mercredi 20 mai 2026
samedi 2 août 2025
Une cathédrale et un baptistère du Ve siècle découverts à Vence

Une cathédrale et un baptistère du Ve siècle conservés dans un état exceptionnel ont été découverts par hasard à Vence, près de Nice, à l’occasion de la réfection des halles marchandes de la ville.
Outre les fondations, un baptistère extérieur a également été découvert, ainsi qu’une trentaine de sépultures, celles d’évêques, de chanoines ou de notables. Au total, l’ensemble architectural s’étend sur une trentaine de mètres de longueur. Franck Sumera, conservateur général du service archéologie à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) de la région Paca, indique :
«Nous avons été sollicités par la ville à l’occasion de la réfection de ses halles marchandes et, lors du démontage des sols, nous avons eu la surprise de découvrir que le bâtiment épousait les formes de l’ancienne cathédrale que l’on imaginait jusqu’à présent sous la cathédrale construite au XIe siècle». «C’est essentiel pour comprendre ces premiers temps chrétiens, dans une région qui a joué un rôle majeur dans l’implantation du christianisme en France, via notamment les évêques de Saint-Honorat, dans les îles de Lérins, à Cannes». «Aujourd’hui, avec la découverte de ces sépultures, on se prend à rêver de pouvoir mettre des noms sur certains des individus exhumés grâce aux biographies, que l’on connaît de certains évêques. C’est faisable, c’est d’ailleurs ce qui a été fait à Notre-Dame , à Paris».
Au terme du chantier de fouilles, la ville va poursuivre son projet de halles marchandes en valorisant une partie du patrimoine découvert.
https://lesalonbeige.fr/une-cathedrale-et-un-baptistere-du-ve-siecle-decouverts-a-vence/
jeudi 13 février 2025
Toutes les religions génèrent-elles des crimes ?
Chaque fois que sont abordés les crimes commis au nom de l’islam, il y a des chrétiens pour répondre : « Notre histoire a bien connu l’Inquisition, la chasse aux sorcières, la St Barthélémy (etc. !), nous n’avons donc pas à critiquer les crimes commis au nom d’autres religions. » Exact… si les Evangiles demandaient de se conduire en criminels. Les Evangiles ne demandent pas cela.
Les Evangiles prônent l’amour du prochain et les rares paroles agressives qui s’y trouvent sont assez anecdotiques. Nos ancêtres Inquisiteurs, tueurs cruels, vivaient dans un monde cruel et ont laissé la place à l’homme moderne pouvant et voulant respecter la parole de Jésus. L’ homme moderne a aboli l’esclavage, esclavage qui était permanent partout depuis des millénaires. Oui, l’Occident l’a aboli partout où il en avait la possibilité et se bat pour l’égalité de tous les humains de notre planète.
Et, oui, les chrétiens du 21e siècle respectent assez souvent la parole de Jésus, comme les musulmans du 21e siècle appliquent à nouveau et de plus en plus la parole de Mahomet.
La parole de Mahomet n’a pas vraiment de lien avec celle de Jésus, elle est même aux antipodes de cette parole et je ne puis que suggérer la lecture du Coran à ceux qui ont des doutes. Ils seront effarés par l’accumulation de paroles haineuses, d’imprécations vouant à la mort, au feu éternel, les mécréants !
Et je sais que même des politiciens français défendant l’islam reconnaissent ne pas avoir lu le Coran. Le Coran est vite lassant par ses menaces répétées, son style « en boucle » peu compréhensible pour un esprit occidental, et je suggère la lecture de quelques livres intéressants, agréables à lire, écrits par des arabophones et qui donneront envie de se plonger dans le Coran à ceux qui voudront vérifier, en savoir plus. La liste est alphabétique et ceux marqués d’un + sont les plus aisés à lire :
Waleed Al-Husseini, Blasphémateur ! Les prisons d’Allah
Aquila, Pour un monde sans islam+
Anne Lauwaert, Des raisins trop verts…+
Majid Oukacha, Il était une foi, l’islam
Boualem Sansal, 2084
Ali Sina, La psychologie de Mahomet et des musulmans
Ibn Warracq, Pourquoi je ne suis pas musulman
Hamid Zanaz, L’islamisme raconté à ma fille+
- Ce n’est plus pendant les cours d’histoire que les enfants apprennent l’évolution de notre monde : ce cours procède par « thèmes » et la ligne du temps, élément indispensable à tout apprentissage culturel, a même été bannie des classes.
- Cela n’empêche malheureusement pas les énormes bourdes commises par nos « responsables » prétendant vouloir se rendre utiles… Ces « responsables », voulant éviter une grosse catastrophe, font tout pour qu’une catastrophe encore pire nous tombe dessus…
L’histoire se répète.
Mia Vossen
https://ripostelaique.com/toutes-les-religions-generent-elles-des-crimes.html
dimanche 8 décembre 2024
Notre-Dame, notre histoire

par Gérard Leclerc
Christophe Dickès – qui vient de publier Pour l’Église (Perrin), invitant à revisiter le christianisme sous l’angle civilisationnel – nous propose aussi un voyage rapide mais substantiel dans l’histoire de Notre-Dame de Paris. C’est un guide précieux, qui permet de ressaisir la cathédrale aux différentes étapes de son histoire au cœur de la capitale. Un voyage « à la découverte d’un édifice remarquable, bâti non pas par des esclaves mais par des hommes libres qui estimaient que leurs talents devaient être au service de Dieu. Il s’agit d’un voyage mêlant la foi et la politique, la crosse et le sceptre, l’Église et l’État. En effet, Notre-Dame n’est pas seulement un lieu de culte. […] Elle est aussi intimement liée à l’histoire d’une nation : la France. Elle a vu la naissance d’une identité autour de Philippe le Bel et de ses États généraux en 1302, mais elle a vu aussi la réhabilitation de Jeanne d’Arc. Sous ses voûtes gothiques, elle a accueilli le bon roi Henri IV et elle a été le témoin du vœu de Louis XIII. Napoléon y a été couronné et le général de Gaulle y a célébré la Libération de Paris. »
Attention cependant ! Étymologiquement, la cathédrale est le lieu où siège l’évêque, et elle s’ordonne autour de l’autel où s’offre le sacrifice du Christ. Et cela depuis sa fondation, la bénédiction de la première pierre jusqu’à nous. Ce n’est pas pour rien que l’aumônier des sapeurs-pompiers de Paris s’est emparé de la réserve eucharistique pour la sauver des flammes.
Pourquoi le ministre de l’Intérieur et des Cultes de l’époque, Christophe Castaner, a-t-il pu déclarer que Notre-Dame « n’est pas une cathédrale » mais « un commun » – voulait-il dire un bien commun ? C’était une maladresse, assez significative. Il est vrai que Victor Hugo avait, dans son célèbre roman, doté l’édifice d’une mythologie étrangère à l’âme véritable de la construction de Maurice de Sully. Reconnaissons que cela avait eu le mérite de favoriser le sauvetage de Notre-Dame par les architectes Jean-Baptiste Lassus et Viollet-le-Duc. Victime du vandalisme révolutionnaire, elle se trouvait en piteux état…
Un bien commun ? La formule serait beaucoup plus heureuse tant il est vrai qu’il est impossible de dissocier la cathédrale de l’existence même de la France. Mais il faut admettre alors que, depuis le baptême de Clovis, notre pays est foncièrement associé à la foi chrétienne. Telle était la conviction de Charles de Gaulle : « Mon pays est un pays chrétien et je commence à compter l’histoire de France à partir de l’accession d’un roi chrétien qui porte le nom des Francs. » Plus que l’Arc de Triomphe ou le dôme des Invalides, les tours de Notre-Dame renvoient aux tribulations et aux gloires de notre pays.
Christophe Dickès en fait un récit suggestif. Au moment de la guerre de Cent Ans, l’occupant anglais tente de s’emparer de la cathédrale pour légitimer sa conquête et rendre inopérant le sacre de Charles VII à Reims. Au moment des guerres de Religion, pour accéder à Notre-Dame, Henri IV devra franchir le pas décisif de sa conversion.
Peut-être pourrions-nous retenir quelques belles images de ce récit. Ainsi celle de Saint Louis, ramenant la Couronne d’épines : « Le roi délaisse ses attributs royaux, il se déchausse et revêt une simple tunique. Aidé de son frère Robert d’Artois, humble pèlerin, il ouvre la procession jusqu’à Notre-Dame, en portant le coffre qui renferme la précieuse relique. » Il arrive de Vincennes, suivi d’une foule innombrable.
Autre image, celle d’Isabelle Romée, mère de Jeanne d’Arc, entrant dans Notre-Dame pour l’ouverture du procès de réhabilitation de sa fille, tenant en main le rescrit du pape Calixte III qui permet une révision du procès de Rouen « entaché de vol, calomnie, indignité ».
Oui, vraiment notre histoire.
https://www.actionfrancaise.net/2024/12/08/notre-dame-notre-histoire/
jeudi 28 novembre 2024
Il y a 62 ans s’ouvrait le concile Vatican II
Le concile Vatican II, sous l’autorité des papes Jean XXIII puis Paul VI, a marqué un tournant décisif dans l’histoire moderne de l’Église catholique. Ce concile œcuménique avait pour ambition de moderniser l’Église afin de l’adapter aux nouvelles réalités du monde contemporain. Bien que considéré comme l'un des événements religieux les plus marquants du XXe siècle, il semble pourtant que ce concile ne soit pas encore totalement achevé, à en juger par les actions du pape François durant son pontificat.
Objectifs et réformes principales
Le concile Vatican II, convoqué en 1959 par Jean XXIII, fut une surprise pour beaucoup. Ce pape âgé, auquel on ne prêtait pas l’intention de bousculer l’Église, relança pourtant un projet de réforme inachevé, celui du concile Vatican I, interrompu en 1870. Ainsi, le 11 octobre 1962, le concile Vatican II s’ouvrit à Rome, réunissant plus de 2.500 évêques de toutes les parties du monde afin de réfléchir à des thèmes essentiels à l’avenir de l’Église tels que la liturgie, la place des laïcs et les relations de l’Église avec le monde moderne. Une des réformes majeures fut la révision de la liturgie, avec la constitution Sacrosanctum concilium qui permit l’usage des langues vernaculaires pendant la messe, rendant les célébrations plus accessibles. Cette décision contribua, néanmoins, au long déclin de l’usage du latin, à la fois dans la sphère religieuse et la sphère culturelle. Vatican II prôna également une plus grande participation des laïcs dans la vie de l’Église, notamment à travers la création de conseils paroissiaux.
L'Église et le monde
Le concile a également abordé les relations de l'Église avec le monde moderne, notamment à travers la constitution Gaudium et spes. Ce texte prônait une approche plus ouverte aux enjeux sociaux, économiques et politiques du monde contemporain, affirmant que l'Église devait s'engager activement dans les questions de justice sociale et de paix. Vatican II a aussi renforcé l'idée de liberté religieuse avec la déclaration Dignitatis humanae, soutenant que chaque individu devait avoir le droit de choisir sa religion sans contrainte. Un autre aspect crucial fut l'œcuménisme, avec la déclaration Unitatis redintegratio, qui encourage le dialogue et la réconciliation avec les autres confessions chrétiennes. De plus, la déclaration Nostra aetate a redéfini les relations avec les autres religions, en particulier le judaïsme, en rejetant toute forme d'antisémitisme et en soulignant les racines communes entre le christianisme et le judaïsme. Cela reprenait ainsi les propos du pape XI : « En tant que catholiques, nous sommes spirituellement des sémites ».
Un pontificat aux airs de concile
Le concile Vatican II, qui s’est conclu le 8 décembre 1965, se voulait une ouverture au monde moderne, et il semble que le pontificat de François poursuive cette dynamique. Néanmoins, certaines décisions du pape ont suscité des réactions partagées de la part de certains catholiques. Par exemple, le motu proprio de 2023, visant à limiter l’usage de la messe en latin, a déclenché l’indignation des milieux catholiques traditionalistes, distincts, rappelons-le, des intégristes comme les lefebvristes, en rupture avec Rome depuis 1988. Le souverain pontife a également accentué l'ouverture de l’Église au monde contemporain en abordant des sujets tels que l'inclusion des personnes divorcées et homosexuelles. Il souhaite aussi renforcer le rôle des laïcs, thème central du synode en cours à Rome, qui examine notamment la place des femmes dans l'Église, bien que le pape ait exclu la question du diaconat féminin.
Ainsi, le pontificat du pape François s’apparente à un très long concile Vatican III orchestré à travers des synodes et parfois en tension avec la tradition. Pourtant, ces réformes semblent éviter d’aborder deux défis cruciaux pour l’avenir de l’Église : la perte du sens du sacré dans la liturgie et la crise des vocations, qui restent des enjeux
vendredi 1 novembre 2024
Rose Hu – Avec le Christ dans les camps de Mao. Une réédition très attendue

Ce témoignage bouleversant ne laisse pas le lecteur indemne.
Des pages d’histoire bouleversantes, loin de la France et pourtant si proches par leur esprit de sacrifices et d’abandon à la Providence.
À voir les choses humainement, il y a des gens qui n’ont pas de chance dans la vie. Ils naissent au mauvais endroit, au mauvais moment, et les éléments semblent se liguer pour les faire souffrir. À voir les choses humainement, Hu Meiyu fait partie de ces gens-là : elle avait une vingtaine d’années quand la Chine devint marxiste, sous la main cruelle de Mao-Tsé-Toung. Et Hu était catholique – fraîchement baptisée, du nom de Rose –, au sein d’une famille aisée, donc suspecte aux yeux du parti communiste.
On devine la suite : arrestation, procès, condamnation, prison, camps de travaux forcés, accès impossible aux sacrements de l’Église. Ce sont exactement vingt-six années qu’elle a passées en détention, dans des conditions parfois inimaginables.
Mais voici le prodige de grâce : alors que des chrétiens faiblissent et se compromettent avec le pouvoir, d’autres, munis de la force d’en haut, acceptent cette croix, la portent le front haut, l’âme recueillie, et s’efforcent de monter le chemin du calvaire, donc de s’élever au lieu de descendre, saisissant, dans le malheur, l’occasion divine d’une ascension intérieure. Ils découvrent la joie dans la souffrance.
Ce témoignage, une première fois édité sous le titre « Avec le Christ, dans les prisons de Chine », a fait l’objet d’une réécriture d’ensemble.
Plus d’informations et commandes sur LIVRES EN FAMILLE
Avec le Christ dans les camps de Mao, Rose Hu, 284 pages, Editions Clovis, 24€
mercredi 30 octobre 2024
La plume et la croix – Littérature chrétienne par le père Jean-Dominique, o.p.

Le syndicat national du livre affiche que, en l’an 2022, 38 743 nouveaux livres furent publiés en France (soit plus de 106 par jour). En tête des ventes se tient le secteur de la littérature, avec la proportion de 21.60%. Le sujet touche donc une partie importante de la population. Négligeons les romans de boulevards, les ouvrages techniques ou scientifiques, les innombrables pamphlets de la propagande subversive, pour ne retenir que les écrits capables de nourrir et de réjouir la culture chrétienne. Les bibliothèques en regorgent et laissent perplexe celui qui ressent le besoin de se poser et de lire.
Par où faut-il commencer ? Que puis-je conseiller à un ami adulte, à un jeune de vingt ans ou à un enfant ? Comment peut-on juger de la valeur d’un ouvrage ? Quelles sont les caractères d’une œuvre catholique ? Avouons qu’il n’est pas aisé de répondre à de telles questions. C’est une gageure de le tenter en quelques pages, et ce serait une présomption de prétendre y réussir d’une façon exhaustive. Comment voir sous la même lumière une pièce de théâtre de Calderon de la Barva (Espagne 1600-1681) un roman de Bernanos, une nouvelle de Jacques Perret et la Divine Comédie de Dante ?
La nature même de la littérature retiendra toute l’attention. ‘’Parmi la pléthore de productions scripturaires, celles-là méritent la qualité de « littéraires » qui ont atteint une certaine excellence de la pensée et de l’expression. Les diverses civilisations n’ont retenu dans leur patrimoine que ces écrits qui représentaient avec justesse et beauté, leur culture et leurs mœurs. Ce sont les Belles-Lettres « . « Les belles-lettres sont une œuvre d’art : elles dessinent, les peignent, elles sculptent, elles chantent. Elles ont pour mission de faire voir l’invisible : la beauté de la nature jaillissant à l’instant des mains du Créateur, le secret des coeurs, la joie de la vérité, l’héroïsme des saints, la grandeur de la petitesse avouée, la force de la faiblesse offerte. Et, surplombant l’Histoire : Jésus crucifié. » – La plume et la croix.
Puis il faut qualifier le monde et ses héros que l’écrivain présente à son lecteur. Il sera plus facile ensuite de résoudre les difficultés que présente la lecture. Des auteurs sont interrogés ici au fil des pages, des textes proposés, de tous horizons, tel Bernanos, Gertrud von Le Fort, Julien Green, Dostoïevski, Rimbaud, Jugnet, Nietzsche Verlaine, etc. Des pistes de réflexions sont alors proposées. Petites notes concises et fortes. Le but n’est pas d’établir une anthologie complète mais de susciter une réflexion sur la nature même de la littérature chrétienne. « Certains textes proposés sont un peu longs mais utiles pour aider à la compréhension de la littérature chrétienne. L’enfant acquiert-il la marche en restant dans sa poussette ? Apprend-on à nager au bord de la piscine ou peut-on comprendre la musique sans écouter des morceaux choisis ? Ainsi l’intelligence de la littérature ne s’acquiert qu’en fréquentant les hommes du métier ! »
Ces écrivains choisis rappelleront à nos esprits dissipés la noblesse de la littérature chrétienne et ses beaux fruits : le silence intérieur, la maturité intellectuelle, la liberté de la parole, l’audace du témoignage.
Dominicain, le père Fabre -père Jean-Dominique- a été ordonné en 1988. Il a résidé un temps en Provence où il a exercé son ministère auprès des Dominicaines du Saint-Nom de Jésus (Congrégation de Brignoles), de différentes communautés religieuses, de mouvements de jeunes et autres associations. Actuellement il réside en Touraine. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de sujets très variés : philosophie, famille, vie spirituelle, histoire. Il a commencé en 2022 une collection : les Cahiers Saint Dominique.
Plus d’informations, sommaire détaillé, etc… et commandes sur LIVRES EN FAMILLE
- Retrouvez tous les ouvrages du père Jean-Dominique , ou père Jean-Dominique Fabre
- Et les Cahiers Saint Dominique
- La plume et la croix, la littérature chrétienne, Père Jean-Dominique, 152 pages, éditions de Chiré, 18€
vendredi 25 octobre 2024
Lourdes : histoire d’un sanctuaire où se pressent les foules
« Que l'on bâtisse ici une chapelle »
Lorsque la jeune Bernadette eut les visions de « la dame » en 1858, cette dernière lui aurait dit, lors de sa treizième apparition : « Allez dire aux prêtres que l'on bâtisse ici une chapelle et que l'on y vienne en procession. » La petite, âgée de 14 ans et obéissant à la demande « d’Aqueró », comme elle l’appelle, court rencontrer le curé de Lourdes, l'abbé Peyramale, afin de lui porter ce message. Celui-ci, sceptique, lui rétorque, le 3 mars : « Si elle veut la chapelle, qu'elle dise son nom ! » Cette réponse, il l’obtient le 25 mars, jour de l’Annonciation, lorsque Bernadette revient vers lui avec les paroles de « la dame » : « Je suis l’Immaculée Conception. » Finalement convaincu, l’abbé consent à la requête de celle qui est alors reconnue comme étant la Sainte Vierge.
Un sanctuaire toujours plus grand
Néanmoins, pour édifier cette chapelle, il faut de l’argent et du temps. En effet, ce n’est qu’en 1864 que commence enfin la construction de la future basilique de l'Immaculée-Conception, première pierre d’un sanctuaire en perpétuel agrandissement. Cependant, Bernadette Soubirous n’aura pas la joie de voir l’accomplissement du vœu demandé par la Vierge. En effet, rentrant chez les Sœurs de la Charité de Nevers en 1866 et disparaissant en 1879, elle ne revint jamais dans ses Pyrénées natales. Ainsi, elle ne put jamais contempler l'édifice religieux trônant au-dessus de la grotte et terminé en 1871. Cependant, la sainte apparition et les miracles, faisant la notoriété et la gloire de Lourdes, entraînent l'arrivée de milliers de pèlerins sur le site qui devient alors trop petit dès 1880. Ainsi, un nouveau chantier pour une nouvelle et plus grande église, Notre-Dame du Rosaire, est lancé en 1883 et achevé en 1889.
Plus de 60 ans plus tard, encore une fois, le besoin de s’agrandir se fait sentir au sein du sanctuaire. Pour résoudre ce problème et pour longtemps, il est décidé de voir grand, très grand. Ainsi, entre 1956 et 1958, un siècle après les apparitions, est aménagée l’immense basilique Saint-Pie-X longue de 191 mètres, dans un style moderne et en souterrain afin de ne pas gâcher la beauté des ensembles architecturaux extérieurs. Enfin, en 1988 et à ce jour, est édifiée la dernière église du sanctuaire consacré à sainte Bernadette. Cette dernière accueille, depuis, la Conférence des évêques de France.
Un site très fréquenté
Mais Lourdes n’a pas vocation à recevoir la visite des seuls évêques, bien sûr. En effet, de nombreux malades venant du monde entier se pressent aussi près de la petite grotte où coule toujours l’eau miraculeuse, dans l’espoir d’obtenir un réconfort à leur malheur. À l’heure actuelle, l’Église n’a reconnu officiellement que 70 miracles, même si plus de 7.000 dossiers de guérisons extraordinaires ont été déposés depuis les apparitions.
En dehors des personnes malades, le sanctuaire accueille en continu d’autres pèlerins tout le long de l’année. Néanmoins, le site connaît son pic de fréquentation lorsqu’il est assiégé au moment des grandes célébrations comme celles de l’Assomption, de la fête du Rosaire, du Pèlerinage militaire international ou de l’Ordre de Malte. Ainsi, selon Les Échos, 3,1 millions de visiteurs seraient ainsi venus pendant l’année 2023, par curiosité ou par piété, voir la grotte de Massabielle où une simple jeune fille s’était autrefois rendue seule, il y a plus d’un siècle.
lundi 26 août 2024
Lourdes : histoire d’un sanctuaire où se pressent les foules
« Que l'on bâtisse ici une chapelle »
Lorsque la jeune Bernadette eut les visions de « la dame » en 1858, cette dernière lui aurait dit, lors de sa treizième apparition : « Allez dire aux prêtres que l'on bâtisse ici une chapelle et que l'on y vienne en procession. » La petite, âgée de 14 ans et obéissant à la demande « d’Aqueró », comme elle l’appelle, court rencontrer le curé de Lourdes, l'abbé Peyramale, afin de lui porter ce message. Celui-ci, sceptique, lui rétorque, le 3 mars : « Si elle veut la chapelle, qu'elle dise son nom ! » Cette réponse, il l’obtient le 25 mars, jour de l’Annonciation, lorsque Bernadette revient vers lui avec les paroles de « la dame » : « Je suis l’Immaculée Conception. » Finalement convaincu, l’abbé consent à la requête de celle qui est alors reconnue comme étant la Sainte Vierge.
Un sanctuaire toujours plus grand
Néanmoins, pour édifier cette chapelle, il faut de l’argent et du temps. En effet, ce n’est qu’en 1864 que commence enfin la construction de la future basilique de l'Immaculée-Conception, première pierre d’un sanctuaire en perpétuel agrandissement. Cependant, Bernadette Soubirous n’aura pas la joie de voir l’accomplissement du vœu demandé par la Vierge. En effet, rentrant chez les Sœurs de la Charité de Nevers en 1866 et disparaissant en 1879, elle ne revint jamais dans ses Pyrénées natales. Ainsi, elle ne put jamais contempler l'édifice religieux trônant au-dessus de la grotte et terminé en 1871. Cependant, la sainte apparition et les miracles, faisant la notoriété et la gloire de Lourdes, entraînent l'arrivée de milliers de pèlerins sur le site qui devient alors trop petit dès 1880. Ainsi, un nouveau chantier pour une nouvelle et plus grande église, Notre-Dame du Rosaire, est lancé en 1883 et achevé en 1889.
Plus de 60 ans plus tard, encore une fois, le besoin de s’agrandir se fait sentir au sein du sanctuaire. Pour résoudre ce problème et pour longtemps, il est décidé de voir grand, très grand. Ainsi, entre 1956 et 1958, un siècle après les apparitions, est aménagée l’immense basilique Saint-Pie-X longue de 191 mètres, dans un style moderne et en souterrain afin de ne pas gâcher la beauté des ensembles architecturaux extérieurs. Enfin, en 1988 et à ce jour, est édifiée la dernière église du sanctuaire consacré à sainte Bernadette. Cette dernière accueille, depuis, la Conférence des évêques de France.
Un site très fréquenté
Mais Lourdes n’a pas vocation à recevoir la visite des seuls évêques, bien sûr. En effet, de nombreux malades venant du monde entier se pressent aussi près de la petite grotte où coule toujours l’eau miraculeuse, dans l’espoir d’obtenir un réconfort à leur malheur. À l’heure actuelle, l’Église n’a reconnu officiellement que 70 miracles, même si plus de 7.000 dossiers de guérisons extraordinaires ont été déposés depuis les apparitions.
En dehors des personnes malades, le sanctuaire accueille en continu d’autres pèlerins tout le long de l’année. Néanmoins, le site connaît son pic de fréquentation lorsqu’il est assiégé au moment des grandes célébrations comme celles de l’Assomption, de la fête du Rosaire, du Pèlerinage militaire international ou de l’Ordre de Malte. Ainsi, selon Les Échos, 3,1 millions de visiteurs seraient ainsi venus pendant l’année 2023, par curiosité ou par piété, voir la grotte de Massabielle où une simple jeune fille s’était autrefois rendue seule, il y a plus d’un siècle.
mardi 30 juillet 2024
L’inquisition, la vraie histoire à découvrir à travers un récent ouvrage
Un récent ouvrage fait tomber quelques idées reçues sur l’Inquisition, à laquelle s’attache une légende noire depuis le XIXe siècle.
L’inquisition : le mot fait peur aux esprits contemporains
L’inquisition : le mot fait peur aux esprits contemporains. Relevant seulement du pape, l’inquisition fut fondée au XIIIe siècle et avait pour objectif de protéger l’orthodoxie catholique en réduisant les hérésies et d’éviter les excès de l’arbitraire de la justice seigneuriale ou épiscopale.
Tirant son nom du mot latin inquisitio qui signifie “enquête”, l’inquisition médiévale met en place une procédure d’enquête méthodique, nouveauté pour l’époque, et s’appuie sur des témoignages vérifiés. Sans vouloir nier les excès qu’elle pût commettre, une légende noire lui est cependant attachée depuis le XIXe siècle, qui en déforme la réalité.
Une procédure qui, et ce fut une innovation, rendait la défense plus facile et fournissait à l’accusé de plus fortes garanties
Aussi, si vous souhaitez mieux appréhender les raisons et le fonctionnement de ce tribunal pontifical ecclésiastique, les éditions Vox Gallia ont eu la bonne idée de publier récemment, L’inquisition ses origines – sa procédure, de Mgr Douais.
En quelques 200 pages, tomberont bien des idées reçues. En s’appuyant sur des documents d’époque, ce qui donne une ample valeur à son étude, Mgr Douais s’est tout spécialement attaché à expliquer aux hommes modernes quelle fut la principale raison de ce tribunal ecclésiastique, l’hérésie, le temps historique, le Moyen-Age, et sa procédure qui, et ce fut une innovation, rendait la défense plus facile et fournissait à l’accusé de plus fortes garanties.
L’Inquisition, la vraie histoire !
Francesca de Villasmundo
L’inquisition ses origines – sa procédure, de Mgr Douais, éditions Vox Gallia, 203 pages, 18€.
A commander en ligne chez Médias Culture et patrimoine
https://www.medias-presse.info/linquisition-la-vraie-histoire/188483/
lundi 1 juillet 2024
Ces évêques roumains martyrs du communisme

Francisca Baltaceanu et Monica Brosteanu enseignent à l’université de Bucarest. Elles avaient déjà publié Vladimir Ghika, professeur d’espérance, biographie consacrée à cet autre prélat catholique romain martyrisé par le régime communiste. Cette fois, avec Martyrs du communisme, elles racontent la vie et la mort de sept évêques de l’Eglise gréco-catholique roumaine, victimes du régime communiste en Roumanie.
L’évêque gréco-catholique Vasile Aftenie est décédé dans la nuit du 9 au 10 mai 1950, à l’hôpital de la prison de Vacaresti, à la suite des tortures subies. Il était âgé de 51 ans.
Le 11 juillet 1952, l’évêque gréco-catholique Valeriu Traian Frentiu mourut dans la prison de Sighet. Il avait 77 ans.
Le 27 juin 1953, l’évêque gréco-catholique Ioan Suciu mourut de faim dans la même prison à régime d’extermination. Il avait 46 ans.
Le 15 janvier 1955, l’évêque gréco-catholique Tit Liviu Chinezu, gravement malade et privé de tout traitement médical, mourut en isolement cellulaire à la même prison de Sighet. Il était âgé de 51 ans.
Le 4 août 1959, l’évêque gréco-catholique Ioan Balan, survivant de la prison de Sighet (de 1950 à 1954), mourut à la suite de nombreuses vicissitudes, en résidence forcée au monastère de Ciorogârla. Il avait 79 ans.
Le 9 mai 1963, l’évêque gréco-catholique Alexandru Rusu mourut à l’infirmerie de la prison de Gherla, après avoir survécu à la prison de Sighet (de 1950 à 1954) et à quelques mois de résidence forcée. Arrêté de nouveau le 30 décembre 1956, il passa par les prisons de Gherla, Pitesti, Dej et à nouveau Gherla. Il était âgé de 79 ans.
Le 28 mai 1970, l’évêque gréco-catholique Iuliu Hossu mourut après cinq ans d’emprisonnement à Sighet (de 1950 à 1954) et près de quatorze ans de résidence forcée au monastère de Caldarusani. Il était âgé de 85 ans.
Lors de leur arrestation, ils constituaient la totalité de l’épiscopat de l’Eglise gréco-catholique roumaine.
Anti-catholicisme forcené
Dans le contexte de la guerre froide, les communistes affirmaient que le Vatican jouait un rôle de premier ordre. En outre, dans l’idéologie de l’internationalisme prolétarien, il n’y avait pas de place pour le sentiment national que l’Ecole transylvaine avait nourri sur les plans identitaire et culturel. Dans cette logique, le sort de l’Eglise gréco-catholique était scellé : il fallait en finir avec elle.
Dès 1945, nombre de chanoines et de prêtres avaient été licenciés par l’Etat ou contraints de prendre leur retraite ; d’autres avaient été arbitrairement jetés en prison. La création de nouvelles paroisses fut interdite. Certains bâtiments religieux furent expropriés et des fonds ecclésiastiques furent confisqués. La presse catholique fut supprimée et l’Etat intervint de plus en plus dans l’enseignement confessionnel, jusqu’à prononcer sa dissolution définitive.
A partir du 21 février 1948, furent promulgués plusieurs actes législatifs : la dénonciation du Concordat entre l’Etat roumain et le Vatican (17 juillet 1948) ; la réforme de l’enseignement, entraînant la suppression des écoles confessionnelles de tous les cultes ainsi que la nationalisation de leurs biens (3 août 1948) ; la loi des cultes, qui bloqua pratiquement leurs activités (4 août 1948). Le 27 octobre 1948, une nouvelle commission, réunissant plusieurs ministères, signa l’ordre d’arrêter tous les évêques, ainsi que des chanoines et prêtres. Leur arrestation fut qualifiée de “mesure préventive” par la Securitate. Ces évêques ne furent ni jugés ni condamnés, ni pour motifs religieux, ni pour motifs d’ordre économique ou politique.
C’est ce calvaire trop méconnu de l’Eglise gréco-catholique de Roumanie que nous raconte en détail ce livre qui fait office de devoir de mémoire.
Martyrs du communisme, Francisca Baltaceanu et Monica Brosteanu, éditions Salvator, 216 pages, 21,90 euros
A commander en ligne sur le site de l’éditeur
https://www.medias-presse.info/ces-eveques-roumains-martyrs-du-communisme/185986/
samedi 2 mars 2024
Le « saint » prêtre du XVIIIe siècle
Enclenchée dès le début du XVIIe siècle, la Réforme tridentine ne parvient à son aboutissement qu’à la toute fin du XVIIe siècle et au XVIIIe siècle. Le clergé séculier atteint sa période de maturité et l’idéal du « saint prêtre » du concile de Trente prend véritablement forme. Jamais le clergé ne fut d’aussi bonne qualité et la christianisation aussi forte qu’au XVIIIe siècle.
I. Le portrait des curés
Les prêtres sont généralement issus du milieu urbain : 40 à 50 % des prêtres du royaume (sur un échantillon d’une trentaine de diocèses bien connus) sont nés en ville. A Reims en 1773-1774, 50,5 % des curés viennent des villes ; dans le diocèse de Toulouse, 55 % du clergé est issu des villes (alors que la population urbaine représente 41 % de la population du diocèse). Au niveau national, certaines régions sont exportatrices comme la Bretagne et l’Auvergne, d’autres déficitaires comme Bordeaux (en 1772, un tiers des curés sont extra-diocésains, venant de 41 diocèses de France voire d’Irlande) ou Lyon.
L’intérêt de la noblesse et de la haute bourgeoisie pour les cures décline au XVIIIe siècle : ce sont les marchands, petits et moyens officiers (titulaires d’un office), artisans aisés et gros laboureurs qui fournissent le gros des bataillons. Les prêtres du XVIIIe ont donc globalement des origines plus modestes que leurs prédécesseurs.
Les curés sont mieux formés. Au milieu du XVIIe siècle, les prêtres ignorants sont courants : la visite pastorale du diocèse de Lyon de 1613-1614 signale plusieurs curés « qui ne savent pas la forme de l’absolution ni des autres sacrements, ayant même peine à lire ». A Rodez au début du XVIe, l’évêque François d’Estaing constate que de nombreux candidats à la fonction confondent les sacrements et les commandements de l’Église ! Ce niveau déplorable n’est plus qu’un lointain souvenir au XVIIIe siècle. Vers 1750, 42 % des prêtres du diocèse de Reims, 64 % de ceux de Bordeaux sont gradués (diplômés) à l’Université. Les collèges des Jésuites ou des autres congrégations religieuses (Oratoriens, Dominicains, Doctrinaires,…) fournissent aussi un bagage intellectuel loin d’être négligeable pour l’exercice du ministère sacré (la rhétorique et les lettres).
Le séminaire finit par se répandre (tardivement) dans tous les diocèses de France. En 1698, une déclaration royale rappelle cette prescription tridentine aux évêques négligents. Au milieu du XVIIIe siècle, presque tous les diocèses sont dotés d’un séminaire. Les lazaristes sont ceux qui en tiennent le plus grand nombre (56), suivis par les jésuites (32), les sulpiciens (20), les oratoriens (14), les doctrinaires (14) et les eudistes (13).
II. La réputation légendaire des curés
« Je ne sais si, à tout prendre, et malgré les vices éclatants de quelques-uns de ses membres, il y eut jamais dans le monde un clergé plus remarquable que le clergé catholique de France au moment où la Révolution l’a surpris ; plus éclairé, plus national, moins retranché dans les seules vertus privées, mieux pourvu de vertus publiques, et en même temps de plus de foi : la persécution l’a bien montré. J’ai commencé l’étude de l’ancienne société, plein de préjugés contre lui, je l’ai finie, plein de respect. » – Alexis de Tocqueville (L’ancien régime et la Révolution).
Au XVIIIe, les prêtres jouissent d’une image très positive tant auprès de leurs paroissiens que des élites intellectuelles. La proportion de prêtres dont la conduite est critiquée par la hiérarchie diminue dans tous les diocèses de France : 5 % dans le diocèse de la Rochelle vers 1724 (contre 10 à 25 % vers 1648) ; 3,7 % dans le diocèse de Toulouse en 1763. Lors des siècles précédents, les prêtres absents étaient monnaie courante (deux tiers de non-résidents dans le diocèse de Rodez dans les années 1518-1528 ; 55 % dans le diocèse de Toulouse au milieu du XVIe ; 77 % dans le diocèse de Limoges en 1560 !) ; de même, un certain nombre de prêtres étaient condamnés pour ivrognerie, coups et blessures ou concubinage : ces cas sont devenus exceptionnels. Le prêtre du XVIIIe siècle devient un modèle, et est généralement apprécié par ses paroissiens.
Enraciné dans sa paroisse (la moitié environ des clercs sont à la tête d’une paroisse depuis plus de 10 ans), le curé tisse de solides liens d’affection avec ses fidèles. Protecteur de la communauté, visitant les malades et les femmes enceintes, conseillant ses fidèles dans les affaires courantes, éducateurs de leurs enfants, il est, comme l’écrit Restif de La Bretonne « l’arbitre des différends, le consolateur et le secoureur des malades ».
III. La gestion de la paroisse
Gérer une communauté de fidèles n’est pas aisé, comme le témoigne Mgr. de Beauvais en 1781 : « C’est une multitude composée de toutes les conditions, de tous les esprits, de tous les caractères qu’il faut réunir dans les principes d’un même culte et d’une même foi ; c’est la discipline des mœurs qu’il faut maintenir, non seulement dans l’ordre public, mais dans l’intérieur des familles, mais dans le secret des âmes qui échappent à la surveillance des lois […] ce sont des riches dont il faut ménager la délicatesse et des pauvres dont il faut supporter les murmures ; ce sont des esprits simples et superstitieux qu’il faut éclairer, ou des esprits superbes dont il faut réprimer le faux savoir ; ce sont des caractères froids et indifférents qu’il faut exciter ou bien des zélateurs inquiets qu’il faut contenir ; ce sont des âmes dégradées qu’il faut retirer du désordre de l’iniquité ou des âmes pures et sublimes dont il faut suivre et diriger l’essor dans les régions supérieures de la perfection ».
Le prêtre doit être à l’écoute de tous ses paroissiens et les surveiller, il vérifie les nourrices et les sages-femmes de sa paroisse dont il contrôle le sérieux et la bonne moralité ; il est aussi un relai de l’autorité royale dont il lit les déclarations lors de la messe dominicale ; il renseigne les officiers royaux ; il consigne les baptêmes, mariages et sépultures dans les registres de la paroisse.
Dans les périodes calamiteuses (catastrophes naturelles), il peut demander un allègement des prélèvements fiscaux ; lors des épidémies, il organise la résistance en délivrant des certificats de sortie, choisit le lieu où enterrer les morts contagieux et réconforte ses paroissiens. Enfin, lorsque des conflits éclatent au sein de sa communauté (rivalités, violences, vols), c’est généralement lui que l’on vient trouver pour l’arbitrage plutôt que la justice royale.
IV. L’« œuvre sociale » des curés
L’action charitable
Les contemporains sont unanimes pour saluer l’action charitable des curés. « Je connais plusieurs de ces bons curés de campagne, qui, malgré l’extrême médiocrité de leur prébende, trouvent le moyen de faire infiniment plus de bien que des millionnaires même généreux : leur charité active, industrieuse sait créer mille ressources. Les uns savent préparer des remèdes simples aux malades qu’ils consolent, et s’opposent aux prestiges des charlatans ; les autres, livrés aux travaux de l’agriculture, la perfectionnent par leurs exemples » écrit ainsi Louis-Sébastien Mercier (Mon bonnet de nuit, 1784). Le frère de Restif de La Bretonne, curé de Courgis, nourrit à ses frais durant l’hiver 1749 tous les pauvres de sa paroisse sinistrée par l’incendie de 149 maisons.
A partir du XVIIe siècle, la charité tend à s’organiser avec la création de bureaux de charité. Gérés par le(s) curé(s) (et éventuellement l’évêque) et des habitants, alimenté par les aumônes, les offrandes, les quêtes à domicile et à l’église, ils distribuent des produits de première nécessité (pain, lait, linge, bois, médicaments,… plus rarement de l’argent) aux « pauvres honteux » ou aux malades. Les individus adonnés au vice et à la débauche, ou ceux qui n’envoient pas leurs enfants à l’école ou au catéchisme, sont exclus de ces distributions.
Les curés ne font évidemment pas face seuls à la misère de la paroisse. Les congrégations charitables et hospitalières jouent un grand rôle. Les évêques eux-mêmes ne doivent pas être oubliés, un grand nombre d’entre eux s’illustrant par leur dévouement, tel Mgr de Belsunce (1671-1755), évêque de Marseille, qui s’illustre lors de la grande peste de 1720 en allant au chevet des malades ou lors de cérémonies spectaculaires comme l’exorcisation de l’épidémie du haut du clocher des Accoules.
Les petites écoles
L’action éducatrice de l’Église se poursuit au XVIIIe siècle, malgré les critiques naissantes des élites (dont les philosophes des Lumières). cette mission de l’Église est prise très au sérieux comme en témoignent de nombreux articles de statuts synodaux : « Il est du devoir des curés et vicaires de prendre soin de l’instruction des enfants de leur paroisse et de leur apprendre non seulement les points fondamentaux de notre foi, mais encore, autant qu’il peut se faire, à lire et à écrire, afin qu’ils soient en état de chanter les louanges de Dieu […] C’est pourquoi nous leur enjoignons de tenir eux-mêmes ou de faire tenir de petites écoles » (statuts synodaux de Coutances, 1682). « Les curés doivent employer tous leurs soins afin qu’il y ait dans leurs paroisses des maîtres sages, savants, vertueux et appliqués. Jamais nous n’aurons d’estime et de confiance pour un curé que nous trouverons négligent sur cette parti essentielle de son devoir. » (statuts synodaux de Toul, 1717).
Quand le curé lui-même n’est pas en charge de la petite école de la paroisse, le maître (ou la maîtresse) d’école est placé sous son étroit contrôle. Les enfants apprennent les rudiments de la religion, les bonnes manières, la lecture, l’écriture et le calcul (pour ceux qui restent jusqu’au bout). En fonction des moyens, les enfants sont rassemblés dans une salle, au domicile du maître, dans une grange ou sous le porche de l’église. L’enseignement n’est pas toujours aisé car tous les niveaux se confondent, et il n’est pas rare que les effectifs dépassent 100 élèves…
Là encore, les congrégations enseignantes assurent une bonne part de l’enseignement, avec comme figure emblématique Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719), fondateur des Frères des Écoles Chrétiennes.
Bibliographie :
AUDISIO, Gabriel. Les Français d’hier, tome 2 : Des croyants, XVe au XIXe siècle. Armand Colin, 1997.
DEREGNAUCOURT G., POTON D. La vie religieuse en France aux XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles. Ophrys, 2002.
LOUPÈS, Philippe. La vie religieuse en France au XVIIIe siècle. SEDES, 1995.
https://www.fdesouche.com/2011/10/02/desouche-histoire-le-saint-pretre-du-xviiie-siecle/
dimanche 3 décembre 2023
La crèche de Noël née des persécutions religieuses de 1789
Alors que depuis deux ans, les libres penseurs essayent de faire interdire les crèches dans l’espace public, il convient de rappeler que ce sont les mêmes, par leur intolérance, qui ont permis la naissance de la tradition d’installer un crèche dans le foyer de chaque provençal durant la période de Noël.
L’origine de la crèche provençale nous vient d'Italie, du village de Greccio, située dans la province de Rieti. En effet, dès le XIIème siècle, dans les églises italiennes, on représentait la scène de la Nativité avec des sculptures mobiles, non fixées au sol. Cette tradition du culte catholique ne tarda pas à franchir les Alpes et à venir en Provence. La crèche était alors collective et installée dans une des chapelles de l’église paroissiale. La tradition voulait que chaque année, la crèche soit mise en place peu avant Noël pour n’être défaite qu’au début février, à la Chandeleur. Cet art populaire fera naître les Pastorales, représentations théâtrales de la Nativité.
Ce sont les persécutions religieuses qui ont commencé fin 1789 qui va faire que la tradition va transférer la crèche de l’église paroissiale vers le foyer de chaque provençal, symbolisant ainsi la résistance des provençaux à la tyrannie révolutionnaire et à la Libre pensée.
Rappelons brièvement les faits qui débutent avec la Constituante : Le 11 août 1789, la dime qui permettait à l’Eglise d’assurer sa mission de service public dans les écoles et les hôpitaux est abolie ; le 28 octobre, l’Assemblée suspend autoritairement le recrutement monastique ; le 2 novembre, les biens ecclésiastiques sont saisis ; le 13 février 1790, les vœux monastiques sont interdits et les ordres contemplatifs supprimés ; le 23 février, l’Assemblée constituante décide que ses décrets seront lus en chaire par les curés ; le 17 mars, les biens de l’Eglise sont déclarés biens nationaux et vendus ; le 12 juillet, la constitution civile du clergé est adoptée créant ainsi une religion d’état. Face à la résistance des catholiques (Qui représentent 95% de la population), le 27 novembre 1790, tous les ecclésiastiques sont obligés de prêter serment à la constitution civile du clergé sous peine de déportation.
L’ensemble de ses biens vendus (Y compris les églises), l’Eglise catholique de France va devenir « Souterraine » comme aux temps des persécutions romaines… comme ce sera le cas en URSS durant un siècle ou comme c’est le cas actuellement en Chine avec son église officielle et son église souterraine.
Le 29 novembre 1791, un nouveau décret déclare suspect tout prêtre non jureur. Sur cent trente évêques, seuls quatre ont reconnus la constitution civile du clergé. Sur 130 000 prêtres, ils seront 100 000 à refuser le serment et deviennent d’office suspects. Le 27 mai 1792, un décret de la Législative ordonne la déportation des prêtres réfractaires dénoncés par « Vingt citoyens actifs d’un même canton ». Plus de 6 000 prêtres réfractaires périront dans le sinistre camp de concentration de l’Ile au Diable au large de Cayenne. D'autres seront guillotinés (Lire le Dictionnaire des individus envoyés à la mort judiciairement de Louis-Marie Prudhomme)
Faute de prêtres et de lieu de culte, la vie pastorale se cantonne alors dans chaque foyer sous l’autorité du chef de famille. La traditionnelle crèche installée pour le temps de Noël dans l’église paroissiale est maintenant installée à côté de la cheminée de chaque foyer. Une tradition est née qui va faire fleurir l’industrie des santonniers de Provence à partir du début du dix-neuvième siècle !
Ce n’est qu’en 1802 que les crèches reviendront s’installer pour Noël dans le chœur des églises après treize ans d’absence pour cause de persécutions. De nos jours, sans le savoir, les provençaux effectuent le même geste de résistance à l’oppression que leurs ancêtres en installant une crèche dans leur foyer.
En 2017, ce sont les mêmes Libres penseurs qui font la chasse aux crèches installées dans l’espace public. Leur intolérance n’a pas perdu de leur virulence depuis 1789.
mardi 21 novembre 2023
Alain Escada - La doctrine sociale catholique face au chaos et la tyrannie
Conférence d'Alain Escada à Paris le 9 septembre 2023
lundi 6 novembre 2023
Saint-Charles Borromée. Une grande figure de la Chrétienté
Carlo Borromeo naît en 1538 à Arona, dans le Nord de l’Italie. Sa statue haute de trente-trois mètres est couronnée d’une immense tête, où peuvent se tenir six personnes, qui découvrent alors le superbe panorama du lac Majeur et de son pittoresque archipel. Les îles Borromées portent le nom de l’illustre famille dont provient celui qui allait devenir un des plus influents prélats d’un XVIe siècle religieusement très agité. Par sa mère, Carlo est également un Médicis, comme son oncle Pie IV, le pape qui achèvera le concile de Trente en 1563.
Le jeune Carlo entre à la faculté de théologie de Pavie. Les murs de la cité des Visconti résonnent encore des fureurs d’une bataille célèbre en 1525. Le roi de France François 1er et l’Empereur Charles-Quint s’y affrontèrent. La victoire sourit au second nommé.
La rencontre de Charles Borromée, à peine sorti de l’Université lombarde, et du vieillissant Michel-Ange (1475-1564) revêt une valeur initiatique. Le jeune homme d’Église est désormais et pour toujours habité par le goût des Beaux-Arts.
Depuis 1545, le concile de Trente se traîne au gré de multiples interruptions. Dans sa phase finale (1562-1563), il se trouve en Charles Borromée un secrétaire d’autant plus zélé qu’il est - nous l’avons dit - le neveu du souverain pontife en exercice.
Devenu évêque de Milan, Charles Borromée tente de concrétiser le programme de Contre-Réforme dont le concile de Trente a tracé les lignes théoriques. Pour répondre à la critique protestante avec autant d’intelligence que d’efficacité, l’Église catholique romaine a besoin de prêtres bien formés sur le plan pédagogique. Charles Borromée multiplie donc la fondation de séminaires. Il peut être tenu pour un des pionniers de l’enseignement du catéchisme.
Les partisans de l’austérité calviniste ou luthérienne sont peut-être en droit de reprocher à Charles Borromée un certain penchant pour le luxe, un indéfectible attachement au train de vie aristocratique hérité de ses origines familiales. Charles Borromée n’en oublie pas pour autant les exigences caritatives du christianisme. Il visite régulièrement les léproseries de son diocèse. Il réconforte les plus démunis par des dons utiles (vêtements, nourriture), et non par de vains discours doloristes. Frappé d’un coup de couteau par un déséquilibré, il accorde aussitôt à son agresseur un humble et sincère pardon.
Charles Borromée réconcilie la foi chrétienne avec l’amour de la vie et le sens de la beauté. Lui-même artiste, et spécialement musicien, il est un excellent joueur de viole de gambe.
Charles Borromée s’éteint à Milan en 1584. La précocité de son décès n’a d’égale que la rapidité de sa canonisation (1610). Il est fêté le 4 novembre. Saint-Charles Borromée est passé à la postérité comme un des principaux artisans de la Contre-Réforme.
Plusieurs églises d’Europe sont dédiées à Saint-Charles Borromée. Dans la périphérie Ouest de Bruxelles, l’une d’entre elles est de style néo-gothique. Le portail d’entrée est tourné vers le Soleil couchant. Aux quatre coins du chœur édifié à l’Orient trônent des statues représentant les quatre Évangélistes et leurs symboles traditionnels : l’Homme (Matthieu), l’Aigle (Jean), le Taureau (Luc) et le Lion (Marc).
À Anvers, un des plus beaux édifices religieux de Belgique est l’église baroque Saint-Charles Borromée. Construite au XVIIe siècle à l’initiative des jésuites, elle fut considérée comme la plus riche des anciens Pays-Bas en raison de ses parois et colonnes en marbre de Carrare. L’incendie de 1738 détruisit malheureusement les trente-neuf peintures de Rubens qui décoraient son plafond. L’église mérite néanmoins une visite, en hommage à Carlo Borromeo, grande figure de la Chrétienté.
Sources
• Sous la direction de Julien Van Remoortere, Guide Ippa des villes de Belgique, Éditions Lannoo, 1990, pp. 29-30.
• Petite vie de Saint-Charles Borromée, Éditions Desclée de Brouwer.
https://web.archive.org/web/20060620051954/http://europemaxima.com/article.php3?id_article=150
jeudi 2 novembre 2023
Martin Heidegger. Catholicisme, Révolution, Nazisme. Par Guillaume Payen

J’ai longtemps voulu découvrir l’œuvre d’Heidegger ; j’ai essayé de commencer à lire son œuvre la plus connue Sein und Zeit – Être et Temps – mais je me suis arrêté à la première page en me disant que je n’y comprenais absolument rien ; je ne pense pas être un débile … La traduction française ne semblait pas convenir à sa langue très particulière.
Ma connaissance de l’allemand, basique, ne me permettait évidemment pas d’y accéder. Alors je voyageai jusqu’à Totdnauberg pour m’imprégner de ces chemins qui l’ont mené nulle part. Nietzschéen convaincu je me ressourçai dans ces montagnes et m’imaginai Martin dans son Heimat.
Puis je visionnai justement ce chef d’œuvre qu’est Heimat en je ne sais plus combien de dizaines d’heures. J’avais je pensais intégré la notion de Heimat voire celle de Dasein… J’essayai ensuite de lire l’ouvrage « Chemins qui mènent nulle part » mais je laissais tomber. L’hermétisme de Heidegger n’était décidément pas fait pour moi. Cependant le bonhomme m’intéressait. Et ces attaques récurrentes contre le philosophe nazi venant de la gauche servile m’irritaient ; trop simplistes. Trop facile.
Alors la biographie écrite par Guillaume Payen allait être pour moi un moyen de connaître l’Heidegger intime, l’amant de Hannah Arendt (j’avais vu le film sorti il y a peu de temps et lu quelques uns de ses ouvrages). Je lisais de front cette biographie et de nouveau Être et Temps (jusqu’à la deuxième page) et une introduction à sa pensée ( que je laissais aussi tomber).
Guillaume Payen semble dès l’abord être un biographe honnête, ses deux premières parties sont plutôt enthousiasmantes qu’il aborde « le destin catholique » ou « le philosophe révolutionnaire » ; nous comprenons peu à peu la structuration de l’ esprit de Heidegger, façonné par le Heimat , les velléités chrétiennes puis les doutes et la réaction antimoderniste à l’épreuve des conséquences de la première guerre mondiale et de ses orages d’acier. Peu à peu aussi est montrée l’importance de son épouse Elfride qui l’introduit dans un cadre différent, bourgeois et citadin et qui sera plus tard une farouche antisémite.
Cependant Heidegger restait encore apolitique bien que commençant à se poser des questions sur l’emprise du judaïsme comme la majeure partie de la population à cette époque. Au plan philosophique il se voulait révolutionnaire et revisitait Husserl dans la perspective d’une phénoménologie radicale. Parallèlement il se lia à Karl Jaspers et dans l’exercice de ses fonctions il commença à se constituer un sérail d’étudiants captifs et d’étudiantes enamourées dont plusieurs devinrent ses maîtresses. Il rompit définitivement avec l’Église catholique et chercha une âme dans l’enracinement.
Nommé à Fribourg en remplacement de Husserl en partie grâce à la publication de son « Sein und Zeit » et du concept de Dasein (résumé clair p.193 à 198) il attira peu à peu d’autres étudiants qui le continuèrent (Marcuse, Lévinas…). Parallèlement il se réfugiait de plus en plus souvent à Todtnauberg et s’imprégnait de l’idéologie Völkisch qui commençait à régner, Elfride en étant le vecteur. La thématique “Sang et sol” devint prégnante dans sa pensée de même que la nécessité de la détresse comme catalyseur du vécu. Les événements des années 20 montraient que la destinée de chacun devait s’instaurer dans une histoire collective et non dans des références à des droits d’un homme abstrait. En Italie le fascisme avait son intellectuel Giovanni Gentile qui incarnait des notions proches. Parallèlement influencé par le jeune Nietzsche, Heidegger voyait les Allemands comme les continuateurs des Grecs.
Puis Heidegger fut nommé à Berlin. Il refusa le poste et resta à Fribourg. En 1932 commença la rumeur qu’il « ne fréquentait plus que des nationaux socialistes » et s’était converti au nazisme, comme d’ailleurs pléthore d’intellectuels allemands. Il se laissa fasciner par l’aura du führer et les fastes de la propagande. La peur du communisme était un des facteurs d’adhésion ainsi que la crainte du “complot juif mondial”, inspiré des Protocoles des sages de Sion. Une dictature violente était une voie demandée par de nombreux intellectuels de première importance. Il reprochait cependant aux nazis leur inculture et le mépris pour les choses de l’esprit.
Le 21 avril 1933 il fut élu recteur de l’université de Fribourg et fut prié de mettre en œuvre la nazification de l’université. Le 3 mai il prit sa carte du parti. Dans le livre ces deux premières parties occupent 270 pages et elles sont rédigées de manière extrêmement passionnante et pondérée.
La troisième partie « Le nazisme, destin de l’Allemagne ? » couvre en 140 pages la période de 1933 à 1945 et dissèque les pensées et activités d’un führer recteur qui semble vivre et penser totalement en harmonie avec les thèmes développés par l’idéologie nazie voire en être à l’avant-garde. Cependant l’auteur reste factuel et encore peu dans l’interprétation.
La quatrième partie « Un nazi promis au silence 1945 ? » se compose d’une biographie proprement dite des années suivant la Deuxième Guerre mondiale dans une Allemagne détruite puis reconstruite et dénazifiée et d’une interrogation sur l’héritage de Heidegger à partir des débats cinglants qui eurent lieu récemment sur la portée de la philosophie du « plus grand philosophe du vingtième siècle » en laissant une grande part aux détracteurs de Heidegger (Guillaume Payen a reçu une bourse pour ses travaux sur Heidegger par la fondation pour la mémoire de la Shoah) pour lesquels cette philosophie serait “nauséabonde” et peu digne d’être diffusée.
Les arguments sont souvent des arguments posés hors contexte historique car posés après coup.
A part des interrogations quant aux pratiques de certains auteurs labellisés (Emmanuel Faye) ou acteurs de journaux politiquement corrects j’ai fortement apprécié cette bibliographie extrêmement rigoureuse détaillée et claire et ai essayé, sans toujours aucun résultat, de me replonger dans l’œuvre de Heidegger. Si un fin connaisseur lisant ces quelques lignes pouvait m’expliquer un peu « Sein und Zeit » je suis prêt à prendre des cours particuliers…
Eric Abgrall
Martin Heidegger – Guillaume Payen – Perrin – 27 euros (pour le commander cliquez sur l’image ci-dessous)
Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine
mardi 29 août 2023
Les hérésies chrétiennes dans le Coran – le nestorianisme et ses dérivés

De la Petite Feuille verte :
Au-delà des nombreuses doctrines gnostiques et messianistes qui pullulaient en Orien, l’arianisme a sans doute été l’une des hérésies chrétiennes les plus influentes auprès de l’islam naissant puisque le Coran a adopté le cœur de sa doctrine, à savoir la négation absolue de la divinité du Christ et de la Trinité. On ne peut toutefois pas négliger d’autres emprunts, inspirés eux aussi d’idées hétérodoxes, telles que le nestorianisme, le monophysisme et le monothélisme, qui résultaient de facteurs aussi variés que les malentendus culturels et linguistiques, les écrits apocryphes ou les rivalités politiques et ecclésiales. Outre qu’elles ont contribué à briser l’unité chrétienne par les schismes qui en résultèrent, leurs formulations ont inspiré certaines croyances islamiques inscrites dans le Coran, préparant ainsi les consciences orientales à l’acceptation de l’islam.
LE NESTORIANISME
Son initiateur, Nestorius (v. 382-451), était un moine syrien devenu patriarche de Constantinople en 428. Il avait été formé à la Didascalée (École de théologie) d’Antioche, dominée par la personnalité de Théodore (350-428), évêque de Mopsueste en Cilicie (Turquie actuelle). De tendance « rationalisante », cette École tendait à privilégier l’humanité de Jésus au détriment de sa divinité. Il s’agissait au fond d’éviter l’absorption d’une nature par l’autre et ainsi d’épargner à la divinité tout mélange avec l’humain.
Nestorius rejetait donc l’union hypostatique des deux natures dans l’unique personne du Verbe ; il en arrivait finalement à l’existence de deux Christ : l’homme et Dieu. Dans son rapport sur ce sujet, intitulé Traité de l’incarnation, le moine saint Jean Cassien (360-432), abbé du monastère Saint-Victor de Marseille, a exposé ainsi la doctrine nestorienne :
« Jésus-Christ, né de la Vierge, est un homme sans plus (homo solitarius) ; ayant pris le chemin de la vertu, il a obtenu par sa vie pieuse et religieuse, par la sainteté de son existence, que la Majesté divine s’unît à lui ; sa dignité lui vient, non pas de la splendeur de son origine, mais des mérites qu’il s’est acquis » (cité par l’islamologue Roger Arnaldez, À la croisée des trois monothéismes, Albin Michel, 1993, p. 50).
Selon l’historien syrien Edmond Rabbath (1902-1991), Nestorius considérait que
« seule la nature humaine du Christ a subi les souffrances de la crucifixion ». “Ce n’est pas Dieu, disait-il, qui a souffert sur la Croix, mais il était uni à la chair qui a été crucifiée”. Cette doctrine donnait lieu à l’abandon du dogme de la Rédemption, un des piliers du christianisme, sans lequel la religion du péché originel et du salut par le Divin Sauveur eûtété complètement défigurée » (L’Orient chrétien à la veille de l’islam, Publication de l’Université Libanaise, Beyrouth, 1989, p. 17-18).
Or, dans la même ligne, le Coran occulte la réalité du péché originel et donc la nécessité d’un salut pour les hommes. Ce sujet sera traité dans une PFV à venir (n° 99).
Le nestorianisme fut dénoncé par l’évêque d’Alexandrie, saint Cyrille (375-444), qui justifia son attitude auprès du pape Célestin 1er. En 430, ce dernier condamna la doctrine nestorienne, confiant à Cyrille la charge de convaincre son instigateur de renoncer à cette « hérésie inouïe et étrange » (Yves Chiron, Histoire des conciles, Perrin, 2011, p. 30-31).
Sa démarche étant restée sans suite, la question nécessita la convocation du troisième concile œcuménique qui se tint à Éphèse (Turquie actuelle) en 431. L’assemblée conciliaire confirma l’union hypostatique telle qu’on l’enseignait à la Didascalée d’Alexandrie où, dans une optique contraire à celle d’Antioche, la primauté était accordée au donné de la foi (le Verbe s’est fait chair, Jn 1, 14). On y insistait ainsi sur la divinité du Christ et son unité substantielle avec son humanité (cf. PFV n° 96).
Nestorius fut déposé pour hérésie et déchu de la dignité épiscopale, puis en 434, l’empereur Théodose l’exila dans l’oasis de Kharga (Haute-Égypte), où il mourut et fut enterré en 451, année du concile de Chalcédoine, qui confirma sa condamnation et celle de sa doctrine (cf. infra).
Cette querelle christologique a correspondu, sur fond de dispute de pouvoir, aux divergences d’évolution entre les chrétientés de l’Occident gréco-latin et celles de l’Orient araméophone (syriaque).
« Les courants de pensée en milieu oriental différaient beaucoup de ceux qui se développaient à Antioche où se côtoyaient les cultures araméenne, grecque et romaine, tandis que prédominait à Alexandrie une pensée fortement hellénique. Ces courants orientaux et occidentaux si opposés finirent par provoquer des conflits, aggravés par les différences de langage et d’expression » (Mgr Francis Alichoran, Missel Chaldéen[catholique], Publication de la Mission Chaldéenne, 1982, p. 260).
LE MONOPHYSISME
En 433, à la demande du pape et de l’empereur, un accord conclu entre Jean et Cyrille, respectivement patriarches d’Antioche et d’Alexandrie, stipula la distinction entre les natures divine et humaine du Christ et leur union sans confusion. Cette définition ne reçut pas l’assentiment de tous les anti-nestoriens. Certains crurent qu’elle sous-entendait une séparation absolue entre les deux natures et revenait donc à nier l’unicité christique. Ils suivirent alors la thèse monophysite (du grec monos = seul et physis = nature) d’un moine syrien, Eutychès (378-454), archimandrite d’un monastère de Constantinople, pour qui la nature humaine du Christ étant absorbée par sa nature divine perdait sa propre réalité.
C’est, pourrait-on dire, l’hérésie inverse du nestorianisme. « Les monophysites voulaient surtout sauvegarder la divinité du Christ en reléguant son humanité à l’arrière-plan » (Jan M.F. Van Reeth, « La christologie du Coran », Communio, n° XXXII, 5-6, Septembre-décembre 2007,p. 7).
Eutychès fut condamné et excommunié par un synode réuni en 448 à Constantinople sous la présidence du patriarche Flavien, favorable à cette sanction. Mais il fut réhabilité l’année suivante lors d’un concile général convoqué à Éphèse par l’empereur Théodose II contre l’assentiment du Siège apostolique dont le titulaire était Léon 1er. Ce dernier s’opposait à l’attribution de la présidence de l’assemblée conciliaire à Dioscore, successeur de Cyrille sur le siège patriarcal d’Alexandrie et partisan d’Eutychès. Les manipulations et intimidations pratiquées durant ce concile, qui déposa Flavien, lui ont valu de passer dans l’histoire sous le nom de « brigandage d’Éphèse » (449). Sur cet épisode, cf. Y. Chiron, op. cit., p. 38-40.
En 451, un nouveau concile, réuni à Chalcédoine (sur la rive asiatique de Constantinople) par le couple impérial (Marcien et Pulchérie), définit la constitution du Christ en insistant sur l’unité de sa personne, à partir de la doctrine de l’Incarnation exposée par le pape saint Léon 1er le Grand dans une lettre adressée à Flavien (Tome à Flavien,13 juin 449)qui aurait dû être lue au concile d’Ephèse. « Nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, vraiment Dieu et vraiment homme ; un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l’unique engendré reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation ». Cf. le texte intégral dans Bernard Peyrous et Sylvie Bernay, Les crises de l’Eglise, ce qu’elles nous enseignent, Artège, 2022, p. 513.
Dès lors, Chalcédoine s’inscrivait dans la liste des conciles œcuméniques. Il en fut le quatrième. Ses condamnations du nestorianisme et du monophysisme n’empêchèrent pas leur expansion géographique, suscitant l’émergence d’Églises schismatiques qui engendrèrent des nations confessionnelles.
Le nestorianisme se répandit en Mésopotamie et en Perse, où l’Eglise locale, de culture syriaque, déjà en rupture depuis 410 avec le patriarcat d’Antioche, situé en terre byzantine (elle avait alors créé son propre siège à Séleucie-Ctésiphon, dans l’Irak actuel), en fit sa doctrine officielle sous le nom d’Église assyrienne de l’Orient. Elle maintiendra cette doctrine lors du transfert de son patriarcat à Bagdad en 780.
Quant au monophysisme, il fut adopté par la chrétienté arménienne et par l’Église copte d’Égypte, ce qui permettait à cette dernière de se dégager de la tutelle politique de Constantinople. Il se diffusa aussi parmi les chrétiens de Syrie, sous l’impulsion du moine Jacques Baradée (490-578), évêque d’Édesse, qui donna son nom à l’Église jacobite, dont il fixa le siège à Antioche. Enfin, le monophysisme jacobite s’implanta dans les régions méridionales, centrales et occidentales de la péninsule Arabique, en particulier sur le territoire de l’actuel Yémen.
Les querelles christologiques, alimentées par des guerres et des persécutions, ne cessèrent pas pour autant.
LE MONOTHÉLISME
Soucieux de réconcilier les monophysites avec la définition du concile de Chalcédoine (451) – cf. supra – et d’établir la paix dans l’Empire byzantin, Serge 1er, d’origine syrienne, qui occupa le siège patriarcal de Constantinople de 610 à 638, fut la cause d’une nouvelle hérésie christologique, le monoénergisme (dugrec mia = seule et energeia = énergie ou opération), selon laquelle dans le Christ il n’y a qu’« une seule énergie humano-divine ». Répondant aux polémiques suscitées par cette théorie, qui était contestée entre autres par le moine-théologien Maxime le Confesseur (v. 580-662), également opposé au monophysisme, Serge 1er, suivant une proposition de l’empereur Héraclius, remplaça « énergie » par « volonté ».
Cela donna le monothélisme (du grec mia = seule et thelésis = volonté). « Cette doctrine prétendait que si Jésus, Fils de Dieu, avait deux natures (humaine et divine), il n’avait qu’une seule volonté, la volonté divine » (Y. Chiron, op. cit., p. 48). Elle fut ratifiée par Pyrrhus, successeur de Serge, et acceptée par tous les patriarches orientaux mais vivement combattue par le pape Martin 1er (598-655) et saint Maxime. Tous deux furent persécutés, le second mourut martyr (cf. Jean-Claude Larchet, Saint Maxime le Confesseur, Cerf, 2011, p. 18 à 25).
Cette hérésie revenait à nier l’unité substantielle dans le Christ des deux natures, divine et humaine, puisqu’elle privait cette dernière d’une volonté véritable. Après avoir marqué des « progrès foudroyants » dans une grande partie de l’Orient alors confronté aux premières conquêtes arabo-musulmanes (E. Rabbath, op. cit., p. 32), le monothélisme et ses promoteurs furent condamnés par le sixième concile œcuménique, Constantinople III (680-681), convoqué par l’empereur Constantin IV, mais cela ne suffit pas à l’éteindre (Cf. Chiron, op. cit., p. 53-54).
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Les condamnations de ces « fausses doctrines », prononcées à Nicée (325), Constantinople (381), Éphèse (431) et Chalcédoine (451), puis lors du cinquième concile de Constantinople (553), demeurent en vigueur dans l’Église catholique. Elle les a d’ailleurs confirmées encore en notre temps en les qualifiant explicitement d’hérésies comme l’attestent plusieurs documents magistériels tels que les encycliques des papes Pie XI, Lux Veritatis (25 décembre 1931) et Pie XII, Sempiternus Rex Christus (8 septembre 1951), dédiées aux premier et quatrième conciles, ainsi que le Catéchisme de l’Église catholiquedans son édition actuelle (n° 466 à 469, éd. Mame/Plon, 1992, p. 103-104).
Cependant, en application des décrets du concile Vatican II, Orientalum Ecclesiarum et Unitatis Redintegratio (21 novembre 1964), sous le pontificat de Jean-Paul II des Déclarations christologiques communes ont été signées entre Rome et la plupart des Églises orientales séparées. À commencer par celle de Paul VI et Chenouda III, patriarche des Coptes, publiée le 10 mai 1973 (cf. A. Laurent, Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ?, Salvator, 2017, chap. 1). De nouvelles Déclarations de ce type ont été signées sous le pontificat de François (cf. J. Yacoub, op. cit., p. 129-135).
Dans tous ces textes, on constate que la même foi est tenue de part et d’autre, et elle est proclamée conjointement sans ambiguïté : Jésus-Christ, un seul et le même, que l’on doit considérer selon la divinité et selon l’humanité, sans mélange ni séparation. Les divergences encore reconnues se situent donc au niveau de l’expression de la foi, allant parfois jusqu’à l’emploi de terminologies exactement inverses : si l’on considère les différences entre les langues (grec et latin), les ères culturelles (Orient et Occident), les écoles théologiques (Antioche et Alexandrie), les rivalités politiques (Rome, Byzance, Babylone), on comprend que les malentendus soient récurrents et les anathèmes facilement étayés. Des commissions mixtes ont été créées en vue d’éclairer chacune de ces difficultés encore en vigueur (cf. note 1).
Au contact de ces controverses théologiques, l’islam des débuts ne cherchera pas l’intelligence de la foi mais sa perspective sera celle d’un refus radical du mystère de l’Incarnation, comme cela sera exposé dans la prochaine Petite Feuille Verte (n° 98).
DES INFLUENCES HÉRÉTIQUES SUR L’ISLAM ?
Ces doctrines chrétiennes hétérodoxes n’avaient donc pas disparu de l’espace oriental lorsqu’au VIIème siècle l’islam surgit dans la péninsule Arabique.
« Le christianisme local est éparpillé entre une multitude de dénominations rivales, tous les résidus des hérésies christologiques semblant avoir trouvé refuge en Arabie. […] La tradition veut que Mahomet ait été en contact avec les milieux chrétiens à La Mecque et à Yathrib (Médine) ainsi qu’au long de ses voyages de caravanier dans le désert syrien », souligne l’historien Jean-Pierre Valognes (Vie et mort des chrétiens d’Orient, Fayard, 1994, p. 55).
Divers spécialistes se sont intéressés à ces fréquentations et à leur impact sur l’élaboration du Coran. La présence dans le Livre sacré des musulmans de termes issus d’autres langues sémitiques que l’arabe, notamment l’hébreu, le syriaque et l’araméen, tend à accréditer ces faits. Cf. Joseph Yacoub, Le Moyen-Orient syriaque, Salvator, 2019, p. 101-111 ; Christian-Julien Robin, « L’Arabie pré-islamique », Histoire du Coran, dans Mohammad Ali Amir-Moezzi et Guillaume Dye (dir.), Cerf, 2022, p. 82-93 ; Muriel Debié, « Les apocalypses syriaques », ibid, p. 571-579.
De tels emprunts linguistiques rendent d’ailleurs difficilement crédible l’affirmation attribuée à Dieu dans le Coran.
- Voici un Livre dont les versets sont clairement exposés ; un Coran arabe, destiné à un peuple qui comprend (41, 3) ;
- Par le Livre clair ! Oui, nous en avons fait un Coran arabe ! Peut-être comprendrez-vous ! (43, 2-3).
D’autres chercheurs contemporains signalent le rôle présumé de personnages auxquels la tradition islamique se réfère.
Selon le célèbre commentateur arabe Abou Jaafar El-Tabari (839-923), il y eut parmi eux Waraqa Ibn Naufal, prêtre judéo-nazaréen, résidant à La Mecque et apparenté à sa première épouse, Khadija.
Joseph Azzi, moine maronite libanais (1937-2022), évoque le rôle de ce dernier. En se référant à Ibn Hichâm, biographe de Mahomet, il souligne que, fort de sa connaissance de la langue hébraïque, Waraqa traduisait L’Évangile selon les Hébreux. Azzi résume ainsi la doctrine de ce prêtre : « Il croyait que le Christ était un prophète venu pour compléter la loi de Moïse sans qu’il soit Dieu ou fils de Dieu » (Le Prêtre et le Prophète, Maisonneuve & Larose, 2001, p. 29).
L’islamologue Alfred-Louis de Prémare (1930-2006) a repris cette information attribuée à des « hagiographes » : Waraqa « connaissait la Tora et l’Évangile, et il traduisait en arabe, de l’Évangile, ce que Dieu avait voulu qu’il traduise » (Les fondations de l’islam, Seuil, 2002, p. 328).
Or, cet Évangile selon les Hébreux était un dérivé de l’apocryphe Pseudo-Évangile de saint Matthieu, celui auquel se référait l’hérésie ébionite, mouvement d’origine judéo-chrétienne dont le nom provient de l’hébreu ebion (« pauvre ») par allusion à sa réputation de pauvreté doctrinale. Rejetant la naissance virginale de Jésus, les ébionites refusaient de le reconnaître comme Fils de Dieu. Ils le voyaient comme « un mortel qui devait sa naissance à l’union de Marie et d’un homme » (Alfred Havenith, Les Arabes chrétiens nomades au temps de Mohammed, Centre d’histoire des religions, Louvain-la-Neuve, 1988, p. 83).
Cette croyance se retrouve dans le Coran.
- Oui, il en est de Jésus comme d’Adam auprès de Dieu : Dieu l’a créé de terre, puis il lui a dit : “Sois”, et il est (3, 59).
Notons aussi que les ébionites interdisaient l’absorption de vin, y compris pour l’eucharistie.
C’est ainsi que les passages du Coran signalant les prodiges accomplis par Jésus (inspirés par les textes apocryphes, ils ne reprennent toutefois pas les détails des récits évangéliques) soulignent qu’il n’agit pas en vertu de sa propre puissance, énergie ou volonté, mais avec celle de Dieu, donc dans un état d’infériorité et de subordination. Voici ce que le Dieu de l’islam dit à Jésus.
- Je t’ai enseigné le Livre, la Sagesse, la Tora et l’Évangile. Tu crées, de terre, une forme d’oiseau – avec ma permission -. Tu souffles en elle, et elle est oiseau, avec ma permission. Tu guéris le muet et le lépreux – avec ma permission -. Tu ressuscites les morts – avec ma permission (5, 110). Voir aussi 3, 49.
La tradition musulmane mentionne par ailleurs le moine syrien Serge Bahîra (ou Sergius), « L’Excellent en syriaque »,disciple de Nestorius, qui, lors d’une rencontre avec l’adolescent Mahomet à Bosra (sud de la Syrie actuelle), lui aurait prédit son destin « prophétique » (A.-L. de Prémare, ibid.). Sur le site archéologique de Bosra, qui fut une imposante cité romaine, les guides montrent aux visiteurs les restes du sanctuaire où vivait Bahîra. Saint Bernard a évoqué cet épisode en signalant que le moine nestorien avait été exclu de l’Église pour hérésie (Antoine Régis, Les saints catholiques face à l’islam, DMM, 2019, p. 60).
Signalons enfin que Prémare relate aussi le rôle de « scribes venus d’ailleurs », en particulier des Juifs et des Persans (op. cit., chap. 17), mais il se veut prudent sur l’ensemble de ce sujet. « Les récits hagiographiques tendent à condenser les traits de cette population originellement non arabe ou non musulmane dans des personnages emblématiques reportés au temps de Mahomet et qui jouent un rôle de faire-valoir de l’islam. Chaque fois que nous avons affaire à un personnage de ce genre, il convient d’en distinguer, autant que faire se peut, les contours historiques et les éléments légendaires » (ibid., p. 328).
A partir de tout ce qui vient d’être rappelé, nous serons en mesure de présenter les principaux éléments qui constituent ce que l’on pourrait appeler la « christologie islamique ». Tel sera le thème de la Petite Feuille Verte n° 98.
Annie LAURENT
Déléguée générale de CLARIFIER
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(1) Pour dire dans le Christ l’unicité de l’être concret, on pourra dire : la « personne » ou le « sujet » (sub-jectum), ou l’« hypostase » ; et pour dire la divinité et l’humanité, on parlera des deux « natures » du Christ. Mais on peut prendre aussi le mot « nature » au sens de l’être concret comme le font une partie des Orientaux, et l’on dira alors, pour être fidèle à la foi : il y a dans le Christ un seul être concret, autrement dit « une seule nature », que l’on considère selon sa divinité et selon son humanité, autrement dit selon ses deux « hypostases », terme que traduit effectivement le latin « subsistentia » ou « substantia » (pensons à notre « consubstantiel » au Père qui, dans le Credo, désigne la nature divine commune du Père et du Fils). On a donc face à face deux définitions inverses au niveau de l’expression : une hypostase et deux natures / une nature et deux hypostases ; pour dire en réalité une même foi : un seul et le même, selon la divinité et selon l’humanité. C’est ainsi que la Déclaration commune Paul VI – Chenouda III évite l’expression « unité hypostatique » et s’en tient à « unité réelle » pour dire l’unicité du Christ ; tout en reprenant les adverbes du concile de Chalcédoine : sans changement, sans confusion, sans division, sans séparation, pour conjuguer les deux éléments divin et humain dans le Christ.
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