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jeudi 27 août 2026

L’autre christianisation de l’Europe : des moines celtiques à l’amnésie romaine

 

Christianisme

Entre le Ve et le VIIIe siècles, l’Occident fut rechristianisé moins depuis Rome que depuis les monastères irlandais et brittoniques. Colomba, Aidan, Colomban et leurs disciples implantèrent un christianisme monastique, territorial et culturellement enraciné. Cette pluralité fut ensuite progressivement absorbée par une Église diocésaine, juridique et gréco-latine. Aujourd’hui, tandis que Rome encourage l’inculturation des peuples extra-européens, l’Europe occidentale a largement perdu la mémoire de ses propres formes chrétiennes vernaculaires.

L’histoire religieuse de l’Europe occidentale est souvent racontée comme une progression naturelle de Rome vers les peuples du Nord. Ce récit oublie pourtant une autre matrice. Entre les Ve et VIIIe siècles, l’Irlande, l’Écosse, le pays de Galles, la Bretagne, les Gaules rurales, l’Italie du Nord et les régions germaniques sont profondément marqués par des missions issues du monde irlandais et brittonique. Le moine Colomba (521-597) fonde Iona, un monastère sur une petite île des Hébrides, en 563. Aidan (vers 590-651) établit Lindisfarne, sur une autre île mais située en Angleterre. Colomban (543-615) quitte l’Irlande vers 590, fonde Luxeuil dans les Vosges, puis Bobbio, dans la péninsule italienne, et participe à la rechristianisation de l’Occident continental.

Il n’existait pas une « Église celtique » unifiée et schismatique. L’historiographie parle plutôt de chrétientés insulaires. Leur originalité était surtout institutionnelle et culturelle. Dans des sociétés peu urbanisées, l’abbé, le monastère, le saint fondateur et son territoire pouvaient compter davantage que la cité épiscopale. Le christianisme avait pris la forme des sociétés qu’il rencontrait. Il pratiquait déjà ce que Rome appelle aujourd’hui l’inculturation.

Le problème est que cette pluralité fut progressivement absorbée par une Église de plus en plus diocésaine, juridique, romaine et intellectuellement gréco-latine. Il y eut une succession de normalisations, parfois choisies localement, parfois imposées, parfois accompagnées de violence et de réécriture de la mémoire. Le paradoxe contemporain est plus rude encore. L’Église encourage aujourd’hui l’inculturation des peuples extra-européens alors que l’Europe occidentale a largement perdu ses anciennes formes chrétiennes vernaculaires.

Une christianisation enracinée, puis les premières résistances

L’Irlande n’avait jamais appartenu à l’Empire romain. Son Église ne pouvait donc pas simplement reproduire le modèle cité, évêque, diocèse. Les évêques existaient, mais de grands réseaux monastiques pouvaient être gouvernés par un abbé. Cette organisation s’insérait dans une société rurale et lignagère. Elle produisait un christianisme territorial : îles, sources, vallées, chemins, ermitages et saints locaux formaient une géographie sacrée. La Bretagne en garde encore des traces dans ses pardons, ses fontaines et ses chapelles.

Cette première christianisation ne fonctionnait d’ailleurs pas toujours par table rase. En 601, le pape Grégoire le Grand recommande aux missionnaires envoyés chez les Anglo-Saxons de purifier certains anciens sanctuaires plutôt que de les détruire et de transformer des fêtes existantes. Le principe est clair : convertir une culture ne signifie pas nécessairement l’abolir. L’ancien monde peut être baptisé, réinterprété et transmis.

Colomban incarne cette catholicité souple. Il reconnaît le prestige de Rome, mais ne confond pas communion et uniformité administrative. Il défend ses usages et critique librement des évêques continentaux. Cette autonomie rencontre cependant une logique politique inverse. Les Brittons, les habitants celtiques de Grande-Bretagne, voient parfois d’un mauvais œil la mission d’Augustin de Cantorbéry dans le cadre de la conquête anglo-saxonne. Vers 616, selon Bède, quelque 1 200 moines de Bangor sont massacrés par le roi païen Aethelfrith près de Chester. Rome n’ordonne pas le massacre, mais Bède, le père l’histoire anglaise, le relie symboliquement au refus antérieur des Brittons de coopérer avec Augustin : la violence politique est ainsi relue comme une leçon ecclésiale.

Le concile de Whitby, en 664, est moins violent mais plus durable. Le roi Oswiu choisit le comput pascal romain, qui offre une norme commune et une meilleure insertion dans les réseaux continentaux. Iona ne s’aligne qu’en 716. Le roi picte Nechtan expulse également des communautés colombaniennes refusant certains nouveaux usages. Le schéma est déjà visible : Rome fournit la norme prestigieuse et le pouvoir politique local dispose des moyens de l’imposer.

De l’absorption autoritaire à la romanisation ultramontaine

Avec les Carolingiens, l’uniformisation change d’échelle. Pépin puis Charlemagne favorisent les usages romains pour donner une cohérence religieuse à leur espace politique. Le résultat n’est pas purement italien : la liturgie romaine absorbe des éléments francs et gallicans. Mais la direction est nette. La pluralité occidentale est désormais filtrée par une norme centrale plus facilement administrable.

La réforme grégorienne des XIe et XIIe siècles constitue un tournant plus profond. Elle veut libérer l’Église de la simonie, des nominations laïques et de la tutelle des seigneurs. Pour y parvenir, elle renforce le pape, le droit canonique, l’évêque territorial et les appels à Rome. Le projet répond à des abus réels, mais son effet est centralisateur : pour libérer les communautés des pouvoirs locaux, on les rattache davantage au centre romain.

L’Irlande est alors restructurée par le synode de Ráith Bressail en 1111, puis par celui de Kells en 1152. Les Irlandais participent eux-mêmes à cette réforme, notamment autour de saint Malachie. Il ne s’agit donc pas d’une simple colonisation ecclésiastique. Le résultat reste pourtant une rupture : le vieux monde du saint fondateur, de l’abbé et des réseaux monastiques recule devant la chaîne paroisse, évêque, archevêque et Église universelle.

La « crise de Mellifont » montre que cette normalisation pouvait devenir coercitive. Le monastère cistercien, fondé en 1142 avec un appui irlandais, s’inculture rapidement sous la pression du chapitre général de l’ordre cistercien. Les communautés locales résistent ensuite aux inspections de Cîteaux. Entre 1216 et 1228, les visiteurs rencontrent portes fermées et troubles. Des abbés sont déposés, des filiations sont réorganisées et Mellifont perd une partie de son réseau. Dans le contexte de la conquête anglo-normande commencée en 1169, réforme religieuse, contrôle politique et fracture culturelle finissent par se renforcer. Il n’y a pas d’extermination cistercienne des Celtes, mais il existe bien une coercition institutionnelle et un effacement des autonomies.

Le quatrième concile du Latran (Latran IV), en 1215, consacre le système victorieux : le fidèle est davantage inscrit dans la paroisse, sous son prêtre et son évêque, au sein d’un droit commun. Le concile de Trente, de 1545 à 1563, donne ensuite à cette convergence une puissance nouvelle. Face à la Réforme, Rome renforce la formation des prêtres, les séminaires, la discipline épiscopale, le catéchisme et l’unité doctrinale. Le Missel de Pie V de 1570 n’abolit pas tous les rites anciens. Mais il fait du rite romain la seule référence dominante de l’Occident catholique. Trente ne crée pas la romanisation : il lui donne son armature uniformatrice, disciplinaire et liturgique durable.

À cette normalisation, s’ajoute un effacement intellectuel plus discret. Le catholicisme fait de la Bible, d’Augustin, du droit romain, de Platon et d’Aristote sa haute langue culturelle. Le paganisme grec est désethnicisé et devient philosophie universelle. Les héritages celtiques ou germaniques deviennent mythologie, littérature, folklore ou piété populaire. Ils ne sont pas interdits. Ils sont déclassés ! Le XIXe siècle achève ensuite la romanisation française. Sous l’influence ultramontaine de Dom Prosper Guéranger, les anciennes liturgies diocésaines disparaissent presque toutes entre 1840 et 1875 malgré les résistances de Paris, Lyon ou Besançon. Au nom de la Tradition, on efface des traditions.

Vatican II : l’inculturation pour les autres, l’amnésie pour l’Europe ?

Vatican II semble pourtant renverser cette logique. Sacrosanctum Concilium refuse l’idée d’une « uniformité rigide » lorsque la foi n’est pas en cause et reconnaît la valeur des traditions des peuples. Mais le texte pense particulièrement aux terres de mission. Jean-Paul II ira beaucoup plus loin en Afrique, où Ecclesia in Africa, exhortation apostolique, demande d’étudier la vénération des ancêtres, le monde des esprits, la liturgie et même les structures de l’Église. Dans Querida Amazonia (« Amazonie bien-aimée), autre exhortation, le pape François invite à accueillir des chants, gestes, symboles et rapports traditionnels à la nature.

Appliqué à un Gaël du VIe siècle ou à un Breton, ce programme ressemble exactement à la première christianisation. Pourtant, le traitement reste asymétrique. Les ancêtres africains deviennent un objet d’inculturation ; une fontaine bretonne reste facilement du folklore. La relation amazonienne à la nature peut nourrir une liturgie ; les anciennes cosmologies celtiques ou germaniques suscitent vite le soupçon de néopaganisme ou d’identitarisme. Cette prudence a des raisons historiques, notamment les récupérations nationalistes modernes, mais elle finit souvent par confondre enracinement et fermeture ethnique.

Le privilège du vernis gréco-romain accentue cette contradiction. En 1998, l’encyclique Fides et ratio (« Foi et raison ») de Jean-Paul II présente l’inculturation gréco-latine comme un acquis que l’Église ne peut abandonner. Rien d’équivalent n’est accordé à Iona, aux traditions brittoniques ou au monde germanique christianisé. Platon est devenu universel. Les autres paganismes ouest-européens restent particuliers et suspects. La culture romaine n’apparaît même plus comme une culture. Elle se présente comme la forme neutre du christianisme et son vecteur universel à l’instar du Grec ancien, en occultant Byzance.

Cette histoire ne suffit évidemment pas à expliquer la sécularisation moderne. Mais elle éclaire une perte de résilience. En France métropolitaine, 51 % des 18-59 ans déclaraient n’avoir aucune religion en 2019-2020, contre 29 % se disant catholiques ; en Écosse, 51,1 % de la population était sans religion en 2022 et, au pays de Galles, 46,5 % contre 43,6 % de chrétiens en 2021. Le cas irlandais est plus spectaculaire encore par sa vitesse : la part catholique est passée de 79 % en 2016 à 69 % en 2022. Chez les 25-29 ans, elle n’est plus que de 53 %, tandis que 26 % déclarent n’avoir aucune religion ; entre 2016 et 2022, le nombre de catholiques de 25 à 44 ans a reculé de 17 %. L’identité irlandaise ne disparaît donc pas avec le catholicisme : elle se découple de lui. La langue, les paysages, les cycles mythologiques et l’héritage celtique deviennent des références culturelles disponibles sans passer par l’Église, même si le néopaganisme religieux proprement dit reste très minoritaire.

Le vide n’est pas massivement rempli par le néopaganisme, qui reste encore minoritaire, mais le mouvement existe et progresse rapidement : le recensement de 2021 en Angleterre et au pays de Galles comptait environ 74 000 personnes se déclarant païennes, 13 000 Wiccan1 et 8 000 relevant du chamanisme, tandis que les nomenclatures distinguent désormais Druid, Heathen, Pagan, Wicca et même Celtic Christian.

À ce retour religieux, s’ajoute un écho culturel incomparablement plus large. Tolkien, catholique convaincu, a pourtant construit une mythologie dont les formes visibles viennent largement des traditions nordiques, celtiques et finnoises. Il reconnaissait lui-même que le Kalevala, vaste geste épique des peuples finnois, avait déclenché son travail mythologique. Or, c’est cette surface préchrétienne – elfes, runes, anneaux, forêts, royaumes, sagas et paysages enchantés – que l’Europe occidentale reçoit massivement par les livres, les films, les séries, les jeux vidéo et jusqu’aux gammes LEGO. Le christianisme demeure profond dans la morale de Tolkien, mais dans la culture populaire son imaginaire est beaucoup plus immédiatement perçu comme celto-germanique et nordique que comme catholique.

Une ressource non mobilisée, mais mobilisable

Le contraste est sévère. Rome encourage aujourd’hui les peuples extra-européens à préserver ancêtres, symboles et rapports à la nature alors qu’elle a longtemps folklorisé ou marginalisé les couches comparables de l’Europe occidentale. Son recul s’inscrit certes dans une désaffiliation plus générale aux institutions de masse, mais le besoin d’identité demeure. L’Irlande l’illustre : le catholicisme est passé de 79 % en 2016 à 69 % en 2022, tandis que langue, paysages, Imbolc, Brigitte et mémoire celtique peuvent désormais porter l’identité sans passer par l’Église.

La Pologne montre que même les bastions catholiques ne sont pas à l’abri : les catholiques déclarés sont passés de 87,6 % en 2011 à 71,3 % en 2021, tandis que des religions natives slaves, encore minuscules, réapparaissent. Il ne s’agit pas d’une paganisation massive, mais d’un déplacement : lorsque le catholicisme cesse de porter l’identité, des références plus anciennes redeviennent disponibles. L’ironie est forte : Benoît XVI reconnaissait en 2008 Colomban comme « réellement un des Pères de l’Europe », alors que Rome avait largement marginalisé l’humus chrétien qui l’avait produit.

1. La wicca, ou le wiccanisme, est un mouvement religieux néopaïen fondé au XXe siècle au Royaume-Uni, comprenant des éléments de croyance tels que le chamanisme, le druidisme et les mythologies gréco-romaine, slave, celtique et nordique.

https://www.revue-elements.com/christianisme/

samedi 28 décembre 2024

Le baptême de Clovis : le jour où la France devint chrétienne et « fille aînée de l’Église »

 

La conversion de Clovis Ier, roi des Francs Saliens, au catholicisme, est un événement marquant de l'histoire de France et de l'Europe, survenu à l'aube du VIe siècle. Cet acte ne se limite pas à un simple changement de religion ; il représente un tournant décisif qui a façonné l'identité culturelle et religieuse de la France et a eu des répercussions profondes sur l'histoire de l'Occident.

Un jeune roi en quête de consolidation de son pouvoir

Au crépuscule du Ve siècle, l'Europe bruissait des échos de la chute de l'Empire romain d'Occident (476 ap. J.-C.). Un paysage politique fragmenté émergeait, constellé de royaumes barbares en quête de stabilité et de légitimité. Au cœur de cette effervescence, Clovis Ier, né vers 466, s'imposait comme le chef charismatique des Francs Saliens, une tribu germanique solidement établie en Gaule. Son ambition : unifier les différentes factions franques sous une seule bannière, jetant ainsi les bases d'un puissant royaume.

À cette époque, les Francs Saliens, héritiers d'une riche tradition polythéiste, vénéraient un panthéon de dieux germaniques. Pourtant, une force spirituelle nouvelle, le christianisme, et plus précisément sa forme catholique, progressait inexorablement sur le continent. Portée par le zèle des missionnaires, l'influence grandissante des évêques et l'attrait d'une foi universaliste, cette religion monothéiste gagnait des adeptes au sein des populations gallo-romaines et commençait à toucher les élites franques. L'Église, forte de son organisation et de son prestige hérités de l'Empire romain, offrait un modèle d'unité et de stabilité politique et sociale, un atout non négligeable pour un jeune roi en quête de consolidation de son pouvoir.

Clotilde et Tolbiac : les chemins de la conversion de Clovis

L'influence du christianisme sur Clovis s'incarne d'abord par son union avec Clotilde, une princesse burgonde fervente chrétienne. Leur mariage, célébré aux alentours de 493, établit un lien direct entre le roi franc et la foi chrétienne. Issue de la lignée royale burgonde, elle-même christianisée depuis le début du Ve siècle, Clotilde œuvre activement à la conversion de son époux. Elle lui expose les préceptes de sa foi et l'encourage à embrasser le christianisme.

Clovis (481-511) roi des Francs avec sa seconde épouse Sainte Clotilde (Clothilde) reine. Gravure par Lix - Frederic Theodore Lix

Toutefois, Clovis, attaché aux traditions religieuses païennes de son peuple, manifeste une résistance initiale face à cette nouvelle religion. C'est la bataille de Tolbiac, qui se déroule probablement en 496 (la datation exacte est encore sujette à débat parmi les historiens), qui constitue un tournant décisif. Face à la supériorité des Alamans, Clovis, se trouvant en situation critique sur le champ de bataille, aurait invoqué le Dieu de Clotilde, promettant de se convertir en échange de la victoire. Selon le récit de Grégoire de Tours, cette prière fut exaucée, et les Francs remportèrent une victoire éclatante. Cet événement, interprété comme une intervention divine, ouvre la voie à la conversion de Clovis et marque une étape cruciale dans l'histoire du royaume franc.

Description de cette image, également commentée ci-après

Le baptême de Clovis et la naissance d'un royaume chrétien

Le baptême de Clovis, un événement majeur de l'histoire de France, s'est déroulé à Reims le 25 décembre, probablement entre 496 et 508 (la datation précise fait encore débat parmi les historiens). C'est l'évêque Remi qui officia la cérémonie. Bien que le récit traditionnel de ce baptême soit enrichi de nombreux éléments légendaires, il est attesté qu'il s'inscrit dans un contexte de diffusion croissante du christianisme en Gaule. Clovis, accompagné d'une partie de son armée, fut baptisé à Reims, un acte symbolique d'une portée considérable : il marque non seulement la conversion personnelle du roi franc, mais aussi l'entrée de son royaume dans l'ère chrétienne.

25 décembre 498 - Baptême de Clovis à Reims - Herodote.net

Il est important de noter qu'à cette époque, le schisme de 1054 entre l'Église d'Orient (orthodoxe) et l'Église d'Occident (catholique) n'avait pas encore eu lieu. L'Église était alors unie et désignée comme l'Église catholique universelle. Cependant, des débats théologiques existaient, notamment concernant la nature du Christ. L'arianisme, une doctrine considérée comme hérétique par l'Église romaine, était encore présent chez certains peuples germaniques. En se faisant baptiser, Clovis choisit d'adhérer à la foi nicéenne, professée par l'évêque de Rome, dont l'autorité s'affirmera progressivement pour donner naissance à l'Église catholique romaine.

Les implications politiques de ce baptême furent considérables. En se convertissant au catholicisme, Clovis consolida son pouvoir royal et établit une alliance stratégique avec l'Église, une institution influente en Occident. Cette alliance lui permit de légitimer son règne auprès des populations gallo-romaines, majoritairement chrétiennes, et d'étendre son influence au-delà des frontières de son royaume. Le baptême de Clovis est ainsi considéré comme un acte fondateur, marquant une étape clé dans la construction du royaume franc et son ancrage dans la civilisation chrétienne.

De Clovis à la "fille aînée de l'Église" : genèse de l'identité chrétienne de la France

La conversion de Clovis et son baptême eurent des répercussions considérables sur l'évolution de la Gaule franque puis du royaume de France, ainsi que sur l'histoire de l'Occident. Sur le plan religieux, cet événement initia un processus de christianisation des peuples germaniques, contribuant à l'expansion du christianisme en Europe occidentale. Sur le plan politique, il établit un précédent majeur : celui d'une monarchie de droit divin, où le roi, oint du Seigneur, est considéré comme son lieutenant sur Terre. Ce modèle politique, bien que connaissant des évolutions au cours des siècles, marquera durablement l'histoire de France.

L'action de Clovis ne se limita pas à sa seule conversion. Il encouragea activement la construction d'édifices religieux, tels que des églises et des monastères, favorisant ainsi l'essor de la culture et de l'influence de l'Église au sein du royaume. Ses successeurs, les Mérovingiens puis les dynasties suivantes, poursuivirent cette politique de soutien au catholicisme, renforçant progressivement l'ancrage de l'Église dans la société franque, puis française.

Les Surnoms - jeu de mots entre petite et grande Histoire (Cinquième  République, de Sarkozy à Macron) | L'Histoire en citations

L'héritage symbolique du baptême de Clovis traversa les siècles. L'expression "fille aînée de l'Église", bien que son origine précise soit sujette à débat (elle apparaîtrait au XIe siècle et se popularise à partir du XVIe siècle), est rétrospectivement associée à cet événement fondateur. Elle souligne le lien privilégié et ancien entre la France et l'Église catholique, et témoigne de l'empreinte profonde du christianisme sur l'identité nationale française. Cette appellation, chargée d'histoire et de symboles, continue d'être utilisée, à juste titre, bien que son interprétation et sa pertinence soient souvent discutées dans le contexte contemporain de la laïcité.

"La République est laïque, la France est chrétienne."

Charles de Gaulle

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-bapteme-de-clovis-le-jour-ou-la-258267

lundi 22 avril 2024

Nîmes (30) : impressionnante découverte lors d’une fouille archéologique

 

L’Institut National de Recherche Archéologique Préventive a fait une impressionnante découverte lors d’une fouille rue de Saint-Gilles à Nîmes (Gard). En amont de la construction d’un immeuble, un ensemble funéraire couvrant plusieurs siècles a été mis au jour ainsi qu’une voie Antique.

Entre le 22 septembre et le 3 novembre dernier (2014), une équipe de sept archéologues de l’INRAP a mis au jour un ensemble funéraire couvrant une période allant du Ier siècle avant notre ère jusqu’au VIème siècle. D’origine préventive et prescrite par l’État, cette fouille a notamment permis la découverte d’une sépulture d’époque wisigothique à Nîmes, une première archéologique. “Que les wisigoths soient passés par Nîmes, nous le savions déjà. En revanche, c’est la toute première fois que l’on identifie une tombe wisigothique du Vème siècle” explique Cécile Martinez de la direction interrégional de l’INRAP. Située rue de Saint-Gilles, les fouilles ont également permis de mettre au jour le tracé de la voie Antique qui reliait Nîmes à Espeyran (ancien nom de Saint-Gilles), ainsi que son embranchement avec une voie secondaire arrivant depuis le sud-ouest. Si l’origine exacte de ces voies n’est pas connue à ce jour, elles remonteraient au moins à l’Antiquité, et ont pu être utilisé pendant plusieurs siècles. Pour Marilyne Bovagne, responsable scientifique de l’opération, l’analyse des données récoltées pourrait mener vers d’autres découvertes. “Cette première attestation d’un cimetière d’époque wisigothique témoigne de leur influence sur la ville de Nîmes pour laquelle on possède très peu d’éléments archéologiques de la période allant du Vème au VIIème siècle. Des analyses pratiquées sur la parure pourraient renseigner sur les tissus portés, des prélèvements sur les ossements pourraient être révélateurs de pratiques alimentaires à Nîmes à cette époque.”

Un guerrier gaulois et un gladiateur parmi les trouvailles

Une vingtaine de tombes ont été étudiées, dont les plus anciennes datent de l’époque dite Républicaine (IIème et Ier siècle avant notre ère). Des objets appartenant probablement à un guerrier de la société gauloise ont été découverts soit une épée, une lance et un umbo (partie métallique de bouclier), ainsi qu’une stèle Antique avec une inscription latine mentionnant un gladiateur. La plupart des autres sépultures ont été emménagées au moyen de tuiles plates et courbes, une technique caractéristique de l’Antiquité tardive et du Haut Moyen âge (du IVème au VIeme siècle). La présence de cet ensemble funéraire aux abords d’une voie Antique peut sembler anecdotique à première vue, mais elle témoigne d’une habitude de l’époque. “Cette configuration est connue dans l’Antiquité puisqu’on inhumait ou incinérait aux abords extérieurs des remparts, le long des chemins d’accès, à la vue des vivants pour conserver la tombe dans la mémoire. Pour la période suivante qui voit s’imposer le christianisme, on aurait tendance, quand les conditions le permettent, à regrouper les défunts à proximité des églises. Mais dans le cas présent, nous n’avons pas trouvé d’église dans l’emprise de fouille”.

[…]

objectifgard.com

https://www.fdesouche.com/2014/12/03/nimes-30-impressionnante-decouverte-lors-dune-fouille-archeologique/

samedi 20 avril 2024

Sainte Geneviève, patronne de Paris, patronne des gendarmes

 

Fêtée le 3 janvier, Sainte Geneviève (née à Nanterre en 423; décédée à Paris en 502 ou en 512 selon certaines sources), patronne de Paris. Dès son plus jeune âge, elle décida de consacrer sa vie à la dévotion religieuse. En 451, elle arrête l’invasion des Huns conduits par Attila et ses prière auraient sauvé la ville de Paris.

Enfin, selon la tradition, elle fut avec Saint Rémi, évêque de Reims, l’un des artisans actifs de la conversion de Clovis et de son baptême en 496. Elle demanda au roi des Francs de construire une basilique consacrée à saint Paul et à saint Pierre sur la montagne qui porte aujourd’hui son nom.

Clovis y sera enterré en 511. Sainte Geneviève le rejoindra l’année suivante, à l’âge de 90 ans, déjà une légende de son vivant et désormais invoquée chaque fois que Paris et la France seront en danger. Clotilde, épouse de Clovis, sera enterrée à ses côtés en 545.

Le 8 novembre 1793, la châsse de la sainte fut transportée à la Monnaie, et le Conseil Général de Paris, décida de brûler la nuit même, en place de Grève, le reliquaire ainsi que les reliques de la sainte qui s’y trouvaient. La châsse qui se trouve en l’église Saint-Étienne-du-Mont est assez récente et ne contient que les quelques reliques qui furent épargnées par la révolution.

Louis XV érigea une église à sa mémoire en 1764, qui fut transformée durant la Révolution (en 1793) en bâtiment républicain et devint le Panthéon.

Patronne des gendarmes

L’ensemble de l’Armée a deux grands patrons: sainte Jeanne d’Arc (fêtée le 12 mai) et saint Louis (25 août), tandis que les différents corps de troupes honorent chacun un saint patron particulier.

C’est le 18 mai 1962 que la Pape Jean XXIII attribue à la gendarmerie nationale comme sainte patronne Sainte Geneviève, gardienne de Paris, qui défendit la cité contre les Huns et sut maintenir l’ordre à l’intérieur de la capitale.

https://www.fdesouche.com/2015/01/03/sainte-genevieve-patronne-paris-patronne-gendarmes/

mercredi 20 mars 2024

La Renaissance carolingienne (rediff)

 

Carte de l'Empire carolingien
L’Empire carolingien en 814.

Période de renouveau de la culture et des études au haut Moyen Âge marquant pour certains historiens la véritable rupture entre l’antiquité et le Moyen Âge (les VIe, VIIe et VIIIe siècles étant considérés par ceux-ci comme des siècles d’une Antiquité tardive), la Renaissance carolingienne reste pourtant relativement méconnue.
Beaucoup oublient ainsi qu’une grande partie des écrits latins dont nous disposons aujourd’hui, tels ceux de Boèce, Virgile, Cicéron ou la Guerre des Gaules de Jules César, sont l’objet d’une volonté de préservation qui remonte aux premiers souverains carolingiens : Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Pieux. A Byzance et dans le monde arabe étaient surtout conservées des manuscrits grecs. Sans les souverains carolingiens, il est fort probable que nous aurions perdu presque tout de la culture latine.
I. Un contexte politique favorable

La Renaissance carolingienne et le renouveau culturel ne peuvent pas être compris sans connaître le contexte politique européen aux VIIIe et IXe siècles.
En 751, Pépin le Bref, maire du palais, renverse le dernier roi mérovingien Childéric III, lequel est tonsuré et enfermé au monastère de Saint-Bertin. Lorsque Pépin meurt en 768, il a deux fils : Charles et Carloman, qui se partagent les territoires de leur défunt père. En 771, Carloman trouve la mort, permettant à Charles de devenir l’unique roi des Francs. Le royaume des Francs est déjà très étendu et Charles va repousser encore les frontières grâce à une série de conquêtes sur les Lombards, les Saxons, les Frisons, les Avars, les Maures,… En 800, lorsque Charles devient empereur d’Occident sous le nom de Charlemagne, le couronnement impérial ne fait que consacrer un état de fait établi depuis longtemps.
L’Empereur est un personnage intelligent, connu pour sa grande taille, excellent chef de guerre, mais aussi esprit curieux et attiré par les arts et les sciences. C’est ainsi un amoureux de la poésie qui organise des joutes lyriques dans son Palais d’Aix-la-Chapelle (capitale de l’Empire) où il fait s’affronter les lettrés de sa Cour à travers des lectures, récitations et improvisations.
À l’Est, l’Empire byzantin revendique à lui seul l’héritage romain mais les protestations se borneront à de vaines paroles : l’impératrice Irène est contestée en Occident car ayant crevé les yeux de son fils Constantin VI, l’empêchant ainsi d’exercer le pouvoir. Néanmoins, Constantinople jouit d’un rayonnement culturel qu’admirent l’empereur et l’ensemble des lettrés d’Occident.
Charlemagne, conscient que la puissance politique n’est pas suffisante, sait qu’un Empire est puissant aussi par le prestige que peut lui apporter une floraison artistique, culturelle et intellectuelle. Il est aussi important de former des aristocrates cultivés capables d’administrer avec intelligence l’Empire. Charles attire ainsi à sa Cour des lettrés venus de tout l’Empire, pour des raisons d’efficacité et de grandeur.
● L’Empire carolingien est-il une résurrection de l’Empire romain d’Occident ?
Bien que le pape Léon III ait proclamé Charles « empereur des Romains » (« sérénissime Auguste, couronné par Dieu grand et pacifique empereur gouvernant l’Empire romain, par la miséricorde de Dieu, roi des Francs et des Lombards »), ce dernier ne se considère pas comme un successeur des empereurs romains et conteste même ce titre aux empereurs byzantins. Par ailleurs, comme la coutume franque le veut, il souhaite partager l’Empire entre ses fils (conception du royaume en tant que patrimoine). Cependant, il n’en reste plus qu’un de vivant en 814 à sa mort : Louis le Pieux. Parler de « royaume franc » pour la période qui s’étale de Clovis à Pépin le Bref est un abus de langage : il n’y a quasiment jamais eu de royaume franc mais des royaumes francs (Neustrie, Austrasie, Bourgogne, Aquitaine,…), parfois réunis (Dagobert, Clotaire II), souvent divisés.

Louis le Pieux (régnant de 814 à 840), en revanche, souhaite fonder un Empire destiné à rester uni et à perdurer et se montre en cela bien plus moderne que son père : il se rapproche d’ailleurs du modèle romain, rejetant les titres de “roi des Francs” et “roi des Lombards” pour ne garder que celui d’ “Empereur auguste”. En 817, Louis décide que la couronne impériale reviendra à Lothaire, l’aîné, ainsi que quasiment tout l’Empire. Les deux autres fils n’auront que la couronne d’Aquitaine et celle de Bavière en lot de consolation ; mais ces deux territoires resteront attachés à l’Empire en tant que provinces et non en tant que royaumes indépendants. Évidemment, cela suscite d’immenses jalousies et de là viennent les guerres entre les trois fils. Malgré l’immense soutien que les clercs apportent à Louis le Pieux durant son règne, enthousiasmés à l’idée que l’Empire romain d’Occident puisse renaître, l’Empire se fragmente à partir de la mort de l’Empereur en 840.
II. Une Cour de lettrés

Charlemagne fait venir à la Cour d’Aix-la-Chapelle un grand nombre de lettrés, pour la plupart originaires de contrées lointaines. Ainsi en est-il du Lombard Paul Diacre, né entre 720 et 730. Charles le rencontre en 782 alors qu’il envahit le royaume de Lombardie. Grand orateur et poète, il impressionne le roi des Francs et lui enseigne le latin. Il dit avoir su le grec, mais affirme par modestie ne plus le connaître : il aura cependant assez de connaissances pour l’enseigner au roi. Il rédige une Vie de saint Grégoire le Grand puis se tourne vers la culture profane avec une Histoire des Lombards, une Histoire romaine et surtout L’Art de Donat, un manuel destiné à mettre la grammaire latine à la portée de tous. Mais le personnage ne voit que les débuts de la Renaissance, il retourne en effet vers 787 dans son pays natal, l’Italie, où il décède avant 799.
Le rôle principal de la Renaissance est tenu par l’anglo-saxon Alcuin, né vers 730. En voyage vers Rome, il rencontre Charles en 781 à Parme. Il s’attache vite au futur empereur, qui devient son élève favori. Il lui enseigne la rhétorique, les mathématiques, l’astronomie. En 790, il regagne l’Angleterre et revient dans le royaume des Francs en 793 avec la vaste ambition de former une large élite intellectuelle : il entend vulgariser la connaissance aux clercs et aux laïcs. Il réhabilite le trivium regroupant trois disciplines ayant trait à l’écriture : grammaire, rhétorique et dialectique ; il écrit quatre traités sur ces matières. Il entretient de nombreuses correspondances avec l’élite de son temps, en rédigeant parfois en prose, parfois en vers. À sa mort en 804, il laisse à la Cour un élève prometteur : Eginhard.
Ce dernier est un Franc pur jus, « un homme barbare, à peine initié à la langue latine » affirme-t-il modestement au début de sa Vie de Charlemagne. Né vers 775, il est introduit vers 791-792 à la Cour de Charles pour y poursuivre sa formation, et devient son confident. Parlant grec et latin, il connaît bien Cicéron, Virgile, Homère, s’intéresse à l’étymologie grecque et à la poésie latine. Il est petit de taille et il est dit d’une grande intelligence (ce qui inspire un petit poème à Alcuin doit voici le début : « La porte est petite, et petit aussi l’habitant / Lecteur, ne méprise pas le petit nard contenu dans ce corps / Car le nard à la plante épineuse exhale un grand parfum / L’abeille porte pour toi en son petit corps un miel délicieux »). À la mort de Charlemagne en 814, Eginhard s’occupe de l’éducation de Lothaire, l’aîné de Louis le Pieux. Assistant aux luttes entre les fils de Louis, probablement écœuré, il se retire dans un monastère vers 830 où il rédige la célèbre Vie de Charlemagne (Vita Karoli) sur le modèle de La Vie des douze Césars de Suétone. Il meurt vers 840.
Ces trois grands noms ne doivent néanmoins pas faire oublier les autres grands noms de la Renaissance carolingienne : Théodulphe, Wisigoth réfugié d’Espagne ; Raban Maur, théologien ; le théologien et philosophe irlandais Jean Scot Erigène ou encore Nithard, auteur d’une Histoire des fils de Louis le Pieux.
III. Un gigantesque travail de copie et de traduction
L’effort gigantesque de copie impulsé par Charlemagne et les lettrés qui l’entourent permettent de sauver l’héritage antique en Occident, qui aurait sinon très probablement disparu. Les scriptoria (ateliers d’écriture et de copie) se multiplient. L’empereur lui-même dirige celui d’Aix-la-Chapelle. De nombreux ouvrages sont traduits du grec au latin, ou du latin en langue vulgaire (comme De rerum natura de Lucrèce). En 817, Louis le Pieux impose à tous les monastères d’Occident la règle bénédictine, qui propose un mode de vie autarcique équilibré entre prière, travail et repos ; travail qui comprend la copie et l’écriture.
Vers 770, afin de faciliter la copie et la lecture, les scriptoria engagent une réforme de l’écriture, laquelle aboutit à la naissance de la minuscule caroline. Déformée aux XIe et XIIe siècles, retrouvée au XIIe, de nouveau déformée au cours des deux siècles suivants, elle est définitivement reprise par les humanistes des XVe et XVIe siècles et donnera nos caractères d’imprimerie modernes. Un autre souci apparaît : la ponctuation, qui tend à disparaître dans les copies. Alcuin lui donne une grande importance, soulignant son rôle dans la lecture des textes, marquant une pause brève ou longue dans la pensée. Fait moins connu, il est créé un nouveau signe, promis à un grand avenir : le point d’interrogation ! Il est alors dessiné tantôt comme un trait horizontal ondulé, tantôt comme un point-virgule moderne à l’envers.

IV. Charlemagne, inventeur de l’école ?
La Renaissance carolingienne touche essentiellement les élites, et elle est parfois relativisée par les historiens en cela. Mais Charles se soucie aussi du petit peuple et entreprend une réforme visant à lui inculquer des bases, tant dans le domaine religieux que celui des connaissances profanes. En 789, dans l’Admonitio generalis, il demande aux prêtres d’enseigner aux fidèles la lecture et l’écriture. En 798, il exige que des écoles gratuites soient ouvertes pour les enfants de la paroisse. Malheureusement, les résultats sont plus que discutables : le clergé de base n’est guère plus instruit que le peuple.
V. L’affirmation des langues vernaculaires
C’est durant la période carolingienne que s’affirment les langues vulgaires. Au Palais, l’accent est mis sur l’enseignement du latin, parlé et écrit. Mais ce latin est un latin classique, celui de Virgile, très éloigné du latin parlé par le peuple. Le renouveau de la culture latine permet de consommer le divorce entre les deux formes de latin : le latin vulgaire évolue vers les parlers romans, eux-mêmes rapidement divisés en Gaule entre « langue d’oïl » au Nord de la Loire, et « langue d’oc » au Sud ; entre italien, catalan et langue germanique. Ces différentes langues aboutissent à des langues régionales ou nationales par lesquelles s’expriment des spécificités ethniques et culturelles.

Bibliographie :
FAVIER Jean, Charlemagne, Paris, Fayard, 1999.
BÜHRER-THIERRY Geneviève, L’Europe carolingienne (714-888), Paris, Armand Colin, 2001.

https://www.fdesouche.com/2014/05/18/desouche-ecole-histoire-la-renaissance-carolingienne/

vendredi 5 janvier 2024

Mythes et mensonges : “Les femmes ont-elles une âme ?”

 

Extrait (abrégé) de Alain Decaux, Histoire des Françaises, Librairie Académique Perrin, Paris, 1972, pp.133-134.
« On affirme qu’en 585, un concile s’est tenu à Mâcon pour trancher d’une épineuse question : la femme a-t-elle une âme ? On écrit là-dessus comme s’il s’agissait d’un fait historique démontré. D’autres interviennent pour s’écrier qu’il s’agit d’une légende.
Il faut dire la vérité. Si l’on consulte la liste des conciles, on s’aperçoit qu’il n’y a jamais eu de concile de Mâcon. On trouve en 586 un synode provincial à Mâcon. Les “Actes” en ont subsisté. Leur consultation attentive démontre qu’à aucun moment, il ne fut débattu de l’insolite problème de l’âme de la femme.
Alors ? D’où vient cette légende si solidement implantée ? Le coupable est Grégoire de Tours. Il rapporte qu’un évêque déclara que la femme ne pouvait continuer à être appelée “homme”.
Il proposa que l’on forgeât un terme qui désignerait la femme, la femme seule. Voilà le problème ramené à son exacte valeur : ce n’était point un problème de théologie, mais une question de grammaire. Cela gênait cet évêque que l’on dît les hommes pour désigner aussi bien les femmes que les hommes.
On lui opposa la Genèse : “Dieu créa l’homme mâle et femelle, appelant du même nom, homo, la femme et l’homme.” On lui rappela qu’en latin, «homo» signifie : créature humaine.
Personne ne parla plus du synode de Mâcon jusqu’à la Révolution française. En pleine Terreur, le conventionnel Charlier demanda si l’on  était encore au temps où on décrétait, “comme dans un ancien concile, que les femmes ne faisaient pas partie du genre humain”.
En 1848, une citoyenne devait franchir une nouvelle étape dans l’altération des textes. A la tête d’une délégation du Comité des “Droits de la femme”, elle remettait une pétition tendant à obtenir le droit de vote pour les femmes et commençant par ces mots : “Messieurs, autrefois, un concile s’assembla pour décider cette grande question : savoir si la femme a une âme…”
Les quelques lignes de Grégoire de Tours, définitivement déformées, étaient entrées dans le patrimoine définitif de la crédulité publique.” (via Dia)

https://www.fdesouche.com/2009/06/12/histoire-la-femme-a-t-elle-une-ame/

lundi 14 août 2023

Radegonde, sainte et reine de France

 

Radegonde, un nom qui peut prêter à sourire tant il nous semble sortir du film Les Visiteurs, de Jean-Marie Poiré. Or, il n’en est rien. Grande sainte et reine de l’ère mérovingienne, Radegonde demeure une figure chrétienne de l’époque médiévale mais aussi un symbole de la ville de Poitiers, comme le rappelle la biographie d'Antoine Marot.

Née en 519 en Thuringe, au centre de l’Allemagne actuelle, la jeune enfant est la fille du Roi Berthaire. Ce dernier doit affronter le souverain belliqueux d’un royaume en pleine ascension : Clotaire, le fils de Clovis. Vainqueur sur les champs de bataille, le Franc amène la jeune Radegonde en captivité à Soissons. La princesse reçoit dans cette prison dorée une éducation digne de son rang. Les années passant, Clotaire perd sa troisième épouse, Ingonde, et tourne son regard vers sa ravissante captive dont la beauté grandit de jour en jour, ainsi que sa vive intelligence. Malgré une tentative d’évasion de la part de la jeune mariée refusant cette union, le mariage est célébré en 539. Devenue reine des Francs, Radegonde garde une personnalité humble et pieuse. Ainsi, lors des banquets, elle refuse les mets savoureux qu’on lui sert et préfère pratiquer le jeûne. Ses tenues font aussi scandale par leur sobriété. Certains sujets de la cour royale vont même demander à Clotaire Ier s’il n’a pas épousé une religieuse.

Mais le destin vient bientôt mettre fin à cette situation. Le meurtre de l’oncle de Radegonde, Hermanfred, par Clotaire est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La princesse thuringienne ne peut plus vivre avec son criminel de mari. Elle décide de fuir à nouveau vers la ville de Noyon afin d’implorer l’évêque Médard de la consacrer comme moniale. Aussitôt demandé, aussitôt fait : Radegonde abandonne son statut royal pour celle de servante du Christ. Clotaire renonce alors à récupérer son épouse, désormais intouchable en raison de sa nouvelle position. Radegonde, dès lors libre, effectue un pèlerinage à Tours auprès du tombeau de saint Martin puis fait édifier l’un des premiers hospices de France à Saix, près de Loudun. Arrivant à Poitiers, l’ancienne souveraine fonde l’abbaye Sainte-Croix où elle se fixe en 552. Contre toute attente, elle refuse de devenir mère abbesse, un honneur qu’elle tient à donner à une certaine sœur Agnès qui sera canonisée après sa mort. Usant de ses anciennes relations de reine des Francs, Radegonde obtient pour son monastère une relique de la Sainte Croix. Ce trésor, toujours en possession des religieuses aujourd’hui, est exposé au culte une fois par mois, lors de la messe dominicale.

Le 13 août 587, à l’âge de 67 ans, Radegonde rejoignit enfin au Ciel celui qui était peut-être le seul amour de sa vie : le Christ. Sa dernière demeure fut l’église Sainte-Marie-hors-les-Murs dont elle avait lancé la construction et qui fut rebaptisée en son honneur église Sainte-Radegonde. Mais la dépouille de l’ancienne reine mérovingienne ne résista pas aux vandales et aux saccages perpétrés par les huguenots lors des guerres de Religion. Durant ces périodes de troubles, ses restes, dont ils ne subsistent aujourd’hui que quelques ossements, furent profanés. Mais les actions de Radegonde sur ce monde ne cessèrent pas. En effet, de nombreux miracles lui sont attribués. Ainsi, le Christ serait apparu à la sainte. Un an avant son décès, Radegonde aurait eu une vision de Jésus. Celui-ci, s'attristant des mortifications qu’elle s'inflige, lui apparaît. Selon Antoine Marot, dans son ouvrage Radegonde, le Christ aurait dit : « Pourquoi te répands-tu en supplications, et t'infliges-tu de si cruelles tortures, pour moi qui demeure toujours auprès de toi ? Tu es une perle précieuse, et sache bien que tu es un des plus beaux diamants de ma couronne. » En partant, il marque de son pas la pierre sur laquelle il se tenait. Ce « Pas-de-Dieu » est encore visible par les croyants au sein de l’église Sainte-Radegonde, où demeure encore sous le chœur le tombeau de l’ancienne reine des Francs. Cette dernière est entourée de chapelles dédiées à sainte Agnès, première mère abbesse de l’abbaye Sainte-Croix, et sainte Disciole, une moniale

L’empreinte de Radegonde sur « la Ville aux cent clochers » fut telle qu’elle lui permit de devenir la sainte patronne de Poitiers. Ainsi, le jour de sa fête, le 13 août, devint prétexte pour les habitants de la cité poitevine à de grandes processions et réjouissances chaque année. La vénération et l’accomplissement de petits miracles de la part de la sainte semblent encore continuer aujourd’hui, comme le prouvent les nombreuses plaques ex-voto encore présentes au sein de l’église Sainte-Radegonde. Ces prières deviennent ainsi des hommages rendu à une souveraine trop peu connue en France et qui aura délaissé l’or des palais pour la prière des monastères.

Eric de Mascureau

https://www.bvoltaire.fr/radegonde-sainte-et-reine-de-france/

vendredi 11 août 2023

Petites réflexions éparses sur la découverte de l’Amérique par les Scandinaves

 

Scandinaves

En me demandant d’écrire un petit article sur la découverte de l’Amérique par les Scandinaves, Bernard Levaux, sans aucune intention maligne, ouvre, une fois de plus, ma secrète boîte de souvenirs d’adolescent. C’est une fois de plus parce que l’article qu’Yves Debay a écrit récemment dans les colonnes de ce bulletin, avait déjà ravivé quelques bons et solides souvenirs car ce sacré Yves Debay était un camarade d’école, forcément inoubliable vu sa personnalité, et un compagnon de voyage en Grèce en 1973. Enfin, parce que le thème que Bernard Levaux me demande d’aborder me ramène en fait à la même année : The Vinland Saga – The Norse Discovery of America est le tout premier livre sérieux, le tout premier classique, que j’ai acheté en anglais, sans vraiment connaître encore tous les secrets de la langue de Shakespeare. Généralement, en anglais, j’achetais en temps-là des livres ou des revues sur les maquettes d’avions ou de chars, comportant profils ou guides de peinture. À cette époque, j’avais la même habitude que le Professeur Piet Tommissen, dont on vient de déplorer la disparition à Bruxelles en août 2011, celle d’inscrire la date d’achat de chaque livre sur un coin de la première page. C’est donc avec émotion que j’ai repris entre mes mains de quinquagénaire ce premier bon livre anglais de ma bibliothèque et que j’ai retrouvé la mention “20 Jan. 1973”.

Ce petit livre de la collection “Penguin Classics”, à dos noir, voulait compléter l’exposé, fait un an auparavant, d’un camarade de classe, Éric Volant, passionné par la saga des Vikings. Si Debay a connu une brillante carrière de soldat puis de journaliste militaire à Raids ou à Assaut, Éric Volant, lui, a connu un destin tragique et n’a vécu que vingt ans : ce garçon, au sourire toujours doux et franc, les joues constellées de taches de rousseur, désirait ardemment devenir historien. Et se préparait à un tel avenir. Mais rapidement, le couperet est tombé : son paternel refusait de lui financer des études. À 18 ans, au boulot ! Et hors de la maison ! Éric est devenu sombre : son éternel sourire s’est effacé. Son ressort intérieur était brisé. Du jour au lendemain, il est devenu communiste ! Nous ne pensions pas que le père allait mettre son projet à exécution et flanquer son aîné à la porte du foyer parental au lendemain même de la proclamation de fin de secondaires. Mais, hélas, il l’a bel et bien fait et Éric est venu sonner chez moi début juillet : il avait trouvé un cagibi absolument sordide, au fond d’une cours, où habiter. Il n’avait pas de meubles, juste un sac avec ses hardes et quelques livres : mon père, bouleversé, lui a aussitôt donné une table, une bibliothèque, deux chaises et quelques autres babioles, que nous avons amenées aussitôt dans la triste annexe qui devait lui servir de logis. On l’a ensuite vu errer dans les rues, de plus en plus sombre et rancuneux. Et, deux ou trois ans plus tard, nous avons appris sa mort tragique : il s’était porté volontaire pour servir de passeur à l’ETA basque, que les Républicains espagnols, fort nombreux dans son quartier et quasi les seuls militants communistes dans le Bruxelles du début des années 70, estimaient être la seule force politique capable de ramener une mouture modernisée du Frente Popular au pouvoir dans les premières années du post-franquisme. Éric a été descendu par des tireurs embusqués, au moment où il franchissait un ruisseau dans les Pyrénées. On a retrouvé son corps quelques jours plus tard. Il a été enterré à la sauvette, paraît-il, dans un petit village basque. Personne n’a voulu rapatrier le corps. Nous avions perdu un garçon qui avait été un très bon camarade. Il avait marché jusqu’au bout de la passion qu’avait généré son immense déception.

Voilà, je viens de payer mes dettes à mon passé, à ceux qui ont disparu.

Revenons au thème du modeste exposé scolaire d’Éric Volant, c’est-à-dire à la conquête de l’Atlantique Nord par les Scandinaves. Aujourd’hui, on devine qu’ils ne furent pas les premiers Européens à avoir abordé le continent de l’hémisphère occidentale. Déjà Louis Kervran, dans son Brandan, le grand navigateur celte du VIe siècle (Laffont, 1977), posait la thèse que les Scandinaves, lancés à l’aventure sur les flots glacés de l’Atlantique Nord et tous probablement proscrits ou en fuite, ont suivi des routes maritimes découvertes antérieurement par des ermites irlandais ou bretons, qui s’en allaient méditer aux Orcades, aux Féroé, en Islande et, pourquoi pas, plus loin, au Labrador, ou sur les terres que les Vikings nommeront “Helluland”, “Markland” ou “Vinland”. On retrouve leur nom sur une carte des “terres hyperboréennes”, dressée vers 1590 par un géographe, Sigurdur Stefansson. Louis Kervran rappelait fort opportunément que les peuples de la façade atlantique des Gaules et de la “Britannia” romaine possédaient une solide tradition maritime et que les multiples récits des voyages de Saint Brandan ont constitué une thématique littéraire très répandue et très appréciée tout au long du moyen âge européen. Kervran conclut que Brandan a très problablement suivi un itinéraire de Saint Malo ou de l’Irlande vers les Orcades et les Féroé, l’Islande, les côtes canadiennes pour aboutir probablement aux Antilles : certains textes de la matière “Brandan” décrivent des îles luxuriantes et des animaux exotiques. La légende rappelle, très précisément, que Brandan est parti avec douze compagnons pour entreprendre un voyage de neuf ans sur l’Atlantique. Par ailleurs les pêcheurs de morue poussaient très vraisemblablement jusqu’au large du Labrador, qu’ils aient été scandinaves, flamands, bretons, galiciens ou portugais. Colomb connaissait-il les secrets de ces pêcheurs ou de ces itinéraires scandinaves ? La question demeure ouverte.

Pour les deux spécialistes allemands de l’ère mégalithique, Gert Meier et Hermann Zschweigert, Ulysse, dont la légende remonterait à la proto-histoire mégalithique de la vieille Europe, aurait déjà testé les flots atlantiques : en cinglant de Gibraltar vers les Açores (l’île Ogygie) et, poussé par le Gulf Stream de celles-ci vers Heligoland, il aurait abouti en face des côtes aujourd’hui danoises qui recelaient l’ambre, matière très prisée par les peuples méditerranéens. L’histoire marine de l’Europe, pour nos deux savants allemands, est bien plus ancienne qu’on ne l’a cru jusqu’ici. Les embarcations faites de peaux pourraient bien remonter à 10.000 ans. En 1976, l’historien anglais Tim Severin traverse l’Atlantique sur une copie du bateau attribué à Brandan, démontrant que de telles embarcations étaient parfaitement capables de tenir l’océan, exactement comme le Norvégien Thor Heyerdahl avait traversé le Pacifique sur le Kon-Tiki en 1947, pour démontrer la véracité des récits traditionnels polynésiens et prouver que des peuples marins de l’aire pacifique avaient été capables de cingler jusqu’à l’île de Pâques. Les Maoris néo-zélandais construisaient des embarcations capables de transporter de 60 à 100 guerriers, couvrant parfois des distances de 4000 km en l’espace de plusieurs semaines. Ces embarcations étaient mues par rames et/ou par voiles. L’aventurier allemand Hannes Lindemann a réussi à traverser l’Atlantique au départ des Canaries en 65 puis en 72 jours, sur un petit bateau africain, en se guidant par les étoiles : la navigation en haute mer étant plus aisée de nuit que de jour, du moins à hauteur des tropiques et de l’équateur (au nord, vu la nébulosité permanente, elle est plus “empirique” donc plus hasardeuse et plus aventureuse, plus risquée). Nos ancêtres avaient un atout complémentaire par rapport à nous, dégénérés par la civilisation et par ce que le sociologue Arnold Gehlen nommait les “expériences de seconde main” : celui de pouvoir correctement s’orienter en connaissant à fond la carte du ciel. Le lien de l’homme à la mer n’est pas récent mais quasi consubstantiel à toute forme de culture depuis la préhistoire. Mais ce lien à la mer n’est pas pensable sans connaissances astronomiques précises, fruit d’une observation minutieuse du ciel.

Meier et Zschweigert évoquent aussi la voie “terrestre” vers l’Amérique, qu’il était possible d’emprunter, il y a environ 16.000 ans. La calotte glaciaire pesait à l’époque sur l’ensemble de la Scandinavie, sur une bonne partie des Iles Britanniques et sur tout le pourtour de la Baltique et sur l’Allemagne du Nord. L’actuel Canada et une bonne frange du territoire des États-Unis se trouvaient aussi sous une épaisse calotte. Mais la côte orientale de la mer Blanche et l’Alaska étaient dégagés de l’emprise des glaces. Il y avait possibilité, en longeant la banquise arctique et en passant de la Sibérie occidentale à la péninsule de Kola, d’aller vers les Spitzbergen et, de là, au Groenland. Au nord de cette grande île atlanto-arctique se trouvait le “Pont Blanc” qui menait au Canada puis à la terre ferme et dégagée des glaces que constituait alors l’Alaska. On pouvait suivre ensuite la côte pacifique jusqu’en Californie et au Mexique actuels. De la mer Blanche à l’Alaska, la distance est de 2.500 km. Elle devait s’effectuer en 60 jours environ. Selon cette hypothèse, désormais dûment étayée, l’Amérique n’a pas seulement été peuplée par des ethnies sibériennes venues du nord de l’Asie par le Détroit de Bering mais aussi par des éléments venus d’Europe, encore difficilement identifiables au regard des critères de l’archéologie scientifique. Comment cette migration par le “Pont Blanc” s’est-elle opérée avant les nombreuses submersions qui eurent lieu vers 8.500 avant notre ère et qui détruisirent notamment la barrière Tanger/Trafalgar et la bande territoriale qui liait l’Italie et la Sicile au continent africain, faisant du lac méditerranéen initial une mer salée ? Ces voyages s’effectuaient par traineaux à traction canine, à la mode lapone, le chien étant l’animal domestique par excellence, la première conquête de l’homme ; ou ne devrait-on pas plutôt parler d’une fusion “amicale” entre deux espèces morphologiquement très différentes pour que toutes deux puissent survivre en harmonie ? Le chien est effectivement un allié dans la chasse, un chauffage central qui chauffe en hiver (les Aborigènes australiens parlent de “five-dogs-nights”, de nuits où il faut cinq chiens pour chauffer un homme; l’expression est passée dans l’anglais moderne), un pharmacien qui lèche les plaies et les guérit vu l’acidité de sa salive, un gardien et un compagnon, qui, en guise de récompense, reçoit les reliefs des repas.

Magnus Magnusson et Hermann Pàlsson ont rédigé une brillante introduction pour mon petit livre de 1973, qui n’est autre que le texte même de la “Vinland Saga”, de la saga du voyage vers le Vinland américain. Cette introduction relate l’histoire de la colonisation scandinave de l’Islande et du Groenland et retrace l’épopée nord-atlantique des marins norvégiens et islandais. La colonisation de l’Islande s’est déroulée à la suite de l’émigration de proscrits norvégiens, chassés pour “avoir provoqué mort d’homme”, à la suite de méchantes manigances ou pour raisons d’honneur voire pour refus d’être christianisés. Celle du Groenland procède de la même logique : Eirik le Rouge est banni d’Islande au Xe siècle. Il fonde les premières colonies scandinaves du Groenland. Un marin prudent, Bjarni Herjolfsson, dévié par les vents et les éléments déchaînés de sa route entre l’Islande et le Groenland, aperçoit les côtes de terres inconnues vers 985 ou 986. Leif Eirikson, dit Leif l’Heureux, achète le dernier bateau survivant de l’expédition incomplète et chamboulée de Bjarni et décide de partir à la découverte des terres aperçues au loin par son prédécesseur. C’est ainsi que fut découvert le “Vinland”, terre sur la rive méridionale du Saint-Laurent, où les explorateurs nordiques ne découvrent pas seulement une baie qui ressemble au raisin mais surtout la principale matière première dont ils ont besoin, le bois, ainsi que du gibier en abondance, du saumon à profusion et du blé sauvage prêt à être récolté. Leif ne restera pas en Amérique : c’est son beau-frère Thorfinn Karlsefni qui tentera d’installer une première colonie permanente sur le sol américain. Thorfinn fait le voyage accompagné de sa femme. Elle met un bébé au monde sur la terre américaine. Mais elle meurt peu après l’accouchement. Thorfinn passe l’hiver avec l’enfant qu’il parvient à sauver de la mort. Ce petit Snorri Thorfinnson a probablement été le premier Européen attesté et non mêlé d’Amérindien ou d’Esquimau à avoir vu le jour dans l’hémisphère occidental. Quant à Thorvald, fils d’Eirik, il est un des premiers Européens tombés au combat face aux natifs du continent américain : il a été frappé d’une flèche en défendant une implantation dans l’actuel Labrador canadien.

L’âge viking, l’ère en laquelle les Normands se répandirent en Europe, en Russie jusqu’au comptoir de Bolgar sur la Volga et dans l’espace nord-atlantique, est une époque où l’Europe ne connaît plus la gloire de l’Empire romain : en ce temps-là, nous explique le Prof. Roger Grand, le trop-plein démographique scandinave descendait calmement la Weser germanique, jusqu’à hauteur du premier grand affluent du Rhin, la Lippe, pour aller se présenter dans les castra des légions de l’Urbs et trouver une affectation militaire ou civile dans l’Empire. La chute de l’Empire romain interdit cette transhumance : la masse démographique germanique-continentale s’est déplacée à l’intérieur de l’Empire, dans les provinciae de Germania Inferior et Germania Superior et dans le nord de la Gallia Belgica, voire dans la vallée du Rhône pour les Burgondes, installés principalement dans la “Sapaudia” (la terre des sapins) jurassienne, entre Besançon et le lac de Neuchâtel selon l’axe Ouest-Est, et entre Belfort et Grenoble, selon l’axe nord-est/sud-ouest. L’Europe est trop pleine et, en plus, elle est désorganisée. Les Germains continentaux n’ont plus d’affectations à offrir à leurs cousins du Nord. L’Europe est dangereusement ouverte sur la steppe qui s’étend de la Puszta hongroise jusqu’à la Mandchourie. Entre le Danube à hauteur de Vienne et l’Atlantique, les populations romanisées et germanisées sont acculées, dos à l’Océan, d’où les Nordiques viennent pour remonter leur fleuves et piller leurs villes et abbayes. En Méditerranée, elles sont harcelées par le débordement démographique sarrazin, c’est-à-dire hamito-sémitique.

La recherche d’échappatoires est donc une nécessité vitale : la Russie offre un tremplin vers la mer Noire et l’espace byzantin et, via la Volga, vers la Caspienne et l’Empire perse. Mais, là aussi, l’élément scandinave, finalement trop ténu, ne pourra pas, comme avaient partiellement pu le faire avant eux les tribus gothiques, maîtriser le cours des grands fleuves russes et ukrainiens pour avancer les pions des populations européennes vers l’espace persan. La seule route pour trouver terres, matières premières et espaces apaisés est celle de l’Atlantique septentrional. Cette donnée stratégique est une constante de l’histoire européenne : elle sera reprise par Henri le Navigateur, roi du Portugal, désireux de contourner la masse continentale africaine pour éviter la Méditerranée contrôlée par les puissances musulmanes et atteindre l’Inde par voie maritime et non plus terrestre. Elle sera reprise par Ivan le Terrible quand il descendra la Volga pour l’arracher au joug tatar, sous les conseils d’un marchand anglais, qui n’avait pas oublié la route varègue (suédoise) vers le comptoir de Bolgar, vers la Caspienne et l’espace persan. Les recettes norroises et varègues ont donc servi de source d’inspiration aux tentatives européennes, en l’occurrence portugaises et russes, de désenclaver l’Europe.

La première tentative de désenclavement par l’Ouest atlantique a donc été celui du quatuor Bjarni, Eirik, Leif et Thorsinn. Elle est importante dans la mesure où les marins scandinaves, paysans sans terre à la recherche d’un patrimoine, cherchent non plus à fusionner avec d’autres sur une terre étrangère, comme le fut peut-être la Normandie, mais à créer des communautés scandinaves homogènes sur des sols nouveaux. Ce sera le cas en Islande, où les colonies se sont maintenues. Ce sera le cas au Groenland, du moins tant que durera l’optimum climatique médiéval. L’installation en Amérique, dans “l’Anse aux Meadows” sera, elle, éphémère : elle se heurtera à la résistance des indigènes d’Amérique du Nord, les “Skraelinger” des sagas, que les Scandinaves ne pourront vaincre, en dépit de la supériorité de leurs armes en fer. Les “Skraelinger” disposaient d’armes de jet, des arcs mais aussi une sorte de catapulte ou de balliste, qui leur permettaient de tenir tête à des guerriers dotés d’armes de fer mais qui ne disposaient plus, au Groenland, de forges et de mines capables d’en produire à bonne cadence. Tout devait être importé d’Europe. La logistique scandinave en Atlantique nord était trop rudimentaire pour permettre de se tailler une tête de pont, comme le firent plus tard les Espagnols ou les Anglais, pourvus d’armes à feu.

Le trop-plein démographique scandinave, à la suite de mauvaises récoltes, ne s’est plus déversé en Europe, à partir d’un certain moment quand l’espace impérial carolingien s’organise et s’hermétise, mais dans les îles de l’Atlantique (Shetlands, Féroé, Orcades, Hébrides) et en Islande. Cet exode d’audacieux répond aussi à une nouvelle donne politique : le pouvoir royal, imité du pouvoir impérial carolingien et armé de la nouvelle idéologie chrétienne, marque des points dans les vieilles terres scandinaves et déplait car jugé trop autoritaire et irrespectueux tant de la liberté personnelle que de la liberté des communautés d’hommes libres. L’Islande sera ainsi le laboratoire d’une démocratie populaire et originale : le pouvoir sera d’emblée limité par des lois ; le chef, élu temporairement, devra respecter un contrat avec les représentants du peuple siégeant au “Thing” (Assemblée, parlement) ; le médiateur au sein de ces assemblées de paysans libres, les “bondi” ou les “godhar” (“les chefs”, désignés par leurs propres communautés) joue un rôle capital. L’île de Thulé, que mentionnent les sources de l’antiquité et du haut moyen âge telles celles d’Orose, de Boèce (“à six jours de navigation” du continent) et de Bède le Vénérable, est indubitablement l’Islande.

En 825, le moine irlandais Dicuil, actif à la Cour de Charlemagne, écrit un traité de géographie (“Liber de mensura orbis terrae”), où, pour la première fois, on peut lire une description détaillée de cette “Thulé” de l’Atlantique nord, grâce à des renseignements transmis par trois ermites irlandais qui l’avaient abordée en 795, au moment où les Vikings lançaient leurs premiers assauts contre l’Irlande et ses monastères. Quand les premiers colons norrois abordent l’Islande vers 860, l’île est déjà occupée par quelques moines irlandais, comme le mentionnent d’ailleurs les sources scandinaves et l’attestent des noms de lieux comme “Papey” (L’île aux moines) et “Papyli” (Aux moines). En 870, Ingolf Arnarson doit quitter la Norvège, car “il y a commis mort d’homme”, et fonde la première colonie permanente et non monacale en Islande, sur le site même de l’actuelle capitale Reykjavik. C’est au départ de l’installation d’Ingolf et des siens qu’un système politique démocratique original, alliant pouvoir temporel et religieux, s’implante dans le pays et que celui-ci devient la base de départ de nouvelles découvertes : non seulement le Groenland et le Vinland, mais des îles stratégiques à la jonction des eaux de l’Atlantique et de l’Arctique, telles les Spitzbergen (vers 1170) et l’île Jan Mayen en 1194.

L’Islande médiévale fut donc à coup sûr la société la plus originale d’Europe, en marge du continent soumis aux assauts sarrazins et mongols ou disloqués par les querelles intestines. Elle développe un commerce intense, surtout avec la Norvège et l’Angleterre ; elle exporte de la laine, du tweed, des peaux de mouton ou de phoque, du fromage, du suif (pour les chandelles), des faucons et du soufre en échange de bois (rare sous ces latitudes boréales), de goudron, de métaux, de farine, de malt, de miel, de vin, de bière et de lin. Mais, rappellent Magnusson et Pàlsson, l’exportation majeure, la plus étonnante et forcément la plus originale de cette Islande en apparence isolée et géographiquement marginale, ce sont les productions littéraires ; en effet, les Islandais, lettrés et producteurs de sagas qui sont les premières manifestations d’une littérature achevée en Europe, produisent une poésie courtisane, des chants et des éloges pour les rois et les princes, qu’affectionnaient tout particulièrement les “earls” des Orcades, les grands féodaux anglais et les riches habitants de Dublin (colonie norvégienne). Ces récits, poèmes ou chants se payaient au prix fort. Ensuite, les contextes géographiques dans lesquels se déroulaient les récits des sagas sont minutieusement décrits et échappent à toute exagération ou falsification d’ordre mythique ou légendaire. La saga du Vinland ou le “Landnàmabök” (le livre de la colonisation de l’Islande) confirment parfaitement cette objectivité narrative. La première littérature “moderne” (pour autant que ce mot soit adéquat) en Europe a été islandaise. Né en Islande en 1067, Ari Thorgilsson peut être considéré comme le premier historien d’Europe en langue vernaculaire, alliant précision, érudition et volonté d’inscrire l’histoire islandaise dans un cadre général européen. C’est lui qui nous a transmis la plus grande partie du savoir dont nous disposons sur l’âge dit des sagas (930-1030). Il y a dix siècles, l’Islande fournissait à l’Europe un historien qui relatait des faits sans les embellir de légendes, de merveilleux ou de paraboles hagiographiques.

L’Islande a donc été le centre d’un monde thalassocentré, aux institutions politiques originales et uniques, que décrit remarquablement l’historien américain Jesse L. Byock, de l’université de Californie (UCLA). Quand les deux colonies du Groenland se sont mises à péricliter, l’Islande est redevenue marginale, une simple excroissance occidentale du monde scandinave. Mais elle n’a certainement pas exclu de sa mémoire l’épopée aventureuse, commerciale et colonisatrice vers le Groenland et les terres situées plus à l’Ouest. Une carte controversée, probablement une falsification car elle fait du Groenland une île à part entière (ce que l’on ne savait pas avant 1890), montre les trois terres (Helluland, Markland et Vinland) découvertes par Leif. Les falsificateurs dataient cette carte de 1440, cinquante-deux ans avant le voyage de Colomb. Falsification ou non, les terres extrême-occidentales devaient être toujours présentes dans la mémoire des Islandais, comme devaient au moins les deviner les pêcheurs normands, bretons, flamands, anglais, galiciens, portugais ou norvégiens qui cherchaient les bancs de morues. Vers 1020, les tentatives d’installation au Vinland ont dû définitivement cesser, du moins dans le sillage immédiat de Leif et de ses proches. L’évêque Eirik du Groenland a toutefois tenté une nouvelle expédition en 1121, pour “aller voir s’il y avait là-bas des chrétiens survivants”. Il aurait constaté le contraire. En 1347, des Annales mentionnent le retour d’une petite embarcation qui avait été au “Markland”, avec dix-huit hommes à son bord. On sait que les résidents des deux colonies groenlandaises ont évacué leurs installations, sans que l’on puisse dire avec toute la certitude voulue s’ils sont revenus en Islande ou en Norvège ou s’ils ont cinglé vers l’Ouest, pour disparaître sans laisser de traces.

L’universitaire britannique Gwyn Jones, dans une étude consacrée aux Vikings et à l’Amérique, relève deux hypothèses convergentes, non étayées mais plausibles, et qui mériteraient d’être vérifiées : celle de l’Islandais Jon Dùason et celle du Canadien Tryggve Oleson. L’une date des années 1941-1948, l’autre de 1963. Ces deux hypothèses postulent que, vu la détérioration du climat et les difficultés logistiques à vivre à l’européenne (ou du moins à la mode norvégienne) en terre groenlandaise, bon nombre de Scandinaves de ces deux colonies extrême-occidentales ont fini par adopter le mode de vie esquimau, non seulement au Groenland mais aussi au Canada, c’est-à-dire au moins au Helluland et au Markland. Réduit à la précarité, les colons islando-norvégiens auraient traversé la mer entre le Groenland et le Canada pour s’y fixer et finir par se mêler aux populations autochtones de la culture dite du Dorset et former ainsi une nouvelle population, voire une nouvelle ethnie, celle de la culture dite de Thulé, qui aurait repris pour son propre compte l’ensemble du territoire groenlandais, après le recul ou la disparition de la population scandinave homogène qui y avait résidé depuis l’arrivée d’Eirik. Duason et Oleson pensent dès lors qu’une fusion entre Scandinaves résiduaires et chasseurs-trappeurs de la culture dite de Dorset a eu lieu, ce qui a donné à terme la nouvelle culture dite de Thulé. Ensuite, les ressortissants métis de la culture de Thulé seraient entrés en conflit avec les derniers Islando-Norvégiens du Groenland qui auraient alors plié bagages et se seraient installés, très peu nombreux et fort affaiblis, dans l’île actuellement canadienne de Baffin, en se mêlant à la population locale et en disparaissant par l’effet de ce métissage en tant que communauté scandinave homogène. La seule source qui pourrait étayer cette thèse est importante et fiable, c’est un écrit tiré des annales de l’évêque Gisli Oddsson, écrite en latin en 1637, probablement inspirée par une source antérieure disparue et évoquant les événements en “Extrême-Occident” scandinave (ou atlanto-arctique) de 1342 : « Les habitants du Groenland ont abandonné la vraie foi et la religion chrétienne de leur propre volonté, ayant déjà rejeté toutes les bonnes manières et les véritables vertus, et se sont tournés vers les peuples d’Amérique (et ad Americae populos se converterunt) ».

Si les ermites irlandais ou celtiques cherchaient des terres, c’était pour aller y pratiquer la méditation en solitaire et non pour la colonisation. Pour le celtisant anglais Geoffrey Ashe, comme d’ailleurs pour Louis Kervran, les moines irlandais cherchaient le “Paradis terrestre”, qui, à leurs yeux, n’était nullement un “au-delà” mais une contrée bien terrestre quoiqu’inconnue. Les sources de diverses “matières celtiques” évoquent tantôt la Terre d’Avalon (ou “Avallach” ou encore “Ablach”) tantôt la Terre de “Tir na nOg”, un pays de jouvence éternelle située loin à l’Ouest, au bout de l’Océan. Religion biblique, mythes celtiques et fonds factuel se mêlent de manière trop inextricable dans les récits de la matière de Brandan, qui ne recèlent par conséquent aucune fiabilité scientifique, sauf peut-être si on les lit avec l’acribie dont fit montre Kervran, dans son livre paru en 1977. La colonisation scandinave est rationnelle et les récits qu’elle suscite sont réalistes. Les Irlandais ont toutefois été les premiers à aborder l’Islande et probablement le continent américain. Mais rien n’atteste objectivement de leurs voyages, sauf en Islande, où Dicuil mentionne la présence d’ermites voyageurs. Cette volonté de fuite vers l’Ouest, au-delà de l’Océan Atlantique, indique pourtant que l’humanité de souche européenne a été, pendant quasi tout le Moyen Âge, depuis la chute de l’Empire romain, un ensemble de populations assiégées et contenues dans l’espace étroit de la péninsule européenne, ce promontoire au Ponant de l’immense masse continentale eurasienne. Les assiégeants, comme l’indique d’ailleurs l’auteur anglais du XIIe siècle Guillaume de Malmesbury après l’invasion seldjoukide des “thermes” orientaux de l’Empire byzantin, sont les peuplades turques, mongoles, hunniques, berbères et arabes. Pour bon nombre d’Européens du haut moyen âge, et pour les Scandinaves qui ne trouvent plus d’affectations suffisantes dans l’espace euro-méditerranéen suite à l’effondrement de la civilisation romaine, l’Europe est une terre que l’on cherche à fuir : en effet, les Nordiques ne sont plus des barbares intégrables de la périphérie (Altheim, Toynbee, Grand) ni dans l’espace catholique-romain ni dans l’espace byzantin (en dépit de l’aventure de la “Garde varègue”) ; l’Europe leur est devenue un espace fermé tant à cause de la détresse provoquée par les siècles de gabegie mérovingienne et par les assauts sarrazins et hongrois qu’à cause de la fermeture qu’instaure le système carolingien pour procéder à une réorganisation interne du continent. La seule exception, c’est-à-dire la seule colonisation réussie dans l’espace jadis romanisé, est la Normandie et probablement l’aire réduite que constitue l’embouchure du Rhin et de la Meuse en Hollande actuelle, sans compter le Yorkshire anglais (le “Danelaw”). À l’Est, la Russie de Novgorod est une autre terre de colonisation possible pour les Varègues de l’actuelle Suède. Mais ces terres sont bien étroites et soumises à des institutions féodales qui déplaisent aux hommes libres du Nord. La tentative de contrôler l’espace scaldien (de l’Escaut), en établissant un vaste camp militaire dans l’actuelle ville de Louvain sur la petite rivière qu’est la Dyle, a été réduite à néant par les armées d’Arnold de Carinthie, un général pugnace du clan carolingien.

La tragédie scandinave est une tragédie européenne : la volonté de conserver une autonomie politique aussi complète que possible, dans des espaces ethniquement homogènes, sans le moindre compromis sur ce chapitre, se heurte à la nécessité d’une organisation impériale, seul moyen de verrouiller en Méditerranée et sur la steppe les voies d’accès potentielles au cœur du continent. L’Europe a besoin de la liberté scandinave comme elle a besoin de l’organisation impériale : quand trouvera-t-on le juste milieu, le mode politique qui parviendra à réconcilier ces deux aspirations essentielles ?

Robert Steuckers, Forest-Flotzenberg, septembre 2011.

Bibliographie :

  • Geoffrey ASHE, Kelten, Druiden und König Arthur – Mythologie der Britischen Inseln, Walter-Verlag, Olten, 1992
  • Régis BOYER, Le Livre de la colonisation de l’Islande (Landnàmabök), Mouton, Paris, 1973
  • Jesse BYOCK, L’Islande des Vikings, Aubier, Paris, 2007-2011
  • James GRAHAM-CAMPBELL, Das Leben der Wikinger – Krieger, Händler und Entdecker, Kristall-Verlag, Hamburg, 1980
  • Gwyn JONES, “The Vikings and North America”, in R. T. FARRELL, The Vikings, Phillimore, London, 1982
  • Louis KERVRAN, Brandan, le grand navigateur celte du VIe siècle, Laffont, Paris, 1977
  • Jean MABIRE, Les Vikings à travers le monde, Ed. de l’Ancre de Marine, Saint-Malo, 1992
  • Magnus MAGNUSSON / Hermann PALSSON, “Introduction”, in : The Vinland Saga – The Norse Discovery of America, Penguin, Harmondsworth, 1965-1971
  • Gert MEIER / Hermann ZSCHWEIGERT, Die Hochkultur der Megalithzeit – Verschwiegene Zeugnisse aus Europas grosser Vergangenheit, Grabert, Tübingen, 1997

http://www.archiveseroe.eu/recent/55

mercredi 12 avril 2023

De nombreuses sépultures allant de l’époque gallo-romaine à l’époque médiévale dégagées autour de la basilique Saint-Denis

 

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Une soixantaine de sarcophages en plâtre viennent ainsi d’être dégagés dans les lieux, révèlent les archéologues dans un communiqué du 6 avril 2023 — le nombre final de cercueils exhumés pourrait même approcher la centaine, précisent-ils. Ils datent principalement des Ve et VIIe siècles, époque mérovingienne où l’église de Saint-Denis est une nécropole royale. Le mérovingien Dagobert Ier aurait d’ailleurs été le premier roi des Francs à y être inhumé en 638 ou 639.

Des sépultures, de l’époque gallo-romaine à médiévale
Des recherches sont actuellement menées à l’intérieur et à l’extérieur de la basilique. Près de deux cents sépultures sont fouillées : certaines semblent antérieures à la construction de la première chapelle gallo-romaine (entre 450 et 475 supposément), d’autres sont datées du Ve siècle avec les vestiges mérovingiens et carolingiens, jusqu’à la fin de l’époque médiévale. “Les recherches permettent de suivre l’évolution de l’ensemble architectural, sur près d’un millénaire, de comprendre l’implantation des différents cimetières et d’en caractériser la population”, écrivent les spécialistes.

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La raison de cette occupation funéraire très dense s’explique par l’importance qu’a pu avoir la basilique à travers les siècles. Le premier lieu de culte aurait été construit sur l’emplacement d’un cimetière gallo-romain, lieu de la sépulture de saint Denis, évêque missionnaire martyrisé vers 250. Un premier agrandissement par les Mérovingiens en fait un endroit de grand prestige, comme l’a prouvé la découverte en 1959 du sarcophage de la reine Arégonde, épouse de Clotaire Ier et bru (belle-fille) de Clovis Ier, morte entre 573 et 579. Elle sera la première personne royale d’une longue liste a y être enterrée, puisque l’église devenue nécropole royale a accueilli les restes de quarante-trois rois, trente-deux reines et dix serviteurs de la monarchie, jusqu’à Louis XVIII. Les restes du bâti carolingien (VIIIe – Xe siècles) construit par la suite sont malheureusement mal conservés, indique l’Inrap, parfois recouverts par la construction du massif occidental commanditée par l’abbé Suger

https://www.fdesouche.com/2023/04/08/de-nombreuses-sepultures-allant-de-lepoque-gallo-romaine-a-lepoque-medievale-degagees-autour-de-la-basilique-saint-denis/