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vendredi 27 février 2015

La vraie leçon du Komintern

Couverture du livre du colonel Rezanoff
Alors que le communisme d'hier se voulait officiellement international, il nous administrait quand même la preuve d'un certain nombre de réalités dérangeantes pour son idéologie. Depuis cette époque, celle la révolution russe de 1917, près d'un siècle s'est écoulé et l'Histoire les a cruellement confirmées.
Le régime totalitaire naissant allait très rapidement conduire au "chauvinisme de grande puissance" qui, pour certains, caractérisa le schisme sino-soviétique. À la vérité l'expression apparaît dès octobre 1922 sous la plume de Lénine lui-même. (1)⇓
Fondateur du système celui-ci peut être crédité d'un certain nombre de crimes, mais pas de celui-là : il dira, au contraire, et jusqu'au bout, de manière provocante, qu'il "crache sur la Russie".
Au lendemain de la révolution bolchevique de 1917, Lénine et ses adeptes entreprirent, par ailleurs, la liquidation de la Deuxième Internationale. Les communistes prétendirent lui substituer une "Troisième Internationale", plus "internationaliste" encore.
L'abrégé russe s'imposera très rapidement sous le nom de "Komintern". (2)⇓
Les socialistes devinrent dès lors les premiers ennemis du communisme, à la fois parce qu'ils acceptent le cadre de la démocratie bourgeoise ‑ à laquelle Lénine oppose la dictature du prolétariat, - et, corollaire, parce que les socialistes ont accepté de se comporter en patriotes dans chacun des pays entraînés dans la première guerre mondiale.
Très rapidement "l'Internationale" se révèle une organisation centralisée. Dirigé depuis Moscou, le Komintern va devenir un instrument du pouvoir soviétique, avant de se révéler une succursale de ses services spéciaux.
Documents à l'appui le colonel Rezanoff donnait de manière prophétique, dans un petit livre intitulé "le Komintern" (3)⇓, l'alerte aux Occidentaux. Il le fait autour de la conférence de Gènes de 1922. Ce fut aussi la première étape de l'application en Europe d'un plan cynique, concrétisé par l'accord de Rappallo. D'inspiration non plus strictement marxiste mais géopolitique, il était conçu dans la nouvelle ligne de la prétendue Internationale, ce que nous devons appeler la "ligne Radek". (4)⇓
Celle-ci apparaîtra, en fait au lendemain de ce que les Polonais appellent le miracle de la Vistule d'août 1920. Jusqu'à cette bataille décisive les bolcheviks imaginent exporter leur révolution en occident, et triompher rapidement. C'était la "ligne Zinoviev". En Hongrie (mars-août 1919) comme en Bavière (avril-mai 1919) la dictature passagère des "conseils" avait laissé de forts mauvais souvenirs. Mais l'heure est encore aux espérances occidentales et particulièrement allemandes. En 1914 Trotsky avait souligné ce point essentiel : les révolutionnaires de Russie se considéraient comme "redevables — et combien ! — à la Social-démocratie allemande. Nous sommes passés par son école et avons tiré enseignement de ses succès et de ses fautes. Pour nous, elle n’était pas un des partis de l’Internationale, mais elle incarnait le 'Parti'tout court." (5)⇓
Ancien procureur de la Russie impériale, Rezanoff démonte déès lors la logique totalitaire implacable dans laquelle se sont engouffrés, dès le départ, Lénine, ses adeptes et ses successeurs. On pouvait donc le savoir dès 1922, ce qui souligne et dénonce l'aveuglement complice de nos dirigeants.
La conclusion de "l'entreprise" léniniste, foi nouvelle totalitaire, ne pouvait conduire qu'à une volonté de conquête de l'empire du monde. Jules Monnerot, fondateur trop méconnu de la pensée sociologique française l'associe à ces traits de "religion séculière" … que le marxisme-léninisme du XXe siècle emprunta à l'islam conquérant des origines.
En dépit de l'affaiblissement considérable de la Russie par rapport à ce qu'avait été l'URSS, l'ombre de cette conception plane encore sur les centres du pouvoir moscovite. Elle est basée sur la quête, impossible en raison des faiblesses économiques de cet immense territoire, d'une égalité avec les Etats-Unis.
Dans ma jeunesse, dans les années 1950 à 1970, toute personne sensée l'avait sans doute compris. Le mouvement communiste avait cessé depuis longtemps de pratiquer vraiment aussi bien l'idéal "d'amitié entre les peuples", slogan dérisoire pour plaques de rues dans la banlieue rouge, que la référence prolétarienne dont il se revendiquait encore. Ou plus exactement si de tels slogans fonctionnaient, ils ne servaient qu'à sens unique, dans le sens et au seul profit de l'impérialisme soviétique.
On l'a mesuré de manière totalement évidente en Europe à partir de 1956, année où Khrouchtchev écrasa dans le sang les aspirations à l'indépendance du peuple hongrois. André Malraux, ancien adepte du Komintern, auquel on reprochait de s'être éloigné de ses écrits et de ses actions de jeunesse, en particulier des illusions nourries par la guerre d'Espagne, répondit un jour "la Condition humaine s'achève à Budapest".
Pour s'en rendre compte, il suffisait d'ouvrir les yeux.
Malheureusement, en France, pour ne pas voir cette réalité, les paupières des intellectuels demeuraient largement tributaires d'une sorte de conjonctivite appelée "antifascisme".
Invention du VIIe congrès du Komintern en 1935 ce mot d'ordre continue de polluer les logiciels des gens qui, aujourd'hui, n'ont toujours pas compris que sous les apparences de l'islamo-terrorisme ils sont confrontés à l'islamo-bolchevisme.
JG Malliarakis
Apostilles
  1.  cf. sa Lettre à Kamenev du 6 octobre 1922, correspondance reproduite dans "La Pravda" du 21 janvier 1937.
  2.  Dans la préface de sa colossale "Histoire de l'Internationale communiste", publiée chez Fayard en 1997, l'historien trotskiste Pierre Broué propose de "franciser" ce sigle en "Comintern" et de le féminiser, puisqu'il s'agit de "la" (Troisième) internationale communiste avec un C, Komintern sonnnnt trop germano-russe à son gré. Bien qu'adepte, en général, de la solution "la plus française", je ne le suivrai pas ici.
  3.  réédité aux Éditions du Trident.
  4.  cf. Notre article "Géopolitique de la subversion ou vieille ligne Radek" du 14 avril 2011.
  5.  cf. "La Guerre et la Révolution" texte de 1922 p. 77 de l'édition numérique librement téléchargeable

jeudi 11 octobre 2012

Les étrangers de Franco

Le titre est paradoxal. Voilà un ouvrage qui relate l’histoire des volontaires étrangers combattant aux côtés des nationalistes pendant la Guerre d’Espagne (1936 – 1939). On sait que le camp républicain bénéficia jusqu’en 1938 du soutien des Brigades internationales voulues et constituées par Moscou et le Komintern. « Si l’histoire de ces 35 000, 45 000, 55 000, 65 000 ou 75 000 “ volontaires de la Liberté ” est bien connue, il en va bien autrement des autres combattants volontaires étrangers qui servirent, avec le même dévouement, le même courage et la même abnégation, une cause qui, par bien des aspects, fut tout aussi respectable que celle de leurs adversaires (p. 59) ».
Avec ce livre novateur dans le domaine francophone, l’auteur, Sylvain Roussillon, examine les motivations, le parcours et l’action et dresse le bilan des quelque 179 068 étrangers qui rejoignirent le camp national au sein du Tercio de la Légion étrangère, de la Phalange, des Requetès carlistes, etc. Il figure même des pages 338 à 341 un remarquable tableau consacré à leur répartition précise.
Les « Brigades internationales » de Franco est à faire impérativement lire aux jeunes militants, aux lycéens, voire aux collégiens les plus mûrs, afin qu’ils comprennent toute la complexité de l’histoire au-delà des clichés habituels professés par des enseignants souvent ignares. Outre quelques mises au point qui rectifient des lieux communs (la propagande autour de Guernica cache la tragédie du Santuario de Nuestra Senora de la Cabeza et le massacre de 800 personnes par les « Rouges »), l’auteur rappelle quelques évidences. Ainsi les combattants étrangers de Franco étaient-ils des volontaires, y compris les Allemands et les Italiens. La Légion Condor, symbole de l’intervention germanique dans le conflit, joua principalement une fonction d’intendance. « Les troupes de l’armée d’Afrique franchirent le détroit de Gibraltar pratiquement sans l’aide des avions allemands. L’apport de cette légion fut en grande partie logistique et technique. Ses faibles pertes démontrent d’ailleurs qu’elle fut peu engagée militairement (p. 86). »
Assez méfiants envers ces volontaires en raison d’un sentiment national incandescent, « les Espagnols, quel que soit leur camp auquel ils aient appartenu, avaient davantage besoin de matériels et d’armements que d’hommes (p. 330) ». Les seuls à être vraiment acceptés furent les Regulares, les troupes indigènes recrutées au Maroc espagnol auxquelles s’ajoutèrent des militants nationalistes arabes et nord-africains. Ces musulmans s’élevaient contre le discours athée et anti-religieux du gouvernement du Front populaire. On y apprend que 80 Juifs combattirent aussi du côté national parce que l’irreligion de la gauche espagnole les insupportait !
Sylvain Roussillon ne cache pas les dissensions entre ces volontaires étrangers et les autorités franquistes. Face à l’Italie mussolinienne qui projette d’annexer les Baléares et de coloniser l’Espagne, « il semble même que dans certaines unités nationalistes certains officiers nationalistes aient fêté la bataille de Guadalajara comme… une victoire espagnole sur des troupes étrangères !… (pp. 104 – 105) », les Républicains repoussant les Italiens du Corpo di truppe volontarie.
On rencontre dans les armées de Franco des Russes blancs qui poursuivent leur croisade contre le communisme, des nationalistes ukrainiens, des Asiatiques, des Sud-Américains… Les Roumains de la Garde de fer de Codreanu ne forment qu’une modeste délégation symbolique mais dont l’impact en Roumanie sera spectaculaire grâce à une formidable mise en scène funèbre… Régulièrement, Roussillon est contraint de faire des digressions significatives pour évoquer l’histoire particulière de l’engagement nationaliste. En démystifiant les Viriatos, il explique la situation du Portugal sous Salazar qui entend se débarrasser de l’intégralisme lusitanien. On retrouve une démarche similaire chez Vargas confronté à l’intégralisme brésilien. D’où proviennent les 798 Irlandais « Chemises bleues » d’Eoin O’Duffy partis pour l’Hispanie ? L’auteur y répond en mentionnant les suites des « Pâques sanglantes » de 1916 et la guerre civile de 1921. Il remarque d’ailleurs que « 24 de ces volontaires viennent d’Ulster et que l’un d’entre eux, preuve de l’extrême hétérogénéité de ce continent, sort des rangs des forces de l’ordre unionistes et protestantes de la Royal Ulster Constabulary (R.U.C.) (p. 177) ». Il n’oublie pas de signaler la grande efficacité du groupe de pression irlandais avec Joseph Kennedy auprès du Congrès des États-Unis qui maintint l’embargo sur les armes en destination de l’Espagne républicaine.
Sylvain Roussillon étudie enfin la fameuse Bandera Jeanne d’Arc et en déconstruit le mythe. Il relate les dissensions permanentes au-delà des Pyrénées entre les membres de l’Action française, des Croix-de-Feu, de la Cagoule, etc., d’où une certaine inefficacité militaire… C’est aussi l’occasion pour lui d’évoquer quelques figures. Il en profite pour récuser tout déterminisme politique avec les événements ultérieurs dont la Seconde Guerre mondiale. Si le Britannique John Amery créa en 1943 la Waffen S.S. British Free Corps, deux anciens brigadistes internationaux issus de l’I.R.A., Frank Ryan et Sean Russell, travaillèrent – eux – pour l’Abwehr ! A contrario, les Français des forces carlistes, Michel de Camaret et Auguste-Pierre Combe, se retrouveront ensuite dans la Résistance et la France libre ! Le Camelot du Roi Luc Robert estime, lui, que « son engagement aux côtés des Nationaux espagnols contre le communisme, puis dans la Résistance contre les nazis, relevait de la même logique, celle d’un homme engagé contre la barbarie, d’où qu’elle vienne (p. 252) ».
L’auteur s’intéresse aussi au Sud-Africain Roy Campbell qui se convertit au catholicisme et lutta aux côtés des carlistes de Séville avant de servir Sa Gracieuse Majesté contre le Reich entre 1940 et 1945. « En octobre 1944, Campbell fait la connaissance de C.S. Lewis [auteur de la série Le monde de Narnia - N.D.L.R.] et J.R.R. Tolkien. Le futur auteur du Seigneur des Anneaux, qui avait lui aussi pris parti pour les Nationaux lors de la guerre civile, est enthousiasmé par cette rencontre au point que l’on peut même se demander si la personnalité de Roy Campbell n’a pas en partie inspiré Tolkien pour le personnage d’Aragorn, comme en témoigne une lettre envoyée au lendemain de ce dîner à Christopher Tolkien par son père (p. 199) ». Le plus surprenant des destins est peut-être celui d’Egbert von Frankenberg und Proschlitz. Après 1945, il vivra en R.D.A., co-fondera le N.D.P.D., le Parti national-démocratique d’Allemagne nationaliste, et instruira la jeune armée est-allemande. « L’ironie de l’histoire voudra qu’il côtoie, au sein de la Nationale Volksarmee, d’autres anciens d’Espagne, engagés eux dans les Brigades internationaux (p. 80). »
L’ouvrage de Sylvain Roussillon ne tombe ni dans le manichéisme grotesque, ni dans le moralisme de pacotille; il apporte au contraire une somme de renseignements ignorés. C’est fort heureux !
Georges Feltin-Tracol http://www.europemaxima.com/
• Sylvain Roussillon, Les « Brigades internationales » de Franco. Les volontaires étrangers du côté national, préface de Pascal Le Pautremat, Via Romana, Versailles, 2012, 362 p., 24 €.

vendredi 6 juillet 2012

SUBTILE DISTORSION DE LA REALITE L’Orchestre rouge

Je ne peux pas m’empêcher de vous faire observer comment la chaîne Histoire présente son émission spéciale de ce soir. Voyez plutôt :
20h35, « L’Orchestre rouge.
Actif pendant la seconde guerre mondiale, Orchestre rouge, le principal mouvement résistant allemand, a fourni aux Alliés de nombreux et précieux renseignements.»
Voilà. « Le principal mouvement résistant allemand ». Donc, classé d’office du côté du Bien. Parce qu’être résistant, c’est chargé de plein de valeur positive. Etre espion, c’est nettement moins bien vu. C’est réservé au camp du Mal. Les communistes à la nationalité incertaine qui espionnent en temps de guerre pour Staline sont des résistants et non des espions. J’espère que tout le monde aura bien compris la nuance.
Voici ci-après un portrait très succinct du créateur « résistant » d’Orchestre rouge (tiré de Révolutionnaires juifs). Vous noterez comme moi au passage que les zaffreux nazis ne l'ont pas trop malmené. Tandis que Staline, lui, ne l'a pas raté. Curieux.
LEOPOLD TREPPER, chef de l’Orchestre rouge
Le futur organisateur du réseau d’espionnage Orchestre rouge naît en 1904 dans une famille juive de Galicie.
Il rejoint les bolcheviks peu après la révolution d’Octobre et travaille durant un certain temps dans les mines de Galicie. En 1923 - il a dix-neuf ans - il organise une grève et connaît la prison.
L’année suivante, il s’embarque pour la Palestine, en tant que membre de Hashomer Hatzair, mouvement sioniste de gauche créé en Pologne en 1913. Dans ce territoire alors sous mandat britannique, il adhère au parti communiste qui vient tout juste de se créer et de s’affilier au Komintern. Trepper sera finalement expulsé de Palestine par les Anglais en 1929 en raison de ses activités subversives.
Il se rend alors en France et y travaille avec une organisation clandestine qui sera bientôt interdite. En 1932, il repart donc pour Moscou où il travaillera dorénavant pour le GRU, le renseignement militaire. Il se met à beaucoup voyager, notamment entre Paris et Moscou, pour ses missions.
Trepper va traverser la période des purges sans difficultés majeures. En 1938, il est envoyé en Belgique afin d’y établir un réseau d’espionnage, celui que les Allemands désigneront plus tard du nom célèbre de Die Rote Kapelle, l’Orchestre rouge. L’idée qu’il met en œuvre consiste à s’abriter derrière  des sociétés commerciales qui serviront à la fois de paravent et de source de revenus. Trepper va ainsi mettre sur pied un vaste réseau d’agents sûrs opérant dans divers pays européens et capables de fournir aux soviétiques des renseignements stratégiques, politiques, économiques de grande valeur.
Parmi les renseignements majeurs, Trepper sera en mesure d’informer Staline de l’imminence du déclenchement de l’opération Barbarossa, l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes, en juin 1941. Staline, qui recevra les mêmes informations d’un autre espion, Richard Sorge, ainsi que d’autres sources, refusera pourtant d’y ajouter foi.
Cependant, l’Abwehr, le service allemand de renseignements militaires, n’est pas resté inactif, et parvient à démanteler le réseau. Un grand nombre d’espions sont arrêtés, dont Trepper lui-même, en novembre 1942.  Les Allemands ne seront cependant pas trop méchants avec lui car ils espèrent en faire un agent double.
Trepper fait semblant de se prêter au jeu, et réussit à s’échapper en 1943. Il réapparaîtra à la libération de Paris, dans le sillage de la résistance.
Il rentre en URSS en janvier 1945, mais là, bizarrement, au lieu d’être bien accueilli, il est emprisonné à la Loubianka sur ordre de Staline. Il réussira de justesse à sauver sa tête, mais il reste enfermé jusqu’en 1955.
Après sa libération, il retourne en Pologne avec sa famille et renoue avec ses racines juives en s’occupant de diverses organisations communautaires.
 Après la guerre des Six Jours, il décide d’émigrer en Israël. La Pologne finira par accepter de le laisser partir en 1974. Il s’installe alors à Jérusalem et publie son autobiographie l’année suivante. Il meurt à Jérusalem en 1982.

dimanche 5 février 2012

Quand un système s'effondre

Adieu camarades. Sous ce titre, la chaîne Arte, où le pire du pire voisine, certes, avec le meilleur diffuse une série absolument remarquable sur la chute du communisme. (1)⇓
Le 28 novembre 1989, à Prague, des milliers de manifestants occupaient les rues. Sur l'immeuble de l'ancienne télévision d'État une banderole est hissée : « Pologne 10 ans ; Hongrie 10 mois ; Allemagne de l'Est 10 semaines ; Tchécoslovaquie 10 jours ». Bientôt, à Bucarest, on ajoutera : « Roumanie 10 heures ». La fin du communisme se traduira en effet par une plus formidable accélération de l'histoire.
Le réalisateur Andrei Nekrasov et les scénaristes Jean-François Colosimo et György Dalos font dès lors remarquer : « Le communisme n'est pas mort de l'extérieur, mais de l'intérieur. Il a implosé. Il n'a pas été vaincu par les armes mais par la volonté et la conviction de celles et ceux que le communisme devait rendre heureux » Ce dernier membre de phrase va peut-être un peu loin dans la mesure où le courage extraordinaire des dissidents n'a donné que le coup de grâce au système moribond.
Plus de 20 ans après l'effondrement du bloc soviétique, les aspects essentiels de cette mutation du monde semblent de moins en moins inscrits dans la mémoire de nos dirigeants, de nos communicateurs et de nos commentateurs agréés. Pis encore, et très logiquement, les leçons que l'on peut en tirer s'effacent de plus en plus des stratégies occidentales.
La première évidence à rappeler porte donc sur les raisons qui ont conduit à ce bouleversement, inattendu de la plupart des spécialistes. (2)⇓
La voix dominante des stratèges affirmait que le point faible de cette construction remontait, au fond, à l'empire des Tsars. On dénonçait ainsi, à la fois son caractère multinational et sa tendance à la russification. D'intéressantes statistiques intervenaient pour prouver qu'au sein de chaque république, la nationalité russe prenait une part grandissante. Par là même, la révolte des peuples satellisés était présentée comme inéluctable.
Ma génération a été largement convaincue que le meilleur antidote à la menace communiste, mais aussi, pour les plus audacieux la voie la plus recommandable de la victoire du camp de la Liberté passerait par le nationalisme. À partir des années 1950, on a beaucoup admiré, pour ces motifs, la Yougoslavie de Tito, expulsé du Kominterm par Staline. Et on la présenta longtemps pour un modèle de réussite.
À partir de 1974, charnière marquée par la publication en occident de « l'Archipel du Goulag », la voix des dissidents est devenue porteuse d'espérance. Elle a cessé de n'être répercutée que par quelques cercles confidentiels. Rappelons à cet égard que, jusque-là, les amis de Boris Pasternak étaient eux-mêmes profondément marginalisés, voire expulsés des intelligentsias de Paris, Londres ou New York. On a donc conçu la cause des droits de l'Homme comme susceptible de terrasser le dragon rouge.
Or l'Empire n'a ni éclaté ni évolué : il s'est écroulé sur lui-même, ruiné et rongé par sa propre perversité juridique et économique. Roulée dans sa crasse et ses crimes la bureaucratie soviétique a renoncé à gérer ses dépendances et proclamé la souveraineté des territoires dont elle avait imposé, au cours des 70 années de l'Histoire soviétique, de la façon la plus brutale, les artificielles frontières.
C'est de son désastre économique, et pas d'autre chose, que ce système est mort.
La faillite de toutes ses usines à gaz comptables, de toutes ses directives inapplicables, de toutes ses utopies planificatrices a détruit la principale puissance militaire du monde, disposant du territoire le plus étendu et de la plus grande réserve de matières premières de la planète.
On devrait par conséquent considérer en parallèle l'Histoire de la France.
En 1789, la fausse gloire Mirabeau dominait l'assemblée constituante. Ce personnage, profondément corrompu, faisait encore figure de référence. Dans un discours tonitruant, il avait prétendu prohiber « le mot hideux de banqueroute ». Il eût sans doute été plus avisé de faire adopter les dispositions de nature à empêcher la chose. Car les dispositions qu'il fit adopter personnellement allaient conduire exactement à ce qu'il prétendait redouter. Appuyant habilement la proposition de Talleyrand, il sut convaincre les députés de voter la nationalisation des biens de l'Église et la transformation les membres du clergé en fonctionnaires de l'État. Cette décision funeste, mais en apparence rationnelle, conduisit à une série d'expédients financiers catastrophiques. (3)⇓ La dérive des assignats se produisit en effet très rapidement. Elle ne fut cependant sanctionnée qu'à l'époque du Directoire, soit après plusieurs années dramatiques où les acquisitions spoliatrices de biens nationaux avaient ajouté de l'Or et de la boue, au sang de la guerre civile et de la guerre européenne déclenchées l'une comme l'autre par la fureur et les pillages du jacobinisme.
Eh bien très précisément : ce à quoi nous assistons particulièrement en France aujourd'hui, mais également dans bon nombre de pays de l'Union européenne reflète en profondeur, plus encore que la crise, l'effondrement inéluctable de ce qu'on appelle l'État Providence, héritier bâtard et hybride du jacobinisme et du soviétisme. (4)⇓
Aujourd'hui les comptes publics français sont ainsi dramatiquement rongés, notamment par les conséquences du plan Juppé de 1995-1997, ou par les quelque 500 niches fiscales et sociales imaginées pour corriger les tares de cet immense système spoliateur, où le régime s'épuise, de pseudo-réforme en pseudo-réforme, à colmater des brèches.
Cet équilibre instable a encore moins de raison de se maintenir que n'en avait l'ordre totalitaire soviétique. On peut toujours préférer qu'il se réforme plutôt que de subir une destruction aussi coûteuse que celle à laquelle on assiste d'ores et déjà dans les pays les plus atteints. On doit toujours espérer chrétiennement le repentir sincère du pécheur, plutôt que sa condamnation définitive.
Hélas la sanction de la vie se révèle souvent moins charitable.
JG Malliarakis http://www.insolent.fr/
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Apostilles
  1. On peut retrouver les 6 épisodes en vidéo à la demande ou en coffret DVD.
  2. Seul Jules Monnerot en avait annoncé les prémisses.
  3. On ne saurait trop recommander à ce sujet le remarquable ouvrage de Florin Aftalion "l'Économie de la révolution française". Publié en dans la collection Pluriel, alors dirigée par Georges Liébert, il a été réédité aux Belles Lettres.<
  4. Ce caractère se retrouve dans le Rapport Beveridge de 1942 en Grande Bretagne, dans la création ruineuse du Social security trust par Roosevelt en 1935 ou de Medicare par Johnson en 1965, ou des ordonnances de 1945 en France : toujours la même inspiration, celle de la "convergence avec l'expérience soviétique" sous des apparences à peine différentes.

lundi 25 juillet 2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – EUGEN FRIED ET MICHEL FEINTUCH (8)

Aujourd’hui, pour le week-end, je n’ai pas vraiment envie de me fatiguer, alors je vous offre deux portraits qui trouvent parfaitement leur place dans cette série, et qui sont issus de mon livre Révolutionnaires juifs. Cette fois, nous restons en France :

1) EUGEN FRIED, dit CLEMENT, l’agent du Komintern qui fut le vrai chef du PCF
tt.jpgCelui qui est systématiquement qualifié d’ « homme de l’ombre » du parti communiste français naît en 1900 dans une famille juive de Slovaquie, alors partie de l’empire austro-hongrois. Il passe son baccalauréat en 1917, année fatidique. Dès lors il ne pensera plus qu’à se joindre aux mouvements révolutionnaires qui embrasent l’Europe centrale.

Il participe à la création du parti communiste tchécoslovaque en 1921 et en devient rapidement l’un des responsables. Il intègre par ailleurs le Komintern. 1921 est également l’année où s’organise en France la SFIC – Section française de l’Internationale communiste – vocable très révélateur pour désigner ce qui deviendra quelques années plus tard le PCF.
Fried, agent du Komintern, est envoyé en France en 1931 pour « encadrer » le parti dont il deviendra l’un des hommes-clés pendant une bonne dizaine d’années, sous le pseudonyme de Clément.

Sa tâche sera essentiellement de veiller à ce que les ordres de Moscou soient scrupuleusement exécutés. En fait, il contrôle tout l’appareil en sous-main. Si Maurice Thorez, l’ancien ouvrier méritant qui a grimpé tous les échelons du parti, prend la direction de son secrétariat général en mai 1931, ce n’est qu’avec l’assentiment du Komintern et de Fried.
Le PCF suivra dès lors fidèlement les injonctions et les fluctuations de Moscou: d’abord politique internationaliste, puis constitution du Front populaire en 1936, puis approbation du pacte germano-soviétique fin 1939, puis virage à 180° en 1941 et résistance aux Allemands.
Fried est toujours au centre de l’action, relayant fidèlement les ordres de Staline. En 1939, il quitte la France, où le parti a été interdit,  pour Bruxelles où il est chargé par le Komintern  de diriger une antenne pour toute l’Europe de l’ouest. Il y vivra avec la première femme de Maurice Thorez, Aurore.

Sa carrière d’influent agent de l’ombre va se terminer brutalement par son assassinat en 1943, à Bruxelles. Par qui ? Annie Kriegel avait débuté une biographie de Fried qui sera interrompue par son décès en 1996. Stéphane Courtois la terminera et la publiera en 1997 sous le titre Eugen Fried – Le Grand Secret du PCF. Les deux auteurs semblent attribuer le décès brutal de l’agent aux services spéciaux soviétiques. Ils ont en tout cas déclenché la controverse car la version habituellement admise – et tellement plus politiquement correcte – est d’attribuer la mort de Fried à la police allemande. Qui aurait tendu une souricière, dans cette maison bruxelloise qui servait de relais, sans savoir exactement qui viendrait s’y fourrer. 

2) MICHEL FEINTUCH, dit JEAN-JEROME, agent du Komintern et grand argentier du PCF
C’est lui qui succéda après la seconde guerre mondiale et jusque dans les années 1970 à Eugen Fried en tant qu’œil de Moscou rivé sur le parti communiste français.
Le futur Jean-Jérôme naît en 1906 dans une famille juive de Galicie, alors région de l’empire austro-hongrois. Il reçoit une éducation religieuse poussée dans une yeshiva où il apprend le yiddish et l’hébreu.
À la fin de la première guerre, la Galicie redevient polonaise. L’onde de choc de la révolution bolchevique se propage à toutes ces régions où s’organisent des partis communistes. La Pologne ne fait pas exception. Son parti révolutionnaire se crée dès 1918 par la fusion du SDKPiL - fondé par Rosa Luxemburg et Leo Jogiches - et de l’aile gauche du parti socialiste. Feintuch ne tardera pas à le rejoindre.
Il se fait arrêter à diverses reprises en raison de ses activités politiques et syndicales.  Comme de toute façon, il veut échapper au service militaire, il quitte la Pologne en 1927.
Il va vivre dans un premier temps en Belgique, travaillant comme ouvrier, mais il se fait expulser l’année suivante en raison de son activisme. Il passe alors clandestinement en France et va vite se trouver des points de chute grâce au Comité central du PCF. On le retrouve à la Confédération Générale du Travail (CGT) et à la mission polonaise de la Main d’œuvre étrangère (MOE)
Il se fait expulser une nouvelle fois, de France cette fois, en 1931. Mais il ne tardera pas à revenir. C’est qu’entre-temps il est devenu un efficace agent de liaison du Komintern et du Profintern, l’internationale rouge des syndicats, qui avait été créée en 1921 sur proposition de Zinoviev.
Il va travailler de concert avec l’agent du Komintern, Eugen Fried, qui débarque justement en France cette année-là. Tous deux sont au cœur de l’activité du PCF durant ces années d’avant guerre. En 1936 éclate la guerre civile en Espagne. Staline crée les Brigades internationales pour renforcer les républicains et aide ces derniers de multiples façons. Feintuch sera chargé de la logistique de cette aide depuis la France : armes et fournitures en tous genres traverseront la frontière. Mais la République d’Espagne s’effondre en 1939. Feintuch se reconvertit alors dans le passage en sens inverse : il fera traverser clandestinement vers la France des dizaines de milliers d’anciens combattants et de réfugiés.
En juin 1940, le numéro deux officiel du parti, Jacques Duclos, - le numéro un officiel, Thorez, ayant déserté à Moscou - rentre de Bruxelles où il s’était replié avec d’autres dirigeants du PCF, autour de Fried qui, lui, va rester en Belgique, et fait immédiatement appel à Feintuch. C’est à partir de ce moment-là que ce dernier se fera appeler Jean-Jérôme. Il sera d’une très grande utilité au parti alors clandestin : c’est lui qui fournit imprimeries clandestines, argent et organise les caches, notamment dans la banlieue parisienne.  C’est lui aussi qui sera chargé des contacts avec la résistance et les gaullistes.
Il est arrêté par les Allemands en avril 1943, mais assez curieusement, il ne sera pas déporté. Il est libéré en août 1944, en même temps que Paris.
À l’issue de la guerre, Jean-Jérôme aura droit à toute la batterie : Médaille de la Résistance, Croix de Guerre, Légion d’Honneur.
Il continuera après-guerre, et jusqu’au milieu des années 1970, à rendre d’éminents services au PCF, quoique occultes puisqu’il n’avait pas de titre officiel. Brassant de juteuses affaires d’import-export entre la Pologne, la Tchécoslovaquie et l’URSS, il passe pour avoir été l’un des grands argentiers du parti.

Il mourra en 1990, après avoir écrit deux livres de mémoires : La Part des Hommes et Les Clandestins (1940-44).
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samedi 23 juillet 2011

LES PROMOTEURS DU COMMUNISME – FABIO GROBART (6)

Fabio Grobart, de son véritable nom Abraham Simjovitch, naît à Bialystock, Pologne, en 1905 dans une famille juive. Dès 1922, il rejoint les jeunesses communistes polonaises. Son activisme lui vaudra de sérieux ennuis qui le conduiront à souhaiter changer d’air. Direction … Cuba*.Il n’y perdra pas son temps puisque dès 1925 – il a 20 ans – il fonde avec trois autres juifs ashkenazes : Goldberg, Vasserman et Garbich, sur ordre du Komintern, le parti communiste cubain.
Le spécialiste de l’histoire juive Moisés Asis nous le dit en ces termes : « By 1925, there were 8,000 Jews in Cuba (some 2,700 sephardic, 5,200 ashkenazic, and 100 Americans). Four ashkenazic Jews were in the small group that founded the first Communist Party of Cuba in 1925: Grimberg, Vasserman, Simjovich aka Grobart, and Gurbich. They opposed the religious and community life of the other Jews.”
A partir de ce moment-là, il sera l’ incontestable « idéologue » du parti et le mentor de Fidel Castro qu’il est censé avoir lui-même recruté en 1948. On lui attribue généreusement – car on ne prête qu’aux riches – un rôle majeur, quoique plutôt occulte, dans la révolution cubaine de 1959 et les événements qui la précédèrent. Les quelques décennies entre 1925 et 1959 furent officiellement occupées par lui à des activités syndicales et à des voyages en Europe de l’est, sous diverses identités et à des fins tout aussi diverses.
Bref, il fut l’éminence grise du pouvoir communiste cubain jusqu’à sa mort à Cuba, en 1994. À l’âge respectable de 89 ans, soit notablement plus que celui auquel parvinrent généralement les innombrables victimes de la terreur castriste. Le New York Times rapportera en ces termes des plus softs son décès, le 24 octobre 1994 :
« Fabio Grobart, a founder of Cuba's Communist Party, has died, state news organizations reported. He was 89 years old. The report from the state news agency A.I.N. did not say when he died or the cause of death, but it said he was buried on Saturday. Mr.Grobart, who emigrated from Poland to Cuba when he was 19, was a founding member of the Cuban Communist Party in 1925. At one time he owned a tailor shop in Havana. In the years after the 1959 revolution that brought Fidel Castro to power, Mr. Grobart served on the party's Central Committee and as a member of Parliament.”
Pour compléter ce portrait sommaire, voyons cette présentation, parue dans Libération, du livre de Serge Raffy, Castro, l'infidèle, paru en 2003 (Fayard) :
« Le scanner est sans pitié. Ainsi en est-il de celui que Serge Raffy fait subir à Fidel Castro. Le résultat de l'examen est accablant. Il surprendra même ceux qui n'ont jamais participé au culte du caudillo des Caraïbes et qui se sont toujours méfiés des images d'Epinal «made in La Havane». Il en est une, en particulier, que pulvérise l'enquête du journaliste Raffy : celle du révolutionnaire romantique, poussé presque malgré lui vers le communisme, après sa prise du pouvoir en 1959, par l'intransigeance absolue des États-Unis. Une vraie imposture. Non seulement parce que Castro a très vite accordé fort peu d'importance à la vie des autres mais surtout parce que, depuis 1952, sinon 1948, l'agitateur étudiant Castro, peu regardant sur ses alliances conjoncturelles mais qui ne manque jamais une occasion de proclamer son anticommunisme, émarge au réseau «Caraïbes» mis en place par les services secrets soviétiques.
Il a été recruté par la «tête» du réseau, Abraham Semjovitch, un juif polonais connu à Cuba sous le nom de Fabio Grobart. Sa mission : brûler les étapes classiques de la prise du pouvoir en suscitant des mouvements révolutionnaires en marge des partis communistes traditionnels (trop surveillés et pas assez audacieux), capables de s'imposer par la force et par la ruse. Ce sera le rôle du M26, le Mouvement du 26 juillet, ainsi nommé en souvenir de la calamiteuse attaque de la Moncada, en 1953, devenue par la grâce de la propagande castriste un haut fait militaire.
La chronologie de l'année 1959, qui débute par la fuite de Batista et l'entrée des «barbudos» de la Sierra Maestra dans La Havane, ne dément pas, loin de là, ce qui précède : après avoir nommé un gouvernement «démocratique» où sont représentées toutes les sensibilités de l'opposition à Batista, Fidel Castro dissout dès le mois de février l'Assemblée nationale, se proclame Premier ministre ; et trois mois plus tard, il impose la collectivisation des terres sous le contrôle de l'armée. De quoi satisfaire Fabio Grobart et un certain Nikolaï Leonov, un autre agent du KGB, très lié au frère omniprésent de Fidel, Raoul, dépêché à Prague dès 1953 aux fins de formation à la clandestinité. Cette accélération de la révolution en direction d'un soviétisme tropical, le rôle accru des communistes cubains dans des instances paragouvernementales quasi clandestines et l'autoritarisme croissant dont fait preuve Castro lui-même, ne sont pas du goût de certains de ses compagnons de la première heure.
Le plus prestigieux d'entre eux, affirme Serge Raffy, détails et témoignages à la clé, sera éliminé sur ordre de Fidel et de Raoul, ce dernier définitivement spécialisé dans les basses besognes. Il s'agit de Camilo Cienfuegos, chef de l'Armée rebelle ; cette figure légendaire de la révolution, presque aussi populaire que Castro mais tellement plus «cubain» donc spontané, va périr le 28 octobre 1959 dans le mitraillage de son avion par un pilote qui croyait «descendre» un appareil ennemi. Un autre héros emblématique de la «longue marche» castriste, Huber Matos, sera, lui, condamné à vingt ans de prison en décembre 1959 à la suite d'un procès dont Staline n'aurait pas désavoué la mise en scène. La même scène se rejouera trente ans plus tard lorsqu'il s'agira de faire fusiller un autre «héros de la révolution» qui s'était ensuite illustré dans les combats d'Angola, où Castro avait engagé son peuple en tant que supplétif de l'Union soviétique, le général Ochoa. »
* Les premiers juifs y arrivèrent à l’époque de Christophe Colomb, fuyant l’inquisition. D’autres arrivèrent au 19e siècle en provenance d’Europe de l’est. Puis d’autres encore à partir de 1910, de Turquie cette fois. A la seconde guerre mondiale arrivèrent d’autres juifs, qui furent bien accueillis, dont des diamantaires d’Anvers (c’est vrai qu’ils sont toujours bien accueillis, ceux-là). Hélas, ils repartiront en 1946.
En 1945, il y avait 15 000 juifs à La Havane, essentiellement des commerçants. Au début des années 60, soit à la révolution – ils voulaient bien la faire mais pas la subir – 90% d’entre eux repartiront aux USA et en Israël. Sans rancune …

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jeudi 12 août 2010

Ch. Dolbeau : « En finir avec 70 ans de mensonges sur la guerre d’Espagne »

RIVAROL : Christophe Dolbeau, vous êtes professeur d'anglais mais aussi passionné par l'histoire de l'ex-Yougoslavie à laquelle vous avez consacré des livres (Croatie, sentinelle de l'Occident, éd, Arctic 2006 ) et de nombreuses études, tout récemment encore dans notre revue Ecrits de Paris où vous avez publié un long article sur le «démocide» commis par les titistes à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale (n° de mai d'EdP, dossier sur « les maudits »). Même si dans votre livre Les Parias (éd, Irminsul 2001), vous aviez évoqué de grandes figures de la Phalange comme Onésimo Redondo et Ernesto Giménez Caballero, comment en êtes-vous venu à écrire sur la Guerre d'Espagne et surtout sur ce qu'on n'a jamais dit à ce sujet (1)?
Christophe Dolbeau : Il y a une quarantaine d'années, j'ai commencé à m'intéresser aux problèmes yougoslaves et plus précisément à la question croate car il me semblait que la Croatie était victime d'une énorme tromperie. Aujourd'hui, ma démarche est un peu la même et si j'ai entrepris de consacrer un ouvrage à la Guerre d'Espagne, c'est qu'il m'est apparu indispensable de répondre aux mensonges auxquels le public français est systématiquement soumis depuis plus de 70 ans. Ces mensonges, on ne se lassera jamais de le répéter, furent conçus par le Komintern, popularisés par le Front Populaire et repris après-guerre par tout ce que l'Intelliguentsia comptait de philocommunistes, de soi-disant progressistes, de chrétiens insanes et d'idiots utiles. Ces derniers souvent recrutés dans les rangs de la fausse droite, il faut bien le dire. Trente-cinq ans après la disparition de Francisco Franco, la désinformation continue de plus belle, on nous sert encore et toujours les mêmes fables et ceci est proprement intolérable. Il faut absolument dénoncer la fraude et en démonter les rouages.
R.: Comment expliquez-vous justement que tant d'intellectuels, d'écrivains comme Kessel, Malraux, Hemingway, sans parler de l'une des sœurs Mitford, aient adhéré à l'idéologie révolutionnaire espagnole et que, plus de septante ans après la fin du conflit, soient encore si nombreux, pour reprendre votre expression, « les dupes et les niais qui tiennent encore la Ile République espagnole pour un paisible État de Droit » ?
C. D. : La mode des années 1930 était au communisme et de nombreux intellectuels succombèrent à ses chimères au point d'en cautionner parfois les crimes les plus abjects. Raymond Aron n'a pas eu tort de parler du marxisme comme de l' « opium des intellectuels ». Victimes d'hallucinations, ils n'ont pas su ou pas voulu voir ce qu'était réellement le Frente Popular et rares furent ceux qui eurent le courage, comme la philosophe Simone Weil, d'en reconnaître les crapuleries. À noter aussi que des gens comme Kœstler, Hemingway, Orwell ou Malraux se sont tout de même bien gardés de rejoindre physiquement les Brigades Internationales… Leurs divagations n'ont jamais été remises en cause, elles sévissent encore et contribuent, hélas, à perpétuer le mythe.
R. : Pouvez-vous nous rappeler brièvement les origines de ce conflit ?
C. D. : La IIe République, ce sont cinq ans de gabegie. Des réformes avortées, un putsch militaire, une insurrection marxiste, le tout ponctué d'incendies d'églises, d'attentats, de meurtres, de grèves et de saisies abusives. Comme l'a dit le général Franco, l'Espagne était entrée dans les transes de l'agonie. En juillet 1936, il fallait réagir car c'était désormais une question de vie ou de mort. Quant au casus belli, la goutte qui fit déborder le vase, ce fut l'assassinat de sang froid (13 juillet 1936), par des policiers socialistes, de José Calvo Sotelo, le jeune leader de la droite parlementaire.
R. : Vous consacrez des pages terribles aux «tchékas» rouges, à Madrid et à Barcelone mais surtout en province et soulignez la férocité dont elles firent preuve, parfois sous la direction d'agents russes comme un certain Sonine, Comment fonctionnaient-elles ?
C. D. : Les «tchékas» étaient en quelque sorte des commissariats privés ; elles faisaient office à la fois de cantonnements, de centres d'interrogatoire, de geôles et de cours martiales. Elles étaient gérées par des polices parallèles dont les membres provenaient des partis et syndicats de gauche. Il y avait donc des «tchékas» socialistes, anarchistes, communistes, trotskystes, radicales, etc., indépendantes les unes des autres et souvent rivales dans le crime. Tolérées voire encouragées par l'État et dirigées par des truands, des psychopathes ou des fanatiques, ces bandes ont rapidement instauré un climat de terreur dans la plupart des grandes villes d'Espagne. Enlèvements, vols, tortures, viols et meurtres, telles étaient leurs méthodes. Le tout, bien sûr, au nom de l'«antifascisme». À partir de mai 1937, les communistes ont repris en main ces officines et y ont introduit les techniques du NKVD ; sont alors apparus dans leur sillage divers agents soviétiques comme Sonine, Grigoulevitch, Koltsov, Eitington, Gerö, Hertz ou Vidali.
R. : Vous nous apprenez que, tombées sous la coupe soviétique après l'élimination sanglante des anarchistes, ces «tchékas» recoururent à des moyens d'intimidation et de tortures extraordinairement modernes, utilisant par exemple les couleurs et les bruits violents pour tétaniser les prisonniers. Pouvez-vous nous en dire plus ? Et cela ne préfigure-t-il pas les moyens utilisés à Guantanamo ou à Abou-Ghraïb par exemple par les Américains pour faire avouer n'importe quoi aux détenus islamistes-?
C. D. : Le grand architecte des «tchékas», à Barcelone en particulier, fut Alfonso Laurencie, un étrange personnage, né en France mais d'ascendance austro-slovène. À la fois peintre et chef d'orchestre, ce Laurencie était probablement familier du suprématisme, du constructivisme, de la synesthésie, de l'art cinétique et de la Gestalt-psychologie. Il recourait, en effet, aux couleurs et aux sons afin de perturber l'équilibre mental des prisonniers et d'affaiblir leurs défenses psychologiques. À la peur, aux coups, à la sous-alimentation s'ajoutèrent dès lors les illusions cognitives, les images résiduelles et la désorientation spatio-temporelle.
Très modernes pour l'époque, ces méthodes se sont ensuite répandues dans le monde entier : Chinois et Nord-Coréens les ont utilisées, le Viêt-Minh les a pratiquées, puis la CIA a mis au point, à partir des années 1950, des techniques de privation sensorielle et de « fabrication du consentement » (manufacturing consent). L'Allemagne Fédérale et Israël passent également pour y avoir eu recours. En un sens, je crois que les techniques de Laurencie étaient plus sophistiquées que les moyens, somme toute assez classiques et rudimentaires, que mettent en œuvre les geôliers de Guantanamo et d'Abou Ghraïb.
R. : On a l'impression en vous lisant que les Rouges ne voulaient pas simplement s'emparer du pouvoir mais aussi édifier une humanité et un monde nouveaux sur les décombres de l'Espagne séculaire. Cette impression est-elle exacte ?
C. D.: Oui, indéniablement. Il ne s'agissait pas simplement de défendre la République et encore moins « la Liberté » mais bel et bien d'instaurer un régime bolcheviste, d'éliminer tous les vestiges de l'ancienne société et de transformer l'Espagne de fond en comble. Largo Caballero avait d'ailleurs annoncé que pour mettre fin à la lutte des classes, il fallait que l'une d'elles disparût… Et quant à l'Église Catholique, l'objectif avoué des chefs du Front Populaire était de l'éradiquer définitivement.
R. : On connaît bien la Légion Condor mais beaucoup moins la Bandera irlandaise ou la Bandera Juana de Arco. Pouvez-vous nous en dire plus ?
C. D. : La Bandera irlandaise était une petite unité de 600 volontaires qui s'est battue aux côtés des nationaux sur le front de Madrid. Constituée en novembre 1936 par le général O'Duffy, ancien chef d'état-major de l'IRA et bras droit de Michael Collins, cette unité regroupait essentiellement des catholiques qui venaient défendre Dieu et la Foi. Du côté français, une Bandera Jeanne d'Arc vit également le jour, en mai 1937, à l'initiative du capitaine (et ancien Camelot du Roi) Henri Bonneville de Marsangy. Plus politique et moins confessionnelle que son homologue irlandaise, cette formation attira surtout des militants d'Action Française ainsi que d'anciens Croix-de-Feu. Proportionnellement à leurs effectifs, ces deux banderas payèrent un lourd tribut à la lutte contre les Rouges.
R. : Dans un article publié le 19 mars, RIVAROL montrait que le monde littéraire et universitaire espagnol n'avait pas été unanime derrière les Rouges, une bonne partie choisissant au contraire le camp nationaliste, ce que certains payèrent très cher. Pouvez-vous en donner des exemples et rétablir la vérité sur la mort de Garcia Lorca ?
C. D. : En fait, les principaux fondateurs de la République - Ortega-y Gasset, Marañon et Perez de Ayala - prirent parti contre le Front Populaire et rallièrent le camp national, rapidement suivis par divers penseurs libéraux comme Azorin, Pio Baroja ou Garcia Morente. À droite, l'essayiste Ramiro de Maeztu, le dramaturge Muñoz Seca et le poète Hino-josa furent assassinés par les Rouges dès le début du conflit. Outre une kyrielle de jeunes auteurs phalangistes (dont Ridruejo, Agustin de Foxa, Sanchez Mazas, Manuel Machado), un grand nombre d'écrivains confirmés, d'universitaires et d'artistes apportèrent leur soutien à la rébellion. Parmi ceux-ci, Miguel de Unamuno, Eugenio d'Ors, Ricardo León, Josep Pla, Eduardo Marquina, Emilio Carrere ou Concha Espina, mais aussi les peintres Dali, Zuloaga et Ponce de León, ou encore les musiciens Manuel de Falla et Andrés Segovia. La fameuse « légende noire » du franquisme est donc une escroquerie de plus !
En matière d'intox, la mort de Garcia Lorca est encore plus emblématique. Victime de jalousies locales, de rancunes familiales et d'«homophobie» beaucoup plus que d'une quelconque vindicte politique, le poète fut bien assassiné par de prétendus «nationaux» mais certainement pas par des phalangistes et aucunement sur l'ordre ou avec l'assentiment du général Franco. Les phalangistes, dont certains étaient ses amis, ont au contraire tout tenté pour le sauver et quant à Franco, il n'avait alors aucune autorité sur la ville de Grenade !
R. : Avec le recul, peut-on dire que là où la révolution a échoué en 1939 grâce aux forces réunies par le generalisimo Franco, le libéralisme a réussi, comme on peut le déduire de la «movida» et des lois prises après la mort du Caudillo, ainsi que de l'hommage, que vous déplorez, rendu par le roi Juan Carlos aux « bourreaux de son pays » ?
C. D. : Le libéralisme et la «movida» ont entraîné la réapparition en Espagne de maux - partitocratie et séparatisme notamment - qui ont toujours eu pour le pays des conséquences funestes. Joint à une décadence accélérée des mœurs, à une immigration massive, au reniement des valeurs traditionnelles de l'Hispanité et au revanchisme hargneux de la gauche, ce changement est certainement dommageable. Reste, au-delà de ces problèmes et de ces inquiétudes, que l'Espagne d'aujourd'hui demeure tout de même un pays viable, ce que n'était pas l'Espagne de 1936. Aussi fâcheux soient-ils, les errements du régime actuel sont en effet sans commune mesure avec les aberrations et les crimes de la révolution de 1936. Fort heureusement pour les Espagnols, le juge Garzôn n'est pas Garcia Oliver et M. Zapatero n'est pas Largo Caballero !
Propos recueillis par Jacques LANGLOIS. RIVAROL 18 juin 2010
(1) Ch. Dolbeau : Ce qu'on ne vous a jamais dit sur LA GUERRE D'ESPAGNE. 214 pages, 20 € ou 23 € franco. Atelier Fol'fer Éditions, BP 20047, F-28260 Anet. Tél. : 06-74-68-24-40.

lundi 9 août 2010

La complicité du communisme français

Les dirigeants communistes français sont passés maîtres dans l'art de faire oublier leurs complicités et leurs responsabilités. Certes, n'ayant pas directement exercé le pouvoir, ils n'ont pas comme leurs homologues de l'Est été directement impliqués dans l'engrenage de la répression et du crime de masse. Pourtant leur passé est entaché doublement : par leurs actions d'abord et ensuite par leur soutien inconditionnel et jamais renié au marxisme-léninisme, à l'Union soviétique hier, à Cuba et au Vietnam aujourd'hui…
Dirigé et financé par Moscou
L'histoire du Parti Communiste Français justifierait à elle seule l'interdiction du nom de ce parti sur la scène politique contemporaine. Créé en 1920 d'une scission du socialisme français voulue par Moscou, le PCF n'a jamais eu, jusqu'à une date récente, d'existence libre ou indépendante vis-à-vis du grand frère soviétique. Inféodé au Komintern, l'organisation communiste internationale, le PCF sera dirigé secrètement par Eugen Fried (1), envoyé spécial de Staline, tout au long des années 30 et dans les premières années de guerre. Thorez, Duclos, Frachon et Marty prennent la direction du parti après avoir fait allégeance personnelle auprès du « Guide suprême » Staline. Tous les dirigeants communistes français sont fichés à Moscou et invités à venir s'y former.
Le parti reçoit de l'argent de Moscou, notamment après 1934, et cette manne ne se tarira qu'avec Gorbatchev !
Complice d'Hitler
Jusqu'en 1934, le PCF accuse les socialistes français d'être des « sociaux-traîtres » et de faire le jeu du fascisme. Sur ordre de Staline, il s'engage ensuite dans une stratégie de Front Populaire, mais Moscou interdit la participation au gouvernement Blum. Ferme soutien des républicains espagnols, le PCF pousse à l'entrée en guerre de la France contre Franco. 1939 marque un virage à 180° et l'engagement du PCF pour « la paix », jusqu'au pacte germano-soviétique d'août approuvé par Thorez et ses amis.
En octobre, le patron des communistes français déserte alors que la guerre est déclarée à l'Allemagne de Hitler. Il gagne l'URSS où il va passer toute la guerre. Dans ses messages diffusés en France durant la drôle de guerre, il fustige les Finlandais, Polonais, Baltes et Ukrainiens qui résistent à l'invasion soviétique permise par Hitler en traitant ces patriotes de «provocateurs», « vendus aux banquiers de Londres » (2). Le 15 juin 1940, alors que la France est occupée par les Allemands, Fried, Jacques Duclos et Maurice Tréand discutent à la Kommandantur de Paris pour obtenir la reparution de «L'Humanité» (3) quand dans le même temps le ministre russe Molotov félicite Hitler pour sa victoire totale en France ! Le fameux parti de la résistance ne fera rien contre les nazis avant le mois de juillet 1941… et encore le fera t-il alors dans le seul but de venir au secours de l'Union soviétique envahie.
Les ombres de la résistance communiste
Des communistes ont rejoint avec conviction le combat contre l'occupant. Mais leurs chefs poursuivaient des buts plus cyniques. La stratégie de l'assassinat de soldats allemands dans la rue déclenchant la répression aveugle de l'occupant sur les populations civiles était voulue par le PC pour entraîner un processus de terreur. La multiplication des maquis communistes non contrôlés, parfois remplis de véritables gangsters, visait à prendre de vitesse les autres maquis gaullistes ou nationalistes, car le but était la prise insurrectionnelle du pouvoir à la Libération. Certaines dénonciations de résistants concurrents n'ont jamais été élucidées, de même que la coexistence conflictuelle de maquis comme dans les Glières (4). À la Libération, répondant au mot d'ordre « Pas de quartier ! » lancé depuis Moscou par Thorez, le PCF prend une place de premier plan dans l'épuration qui, au-delà des collaborateurs, vise pour lui dans de nombreuses régions à éliminer les élites d'avant-guerre et les notables nationaux, mais aussi quelques responsables de la résistance non communiste. Des exactions innombrables seront alors commises notamment par le maquis FTP du criminel Guingoin en Limousin (5), mais aussi en Ardèche, dans le Gard avec les FTP de Boulestin, en Corrèze, dans la Creuse ou la Savoie, enfin dans la région toulousaine et en Dordogne où les maquis communistes s'appuient sur les troupes de choc exilées après la guerre d'Espagne.
Le PCF au pouvoir
Thorez revient d'exil en triomphateur, obtient pour les communistes des ministères dans le gouvernement De Gaulle et accède même durant l'année 46 à la vice-présidence du Conseil ! Le PCF investit tous les rouages du pouvoir. Il rassemble aux élections de novembre 28% des suffrages. Mais le début de la guerre d'Indochine et la guerre froide le font une nouvelle fois changer de stratégie et choisir l'épreuve de force avec ses anciens partenaires. Les sabotages dans les usines d'armement, ainsi que les actions de soutien au Viet-minh se multiplient. Des communistes s'engagent avec Ho Chi Minh pour faire la guerre à leurs compatriotes du corps expéditionnaire français. Dans le même temps des grèves insurrectionnelles, exigées par le Kominform, éclatent en France. Le but est de faire tomber la IVe république. Le 2 décembre 1947, à la suite du sabotage par des communistes d'une voie ferrée, l'express Paris-Lille déraille faisant 16 morts et 30 blessés (6).
Au service ininterrompu de l'URSS
Stalinien jusqu'à la mort de Staline(7) et même au-delà, le PCF n'a, à la différence des autres PC ouest-européens jamais remis en cause sa soumission à Moscou. Ainsi sera t-il amené à justifier la répression à Budapest en 1956, celle de Prague en 1968 ou encore l'invasion de l'Afghanistan en 1979 et la «normalisation» polonaise de 1981…
À cette époque, Georges Marchais se fait photographier avec son ami Ceaucescu, et déclare que le bilan de l'URSS est « globalement positif ».
Jusqu'à une date récente, la « Fête de l'Humanité » abritait des stands consacrés à tous les régimes communistes de la planète (8) et on y trouve encore ceux vantant les régimes cubain ou vietnamien et l'an dernier un stand à la gloire d'Erich Honecker, le bourreau de la RDA.
Robert Hue tente aujourd'hui de faire oublier tout cela, mais il se réclame du léninisme, refuse d'envisager l'abandon du terme de Parti Communiste et se trouve soutenu par l'irréductible veuve de Thorez.
Nouveaux oripeaux pour vieilles méthodes
Le PCF et ses courroies de transmission n'ont pas renoncé à utiliser l'intimidation, les dénonciations (9), l'hégémonie quand il font interdire les syndicats patriotes, sans parler de la fraude électorale, le terrorisme intellectuel quand ils accusent de fascisme et de racisme tous ceux qui leur résistent, voire la violence (10) avec les groupuscules qu'ils manipulent tels le SCALP (Section Carrément Anti Le Pen) ou Ras l' Front.
Notes :
(1) comme l'a révélé l'examen des archives soviétiques. Cf Historia décembre 1996
(2) Cf A. Rossi, Les Communistes français pendant la drôle de guerre, Editions Iles d'Or; 1951
(3) Cf Historia, Révélations des archives soviétiques, décembre 96
(4) Cf P. Vial, Le Sang des Glières, Presses de la cité,
(5) Cf Robert Aron, Histoire de l'Epuration, 1968
Dominique Venner, Histoire critique de la Résistance, Editions Pygmalion,
(6) Cf Stéphane Courtois dans Le Figaro, 13 novembre 97
(7) L'épisode du Procès Kravchenko, transfuge soviétique insulté par le PCF et les intellectuels communistes pour avoir révélé le goulag en 1947, est significatif Cf Le Monde, 24 novembre 97
(8) La Corée du Nord y était représentée jusqu'en 1991, trois ans après la chute du mur de Berlin…
(9) En décembre dernier, le maire communiste de Montreuil fait pression sur la direction nationale du Crédit mutuel pour faire licencier le directeur local de la banque dont il a appris les sympathies pour le FN. Cf Français d'Abord, n°269. Une bibliothécaire communiste du Val d'Oise entend purger la bibliothèque des livres de droite et le Salon du Livre antifasciste de Gardanne veut faire sortir des bibliothèques les livres de la collection scoute « Signe de piste » signés de Serge Dalens et les contes pour enfants de Pierre Gripari, auteurs jugés trop patriotes…
(10) 14 septembre 1996, le service d'ordre du PC tabasse et torture une nuit durant des communistes «dissidents» présents à la « Fête de l'Huma », Cf Le Parisien et Combat syndicaliste, octobre 96, La même semaine des colleurs d'affiches du FN sont grièvement blessés à Gardanne,
D.B. Français d'abord! 12e quinzaine janvier 1998

samedi 15 août 2009

GUY MÔOUET Des Glières à Châteaubriant, une volonté communiste de faire couler le sang français

Le candidat avait lancé sa campagne au Mont Saint-Michel. Le président a pris ses fonctions avec un pèlerinage (annuel dans l'avenir ?) au plateau des Glières, en hommage aux 250 morts et disparus de ce réduit alpin et au général Vallette d'Osia qui, avant de mourir à 103 ans, accompagna Jean-Marie Le Pen en ce lieu.

Le lieutenant "Tom" Morel forma aux Glières, en pleine occupation, le 27e bataillon de chasseurs alpins. Avec des réfractaires jocistes, recrutés dans la maison même du cardinal Gerlier, dont nos diviseurs dénonçaient le pétainisme. Cet appel aux armes fut-il prématuré ? A cinq mois du débarquement, la France ne pouvait se laisser passer au cou le carcan d'un "Gouvernement militaire allié". La France sous tutelle, le vieux continent serait resté sans voix. Le rang perdu sur le champ de bataille, du fait de saboteurs et de traîtres, ne pouvait être retrouvé que sur le champ de bataille. Il fallait préparer la seconde campagne de France.
La montée des volontaires aux Glières n'était donc pas prématurée, mais à coup sûr mal placée. Terrain de parachutage commode, ce plateau ne pouvait être tenu pour la « forteresse imprenable » dont parlait l'envoyé du BCRA Jean Rosenthal (qui lui préféra un autre abri). Ancien chef de corps du 27e BCA et deux fois évadé, le commandant Vallette d'Osia s'insurgea contre cette idée folle à Londres même. Mais depuis la rupture de l'alliance Hitler-Staline, saboteurs et traîtres revenaient en force. Le bataillon fut victime de leur volonté de jeter les Français les uns contre les autres. Les communistes savaient utiliser l'occupant pour détruire les cadres "bourgeois" du pays. Ils le laisseront ainsi liquider, dans Varsovie insurgée, ceux des officiers polonais qu'ils n'avaient pu assassiner à Katyn. La consigne de Dimitrov au PC était d' « allumer la guerre civile en France ». La Haute-Savoie le permettait. Les chasseurs alpins de l'Armée secrète y faisaient face à des camarades que les exactions des FTP poussaient dans la milice. Charles Tillon rencontra Jean Blumenthal. Les dirigeants FTP dénonçaient le saint-cyrien qu'était le lieutenant Morel comme issu de bourgeois lyonnais, élève des jésuites et « suppôt de l'évêché ». Sur le terrain, le chef FTP Marcel Lamouille abattait un de ses hommes, coupable de s'être confessé : une trahison à ses yeux ! Et pour cause : ses hommes "chauffaient" les pieds des fermiers pour les dépouiller. Et ils avaient massacré neuf inspecteurs de police attirés par ce banditisme. Ce forfait amena la milice et les GMR en force autour du plateau, désormais assiégé. Devant cet afflux, les FTP de Lamouille s'y étaient eux-mêmes réfugiés : « Vous n'êtes plus des FTP ; vous êtes des chasseurs ! » leur avait dit, bon prince, le lieutenant Morel. Ce geste changea l'optique des GMR dont un officier tuera le lieutenant. Les FTP de Lamouille avaient rempli leur mission en attirant sur les Glières la foudre. A l'occupant de jouer ! Devant le bluff de l'envoyé du BCRA, qui provoqua sur le plateau le parachutage d'armes pour 4500 hommes et annonça sans nulle vraisemblance celui d'un millier de parachutistes alliés, une division de montagne allemande prendra le relais du "maintien de l'ordre" de Vichy pour anéantir le bataillon en formation. Le capitaine Anjot ne pourra que se faire tuer avec 170 de ses chasseurs alpins.

Provocation, répression, révolution
Nous retrouvons la consigne de Dimitrov et la volonté de faire couler le sang français dans le drame de Guy Môquet, jeune fusillé d'octobre 1941 dont le président Sarkozy entend faire lire la dernière lettre à chaque rentrée scolaire. Guy Môquet était d'âge militaire : 17 ans. Est-ce un modèle de patriote ? Pas plus que son député communiste de père, il n'avait été détourné du service du parti par deux ans de trahison et d'alliance avec l'occupant (qui suivaient vingt ans de sabotage de notre défense). Désarmer la France pendant que l'URSS réarmait l'Allemagne avait été la politique du PC depuis 1920. Faire tuer des Français était sa politique depuis la rupture, toute récente, par Hitler de son alliance avec Staline en juin 1941. Guy Môquet en fut l'une des premières victimes. Le Parti sacrifiait ses enfants au Moloch.
Le triptyque enseigné aux militants était alors : « provocation, répression, révolution » (tuer un occupant provoque des représailles qui poussent à la révolte). Mi-octobre 1941, l'OS (Organisation spéciale) du PC ordonna des attentats à Bordeaux, Nantes et Rouen. Le 20 octobre à Nantes, le tandem Brustlein-Spartaco suivit ainsi deux officiers allemands. L'arme de Spartaco s'enraya. Brustlein tua le lieutenant-colonel Hotz ... Un gros coup ! Alors qu'à Paris, Guy Georges n'avait abattu, au métro Barbès, qu'un enseigne de vaisseau, Brustlein avait tué sans le savoir à Nantes le Feldkommandant de la place. D'où une violente réaction de l'occupant : 48 exécutions de détenus de la prison de Nantes et du camp de Châteaubriant, dont Guy Môquet. 50 autres paieront au camp de Souges un second attentat.
Arrêté pour diffusion de tracts, le jeune militant était ainsi voué à la mort par son parti, assassiné indirectement, mais délibérément par les dirigeants d'un PC en mal de martyrs. Le « parti des 100 000 fusillés » (c'était un vœu et restera un rêve) se nourrissait de sang comme le soleil des Aztèques. En l'honorant, sans doute le président Sarkozy ne songe-t-il qu'à créer des conditions favorables aux réformes les plus urgentes. Il octroie au PC un quitus moral pour qu'il renonce au pactole de la CCAS et à une grève à la SNCF. Mais la lecture annuelle de la lettre de Guy Môquet leur fournit une nouvelle occasion de manipuler les enseignants. Il faut en finir avec le mensonge qui fait de traîtres des modèles et de leurs victimes des héros.

Les communistes, fourriers de l'occupant
Les communistes n'étaient pas des résistants, mais les fourriers d'un nouveau totalitarisme. A terme les fourriers d'un nouvel occupant. Sachons lire notre histoire ! Qu'était le PC en 1941 ? Tenu de renier la France en toute occasion depuis le congrès de Tours, il n'avait toujours pas le droit de se dire français. Alors qu'en 1935, le Komintern avait créé un Parti communiste algérien (PCA), le parti de Thorez restait le PC-SFIC (section française de l'Internationale communiste). L'Humanité d'Alsace et de Lorraine avait fait des années campagne pour le rattachement au Reich. Et ses lecteurs fournissaient à l'annexion des fonctionnaires dociles pour prendre la place des préfets, sous-préfets et maires élus, avec la carte du NSDAP, concurremment avec les autonomistes. Les représailles appelées par l'attentat de Nantes n'étaient pas propres aux "nazis". Le général von Stülpnagel, qui y recourut, ne l'était pas. Associé au complot contre Hitler, il fera arrêter, le 20 juillet 1944, les 1200 SS de Paris. Une communiste vint à leur secours. En tuant un officier de la Wehrmacht, elle les aida à rétablir l'ordre hitlérien à Paris. Hitler survivant, Stülpnagel sera exécuté.
Les communistes ont provoqué les Allemands à tuer des militaires français avant d'appeler les Français à provoquer des représailles en assassinant des militaires allemands. Aux applaudissements de Marcel Cachin, directeur de L'Humanité, ils ont appelé, par la voix de Karl Radek, les nationaux et les socialistes allemands à s'unir contre l'occupant français de la Rhénanie en 1923. De cet appel naîtront le parti de Hitler et la Seconde Guerre mondiale. Membre du Politburo soviétique, Karl Radek était l'agent de Lénine dans la république de Weimar, qu'il avait mission de remplacer par un Reich revanchard. Il voyait le Parti national socialiste ouvrier allemand, né de son appel, comme une version politique du "Soviet des ouvriers et des soldats". Lénine misait sur la guerre. Son credo tenait en ces mots : « la première guerre nous a donné la Russie. La seconde nous donnera l'Europe ». Les bolcheviks ne pouvant songer à faire appel aux mencheviks de la social-démocratie, c'est le pendant allemand du Parti ouvrier français de Jules Guesde (et de Marcel Cachin), le Parti ouvrier allemand, qui fut choisi pour réunir nationaux et socialistes dans la haine de ''l'impérialisme" français. Staline poussa les Jeunesses communistes à un entrisme massif dans les rangs de la milice "nazie", les Sections d'assaut. La "nuit des longs couteaux" préviendra l'état-major des SA de basculer dans l'orbite soviétique et la guerre d'Espagne opposera les deux drapeaux rouges. Mais le partage de la Pologne relancera leur alliance et déclenchera la guerre prédite par Lénine.
Alors que Guy Môquet distribuait les tracts de la Section française de l'Internationale communiste, les camarades assez patriotes pour avoir désapprouvé le pacte Hitler-Staline d'août 1939 étaient supprimés discrètement par l'OS et sa MOI (Main d'œuvre immigrée). Et ceux qui échappaient à cette "purge" stalinienne demeuraient hors la loi pour le Parti. Deux ans plus tard, lors de l'évasion de l'automne 1943 à la prison du Puy où nombre de députés et permanents du PC étaient incarcérés, les cellules des communistes qui n'ont pas approuvé le pacte avec Hitler ne seront pas ouvertes par les FTPF. Ces traîtres au Komintern sont abandonnés à l'occupant : gibier de peloton !
Aux abois, Staline renversera un moment la vapeur. Il devra faire appel au patriotisme des Russes, tant épurés, pour sauver son pouvoir. Le PC recevra alors, en 1942, la permission de s'appeler français. Il créera son Front national et, d'ouvrières, ses milices deviendront patriotiques. Il n'en cherchera pas moins à torpiller notre reconstruction en nous privant de plan Marshall. Il reprendra son sabotage de nos armements et transports militaires ... Il entrave toujours le développement de nos ports, fait de la presse de parti son monopole et se fait le champion d'une autre invasion, démographique celle-là, qui aliène le territoire, endette nos enfants au-delà du raisonnable et sacrifie leur avenir. Il est temps de remettre le PC à sa place dans notre histoire. Condamner les repentances dégradantes est fort bien. Mais cela suppose le rejet du tissu de mensonges qui les nourrit.
Bernard Cabanes monde & vie 9 juin 2007

mardi 11 août 2009

La Licra s'est bâtie sur un mythe

Des antiracistes manipulés par l'URSS
Patrick Gaubert, le président de la Licra, est furieux. En mai dernier, hommage à été rendu à l'Arc de Triomphe à Simon Petlioura, le « père de la nation ukrainienne ».
Or celui-ci aurait été un fieffé antisémite. Ce qui est faux. Mais comme c'est sur ce mythe que s'est fondée la Licra il y a bientôt 80 ans ...
Le jeudi 25 mai dernier, après une célébration sur la tombe de Simon Petlioura au cimetière de Montparnasse, une cinquantaine de personnes se sont retrouvées à 17 h 30 sous l'Arc de Triomphe entourées par un confortable dispositif policier alors qu'une vingtaine de militants de la Licra étaient tenus à distance. Au cours de la cérémonie, organisée par l'ambassade d'Ukraine à Paris, deux gerbes ont été déposées sur la tombe du soldat inconnu, dont une par l'ambassadeur, Yuriy Sergeyev. Etaient également présents des représentants du Comité représentatif de la communauté ukrainienne en France et de la Bibliothèque Simon Petlioura. Après la sonnerie aux morts ont retenti l'hymne ukrainien (« L'Ukraine n'est pas encore morte ») et La Marseillaise. Le lendemain était organisé un colloque sur « La place et la personnalité de Simon Petlioura aujourd'hui » avec la participation de nombreux universitaires ukrainiens.

Le président de la Licra hurle au « scandale mémoriel »
Le 26 mai au soir, Le Monde publiait une tribune libre du président de la Licra, Patrick Gaubert, par ailleurs député UMP au Parlement européen, ancien chargé de mission auprès de Charles Pasqua au ministère de l'Intérieur et membre du comité consultatif de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde). N'ayant pu obtenir du ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, qu'il consigne l'ambassadeur d'Ukraine à sa résidence plutôt que d'aller «profaner» la tombe du Soldat inconnu, Patrick Gaubert prenait les lecteurs du Monde à témoin de ce « scandale mémoriel » organisé pour le 80e anniversaire de la mort à Paris de Simon Petlioura, qui fut l'otaman - le commandant en chef de l'armée - et le président de la République ukrainienne indépendante (1919) jusqu'à ce que ses troupes soient, l'année suivante, battues par les forces bolcheviques :
« Nous sommes tout simplement en train d'assister à un viol de la mémoire, à un déni d'histoire, à un second assassinat, posthume celui-là, des victimes juives [...] Tous les Français doivent savoir qu'un assassin est honoré sur le sol même de la République, dans ses lieux de mémoire et de paix. Cela, la Licra ne le tolère pas. Au nom de son histoire et de toutes celles et tous ceux qui périrent de la folie des hommes. » On passera le couplet sur les « relents nauséabonds » que Gaubert sent exhaler de l'Est de l'Europe.
Pourquoi une telle hargne à l'égard d'un hommage rendu à un Ukrainien dont peu de Français connaissaient jusqu'alors l'existence ? Parce qu'un antisémite, fût-il obscur, n'a pas à être honoré sur la tombe du Soldat inconnu ? C'est ce que Gaubert voudrait faire croire, et c'est même ce qu'il est obligé de faire croire. Car si le mythe de l'antisémitisme de Simon Petlioura s'effondre, mythe forgé dans les années qui ont suivi la Révolution d'Octobre par la propagande soviétique, c'est la Licra elle-même qui vole en éclats et se voit obligée de reconnaître qu'elle a été créée sur une imposture.

Abattu de sept balles devant la librairie Gibert
Le 25 mai 1926, Simon Petlioura, en exil à Paris, déjeune chez Chartier puis se dirige vers le boulevard Saint-Michel. A la hauteur de la librairie Gibert, un homme l'apostrophe. Il se retourne et n'a que le temps d'apercevoir un homme pâle d'une quarantaine d'années qui braque un pistolet en sa direction. Sept balles l'atteignent dont une au cœur, mortelle.
L'assassin, aussitôt arrêté, s'appelle Samuel Schwartzbard. Il est horloger, est né à Smolensk (Biélorussie), dit avoir vécu en Ukraine où sa famille, israélite, aurait été décimée par un pogrom, ce qui justifie son acte. Il ne dit pas, mais la police va bientôt le découvrir, que son idéalisme doit être tempéré par une condamnation à quatre mois de prison pour cambriolage en Autriche. Il a aussi été expulsé de Hongrie pour « raisons administratives ». Il est arrivé en France en 1911 à l'âge de 25 ans et s'y est marié.
Son procès s'ouvre le 18 octobre 1927 devant les assises de la Seine. Me Henry Torrès le défend, militant socialiste, celui-ci a rejoint de Parti communiste français au congrès de Tours (1920) puis l'a quitté pour fonder une organisation dissidente. Quatre ans plus tôt, il a déjà obtenu l'acquittement de l'anarchiste Germaine Breton, jugée pour l'assassinat, qu'elle avait reconnu, du responsable monarchiste de l'Action française, Marius Plateau. L'année suivante, il a aussi sauvé la tête de l'anarchiste italien Ernesto Bonomini, meurtrier de Nicola Bonservizi, représentant à Paris du régime fasciste de Benito Mussolini. Me Torrès va encore faire des miracles.

L'assassin acquitté sous une salve d'applaudissements !
Il peut cette fois encore s'appuyer sur une importante campagne de presse. Elle est animée par Bernard Lecache. Celui-ci, qui avait également rallié le PCF en 1920 avant de revenir dans le giron du Parti socialiste et est réputé pour ses diatribes antimilitaristes, mobilise ses réseaux. Quelques jours avant le procès, le ton est donné par L'Humanité qui titre : « La tragédie juive d'Ukraine » et prend la défense du « meurtrier du brigand Petlioura ». Lecache crée aussi pour l'occasion une nouvelle organisation, la Ligue contre les pogroms, à laquelle adhèrent aussitôt nombre de personnalités parmi lesquelles Albert Einstein, Léon Blum, Maxime Gorki ou Victor Hasch.
Me Torrès a convoqué quatre-vingts témoins, tous plus illustres les uns que les autres. Aucun n'a assisté à un pogrom, mais la plupart savent, de source sûre, qu'ils ont eu lieu et que Petlioura les a ordonnés. Samuel Schwartzbard lui-même s'emmêle dans ses récits historiques, confondant lieux, dates et protagonistes. Le 26 octobre 1927, le verdict tombe pourtant sous une salve d'applaudissements : acquitté ! La partie civile, qui n'en croit pas ses oreilles, doit se contenter de deux francs de dommages intérêts ! Même pas de quoi payer les obsèques !
« Dans les jours qui suivent, rappelle la Licra, la Ligue contre les pogroms se transforme en Ligue internationale contre l'antisémitisme (Lica) », qui deviendra la Licra, avec un « r » pour racisme, en 1979. Les statuts de l'association seront déposés en février 1928 et Bernard Lecache en prendra la présidence jusqu'à sa mort en 1968.
Dans le comité d'honneur de la Lica nouvellement créée figurent alors, outre Blum et Einstein qui poursuivent la lutte, les écrivains Romain Rolland et André Malraux, l'ancien président du Conseil et futur président de l'Assemblée nationale, Edouard Herriot, le secrétaire général de la CGT, Léon Jouhaux, qui recevra en 1951 le prix Nobel de la paix, etc. Sigmund Freud, Tristan Bernard et beaucoup d'autres la rejoindront plus tard.

La leçon d'histoire de l'ambassadeur d'Ukraine
Or tous ont été abusés, à l'exception bien sûr de quelques-uns qui savaient mais qui n'ont rien dit en raison de la nécessité qu'il y avait alors, pour le clan pro-soviétique, d'accréditer la thèse de l'antisémitisme de Simon Petlioura. Patrick Gaubert sait-il sur quelle mystification l'organisation qu'il dirige s'est créée ?
Yuriy Sergeyev, l'ambassadeur d'Ukraine, a écrit au président de la Licra. Il ne doute pas de son honnêteté. Il pense qu'il manque d'informations comme lui-même en a été privé jusqu'aux années 1990, lorsqu'il a découvert que les « stéréotypes négatifs sur la personnalité de Simon Petlioura ont été imposés par l'URSS en France par l'entremise du Komintern », où « elles restent vivaces ». Car l'ouverture des archives du KGB, le travail mené par les organisations indépendantes de défense des droits de l'homme, les recherches historiques menées par les Ukrainiens dans le but de retrouver leur mémoire identitaire vont toutes dans le même sens : « Le procès de [Schwartzbard] a été instrumentalisé par les autorités soviétiques, par l'intermédiaire du Komintern, pour compromettre l'idée de l'indépendance ukrainienne en remettant sur l'un de ses artisans la responsabilité des persécutions des Juifs, tandis qu'elles avaient pour seule cause la politique officielle d'antisémitisme, partie intégrante de l'idéologie de l'Empire Russe. » « Dans les années 1920, ajoute-t-il, d'aucuns en ont profité pour contrecarrer la renaissance de l'Ukraine indépendante et semblent en user aujourd'hui pour empêcher le retour de l'Ukraine à la démocratie et à l'Europe. »
Il y a donc le mythe, auquel Simone Signoret n'a pas peu contribué avec son roman Adieu Volodia, et la réalité, très différente, établie désormais par de nombreux travaux dont ceux de Leon Poliakov ou de l'écrivain Issak Babel, qui, tué par le KGB, a témoigné que les pogroms, s'ils eurent effectivement lieu et furent effroyables - peut-être 100 000 morts - furent essentiellement dus aux troupes bolcheviques et, dans une mesure infiniment moindre, aux anarchistes de Nestor Makhno et aux forces monarchistes (les Russes blancs).
De plus, comme le rappelle le député ukrainien Andryï Shkil, l'éphémère gouvernement de Simon Petlioura (treize mois,) comprenait plusieurs juifs, dont Salomon Goldelman, en charge des Affaires nationales pour les minorités, ou Abraham Revoutsky, en charge des Affaires juives, poste n'ayant évidemment rien à voir avec le Commissariat aux Affaires juives de sinistre mémoire mais s'étant révélé nécessaire au bon gouvernement d'une nation aux peuples composites.
Mieux encore : lorsqu'il apparaît que certain, éléments de l'armée ukrainienne, échappait à son contrôle dans la situation pour le moins confuse qui était celle de l'Ukraine à l'époque, se livraient à des exactions à caractère antisémite, Simon Petlioura ordonna que les coupables soient retrouvés et châtiés. « Le Directoire [dirigé par Petlioura], écrit O. Kochtchouk dans Ukraine Europe, se livra à une intense propagande « anti-pogromiste » destinée à ses propres troupes et à toute la population de l'Ukraine. Le 30 juillet 1919, le Directoire offrit une forte somme à la communauté juive pour les victimes des pogroms. le 18 août 1919, l'otaman en chef confirma l'application de la peine de mort pour acte de pogrom », tous faits établis et recoupés par de nombreuses sources, dont les archives diplomatiques enfin soustraites des caves où les services soviétiques les avaient entreposée.
C'est donc sur une imposture, ou à tout le moins sur un malentendu, que la Licra a été fondée, occultant jusqu'au fait que, depuis Paris où il essaya encore, jusqu'en 1924, d'organiser la Résistance, Simon Petlioura n'eut de cesse d'en appeler à l'arrêt des persécutions contre les juifs. Puisque Gaubert est un adepte de la repentance, le temps est peut-être venu pour l'organisation qu'il préside de faire son mea culpa.
Gabriel Glauque Le Choc du Mois Juillet/Août 2006