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mercredi 17 mai 2023

Cristeros (Jean-Louis Picoche)

 

Cristeros

Jean-Louis Picoche est un écrivain catholique qui a écrit de nombreux ouvrages destinés à la jeunesse. Les éditions Clovis ont publié son bel ouvrage Cristeros qui s’adresse à des adolescents d’au moins quatorze ans.

Trop de gens méconnaissent encore l’épopée des Cristeros, à la fois magnifique et tragique, qui débuta durant l’été de l’année 1926. Ce roman historique permettra aux jeunes gens de découvrir le sacrifice de ces combattants catholiques mexicains refusant de se soumettre à un gouvernement franc-maçon qui fit fermer les églises, interdire le culte catholique et persécuter les prêtres et leurs fidèles.

Ce roman plaira autant aux jeunes filles qu’aux jeunes garçons avides d’idéal. Ils pourront s’identifier aux personnages de Mariano, étudiant en agronomie, et de Guadalupe, une jeune indienne, qui malgré leur jeune âge organisent la résistance à l’antichristianisme dans leur localité de Tlaloc, près de la capitale, avant d’être contraints à fuir dans l’Etat de Jalisco pour rejoindre les premiers groupes combattants, rassemblés sous l’étendard du Christ-Roi, ce qui leur vaut le nom de Cristeros.

Le but de ce livre n’est pas de raconter en détails l’histoire des Cristeros, mais bien de reconstituer l’atmosphère dans laquelle évoluaient ceux qui se sont trouvés impliqués dans cette aventure où se mêlent foi et héroïsme.

Nul doute que ce roman donnera aux jeunes lecteurs le goût d’approfondir plus tard le sujet et d’en savoir plus sur cette très instructive révolte catholique.

Cristeros, Jean-Louis Picoche, éditions Clovis, collection Ligne de crêtes, 424 pages, 14 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/cristeros-jean-louis-picoche/119719/

samedi 18 mars 2023

Lettre ouverte au président du Mexique sur les Aztèques et les entrailles humaines

 

Le politologue et historien argentin, Marcelo Gullo Omodeo, professeur à l’Université nationale de Rosario, a publié récemment un ouvrage important au titre évocateur, Madre patria (Madrid Espasa, 2021) démontant la légende noire espagnole depuis Bartolomé de las Casas jusqu’à nos jours. Ce livre, préfacé par Alfonso Guerra, ex-vice-président du gouvernement espagnol (1982-1991) et ex- vice-secrétaire du PSOE (1979-1997), n’a pas manqué de soulever quelques polémiques. Le président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador (dont le nom témoigne clairement de l’origine espagnole), a évoqué récemment avec dédain l’idée exprimée par Gullo selon laquelle l’Espagne, avec la majorité des peuples indigènes, a libéré la Mesoamérique de l’épouvantable oppression aztèque. On se souvient que le 1er mars 2019, López Obrador avait déjà adressé une lettre au roi d’Espagne Philippe VI demandant la repentance pour la Conquête de l’Amérique. Dans une lettre ouverte sans concession, reproduite dans le journal El Mundo et le site ElManifiesto, le professeur Gullo dissipe les doutes et remet les pendules à l’heure. [Arnaud Imatz]

Cher Monsieur Andrés Manuel López Obrador, Président de la République du Mexique. Le 13 août, à l’occasion du 500ème anniversaire de la libération – pour vous, de la chute – de Tenochtitlán, vous avez cité textuellement, sans me nommer, un paragraphe de mon entretien paru dans le journal El Mundo du vendredi 23 juillet à la suite de la publication en Espagne de mon livre Madre Patria. Desmontando la leyenda negra desde Bartolomé de las Casas hasta el separatismo catalán.

Dans votre discours, vous avez déclaré : « Il y a des questions qui doivent être clarifiées autant que possible. Par exemple, il y a quelques jours, un écrivain pro-monarchiste de notre continent affirmait que l’Espagne n’a pas conquis l’Amérique, mais que l’Espagne a libéré l’Amérique, parce que Hernán Cortés, je cite, « a réuni 110 nations mexicaines qui étaient opprimées par la tyrannie anthropophage des Aztèques et qui ont combattu avec lui » ». Vous m’avez également accusé sans la moindre preuve – et sans même prendre la peine d’examiner mon parcours universitaire ou de rassembler des informations sur ma trajectoire politique anti-impérialiste – d’être un représentant de la pensée colonialiste.

Comme je suis d’accord avec vous pour dire que certains points doivent être clarifiés, je voudrais vous rappeler que l’archéologue mexicain Alfonso Caso, ancien recteur de l’Université nationale autonome du Mexique, affirme que « le sacrifice humain était essentiel dans la religion aztèque ». C’est pourquoi en 1487, pour célébrer l’achèvement de la construction du grand temple de Tenochtitlán – dont vous avez inauguré une maquette monumentale le 13 août – les victimes sacrificielles ont été rassemblées en quatre rangées qui s’étendaient le long de la chaussée reliant les îles de Tenochtitlán. On estime que pendant ces quatre jours de fête, les Aztèques ont tué entre 20 000 et 24 000 personnes.

L’historien nord-américain, Williams Prescott, peu suspect d’hispanophilie, donne cependant un chiffre encore plus effrayant. « Lorsque le grand temple de Mexico fut dédié à Huitzilopochtli en 1486, les sacrifices durèrent plusieurs jours et 70 000 victimes périrent ». Dans son livre Historia de América, l’uruguayen Juan Zorrilla de San Martín explique que « Lorsqu’ils prenaient les enfants pour les tuer, s’ils pleuraient et versaient des larmes, ils se réjouissaient davantage car c’était pour eux le signe qu’ils auraient beaucoup d’eau dans l’année ». « Le nombre de victimes sacrifiées chaque année était immense, admet Prescott, bien qu’il soit l’un des historiens les plus critiques de la conquête espagnole et l’un des plus fervents défenseurs de la civilisation aztèque. Pratiquement aucun auteur ne l’estime à moins de 20 000 par an, et il y en a même qui l’élèvent à 150 000. Dans son célèbre ouvrage Cannibales et Monarques. Essai sur l’origine des cultures, l’anthropologue nord-américain, Marvin Harris, écrit : » Les prisonniers de guerre, montant les marches des pyramides, […] étaient tenus par quatre prêtres, étendus sur le dos sur l’autel de pierre et ouverts de part en part de la poitrine avec un couteau […]. Ensuite, le cœur de la victime – généralement décrit comme battant encore – était arraché […]. Le corps était enfin roulé sur les marches de la pyramide ».

Que devenaient les morts sacrifiés ? Où étaient emmenés les corps de ces êtres humains dont le cœur avait été arraché au sommet des pyramides ? Que faisait-on du corps de la victime ? Quel était le sort de ces corps sacrifiés aux dieux jour après jour ? L’anthropologue Michael Harner, qui a analysé cette question avec plus d’intelligence et de courage que beaucoup d’autres spécialistes, répond : « il n’y a vraiment aucun mystère sur ce qui arrivait aux cadavres, puisque tous les récits des témoins oculaires concordent largement : les victimes étaient mangées ».

Les nombreux travaux scientifiques – thèses de doctorat, livres publiés par des chercheurs de renommée mondiale – dont nous disposons aujourd’hui ne laissent pas de place au doute sur le fait qu’en Mésoamérique il y avait une nation oppresseur, les Aztèques, et des centaines de nations opprimées, auxquelles les Aztèques arrachaient non seulement leurs matières premières – comme l’ont fait tous les impérialismes de l’histoire – mais aussi leurs enfants, leurs frères et leurs sœurs… pour les sacrifier dans leurs temples et distribuer ensuite les corps démembrés des victimes dans leurs boucheries, comme s’il s’agissait de côtelettes de porc ou de cuisses de poulet, afin que ces êtres humains servent de nourriture substantielle à la population aztèque.

La noblesse se réservait les cuisses alors que les entrailles étaient laissées à la population. Les preuves scientifiques dont nous disposons aujourd’hui ne laissent pas de place au doute. Le nombre de sacrifices humains pratiqués parmi les peuples asservis par les Aztèques était tel qu’ils construisaient avec les crânes les murs de leurs bâtiments et de leurs temples.

C’est pourquoi, le 13 août 1521, les peuples indiens de Mésoamérique ont célébré la chute de Tenochtitlan. Vous avez même dû le reconnaître dans votre discours, Monsieur le Président, même si vous l’avez fait à contrecœur et entre les lignes, il est matériellement impossible qu’avec seulement 300 hommes, quatre vieilles arquebuses et quelques chevaux, Hernán Cortés ait pu vaincre l’armée de Montezuma, composée de 300 000 soldats disciplinés et courageux. Cela aurait été impossible, même si les 300 Espagnols avaient eu des fusils automatiques comme ceux utilisés par l’armée espagnole d’aujourd’hui.

Des milliers d’Indiens des nations opprimées ont combattu aux côtés de Cortés contre les Aztèques. C’est pourquoi votre compatriote José Vasconcelos dit que « la conquête a été faite par les Indiens ». Et que s’est-il passé après la conquête, après ces premières heures de sang, de douleur et de mort ? C’est précisément tout le contraire de ce que vous dites. L’Espagne a fusionné son sang avec celui des vaincus et avec celui des libérés. Et rappelons qu’il y a eu plus de libérés que de vaincus. Le Mexique a été couvert d’hôpitaux, d’écoles bilingues et d’universités. L’Espagne a envoyé ses meilleurs professeurs en Amérique, et la meilleure éducation a été dirigée vers les Indiens et les métis. Permettez-moi de vous rappeler, Monsieur le Président, que les libérateurs espagnols – pardon : les conquistadors – étaient si respectueux de la culture des peuples dits indigènes qu’en 1571, le premier livre de grammaire en langue nahualt a été publié au Mexique, c’est-à-dire 15 ans avant la publication du premier livre de grammaire en langue anglaise en Grande-Bretagne. Tous les faits montrent que lorsque le Mexique est devenu indépendant de l’Espagne, il était beaucoup plus riche et plus puissant que les États-Unis.

Pardonnez-moi, Monsieur le Président, de risquer de passer la mesure, mais je voudrais suggérer, avec tout le respect que je vous dois, que le 2 février prochain, jour anniversaire de l’ignoble traité de Guadalupe Hidalgo – par lequel les États-Unis se sont emparés de 2 378 539 kilomètres carrés du territoire mexicain – vous organisiez un grand événement comme celui que vous avez organisé le 13 août.

Puis-je également suggérer que, pour donner plus d’importance à cet évènement, vous invitiez le président des États-Unis, Joseph Biden, et que, dans un grand discours devant le président américain, vous exigiez qu’il présente des excuses au peuple mexicain pour avoir volé le Texas, la Californie, le Nouveau-Mexique, le Nevada, l’Utah, le Colorado et l’Arizona, des terres qui faisaient indiscutablement partie du Mexique.

Enfin, cher Président, je voudrais vous dire que depuis mon enfance j’ai toujours ressenti un attachement sentimental pour les peuples opprimés – peut-être parce que je suis né dans une humble maison de la ville de Rosario, en République Argentine – et que si je pouvais voyager dans le temps, une fois et mille fois, je me joindrais aux 300 soldats d’Hernán Cortés qui, avec le plus grand courage connu dans l’histoire, ont libéré les Indiens du Mexique de l’impérialisme anthropophage des Aztèques.

Marcelo Gullo Omodeo, le 27 août 2021

Source : La Nef du 6 septembre 2021

https://www.medias-presse.info/lettre-ouverte-au-president-du-mexique-sur-les-azteques-et-les-entrailles-humaines/146741/

dimanche 8 janvier 2023

La Cristiada des Cristeros

 

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Il s’en est fallu de peu pour qu’un long-métrage produit aux Etats-Unis n’ai pas été visible en France : c’est que le catholicisme y est à l’honneur, à travers l’épopée extraordinaire des cristeros. Seule ombre au tableau, le film laisse entendre que c’est pour « la liberté » en général ( ?) que luttaient ces héros, tandis qu’ils mouraient, en vérité, pour la liberté du catholicisme, et surtout pour le Christ-Roi. Mais voici un film qui mérite l’encouragement.

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« Entre ciel et terre, entre lumière et obscurité, entre foi et péché, seul mon cœur repose, seuls Dieu et mon cœur reposent… » Ces mots s’inscrivent sur l’écran au tout début du film sur un fond de ciel avant que, lentement, la caméra descende du ciel à la terre, découvrant aux yeux du spectateur la place animée d’un village mexicain où la vie semble suivre calmement son cours. 

Par cette ellipse cinématographique, le cinéaste Dean Wright – qui réalise ici son premier long-métrage après avoir signé la réalisation des effets visuels des deux trilogies cinématographiques à succès Le Seigneur des Anneaux (2001-2003) et Le Monde de Narnia (2005-2010) – choisit de placer tout son film sous le regard de Dieu et pour sa plus grande gloire. L’historien Jean Meyer écrit, à propos de l’histoire des cristeros, qu’il s’agit d’une « grande aventure mystique, sainte et noble ». Auteur de cinq ouvrages sur ce même sujet, son avis peut être considéré comme sérieux. C’est pourquoi, poser la question de savoir si les qualificatifs qu’il emploie peuvent s’appliquer, peu ou prou, au film de Dean Wright apparaît comme une manière intéressante d’aborder son analyse.

Un film à gros budget pour un public très large

La production n’a pas lésiné sur les moyens réunissant un plateau de comédiens renommés : Andy Garcia (Les Incorruptibles de Brian de Palma en 1987, Le Parrain 3 de Francis Ford Coppola en 1990, Dans l’ombre de Manhattan de Sidney Lumet en 1997, Ocean’s Twelves de Steven Soderbergh en 2001), très charismatique dans le rôle du général Enrique Gorostieta, Peter O’Toole (Lawrence d’Arabie de David Lean en 1962, Lord Jim de Richard Brooks en 1965) très émouvant dans son avant-dernier rôle, celui du prêtre martyr, saint Cristobal Magallanes (Peter O’Toole décède le 14 décembre 2013, trois ans après le tournage et une année après la sortie du film au Mexique au Chili et aux États-Unis), mais aussi l’actrice américaine d’origine mexicaine, Eva Longoria, magnifique dans le rôle de l’épouse du général Gorostieta et Ruben Blades, chanteur, homme politique et comédien panaméen (Ennemis rapprochés de Alan J. Pakula en 1997, Cartel de Ridley Scott en 2013), qui est tout à fait impressionnant dans son interprétation du président Calles. Ce beau plateau est complété par une bande originale signée James Horner, compositeur hollywoodien par excellence puisqu’on lui doit en particulier les musiques des films Titanic (1997), Avatar (2009) de James Cameron (1997) et Apocalypto (2006) de Mel Gibson. On le voit, les moyens sont bien au rendez-vous. Fort heureusement, l’importance du budget mis en oeuvre n’occulte pas la volonté du cinéaste de traiter avec l’application, le sérieux et la hauteur de vue qui s’imposent un sujet aussi grave. C’est d’ailleurs au bout du compte un des choix intelligents du cinéaste et de ses producteurs d’avoir conçu cette enveloppe très hollywoodienne qui permet précisément d’atteindre le public le plus large possible pour faire connaître cet épisode édifiant de l’histoire du Mexique et de l’Église catholique dans ce pays. Cette forme hollywoodienne n’est pas pour autant grossière, bien au contraire. Pas une once de vulgarité, pas une seule image déshonnête. Si l’écriture cinématographique est résolument simple, la réalisation est belle et dynamique, se déroulant le plus souvent dans des paysages naturels magnifiques, alternant les séquences difficiles ou empreintes d’une certaine violence avec celles plus calmes et reposantes, permettant ainsi au spectateur de se ressaisir et contribuant adroitement à mettre en valeur les nombreux aspects de cette grande tragédie. Un choix de production et de mise en scène qui s’est avéré tout à fait judicieux puisque le film a connu un immense succès populaire dès sa sortie en salles en 2012, non seulement au Mexique mais également aux États-Unis, et qu’il permet de faire connaître cette épopée tragique, édifiante et très majoritairement méconnue. En France, le film a d’abord peiné à trouver un distributeur courageux (Saje distribution) puis, pour des raisons que nous qualifierons pudiquement de « mystérieuses », il s’est heurté aux réseaux d’exploitation des salles qui ont accepté après beaucoup d’hésitations la programmation du film, mais dans un nombre très réduit de salles (61 salles alors qu’un film grand public bénéficie souvent jusqu’à 600 copies). Malgré ce lourd handicap et grâce à une mobilisation du public, le film est maintenu en deuxième semaine avec dix salles de plus et passe le cap pour une troisième semaine dans 85 salles !

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Des références historiques

Comment résumer en 2 heures et 20 minutes les trois années apocalyptiques que connaît le Mexique entre 1926 et 1929 ? Le film ne parvient pas, et c’est bien normal, à tout dire et tout restituer avec une exactitude strictement historique. Ainsi, les historiens et les puristes noteront, ici où là, des erreurs, des inexactitudes, voire des ajouts fictionnels. Citons en premier le martyre de Cristobal Magallanes : dans la réalité, il n’a pas été fusillé seul sur le parvis de son église et revêtu de ses vêtements sacerdotaux, mais en compagnie de plusieurs autres prêtres, dont le père Agustin Caloca qu’il a réconforté avant son exécution en lui disant : « Reste tranquille, mon fils, seulement un moment et puis le Ciel », puis, se tournant vers la troupe, il s’est exclamé : « Je meurs innocent et je demande à Dieu que mon sang serve pour l’union de mes frères mexicains ». De même, le général Enrique Gorostieta, figure considérable de la Cristiada, est présenté comme un agnostique qui se convertit juste avant de mourir au combat, alors qu’il était simplement un catholique non pratiquant mais farouche défenseur de la liberté, étant précisé que le contraire l’aurait empêché de faire une première carrière brillante dans l’armée régulière. Il y a encore le père Vega qui seconde le général Enrique Gorostieta : il a bien ordonné de mettre le feu à un train pris en embuscade, tuant ainsi accidentellement 51 voyageurs innocents dont la présence dans le train lui avait été cachée ; en revanche, il n’est pas mort après avoir confessé le général Gorostieta ; il est tué au combat le 19 avril 1929, un mois et demi avant le général Gorostieta qui meurt héroïquement le 2 juin 1929 (« Gorostieta est tombé le premier en chargeant au cri de “Viva Cristo Rey” qui scellait pour l’éternité son baptême de sang. Il venait d’embrasser la croix pectorale qui ne le quittait pas, avant de précipiter sa monture sur les mitrailleuses fédérales, furieusement, heureux de finir en simple soldat… »)

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Mentionnons enfin bienheureux José Sanchez Del Rio : il n’est pas établi qu’il ait connu le père Cristobal Magallanes, ni qu’il ait assisté à son exécution ; ses faits d’armes sont fidèlement retranscrits mais n’ont pas été réalisés sous les ordres du général Enrique Gorostieta mais sous ceux du général Prudencio Mendoza qui l’avait enrôlé. Ainsi, le transfert de paternité décrit dans le film entre le général et José, s’il est d’un intérêt dramatique certain, reste une pure fiction ; le rôle des évêques et leur attitude sont effleurés puisque, dans la réalité, sur les 38 évêques mexicains en charge d’âmes au moment des événements, un seul a résisté frontalement aux lois Calles. Certains autres aspects sont très justement illustrés, comme le rôle très important joué par les femmes au risque de leur vie, pour assurer l’intendance (approvisionnement en vivres mais aussi en armes et munitions) des cristeros.

On a estimé que le nombre de ces femmes engagées dans cette guerre s’est élevé à 25 000. En sus de ces inexactitudes historiques et de ces ajouts du scénariste, on remarquera que beaucoup d’autres grandes figures sont oubliées comme celles de Manuel Bonilla, mort martyr le jour du vendredi saint à 15 heures et dont le corps, lorsqu’on l’exhuma 15 ans après, avait échappé aux lois communes de la décomposition ; Luis Segura Vilchis, brillant ingénieur des mines âgé de 21 ans ; le père jésuite Humbert Pro et son frère Miguel, tous les trois exécutés après une tentative d’assassinat du général Obregon – le véritable mentor du président Calles ; José de Leon Toral qui réussira à assassiner le général Obregon et qui passera 7 mois entre les mains de ses tortionnaires avant d’être exécuté le 9 février 1929, à l’âge de 29 ans. En effet, des 25 martyrs canonisés par le pape Jean-Paul II et des 13 autres béatifiés par le pape Benoît XVI, seuls trois sont évoqués dans le film : le père Cristobal Magallanes, le jeune José Sanchez Del Rio, tous deux déjà cités, et José Anacleto González Flores, l’un des chefs influents de la « Ligue pour la Défense de la Liberté Religieuse ». A contrario, il convient de souligner que les actes de violences qui sont montrés dans le film ne sont rien en comparaison de la réalité. Les spectateurs qui en douteraient se reporteront utilement aux ouvrages de Jean Meyer et Hugues Keraly. Pour autant, faut-il considérer que Cristeros pèche par manque de rigueur ou de détails historiques ? Bien au contraire, le scénariste a très adroitement construit une histoire qui, tout en entremêlant le destin de quelques personnages marquants de cette épopée, parvient à évoquer de très nombreux aspects de cette révolte populaire et chrétienne, et parvient précisément à retranscrire avec vérité l’ambiance, le climat, plus encore l’esprit et finalement la réalité de ce qu’ont vécu les Mexicains.

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Un film catholique

Ces approximations historiques et ces oublis volontaires deviennent comme des enluminures qui permettent de donner au film tout son souffle épique et spirituel sans trahir pour autant l’esprit de la vérité historique. C’est bien l’essentiel auquel il fallait parvenir en moins de deux heures et demie, en donnant au spectateur, en même temps que de très belles émotions, quelques grands sujets de réflexions et de méditations. Parmi ceux-ci, il faut citer en premier lieu le martyre qui est présenté sous deux angles différents, celui de l’adulte au travers de la figure du père Cristobal Magallanes, et celui de l’enfant au travers de ce que l’on peut sans hésiter nommer la montée au Golgotha du jeune José Sanchez Del Rio.

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Pour reprendre les mots choisis par Jean Meyer pour qualifier cette épopée mexicaine, comment ne pas voir une dimension mystique et une dimension de sainteté dans ces destins tragiques profondément bouleversants ? Comment ne pas voir de la noblesse dans ces personnages principaux mais aussi dans presque tous ceux qui les entourent : le père Vega qui s’est transformé en général de l’armée cristeros et dont l’attitude est également à elle seule un grand sujet (le prêtre doit-il prendre les armes ou rester pacifique, comme le père Cristobal Magallanes ?), le général Gorostieta dont la lente évolution vers la conversion et la rédemption sous-tend tout le film, avec l’image lumineuse du petit José Sanchez, les femmes qui risquent leur vie, et jusqu’aux humbles combattants cristeros qui constituaient le gros des troupes et qui mourraient, anonymes, au cri de « Viva Cristo Rey » ?

Un contenu pédagogique

Tous ces destins ont une valeur d’exemple pour le spectateur, mettant à la portée de tous, jeunes et moins jeunes, ce que mourir pour ses convictions ou pour sa foi veut dire, et faisant réfléchir sur notre propre courage et ce à quoi nous sommes réellement prêts ! En dépit des apparences, liées à l’importance de la production et à certains aspects spectaculaires de la mise en scène, loin d’être grossièrement manichéen, le film montre la diversité des réactions des catholiques eux-mêmes face à la montée en force des manifestations pacifiques, puis armées et guerrières, organisées dans tout le pays contre les lois Calles. Tous ces personnages qui émergent progressivement au cours du récit nous montrent la difficulté de faire des choix et de vivre selon ce à quoi et ou en qui l’on croit en des moments particulièrement difficiles et radicalement tragiques. Le film expose avec un didactisme très catéchétique les différents comportements humains auxquels l’homme peut être confronté dans des circonstances aussi dramatiques et radicales : ainsi, outre les figures déjà évoquées, il faut noter celle de l’épouse du général Gorostieta, catholique pratiquante, mais si peu désireuse de voir son mari se lancer dans une telle aventure, ou celle du parrain de José qui, bien que catholique pratiquant sans faille, ne parviendra pas à l’héroïcité du martyre, malgré l’exemple donné par son filleul. On peut voir là une superbe allégorie du reniement de saint Pierre qui, avec d’autres détails parsemés tout au long du film, contribue aussi à la dimension mystique du long-métrage. Ces exemples qui nous sont donnés à contempler ne peuvent que toucher les âmes chrétiennes, mais également toute autre personne intellectuellement honnête, emprunte d’humanité, d’une capacité à la compassion et sensible à l’esprit de sacrifice. Difficile donc, voire impossible, de sortir totalement indemne de la projection de Cristeros et de ne voir dans ce spectacle qu’un western teinté de religion. Cristeros ne peut qu’être conseillé pour la fierté qu’il redonne et conforte d’être catholique et de le demeurer, à contre-courant de l’esprit du temps et du monde, et aussi pour le courage qu’il transmet à nouveau de s’opposer à tout pouvoir contraire qui chercherait à imposer des lois anti-naturelles et antichrétiennes. Le parallèle avec ce que nous vivons en France et plus largement en Europe n’est pas très difficile à faire.

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Un film « ignatien »

Américain pour la forme, mais universel et donc catholique pour le fond, Cristeros est un film « clivant », c’est-à-dire un film par rapport auquel on ne peut se déterminer que d’une façon nettement tranchée. Dans sa radicalité, le film est donc « ignatien » : le spectateur se trouve soit du côté de ceux qui crient « Viva Cristo Rey », soit du côté de ceux qui vocifèrent « Viva el Demonio ».

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C’est ainsi qu’une certaine presse, au mieux intellectuellement rigide et au pire intellectuellement malhonnête, a eu pour ce film dont l’écriture cinématographique reste simple puisque destinée à un très large public, mais d’une vraie beauté et d’une rare intensité émotionnelle et religieuse, des mots qui situent très bien où se trouve ce clivage : « L’Américain Dean Wright gâche ce sujet en le noyant dans un banal film d’aventures, ponctué de scènes édifiantes, d’un dolorisme presque kitsch » (Télérama), ou, ce qui en dit long sur le niveau des connaissances en matière de doctrine catholique du journaliste du quotidien La Croix, « forçant le trait sur la brutalité des soldats de l’armée fédérale, ce film oublie l’interdit évangélique de toute forme de violence, y compris pour défendre le Christ. De ce fait, ce Cristeros tient davantage du western que du film d’inspiration chrétienne », ou encore, ce qui prouve que le film frappe là où cela peut faire mal «… la lourdeur de la direction artistique et la prévisibilité des enjeux dramatiques rendent souvent indigeste ce lointain descendant du Chouans ! de Philippe de Broca » (Journal Première) Enfin, le journal Le Monde donne le coup de grâce : « Une curiosité, diffusée en France par un éditeur vidéo spécialisé dans la catéchèse catholique. Cette guerre civile est aujourd’hui la raison d’être d’un pseudo western d’une extrême platitude. » Tous ceux qui ont vu cette « curiosité », « ce pseudo-western d’une extrême platitude » et qui, dans leur très grande majorité, l’ont apprécié au point d’applaudir dans les salles obscures, répondent tout simplement en criant « d’une seule et même voix » : « Viva Cristo Rey ! »

Bruno de Pazzis

(Cet article est également publié dans la revue Fideliter)

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http://www.clovis-diffusion.com/PBSCCatalog.asp?ItmID=12345573

https://www.medias-presse.info/la-cristiada-des-cristeros/12603/

mardi 22 novembre 2022

Les Cristeros, croisés du vingtième siècle

 

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Le peuple catholique mexicain sut donner au monde l’exemple de sa capacité de sacrifice illimitée. Une armée populaire surgit de rien, décidée à défendre le culte et les églises. Sans soutiens internationaux, sans moyens matériels, sans aucun type de préparation militaire, ces hommes – et ces femmes – parvinrent à s’imposer dans des Etats entiers du Mexique, où ils se rendirent inexpugnables et constituèrent leurs propres gouvernements locaux.

Seule la vile trahison de certains personnages, notamment parmi les évêques, réussit à éteindre ce feu qui était sur le point de faire tomber le gouvernement révolutionnaire et maçonnique de Mexico. Ensuite, par le biais d’une fausse paix, les Cristeros furent systématiquement poursuivis et assassinés. Le maintien des lois anticléricales et de constantes vexations entrainèrent un second soulèvement de Cristeros. L’héroïsme sans limite de ces hommes parvint à embarrasser tout le processus révolutionnaire mexicain. Ce n’est qu’en 1941 que le gouvernement parvint à réprimer les derniers soubresauts de ces soulèvements populaires dont les chefs furent assassinés les uns après les autres.

En quelques pages très denses et abondamment illustrées, ce livre rend hommage à ces véritables croisés du vingtième siècle que furent les Cristeros, magnifiques combattants pour le Christ-Roi.

Les Cristeros, croisés du vingtième siècle, éditions Saint-Rémi, 95 pages, 11 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/les-cristeros-croises-du-vingtieme-siecle/45761/

vendredi 29 juillet 2022

Mexique, de l’indépendance aux Cristeros (Alain Sanders)

 Alain Sanders est un journaliste et un écrivain passionné par l’histoire du continent américain.

La guerre des Cristeros a opposé les peones catholiques mexicains à un Etat dictatorial franc-maçon et haineusement anticatholique.

La mobilisation des catholiques mexicains avait débuté pacifiquement. Mais les persécutions, les profanations, les assassinats et les enlèvements organisés par l’Etat sur ordre du président Calles, 33e degré de la franc-maçonnerie, imposèrent aux catholiques de prendre les armes.

L’épopée des Cristeros, ces chouans mexicains, fut héroïque.

Pour permettre de comprendre comment la haine anticatholique a conquis le pouvoir au Mexique, Alain Sanders remonte en 1821 et à la déclaration d’indépendance du Mexique. L’auteur montre aussi comment les Etats-Unis ont précipité le Mexique dans le chaos en soutenant, dès les premières années qui ont suivi l’indépendance, des généraux francs-maçons révolutionnaires. 

Mexique – De l’indépendance aux Cristeros, Alain Sanders, Atelier Fol’Fer, 103 pages, 15 euros (prix franco)

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/mexique-de-lindependance-aux-cristeros-alain-sanders/57418/

lundi 30 mai 2022

Pour que vive le Christ Roi ! Le bienheureux José del Rio (Catherine Escrive)

 

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Catherine Escrive, journaliste, est une spécialiste des sujets hispano-américains.

José del Rio (1913-1928) est le plus jeune martyr des treize Cristeros qui ont été béatifiés à Guadalajara. Ce jeune garçon fauché à l’âge de 14 ans est une belle âme à présenter en exemple à la jeunesse. C’est donc un excellent choix de lui avoir consacré un livre dans une collection de livres catholiques destinés aux jeunes gens.

José était un enfant d’une piété exceptionnelle. Sa foi intense l’amenait tout naturellement à admirer les combattants cristeros dressés contre les lois anticatholiques du gouvernement franc-maçon. Il était impressionné par cette armée de paysans avançant au cri de Viva el Cristo Rey ! et n’avait qu’une envie : pouvoir les rejoindre et servir ainsi le Christ. Ce fut pour lui une grande fierté d’être accepté parmi cette troupe de soldats catholiques en tant que porte-drapeau, brandissant l’étendard du Christ-Roi au milieu de la bataille.

Le 6 février 1928, lors d’un accrochage entre Cristeros et forces gouvernementales, José del Rio est fait prisonnier. Il sera abominablement supplicié puis exécuté. Jusqu’au bout, cet enfant est resté fidèle au Christ Roi et à la Sainte Vierge. Son existence héroïque est décrite ici avec beaucoup de délicatesse et édifiera les jeunes lecteurs.

A l’approche de Noël, voici un très beau cadeau à prévoir pour vos enfants ou petits-enfants, dès l’âge de 11 ans.

Pour que vive le Christ Roi ! Le bienheureux José del Rio, Catherine Escrive, éditions Pierre Téqui, collection Les Sentinelles, 95 pages, 9,50 euros

A commander en ligne sur le site de l’éditeur

https://www.medias-presse.info/pour-que-vive-le-christ-roi-le-bienheureux-jose-del-rio-catherine-escrive/63226/

mercredi 1 décembre 2021

Hawaï, Cuba, Mexique : les étapes de l'impérialisme américain

  • Dans un long entretien que Robert Steuckers avait accordé à Marc Lüdders et paru dans Vouloir n°11 (1999), de même que dans divers autres textes sur les insuffisances doctrinales et pratiques de la "Nouvelle Droite" française, il avait insisté sur la nécessité de connaître l'histoire des États-Unis et les modi operandi de l'impérialisme américain. En Italie, le dissident américain, façon Chomsky, John Kleeves avait fait paraître dans la collection "Sinergie" un ouvrage important intitulé "Un paese pericoloso" (SEB, Milano, 2000). L'agence allemande DNZ de Munich étudie à son tour ces innombrables faits historiques, dans une série d'articles, dont l'un, que nous traduisons ici en français, porte sur les violations américaines de l'intégrité territoriale des Iles Hawaï, de Cuba, alors province espagnole, et du Mexique.

Washington invente la politique du "gros bâton" (big stick). Cette caricature, réalisée en 1904 par un journaliste américain, W. A. Rogers, résume bien la politique latino-américaine de Théodore Roosevelt, vingt-sixième président des États-Unis de 1901 à 1909. La Mer des Caraïbes y apparait transformée en un lac yankee avec l'aide de la flotte américaine. La présence d'un navire baptisé "l'USS Debt Collector" (Navire de l'Armée américaine "Collecteur de Dettes") nous montre que l'utilisation de la dette publique des États étrangers comme un moyen de mise sous tutelle était déjà courante à l'époque. La Banque mondiale ou le FMI ne sont sont donc pas novateurs en ce domaine]

Après que l'Imperium de Washington se soit établi sur une très vaste portion du territoire nord-américain, du moins de la "côte à la côte", soit de l'Atlantique au Pacifique, avec pour toile de fond l'holocauste des Amérindiens et des guerres ou des "achats" de territoire forcés par menace militaire, contre la France, la Grande-Bretagne et la Russie, les castes dominantes des États-Unis ont caressé le projet de soumettre les îles des Caraïbes et l'ensemble de l'Océan Pacifique.

Examinons comment ce projet s'est concrétisé, en étudiant le destin du Royaume polynésien des Iles Hawaï. Dans un premier temps, les consortiums américains s'y sont établis, notamment "Dole Pineapple Company", avec ses plantations d'ananas. Ensuite, deuxième étape, les Américains ont forcé les autorités indigènes à accepter l'installation d'une base navale à Pearl Harbor. En 1893, dernière étape, les Américains aident au renversement définitif de la dernière Reine des Hawaï, Liliuokalani. Elle avait tenté d'empêcher le piètre destin, fait de soumission coloniale, que l'on préparait pour son peuple à Washington. La résistance des Hawaïens a été purement et simplement brisée. La reine et ses fidèles ont été jetés en prison. En 1898, les Iles Hawaï deviennent un protectorat des États-Unis ; en 1959, en grande pompe, on annonce officiellement qu'elles deviennent le 50ème État des États-Unis. Entre-temps, les indigènes étaient devenus une minorité, leur culture était détruite et ils avaient été submergés par des vagues d'immigrants. La Reine Liliuokalani, poétesse, est l'auteur de cette chanson, toute empreinte de nostalgie et de tristesse, "Aloha Oe", que l'on connaît aussi en Europe, mais sans plus savoir quelle tragédie avait, en fait, suscité cette nostalgie et cette tristesse.

Il est intéressant de noter qu'à la même époque une autre reine, dans un autre royaume insulaire, Madagascar, avait été éliminée d'une manière similaire. Cette fois, ce sont les Français qui sont responsables de la tragédie. Comme sa consœur hawaïenne qui a subit un sort analogue, la Reine malgache Ranavalona III, avait tenté de maintenir l'indépendance de son royaume. Paris envoya des troupes, transforma Madagascar en une colonie française en 1895, et fit déporter la Reine en Algérie.

Le Saddam de 1898 était espagnol

Les États-Unis décident ensuite que l'Espagne, ex-puissance mondiale qui n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été, devait être éliminée, en tant que facteur (géo)-politique en Amérique et dans le Pacifique, afin de satisfaire les pulsions impérialistes de la Maison Blanche et de Wall Street. Pour obtenir ce résultat, Washington déclenche une guerre contre l'Espagne en 1898.

L'incident qui déclencha ce conflit fut un mystérieux attentat à la bombe perpétré contre un navire américain, le Maine, dans le port de La Havane, à Cuba, alors province espagnole. Cet acte de terrorisme, qui a coûté la vie à plusieurs centaines de marins américains, est manifestement l'œuvre de provocateurs à la solde des services secrets. Néanmoins, la machine propagandiste américaine, sans produire la moindre preuve contre l'Espagne, s'empare de l'affaire et orchestre une campagne contre Madrid. Ce qui s'ensuivit ressemble étrangement aux événements après le 11 septembre 2001 (ou après l'"Incident Tonking" qui a déclenché la Guerre du Vietnam, ou encore, après l'attaque contre Pearl Harbor en décembre 1941).

Les médias américains de l'époque, comme le New York Journal de Hearst ou le New York World de Pulitzer, se firent concurrence pour publié les pires récits d'atrocités attribuées à la malheureuse Espagne. Les deux quotidiens publiaient sans discontinuité des histoires abominables mises sur le compte des gouvernants espagnols de Cuba. Même à l'encontre de Ben Laden ou de Saddam Hussein, on n'a pas osé écrire le quart du huitième de l'ombre de ce que l'on a publié à l'époque, dans les journaux new-yorkais, contre le gouverneur militaire espagnol de Cuba, le Général Valeriano Weyler. Au public américain, les journaux le présentaient comme un "monstre", comme un "être sans pitié", qui tuait de "sang froid", qui massacrait "en masse". Citation du New York Journal : « Rien ne peut arrêter ce cerveau animal, de s'esbaudir à la vue et à la pensée de tortures, à l'idée de faire couler le sang ». Quant à Pulitzer, il a tout simplement baptisé Weyler de "boucher de Cuba".

Inutile de préciser que ces mêmes journaux insistaient pour que l'on lance une guerre préventive contre l'Espagne. Parce que ce pays, ajoutaient-ils, en secret, préparait l'invasion des États-Unis ! La guerre qui s'ensuivit permit aux Etats-Unis d'éliminer l'Espagne, en tant que puissance en Amérique latine et dans le Pacifique ; elle eut aussi pour résultat d'étendre la domination américaine sur les Philippines, anciennement espagnoles, et de porter la puissance de Washington directement face au continent asiatique.

À la suite de l'élimination de l'Espagne, en l'espace de quelques années, les États-Unis sont intervenus, directement ou indirectement, une douzaine de fois dans les divers États d'Amérique centrale, pour bien prouver qui commandait, désormais, dans cette zone. La Colombie est contrainte de céder l'isthme de Panama en 1903. La Zone du Canal — dont le creusement s'achève en 1914, permet une communication par voie maritime à travers le double continent américain et constitue ainsi l'une des voies d'eau artificielles les plus importantes du globe — devient territoire américain.
Le Mexique, puissance récalcitrante, avait déjà perdu, vers la moitié du XIXe siècle, d'immenses territoires en faveur des États-Unis, comme le Texas, le Nouveau Mexique et la Californie. Au début du XXe siècle, les Mexicains ressentiront à leurs dépens la nouvelle politique américaine, dit du "gros bâton". Très officiellement, le Président Théodore Roosevelt avait annoncé urbi & orbi que cette politique du "gros bâton" serait l'instrument privilégié de la politique extérieure américaine. Il nous paraît tout aussi intéressant de noter comment l'opinion publique américaine a été amenée à accepter cette guerre contre le voisin du Sud. Le modus operandi peut vraiment être hissé au rang de paradigme : le 8 mai 1914, les salles de cinéma de New York font projeter en première, et en grande pompe, le film La Vie du Général Pancho Villa. La pellicule chante les faits et gestes glorieux de ce chef mexicain, considéré encore à l'époque comme un "allié" fidèle de Washington. À peine deux ans plus tard, la machine propagandiste américaine opère un véritable volte-face, à 180°. En un tournemain, le vaillant et glorieux Mexicain devient une "brute assoiffée de sang", un "boucher", etc. En fait, pressenti comme allié, l'homme ne s'était pas montré aussi "souple" qu'on l'avait espéré.
Après que Washington ait avancé des "preuves" (peu claires), on se met à raconter que le Mexique voulait attaquer les États-Unis, très vraisemblablement en collusion avec le méchant empereur Guillaume d'Allemagne. Les troupes américaines entrent au Mexique. L'expédition "punitive" — dénomination officielle ! — s'effectue sous le commandement du Général Perhing, celui-là même qui sera appelé un peu plus tard à la tête d'une autre expédition punitive, cette fois contre l'Allemagne en 1917. Cette intervention dans les affaires européennes a empêché la signature d'un armistice, sur base de la "partie nulle". De grands débiteurs des puissances européennes, les États-Unis, à la suite de ce conflit, deviennent leurs grands créanciers ; par le biais du Traité de Versailles, les ferments de la Seconde Guerre mondiale étaient en germe. Rappelons que les missiles "Pershing", alignés par la super-puissance américaine, doivent leur nom à celui de ce général, chef d'expédition punitive au Mexique et en Europe.

article de DNZ n°5/2003.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/54

vendredi 9 juillet 2021

Les Cristeros, croisés du XXe siècle, racontés par Mauricette Vial-Andru

 

Mauricette Vial-Andru, auteur de nombreuses biographies de vies de saints, notamment écrites pour la jeunesse, s’est aussi penchée sur l’épopée des Cristeros.

L’association Terre & Famille lui a demandé de faire une conférence sur ce sujet, dont voici l’enregistrement vidéo.

lundi 11 janvier 2021

Charles Quint toujours plus loin

   

1519 est une date faste pour Charles Quint, marquée par son accession à la dignité impériale et par la conquête du Mexique. Naît alors un empire catholique européen sur lequel le soleil ne se couche jamais. C’était il y a 500 ans.

Rien ne destine Hernan Cortés, hidalgo d’Estrémadure et apprenti-notaire, à conquérir un Empire. Mais le début du XVIe siècle est l’époque des possibles. L’homme gagne les Caraïbes, puis quitte in extremis l’ile de Cuba, où le gouverneur espagnol le goûte peu. En rupture de ban, Cortés aborde donc le Mexique en 1519. Au Yucatan, d’abord, auprès des Mayas, dont il rapporte une précieuse interprète indigène : la Malinche. Puis, en avril, il pose pied près de l’actuelle Veracruz. La région est dominée par les Aztèques, qui ne tardent pas à dépêcher des ambassadeurs auprès des nouveaux-venus. 

Mais leurs présents, en or, excitent la convoitise des conquistadors. Bientôt, ces derniers parviennent à Tenochtitlan (future Mexico). Vaste cité lacustre, bâtie sur une île du lac Texcoco, la ville s’articule autour du Templo Mayor. Les Espagnols se croient arrivés a Babylone. Ils découvrent une société singulière, où les mathématiques et l’astronomie sont développées mais la roue inconnue. Dominée par les nobles et par l’empereur Moctezuma, la société mexica impose son pouvoir à de nombreuses cités, y compris par la force la plus brutale.

La civilisation aztèque a ses lumières mais aussi ses ombres : esclavage et sacrifices humains. Les Aztéques pratiquent les « guerres fleuries » contre leurs voisins et vassaux, et sacrifient les prisonniers. Ce sera tout le génie de Cortés de tirer parti des vexations subies par les peuples vassaux des Aztéques et de s’allier à ceux-ci pour défaire ceux-là.

Naissance du Mexique

Pour l’heure, la situation des Espagnols est précaire : le peuple se méfie de leur cupidité. Aussi Cortés assure-t-il ses arrières en se rendant maître de la personne de Moctezuma, qu’il retient prisonnier en son propre palais. C'est dans ces conditions qu’il fait reconnaitre à Moctezuma la suzeraineté du roi d’Espagne : Charles Quint. Mais les vexations espagnoles suscitent la rébellion indigène et la fuite précipitée des conquistadors lors de la Noche triste (30 juin 1520). Quant à Moctezuma, la légende le fait mourir à son balcon, lapidé par son propre peuple. Cortés trouvera son salut dans l’alliance avec les peuples brimés par les Aztéques (Tlaxcaltéques). En 1521 il est de retour devant Jenochtitlan qu'il assiège. Après 75 jours d’une famine épouvantable, la ville tombe. Une poignée d’Espagnols sont venus a bout d’une cité de 200 000 âmes, capitale d’un Empire de 5 millions d’habitants. La colonisation hispanique peut débuter.

Cinq siècles plus tard, la réputation d’Hernan Cortés est sulfureuse. D’aucuns le qualifient de « génocidaire »; d’autres insistent sur sa piété supposée et son génie. « Hernan Cortés un homme entre Dieu et le diable », s’interroge un documentaire mexicain de 2016 soucieux de débrouiller les mythes entourant sa vie aventureuse. Ce qui est certain, c’est que sans Cortés, le Mexique actuel n’aurait jamais vu le jour. Qu’on le veuille ou non, il est l’un des pères fondateurs de la nation. À Mexico, un monument de bronze le représente aux côtés de son interprète et maitresse indigène (La Malinche). Aux pieds de Cortés, une épée de Tolède et un lion, symboles de la force virile et de la conquête espagnole. Près de la Malinche, un aigle aztéque et un « macahuitl », redoutable arme indigène. Devant le couple, marche un nouveau-né. C'est le « Monument au métissage » : la conquête a accouché du Mexique.

Plus oultre

Mais la nation mexicaine n’existe pas encore en 1519. Les conquêtes de Cortés profitent à son souverain, un jeune homme de 19 ans : Charles Quint. Ce nom est bien connu des Français : c’est l’éternel rival de Francois Ier et le vainqueur de Pavie (1525). Arrière petit-fils de Charles le Téméraire, il n’a jamais cessé de caresser le rêve d’une restauration de la grande Bourgogne…  Aux dépens de la France.

Charles de Habsbourg est une magnifique anomalie de la généalogie princière. La Providence a fait choir sur sa tête de multiples couronnes. Si son portrait est aisément reconnaissable (l’homme est prognathe) sa nationalité est incertaine. Charles est un Habsbourg francophone né à Gand. Par son père, il hérite du duché de Bourgogne. Cette Bourgogne ducale a peu à voir avec la région dijonnaise : c’est un ensemble d’États allant des contreforts suisses à la Mer du nord, en passant par la Franche-Comté (Besançon) et les Pays-Bas (Lille, Bruxelles). Par sa mère, il hérite de la Castille et de l’Aragon. Il règne encore sur Naples et la Sicile, possessions aragonaises.

Mais le tournant s’opère en 1519. Alors que les députés catalans lui jurent fidélité et que son étendard commence a flotter au Mexique, Charles devient Empereur, le 28 juin. La dignité est alors élective et, grâce aux banquiers rhénans, il a pu acheter davantage de voix que son rival… Francois Ier. Le couronnement a lieu a Aix-la-Chapelle, haut lieu carolingien. Charles peut se rêver en moderne César. À des titres divers, il règne sur Madrid, Lille, Vienne, bientôt le Mexique et le Pérou. Sa devise, Plus oultre illustre cette expansion gargantuesque et cette domination universelle.

Pourtant, les possessions de Charles Quint sont loin d’être unifiées ce n’est pas un État unique, mais des groupes de territoires liés par union personnelle. Nationalités et États s enrichissent mais ne se mélangent pas. Si le nom de « Charles Quint » lui est resté, il ne vaut que pour l’Empire : en Espagne, il n’est que Charles Ier. Tenant une cour itinérante, Charles respecte les particularismes locaux : usatges de Catalogne ou libertés flamandes. Quant au Saint-Empire, il tient plutôt de la fédération féodale. L’Empereur doit composer avec les Princes électeurs et la Diète impériale, sans laquelle il ne peut lever d’impôts ni édicter des lois. La faiblesse congénitale de l’Empire éclatera bientôt avec la Réforme luthérienne. Après avoir publié ses 95 thèses en 1517 Martin Luther est excommunié en 1520. L’hérésie croissant, Charles Quint doit réagir : il est défenseur de la foi. Mais l’Empereur est lâché par les Princes d’Allemagne du Nord, et la diète qu’il convoque à Augsbourg (1530) est un échec en terres germaniques, l’unité politique est perdue. D’autant que l’antagonisme avec la France est toujours présent. En Allemagne, le roi Henri II (fils de Francois Ier) s’allie aux princes réformés. Alliance scandaleuse, mais coup de maître de realpolitik, qui fera date côté français.

L’héritage de Charles Quint

Prince chrétien, Charles Quint est menacé par le péril turc. Si ses troupes échouent a libérer la Hongrie (défaite de Mohacs), elles repoussent l’envahisseur sous les murs de Vienne (1529). Ses flottes aragonaises et siciliennes portent le fer contre les corsaires musulmans d’Alger et de Tunis. Lors d’une de ces expéditions algéroises, on retrouve un nom familier : Cortés. Toutefois, les Barbaresques demeurent maitres de la Méditerranée. Prince chrétien, a-t-on dit. Cela n’empêche qu’il est Empereur, et dispute le pouvoir universel au Pape. C’est sous son règne que Rome est sévèrement mise à sac, en 1527 Des milliers de lansquenets impériaux pillent la ville sainte et manquent de capturer Clément VII. Ce dernier en réchappe grâce au sacrifice de la garde suisse pontificale. Depuis lors, c’est le 6 mai - anniversaire du massacre - que les soldats du pape prêtent serment dans la cour saint Damase. Souvenir lointain de l’époque de Charles Quint…

Inlassable guerrier le souverain finit pourtant par choisir la paix d’une retraite monastique. À la surprise générale, l’homme le plus puissant d’Europe abdique de ses diverses couronnes à compter de 1555. La division de son vaste empire est actée entre la partie hispano-italo-flamande (à son fils, Philippe II) et l’Empire germanique (a son frère, Ferdinand). Charles Quint, lui, se retire à Yuste en 1557 dans un sobre monastère d’Estrémadure… Contraste saisissant avec l’ivresse du pouvoir : à l’image de cet homme entier. Il expire l’année suivante. Plus tard, son fils fera bâtir pour lui un mausolée doublé d’un vaste palais l’Escorial. Monumental ou symbolique, le legs de Charles Quint est omniprésent en Europe. Les Belges ont donné son nom a une bière, et lui dédient l’Ommegang, procession bruxelloise costumée. En Sicile, on se rafraîchit à l’ombre de sa statue palermitaine. Pour l’Espagne, Charles Quint signifie prestige et Amérique. Son étendard a la croix de Bourgogne flotte éternellement sur le rêve hispanique de l’Empire des deux mondes; ses plis renferment les gloires du Siècle d’Or. Encore aujourd’hui, les aéronefs militaires espagnols arborent une cruz de Borgoña stylisée.

La puissance de Charles Quint, par-delà les frontières, pourrait vaguement évoquer la supranationalité bruxelloise de l’Union européenne. Ce serait une erreur. Le souverain n’a jamais visé d’uniformité niveleuse. L’unité de son projet politique, il l’a avant tout recherchée dans le rêve impérial et la foi romaine. Paradoxalement, son règne aura accouché de nations européennes affermies : Espagne triomphante et Autriche habsbourgeoise. Un siècle plus tard, le continent s’articulera autour des royaumes nationaux et du jus publicum europeum.

L’Europe de Charles Quint n’est pas normative, elle est chevaleresque. Elle invite a l’esprit d’aventure et de conquête : Plus oultre !

Francois La Choûe monde&vie 21 mars 2019 n°968

mercredi 30 octobre 2019

La Petite Histoire : L’intervention française au Mexique

L’expédition française au Mexique se déroule de 1861 à 1867 et se termine par un échec retentissant. Pour autant, les raisons de cette intervention, soutenue et ordonnée par Napoléon III, ne manquent pas de noblesse et de panache. Outre les raisons financières de paiement de la dette mexicaine, la France caressait ici le rêve d’établir un empire francophone et catholique en Amérique centrale, afin notamment de contrebalancer la puissance américaine grandissante.

mardi 15 mars 2016

Mexique : mort du dernier Cristero

Juan Daniel Macias Villegas était connu comme le dernier soldat survivant de la guerre Cristero à Jalisco (Mexique).
Il est décédé d’un arrêt respiratoire le 18 février dernier, à l’âge de 103 ans, dans sa ville natale de San Julian. Les funérailles de Juan Daniel Macías Villegas ont eu lieu à Saint-Joseph, en présence de ses enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et arrière-petits-enfants.
Une procession sur environ trois kilomètres s’est faite jusqu’au cimetière, aux côtés de la « Garde nationale Cristero », organisation catholique qui défend la mémoire des martyrs morts pendant la persécution religieuse au Mexique, au début du XXe siècle.
Juan Daniel Macías Villegas était né le 21 juillet 1912 au village de San Julian, alors appelé Rancho de los Verdes Palos. Il a été baptisé par le prêtre Narciso Elizondo, qui, quelques années plus tard, le bénira quand il prendra les armes.
À 13 ans, il a commencé à se battre avec les « Cristeros » après s’être engagé avec le général Victoriano Ramirez et fait partie de son escadron « Les Dragons du 14 ».
Il a participé à plusieurs campagnes dans la région des hautes terres de Jalisco et de Guanajuato, et lors de la seconde campagne Cristeros (1935- 1937), il se placera sous le commandement de Lauro Rocha.
Après la guerre, Juan Daniel Macias a vécu dans la communauté rurale de San Julian jusqu’au jour de sa mort. Cette localité avait été la première à prendre les armes, le 1er janvier 1927, contre les lois gouvernementales anticatholiques.
Le gouvernement de Plutarco Elías Calles avait voté un amendement pour restreindre la liberté religieuse. Les persécutions furent terribles : l’armée et la police procédèrent à de nombreux emprisonnements et exécutions. Les Cristeros s’y opposèrent les armes à la main et le chapelet autour du cou.
En 1992, une réforme de la Constitution mexicaine a été obtenue grâce à l’intervention de la Conférence épiscopale mexicaine et le soutien du président Carlos Salinas de Gortari avec l’appui de la grande majorité des sénateurs et des députés. Cette même année 1992, les relations diplomatiques entre le Mexique et le Saint-Siège ont été restaurées.
Source MPI
Pour des livres et films sur les Cristeros, cliquez ici.

samedi 22 juin 2013

Le 22 juin 1929, le Vatican « s’arrangeait » avec le gouvernement mexicain.

6a00d09e75903fbe2b00e398f88c390005.jpgEt signait des « accords de paix », ce qui furent vécus par de nombreux catholiques comme une trahison, aux conséquences sanglantes.
Il demandait aux Indiens catholiques, qui s’étaient légitimement révoltés face au gouvernement socialiste et franc-maçon virulemment antichrétien, de déposer les armes sous peine d’excommunication !
Le 1er décembre 1924, le président mexicain avait privé de droits civiques les catholiques (laïcs et prêtres) sous prétexte qu’ils obéissaient à un souverain étranger, le pape ! Il avait expulsé le nonce, l’ambassadeur du Vatican, ainsi que tous les ecclésiastiques étrangers. Il avait interdit les congrégations enseignantes et fermé pas moins de 20.000 églises !
Le clergé se rebiffa et suspendit le 31 juillet 1926 l’administration des sacrements dans tout le pays pour cristeros.jpgune durée de trois ans. Les paysans indiens du Jalisco se soulevèrent contre les autorités de la capitale au cri de «¡ Viva Cristo Rey !» (Vive le Christ-Roi !), dans un parallèle frappant avec le soulèvement des Vendéens en 1793, en lutte contre les Républicains. Ils furent appelés les Cristeros.
Avec 50.000 combattants, ils constituèrent la plus importante rébellion qu’ait jamais connue le pays et parvinrent à conquérir la moitié des 30 États de la Fédération.
Ce soulèvement des soldats du Christ-Roi fut réprimé de la manière la plus brutale qui soit. Pour l’occasion, le général Calles (chef des forces gouvernementales) accepta même de se réconcilier avec les États-Unis. Il accepta des concessions sur le pétrole en échange de l’aide de l’US Air Force dans son combat contre les Cristeros.

En 1929, le gouvernement promit une amnistie pour les rebelles et s’engagea à ne plus tenter d’appliquer les articles antireligieux de la Constitution. Dans les faits, l’amnistie ne fut pas respectée et des milliers d’insurgés furent assassinés dans d’atroces conditions après avoir rendu leurs armes sur ordre de leur évêque.
Environ 500 dirigeants Cristero et 5 000 autres Cristeros auraient été abattus, souvent à leur domicile et en face de leurs conjoints et de leurs enfants.
Le général Luis Garfias reconnaîtra dans Epoca le 4 janvier 1993 : «L’armée fédérale a mené une guerre sans pitié. Elle ne faisait pas de prisonniers, les civils étaient pris comme otages et beaucoup d’entre eux fusillés. La torture fut systématique, on détruisit d’innombrables villages et hameaux».
Pour creuser le sujet, on peut lire « Cristeros » de Jean-Louis Picoche disponible ici.

dimanche 6 novembre 2011

30 avril 1863 : Camerone

La Nouvelle Espagne meurt en 1821 dans les soubresauts d’émeutes populaires qui se succédaient depuis plus de dix ans... L’indépendance de fait est proclamée à la suite du Traité de Cordoba du mois d’août et de l’abdication du dernier vice-roi O’Donaja.
Mais le Mexique va s’enfoncer dans cinquante ans de guerre, de la pacification interne, menée par le terrible général Santa Anna, à l’occupation franco-britannique, jusqu’à l’exécution du jeune empereur Maximilien par les troupes de Juarez à Queretaro en juin 1867.
Si l’on parle aujourd’hui à des "jeunes" d’un épisode fameux d’héroïque résistance de cette période où une poignée d’hommes retranchée tint l’armée mexicaine en échec pour permettre aux convois de passer et aux troupes de se reconstituer, ils répondront invariablement « Ah oui, Alamo ! » La réponse n’est pas fausse mais elle n’est que partielle.
C’était en 1836. Le Texas, province mexicaine peuplée de 30 000 Américains, souhaitait se séparer de la tutelle dictatoriale du général Santa Anna et acquérir son indépendance, voire rejoindre les États-Unis. Pour permettre au gros des troupes texanes de se rassembler, une poignée de volontaires bloqua l’armée mexicaine devant le fort d’Alamo. Pas un des défenseurs du fort n’en réchappa - pas même le célèbre Davy Crockett qui y trouva une mort glorieuse - mais grâce à ce sacrifice, l’armée texane enfin constituée allait être victorieuse. Le général Santa Anna fut fait prisonnier à San Jacinto six semaines plus tard, le 21 avril.
Le cinéma, John Wayne et le déferlement de la culture américaine occultent aujourd’hui dans la mémoire populaire un haut fait d’armes français - curieusement identique - qui eut lieu trente ans plus tard, dont le retentissement allait faire entrer un corps militaire récemment formé dans la légende et le faire accéder d’emblée au rang des troupes d’élite internationales : la Légion étrangère, créée, en 1831, par Louis-Philippe.
Nous sommes maintenant en 1861. Le général Santa Anna a définitivement été évincé du pouvoir en 1855 ; le Texas, devenu indépendant, a rejoint les États-Unis, et le nouvel homme fort du Mexique, Benito Juarez, décide de suspendre le règlement des intérêts de la dette extérieure. Sur les instances du banquier Jecker, soutenu par le duc de Morny, Napoléon III met sur pied un corps expéditionnaire franco-britannique destiné à envahir le Mexique et à y instaurer un empire dont il offrira la couronne à l’archiduc Maximilien.
Les troupes débarquent en janvier 1862 à Vera Cruz, mais les Anglais, désintéressés par Juarez, rembarquent rapidement, laissant les Français continuer seuls la lutte.
En avril 1863, trois mille Français commandés par Lorencez font sans succès le siège de Puebla. Le gros des troupes (28 000 hommes) commandé par Forey doit leur porter main forte.
Le 30 avril, pour permettre le passage des convois pour le siège, dans l’attente du gros des troupes de Forey, à l’est de Puebla sur la route de Vera Cruz, au hameau de Camaron (aujourd’hui Villa tejeda), la troisième compagnie (64 hommes) du Régiment Étranger, commandée par le capitaine Danjoux, résistera neuf heures durant à l’assaut de deux mille Mexicains ! Seuls, trois légionnaires s’en sortiront.
Puebla fut prise par Forey le 17 mai, au terme d’un siège qui avait duré soixante-treize jours.
La résistance héroïque de Camerone allait faire entrer la Légion étrangère dans la légende et la date anniversaire du 30 avril allait devenir celle de la fête traditionnelle de la Légion.
Ce 1er Régiment Étranger d’infanterie cantonné en Algérie sera complété par un second en1884, puis par deux régiments de cavalerie lors de la première guerre mondiale... et deux régiments parachutistes après la seconde. Aujourd’hui un septième régiment de génie est en formation.
De tous les pays du monde des hommes continuent d’y trouver refuge et fraternité sous le fanion vert et rouge, à l’ombre du drapeau français. Là l’esprit et l’exemple de Camerone demeurent : « Honneur et Fidélité », la devise des hommes au képi blanc, à la grenade flammée à sept branches et aux épaulettes de laine vertes et rouges est toujours aussi présente et plus vivace que jamais. Cent vingt nationalités s’y côtoient.
De Sidi bel Abbès, l’état-major de la Légion étrangère a été transféré à Aubagne, avec son monument aux morts et surtout son musée où sont conservées les reliques de tous ses hauts faits d’armes, les bâtons des maréchaux qui eurent l’honneur d’y commander et bien d’autres souvenirs de plus de cent soixante-dix ans d’engagement et de combat au service de la France et de ses alliés.
Chaque année, le 30 avril, une cérémonie émouvante s’y déroule dans le cadre d’une prise d’armes grandiose : la lecture du récit de Camerone et la présentation aux troupes de la main artificielle du capitaine Danjoux...
Cette année est celle du cent quarantième anniversaire de Camerone.

À cette occasion, le 13 mars, un mur-musée consacré à la Légion étrangère a été inauguré à Felicity en Californie.
Le Libre Journal de la France Courtoise - n° 293 du 15 mai 2003


lundi 25 avril 2011

30 avril 1863 : La Légion résiste à Camerone

Le 30 avril 1863, dans le village de Camerone, au Mexique, soixante-trois légionnaires français, sous les ordres du capitaine Jean Danjou, résistent à une armée mexicaine de plus de deux mille hommes.
Un exploit propre à adoucir l'amertume d'une guerre absurde engagée contre le Mexique par Napoléon III.
Joseph Savès
La guerre du Mexique
Deux ans plus tôt, en 1861, la France, l'Angleterre et l'Espagne sont intervenues avec avec quelques troupes pour obliger le président mexicain Juarez à honorer les dettes de son pays.
En 1862, tandis que les Anglais et les Espagnols se retirent, l'empereur français Napoléon III forme le projet de renverser le président mexicain et de transformer le Mexique en un empire latin et catholique. Mais les Français se heurtent à la résistance farouche et inattendue des Mexicains qui prennent le parti de Juarez.
Une première armée de 7.000 hommes est repoussée devant Puebla, une ville fortifiée sur la route de Mexico. Il faut envoyer en catastrophe 28.000 hommes en renfort, sous le commandement du général Forey, pour enfin avoir raison de la résistance de la ville.
C'est pendant le siège de Puebla que se produit le drame de Camerone.
Une compagnie de légionnaires chargée de protéger les lignes de ravitaillement de l'armée française voit surgir des cavaliers juaristes.
Après avoir repoussé une première charge, le capitaine Jean Danjou (35 ans) décide de placer ses hommes dans le village abandonné de Camerone (Camaron pour les Mexicains).

Suite à une première démonstration de force, les Mexicains du colonel Milan offrent la reddition à la Légion étrangère.
Le capitaine refuse et jure de ne jamais se rendre. Ses hommes font de même. Danjou est bientôt tué en inspectant les positions. Le colonel Milan lance enfin un assaut auquel la Légion résiste héroïquement.
Les huit survivants se retranchent dans un hangar où ils tiennent encore plus d'une heure avant d'être faits prisonniers. Ils acceptent de se rendre à condition de conserver leurs armes et que leurs blessés soient soignés, ce qu'acceptent les Mexicains.
300 Mexicains auront été au total mis hors de combat par les 63 légionnaires mais l'héroïsme de ces derniers n'empêchera pas l'échec final de Napoléon III.
Succès de la résistance mexicaine
Après la prise de Puebla et l'entrée des Français à Mexico, un simulacre d'assemblée nationale octroie la couronne de l'Empire du Mexique à Ferdinand-Maximilien. Mais en avril 1866, Napoléon III doit rapatrier le corps expéditionnaire en catastrophe. Ferdinand-Maximilien est pris et fusillé par les juaristes le 19 juin 1867.
De ce fiasco reste le souvenir de Camerone. Depuis 1906, l'anniversaire de ce fait d'armes est commémoré avec faste par la Légion étrangère. Les légionnaires réunis à Aubagne rendent à cette occasion les honneurs à… la main en bois du capitaine Danjou.