme imposé à l’ensemble de la communauté scientifique, « ce sont les théories qui dictent leurs lois aux faits et non les réalités qui dirigent la science ».

La science du XXe siècle – Mythologies ou Bible du Démon, Pierre Dequènes, préface de Laurent Glauzy, 462 pages, 30 euros

A commander en ligne ici

https://www.medias-presse.info/la-science-du-xxe-siecle-mythologies-ou-bible-du-demon-pierre-dequenes/67165/

samedi 6 novembre 2021

Sodome détruite par une explosion cosmique ?

 

Sodome détruite par une explosion cosmique ?

Un article publié le 20 septembre par Nature décrit la destruction d’une ville située dans la vallée du Jourdain, près de la Mer Morte, par une formidable explosion. Il semble bien que ce site puisse être identifié avec la ville biblique de Sodome. L’article de Nature est intitulé

« Une explosion cosmique de la taille de Toungouska a détruit Tell el-Hammam, une ville de l’âge du bronze moyen située dans la vallée du Jourdain, près de la mer Morte ».

Toungouska est situé en Sibérie centrale. Le 30 juin 1908, une onde sonore d’une énergie équivalent à 1000 fois la bombe d’Hiroshima a dévasté la forêt sur un rayon de 20 km, ses dégâts se faisant ressentir jusqu’à 100 km.

La publication de Nature présente des preuves qu’une ville antique prospère a été instantanément détruite par une explosion cosmique vers 1650 avant J.-C., ce qui pourrait correspondre à l’histoire biblique de la destruction de Sodome. L’article a été rédigé par 21 professionnels de différents domaines, dont des archéologues, des géologues, des géochimistes, des géo-morphologues, des minéralogistes, des paléobotanistes, des sédimentologues, des experts en influence cosmique et des médecins.

« Nous considérons qu’il est possible que les traditions orales concernant la destruction de cette ville urbaine par un objet cosmique soient la source de la version écrite de Sodome dans la Genèse ». « Nous considérons également que les détails relatés dans la Genèse correspondent raisonnablement aux détails connus d’un événement d’impact cosmique. »

Les résultats de la recherche sont cohérents avec l’histoire bien connue de la destruction de Sodome, dans laquelle le Seigneur punit la ville par le feu et le soufre à cause du péché de sodomie auquel elle a donné son nom.

D’après les scientifiques, des roches venant du cosmos ont explosé à une distance de 1 à 5 kilomètres de la surface de la terre. La température au cœur de l’explosion a atteint plus de 300 000°C et a rapidement fait fondre tout ce qui était en céramique, en argile et en plâtre. La température de la surface de la terre à Sodome a pu dépasser 1 850 °C. Après l’explosion, une rafale de vent de 900 à 1200 km/h a balayé toute la ville et a tout détruit sur son passage. La puissance de l’explosion était 1 000 fois supérieure à celle de la bombe d’Hiroshima.

Au cours des fouilles, les chercheurs ont mis au jour des restes de céramique dans le sédiment, et des sphères de métaux fondus tels que le platine, l’iridium, le nickel, l’or, l’argent, le zircon, la chromite et le quartz, ainsi que des grains de zircon épars. Des restes humains ont été trouvés, présentant des fragmentations osseuses complètes et des dislocations articulaires.

Les scientifiques affirment que la catastrophe a mis fin à une civilisation et, compte tenu de l’emplacement de Tell el-Hammam, de son contexte temporel et de son mode de destruction, certains spécialistes pensent qu’il s’agit très probablement de Sodome, la ville biblique. Le responsable du projet de fouilles, Steven Collins, soutient cette idée et explique qu’en raison de la géographie, de la taille de la ville et de son ancienneté, les preuves sont indiscutables et tout correspond parfaitement aux descriptions bibliques.

https://www.lesalonbeige.fr/sodome-detruite-par-une-explosion-cosmique/

mercredi 3 novembre 2021

Les Evangiles à l’épreuve de l’histoire (Bruno Bioul)

 

Bruno Bioul, historien et archéologue, chargé d’enseignement à l’université de Bourgogne, est le rédacteur en chef de la revue d’archéologie et d’histoire Archéothéma.

Dès les premières lignes, il rappelle que la controverse récurrente qui anime chaque année les débats à propos des crèches placées dans les espaces publics pour célébrer Noël est l’un des symptômes les plus patents d’une société qui a perdu ses repères.

Que l’on soit pour ou contre les crèches, la question sous-jacente est celle de l’acceptation du sacré chrétien, ouvertement et délibérément placé au vu et au su de tous pour afficher un attachement à une histoire, à une foi, à une coutume ou à une pratique multiséculaire qui a façonné le paysage politique, économique et socioculturel des pays de traditions chrétiennes. Certains sont hostiles à ces crèches par pure idéologie sectaire, mais beaucoup s’en accommodent, car à leurs yeux, il ne s’agit que d’une belle et pieuse légende qui participe du merveilleux de Noël : un enfant nouveau-né, emmailloté dans une mangeoire, placé entre un âne et un bœuf, entouré de sa mère et de son père nourricier, est adoré par de pauvres bergers et de riches rois mages.

Ce livre de Bruno Bioul s’adresse à ces sceptiques. Les Evangiles sont-ils des légendes pieuses ou des récits véridiques ? Il leur répond non pas en tant que chrétien mais en tant qu’archéologue et historien suivant les recherches les plus récentes en cette matière.

Bruno Bioul lève une à une les objections anciennes et nouvelles et démontre par les découvertes archéologiques que les Evangiles sont d’une cohérence insoupçonnée.

Ainsi, pour quelqu’un qui n’a initialement pas la foi mais qui a l’honnêteté de s’intéresser à l’historicité des Evangiles en s’en remettant aux découvertes archéologiques, ce livre démontre que les récits évangéliques peuvent être considérés a minore comme vraisemblables lorsqu’ils sont mis en perspective avec ce que nous connaissons du contexte général du 1er siècle de notre ère, alors que leur rejet a priori sous prétexte qu’ils mentionnent des miracles inexplicables, donc impossibles, est scientifiquement irrecevable. On peut relever dans ces récits évangéliques – dont le texte a été établi selon des critères scientifiques extrêmement rigoureux -, leur conformité avec le milieu géographique, sociologique, religieux, politique et culturel.

D’un point de vue archéologique, il faut donc considérer que rien de ce que nous savons aujourd’hui grâce aux disciplines scientifiques exégétiques et historiques ne permet de contredire les Evangiles. Et sur les auteurs des Evangiles, rien ne permet de soutenir qu’ils ne sont pas ceux dont ils portent le nom.

L’auteur rappelle aussi que la science n’a pas réponse à tout. Le fait qu’un événement soit « extraordinaire » ou « inexplicable » n’en fait pas ipso facto un phénomène « impossible ». La présence de miracles dans les Evangiles ne peut donc être un obstacle à leur étude en tant que documents historiques : le Jésus de l’Histoire peut retrouver le Christ de la Foi sans que l’un porte préjudice à l’autre. Il faut simplement accepter qu’il y a des choses qui nous dépassent, des phénomènes que la science n’est pas en mesure d’expliquer, mais qu’elle doit reconnaître comme tels.

Les Evangiles à l’épreuve de l’histoire, Bruno Bioul, éditions Artège, 428 pages, 21,90 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-evangiles-a-lepreuve-de-lhistoire-bruno-bioul/87315/

samedi 26 décembre 2020

La crédulité païenne de Michel Onfray

   

Entretien avec Jean-Marie Salamito

Michel Onfray, cet homme si médiatique, vient de commettre une attaque en règle contre le christianisme dans son ouvrage Décadence. Une occasion de montrer la faiblesse de ses raisons contre le Christianisme et, a contrario, la force d'une apologétique chrétienne vraiment scientifique.

Jean-Marie Salamito, vous vous êtes signalé comme celui qui osait porter la controverse contre Jérôme Prieur et Gérard Mordillât, les deux coauteurs de la série Corpus Christi, dans un petit ouvrage remarqué, Les chevaliers de l'apocalypse. Vous récidivez aujourd'hui contre Michel Onfray et son ouvrage Décadence, contre lequel vous venez d'écrire une petite merveille de science historique, Monsieur Onfray au pays des mythes, chez Salvator. Quels sont vos titres, pour oser vous en prendre ainsi, seul contre tous ou presque, à trois personnages marquants du Paysage Audiovisuel Français ?

Je ne suis assurément pas un homme de télévision, mais je suis professeur d'histoire du christianisme antique à l'université Paris IV Sorbonne depuis 2004. J'ai fait une thèse sur la morale économique chez les Pères de l'Église, dans laquelle j'ai montré que, au-delà de la représentation des métiers que l'on se faisait dans l'Antiquité, chacun avait une responsabilité personnelle dans l'exercice de la profession qu'il exerçait. J'ai comparé en particulier les paysans et les marchands.

Dans l'Antiquité préchrétienne, on repère une opposition entre l'agriculteur qui a contact avec la Nature et qui est bon, parce que l'on ne peut pas mentir à la terre. De l'autre côté, le commerçant, lui, a affaire aux hommes, c'est lui qui est injuste. Les poncifs sur les commerçants sans scrupule auront la vie dure. Mais les Pères de l'Église introduisent très tôt, au-delà de la typologie des métiers, une réflexion sur la responsabilité personnelle. Ambroise, par exemple, met en cause les spéculations auxquelles se livrent les grands propriétaires terriens, alors que classiquement la littérature païenne en accusait toujours les marchands. Dans le Commentaire du Psaume 70, saint Augustin s'en prend à l'idée selon laquelle le commerçant est toujours malhonnête, en soulignant que l'on peut très bien concevoir un commerce honnête. Il balaye ainsi les clichés sur les métiers et propose une morale économique souple.

Vous vous en êtes encore pris à un mythe dans votre étude de 2005 sur Pelage et le pélagianisme...

Je n'ai pas fait de la théologie, mais plutôt de la sociologie, en allant chercher des concepts et des méthodes chez Max Weber, pour repérer des affinités électives entre les idées de Pelage et des idées sociales. Ce moine breton expliquait contre Augustin que les hommes n'ont pas besoin de la grâce de Dieu pour se réaliser eux-mêmes. J'ai montré que Pelage développe un élitisme qui convient à une certaine aristocratie chrétienne du moment. Il est pessimiste face aux gens ordinaires et optimiste pour une élite. Augustin, en revanche, au nom de la nécessité de la grâce pour le salut, s'en prend à l'autosatisfaction de cette élite socio-culturelle. Il y voit toute la prétention de l'orgueil humain qu'il dénonce depuis toujours. Julien, évêque d'Eclane en Italie du sud, représente bien cette élite pélagienne, sûre d'elle-même. Il explique, quant à lui, que le péché originel est une doctrine pour les faibles, qui trouvent là une excuse à leur faiblesse. Pour Augustin, au contraire, il y a ce que j'ai appelé « un multitudinisme de la grâce ». C'est par la grâce donnée au plus grand nombre que l'Église est un peuple, que l'Église est une école, mais certainement pas une académie.

Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de vous attaquer à Décadence, le gros ouvrage de Michel Onfray ?...

Des amis m'ont montré ce livre et ma première impression a été catastrophique. J'ai été abasourdi par ce que je lisais sur la négation de l'existence historique de Jésus, atterré par la vision noire donnée de saint Paul et par la vision terriblement négative du christianisme antique que développe Michel Onfray Marc Leboucher avait édité mon précédent livre, Les chevaliers de l'Apocalypse sur le duo Prieur et Mordillât. Cela se passait chez Desclée De Brouwer. C'est encore lui qui m'a contacté pour l'ouvrage que vous avez entre les mains, Monsieur Onfray au pays des mythes, publié cette fois chez Salvator.

Onfray au pays des mythes... Comme vous y allez ! Le texte de Michel Onfray n'a donc pas de valeur historique selon vous...

Écoutez, à la louche, je dirais que 80 % des affirmations historiques de Michel Onfray sont à revoir. Sa bibliographie est toujours bancale. Ses sources ont été lues trop vite. Je ne parle pas des affirmations sans fondement, des généralisations abusives et des amalgames grossiers, proférés avec une assurance qui confine au dogmatisme.

Que répondez-vous à Michel Onfray lorsqu'il nie l'existence historique de Jésus ?

L'existence historique de Jésus fait l'objet d'un consensus des spécialistes, quelle que soit leur confession ou leur absence de confession. Aller contre un consensus aussi fort, c'est aller contre la vraisemblance. Il faut un élément nouveau pour le mettre en cause. Or les cinq sources de Michel Onfray sur le sujet sont à la fois tendancieuses et datées (la plus récente est éditée en 1963 à Moscou aux éditions en langues étrangères). Quant à moi, ma position serait de rappeler d'abord que les Évangiles constituent en eux-mêmes un témoignage suffisant : la personnalité de Jésus s'y dessine de manière précise et concrète. Il faut lutter contre ceux qui pensent que ces textes, en tant que chrétiens, ne seraient pas fiables. Qu'il faille lire ces textes avec un esprit critique, c'est évident, mais il ne faut pas avoir la naïveté de les exclure sous prétexte qu'ils sont confessionnels. Un historien n’exclut jamais a priori une source. La foi des chrétiens est historique. Saint Ignace d'Antioche, à la fin du Premier siècle, s'écriait « Mes archives, c'est le Christ ». Eh bien ! Consultons nos archives ! Pour connaître le Christ, il faut lire avant tout les Évangiles.

Existe-t-il des sources en dehors des Évangiles ?

Bien sûr. Au livre XVIII des Antiquités judaïques (§ 63-64), il y a un texte qui montre que Flavius Josèphe, le grand historien juif, a entendu parler de Jésus avec précision. La tradition manuscrite grecque est unanime sur ce texte, dont les interpolations chrétiennes sont parfaitement repérables : je me rallie, là-dessus à l'analyse de John P Meier. Voici le texte : « En ce temps-là apparaît Jésus, un homme sage [si vraiment il faut l'appeler homme.] C'était un faiseur d'actes étonnants, un maître pour des hommes recevant avec plaisir les vérités; il entraîna à sa suite beaucoup de juifs et beaucoup d'hommes d'origine païenne. [Il était le Christ.] Et quand Pilate, sur une accusation des hommes les plus haut placés parmi nous, l'eut condamné à la croix, ceux qui l'avaient aimé auparavant ne cessèrent pas de le faire. [Car il leur apparut le troisième jour, de nouveau vivant, comme les divins prophètes l'avaient dit à son sujet, en même temps que d'innombrables autres merveilles.] Encore maintenant, la tribu des chrétiens, ainsi appelés d'après lui, n'a pas disparu. » Si l'on enlève les mots entre crochets, qui sont des interpolations chrétiennes, on obtient très probablement le texte qu'écrivit Flavius Josèphe à la fin du Premier siècle. Je pourrais citer d'autres sources païennes,Tacite, par exemple, qui mentionne que Ponce Pilate, un haut fonctionnaire romain bien connu par ailleurs, a condamné Jésus à la croix. Je vous renvoie au passage à la biographie de Ponce Pilate, signée Aldo Schiavone, parue cet automne chez Fayard. Je voudrais souligner en outre qu'aucune source païenne, si polémique soit-elle, ne dénonce en Jésus un personnage inventé. L'existence de Jésus est un minimum, un socle que tous reconnaissent.

Je ne voudrais pas refaire ici avec vous les sept chapitres de votre ouvrage passionnant. Il faut que les chrétiens et tous ceux qui sont intéressés par le Christ se le procurent...

Quelques mots peut-être sur le procès en antisémitisme que mène Michel Onfray... Les Pères ont effectivement signé un certain nombre d'ouvrages Contra Judaeos.

Mais ces ouvrages relèvent en général de la controverse interreligieuse, et pas de l'antisémitisme. Dans cette controverse, il y a des textes extrêmement regrettables, comme les sept ou huit homélies de saint Jean Chrysostome, qui sont ce qu'il y a de plus violent. Contrairement à ce qu'écrit Michel Onfray, ces homélies, je l'ai vérifié, ne contiennent cependant pas le moindre appel au meurtre, ni même à une violence physique. Elles s'inspirent des critiques des prophètes d'Israël contre leur propre peuple, en insultant par exemple l'impiété des juifs de manière parfaitement déplacée… Rien de tout cela ni dans le Dialogue avec Tryphon de saint Justin, ni plus tard chez Augustin, pourtant mis en cause par Onfray. Dans son Tractatus adversus Judaeos, l'évêque d'Hippone se montre parfaitement respectueux. Il donne aux chrétiens des arguments pour une discussion, pas pour un affrontement. Il insiste sur le fait que pour parler de Jésus, il ne faut pas citer aux Juifs « nos propres Écritures », mais les prophéties et les psaumes de l'Ancien Testament. Cela étant posé, Michel Onfray n'étudie pas vraiment les textes. Il pratique l'amalgame au sens le plus fort du terme, en prétendant que de saint Paul aux nazis, il y a une continuité. C'est ainsi qu'il cite un texte de dix lignes, dont il dit qu'il a été écrit par « un catholique ». On découvre un peu plus loin que ce catholique, en réalité, c'est Adolf Hitler lui-même...

Mais n'existe-t-il pas un texte antisémite chez Paul dans son Épître aux Thessaloniciens ?

Il faut d'abord avoir en tête ce qu'écrit saint Paul sur son peuple, par exemple au chapitre II de l’Épître aux Romains, où il insiste sur le fait que les dons que Dieu a faits aux juifs sont « sans repentance ». Michel Onfray oublie ces textes. En revanche, il cite un passage de la Première Épître aux Thessaloniciens (2,15) en le décontextualisant. Il s'agit d'un texte écrit pour des juifs convertis, à propos de persécutions qu'ils subissent à Thessalonique de la part de leurs anciens coreligionnaires. Saint Paul note qu'il s'est passé la même chose en Palestine et il précise que les Judéens qui ont fait obstacle à la prédication de l'Évangile sont, pour cette raison « opposés à tous les hommes ». On ne peut arguer de ce texte en y voyant une essentialisation du juif comme « ennemi du genre humain ». Le contexte immédiat ne le permet pas. C'est en tant que les habitants de la Judée ont fait obstacle à la prédication du Christ aux nations que, pour Paul, ils méritent ce jugement.

Et les femmes... Paul n'est-il pas un affreux misogyne ? Sur ce point au moins, ne faut-il pas donner raison à Michel Onfray ?

La Première aux Corinthiens, chapitre 7 versets 3 et 4 établit une égalité parfaite dans le couple, très loin du machisme que Michel Onfray attribue à saint Paul : « Que le mari s'acquitte de son devoir envers sa femme, et pareillement la femme envers son mari. La femme ne dispose pas de son propre corps, mais le mari. Pareillement le mari ne dispose pas de son corps, mais la femme... ».

Mais n'y a-t-il pas dans les écrits chrétiens une dévalorisation de la chair ?

Là on tourne autour de la question du péché originel. Contrairement à ce qu'affirme Michel Onfray, ni Paul ni Augustin ne font du péché originel un péché de chair. Ce n'est d'ailleurs pas non plus un péché de « connaissance ». Quand l'évêque d'Hippone commente la Genèse, il explique que l'interdit devait permettre aux hommes de se rapprocher de Dieu par la vertu d'obéissance, de comprendre « quel bien est en soi l'obéissance et quel mal est en soi la désobéissance ». En d'autres termes, le commandement est un chemin, un tremplin pour monter plus haut. Ce qui est mis en évidence par Augustin, c'est l'orgueil, superbia, qui est en soi le péché originel, consistant à vouloir se diviniser soi-même.

La description de Paul lui-même, de son physique, par Onfray reste très parlante...

Mais elle est fausse. Michel Onfray cite les Actes de Paul, un apocryphe du IIe siècle, mais il ne le cite pas complètement : il feint de le paraphraser en décrivant Paul « petit, chauve, barbu, les sourcils joints » et il ajoute, de son crû, « un homme disgracieux », « un corps chétif et malade » (p. 67), « un Juif chétif et malingre », « un barbu disgracié » (p. 68). Le texte qu'il a commencé de citer dit exactement le contraire : « un homme de petite taille, à la tête dégarnie, aux jambes arquées, vigoureux, aux sourcils joints, au nez légèrement aquilin, plein de grâce »… Vous voyez que Onfray veut donner à Paul « un petit corps malade. » Si l'on va à la source dont il est censé s'être inspiré, on ne trouve rien de tel. Onfray, pour faire bonne mesure, accuse Paul d'être impuissant, parce qu'il déclare « une écharde dans la chair ». Dans cette interprétation, Onfray se laisse aller à l'arbitraire et à la fiction. Cette écharde n'est pas purement physique, elle désigne un mal spirituel ou religieux, puisque le Seigneur lui répond : « Ma grâce te suffit ». Si l'on se reporte à l'ensemble du texte dont cet aveu est issu, il faut y lire d'une part l'heureuse mémoire d'expériences mystiques éblouissantes (« Je connais un homme, est-ce dans son corps ou hors de son corps, je ne sais, Dieu le sait, qui fut enlevé jusqu'au troisième ciel ») et d'un autre côté la conscience sereine de ses propres limites charnelles. Il est parfaitement abusif d'interpréter ce témoignage comme celui d'un aigri ou d'un frustré !

Vous innocentez les textes fondamentaux. Mais qu'en est-il de l'empereur Constantin ? N'est-ce pas lui qui a imposé le christianisme au monde romain ?

Vous mettez en cause ce que l'on appelle l'Église constantinienne. D'abord l'empereur Constantin n’est pas la machine à tuer que Onfray veut voir. Les crimes familiaux qu'on lui reproche ne sont pas des certitudes. Les sources sur ce sujet sont contradictoires. Il est possible que Constantin ait été calomnié. Constantin n'était pas l'intolérant ou le fanatique qu'Onfray imagine. Il faut se reporter à sa biographie récente par Pierre Maraval. Constantin prend possession de la partie orientale de l'Empire romain, après la défaite de Lieinius en 324. Nous avons une lettre aux populations récemment soumises qui contient une profession de foi chrétienne, mais aussi une déclaration de liberté religieuse pour tous. Même Théodose, à la fin du IVe siècle, continue à pratiquer une relative tolérance, en particulier envers les juifs et les païens pris comme individus. Dans le Code théodosien, on peut lire : « Il est bien établi que la secte des juifs n’est interdite par aucune loi » et aussi : « Qu'aucun innocent ne soit opprimé parce qu'il est juif ». La loi était bien évidemment la même pour les païens. Honorius et Théodose II déclarent par exemple dans un édit de 423 : « Qu'ils le soient vraiment ou qu'ils passent pour l'être, nous demandons spécialement aux chrétiens de ne pas oser, en abusant de l'autorité de la religion, porter la main sur des juifs et des païens qui vivent dans le calme et ne tentent rien de violent et de contraire aux lois ». Il y a plusieurs documents en ce sens.

✍︎ Jean-Marie Salamito, Monsieur Onfray au pays des mythes, réponses sur Jésus et le christianisme, éd. Salvator, 15 €.

Propos recueillis par l'abbé Guillaume de Tanoüarn monde&vie 29 juin 2017 n°942

mardi 13 octobre 2020

L'identité de la France est liée au baptême de Reims

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L'identité de la France ne se résume pas plus à la possession d'une carte plastifiée que celle d'une personne à un extrait d'état-civil. L'identité est liée à l'âme. Et depuis 496, l'âme de la France est catholique.

La question de l'identité, du moins son concept, peut-être ambiguë. Comme l’explique Thibaut Collin, professeur de philosophie, ce concept « vient du vocabulaire des revendications minoritaires (Noirs, femmes, gays etc.). Il ne peut être utilisé dans le cas des nations sans souligner qu'une nation n'est pas un groupe semblable à telle ou telle minorité puisant dans une idéologie le motif de sa - reconnaissance et de sa "fierté" » En d'autres termes, l'identité d'une nation n'a pas besoin qu'on en parle pour s'imposer. Elle n'est pas de l'ordre de la revendication.

Mais il n'est pas inutile, malgré tout, de réfléchir avec nos contemporains. L'identité d'une personne est indéniablement une identité physique. Celle d'un pays l'est aussi : on parle alors de géographie. La France est un « hexagone » identifié par des frontières naturelles et de multiples paysages comme une personne s'identifie par sa taille, sa couleur de cheveux et autant de traits qui font sa physionomie. Mais peut-on s'arrêter là? Ne peut-on pas voir les choses plus en profondeur ?

Pour savoir quelle est notre identité, doit-on viser plus haut que notre identité physique et chercher dans la partie supérieure de notre être ce qui fait fondamentalement notre identité profonde ?

L'identité spirituelle de la France est chrétienne

C'est le sens du célèbre « connais-toi toi-même » du sanctuaire de Delphes repris par Socrate. Pour ce philosophe, nous avons à nous connaître de l'intérieur. Se « connaître de l'intérieur » n'est ce pas justement trouver son identité ? Une identité non plus purement physique mais spirituelle ? L’âme est encore principe d'unité, selon le maître de Platon. Or nous dit le petit Robert de la langue française, identité peut se définir par le « caractère de ce qui est un ». Ou encore, elle est connexe au principe d'« unité ». Il existe donc bien un lien entre l'identité-et l'âme. L'identité peut bien relever de l'ordre spirituel.

Historiquement, en France, c est la religion catholique qui a rempli cet ordre. Quand la République a voulu le remplacer par une philosophie laïque élaborée par « Les Lumières », elle n'a fait finalement que poursuivre le même but que l’Église en laïcisant «profanant» ses valeurs : la République a exporté sa foi en la liberté, l'égalité et la fraternité sur tous les continents. Ce n'était plus l’Évangile du fils de Dieu que l’on prêchait, mais des idées. Et les Droits de l'homme se sont imposés.

Comme le dit Chesterton, « le monde moderne est envahi de vieilles vertus chrétiennes devenues folles ». La liberté annoncée par la République remplace la liberté promise aux enfants de Dieu; l'égalité, la dignité en Dieu de tous les hommes; et la fraternité poursuit l'idéal de fraternité chrétien. Si l'identité est de l’ordre de la permanence, si elle participe du principe d'unité, de l'âme donc, alors on peut dire que l'identité de la France est chrétienne.

Quand la République nous dit qu elle est « une et indivisible », elle court encore après son unité chrétienne. Une unité qu elle cherche à poursuivre tout en en niant l'essence d'ordre spirituelle et historiquement chrétienne de la France. Or c'est le baptême qui identifie un chrétien. Je peux m'identifier comme chrétien, ou plus précisément comme catholique, parce que j'ai été plongé dans les eaux du baptême.

En embrassant la foi catholique, Clovis a accompli un acte fondateur

Pourquoi peut-on dire que le baptême de Clovis en 496 est fondateur et qu'il donne à la France son identité chrétienne ? Michel Rouche et Pierre Chaunu nous donnent des éléments de réponse, le premier dans son ouvrage sur Clovis(1), le second en ayant écrit avec Eric Mension-Rigau sur le Baptême de Clovis, baptême de la France, de la religion d’État à la laïcité d’État(2). La conversion du chef franc est une affaire de personne dans laquelle Geneviève, Clothilde et Rémi jouent un rôle important. Mais la conversion du prince implique aussi - sur le long terme seulement et pas de manière coercitive, comme l'a montré magistralement Bruno Dumézil(3) -, la conversion du reste du peuple franc. Après son baptême, Clovis favorise Église gallo-romaine, solidement encadrée par ces figures de proue qu'étaient les évêques mérovingiens. Les princes qui lui succéderont resteront ses alliés et ses protecteurs jusqu'à faire émerger cette nation franque à laquelle nous appartenons(4).

Certes, les pasteurs chrétiens n’avaient pas attendu le baptême du prince franc pour évangéliser la Gaule. Mais l’hérésie arienne rongeait une partie de son territoire : les Wisigoths et les Burgondes, implantés, les premiers en Aquitaine, et les seconds de Langres jusqu'à la Durance, étaient convertis à l’arianisme. En rejetant ses dieux barbares pour embrasser la foi catholique et être marqué du sceau du baptême, Clovis a bel et bien accompli un acte fondateur jamais renié par ses successeurs royaux.

Principe d'unité, vecteur d'identité, la foi chrétienne a irrigué la France. Les droits sociaux dont notre État-Providence est si prodigue, ne découlent-ils pas de ce besoin que ressent le pouvoir de se soucier des plus démunis, écho de l'Évangile pour les uns, caricature pour les autres ? Pour retrouver le sens de notre identité et de notre histoire, laissons au pape Jean-Paul II le soin de nous interpeller. C'était au Bourget, le 1er juin 1980 : « France, France, fille aînée de l'Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? »

1). Michel Rouche, Clovis Fayard, 1996

2). Pierre Chaunu, Eric Mension-Rigau, Baptême de Clovis baptême de la France, de la religion d’État à la laïcité d’État, Balland, 1996

3). Bruno Dumézil, Les racines chrétiennes de l’Europe conversion et liberté dans les royaumes barbares Ve - VIIIe siècle Fayard, 2005

4). cf. Colette Beaune, Naissance de la nation France, Gallimard, 1985

Pascal Lesage monde&vie 21 novembre 2009  n° 819

lundi 2 avril 2018

Les Évangiles Face À L’Histoire

Bruno Bioul publie Les Evangiles à l’épreuve de l’Histoire aux éditions Artège. A travers cet essai aussi érudit qu’haletant, l’historien pose une question redoutable : le Nouveau Testament n’est-il qu’une suite de légendes ou bien s’agit-il d’un document proprement historique ?
Avec les sorties presque simultanées de L’Apparition de Xavier Giannoli et de Jésus, l’enquête de Jon Gunn, l’actualité cinématographique témoigne non seulement du timide retour au sacré qui traverse nos sociétés occidentales comme du questionnement que cela suscite. En janvier 2017, Michel Onfray avait suscité la polémique avec son essai Décadence (Flammarion) dans lequel il n’hésitait pas à nier l’existence de Jésus. L’universitaire Jean-Marie Salamito lui avait répondu de la meilleure des façons à travers un essai pour le moins jubilatoire en mai 2017 (Monsieur Onfray au pays des mythes, Salvator), en fournissant les preuves irréfutables de l’historicité de Jésus de Nazareth.

vendredi 13 février 2015

Découverte d'un fragment de l'Evangile selon saint Marc ?

Pour une fois qu'on nous annonce la découverte d'un vrai Evangile, la presse va-t-elle en parler comme quand elle s'étale sur des pseudos-évangiles ?
"Ce texte, qui pourrait bien être la plus ancienne copie connue de l'Évangile, a été écrit sur une feuille de papyrus réutilisée pour créer le masque d'une momie égyptienne. Il s'agirait d'un fragment de l'Évangile de Marc ; et, surprise, ce fragment a été daté d'avant l'an  90 de notre ère (l'original aurait été écrit quelques années après la mort de Jésus-Christ). Une découverte considérable car, à ce jour, les plus anciennes copies de l'Évangile datent du IIe siècle.
La découverte a été rapportée par la revue LiveScience qui s'est intéressée aux recherches effectuées par le docteur Craig Evans, professeur du Nouveau Testament à l'Université Acadia Divinity College à Wolfville (Nouvelle-Écosse, Canada) et par une équipe d'environ trois douzaines de scientifiques qui étudient des centaines de textes grâce à une technique permettant de dissoudre la colle des masques de momies sans endommager l'encre. Le texte écrit peut ainsi être lu. [...]"

dimanche 4 septembre 2011

Anne de Kiev, reine de France et fille de la Sainte Russie


Un moine italien, Jacques de Voragine, entreprit au XIIIe siècle d’instruire ses contemporains en leur racontant la vie de la Sainte Famille et des saints.
J’ai rencontré la Dame de Voragine de notre temps.
Elle s’appelle Jacqueline Dauxois et sa légende dorée est celle de la Sainte Russie et d’Anne de Kiev devenue reine de France en épousant le petit-fils d’Hugues Capet à Reims en 1051. Jacqueline Dauxois nous a déjà donné de merveilleux portraits, celui de la première d’entre nous, Eve, chez le même éditeur, les Presses de la Renaissance, où l’on voit Adam et Eve aux prises avec les petites et les grandes tentations de Satan dans un paradis qu’ils devront quitter pour cette vallée de larmes.
Puis le portrait de Marie Magdeleine, la pécheresse de l’Évangile que Jacqueline Dauxois rend lumineuse, celui d’autres reines plus ou moins bien traitées par la renommée, la Reine de Saba, Nefertiti, Cléopâtre, Messaline.
Deux choses intéressent principalement Jacqueline Dauxois dans ses biographies : la vérité psychologique de ses personnages et leurs rapports avec le Créateur quand ils Le connaissent.
Anne de Kiev est la descendante de Rurik le Viking, de sainte Olga, du grand Vladimir et de Yaroslav le Sage, les pères fondateurs de la Russie. Elle est infiniment belle et blonde, intelligente et vigoureuse, elle étudie, chasse et danse. Très croyante, enfin, elle veut devenir sainte. Son père a marié ses soeurs à des rois. Pour sa dernière fille, la plus aimée, il choisira le roi de France.
Henri Ier est aussi sombre qu’Anne est lumineuse. Détesté par sa mère, il se désespère de voir la France de l’an Mille souffrant mille morts de famine et d’épidémies dues à un dérèglement climatique : la France est inondée. Plus aucune récolte ne peut germer.
C’est le roi de Pologne, Casimir le Restaurateur, qui fut moine en l’abbaye de Cluny avant d’être rappelé sur le trône, qui a l’idée de proposer au roi de France sa nièce Anne en mariage.
Henri est veuf, âgé, sans descendant. Les vassaux du royaume rôdent comme des loups autour du trône. Le plus dangereux est Guillaume le Bâtard, duc de Normandie. La renommée d’Anne va séduire Henri qui envoie une première ambassade bien misérable à la cour de Kiev si riche et si heureuse. Une seconde ambassade sera nécessaire et Anne quittera Kiev, la ville aux quatre cents églises, pour toujours.
Elle apprendra le français et sera de France sans cesser d’être de Russie car, nous rappelle l’auteur, l’amour ne soustrait pas, il additionne et multiplie. Nous revivrons le mariage et le couronnement d’Anne à Reims le 19 mai 1051 :
« La ville est si parée et les cantiques de l’église romaine si beaux qu’Anne ne songe pas à comparer avec le rituel byzantin. Ce qui l’émeut, ici, comme à Kiev, c’est que tout a été mis en oeuvre pour donner aux hommes un avant-goût du Paradis. Portée par l’élan de foi qui semble jaillir des pierres elles-mêmes, Anne lève les yeux vers l’église flanquée d’une tour dont la toiture de plomb dorée étincelle au soleil comme une coulée d’or. Ce toit, qui, cependant, ne leur ressemble pas, évoque les coupoles dorées et les bulbes de Russie. Comme eux, ce clocher de France témoigne de la ferveur de bâtisseurs fous de Dieu, qui, partout dans la chrétienté, cherchent l’expression idéale d’une splendeur tout entière vouée à la gloire de Dieu. »
Nous suivrons une reine qui dépense sa peine et ses richesses pour les pauvres et les malades et qui régnera très vite dans le coeur des Français. Nous la verrons convertir les hommes les plus durs comme ce Raoul de Valois qui l’attendra huit ans, brûlant d’amour mais respectueux de la reine devenue veuve.
Jacqueline Dauxois est une prodigieuse conteuse. Pour écrire cette histoire il fallait aimer également la Russie et la France, les orthodoxes et les catholiques. C’est l’époque du grand schisme entre chrétiens d’Orient et d’Occident. Il fallait comprendre et aimer ce Moyen Age si violent et si mystique en France comme en Russie. Il fallait aimer cette Russie qui était bien sanguinaire avant de s’immerger dans le sacré et devenir l’un des peuples les plus mystiques de la terre. Il fallait enfin connaître l’étoffe dont sont faits les hommes et les femmes, si fragile ou si belle que les peintres ne peuvent que peindre la réalité. Jacqueline Dauxois sait tout cela. Elle nous entraîne dans sa légende dorée et nous rappelle avec infiniment de poésie combien nos deux peuples, les catholiques français et les Russes orthodoxes, ont été proches, et nous en resterons profondément marqués.

Anne de Kiev, par Jacqueline Dauxois. Presses de la Renaissance. 20 teuros. ISBN 2856168876

samedi 14 mai 2011

Ce que j’ai vu et entendu à Rome deux jours avant la mort de Mgr Lefebvre

Au moment où de nouvelles menaces, auxquelles l’épiscopat français n’est sans doute pas étranger, se précisent contre Saint-Nicolas-du-Chardonnet, signe visible, à Paris, et donc le plus médiatisé de l’oeuvre de Monseigneur Lefebvre, le Libre Journal apporte une pièce inédite au dossier des relations entre la Tradition et le Saint Siège. Le récit d’une ultime tentative de réconciliation que Winfried Wuermeling entreprit le 22 mars 1991. Ce texte a été établi à partir d’un rapport rédigé de mémoire par W. Wuermeling dans les instants qui suivirent l’entrevue.
Les protagonistes ignoraient évidemment à ce moment-là que l’Evêque de fer allait gagner, deux jours plus tard, sa Patrie céleste.
J’arrivai à Rome le vendredi 22 mars 1991. Deux semaines auparavant, j’avais entendu Mgr Perl au téléphone :
- Nous avons eu, voilà trois semaines, la visite de votre évêque, Mgr Thomas ; il semble que les choses s’arrangent très bien à présent.
- Premièrement, lui avais-je répondu, Mgr Thomas n’est pas notre évêque mais l’évêque de Versailles ; notre évêque à nous est Mgr Thierry Jordan, de Pontoise. Deuxièmement, ne savez-vous pas qu’à Port-Marly le chauffage et l’électricité sont toujours coupés et que le curé conciliaire a intenté un procès civil contre la Tradition ? Vous appelez ça “s’arranger” ? Vous n’êtes pas informés à Rome ! Voilà ce qui arrive quand on ne passe que par la nonciature…
Mgr Perl m’avait donc accordé, en tant que délégué du Comité Sainte-Geneviève, un rendez-vous auprès de la Commission pontificale Ecclesia Dei, présidée par le cardinal Mayer.
Sainte-Geneviève, paroisse florissante jusqu’à VatIcan II, avait été délaissée par les fidèles, louée par l’évêché de Pontoise aux musulmans qui en firent une mosquée Quûba, puis vendue au maire communiste d’Argenteuil qui la rasa, malgré les prières des catholiques agenouillés autour du chantier de démolition.
Un Comité Ste-Geneviève s’était constitué en vue de sa reconstruction ; une quête nationale avait été lancée dans ce but et, en attendant, nous occupions, chaque mois, une église du Val-d’Oise dans l’espoir que l’évêque Jordan consentirait finalement à nous donner un lieu où un prêtre de la Fraternité sacerdotale St Pie X pourrait célébrer la messe de toujours.
L’évêque s’obstinant, j’étais venu à Rome en appeler de cette attitude qui s’aggravait d’un refus de communion opposé, sur ordre de Mgr Jordan, par le curé de Garges-lès-Gonesse à deux paroissiens suspects de sympathies pour Mgr Lefebvre.
L’entretien allait donc porter à la fois sur la situation de la Tradition en France et sur la situation de Mgr Lefebvre, sujets indissolublement liés.
“Si vous n’exigiez pas des prêtres de St Pie X, les choses s’arrangeraient”
Le cardinal Mayer se déclara horrifié par l’abandon de l’église aux musulmans mais lorsque, lui rappelant que le cardinal Pappalardo venait de livrer l’église San-Paolino de Palerme (Sicile) aux musulmans, je lui demandai comment on pouvait accorder aux islamistes des lieux de prières refusés aux catholiques, seul un silence consterné me répondit.
- Si vous ne réagissez pas dans cette incroyable affaire, prévins-je, nous, les laïcs, nous le ferons. Nous sommes mille, demain nous serons dix mille…
- Si vous n’exigiez pas des prêtres de la Fraternité sacerdotale St Pie X, convint le prélat, les choses s’arrangeraient plus facilement.
- Nous avons perdu confiance en vos prêtres ! A Garges-lès-Gonesse, paroisse traditionnelle, l’évêque avait délégué “pour dire la messe en latin” un desservant qui, au bout de trois ans, annonça : « Maintenant, vous êtes plus mûrs, nous allons commencer à vous habituer à Vatican II dans cette paroisse. Par exemple, par une concélébration de temps à autre… » Eh bien, Eminence, des prêtres comme cela, nous n’en voulons pas. Sinon, dans cinq ans, il nous faudra repartir de zéro. Nous voulons des prêtres sûrs, qui nous prêchent tout l’Evangile, tous les dogmes, toute la morale. Actuellement, il n’y a qu’une seule adresse pour cela dans l’Eglise : la Fraternité sacerdotale St Pie X.
- Quand nous étions jeunes séminaristes, se souvint le cardinal, nous étions aussi très attachés à la liturgie, aux processions, aux dévotions, etc. Mais, en même temps, nous nous sommes dit que, sur certains points, il faudrait quand même moderniser un peu… Chez vous, on est souvent pointilleux dans les gestes et les formes du rite. C’est ridicule et borné.
- Eminence, j’étais à l’église St-Joseph à Pékin, il y a trois ans. Si vous aviez vu ces gens si attachés à notre sainte messe, vous auriez pleuré. Il ne leur reste plus rien que cela, le rite. Et nous, nous serions dans une autre situation ? Et sainte Jeanne d’Arc, ne croyez-vous pas qu’elle s’est mise à genoux pour recevoir, de façon “bornée”, comme vous osez le dire, le Seigneur sur la langue, excommuniée qu’elle était ? Je vous prie d’avoir un extrême respect pour les personnes qui s’accrochent de façon “bornée” au rite pendant cette crise de l’Eglise. C’est souvent l’expression d’une foi absolument pure. Si vous voulez savoir ce qui se passe dans nos âmes, Eminence, dites-vous que nous nous sentons comme Jeanne après son excommunication, avec le seul Christ comme consolation. Eminence, cette excommunication de Mgr Lefebvre était une erreur gravissime ; il faut qu’elle soit très rapidement invalidée !
- Comment pouvez-vous parler d’une erreur de l’Eglise ?
- Le cardinal Ratzinger lui-même a dit, au cours d’une conférence aux évêques latino-américains, mexicains, je crois : « Quelle erreur avons-nous faite pour que cette séparation se soit produite ? Ou plutôt quelles erreurs sommes-nous en train de commettre pour que cela perdure ? » Si le cardinal Ratzinger dit cela, c’est qu’il est convaincu que des erreurs ont été commises par l’Eglise. Pourquoi donc vous, Eminence, qui êtes un saint homme, et Mgr Lefebvre qui l’est aussi, comme vous venez de le reconnaître, n’employez-vous pas vos saintes volontés à trouver une solution ensemble ? Nous, laïcs, sommes déchirés par cette guerre de paragraphes. Si c’est le même Esprit-Saint qui remplit vos coeurs, à vous et à Mgr Lefebvre, une solution doit pouvoir se trouver pour sortir de là.
- C’est triste, mais Mgr Lefebvre ne veut pas venir ici pour discuter.
- C’est vous qui ne voulez pas l’accueillir. Pouvez-vous assurer, Eminence, que le Pape est prêt à recevoir Mgr Lefebvre pour trouver une solution ?
Mgr Mayer se récria :
- Mais enfin, je ne peux pas prendre d’engagement pour le Pape !…
- Certes, mais vous pouvez convaincre le Pape de daigner écouter Mgr Lefebvre à qui, de mon côté, j’essayerai de parler à Pâques ? Il faut que cette excommunication cesse avant qu’il ne soit trop tard. Si Mgr Lefebvre disparaissait, les choses pourraient empirer. C’est vous qui porterez la responsabilité de cette déchirure, par omission. C’est rare dans l’histoire de l’Eglise.
Le cardinal promit de tenter une démarche auprès du Pape. Il me dit également que le cardinal Thiandoum, successeur de Mgr Lefebvre à Dakar, avait « pleuré » chez lui au motif que Mgr Lefebvre « ne voulait absolument pas revenir ».
“La liberté de conscience ne vaut que pour les autres, pas pour nous”
Je fis remarquer qu’effectivement, si l’on attendait du prélat d’Ecône un voyage à Canossa, ce n’était pas envisageable.
Mgr Mayer me dit alors :
- Mgr Lefebvre m’a dit lors du Concile qu’il était d’accord avec 80 % des résolutions. Aujourd’hui, il est contre à 100 %. Pour lui, tout est mauvais dans l’Eglise. Mgr Lefebvre se trompe d’adversaire : il lutte contre l’Eglise au lieu de lutter contre les athées.
- Vous vous trompez ! Nous sommes au coeur de l’Eglise et nous l’aimons profondément. Le Pape est notre Pape, vous êtes notre cardinal, notre évêque est notre évêque. Nous prions à chaque sainte messe pour Sa Sainteté : “Pro Pape nostro… pro Antistite nostro…” Nous le chantons entre les Christus Vincit. Vous pouvez nous chasser autant de fois que vous voulez, le soir même nous serons là pour frapper à la porte : “Père, c’est ton fils”. C’est dur à entendre pour ceux qui veulent nous exclure mais jamais nous n’abandonnerons notre Eglise. Pourquoi pensez-vous que nous n’achetons pas une salle de cinéma à transformer en chapelle ? Pourquoi croyez-vous que nous occupons tant d’églises ? Parce que ce sont les nôtres !
- Mais vos actions sont violentes, vous chasseriez la messe selon le nouveau rituel…
- Nul besoin de la chasser. Elle disparaitra, faute de fidèles. C’est déjà le cas. Vos églises se vident. Quant à la “violence”, c’est un mensonge. Jamais nous ne sommes violents dans nos occupations. Nous entrons toujours après la dernière messe paroissiale, nous ne cassons rien, nous n’agressons personne. La seule violence a eu lieu contre nous dans la cathédrale de Pontoise, le 1er juillet 1990. Par contre, la violence de l’Evangile, de la Parole de Dieu, nous ne la refusons pas. C’est une Violence dont la lutte physique n’est qu’une pâle image. Cette violence spirituelle, c’est celle de l’Esprit-Saint, et si c’est Lui qui nous inspire, nous ne pourrons que gagner.
- Oui, répondit simplement le cardinal.
Plus tard, parlant du rôle de subsidiarité des laïcs dans le cas de fautes des supérieurs hiérarchiques, j’allai jusqu’à dire qu’un jour nous descendrions à Rome faire la grève de la faim sous le portail de la Piazza Sant’Ufficio où se tiennent le Saint Office du cardinal Ratzinger et la Commission du cardinal Mayer.
- Toujours des ultimatums ! soupira le cardinal.
- Oui, car le Royaume de Dieu presse et les âmes se perdent !
- Mais, dit-il, vous nous desservez auprès des autres évêques qui nous montrent les articles des journaux et disent qu’ils ne veulent pas de ces traditionalistes-là.
- C’est vraiment le comble ! Nous vous desservons ?! Le fauteuil sur lequel vous êtes assis, Eminence, a été consolidé par Mgr Lefebvre ; votre église St-Eugène, à Paris, n’existe que parce que St-Nicolas-du-Chardonnet existe, votre chapelle de L’Hermitage à Pontoise n’a fini par être ouverte par l’évêque qu’en réponse à nos actions dans le Val-d’Oise… et c’est nous qui vous desservons !
Puis, comme nous en venions à évoquer la liberté de conscience, le cardinal eut ce propos étrange et intéressant :
- Mais Mgr Lefebvre comprend mal cette liberté ; naturellement, elle n’est valable que pour les autres, pas pour nous. Par exemple, en Arabie Saoudite, nous serions heureux que les autorités reconnaissent la justesse de ce principe ; l’Eglise y gagnerait.
- Si vous pensez vraiment cela, lui dis-je, il faut le dire. Mais je ne crois pas que vous oserez le dire au monde. Selon vous, la Vérité n’est la Vérité que si les gens l’acceptent dans leur for intérieur. Je ne suis pas d’accord. La Vérité n’est pas relative. C’est là toute l’ambiguïté de ce décret conciliaire. Excusez-moi de parler de mon père, que vous avez connu : il était de cette génération de chênes, de ces catholiques debout. Ministre de la Famille, en Allemagne après la guerre, il a, pendant douze ans, sous le grand chancelier Adenauer, imposé la morale chrétienne au pays. Il a interdit la pornographie, les préservatifs, la drogue, l’avortement… Il ne s’intéressait pas à la question de savoir si les gens acquiesçaient, il s’intéressait à la vérité. Il a menacé douze fois de démissionner si telle ou telle loi ne passait pas au Conseil des ministres. La treizième fois, on l’a mis dehors mais l’Allemagne a pu ainsi rester propre pendant douze ans. Les enfants ne furent pas pourris par les salauds publics comme c’est le cas aujourd’hui. C’est de ministres comme cela que nous avons besoin, d’évêques comme cela, de Papes comme cela. Et que nous proposez-vous ? La “liberté de conscience” !
“Monsieur, si vous êtes avec Mgr Lefebvre, je ne puis rien pour vous”
De nouveau, je réclamai davantage de dialogue avec la Tradition.
- Mais, regardez Mgr Perl, me dit le cardinal il a passé trois mois à dialoguer avec Mgr Lefebvre, pour rien. Et vous voudriez que l’on continue à dialoguer ?
- Oui, c’est votre devoir, et celui de chaque évêque. Il faut chercher la brebis que l’on considère perdue. Comme Jésus. Il faut dialoguer “non seulement sept fois, mais sept fois sept fois”. Vous ne pouvez pas vous laver les mains comme Ponce Pilate. Il y a urgence, Monseigneur !
Le cardinal remarqua que Mgr Jordan était l’un des quatre évêques de France à avoir célébré personnellement la messe St Pie V :
- Eh bien, dis-je, si ces quatre évêques sont vos seules colonnes de la Tradition en France, vous n’êtes pas bien partis. Nous avons, nous, quatre évêques d’un autre calibre qui ne célèbrent que la messe St Pie V, mais vous les rejetez.
Alors, le cardinal me posa l’inévitable question :
- Répondez-moi clairement, monsieur : êtes-vous pour Mgr Lefebvre ou pour le Pape ?
- Eminence, je suis pour le Pape ET pour Mgr Lefebvre. Ce problème n’est pas dans ma tête mais dans la vôtre. Je ne vois même pas comment on pourrait être pour Mgr Lefebvre et contre le Pape, compte tenu de sa fidélité exemplaire. Je dis “fidélité” et non pas “obéissance”, et je ne vous ferai pas l’injure de rappeler que, selon saint Thomas d’Aquin, la désobéissance peut être pour un chrétien un témoignage de fidélité. Même envers le Pape. Dans les choses infaillibles, vous ne trouverez pas plus fidèles que nous à l’Eglise. Mais, pour ce qui concerne la partie faillible, des signes graves nous amènent à douter et nous forcent à questionner nos consciences.
Et je mentionnai alors les fausses doctrines du nouvel évêque de Würzburg, Mgr Kasper, sans susciter aucune réaction.
- Dans l’Eglise, dit cependant le cardinal, il ne s’agit pas seulement d’obéir aux choses infaillibles mais bien aussi aux choses faillibles. Regardez, moi-même, croyez-vous qu’il m’est agréable d’être appelé à Rome à soixante-dix-neuf ans pour une mission aussi importante que celle de la Commission Ecclesia Dei ?
- Je ne pense pas, en tout cas, qu’il faille obéir aveuglément aux hommes mais seulement à ceux dont les ordres sont conformes à la Volonté de Dieu. Je compare donc en conscience leurs ordres avec les préceptes divins, et j’agis en conséquence. Souvent, dans le cas de l’Eglise actuelle, je me vois forcé d’agir autrement. C’est la magnifique liberté des laïcs, comme je me permets de le redire.
Puis, à mon tour, je posai la question de fond :
- Cardinal Mayer, dites-moi, oui ou non, est-ce que la Tradition n’est pas vraiment catholique ?
Il sembla ne pas comprendre et Mgr Perl dut répéter la question, ce qu’il fit très exactement. Il répondit alors :
- Naturellement… Puis, il reprit :
- Monsieur, si vous êtes avec Mgr Lefebvre, je ne puis rien pour vous et je me demande si cet entretien a un sens.
“Refuser la communion et excommunier sont deux choses différentes”
- Nous excommunier est une chose, dis-je, mais nous donner des coups de pied comme à des chiens galeux, comme c’est le cas dans le Val-d’Oise, est autre chose. Et c’est pour cette autre chose que je demande aussi votre intervention. Oui ou non, nous autres laïcs, dans la mouvance de Mgr Lefebvre, sommes-nous également excommuniés ?
Ce n’est pas le cardinal qui me répondit mais Mgr Perl :
- Normalement non, il n’y a que les six évêques.
Puis, se rendant compte de son erreur :
- Refuser la communion et excommunier, ce sont deux choses différentes…
- Il y a des excommunications, dis-je, qui ne valent rien devant Dieu. Celles de sainte Jeanne d’Arc et de Mgr Lefebvre. Et il y a des communions qui sont une horreur devant Dieu, comme celles des divorcés, des avorteurs, etc. A ce propos, Eminence, comptons les pilules dans les sacs des femmes dans les églises conciliaires et dans les églises de la Tradition ! Et on verra où sont les vraies déchirures dans l’Eglise. Face à cela, ces histoires de paragraphes canoniques que vous nous jetez à la figure sont un détail ridicule dans l’histoire du Salut ! Je suis étonné qu’ici, à Rome, on ne regarde pas l’essentiel.
Je revins alors au Comité Ste-Geneviève.
- Si l’évêque ne veut pas nous aider de manière positive en nous louant une église, qu’au moins il ne gêne pas ceux qui sont prêts à le faire. A Eaubonne, le maire a fait restaurer l’ancienne église paroissiale Ste-Marie où le curé ne trouve pas le temps de célébrer. Le maire nous l’attribuerait bien mais l’évêque refuse. Eminence, dis-je en le fixant dans les yeux, comment jugez-vous un évêque qui préfère laisser cent quinze églises de son diocèse sans prêtre plutôt que de les ouvrir à la Tradition ?… C’est ça, la haine, Monseigneur !
- Considérez aussi qu’il n’est pas facile d’être évêque, me dit-il.
- Et vous voulez que je sois de ce côté-là ? demandé-je. Si vous aviez été avec nous quand, devant la Basilique de la Sainte-Tunique d’Argenteuil fermée à ses paroissiens pour éviter notre présence, nous avons célébré la sainte messe devant le portail, sous un soleil merveilleux ! Ah, c’était vraiment catholique : le chant grégorien, le Credo, le grand autel, les enfants de choeur, deux cent trente-cinq communions, les bannières proclamant la présence de tous nos Saints et Saintes, la dévotion, la communion à genoux… Même les gens de la paroisse nous ont rejoints (après avoir quitté la messe à la sauvette que l’on avait exilée dans un gymnase proche). Nous étions émus aux larmes. Comparez cela à la messe protestantisante de quarante ou cinquante personnes de chaque dimanche, à l’intérieur de cette Basilique.
Savez vous qu’une semaine plus tard une femme-pasteur a prêché dans cette même Basilique ? Eminence, vous entendez ? Une protestante peut prêcher dans une église catholique où nous, catholiques, n’avons pas le droit de célébrer la sainte messe de toujours !…
Et que l’on ne nous parle pas de sécurité, la sainte Tunique est tellement bien gardée qu’elle fut volée pendant plus de six mois et retournée contre rançon. Nous voulons refaire de cette Basilique le centre d’un pèlerinage mondial vers la sainte Tunique de Notre Seigneur.
Le cardinal me demanda :
- Comment osez-vous exiger la démission de votre évêque ?
- Parce qu’il est devenu un casseur dans l’Eglise, il faudra qu’il parte.
- Ce n’est quand même pas vous qui l’en sortirez ?
- Non, mais, d’une part, il n’est pas interdit de prier pour qu’il parte (et Dieu a encore son mot à dire, que je sache), et, d’autre part, nous informons ce que j’appelle “la conscience catholique française” qui existe encore dans ce pays.
Montrant à nouveau le livre des cent trente articles de journaux concernant notre combat, j’ajoutai :
- Il se peut qu’il craque devant la pression publique de l’opinion catholique. Vous rassemblez 7 % des Français dans les églises mais songez aux 93 % d’autres “catholiques”. Savez-vous de quel côté ils penchent ? La vraie catholicité est sans complexe, sans compromissions, sans remords. Nous avons fondé une association, l’UNEC (Union des nations de l’Europe chrétienne), afin de lutter contre l’avortement dans toute l’Europe, avec tous les chrétiens. Nous nous rendons, sous les bannières de l’UNEC, sans la moindre gêne, aux messes “diplomatiques” de St-Pierre-de-Montmartre à Paris où l’on fait du bon oecuménisme, si l’on peut dire. On n’y cache pas la Vierge Marie, au contraire. Avant le début de la messe, tous les diplomates (y compris les musulmans) sont conduits vers la statue de la Vierge - là où saint Ignace a fait sa “veillée d’armes” - où l’on dit une prière. On insiste sur le crime de l’avortement, la nécessité de la paix, l’impossibilité de la paix sans le respect de la Vie. Puis, tous assistent à la sainte messe catholique. Vous voyez, nous ne sommes pas si… “bornés”, dis-je au cardinal. Le vrai oecuménisme, c’est d’amener les nations à Jésus et à sa Mère. Partout où cela se fera, nous serons de votre côté.
Je l’informai alors que nous avions réussi à rassembler dans l’UNEC - extension internationale du Comité Ste-Geneviève - des protestants allemands, des évêques orthodoxes français, des évêques polonais, un évêque de Suisse - Mgr Tissier de Mallerais - pour lutter ensemble face aux terribles attaques actuelles contre le christianisme et le Christ. Saint Pie V avait-il fait autre chose en rassemblant tous les chrétiens (dont certains guerroyaient entre eux) pour la bataille de Lépante ?
- Eh bien, les seuls qui ne veulent pas participer, ce sont les évêques français. Parce que, disent-ils, « il y aurait un évêque de Lefebvre ». Alors, dites-moi, Eminence, les “bornés”, ils sont de quel côté ? Nous, nous sommes catholiques. C’est-à-dire universels, embrassant tout, rassemblant tout, fidèles à tout. Comment excommunier le catholicisme de l’Eglise catholique ? C’est ignoble. Il faut que cela cesse.
Le cardinal regarda sa montre ; c’était le signe que l’audience accordée prenait fin.
Je remerciai mes interlocuteurs et je demandai au cardinal sa bénédiction, qu’il m’accorda volontiers. En partant, dans la porte, me trouvant seul avec Mgr Perl, je lui redis :
- Il est toujours bon de se parler. Merci. Gardons le contact, si vous le voulez bien.
Il me répondit aimablement :
- Bien sûr, dès que l’occasion se présentera.

Je ne savais pas, alors, que celle occasion nous serait donnée à peine cinquante-six heures plus tard par Dieu qui appela Son serviteur, Mgr Marcel Lefebvre, à la Vie Eternelle.
par Winfried Wuermeling, Secrétaire général de l’UNEC

samedi 30 octobre 2010

L’Apocalypse permanente : Napoléon et le 666

Le 666 ou nombre de la bête a toujours fait rêver les foules d’ésotéristes amateurs ou professionnels. On lui a associé toutes sortes de monstres divers et variés issus de l’histoire du monde, à terminer par Bush, Ben Laden ou même ce pauvre Bill Gates. En 2000, arguant du fait qu’en hébreu la lettre vav ou W vaut 6, j’avais même associé le nombre maudit au développement du réseau (WWW…) et ainsi écrit mon livre Internet la nouvelle voie initiatique, qui traitait des rapports complexes de la technologie et de la gnose ou de la cabale. Le 666, fait plus intéressant, a aussi été associé à la base 6 du code-barres que l’on voit sur tous les produits que nous consommons. À l’époque où cette information était parue, les sectes en faisaient leurs choux gras. Aujourd’hui tout le monde s’en fout ; il faut dire, et je le répète, que Da Vinci Code et le raseur Braun a liquidé l’intérêt des foules ou de ce qu’il en reste pour l’ésotérisme. L’avenir nous dira si c’est un bienfait ou non (au cas ou l’euro s’effondre et nous mène à la famine, il faudra se rappeler qu’il valait 6.66 francs ou presque…)
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Le fanatisme numérologique ne date pas d’hier. Mais je trouve dans Guerre et Paix de Tolstoï ces lignes étranges dont je fais profiter mes lecteurs. Nous sommes au début du tome 2. Tolstoï décrit les vaticinations intellectuelles de son fameux héros Pierre Bésoukhov, personnage témoin par excellence qui assiste aux temps prodigieux, qui nous changent des nôtres, de l’invasion de la Russie par Napoléon. Voici ce qu’il écrit de Pierre : « Il était lié par serment à la franc-maçonnerie qui prêchait la fin des guerres et la paix perpétuelle. »

Cette appartenance suppose bien sûr une bonne volonté issue des Lumières et de Kant, mais elle suppose aussi une volonté d’interpréter qui touche parfois à l’irrationnel. On sait par ailleurs que l’Évangile selon Saint Jean est le préféré des maçons et des initiés en tout genre. C’est ainsi que, ajoute Tolstoï non sans une certaine distance, « Pierre épiait partout avec impatience les signes avant-coureurs de cette catastrophe imminente. »
Saisi par l’ennui de la vie, Pierre cherche en effet un sens à sa vie, et il guette des signes. C’est alors que la Bible et surtout ses exégètes viennent à la rescousse.
« Un des frères maçons lui avait révélé la prophétie suivante se rapportant à Napoléon, extraite de l’Apocalypse de Saint Jean : au chapitre treize, verset dix-huit de l’Apocalypse, il est dit : “c’est ici la sagesse, que celui qui a l’intelligence compte le nombre de la Bête, car c’est un nombre d’homme et ce nombre est 666“. »
Bien entendu, de même que chaque époque guette son Apocalypse, chaque interprète guette son monstre. Avec Napoléon, Pierre se trouve servi ; et Tolstoï d’ajouter :
« Si l’on donne aux lettres de l’alphabet français la même valeur numérique qu’aux lettres de l’ancienne écriture hébraïque où les dix premières lettres représentent les unités et les autres les dizaines, on obtient le tableau suivant (suit le tableau).
Si on chiffre conformément à ce tableau les mots l’empereur Napoléon, il se trouve que la somme des nombres est égale à 666 et que Napoléon est donc la Bête prédite par l’Apocalypse ; de plus, en chiffrant de même les mots quarante-deux, c’est-à-dire la période assignée à la Bête pour proférer des paroles arrogantes et blasphématoires, on trouve encore une fois 666. Il en ressort que l’année 1812 marque la limite du pouvoir de Napoléon qui a eu cette année-là quarante-deux ans. »
Pierre tente ensuite la même opération avec le nom du tsar Alexandre, le sien propre, celui de la Russie ; « mais la somme des chiffres était supérieure ou inférieure à 666 ». Il parvient toutefois en élidant l’e d’un article à voir dans le groupe nominal l’russe Bézoukhov quelque chose qui s’en rapproche, comme s’il voulait donner à sa destinée une signification même méphitique qu’elle ne possède pas. La puissance de ces pages de Tolstoï est en tout cas valable pour toutes les époques, qu’elle concerne par cette volonté de deviner et dénoncer à tout prix les événements ou les personnages qui nous échappent.